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L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal.
L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne. [...]

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal, d'abord bimensuel, est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le principal responsable de la revue est l'abbé Louis Regourd. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée par les sulpiciens pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne.

Conçue comme contrepoids conservateur à l'influence libérale de l'Institut canadien de Montréal, l'Oeuvre des bons livres est fondée en 1844 par les prêtres de la maison Saint-Sulpice. L'association culturelle, qui offre essentiellement les services d'une bibliothèque, prend de l'expansion en février 1857 avec l'ouverture du Cabinet de lecture paroissial, fondé pour accueillir les dissidents de l'Institut canadien.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est d'abord un organe de diffusion des conférences données au Cabinet. Le Cabinet accueille de nombreux conférenciers sulpiciens venus de France, ainsi que des jésuites. Les conférences sont souvent prononcées en réaction aux idées poussées par les libéraux; le Cabinet devient donc un repaire pour les intellectuels ultramontains de Montréal. Philosophie, religion, vie politique, arts et littérature font partie de la panoplie de sujets au programme des conférences.

On aménage dans le Cabinet une chambre des nouvelles, où les membres peuvent consulter les journaux et les revues d'ici et d'ailleurs qui sont conformes à l'esprit catholique. Les conférences du Cabinet qui paraissent dans L'Écho sont aussi diffusées en partie dans les journaux conservateurs montréalais La Minerve, L'Ordre et La Patrie.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal offre un contenu qui s'adresse à trois groupes de lecteurs : les conférences pour les étudiants et les hommes instruits, les fables pour les enfants, et les romans-feuilletons pour les femmes. Les textes littéraires proviennent principalement de France.

Avec le temps, les conférences perdent de leur popularité et la concurrence provenant d'autres publications comme Les Soirées canadiennes, Le Foyer canadien et La Revue canadienne détourne le lectorat de la revue. À partir de janvier 1867, L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal passe tout de même d'un format de publication bimensuel de 20 pages à une publication totalisant mensuellement 80 pages. Sont intégrés à la revue des articles plus longs, provenant principalement de France. On y trouve toujours une chronique des événements locaux et internationaux, couvrant principalement les questions religieuses. Une grande attention est portée aux questions pontificales.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal jouit de l'appui du clergé pour sa diffusion locale et nationale dans les maisons d'enseignement et les bibliothèques paroissiales. La revue est tirée à 1300 exemplaires en 1860, puis à 2000 exemplaires pendant les trois années suivantes.

LAJEUNESSE, Marcel, Les sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1982, 278 p.

LEMIRE, Maurice, « Les revues littéraires au Québec comme réseaux d'écrivains et instance de consécration littéraire (1840-1870) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 47, no 4, 1994, p. 521-550.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1859-1875
Contenu spécifique :
jeudi 15 février 1866
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Annales du Cabinet de lecture paroissial de Montréal
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Références

L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1866-02, Collections de BAnQ.

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Montréal, 15 Février 1806.Huitième Année—No.4.L’ÉCHO I UMÏÏT IIE Ulll rittUL JOURNAL DES FAMILLES.PnrniHKnnt lo 1er fl l«‘ 10 «le chmino mol*, l>nr llvrnluon «le SOMMAIRE.—A vis de lu Direction.—Chronique.—r^;i Caverne ilu tigre.—Les grands I’njics ; St.Pierre, (suite).—La Neige ; neige en Canada, etc., (suite).—Le Chemin du bonheur, (suite).—Les Suites d’une Adoption, (suite).AVIS DE LA DIRECTION.Les arrangements pour lesquels nous avons différé ht publication de cette livraison de Y Echo sont terminés, et nous allons maintenant, suivant notre promesse, réparer le temps perdu.A partir de ce jour, chaque livraison aura 20 pages au lieu de 16, mais les illustrations seront supprimées.Nous avons fait ce changement à la suggestion de plusieurs abonnés, amis dévoués de notre entreprise.M.E.Senécal nous ayant remis la gestion des affaires de l' Echo, nous nous sommes assuré les services d'un gérant reoointnand.ible et actif, M.A.Marsan, avocat.L'Echo s'imprime encore chez M-E.Senécal comme par le passé ; mais les correspondances et lettres d’ufiuires devront être adressées désormais à M.A.Marsan, gérant de Y Echo, à Montréal, seul autorisé à percevoir les abonnements à venir et les arrérages dus à Y Echo pour les années 1864 et 1865.De son coté, M.Senécal a seul le droit de collecter les arrérages dus pour les années lSii‘2 et 181)3 ; et nous espérons que les retardataires mettront de la bonne volonté à venir s’acquitter de ce qu’ils doivent à l’un et à l’autre, pour éviter les désagréments de mesures rigoureuses.Le Bureau de Y Echo sera temporairement tenu au No.52, rue St.Gabriel, et au 1er Mai, au No.27, rue St.Vincent, Montréal.Chronique.SOMMAIRE —Ti a'té de comtnei ce avec les Etats-Unis.—ilaque sur une banque ù Sia.ibridge.—Retour du douvci neur-général.—Notices nécroiog’qucs.—Oiivoviuio des Parlements anglais et fiançais.—Le Dr.Pusev en France.— Conversions au Catholicisme.—Deux dûmes piotestautes ù genoux devant le Saint-Père.—Le paupé isme en Angleterre—Les u-orkhmiff.i.—La visite d’un journaliste dégusé en pauvre dans une de ces maisons de pauvres.—La p>ise do liagdud et invasion du teiritoiremexicain.—Faits divei s.La rupture des négociations entamées à Washington, par les délégués provinciaux, pour faire Pour Abonnement : tlx Mois.81.00; nn An, 82.00.Itiironux lï Montréal: 53, Kiic St.Gabriel.renouveler le traité de réciprocité commerciale entre les États-Unis et l’Amérique-Britannique, a produit dans toute l’étendue de la colonie un effet tout différent de celui qu’en attendaient les politiques américains.Ou paraît môme se réjouir ici de ce résultat; ou semble être soulagé d’un fardeau lourd, et débarrassé d’une dépendance commerciale gênante.On se montre partout bien disposé à subir les inconvénients inévitables qui suivront momentanément le rappel ou la suspension de ce traité, eu vue des avantages qui résulteront pour nous des relations nouvelles que nous allons établir avec les autres pays.Pendant un temps, nos voisins ont afTecté de mépriser le commerce des Provinces comme étant de peu de valeur pour eux ; mais on commence à l’étudier mieux aujourd’hui.On a publié des statistiques démontrant que le principal commerce de Boston se fait avec les Provinces Britanniques, et que changer les bases de l’intereourse commercial affecterait sensiblement sa prospérité.Les tableaux du commerce prouvent aussi que durant l’existence du traité de réciprocité, de 1854 à 1864, le trafic entre les États-Unis et ces provinces a triplé en valeur.Il était, avant le traité, de 817,000,000, et de $68,000,000 en 1864.Voici un relevé fort intéressant de la valeur respective du commerce d’importation et d’exportation des Etats-Unis avec différents pays du monde, en 1864: Grande-Bretagne.§317,000,000 Amérique Britannique du Nord.6S,000,000 Indes Occidentales Espagnoles.57,000,000 France.29,000,000 Hambourg et Brème.29,000,000 Mexioue.20,000,000 Bréziî.19,000,000 Chine.19,000,000 I tules Occidentales Anglaises.12,000,000 Ainsi, op'ès celui de la Grande-Bretagne, le commerce des provinces de l’Amérique du Nord avec les États-Unis tient le premier rang, tant en importance qu’en valeur, comparé à celui qui se fait entre ces États et tout autre pays du monde. 60 L'ECHO 1)U CABINET Puis ce commerce 11’est qu à son enfance ; il est susceptible de développements dont l’importance • n’échappe pas tout à-fait à la perspicacité mercan- i tile de nos ambitieux voisins.Aussi paraissent-ils i anxieux de reprendre les négociations.On dit même qu’ils se sont adressés, dansce but, au ministre britannique à Washington.—Depuis quelques jours, nos voies ferrées suffisent 1 à peine pour transporter de l’autre côté des lignes 110s bestiaux et nos grains, que nos voisins se hâtent d’acheter avant l'expiration du traité, au 17 de mars.Ce fait prouve bien sans doute qu’ils ont autant besoin de nos produits que nous avons besoin des leurs.— Des maraudeurs, se donnant le nom de Fè-nians, ont tenté d’emporter, avec les produits de nos fermes, les capitaux d’une de nos banques.Le 22 février, ils se sont introduits, durant la nuit, dans les bureaux d’une succursale de la Banque des Townships de l’Est, établie à Stanbridge.Ils usèrent de violence contre les officiers de la banque, tirèrent le premier coup de feu, mais la riposte les mit en fuite.Ils se sont réfugiés dans le Vermont, dans les limites duquel ils furent poursuivis jusqu’à deux ou trois lieues.Le Procureur-Général fait faire une enquête sur cette audacieuse tentative.Son Excellence le Gouverneur-Général est arrivé à Montréal le 13 lévrier.Son retour a été salué gracieusement à St.Jean, par une adresse de la partdu maire, M.Bissette, et à Montréal, par des adresses de bienvenue présentées par Son Honneur le Maire et les présidents des différentes sociétés nationales.— Les ministres ont aussi eu des ovations depuis quelque temps.Leurs amis de Toronto les ont invités, pour le 8 février, à un dîner où les lions.McDonald et Cartier ont été l'objet des procédés les plus flatteurs.On s'étonnera peut-être d’apprendre que le même honneur leur a été offert dans la ville de Cornwall, cliâteau-fort de lTIon.Saudfield McDonald.— Nous n’entretiendrons pas le lecteur, dans cette chronique, de la douleur profonde qu’a causée la mort du Rév.M.Granet, Y.G., Supérieur du Séminaire de St.-Sulpice de Montréal.Un travail spécial lui sera consacré.C’est le moins qu’on doive à la mémoire de ce savant modeste, de cet humble serviteur de Dieu, du ce vénérable prêtre plein de zèle et de dévouement.— La mort de l'historien Garncau, arrivée à Québec le 2 février, a été de même la cause d’un deuil général.11 sera également l’objet d’une notice spéciale.— Le lü, on faisait à Boston des funérailles pompeuses à un autre homme distingué, bien connu dans ce pays, Mgr.Fitzpatrick.C’était un prélat d’un grand savoir et de beaucoup de vertu.— 11 nous faut ajouter un quatrième nom à cette liste nécrologique.On lit dans la Minerve du 17 février : “ Nous regrettons d’avoir à annoncer la mort du Rév.Messire Etienne Lavoie, chanoine honoraire et chapelain du couvent de Longueuil, décédé à Longueuil, hier, le 1G courant.11 était âgé d'à peu près ti'J ans.“ Il appartenait à la Caisse ecclésiastique de St.Jacques et à la Société d’une messe.“ M.Lavoie était chapelain du couvent de Longueuil depuis près de 9 ans.Il avait été auparavant chapelain du Sacré-Cœur.“ Dieu, en l’appelant à lui, a choisi parmi ses plus dignes serviteurs, un saint homme et un prêtre parfait.D’une bonté de cœur sans exemple, il accueillait tout le monde avec une douceur qui lui gagnait toutes les affections.Le feu de la charité embrasait son âme généreuse, et il eut tout sacrifié pour .'¦on prochain.“ M.Lavoie possédait, en un mot, toutes ces précieuses qualités qui attirent l’amour et le rcs-; pect du monde, unies aux douces vertus qui méri-¦ tent le regard favorable du Tout-Puissant.” — Le Parlement anglais a commencé sa session le 6 février.Dans son discours d’ouverture, Sa .Majesté nous fait l'honneur d’exprimer le désir de voir les provinces britanniques de l’Amérique du [ Nord opérer entre elles un rapprochement ou plutôt une confédération.> Sa Majesté annonce aussi que la législature de * la Jamaïque ayant proposé de remplacer l’ancienne - constitution politique de l’île par une nouvelle forme de gouvernement, un bill sera soumis a ce sujet au Parlement, durant la présente session.s ?— Voici, pour nos lecteurs, la partie la plus inté- i ressante de l’adresse du Sénat français en réponse | au discours de l’empereur.Elle touche aux qties-i lions mexicaine, américaine et romaine, si palpi-t tantes d’intérêt par le temps qui court : e “ Votre Majesté a annoncé que cette mémorable expédition du Mexique touche à son terme, et que DE LECTURE PAROISSIAL.51 vous vous entendez avec l’empereur Maximilien pour fixer l'époque du rappel des troupes.C'est dire à la France Hitisfaite que la protection do ses intérêts commerciaux sera rassurée sur ce vaste et riche marché, rendu par notre concours à la f-6-curité.“ Quant aux États-Unis, si.par l’eflet d’un malentendu, la présence du drapeau français sur le continent américain leur paraît moins opportune qu’à une autre époque trés-illustre de leur histoire, les communications fermes de votre gouvernement ont montié que ee ne sont pas les paroles nltières et menaçantes qui détermineront notre retour ; la France a l’habitude de ne marcher qu’à son heure.Mais elle aime à se souvenir de sa vieille amitié pour les Etats-Unis.Ce que vous leur demandez, c’est la neutralité et le droit des gens.Par là, ils verront plus promptement qu’une guerre entreprise dans le but tant de fois déclaré de protéger nos nationaux contre mi gouvernement sans loyauté, ne devient pas, parce qu’elle est heureuse, une guerre de conquête, de domination ou de propagande.“ C’est aussi dans un avenir non éloigné que le corps d’occupation de Rome doit rent rer en France.Ce n’est pas pour ouvrir à l’Italie le chemin de Rome que nous nous retirons.L’Italie se l’est interdit ; et, pour prouver la sincérité de ses intentions, elle a inauguré solennellement Florence, la ville des grands souvenirs, qui s'élève désormais comme la capitale d’un Etat distinct, en lace de Ilome, la ville du Saint-Père et du catholicisme.Dans cet Etat, qui est le sien, le pape s’occupe activement de l’ordre public, des besoins du gouvernement et de l’organisation de son armée.Déjà, dans deux délégations d’où nos soldats se sont retirés, l’énergie des troupes pontificales contre le brigandage a montré aux populations la mesure de protection efficace que leur assure la souveraineté temporelle du Saint-Père livrée à elle-même.Tout se prépare donc pour la scrupuleuse et loyale exécution du traité du 15 septembre.Votre Majesté a toujours voulu deux choses: l’Italie respectée par l’Europe, la Papauté respectée par l’Italie.Le nouveau royaume est reconnu par presque toutes les puissances.Le maintien indispensable du pouvoir du Saint-Père achèvera de réaliser votre pensée de réconciliation.’ —On remarque en ce moment, en France, la présence du célèbre et savant docteur l’usey, une des gloires de l’université d’Oxford, et le chef de l'école protestante dite pnseyiste, d’où sont sortis l’archevêque actuel de Westminster, Mgr.Manning, le P.Newman, le P.Faber et tant d’autres fervents apôtres du catholicisme en Angleterre.Le docteur Pusey a visité plusieurs évêques ; il a eu des conférences avec Mgr.l’archevêque de Paris, avec le cardinal Donnet, avec Mgr.Dupanloup.A Bordeaux, après plusieurs entretiens avec Sou Eminence le cardinal sur les questions relatives à la réunion des Eglises, le docteur Pusey a visité le couvent des Pères Dominicains, an milieu desquels il a passé toute une journée de dimanche.A Orléans, I éminent professeur d’Oxford a passé plusieurs jours sous le toit même de Mgr.Dupanloup.“Que sortira-t-il de ces entretiens?se demande, dans sa chronique du mois, le Contemporain, Revue d'Economie chrétienne : c’est le secret de Dieu ; tout ce qu’on peut dire, c’est que le docteur Pusey, par l’élévation et l’ardente honnêteté de son âme, est digne d’embrasser la vérité tout entière et de rejoindre les disciples et les amis qui l’ont devancé dans la lumière." Une correspondance de Rome, à propos de conversions de protestants, cite un remarquable exemple de l’influence de cette capitale du catholicisme sur les âmes ; nous détachons l’anecdote suivante sans y changer un seul mot : “ Dans une de ses dernières audiences, le Pape, s’arrêtant selon son habitude devant les groupes agenouillés, vit deux dames élégantes se jeter à ses pieds en les couvrant de larmes.Il voulut les relever, mais elles insistèrent avec une telle expression de désespoir que Pie IX dit: “ Voulez-vous, mes enfants, me conQer le motif de votre douleur ?“ Saint-Père, nous sommes protestantes et nous voudrions devenir catholiques.“ Eh bien ! qui s’y oppose ?“ Notre mère.” “ La mère, une femme à l’air digne et atistére,se tenait debout à quelque distance.A sa vue, rie IX sembla se troubler, comme Jésus devant la tombe de Lazare, Infremuit qriritu et turbavit scipsum ! “ Madame, dit-il, au nom du Christ dont je suis le vicaire, je vous demande ces deux enfants qui sont à lui avant d’être à vous: elles ont vu la lumière: ne craignez-vous pas, en vous mettant entre la lumière et elles, d’être vous-même privée de voir la lumière ?.’’ “ La mère et les deux filles vont abjurer sous peu.’’ Il est temps, hélas ! que le catholicisme multiplie scs disciples en Angleterre, et vienne exercer sa charitable et douce influence en ce pays encore si profondément rongé par la misère.La richesse croissante des hautes classes semble ne rien pouvoir contre cette pluie hideuse.Le paupérisme règne en souverain parmi les derniers rangs de la population des grandes villes, et surtout à Londres, où il compte des milliers de repaires infects.Et l'on sait que le paupérisme anglais, sans dignité, sans croyances religieuses d’aucune sorte, sans consolation, offre des caractères tout spéciaux et des aspects particulièrement tristes.Le protestantisme, 52 L’ÉCIIO DU CABINET dont les enseignements ne pénètrent pas les couches inférieures de la société, laisse ces malheureux dans la privation complète des idées de foi et des sentiments d'espérance qui, au sein des populations catholiques, soutiennent le pauvre, ennoblissent sa pauvreté et l’aident à la résignation.11 ne sait point appeler à lui, dans des catéchismes suivis, tous les enfants d’une paroisse, même les plus abandonnés, en vue de la première communion.Il ne s’inquiète point, avec cette tendre sollicitude du prêtre catholique, de procurer aux familles le bienfait de l'instruction religieuse et morale.Il semble fait pour vivre dans une atmosphère supérieure, cl fuit le contact des humbles et des malheureux.Aussi trouve-t-on en Angleterre des milliers de pauvres, et surtout d’enfants, vagabonds et voleurs, qui n’ont jamais entendu parler ni de Jésus-Christ, ni de Dieu, ni du paradis, ni de l’enfer ; qui savent à peine le nom de leurs parents et qui viennent chaque jour grossir les rangs de la partie misérable 'et véritablement païenne de la population britannique.Il a fallu cependant pourvoir d’une certaine façon aux nécessités que l’existence de cet effrayant paupérisme impose à une société riche, et qui tient, autant que possible, à sauver les apparences.Il ne suffisait pas de laisser subsister à Londres, par exemple, de sombres quartiers composés de petites rues humides et de vieilles maisons, où la misère trouve moyen de se loger à raison de deux sous par nuit.Ces quartiers, l’Anglais bien élevé et même tant soit peu aisé ne les fréquente jamais, et l’étranger, à moins d’un guide spécial, aurait quelque peine à les découvrir.Il a fallu aussi procurer des abris officiels à ceux qui ne possèdent absolument rien, et qui, soit pur paresse, soit par incapa-' cité, n’ont pas les deux sous nécessaires pour avoir droit à un coucher dans les affreux bouges dont nous parlions tout à l’heure.On a inventé pour cela d’abord le leorkliouse., ou maison de travail, qui est en réalité une sorte de prison et d’école de corruption où les malheureux expient le crime de pauvreté.L’Angleterre possède 661 de ces workhouscs, où l’on entasse les mendiants, les infirmes, les vieillards, les enfants, les aveugles, les idiots, etc., tous pêle-mêle, vivant sous le même toit, mangeant le même pain.Ce n’était pas encore assez : à co'é du pauvre qui, renonçant à trouver des moyens d’existence,se résout à aller faire un séjour plus ou moins long dans le woMouse, il y a le pauvre d’aventure, le vagabond, qui espérait le matin pouvoir se tirer d’affaire et qui, le soir venu, ne sait où implorer un gîte et un morceau de pain.Pour ces traînards détachés de la grande année de la misère, pour ces imprudents, il y a maintenant à Londres, depuis l’été dernier, dans chaque workliousc, une salle spéciale réservée à ce qu’on appelle le cannai pnupcr, le pauvre casuel, le pauvre du dehois.Or, un journaliste anglais a eu le courage de s’introduire, à la faveur d’un déguisement, dans un de ces tcurkhousvs, afin d’en pouvoir donner une description exacte.Le 8 janvier dernier, à neuf heures du soir, couvert de haillons d’emprunt, il frappait à la porte du workhiiusc de Lambeth.On ouvre.“ Que demandez-vous ?—Un asile.—Votre nom !-Toshua Mason.-Qui êtes-vous?— l'n graveur.(Il avait songé à s’attribuer cette profession pour écarter les soupçons qu’aurait pu faire naître la vue de ses mains.)—Où avez-vous couché la nuit dernière?—A llammersmith.— Où irez-vous en sortant d’ici î - A llammersmith.— C’est bien, voici votre pain.” Ce dialogue terminé, le visiteur est conduit, à travers une cour triste et froide, a la salle de bains.“ Déshabillez-vous, lui ordonna-t-on, pliez vo3 vêtements dans un mouchoir, ou vous les rendra demain.Voici un numéro; ne le perdez pas; ne vous le laissez pas voler, vos habits seraient perdus.” 11 dut ensuite surmonter son dégoût pour se plonger dans la cave commune, dont l'eau ressemblait à de l'eau de vaisselle.Cette horrible épreuve subie, on lui donne une chemise et une couverture de laine, et on le conduit au dortoir des ai tuai paupers.C’était un hangar à demi fermé par des planches disjointes et par une toile déchirée.Les lits étaient des sacs dans lesquels on avait fourré un peu de paille ou de foin.Ces sacs, étendus sur des dalles glacées et mouillées par la pluie, n’avaient pas six pouces d’épaisseur.Une trentaine de misérables étaient là, les uns couchés la tête sous la couverture, immobiles comme des cadavres, les autres debout ou assis et dans tontes sortes d’attitudes.Dans ce véritable enfer, on criait, on hurlait des chansons immondes, on parlait tout haut des vols commis la veille et des vols combinés pour le lendemain.Quelques indigents honnêtes, révoltés par les discours abominables qu’ils entendaient, essayèrent de protester.Ils furent aussitôt l'objet d’un effroyable débordement de menaces, d’injures, de grossiers sarcasmes et de rires sataniques.La pauvreté honnête fut réduite au silence par la pauvreté criminelle.Le journaliste anglais raconte quelques épisodes de cette nuit d’horreurs, auxquels il nous est impossible de nous arrêter.Son poignant récit a causé en Angleterre une profonde et douloureuse sensation.11 révélait des mystères d’iniquité qu’on osait à peine soupçonner.Le courageux gentleman, qui s'était déguisé eu mandiant et était descendu DE LECTURE PAROISSIAL.53 dans l’abîme pour en sonder la profondeur, s'est cru excusable d’avoir menti pour le compte de la vérité, il it cependant comparu devant la justice, sous l'accusation d’avoir trompé la charité officielle et d’avoir privé un vrai pauvre de son morceau de pain et de sa place au dortoir.Le juge l’a réprimandé, mais pas trop sévèrement.“ C'est un délit, a-t-il dit, mais l’exemple ne sera pas contagieux.” Le Times, en parlant de cet intrépide observateur de la misère de son pays, l’a comparé au Dante, de qui 011 disait, en le montrant du doigt: “ Voici l’homme qui a vu l’enfer.’’ —L’invasion du teritoire mexicain 11 la prise de Bagdad par des troupes noires appartenant au 11 S' régiment d'infanterie fédérale, a produit une grande sensation en France.Ces agresseurs ont pris quatre canons, fait 400 prisonniers, repoussé la canonnière mexicaine Antonio, maintenu leur position contre une frégate française, et ont occupé la ville de Bagdad.D’un autre côté, le général impérialiste Mejia a élevé entre Matamoras et llio-Grande des retranchements qui dominent Brownsville.Il a informé en même temps le général Weit/.el que, dans le cas d’une attaque du côté américain, il ouvrirait le feu.Weit/.el a envoyé immédiatement le général Smith s’assurer des intentions de Mejia.Une frégate française, ayant abord 300 hommes, s'est rendue de la Vera-Cruz à Bagdad.Le ministre de la France, M.de Montholon, a demandé des explications au gouvernement des États-Unis sur ces faits si graves.La Secrétaire d'État des affaires étrangères, avant de recevoir aucun avis officiel à ce sujet, a donné immédiatement, par le télégraphe, l’ordre au général She-ridan de faire une enquête et de punir les coupables.Tout fait donc espérer que ces complications n'auront aucune des suites fâcheuses qu’elles pouvaient entraîner.— Telle est la douceur cxccptioniulle de la température, que, dans les jardins et squares de Taris, la feuille des arbustes est près de sortir de la bourre hivernale.Le marronnier du ilü mars, s'il ne survient aucun accident, sera, cette année, en avance d'au moins trois semaines.— Le nouveau roi des Belges a fait célébrer, le 15 janvier, dans la sainte maison de Lorette, une messe solennelle pour appeler sur lui et sur son peuple la bénédiction de la Vierge Marie.— Les letlres de Rome annoncent que le prochain consistoire serait remis au 10 mars, et que le pape y créerait, pour la première fois, un cardinal américain.— S’il faut en croire la correspondance romaine de la Gazette du Midi, la question du transfert de la dette pontificale serait loin encore d'étre en voie de solution.Le gouvernement du Saint-Père, dit-elle, a déclaré qu’il subirait ce transfert, mais qu’il ne signerait aucun acte impliquant l’abdication de ses droits imprescriptibles.Il accepte les sommes que le gouvernement italien doit lui payer, mais il ne les accepte qu’à titre de restitution et d’à-compte sur ce qu’on reste lui devoir ; une province môme, si l’on venait à la lui rendre, ne serait reçue que comme un à-compte territorial sur la totalité des liions usurpés.Le Cabinet de Florence ne veut point se placer à ce point de vue ; il exige du Saint-Siège un renoncement implicite aux Légations, aux Marches et à l’Ombrie, et M.de Malaret a toutes les peines du monde à lui persuader de se montrer moins exigeant.Il est question de réformes d’une grande portée qui seraient prochainement introduites dans la procédure civile et criminelle des tribunaux romains.On parle du prochain départ de Rome du baron de MeyendorfF, rappelé à St.Pétersbourg.— Le gouvernement espagnol, pour témoigner sa reconnaissance à la France et à l'Angleterre, dont il avait accepté les bons offices dans son différend avec le Chili, vient, dit la Patrie, de communiquer à ces puissances les instructions qu’il adresse à M.le contre-amiral Castro Mendez Nunez, qui a pris le commandement de la division navale du Pacifique à la mort de l'amiral Parcja.On assure que ces instructions prescrivent, en substance, à l’amiral espagnol de négliger le blocus antérieurement établi, pour faire aux Chiliens une guerre maritime énergique, et d’employer tous ses soins pour qu’on respecte les propriétés des neutres.Le Cabinet de Madrid déclare en outre que, provoqué parles Chiliens, qui connaissaient déjà, au moment de l'attaque de la Covadonga, ses intentions conciliantes et les désirs pacifiques des grandes puissances, il sera prêt à traiter de la paix dès qu’il aura tiré vengeance de l’insulte faite au pavillon espagnol.— On annonce la prochaine arrivée on Francede Mgr.de Mérode, qui viendrait assister, avec toute sa famille, aux vœux définitifs de sa jeune sœur comme religieuse au couvent du Sacré-Cœur.Mlle de Mérode est en ce moment au noviciat de Con-flans, près Paris, avec sa cousine, Mlle de Monta- 54 L’ECHO DU CABINET leinbert.La cérémonie aurait lieu dans quelques semaines.— S’il faut en croire le correspondant du Nouvelliste de Rouen, il serait fort question dans la haute société russe de la conversion au catholicisme de lu baronne Seebach, femme du ministre de Saxe à Paris et lille du comte de Nesselrode, l'ancien chancelier de l'empire russe.C’est en Italie, et après plusieurs audiences du pape, que la baronne Seebach se serait convertie.— L'agitation continue en Irlande.Après avoir prononcé 36 condamnations sur 41 accusations, la commission spéciale s’est ajournée au 19 février.Il lui reste à juger encore une vingtaine de prévenus.Les journaux les plus dévoués à l’Angleterre reconnaissent eux-mômes aujourd’hui combien sont fondés les griefs de cette malheureuse Irlande.Ainsi l’International rappelle que le culte catholique, qui y représente une population de 4,f)00,000 âmes, ne reçoit que 30,000 livres sterling, tandis que l’Eglise anglicane, qui y compte seulement 700.000 membres, touche à elle seule de l’Etat 050.000 livres sterling.Peu t-on voir une inégalité plus choquante î L’attitude des évêques d’Irlande et du clergé catholique du monde entier vis-à-vis du fénianitme, n'en est que plus héroïque.La Caverne du Tigre.AVENTURE DANS LES MONTAGNES DU PÉROU.J'étais venu au Pérou pour y surveiller, au nom d’une compagnie fondée à Londres, l'exploitation de mines qui n’existaient pas.L’inspection des localités me fit bientôt connaître que mes patrons avaient été-pris pour dupes.Mais avant que de retourner en Europe, je voulus du moins que cet immense voyage le long des rivages de l'Atlantique et de la nier Pacifique ne fût pas perdu pour ma curiosité et mon instruction, et je résolus avec deux de mes compagnons, MM.Wharton et Lincoln, de le mettre à profit, en allant visiter la plus haute et la plus imposante des montagnes du Pérou, le Chimboraço.Un jour, apiès avoir passé la nuit précédente dans un village indien, nous continuions à circuler autour de la large base de ce géant des Andes, lorsque, en élevant la tête, je remarquai que l'éclat dont les neiges éternelles environnent sa cime, disparaissaient peu à pou sous un épais brouillard.Les Indiens qui nous servaient de guides jetaient des regards alarmés vers ces vapeurs sinistres, et assuraient, en secouant la tête, qu'un violent orage éclaterait bientôt sur nous.Leurs craintes ne tardèrent pas à se vérifier.Le brouillard, développant ses plis, s’étendit avec rapidité sur les flancs de la montagne, et nous fûmes plongés dans d’épaisses ténèbres.L'atmosphère était suffocante, et cependant si humide que l’acier de nos montres se cou- vrit de rouille et que ces montres s'arrêtèrent.La rivière près de laquelle nous marchions coulait avec un redoublement d'impétuosité.Tout à coup, et comme par magie, s’élancèrent des rochers qui étaient à notre gauche, une multitude de ruisseaux qui entraînaient aveo eux des troncs d’arbres et des arbustes qu’ils avaient déracinés; j'y aperçus aussi un serpent énorme qui s’y débattait et qui paraissait faire d'inutiles efforts pour résister i\ la violence de leurs eaux.Bientôt le tonnerre se fit entendre, et tous les échos de la montagne lui répondirent il la fois.A tout moment d’éblouissants éclairs déchiraient la nue au-dessus de nous, au-dessous, à côté : il nous semblait que nous plongions dans un océan de feu.Nous nous abritâmes sous l'ombrage d’un grand arbre, tandis qu’un de nos guides nous cherchait un asile plus sûr.Il ne tarda pas à revenir, et il nous annonça qu'il avait découvert une caverne spacieuse où nous trouverions une protection suffisante contre la violence des éléments.Nous en primes la route sur-le-champ ; mais ce ne fut pas sans beaucoup de peines et quelques dangers que nous parvînmes à y arriver.La tempête sc prolongeait avec un bruit si épouvantable, que nous ne pouvions pas nous faire entendre les uns des autres.Je m’étais placé en silence i\ l’entrée de la caverne, et j’observais à travers l'ouverture, qui était longue et étroite, la scène du dehors.Les cèdres les plus élevés étaient abattus ou se courbaient comme des roseaux.Des singes et des perroquets, tués par la chute des branches, jonchaient le sol ; les ruisseaux étaient devenus de grandes rivières qui sillonnaient dans tous les sens les flancs de la montagne, qu’ils divisaient en losanges.Mais je tenterais vainement de décrire cette grande scène : quiconque n'a pas connu l'Amérique du Sud ne saurait s'cti faire une idée.Assurément ce n’est pas i\ tort qu'on lui a donné le titre de nouveau monde.En voyant ces superbes accidents de la nature, on dirait qu'elle y a encore toute la sève de la jeunesse, tandis qu'elle sommeille et qu’elle semble engourdie par l'âge dans l'ancien continent.Le spectacle quo j’avais devant les yeux me faisait craindre que nous ne fussions obligés de passer plusieurs jours dans cette caverne.Cependant, quand la tempête eut un peu diminué de sa violence, nos guides en sortirent pour voir si nous pourrions continuer notre route.La grotte dans laquelle nous avions cherché un asile était si sombre, que lorsque nous nous éloignions de l'entrée, nous ne pouvions plus voir à un pouce en avant de nous.Tandis que nous parlions des embarras de notre position, des cris et des gémissements plaintifs, sortis du fond de la grotte, vinrent tout il coup arrêter notre attention.M.Wharton rt moi nous écoutions avec un sentiment d’effroi ces cris sinistres; mais Lincoln, notre étourdi et jeune ami, se jetant à plat ventre, sc traîna avec Franck, mon chasseur, le long de la caverne, pour reconnaître la causo de ce bruit.A peine avaient,-ils fait quelques pas, que nous les enten dîmes pousser une exclamation de surprise, et bientôt ils reparurent portant chacun sous le bras un animal singulièrement tacheté, qui avait la taille d’un petit chat et dont la mâchoire était armée de dents incisives formidables.Les yeux de ces animaux étaient d'un ton verdâtre; ils avaient de longues griffes à leurs pieds ; leur langue, d’un rouge de sang, pendait hors de leur gueule.A peine M.Wharton les avait-il regar- DE LECTURE PAROISSIAL.55 dus, qu'il s'écria : “Juste ciel! nous sommes dans la caverne d’un".Mais il fut interrompu tout à coup par les voix de nos guides, qui accouraient vers nous en s'écriant; “Un tigre! un tigre!" Et aussitôt ils grimpèrent, avec une singulière prestesse, au plus haut il un cèdre placd près de la caverne, et se cachèrent dans ses branches.La première impression d'horreur et de Burpri.-c m'avait, d'abord glacé d'effroi ; mais dès que ce sentiment lut un peu dissipé, je me jetai sur mes armes à feu.M.Wharton avait aussi repris possession de scs sens, et il nous appela X lui pour l'aider boucher l'ouverture de la caverne avec une énorme pierre, qui heureusement s’en trouvait tout près.Le sentiment du danger qui s'approchait augmentait notre force: car nous commencions à entendre distinctement les rugissements de l’animal, et nous étions perdus s'il atteignait l'entrée de la caverne avant que nous eussions pu la fermer.Nous n'avions pu encore finit* que nous le vîmes se diriger en bondissant vers son repaire.I ans ec moment terrible, nous redoublâmes nos efforts, et la grande pierre, interposée entre lui et nous, nous mit à l’abri de son attaque.11 y avait cependant un petit espace vide entre cette pierre et le haut de l'ouverture, à travers lequel nous pouvions voir la tête du tigre, où étincelaient ses yeux qui lançaient sur nous des regards furieux.Ses rugissements ébranlaient les profondeurs de la caverne, et ses petits y répondaient par des gémissements aigus.Notre redoutable ennemi avait d'abord tenté d’enlever la pierre avec ses griffes puissantes, et ensuite de la reculer avec sa tête ; l'inutilité de scs efforts ne lit qu’augmenter sa rage.Il poussa un cri plus perçant que tous les autres, et scs yeux enflammés semblaient darder la lumière dans l’épaisseur des ombres de notre retraite.Un instant je fus presque tenté de le plaindre : car c’était un sentiment de paternité qui irritait sa colère.“ Il est temps do tirer sur lui, me dit M.Wharton avec le sang-froid qui ne le quittait pas ; vise/, à scs yeux ; la balle traversera son cerveau, et nous aurons une chance d’en être délivrés.” Franck prit son fusil à deux coups, et Lincoln scs pistolets.Le premier plaça le canon de son arme à quelques pouces du tigre, et le second lit de même.Au commandement de M.Wharton, l’un et l’autre lâchèrent leurs détentes au même instant; mais le coup ne partit pas.Le tigre qui, eu entendant la détente, avait senti que c’était une attaque dirigée contre lui, fit un bond pour se jeter de côté ; mais voyant qu il n'avait pas été atteint, il revint à sa première place avec un redoublement de furie.La poudre des deux amorces avait été mouillée.Tandis que Franck et Lincoln la répandaient par terre, attendu quelle ne pouvait plus être bonne à rien, M.Wharton et moi nous nous occupions de la recherche des boites à poudre.11 faisait si sombre que nous fûmes obligés de chercher à tâtons, en nous traînant sur le sol.Lorsque je me trouvai en contact avec les petits du tigre, j’entendis un bruit semblable à celui du frottement d'un morceau de métal, et bientôt je reconnus que ces animaux jouaient avec nos boîtes poudre.Par malheur, ils avaient ôté le bouchon avec leurs grilles, et la poudre répandu sur le sol humide ne pouvait plus nous servir.Cette cruelle découverte nous plongea dans la plus profonde consternation, “ Tout est perdu ! s’écria M.Wharton ; il ne nous reste plus qu'à voir lequel vaut le mieux de mourir de faim avec les animaux qui sont enfermés avec nous, ou de mettre un terme immédiat à nos souffrances en laissant pénétrer dans la caverne le monstre qui est en dehors ! ” En parlant ainsi, il alla se placer près de la pierre qui nous protégeait, et fixa des regards intrépides sur les yeux étincelants du monstre.Le jeune Lincoln, au désespoir, faisait mille imprécations.Franck, qui avait plus de sang-froid, prit un morceau de corde qu'il portait dans sa poehe et se dirigea vers l’autre bout de la caverne, sans nous dire dans quel but.Bientôt nous entendîmes un sifflement étouffé, et le tigre, qui l'avait entendu également, parut encore éprouver un plus grand trouble.Il allait et, revenait devant l'entrée de la caverne, d'un air égaré et furieux; puis il s'arrêta tout à coup, et, dirigeant sa tête vers la forêt, il poussa des cris assourdissants.Nos deux guides indiens profitèrent de cette occasion pour lui lancer des flèches du haut de l’arbre où ils étaient cachés.Il fut frappé plusieurs fois, mais sa peau épaisse faisait rejaillir ces traits inoffensifs.A la fin, cependant, l'une de ces flèches l'atteignit près de l'oeil et resta fixée dans sa blessure.Sa fureur fut alors portée à son comble ; il se lança vers l'arbre, et, se dressant sur sa tige en la saisissant avec ses griffes, il parut vouloir le renverser.Mais quand il fut parvenu à se débarrasser de sa flèche, il redevint plus tranquille et se plaça de nouveau à l'entrée de la grotte.Frank reparut alors, et un coup d’œil m'apprit ce qu’il venait de faire.De chacune de scs mains pendait un petit tigre attaché à la corde avec laquelle il l’avait étranglé.Avant que je fusse averti de ce qu’il méditait, il les avait jetés l’un et l'autre au tigre â travers l’ouverture.L’animal ne les vit pas plutôt qu'il commença â les examiner attentivement et en silence, en les retournant avec précaution de côté et d’autre.Dès qu’il fîlt convaincu qu'ils étaient morts, il poussa un cri de désespoir si pénétrant que nous fûmes obligés de bouclier nos oreilles.Quand je reprochai à mon chasseur cet acte d’une barbarie gratuite, je vis bien par la rudesse de ses réponses qu’il avait perdu tout espoir de salut, et que dès lors il regardait comme dissous les rapports de subordination du serviteur au maître.Pour moi, sans que je susse pour quelle raison, j’espérais toujours qu’un secours inattendu viendrait me tirer de l'affreuse position où j’étais.Cependant le tonnerre avait cessé de se faire entendre, et un vent paisible et doux succédait à la violence de l’ouraean.Les chants des oiseaux résonnaient de nouveau dans la forêt, et les gouttes de pluie, frappées par les rayons du soleil, étincelaient sur les feuilles connue des milliers de diamants, -le voyais par l’ouverture de notre antre ce réveil de la nature succéder au tumulte des éléments, et le contraste que faisait cette scène tranquille avec notre situation, la rendait encore plus affreuse.Nous étions dans un tombeau d’où rien ne paraissait pouvoir nous faire sortir: car un monstre plus épouvantable que le Cerbère de la fable en gardait l’entrée.Il s’était couché près de scs petits.C'était un animal superbe, et d’une grande taille ; ses membres, étendus dans toute leur longueur, laissaient voir la force prodigieuse de ses muscles; de scs mâchoires armées de grandes dents tombaient de larges flocons 56 L’ÉCHO DU CABINET d’écume.Tout à coup un long rugissement se fit entendre il distance ; le tigre y répondit par un gémissement plaintif ; et les Indiens poussèrent un cri qui nous annonça qu’un nouveau malheur nous menaçait.Nos craintes furent confirmées au bout de quelques minutes ; car nous vîmes un tigre, moins grand que le premier, se diriger en courant vers l’endroit où nous étions.“ Cet animal sera encore plus dangereux que l’autre, dit M.Wharton ; car c’est la femelle, et celles de ces animaux sont impitoyables pour ceux qui les ont privés de leurs petits.” Les rugissements de la tigresse, quand elle eut examiné les corps de ses petits, surpassèrent tout ce que nous avions déjà entendu, et le tigre y mêla ses cris lamentables.Tout à coup scs hurlements cessèrent ; elle ne fit plus entendre qu’un murmure sombre, et nous la vîmes avancer ses naseaux fumants à travers l’ouverture, et regarder de tous côtés comme pour découvrir ceux qui avaient détruit ses petits.Ses regards tombèrent bientôt sur nous, et aussitôt elle s’élança en avant avec fureur, comme pour pénétrer dans notre lieu de refuge.Peut-être serait-elle parvenue, au moyen de sa force prodigieuse, il pousser la pierre, si nous n’avions pas réuni tous nos efforts pour la retenir.Quand la tigresse vit qu'elle ne pouvait pas réussir, elle se rapprocha du tigre, et pendant quelques instants elle parut se consulter avec lui ; puis ils s’éloignèrent ensemble d’un pas rapide, et disparurent il nos regards.De moment en moment, à mesure qu’ils s’éloignaient, leurs rugissements devenaient plus faibles, et bientôt ils cessèrent de se faire entendre.Dès qu’ils se furent éloignés, nos deux guides indiens parurent il l’entrée de la caverne, et nous pressèrent de profiter, en fuyant, de la seule occasion que nous eussions de nous sauver, attendu que les tigres étaient allés chercher dans le haut de la montagne une autre ouverture qu’ils connaissaient sans doute, pour pénétrer dans l’intérieur de la grotte.En conséquence, nous nous mîmes en grande hâte à pousser la pierre qui en fermait l’entrée, et nous sortîmes de ce tombeau où nous avions craint d’être ensevelis vivants.M.Wharton fut le dernier qui le quitta, parce qu’il ne voulut pas en sortir avant d’avoir retrouvé son fusil à deux coups; pour nous, nous ne songions qu’à nous échapper.Nous entendions de nouveau les rugissements des tigres, quoiqu’à distance ; et, suivant la trace de nos guides, nous nous jetâmes dans un sentier de côté.Le grand nombre de racines et de branches dont la tempête avait jonché le chemin que nous suivions, rendait notre fuite lente et difficile.M.Wharton, marin plein d'activité, ne marchait cependant qu’avec peine, et nous étions obligés, pour ne pas le perdre, de nous arrêter de temps en temps.Nous marchions ainsi depuis un quart d’heure, quand un cri perçant, poussé par un des Indiens, nous apprit que les tigres étaient sur notre trace.Nous nous trouvions alors devant un pont de roseaux que l’on avait jeté sur un torrent.Il n’y a guère que les Indiens, avec leur démarche légère, qui puissent s’avancer sans crainte sur des ponts de ce genre, qui frémissent et oscillent à chaque pas que l’on y fuit.Profondément enfoncé entre ces deux rives semées de roches aiguës le torrent coulait au-dessous avec violence.Lincoln’ Franck et moi, nous traversâmes le ,jont sans accident ; mais M.Wharton était encore au milieu, tâchant dé garder son équilibre, quand les tigres débouchèrent du bois voisin ; sitôt qu’ils nous aperçurent, ils bondirent vers nous, en poussant des hurlements épouvantables.Cependant Wharton était parvenu sans encombre de l’autre côté du torrent, et j’étais occupé avec Franck, Lincoln et mes deux guides à escalader les rochers qui se trouvaient eu face de nous.M.Wharton, quoique les tigres fussent tout près de lui, ne perdit pus son courage et sa présence d’esprit.Aussitôt qu’il fut parvenu de l’autre côté du pont, il tira son couteau de chasse et coupa les liens qui l’attachaient à l'une des rives; il espérait de cette manière mettre un obstacle insurmontable à la poursuite de nos ennemis ; mais à peine avait-il accompli sa tâche que nous vîmes la tigresse so précipiter vers le torrent, et tenter
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