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L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal.
L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne. [...]

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal, d'abord bimensuel, est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le principal responsable de la revue est l'abbé Louis Regourd. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée par les sulpiciens pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne.

Conçue comme contrepoids conservateur à l'influence libérale de l'Institut canadien de Montréal, l'Oeuvre des bons livres est fondée en 1844 par les prêtres de la maison Saint-Sulpice. L'association culturelle, qui offre essentiellement les services d'une bibliothèque, prend de l'expansion en février 1857 avec l'ouverture du Cabinet de lecture paroissial, fondé pour accueillir les dissidents de l'Institut canadien.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est d'abord un organe de diffusion des conférences données au Cabinet. Le Cabinet accueille de nombreux conférenciers sulpiciens venus de France, ainsi que des jésuites. Les conférences sont souvent prononcées en réaction aux idées poussées par les libéraux; le Cabinet devient donc un repaire pour les intellectuels ultramontains de Montréal. Philosophie, religion, vie politique, arts et littérature font partie de la panoplie de sujets au programme des conférences.

On aménage dans le Cabinet une chambre des nouvelles, où les membres peuvent consulter les journaux et les revues d'ici et d'ailleurs qui sont conformes à l'esprit catholique. Les conférences du Cabinet qui paraissent dans L'Écho sont aussi diffusées en partie dans les journaux conservateurs montréalais La Minerve, L'Ordre et La Patrie.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal offre un contenu qui s'adresse à trois groupes de lecteurs : les conférences pour les étudiants et les hommes instruits, les fables pour les enfants, et les romans-feuilletons pour les femmes. Les textes littéraires proviennent principalement de France.

Avec le temps, les conférences perdent de leur popularité et la concurrence provenant d'autres publications comme Les Soirées canadiennes, Le Foyer canadien et La Revue canadienne détourne le lectorat de la revue. À partir de janvier 1867, L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal passe tout de même d'un format de publication bimensuel de 20 pages à une publication totalisant mensuellement 80 pages. Sont intégrés à la revue des articles plus longs, provenant principalement de France. On y trouve toujours une chronique des événements locaux et internationaux, couvrant principalement les questions religieuses. Une grande attention est portée aux questions pontificales.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal jouit de l'appui du clergé pour sa diffusion locale et nationale dans les maisons d'enseignement et les bibliothèques paroissiales. La revue est tirée à 1300 exemplaires en 1860, puis à 2000 exemplaires pendant les trois années suivantes.

LAJEUNESSE, Marcel, Les sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1982, 278 p.

LEMIRE, Maurice, « Les revues littéraires au Québec comme réseaux d'écrivains et instance de consécration littéraire (1840-1870) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 47, no 4, 1994, p. 521-550.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1859-1875
Contenu spécifique :
La fille du banquier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Annales du Cabinet de lecture paroissial de Montréal
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Références

L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1871-04, Collections de BAnQ.

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LA FILLE DU IMXHIFK.(Suite.) COMMENT GE011GE FRANCE ET SON AMI CIIARLOT SONT INTRODUIT AUPRES D’UN PERSONAGE QUI LEUR SEMBLE ETRANGE.—Le docteur Raymond, ditZaguarita à Georges France, vous conduira à la cage où est emprisonnée la colombe.Soyez prudents, et vous réussirez ; mais surtout lnitez-vous.Rappelez-vous votre serment, ot adieu ! Georges se disposait à parler, mais elle lui indiqua impérieusement la porte.Le docteur précéda de nouveau nos amis.Ils descendirent les escaliers, traversèrent la cour, et se retrouvèrent dans la rue, qui était en grande partie bordée de murs.La seule maison importante qu’on aperçut était un vaste bâtiment dont la faar!aicut étaient dans lo bas de la maison.L escalier communiquait avec un autre corridor, qui, à son tour, coa* muniquait avec un autre.Cette maison semblait être un vrai labyrinthe de corridors.A chaque porte, et il y en avait beaucoup, Georges s’arrêta, et appliqua successivement l’oreille et les yeux.Mais tout était obscurité, et il n’entendit pas le moindre son.Il s’avançait lentement dans le troisième corridor, lorsque soudainement, à l’autre bout, apparut une lumière qui se dirigeait vers lui.Saisissant son pistolet d’une main ferme, il se jeta dans une sorte de renfoncement formé par un angle dans le mur, et attendit, le cœur ému.Deux personnes arrivaient le long du corridor, l’un un anglais, portant une petite lampe, et l’autre une vieille négresse, dont les traits d’ébène contrastaient étrangement avec ses vêtements blancs.Elle avait sur son bras un plateau sur lequel étaient des provisions Ils n’étaient plus qu’à quelques pas de l’endroit où se tenait Georges, et ce dernier, sachant qu’il allait être infailliblement découvert, se disposait à s'élancer sur eux, lorsque l’homme et la femme s’arrêtèrent.L’homme introduisit une clef dans la serrure d’une porte, et dit, en s’adressant à la négresse : —Allons, dépêchcs-toi, Cora ; nous avons promis au portier et au cocher d’aller les rejoindre, et d’ailleurs, les fantaisies do ces belles dames m’impatientent.Si elle ne veut ni manger ni boire, il est inutile de vouloir la forcer.—C’est l’ordre du maître ; il a dit que je devais aller la voir toutes les heures, et tâcher que le chagrin ne la rende pas malade.—Bon, bon, va vite, tandis que je vais moucher la lampe.A mon avis, toutes les femmes, qu’elles soient noires ou blanches, ne valent pas la peine qu’on se donnent pour elles.La négresse entra avec le plateau, et l’homme, reculant de quelques pas, s’appuya contre le mur, et se mit en train d’arranger la mèche do sa lampe qui, par parenthèse, fumait horriblement.Il y eut un bruit de voix danï la chambre.La négresse adressa quelques questions, d'un son guttural, et une autre personne lui répondit.Georges eut peine à retenir un cri de joie.Cette voix, qu’il venait d’entendre, c’était celle d’Emma.— Vous ne voulez pas manger, vous ne voulez pas boire, mademoiselle» dit la négresse,.pourquoi alors ne vous couchez-vous pas ; .pourquoi abîmer ainsi vos yeux ù force de pleurer ?que dira notre maître ?— Votre maître est un misérable, et peu m'importe ce qu’il dira.Allez ! laissez-moi ! La négresse murmura des paroles inintelligibles et revint à la porte.En sortant avec son plateau, elle appela l’homme et lui dit de donner un tour do clef à la serrure.Ce deruior, qui était tout occupé de sa lampe, répondit qu’elle pouvait bien attendre un moment, et la vieille femme, curieuse de voir ce qu’il faisait, se pencha vers lui.Ils tournèrent ainsi le dos à Georges France, durant quelques secondes, mais ces quelques secondes furent suffisantes.Prompt comme l’éclair, il s’élança en avant, et, silencieux comme un fantôme, glissa dans la chambre sans avoir été aperçu.Un instant après, l’homme tourna la clef dans la serrure, et la retira, puis, lui et la négresse s’éloignèrent en suivant le corridor.Les oreilles de Georges ne l’avaient pas trompé.La voix qu’il avait entendue était bien celle d’Emma, et Emma Kera-deuc se tenait là devant lui.Mais qu’elle était changée ! Ses grands yeux étaient obscurcis par les larmes, et sa chevelure tombait négligemment sur ses tempes.Elle était assise à une petite table, la tête appuyée sur sa main ; et en voyant entrer Georges, elle avait bondi sur ses pieds.Mais, par un geste rapide, celui-ci arrêta le cri prêt à s’échapper de ses lèvres.Elle demeura droite, pâle et immobile, mais la figure illuminée par l’espérance, car son cœur lui disait que c’était pour la sauver qu’il était là.Ils restèrent ainsi quelques moments en silence, tandis qne les pas de la négresse et de son compagnon s’éloignaient dans le corridor.Lorsque tout bruit eut cessé, Emma, lui dit Georges, je suis venu mettre ma vie à vos pieds ; je suis venu pour vous sauver ou mourir ! Elle le regarda un instant, car son cœur était trop plein pour qu’elle put parler.Son espérance était devenue une réalité, et elle lisait dans ses yeux qu’il la sauverait.Georges ! murmura-t-elle, emmenez-moi de cette maison, si vous ne voulez pas que je meure ! C’est pour cela que je suis venu, répliqua le jeune homme.J’ai juré de vous arracher des griffes de cet homme, et do punir l’audace.Xon, non, dit-elle d’une voix où il y avait un tremblement de crainte ; ne parlez pas de punir.Cet homme est un ennemi dangereux, terrible.Ne le provoquez pas, je vous en supplie, n’allez pas au devant de la mort, car de quoi 11 est-il pas capable.Georges sourit.— Le nom de Rodolphe Mortagnc ne m'épouvante pas, dit-il.Mais avant de nous occuper de lui songeons à sortir d’ici.Vous ne craignez pas de vous fier à moi et.il hésita en ajoutant, et à Chariot ?Chariot ! s’écria Emma.Ce bon et cher Chariot est ici ?Ici5 pas exactement, mais tout près.Il fait la garde dans la cour.Il a voulu absolument m’accompagner en Angleterre, et le fait est qu’il était disposé à me suivre jusqu’au bout du monde, du moment qu’il s'agissait de vous chercher. — Brave et cher Chariot ! répliqua la jeune fille.Je ne saurai jamais a3gez ie remercier.Il est pour moi comme un frère.Georges France n’était pas tant s’en faillait un égoiste, mais on ne saurait dissimuler qu’en attendant le mot de frère mêlés aux éloges qu’on faisait de Chariot, son cœur se trouva considérablement soulagé, et co fu* d’une voix pleine d’une joyeuse espérance qu’il répondit : — Oui, Chariot est un bon et rioble garçon, et il vous aime sincèrement.— Je le sais, répondit Emma tranquillement.Nous avons été élevés ensemble, et il me sera toujours cher.— Moi aussi je serai son ami, dit ce dernier, car moi aussi, je l’aimo comme un frère.Puis, changeant aussitôt de ton, il continua : il faut fuir, et fuir tout do suite, car chaque minute que nous passons ici augmente notre danger.jeune fille frissonna et regarda autour d’elle avec effroi.— Oui,vous avez raison, répliqua-t-elle; la négresse m’a parlé de son retour prochain.Mais quelque chose me dit que j’aurai encore beaucoup à souffrir de cet homme.— Votre main tremble, vous pâlissez ! dit Georges, parlez ! doutez- vous de mon courage ‘i — Je ne doute ni de votre courage ni de votre volonté.Mais cette maison lui appartient, les domestiques sont des créatures à lui, et tout prêts à obéir à scs ordres.Si vous saviez seulement comment il a menacé, et quel mystérieux pouvoir exerce cet homme.— Emma! dit Georges ; avez vous confiance en moi, comme une fille aurait confiance dans l'affoction de son père, dans 1 honneur éprouve d un ami ?La jeune fille répondit sans hésitation : — J’ai confiance en vous, Georges, jutant qu’on puisse en avoir, vous, et vous seul pouvez me soustraire a cet homme : protegez-moi, defendez-moi ! Dans une terre étrangère, entourée de périls, je n ai que vous à qui je puisse me fier, et, ajouta-t-elle a voix basse et eu levant les yeux, je me fie entièrement à vous ! Soudain, un cri prolongé qui sembla s’élever de terre et passer devant la fenêtre les fit tressaillir.— C’est le cri de quelque oiseau, dit Georges.— C’est Chariot ! murmura Emma.Quand noua étions enfanta, nous imitions souvent le cri des oiseaux do mer, et cela nous servait de signal lorsque nous errions dans les bo’13.— Il nou3 avertit de quelque danger, dit Georges en s’approchant do la fenêtre et en cherchant à regarder dehors.Je l’ai laissé dans une sorte de jardin, caché au milieu des arbustes et des plantes.— Il faut alors qu’il soit venu de ce côté de la maison, sur laquelle donne la fenêtre, fit observer Emma.17 — C’est vrai, répliqua France, et il nous a reconnus h nos ombres.Il ouvrit doucement la fenêtre, et regarda dans le jardin.Une figure sortit aussitôt de l’ombre des arbres, et fit des gestes d’impatience.La fenêtre était à une trop haute distance do terre pour qu’on pût prudemment échanger dos paroles; mais quand Chariot, car c’était bien lui, vit qu’il était observé, il leur fit signe de se hâter et leur indiqua la base de la maison.— Il a découvert quelque issue, une porte, peut-être, dit Georges, en se tournant vers la jeune fille.— Je sais qu’en effet il y en aune presque sous cette fenêtre, répliqua-t-elle ; j’ai souvent vu des personnes entrer et sortir par là.Il y a un escalier à l’extrémité ouest du corridor, et c’est par là, je crois, que la négresse descend à la cuisine.— Avez-vous un manteau ?— Oui.Emma passa dans une pièce voisine, et revint un moment après enveloppée dans un manteau blanc, dont elle rabattit le.capuchon sur son visage.Durant ce temps, Georges avait examiné la serrure de la porte qui, ainsi qu’on se le rappelle, avait été soigneusement fermée par la négresse.— Si j’avais seulement un couteau, dit-il ; je crois que je parviendrais à pousser le pèue sans bruit.— Cela suffira-t-il ?demanda la jeune fille.Georges tressaillit et pâlit en la voyant tirer d’entre les plis de sa robe un poignard d’un très-beau travail.Tout en tirant le poignard de sa gaîne et en regardant la lame, Georges songea au docteur Raymond et aux étranges paroles qu’il avait prononcées.Mais le temps était précieux : il introduisit le bout de la lame dans la serrure et réussit à pousser le pêne.Un instant après, lui et Emma glissèrent sans bruit le long du corridor: ils trouvèrent Pescalier comme l’avait espéré la jeune fille.Au bas, ils virent plusieurs portes qui donnaient sur un passage, et qu’ils purent distinguer dans l’obscurité.Résolus à ne s’arrêter que quand ils seraient hors de la maison, ils filèrent lestement devant ces portes, en fesant le moins de bruit possible.Au bout du passage, ils trouvèrent un autre escalier qui conduisait à une salle voûtée, pavée en pierres, d’un côté de laquelle était une porte barrée.D’après sa position, il était clair que s'ils avaient chance de s’échapper de cette mystérieuse maison, c’était par là qu’ils devaient tenter.Cette porte fermée faisait face à une autre qui était ouverte, et de l’intérieur de laquelle sortait un rayon de lumière, c’était une vaste cuisine, et la réflexion qu’ils voyaient sur la muraille était celle d’un feu de charbon qui brûlait dans la cheminée.La cuisine était vide.Ceux qui devaient l’occuper étaient, sans doute, avec le cocher et le portier.Il n’y avait pas de temps à perdre.Georges se précipita vers la porte donnant sur le jardin.Les barres furent enlevées, la clef, qui était restée dans la serrure, tourna sans difficulté, et la barrière qui les séparait de la liberté roula lentement sur ses gonds, ils étaient en face de Chariot ; ils étaient libres ! Libres ?Il leur restait encore la cour à traverser, la rue à atteindre avant d’être hors de danger.xvi.UNE SURPRISE.—TOUT EST PERDU.Georges, Chariot et Emma tournèrent la maison, et reprirent le chemin par lequel les deux premiers étaient entrés dans le jardin.Heureusement la lune était cachée derrière de gros nuages, et l’espace qu'ils avaient à franchir était dans l’ombre.Chariot passa le premier, pour ouvrir la porte.Il était suivi de près par Georges et Emma Keradeuc.Celui-ci avait ôté son pardessus et l’avait jeté sur les épaules de la jeune fille, de peur qu’ils ne fussent trahis par son vêtement blanc, si quelqu’un venait à sortir de la maison.Dans ce pardessus étaient les pistolets de Chariot, que Georges avait oubliés.Ils atteignirent la porto que Chariot avait entr’ouverte assez pour qu’ils pussent passer ; cela fait, le jeune marin la referma doucement, et les rejoignit dans la rue.Tous eurent un long soupir de soulagement.Emma Keradeuc était libre ! Ils marchèrent lentement, Georges soutenant la jeune fille, et Chariot les précédant, à une petite distance, et étant sur le qui-vive.Ils étaient déjà sortis de la rue, et avaient pénétré dans une autre tortueuse et sombre, quand Emma Keradeuc s’arrêta soudainement, et joignit les mains avec un geste de désespoir.— Cruelle! égoïste! que je suis, s’écria-t-elle; est-il possible que je n'aie pas eu une pensée pour cette pauvre Jeanne, qui est restée au pou* voir de cet homme.— Jeanne ! quelle Jeanne ! demanda Georges.— l'as lu fille de la mère Mathieu ?ajouta Chariot, elle est morte.— Non ! non ! elle est enfermée quelque part dans cette terrible maison. On lui avait permis de m’accompagner ; mais dès l’instant où j’ai mis le pied là, je ne l’ai plus revue.Les deux jeunes gens se regardèrent avec étonnement.Ils se consultèrent rapidement.Retourner sur leurs pas serait une folie.D’ailleurs, ils auraient le temps de réfléchir quand Emma Keradeuc serait en sûreté.Ils étaient arrivés presque à la hauteur du pont de Trafalgar, lors-qu’Emma, qui n’avait pour chaussures que de légères pantoufles de satin, trébucha et poussa un cri étouffé de douleur.— Vous vous êtes fait mal ?demandèrent simultanément Georges et Chariot.— Non, répondit-elle vivement ; c’est peu de chose ; mon pied a tourné sur une pierre, et la cheville.Elle s’arrêta en étouffant un autre gémissement, et elle serait tombée si Georges ne l’avait soutenu.— Elle s’est évanouie! cria ce dernier; des pieds comme les siens ne sont pas faits pour se briser sur un pavé aussi détestable.— Plaçons-la sous cette porte, dit Chariot ; elle sera abritée contre le froid qui est assez piquant, tandis que je tâcherai de trouver une voiture- La porte sous laquelle ils s’arrêtèrent semblait appartenir a 1 une de ces vieilles maisons comme il y en avait beaucoup dans le quartier, qui tombaient en ruines, et (jui n’étaient plus habitées que par les rats.Georges, qui était resté près de la jeune fille, tandis que Chariot était à la recherche d’une voiture, entendit soudainement le sabot de chevaux sur le pavé.Vite, Chariot, cria-t-il ; la couleur revient à ses joues, et une lois dans la voiture.Avant qu’il eût achevé sa phrase, une main se posa sur son épaule, et une voix sourde lui dit à l’oreille : — Je suis revenu à temps, et juste à temps, il paraît ; cinq minutes plus tard et l’oiseau était envolé.Avec un cri, un cri d’étonnement et de rage, Georges bondit sur ses pieds.Il avait reconnu la voix de Rodolphe Mortagne ! Lit, devant lui, en effet, se tenait calme et triomphant l’homme qu’il détestait le plus au monde.Il y avait sur son visage un sourire moqueur, il avait les bras croisas, et regardait Georges d’un air de dédain.Près de lui, était un homme à cheval, et qui tenait par la bride celui d’où Mortagne avait sauté à terre.— Misérable ! cria Georges ; je vous rencontre enfin ! — Enfin ! répéta Mortagne en haussant légèrement les épaules ; Iran- chement, j’ignorais que vous me cherchassiez.C’est un honneur dont je tâcherai de me montrer digne.— Je vous connais, Rodolphe Mortagne.— Moi, je sais qu’on vous appelle Georges France ; quant à un autre nom, je ne vous en connais pas encore.En parlant ainsi, Mortagne, par un mouvement soudain et agile, se plaça entre Georges et Emma Keradeuc.— Arrière ! infâme ! cria France en saisissant son poignard ; mais» hélas ! ses pistolets étaient dans le pardessus dont il avait entouré notre héroïne.Mortagne fit entendre un rire sardonique.— Il paraît, dit-il, que nous allons avoir à nous disputer cette demoiselle ; soit, la fortune de la guerre en décidera.L’homme à cheval avait fait un mouvement pour s’interposer, et l’on entendit le bruit d’un pistolet qu’on armait.— Recule un peu, Matteo, et ne fais rien sans mes ordres, dit Mortagne sèchement et d’un ton de commandement.C’est un duel entre deux gentilshommes, et je ne voudrais pas priver ce monsieur de ses chances.Les yeux animés par la colère, et le poignard levé, Georges s’avança sur son adversaire.Celui-ci, reculant de quelques pas, prit également son poignard, et roulant son manteau autour de son bras gauche, attendit l’attaque avec calme.Les deux rivaux étaient maintenant face à face, silencieux et immobiles, le pied avancé, la main prête et l’œil en alerte.Tous deux étaient ardents au combat, et cependant l’un et l’autre hésitaient à porter le premier coup.Auprès d’eux, et immobile comme une statue, se tenait a cheval celu* que Mortagne avait appelé du nom de Matteo.D’une main, quoique à moitié cachée, il tenait le canon d’un pistolet ; dans l’autre, il avait la bride du cheval de Rodolphe.Les deux adversaires se mesurèrent de l’œil, et chacun lut dans le regard de l’autre une inimitié implacable.Georges fut le premier à commencer l’attaque.Furieux du calme que montrait Mortagne, il se précipita sur lui, mais celui-ci para adroitement le coup, tout en faisant quelques pas en arrière.— Fou! murmura-t-il entre scs dents serrées; crois-tu, avec ton jeu d’enfant, triompher d’un homme dont l’éducation a commencé avec les Italiens, et s’est achevée chez les Malais ?Toujours reculant, Mortagne demeura sur la défensive, jusqu’au moment où son dos toucha au mur adjacent ; alors, changeant de tactique, il se jeta de coté, se pencha presqu’à terre, et, comme un tigre des forêts de la Malaisie, sauta sur son antagoniste, l’entoura de son bras gauche, et leva sa main droite dans laquelle brillait son poignard.Mais Georges était sur ses gardes, et, par un mouvement également rapide, réussit à parer le coup.Ce fut à qui des deux saisirait le bras droit de l’autre, et frapperait le coup fatal qui déciderait le combat.Si Mortagne avait l’avantage par sa science, Georges était plus que son égal en force, et il se défendait avec la plus grande énergie, sans cependant parvenir à percer les plis du manteau qu 011 lui opposait.C’est qu’aussi, nous avions oublié do le dire, la pointe de son poignard s’était cassée en poussant la serrure de la chambre où était enfermée Emma Keradeuc.— Faut-il tirer, signor ?demanda l’homme à cheval.J’entends les roues d’une voiture (pii vient par ici ! — Non, répondit Mortagne ; c’est à moi de régler mon compte avec M.Georges France.— Misérable ! cria ce dernier, ; si l’acier est impuissant'je t’étranglerai ! — L’acier d’un poignard n’est jamais impuissant, répondit Rodolphe, d’un ton moqueur.Il a été trop souvent mon ami pour me faire défaut en ce moment.En parlant ainsi, il leva la main droite que Georges avait lâchée en voulant le saisir à la gorge.Il y eut un cri, un cri de triomphe poussé par Mortagne.Les deux combattants se serraient si fort qu’ils roulèrent ensemble sur la terre, qui se rougit d’un flot de sang.Tous deux étaient tombés, mais un seul se releva.Ce fut Mortagne ! Il rit de sa façon railleuse, et essuya tranquillement la lame de son poignard à son manteau.— Qu’en dis-tu, Matteo ?demanda-t-il en s’adressant à son compagnon, qui sauta alors à bas de cheval, un combat est bientôt fini, n’est-il pas vraiy — Il aurait pu se terminer moins à votre satisfaction, si son poignard avait été autrement.Et Matteo lui montra l’arme qu’il avait prise de la main de Georges.— C’est vrai, la pointe est brisée ; cola a été heureux pour moi, car il no se défendait pas mal pour un novice.— Qu’est-ce qu’on va faire de cette carcasse ?demanda Matteo en poussant du pied le corps de Georges France, mais sans chercher à le relever.— Laissons-le où il est, répondit Mortagne.Il a des amis près d’ici, puisqu’il m’a pris pour l’un d’eux.Mais voilà le bijou qui mérite notre attention, ajouta-t-il en prenant Emma Keradeuc dans ses bras, Aide-moi à la placer devant moi à cheval, et hâtons-nous; le jour va paraître, et nous avons du chemin à faire.Avec l’assistance de Matteo, Rodolphe posa la jeune fille sur son cheval» sauta lui-même en selle, et la soutint en l’entourant de son bras.— Quel est ce bruit ?dit-il ; quelque voiture qui entre dans la rue ! — C’est la voiture dont je parlais tout à l’heure.Maisbast! elle va comme une tortue.Nous n’aurions guère sujet de nous presser, si nous n’avions une autre poursuite à craindre.— A craindre ?Pour plusieurs raisons, je veux éviter cette poursuite) mais je ne la crains pas.Allons, en selle, et vite, sans quoi nous aurions des démêlés avec la police, vous me rejoindrez à la barrière.Matteo obéit, et tous deux sortirent de la rue, au moment où le fiacre y entrait par l’autre extrémité.La voiture s’arrêta devant la porte où s’était livré le combat.Charlo^ sauta à terre, et tomba agenouillé auprès du corps de son ami.XVII.IL N’EST PAS MORT.— UN SECOURS INATTENDU.Il serait impossible de trouver des mots pour exprimer le chagrin ot la douleur qu’éprouva Chariot, en voyant quel événement, terrible s’était passé durant son absence.Georges France blessé, peut-être dangereusement ; Emma Keradeuc de nouveau prisonnière, car il ne doutait pas que tout cela ne fût l’œuvre des gens de Rodolphe Mortagne.Il s’était penché sur son ami pour examiner sa blessure, quand le claquement d’un fouet lui fit relever la tête.Le cocher, après avoir rassemblé les rênes de ses chevaux, s'apprêtait ;i s’en aller.Chariot le pria d’arrêter.— Non, non pas, répliqua l’automédon ; je ne veux rien avoir à faire avec tout cela.Vous pouvez assassiner qui vous voudrez, je m’en inquiète peu.mais vous ne ferez pas un cercueil de ma voiture.— Mais mon ami va mourir au bout de son sang.— C’est son affaire.—Mais je suis étranger dans ce pays.—C’est votre affaire.La mienne est de veiller sur ma voiture et ma réputation, et je ne souffrirai pas que l’une ou l’autre ait à souffrir pour le service de personne.La dernière partie de cette réponse fut perdue pour Chariot, car quand il acheva sa phrase il était déjà loin.—Qu’cst-cc que je vais faire ?murmura Chariot en voyant le cocher s éloigner.A qui demander secours ? —Au docteur Raymond, dit une voix derrière lui.Il se retourna et vit penché sur le corps de Georges le docteur noir.Il avait ouvert le gilet de Georges, et examinait la blessure.Le poignard a rencontré une côte, qui, heureusement, a fait dévier le coup qui aurait pu être fatal, dit-il.Votre ami a été insensé d’oser attaquer un homme comme Mortagnc, avec une arme pareille.Il indiqua le poignard brisé qui était aux pieds de Chariot.—Rodolphe Mortagne ! s’écria ce dernier, impossible.—Pourquoi cela ?—Il ne devait pas revenir avant quelques jours ; vous nous l’aviez dit, et j’avais entendu moi-môme ses domestiques émettre cet avis.Le docteur sourit.—Mortagnc est un de ces hommes dont il est toujours difficile de deviner les mouvements, dit-il.Il soupçonnait le-danger, et pour lui, soupçonner le danger, c’est courir au devant, et souvent, comme dans ce cas en triompher.— Vous parlez de cette homme avec bien de la chaleur, dit Chariot quelque peu irrité des éloges qu’il entendait faire.— Je parle de lui comme il le mérite, répondit le docteur Raymond.— Vous avez dit qu’il était votre ennemi.—Je n’ai rien dit de pareil.J’ai dit que j’étais moi, son ennemi, son ennemi amer et implacable.Mais en voilà assez ; je n’ai pas 1 habitudo qu’on m’interroge.Je suis ici pour vous aider et je vous aiderai, à mon heure, et à ma manière.— Mais si mon ami n’est pas immédiatement tiré d’ici, il va mourir, et puis, le jour vient.— Georges France vivra ; sa blessure n’est pas dangereuse quoique le coup ait été porté par une main qui est généralement sure.Quand j’ai vu briller ce poignard, j’avouo que j’ai cru votre ami perdu.Chariot, qui était penché sur Georges, bondit sur scs pieds.— Vous avez vu! s’écria-t-il.Raymond, toujours agenouillé, indiqua une fenêtre voisine.— J’étais là, dit-il.— Et vous n’avez pas empêché ce qu’on peut appeler un meurtre ?— C’eût été une folie de ma part, répliqua le docteur froidement.— D’avoir sauvé mademoiselle Keradeuc ! continua Chariot, avec indignation.— Que me fait moi votre mademoiselle Kcrade uc ?Croyez-vous que je tienne le moins de monde à la vie du cet homme que je pourrais laisser mourir à mes pieds, si lui, vous et elle n’étiez tous des instruments dont je me sers pour arriver un but ?— Et ce but ?demanda Chariot.— Il ne me convient pas de vous le faire connaître.Qu’il vous suffise de savoir qu’en travaillant pour moi, je travaille pour vous.Il faut quo la coupe que je porterai à ses lèvres soit pleine, et il la boira jusqu’à la dernière goutte.Il y eut un moment de silence, puis, désignant Georges, le docteur reprit : — Ne craignez pas pour la vie de votre ami ; je me chargerai de sa guérison.Je n’aurai qu’à appliquer sur sa blessure le jus de quelques herbes, dont je connais le secret, et avant demain soir, il sera de nouveau sur la route.— Quelle route ?— La route qui le conduira auprès de mademoiselle Emma, s’il a assez de courage pour la suivre, et assez de prudence pour échapper aux dangers qu’il rencontrera.Mais nous n’avons pas de temps à perdre : c’est en agissant, plus qu’en parlant qu’on arrive à de grandes choses.°I1 fit entendre un coup de sifflet, en se tournant vers la fenêtre de la maison, d’où il avait assisté au duel entre Georges France et Rodolphe Mortagne.La maison qui était soutenue par d’énormes poutres, était à toute apparence, dans un véritable état de ruines, et menaçait do s’écrouler complètement d’un moment à l’autre.La porte de cette maison s’ouvrit, et deux hommes en sortirent.Ils avaient le teint noir même plus que le docteur ; et, à leur costume, on les aurait pris pour des Algériens, ou pour employer une expression plus large pour des Africains.Us s’approchèrent du docteur Raymond, en levant les mains et en les portant à lti hauteur de leurs fronts, avec un air de profond respect.Prenez ce corps, et portez-le dans la maison, dit le docteur en leur parlant dans un langage étranger.Les hommes obéirent.Chariot, qui n’était pas absolument sans appréhension au sujet de ce mystérieux docteur, le suivit en se promettant d’avoir bien les yeux ouverts sur ce qui se passerait.XVIII.LE DEl'ART.LA SEPARATION Les Indiens suivirent un étroit corridor, et monteront un escaliei dont les marches craquaient sous leurs pieds.Us étaient suivis par le docteur Raymond et Chariot.Arrivés dans une petite pièce assez mesquinement meublée, les Indiens placèrent Georges sur un lit, et, à un signal du docteur, levèrent les mains à leur tête, s’inclinèrent, et quittèrent l’appartement.Le docteur et Chariot se tenaient debout près du lit ; ce dernier con- templait avec anxiété le visage de son ami, qui était d’une pâleur de marbre.— Il a déjà la figure d’un mort, dit-il au médecin; êtes-vous sûr qu’il ne va pas mourir ?Le docteur sourit.— Sa vie est dans mes mains, répliqua-t-il.— Vous m’avez promis de le sauver ! s’écria Chariot vivement.— Ne craignez rien, je le sauverai.Bien plus, ne vous ai-je pas promis que demain, avant que le soleil se couche, cet homme que vous voyez étendu là sans force et presque sans vie, sera en selle, et en route pour délivrer mademoiselle Keradeuc ?Le docteur se pencha vers Georges France, et entrouvrant sa chemise, examina de nouveau la blessure.— Fiez-vous à moi et tout ira bien, dit-il.Je n’ai aucun intérêt à vous tromper.Si telle avait été mon intention, vous ne seriez pas ici, et votre ami que voilà n’ouvrirait plus jamais les yeux, car si la blessure était petite?le poison était subtil.— Le poison ! s’écria Chariot, en bondissant sur scs pieds.Le docteur Raymond sourit en le regardant d’un air moqueur.— Celui qui veut s’attaquer aux serpents, dit-il, doit prendre garde 11 leurs morsures, et se pourvoir d’un antidote.Heureusement j’étais la.Veillez bien et soyez patient, je reviendrai bientôt.La porte se ferma.il était parti.Chariot trempa un linge dans le bol, et, s’asseyant à coté du lit, il bai' gna les tempes de son ami, avec une adresse presque féminine.Drolo d’individu que ce médecin, so dit-il, tout en faisant son office de garde-malade ; mais que peut signifier tout ce mystère ?S’il veut réelle* ment du bien à mademoiselle Keradeuc, pourquoi n’est-il pas resté lui-même auprès de Georges et ne m’a-t-il pas indiqué tout de suite le chemin à suivre ?Et penser aussi, que la pauvre Jeanne Mathieu est prisonnière dans cette horrible maison ! Quel bonheur ce sera pour sa vieille mère, qui la croit morte, de la serrer de nouveau dans ses bras ! Le temps s’écoula, et Chariot était encore plongé dans ses réflexions, quand Georges ouvrit lentement les yeux, et regarda autour de lui avec étonnement.Où suis-je ?murmura t-il, à voix basse, et comme s’il s’éveillait d’un songe.Chariot, surpris et embarrassé par cette question inattendue, ré pond il involontairement : — Où nous sommes, je n’en sais rien, mais dans la maison d’un ami, je < suppose, puisque c’est le docteur noir qui vous a fait transporter ici.Par un mouvement subit, Georges se souleva sur le coude.Il avait reconnu la voix de son compagnon. — Chariot ! Chariot ! dit-il vaguement, comme quelqu’un qui rassemble ses pensées, comment se fait-il que tu sois ici ?Soudain la mémoire païut lui revenir.Il poussa un cri, et saisissant Chariot par le bras, il le regarda fixement en face.— Ouest Emma?demanda-t-il; qu’est ce qu’ils en ont fait?Parle! Iléponds-moi ! Est-elle en sûreté ?Chariot ne répondit pas.Que pouvait-il dire ?La vérité pouvait être dangereuse dans l’état de faiblesse où était son ami.Celui-ci vit son hésitation, et en devina la cause.— Je devine tout ! s’écria-t>il ; elle est retombée en son pouvoir ! ne crains pas de tout me dire, entends tu ?tout, car il est préférable que tu ne me caches rien.l’anxiété, le doute me seraient insupportables.— Elle n'est perdue que pour un temps, répliqua Chariot, ému par le ton suppliant de son ami.Il a promis de nous mettre sur la trace du misérable, et si seulement vous pouviez rester tranquille pour l’instant monsieur Georges, demain à pareille heure nous serions en chasse.—II.qui?demanda France.— Le docteur noir.le docteur Raymond.Alors voyant que le danger servait plutôt à irriter sa curiosité qu’à la satisfaire, Chariot lui raconta tout ce qui était arrivé depuis le moment, où, en arrivant avec le fiacre, il l’avait trouvé baignant dans son sang.Georges l’écouta avec avidité, s’étonnant de l’étrange intérêt que le docteur Raymond semblait prendre à scs mouvements, et de sa mystérieuse réapparition à l’heure où il avait le plus besoin de ses secours.A son tour, il raconta à Chariot l’arrivée soudaine de Mortagne, le combat qui avait suivi l'incident du poignard brisé, et le reste.Cependant le docteur Raymond rentra bientôt.— Est-ce qu’elle serait empoisonnée ?murmura-t-il d’une voix si basse que Chariot ne put l’entendre.Quand Mortagne frappe, il est généralement sûr de son coup.J’agirai comme si elle l’était, à tout hasard.Il tira de sa poche une petite trousse en cuir, l’ouvrit, et laissa voir a Chariot, qui regardait dedans avec une émotion assez vive, une douzaine de petites bouteilles remplies de diverses couleurs.Le docteur en choisit une, et donnant la trousse à tenir au jeune marin, il se pencha sur Georges.— Le sang cesse déjà de couler, dit il.C’est comme je l’attendais ; mais il est encore temps.Il ôta le bouchon en cristal de la fiole, et laissa tomber quelques gouttes de son contenu dans la blessure.Puis il reprit la trousse des mains de Chariot, remit la bouteille à sa place, et tira de l’une de ses poches un morceau de toile qu’il imbiba soigneusement du contenu d’une autre bouteille.Cela fait, et après avoir appliqué le morceau de toile sur la blessure, le docteur choisit un troisième flacon, ouvrit, non sans quelque difficulté, les dents du malade, et versa dans sa bouche quelques gouttes d’un liquide brillant et clair comme de l’eau.L’effet fut magique.La respiration qui était presque entièrement suspendue, redevint visible ; et au bout de quelques minutes la poitrine se souleva avec régularité.La couleur revint aux lèvres et aux joues, et quoique les yeux restassent encore fermés, il était clair que la mort avait lâché sa proie qui dormait maintenant d’un sommeil réparateur.Le docteur se tourna vers le jeune marin.— Mes drogues n’ont pas perdu leur pouvoir, dit-il, la blessure se cicatrise déjà, et dans quelques heures votre ami sera debout.Chariot allait exprimer toute sa reconnaissance ; mais la froideur du médecin le paralysa.— Il faut que je vous quitte, dit ce dernier ; mais je reviendrai bientôt, et je vous dirai quel chemin vous devrez prendre.Une fois sur la trace, vous n’aurez plus qu’à la suivre rapidement et avec précaution, car de votre prudence dépendra le résultat.— Les délais sont dangereux, répliqua Chariot, en songeant à Emma Keradeuc, mais 011 ne peut les éviter, sans doute.— Ne bougez pas d'auprès de votre ami avant que je sois de retour» continua le docteur, et jusqu’à ce qu’il s’éveille, ce qui aura lieu dans une heure, baignez lui le front et les tempes avec la lotion que j’ai versée dans ce bol.Tout en parlant, il s’approcha de la porte, l’ouvrit, et s’arrêta sur le seuil.Georges, qui s’était à demi soulevé sur le lit, s’assit tout à fait.Le docteur noir avait prophétisé vrai, le changement était miraculeux.— Je n’éprouve pas de douleur, dit-il, seulement une petite faiblesse.Pourquoi ne partirions-nous [tas tout de suite ?Il voulut se lever, mais il chancela aussitôt, et si Chariot ne 1 eut retenu dans ses bras, il serait tombé.— Non, dit le jeune marin, en secouant la tète, il faut attendre le docteur; si quelqu’un peut vous remettre promptement sur vos jambes, monsieur Georges, c’est lui assurément.Ainsi veuillez donc vous reposer tranquillement jusqu’à son retour, qui ne se fera pas longtemps attendre, car quelque chose me dit qu’il est tout autant que nous intéressé dans tout cela, quoique par des motifs différents.Georges suivit le conseil du jeune marin, et celui-ci, pour calmer son impatience, lui raconta l’histoire d’Emma Keradeuc.C’était la première fois qu’il entendait dans scs détails le récit du naufrage, et comment elle avait été sauvée par le chien de M.de Moidrey. — Je ne crois pas que jamais un chien ait été plus aimé que ne le fut celui-ci par tous les habitants de Saint-Germain, dit-il ; quand il mourut, il y a quelques années, on l’enterra dans cette partie de la propriété de Moidrey qui a vu sur la mer.Tout le monde voulut y assister, et Mlle Emma marchait en te te de la procession.Je m’en souviens comme si c’était hier, quoique je ne fusse qu’un enfant à cette époque.Mlle Emma pleurait à fendre le cccur.— C’est étrange, répliqua Georges, après plusieurs minutes de réflexion,.mais aux souvenirs de mon enfance se mêle aussi l’image d’un noble chien.Ce fait est que c’est le seul souvenir que j'ai conservé des premiers temps do ma vie, celui-là est le visage plein de douceur d’une femme, qui m’embrassait avec amour et tendresse, et que je suppose être ma mère.— Vous ne l’avez jamais connue ?demanda Chariot.Jamais .ni mon père ni ma mère.Ma vie commence au temps où, petit enfant, je fus recueilli dans un bateau, par le capitaine d’un navire américain.Comment je me trouvais là perdu au milieu de l’Atlantique, à des centaines de lieues de tout rivage,.c’est un obstacle que, probablement, le temps ne fera que rendre plus obscur.— Et vous n’avez aucun indice qui puisse vous mettre sur la trace de vos parents ?— Aucun ; excepté, comme Emma Koradeuc, le souvenir que j’ai d’avoir eu pour compagnon de mes jeux, un gros chien, et cette douce image de femme qui se penchait sur moi en me souriant.Rien n’est clair.rien n’est défini.une vague confusion de scènes et de figures m’échappent au moment où jo veux les saisir.Longtemps ils continuèrent à parler ainsi.Tout à coup, la porte s’ouvrit sans bruit, et le “ docteur noir, ” comme Chariot l'appelait, glissa dans la chambre.Après avoir félicité son malade sur son état qu’il trouva sensiblement mélioré, et l’avoir assuré que, avant la fin de la journée sa guérison serait complète, s’il voulait continuer à se laisser guider par lui, le docteur coupa court aux remerciements que Georges s’apprêtait à lui faire.— Je vous ai déjà dit que c’est pour moi, et nullement par amitié ou affection pour vous, que vous me trouvez êtro votre ami, dans ces circonstances, dit-il ; je ne mérite pas les remerciements et je n’en désire aucunement.Et vous nous aiderez à découvrir la nouvelle prison où ce misérable veut enfermer cette jeune fille ?demanda Georges.—C’est déjà fait.—Où est-elle maintenant ?s’écrièrent à la fois les deux jeunes gens.—Cela, je ne puis vous le dire.Mais elle se rend dans le Devonshirc, près clc la mer.Rodolphe Mortagne a acheté là ou loué un vieux château ou une tour, et c’est dans cette tour qu’il la conduit.—Vous savez comment elle se nomme ?—La tour du Phare.D’après la description qu’on m’en a faite, elle est située sur un rocher, comme je vous l’ai dit, au bord de la mer.—Nous allons partir tout de suite, s’écria Georges, qui s’était levé une seconde fois.—Ce serait une folie.Mortagne a prévu le cas où il serait poursuivi ; mais si scs soup
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