L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 juin 1863, lundi 15 juin 1863
'¦'Àfunc Montréal (Bas-Canada), 15 Juin 1863 SOMMAIRE — CIironianc : autre?-, t uni, Que me restera-t-il pour la lii ci,boni ?Que potirrai-j • trouver de louanges r-inn-ri'S Pour ci t ai t itélicat si fjoûIé de nos porcs, Pour tous ces vi x auteurs I ¦ ta t de beaux romans, La Fayette, Prévost, le Sage, e-pras clmimaitts.Qui, sans prêter tin", caus mt a vt r, e p eii.c Unt en si fin franç >is conté la vie li an.ri.e?Louis Vel'i.lot.RSAURY.Lecture prononcée par J.A.A.Belle, Ecr., devant l’Institut Canadien-Français, eu février derUer Beaucou:' Je personnes s’imaginent que l’on ne saurait trouver ailleurs qu en Angleterre, des orateurs parlementaires.L’on cite a tout iropos.pour établir celle assertion les noms de iiuike, l’ut, Fox, C.iniug, Sheri-dan OConnell ci u’iine iou e d’antres homme* iminent» dont OU ne | eut cnnt'stir le Ulèiite et le» lalenl».Mai», l’elofluence parlementaire n'e 1 pas exciti'ivemcnl la prophète des S"J ls de la Grande Jiiel gue, et I un si Irompeiaii fin I si l’on prétendait que h s autres nation en sont dépourvues.Jmi p.iicouiant l'Histoire de France, l’on rencontre des noms aii»*i grand- sinon plus gta il- q e ceux que je viens île mentionner.L’armi ces hommes illustre», il en esl un dont la 'ie et les œuvre» sont extrèmeue ut intéressante».Je veux pailer de Maury, dont ions avez san» doute, tic» souvint entendu prononcer le nom Sorti de» rang» du peuj le, il s’éleva bien ai.ile»«us de sa conditi ii par l'eiude, le travail, un rare génie et une éloquence hors ligne.Ayant eu l’occasion de lire l’excellent ouvrage de .M.Poujoul t, conti nuit eii»è de ce travail par le titre de membre de 1 Académie des Arcade-, que cette Société Romaine lui confe a, A Page de 111 an», Maury it'»olul d’aller à Paii» pour v Ira failli r à » n avenir.La Providence le rappto liait .in»i du théâtre de sa gloire.Il paitii, après avoir cou-siillé »on père qui ne le laissa s’éloigner qu'à r;gret.M .Poujonlat raconte ainsi »ou voyage : On rapporte que sur la route de Mont limaft à Valence, »eul ei sans ami» dans la mauvaise voilme publique dont chaque lotir de roue le séparait de sa famille, il lut pii-irattendri*»ement et de tri'tesse nu point de »oiiger à revenir à Ynliéas; mais la pen»ée de Pari- ra-111 ni i son cœur qui triompha de «es vives mois passagères émotions.Une rencontre qu'il lit en Bourgogne acheva de lui rendre toute l’énergie de ses espérance» : parmi -es nouveaux compagnons de route a partir d A vallon, il v avait ili ux jeunes gens qui s>‘ rendaient à Paris 11 avec lesquels ils ne tarda pas à lier conversation: l'intimité d's eut retiens amena peu à peu les conl’ul née» ; cliio.un parlait de se» projets et se faisait sa des inee.L un île ces deux jeunes gens avait é I n il ie en m deciue dan s i province,cl di-ait : " ./• veii;r cire membre de /.'A il lemh 'les Scic/iees ri médecin du ro1 ; c'elail Portai ; il voyait pi»ie »on avenir L'autre jeune compagnon de Maury avait fait son 'roit ili-ait : Je de tiendrai uvocKt sènè-rul ; c’était Td illiard ; il aurait frémi alors si quelqu’un lui avait annoncé qu'il serait un jour régicide.M'iuy, iiUci iogè a son lo* r, répondit : Moi je dci iendrm pre-dicn'cm du Rf/i (t l'un dei Quarante de i L'raueui c.()ii ne ke représente pus sans un vil se liment d'inteièl et de Mirpri-fl ces trois jeune» g ais il uis nue palaclie, s'écliappiint de leur obscurité pai le» élans l'une imagination pr 'phetiipie, rn-iri bail t ver* la renommée q i le* attendait sur des chemins différents, et deux d’entr eux appelés à île gr n.l» riVcs dans de* révolution* que pers mue au nio i «Je tir prévoyait a celte ép > .U'1.Manry arriva à Paii- en 17l)û.Il slcbula ilans l'huin-ble foneiion e prec pleur.Le teinp- qu'il "e donnait pus a l’en-eigneiilent etnil bien employé.Le jour, il 'lovait le coins d'éloquence île Lelicau au Collège île France: Il consacrait aussi une partie de ses nuits à la Ï)E LECTURE PAROISSIAL.181 i |, dure .Ainsi, cet houime ex'raordinaire avait, en 1 i S;>, a1 leinl la destinée qu’il convoitait alors qu il quittait la mai-on paternelle t our aller chercher fortune à Patis.Mai-i 'ut la douleur dVnieifjjj-e proclam r, comme ptinipe, que les b en- du ch rgé étaient la prop ielé de la n ition.\ oici quelque- extrait- de ce di-conrs qui peuvent donner une pi-t ¦ iiLe de I éloquence de I abbé M iiirv .(* Pourquoi.’ di-ait-d,1* dése-pé rerion-uÔUs a—r/.lâchement de l’Eiat pour croire que n ns ne pouvons plus le -aiiver tpie par la cnnli-eation des bien- du cierge 1 t'ne ancienne nation que I on invitait a être injuste en-vi r- ses ennemis, répondit avec un sentiment noble q l n’était au fond tpi on t aïeul sage que rien n csl utile que ce qui e-t piste.I1.non-, messieurs, qui repré-entons la lus loyale des nations, nous non- abais-erion-à cette morale téuécie qui nie-ure le droit -¦ r I in'éèt ?Lh .par quel aveuglement ose-l-nti non- propo-er ici de sauver l’Klat en cli nigcant seulement de victimes?.l’ont eu i hr de- -péculatciir- avide-, vou- nous enlèveriez des biens, qui.n'elanl point héréditaires, sont le p.itri.iioine succi-sif et connu- n de Inities les fam Iles, .1 - bien- que nous voulon- vous cous rver i ont vos promues enfanls, des bien- dont les descendants de tous i nos c.otnc il o v • n s sont les lié rit i ers présomptifs, et dont ; les cinq-s sèmes seront toujours nécessairement aliénés à a clas-e (les communes ! Ces biens, t|»«e nous possédons ! nous ont éle ^ar tnii- par toutes les lois du royaume et '• la loi -acrée du dépôt non- oblige de les remettre fidèlement à nos successeurs.” .Maury stigmatise ensuite le crédit en ces termes : “ Oui, mes-ieur-, lorsque François 1er ouvrit, pour la ne devait pas s'arrêter si tôt dans sa marche ascendante .,., mi i l> i lui restait à gravir des hauteur- où le génie seul par- ; ,,remise fois un emprunt -ur l’Iiotel de ville de ari-, en vient.Nous allons le voir bientôt aux |>ii-e- avec l’hy 15-21, il créa une nouvelle source de calamiles pour le (Ire de la Révolution, combattant sans ce-su el sans j humain : il po-a la première pierre de cet etliliee lie, avec cette aune redoutable de la parole que ! ,lésa-tri-ux qui.plu- rliancelant a"|¦•uril nu, non- lai l .\ - «un lui • nmi* I ilY»tr/> Inils PIlSPVpIlS SOU*» S*JS UCbriS» * p IU3 rt*l â personne au monde n0 sut manier mieux que lui ; non- , iaiudie d être tou- enseveli-ou ’ .le bon sen- et le bon dr .il n-.l osant j, iclie royaume de l’un vers n'a pu résiSie.que pendant ¦ • i|i*ux siècles et demi à ce système d emprunts, sans Innos ibres affectes aux inte.êi-, extinction île dettes verrou- ., .au néant le- soplii-mes de la nouvelle école et luttant contre le desordre e: l’anarchie.Dire le uesortlre e.l annrcuie.n'ie» .Maury fut nommé député d , clergé aux EMs-Gêné- i ,du- onerçu-e, -ans ordre par’ raux par le b.iillai»e «le l’eroum*, Royt?i*t Monldi«lier, ou ') v!l’in' I1'1 ^ vi *ciiè à la ch.nn- l’avait .fait entrer son prieuré de Lyons qu’i: tenait de .es '^''^r’Suîîy' honlèusement renouvilé sous les l’amilié de I abbé de Boistnonl.Voici le portrait de Maury, Iracé par M.l’nujoulat : “ Petit de taile, mais vigoureusement taillé.Maury semblait créé pour la lutte ; son ardent regard I accèp- : lies J « uni » .1 Ibre ardente par Sul'y, honteusement renouv.le sous les Médecis, flétri par deux infidélités à la loi publique sous le dernier lègne, et porté d - nos jours à un excè-de démence qui à fait regarder le demier tenue de la ruine 182 ECIÏO 1)U CABINET du royaume comm" la plus brillante époque de nos prospérités pécuniaires.” Il y a, dans ce qui précède, beaucoup de riions dont plusieurs de nos hommes politiques pourraient fai; c leur profit.Maury termine son discours par cette phrase remarquable : “ \'ous voulez être libres! Eh bien ! Souvenez-vous donc que, sans propriété, il n’y a plus de liberté, car la liberté n'est autre chose que la première des propriétés sociales, la propriété de soi.” Cette discussion, commencée le 13 Octobie 1789, ne se termina que le - Novembre suivant.Je n’ai pas l’intention de vous donner ici des extraits et une appréciation de tous les discours de .Maury.Beaucoup de ces discours n’ont pas été publiés ; car en 179(1, le Moniteur ne rapportait pas textuellement les délibérations de l’Assemblée, comme il le fait aujourd'hui pour le Conseil Législatif et le Sénat.Cet ouvrage serai d’ailleurs trop considérable, puisqu’il est arrivé à .Yatirv de monter 13 fois à la tribune dans le cours d une seule semaine.Au reste, il suffira de faire connaître quelques uns de ses principaux discours par quelques extraits.L’un des meilleurs discours de Maury -st edui qu’il prononça en 1790, devant l’assemblée nationale, sur la souveraineté du peuple.Cette œuvre est encore pleine d’actualité.Les principes qui y sont émis peuvent trouver, chaque jour leur application.N’est-ce pas au moyen de ce prétendu principe de la souveraineté du peuple que l’on bouleverse aujourd’hui ions les gouvernements, que les rois sont detiônés, et que la populace, dans sa fureur et dans son aveuglement, ébloui par des mots sonores, fasciné parles promusses qu’on lui prodigue, bri-e et renverse l’ordre et le droit pour introniser l’.marchie ?Cette multitude déraisonnable croit-elle d uic qu’il est en son pouvoir de régner, de gouverner, et, en même temps, d'être gouvernée ! Maury cite ces paroles de Montesquieu : “Il faut que les affaires aillent et qu'elles aient in certain mouvement qui uc soit ni trop lent ni trop vite.Mais le peuple a toujours trop d’action ou trop peu ; quelques fois avec cent mille bras, il renverse tout, quelques foi' avec cent mille pieds il ne va que comme les insectes.” Maury démontre ensuite que le lot du peuple est d'être gouverné, et, comme disait plus tard Martinet, que lu raison enseigne que le petit nombre doit commander et le plus grand nombre obéir.“ Puisque, dit Maury, le peuple doit toujours être gouverné, son véritable intérêt consiste a etre bien gouverné et non pas à poursuivre une souveraineté idéale, dont on ne l’investirait qu’en l’obligeant aussitôt di la céder.Eli ! qu’a-t-il donc a gagner, te peuple crédule, à tornb t d’un peu plus liaui, tandisque sans courir les risques d’une chute, il est condamné à rester toujours à la même place, ” L'orateur admet que la démocratie légalement établie peut être un gouvernement très légitime, et quelle •peut même assurer la prospérité d'un jntit .Etat ; mais, il prétend que cette forme de gouvernement ne convient pas a la L rance et il continue a combattre le principe que le peuple est partout souverain.L’un des adversaires de Maury lui ayant cité l’Amérique, il prédit qu'une opulence corruptrice y amène-fuit de nouvelles Révolutions et qu’alors ce gouverne- ment montrerait sa faiblesse et son incapacité.Nous savons Maintenant jusqu'a quel point cette prédiction s’est accomplie.“ La souveraineté, ” dit Maury, ” est le pouvoir in-dé| endnnt et inévoeable dé commander en dii nier ressort dans la société civile et d'y faire des luis.” Maury démontre que dans un gouvernement constitutionnel la volonté du peuple, qu.iqu'on eu dise, est bit ti peu de chose.K“ utlel, le seul droit qu'a le puup'e, 1 c’est d’élire ses députés.Jl n’a aucun" part dans les ; mesures proposées, dans les délibérations, dan'les v.tes des chambres et dans l’exécution des lois.Il ne peut ¦nullement contrôler les affaires poli iques.l'ne fuis que les députés sont élus, il e-t impossible aux mandai ires de retirer li urs voix.L’élu est maître de la position et il peut en u-er et en abuser tant qu’il lui plaira pendant toute la durée de son mandat.Les élections, nue luis I tei minées, on renvoie h' souverain primitif a la plus passive obéissant e.Le règne du peuple ¦ 4 donc bien ephémère.A part de cela, un députe, ( lu par ui eol-ège électoral ne peut pas avoir la piéleiition de se dire j le représentant du peuple: il n'est que le représentant ! du collège électoral où il a obtenu la majorité des suf-fr.iges.La plupart du temps, cet individu serait renvoyé a ses pénates s'il se présentait dans un autre collège électoral.Cist donc par pure fiction nue l'on regarde les membres de la chambre des commune' cominr les repiésentans du peuple et que l’on prétend qu’ils expriment la volonté delà nation.Dans l'hypothèse ia plu- fav.Table à son intervention, ; dit Maury, le peuple ne déléguerait pas la souveraineté en élisant lii souverain; il désigiieiait seulement, parce ; droit d’election restreint dans ses véritables bornes, le j ministre supième de cette seconde providence qu’on appelle la souveraineté.“ Dieu,” dit Maury, “ e>t dans un sens rigourcex le seul souverain naturel de tous les hommes, et nul ne peut exercer la souveraineté sur kes créatures qu'autant quille représente.Plus loin, l’orateur dit que li souveraineté, n’etaut que l’ensemble de- pouvoirs nécessaires au gouvernement de la société ci vie, elle et manifestement antérieure à toutes les conventions publiques, pui-que, sans elle, l’etat social serait impossible.Maury termine son discours par u : tableau prophétique : “ llélas” s’écrie Maury, “ il (le peuple) n’est encore parmi nous que spectateur de la lévolnti u, mais, il en sentira bientôt tont le poids.Il va être mis en action, et ce l e sera qu'aux dépens de son bonheur et de son repos qu'il servira votre ambition et vos vengeances.Il éprouvera, ce peuple égaré, que sa propre autorité est un fléau pour lui, que lui seul peut se laire tOus4es maux auquels ils se dévoue, et qu’il lui seiait infiniment moins tunrstc d’être opprimé que d être pue-¦ant.Il se traînera ainsi de aimes en malheurs et de malheurs en ciimes dirai-je, durant un règne ou durant un rêve m eonvuisuf et si court, jusqu'à ce que épuisé par son délire, ses désastres et ses forfaits, dégoûté d’illusions et las de toute puis-ance, il trouve enfin un asile dans le despotisme en tendant ses défaillantes mains aux lers d’un maître absolu qui daigne le délivrer il,' ses propres fureurs.0! vous, qui parlez encore de bonheur aux nation^, en prostituant ainsi à la multitude la suprême puissance, ouvrez les yeux ! voilà le tableau eu action de la souveraineté du peuple ! tel sera, tel est déjà DE LECTURE PAROISSIAL.183 |r régne dp ce peuple français a clin'i ur éteinte, Il n'y a, disait-il, j (juckfemi lu vcrir de Li tribune qui puissent, nous r, mire t/oquentj.Ce pbéiomêi e, dont on a vu si peu d’> \einpli s.n'e-t exp’icable que par la prodigieuse rapacité d’une mémoire à laquelle rien n'échappait, et par des études immenses : il est vrai qu’à ce maga»in de èonnai'sanci's el d'idées que Cicéron a regardé comme l’arsenal de l'oral mr, Maury ajoutait l'Ii.ibitude et la Irès-grande f.um'i.iriiè de la langue oratoire, avantage inappiéciable que la chaire lui avûil donné. & Ci © o © © © © * © © © «i » $ » & e o ô» fc « a © & a O V * > e O— (
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.