Le passe-temps, 1 janvier 1947, v. 53, no 908
Lpâsôélcmps REVUE ARTISTIQUE FONDEE EN 1895 NOUS ATTIRONS L'ATTENTION des parents et des éducateurs sur le "Plaidoyer pour le musicien amateur", qui paraît en page 20 du présent numéro.On ne peut trop insister sur l'importance de la musique au foyer, non pas de la musique choisie et imposée par la Radio, mais la musique jouée par les membres de la famille et par les invités.Il faut bien avouer qu'aux Etats-Unis et dans les milieux anglo-canadiens l'enfant reçoit une meilleure formation musicale que chez nous.Certes, dans tous les couvents et collèges, on enseigne — beaucoup mieux qu'autrefois — le piano, le violon, etc.Mais l'étude d'un instrument ne devrait-il pas être autre chose qu'un moyen de parvenir à la connaissance musicale ?Formons donc de bons musiciens amateurs — instrumentistes et chanteurs — et nous aurons une élite nombreuse capable d'apprécier le Beau musical.Car ne n'est pas d'amateurs de musique dont nous avons besoin.Seul le bon musicien amateur crée le climat favorable à l'éclosion de grands artistes.f f * "Le Passe-Temps" de ce mois-ci est vraiment une revue musicale internationale.Il contient des articles de Marie-Eve, correspondante du "Passe-Temps" à New-York ; Henri Erichson, correspondant du "Passe-Temps" à Paris ; Maurice Dumesnil, professeur de musique au Michigan State College ; William Sherwood, homme d'affaires et musicien de Chicago ; Marius Barbeau, du Musée National d'Ottawa ; Marcelle Lacroix, correspondante du "Passe-Temps" à Québec ; J.-E.Gosselin, de Saint-Hyacinthe ; etc.SOMMAIRE MARS 1947 — No 908 • THEMES ET VARIATIONS .2, 3 CONVERSATION AVEC WILFRID PELLETIER par MARIE-EVE.4 UN GRAND MUSICIEN: GABRIEL DUPONT par Maurice DUMESNIL .R Mme ALBERTINE CARON-LEGRIS par Marius BARBEAU .7 POT-POURRI.8 ALBUM MUSICAL .9 à 17 LA QUERELLE DU DIAPASON par René DUMESNIL .17 DANS L'INTIMITE DE CHOPIN par Georges MATHIAS .18 PLAIDOYER POUR LE MUSICIEN AMATEUR per William SHERWOOD .20 LES "PRIX ARCHAMBAULT" par Maurice CREPAULT .2! LE PREMIER FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA MUSIQUE A L'ECOLE.21 ECHOS ET NOUVELLES .22, 23 IL Y A 50 ANS DANS "LE PASSE TEMPS" .25 CHARLES-MARIE WIDOR par Henri ERICHSON .26 LES MOTS CROISES.27 LES BELLES LECTURES .28 UN PRETRE-SCULPTEUR par J.-E.GOSSELIN .29 • MODES DE PARIS.31 EXERCICES D'ARTICULATION .32 Autorise comme matière de seconde classe par le Ministère des Posies, Ottawa."LE PASSE-TEMPS" est publié mensuellement par les Editions du Passe-Temps, fine), 627 ouest, rue Dorchester.Montréal 2.— Téléphone : MArqueffe 9905.U est imprimé par l'Imprimerie Mercantile.Limitée.Le» manuscrits, publiés ou non.no sont pas rendus.— Direction : Eddy PREVOST : rédaction : Roland PREVOST ; publicité : Paul PREVOST.ABONNEMENTS : Canada : $2.00 pour 12 mois ; J3.75 pour 24 mois.Etats Unis : $2.25 pour 12 mois.Autres pays : $2.50 pour 12 mois.Le numéro : vingt cents.L'abonnement est payable d'avance par mandat poste ou chaque affranchi, accepté et payable au pair à Montréal.— CHANGEMENT D'ADRESSE : Tout changement d'adresse doit être accompagné de l'ancienne.Avis doit nous parvenir au moins trento |ours avant le numéro d'où le changement sera effectif.Pour discontinuer de recevoir celte revue, U faut avoir acquitté tous les arrérages.— Le Passe-Temps publie aussi de la musique en leuilies.MONTREAL.MARS 1947 PAGE UN Défense de l'artiste Fort aimablement, un lecteur nous dit "le petit scandale" qu'a causé dans son esprit la publication, l'an dernier, d'une photo de danseuse.Cette danseuse est une jeune Canadienne française de grand talent et qui appartient à une excellente famille montréalaise! Nous aurions tout simplement pris note, sans plus, de la remarque de notre correspondant, b'ï! n'avait pas insinué que le monde des artistes, et de la danse en particulier, est dangereux pour les âmes pures.11 est évident que ce monsieur de bonne volonté n'a jamais fréquenté les artistes, Nous savons d'expérience que le pourcentage des honnêtes gens (au vrai sens du mot) est aussi grand chez eux que dans n'importe quelle autre classe de la société.Pour no parler que des danseuses, nous ne citerons que le cas — qui est loin d'être unique — de la célèbre Tamara Toumanova : catholique convaincue et pratiquante.Toumanova observe chaque jour une discipline dont l'on trouverait peu d'équivalents Ici.— Il faudrait combattre à tout prix cette espèce de pharisaisme, très répandu chez nous, qui fait porter des soupçons ou des accusations sur les artistes de la radio et de la scène, commo si le tempérament artistique entraînait fatalement une dépravation morale.C'est un sujet sur lequel nous pourrions disserter lonqtemps, car musiciens, comédiens et aulres artistes sont trop souvent victimes de préjugés bêtes et d'une conception pharisaîque do.la morale.# * # Un Canadien sur la Loire En décembre dernier, "Le Passe-Temps" présentait n ses lecteurs un relieur de grand talent, Jacques Blanchet.Nous venons d'apprendre que ce jeune artisan a obtenu uno bourse de la Province de Québec.Il ira étudier la reliure d'art dans un monastère bénédictin français, sur les bords de la Loire, et il visitera les grandes bibliothèques d'Europe.Pendant son îtéjour outre-mer, Jacques Blanchet enverra des chroniques d'art et de musique au "Passe-Temps" : en plus d'être relieur, il est pianiste et organiste, ex élève de M.Arthur Letondal et de M.Eugène Lapierre.Avant son départ.Jacques Blanchet a publié un opuscule intitulé "Essai sur la reliure et les relieurs au XXe siècle".Ill Edison et la musique Tout le monde scientifique et musical o célébré, on février, le centenaire de naissance du génial inventeur Thomas A.Edison."Le Passe-Temps" fut probablement le premier journal can a dien-français à raconter, sous la signature d'un collaborateur d'Edison, la genèse de l'invention du phonographe.Le numéro du "Passe Temps" de |uillet 1945 contenait un article inédit de M.Victor Young, dont voici un extrait : "Edison trouvait dans la musique une détente, en môme temps qu'un ferment pour son imagination.Doué d'un excellent sens de l'humour, 11 aimait beaucoup raconter et entendre une bonne blague : c'était un exutoîre à son intense activité Intellectuelle.Sans la musique et le rire, comment eût-il pu conserver cette tension mentale exigée par la hantise d'un problème ardu, lui qui a réalisé des inventions qui ont donné tant de consolation et de joie à la nature humaine ?" III Félix Leclerc en musique Le magnifique succès de "Malurcn", pièce de Félix Leclerc, créée sur la scène du Gésù par les Compagnons, nous donne l'occasion de rappeler que ce poète authentique est également musicien : en s'accompagnant sur sa guitare, U a composé des chansons qui.publiées, apporteraient vraiment du nouveau — Hector Gratton a fait une réduction pour piano de sa suite : Coucher de Soleil, L'Ours.Le Lièvre.La veillée des lièvres, et La mort de l'Ours.Ces oeuvres sons inspirées d'un conte de Félix Leclerc (dans son ouvrage "Allegro").* I I Pianiste de Montréal à Philadelphie Le 1er mars dernier, Jacqueline Lavoy.qui habite maintenant New-York, a été soliste de l'orchestre West Oak Lane de Philadelphie.Elle a interprété le Premier Concerto de Liszt.Pendant plusieurs années.Jacquline Lavoy a étudié à l'Ecole Supérieure de Musique d'Outremont, puis elle fut l'élève de Jean Beaudet.En 1944, elle gagnait le Prix d'Europe et depuis elle poursuit ses études avec Robert Casadesus à Princeton.tt a n Les fanfares du Saguenay L'Association des Fanfares amateurs du Saguenay reprendra, on juillet, ses festivals annuels interrompus par la guerre.A cette occasion, on entendra pour la première fois, sous la direction de M.Georges Hébert, une Fanfare Tout-Saguonay composée de 60 des meilleurs musiciens des fanfares de la région, sauf celle d'Arvida Celle-ci fait maintenant partie de l'Association des Fanfares amateurs de la Province de Québec.Le nouveau conseil de l'Association des Fanfares amateurs du Saguenay se compose commo suit : M.Georges Hébert, président ; M.Jules Bergeron, secrétaire ; M.René Savary.vice-président.M embres honoraires : M.Edqar Genest, gérant de la Brasserie Molson, M.Arthur Tremblay, Mlle Gabrielle Tremblay, et M.Gabriel Duhaime.(Photo Studio Adolphe.Montréal) La plus récente photo de GERALD DESMA-RAIS, basse chantante, l'un de nos meilleurs chanteurs.Il vient d'enregistrer sur disques les quatre chansons sérieuses de Brahms que les ondes courtes de Radio-Canada transmettront le Vendredi-Saint à l'une de ses émissions destinées à l'Allemagne.¦ Les concerts de l'Ecole Supérieure de Musique d'Outremont Bont la meilleure illustration dos résultats magnifiques obtenus, lorsqu'il y a compétence, par la collaboration des laïques et des religieux dans renseignement.Celui du 8 mars présentait deux jeunes musiciennes des mieux douées : Mlle Madeleine Raymond, pianiste-compositeur et improvisatrice, et Mlle Simone Rainville, soprano.Toutes deux possèdent des dons étonnants servis par un attrait inlassable pour la perfection.Les compositions de Mlle Raymond révèlent uno inspiration peut être unique chez nos musiciens on même temps qu'un grand respect des formes.Mlle Rainville était Intelligemment accompagnée au piano par Mlle Janine Belzile.# # # ¦ Nos lecteurs sont priés de prendre note que notre très estimé compatriote.le ténor Raoul Jobin.du Metropolitan Opera, a Inscrit au programme de son récital du 17 avril, à l'Université de Montréal, la chanson de folklore "Ceux qui s'aiment sont toujours malheureux".Raoul Jobin, séduit par la beauté de l'harmonisation de Mme Caron-Legrls (voir notre Album Musical), a tenu à apporter avec lui cette composition et plusieurs autres du même auteur.PAGE DEUX LE PASSE-TEMPS (Photo "Doa ParoiM") TATIANA ANGEUNÏ.Bopiano loger, qui a tait entendre recomment sur lea ondes courtes de /.adio-Canoda, à l'intention des auditeurs Scandinaves, les oeuvres du folklore suédois et du folklore canadien harmonisé par le maitre Alfred laliberté.Elle est actuellement à New-York où elle chantera les chansons de folklore parues dans "Le Passe-Temps".Tatiana Angelint est née en Suède.Son père, de son vrai nom Sjerenetjett.a pris le nom de sa mère.Angelini.pour poursuivre sa car rière de chanteur.A la révolution de 1917.il s'enfuit de la Russie, son pays natal, et se réfugia en Suède.Tatiana Angelini a étudié avec son père, à Stockholm, puis à Berlin et à Vienne.Avec la Philharmonique de Vienne, elle a enregistré sur disque Odéon la "Chan son de Solvefg" de Grieg.En Suède et en Finlande, elle a chanté le premier rôle, pendant 300 représentations, de "La Princesse Csardas".A Hollywood, elle a enregistré 'a version Scandinave dm "Blanche Neige"."Des onze versions étrangères de mon film", a dit Walt Disney, "celle d'Angelint est le meilleur travail de synchronisation".¦ Lo récital doa élèves de Madame Adelîna Czapka.le 17 mars, à l'hôtel Windsor, a révélé de feunes artistes possédant déjà des moyens sûrs.Nous avons surtout remarqué Mlle Simone Lamarche.contralto, certain?ment appelée à un brillant avenir.¦ A ne pas manquer : lo proqrammo "Ma chanson", le jeudi à 9 h., poste CBF et réseau français.Louis Bourdon, baryton, et Jeanne-Desjardlne.soprano.Chef d'orchestre : J.-J.Gagnier.Un grand musicien ami du Pape Nous sommes heureux d'annoncer en primeur la venue dans quelques mois d'un grand musicien suisse, le professeur Joseph Gogniat.organiste de la cathédrale Saint-Nicholas de Fribourg.président de la Commission Vaticano pour la propa nation du chant grégorien, directeur du Conservatoire de Fribourg.Le professeur Joseph Gogniat est un ami intime du Pape Pie XII qu'il a connu alors que celui-ci, jeune abbé Pacelli, étudiait à l'Université de Fribourg.Elève préféré d'Eugène Gigout à l'Ecole Niedermeyer do Paris, — où il fut conlrère de M.Marcel Dupré, — 11 a été en relations Intimes avec les grands musiciens français Saint-Saëns, Massenet et beaucoup d'autres.Le professeur Gogniat a publié un grand nombre d'oeuvres pour orgue et plusieurs ouvrages, entre autres une Grammaire du chant grégorien destinée à répandre les principes contenus dans l'Edition Vaticane.tt u s Dimanche chrétien ou non-chrétien ?Le grand scandale, au Canada, c'est que dans la province de Québec les cinémas restent ouverts le dimanche alors que dans les autres provinces, en majorité protestantes, on les lient fermés.Un collaborateur du "Passe-Temps" revient d'une tournée transcontinentale.Partout, de Toronto à Vancouver, il a pu se rendre compte de l'encouragement accordé à la musique : au lieu d'aller au cinéma le dimanche, les gens vont aux concerts ou aux spectacles sportifs.Une petite ville comme Saskatoon a un orchestre symphonique dirigé par M.Arthur Collingwood.doyen de la Faculté de Musique de l'Université de la Saskatchewan.Les concerts du dimanche font toujours salle comble et, incidemment, l'auditoire entonne fièrement l'hymne "O Canada".Pendant ce temps, les braves Canadiens français du Québec s'entassent dans des salles obscures et se gavent de principes chrétiens ( ?) made in Hollywood !.U tt tt Jean-Baptiste Lully Le 22 nui is marque le 260e anniversaire de la mort de Lully qui, bien que né en Italie, fut longtemps le "dictateur de la musique en France".Arriviste forcené et peu soucieux dans le choix des moyens pour arriver, Lully fut quand même un grand musicien.Romain Rolland écrit : "Il n'a d'Italien que le caractère.Je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup de musiciens aussi irançals : et il est le seul en France qui ait conservé sa popularité pendant tout un siècle.Il continua de régner sur l'Opéra après sa mort, comme il avait régné pendant sa vie".ff tf » Notes pointées Le 25 mars, le plus célèbre chef d'orchestre de notre temps, Arturo Toscanini, célèbre son 80e anniversaire de naissance.# Le retour d'Alfred Cortot en France ne s'est pas fait sans tapago : à Paris el en province 11 a été tout à la fois hué et acclamé.A Paris, les musiciens de la Société des Concerts du Conservatoire ont refusé de jouer avec lui, ot Cortot dut jouer en solo.Et un journal a intitulé "Ce solo de Cortot" le compte-rendu du concert.# Le 4 mars.le réseau Columbia a irradié aux Etats-Unis un programme do CBM comprenant des orchestra tions de vieilles chanons indiennes par nos éminents collaborateurs M.Alfred Laliberté et M.J.-J.Gagnier.• Le jeune pianiste virtuose Pierre Brabant viont de publier deux oeuvres nouvelles : Berceuse et Souvenir d'un musicien polonais.• Arthur Honneger.qui est actuellement le professeur d'André Mathieu à Paris, a eu 55 ans le 10 mars.Notre concours mensuel CHAQUE MOIS, deux abonnements gratuits à la revue muslcalo "Le Passe-Tomps" sont tirés au sort parmi les bonnes réponses à cinq questions.Les concurrents trouvent les réponses en lisant len articles et les chroniques du numéro courant.Tous les lecteurs du "Passe-Temps", abonnés ou non.ont droit de participer au concours ; les gagnants déjà abonnés recevront un prolongement d'un an à leur abonnement Lo nom des gagnants paraîtra dans le prochain numéro.1.Ou 'est-ce que Je Rubato ?— 2.Qui était chef d'orchestre au parc Sohmer ?— 3.Où naquit Vauteur de la musique de "ll pleure dans mon coeur" gui parait dans le présent numéro du "PasseTemps" ?— 4.Quelle oeuvre fut présentée au ptemier Festival à Saint La ur ent ?- 5.Dans quel college classique se trouve un préfre-scu/pleur ?Dires en quelques mots quels genres d'articles et de musique vous plaisent le plus dans "Le Passe-Temps".Adressez comme suit : Concours mensuel du "Passe-Tomps", 627 ouest, rue Dorchester.Montréal 2.LES GAGNANTS DU CONCOURS DE FEVRIER : Mlle Lucille Barbe, Sainte-Dorothée, Comté de Laval ; M.Gustave Godbout, Ango-Gardien., Comté Montmorency.MONTREAL.MARS 1947 PAGE TROIS CONVERSATION AVEC WILFRID PELLETIER par MARIE-EVE Correspondante du "Passe-Temps" à New-York L'avenir de la mimique canadienne • L'éducation musicale par les Matinées symphoniques • Les grands classiques, c'est de la famille du Bon Dieu • WUlrld Pelletier collectionneur de premières éditions.NOUS olfrons aujourd'hui la première d'uno série d'interviews des personnalités do la colonie canadienne à New-York.Le doyen de nos artistes à l'étranger, le bien-aimé Wilfrid Pelletier, nous a fait l'honneur de nous accorder le premier des entretiens qui apparaîtront désormais dans cette colonne.Maître Pelletier, comme on le sait, «si attaché au Metropolitan Opera House depuis 1921, alors que tout jouno homme, U se voyait chargé de la responsabilité des Gala-Concerts du dimanche soir, auxquels participaient les vedettes de l'heure.En 1922.il dirigeait sa première Carmen ; dans la même année, suivaient Le Prophète el La Juive.Depuis 1932.date à laquelle il devint, par contrat définitif, chef d'orcheatre régulier du Metropolitan, Maître Pelletier dirige les opéras du répertoire français et du répertoire italien : Faust.Aida.Il Trovafore.Le Barbfer de Séviffe, et les autres.Nous avons rencontré le Maître dans son studio où l'atmosphère est des plus sympathiques ; les murs de l'antichambre où nous reçoit son secrétaire sont décorés de photos autographlées olfertes en hommage au chef d'orchestre par les célèbres chanteurs qu'il a dirigés : Chaliapine.Lili Pons.Caruso.Tibbett et plusieurs autres.En lace, une amusante caricature attire notre attention, mats au moment où nous allons découvrir le nom de l'auteur, le Maître apparaît, nous tend la main, sourit de ce sourire irrésistible qui nous charmait déjà aux Matinées Symphoniques, et nous voilà aussitôt installée dans un bon lauteuil en lace du bureau de travail de Mailre Pelletier.Avant qu'on lui pose une question, il parle ie premier, l'oeil rieur : — Mes préférences ?."Pelléas"."Carmen"."Aida", "Marouf".El nous rions lous les deux.— Mais je préfère encore Ja Symphonie à l'Opéra, ajoufe-f-fj sur le mémo fon badin.OANS doute noire Interlocuteur a-t-il peu *~^de sympathie pour les gens de presse, qui viennent Interroger les artistes sur leur couleur favorite, leur marotte, ou leur opinion sur l'avenir des sports d'hiver.Rassurez-vous, Moitié, nous ne parlerons ni bas de sole ni chausson ds laine.— Un sujet nous lient à coeur.Quel avenir prédisez vous à lo musique dans la province de Québec, Maître?L'expression de Wilfrid Pelletier change.Il continue de sourire, mais il ne badine plus ; c'est un sourire de conliance et de fierté qui éclaire maintenant ses traits.— Nous pouvons compter sur noire Jeunesse, affirme-fil.Elle fra foin.Elle est bello.notre jeunesse.Elle est intelligente : elle a de /'imagination, de l'intuition, de l'ambition.Ce sont sûrement là de bons afoufs pour bâtir un bel avenir, vous ne croyez-pas ?Alors nous rappelons au Maître que ces qualités dont 11 parle ne se seraient peut-être pas encore manifestées n'eût été de lui et de ses magnifiques efforts pour découvrir la Beauté aux jeunes Canadiens.Avec modestie, notre grand artiste élude l'hommage direct en demandant à son tour : — Vous étiez aux Matinées peut-être ?— Dès la première.Maître.Rangée C.au balcon du Plateau.J'avais 10 ans.TL y a un brel silence dans lequel passe en sourdine lout l'amour de Wilfrid Pelletiet pour la jeunesse de son pays et la profonds dévotion que celle-ci lui rend.— Elles ont bien changé, les Matinées Sym phoniques, depuis 193S.reprend-il.Ce ne sont plus de simples concerts, mais do véritables cours de musigue.Cette année, par exemple, quatre des concerts ont porté sur l'Histoire de l'évolution de la musigue depuis le XVle siècle ; puis, nous avons donné un cours sur l'Histoire du concerto, sur celle de la symphonie et sur celle de la chanson ; et notre prochaine Matinée, la dernière de la saison.portera sur l'Histoire de topéra.— Avez-vous des projets.— Pour les Matinées ?De nombreux projets.Celui qui nous tient le plus à coeur est d'obtenir des maisons d'éducation qu'on prenne Je femps des Matinées sur semafne.et non pas sur les lours de congé des enfants.Nos programmes sont assez sérieux pour devenir un cours éducatif intercalé dons n'importe guef curriculum régulier.Nous pourrions, du resfe, donner deux matinées : une pour les garçons, une pour tes ttllettes.Nous applaudissons à ce projet et souhaitons qu'il se réalise.Et maître Pelletier continue de développer son thème favori.— Oui.elfe est bien belfe notre jeunesse, là-bas! Elle travaille bien dans fous tes domaines, je m'intéresse, en dehors d» la musique, aux progrès gue nos Jeunes font dans les arts en général, et dans la peinture en particulier, l'ai vu ce qu'on a faff dans la classe de Pelian à l'Ecole des Beaux-Arts: j'en al été ravi el ému.Et fai vu ce gui se lait à l'Ecole du Meuble ; à chaque exposition de travaux, je voudrais acheler toute la boutique.— Et le Conservatoire.Maître ?— Ah .' voilà le grand sujet f Le Conser-vafofre I Le directeur devient très enthousiaste.— Nous avons de beaux talents, là-bas.Et dans toutes les classes.Et je suis très satisfait des professeurs, ff y a au Conservatoire des possibilités en nombre.Mais, hélas ! .PAGE QUATRE LE PASSETEMPS (et id.Fexpression t'assombrit)., nous fro raillons dans des conditions très dtliciles.Pensez donc ! Six petites chambres dans les quelles doivent passer 3S0 élèves f J E directeur hausse les épaules.— Figurer-vous qu'on doit taire les répè tftfons dans le qrenier .' Mais le sourire revient aussitôt.— Ça viendra I J'ai confiance.Et quand nous aurons un bon local, il ne nous faudra plus que 2 ou 3 ans pour orqaniser des saisons réqullères d'opéra, d'opérette et de théâtre.A quoi nous suggérons : — Il faudra évidemment organiser la section d'Art dramatique d'abord.— Cesf sous-entendu, afoute maître Pelletier, sans autre commentaire.Il redevient sérieux do nouveau.— Nous ne devons pas nous montrer trop Impatients, affirme-t-il.Notre Conservatoire, subventionné par le gouvernement provincial, est Tunique exemple du genre en Amérique du Nord.Nous devons en être fiers et reconnaissants.les difficultés matérielles disparaîtront les unes aptes les autres, et alors.Tous les deux, votre Illustre compatriote et votre humble servante, rêvent pendant un moment aux spectacles artistiques que Montréal pourra offrir à son public, d'ici quelques année».— II taut que les Jeunes comprennent bien leur mission.Insiste le maitre ; ils ne de viendront de vrais artistes qu'à force de tra vail et d'efforts répétés.On ne devient pas soliste, virtuose ou chef a"orchestre du Jour au lendemain.Et quand on a acquis une technique impeccable.U faut encore des an nées de travail avant de développer Ja personnalité et le caractère dans Tinterprétation ou kr composition.Travail, travail sérieux, patience et courage, et dans quelques années.¦KyTAIS 11 faut revenir à aujourd'hui.Et lo maître parle maintenant de l'Europe.— ta guerre a faff ses ravages dans h monde artistique comme dans les autres domaines.Saut quelques centres, comme la Belgique où Jaillit en ce moment un renou .eau inespéré.Jes vieux pays mettront pro bablement des années avant de réorganiser WILFRID PELLETIER au pupitre du Metrovolitan Onera House, à New-York.her de mes premières éditions du "Mariage de Figaro' 'et de "Don Giovanni", le possède aussi une première édition de "Lohengrin", et une première édition, en allemand, de la leur vie artistique sur un plan comparable à cefui d'avant-guerre.Du reste.Je pourrai vous en dire plus long dès mon retour.Et maitre Pelletier nous apprend qu'il part en mai pour une tournée de concerts et d'opéra qui durera trois semaines, en France, cn Belgique, on Hollande el au Danemark — pour lequel nous lui souhaitons toute la chance et tout le succès qu'il mérite.Et nous en arrivons maintenant â discuter de problèmes d'opinion et d'ordre personnel.— Oui.Je suis moderniste, avoue notre interlocuteur.Faime la musique moderne : je comprends les modernes et fe les aime.A quoi il s'empresse d'ajouter : Evidemment.Il y a "modernes" et "modernes".Mais n'attendez ni sanctions ni condamnations.Maître Pelletier quitte lui-même le sujet : — Bien sûr.fadore mes classiques.Bach.Mozart.Beethoven, c'est mon pain quotidien.C'est de la famille du bon Dieu, ça ' Ici, nous osons demander : — Maitre, nous permettrei-vous une question Indlscrèle et puérile avant de vous quitter ?Et comme il sourit avec indulgence, nous poursuivons : — Les artistes ont la réputation d'avoir des marottos, des habitudes excentriques.Les uns suivent un régime alimentaire Inimaginable, les autres font des collections., — Justement.Je fais une collection de manuscrits et de premieres' éditions.Je suis très "Méthode de violon", de Leopold Mozart.T A belle collection du maître comprend aussi des manuscrits do Brahms, de Rossini, de Verdi, de Schubert : des lettres de Debussy (alors que le nom s'écrivait de Bussy) el des lettres do Bizet.alors qu'il était élève de Marmontel.avant le Prix de Rome.- Permettex-nous une toute dernière quos tion, Maitre.Quel fut votre plus beau jour de musique ?Et la réponse est celle qu'on attendait : — "La Passion selon saint Matthieu", le premier Festival à Saint-Laurent.Et nous évoquons l'atmosphère de l'église de Saint-Laurent.la magnifique acoustique, les parterres.Ce que maître Pelletier ne dit pas.mais ce quo nous savons, c'est qu'il y avait ce )our-là une élite émue et reconnaissante : c'esl qu'il y a depuis ce jour-là des jeunes amateurs du Beau, plus nombreux tous les jours, qui doivent leur Initiation, leurs progrès, et plus tard, leur consécration aux directives et aux conseils de leur maître aimant et bien-aimé : c'est qu'il y a tout un peuple reconnaissant dans la province de Québec, qui apprendra à ses générations futures à honorer et à respecter le nom de celui qui les initia à la belle musique.MARIE-EVE.MONTREAL, MARS 1947 PAGE CINQ UN MUSICIEN TROP MECONNU GABRIEL DUPONT Un article inédit de Maurico DUMESNIL L'OPERA DE PARIS a repris Anfar, l'oeuvre magnifique de Gabriel Dupont qui, depuis le grand succès des premières représentations en 1921, n'avait plus ligure sur l'affiche.Gabriel Dupont.Combien sont-ils, parmi le gros public ou même parmi les musiciens, ceux auxquels ce nom est familier?Bien peu, assurément.Il arrive aussi que des musicographes, qui par la nature de leur profession devraient certes montrer plus d'érudition, affectent de l'ignorer quand ils dissertent sur le mouvement musical français depuis le début du siècle.Pourtant, ce nom est celui d'un admirable artiste, d'un jeune maître trop tôt disparu, proclamé par Henri Biisser comme "l'une des forces les plus vitales de l'école contemporaine".Son professeur au Conservatoire.Ch.-M.Widor.le considérait comme un authentique génie, comme le futur et déjà présent grand musicien du théâtre."Voilà la Carmen de l'avenir," s'exclamait Henri Heugel, profondément ému par la première audition intime de La Glu.Cependant, jusqu'à présent l'ur! de Gabriel Dupont est resté le patrimoine intellectuel exclusif d'un groupe restreint d'admirateurs fervents.En vérité, nous savons bien que son heure viendra, que son oeuvre atteindra la renommée universelle qu'elle mérite.Oui.mais quand ?Et voici que soudain la nouvelle de cette reprise si désirée nous parvient, ranimant notre confiance et notre foi.GABRIEL DUPONT naquit à Caen, 1 Athènes Normande devenue la Ville Martyre, en 1878.Son père, organiste à l'église Saint-Pierre, lui donna ses premières leçons.Les progrès du jeune musicien furent tek» qu'il quitta bientôt sa ville natale pour entrer au Conservatoire de Paris.Quand en 1903 l'éditeur Sonzogno institua un prix de cinquante mille francs pour une oeuvre lyrique en deux actes, Dupont écrivit en quelques mois une partition sur un livret de Henri Cain, La Cabrera.Le jury se réunit à Milan sous la présiderce de Hum-perdinck, et choisit trois ouvrages parmi les cent trente'-sept envoyés de toutes les parties du monde : le C'esl un honneur pour "te Passe-Temps'' quo de publier une oeuvre inédite de GABHIEL DUPONT, grand musicien trançals trop tot disparu et trop méconnu.Gabriel Dupont n'avait que 17 ans lorsqu'il mit en musique le poème de Verlaine : "Il pleure dans mon coeur".public lui-même serait l'ultime juge.Aux représentations, des acclamations unanimes décidèrent en faveur de La Cabrera.Mais l'infortuné jeune vainqueur n'était pas là pour jouir de son triomphe : cloué au lit par une maladie déjà implacable, il était représenté par Ch.-M.Widor.dont le dévouement à sa cause ne se démentit jamais.Alors commença une période d'activité fébrile qui devait durer une dizaine d'années.Gabriel Dupont savait la gravité de son mal ; il n'ignorait pas que malgré les soins inlassables d'une mère admirable.la lutte était inégale et ses jours étaient comptés.Tour à tour il publia une série d'oeuvres splendides : Les Heures dolentes, quatorze pièces pour piano dont quatre, orchestrées, furent souvent exécutées par Ed.Colonne et Gabriel Pierné ; La Glu, d'après la nouvelle de Jean Riche-pin, représentée avec succès à l'Opéra de Nice ; un superbe Poème pour piano et quatuor à cordes ; une comédie lyrique moyen-âgeuse sur un livret exquis de Maurice Léna, La Farce du Cuvier ; une seconde série de dix pièces pour piano, lumineuses et ensoleillées, La Maison dans les Dunes ; enfin, l'oeuvre héroïque qui devait être son chant du cygne : Anfar, sur un livret de Chékri-Ganem.PENDANT L'HIVER de 1913-1914 Dupont travailla avec acharnement, à Arcachon où chaque automne il allait s'installer dans la "ville haute" parmi les pins et les dunes qui bordent l'océan.Au printemps, quand il revint comme de coutume vers sa retraite du Vésinet, il nous annonça que le point final venait d'être mis à l'orchestration d'Antar.L'ouvrage avait été reçu d'emblée par M.Rouché et devait passer en décembre.Mais des difficultés surgissaient : MuratOTe, que Dupont désirait comme interprète du rôle principal, insistait sur une condition : l'engagement simultané de Lina Cavalieri.De ce fait les négociations traînaient."S'ils savaient seulement ce que ces tiraillements signifient pour moi", nous confiait l'auteur."S'ils n'arrivent pas bientôt à s'entendre, je ne serai plus là pour voir mon oeuvre mise à la scène." C'était en juillet 1914.L'atmosphère politique devenait chaque jour plus tendue.L'un après l'autre, les ministères s'effondraient comme des châteaux de cartes.Une rumeur sourde et pleine de menace montait PAGE Six LE PASSE-TEMPS vers l'Est.En hâte, le président Poincaré partait pour la Russie.A son retour, Paris était en ebullition.Jaurès était assassiné.Déjà des régiments traversaient la capitale parmi les clameurs populaires d'un grand éveil national.Dupont, hélas, gisait sur son lit de douleur, terrasse par la phthysie.Lui qui n'avait pos cru à la guerre, il sortit brusquement de sa torpeur quand au milieu de la nuit du premier août les caissons d'artillerie roulèrent avec fracas sur la Route de Montesson."La Mère ! cria-t-il avant de sombrer dans le délire, "entends-tu?Les canons.Ce sont eux.C'est la guerre ! " Quelques heures plus tcrd il rendait l'âme.Parmi la confusion des premiers instants de la mobilisation générale, personne ne put être informé.Le cercueil fut convoyé vers le cimetière dans une charrette à bras traînée par un apprenti menuisier.Un homme, un seul, suivait le funèbre équipage : Maurice Léna, venu par hasard serrer la main de son collaborateur et ami.LA GUERRE TERMINEE, Antai vit enfin les feux de la rampe.Camille Chevillard, frappé par la puissante beauté de l'ouvrage, avait tenu à diriger les études et les représentations.La presse lut excellente, et un article d'Henri Collet intitulé "La leçon d'Anfar" fit sensation dans les milieux artistiques.Puis, peu à peu.ce fut la "conspiration du silence", l'accaparement de l'actualité musicale par la pléiade des arrivistes, des chevaliers de l'intrigue, toute une clique d'amateurs fortunés faisant de la fausse note à qui mieux-mieux, déchirant les oreilles de leurs auditeurs médusés et jouant des coudes à la faveur de la "république des camarades" tandis que d'authentiques chefs-d'oeuvre somnolaient dans l'oubli.Quand un referendum institué parmi les abonnés de l'Opéra choisit Antar pour une mise au répertoire définitive, la direction tergiversa, chercha des éva-sives ; en effet, la somptueuse instrumentation exige quinze musiciens supplémentaires, et si l'on fait sans sourciller une pareille dépense pour Wagner, il en va autrement quand il s'agit d'un jeune compositeur français disparu.Depuis deux ans, les destinées de notre grand théâtre national étaient dans les mains expertes du regretté Reynaldo Hahn.Sans nul doute, c'est à ce noble et pur musicien au'est due l'initiative de la reprise d'Anfar.Puisse-t-elle signaler l'avènement d'une aube nouvelle-Maurice DUMESNIL.I- AU SERVICE DE NOTRE FOLKLORE Mme Albertine Caron-Legris -par MARIUS BARBEAU-1 L'AIR de la chanson lyrique Ceux gui s'aiment sont toujours malheureux, a su charmer Mme Caron-Legris et lui inspirer une harmonisation qui épouse tendrement son mode de ré.L'harmonisation en soutient la ligne admirable, dont la pureté de style se double d'une belle invention mélodique ; les quatre Mme ALBERTINE CARON-LEGRIS.dont nous publions en primeur, dans le présent numéto T harmonisation d'une chanson de folklore recueillie par M.Marius Barbeau.Il y a quelques années.Mme Caron-Leqris gagnait le 2e Prix d'un concours organisé par Tabbé Gadbois.le 1er Pris allant à Oscar O'Brien.phrases musicales dont elle se compose sont toutes dilférentes.et le mouvement rythmique est aussi très varié ; elles se revêtent de grccieux ornements, dans un style espagnol ou mauresque.Il y est d'ailleurs question de "voyages en Espagne".Cette composition est nostalgique.Elle enchâsse bien les paroles du marinier d'antan : "Ne pleur' pas tant, ma mignonne ! L'année qui vient, je ferai ton bonheur." Mais un habitué de la mer océane revient-il jamais aux mêmes amours ?L'oiseau confident semble en douter, lorsqu'il roucoule les paroles de la fin : "Ceux qui s'aiment sont toujours malheureux." Aux mains de Mme Caron-Legris, la chanson s'enrichit ici d'un cccom-pagnement nuancé et mélancolique.qui fait ressortir une interprétation sensible.Cette dame trouve enfin l'occasion d'extérioriser l'opprimante souffrance d'un silence forcé depuis une adolescence musicale trop timide (à Louiseville), jusqu'au delà d'une vie de femme de médecin dans les prairies de l'Ouest, suivio d'un veuvage lourd de la responsabilité de cinq enfants à élever.L'expression musicale de cette artiste de talent, établie à Montréal depuis quelques années, fut aussi refoulée par les remontrances de musiciens de carrière, à qui elle s'adressa d'abord, cherchant en vain bon accueil et encouragement.Lorsqu'elle interpréta devant moi quelques-uns de ses manuscrits en bordure de mon Romancero du Canada, je reconnus tout aussitôt une ardeur et une beauté d'inspiration trop rarement présentes chez les musiciens d'atelier aux mains de qui — sauf chez un maître comme Alfred Laliberté — le folklore reste d'ordinaire lettre morte.La tapisserie dont elle enrichit le langage de Ceux qui s'aiment, tout comme celle d'une douzaine d'autres chansons, est un important apport à notre répertoire de concert ; on doit s'en réjouir.La recrudescence inespérée dans la vie de cette musicienne a, depuis, fait sortir des cartons certaines compositions pour piano, fort gracieuses, que Mme Rose Goldblatt vient d'interpréter avec verve dans des concerts à Montréal et à New-York.Mme Caron-Legris a repris confiance et, le coeur en émoi, voiles déployées, elle peut maintenant chanter /e me lève à l'aurore du jour.V'Ià l'bon vent ! qu'elle a fort bien harmonisées, non moins que J'ai cueilli la belle rose, A kt claire tontaine, Sommeillez-vous, ma petite Louison ?et La bergère aux champs.Cette femme, dont l'élan naturel a longtemps été réprimé, est d'ailleurs bien née.Elle ne manque pas non plus de formation msuicale.En elle réapparaît le filon estimable des Gagnon ès la famille d'Ernest, de Gustave.d'Henri, tous issus de même souche (Gagnon est ici doublé de Caron), à Louiseville et à la Riviè-re-du-Loup de Berthierville-en haut.Bon sang ne saurait mentir.Marius BARBEAU.MONTREAL, MARS 1947 PAGE SEPT Une note parue ici même il y a quelques mois a intrigué quelques lecteurs.On y disait que la province de Québec devrait peut-être participer au Festival International de Musique qui aura lieu cette année en Ecosse.Voici d'autres laits à ce sujet.Le International Festival ol Music and Drama aura lieu du 24 août au 13 septembre.Y prendront part la troupe du Glyndebourne Opera ; VOld Vic Theatre Company ; \i Compagnie Jouvet, de Paris; les ballets Sadler's Wells; plusieurs orchestres tels que la Philharmoni Îfue de Vienne; l'orchestre de Co-onne, de Paris; et de nombreux chefs d'orchestre : Bruno Waller.Paul Paray, Barbirolli.Sargent.Des artistes: Lotte Lehmann.Schnabel, Szigeti, Fournier, Primrose, etc.$ » » Avant la guerre, l'Allemagne et le lapon exportaient aux Etats-Unis, annuellement, près de 32000000 d'harmonicas ou "musiques à bouche".t # f A Dresde, on devait donner "La llûte enchantée" de Mozart.Au dernier moment, on s'aperçut que le cahier de partition n'était pas sur le pupitre du chef a"orchestre.Celui-ci était nul autre que Weber.Sans s'émouvoir, Weber envoie un messager chercher la partition, mais sans attendre son retour il lait commencer la représentation.Et c'est ainsi que Weber dirigea sans musique tout le premier acte de l'opéra de Mozart : bien peu de chels d'orchestre ont pu accomplir un tel exploit.t t $ En 1901, Debussy, qui aimait tant la nature, écrivait ce qui suit.Sa suggestion mériterait de se réaliser : "S'entrevoir la possibilité d'une musique construite spécialement pour le "plein air", tout en grandes lignes, en hardiesses vocales et instrumentales, qui joueraient dans l'air libre et planeraient joyeusement sur la cime des arbres.Telle succession harmonique paraissant anormale dans le renfermé d'une salle de concert prendrait certainement sa juste valeur en plein air." $ t $ On estime à $5,000,000 ce que rapportera la vente de la chanson "To each his own" : 3,000,000 de disques, 1,000OOP en feuilles, etc.FOINTE SECHE et CRAYON GRAS ¦ J'ai promis de buriner, pour rire (quoi de plus 3ain qu'une tranche gaieté ?).quelques anecdotes pittoresques et inédites, souvenir de l'heureuse époque antérieure aux deux guerres mondiales.Pour l'amusement des lecteurs du "Passe Temps", voici la première de ces "pointes sèches", avant qu'elles ne tombent dans l'oubli.Vers 1887.Ernest Lavigne, le che/ d'orchestre et compositeur le plus renommé au pays à cette époque, et co-londateur du populaire endroit d'amusement montréalais, le parc Sohmer.importait d'Europe pour son parc, — et aussi, disons-le en passant, pour un protêt de Conservatoire — un groupe de musiciens complétant avec des éléments locaux un orchestre d'une cinquantaine d'Instrumentistes.Son intention était surfout de créer des concerts de haute tenue.Cependant l'ambition du jeune directeur devait recevoir un rude coup parce qu'au /feu de plaire, sa musique — savante pour ce milieu — n'euf /'hour que d'ennuyer les gens, à commencer par son associé loseph Lajole.Lavfgne taisait ligure d'idéaliste, absolu et franchanf, alors que Lajo/e se montrait pratique, bon vivant ef blagueur à frofd.Lavigne M va sans dire, s'en donnai' à coeur /oie avec son nouvel orchestre.Extraits symphoniques.ouvertures d'opéras, suiles de concert se succédaient pour le plus grand enchantement du directeur.Son associé, homme d'affaires avant fout, avait bien d'autres "notes" à aligner.L'orchestre coûtait trop cher à son dire, ef ses sympathies n'allaient guère do ce côté-là.La musique de Lavigne et les finances de La/oie s'harmonisaient beaucoup moins gue leurs noms.Mais le tempérament artistique de Lavigne ne se souciait guère du caractère aigre-doux de son associé, et bon gré mal gré semblait vouloir le convaincre qu'en dehors des chiffres 1/ pouvait bien exister quelque chose de beau ef d'Intéressant, "n four.La-vigne voulut taire entendre à La/oie une pièce dont la beauté l'avait particulièrement trappe, et dérangea son associé en plein travail en l'obligeant à venir l'écouter près de l'orchestra.Grommelant, mais craignant foui de même de déplaire à l'entant terrible qu'était Lavigne, Il s'amena, coiffé de son fradillonnel "ca/uron".la plume sur l'oreille et.résigné, prit une chaise dans l'allée, derrière le directeur.Lavigne, souriant, lança son orchestre dans le fouillis sonore d'une composition savante.L'exécution terminée.Lavlqne satisfait se re tourna ; Lajofe s'éfaif renversé sur sa chafse, fête pendante, bras ballants, plume ef "ca/u-ron" par ferre, bouche bée.teignant de dormir et de ronf/er ! II.GAGNIER.D.Mus.Il est en Italie, entre Parme et Mantoue, un village unique: Sanlr Maria Vittoria, où sur une population de 600 âmes on compte une centaine de violonistes.Jeunes e' vieux, tout le monde parle de violon et, après les travaux des champs, on entend dans touf le village le racle-ment des archets.C'est dans cette région que naquit et grandit Verdi ; c'est tout près, à Parme, que Paga-nini lut chel d'orchestre à la Cour: c'est aussi à Parme que naquit Toscanini et qu'il étudia le violoncelle.f t * Le célèbre établissement de Boy's Town, dans le Nebraska, pour la réhabilitation des jeunes, a une chorale qui vient de terminer une tournée dans 27 villes américaines, sous la direction du Rév.Père Francis P.Schmitt.Tous les /ournaux ont célébré la belle tenue artistique de ce groupement.It II » Joseph Szigeti, que nous avons en tendu récemment à Montréal, vient de former un trio avec le pianiste Arthur Schnabel et le grand violoncelliste français Pierre Fournier.# t » L'expérience apprend à ne pas trop se fier aux jugements des autres, fût-ce de gens soi-disant compétents.Rimsky-Korsakow, encore jeune, avait eu l'honneur d'être accueilli dans l'intimité de Balakirev, Mous-sorgski, Cui, Stassov, etc., et il gobait vraiment toutes leurs opinions."Les goûts de tout ce milieu se portaient, écrit Rimsky-Korsakow, vers Glinka, Schumann et les derniers quatuors de Beethoven.Ils n'attachaient que relativement peu d'importance aux huit premières symphonies de Beethoven ; Mendelssohn, excepté l'ouverture du "Songe d'une nuit d'été", les "Hébrides" et le iinale de T "Octuor", était peu estimé.On considérait Mozart et Haydn comme vieillis et naïfs, Bach comme un tempérament musical pétrifié, mathématique, dépourvu de sentiment et de vie.Sa musique, disait-on, était le produit d'une machine.Haendel était considéré comme une nature puissante, mais on en parlait peu.Balakirev comparait Chopin à une femme du monde qui a des nerfs.On aimait quelques-unes de ses mazurkas, mais on considérait que le restant de ses oeuvres n'était rien de plus que de la jolie dentelle".PAGE HUIT LE PASSE-TEMPS EXAMEN de la VUE' • VERRES CORRECTEURS • i* speciotofe LORENZO FAVREAU, o.o.d.el ses assislanls optoméfrisres-opfiriens Ba.O.Bureaux chex TaitFavreau 265 Est.Slo Calherino LA, 8703 6890 rue St-Hubert CA.9344 ALFRED LALIBERTE Enseignement du piano et du chant (Français, anglais, allemand) Rendez-vous par correspondance seulement.1231 ouest, rue Sainte-Catherine, Montréal ROGER FILIATRAULT du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et du Conservatoire National de Paris Enseignement scientifique de l'art vocal basé sur l'Emission Physiologique d'après les données du Docteur Wicart de Paris Professeur Ecole Supérieure de Musique d'Outremont Professeur Ecole de Musique Université d'Ottawa Professeur Ecole Normale de Musique Institut Pédagogique POUR ENTRETENIR CHEZ VOS ENFANTS LE GOUT DE LA MUSIQUE, DONNEZ-LEUR "LE PASSETEMPS".$2.POUR 12 MOIS.dLBUM MUSICAL DU ajje-tfempj -,__ / MARS 1947 No 908 VALSE, Op.70 No 3, par Frédéric Chopin.L'opua 70 contient trois valses éditées après la mort do Chopin.La Valse que nous publions dans le présent numéro aurait été composée à la fin de 1829 alors que Chopin "brûlait d'amour" pour Constantia Gladowska, élève du Conservatoire do Varsovie.Chanteuse bien douée, elle obtint un très beau succès au concert que donna Chopin à Varsovie avant d'entreprendre la grande tournée de récitals qui devait le mener jusqu'à Paris.IL PLEURE DANS MON COEUR, paroles de Paul Verlaine, musique de Gabriel Dupont.L'auteur de l'opéra Antar et d'autres belles oeuvres n'avait que 17 ans lorsqu'il écrivit cette mélodie que "Le Passe-Temps" est heureux de publier en primeur, grâce à l'obligeanco de Monsieur Maurice Dumesnil, prolesseur au département de musique du Michigan State College.CEUX QUI S'AIMENT SONT TOUJOURS MALHEUREUX, harmonisation de Madame Albertine Caron-Legris.L'éminent folltloriste M.Marius Barbeau a recueilli cette chanson en Gaspésie, où elle lui fut chantée par François Saint-Laurent, pêcheur de La Tourelle.Elle n'est connue nulle part ailleurs.L'HEURE DE L'ECOLE, pour jeunes pianistes, par Fernande Breilh.Plusieurs lecteurs nous ayant demandé do publier de courtes pièces faciles, nous présentons celte oeuvre nouvelle de Fernande Breilh, extrait d'un album Intitulé "Fillettes" et contenant 12 morceaux pour feunes pianistes.ENFIN! DES DISQUES PAT HE Nous recevons régulièrement des quantités appréciables des fameux disques français "Pathé", enregistrés par Georges GUETARY.André DASSARY, Rina KETTY, Ray VENTURA.Reda CAIRE, ANDREX et autres artistes renommés.Disques de 10 pouces $1.25 (Dépositaires exclusifs des disgues "Pathé'' pour fa province de Québec) LE MAGASIN DE MUSIQUE LE PLUS COMPLET AU CANADA 500 est, rue Ste-Catherine — Montréal Tél.: MA.6201 MONTREAL, MARS 1947 PAGE NEUF VALSE A , ! Frédéric CHOPIN, Moderi y j j j— __,_1_' b * ¦—— ddceeleg ¦util m m 1 s 1 ï mm c r i 3# mi » 4 B 8 4 'te.» cte * i Mit?3, * * PAGE DIX LE PASSE-TEMPS 4 * fe * Ft-ptî S 4j 5 fW —s.r' TTT ft —O'- 1 la 1 I» S 1 2 t - '-Bt^.23 4?) ~~ l5Ù )-""jv 4Wh -4^—1t-i-^—— —, mm r r fa >.«& ^-/^^^ *3_±^ai sr.fe.* fe * fe * $a * * montreal.mars 1947 fe.' *.PAGE ONZE UNE OEUVRE INEDITE IL PLEURE DANS MON COEUR Paroles de Paul VERLAINE Musique de Gabriel DUPONT Simplement.(MM.«1= 63) :fc r/ >rrP—wt\ Il pieu - re dans m on coeur comme il ¦ frf*-pH^ ___^ ^\ sempre le
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