L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 septembre 1869, Chronique du concile
CHRONIQUE DU CONCILE.Opportunité du prochain Concile.— Etat des esprits.— Le mal social.La ligue du mal.—La Révolution.-L’IUlie— L’Espagne.—La dépêche et la consultation du Prince de Hohenlohe.—Le Conciliabule protestant de Worms.—Le Concile Russe.—Les Puritains d’Amérique.—Nouvelles: Un Concile de prières sur le Calvaire.—Lettre du cardinal Patrizi.I.Le Concile approche et l’émotion grandit clans le monde, elle agite tou.i les cœurs de crainte ou d’espérance : catholiques, schismatiques, hérétiques, infidèles, tous comprennent qu’un grand événement se prépare, et attendent avec une sorte d’anxiété et de curieuse incertitude.Cette émotion générale est la meilleure preuve de l’opportunité du prochain Concile et de la sagesse du Pontife qui le convoque.—Le monde est malade, le monde voit qu’il se perd dans les ténèbres des utopies modernes et des systèmes humains, il a besoin d’une nouvelle affirmation de la vérité, et il sent quelle ne peut lui venir avec certitude que de cette seule autorité doctrinale qui, depuis dix-huit siècles, se maintient infaillible dans le monde, au milieu des bouleversements des sociétés, et de toutes les déceptions de l’erreur.Ceux qui désirent sincèrement la vérité espèrent, ceux qui ne la veulent pas sont dans la crainte, ils ont peur que la grande lumière qui va luire sur le monde ne découvre aux nations des erreurs dans lesquelles ils cherchent à les entraîner.Cet état des esprits qui se tourmentent à la recherche do la vérité, bail j-tés entre de magnifiques espérances et de cruels désenchantements,passant de la fièvre à la torpeur, de l’amour de l’ordre a l’anarchie sans pomoii trouver le repos, sans entrevoir le port où, lassées de tant de tempetes, les sociétés pourront un jour se reposer, ce mal présent a été sondé et pai M.Guizot et par Pierre Leroux.On ne sera pas fâché de savoir comment ces deux hommes remarquables à des titres si différents, ont appiécie l’état actuel des esprits.Ecoutons d’abord M.Guizot: “J’ai rencontré partout deux faits, dit-il, partout les mêmes : une grande complication et une grande incertitude dans des idées et dans les efforts.Rien n’est simple, personne n est décidé.Tous les problèmes et tous les doutes pèsent à la fois sur la pensée et sur la volonté.L’ambition est immense et infiniment variée ; 1 hésitation générale.On dirait des voyageurs déjà très-las, et qui cherchent à tâtons leur route dans un labyrinthe.'’ Hors du camp chrétien, ce sont les mêmes gémissements qui se font entendre, et il y a déjà longtemps.Le socialiste Pierre Leroux écrivait, il y a plus de vingt ans, dans une des premières livraisons de la lievue indépendante, ces paroles qui méritent d'être méditées : La terre est toujours une vallée de larmes, mais les malheureux n’ont plus le ciel ; et plus le cœur et l’intelligence humaine se sont agrandis, plus le spectacle de cette humanité sans paradis est repoussant et cruel.Inégalité sur la terre, mais égalité dans le ciel ; en d’autres termes, injustices sur la terre, mais justice dans le ciel; voilà ce qu’on disait autrefois.Aujourd’hui que l’égalité terrestre est proclamée et que l’on ne croit plus a l’enfer ni au paradis, que voulez-vous que fasse la logique humaine avec une terre où règne partout l’iniquité et l’inégalité ?.“ La société autrefois avait au moins d’une famille la forme et l’apparence.J’avais une part dans cette société ; car si j’étais sujet, j’avais du moins le droit de sujet, le droit d’obéir sans être avili.Mon maître ne me commandait pas sans droit au nom de son égoïsme; son pouvoir sur moi remontait i\ Dieu qui permettait l’inégalité sur la terre.Nous avions la mémo morale, la même religion.Au nom do cette morale et de cette îeligion, servir était mon lot, commander était le sien.Mais servir, c’était obéir ;i Lieu et payer de dévouement mon protecteur sur la terre.“Fuis, si j’étais inférieur dans la société laïque, j’étais l’égal dans la société spirituelle qu’on appelait l’Eglise.Là ne régnait pas l'inégalité ; là tous les hommes étaient frères.J’avais ma part dans cette Eglise, ma paît égale à titre cl enfant de Dieu et de cohéritier du Christ; et cette Eglise encore n’était que le vestibule et l’image de l’Eglise céleste vers laquelle se portaient mes regards et mes espérances, "j’avais ma part pi omise dans le paradis, et devant le paradis la terre s’effarait à mes jeux.Je reprenais courage dans mes souffrances en contemplant dans mon amc ce bien promis, je supportais pour mériter, je souffrais pour jouir de 1 éternel bonheur.“ Je n étais pas pauvre alors, puisque je possédais le paradis en espérance ; j’étais riche, au contraire, des biens que je n’avais pas sur la terre : car le Fils de Dieu avait dit : “ Bienheureux les pauvres ! ” Je voyais autour de moi toute une hiérarchie sociale qui, prosternée aux pieds de ce l'ils de Dieu, m’attestait la vérité de sa parole.Dans toutes mes douleurs, i ans toutes mes angoisses, dans toutes mes faiblesses, dans toutes mes passions, et jusque dans le crime, la société veillait sur moi ; j’étais entouré d hommes mes égaux ou mes supérieurs, qui comme moi croyaient au Christ, au paradis, à l’enfer; la milice de l’Eglise terrestre était à mon service pour me diriger et m’aider à gagner l’Eglise céleste.J’avais la prière, j’avais les sacrements, j’avais le Saint Sacrifice, j’avais le repentir et le pardon de mon Dieu.J'ai perdu tout cela.Je n’ai plus de paradis à espérer; il n'y a plus d’Eglise ; vous m’avez appris que le Christ est un rêve ; je ne sais s’il existe un Dieu; mais je sais que ceux qui font la loi n’y croient guère, et font la loi comme s’il n'y croyaient pas.Donc, je veux ma part de la terre.Vous avez tout réduit à de l’or et du fumier; je veux ma part de cette or et (le ce fumier.Vous m’avez ôté le paradig dans le ciel, je le veux sur la terre.” Je veux le paradis sur la terre, voilà le mot qui explique les révolutions, qui explique le malaise social, et qui révèle toute la profondeur du mal dont les sociétés sont travaillées.Paradis sur la terre ou paradis dans le ciel, il faut l’un ou l’autre; quand celui du ciel n’existe plus, il faut celui de la terre, mais comme celui-ci n’existe pas, ce sont des bouleversements continuels excités par les passions que rien no peut assouvir.Or, que font les philosophes qui rejettent la religion, que font le3 doctrines révolutionnaires, que font les gouvernement modernes eux-mêmes avec les principes qui leur servent de base, autre chose que de rebaisser les regards des hommes vers la terre, de leur dire que le but de la vie est ici-bas, et de les éloigner, sinon en théorie, au moins en fait, do cette religion qui peut seule satisfaire les aspirations de l’âme humaine en lui ouvrant par delà les bornes étroites de cette vie les horizons infinis d’une vie éternellement heureuse ?Et l’on sc plaint ensuite que les hommes deviennent de plus en plus ingouvernables ! On sc plaint do l’ingratitude de ces foules pour lesquelles on multiplie les jouissances du bien-être, les occasions de plaisir et les sources do la bienfaisance, et qui continuent d’être turbulentes, qui deviennent do jour en plus exigeantes, qui répondent, enfin, par la révolte à toutes les complaisances qu’on a pour elles ! Voilà les fruits des doctrines rationalistes et do tout cet ensemble d’erreurs et d’utopies qu’on appelle la civilisation moderne.On sépare l'homme de Dieu, l’Etat de l'Eglise, la science de la vérité révélée ; c’est l’ordre renversé, et l’on prétend bâtir ainsi quelque chose de solide ! C’est vouloir l’impossible, et voilà pourquoi Pie IX, qui veut sauver la société religieuse et civile, et qui sait où est le remède au mal qui la ronge, a convoqué le Concile œcuménique.(1).il.Mais c’est présisément parce que la Révolution prévoit la future condamnation de ses errements et de ses fureurs, quelle s’efforce par toutes les voies possibles d’en empêcher la réunion.Elle a cru intimider l'Eglise en opposant au futur Concile du Vatican, le concile Anti-œcuménique do Naples.Le sieur Ricciardi a reçu les félicitations de Garibaldi et de Victor Hugo, deux hommes qui ne reculent devant aucune absurdité : mais le sieur Ricciardi doute déjà du succès de sa gigantesque conception: Peu de voix ont répondu à son appel, les journaux sur desquels il comptait lo plus, ont tourné le projet en ridicule.Le héros d’Aspromonte et de Mentana a beau prodiguer ses encouragements, le découragement gagne le parti qui se persuade de plus en pliis (I) Chantrel. qu’il n’y a rien à faire pour la liberté dans un pays, “ où la grande majorité va à l'Eglise, et ou presque toutes les femmes sont tout à fait sous l'influence du prêtre.” Il a paru en Italie une réponse de vingt pages au programme du comte Ricciardi, elle est do M.Mizzi et elle est péremptoire.Elle montre que si les libres penseurs se réunissent à Naples, le monde assistera à une nouvelle représentation de la Tour de Babel, et cette confusion ne fera quo mieux ressortir V Unité de l’Eglise catholique réunie à Rome dans la personne de tous ses pasteurs et de son Chef.“ M.Ricciardi, ajoute la Revue du Monde Catholique, ne s’est pas douté qu'il travaillait à la réalisation de la prophétie qui date du commencement du monde.C’est au 8 Décembre, jour de la fete de l’Immaculée-Conception, qu’il a fixé pour faire pièce au Pape, la réunion des Pères de 1 incrédulité : quelle maladresse de préparer ainsi un nouveau triomphe à celle qui écrasa la tôte du serpent infernal ! ” Car le serpent infernal, qu’est-ce autre chose aujourd'hui, sinon la Révolution 't Lo programme du comte Ricciardi est celui-ci : Donner du travail à tous ceux qui n'en ont pas ; assurer l'existence de quiconque ne peut vivre en travaillant.Sous cette formule philantropique se cache la réalisation de toutes les doctrines socialistes, et 1 application de leurs principes : La propriété, c est le vol ; le droit au travail, la révolte du pauvre contre tout ce qui est riche.Avec un pareil programme où ira l’Italie ?C’est ce dont paraissent peu se soucier les grands hommes d’Etat qui la gouvernent et qui pactisent avec la Révolution, pour arriver à des fins bien connues, sans se préoccuper de savoir si 1e torrent dont ils brisent les digues n’emportera pas dans son cours débordé le trône avec l’autel.11 se passe peu de jours, sans que la Correspondance Italienne, au service du ministère Ménabréa, ne contienne quoiqu’article hostile au Concile œcuménique.Un jour, elle s’attache à exciter les susceptibilités nationales, et a prévenir le clergé italien contre le clergé des nations étiangeres.In autre jour, c’est l’Episcopat catholique tout entier qu’elle a cftbrco d indisposer contre lo Pape et les Congrégations appliquées aux tiavaux préparatoires du Concile, mais la calomnie réussit peu, et le mensongo ne peut tenir contre les adhésions que les Evoques, venant de toutes les parties du monde, apportent chaque jour au grand Œuvre du Pontificat de Pie IX.Le journal étant insuffisant, la Cour de Florence a publié une brochure intitulée : Le Concile Œcuménique et les droits de l'Etat.Là, elle feint de craindre que le futur Concile ne compromette les droits des sociétés civiles.La, elle fait un appel vigoureux aux puissances séculières pour empêcher l’Eglise de fausser les consciences en enseignant Verreur, Qui eut cru le gouvernement de Victor-Eramanuel établi dans le monde pour sauvegarder le droit de la Vérité et de la Justice ! ! Et voilà la mission que se donne un gouvernement fondé sur le vol et le mensonge, clans une brochure dont il n’a pas eu le courage d’avouer la paternité, et qui publiée à trente mille exemplaires dans toutes les capitales de l’Europe, n’a trouvé d'écho que dans le camp des ennemis les plus acharnés de l’Eglise.La ruse no réussissant pas, comme tous les gouvernements persécuteurs, celui de Florence a recourt à la violence.—Pour protester contre les démonstrations catholiques du 11 Avril, il a porté un coup nouveau à la liberté de l’Eglise, en astreignant au service militaire les jeunes gens qui se préparent à entrer dans l’ordre ecclésiastique.Cette injustice n’a servi qu’à montrer le courage de Pie IX, qui a protesté par un.Bref contre cette mesure, et la charité des catholiques italiens qui ont aussitôt formé une association admirable, dont le but sera de recueillir des fonds pour racheter du service ceux que le sort livrera chaque année à la conscription militaire.En même temps le ministère fait poursuivre devant les tribunaux, etr condamner à l’emprisonnement l’Archevêque de Salerne, Mgr.Salomone, parce qu’il a jugé opportun d’instruire son peuple des espérances quo le futur Concile doit faire naître, et des remèdes qu’il apportera aux maux de la société.Le Vénérable Prélat a été accusé d’abus dans l’exercico de ses fonctions et traduit devant une Cour d’assises, pour apprendre à respecter les lois de l’Etat dans ses Lettres pastorales.C’est ainsi que ces prétendus libérateurs des peuples entendent la liberté et la pratiquent à l’égard de l’Eglise.Les Libéraux d’Espagne ne l’entendent pas mieux.Dans l’Assemblée des Cortès constituantes du 5 Mai, M.Olozaga, parlant de la liberté des cultes, trouva l’occasion toute naturelle de parler du Concile et de donner des conseil à l’EJliso.Pour lui, il no croit pas à la réunion de cetto grande assemblée d’Evêques, mais si, par hasard, elle a lieu, il conseille fortement aux Pères la prudence, et de se garder d’approuver les déclarations du Syllabus, sinon il se formera une ligue des puissances catholiques, d’un immense pouvoir contre tous ceux qui essuieraient cV intervenir dans la marche progressive des peuples libres.Comment M.Olozaga entend-il la liberté ?et si les peuples veulent abandonner ceux qui les égarent et les jettent, pour satisfaire leur ambition personnelle, dans des malheurs semblables à ceux qui désolent l’Espagne de Serrano et de Prim, est-ce que les peuples ne seront pas libres ?et s’il plaît aux peuples de former eux aussi une ligue d'un immense pouvoir contre tous ceux qui sans mission se mêlent d'intervenir dans la marche progressive des peuples dans les voies de la vraie liberté, de la liberté religieuse, est-ce M.Olozaga qui les empêchera?Ce ne sera certainement ni lui, ni le ministre Ménabréa, ni le prince de Ilohenlohe, ce grand ministre do Bavière, qui marchant sur leurs traces, vient d’é-prouver un dcliec si humiliant en face de toute l’Europe.III.Los gouvernements catholiques du Sud de l'Allemagne sont loin d’avoir envers l’Eglise le respect et la soumission de leurs peuples, aussi tandis que les populations catholiques de la Bavière, du Wurtemberg et du duché de Bade, résistent à l’annexion prussienne, dans la crainte de voir compromis les intérêts de la vraie foi, leurs gouvernements les poussent vers Berlin, et les jettent dans une opposition systématique
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