Rapport de l'Archiviste de la province de Québec, 1 janvier 1934, 1934-1935
[" département du secrétaire de la province RAPPORT y-y ' y : - ¦ ; ' :'-?>'-;.:.'''\u2022 \u2022 de L'ARCHIVISTE de la PROVINCE DE QUÉBEC pour 1934-1935 RÉDEMPTI PARADIS Imprimeur de Sa Majesté le Roi 1935 Province de Quebec BUREAU DU SECRÉTAIRE Québec, 27 décembre 1935.A l'honorable M.Esioff-Léon Patenaude, Lieutenant-gouverneur de la province de Québec.Monsieur le lieutenant-gouverneur, J'ai l'honneur de vous soumettre le rapport de l'archiviste de la province de Québec pour 1934-1935.J'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très dévoué serviteur, Athanase David, Secrétaire de la Province. Québec, le 22 décembre 1935 A L'HONORABLE M.ATHANASE DAVID, Secrétaire de la Province.Monsieur le ministre, J'ai l'honneur de vous faire parvenir mon quinzième rapport sur les Archives de la province de Québec.Notre Bureau des Archives est entré, en septembre dernier, dans sa seizième année d'existence.J'ose croire qu'il a répondu à l'attente de ceux qui désiraient cette fondation.En tout cas, pendant les quinze dernières années, notre personnel s'est efforcé de mettre à la disposition des chercheurs sérieux qui voulaient les consulter les trésors d'archives dont il a la garde.Pas une seule demande d'information n'est demeurée sans réponse.Quand nous ne pouvons fournir les documents qu'on nous demande, nous dirigeons les intéressés vers les dépôts d'archives qui, dans notre opinion, peuvent posséder les pièces recherchées.Depuis la fondation de notre Bureau des Archives, nombreux sont les ouvrages historiques publiés dans la province de Québec, les provinces sœurs et même aux États-Unis et en Europe, qui ont fait mention des pièces'que nous leur avons procurées.Si vous suivez la Historical Review de l'université de Toronto, la plus importante revue du genre publiée au Canada, vous devez constater qu'on y mentionne souvent le Bureau des Archives de la province de Québec.Des historiens et des professeurs renommés de la province d'Ontario, collaborateurs à la Historical Review, ont même publié des appréciations très flatteuses de nos Archives.Vous devez en être fier car les .Archives sont un peu et même beaucoup votre création. vi archives de québec Pendant l'année 1934-1935, nos Archives se sont enrichies de centaines de pièces historiques fort intéressantes.Il m'est impossible de les énumérer ici, la liste en est trop longue.Vous me permettrez, toutefois, de noter deux documents qui, je le crois, ont une valeur inestimable pour nous.Je veux parler de la correspondance de M™ Bégon et des Recollections of Canada de lady Aylmer.M.Claude de Bonnault est notre correspondant en France depuis bientôt quinze ans.Vous n'ignorez pas les services de toutes sortes qu'il nous a rendus.Permettez que je mette sa modestie à l'épreuve en vous disant que nous lui devons la découverte de ces riens précieux que sont les lettres de M°* Bégon.Que de méchancetés on a dit en France, sur le compte des belles-mères ! En voici une qui, née au Canada, vécut cependant longtemps en France.Elle fît mentir le proverbe car elle n'eut que d'agréables rapports avec son gendre qu'elle appelait affectueusement \" mon cher fils.\" Les lettres de M™ Bégon à son gendre sont de vrais modèles de taquinerie.Cette femme au cœur si bon, à l'attendrissement si facile, avait des trésors de malice pour ceux qui avaient eu le malheur de lui déplaire.D'une phrase, d'un mot souvent, elle pique fort plaisamment ses concitoyens et les personnes de son entourage.Je ne vous en did pas plus long sur cette amie du marquis de La Galissonnière, préférant vous laisser juge, par la lecture de ses lettres, de son esprit, de son cœur et en même temps de sa malice.Quant aux Recollections of Canada de lady Aylmer, qui étaient la propriété de sir William Neville Geary, nous les devons à la gracieuse intervention de M.Scott O'Connor, le célèbre écrivain anglais, ami du maréchal Lyautey.M.O'Connor a fait plusieurs séjours dans la province de Québec.Il connaît et aime les Canadiens-Français.Depuis son retour en Angleterre, dans ses livres et ses articles de revues, il a eu bien des amabilités pour nous.Il a voulu nous donner une nouvelle preuve d'amitié en obtenant de son ami, sir W.N.Geary, les Recollections of Canada de lady Aylmer pour les Archives de la province de Québec. archives de québec vii M.l'abbé Ivanhoë Caron continue dans le présent rapport l'inventaire de la correspondance de M\" Panet, évêque de Québec.Son travail embrasse les années 1829 et 1830.Cet inventaire continue d'intéresser tous ceux qui aiment l'histoire religieuse de notre pays.Il rend, en même temps, de grands services aux historiographes de nos paroisses.\u2022 * * Nous avons continué pendant l'année écoulée la publication de nos inventaires d'Archives.Les volumes publiés comprennent les tomes VI et VII des Jugements et Délibérations du Conseil Souverain ou Supérieur.Ces volumes complètent cette série importante.Le Bulletin des Recherches Historiques, organe du Bureau des Archives, terminé avec sa livraison de décembre courant sa quarante et unième année de publication.On veut bien nous dire que, sans faire de tapage, il accomplit beaucoup de besogne.Nous nous en réjouissons.L'objet principal de nos Archives est de venir en aide aux historiens et aux chercheurs.Tant mieux, si elles remplissent leur programme au désir des intéressés.Je vous prie de me croire, Monsieur le ministre, Votre très dévoué serviteur, L'Archiviste de la Province* Pierre -Georges Roy DONS FAITS AUX ARCHIVES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC EN 1934-1935 Audet, Francis-J., M.S.R.C, Ottawa: Photostat de la charte de la Société des Dix; Livres et brochures.Barbotin, M.le chanoine, La Rochelle, France: Bulletin du diocèse de La Rochelle.Bernier, Alphonse: Mère Mallet, fondatrice de f Hôtel-Dieu de Saint-Basile, N.B.Bonnault, Claude de, Les Murs, France: Livres, brochures, manuscrits, etc., etc.Bossebeuf, M.le chanoine, France: Beaumont-la-Ronce et la Nouvelle-France.Bourbeau, M\"\" Hermine, Montréal: Coupures de journaux canadiens, notes, etc., etc.Bourbeau, Emile, Victoria ville: Autographe de Louis Riel.Caron, L'abbé Ivanhoë, Québec: Livres et brochures.Chambre de Commerce britannique, Paris: Annual Report for 1934.ChaUmette, M.l'abbé, Paris: Annales de FArchiconfrérie du T.S.et I.Cœur de Marie.Commission royale d'art et d'archéologie, Bruxelles: Rapport annuel.Département des Mines, Ottawa: Plusieurs rapports. archives de québec ix Dresser, John A., Ottawa: The Eastern Township of Quebec.Duchesne, M.le Chanoine, Chicoutimi: Livres et brochures.Dumont, Jean, Lévis: Série de photographies du fort Lennox.École des Hautes Études; Paris: Revue mensuelle de VAssociation des Anciens Élèves.École des Hautes Études, Montréal: Publications de l'année.Feray, M.Thierry, Paris: Copie des lettres de noblesse de Pierre Feray.Flornoy, M.Olivier, Paris: La Petite Gironde.Frères de St-Vincent de Paul, Québec: Calendrier historique.Ganong, W.F.: Crucial Maps in the early Cartography and Place-nomenclature of the Atlantic Coast of Canada (don de l'auteur).Garneau, Sir George, Québec: Lettre autographe d'Octave Crémazie.Gaubert, M.Ernest, Châteauroux: Centre-Éclair.Grenier, J.-Antonio, Québec: Médaille de commandeur du Mérite agricole; Médaille d'officier du Mérite agricole; Médaille de chevalier du Mérite agricole; L'Avenir National, Manchester, E.-U.: La Saint-Jean-Baptiste à Manchester, en 1935.Lafertén L'hon.Hector, Québec: Deux Discours importants (don de l'auteur). x archives de québec Leclerc, Eugène, Québec: Conseils pratiques sur la prévention des incendies.Lessard, Richard, notaire: LivreB et brochures.Ligne maritime et coloniale, Paris: Diverses publications.Leechman, Ottawa: Moyens de préserver les spécimens anthropologiques.Massicotte, E.-Z., Montréal: Livres et brochures.McLennan, Francis, Loretteville: Livres, brochures, manuscrits, etc., etc.Olivier, M\"* Pierre, Montereau, France: Annales de N.-D.des Victoires de Paris.Pouliot, L'honorable juge, Québec: Une Heure avec Jacques Cartier.Rain ville, Paul, Québec: Livres et brochures.Roy, Pierre-Georges, Levis: Livres et brochures.Roy, Antoine, Québec: Livres et brochures.Saint-Saud, Le comte de, La Roche-Chalais: Petites Annales des Oblats de M.I.Société Royale du Canada, Ottawa: Mémoires et comptes rendus.Société des Americanist es, Paris: Diverses publications.Société d'Émulation du Bourbonnais: Diverses publications. ARCHIVES DE QUÉBEC Société de géographie de Rochefort: Diverses publications.Stein, M.Henri, Paris: Le Gâtinais au Canada (don de l'auteur).Tiersonnier, M.Philippe, Paris: Divers journaux.Tom aine République, Tours: Divers journaux.Vaillancourt, Emile, Montréal: Photographie du buste de Louis XIV à Québec.Vintras, M.A., Honneur: Répertoire numérique des archives de Honfleur.Webster, Le docteur, Shédiac, N.-B.: Livres et brochures.Wood, Colonel William, Québec: The Fenian Raid; Report of Donald A.Smith (1870); Report of colonel Martindale (1871). MADAME BÉGON (NÉE ROCBERT) LA CORRESPONDANCE DE MADAME BÊGON 1748-1753 Les prospecteurs sont des gens qui cherchent des trésors et qui n'en trouvent pas toujours.M.Pierre-Georges Roy, plus heureux, cherche et trouve.Des trésors?\u2014 Ma foi, oui! Je crois difficile de qualifier autrement la correspondance de M\"\" Bégon.Sa publication pourra être réputée un événement.Et pas seulement à Québec.Depuis plusieurs années, la faveur des historiens canadiens va surtout aux documents qui instruisent sur la vie privée d'autrefois, les mœurs, les habitudes, les dehors des hommes et des femmes, et aussi leur âme, Il ne suffit plus de savoir ce qu'ils ont fait, on veut apprendre ce qu'ils ont été.Des textes bien curieux à cet égard ont vu le jour.Je doute que l'on en exhume jamais de plus féconds en révélations que le présent recueil.Bien peu de lettres particulières, contemporaines de l'ancien régime, ont été conservées.Ici, nous avons toute une correspondance.De missives privées, on peut toujours suspecter la sincérité.Il n'y a pas lieu de se méfier de celles-ci.Dans les lettres, d'ordinaire, on ne dit pas forcément ce que l'on pense.On écrit dans un but déterminé qui oblige parfois à présenter les faits de telle ou telle manière, à fausser, atténuer ou exagérer l'expression de ses sentiments.Mais la majeure partie de sa correspondance, Mmc Bégon l'a rédigée sous forme de journal.Elle écrivait pour son gendre, elle écrivait surtout pour elle-même; on ne saisit pas quel intérêt elle aurait eu à mentir.Du reste, ce qu'elle-même fait connaître de sa nature permet de faire la part de l'équation personnelle dans certains de ses jugements.Mais d'un bout à l'autre, sa bonne foi parait évidente. 2 archives de qtjébec Mm* Bégon, née Marie-Isabelle ou Elisabeth Rocbert, était la femme du chevalier Claude-Michel Bégon, capitaine des troupes de la marine au Canada, qui finit gouverneur des Trois-Rivières en 1748.Née à Montréal en 1696, elle mourut à Roche-fort en 1755.Son journal, ses lettres, avaient pour destinataire son gendre, Honoré Michel de la Rouvillière de Villebois, alors commissaire-ordonnateur à la Louisiane où il devait décéder en 1752.Cette M™ Bégon, une fort jolie femme, était mieux encore: une créature très spirituelle et on ne peut plus attachante, d'une sensibilité exquisement raffinée, délicate à l'excès, d'une façon presque maladive.Faite pour aimer et pour souffrir, elle aima et surtout, elle souffrit beaucoup.Nous pouvons deviner qu'elle possédait un charme infini.Elle savait sourire à travers ses larmes.Jamais le tragique de la vie ne l'empêcha d'en apercevoir les côtés plaisants; sans malice aucune, elle s'amusait des autres et d'elle-même.Certainement, elle se montrait délicieuse en conversation.C'était l'avis d'un des hommes les plus intelligents de son temps, l'illustre comte de La Galissonnière.Son humeur enjouée le charmait, mais il appréciait aussi son jugement.Des décisions importantes, prises par lui au Canada, ne l'ont été qu'après l'avoir consultée.Elle avait été sa conseillère.Il resta son fidèle correspondant.Car seule, la première partie du journal de M\"\" Bégon a été écrite au Canada.A la fin de 1749, elle avait passé en France.Désormais, c'est de Brest, de Blois, de Bordeaux, de La Rochelle, presque toujours de Rochefort qu'elle écrit.Mais où que fût M\"* Bégon, elle ne pouvait penser qu'au Canada.Ce qu'elle relatait, c'étaient des événements du Canada, des nouvelles de Canadiens, de ceux ou de celles qu'elle appelait gentiment ses \" payis \" ou ses \" payises \".En France, elle se sentait étrangère.Sa \"chère patrie\" c'était le pays où elle était née, où elle avait vécu ses années heureuses.Elle y tenait par les fibres les plus intimes de son être.La France, elle n'a jamais pu l'aimer.Elle reconnaissait que son climat valait mieux que celui du Canada, que l'hiver y était moins à redouter.C'est à peu près tout ce qu'elle a trouvé archives de québec 3 à y louer.Rien de ce qu'elle a vu en France ne l'a éblouie.Toutes les comparaisons qu'elle a été en mesure d'établir entre la colonie et la métropole, tournaient, dans son esprit, au détriment de celle-ci.En France, on ne savait point construire des maisons, encore moins les couvrir; en France, on ignorait l'art de se chauffer; en France, les processions étaient moins belles, les réunions mondaines moins brillantes et surtout, surtout en France, on ne connaissait point la douceur de vivre canadienne.M™ Bégon nous initie à l'enchantement de cette fête qu'était alors, pour les familles militaires ou riches, l'existence dans les villes de la colonie.Comme si l'on n'était point sûr du lendemain, parce que le risque, pour ces hommes était pain quotidien, on se pressait de jouir de tout.On voulait vivre de toutes ses forces, on lisait, on écrivait tant* qu'on pouvait, on dansait, on jouait aux cartes avec frénésie et l'on aimait.On a beaucoup aimé au Canada en ce temps-là.Un singulier souci de charité avait humanisé les mœurs.On ne torturait point les accusés, on ne persécutait personne pour ses opinions, on assassinait peu, on ne se tuait en duel que par accident; toute la férocité, innée au cœur de l'homme, on la réservait pour les sauvages ennemis.Pour ceux-là, pas de pitié.Des médisances et des calomnies, des intrigues et des rivalités, oui, il y en avait là comme ailleurs.Questions de personnes moins graves que des questions de classes.Rien, en somme, ne troublait l'harmonie de la société, parce que rien n'empêchait qui que ce fût de parvenir où il voulait.Il n'était pas dans les usages de reprocher à un homme, à une femme d'avoir moins de \" naissance \" que d'autres.On ne méprisait personne et aucun métier ne déshonorait.Grand\"mère indulgente, M\"* Bégon trouvait toujours les meilleures raisons du monde pour excuser, l'un après l'autre, tous les défauts de sa petite-fille.Non pas tous.A aucun prix, elle n'aurait voulu qu'elle fût \"haute\".Tout le monde travaillait ou s'employait au service du Roi.Entre les gens aisés, bien élevés, c'était la république des égaux.Et aux yeux, sans doute prévenus, de MM Bégon, le Canada apparaissait comme un pays beaucoup plus civilisé que la France! 4 archives de québec Parce que les 60,000 colons, laisses par la France, en 1763, sont devenus cinq millions et parce que le français demeure la langue de la province de Québec, on ne cesse d'acclamer le miracle canadien.Un miracle, c'est un fait étonnant.N'est-il pas étonnant, miraculeux, de songer qu'en 1750, malgré l'éloignement, \u2014 trois mois aux voyages d'aller, trois semaines au retour, \u2014 on pouvait se demander si on n'était pas plus véritablement, plus joliment français à Québec ou à Montréal que dans les meilleures villes du royaume ?Claude de Bonnault CORRESPONDANCE DE MADAME -BÉGON, NÉE ROCBERT DE LA MORANDIÈRE (l\" Cahier\u201412 novembre 1748 -18 décembre 1748) Le 12 novembre 1748.A présent, mon cher fils, que je me vois débarrassée de tant d'écrits qui m'ont beaucoup coûté, je pourrai, avec la même satisfaction que j'ai toujours eue à m'entretenir avec toi, le faire tous les jours, et te répéter cent fois que c'est tout ce qui me reste de consolation.Tu sais, cher fils, combien ton absence m'est dure à supporter.Si j'ai eu de la peine à te voir partir, juge quelle doit être celle où je suis à présent, seule les trois quarts du jour avec ma chère petite-fille.Je t'ai mandé que Mater et Tilly ont \"été à Québec avec M.de Tilly le 15 juillet.Elles ne sont revenues qu'il y a quelques jours, très enthousiasmées des plaisirs de Québec où M.l'intendant fait danser à toute main.Leur habit noir les a privées d'assister à toutes ces fêtes, mais elles y ont mangé et vu cette belle argenterie qui fait le bel air des conversations à la mode.Madame Lanodière (Lanaudière) y est la brillante, tout le reste n'est rien en comparaison; il y va souvent et nous tournons ( ?) les yeux, comme tu sais, de la bonne façon.Notre général est toujours le même et je crois regarde tout en pitié.On dit qu'il rend des comptes à la Cour comme ils n'en ont point encore eu.Je crois que le pays perdra beaucoup en le perdant.Adieu, cher fils, jusqu'à demain.Je te souhaite une parfaite santé et voudrais bien avoir encore de tes nouvelles.Le 13.Je te disais hier, cher fils, que j'aurais bien voulu avoir encore de tes nouvelles.Tu le juges aisément puisque c'est tout ce qui peut me dédommager de ton absence; mais c'est à quoi il faut renoncer jusqu'à la fin de mai.Que le terme est long et que de châteaux je vais faire sur ce que tu me marques, cher fils, que l'on voudrait te dégoûter du Mississipi I.J'en louerais volontiers le Seigneur, si ' j'étais cependant persuadée que ce fût ton avantage, car je t'avouerai que j'ai \u2022 une aversion pour ce pays que je ne puis penser à te voir y aller sans une peine dont je ne suis pas maîtresse et j'espère que la Providence y pourvoira et ne voudra pas m'écraser de toute façon et me fera réjoindre un fils qui ferait toute ma consolation.Il faut que je te parle un peu des nouveautés de notre pays.M.Picquet est parti pour aller visiter un endroit vers le fort Frontenac pour y faire un établissement pour y planter la foi chez les Cinq-Nations; tu connais la dévotion de ces peuples et tu jugeras de la réussite mieux qu'un autre.M.de Longueuil n'en parait pas content, il n'est pas difficile d'en démêler les sujets.Il compte bien sur 6 ARCHIVES DE QUÉBEC le gouvernement d'ici, je ne sais s'il réussira, mais il n'a rien épargné; il s'arrange en conséquence et le dit si hautement que l'on en rit.Adieu, en voilà assez pour toi, car pour mol, je ne voudrais faire autre chose que de te dire que je suis là.Le 14.Je ne t'ai point parlé, cher fils, de la venue des Cinq-Nations que M.de Lon-gueuil a envoyées à Québec.J'étais si fatiguée de tous les écrits et du train qu'il faut faire l'automne.Pour commencer mon journal, je t'ai marqué ce que M.Varin a fait à Jon-caire qui a amené des sauvages; ils sont prêts à revenir et on assure que M.de la Galissonnière les a traités comme ils le méritent.Je le sais de bonne part et qu'il rend compte de tout de façon'à lui faire beaucoup d'honneur.Que de regrets, cher fils, de ce que tu ne partages pas tout cela ! ' Longueuil fils, qui était allé cet été au Détroit pour y tenir garnison, vient d'arriver, qui rapporte que depuis que les sauvages ont su la suspension d'armes, ont l'oreille basse.Il n'y a que Nicolas qui fait toujours l'insolent et qui s'est retiré avec quelques vauriens et quelques Anglais, où ils font beaucoup de menaces.Le reste parait tranquille, mais on ne s'y fie pas.Il est venu pour annoncer la prise de trois misérables Sauteurs qui ont tué l'année dernière des Français ; ils sont en prison au Détroit.M.le chevalier de Longueuil demande leur grâce, je ne sais si elle leur sera accordée.Je ne sais, cher fils, si je t'ai mandé que M.le général a envoyé, il y a un mois, Ligneris en ambassade à New-York, pour ravoir nos gens qui sont encore chez les Agniers.Nous en venons d'avoir des nouvelles; ils sont à S1-Jean, où l'on a fait un fort et un chemin qui vient à Laprairie: on les attend demain; je te dirai ce qu'ils auront fait.Adieu, cher fils, aime ta pauvre mère autant qu'elle t'aime.Le 15.i M.de Varin est arrivé de Québec avec son grand cortège, car il faut que tout se fasse avec dignité.Il avait deux canots magnifiquement armés, et, à sa suite, M.Martel qui est descendu avec lui et qu'il a gardé là-bas avec lui sans s'embarrasser s'il était nécessaire ici.Il fait le personnage d'un sot, mais je sors de mon discours et le reprends.M.de La Corne l'alné, le chevalier, la Colombière et Foucher, étaient du canot.Ce n'est pas tout.Mesdemoiselles La Corne et Poudret y étaient aussi.On est arrivé en carriole ou calèche à deux chevaux, car on ne saurait aller avec un, et enfin on s'est rendu ici en parfaite santé.L'intérêt que tu y prends comme moi, mon cher fils, fait que je serais fâchée de rien omettre.Aussitôt, on court faire sa cour et M.de Longueuil prie à dîner la puissance arrivante avec Ligneris qui est arrivé aussi ce matin avec 3 Anglais qui viennent parler à M.le général.Ligneris n'a ramené que deux Français qui ont été pris sur un vaisseau venant des lies.Les Agniers gardent nos gens et ne veulent point les rendre qu'ils n'aient ceux que le chevalier de La Corne leur a pris.Les Anglais disent avoir fait leur possible pour retirer nos gens d'entre leurs mains, mais qu'ils n'ont pu réussir.M.de Ligneris m'a dit avoir été reçu au mieux, que les Anglais n'avaient pas ARCHIVES DE QUÉBEC 7 voulu qu'ils fissent aucune dépense.Ils ont payé jusqu'au barbier de tous ceux qui étaient avec lui.Ils ont été régalés et provisionnés pour revenir magnifiquement et paraissent très contents de ce voyage.Il doit partir demain pour Québec avec ces trois Anglais.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite santé; je crois que tu auras bien mes lettres si tu es en France.Le 16.Je ne te dirai pas grand'chose aujourd'hui, cher fils, ayant écrit presque toute la journée, ne se passant point d'occasions que je n'écrive à notre cher général en réponse de celles dont il m'honore.Il ne se contente pas de m'écrire à moi, il écrit aussi à ta fille, elle lui répond, et tout cela est de l'ouvrage pour cette pauvre vieille mère.Il faut faire notre école.Tout cela nous tient du temps que je ne regrette point, parce qu'elle en profite bien.Il n'y a qu'à l'écriture que nous avons de la peine, mais cela viendra.Pour tout ce qui est de mémoire, elle l'apprend autant que tu le peux souhaiter.Elle est toujours en procès avec M.le général pour son langage de chou et pigeon qu'elle prononce mal.Je crois qu'il a cherché tous les mots en h et g et j pour lui composer une lettre qui est très jolie; mais elle la veut lire comme elle est écrite et fait des grimaces terribles, car elle veut plaire à son cousin et fait ce qu'elle peut pour bien parler à son retour à Montréal, ce qu'il nous promet cet hiver.M.l'intendant y doit venir aussi de façon que les belles vont arranger leurs atours pour ce temps.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir et une bonne santé.Le 17.Il nous est tombé cette nuit, cher fils, un pied de neige, ce qui m'a fait grogner dès le matin.Que tu es heureux d'être dans un pays exempt de ces froids I Je tremble d'avance lorsque je pense que nous voilà pour neuf mois dans la neige.Mais il ne tiendra pas à moi si je n'en sors pas l'automne prochain.Que ferai-je en Canada seule, si M.de La Galissonnière s'en va ?C'est bien pour le coup que je serai battue ! Tu sais comme l'on pense en ce pays.On fait volontiers la cour à ceux qui sont aimés des grands ou qui leur appartiennent mais, quand cela ne se trouve pas, je sais comme on les mène.C'est ce qui me fera prendre mon parti avec grande satisfaction et surtout pour me rapprocher de toi, cher fils, qui est tout ce qui me reste de consolation.Adieu.Le 18.Notre petit Sabrevois est enfin revenu du fort Saint-Frédéric, très content.C'est M.de Lusignan qui l'a été relever et qui s'y est rendu le plus tard qu'il a pu.Nos messieurs de Québec ne sont pas plus pressés que tu les a vus, cher fils, de sortir de la capitale.Rien ne les émeut et se contentent d'être en extase des beaux meubles de M.l'intendant et de sa belle argenterie.Il veut tout mettre sur le bon pied et ne veut plus que l'on parle de retrancher rien sur les mémoires.Il veut bâtir des casernes à Montréal, des magasins et une belle maison pour l'intendant.Je ferai tout ce que je pourrai sans paraître cependant trop d'empressement pour lui faire prendre la nôtre, dans l'espérance que je pourrai gagner mon cher père pour faire le voyage l'année prochaine. 8 archives dé quebec L'idée dans laquelle sont une partie de nos citoyens que M.le général a beaucoup d'attention pour moi et qu'il ne peut me rien refuser les engage souvent a me venir voir.Mais je n'en suis point la dupe et j'ai dit à M.le marquis, que ses attentions si marquées pour moi me mettaient souvent dans le cas de voir des gens que je n'aime guère et me sollicitent à lui faire de mauvaises questions; mais je sais la façon de lui demander.Quelle pitié, cher fils, que ce monde I Celui qui ne te pouvait souffrir ni moi et qui te regarde comme ce gratteur de papier m'a fait et sa femme beaucoup de visites.J'en ai tous les jours de cette espèce dont je me passerais volontiers et aimerais beaucoup mieux être seule à te renouveler ma parfaite amitié que le temps ni l'éloignement ne peuvent diminuer.Adieu, cher fils, jusqu'à demain I Lé 19.C'est aujourd'hui, cher fils, la fête de toute ta famille.Tu n'y as peut-être pas seulement pensé.Ta fille m'a demandé pour bouquet d'aller voir sa maman Bosseron.Tu penses bien qu'elle n'a point été refusée, pas plus que pour la demande qu'elle m'a faite de lui mettre au bras cette \" chère mine \" pour toute la journée, qu'elle baise tant que je crois qu'il y faudra bientôt une autre glace.Elle le montre à tout le monde qui le trouve tous comme moi fort ressemblant, mais les yeux tristes et moins beaux que.les tiens.Tu penses bien, cher fils, que cette peinture m'est infiniment chère.Je m'imagine qu'elle me dit qu'elle m'aime et qu'elle prend part à toutes mes peines; mais quelle différence si je t'avais 1 C'est à quoi il ne faut pas penser et attendre avec impatience le moment où je pourrai te rejoindre, ce qui seul peut me satisfaire.M.de Lantagnac sort d'ici, qui est toujours de plus en plus gascon.Il est logé chez Morand le charpentier, où il dit qu'il donne une grosse pension.Je trouve toujours nouveau de voir des officiers-majors dans des pensions.M.de Saint-Ours vit aux Trois-Rivières à peu près comme il faisait à Montréal.Il s'est logé chez le canonnier qui a épousé notre Catherine; il y donne quatre cents livres de pension et dit qu'elle l'écorche; elle le loge, chauffe et fournit de tout Juge si elle y gagne 1 A la vérité, il tire de bonnes ventrées chez Cardin avec tous les passants dont ils se moquent tous.M.de Longueuil, commandant de cette ville, fait mieux, car il donne volontiers à dîner aux arrivants; mais il se plaint de même à ceux de qui il peut espérer quelque grâce.S'il n'est pas gouverneur de Montréal l'année prochaine, je ne sais s'il ne se détruira pas, car il y compte sûrement.Ta fille babille plus que jamais et deux autres qui la suivent en tout.Juge si on a de quoi s'ennuyer I H me fait exactement une visite tous les jours à l'imitation de son général, à ce qu'il dit, mais je n'ai pas le même plaisir à le voir.Adieu, cher fils.Le 20.Tous nos vaissaux sont partis.Je souhaite, mon cher fils, que tu reçoives en France ce que je t'ai écrit et ton coffre dont M.de Tilly est chargé.Je ne sais, aimable fils, ce que je dois souhaiter pour ma satisfaction.Je te voudrais en France, mais, de la façon dont tu écris, tu auras bien de l'avantage en allant à la Louisiane.Que la divine Providence en décide donc pour ton bien et celui de mes chers enfants ARCHIVES DE QUÉBEC 9 et un peu pour ma consolation 1 J'essaye tous les jours à faire des sacrifices bien et solidement faits, mais ils ne peuvent partir que des lèvres.Je ne sais, cher fils, si je t'ai mandé que M.Varin avait loué la maison de madame Montigny pour sept ans et qu'il lui donne deux cents livres par année et qu'il y doit faire toutes les réparations nécessaires à ses dépens.Il y a bientôt un an qu'il l'a et il n'y loge que depuis un mois, ayant fait refaire cette maison du haut en bas, les plafonds, cheminées, planchers, couverture tout à neuf, des cheminées de plâtre partout.C'est une maison magnifique aujourd'hui.Il y fait faire une galerie avec un fer à cheval à mettre une table de 20 couverts.Et tout cela se paye, à ce qu'ont dit les ouvriers, avec des certificats sur les réparations des maisons du Roi et sur celles des fortifications.Avoue donc que tu n'as été, cher fils, qu'une grosse dupe de n'avoir pas mieux bu t'arranger; au moins en aurais-tu eu quelque chose en sortant de Canada.Mais je t'assure que j'en serais fâchée et t'aime mieux comme tu es que si habile, puisqu'il fait faire des raisonnements qui ne lui font point d'honneur.J'ai vu tous les jours sa femme en son absence: c'est son père tout copié.Adieu, cher fils, aime la plus tendre et la plus malheureuse mère qu'il y ait.Je voudrais bien savoir ton sort.Le 21.Je n'ai pas grand'chose à te dire aujourd'hui, cher fils.Nous sommes dans le temps de tranquillité où tout le monde s'arrange pour son hivernement.Ceux qui ont quelque chose sont inquiets de n'avoir point de nord-est.Nous avons six barques encore en chemin qui ne m'intéressent qu'autant que M.le général y a du vin; car, pour moi, je n'ai ni attends rien, ayant perdu tout ce que je pouvais espérer dans les vaisseaux qui ont été pris partant de Bordeaux.Je m'étais flattée que si tu avais connaissance de ce que nous y avions perdu, que tu nous aurais renvoyé quelques barriques de vin; mais je me suis flattée mal à propos, n'y ayant plus rien à espérer et tu m'en aurais marqué quelque chose.J'en serai quitte pour le payer le double.Adieu, cher fils, je ne veux pas t'ennuyer de tant de riens.¦ ¦ Le 22.Bonjour, cher fils, mais que c'est de loin I Crois-tu que je puisse m'accoutumer à te le dire, si éloignée ?Non, je t'assure, plus je vais et plus je ressens ton absence.Monière, que bien tu connais, sort d'ici, qui arrive de Québec.Il dit que M.de Joncaire et les Iroquois sont près d'arriver.Je ne sais s'ils pourront repartir pour leurs pay s avant les glaces.Il a longtemps causé seul avec moi et m'a beaucoup parlé de la façon aimable avec laquelle M.le général gouverne tout.Il en est fort enthousiasmé et, dans ses \" hélas I \" que tu lui connais, il m'a dit: \" Entre nous, madame, je dirai comme celui qui disait, il y a quelques années: nous sommes, bien en gouverneurs, un anglais, l'autre iroquois.\" Je lui ai demandé ce que c'était que l'Anglais.Il dit que c'est M.de la Chassaigne dont on parlait et que M.de Longueuil n'aimait que ses Iroquois.Cela est.un peu vrai, mais ce n'est pas la seule chose qu'il faudrait retrancher pour en faire un bon gouverneur.Adieu. 10 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 23.Joncaire est arrivé, qui ne nous apporte rien de nouveau.Les sauvages sont très contents malgré les corrections que leur a faites leur père.Ils ont obtenu un de leurs prisonniers qui ont été pris de ton temps par le chevalier de La Corne; c'est un Oneyout.Les autres sont bien gardés dans la prison ainsi que les Anglais qui étaient avec eux.Adieu, cher fils, j'ai un peu mal à la tête et n'ai rien de nouveau.Le 25.Je ne pus, cher fils, récrire hier, quoique ce soit toute ma satisfaction.Mais j'eus tant de mal à ma pauvre tête que je ne fus capable de rien tout le jour.C'est aujourd'hui la fête de notre chère mignonne.Elle m'a demandé ce matin, pour son bouquet, le portrait de cette \" chère mine \" et de lui mettre au bras pour toute la journée.Elle a reçu des visites des grosses têtes: de M.de Longueuil, Lantagnac et Varin.Tu vois que les voilà tous.Elle ne les aime pas mieux les uns que les autres.Si tu la voyais, tu dirais: c'est bien ma fille, plus maligne que jamais et beaucoup d'esprit.Elle nous tient quelquefois des discours hors de son Sge et cela sur des choses très graves et souvent sur des pointa de religion.J'ai le plaisir de la voir bien apprendre tout ce que je lui montre et de voir qu'elle entend et comprend bien tout ce qu'elle dit.Adieu, cher fils, je ne me lasse point de m'entretenir avec toi, de ce qui nous est cher.Comme tu vois, je ne sais rien de nouveau.Tout est paisible et tranquille.Moi seule ne puis avoir de tranquillité dans l'état où je suis éloignée de tout.Le 26.Voilà une nouveauté: des barques qui arrivent à présent et qui, je crois, ont couru des risques par les glaces.Encore, si elles m'apportaient des lettres de mon cher fils; mais je n'en espère plus, hors que ce Saint-Yves que l'on attend encore n'en apporte.J'ai été avec toi en conversation une partie de la nuit, ce qui me fait penser que tu auras reçu mes lettres.Mais quelles nouvelles pour toi.Je te rends trop de justice pour ne pas penser que tu partageras bien mes peines.Encore si nous étions à portée de nous donner quelques consolations, mais loin de cela, j'ignore ton sort et ne le puis savoir sitôt : c'est encore pour moi une nouvelle peine.Adieu, aimable fils, je ne me porte point bien sans savoir ce que j'ai.Adieu I Le 27.Que te dirai-je, cher fils ?je ne sais rien, que je t'aime?\u2014Cela ne t'est pas nouveau.\u2014Que je m'ennuie de ton absence ?\u2014Tu dois le savoir.\u2014Que je suis presque toujours malade?\u2014Mon fige y contribue.Que te dire?\u2014Que je vois tous les jours des physionomies qui m'ennuient et que je sais qu'elles ne me viennent voir parce qu'elles croient faire leur cour à M.le général.Tu me connais et tu te doutes bien que je ne leur ai pas grande obligation.Il n'y a que notre Outy qui nous tient souvent compagnie le soir et, pour nous amuser, Mater lit Polexandre.Voilà où nous en sommes.Mon cher père se porte toujours bien et la chère petite ARCHIVES DE QUÉBEC 11 Tilly est toujours comme tu l'as vue, avec ses douleurs tantôt aux mains, tantôt aux pieds, et Mater, toujours le derrière à feu, à prier Dieu ou à.courir.Adieu, cher fils, aime et plains ta pauvre mère.Le 28.Je ne sais, mon très cher fils, si je t'ai mandé ce qui avait occasionné les belles idées de MM.de l'Ile Royale.Tu sais qu'ils se sont, dès le temps que tu étais ici, regardés fort au-dessus des troupes de Canada, ce qui a donné de la jalousie autant aux soldats qu'aux officiers, joint à ce que M.d'Ailleboust est arrivé ici en disant que le ministre lui avait donné beaucoup de marques de distinction comme des drapeaux et un commandement absolu sur ses troupes, de façon qu'ils sont séparés en tout de celles-ci.Cela a fait des querelles entre les soldats de façon que, ces jours derniers, ils se cherchèrent querelle deux et la fin fut qu'un soldat d'ici coupa le poignet à un de l'Ile Royale aussi net que Laprairie l'a coupé à Marly, ce qui a fait beaucoup de mouvement.Celui qui a coupé cette main est décampé et l'autre est toujours à l'hôpital.Tous les jours, il y a quelques nouvelles histoires entre les deux corps.Je ne sais comment on souffre des distinctions dans des troupes qui me paraissent devoir être égales.Adieu, cher fils, j'entends qu'on me demande.Le 29, Je t'ai laissé trop promptement, hier, cher fils, puisque je ne pus seulement te dire bonsoir.C'était le juge qui me venait voir, ce qu'il observe presque toutes les semaines.Penses-tu bien, cher fils, tout ce que je souffre lorsque je me vois obligée de faire honnêtetés à gens que nous ne voudrions point voir?Cela m'ar-rive presque tous les jours; mais si mon cher père me veut croire, nous ne serons pas en cette peine l'année prochaine.Au moins, serai-je peut-être à portée de te voir ou de savoir souvent de tes nouvelles, dont je me vois privée pour peut-être plus d'une année.Adieu, aimable fils, je ne sais rien de nouveau.Le 30.Si je n'avais rien de nouveau hier, cher fils, à te dire, en voilà aujourd'hui.M.Marin et Herbin se sont grossièrement querellés au corps de garde et M.de Cabanac les écoutant, lui de garde, crut, après les avoir laissés dire et qu'ils étaient prêts à faire feu, les envoya tous deux aux arrêts et en avertit M.de Longueuil qui donna ordre à M.de Lantagnac d'accommoder cette affaire.Je ne sais à quoi cela se terminera.Ils sortent d'ici tous deux et Lantagnac m'a paru que pas grand chose l'embarrassait et l'autre ouvre des narines à faire rire, si j'en avais' envie, puisqu'on se divertit volontiers de ce qui ne nous intéresse point.Mais je t'avoue, cher fils, que je ne suis point en goût, accablée de toute part.Je ne puis que soupirer, tantôt de ton absence, tantôt de ce que le Seigneur m'a Ôté, dont je ne puis me consoler.Plus je vais et plus je sens la perte que j'ai faite.Dieu veuille que les nouvelles que j'aurai l'année prochaine ne me donnent pas lieu de la ressentir encore plus vivement.Malgré tout, cher fils, je fais l'impossible pour tout cacher à mon cher père pour le conserver et prends beaucoup sur 12 ARCHIVES DE QUÉBEC moi pour me conserver aussi pour la chère petite que tu m'as laissée et me mettre en état de lui donner mes soins et attentions pour son éducation.Adieu, aimable fils, aime ta malheureuse mère qui t'aime de tout son cœur.Le î« décembre 1748.L'affaire dont je te parlais hier, mon cher fils, a pensé être grave par la faute de M.de Lantagnac, car je ne sais comment nommer ce qu'il a fait.Il envoya chercher les deux messieurs et souffrit devant lui une explication et des reproche» de part et d'autre outrageants.On le fut dire à M.de Longueuil qui les fit venir chez lui et les raccommoda sans vouloir savoir ce qu'ils avaient l'un contre l'autre et les fit boire ensemble.Voilà une affaire accommodée, mais je ne sais si cela durera, car, quand on ne craint ni ne respecte ce qui est à notre tête, cela va toujours mal.Voilà, cher fils, tout ce que je sais et te souhaite le bonsoir.Le 2.Après avoir eu bien du froid, cher fils, nous avons des temps si doux que toute la neige est fondue et nous sommes dans la boue par-dessus la tête.Si tes alma-nachs étaient vrais, nous aurions peu d'hiver, t'ayant oui dire que, quand il ne faisait point froid le jour de saint François-Xavier, il ne le faisait pas de l'hiver.Dans un sens, nous serions très heureux, le bois étant toujours de 8 A 91 la corde; encore nous promet-on que l'ordonnance de M.Bigot, qui veut qu'il soit de longueur ordonnée, fait que les habitants se promettent de n'en plus amener, si bien que j'espère que le grand ordre nous fera geler; mais si je puis je ne courrai point ces risques l'année prochaine, ou je ne pourrai déterminer mon cher père.M.Varin est malade.On assure que ce sont toutes ses colères qui en sont cause.Il se désespère lorsqu'il faut faire quelques payements.Il à aussi une de ses petites filles fort malade.Il se sont avisés de la retirer de chez Poudret où elle a passé l'année et depuis a toujours été malade.Adieu, cher fils, cela n'est pas fort intéressant.Je ne sais rien.Le 3.Tu penses bien, mon cher fils, qu'étant un peu jésuite, j'ai passé une bonne partie de la journée à prier saint François-Xavier.S'il a voulu m'écouter, tu jouis d'une parfaite santé et mes deux autres enfants.Je n'ai point oublié à lui demander qu'il m'obtint la grâce de nous rejoindre tous au plus tôt, étant une peine insurmontable pour moi que la séparation.Notre chère petite est venue avec moi et prie, je t'assure, de tout son cœur, pour sa \" chère mine \" qui la fait très souvent soupirer ainsi que sa maman.Il faut que je te dise une folie de Repentigny: tu sais l'affaire qu'il a sur le corps et que M.le général l'a envoyé au fort Saint-Frédéric.Il s'y est ennuyé et est allé à la Nouvelle-Angleterre attendre sans doute ce qui sera décidé à la Cour de son sort.Il écrit une lettre à Mater aussi impertinente que l'on en puisse voir sur le compte de M.le général.Il peut dire être bien mal récompensé des bontés qu'il a eues pour cet étourdi.Il est aisé de juger par cette lettre qu'il a plus de hauteur que d'esprit.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 13 y- fiv lh v.>:V -.,;-;.;'> ¦¦ ¦ .Le 4.Point de nouvelles, si ce n'est la mort de M11* de Varin, que l'on a enterrée avec une espèce de pompe mal suivie.Elle a 5 à 6 ans et a été portée par 4 de ses écrivains car il en a 6, et les coins du drap par trois demoiselles deLongueuil, filles du baron, et \" Robiche \" pour quatrième.Mais, avec cela, 2 prêtres, ce qui est trop peu pour la dignité, et 4 enfants de chœur sans cierges.On a été faire beaucoup de compliments.' M.Varin dit qu'il ne pleure point ses enfants quand ils meurent, parce qu'il les pleure pour tout ce qui doit leur arriver en venant au monde.Il est, par le raisonnement, philosophe jusqu'au bout des ongles et l'est si bien qu'il s'est levé de son lit pour aller à un conseil sauvage, voulant mourir en servant le Roi.Bel exemple, mon cher fils, pour les indolents au service de leur Roi ! Adieu, en voilà assez, je te souhaite le bonsoir.Le 5.La Chambre est arrivée cet après-dlner, cher fils, à cheval, comme dans l'été.En le voyant, j'ai espéré l'arrivée d'un vaisseau que l'on attendait encore de Bordeaux.Mais rien.Point d'apparence que j'aie, pour cette année, de tes nouvelles davantage.Il a été envoyé pour apporter des ordres pour chercher un Suisse qui a déserté.Il nous apprend en même temps le mariage de M11* La Ronde avec son cousin germain, M.Bonaventure, officier de l'Ile Royale, ce qui n'est pas malheureux pour la mère car cette fille n'était brin jolie et on dit que son mari a quelque bien.M.Bigot a donné, à l'occasion de çé mariage, un grand souper suivi d'un grand bal.On me l'écrit de Québec.Rien n'est si magnifique que cet intendant en tout et on ne se lasse point de le dire.Je m'ennuie souvent de l'entendre.Adieu.* Le 6.Nous avons bien des petites jalousies ici, chez bien des aimables.Tu sais que M.Duplessis est ici le premier capitaine.Ses meilleurs amis ou ceux qui l'ont été ne peuvent plus le souffrir.L'année dernière,-Mm* et M11* de Noyan dansaient tous les jours chez M.Duplessis ainsi que M\"* de Longueuil.Cette année, on ne le voit plus et ce sont des gens à ne point voir.M.et Mme Céloron en ont fait et font de même, mais ce n'est pas le sérieux.MM.de Céloron et Noyan ne comptent rien devoir à ce commandant et se sont dispensés d'aller à exercice aux escouades, et enfin cela a été aux oreilles du général qui avait tout renvoyé à M.de Longueuil.Il te sera aisé, cher fils, d'en connaître le jugement, lorsqu'il est question de Noyan et de Céloron, qui est un des membres du gouvernement.M.de Longueuil a voulu apparemment patienter, mais il faut que les plaintes de M.Duplessis aient été réitérées.M.de Longueuil m'ayant dit, tu le connais: \" Je viens d'écrire une grande lettre à M.le général, mais j'ai encore un article de la tienne à laquelle je n'ai pas répondu et qui m'embarrasse, il faut que je vous le dise,\" en me parlant il m'a dit tout bas: que M.le général lui marquait qu'il ne pouvait plus lui dissimuler qu'il était fort surpris qu'il n'eût point mis ordre à ce que faisaient certains officiers à M.Duplessis, que cela était peu convenable et qu'il y avait dans la conduite de ces messieurs un esprit de cabale qui 14 ARCHIVES DE QUÉBEC était dangereux et qu'il eût à faire cesser toutes ces difficultés.Il me fit une grande harangue sur les défauts de M.Duplessis.Je lui dis qu'il fallait faire rendre à un chacun ce qui leur était dû et qu'on ne pouvait lui rien imputer.En voilà assez pour une fois.Adieu, cher fils.Le 7.Je crains quelquefois, mon cher fils, de t'ennuyer des pauvretés que je t'écris, mais je ne t'oblige point à les lire.J'ai la satisfaction de récrire et de te dire, au moins sur le papier, ce que je voudrais te dire de plus près: que je n'ai, aimable fils, de plaisir aujourd'hui que celui de m'entretenir avec toi et veux t'achever ma charade d'hier.Ces messieurs ne veulent point qu'il soit de leur devoir d'aller voir leur commandant lorsqu'il s'absente, ni lorsqu'il arrive.Noyan ne monte point de garde et ne veut pas dire qu'il est malade parce qu'il se promène tous les jours et veut devenir major.Je le souhaite ainsi que son cousin gouverneur, mais je crains quelques revers de France où, si la paix est faite, il y a bien des officiers à placer.Louty nous tient souvent compagnie et nous faisons souvent mémoire de ce cher fils bien aimé.Adieu, je te souhaite le bonsoir.Le 8.Les attentions de M.le général me fournissent souvent, mon cher fils, de petites occasions de me divertir si j'étais en goût; mais je n'en ai pas la force et même je suis fâchée de n'avoir pas assez de sang-froid pour retenir tant de belles harangues que cela m'occasionne.J'en ai eu une de Mm* Marin que son mari fait agir pour m'engager à demander un poste pour lui.Que penses-tu de cela ?Le Seigneur nous a tracé un beau chemin, ainsi suivons-le.M.de Longueuil est venu me montrer la réponse qu'il fait sur ce que je te dis avant-hier.Je suis bien trompée si cette lettre est reçue aussi bien qu'il s'en flatte.Il Be sert de termes qui, je crois, ne seront pas trouvés aussi bons qu'il l'espère.Il condamne totalement M.Duplessis et voudrait faire trouver la cause des autres bonne et ajoute à cela quelque Chose que j'ai trouvé beaucoup trop fort de lui à M.le général.Je crois que le Conseil s'est assemblé pour cette pièce, mais ils l'ont, selon moi, mal dirigée.J'en saurai des nouvelles et te le dirai.C'est aujourd'hui bonne fête et en voilà assez.Il faut prier et honorer Celle de qui j'attends bien des consolations.Je n'ai point vu en ce jour un si beau temps, pas plus de froid qu'en septembre.Dieu veuille que cela continue I L'hiver en sera moins long.Adieu, cher fils, je ne sais si tu n'es point en route.Je t'ai vu embarquer et me dire adieu de loin.Ah I que cela est vrai que c'est de loin, cher fils ! Mais j'espère que tu aimeras toujours ta vieille mère.Le 9.Le croiras-tu, cher fils, que cette dévote M\"* Verchères a fait danser toute la nuit dernière?Nos prêtres vont joliment prêcher: le jour de la Notre-Dame, dans l'Avent, donner le bal ! Ce qu'il y a de beau, c'est que demain, il y en a un chez M\"\" Lavaltrie, après-demain chez M\"\" Bragelogne.Voilà de quoi désespérer M.le curé.C'est, cher fils, tout ce que je sais pour le présent, et que M.le juge m'étant ARCHIVES DE QUÉBEC 15 venu voir a voulu baiser notre petite.Elle lui a fait la révérence en lui disant que cela était bon lorsqu'il revenait de Québec ou au premier de l'an.Je t'avouerai que j'ai été charmée de sa saillie et lui ai dit en sa présence qu'elle avait raison et qu'une demoiselle ne saluait pas comme cela à tout propos, ce qui a donné matière à \" cette orateure \" à beaucoup parler.Adieu, cher et aimable fils, je t'en dirai plus demain.Le 10.Sans M.Varin, je n'aurais à te dire, cher fils, que je t'aime, mais je viens d'apprendre que ce monsieur a pensé se battre avec un Saint-Blain pour un mémoire qu'il lui a apporté.Tu sais que ces messieurs n'en sont pas chiches.M.Varin a trouvé ce mémoire un peu fort et s'est escrimé à son ordinaire, en disant qu'il y avait les trois quarts et demi à rabattre et a voulu rayer; l'autre a voulu reprendre son papier, qui a été vivement retenu, en se disant bien dé belles choses.Enfin, Saint-Blain a arraché son mémoire et l'a mis dans sa poche, en disant à M.Varin qu'il le présenterait à M.Bigot, persuadé qu'il le lui payerait et s'en est allé après avoir dit beaucoup de sottises.Comme il y avait plusieurs personnes, cela n'a pu être secret.Voilà cher fils, tout ce que je sais et que l'on a beaucoup dansé chez M™\" Lavaltrie et que Morpeaux (Monrepos) y était.Depuis le départ de M.de Pinssince (Pinsens) il s'est rapatrié.Adieu, aimable fils, je te souhaite une parfaite santé.Le 11.Aujourd'hui, l'on danse chez Mm* Beaulac.C'est, ce dit-on, M.de Morpeaux (Monrepos) qui en fait les frais.M.Foucher, son ombre, y est et sa dame, Mm* de Lavaltrie et sa fille, mesdemoiselles de Longueuil et Noyan, tout cela ne fait plus qu'un rond.M.de Noyan s'est mis en frais plusieurs fois, à ce que l'on m'a dit, et a souvent chez lui M.de Lantagnac et quelques autres de ses amis.M.de Longueuil vit aussi en homme qui attend le gouvernement, mais ce qui sied mal, c'est que l'on m'a dit qu'il demandait volontiers les vins de liqueurs à ceux à qui il en est venu.Il a acheté à compte des revenus du gouvernement l'habit de velours ciselé que M.Deschambault voulait te vendre avant ton départ.Il y a ajouté, à ce qu'il m'a dit, une veste de velours incarnat avec une frange de même couleur et or qui lui était venue pour un autre habit.Nous allons voir bien du brillant lorsque la Cour sera ici.Tout ce que je crains, c'est que ceux qui n'auront rien de neuf n'en soient malades de chagrin.Adieu, cher fils, en voilà peut-être plus qu'il ne faut pour t'ennuyer.Adieu.Le 12.Rien de nouveau, cher fils, si ce n'est le retour de Lery qui est arrivé de son fort Saint-Jean où il est depuis le 27 avril.Tous ceux qui ont vu cet ouvrage disent que cela est fort joli, mais cela est de bois et par conséquent peu solide.Je crois que pour ôter à Bleury le peu de profit que lui donne Sainte-Thérèse, il en coûtera bon au Roi, tant pour ce nouveau fort que pour le chemin de Saint-Jean qui ne peut être praticable que l'hiver, n'ayant pu y aller à la fin de l'été avec une char- 16 ARCHIVES DE QUÉBEC ret te vide quoique l'année ait été fort sèche; mais il y a longtemps que l'on avait envie de faire cette belle découverte qui ne sera jamais de grand secours.Adieu, aimable fils, je ne sais rien de nouveau, car te dire que je t'aime n'est pas une nouvelle.Le 13.Lery vient de partir, cher fils, comme un vrai étourdi pour aller à Québec dans un bateau bien armé, mais en cette saison il fait beau aujourd'hui et demain très vilain.Je lui ai demandé, comme il est venu id, ce qui l'oblige à partir avec tant de précipitation.H m'a dit qu'il,savait que M.Varin portait des plaintes contre lui pour une lettre qu'il lui a écrite en réponse un peu vive et qu'il va plaider sa cause lui-même et qu'il fera voir la lettre de M.Varin qu'il a gardée.Il m'en a demandé une pour M.le général que je lui ai donnée avec plaisir en mémoire de l'amitié que je t'ai vue pour ce jeune homme.J'espère que M.le général me mandera que je suis la protectrice de tous les étourdis, lui en ayant déjà recommandé quelques-uns.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne santé.Le 14.Je crois, cher fils, que le mauvais temps attendait que le pauvre Lery fut parti.Il fait un froid effroyable et il a tombé cette nuit un pied de neige; il y a de grands borda ges de glace.Je ne crois pas qu'il puisse se servir de son bateau à présent.Ce froid m'effraye à un excès que je ne puis te dire et te trouve bien heureux, cher fils, d'être dans un pays à l'abri des temps que nous allons avoir, car c'est mon chagrin de penser qu'il faut être trois mois au moins à geler tout de bon.Je ne sais rien de nouveau si ce n'est qu'il y a une maladie id qui est une espèce de lèpre, dont La Corne l'aîné est couvert et la chère \" Licotte.\" Bien d'autres l'ont eue dans la ville, mais ils ont eu de la peine à guérir.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite santé.Le 15.Nous avons pensé geler à la messe ce matin et ta chère fille a beaucoup pleuré de ce que je n'ai pas voulu l'amener.Mais je lui ai annoncé qu'dle n'irait que quand il ferait beau et qu'ainsi il fallait qu'elle prit son parti noblement.Elle s'est consolée et l'ai retrouvée jouant avec Alida qui est toujours aussi méchante que tu l'as vue.J'ai eu bien des fois envie de m'en défaire, du moins de la renvoyer à son père, mais ta fille m'en a empêchée.Cette innocente aime cette petite crasseuse plus qu'elle ne mérite, ce qui m'engage à la garder.Son père est resté à Québec plus pour retirer ses enfants que pour la religion.Anaké, qui l'a vu, me l'a assuré.Voilà, cher fils, t'entre tenir de choses bien intéressantes, mais je ne sais rien.Adieu.Le 16.Bonjour, mon cher fils.Il fait toujours un froid terrible, mais cela n'empêche pas que l'on ne s'échauffe.M.Varin s'est si fort fâché, à ce que l'on vient de me ARCHIVES DE QUÉBEC 17 dire contre Bleury, que la fièvre lui a pris et il est au lit.Cela, pour le payement d'un voyage qu'il vient de faire au fort Saint-Frédéric.Il ne veut pas lui payer les gages d'un homme d'augmentation qu'il a pris par canot à cause de la mauvaise saison.Tu connais le ton de voix de Bleury et la vivacité de M.Varin.Il s'en sont dit plus qu'ils ne devaient et, ce qui le fâche le plus, c'est que Bleury lui a dit qu'il attendrait M.l'intendant et qu'il n'avait pas besoin d'argent et, comme voilà plusieurs qui lui ont fait le même raisonnement, je crois qu'il n'est pas content qu'on remette comme cela au temps que M.l'intendant vient ici.On m'a assuré qu'il était en société de grand commerce avec Martel et Despins pour toutes les fournitures.Il a fait l'année dernière celle du bois de chauffage et le fait encore faire cette année ; ses amis disent qu'il sait profiter de tout.Martel ne l'a point perdu de vue depuis un an.Je souhaite que cela lui fasse grand bien.Adieu, cher fils, jusqu'à demain, si je sais quelque chose de plus amusant, car tout ceci ne vaut pas le temps que tu mettras à lire, si tu en as la patience; mais, pour moi, je n'ai point d'autre satisfaction.Adieu.Le 17.C'est seulement, cher fils, pour te dire bonsoir, car je ne sais rien du tout.Te répéter que je t'aime, tu le sais.Si je pouvais te faire savoir au moins toutes les semaines une fois que nous sommes tous en bonne santé, je serais contente, et en sa voir autant de toi, mais Dieu 1 que de temps à attendre et que de chimères il passera dans ma pauvre cervelle I Tu y as donné bonne occasion par ta dernière lettre, par l'incertitude où tu me laisses de ton sort.Quelquefois, je me flatte, d'autres, je jure contre ceux qui veulent me donner de l'inquiétude en te donnant du chagrin, puisque c'en est un pour toi que ce que tu me mandes sans me le marquer, je le sens parfaitement.Si je pouvais être auprès de toi, cher fils, au moins je partagerais tout ce qui peut t'arriver, mais éloignés comme nous le sommes, je n'ai que des croix à attendre, tant que cela durera.Adieu, cher fils, le chapitre des croix m'est trop sensible.Adieu.Le 18.Il y a eu hier, cher fils, une partie fine chez M.de Lantagnac que je t'ai dit demeurer chez Morand le charpentier.Cette partie était composée de M.de Longueuil, Noyan, Céloron et Lantagnac.Ils se mirent à table à midi et y ont resté jusqu'à onze heures du soir; ils y chantèrent si bien que les passants s'arrêtaient pour écouter.C'est à présent la partie ordinaire.Tu penses bien que l'État se règle là de la bonne façon et que M.de Longueuil y reçoit les avis pour le gouvernement.Je souhaite qu'elle lui profite; mais je crains qu'il ne s'égare un peu.Voilà tout ce que je sais pour le présent et vais te souhaiter le bonsoir.M.notre commissaire est toujours malade.M.Feltz dit que s'il continue à se mettre en colère comme il fait, qu'il ne lui donne pas un an à vivre.A sa place, j'y prendrais bien garde, puisqu'il n'est rien tel que la santé.Adieu, cher et aimable fils.Aime ta mère.2 18 ARCHIVES DE QUÉBEC (2* Cahier\u201419 décembre 1748-31 janvier 1749) Le 19 décembre 1748 (écrit du Canada) (1).Bonjour, cher fils.Les nouvelles sont aujourd'hui que tout le monde apprend à danser.On s'efforce à bien faire pour briller au bal que l'on espère que M.Bigot donnera ici.Tu penses que cette maison par toutes sortes de raisons est exempte de ces amusements comme de tout autre.Je ne sais si cela convient à celles qui sont avec moi, mais il faut qu'elles s'en accommodent ou qu'elles prennent un autre parti.Notre chère petite s'accoutume à tout ce que je veux d'elle.Pourvu qu'elle fasse une visite par semaine à maman Bosseron, elle est contente.M.Varin est toujours malade; je ne sais trop ce que c'est.Sa dame ne peut s'accoutumer à Montréal.Elle n'y voit personne et personne ne la voit, ce qui fait une maison assez sérieuse, comme tu penses.Aussi, prend-elle le parti d'aller à Québec sitôt que les chemins seront praticables.On assure qu'il doit venir des dames avec M.l'intendant, sans doute sa princesse, M*>* Lanodière (Lanaudière).Je t'en dirai des nouvelles dans le temps.Adieu, cher fils.Il ne faut pas trop t'ennuyer.Adieu.Le 20.Que te dire, cher fils ?Qu'il neige et qu'il fait grand froid.Tu me diras que je suis dans un pays où c'est la saison.Cela est vrai, mais je n'en souffre pas moins.Je me plains aussi volontiers, si les autres ne me plaignent pas.Notre rivière est pleine- de glace et pour peu que cela dure elle prendra tout à fait avant qu'il soit peu.Tu connais, cher fils, mes inquiétudes, lorsqu'il fait ces grands froids et que tu étais tout ce qui me tranquillisait dans mes frayeurs; mais je n'ai plus rien aujourd'hui et il faut me rassurer moi-même sur tous les événements.Heureusement que nous n'avons eu que deux ou trois petites alarmes de feux dans des cheminées.Dieu nous préserve du reste et nous donne une paix solide I Je crains toujours qu'elle ne soit point faite, m'imaginant que nous le saurions par Angleterre, mais il faut attendre les nouvelles.Celles que j'attends de toi, cher fils, me donnent beaucoup plus d'impatience que toutes celles qui peuvent arriver.Adieu, cher fils, je ne sais rien de nouveau.Le 21.J'ai passé, cher fils, une bonne partie de l'après-dtner avec M.de Céloron qui régulièrement me fait une visite toutes les semaines.Il m'a dit que Mm° son épouse avait mal à la poitrine, ce qui me donne bien de l'inquiétude.Je crois t'avoir marqué qu'elle avait encore eu un enfant cet automne, ce qui fait trois à elle et trois à son mari.Voilà bien la demi-douzaine et deux beaux-frères qui demeurent avec eux, en étant arrivé un jeune cet automne que l'on dit plus sage que son frère alnê, qui ne l'est pas plus que tu l'as vu.(1) D'une autre main. ARCHIVES DE QUÉBEC 19 M.de Longueuil est un peu inquiet des amours de son fils avec M11* de Muy.Il m'a dit qu'il craignait cette famille.Tu le connais avec cet air naturel, il me dit, cet après-dîner: \"Je crains qu'on ne le presse de se marier; c'est une femme que M™ de Muy, entière et qui voudra me faire parler; mais je ne consentirai point que mon fils se marie si tôt, j'ai une fille à établir.\" Mais je crains bien qu'il n'ait de la peine à réussir, car cette pauvre demoiselle a bien du mérite, mais elle est pis que tu ne l'a vue pour la maigreur.Elle est fort liée avec Mmo\" Vassan, Martel et Dufy Desauniers, qui est \"Masette\" la Gorgendière que tu connais.Nous ne voyons que rarement Deschambault.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne santé et que tu m'aimes.Le 22.Si Je passai hier, cher fils, mon après-dlner avec un beau diseur, j'ai passé celle-ci avec un qui ne l'est pas moins.Tu en jugeras quand je te dirai que c'est avec M.de Monrepos, qui m'a fait des charades sur M.Varin des plus fortes.Je vais t'en donner un échantillon.Il m'a dit que, l'année dernière, il avait donné à Dufy Desauniers la plus grosse fourniture à faire de lard et de farine et que, lorsqu'il avait été question à la fin de l'été de le payer, que M.Varin lui avait donné un ordre pour toucher sa somme, que Dufy avait trouvée si forte qu'il voulut recommencer son calcul et, ayant tout bien compté, il avait trouvé quatre mille livres de trop.Il avait été trouver M.Varin et lui avait dit qu'il ne lui appartenait que telle somme et que celle que je viens de te dire était de trop.L'autre lui voulut faire des compliments et lui dit que cela lui appartenait, mais Dufy lui dit: \" Monsieur, voilà l'autre argent; faites-en présent aux pauvres, car, pour moi, cela ne m'appartient point.\" Et enfin, les quatre mille livres sont restées sur le bureau et Dufy s'en est allé.Voilà une des petites histoires que M.le juge m'a contées.Juge des autres.Je ne crois pas qu'il y ait rien de pareil aux raisonnements qui se font sur cet homme.Dieu veuille pour l'acquit de sa conscience qu'elles soient fausses.Adieu, cher fils.Le 23.Il faisait hier, cher fils, un froid terrible et aujourd'hui, il pleut à verse ce qui, si cela dure, va faire partir toutes les glaces qui se sont faites et fondre la neige dont on aurait cependant grand besoin pour le bois, dont une grande partie de la ville manque.Je crains toujours que notre bûcher ordinaire ne porte envie et que l'on ne nous*fasse quelques bûches de lune, comme tu en as vu marcher.C'est toujours avec plaisir, cher fils, que je me souviens de tout ce que tu as vu et fait lorsque nous avions le plaisir d'être ensemble.Voilà tout ce qui m'en reste.Je ne sais rien de nouveau et te dis adieu.Le 24.La pluie et le temps doux par conséquent continuent, mais je crains pour ces fêtes un revers qui nous fera bien payer le beau qu'il fait.Il serait triste de geler en allant à la messe, car je ne sors que pour cela, les fêtes et dimanches.M.de Longueuil nous est venu dire que sa fille aînée quêtait à la messe de minuit et qu'il avait pris ce pain bénit qui semblait convenir à sa place.Je l'ai 20 ARCHIVES DE QUÉBEC fortifié dans cette idée.Il compte le donner l'année prochaine à Pâques et se donne d'avance les meubles nécessaires.Il m'a dit qu'il allait faire des banderoles avec ses armes pour mettre sur les pains bénits.Tu diras, cher fils, qu'il faut que je n'aie pas grand'chose à te dire pour f entretenir de si belles bagatelles, mais je ne sais rien et ne pourrais te répéter ce que tu sais: il y a longtemps que je t'aime et que ton absence m'est insupportable, cela ne t'est pas nouveau, tu le sais.Ta chère fille nous a promis de se faire percer cette oreille que tu lui avais laissée bouchée et on ne l'a pu résoudre qu'en lui disant que M.le général ne l'aimera point s'il la voit encore avec une boucle d'oreille et qu'il n'aime point les âmes faibles.Elle a pris son parti aussitôt et a donné rendez-vous à Louty pour ces fêtes; je ne sais si cela tiendra.Adieu, cher fils.Le 25.Toujours de la pluie, cher fils, et cela a procuré à notre chère petite la satisfaction d'aller à la messe en calèche dans la boue, comme en mai, ce qui fait faire de grands almanachs.On nous donne bien des maladies à cette occasion, mais, pour moi, je pense toujours que le froid nous fait plus de mal que le temps doux.M.Varin est toujours malade.M.Feltz dit que ce sont des douleurs d'entrailles qui ne sont occasionnées que par les colères où il se met, mais je n'ai pas de foi à ces charades.Notre pauvre Pierre est encore une fois à l'hôpital; il y va tous les 3 mois, comptant toujours que c'est pour la dernière fois; il n'a plus que la peau collée sur les os.Jupiter est à peu près de même et ton cheval se soutient tant bien que mal.Voilà te rendre compte, cher fils, des trois meubles inutiles que tu nous a laissés et que nous aimons, t'ayant appartenu.Je ne sais rien et te dis adieu.Pour faire quelques compliments du 1\" de l'an, on m'a dit qu'il partait un courrier ces fêtes et il faut aussi faire écrire notre chère petite à son cher général.Je t'assure que c'est son vrai Noyan.Tu n'as pas oublié ce que c'est.Adieu, cher fils bien aimé.Le 26.Four le coup mon cher fils, je suis tout étourdie du temps qu'il fait.Je me suis couchée hier avec une pluie très douce et, ce matin, il poudre, neige et fait un froid et une poudrerie comme je n'en ai jamais vue et nous avons eu bien de la peine à aller, les uns après les autres, à la messe, y ayant dans les rues de la neige jusqu'au ventre des chevaux.Je voudrais, cher fils, être en France avec cent coups de pieds dans le ventre.Au moins, ne serais-je pas exposée à geler et à périr dans un tas de neige.Le vent qu'il fait et les feux que l'on est obligé de faire me donnent des battements de cœur à m'en faire trouver mal, car, quand je vois ce temps et que je pense que, s'il arrivait un accident, ce que je deviendrais étant id seule avec mon cher père, Mater, Tilly, ma chère petite, toutes aussi rassurées les unes que les autres.Dieu nous préserve de tout, car je crois que je mourrais de frayeur.Tu étais toute ma consolation dans ces temps, mais je ne t'ai plus, cher fils, et m'en aperçois en bien des choses; aussi ne perdrai-je aucune occasion pour me rapprocher de toi.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir. ARCHIVES DE QUÉBEC 21 Le 27.J'ai commencé, mon cher Sis, à te dire tous les jours le temps que nous avions.Il fait aujourd'hui un froid des plus grands mais je le prends en patience parce qu'il fait beau soleil et qu'il ne vente point.J'ai une nouvelle à te dire: c'est que Martel et sa femme apprennent à danser, dans l'espérance qu'ils ont d'être des bals que M.Bigot doit donner ici.Ce n'est pas tout, Landriève apprend aussi et pour s'accoutumer aux grandes façons, il donne un bal aujourd'hui.Les priés sont: Mmn Vassan, Martel, M\"* de Cannes et M11* de Couagne, cette grosse tête \"Couagnette\" et ses deux soeurs mariées.On vient de m'assurer que Mmea Varin y est, ce que j'ai peine à croire, étant en deuil de Mm* sa mère.Ce bal se donne chez la Poudret où demeure Landriève.Sans doute que les cavaliers y sont en nombre.Voilà, comme tu vois, de belles choses.On peut dire que M.Bigot occasionne bien de la dépense, car il n'y a point assez de maîtres pour tous ceux qui veulent apprendre à danser.Tu connais Mater: elle se met dans des emportements terribles lorsqu'elle entend dire que Martel apprend et sa femme, et qu'ils font des parties et des emplettes de beaux habits.Pour moi, je ne dis mot car tout cela me fait pitié et j'ai bien d'autres choses qui m'occupent.Adieu, cher fils, que j'aime.Le 28.Je viens d'apprendre, cher fils, que le bal du pauvre Landriève a été un peu dérangé par un masque en courrier qui porta aux dames et demoiselles des lettres assez fortes pour les faire laisser la partie et se retirer.Je n'ai pu savoir ce que c'était, ni qui en est l'auteur.Ce que j'ai appris, c'est que Mm° Varin y était et que son billet lui disait qu'elle serait mieux chez elle en deuil de sa mère qu'au bal; et on dit que M\"\" Vassan en avait un fort piquant aussi.Mais personne ne s'en est vanté et elles ont toutes dit que c'était des galanteries.Je sais cela de Sabrevois à qui on l'a dit.M11* La Corne, qui était la chaude amie de Mma Varin l'année dernière, ne l'est plus, et je sais qu'elle a cherché, dès le matin, à savoir les nouvelles.C'est une fille comme il n'y en a point, après les attentions qu'ils ont eues, chez M.Varin, de voir la façon avec laquelle elle en parle.Voilà, cher fils, tout ce qu'il y a de nouveau.Elles ne se voient plus qu'aux grandes cérémonies et même je dirai qu'il ne voit presque personne; mais c'est leur faute.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite santé et que tu aimes ta pauvre mère autant qu'elle t'aime.Adieu.Le 29.Notre chère petite fille et moi avons passé, mon cher fils, une bonne partie de l'après-dlner à faire nos compliments du 1\" de l'an.Elle a écrit à M.le général et au père S' Per (Saint-Pé) qui sont ses meilleurs amis, et moi, aux 3 puissances et à mes amis Marcol et S' Per (Saint-Père).Voilà te rendre compte, cher fils, de mes actions de ce jour.Je n'ai pas grand'chose d'ailleurs à te dire, en t'annonçant que je t'aime: c'est ce que tu sais, il y a longtemps; en te disant que je ne puis m'accoutumer à ton absence: c'est ce dont tu dois être persuadé.Ainsi, cher fils, je te souhaite le bonsoir et une bonne santé. 22 ARCHIVES DE QUÉBEC Tout est dans une tranquillité admirable.On se tient chacun chez soi en attendant le jour des folies, car tu sais que le 1\" de l'an est une vraie extravagance.Ma situation me met à l'abri de faire et recevoir des visites.Tout ce que je souhaite, c'est qu'il fasse assez doux pour passer une partie de la matinée à l'église et j'ai déjà projeté que notre chère petite et Tilly feraient les honneurs de la maison.Tout ce qui répugne à la petite, c'est qu'il faut baiser tout le monde: elle n'aime point cela.Elle croit beaucoup en tout car elle est maligne; mais elle a de l'esprit, ce qui réformera cette humeur mordante, car elle ne ménage rien, quoique je ne me lasse point de lui faire des leçons très graves.Mais elle me dit que c'est pour rire que je lui parle d'aimer tout le monde, qu'elle ne comprend pas comme on peut aimer certaines gens.Si tu la voyais, tu l'admirerais car, dans l'âme, je le fais souvent.Adieu, cher fils, que j'aime.Le 31.Nous avons eu, cher fils, les préliminaires de demain: tout le Séminaire, les Jésuites et Récollets.Ce sont ces derniers qui ont donné une belle occasion à notre chère fille de faire des réflexions.Tu sais comme elle les aime.J'étais retirée dans ton cabinet, ici où je t'écris, et entendais tout ce qui se disait.Mon cher père leur a demandé des nouvelles de l'abbé Hazeur qui s'est retiré chez eux, ne pouvant rester chez Senne ville, et il leur a dit qu'il avait un certain Duman, que tu as pu connaître, qui a servi longtemps M.de Bellemont.Ils ont répondu que oui.Mon cher père a dit en badinant que ce Duman ressemblait à Sancho Pacha.Le père Nicolas, beau diseur, a répondu qu'il lui ressemblait véritablement.Ta fille l'a regardé avec un air d'impatience en lui disant: \" Apparemment, mon Père, que vous avec lu Don Quichotte.\" Le père lui a répondu: \" Oui, mademoiselle, et je ne vous défends point de lire ce livre, et même je vous le permets.\" Elle a riposté vivement: \" Je le crois bien que vous ne me le défendez pas et vous faites aussi bien, puisque je n'ai besoin de permission que de maman qui, je crois, est capable de juger si je puis lire un livre ou non et je n'ai point à faire que personne se mêle qu'elle de ce que je dois faire.\" Je t'avoue, cher fils, que je n'ai pu m'empêcher de rire seule, malgré le peu d'envie que j'en ai et j'ai bien eu de la peine à trouver assez de sérieux pour lui faire une correction après leur départ.Elle m'a donné pour toute raison qu'il ne convenait pas à un Ré collet de lui parler comme cela; que si le père Valêrien lui eût dit, qu'elle l'aurait souffert, mais, pour un Nicolas, qu'elle ne pouvait s'y résoudre.Il a fallu en passer par là et lui dire qu'il fallait tout souffrir d'un prêtre.Adieu, cher fils, tu riras aussi.Le 1\" janvier 1749.Que de voeux, cher fils, et de souhaits je fais pour ta santé et conservation, prospérité et tout ce qui peut servir à ton bonheur.Surtout, je demande à Dieu de bon cœur de pouvoir nous rejoindre, mais, quand sera-ce, cher fils ?\u2014Quand il plaira à la divine Providence.J'ai passé une partie de la matinée à l'église, aux Jésuites, et j'y ai prié de tout mon cœur pour toi, pour ce cher innocent que je n'ai ARCHIVES DE QUÉBEC 23 point perdu de vue quelque éloignée que j'en sois.J'espère qu'il nous donnera de la consolation et me flatte d'avoir le plaisir de le revoir, et toi aussi.Mon cher père me donne de bonnes espérances.Dieu veuille qu'il persiste dans ces sentiments I II se porte aussi bien que tu l'as laissé.Notre chère petite est aussi en parfaite santé.Elle a été voir son oncle avec Tilly et c'est elle qui reçoit la compagnie, car Mater et Tilly ont voulu faire des visites.C'est chose admirable de voir Mater.Elle est plus jeune qu'elle ne l'a jamais été.Le voyage qu'elle a fait à Québec lui a donné le bel air.Je ne doute point qu'on ne t'en parle à Roche-fort, si tu y vas après l'arrivée de nos vaisseaux.Elle est toujours très ajustée et croit avoir été toute sa vie de même, c'est ce qu'il y a de beau.Tous les officiers l'ont baisée seule ce matin, dont elle était bien fâchée.Tous sont venus ici à l'ordinaire.Les dames y ont abondé après dîner.J'en ai peu vu, m'étant retirée id où il me convient mieux d'être dans ce cabinet, qu'en compagnie.Adieu, cher fils.J'espère que le Seigneur m'épargnera cette année et me donnera les consolations dont j'ai grand besoin.Je te souhaite une parfaite santé et que tu m'aimes un peu.Le 2.Je crois, cher fils, que les visites croissent ici comme l'herbe, car nous avons été accablés tous les jours et n'ai pu en éviter plusieurs.J'en suis si lasse et si étourdie que je ne sais si j'aurai la force de te dire grand'chose, malgré l'envie que j'ai de m'entretenir avec toi qui es toute la satisfaction qui me reste.J'avais laissé pour prendre des lettres que M.de Longueuil m'apporte.Il vient d'arriver un courrier de Québec et j'entends que l'on dit que c'est M.de Ligneris qui était allé mener cet automne des ambassadeurs anglais.J'ai un tas de lettres à lire, toutes compliments, sans doute, hors celle de M.le général dont je me passerais bien, puisqu'il faudra y répondre: ce qui me fait te souhaiter le bonsoir, car il doit partir une occasion demain.Adieu, cher fils.Le 3, Je ne suis point sans inquiétudes, mon cher fils, sur ce que j'apprends: que M.le général a de la fièvre.Il m'écrit cependant, mais il est de caractère à chercher à m'épargner de la peine.Il a assez de bontés pour moi pour me cacher sa maladie: il sait combien j'y serais sensible.Ta fille en a pâli en l'entendant dire.Cette chère innocente a tant de raisons que je lui disais, il y a quelques jours, pour la faire causer: \" Hé bien I que ferez-vous, si nous ne pouvons nous en aller en France cet automne et que M.le général parte ?\" Elle me répondit vivement: \"Je mourrai de chagrin.\u2014 Ah ! je lui (dis), Stes-vous morte quand votre cher père est parti ?\u2014Cela est bien différend, maman; j'avais dans ce temps ce que je n'ai plus, et nous n'aurions rien.\" Elle s'est jetée à mon cou et nous avons versé des larmes ensemble.Elle a bien raison, cette chère mignonne.Si nous perdions M.le général, je crois que nous trouverions bien du changement; mais j'espère que le Seigneur nous le laissera et que nous serons en état de nous en aller avec lui.Adieu, cher et aimable fils, plains-moi et m'aime. 24 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 4.Le 5.Comme je n'avais vu M.de Ligneris qu'un moment, je n'avais pas eu le temps de lui demander de nouvelles de Québec.Mais il a été id qudque temps aujourd'hui et m'a dit que les Anglais s'étaient trouvés si fort embarrassés des questions que leur avait faites M.le général qu'ils avaient demandé du terme pour répondre lorsqu'il leur a parlé de ce qu'il laissait nos gens avec les Agniers, qu'ils avaient, un exemple qu'il n'en avait point laissé avec les Sauvages.Il m'a dit qu'il leur avait parlé sur tous (ees) faits d'une fermeté admirable.Les Anglais ont fort sollicité pour ravoir un de ceux qui a été pris par le chevalier de La Corne avec ces Iroquois; un de ses frères, qui est de la troupe venue id en embassade pour la deuxième fois depuis un an, l'a encore demandé et s'est offert à se mettre en prison pour donner la liberté à ce frère, disant qu'il mourra si on le tient si longtemps renfermé.M.le général a consenti, après bien des sollicitations, à rendre cet homme à condition que le frère resterait dans la prison jusqu'à ce que nos gens des Agniers soient rendus et les a fort assurés qu'il ne lâcherait point ni Anglais, ni sauvages, qu'ils ne fussent rendus, et a écrit à M.de Longueuil d'avoir attention que les sauvages n'en rendissent aucun aux Anglais, car ils ont encore quelques prisonniers que l'on n'a pu retirer.Il ne m'a pas dit de nouvelles de \"babiole\"; die ne me touche point assez pour en demander.Il parait fort content de M.Bigot; il est plus généreux pour le service que M.Hocquart à ce que l'on dit.Savoir si cela durera t Mm< Lano-dière (Lanaudière) et MM Daine y sont, à ce que l'on dit, les brillantes.Adieu, cher fils.Si tu fais des Rois aussi secs que nous, tu n'auras point d'indigestion, car nous n'avons ni gâteaux, ni galettes et ne sommes point riants du tout.Que dis-tu, cher fils, de ce que je te marquais hier des sentiments de notre chère fille ?Cela n'est-il pas au-dessus de son age ?Elle m'en donne d'aussi forts et d'aussi raisonnes que cela tous les jours.Elle ne perd pas la moindre petite occasion à faire sentir à son grand-papa toutes lès duretés de notre pays.Je ne doute point qu'incessamment il n'ose plus se plaindre du froid, ni des autres incommodités du climat devant elle, car aussitôt elle lui dit: \" Hé! cher papa, ne serais-tu pas mieux en France ?\" Si nous ne le gagnons point, il faudra qu'il tienne bien, car Tilly ne manque guère son coup non plus.Le séjour qu'elle a fait à Québec, avec son père, lui a donné beaucoup d'envie d'aller à Rochefort.Je voudrais qu'elle y fût et moi aussi.J'espérerais avoir plus souvent de tes nouvelles ou d'être plus près de toi, car j'espère toujours que tu n'iras point à ce malheureux Mississipi.On n'oserait parler de cet endroit devant cette chère innocente qu'elle ne pâlisse de peine.Nous n'avons, cher fils, rien de nouveau id.Il fait un temps magnifique, il dégèle comme à la fin de mars, mais cela ne nous est pas fort avantageux, la rivière n'étant prise dans aucun endroit, ce qui tient tout fort cher et fort rare.La vie est des plus dures.Aussi ne faisons-nous pas grand'dépense: la soupe et le café sont les plus grandes que nous fassions.Il nous est heureusement resté un peu de vin de l'année dernière, qui nous fera passer l'année.\\ Adieu, cher fils, aime et plains ta malheureuse mère qui t'aime de tout son cœur. ARCHIVES DE QUÉBEC 25 Le 6.Il est des gens, cher fils, qui passent ce jour à se divertir.Je l'ai fait quelquefois, mais aujourd'hui, je l'ai passé à prier Dieu.Il fait assez doux pour être deux heures à l'église sans avoir froid.M.de Longueuil sort d'ici qui m'a demandé si je voulais qu'il fit les Rois avec nous.Je l'ai assuré avec vérité que nous n'avions ni gâteau, ni de quoi lui faire faire bonne chère.Tu le connais, il m'a dit: \" C'est pour rire, car je suis prié chez M.Feltz avec M.et Mm> Varin,\" ce qui ne fait qu'un à présent.Je ne sais si cela durera, car le pauvre Feltz aime bien à parler et j'ai su, par gens de probité, qu'il t'a joué en bien des occasions.Je te le disais, dans (le) temps, car je n'en ai jamais été la dupe; on m'en a donné des traits que j'ai parfaitement reconnus.Je vois tout le monde, cher fils, à l'ordinaire, sans me fier à personne: je connais trop mon pays pour faire autrement.Nous voyons tous les jours Sabrevois, je le regarde sans conséquence.Il soupe presque tous les soirs avec nous: ce qui fait passer le temps à mon cher père, qui s'ennuierait souvent avec nous, car Mater ne se gêne point et je reste seule les trois quarts du temps avec lui ou moi-même, n'ayant que ma petite-fille qui ne sort point de dessous mes yeux.Adieu, cher fils, aime ta pauvre mère autant qu'elle t'aime.Le 7.Je ne sais rien, cher fils, sinon que je suis bien lasse de voir des visites de femmes et d'hommes car ils reviennent quoique j'aie voulu les éviter.Les seules Mm° de Noyan et Lavaltrie ne sont point venues ici.J'ai vu les maris et ignore pourquoi les femmes n'en ont point fait de même.Mon cher père, Mater et Tilly ont visité toute la ville.Je disais à mon cher père en dînant, que je comptais qu'il faisait ses adieux au Canada en ces visites, ce qu'il n'avait point fait depuis bien des années.Il est des moments où il me donne des espérances, mais d'autres où il me désespère, de façon que je ne sais trop sur quoi tabler.Cependant, je vends le meuble et ne me réserve que ma chambre, la tienne et ce cabinet et si M.l'intendant vient, je ferai tout ce que je pourrai pour lui louer la maison aux conditions qu'il l'achèvera.Adieu, cher fils, c'est t'entretenir uniquement pour ma satisfaction, n'ayant rien de nouveau à te dire.Adieu, cher fils.Le 8.Nous avons vu aujourd'hui, cher fils, Mme Bouat, que je t'ai mandé être depuis la Saint-Martin aux Frères Charon avec M\"1* Youville.C'est une comédie de la voir: elle ne fait plus que prêcher et parler du plaisir qu'il y a à vivre retirée du monde.Elle nous a assuré la conversion des quatre dames qu'on a mises au Géricault (Jéricho); elle les visite de temps en temps.Je crois te les avoir nommées: c'est Mm° Guiniolète et sa fille, Mm* Sans-Pou et une de Québec dont je ne sais paste nom.Tout ce que Mm* Bouat craint sont les soldats qui pourraient avoir envie de tirer ces dames de captivité, mais je ne pense pas qu'ils voulussent rien faire pour cela de mal à propos.Voilà, cher fils, tout ce que tu en auras pour aujourd'hui.Je te souhaite une parfaite santé. 26 ARCHIVES DE QUEBEC Le 9.Il fait un froid, cher fils, et un nord-est qui me fait trembler pour le feu, car M.Varin, notre voisin, a des feus et des poêles partout et, comme il se chauffe sans qu'il lui en coûte, on n'épargne pas le bois.Tu connais ma faiblesse et mes peurs pour cet élément.Juge de ma situation ! Tu me rassurais, lorsque je t'avais, par le secours dont tu es dans les occasions périlleuses, mais je ne t'ai plus, cher fils, et n'ai plus que mon cher père qui me donne toujours des inquiétudes dont je ne puis me guérir.Il est toujours comme tu l'as vu: fermant les contrevents, ôtant la neige de la galerie, faisant du feu et des étincelles à son aise, et je suis comme une victime sans oser parler, crainte de le fâcher.Je fais quelquefois parler ta fille qu'il aime tendrement, mais elle ne réussit pas toujours.Elle me fait passer le temps moins ennuyant que je ne ferais, en lui montrant tout ce qu'elle veut apprendre: tantôt l'histoire de France, tantôt la romaine, la géographie, le rudiment à lire français et latin, écrire, exemples, vers, histoire, tels qu'elle les veut, pour lui donner de l'inclination à écrire et à apprendre.Mais elle n'aime point l'ouvrage; je la laisse, aimant mieux qu'elle apprenne que de travailler, ce qu'elle saura quand je voudrai.Adieu, cher fils bien-aimé.Le 10.Pour le coup, cher fils, il fait un temps comme je n'en ai jamais vu: un nord-est, une neige et une poudrerie à ne pas voir de quatre pas, accompagnés d'un froid à ne pas mettre le nez dehors.Juge si je suis bien tranquille.'Je t'avoue que quand il n'y aurait que ces temps, je ne voudrais pas pour beaucoup rester ici et, pour me débarrasser tout doucement, j'ai fait vendre une partie des meubles que nous avions aux Trois-Rivières, qui m'étaient très inutiles, ainsi que bien des vieux chaudrons.J'avais besoin de cela pour payer bien des petites dettes que je n'avais pu payer et pour vivre quelque temps, car c'est aujourd'hui toute ma ressource de vendre le meuble pour vivre, en attendant qu'il plaise à Dieu me donner une meilleure situation et quelques consolations dont j'ai grand besoin.Mais, cher fils, n'aie point d'inquiétude, car je te vois dire: \" Ma mère va ménager à se laisser pâtir 1 \" Point du tout.Compte que ce-ne sera jamais pour l'aisance de la vie que je me retrancherai, bien des choses m'en empêcheraient.J'ai mon cher père et notre chère petite.C'est assez pour ne rien ménager, voulant les conserver tant que je pourrai, puisqu'ils sont les objets pour lesquels je cherche à conserver ma santé, étant toute la consolation que le Seigneur m'ait laissée.Adieu, cher fils, c'est trop t'ennuyer aujourd'hui, qui ne me fournit rien de gai ni de nouveau.Adieu.i Le 11.Voilà aujourd'hui le temps un peu plus tranquille, mais il fait un froid des plus noirs et des plus rudes.Croirais-tu, cher fils, que du temps qu'il faisait hier, M.de Longueuil n'a point craint et est venu dîner chez M- Varin, à ce que l'on m'a assuré.Il faut que cela soit, puisque Marly sort d'ici, qui m'a dit l'avoir rencontré tombé dans un tas de neige où il serait resté sans lui.Avoue donc qu'il faut aimer la bonne compagnie. ARCHIVES DE QUÉBEC 27 Voilà, cher fils, tout ce que je sais et te dis adieu, craignant de t'ennuyer; car, pour moi, je passerais les jours à te répéter que je ne puis me faire à être séparée du fils que j'aime de tout mon coeur.Adieu.Le 12.Toujours un froid magnifique.Juges-en, cher fils, puisque la rivière parait arrêtée jusqu'à Laprairie et, il y a trois jours, elle n'était qu'à Lavaltrie, ce qui ferait appréhender qu'elle ne prit point cette année, mais je n'en ai jamais désespéré.Notre pays ne se dément point et il serait, je crois, fâché de devenir meilleur, car je ne crois pas que l'on ait vu, depuis bien des années, un hiver aussi rude qu'il commence; ce qui, dans le fond de l'âme, ne me fâche point, dans l'espérance que ce vilain temps dégoûtera tout à fait mon cher père et le déterminera à venir en France, ne pouvant penser avoir sortir d'ici M.de La Galissonnière et y rester seule.Je dirais volontiers, comme notre chère petite.Sans compter les croix que j'y aurais, je serais toujours, à ce que j'imagine, plus éloignée de toi et sûrement de mes deux petits enfants, que j'aurais au moins la consolation de voir ou d'en avoir souvent des nouvelles.Adieu, aimable fils.En voilà trop, n'ayant rien de nouveau.Le 13.On ne parle, cher fils, aujourd'hui, que de la misère où on est pour le bois.Le froid qu'il fait continuellement occasionne volontiers ces conversations, joint au peu d'amitié que l'on a pour M.Varin, qui est avisé de faire encore cette année couper du bois sur une terre dont M.de Beaujeu avait la jouissance au ruisseau Migeon; et, comme il a donné des ordres pour le faire charrier d'autorité, il te sera aisé de sentir combien on murmure.Les habitants, qui sentent que c'est leur ôter la fourniture de quatre ou cinq cents cordes de bois, ne veulent point tramer.Les charretiers de la ville ont d'autres mauvaises raisons, de façon que je crois qu'ils désespéreront ce pauvre commissaire.Tout cela me fait rire.Adieu.Le 14.Le juge sort d'ici et je vois que le manque de bois dans la ville fera du bruit incessamment.Ce Gascon prétend que M.Varin a envoyé son hoqueton dans toutes les côtes dire aux habitants que, s'ils amenaient du bois qui eût moins de 4 pieds de longueur, on le confisquerait: ce qui a engagé une partie des habitants à mettre ce qu'ils avaient de coupé en charbon.Le juge prétend que M.Varin a eu tort et que l'ordonnance qu'a faite M.le général et M.l'intendant à ce sujet ne doit être mise en exécution que le printemps prochain, et qu'il ne devait point envoyer de cette façon dans les côtes.Ils ne s'aiment brin ni l'un, ni l'autre, ce qui me divertit, puisque cela fait voir que, si tu as eu quelque chose avec cet esprit, c'est sa pure faute.Il m'a dit qu'il comptait faire des plaintes à M.Bigot de M.Varin et qu'il lui ferait connaître.Tu penses bien, cher-fils, que je l'écoute sans rien dire, ne m'intéressant ni à l'un ni à l'autre.Ce juge régale tous les jours.M\"' La Corne y est souvent avec les grandes et La Corne l'ainê; le chevalier est le seul de sa famille qui ne le voit point.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre mère-qui t'aime de tout son cœur. 28 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 15.Bonjour, cher fils.On est ici très tranquille et il y a apparence qu'on l'est autant à Québec, car il n'en vient personne.Je crois que le froid leur fait peur.On se prépare cependant à accommoder la maison de Senneville pour M.l'intendant.Je crois t'avoir marqué que je lui ai vendu la tapisserie que j'avais ici dans ma chambre, mon lit de repos et deux jarres.M.Varin est dans un empressement terrible pour que tout cela soit tendu.Je n*ai pu lui faire prendre des tables à manger, ni de commodes.Il a mieux aimé en faire faire.Je suis bien heureuse de n'avoir pas besoin de ce seigneur.Il parait qu'il n'est pas pressé de me faire plaisir, puisqu'il faut qu'il paye des tables pour M.l'intendant et qu'il les trouve toutes faites.Tu penses bien, cher fils, que je sens tout cela plus qu'une autre.Adieu, cher fils.Le 16.N'y ayant rien, cher fils, de quoi m'amuser, j'ai été chercher dans ton cabinet des papiers intitulés \" inutiles \" et j'en ai brûlé toute la journée dans mon poêle.J'ai de quoi le chauffer au moins une quinzaine de jours.J'y trouve de mes écrits en quantité et de toute nation, ce que tu penses bien que je ne relis point, mais je regarde seulement si tu n'aurais rien laissé qui pût t'être utile.Il fait toujours grand froid, mais cela n'empêche pas qu'on ne pense à se divertir.On danse beaucoup, jusque chez Foucher, où il y a grand souper à ce que l'on m'a dit.La bonne femme La Corne en est, qui s'est un peu piquée de ce que l'on priait Marianne sans elle; elle a dit qu'elle ne renonçait encore à rien, ce qui a privé cette chère fille d'aller à ce souper, ne voulant point se trouver avec sa mère.Elle faisait les honneurs, l'année dernière, de chez M.Varin.Elle n'y va plus depuis son retour de Québec.J'en ignore la raison.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Adieu.Aime ta pauvre mère qui ne se fait point à être séparée de son cher fils.Le 17.Rien de nouveau, cher fils.Mma Varin est venue nous demander à dîner, comme elle le fait quelquefois, et te dirai que je vis avec elle comme je faisais avec son père.Elle m'étouffe d'amitiés.Je lui rends chaudes comme braise.Elle caresse beaucoup notre chère petite.En voilà assez pour moi et lui passerai tout avec cela.Je dirai qu'elle est jeune, mais je la crois bonne femme.Mater ne saurait les souffrir; elle me fait quelquefois des algarades sur l'air d'amitié avec lequel je les reçois, qui me réjouissent car je sais mieux qu'elle à quoi m'en tenir.M.de Longueuil nous vient toujours voir souvent, ainsi que M.de Lantagnac.Pour Louty, il soupe avec nous presque tous les jours.Voilà, mon cher fils, tout ce que je sais pour aujourd'hui.Je te souhaite une parfaite santé.Adieu.Le 18.J'apprends, cher fils, qu'il y a une grande fête à la petite cote chez M.Duplessis.Je crois que toutes les jeunes filles et femmes en sont priées et les jeunes officiers et cadets.Je ne sais encore cependant si tous iront, car M.de Longueuil ARCHIVES DE QUÉBEC 29 que tu connais n'a rien voulu promettre pour ses filles.Je dis: \" ses \" car il en a 3 aujourd'hui sur les rangs.Je t'avouerai que je ne comprends point M.et M™ Duplessis qui ne cessent de se plaindre et on les voit tout à coup donner des fêtes des plus brillantes.C'est un arrangement difficile à définir.Mais c'est, mon cher fils, t'amuser de rien.Je te souhaite une meilleure santé qu'à moi, car je me sens toute languissante et te souhaite le bonsoir.Le 19.M.de Longueuil sort d'ici, qui m'est venu dire que sa fille donnait un bal demain à toutes les jeunes demoiselles et que, si je voulais que Tilly y fût avec Madame Varin seulement pour regarder, cela la divertirait.Je lui ai dit que son habillement ne convenait point à pareille assemblée mais que, si elle le voulait, elle ferait ce qu'elle voudrait.Je pensais bien qu'elle n'y consentirait pas.Il est sorti après m'a voir fait un grand détail du repas qu'il y aurait à cette fête et enfin qu'il était obligé de faire les honneurs de la place qu'il occupe.Mais, en vérité, il les fait particulièrement, allant demander où il y a de bons vins de liqueur et tu entends bien qu'on en offre à M.le commandant.Tu sais qu'il a des talents pour vivre où les autres mourraient de faim I Mais je vois, cher fils, qu'il m'arrive trop souvent de faire de petites parties de médisance avec toi.Ainsi, je finis en te disant adieu.Le 20.Bonjour, cher fils.Il faut te dire des nouvelles des plaisirs d'aujourd'hui.On a dansé tout l'après-diner et M.de Longueuil, pour donner plus de liberté aux demoiselles, a fait porter un beau dîner à ce que l'on dit, chez M.de Lantagnac où il est avec M.Varin et M.de Noyan, sans oublier Deschambault qui y a porté de bons vins, si bien que l'on assure qu'il y a de belle besogne faite: on y chante sauvage et on se prépare à aller au bal couler son menuet.M\"* Varin m'est venue demander à dîner et elle vient de sortir pour aller joindre Mlude Longueuil.Elle dit que c'est seulement pour voir dans un petit coin, n'y ayant pas assez longtemps qu'elle est en deuil de M°>* sa mère pour danser.Elle a fait ce qu'elle a pu pour y mener Tilly qui m'a fait fort grand plaisir, en lui répondant que la mémoire des bontés que M.Bégon avait eues pour elle lui était trop récente pour chercher à dissiper les regrets qu'elle lui devait, et qu'elle la priait de ne m'en point parler, crainte que je n'eusse la complaisance de lui dire d'y aller: ce que je n'aurais pas fait.Mais j'ai trouvé cela fort bon.Voilà, cher fils, tout ce que je sais, et que je ne me fais point à être éloignée de toi.Ta fille se porte toujours bien et t'assure que nous t'aimons.Le 21.II y a eu de belles soûleries hier, au dîner chez M.de Lantagnac.Tous furent, comme on me l'avait dit, cher fils, danser un menuet avec peine; puis, il fut conclu qu'on irait chez Deschambault manger la soupe à l'oignon.Il y fut bu encore beaucoup de vin, surtout cinq bouteilles entre M.de Noyan et St Luc qui, comme tu penses, restèrent sur la place.On mit Noyan dans une carriole en paquet et on l'amena chez lui.Les autres se retirèrent chacun chez eux. archives de C'est M*\" Varin qui m'a conté cela en dînant, étant venue dîner avec nous, son mari ayant été chez M.Martel dîner avec MM.de Longueuil et Lantagnac.Martel fait aujourd'hui le petit seigneur.Si tu pouvais, cher fils, voir ce qui se passe au travers de quelques nuages, tu rirais.Adieu, en voilà assez.J'ai grand mal à la tête et n'ai rien de joli à te dire que ces folies.Le 22.Rien de nouveau aujourd'hui, cher fils.On se repose et on travaille à l'arrangement de la maison de M.l'intendant.C'est M.Varin qui s'y tourmente beaucoup.Il est venu id et m'a dit qu'il craignait bien de ne pouvoir trouver de remède à la fumée qu'il fait dans cette maison.Je crois qu'il aurait envie qu'il prit une chambre chez lui, mais ceux qui connaissent M.Bigot disent qu'il n'ira point et qu'il n'est pas de l'humeur de M.Hocquart et ne s'accommode pas partout et dé tout comme il ferait.C'est leur affaire et t'assure que je n'ai guère d'inquiétude de tout cet arrangement.Je crois t'a voir mandé que M.Varin a loué la maison des Després pour loger le domestique de M.Bigot.Il y a envoyé ce matin la pauvre Lafondetsafille; il aurait pu attendre la veille de l'arrivée de M.l'intendant, puisque cela aurait entretenu la maison chaude, mais il ne pense pas, je crois, à tout.Adieu, cher fils.Je ne sais rien de nouveau.Je t'embrasse de tout mon cœur et ta fille aussi.Adieu.Le 23.Les ambassadeurs anglais sont arrivés avec M.Duplessis et le petit La Pérade, qui nous ont apporté beaucoup de lettres de Québec, où nous apprenons le mariage de M\"* Auber avec un enseigne de l'Ile Royalle, que l'on nomme Saint-Aigne.On dit que c'est un assez mauvais mariage du côté de la fortune.M.le général m'écrit et me mande qu'il aura bientôt le plaisir de nous voir.Mon ami S'-Pé m'écrit que M.le général lui a proposé le voyage et qu'il l'a accepté.Ainsi tu vois que voilà de quoi me satisfaire et notre chère petite aussi, qui a eu aussi une lettre de son cher général.Elle l'aime au delà de tout ce que je te puis dire; et elle n'est plus occupée que de la façon que je la coifferai, lorsqu'il arrivera, car elle craint que sa coiffure ordinaire ne lui sied pas bien.Elle nous fait passer le temps avec moins d'ennui que nous ne ferions, si nous ne l'avions pas.Adieu.Le 25.Je n'eus jamais la force de te dire hier un mot, mon cher fils, tant j'avais de mal à la tête et l'ai encore tout étonnée, ce qui fera que je ne te dirai pas grand chose, joint à ce que je ne sais rien de nouveau.Ce n'est point une nouvelle pour toi quand je te dirai que je t'aime, que je ne m'accoutume point à ton absence, que nous n'avons point de plus grand plaisir que de parler de toi.Tu te 1 uaaffinea bien au moins si tu veux nous rendre la justice que nous méritons, puuqu il n est point de famille aussi attachée que nous le sommes à toi et à tes chers entants.Adieu, cher fils. ARCHIVES DE QUÉBEC 31 Le 26.Je ne sais, mon cher fils, que de belles nouvelles à t'apprendre.Il a été prêché ce matin un sermon par M.le curé, sur les bals.Tu le connais et ne seras point surpris de la façon dont il a parlé, disant que toutes les assemblées, bals et parties de campagne étaient toutes infâmes, que les mères qui y conduisaient leurs filles étaient des adultères, qu'elles ne se servaient que de ces plaisirs nocturnes que pour mettre un voile à leurs impudicités et à la fornication et' faisant le geste de ceux et celles qui dansent, il dit: \" Voyez tous ces airs lascifs qui ne tendent qu'à des plaisirs honteux, que résulte-t-il \u2014 en s'écriant \u2014 de toutes ces abominations?Des querelles et des maladies honteuses; et après cela, on croit être en droit de venir demander à manger de la viande le carême.Qui vous le permettra ?\u2014 Ce ne sera pas moi.Qui vous donnera des absolutions ?\u2014 Des confesseurs mous et laches.\" Voilà tout ce que j'ai pu en retenir.C'est M\"' S»-Pierre qui me le vient de dire, très piquée, comme tu penses.Adieu.En voilà assez.Le 27.Je n'eus hier, cher fils, dans le temps que je te dis un mot, que l'envie de te faire part du sermon que je craignais d'oublier, et me réservai à te faire part de la belle réflexion de M.de Longueuil.Tu le connais.Au sortir de la grande messe, il fut au séminaire par la sacristie et personne ne fut en doute de ce qu'il allait faire: on le connaît.Il fit de grands compliments à M.le curé sur son sermon, disant que le S.Esprit avait parlé par sa bouche; qu'il avait eu la complaisance de donner un bal à ses filles, mais qu'il n'en donnerait plus et qu'il y avait été présent et que, s'il eût entendu ce sermon, qu'il n'en aurait point donné.Notez que, dans le temps que ce tartufe parle, toutes ses filles sont aux noces chez un habitant à la Rivière-des-Prairies.Adieu.En voilà peut-être trop.Le 28.Grand dîner, cher fils, chez M.Varin, à l'honneur des ambassadeurs anglais.M.de Longueuil y était, M.de Lantagnac, M.de Noyan, mon cher père et Martel, qui est aujourd'hui de toutes les belles fêtes.J'oublie que Duplessis l'aîné et le petit La Pérade étaient de ce dîner, comme à la suite des ambassadeurs, et M.de Ligneris qui doit les ramener.Il y fut bu assez pour tous griser, à la réserve de mon cher père, sans prévention.Ils sortirent de table vers 4 heures et Martel vint id, que je vois très rarement.Le voyant entrer très gris et j'étais seule, je le voulus faire approcher du feu.Il me dit d'une voix mal articulée: \" Je cherche des demoiselles pour mener danser chez Mm* Varin; elle m'a priée de lui en aller chercher.\" Je lui répondis d'un ton fort sec: \" Il n'y en a point id, et vous ferez bien de voir ailleurs.\" Mon cher père entra qui le badina beaucoup, et je restai toujours ausd grave que je le dois.Adieu.Le 29.Je finis hier, mon cher fils, trop promptement.M.de Longueuil en fut cause, qui, aussi gris que Martel, me fit laisser un ouvrage que j'aime mieux que sa conversation, mais il fallut y aller tenir compagnie.Mater et Tilly entrèrent dans le 32 ARCHIVES DE QUÉBEC moment, qu'il voulut mener au bal; mais Tilly n'y voulut point aller.Mater y fut et revint à sept heures, comme nous étions à table, avec M.de Longueuil, qui se mit à table avec nous et mangea comme un démon et but de même, si bien qu'il était plus que gris.Il nous conta toutes les belles et bonnes choses qu'il préparait .pour l'arrivée de M.Bigot.M.de Noyan, voulant danser chez M.Varin, où est l'assemblée, est tombé en coulant son menuet, sa perruque d'un côté et lui de l'autre.J'ai regardé cela onéreux (sic) devant les Anglais.Adieu, cher fils.Je t'ennuie, je crois.Le 30.Comme il n'y a pas grand'chose, mon cher fils, aujourd'hui de nouveau et que je crains toujours de t'ennuyer, je poursuivrai la fête d'hier.M.et Mm* Varin, voulant donner le plaisir de la danse aux Anglais, avaient véritablement dit à Martel d'aller chercher des demoiselles du voisinage et aux autres jeunes gens qui avaient dîné.Duplessis fut chercher ses trois soeurs, le petit La Pêrade fut chercher les demoiselles de Verchères et M\"'Noyan; après, on fut chez M.Blainville, leur voisin, où il y en a deux grandes, Mm* La Morandière sortait d'ici avec sa fille, on les fit entrer, de façon que tout ce qui passa fut prié d'entrer: ce qui composa très promptement une assemblée de 25 ou 30 personnes.On y dansa beaucoup; on y soupa bien et, à deux heures après minuit, chacun s'est retiré.Voilà, cher fils, comme les belles fêtes se donnent.On voulut aller chercher M11* La Corne; mais, trop piquée de ce que je n'ai pu savoir, elle répondit qu'elle était priée en ville, ce qui n'était point.Il y a un an que M\"* La Corne faisait les honneurs chez M.Varin; on ne pouvait pas plus se passer d'elle qu'elle, d'eux.Tout cela s'est évanoui comme un songe.Voua les amitiés de ce monde.Il n'y a que moi, cher fils, à qui le Seigneur a voulu donner un cœur fait de façon à me donner bien des croix, ne pouvant changer quand une fois je me suis attachée.A la vérité, je ne m'attache pas fort aisément.Adieu.Le moment de tranquillité que j'ai me fait écrire plus longtemps que je ne m'étais proposé dans la crainte de t'impatienter.Adieu, aimable fils.Ta fille se porte bien.Le 31.Nous avons eu la comédie, cher fils, ce matin.On a eu nouvelles que M.l'intendant était parti de Québec et vient en poste.Il a envoyé 4 chevaux à lui, afin qu'ils pussent être reposés à son arrivée, mais il n'ont pu loger chez lui.On est venu nous demander une des écuries, que nous avons donnée.Il y a près d'un mois que M.Varin et Martel travaillent à l'arrangement de cette maison et il n'y a encore rien de fait.Où je me suis divertie, c'est que deux hommes sont entrés de la part de Martel, me demander un bureau.Je leur ai dit: \" Allez, dites à Martel que je n'ai point de meubles à personne et que, s'il a besoin de quelque chose d'ici, qu'il peut se donner la peine de venir le dire lui-même.\" Les messagers sont venus trois fois; trois fois je les ai renvoyés.Ils ont emprunté un miroir de Ducharme habitant d'ici, pour mettre dans la chambre de M.l'intendant.Ce serait de quoi me suffoquer si on m'en faisait autant. ARCHIVES DE QUÉBEC 33 M.Varin a fait détendre son lit pour lui donner.Mais la petite Lafond n'en est point contente ayant des taches de toute espèce.Je ne sais comment on peut produire de pareils meubles et elle leur a dit que je donnais à M.Hocquart un lit plus propre et qu'il ne manquait de rien.Je ne sais encore où ils auront des chaises.Je suis charmée que les miennes soient vendues, au moins est-ce un prêt de moins.Je crois que l'arrivée de M.l'intendant renversera la cervelle à tout ce monde.Adieu, cher fils, je me trouve heureuse d'être tranquille.Aime ta mère.(3* Cahier \u2014 1\" février 1749 -18 mars 1749) Le 1\" février 1749.Tout est en mouvement, mon cher fils, pour l'arrivée de M.l'intendant.Chacune des puissances de Montréal est à s'arranger à qui le recevra le mieux.On se prépare à aller au-devant de lui.M™ Varin sort d'ici qui m'a fort sollicitée à lui donner Tilly, mais elle n'aura rien.J'ai parlé en normand et son affaire est faite.Mater s'est toute engagée.Elle est maîtresse de ses actions, mais tu sens, cher fils, que, par plus d'une raison, que ces courses ne sont point de mon goût, les trouvant très déplacées.M.de Longueuil a reçu dans le moment une lettre de M.le général qui lui marque de rendre à M.Bigot les honneurs qu'on rend d'ordinaire aux intendants à leur première entrée.J'ai vu sur sa physionomie que cela ne lui plaisait qu'à demi et il a appelé dans une fenêtre M.de Cêloron pour lui faire voir cette lettre.Avec tout son bel esprit, je crois qu'il ignore de beaucoup.Adieu, cher fils, je t'en dirai davantage quand je saurai quelque chose.Le 2 février.Comme la rivière est prise et assez belle pour venir de près de Québec, ici sur les glaces, nous voyons de nos fenêtres toutes les trames et carrioles passer.Je ne puis te dire, cher fils, la quantité qu'il y en a pour M.l'intendant.Tu en jugeras lorsque je te dirai qu'il' apporte ici toute la grande argenterie menée par son maître d'hôtel et sa gouvernante, ce qui tient depuis la Longue-Pointe jusqu'ici et la rivière est couverte chacun (sic).Le 3.Grande générale, mon cher fils.Tout est sous les armes, troupes et habitants, mais on est allé au-devant tant de monde qu'ils se casseront le cou pour revenir à leurs devoirs.Mater y est allée aussi avec M\"* Varin.Il vient d'arriver un courrier pour avertir M.de Longueuil que M.l'intendant comptait aller à l'église en arrivant.Ce qui m'a un peu réjouie, c'est que, comme ce n'a jamais été l'usage que les intendants aient été reçus à l'église, M.de Longueuil qui n'en savait rien, envoya dire à M.Le Normand que M.Bigot arriverait à 3 heures et qu'il allait tout de suite à la paroisse.M.Le Normand fit dire à M.de Longueuil que, comme il n'avait jamais fait de cérémonie à l'église que pour les généraux, il ne pouvait prendre sur lui de rien innover cette année.Aussitôt, 34 ARCHIVFS DE QUÉBEC on fit vite partir un courrier à M.l'intendant, qui est arrivé ici au bruit de beaucoup de coups de canon.Il est entré chez lui où M.de Morpaux (Monrepos) l'a complimenté, ce qu'il n'a pu faire à la porte de la ville, étant malade.Après quoi, M.Bigot est allé chez M.de Longueuil et est venu ici et chez M.Varin; puis il est retourné chez lui jusqu'à sept heures, pour recevoir tous les compliments qu'on lui a été faire.Les trois Ramesay sont les seules dames qu'il a eues et s'en est allé souper chez M.de Longueuil avec les principaux officiers de la ville, y compris Martel et les MM.et dames qui sont venus avec M.l'intendant qui sont: MmM Thiêry et Bona venture.Voilà.Adieu, cher fils, en voilà assez.Ta fille n'est point prévenue en faveur de la physionomie de M.Bigot.Le 4.Grand dîner, cher fils, chez M.de Longueuil.Tu le connais, il est venu ce matin ici et a prié mon cher père qui n'a pas voulu aller.Il m'a fait aussi un compliment assez déplacé, me disant que, comme je n'avais été depuis neuf mois que chez M.le général, il ne me proposait rien.Je lui ai répondu que je n'avais été chez M.le général que pour affaire et que je ne sortirais encore que pour cela.Avoue, cher fils, que cela est bien spirituel.Il a fait grandement les honneurs de chez lui, car il sort d'ici très gris et tous ceux qui ont dîné, à peu près de même.Le chevalier de Beauharnois est le plus froid qui est venu avec M.l'intendant et retourne demain au-devant de M.le général qui devait partir hier.M.Varin doit donner demain à dîner à M.l'intendant.C'est une comédie.Charlotte, que tu connais, gronde de toutes ses forces de ce qu'il faut leur prêter bien des ustensiles.Elle disait à un homme de chez eux: \" Si je n'avais rien, je ne me mêlerais pas de donner à manger,\" et quantité d'autre rébus de cette espèce.Adieu, cher fils, je n'ai rien de nouveau à te dire.Le 5.Tu connais, cher fils, les dames de notre pays: elles sont à troupes chez M.l'intendant et, voulant profiter de leurs ajustements, elles me les viennent faire voir.J'ai eu toute l'après-dlner la chute (suite?) de ces bien coiffées, dont je suis étourdie que je ne te dirai pas grand'chose, et m'en tiendrai à te réitérer les assurances de l'ennui où je suis d'etre séparée de toi.Ta chère fille se fait grande fête de voir son cher marquis; elle est toujours en l'air et saute toujours à pic, comme tu l'as vue.Elle croit beaucoup, mais point en gravité.Adieu, aimable fils, je ne sais rien de nouveau.M.l'intendant est chez lui, tranquille.Le 6.Grand dîner, cher fils, chez M.l'intendant à toutes les grosses têtes, sans cependant y comprendre Martel, les premiers officiers tant de Canada que de l'Ile Royale, car tu penses bien qu'ils brillent grandement à cette cour.M.et M0\" Varin y étaient et M.le juge. ARCHIVES DE QUÉBEC 35 A propos des dames de l'île Royale, il faut que je te réjouisse d'une pointe de M11* La Ronde, lorsqu'elle s'est mariée.Tu sais, ou ne sais point, que le curé doit, avant d'administrer le sacrement, savoir si les futurs époux sont instruits.Le curé de Québec qui est un jeune homme venu cette année de France, homme très scrupuleux, questionna M.de Bona venture qui lui répondit sur tout fort sagement.Après quoi, il le pria de faire entrer, comme il avait fait, dans la sacristie, M11* La Ronde, à qui il demanda si elle savait ce que c'était que le sacrement de mariage.Elle lui répondit qu'elle n'en savait rien, mais que s'il était curieux, que dans quatre jours, elle lui en dirait des nouvelles.Le pauvre curé baissa le nez et la laissa là.Cette pointe a fait beaucoup rire.En voilà assez.Adieu, cher fils, aime-moi.Le 7.Je crois, mon cher fils, que toute la ville est au-devant de notre général.Mater y est aussi avec M\"» Varin et doivent l'attendre à la Longue-Pointe et y rester, s'il n'arrive pas aujourd'hui.On dit qu'il y doit coucher.Notre chère petite aurait bien voulu étire de la partie, mais j'ai craint le train des carrioles.S'il y avait eu quelqu'un de bon sens, je l'aurais laissée aller, persuadée qu'elle aurait fait plaisir à M.le général qui l'aime véritablement, mais tu connais Mater qui abandonne tout quand elle a peur.Elle entend raison volontiers et est restée avec moi très tranquille.Je ne sais si Tilly l'est autant, mais elle est si enrhumée qu'elle ne pense qu'à son mal.Adieu.Le 8.Pour parler comme notre chère fille, je te dirai que notre cher marquis est arrivé ici à huit heures du matin, au bruit du canon, et après avoir reçu les compliments de M.l'intendant et de tous les officiers et de ta fille, est venu ici.Cette chère innocente avait appris un petit compliment en latin pur lui faire en l'allant saluer, mais la joie de le voir lui a fait oublier, mais elle a réparé cela à merveille en lui disant: \" Monsieur, j'avais quelque chose à vous dire en latin, mais le plaisir que j'ai de vous voir me le fait oublier pour le moment, j'espère vous le dire tantôt.Il a été enchanté de son idée et elle lui a dit effectivement après diner, étant revenu ici avant d'aller souper chez M.l'intendant où il a aussi dîné.Mater assiste à toutes ces cérémonies, faisant la jolie au mieux, chantant comme tu sais sans façon la petite chanson courstitieuse (sic) qu'elle dit ne point entendre.Je ne douté point qu'elle ne passe encore une partie de la nuit à jouer, ce qu'elle a déjà fait hier à la Longue-Pointe.Adieu cher fils.Je commence à compter le temps où je pourrai avoir de tes nouvelles.Si tu m'en avais voulu donner par Angleterre, j'en espérerais par le retour de M.de Ligneris, mais si la paix n'est pas faite, il ne faut rien espérer si tôt et j'aurais bien d'autres inquiétudes.Adieu.Le 9.Grand dîner, mon cher fils, aujourd'hui, chez M.de Longueuil.Il dit que c'est pour la dernière fois, qu'il ne lui en coûtera plus rien.M.le général et ceux qui sont venus avec lui, qui sont le père Saint-Pé, M.de La Martinière, le médecin 36 ARCHIVES DE QUÉBEC et Marin fils (sic).M.l'intendant y dîne aussi avec son maître de cérémonie qui est un du Chambon que l'on nomme Vergor.M.de Morpaux (Monrepos), M.Varin, Mater et mon cher père, je crois que c'est tout ce qui y est Les dames et demoiselles ont un beau bal ce soir que M.l'intendant leur donne et, comme sa maison est trop petite, il a pris tout le bas de celle de M.Varin qu'il a démeublée de tout et y a fait porter des chaises de paille et tout ce qu'il faut pour son bal.Toutes les femmes et filles d'officier en sont priées: juge ce qu'il y aura de monde.Mater y va, c'est la seule de la maison.Tilly en est priée, mais elle est malade.Je te dirai demain des nouvelles de cette belle fête qui ne doit commencer qu'à 8 heures du soir.Adieu, cher fils, aime ta mère.Le 10.Bonjour, cher fils.Je crois que toute la ville est plus endormie que moi, car on n'est sorti du bal que ce matin à six heures et demie.Mater est revenue de fort mauvaise humeur, ne voyant point d'endroit de ressource id pour se coucher, car il n'y a de lit que dans ma chambre que je veux qui toit faite.Juge de sa figure.Elle est sur le canapé, le derrière en l'air, qui ronfle comme je n'ai jamais vu ronfler.Chaque personne qui entre ou sort, elle s'éveille et dit que je serais heureuse si j'étais comme ceux qui sont chez eux; enfin, elle se lève, se met dans un fauteuil, la tête entre les jambes.M.Picquet, qui a charrié une partie de la matinée, l'a fort badinée et prèchèe.Effectivement, elle est d'âge à se passer de ces sortes d'assemblée.Jè crois que c'est ce qui l'afflige à présent, car elle n'est pas assez bête pour ne pas penser qu'on se moque d'dle à plaisir; mais quand on est fait pour être dans le monde, il faut s'y mettre, en dût-il coûter.M.Picquet a eu beau prêcher, il n'a pu la persuader.Adieu.Le 11.Toute la cour a été fort tranquille aujourd'hui, quoique les deux puissances aient dîné chez M.de Beaucour, ce qui m'a surprise comme tout le reste de ht ville, puisque l'on nous annonçait M0* de Beaucour mourante; mais tu sais ce que c'est que cette femme qui fait, comme bien d'autres, de son corps ce qu'elle veut.Toutes les grosses têtes y étaient, y compris Deschambault.M.le général se divertit hier au soir à son aise de Mater.Il ne l'avait pas je crois crue encore assez folle pour passer la nuit au bal.Il l'a vue comme nous de fort mauvaise humeur, mais cela n'a donné que plus belle matière à badiner.Je ne crois pas aussi qu'il y ait rien de pareil à cette fille.Elle n'est plus occupée que de son ajustement et de ses prières; c'est une alternative des plus originales.Nous ne la voyons plus, car elle est à prier Dieu ou à sa toilette ou à courir.Encore ne faut-il pas lui demander où elle va ni d'où elle vient, car elle se met en colère et cela nous fait rire.Car mon cher père est toujours le même qui se divertit de tout et, comme je ne cherche qu'à lui conserver la santé, je ris souvent sans en avoir grande envie.Il parait que M.l'intendant n'a pas envie de faire grand ouvrage ici, hors que ce ne soit ce carême.Adieu, cher fils; tu m'as fait son portrait bien au natural.Je te souhaite une bonne santé. ARCHIVES DE QUÉBEC Il y eut grand souper, hier, chez M.l'intendant: tous les Ramesay, y compris la femme de Ramesay et sa fille.On y dansa beaucoup, jusqu'à minuit, dont la petite \"Ramesaite\" a été fort aise, n'ayant pu aller au bal de dimanche et ne pense pas que sa mère la laisse aller aux autres.Je n'ai su qu'aujourd'hui que Mm* Duplessis avait été fort mécontente dans le bal de ce qu'apparemment les honneurs dus à ses filles ne leur avaient point été rendus.Elle sortit, ou du moins en fit la mine, vers onze heures, en disant qu'il y avait assez longtemps qu'on lui faisait des malhonnêtetés.On la fit rentrer et ne sais pas les suites.M.le général donne un grand dîner de cérémonie où est M.l'intendant, M.et M11* de Longueuil, M.de Lantagnac, M.et Mm* de Noyan et toutes les Ramesay, dame et demoiselle.On dit qu'on y joue et qu'il y a nombre de dames en visite.Morpeaux (Monrepos) n'en a point été, car il sort d'ici, qui m'a priée de demander le congé de ce certain soldat de Sabre vois que tu connais.Comme il m'a servie, je lui ai promis de le faire.Adieu, on m'annonce M.le général.Le 13.37 Le 12.Notre général vient passer une heure tous les jours avec nous et se délasse, je crois, de ses visites et travaux.Ta chère fille y tient son coin à merveille.J'ai appris ce qui avait amené La Martinière id.On lui avait dit que La Vérandrie (Ver end rye) poursuivait de près madame Lestage, ce qu'il a trouvé vrai; mais heureusement pour eux, c'est que madame Lestage assure qu'dle n'a point envie de se remarier.C'est la plus jolie chose du monde de voir la mine que La Vérandrie fait à La Martinière.Je l'ai fait remarquer après dîner à M.le général avec qui j'en ai badiné.longtemps tout bas, car nous ne rions pas tout haut.Je puis te dire, mon cher fils, sans prévention, que c'est le plus aimable caractère que Dieu ait créé.Ta fille lui est venue faire une grande révérence en lui demandant: \" Monsieur, voulez-vous bien me permettre de vous faire voir ma chère mine ?\" Il comprenait que c'était un chat et lui a dit: \" Assurément, je le veux, ri cela vous fait plaisir.\" Elle lui a présenté ce \" cher mine \" avec grâce et qu'il a vu avec satisfaction, le trouvant bien fait.Je crains, cher fils, de t'ennuyer.Je te dirai, avant de finir, qu'il y a encore grand bal ce soir, toujours chez M.Varin, donné par M.Bigot.Adieu.Le 14.Il est heureux, cher fils, pour tous ceux qui se livrent à la danse, qu'ils aient deux jours à se reposer, car je crois qu'ils en mourraient: ils sont sortis ce matin du bal à 6 heures.Je ne doute point qu'une partie de tout cela ne fasse point de Pâques et surtout ceux qui iront à la comédie qui doit se jouer les 3 derniers jours gras.Toutes les dames et demoiselles de la ville étaient hier priées, jusqu'à M\"* du Vivier qui y a dansé jusqu'à ce matin.De Muy me disait après dîner qu'il ne voulait plus que sa femme et sa fille y fussent et qu'il ne convenait point de passer les nuits à danser et dormir le jour, pendant que le saint sacrement est exposé.Je ne sais s'il soutiendra cela aisément. 38 ARCHIVES DE QUÉBEC M.Bigot passe, à ce que l'on dit, les nuits de ces bals à regarder les mains jointes devant lui.S'il danse deux ou trois menuets, c'est le tout.Tu m'as fait son portrait fort au naturel; il est d'une tranquillité admirable.Madame Thiery y est la brillante, et madame Bonaventure, madame La Valtrye (La val trie) et les Ramesay.M\"\" La Corne se damne, je crois, de ce que l'on a amené du Breuille (Dubreuil) son frère mourant, du fort Saint-Frédéric.Le médecin le croit hydropique et m'a dit qu'il ne pensait pas.qu'il en revint, ce qui met quelques bornes au plaisir de la belle Marianne; mais il n'en est pas de même de La Corne l'alné ni du chevalier, car ils sont de toutes les fêtes et de tous les bals.La Colombière n'a pas voulu que sa femme y ait été et a même poussé la mauvaise humeur, voilée de délicatesse, pour refuser que \" Robiche \" y fût avec ses tantes et cousines.Je n'ai pas même vu M*\" La Colombière de l'année, quoiqu'elle ait fait des visites partout, mais tu sais, cher fils, comme tout cela me touche.J'ai bien d'autres choses à penser dans l'état où je suis et éloignée de toi.Tu me connais et peux mieux juger qu'un autre de l'état de mon Ame: elle est toujours, cher fils, pénétrée de douleur de tous les coups dont le Seigneur m'a frappée.Que je serais heureuse si tout cela pouvait me servir à me faire faire de solides retours ! C'est ce que je demande de tout mon coeur et ce que j'espère que le Seigneur m'accordera.Je suis uniquement occupée de ma chère petite-fille qui fait toute ma satisfaction.Nous raisonnons souvent sérieusement.Quelquefois, il faut la réjouir.Elle me demanda hier de la laisser aller voir, au travers les fenêtres, le bal et qu'elle ne ferait que regarder un instant.Je lui permis.Charlotte la mena et ne fut qu'un moment.Elle revint contente et me dit que tout cela était fort joli, mais qu'elle aimait encore mieux être avec moi.Adieu, cher fils, en voilà trop: mais quand je puis m'entretenir avec toi à mon aise, si je me croyais, je ne ferais autre métier.Adieu, cher fils.Le 15.Si on n'a pu danser hier, cher fils, on s'est dédommagé par les tours de ville.Les carrioles ont marché une partie de la nuit et à grand bruit, par la pluie qu'il y a eu et la gelée, qui rend les chemins très durs, mais quand la jeunesse est en goût, rien ne la distrait.Que fais-tu, toi, cher fils, et où es-tu?C'est ce que je ne sais, ni ne saurai si tôt, dont bien me fâche, adieu.Le 16.Grand dîner, cher fils, chez M.le général.Voici un temps où l'on ne parle d'autre chose que de régal et de danse.Mais celui-ci n'est pas danseur, il se contente d'engager à chanter à table et à s'y divertir.M.l'intendant y est et toute la maison, de façon que j'aurais dlnê seule sans Mm\" Varin qui est entrée comme je me mettais à table avec la chère petite.Il faut que je te réjouisse d'une de ses pensées.Elle me disait, il y a un moment: \"Maman, avoue donc que M.le général aime bien tantine et ma cousine, car il les a priées avec tout ce qu'il y a de plus laid afin de les faire briller.\" Il est question, à présent, cher fils, de te dire ce que c'est que cette assemblée: Mm* La Corne et Marianne, qui est plus laide que jamais, M\"' Duplessis et ses trois filles, au moins aussi laides; M\"\" de Blainville et 2 filles qui n'auront jamais le plaisir ARCHIVES DE QUÉBEC 39 de s'entendre dire qu'elles sont jolies; M™ de Contrecœur.Juge si ce n'était pas là rassembler ce qu'il y a de beau I Us y sont restés jusqu'à sept heures à table à chanter, mais point de danse, cela est reserve à M.Bigot.Je pense que toutes les dames et demoiselles de la ville l'aimeront bien, car le bal est ce soir et mardi encore.On commence à huit heures et ne finit qu'au jour.Je ne doute point qu'il n'en fasse mourir quelqu'une, car comme me disait, il y a quelques jours, M.Picquet, il est impossible qu'il n'y en ait pas quelqu'une qui ne soit en mauvais état.Adieu, cher fils.Je te souhaite une parfaite santé et aime ta pauvre mère qui t'aime de tout son cœur.Adieu.Le 17.J'ai vu, en me levant, cher fils, passer une partie des dames et messieurs du bal.Jusqu'à 7 heures ils ont charrié.Je ne doute point que nos prêtres ne se désespèrent.M.le général en rit de tout son cœur.Il vient toujours à son ordinaire nous voir tous les soirs, depuis S heures jusqu'à sept.Il soupe ce soir chez M.Bigot.Mon cher père en est prié, Mater et Tilly, mais, comme il ne soupe qu'à neuf heures, j'ai prié mon cher père de n'y point aller et il me l'a promis.Je crandrais que cela ne dérangeât sa santé, qui est plus belle et meilleure que jamais.Aussi ne suis-je plus occupée que de lui et de notre chère petite qui devient de plus en plus maligne et spirituelle.Je n'ai rien de nouveau à te dire et te vais souhaiter le bonsoir.Adieu.Le 18.Voici enfin le dernier jour, cher fils, où l'on fera tout ce qu'il faut pour se faire mourir.Je suis si ennuyée d'entendre passer jour et nuit des carrioles qui m'empêchent de dormir que je voudrais être au carême.Il y a grand diner chez M.le général et le bal ce soir, par M.l'intendant, à l'ordinaire, chez M.Varin.Ils ne doivent en sortir que pour aller prendre les cendres.M.l'intendant a fait demander au père Bonnequen (Bonnêcamps) la messe à sept heures pour lui et son assemblée, avant de se retirer.Mais le père n'est pas de cet avis.Il sort d'ici avec résolution de lui aller dire qu'il lui dirait la messe à onze heures, onze heures et demie s'il voulait; mais que pour lui donner les cencres et lui dire la messe sortant du bal, cela ne convenait en aucune façon.Je ne sais s'il le satisfera avec cet arrangement.C'est en vérité, cher fils, mener une drôle de vie, surtout lorsqu'on jette les yeux sur M.le général qui, tous les matins, entend la messe à 8 heures et ne perd pas un salut ni une dévotion.Rien ne le dérange, uniquement occupé du bien du pays et d'en faire à qui il peut et cela sans prévention ni complaisance.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir et une bonne santé.Le 19.Que de gens démontés, cher fils, ce matin ! Plus de bals, plus de masques.La vérité qu'ils ont poussé les plaisirs tant qu'ils ont pu, puisqu'à sept heures et demie on dansait encore.Mais il n'y parait pas à M.Bigot qui est venu après dîner me faire des propositions pour la maison.Je lui ai dit qu'il fallait la visiter s ARCHIVES DE QUÉBEC avant de parler de rien et qu'il fallait qu'il connût avant d'entrer en marché.Je voulais devant en prévenir M.le général, afin qu'il me dit ce que j'aurais à faire et comme il vient tous les soirs, je lui dirai ce qu'il m'a proposé.Il veut toute la maison à quoi je consens, n'ayant pas besoin d'un si grand logement, supposé que je ne puisse passer cette année.Je lui ai fait voir du grenier à la cave; il l'a trouvée fort de son goût, surtout ton appartement qu'il a presque adopté pour y coucher.Il en fera ce qu'il voudra quand il l'aura.Il doit y revenir demain avec M.le général et La Morandière afin de voir ce qu'il veut changer dans la bâtisse nouvelle.Je te dirai tout ce qui sera fait.Mais à présent je veux te faire part de la mascarade de Mm0 Céloron qui parut au bal, je ne sais avec qui, et comme on ne la fit pas danser assez tôt selon son goût, elle sortit très brusquement en marmottant.On la laissa aller et il y a apparence qu'elle n'avait pas raison, puisque M.l'intendant dit fort haut que c'était tant pis pour ceux qui se fâchaient mal à propos, qu'il ne s'en embarrassait pas.Que penses-tu de cette extravagante que l'on ne prie point du bal par attention, son frère venant de mourir?Il faut qu'elle s'y produise masquée.C'est grande pitié.Ma* Vassan, dont le mari est au fort Frontenac et qui l'avait laissée chez son père, ne s'y est pas trouvée en assez grande liberté.Elle a pris appartement chez Martel où elle est bien secondée par sa femme aussi folle l'une que l'autre; elle court jour et nuit.Adieu, cher fils.En voilà assez pour t'ennuyer.Adieu.Le 20.Nos messieurs n'ont pu venir visiter la maison aujourd'hui; ce sera pour demain.J'ai consulté M.le général sur les propositions que je voulais faire, en donnant la maison, qu'il a approuvées.C'est que l'on me donnera 5 ou 6 cents livres par an, pendant 6 ans, afin de refaire le vieux bâtiment comme ce côté-ci et qu'après les 6 années, on m'en donnera quinze cents livres.Nous verrons ce qu'il dira.Il me parait homme assez aisé dans les affaires et aimant à paraître; il veut être bien logé, j'espère profiter de cela.J'aurais volontiers suivi le plan que tu en as fait, mais si jamais tu reviens en Canada, ce ne sera que pour la même place qu'il occupe, ainsi, il n'y a plus à chercher à nous y loger séparément.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite santé.Aime ta pauvre mère.Le 21.Il n'est rien, cher fils, de plus joli que le monde.Aussi, n'a-t-on rien oublié pour produire à M.l'intendant des emplacements à bâtir, des maisons à louer.Je me suis toujours tenue tranquille et, enfin, il y est venu après dîner, avec M.le général.Us ont fait la visite partout et ont beaucoup raisonné sur la façon de s'arranger.Il n'est plus question que du prix du loyer: ce que je ne veux point dire que je ne sache à quoi peut aller la façon de ce qui t'appartient.M.l'intendant me dit, avant de sortir, qu'il .n'était plus question que du prix.Je lui répondis que j'étais persuadée qu'il sentait la raison qui me faisait laisser un logement aussi commode et que je pensais qu'il aurait égard à ma situation; qu'au reste, il fallait voir le devis qui serait fait de la nouvelle bâtisse et qu'après, j'espérajs qu'il n'y aurait point de difficultés.Il m'assura qu'il n'y en aurait point de sa part et qu'il serait toujours très flatté de me donner des marques du plaisir qu'il aurait à trouver l'occasion de me rendre service.Que (la) nature pâtit, cher fils, dans de certains moments, et que j'ai le coeur gros quelquefois, dans le temps que je fais bonne mine ! Mais Dieu nous donne la paix et détermine mon cher père, je serai bientôt hors de la vue de tout ce monde.Mater soupa hier chez M.Bigot où elle vit M-* Balie faisant extrêmement la jolie avec le chevalier de Beauharnois.Avoue donc que ce sont de bons cœurs.Je voudrais être assez heureuse pour pouvoir rire de tout ce que je vois, mais je n'en ai pas la force.Adieu, aimable fils.Aime ta pauvre mère qui t'aime de tout son cœur.Le 22.Nos puissances, mon cher fils, se disposent à aller voir le fort de Saint-Jean.On ne parle que de cela aujourd'hui.Ils doivent envoyer des chevaux à la Prairie afin de les trouver frais pour pouvoir revenir le même jour.C'est pour après-demain.On est presque aussi occupé des refus que M.le curé fait de manger gras à tous ceux et celles qui ont été au bal.Tu vois, cher fils, que toutes ces nouvelles ne méritent guère ton attention ni que je t'ennuie avec ceci, vraie bagatelle.Ainsi, je te dis adieu, joint à ce que j'ai un peu mal à la tête.¦i -, ¦>\u2022 ' Le 23.Il neige, cher fils, depuis cette nuit et crois que nos puissances n'auront pas beau à leur visite.Et moi, j'ai un mal de gorge que toute la ville a presque eu et ne sais s'il n'en faudra pas venir à une saignée.Juge comme je serai aise ! Mater en est aussi attaquée, mais elle l'a mérité, ayant été au bal et aux assemblées nocturnes.Pour moi, je n'ai pu le gagner qu'a faire répéter la leçon de notre chère petite qui se porte toujours à merveille et est toujours au mieux avec M.le général.Elle nous donne souvent occasion de rire par ses pensées qui sont, sans prévention, souvent au-dessus de son age.Il est dommage qu'elle soit mutine, car elle a de l'esprit comme son père, la riposte des plus vives.Elle a toujours quelque querelle à faire à Mater et le tout part de petits mouvements de jalousie, ce qui nous réjouit et fait rire notre général de bon cœur.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre mère qui t'aime de tout son cœur.Le 24.Notre général vint me voir hier au soir, en arrivant de sa campagne.Il ne trouve pas cet ouvrage sans défaut.On n'a pas voulu donner à Morand, charpentier, quinze mille livres qu'il demandait pour faire le tout et il en coûtera plus de trente par les épargnes ordinaires que l'on fait faire au Roi.Il n'y a que le plain-pied de pierre et deux étages de bois au-dessus des' bâtiments et un fort de pieux, où il y aura toujours des réparations.La pauvre M\"* de Gannes, la souffleuse, est morte tout d'un coup.Elle a laissé par testament tout ce qu'elle a à M\"\" Raimbeau et, après sa mort, à sa fille, cette grande idole que tu connais.Voilà, cher fils, tout ce que je te dirai aujourd'hui, ne me portant pas bien.Je te souhaite le bonsoir et une bonne santé. 42 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 25.Il est question aujourd'hui, mardi, du sermon fait aux dames de la S'°-Famille.M™ Feltz, qui en est supérieure et qui a été au bal comme bien d'autres, a été priée de se retirer et cela à peu près comme on me chassa pour le charivari, se servant à peu près de termes aussi doux.C'est là ce qui fait l'évangile du jour.Il faut avouer, cher fils, que tous ceux qui s'occupent de si belles choses sont bien heureux, puisqu'il est sûr qu'il faut qu'ils n'aient pas grand'chose à faire.M.de La Martinière est occupé de quelque chose de plus sérieux.La crainte du mariage de M\"» Lestage l'a engagé à demander M,u Galliard (Gaillard) qui vient d'arriver, qui nous apprend la mort de M.de Lotbinière, doyen du chapitre, \u2014 il y a un an qu'il n'avait que de légers moments de bon sens, \u2014 et, comme M™ Lestage souhaitait M\"0 Galliard (Gaillard), il espère que sa présence éloignera M.et M\"\" de Varennes qui faisaient l'amour pour La Vérandrie (Vérendrye), qui comptait que sitôt qu'il parlerait son affaire serait faite.Mais il s'est trompé: elle ne souhaite qu'une personne qui l'amuse et qui lui tienne compagnie et point un maître.Adieu, cher fils.Le 26.J'ai fait voir aujourd'hui, cher fils, la proposition par écrit à M.le général que je veux faire à M.l'intendant, qu'il a trouvée bien et je lui ai dit que je croyais qu'il fallait faire un effort généreux et que je lui porterais demain matin s'il croyait que cela convint, voulant m'en rapporter entièrement à ses conseils.Il m'a dit que je pensais fort bien et a trouvé mon écrit que, à la vérité mon cher père a fait en partie, fort bien, car tu sais,, cher fils que ta pauvre mère n'est pas bonne à grand'chose qu'à aimer ses enfants.Ainsi, juge combien je souffre d'en être séparée et combien aussi je travaillerais à chercher les moyens de m'en rapprocher.Adieu, cher fils, je ne sais rien de nouveau et ne me porte point bien; mon pauvre esprit souffre de toute façon.Adieu.Le 27.J'ai été ce matin, cher fils, chez M.l'intendant qui m'a beaucoup fait de compliments, me disant qu'il serait venu ici s'il eût cru que j'eusse quelque chose à lui dire; mais tu sais comme je dois être prévenue en sa faveur, ainsi j'ai reçu cela comme le reste.Il a accepté tous les articles de ce mémoire que je lui ai présenté et n'a fait d'observation que sur le même prix que je voulais de la maison que de celle qui est pour le gouverneur général.Il dit, avec cet air tranquille, qu'il fallait de la différence entre le premier du pays et l'intendant.Je lui ai dit qu'il avait assez visité ma maison pour savoir qu'elle valait au moins quinze cents livres de loyer et que celle de M.de Vaudreuil n'avait, à beaucoup près, point autant de logement, ni si solide.H en est convenu et pour lui Ôter toute délicatesse, je l'ai assuré que M.le général ne serait point fâché qu'ils fussent à mêmes loyers.Il m'a dit qu'il savait que ma maison valait au moins cela et qu'il allait voir le plan et que nous passerions le bail.Je voudrais que cela fût terminé.En sortant de chez lui, j'ai été chez M.le général et l'ai prié de lui dire qu'il ne pouvait me donner moins de ma maison que ce que l'on donnait pour la sienne.Adieu, cher fils, je ne sais rien de nouveau.Tous s'efforcent à faire leur cour à l'une et l'autre de nos puissances, mais nos prêtres ne canoniseront pas M.l'intendant: ses bals les ont trop scandalisés.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 43 Le 28.Enfin, cher fils, j'ai terminé de l'avis de M.le général, avec M.Bigot pour la maison.Il m'en donne quinze cents livres de loyer et me fait les avances pour refaire la partie qui est à toi: ce que j'ai à cœur de faire depuis bien du temps.Il ne doit retenir pour ses avances que mille livres jusqu'à parfait payement et s'oblige à refaire un vestibule assez grand pour mettre un degré pour les hauts et la cuisine commode et une cheminée dedans.Si je ne passe point, je t'enverrai le plan et le marché.Il s'oblige à toutes les réparations grosses et petites.Je pense, mon cher fils, avoir bien fait, puisque je ne cherche qu'à me payer de mon mieux pour mes enfants et si je puis vendre ce que j'ai de meubles, j'espère avancer de payer cette bâtisse.Adieu, cher fils, aime ta pauvre mère qui aurait bien besoin de tes consolations.Le 1\" mars 1749.C'est un vrai refoulement que cette maison aujourd'hui, cher fils, par les adieux qui se font à M.l'intendant.Toutes les dames qui y ont été, chemin faisant, sont venues ici.Il doit partir demain.J'avoue que je n'en suis point fâchée, par la peur que m'a donné son voisinage.Tant de monde séparé en deux maisons, tant de feux allumés dans toutes ces chambres, tant de lumières toute la nuit, c'en était plus qu'il ne fallait pour me donner bien des inquiétudes.Je crois que les prêtres ne sont pas moins contents que moi de le voir partir, car ils le regardent comme le destructeur de la religion en Canada.Ils poussent les choses, je crois, beaucoup trop loin.Adieu, le voilà qui entre ici et te dirai ce qui se sera passé.Je te souhaite le bonsoir et une bonne santé.Le 2.Quand je te laissai hier, cher fils, je crus que c'était pour M.l'intendant, mais c'était M.le général qui me dit en entrant qu'il était venu de meilleure heure qu'à l'ordinaire, afin de se trouver à la visite de M.Bigot et qu'il voulait qu'il signât tout, afin que je n'eusse point de peine avec M.Varin, à qui il a donné ordre de faire passer le bail de la maison, dont j'étais peu contente.Mais je fus fort , satisfaite puisqu'il a signé tous les articles que je lui avais proposés et M.le général lui a dit qu'il devait sentir qu'il avait notre maison à bon marché en nous en donnant quinze cents livres, qu'elle valait mieux que la sienne et nous nous sommes dit adieu, fort contents les uns des autres.Il est parti ce matin avec, je crois, mille trames.C'est un équipage comme il n'y en a point, car il faut des carrioles pour toutes ses glaces et colifichets.Si M.Hocquart voyait cela, je crois qu'il mourrait de douleur.Adieu, aimable fils, je te souhaite le bonsoir et t'aime.' Le 3.Nous allons travailler à présent, cher fils, à déranger la petite maison afin de la mettre en état de la démolir lorsqu'il fera beau.Mon cher père a fait marché 44 ARCHIVES DE QUÉBEC avec Saraux (Sarault) pour toute la maçonne, mais bien chère à 20l la toise, la taille payëe à part.J'espère qu'en le faisant faire nous-mêmes, il nous en coûtera moins que si cela passait par les mains des ouvriers du Roi qui, malgré tout ce que l'on croit, du moins qu'ils croyaient, bien ménager font des frais très souvent mal à propos et nous tacherons que tout nous porte à profit.Je ne sais rien de nouveau.Ainsi je te souhaite, cher fils, le bonsoir.Le 4.S'il te souvient encore, cher fils, de notre pays, tu sais que commence aujourd'hui la neuvaine de saint Xavier.Je l'ai prié ce matin, de tout mon cœur, de me conserver mes chers enfants, toi compris, te regardant assurément comme celui qui m'est le plus cher.Notre chère petite veut faire la neuvaine aussi.Comme il fait beau, je ne lui ai point refusé.Elle demande de grand cœur de revoir sa \" chère mine \" et d'aller en France cette année, car elle dit qu'elle mourrait de douleur si elle restait en Canada après M.le général.J'en dirais volontiers autant mais il faut garder cela en son âme, comme bien d'autres choses t.Les commandements des postes commencent à faire la conversation.Tout le monde voudrait en avoir, mais je pense qu'il y en aura beaucoup de trompés, car ils ont affaire à un homme juste et qui n'a de complaisance pour personne.Adieu, cher fils.Aimé ta pauvre mère qui n'est occupée que de toi et des tiens.Adieu, aimable fils.Le 5.Si j'aimais, cher fils, à me voir faire des révérences et en quelque façon, la cour, je serais bien contente, car les attentions de M.le général pour moi persuadent à bien des aveugles que je peux beaucoup auprès de lui.Ils ne le connaissent point, car il n'est pas homme à rien faire par complaisance et moi je lui suis trop parfaitement attachée pour lui proposer jamais de placer personne dont il pourrait avoir des reproches.Il y en a qui m'ont très sollicitée pour parler pour eux qui n'ont pas laissé que me donner quelque occasion de rire n'ayant pas toujours été de nos amis: c'est en cela que j'espère en avoir plus de mérite en le faisant.Si je suis assez heureuse pour te revoir, cher fils, je t'en divertirai.Adieu aimable fils.Le 6.Le pauvre Bleury est arrivé de Chambly il y a quelques jours, malade.On pensait que ce ne serait rien, mais aujourd'hui, on craint pour lui.Ce sont des douleurs très violentes aux jambes; elles enflent comme une douleur de goutte, cela l'ayant pris au genou, puis cela court jusqu'au pied.J'y viens d'envoyer.On me dit qu'il avait à présent les bras attaqués et qu'il était très souffrant, ce qui occupe Sabre vois, de façon qu'il y a quatre jours que nous ne l'avons vu.Voilà, cher fils, tout ce que je sais et que les prêtres envoient des lettres à toutes les dames de la Ste-Famille qui ont été au bal pour leur dire ' de s'en absenter trois mois et de faire pénitence du scandale qu'elles ont donné.J'ai dit à Dê-chambeau (Deschambault) d'en fabriquer une pour Mater afin de lui donner la peur.Étant de la Bonne Mort, elle n'aurait pas dû se produire au bal, mais nous aimons le monde à tout age.Adieu, cher fils bien aimé. ARCHIVES DE QUÉBEC 45 Le 7.Rien de nouveau, cher fils, que la pièce curieuse que Dêchambaul (Deschambault) a fait donner à Mater, dont elle est d'une colère terrible.Elle part pour aller trouver M.le curé, ne pouvant soutenir les reproches que les frères et sœurs de la confrérie lui font.Nous en avons ri un moment avec M.le général qui l'a beaucoup badinée: ce à quoi elle est très sensible.Il m'a dit que c'était un jour malheureux pour elle, parce qu'elle lui avait demandé'quelque chose qu'il ne pouvait convenablement accorder et qu'il s'était aperçu qu'elle en était peu contente, mais c'est à quoi il n'est pas fort sensible.C'est un homme si juste et qui est si droit que je ne pense pas qu'il y en ait de pareil.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne santé, n'ayant rien de nouveau à te dire.Le 8.Mater revint hier au soir, cher fils, de fort mauvaise humeur de chez M.le curé.Je ne doute point qu'avec l'air sec que tu lui connais, il ne l'ait menée de la bonne façon.Elle lui montra cette épltre qu'il a eu raison de ne pas reconnaître, mais elle ne nous voulut rien dire de la conversation.M.le général la badina beaucoup et lui dit qu'il savait qu'ils avaient parié tous deux avec beaucoup de chaleur.Le pauvre Bleury est très mal ce soir; il a la tête très enflée avec beaucoup de fièvre.M.Feltz craint fort pour lui, à ce que l'on m'a dit.Ce serait en vérité une grande perte pour sa famille.Le petit Sabrevois est avec lui jour et nuit.Si cette maladie dure, je crois que le pauvre Outil n'y résistera pas.Je ne l'ai point vu depuis que son frère est malade.Voilà, cher fils, tout ce que je sais et que j'espère, si tu es en France, que tu vas te préparer à me donner de tes nouvelles, ce qui ne peut venir aussitôt que nous le souhaitons, car je te puis assurer, cher, fils, que nous ne sommes occupés que de toi, mon cher père, ta fille et moi.Je pense bien que Tilly et Mater t'aiment, mais non pas autant que ta trop malheureuse mère.Adieu, cher et aimable fils.Le 9.MM Varin, mon cher fils, qui vient souvent me voir, y est venue aujourd'hui et m'a dit qu'on avait apporté à son mari une lettre ce matin, qui n'est point signée et qui est datée de Québec, d'un homme qui écrit ici à un de ses amis.Us n'ont pu savoir qui lui avait apportée; l'adresse était bien à M.Varin.C'est une pièce, à ce quelle dit, des plus malignes sur tout ce que les prêtres ont dit et prêché contre les bals.Elle m'a promis de faire en sorte de l'avoir pour me la donner.Si elle en vaut la peine, je te l'enverrai.Il est vrai que nos messieurs ont poussé les choses un peu trop loin, et qu'ils ont donné occasion de dire bien des bagatelles sur le compte de M.Bigot qui, je crois, dans le fond, n'a pensé qu'à faire divertir la jeunesse, mais cela occasionnera peut-être bien du mal.Adieu.Je ne sais rien de nouveau.Bleury est toujours mal. 46 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 10.J'ai eu, mon cher fils, après dîner, cette belle pièce qui en vérité fait pitié.Je ne sais qui en est l'auteur; mais j'ai vu quelquefois des morceaux malins qui valaient mieux que cela.Tu en jugeras, car je veux l'écrire et te l'envoyer.J'aurai toujours la satisfaction, en la copiant, de penser que c'est pour toi que j'écris, car je ne doute point qu'elle n'ait besoin de cette réflexion pour m'encourager à faire pareille copie.Il y a aussi une chanson que l'on donne à M.Girard qui n'est pas plus belle et, sans toutes ces belles pièces, on serait ici trop tranquille et on n'aurait rien à dire, car tout y est dans une parfaite stérilité.Point de nouvelles d'aucun endroit et sans les absolutions refusées et la façon dure avec laquelle on chasse des confréries, on n'aurait rien à dire.Adieu, aimable fils.Si tu es en France, tu passes ton temps bien différemment.Je le souhaite et que ta santé soit bonne: ce sont tous mes désirs.Adieu.Le 11.Rien de nouveau, mon cher fils.Nous sommes occupés à présent à faire des marchés pour bâtir et, supposé que nous ne puissions passer en France cette année, par bien des raisons que nous ne pouvons prévoir, nous avons toujours retenu la maison de Després qui appartient à Marin et Clignancour, persuadés que c'est le plus petit loyer que nous puissions trouver.J'espère que nous ne nous en servirons point et que nous nous mettrons tous à portée de te recevoir lorsque tu reviendras de ce Mississipi, si tu y es allé.Adieu, cher fils, car je crains de t'en-nuyer.Le 12.M.de La Martinière sort d'ici, qui m'a dit qu'il comptait partir dimanche ou lundi pour Québec.Les beaux temps qu'il fait depuis quelques jours lui font craindre les glaces et il a raison.Il s'est diverti longtemps avec ta chère petite fille et lui a fait faire, en jouant avec elle, une partie de sa leçon.Je lui ai dit que s'il t'écrivait de t'en mander quelque chose, mais où t'écrire, cher fils ?En quel lieu du monde est-ce que j'aurai tant de satisfaction de (te) voir?Peut-être serai-je aussi malheureuse cette année que la dernière 1 Je t'écris au Mississipi dans le temps que tu es en France, et je t'écrirai peut-être ce printemps par France et tu n'y seras plus 1 Mais je n'y serai plus attrapée, car j'écrirai par tous les côtés, si le Seigneur me conserve la santé qui, malgré toutes mes misères et peines, est assez bonne, ainsi que mon cher père et le reste de la famille.Notre chère petite se porte toujours à merveille, elle croit en toute malice, esprit et science, mutine comme toute sa famille ensemble, n'aimant point la confession.Je lui ai pourtant dit qu'elle ne réussirait point dans sa neuvaine si elle n'y allait point.J'espère que l'envie qu'elle a de te voir la déterminera à se confesser.Adieu, cher fils.Je ne m'ennuierai jamais à te réitérer que je suis ta tendre mère. ARCHIVES DE QUÉBEC 47 Rien de nouveau, cher fils.Ta fille est au comble de ses satisfactions: elle a passé l'après-dlner chez M.le général.Il l'a laissée chez lui pour me venir voir un moment et m'a demandé si je voulais lui laisser à souper chez lui.Tu penses bien que, n'ayant jamais été trouble-fête, j'ai consenti à tout et suis seule avec mon cher père.Dieu veuille que cette maligne petite fille ne me fasse pas quelques tours de son âge ! M.le général m'a assuré qu'il était fort content de sa visite qu'elle s'y était tenue fort bien, mais il l'aime et je crois qu'il lui en passe volontiers.Je crois que Mater est aussi contente qu'elle, car elle est à la troisième partie de médiateur et elle en peut faire une quatrième.Tu sais que c'est pour elle une grande satisfaction.Adieu, cher fils.Je ne sais rien.Le 14.Il est arrivé quelqu'un de Québec, je ne sais qui, qui nous apprend l'heureuse arrivée de M.l'intendant à Québec et qu'il a trouvé à S'0-Anne des dames qui l'ont attendu là plusieurs jours.Elles sont: M\" Péan, Mm' Lanaudière, Mm\" Daine, Mm° Méloize, pour chaperon, apparemment.C'est la plus jolie chose du monde à ce que l'on dit.On assure le rétablissement de la santé de M.Cugnet qui a été à l'extrémité.Il n'en est pas de même de M11* Aubert que je t'ai marqué être mariée; elle est au moment de la mort et a reçu tous les sacrements.Bleury est un peu plus tranquille.On espère que l'enflure de sa tête s'étant fixée à une joue, il pourra s'y former un abcès qui pourra le soulager, mais il n'est pas hors de danger.Nous sommes tous en assez bonne santé.J'ai souvent cependant mal à la gorge, ce qui me fait craindre que ce ne soit chaleur de poitrine.H en sera ce qu'il plaira au Seigneur.Pourvu qu'il me laisse assez de temps pour te remettre notre chère petite.Adieu.Le 15.Si tu étais ici, cher fils, tu m'aurais fait ton compliment sur la satisfaction que j'ai eue de dîner avec le père S'-Per (Saint-Pé).On m'avait apporté un morceau de castor.Je n'ai pu le voir manger sans en faire part à mes amis.Si tu voyais ta fille, comme elle le caresse, tu rirais I Je voudrais, cher fils, avoir quelque chose de mieux à te dire, mais je ne saie rien du tout, du moins qui mérite de t'être annoncé.Car te marquer que tous nos messieurs attendent à savoir qui seront les heureux pour avoir des postes, cela ne t'amusera point, joint à ce qu'ils voudraient tous en avoir et qu'il y en a peu à donner.Te dire, cher fils, que je t'aime et que le temps que je crois le mieux employé est celui de te l'écrire et de parler de toi, cela ne te sera point nouveau.Ainsi, je puis donc te dire adieu, afin de ne te point ennuyer.r' ' Le 16.Ta chère petite fille est dans une affliction que je ne puis te peindre assez vivement.Elle a perdu ce matin la petite bague à la dauphine que tu lui a envoyée. 48 ARCHIVES DE QUÉBEC J'ai fait bouleverser la maison sans la pouvoir trouver.11 faut qu'elle l'ait ôtée de son doigt et mise dans quelque endroit, car elle lui est juste.Cette chère innocente n'en a point dlnê, de façon que je me trouve dans l'obligation de la consoler au lieu de la gronder, par les complaintes et réflexions qu'elle fait sur une chère petite bague, que cette \" chère mine \" lui a envoyée.Voilà, mon cher fils, ses termes et elle verse dés larmes en abondance.M.le général en est aussi fâché qu'elle par la peine qu'il lui a vue.J'espère encore qu'elle se pourra retrouver, si elle ne l'a point perdue dehors.Adieu, cher fils.Je ne sais rien de nouveau.Le beau temps commence à nous faire voir la terre en bien des endroits, mais ce n'est point assez.Il nous faudrait la saison qui nous donnera de tes nouvelles, ce qui ne peut venir aussitôt que je le souhaite.Adieu, cher fils bien-aimé.\" Le 17.Rien de nouveau, cher fils.Je ne crois pas qu'il y ait rien de plus stérile que notre pauvre pays.La Ronde le fou, celui qui s'appelle Thibeaudire (Thi-baudière), veut se marier avec M11* de Celles que tu connais, celle qui vend (du moins sa mère) de l'eau-de-vie aux sauvages.M™ Verchères le voudrait.On assure mÊme qu'elle a été à Québec pour engager M.l'Évêque à donner permission à quelque curé de campagne de les marier, Mme de La Ronde ne voulant point ce mariage, ni par conséquent M.le général qui l'a envoyé aux Trois-Rivières pour tâcher de lui faire oublier cette belle inclination, mais étant fou comme sept, il n'est pas dit qu'il y reste.M.de Longueuil voudrait aussi ce mariage; tu en connais la parenté.Adieu, je ne veux point t'ennuyer.Je te souhaite le bonsoir.Le 18.Depuis trois jours on cherche le bijou de ta fille et j'y ai renoncé aujourd'hui.Il faut qu'elle l'ait perdu dehors.Elle ne peut s'en consoler et elle me dit (car elle est toujours avec moi): \" Ne va pas, chère maman, mettre cela sur ton grimoire, car je te vois écrire tous les jours.Si je croyais que tu le misses je serais au désespoir, car que penserait cette \" chère mine \" de ce que j'ai perdu ce qu'il me donne?\" Je lui ai promis de n'en rien faire.Reste à savoir si elle ne voit rien, car elle est plus fine que moi.M.le général a un plaisir infini à l'entendre parler, pourvu qu'elle ne dise point ze au lieu de je.Elle commence à s'en corriger par l'envie qu'elle a de plaire et il y a peu de ces mots qu'elle ne prononce.Il lui fait réciter des vers de fable et lui a promis de lui écrire de beaux vers dont elle est fort flattée.Tu le serais autant qu'elle si tu voyais cela.Tu sens, je crois, ma satisfaction.Adieu, cher fils bien aimé.Je te souhaité le. ARCHIVES DE QUÉBEC 49 (4* Cahier\u201419 mars 1749-11 mai 1749) Le 19 mars 1749.Il est arrivé aujourd'hui, cher fils, du monde de Québec qui nous apprend des nouvelles.Je viens de les apprendre de la première main, mais sous le secret, ne voulant pas annoncer des choses désagréables.M.l'Êvêque a interdit le père Bonnequen (Bonnécamp), jésuite, que tu connais, qui était venu ici avec M.l'intendant et qui est retourné avec lui.Je crois que c'est un tour de nos prêtres.On lui a donné pour cette raison qu'il s'est trouvé en des fêtes et bals que M.l'in- tendant a donnés dans la route; et, pour assurer plus solidement l'interdiction, on l'accuse comme d'un crime d'aller tous les jours chez le chevalier de Beauhar-nois, ce qui est vrai, parce qu'il lui apprend les mathématiques.Je crains que les bals et les sévérités de nos messieurs ne nous donnent quelques mauvaises scènes.Je m'ennuie, cher fils, de n'avoir rien de nouveau à te dire, en voilà.Adieu, cher fils bien aimé.Le 20.Je ne savais pas tout hier, cher fils.Le père de S'-Per (Sain t-Pê) sort d'ici, qui m'a dit qu'il venait de voir le père Ralche (Resche), supérieur des Récollets ici, qui l'avait assuré que le père Valèrien était aussi interdit.Ils n'en savent point la raison, mais je crois l'avoir devinée.Nos prêtres qui savent qu'une partie de la ville va à confesse à lui et qu'il ne serait peut-être pas assez complaisant pour refuser l'absolution à ceux et celles qui ont été au bal, auront trouvé cet expédient: son interdiction à ce que le père assure, n'étant que pour Montréal.Juge, cher fils, de l'affliction d'une partie de notre monde ici, à qui il avait promis d'être de retour à la mi-carême.Mon cher père en est tout fâché.Pour moi, je ne le suis que parce que je crains que tout cela ne tourne mal.M.l'intendant saura que c'est pour ses bals; il se fâchera et nous verrons des excommunications.Je pense que M.l'Êvêque et nos prêtres traitent tout cela avec trop de sévérité.Je ne sais, mon cher fils, si je t'ai mandé que nous avions perdu notre pauvre Pierre, ayant été dans ce temps un jour ou deux sans t'écrire.Il a eu tous nos regrets; j'aurais eu de la peine à te le mander dans le temps, j'avais le cœur trop gros.Adieu, cher fils.Le 21.On ne parle plus que du père Valèrien et du père Bonnequen (Bonnécamps).Tu sais, cher fils, combien il faut peu de chose en notre pays pour occasionner bien des discours.C'est l'évangile du jour.Il y en a cependant qui pensent toujours au solide.Car Mma Varin me fait un peu la cour depuis quelque temps, dans l'idée que M.le général ne me refusera pas un poste pour son frère aîné qu'elle dit être fort mal dans ses affaires, ce que j'ai peine à croire, puisque M.Foucault lui a fait bien des avantages et qu'ils ont eu de gros profits dans ses pêches. 50 ARCHIVES DE QUÉBEC C'est une vraie comédie que le monde.Et que de sujets de réflexion, cher fils, à quiconque a été autant d'années dans le monde et y voir tant de différents personnages prendre des formes de toute espèce 1 Les métamorphoses du temps passé n'étaient pas plus subites.Que je rirais quelquefois si tu étais ici.Mais je n'ose me confier à personne.L'expérience m'apprend à tout garder en moi-même.J'espère retrouver ce temps où j'aurai la satisfaction de te voir et te dire tout ce que j'ai vu de beau.Adieu, cher et aimable fils.Aime ta pauvre petite mère autant qu'elle t'aime.Le 22.Bonjour, cher fils.Que te dire aujourd'hui ?Que je t'aime ?\u2014Cela ne t'est pas nouveau.Que je voudrais avoir de tes nouvelles ?\u2014Tu en es bien persuadé.Mais te dire que cet homme brillant, mari de la belle Catin, a besoin de ressources pour soutenir son état, c'est ce que tu auras de la peine à croire.On ne s'en cache pas et l'on dit volontiers que quand on a 6 enfants, on a besoin d'un grand ménagement pour vivre, si on n'a des ressources d'ailleurs.Le père S'-Per (Saint-Pé) est employé pour en discourir, sans faire semblant de rien à ceux qui peuvent faire quelque chose; car on né veut point demander soi-même.C'est toujours comme tu l'as vu et ce serait pour faire plaisir à son prince que l'on irait dans quelques bons endroits, d'où l'on peut sortir avec une trentaine de mille livres., Voilà, cher fils, ce que je sais de plus certain, et que j'attends avec empressement de tes nouvelles.Adieu.,,Xe 23.Nous apprenons, cher fils, par un homme qui arrive de Québec, que M11* Aubert est morte.Elle craignait qu'il n'y eût des procès pour son héritage, ayant donné tout ce qu'elle peut avoir à son mari par son contrat de mariage.Il faut avouer que nous sommes sujets à faire bien des folies dans le monde et sa famille a bien de l'obligation à Mm° Péan la jeune, car on assure que c'est elle qui a fait ce beau mariage.Je crois que M.et Mmo Feltz en seront bien affligés lorsqu'ils le sauront, car ils aimaient beaucoup cette sœur qui me paraissait aussi fort aimable.Notre rivière commence à noircir et ne pense pas qu'elle dure longtemps.Il fait très beau depuis quelques jours.On compte même si cela dure que l'on sèmera à Lachine, ce que tu sais qui est très avantageux quand on le peut faire d'aussi bonne heure.Il vient d'arriver du monde du Détroit à ce que l'on dit.Je laisse mon ouvrage pour reprendre, après avoir vu M.le général.Le 24.S'il y eût eu des nouvelles intéressantes, mon cher fils, je ne me serais point couchée sans te les dire.M.le général fut ici jusqu'à sept heues un quart et ne voulus point, pour ménager mes yeux qui sont fort épuisés, écrire à la lumière.Il m'a dit qu'il n'y avait absolument rien de nouveau depuis l'automne dans le Détroit, que plusieurs des Hurons, qui en étaient sortis avec ce misérable Nicolas, étaient revenus.Je crois qu'il fait un peu comme toi, cher fils, qu'il ne veut peut- ARCHIVES DE QUÉBEC 51 être pas me dire tout.Cependant, il y a bien des lettres à différents particuliers qui ne disent rien.M.Olivier, que tu connais, était prêt à arriver au Détroit: il vient ici épouser son ancienne maltresse, M\"\" Duplessis, des Trois-Rivières.On compte qu'il sera ici à la fin d'avril, le temps étant toujours assez beau pour nous donner espérance que les glaces ne dureront pas longtemps.Nous espérons qu'il voudra bien veiller à la conduite de Rocbert que tu as pris sous ta protection.Nous l'équipons de notre mieux afin qu'il te soit moins à charge, car le père et la mère sont aussi tranquilles que tu les a vus.La mère ne songe qu'à courir.Elle n'a manqué ni partie ni bal tout l'hiver.Adieu, cher fils.J'aurai en cet enfant de nouveaux sentiments de reconnaissance de ton bon cœur.Adieu.Le 25.Nous sommes dans la dévotion aujourd'hui, cher fils, l'Annonciation de la sainte Vierge.Je crois que tu n'as pas oublié cette bonne Mère pour qui je t'ai vu tant de dévotion, mais je crains que le pays que tu as habité ne t'ait dérangé un peu.J'espère cependant que non; tu as trop d'avocates au ciel pour cela, et tu n'es point oublié ici.Ta chère fille fait des vœux perpétuellement pour sa \" chère mine.\" La maman, quoique bien persuadée que ses prières ne valent pas celles de la chère fille, je ne laisse pas de m'épuiser souvent pour demander au Seigneur de me conserver ce cher fils de qui j'attends toute ma consolation.Adieu.Le 26.Je te laissai hier, cher fils, fort vite.M.le général étant venu plus tôt que de coutume et il fallut l'aller recevoir, car notre chère fille ne me donne point de quartiers lorsqu'elle le voit venir.Si elle lui est attachée, il lui rend bien le change.Je te souhaiterais souvent pour voir avec quelle tendresse il la regarde.Elle a si fort envie de lui plaire qu'il y a peu de mots, aujourd'hui, qu'elle ne prononce très bien.Elle croit en malice, esprit, mais point en tranquillité; elle saute toujours à pic, comme tu l'as vue, lorsqu'elle veut dire quelque chose qui lui plait, et toujours prête à tirer sur Mater qui est aujourd'hui très occupée de chercher à conserver le chevalier de Repentigny dans quelques postes.Je crains qu'elle ne réussisse pas, malgré tout ce qu'elle emploie, on ne peut dire le vert et le sec, étant plus grasse que jamais, et s'ajustant comme tu ne l'as jamais vue.Mais ce neveu est si étourdi et si connu que je crains qu'elle ne perde ses pas ainsi que moi qui m'y emploie avec plaisir.Je me suis aperçue, cher fils, que les impressions que tu as données ont fait grand effet, car il ne faut point parler de ceux que tu as notés.Tu penses bien que je n'oublie point le pauvre Outil, quoique je ne l'aie pas vu depuis la maladie de son frère pour lequel on craint toujours.J'espère qu'il aura ce que plusieurs sollicitent et qu'il y en aura beaucoup de trompés dans les arrangements que je vois préparer.Adieu, je te souhaite, cher fils, une bonne santé.Je ne puis qu'avec peine soutenir l'incertitude de ton sort, ce qui me fait encore plus souhaiter de nouvelles. 52 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 27.Le 28.C'est aujourd'hui, cher fils, avec juste raison la fête de ta pauvre mère: N.-D.de Pitié.Y as-tu pensé, cher fils ?Si tu me ressembles, tu y penserais à toutes les minutes du jour.Tu verras que non seulement je m'occupe de toi, mais de ce qui peut te faire plaisir, ayant obtenu le commandement du Détroit pour ton Outil et, comme je crois qu'il doit le savoir aujourd'hui, je ne doute point que l'on ne me donne un peu ce choix et que ceux qui en avaient envie ne me fassent grise mine; mais c'est de quoi je me console.Le pauvre petit misérable n'a jamais rien eu et c'est à tort si on en est jaloux, joint à ce que son commandement de la Pointe lui a coûté beaucoup.' Adieu, cher fils, je crois que toutes les promotions des postes vont éclore ces jours-ci.Adieu, je te le manderai.J'avais bien raison, cher fils, de te dire hier qu'il y aurait de la jalousie.Tu connais le gros baron?Il sort d'ici et m'a appris que Sabrevols allait au Détroit, en me disant qu'il serait content s'il ne disait pas qu'il ne l'eût point demandé, car, me disait-il, \" Je ne puis souffrir qu'après avoir bien postulé une chose, on me dise encore: je ne l'ai pas demandée 1 \" Je lui ai répondu que je ne savais rien et qu'il se pourrait qu'il fût du choix de M.le général et qu'il ne l'eût point postulé (comme cela est vrai puisqu'il l'a eu sans le savoir et je l'ai demandé sans qu'il m'en eût parlé).Il s'est mis dans une colère terrible, tu le connais, et ne peut supporter que je veuille qu'il soit choisi plutôt que Cêloron qui, je crois, l'avait employé et qui, comme tu le connais, comptait qu'on ne pouvait se passer de sa capacité et qu'on lui offrirait.Il s'est trompé en cela comme en bien d'autres choses.Adieu.En voilà assez pour un moment que j'ai.Que dire aujourd'hui, cher fils?Ne pense pas que je n'aie toujours de quoi t'entretenir.Quand nous avons un moment à passer avec quelqu'un qui nous est aussi cher, il y a toujours beaucoup à dire et il y a souvent tant de choses qu'on ne dit rien pour n'en pas trop dire.Or, voilà cher fils, l'évangile du jour: les approches de Pâques font remuer les consciences.On cherche des confesseurs et on ne trouve d'absolution chez personne, hors qu'on ne promette de ne jamais aller au bal.Tu penses bien que ce sont des sacrifices trop durs à faire.H faut paraître dans le monde, il faut faire les jolies et comment se pourrait-on résoudre à pareille promesse ?Je compte qu'il y aura au moins la moitié des paroissiens qui seront exclus du devoir pascal, puisqu'il est défendu à tout prêtre de donner l'absolution sans faire faire cette promesse.Adieu, voilà assez mal penser.Il est difficile de toucher pareille matière sans mal faire.Je te souhaite une bonne santé. ARCHIVES DE QUÉBEC 53 Le 30.Le 1\" avril 1749.Bonjour, cher fils, notre chère petite fille n'a je crois point dormi de la nuit pour être plus tôt levée pour faire courir le poisson d'avril à quelqu'un.Je n'ai pu m'empêcber de rire de l'avoir vue avec un air grave, dire à Mater qu'il y avait un homme bien matinal qui la demandait.Elle est sortie aussitôt: tu penses bien les cris de joie et les sauts qu'elle a faits ! Elle a passé sa matinée à cela, sans avoir la force de prendre assez de gravité pour la faire finir.' Il faut bien qu'elle se divertisse un peu; sans en avoir envie ni de raison je ne puis condamner ceux qui le font et surtout à son age.Rien n'a encore transpiré pour M.Duplessis, ni pour quelque autre que je te dirai demain, étant un peu battue de mal de tête, ce que j'attribue au printemps.J'aurais voulu me faire purger, mais il faut songer à faire ses Pâques et à s'y préparer.Adieu, cher fils bien-aimé.Je te souhaite une bonne santé et que tu m'aimes.J'avais tant de mal à la tête, cher fils, hier, et j'en ai encore aujourd'hui, que je ne te dirai pas grand'chose.MH Varin me presse grandement pour faire placer Beau jeu à Missilimakinac mais elle ignore, comme bien d'autres qu'il est donné.M.de Saint-Pierre, ayant sollicité son retour, il me l'a accordé pour M.Duplessis qui, tu sais, en a besoin, ayant une grosse famille.Mais ce qui m'a le plus engagée, c'est que je n'ai point oublié que M.Bégon l'a toujours aimé, quoiqu'il ne soit pas dans le fond fort aimable, joint au chagrin qu'il a eu de voir ton ami Coulon major à son préjudice, quoiqu'il l'eût eu cadet bien des années dans sa compagnie, ce que je trouve de dure digestion.Je crois que ce sera pour le coup que l'on raisonnera lorsqu'on le saura placé en ce poste, mais ce sera des raisonnements mal placés.Adieu, puisqu'il est juste que les graces soient pour tous, les uns après les autres, et non pas les .mêmes.Le 31.Je ne doute point, cher fils, que ce que je te dis hier ne donne bien de la jalousie, surtout au baron Noyan et Céloron, qui ne font qu'un.Je t'ai fait part cet hiver des sottises qu'ils ont faites pour M.Duplessis.Tout ce que je souhaiterais, c'est qu'il voulût profiter de ce que M.le général fait pour lui et qu'il envoyât sa femme et ses filles à la campagne, mais tu connais le terrain et cela ne se mène pas toujours par la raison, malheureusement.Il ne reste plus à la petite maison que la charpente que l'on doit ôter après les fêtes et on travaillera le plus tôt que l'on pourra à la rétablir.Je crois que tu approuveras ce que j'ai fait, puisque je t'ai envisagé plus que moi-même en cherchant des moyens pour rétablir ce qui t'appartient.Adieu, cher fils. 54 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 2.J'apprends, cher fils, qu'il y a des murmures dans notre voisinage, de ce que M.Duplessis est placé.On avait espéré que ce serait M.de Beaujeu, mais on a dit qu'il fallait qu'il fût devant dans quelques postes de Sa Majesté, de façon qu'il est nommé pour Niagara et Raimond va aux Miamia, ce qui n'est point encore au jour.Milon va à la Baye, dont il y a encore beaucoup de jaloux, mais il serait bien triste si un général ne pouvait faire du bien à quelqu'un qui ne soit pas du pays et il semble que tous ces endroits ne soient faits que pour les mêmes.Le pauvre Outil est malade.Je ne sais si c'est de joie ou autre chose, mais je pense que la maladie de Bleury y a plus contribué que tout, ayant veillé régulièrement d'un jour l'un, son frère Sermonville et lui, qui a la physionomie d'une aune de long.Bleury est tout à fait hors de risque et je crois a été sauvé par trois ou quatre abcès qui lui ont percé auprès d'une oreille.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Je te souhaite le bonsoir.Le 3.Nous sommes tous, mon cher fils, dans la dévotion, ayant tous fait nos Pâques et stations, dont je suis si lasse que je ne sais où me mettre.J'ai les pieds enflés à ne pouvoir souffrir aucune chaussure, mais cela passera plus tôt que la peine que j'ai d'être séparée de toi et de ne savoir quand nous nous rejoindrons.La chère petite a entendu la grande messe avec moi et avons fait en sortant nos stations ensemble.Je ne puis t'exprimer, cher fils, quelle a été ma douleur en entrant dans la paroisse.Toutes mes croix se sont renouvelées à la vue de l'endroit qui possède presque toute ma famille.Si le Seigneur se contente de larmes au lieu de prières, je devrai être tranquille, m'étant mieux employée à l'un qu'à l'autre.Je ne puis devenir raisonnable, quelque effort que je fasse et ne puis perdre dé vue les derniers moments de ce que j'ai perdu et je sens d'avance quelles en seront les suites pour moi: une multitude de croix, de toute espèce, voilà à quoi je m'attends, surtout ne t'ayant point.Adieu, cher fils.C'est t'amuser de choses qui ne peuvent que te faire de la -peine.Je te souhaite une parfaite santé et que tu m'aimes.Le 4.Je pourrais dire avec juste raison, mon cher fils, comme Catin, que la dévotion m'est contraire, ayant eu la fièvre toutela nuit de fatigue.J'ai les pieds en compote, et ne puis m'appuyer dessus.J'ai cependant fait un effort'généreux et j'ai encore été, avec l'aide de ta canne, aux Jésuites, mais c'est tout ce que j'ai pu faire.Notre général ne sort pour ainsi dire point de la paroisse; il y assiste à tous les offices avec une dévotion qui en inspire beaucoup à tout le monde.Il vint ici hier après ténèbres demi-gelè et je crois qu'il le sera aux trois quarts aujourd'hui, car il fait un froid notable.Cependant la rivière a refoulé après dîner, malgré le froid et nous avons une grande mare ici qui traverse presque toute la rivière.Si cela était tout parti, je m'imagine que nous aurions plus tôt des nouvelles: c'est là où se bornent toutes mes pensées et tous mes souhaits.Adieu, cher et aimable fils.Je ne sais rien de nouveau. ARCHIVES DE QUÉBEC 55 Le 5.Voilà, grâces au Ciel, le dernier jour de carême et la fin des sorties pour moi, dont je suis fort contente, car je t'avouerai, cher fils, que je suis très fatiguée de la longueur des offices de la semaine, ayant pris depuis huit jours beaucoup de froid.Ta chère petite fille a voulu être de tout et n'aimant point à la laisser après moi je l'ai menée volontiers.Nous avons passé partie de l'après-dlner à coiffer des garnitures pour elle; des effilés tout neufs, des aigrettes de jais bien brillantes la flattent beaucoup, mais elle est peu contente des gants que tu lui as envoyés: ils sont à la vérité des plus vilains que j'aie vus, tout déchirés entre les doigts ou au pouce; les mitaines à peu près de même.Je ne te dis rien des miennes, mais j'aurais bien de la satisfaction si je pouvais en faire voir quelques paires à ce brillant Dutroleau qui doit penser que nous sommes au moins aussi délicates que lui pour ces sortes de choses.Je t'assure que la mignonne ne le prendra jamais pour son commissionnaire: elle lui en veut trop.Adieu, cher fils.Je te souhaite une parfaite santé, en quelque endroit que tu sois.Adieu.Le 6.Je crois, cher fils, que la fatigue des stations et des autres dévotions sont auteurs d'un bon gros rhume que j'ai acquis sur la poitrine et qui me donne de la fièvre.Je ne dirai point que je ne pense pas sérieusement de ce mal.L'expérience malheureuse que j'ai des suites de Ces maladies me fait trembler, pas pour moi tout à fait, mais pour ma chère petite-fille que j'aurais bien des regrets de laisser éloignée de toi.J'en ai autant pour mon cher père que je voudrais, avant de mourir, mener en France ainsi que la chère petite: c'est où je borne tous mes vœux.Veuille le Seigneur m'exaucer.Tu vas dire: quelle mère pour être poltronne ! Mais les douleurs que je sens dans la poitrine m'effrayent.Adieu, je tousse à étouffer.Le 11.Il y a quatre jours que je ne t'ai écrit, cher fils, ce qui a été une croix pour moi d'augmentation; mais je n'en ai pas eu la force, ayant été trop malade et ne suis encore guère en état de te dire grand'chose.Mais je m'ennuie trop du temps que j'ai perdu pour ne pas profiter d'un moment de tranquillité pour t'assurer de tout mon attachement et de la parfaite santé de ta chère fille et de la satisfaction qu'elle eut, la dernière fête.Elle soupa chez M.le général, auprès de lui et du côté du cœur, à ce qu'elle dit.Elle me réjouit, malgré mon mal, tant elle est enthousiasmée de M.de La Galissonnière qui, à la vérité, lui fait assez d'amitié pour qu'elle y soit attachée.Mater y soupa aussi et Tilly, si bien que mon cher père et moi étions tête-à-tête.Il y eut hier grand dîner chez M.Varin, de tous les états: M.le général en tête, M.Le Normand, Déat et Piquet (Picquet) S'-Per (Saint-Pé) et le père Ralche (Rêsche), supérieur des Récollets, M.de Longueuil, Lantagnac, le juge, d'Ailleboust le commandant du bataillon (c'est ainsi qu'on le nomme), les officiers de garde, 56 ARCHIVES DE QUÉBEC mon cher père et Mater.M.le général vint id en sortant, et je lui fis mon compliment sur son grand dîner.Il badine volontiers et nous rions quelquefois ensemble.Adieu, cher fils.Je te souhaite une bonne santé, car il est bien triste d'être malade: je le sens plus que je n'ai jamais fait.- Adieu.Le 12.Toujours enrhumé, cher fils, mais moins de douleur dans la poitrine que je n'en ai eu tous ces jours passés, mais je me sens une respiration courte qui me donne de l'inquiétude, je ne puis dormir,\u2014ce à quoi je devrais être accoutumée, mais on ne se fait point à la misère,\u2014plus d'appétit, et pour me refaire, Mater joua tout l'après-dtner au chateau et y soupa, de façon que j'étais seule avec mon cher père.La chère petite se couche sitôt qu'elle a soupe.Tu connais,Tilly qui ne se gène point et qui est toujours la même: une partie de salle la flatte plus que d'être avec nous.Mais c'est t'ennuyer, n'ayant rien de nouveau à te dire.Adieu, cher fils.Je te souhaite une parfaite santé et que tu m'aimes.Adieu.Le 13.J'apprends, cher fils, que Mm° Céloron est grosse pour le troisième depuis ton départ et qu'il sont aussi embarrassés de leur figure qu'ils se donnaient de vent il y a qudque année.M.de Beaucour est, se dit-on, malade.Mme n'a point paru depuis l'automne; elle est, à ce que l'on dit, toujours malade.Je ne sais à présent qui sont leurs amis.Notre général y va qudqudois mais je ne pense pas qu'ils aient d'ailleurs beaucoup de visite.Ils sont toujours les voisins des Récollets, comme tu les a vus, ainsi que Céloron.Sabrevois a été malade, je pense, de fatigue qu'il a eue auprès de son frère qui se porte à présent bien, quoiqu'il ne sorte point encore.On m'a dit notre voisin Blainville fort malade.La Tour s'en va, à ce qu'on dit, en l'autre monde; il y a bien des années qu'il souffre.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Notre chère petite est allée à confesse avec les deux Anglais pour faire leurs Pâques.C'est le père S'-Per (Saint-Pé) qui a leur pratique, au défaut du père Valêrien, dont ta fille est fort fâchée.Elle n'aime point la confession.Elle se porte toujours à merveille et grandit beaucoup.Adieu, cher fils bien aimé.Le 14.Je suis malade de ce misérable rhume, cher fils, à ne savoir que faire de ma pauvre carcasse.Je me trame malgré tout pour faire faire la leçon de notre chère petite qui voudrait bien m'en dispenser par le mal que cela peut me faire, à ce qu'dle dit, mais je crois que c'est un peu par peu de goût qu'elle sent aujourd'hui.Le pauvre La Tour, que tu te souviendras peut-être qu'il y a tant d'années qui est malade, est mort et fait aujourd'hui une partie des conversations.Tu sais qu'on l'a toujours dit bâtard et, en conséquence, on voudrait que son testament fût nul.Il donne par ce testament la mdtié de ce qu'il a à sa femme, qui lui est dû par son contrat de mariage, mille ecus à Rigaud, douze cents livres à l'hôpital, mille ecus à M.le Curé pour les pauvres, mille ecus à cette petite Labrocquerie, qui a été élevée chez lui, et le reste, il le donne à Ignace Gamelin, en reconnaissance des services qu'il lui a rendus dans sa maladie.Voilà, cher fils, tout pour le présent.Je te souhaite le bonsoir.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 57 Le 15.La mortalité est sur les infirmes.La bonne femme, Mm* Benoit, vient de mourir; mais celle-là ne laisse rien à disputer.C'est même un revenu pour les autres, puisque tous les ans on lui donnait quelque chose sur les congés.Enfin, on n'est pas encore bien sûr de ce que l'on fera sur le testament de La Tour.On a envoyé à Québec pour informer M.Cugnet s'il n'a point de droit.Reste à savoir s'il sera aisé de prouver sa bâtardise.C'est en vérité, cher fils, grand' pitié que ce monde.Et d'où vient veut-on empêcher un pauvre homme qui a bien travaillé de donner ce qu'il a gagné à qui il veut après sa mort ?Mais le rhume me tourmente trop.Je te souhaite, cher fils, une meilleure santé que moi et que tu m'aimes quoique éloigné, rassurant que tu me seras toujours infiniment cher.Adieu.Je suis toujours, mon cher fils, accablée de rhume; je tousse toutes les nuits comme une malheureuse.J'espère cependant que le beau temps qu'il fait me raccommodera avec la patience.M.Gano (Gasnault), confesseur de toutes les servantes de la ville, a attrapé une pleurésie et en est à l'extrémité.Le pauvre Blain-ville est aussi fort mal.Ce serait une famille bien à plaindre.Rien de nouveau.On défait à force la petite maison et la terrasse qui nous coûtera beaucoup à ôter les terres; mais c'est un revenu au moins que je laisserais à mes pauvres enfants, persuadée qu'elle restera longtemps aux intendants, si tu ne veux point lui Oter ce qui t'appartient, ce que je ne pense pas.Adieu, cher fils.Je te souhaite une parfaite santé.Nous commençons, cher fils, à faire jardiner.Il n'y a pas jusqu'à notre chère petite qui veut avoir un jardin.Je lui en ai donné un morceau qu'elle a rempli de toutes sortes de fleurs.M.le général lui a donné des pommes de terre pour mettre dans ce fameux jardin, qui, je crains, ne la fasse devenir un peu plus brune qu'elle ne serait.Mais que faire ?Il ne faut point chagriner cette enfant; elle est délicate et, enfin, elle est un peu volontaire, ce que je souffre lorsqu'elle a bien fait sa leçon.Elle ne peut se résoudre à aimer l'ouvrage: elle en commence de toute espèce et n'y est pas une heure sans le laisser.Mais je ne lui en dis rien, aimant mieux qu'elle apprenne à lire et à bien écrire et d'autres petites sciences utiles dans le monde.Voilà ce que je lui demande.Elle se porte, grâce au Seigneur, toujours bien et mon cher père aussi.Les malades dont je te parlai hier sont toujours fort mal.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre mère qui ne respire qu'après quelques nouvelles de toi.Dieu nous les amène bientôt, car je suis bien impatiente ! M.Gano (Gasnault) est mort ce matin, mon cher fils.C'est une perte pour le séminaire, car il savait tout ce qui se passait par son moyen.C'était un excellent prêtre, plein de charité, mais qui méritait une belle concession dans la seigneurie, Le 16.Le 17.Le 18. 58 ARCHIVES DE QUÉBEC dont M.Picquet nous a fait rire quelquefois.Il est ici depuis 8 jours et se va préparer à aller à son établissement pour les Cinq-Nations.Il est arrivé ce matin des sauvages de la Pointe qui ont apporté des lettres de M.de Lusignan qui y est commandant.Il marque qu'il y est arrivé deux Anglais qui viennent pour tacher de ravoir de leurs enfants, qui sont avec les sauvages, et qu'ils ont une gazette où il est dit que la paix est faite et signée.Mais M.de Lusignan a oublié à mettre cette gazette dans sa lettre, ce qui est triste puisque nous aurions peut-être su quelques nouvelles par cette voie; c'est un petit retardement.Les Anglais étant en chemin pour venir id, ils ont dit n'avoir aucune nouvelle de M.de Ligneris.Voilà, cher fils, tout ce que je sais et que je te souhaite une bonne santé.Le 19.On travaille à force, cher fils, et (sic) défaire la maison.J'espère que si le beau temps continue, on achèvera de la défaire dans ce mois.Il n'y a que cette malheureuse terrasse où il y a 5 hommes qui travaillent depuis 8 jours, à peine en ont-ils ôté une toise de terre I M.le général s'amuse tous les soirs à les regarder travailler et souvent il s'impatiente de les voir.Nous n'avons, cher fils, aucune nouvelle.Il fait un temps très beau pour la saison.Senneville est tombé de son mal chez M.le général, la tête entre les deux chenets et on ne sait comment il ne s'est pas tué.C'est une grande croix pour sa femme et ses enfants., J'ai des frayeurs de lui que je ne puis t'exprimer lorsqu'il vient id, ce qui n'arrive pas souvent, heureusement.Adieu, cher fils.Mon rhume a bien de la peine à me laisser et mon cher père qui l'est presque autant que moi.Ta chère petite se porte bien, mais très mutine.De qui tiendrait-elle, la chère enfant?Adieu, aime ta pauvre et malheureuse mère qui t'aime de tout son coeur.Le 20.Il a fait chaud aujourd'hui, mon cher fils, comme à la fin de mai, mais cela ne me désenrhume point.Je passe les nuits à tousser comme une malheureuse.Notre général se divertit comme il veut.Il avait hier au soir des dames à souper.M.de La Vérandrie (Verendrye) dit qu'il veut toutes les prier les unes après les autres.Ce qui m'a fort réjouie, c'est de voir M\"» Céloron avec M\"»* Marin et Mm° la chevalière de La Corne.Cette petite suffisance souffrait, je crois.Quand on est accoutumée à n'être qu'en compagnie de généraux et de gens en place, et même que l'on méprise les petits gouverneurs, comment se trouve-t-on avec telle compagnie ?J'aurais voulu voir cela.Je m'en suis un peu divertie tête-à-tête avec quelqu'un que je connais discret et à qui je dis volontiers tout ce que je pense.Rien de nouveau, ainsi je te souhaite le bonsoir, mon très cher fils.Le 21.Toujours enrhumée, cher fils, et de plus en plus impatiente de savoir des nouvelles de France, dans l'espérance où je suis d'en avoir des tiennes, persuadée que si tu es parti pour le Mississipi, tu auras laissé des lettres.Si tu es resté, tu ne manqueras, je l'espère, point la première occasion pour m'Écrire.Tu sais, aimable ARCHIVES DE QUÉBEC 59 fils, que c'est tout ce qui peut me dédommager de ton absence, à laquelle je me fais moins que jamais, le temps ne diminuant rien à mes peines; elles sont d'une espèce à ne pas s'alléger aisément.Nous attendons à tout moment ces petra (sic) d'Anglais qui sont au fort Saint-Frédéric; mais ils n'arrivent point, quoiqu'il fasse le plus beau temps du monde.Point de nouvelles d'aucune espèce.Louty se prépare à partir.Il y a bien des postulants pour aller en seguon (second).On ne sait encore qui sera l'heureux ainsi qu'à Missilimakinac.Je m'en doute un peu, m'ayant fait espérer qu'on aurait égard aux justes demandes que j'en ai faites pour Courtemanche à un des postes et pour Lorimier à l'autre.Adieu, cher fils.Je te souhaite une bonne santé.Tous se portent bien dans la maison, hors ta malheureuse mère qui t'aime de tout son cœur.Le 22.Une continuation de beau temps, cher fils, est ce que j'ai de plus nouveau à te dire.Nous sommes si peu accoutumés à en avoir en cette saison que nous le trouvons admirable.Nous jardinons aussi de toutes nos forces et défaisons la maison avec encore plus de promptitude, afin de la pouvoir finir de bonne heure.M.le général, regardant hier au soir travailler, disait: \" Il faut que M.l'intendant demande le terrain qui est à la chapelle pour faire une promenade au bout de la maison.\" Je le voudrais, puisque cela nous resterait, mais je ne crois pas qu'il le fasse.1 Ta chère fille dit presque tous les jours quelques fables ou petits vers à M.le général, dont il est très flatté.Tu penses bien, cher fils, que je le suis véritablement des amitiés qu'il lui fait.Adieu, cher fils.Le 23.Les Anglais que l'on attendait, cher fils, sont arrivés après dîner.Ils ont apporté des gazettes qui ne sont qu'une répétition des articles de paix que nous avons sus cet automne.M.le général me l'a envoyé; avec une lettre du gouverneur de New-York, que je lui ai mis en français, avec l'aide du père S'-Per (Saint-Pé) qui m'a donné le beau style, car j'aurais peut-être rendu cela en fort mauvais français.Comme cela m'a donné un peu d'application et que je suis peu en état d'en prendre ou d'en soutenir, je remettrai à demain à te dire ce que j'ai cru mériter quelque attention.Adieu, cher fils.Je te souhaite une meilleure santé que je ne l'ai, mais comment en aurais-je, toujours occupée de peine ou d'étude?Point de dissipation que dans l'heure que M.le général nous donne tous les soirs, ce qui n'est pas suffisant pour me distraire des croix profondément gravées dans mon cœur.Adieu, cher fils.Plains et aime ta pauvre mère qui attend de tes nouvelles avec bien de l'impatience.Le 24.Comme je me préparais, cher fils, à te dire quelque chose, cher fils, Louty est venu me dire qu'il arrivait un sauvage du Sault, qui annonce un parti d'Agniers derrière Châteauguay, mais cela ne m'effraye pas beaucoup aujourd'hui.Nous 60 ARCHIVES DE QUÉBEC avons notre général qui voit clair et qui mène tout de façon à tranquilliser tout le monde sur tous les événements.Il ne pense pas que cette nouvelle soit vraie, mais il a toujours envoyé un bon détachement après, commandé par le chevalier de La Corne.Je ne serais point fâchée s'il est vrai que quelqu'une de ces races se soit voulue fourrer en cet endroit fût prise.Je crois qu'il passerait mal leur temps.Adieu.Je ne sais que cela et que je te souhaite le bonsoir.Le 25.Nous n'avons encore, cher fils, aucune nouvelle du chevalier de La Corne.Trois officiers de l'Ile Royale qui étaient allés passer l'hiver au fort Frontenac, viennent d'arriver.Ce sont trois La Vallière, M.le général les a fait descendre dans l'espérance qu'ils ont de retourner en leur pays dans peu.Us ont apporté des lettres du commandant de Chouaguen qui en envoie à M.le général; une du gouverneur de Boston et une de M.de Beaumont, écrite de l'Ile Royale, où il arrêta l'année dernière en retournant en France.On lui avait donné quelques prisonniers à remettre.Prétexte je crois pour voir l'état de la place.Il mande que les Anglais y ont fait faire un beau corps de caserne de bois et rétabli tout ce qui avait été dérangé; que tout y est en bon ordre, mais il ne dit point si on lui a rendu de nos gens.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Je te souhaite une parfaite santé.Adieu.Le 26.Il plut hier, cher fils.Tu sais que, quand saint Marc est de mauvaise humeur, que nous en avons pour.du temps, ce qui me fâche très fort pour notre bâtisse.Nos défaiseurs de muraille et de terrasse n'ont rien fait aujourd'hui, dont je suis désolée, car je voudrais bien que cela fût fait avant la fin de septembre, puisque nous pouvons ménager ces travaux beaucoup mieux que ne feront des étrangers, si nous nous en allons, ce que j'espère toujours.Il n'y aurait, cher fils, que ton retour en Canada qui pût me déterminer à y rester ou la volonté de mon cher père qui, j'espère, se laissera gagner par raison à nos intérêts; car il n'est plus possible de vivre en Canada.Le bois à 15 et 20' la corde; le blé à 3', les veaux à 30', la dinde à 51 pièce, les chapons 25* pièce, et le reste à proportion.Adieu, car je me désespérerais à te faire tous ces détails.Je te souhaite le bonsoir.Le 27.Après avoir eu des temps magnifiques, cher fils, la pluie qu'il a fait depuis deux jours et un revers de norois nous fait rallumer les feux comme de plus belle.Notre chère petite se désole.Elle dit que le bois n'est pas à assez bon marché pour faire de si grands feux et que nous serions bien fous de rester dans un pays où il faut mettre tout son argent à se chauffer.Elle a raison et ne suis point fâchée qu'elle fasse de semblables réflexions, surtout devant mon cher père qui, quelquefois, ne laisse pas de dire qu'il est bien vieux pour vouloir entreprendre le voyage de France.Je n'oserais lui rien dire par la crainte et la douleur que j'aurais si ce voyage dérangeait sa santé.- Ainsi vois, cher fils, quelle est ma situation, des plus tristes assurément .puisque je n'ai que des croix à attendre dans ce pays, seule de mon espèce.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 61 Le 28.Il fait, cher fils, un nord-est magnifique.J'espérerais volontiers qu'il nous donnerait des nouvelles quinze jours plus tard, mais je n'ose m'en flatter.M.de Céloron, qui connaît son état, est enfin venu ici après avoir boudé bien du temps et m'a fait un grand étalage de sa situation.J'avouerai à ma honte qu'il m'a fait moins de pitié que bien d'autres par ses airs de hauteur, mais il n'en est que plus malheureux dans le fond.Je ne doute point qu'il ne fasse tout pour attraper quelque endroit pour sortir de la ville où il assure ne pouvoir plus vivre.Je souhaite lui pouvoir être utile à quelque chose, je le ferai.Adieu, je ne sais rien de nouveau.Le 29.On n'a point encore, cher fils, de nouvelles du chevalier de La Corne.Il faut qu'il soit allé chercher les Agniers à leurs villages.M.le général ne fait que badiner de ces ennemis-là.Il a, je crois, raison et ne pense pas qu'ayant de leurs gens ici, ils fassent les sots.Le nord-est continue, beau et clair.Dieu nous donne de bonnes nouvelles et des assurances d'une paix solide et à moi de tes lettres et de ceux de qui j'espère de la consolation ! Pour notre pays, il serait à souhaiter qu'on y laissât M.de La Galissonnière.Je doute fort qu'on y en mette un qui y fasse aussi bien que lui pour tout; c'est sans vouloir le flatter et sans préventions.Tu me connais et tu sais que je suis vraie, peut-être souvent trop, mais on ne peut se refondre ! Adieu, cher et aimable fils.Il n'y a rien de nouveau.Je te souhaite une bonne ' santé.Aime ta m\" mère.Le 30\\ ; Il y a aujourd'hui un an, cher fils, que j'ai perdu M.Bégon.Tu penses bien que les préparatifs de cet anniversaire sont pour moi un redoublement de peine.On doit demain faire un service à la paroisse.J'espère que partout où tu seras, tu n'oublieras point à joindre tes prières aux nôtres.C'est ce que nous lui pouvons donner de plus solide.Heureuse si je pouvais bien me graver cette vérité dans le cœur ! J'en ferais un sacrifice plus sincère que je n'ai fait jusqu'à présent et crains quelquefois que le Seigneur ne me demande un compte bien exact de mon peu de résignation à sa volonté.Adieu, cher fils.Je suis peu capable de te rien dire pour le présent.Je te souhaite une bonne santé.Le 1\" mai 1749.J'ai été accablée, cher fils, tout le jour, par mille visites plus à charge qu'elles ne consolent.Celle de M.de La Galissonnière a véritablement renouvelé toutes mes douleurs quoique très peu modérées.La vue d'une personne qui était aussi chère à ce que nous pleurons tous a achevé de m'abattre.Il ne diminue rien de ses bontés et attentions pour nous.Il aime cette chère petite beaucoup et voudrait, comme moi, qu'elle fût parfaite. 62 ARCHIVES DE QUÉBEC ¦ ¦ ,.¦;: '¦ Elle a été chez lui avec mon cher père, Marie-Catherine et Tilly, en sortant du service.Cette chère innocente ressent la perte qu'elle a faite de bien des tendresses comme ferait une fille de vingt ans.Elle est aussi, je te l'avoue, toute ma consolation.Elle se porte assez bien et prie le Seigneur de tout mon coeur de me la conserver ainsi que mon cher fils, son père, dont je voudrais bien savoir des nouvelles et de mon petit Bégon et Villebois.J'avoue que ce dernier me tient bien au cœur.Ce cher innocent est seul de son espèce, dans un endroit où il est peut-être grondé bien fort.Voilà ma croix.Adieu, cher fils, plains ta mère.Le 2.Bonjour, cher fils.Ta pauvre mère est avec un mal de tête violent, mais je ne puis passer la journée sans te dire quelque chose.Je m'imagine que cela te fait penser à moi?Quelle idée que les plus petites bagatelles sont quelquefois capables de nous amuser 1 Voilà, cher fils, mon amusement le plus gracieux que l'instant où je puis te renouveler mon parfait attachement, ce que je fais le plus succinctement qu'il m'est possible, afin de ne te point ennuyer, car pour moi, je passerais souvent les bornes si je ne croyais que mon inclination.Je grille, cher fils, d'avoir de tes nouvelles et de mes deux petits enfants.Je redoute quelquefois celles que j'aurai de Rochefort.Hélas ! qu'un enfant abandonné à lui-même est à plaindre et malheureux dans un ftge tel qui est le mien I Si mes sermons peuvent faire quelque chose, je serais tranquille.Mais je sais qu'il est en âge où il faut souvent répéter.Adieu, je n'ai rien de nouveau.Le 3.Hé bien 1 cher fils, que te dirai-je?Te répéter que tu m'occupes perpétuellement ?Je t'ai vu cette nuit en.rêve tel que je t'ai vu tant de fois, rempli d'amitié pour ta malheureuse mère, mais ce n'est qu'un songe.Encore si cela me donnait espérance d'avoir de tes nouvelles et de les avoir telles que je les souhaite, en apprenant que tu sois resté en France avec satisfaction et en lieux où je puisse passer mes jours avec toi et notre chère petite fille, qui a si bien grandi, que cette belle robe qui l'a mise en extase lui est si courte que je ne sais si on pourra la raccommoder ! Tu penses bien que je ferai mon possible pour cela, mais pour les souliers que tu lui as envoyés, il n'y a point de remède, étant aussi longs que les miens.Elle en est très affligée.Je l'ai cependant consolée avec une belle paire que je lui fais faire de ruban d'argent, mais ceux de ce cher père l'auraient flattée encore plus.Adieu, cher fils.Le ¦ La plus belle nouvelle que je sache aujourd'hui, cher fils, est que Mater a joué jusqu'à minuit et demi chez M.le général.Elle y fut avec Mm° Varin l'après-dlner et, comme c'était hier la fête de la Sainte-Croix, on voulut aller au salut et on reprit après, si bien que ce matin on était de mauvaise humeur d'être obligé de se lever pour la messe.Moi qui ne prends part à aucun de ces plaisirs, j'ai fait ouvrir toutes les fenêtres à' sept heures.J'ai été boudée, mais je m'en moque et ARCHIVES DE QUÉBEC 63 crains fort pour elle qu'elle ne trouve point si je pars une maison comme celle-ci au même prix.Comme je suis accablée d'étourdissements, je compte me faire purger demain.Je me sens des engourdissements considérables.Quoique peu utile dans le monde aujourd'hui, il faut encore chercher à pousser sa vie sans être à charge aux siens, si cela se peut, par les infirmités.Je souffre d'avance à l'idée de cette médecine, mais il faut faire son sacrifice.Je ne t'ai plus, cher fils, pour me donner des forces quand il faudra me saigner, ce à quoi je suis condamnée aussi.Nous n'avons rien de nouveau: nous sommes dans l'espérance.Les circonstances nous devraient donner des vaisseaux de bonne heure, ainsi ce n'est pas trop se flatter que de croire que nous ne tarderons pas.Heureuse si j'ai de tes lettres ! Car je crois que je me désespérerai sans cela.Adieu, cher et aimable fils.Je te souhaite une bonne santé.Notre chère petite se porte au mieux; elle est coiffée en cheveux et fort contente de sa figure et la maman aussi.Adieu.Le 11.Si jamais j'ai cru mourir, cher fils, c'est cette semaine et toute ma peine était de laisser cette chère innocente sans pouvoir te la remettre moi-même.Je pris lundi, 5 du mois, une médecine, comme je te l'ai marqué la veille, qui ne fit que me donner des agitations considérables sans me faire aller.Le lendemain 6, j'ai eu de la fièvre et, enfin, le 7, j'ai repris une autre médecine qui, pour le coup, me'mit dans des états tels que je n'ai de ma vie été.J'avais des êtourdissements si violents que je fus jusqu'à 3 heures après dîner sans oser ouvrir les yeux.Sitôt que je les ouvrais, je voyais ma chambre sens dessus dessous.M.Feltz voyant que la médecine n'opérait point, vers dix heures me fit donner un lavement que je rendis avec peu de fruits.Les tournements ne discontinuaient point: j'avais une peur terrible de rester dans cet état, mais cela passa.Mais je suis restée sans évacuation dans une faiblesse extraordinaire et j'ai bien promis que de sitôt je ne prendrai de remèdes.Pour le coup, il faudrait que tu y fusses pour me résoudre, car actuellement, je n'ai pas encore la tête bien assurée et j'ai eu bien de la peine à entendre la messe ce matin.Je me propose cependant d'aller voir M.le marquis aujourd'hui et M.de Longueuil pour ma première sortie depuis 13 mois.Je t'avouerai qu'il m'en coûte d'avance de penser à toutes les visites que j'ai à faire.J'aimerais bien mieux passer ce temps à t'assurer de la tendresse de ta pauvre mère.Adieu ! (5« Cahier\u2014 12 mai 1749-14 juin 1749) Le 12 mai 1749.Bonjour, mon cher fils.Il fait un froid terrible, il neige, il pleut, il grêle et crois que l'hiver va recommencer.Nous avons du feu partout et nous gelons.Je crois que cela ne fera pas trop bien aux arbres qui sont tous en fleur.Si tu es au Mississipi, cher fils, tu n'as pas le même temps; également si tu es en France. 64 ARCHIVES DE QUÉBEC Ta fille fait remarquer avec bien de la satisfaction ce vilain temps à mon cher père et elle lui dit: \" Regarde donc, mon cher papa, cette neige.Aurais-tu du regret de laisser un pareil pays?\" Il ne dit pas grand'chose, et je crains qu'il ne commence à souffler dans la manche, ce qui m'affligerait infiniment, et ta fille aussi.Voilà, cher fils, tout ce que je sais et que M.d'Ailleboust se prépare à partir pour Québec avec quelques-uns de ses officiers, dans l'espérance des nouvelles de France et qu'ils pourront se rendre à leurs lies de bonne heure.Le Seigneur les y conduise avec bien de la santé et du beau temps.Adieu, cher fils.Le 13.Il fait un temps, cher fils, à faire pleurer ceux qui sont obligés d'habiter ce pays.Il neige comme en janvier, mais cela ne déroute point notre cher général.Il sort d'ici et il n'a pas manqué un seul jour sans y venir, quelque temps qu'il fasse, et toujours le même pour notre chère petite.Elle en est folle, car sitôt qu'il entre dans la cour, elle fait des sauts de joie, comme s'il y avait un mois qu'elle ne l'eût vu.Elle a raison d'y être attachée, car il l'aime je crois beaucoup.Je ne sais rien aujourd'hui pour t'amuser.Ce temps me rend malade et suis tout engourdie depuis trois ou quatre jours; mais cela ne me distrait point de la satisfaction que j'ai à t'assurer que je serai toute nui vie ta tendre mère.Le 14.Voici enfin, cher fils, des nouvelles de M.de Ligneris.Le petit Lapêrade (La Pérade) qui était avec lui, vient d'arriver.Il l'a envoyé du fort Saint-Frédéric, ne pouvant venir aussi promptement avec tout son monde qu'il a fait seul.M.de Ligneris écrit à M.le général que les Anglais ont retiré des Armiez tous les prisonniers qu'ils nous avaient faits, à la réserve de deux ou trois enfants qu'il croit qu'ils auront de la peine à avoir.Mais ils n'ont pas voulu remettre ces prisonniers à M.de Ligneris, disant qu'ils voulaient les ramener eux-mêmes, prétexte, je pense, pour mieux connaître notre pays ou pour quelque commerce.Il a envoyé des gazettes que je viens d'écrire en français de ma façon avec le père S'-Per (Saint-Pé), à qui M.le général les avait données pour me les apporter.Elles nous répètent la paix faite, signée et publiée en mars et qu'on se prépare à Paris à faire des feux de joie.Je serais contente si tu étais à portée de les voir, car je ne puis penser à te voir au Mississipi sans peine.J'ai tant écrit que j'en suis lasse et surtout des riens et des répétitions ennuyantes de cette gazette.Adieu cher fils.J'attends avec impatience des nouvelles plus intéressantes pour moi.Tu sens bien, je crois, que là ce sont des tiennes qu'il me faut.Mon cher père vient de placer la première pierre à la maison.J'espère que si le Seigneur nous donne du beau temps, que cet ouvrage ira bien promptement; mais je crains bien qu'elle ne nous donne pas de sitôt grand revenu par ce que cet ouvrage nous coûtera.Adieu, aimable fils.Je te souhaite une bonne santé. ARCHIVES DE QUÉBEC 65 Le 15.Grande satisfaction pour notre cher pe* fille, mon cher fils.Elle est priée à souper chez M.le général avec toute la famille.Je n'ai pu refuser non plus, quoique fort peu flattée de cette sortie, de façon que ta fille me tourmente pour la coiffer en cheveux, qu'elle a plus beaux que jamais.Il faudra absolument la satisfaire.J'en tire bien ma part aussi, car c'est un petit amour-propre pour moi que cette tête et sa figure.Je t'ai souhaité bien des fois la voir, en un petit coin, sans qu'elle te vit.Tu en serais, je crois, aussi flatté que moi.M.de Ligneris vient d'arriver et il me parait peu content du gouverneur de New-York qui ne l'a pas voulu laisser voir aucun de nos Français prisonniers, ni parler à aucun sauvage.II n'a pas même voulu les laisser aller à Philadelphie faire leurs Pâques.A cela près, ils ont été tous bien traités, mais avec peu de liberté que de se promener dans la ville.Il dit que les Flamands ne sont point contents de ce qu'on ne renvoie point les prisonniers.Ils craignent toujours, dans le gouvernement d'Orange, que cela ne leur attire quelque chose de notre part.Adieu, cher fils, je vais à la toilette de ta fille: il est 4 heures.Le 16.Ta méchante petite fille est restée constamment jusqu'à près de onze heures chez M.le général sans pouvoir lui persuader de revenir, mais je lui ai promis qu'elle n'y retournerait plus si elle ne m'obéissait pas mieux.Je crois que c'est assez pour la corriger.Elle a eu des présents d'huîtres de M.le général, un petit couteau de Duplessis-Faber, qui vient d'avec M.de Ligneris, et un de Sabrevois, qui est armé de canifs, sdes et tire-bouchons.Elle en a fait présent à M.le général qui ne voulait pas le prendre, mais lui voyant allonger la lippe, il lui a demandé qui est-ce qui lui faisait faire cette lippe, Elle lui a répondu que c'était parce qu'il ne voulait pas prendre son couteau.Il s'est promptement levé et a pris ce meuble, en lui disant qu'il avait trop de chagrin de lui voir faire cette grosse lippe pour ne pas prendre au plus vite ce couteau, qu'elle lui a donné de fort bonne grâce et a fait un petit saut à pic et a repris sa belle humeur.Ces jeunes gens qui ont été avec Ligneris ont apporté des lettres de la Mon-fort pour Danré et une de Potencien pour le supérieur des Récollets de Québec, que nous avons vu.Ce père lui avait écrit quelque chose pour le faire rentrer en lui-même et lui mander que s'il voulait, il écrirait au général qui pourrait obtenir du pape son pardon et qu'il travaillerait de tout son coeur pour adoucir sa pénitence.Il lui fait réponse mais je te la dirai demain, car jé ne puis plus écrire.Adieu.Le 17.Il me prit hier, cher fils, des êtourdissements si forts, que je fus obligée de te quitter dans le temps que j'avais le plus beau chemin.Et, pour reprendre, ce vaurien de Potencien mande à ce père qu'il le plaint fort d'être obligé de vivre avec une troupe de libertins qui sont capables de toutes sortes de crimes; que Valé-rien est un scélérat et qu'il sait qu'il a volé à la communauté de Montréal 5 ou 600 livres pour donner à des gueuses dans leur faubourg, avec lesquelles il se diver- 66 ARCHIVES DE QUÉBEC tissait et qu'il cache sous cet extérieur simple tous les vices; que le père Augustin est un fripon qui vole partout pour donner à sa famille.Ce qu'il y a de beau, c'est qu'il ne parle point de ses amis de débauche.Il lui répond, sur le pardon du pape, qu'il le remercie de ses offres, qu'il n'a pas plus de foi aux reliques du saint-père que ceux avec qui il vit; qu'au surplus, le pape a assez d'affaire à distribuer les grâces et les indulgences aux Espagnols; que, pour lui, il n'en veut point, qu'il est content de son état et qu'il est persuadé que Dieu le bénit puisqu'il lui donne une jolie famille; qu'il croirait faire beaucoup plus de mal en la laissant qu'il n'en a fait en restant dans l'état où il est et mille autres choses aussi extravagantes et qui font horreur.Ces jeunes gens disent qu'il a révélé une partie des confessions à sa femme et qu'elle les conte à tous ceux qui veulent les entendre.Us disent qu'elle, à ce que m'a dit Mater, qu'elle leur a dit mille sottises sur son compte, mais je n'ai pu savoir quoi.C 'est un couple infâme et dont on doit avoir horreur.Il va être ministre dans un petit village.Mais je ne me soucierais guère d'eux s'ils ne nous mettaient pas dans la peine, car le misérable procès de mon cher père n'est point encore fini.Son petit procureur Panet est un fripon qui lui demande toujours et ne fait rien.Adieu, cher fils, en voilà trop pour de si mauvaises choses.Je te souhaite une parfaite santé.La pluie me désole.Le 18.Nous avons, cher fils, été arrosés de la bonne façon en allant et revenant de la messe.Je suis au désespoir de voir ce mauvais temps, par rapport à notre bâtisse où on n'a point travaillé depuis la première pierre placée.J'aurais été charmée de voir cela fait de bonne heure, afin de m'arranger tranquillement pour me rapprocher de toi.Il y a 3 jours qu'il vente un bon gros nord-est.Si cela ne nous donne point de nouvelles, je me tirerai aux cheveux, je crois, tant je suis impatiente d'avoir une pauvre petite lettre de toi, savoir où est ce cher fils, ce qu'aura résulté cette charade M.de La Porte et enfin où tu es: c'est tout ce que je souhaite, puisque c'est de toi, cher fils, que j'attends toute ma consolation.Tu connais mes sentiments: le temps, l'éloignement, les chagrins, rien n'a pu les changer.Je suis telle que tu m'as laissée, aussi attachée à mes chers enfants que je l'ai jamais été et, s'il était possible de l'être plus, je dirais que je le serais, n'étant plus partagée.Adieu, voilà des incommodes.Le 19.Nous soupâmes hier, cher fils, tous chez M.le général, y compris ta fille, avec M.et Mm\" Varin, qui a joué jusqu'à cinq heures du matin avec Mater, M.d'Anjac, officier de l'Ile Royale, et le secrétaire.Je me retirai à dix heures.Ta fille ne s'ennuyait point et aurait fort souhaité rester, mais voulant conserver mon peu de santé pour elle et pour toi, je serais fâchée de rien faire qui la dérangeât.Je la ramenai peu contente et M.le général se réjouissait d'avance de faire continuer la partie, à quoi il a réussi.H les laissa à près de onze heures, sans leur rien dire, sinon que c'était la plus belle heure du jour pour continuer.Il est toujours aimable et bon à tout le monde et aussi très ferme.Adieu, cher fils.Je te souhaite une bonne santé.Rien de nouveau. ARCHIVES DE QUÉBEC 67 Le 20.Voilà le nord-est fini, cher fils, et point de nouvelles.J'espère encore jusqu'à demain.M.le général avait demandé des canots pour descendre à Québec.Ils viennent d'arriver.C'est d'Echalion (Deschaillons) qui les a amenés qui me disait, il y a un moment, que M.Bigot s'ennuyait beaucoup et qu'il comptait aller à l'Ile Royale avec les troupes et que de là il s'en irait en France.J'aurais bien voulu que cet ennui l'eût pris plus tôt, mais il n'est plus temps d'y penser.On travaille fort et ferme à la maison.Une partie des fondations sont au ras de terre.Si cette semaine se comporte belle, j'espère que notre ouvrage avancera.Tout ce que je crains, c'est que, s'il nous arrivait à quelqu'un d'être malade et que nous fussions obligés d'hiverner id, nous serions très mal, étant obligés de laisser cette maison; je ne veux point y penser.Nous travaillons à faire partir le petit La Morandière avec un nommé Delisle, qui est descendu l'année dernière des Illinois.Nous l'équipons de notre mieux afin qu'il te soit moins à charge ou que, s'il ne te trouvait point en ce pays, il n'aura pas besoin de plus de deux ans de hard es ni de linge, s'il ne le laisse point perdre, et on aura le temps d'avoir des nouvelles.J'écris à M.et MM de Vaudreuil et à toi, cher fils, par toutes ces occasions mais au raccourci, ne sachant où tu es.Quelle situation, cher fils I Plains moi, et aime toujours ta malheureuse mère.Adieu.Le 21.Il vente encore, cher fils.Un bon gros nord-est.C'est tout ce que je sais, mais Dieu sait aussi si cela nous donnera quelques nouvelles.Elles ne viendront pas assurément sans être bien souhaitées.Nous n'en avons point encore de Missi-limakinac, ni de M.Olivier que l'on attendait à la fonte des glaces.Sabre vois se prépare à partir à la fin du mois ou au commencement de juin.Longueuil est son second.II a aussi M.Le Borgne et son neveu Bleury qu'il amène, crainte de mariage.M.de Longueuil l'a grandement ménagé tout l'hiver et a envie de le marier avec sa grande bessonne, mais Sabrevois, qui n'en serait pas flatté, l'emmène pour faire oublier cette inclination.Tout est paisible ici.Bien de la misère.Tout ce qui est pour la vie est hors de prix.Adieu, cher fils.Le 22.Je suis désolée, cher fils.Il pleut à verse et point de travail à la maison, par conséquent.Ce qui m'arrache l'âme, par la crainte que mon cher père ne prenne prétexte de ce qu'elle ne sera point finie pour passer encore un an en Canada, ce qui me fâcherait beaucoup, surtout d M.de La Galissonnière s'en va, faisant volontiers la même réflexion que ta fille que nous n'aurions plus rien qui nous soutint dans nos peines.Cette chère innocente est très affligée de le voir partir d tôt pour Québec.Je pense aussi qu'il part un peu trop tôt, nuis il a affaire à Québec.Tu sais que c'est Rigaud qui y commande; que M.Bigot n'est pas fort au fait des affaires du pays.Voilà la raison, je le crois. 68 ARCHIVES DE QUÉBEC On commence à se retourner à Québec.Il part des bâtiments sous le nom d'un du Chambon qu'on appelle Vergor, qui est le maître des cérémonies chez M.Bigot.C'est bien le plus épais gars que j'aie de ma vie vu, mais il entend la manivelle.En voilà assez.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre mère qui t'aime de tout son cœur.Le 23.Il a encore plu toute la matinée, cher fils, tonné, éclairé, de façon que Mater nous a donné la comédie.Mais je ne me suis point du tout réjouie, puisque ce temps empêche d'avancer nos travaux.Ils ont cependant travaillé depuis dîner et on commence à voir sortir les fondations.Si le Seigneur voulait nous donner du beau temps après ces fêtes, cela nous avancerait bien.M.notre général nous est venu voir à son ordinaire et, comme il doit partir la dernière fête, les demandes ont abondé ici.Et je l'ai fait rire un peu en lui disant que j'avais pour le moins une trentaine de mauvaises questions à lui faire, sur lesquelles je me trouverais heureuse s'il voulait m'en accorder trois.J'ai vu le moment qu'il ne m'accordait rien.Il était question de favoriser ta bonne amie M\"* Tiendre (1), et c'est à ta considération que je l'ai fait.Elle n'a plus de ressources et va s'établir au Détroit.Après avoir bien dansé et fait la jolie, elle ne sait plus de quel bois faire flèche, ainsi que Blainville et sa folle et sa troupe d'enfants, et Lorimier.Il a ri de tout son cœur en voyant avec quel empressement je lui demandais de placer ces deux misérables: \" Vos chères et bien aimées seront placées.\" Il les connaît par merveille ainsi que tout le reste du corps.Il est toujours ravi de trouver à faire du bien, mais il voudrait que ce fût à des gens sages.Pour Mm« Tiendre, il m'a dit que, s'il y avait encore deux, familles comme celle-là en Canada, qu'il ferait déserter tout le monde.Effectivement, cette race DouviUe est terrible, mais ils n'en font pas moins pitié.Adieu, cher fils.Je ne m'aperçois pas qu'en voilà trop pour t'ennuyer.Je compte t'écrire ces jours-ci par Louty qui s'est donné un tour de reins en voulant lever un baril, ce qui je crois le fâche bien, étant sur son départ, Adieu.Le 24.Bonjour, cher fils.Je ne sais rien.J'ai passé une partie de la journée à regarder travailler no's maçons et j'ai bien de la peine à empêcher notre chère petite à en faire autant, car je crains qu'elle ne perde tout ce qu'elle a de beau, qui est la peau.Elle est toujours assez maigre mais le visage bon, un teint de santé et de fort belles couleurs.EUe a souvent procès avec M.le général de ce qu'elle ne se tient pas absolument bien droite, mais si nous restons, quelques mois de maître de danse répareront ce petit défaut qu'elle n'a qu'autant qu'elle le veut.EUe est mutine et un peu haute, mais elle a une maman qui n'est occupée que d'elle, ainsi sois tranquille.Adieu, cher fils.N'ayant rien de nouveau à te dire, je ne veux pas t'ennuyer.(1) Lire madame de Quindrc. ARCHIVES DE QUÉBEC 69 Le 25.(1) Un: M.Michel de VUIeboiB.Nous voilà, cher fils, au 25, jour de la Pentecôte, et point de nouvelles.Je t'avoue que je commence à trouver cela un peu trop long après les espérances qu'on nous avait données d'en avoir de si bonne heure.Et pour comble de bien, M.le général compte partir la dernière fête, ce qui m'Ote toute espérance d'avoir bien des petites nouvelles qu'il me dirait, s'il était ici, ayant volontiers de la confiance en ma discrétion, dont tu penses bien, cher fils, que je n'abuse point.Il me parait très flatté lorsqu'il parle de toi, ce qui arrive souvent, et très attaché à toute la famille et à ceux que tu lui as recommandés.Tu penses bien que j'en suis charmée.Il espère repasser en France cette année.Il serait à souhaiter pour le bien du pays, qu'il y restât quelques années.J'ai le plaisir d'entendre tous les jours dire: \" Ah ! si M.le général nous restait et M.Michel (1) intendant, le Canada serait heureux.\" Il faut croire que notre pays ne le mérite pas.Adieu, cher fils.Le 26.Nous soupâmes, hier, cher fils, chez M.le général et ta fille y brilla beaucoup.Elle cause comme une petite pie et M.le général se fait un plaisir de la faire causer.Il dit que c'était pour lui dire adieu qu'il lui donnait à souper et m'a demandé de lui en donner ce soir, afin que son monde eût le temps de s'arranger pour partir demain du matin.Tu penses bien que je ne l'ai pas refusé.Je ferai de mon mieux et il me reste encore deux bouteilles de ton vin de Champagne que je lui ferai boire s'il est encore bon.J'ai envoyé prier MM.de Longueuil et Lantagnac pour lui faire compagnie, et M.et Mm\" Varin.Cette dame a mille attentions pour ta fille et, malgré tout ce que je ne comptais pas être beaucoup, nous serons quinze, M.le général ayant chez lui Milon et ses deux officiers de garde.Adieu.Je vais mettre ordre à mon souper.Je t'en dirai demain des nouvelles.Je te souhaite une parfaite santé.Le 27.Il a plu toute la nuit, cher fils, et il pleut encore, ce qui dégrade M.le général.Je lui ai fait dire ce matin qu'il aurait la petite soupe, s'il voulait ne rien déranger de son équipage, et un petit souper ce soir en famille: ce que je sais qu'il aime mieux que bien de la compagnie.Nous soupâmes hier fort bien.M.de Longueuil, que tu connais, nous donna la comédie.Il avait dîné chez Morpeaux (Mon repos) avec Lantagnac, qui s'en sentait et fit enrager Mater.M.de Longueuil, qui ne voulait point dire où il avait dîné, dit qu'il n'avait pas d'appétit.Nous le savions tous et le badinâmes.Il se réveilla quand il vit le vin de Champagne, qui s'est trouvé excellent.On y célébra ta santé en le buvant, ce que M.le marquis fit de la meilleure grâce du monde et tous voulurent l'imiter.Le vin de Malaga, dont M.de Tilly m'a fait part cette automne, fut trouvé bon aussi et on sortit à onze heures, très content.Nous serons plus sages aujourd'hui et ne manquerai pas de t'en dire des nouvelles.Adieu, cher fils. 70 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 28.M.le général vient de partir au grand regret de tout le monde, persuadé qu'il retournera en France cette année.J'ai été à son embarquement et n'ai pu refuser à la chère petite de l'y mener.Je t'avouerai que j'ai (été) attendrie lorsque j'ai vu cette innocente faire ses adieux avec une tristesse des plus profondes et M.le marquis très touché.Il lui a promis qu'elle le reverrait cet automne, parce qu'il pense que nous partirons tous avec lui.Elle lui a demandé avec grâce de faire en sorte que le procès de mon cher père fût jugé promptement, afin qu'il ne nous donnât point cela pour raison à rester en Canada.Nous ne sommes tous occupés qu'à lever les difficultés qu'il pourrait trouver.Je veux, cher fils, te rendre compte de la journée d'hier.Il plut à verse du matin au soir, mais cela n'empêcha pas M.le marquis de venir dîner et souper avec nous, accompagné seulement de M.de La Vérandrie (Verendrye), son secrétaire, et Milon, et nous cinq, ce qui faisait neuf.Il est toujours gai et aimable.Il but à ta santé, la portant à ta fille, qu'il appelle Mm« l'abbesse, parce qu'elle baisse toujours la tête en faisant la révérence.Elle lui dit qu'elle ne le veut point être et cela anime entre eux deux une conversation qui le réjouit et qu'elle soutient à merveille.Elle est véritablement aussi affligée de son départ que je t'ai oui dire qu'elle l'était, lorsque je m'absentais pour les Trois-Rivières.Aussi l'ai-je fait promener tout le jour, craignant que cela ne la rendit malade.Que ces tempéraments sont à plaindre I 'Je le sens mieux qu'un autre.Mater a pleuré tout à son aise et s'est soulagée.Adieu, en voilà assez.Le 29.Comme le petit Sabrevois part, je vais profiter de son occasion pour t'écrire par lui.Il amène Rocbert et espère, avec ta protection, qu'il fera quelque chose.C'est un enfant assez doux, mais qui n'a jamais été cultivé.J'espère que tu en feras quelque chose, s'il est assez heureux pour rester avec toi quelque temps et qu'il mérite ton amitié.Adieu pour aujourd'hui.Il pleut à verse, dont je suis désolée.Le 30.C'est seulement, cher fils, pour ne point dérouter mon journal, ayant écrit beaucoup aujourd'hui à Québec.M.Taschereau me demande des papiers de toute espèce, les provisions de M.Bégon, ce qui ne me met pas fort en train.Mais cela ne peut diminuer le plaisir que j'ai à t'assurer que je nus ta tendre mère.Le 31.Rien de nouveau, cher fils.Voilà le dernier de mai et point de courrier, car M.le marquis nous en a promis un à l'arrivée du premier vaisseau.Il vente toujours nord-est, ce qui nous donne des espérances et c'est tout.A la fin du jour, j'ai écrit à M.et M\"' de Vaudreuil et à toi, cher fils, mais je n'ai pas -fini, le pauvre Outil s'étant si bien fait mal qu'il est encore tout de travers.Je ne me porte pas trop bien non plus depuis cè nord-est.Adieu, cher fils bien aimé. ARCHIVES DE QUÉBEC 71 Le 1\" juin 1749.Je crois que tout conspire à nous donner du chagrin.Le petit La Morandière est tombé malade d'une grosse fièvre.Je serais bien fâchée s'il perdait l'occasion de Sabrevois et celle que tu lui as procurée, mais on ne peut rien contre la maladie.J'espère cependant que cela n'aura pas de suite.Nous l'avons déterminé à se mettre à l'hôpital, où on pourra lui donner plus de secours que chez son père.Mon cher père en est au désespoir, mais cela ne peut lui rendre la santé.M.de Longueuil est dans les grands travaux du gouvernement.Le détachement de M.de Céloron lui donne de l'ouvrage par le tourment des femmes qui voudraient exempter leurs mari et enfants.Voilà tout ce que je sais, cher fils, ét que je t'aime de tout mon cœur.Adieu.¦¦ '.i) Jka .' Le 2.Sabrevois se prépare à partir demain et le petit La Morandière est très malade.Il a rendu des vers gros et longs par la bouche, ce qui fait juger que cet enfant est fort malade et qu'il ne sera en aucune façon en état dé partir, dont nous sommes très fâchés.J'ai fait des visites tout le jour, dont je suis si lasse que je me donnerais pour deux liards.Quel métier, cher fils, et surtout quand il faut essuyer les compliments de deux communautés 1 J'ai été aussi chez M.de Beaucour et son voisin Céloron.J'ai trouvé la femme travaillant à l'équipement de son mari.Il y a un air de disette, dans ces deux maisons, pitoyable.Le bonhomme voudrait aller s'établir à Québec, mais on manque de fonds et on ne peut s'éloigner de cette charmante nièce, qui a plus besoin du voisinage que jamais.Il faut bien que cela soit quand on a assez d'humilité pour convenir de sa misère.Je crois que l'on souffre bien, mais c'est leur affaire.Adieu, cher fils.Je donnerai demain mes lettres à Sabrevois.Si tu es rendu, tu sauras de nos nouvelles.Le 3.Voilà, cher fils, un commencement de nouvelles.Lionnes vient d'arriver, qui nous apprend qu'il y a un vaisseau des Iles à Québec, mais qui ne dit pas grand'-chose.Il a apporté une lettre de la Cour qui annonce la paix faite et c'est tout.Le capitaine a débité que le petit Baptiste Cugnet était mort et ce La Ferté Picotté que tu as vu ici.Il a donné aussi une sottise assez grossière en disant que M.de La Galissonnière allait gouverneur à l'Ile Royale.Cela serait joli, après avoir été commandant général ici, qu'on le mit là gouverneur I J'en ai rougi de colère et ne pense pas qu'il reçût .cela avec tranquillité.J'ai reçu une lettre de lui, mais il ne m'en parle point.Il est rendu à Québec en bonne santé.Adieu, cher fils bien-aimé.Je te souhaite une bonne santé.Le 4.Je viens de donner, cher fils, nos lettres à Louty et ne pense pas que le petit neveu soit en état de partir.' M.Olivier est arrivé cette nuit, qui a voulu me persuader qu'il te savait rendu, mais je lui ai donné des preuves que cela lui était 72 ARCHIVES DE QUÉBEC impossible, puisque les nouvelles qu'il a eues de ton arrivée prétendue sont du mois de juillet et que tu m'écris de Bordeaux, de ce temps.Il rapporte la mort de M.de Bert este, très regretté.Il dit que tout est assez tranquille dans les pays d'en Haut.Dieu veuille que cela soit et que nous puissions nous tirer de ce pays avant que la guerre recommence.Adieu, cher fils, je suis fatiguée.Le 5.Je ne sais rien, cher fils, et il n'y a rien de nouveau.Il fait un temps magnifique et on a fait la procession bien à l'aise: le soleil caché, et un petit souffle de nord-est, pour dire \" il y a de l'air.\" M.Varin a voulu faire la procession et, pas plus vigoureux que sa femme, est revenu avec la fièvre chez lui.Je vois la dame souvent parce qu'elle vient ici, mais je vois rarement le mari.Il est toujours dans les affaires par-dessus la tête.Je ne sais comme il peut y résister.Il faut avouer que tu avais un beau talent de te divertir de ces ouvrages, quoique tu n'eusses point autant de commis que lui.Il fait faire ton éloge tous les jours, ce qui ne me fâche assurément point, puisque tu dois savoir combien tu m'es cher.Adieu, cher fils.Je te souhaite une bonne santé.Le 6.Rien encore.Je ne vois passer les jours, cher fils, qu'avec chagrin, me flattant toujours le matin d'avoir de tes nouvelles, mais c'est en vain.Je ne sais si cela durera longtemps.Sermonvllle est revenu de Lachine, qui a vu partir le pauvre Outil.Il avait les larmes aux yeux en nous disant adieu et nous n'étions pas plus riants en pensant que ce peut être pour toujours que nous lui avons dit adieu.J'en ai d'autant plus eu de chagrin que le petit neveu n'est point parti.Il est toujours fort malade, beaucoup de fièvre.Ce que je crains, c'est qu'il n'ait couru et n'ait attrapé une pleurésie et qu'il ne le veuille pas dire.Tout conspire, cher fils, à me donner du chagrin, regardant cet enfant, bien placé s'il eût été sage comme je l'espérais et que je crains qu'il ne perde le temps où tu y seras et M.de Vaudreuil: car on assure qu'il doit venir sitôt que la paix sera faite.Que de belles choses à voir et que j'espère ne voir que de loin ! Adieu, cher fils, bonsoir.Le 7.Nous avons eu, cher fils, tous les jours un nord-est magnifique, beau et bien clair, mais à quoi cela se termine-t-11 î\u2014A rien.Point de nouvelles et vois passer le temps sans pouvoir prendre aucune mesure pour m'arranger.Mon cher père, toujours indécis, si bien que j'espère que nous resterons sans avoir de bols en provisions, sans maison et sans ressources.D'ailleurs, je t'avoue que j'ai des moments où je me désespérerais volontiers, sans un petit reste de raison.Je crains de t'ennuyer, n'ayant rien d'intéressant à te dire et n'aurais à te répéter que la peine que j'ai toujours de ton absence à laquelle je ne puis m'accoutumer.Adieu, cher fils. ARCHIVES DE QUÉBEC 73 Le 8.- Je fais depuis quelques jours, mon cher fils, des visites l'après-dlner pour tâcher de me disriper de l'ennui où je suis de ne point voir arriver de nouvelles, joint à ce que je veux profiter du beau temps que nous avons.Mais tout cela me fatigue et m'ennuie encore plus que si je restais à la maison, où je regarde très souvent les maçons travailler.C'est là une de mes belles récréations à présent.Si tu me voyais, cher fils, tu me plaindrais.Au moins, si tu pouvais lire dans mon intérieur qui n'est occupé que de peines passées, présentes et à venir 1 Tu sais que je ne suis pas femme à me flatter et que je prévois tout ce que j'ai à essuyer, si je vis encore quelques années.Adieu.J'ennuie mon pauvre fils par ces réflexions et te dis adieu en te souhaitant une parfaite santé.Adieu.Le 9.Je t'avoue, mon cher.fils, que si je n'avais autant de plaisir à t'écrire, que j'y renoncerais, n'ayant rien à te dire qui te puisse t'amuser.Mais je ne dormirais pas bien si je ne t'avais dit au moins que je t'aime.Petite satisfaction pour toi.Mais c'est quelque chose pour moi, puisque je ne puis te voir.Au moins, ai-je la consolation de m'entretenir un moment avec toi.M.de Longueuil est dans un état triste, mais ne t'alarme pas.C'est par l'incertitude où il est de savoir s'il sera gouverneur ou non.Il en conte sa peine à tout le monde et ses inquiétudes et combien il s'arrangerait si on lui donnait le gouvernement.Ce sont les conversations du père et de la fille.Adieu, cher fils.Le 10.Voilà enfin, cher fils, des nouvelles de Missilimakinac.Dieu veuille que le dicton canadien se trouve vrai et que cela nous en donne de France 1 Le chevalier de Repentigny est arrivé avec un air aussi raisonnable que tu l'as laissé.Il dit que tout est assez tranquille dans le poste, mais il n'en est pas de même à la Baie où M.de Verchères est.Les Sauteurs l'ont encore insulté et cette fois il s'en est vengé, en ayant tué un et ses gens, un autre.Je suis fâchée que cela se trouve au moment que ce pauvre Milon y va qui n'entend point, je crois, la façon de les gouverner.Mais je crois que trop de bontés nous a rendus méprisables et ne pense pas que cette affaire fasse autant de mal que les politiques sauvages le voudraient persuader.Si on eût toujours bien châtié ces races, elles ne seraient point si insolentes.Voilà, cher fils, tout ce que je sais.Si j'apprends quelque chose, je t'en ferai part.Adieu, je te souhaite le bonsoir.Le 11.Le chevalier de Repentigny vient de partir pour Québec.Tu aurais ri, cher fils, si tu avais vu l'empressement de M.de Longueuil à le faire partir et les impatiences qu'il a eues avec Mater.Elle disait qu'il fallait lui donner le temps de s'arranger et lui se tirait les coudes en arrière, en disant qu'un officier ne devait point 74 ARCHIVES DE QUÉBEC avoir d'autres affaires que son devoir.Peu s'en est fallu qu'il ne se soit fâché.La vérité est qu'il peut y avoir des ordres à donner sur les nouvelles qu'il apporte et qu'il est bon qu'il se rende promptement.Voilà, cher fils, plus qu'il n'en faut pour fennuyer.Adieu.Le 12.Voilà nos espérances ordinaires perdues.Nous avions compté que nous aurions des'nouvelles dans l'octave du saint sacrement.La voilà passée et rien du tout, que bien de la chaleur qui m'a fait souvent dire: \" Mon pauvre cher fils, que tu souffres, s'il faut passer des années dans un climat si brûlant !\" Il a fait chaud aujourd'hui à avoir peine à respirer.Mais tu me connais et ne me plains point de ce temps que j'aime beaucoup mieux que le froid.Mais ta fille est pire que toi, elle n'a cessé de crier: \" Qu'il fait chaud ! \" Quoiqu'elle soit avec une simple robe de toile, elle se traîne par terre et est désolée de la chaleur.Voilà, cher fils, tout ce que j'ai à te dire de nouveau.Ce qui ne le doit point être pour toi, c'est que je t'aime de tout mon cœur.Adieu, cher fils.; \" Le 13.M.de Cêloron est parti ce matin avec tout son monde, cher fils.Je crois t'avoir mandé que c'était pour chasser des Anglais qui se sont établis près des Miamis et pour y faire un établissement français en forme.Il a avec lui MM.de Contrecœur, Courtemanche, Saint-Ours fils, Villiers l'alné, Le Borgne et ses deux enfants et Niverville, M.le général a engagé le père Bonnequen (Bonnêcamps) à faire ce voyage, afin d'avoir quelques mémoires justes de tout ces endroits, dont on n'a encore qu'une connaissance très imparfaite.Ce révérend père est en état de donner des cartes justes de tous les endroits par où il passera et suis charmé, par l'envie qu'a M.le général d'en avoir des mémoires sûrs, que le père ait voulu accepter le parti.Us sont tous à Lachine.M.Varin y a été ce matin, avec M.de Cêloron et précédé de son hoqueton à cheval.Martel toujours à sa suite.Ce dernier a acheté la maison de Després que tu connais, dans notre voisinage, où a demeuré la vieille Senneville.Je crois que ce sera notre demeure si nous ne pouvons passer cette année.Point encore de nouvelles, cher fils.Je suis au désespoir de voir passer les jours comme cela.Notre chère petite s'en tire aux cheveux.Adieu.\u2022:-flt' '¦ ' ¦ ¦ ' ¦' htU- '\u2022' La nouvelle de l'arrivée de M.l'Êvêque, cher fils, vient de faire partir tous les La Corne pour aller au-devant de lui.Il a l'abbé chez lui qu'U a fait chanoine, de façon qu'il va se trouver entouré de toutes les Cornes de Canada.Je t'avoue que ces gens sont bien remplis de leurs richesses et que. ARCHIVES DE QUEBEC 75 (6* Cahier\u201414 octobre 1749-18 mai 1750) fi Le 14 octobre 1749.Nous voici, cher fils, de retour dans le vaisseau, à 3 heures après-dlner et on travaille fort et ferme à lever les ancres, avec un petit vent arrière et un temps très clair.Le Seigneur veuille nous donner du beau temps pour achever notre voyage ! Ta fille et Tilly n'ont pas été plus tôt embarquées qu'elles ont été malades.Mais je les ferai assurément rester sur le pont, car je craindrais que notre chère petite ne soutint pas la traversée, si elle continuait de même.Je t'ai écrit, cher fils, par un jeune capitaine marchand, qui m'a demandé une lettre de recommandation pour toi.Je ne sais son nom.Je t'ai écrit aussi par M.Ollivier qui nous a laissés pour passer sur un bâtiment qui va à Samt-Omingue (Saint-Domingue) et de là au Mississipi.La grossesse de sa femme lui a fait prendre ce parti, afin d'être plus tôt rendu.Il s'est chargé du petit La Morandière et n'a pas voulu que nous lui ayons donné d'argent pour sa dépense.Il s'est chargé de tout et nous lui avons dit qu'il n'avait qu'à nous marquer ce qu'il lui en aurait coûté, que nous le rembourserions ou toi, s'il le voulait, en cas qu'il eût besoin d'argent.Adieu, cher fils.Je te dirai tous les jours de nos nouvelles quand je le pourrai.Le 15.Nous avons, cher fils, marché toute la nuit avec un fort joli vent, mais le cliquetis des cloisons m'a fort interrompu le sommeil.Je ne sais comment on peut passer ses jours à faire un pareil métier.Si le Seigneur nous fait la grâce de nous rendre, je promets bien de n'y jamais retourner.Nous faisons trois lieues par heure régulièrement sans être beaucoup tourmentés.J'espère que si'ce temps dure nous ne serons pas un mois à nous rendre.Quel plaisir pour moi, cher fils, lorsque je me verrai à terre ! Adieu jusqu'à demain.Le 16.Toujours beau temps, cher fils.Nos voiles n'ont pas changé depuis avant-hier et faisons belle et bonne route, mais je ne puis m'accoutumer à ces crics-cracs des cloisons et de tout ce vaisseau.M.de La Galissonnière a fait tenir ta fille une partie du jour dehors et elle n'a pas vomi, ni Tilly non plus.Malgré le roulis je n'ai point encore eu de mal de cœur, ni mon cher père non plus, dont je suis très contente.Adieu, je ne sais rien de nouveau et n'écris pas aisément.Adieu, cher fils.Le 17.Le 17, à quatre heures, on a sondé, cher fils, et nous sommes sur le Grand Banc, à 35 brasses d'eau, environ le milieu du Banc.Nous allons toujours bien, mais point aussi vite que nous allions hier, mais nous allons toujours bien.Nous avons vu quantité d'oiseaux et, ce matin, on a vu un vaisseau pêcheur, mais trop éloigné pour lui parler: rien de plus.Toute la petite famille se porte bien.Nos enfants mangent à présent et plus presque de mal de cœur.Adieu, cher fils, jusqu'à demain. 76 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 22.Pour le coup, cher fils, j'ai eu peur par le gros vent que nous avons eu depuis cinq jours ! Je ne me suis jamais trouvée à pareille fête: le vaisseau, à ce qu'il me semblait, sens dessus dessous.Que de regrets d'être cause que mon cher père périt, à ce qu'il me semblait 1 Nous avons été quatre jours sans oser sortir du lit.Les officiers les plus fermes avaient peine à se tenir.Point de marmite et, malgré cela, nous n'avons point été malade.Nous en rions aujourd'hui qu'il fait beau et espérons nous rendre dans peu, si le temps continue, n'ayant plus qu'un joli vent.Adieu, cher fils, car je n'ai pas la tête trop bien rassise.Le 23.Calme tout plat, cher fils, et nous roulons encore de la bonne façon et, sans M.de La Galissonnière, je ne me serais point levée.Mais il dit que je serais malade de rester au lit et comme on a jeté trois matelots à la mer et que nous avons bien des malades, cela m'a fait faire des réflexions et m'a fait prendre l'air, ainsi qu'à toute la famille qui est, grâce à Dieu, en bonne santé.Tous nos messieurs sont toujours pleins d'attentions pour nous, mais ils ne peuvent m'ôter la peur.J'ai maigri d'un bon demi-pied et mon cher père et ta fille aussi, mais j'espère que cela reviendra à terre.Adieu.Le 3 novembre.Comme je n'avais rien d'intéressant, cher fils, à te mander et que l'on n'écrit pas fort commodément, il y a longtemps que je ne l'ai fait.Aussi en ai-je été la première punie, n'ayant point de satisfaction pour moi que celle de te dire que j'aime mon cher fils de tout mon cœur.On nous promet la sonde incessamment.Je le souhaite, je t'assure grandement, car je n'ai guère de tranquillité ici où je suis toujours dans des alarmes difficiles à exprimer.Nous allons toujours un peu, mais peu de vent.Adieu cher fils.Le 4.Que de joie, cher fils 1 Avant le jour, la terre 1 J'ai crié, comme les mousses: \" terre I \" oubliant que mon cher père dormait.On m'avait caché les sondes pour ne me point donner d'inquiétude mais quand j'ai entendu crier: \" terre I \" je me suis levée comme une folle et j'ai couru sur le pont.Quelle vision, cher fils, des rochers effroyables à cette entrée.Heureusement, le temps est clair, beau, et le vent bon et on nous assure qu'à midi, nous serons mouillés en rade de Brest.M.de La Galissionnière vient d'écrire à ton frère pour le prier de nous chercher une chambre.C'est lui demander honnêtement un logement, mais je le laisse faire.Adieu, car je veux voir tous ces beaux endroits.Ta fille me tourmente: \" Viens donc voir, maman, nous allons arriver 1 \" Cette chère innocente est aussi aise que moi.Mon cher père et Tilly ne le sont pas moins.Nous sommes tous très contents je t'assure et avons bien des grâces à rendre à Dieu.J'ai fait bien des promesses aussi ARCHIVES DE QUÉBEC 77 Le S.Nous voilà enfin, cher fils, sortis de tous les risques de la mer et chez le plus aimable frère que tu aies.Il n'est point aussi beau que mon-fils, mais il me parait aussi aimable par le caractère.Il n'eût pas plutôt reçu la lettre de M.de La Galissonnière qu'il nous envoya son canot bien armé et une belle lettre pour nous prier d'aller chez lui, où nous sommes venus descendre, avec grand plaisir, hier, à cinq heures du soir.Nous ne fûmes pas plutôt entrés que M.Hocquart y vint et nous fit mille amitiés et nous emmena avec ton frère souper chez lui, où M.de La Galissonnière était, qu'il avait envoyé chercher.Nous y avons vu la belle-sœur de M.Hocquart, qui est très aimable et qui fait fort bien les honneurs de l'intendance.Elle a beaucoup caressé notre petite ainsi que M.l'intendant.Il nous a encore priés à dîner, où il faut aller.Il dit que c'est un dîner en cérémonie.Mais je me suis bien promis de souper avec le cher frère, tant que nous serons ici.Madame Hocquart est rouge de vermillon comme nos sauvages qui vont en guerre; c'est dommage.Nous avons couché, Tilly et moi, dans ton lit et la petite dans celui de son frère,\u2014 voilà comme M.Michel nous les a annoncés,\u2014 et mon cher père dans une chambre à côté.Il est venu sitôt que nous avons été levées, nous voir.J'étais trop aise pour dormir et me suis imaginé toute la nuit rouler à l'ordinaire.Quel métier, cher fils, et qu'il faut que je t'aime pour avoir fait un voyage comme celui-ci I On me donnerait tous les biens des royaumes que je ne retournerais pas.Adieu, aimable fils.Je voudrais bien te savoir rendu et encore plus te voir de retour.Le\"6.C'est seulement, cher fils, pour te rendre compte de ma journée.Nous dînâmes hier chez M.l'intendant avec toutes les grosses têtes de la ville et vînmes souper ici.Nous eûmes le plaisir de bien parler de toi.Notre petite caresse son oncle comme elle te caressait I II en est enchanté, M.de La Galissonnière la caresse toujours et nous vient voir tous les soirs.Mon cher père s'est promené avec M.Michel une partie de l'après-dlner.Il se porte à merveille, grâce au Seigneur, car je craignais beaucoup que la traversée ne dérangeât sa santé.J'ai vu beaucoup de messieurs les officiers qui me sont venus voir, mais je ne puis encore dormir: j'ai perdu l'habitude du sommeil.Adieu, \u2022 ¦y-.;; Le 7.Je te laissai fort promptement hier, cher fils, pour recevoir M™» Hocquart qui m'est venue voir.Rien n'est plus aimable et plus caressant que cette dame, ainsi que M.l'intendant.Ils ne nous permettent point de dîner chez ton frère: nous dînons toujours chez eux.Cependant, M.Michel nous a priés en cérémonie pour demain, avec toute l'intendance et plusieurs des grosses têtes d'ici.On a bien raison de dire que nous sommes dans le royaume de la pluie, car elle ne cesse point de tomber.Il .fait le plus beau soleil du monde et, une minute 78 ARCHIVES DE QUÉBEC après, il pleut à verse, ce qui me fâche beaucoup par la crainte que cela ne gâte beaucoup les chemins et nous en avons honnêtement à faire, dont j'ai déjà peur.Adieu, cher fils, que j'aurais de satisfaction si, après toutes les peines que j'ai eues, cela me rapprochait de toi, mais que tu es loin! Le 8.Nous avons travaillé, cher fils, à nous préparer à partir et allons mettre encore une fois notre pauvre équipage sur mer, dans une cabare (gabare) que l'on donne à M.d'Aubigny pour tous les soldats et équipage du vaisseau.Comme il y va des officiers, ils m'ont promis leur protection pour mes affaires et pour mon petit Anglais et ne gardons que chacun six chemises, ce qui sera encore trop pour les litières qui ne veulent rien prendre avec nous.Je regrette grandement l'argent qu'il va nous en coûter.On nous demande 20' par litière.Il nous en faut trois et un cheval pour Joseph, qui sert mon cher père.Sans compter les auberges.Je me tirerais volontiers aux cheveux.Adieu, cher fils, je vais travailler.Le 9.¦ Je ne sais, aimable fils, jusqu'à quand je ferai et déferai des malles.J'ai passé le jour à en refaire de nouveau et à faire des petites cassettes pour notre voyage par terre, dont je tremble de peur d'avance, par les chemins dont on me dit beaucoup de mal.Mais il faut se rendre.Je crois que si j'eusse été seule, que j'aurais passé l'hiver ici, tant on m'effraie des chemins, mais M.de La Galissonnière ne me laisserait pas comme cela.Il doit partir avec nous, mais ce n'est que jusque chez lui, où il compte rester jusqu'au mois de janvier à se reposer.Pour moi, je ne sais quand je me reposerai.Ce sera quand j'aurai le plaisir d'être avec toi, mais quand sera-ce, cher fils?Adieu, je te souhaite une parfaite santé.Aime ta pauvre mère.Le 10.Il est conclu et arrêté, cher fils, que nous partons demain.Nos litières sont arrêtées et tout notre équipage prêt.Nous avons dlnê ici avec tous les gros dos.Ton frère fait les choses magnifiquement et de fort bonne grâce, mais j'aime mieux mon fils que tout cela encore.Ta petite s'est fait grande connaissance avec madame Hocquart et croit qu'elles se sépareront avec peine, ainsi que de M.La Maisonfort et quelque autre vieux dont le nom ne me revient point.Tu rirais, cher fils, si tu la voyais avec tout ce monde, avec lequel elle se tire d'affaire à merveille.Je ne doute point que tu ne fusses bien content si tu la voyais d'un petit coin.Il est conclu et arrêté qu'elle doit être dans la litière de M.de La Galissonnière, mon cher père avec Lisette, et moi avec Tilly.Il nous faut un cheval de bât pour porter chacun une cassette et un portemanteau avec le domestique; autant pour M.de La Galissonnière, ce qui fait un train, comme tu vois.Nous devons partir aux portes ouvrantes.Je tremble d'avance, tant des voleurs que des mauvais chemins.Je crois que j'aimerais autant aller encore sur la mer, tant je suis effrayée.Je t'avoue que je me trouverai bien heureuse lorsque je pourrai dire que je serai tranquille, mais quand sera-ce?Car il faudra encore aller à Blois et où après?Adieu, cher fils.Je vais finir et faire tout emballer pour les cabarea (gabares).Aime ta pauvre mère et la plains.Adieu cher fils. ARCHIVES DE QUÉBEC 79 Le 8 décembre 1749.Nous voici enfin, cher fils, après bien de la fatigue, arrivés àRochefort avant-hier, à 6 heures du soir.Et aussitôt que je puis écrire, je n'ai rien qui me puisse mieux dédommager de toutes mes peines que de pouvoir t'écrire.Que je serais contente, cher fils, si après tant de peur, je t'eusse trouvé ici! Mais je n'y vois qu'une nouvelle croix que le Seigneur nous prépare, ayant trouvé Mm\" Tilly pour ainsi dire mourante.Elle est d'une maigreur extraordinaire, une poitrine tout à fait malade, ce qui ne nous fait pas goûter le plaisir de l'arrivée comme nous ferions.Notre chère petite a soutenu aussi bien que nous le voyage, en parfaite santé.Il n'y a que Tilly qui a bien de la peine à se tenir sur les pieds et moi, je suis toute tremblante encore et ne sais guère comme tu liras ceci.Je vais te faire le détail de notre voyage depuis Brest, d'où nous sommes partis, avec regret de laisser ton frère, le 11 novembre avant le jour, et vînmes dîner à Landerno (Landerneau) et coucher au Bot (Baud), chez une cousine de M.le marquis.Le 12, nous y sommes restés, où ta fille fit grande connaissance avec des petits cousins et cousines.Le 13, nous dînâmes à Châteaulin et couchâmes à Quimper, où j'envoyai chercher le petit d'Arnaud, qui soupa avec nous et parlâmes beaucoup de toi et de notre pays, mais je ne'pourrais parler des endroits où nous couchons, puisque nous y arrivons à la lueur des flambeaux et repartons de même.Le 14, nous avons dîné à Rochefordin (Rosporden) et couché à Quimperlé.Le 15 dîné à Hainebon (Hennebpnt) et couché à Landevand.Le 16 dîné à Oré (Auray), coucher à Vannes, toujours la nuit, et n'ai rien vu.Adieu, cher fils, demain je continuerai.Adieu.Le 9.Bonjour, cher fils.Je vais continuer à te faire part de notre voyage.Le 17, nous avons dîné à Musiliaque (Muzillac) et couché à la Roche-Bernard.Je souffris beaucoup aux approches de cette rivière, mais nous la passâmes du plus beau temps du monde.Le 10.Les visites furent cause hier, cher fils, que je ne pus te dire qu'un misérable mot qui est toute ma consolation et vais continuer.Le 18, nous partîmes à l'ordinaire au flambeau et vînmes dîner à Pont-Château et coucher au Temple très tard et où j'eus peur tout à mon aise.Et le lendemain, 19, nous avons été à midi à Nantes, où nous sommes restés jusqu'au 20 à midi.J'étais si malade que je pouvais à peine me tenir et cela d'avoir mangé des poires qui me donnèrent le flux que j'ai gardé jusqu'ici.Et nous vînmes, le 20, coucher à La Galissonnière, où Mm* nous attendait et y fûmes reçus à la grande.On me mit au lit en arrivant, où je dormis 24 heures sans m'éveiller et nous y sommes restés jusqu'au 2 de ce mois, avec tous les agréments imaginables.Ta fille y a été très caressée et nous tous.C'est une maison magnifique, des jardins superbes et des bois de même, mais c'est une campagne et, quoiqu'il ait bonne compagnie toujours, je m'y ennuierais très fort.Adieu, cher fils.Voilà encore compagnie, ce qui me fait jurer, aimant beaucoup mieux m'entretenir avec toi que de voir ce que je ne connais pas. 80 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 11.Le 1\" janvier 1750.C'est seulement, mon très cher fils, pour te souhaiter une bonne et heureuse année.Je ne te ferai point l'étalage de tous les vœux que je fais en ta faveur, \u2014 le rhume ne me le permet point, \u2014 mais sois persuadé que je ne changerai jamais sur ton compte et que mes sentiments pour toi seront toujours les mêmes que tu m'as vus, et je souhaite avoir le plaisir de te revoir.C'est là où je mets toute ma satisfaction et les vœux que je fais pour moi-même, ne pouvant m'accoutumer à être éloignée de toi, surtout dans un temps où j'aurais grandement besoin de consolation.Adieu, cher fils.Je te souhaite une parfaite santé et que tu aimes ta mère.Bonjour, cher fils.J'en suis restée au moment que nous sommes partis de La Galissonnière qui était le 2 de ce mois.Cè ne fut pas sans regrets de part et d'autre que nous nous séparâmes et, à 10 heures du matin, après avoir bien déjeûné, nous sommes montés dans ces misérables litières.J'étais toujours avec Tilly, mon cher père avec Lisette et la petite avec un officier du vaisseau qui était à La Galissonnière avec nous.Ne sois point effrayé de voir notre chère petite avec un officier.C'est un homme raisonnable: c'est M.Terrasson qui a eu mille attentions pour nous dans la traversée, ainsi que tous les autres.Nous fûmes coucher à Montégue (Montaigu) et le 3, nous fûmes diner à Saint-Fulgean (Fulgent) et coucher à Chandonné, toujours en bonne santé.Le 4, dîner à Tiré et coucher au Poiré (Le Poire).Le 5, dîner à Maran (Marans) et coucher à La Rochelle, où nous n'avons pas été plus savants qu'ailleurs, n'arrivant que la nuit.J'envoyai prier M.Pacaud de nous venir voir pour lui demander quelque argent, ce qu'il fit de fort bonne grace.Et nous partîmes dans le carrosse, le lendemain, et dînâmes au Rocher.Je croyais toujours que la mer me suivait.Et enfin, nous arrivâmes ici à la nuit et eûmes bien de la peine à nous rendre chez M.de Tilly, qui était à Paris depuis quinze jours.Voilà, cher fils, le détail de notre voyage.Je ne sais s'il t'amusera beaucoup, mais j'ai bien du plaisir à te l'écrire.Adieu, cher et aimable fils.Le 15.Je me donnerais, cher fils, pour deux liards, je crois, et me trouver avec toi, car je meurs d'ennui.Etre dans une maison à la glace où il faut monter et descendre toujours, point de feu presque! J'ai fait chercher du bois, mais qu'il est effrayant de payer 24' un cent de bûches qui à peine fait notre demi-corde! Voilà de quoi mourir de faim ou de froid.Mais j'aime mieux aller avec mes vieilles guenilles et me chauffer et manger.J'ai été un peu malade, ce qui m'a privée du plaisir de t'écrire depuis trois jours, d'un rhume qui m'a donné grand mal à la tête et elle n'est pas encore assez assurée pour t'en dire autant que je le voudrais.Adieu, cher fils. ARCHIVES DE QUÉBEC 81 Le 10 janvier.Peux-tu penser, cher fils, quel a été mon ennui depuis que je n'ai eu le plaisir de m'entretenir avec toi ?J'ai eu un rhume qui m'a tourmentée au point que j'ai cru avoir une bonne fluxion de poitrine et je n'en suis pas encore quitte mais, au moins, puis-je te dire quelque chose.C'est bien assurément toute ma consolation, car d'ici je n'en tire aucune.Où est ce temps où je vivais si tranquille et où tu me donnais des soins et des attentions que je n'espère de personne?Si je pouvais encore me flatter d'avoir la satisfaction de te revoir je serais contente, mais je m'imagine n'être plus faite que pour avoir des croix et je crains bien d'être à portée de regretter le Canada bien des fois par les duretés que je vois ici.Adieu, cher fils.Je crois que c'est t\"ennuyer de te faire passer du temps à lire mes chagrins.Le 20.Tout conspire, cher fils, à m'ennuyer dans ce pays.On ne parle plus que de danse, de bals, mascarades, etc.M.de Tilly est arrivé et n'est plus occupé que de la cour, de grandeurs et peu d'attentions pour les siens.Je ne sais comme tout cela pense, mais j'y vois peu d'agrément à espérer de leur part et pense qu'ils voudraient bien nous voir hors de chez eux.Je le voudrais bien aussi et ta fille encore mieux.Il a promis de mener ces demoiselles au bal, mais il faut une robe neuve à celle que j'ai amenée et il n'est pas séant d'aller autrement.J'ai eu beau dire que tout était fort cher et qu'elle n'aurait rien de joli pour ce qu'elle avait vendu, il a fallu donner l'argent qu'elle doit avoir en août prochain des hardes qu'elle a vendues en Canada, pour en avoir une pour le bal.Il parait que je ne sais point la façon dont on doit vivre et que je ne suis qu'une Iroquoise.Je ne dis mot, mais, si je puis être chez moi une fois, je serai bien contente.Je sens qu'il y a de la jalousie de toute façon.Adieu, car je n'ai pas la tête bonne.Je te souhaite le bonsoir.Le 22.Je n'eus pas un moment hier à te rien dire.Je t'ai écrit' par un vaisseau que l'on m'a dit qui devait partir de La Rochelle.On nous fait espérer la Chimin* tous les jours, mais elle ne parait point, dont bien me fâche.Je vois que l'on est à peu près aussi sot ici que dans notre pays pour les visites du jour de l'an, car cela ne finit point.J'en ai vu depuis 20 jours de toute espèce et il faudra rendre.C'est ce qui me fâche le plus, n'ayant point de voiture que des chaises à porteurs.Encore me demandent-ils quinze sols pour aller seulement à la messe! Vois comme je déplore mon sort après avoir eu tant de calèches à ma disposition.Où est le temps que je t'avais ?Tout me revient dans ces moments de tristesse.Le 25.Je n'ai pu trouver un moment à me satisfaire, cher fils.Il a fallu écrire à toute la famille, tant à la tienne qu'à celle de Bégon, de qui j'ai reçu des compliments 82 ARCHIVES DE QUÉBEC «ans fin.J'ai le plaisir d'en avoir souvent de M.de Rostan et de ta soeur.J'ai fait écrire notre petite et elle a reçu des réponses pleines d'amitiés.Le petit frère de Brest lui fait mille caresses dans les lettres qu'il m'écrit.C'est un aimable homme, c'est ton frère: en voilà assez pour moi.Il y a bal demain et toutes les frisures sont en l'air, jusqu'à la petite que M.de Tilly doit mener, car je ne puis me résoudre, n'ayant pas le coeur content, à me produire que quand il le faut absolument et, de plus, je tousse toujours.Mais je ne veux pas que notre chère innocente n'ait pas le plaisir de voir, au moins une fois, ces belles assemblées.Adieu, je vais travailler à l'ajustement.Le 27.Si tu eusses vu ta fille hier, cher fils, tu serais resté comme elle fit à la vue de ce damas couleur de rose que tu lui donnas.Elle était coiffée en cheveux au mieux, avec un corps neuf qui lui fait la taille belle, de bonne grâce, et partit bien contente avec la peine, cependant, de ne savoir point danser et elle revint très satisfaite d'avoir vu une aussi belle assemblée, mais toujours fftchêe de voir des dames aussi barbouillées de rouge qu'il y en a ici.On lui demanda si elle trouvait cela beau.Elle répondit qu'elle avait vu d'aussi belles assemblées à Montréal.Tilly en dit autant, ce qui ne parait pas flatter M\"\" Tilly, car elle est tout enthousiasmée de son Rochefort et de sa seigneurie.Adieu.Le 29.Bonjour, cher fils.Je passai hier ma journée à recevoir des compliments sur la figure de ta fille, car on est ici tout extrême.Je ne puis revenir de t'avoir tant ouï vanter la France et à tant d'autres.Je me repentirais volontiers d'y être, si je croyais que tu fusses longtemps sans y venir, car je ne vois aucune ressource pour moi.Ne voulant point donner dans le monde ni dans la bagatelle, je n'y aurai que bien de l'ennui.Je n'entends parler dans cette maison que de ce qu'il faudrait faire pour gagner du bien, que celui-ci est bien heureux d'en avoir et qu'il n'y a que les gens de rien que l'on favorise.C'est toujours la même histoire et histoire qui m'impatiente souvent, surtout lorsque cela tombe sur certain métier.Adieu, car je ne suis pas trop libre de mon temps: il faut toujours du cérémonial.Bonsoir, cher fils.Le 2 février 1750.Quelle différence, cher fils, d'être ici ou en Canada! Il fait un temps magnifique, c'est tout aussi, car s'il y avait de la neige et des sauvages, ce pays serait tout ce qu'il y a de plus laid.On nous annonce une grande promotion.Deux vice-amiraux, des lieutenants généraux et un chef d'escadre, qui est notre cher M.de La Galissonnière.On lui donne aussi les journaux et est l'un des commissaires nommés pour les limites entre l'Angleterre et nous pour le Canada.On dit qu'il y a deux seigneurs anglais qui doivent venir pour cela incessamment à Paris, ce qui nous éloigne de M.de La Galissonnière pour du temps, selon toutes les apparences. , ARCHIVES DE QUÉBEC 83 II m'écrit de temps en temps, mais je l'aimerais mieux dans cette ville, sentant bien qu'il faudra que j'y reste quelques années par rapport à Bégon, qui n'est point encore d'âge à abandonner à sa conduite.On me le laisse comme une grâce spéciale, étant garde-pavillon, et j'espère que j'aurai bientôt une maison.M.de La Galissonnière en ayant une ici dont il n'a plus besoin, restant à Paris, je lui ai demandé de mè céder son bail qu'il a encore pour deux ans.Adieu, cher fils.En voilà assez.Je t'embrasse.Le 3.On est ici, cher fils, comme en Canada, d'une jalousie terrible.La conversation n'est plus que sur le bonheur de notre marquis d'avoir été fait chef d'escadre.Comme s'il n'était pas du bois dont on les fait! Ses meilleurs amis en raisonnent.Je crois qu'il a pourtant assez travaillé en Canada pour mériter quelque chose.Il a écrit à ta fille une lettre dont elle est enchantée, car il est toujours son Noyan et elle en est folle.Il n'en est pas de même de bien des gens d'ici, car elle ne peut les souffrir.M.de Givry lui a donné une petite La ville pour compagnie, qui est fort aimable par le caractère.C'est la sœur de cette dame Levasseur et de celle à qui tu faisais les yeux doux; ainsi, tu ne seras pas fâchée que ta fille ait une de ses sœurs pour amie.Elles sont toutes très aimables et donnent bien de la jalousie à nos dames, ce qui me réjouit quelquefois.Adieu, car on me demande: visite ennuyante.\u2022 \".*\u2022 ' Bonjour, cher fils.Si tu étais ici, je serais charmée d'y être par le beau temps que nous avons.J'ai eu un bouquet de violettes ce matin et la saison est aussi belle que nous l'avons en Canada à la fin de mai.Mais je ne puis, aimable fils, goûter de satisfaction à rien, étant éloignée de toi qui pourrais faire toute ma consolation.Je me regarde ici tombée des nues, ne trouvant pas plus de secours dans mes proches que dans les étrangers.Que de croix, cher fils! et que je crains que ma pauvre vie ne se passe avec bien des chagrins 1 Encore si j'avais cette misérable Mater, cela me donnerait des moments plus doux.Mais je n'ai personne que mon cher père, à qui je ne dirai point mes peines, crainte de lui en faire; mon fils qui est un enfant et ma chère petite qui n'est pas d'âge à rien exiger: voilà pourtant toute mes ressources.Plains-moi, cher fils, et aime ta mère assez pour te conserver et pour revenir vivre avec elle tranquillement.Adieu.Le 15 février.J'ai cru, mon cher fils, que je n'aurais plus le plaisir de pouvoir m'entretenir avec toi.Nous avons pensé brûler chez M.de Tilly et si ce qui nous est arrivé le jour fût arrivé la nuit, nous étions tous perdus par la cheminée de sa cuisine qui donne dans ma chambre, où il y a une boisure.La cheminée est crevée et fort sale; le feu y a pris et sortait par ma boisure.Juge du délabrement qu'il a fallu faire: abattre une partie de cette boisure et la cheminée, ce qui m'a privée dt te rien dire depuis bien du temps et m'a fort ennuyée, couchant au froid et dans les pierres et le mortier. 84 ARCHIVES DE QUÉBEC Encore, si nous avions la paix, ce ne serait rien, mais nous ennuyons, noua fatiguons et suis aussi bien lasse de cette vie.M.de La Galissonnière m'a mandé de prendre sa maison et, sitôt que j'aurai quelques ustensiles de ménage, je décamperai.Malheureusement, les ouvriers ne sont pas plus hâtés ici qu'en Canada et il y a un mois que j'ai des couchettes et lits de commandés et des chaises de paille avec des lits de cotonnade.Ce sera mon ameublement jusqu'à ton retour, ce que je souhaite avec empressement.Adieu, cher et aimable fils.Aime ta pauvre mère.Le 20.J'ai travaillé, cher fils, tous ces jours-ci à rendre les visites à tout le monde, du moins aux dames, mais c'est avec un cérémonial étonnant.Mm° L'Étenduaire nous a prêté son carrosse et M.de Tilly a bien voulu que ses demoiselles soient venues.La chère petite ne s'est point accommodée de tout cela, car elle n'est point dans son assiette ordinaire lorsqu'elle se trouve seule avec sa tante.J'ai eu des frayeurs dans ces misérables rues, dans ce carrosse, que je ne crois pas que j'y retourne de sitôt, mais il n'y a pas moyen d'aller à pied.Ici, les pavés me tuent les pieds et, si je veux sortir, il m'en coûte mon petit écu pour mon après dîner dans ces misérables chaises à porteurs, où ils ne veulent seulement pas mener cette chère innocente: ce qui fait que je me tiens dans ma chambre volontiers.Plains-moi, cher fils, car je suis à plaindre.Adieu, je te souhaite le bonsoir.Le 10 mars.J'ai bien payé, cher fils, les visites que j'ai faites.J'y ai attrapé un rhume que j'ai cru périr et j'ai encore de la peine à écrire, tant je suis faible, mais je ne puis tenir à l'envie que j'ai de te dire que je t'aime et que je me meurs d'ennui de n'avoir point de tes.nouvelles.On nous en avait promis et je ne vois rien venir.J'aimerais autant être en Canada.J'aurais du moins avec qui parler de toi et me désennuyer.Adieu, cher fils.Toujours des incommodes qui me mettent de fort mauvaise humeur.Le 18 mars 1750.Il m'ennuie grandement, cher fils, de me trouver chez moi.J'y suis enfin de ce matin, mais encore très mal arrangée, ce qui me prive de te dire grand'chose pour le présent avec ce que je suis des plus fatiguées et sans espérance de me reposer encore sitôt, n'ayant qu'un très mauvais torchon de servante qui ne sait rien faire.Je puis dire que j'éprouve toute sorte de croix, ce que je soutiendrais plus volontiers si j'avais espérance de te revoir bientôt, mais je crains que tu ne t'accoutumes où tu es et que tu n'y restes longtemps.Adieu, car je ne puis plus tenir debout, je vais me coucher.Ta fille dort bien tranquillement et est très contente de n'être plus chez sa tante, ainsi que son petit oncle.Adieu.Le 20.Je ne pus te dire un mot hier, cher fils, tout était sens dessus dessous ici.Le ménage de M.de La Galissonnière m'embarrasse plus que le mien, du moins ses meubles étant en plus grande quantité et que j'ai voulu tout serrer avant de m'ar- ARCHIVES DE QUÉBEC 85 ranger.Il me cède sa maison, ne pensant pas qu'il revienne ici qu'en cas d'armement.Tu sais la place qu'il a.Ainsi je ne t'en dirai rien, mais je perds de ce qu'il n'habite pas Rochefort, ce qui serait fort différend pour nous.Je suis également fâchée de ne pas trouver une autre maison, celle-ci étant de 5501 de loyer, ce qui me chagrine grandement, n'étant guère en état de payer cela et pouvoir vivre.Adieu, cher fils.Plains ta mère et l'aime, j'oublierai tout le reste.Adieu.Le 25 mars.Croirais-tu, cher fils, que j'ai eu la complaisance pour ta fille de la mener voir l'enterrement de M.de Saint-Clair qui mourut hier ?Avec tout l'embarras que j'ai, ce n'est pas peu et la peine que j'ai à marcher sur ce pavé.Je commence à m'arranger et espère qu'en quelques jours, je serai plus tranquille.Il faut être cette semaine en dévotion, ce qui recule un peu mes travaux, les ouvriers étant trop dévots.Rien de nouveau, si ce n'est la maladie de M.de L'Étenduaire que l'on dit sérieuse.Adieu, cher fils.Le 26.Il était bien vrai, cher fils, que la maladie de M.de L'Étenduaire était sérieuse, puisqu'il vient de mourir, ce qui m'afflige infiniment.C'était au moins un ami que j'avais et une connaissance ici pour nous qui n'avons plus que M.de Vâudreuil, que nous connaissions particulièrement.Je le vois souvent et il se trouve aujourd'hui commandant jusqu'à nouvel ordre.On assure que ce sera M.de Macnémara qui sera commandant du port.Il parait un très aimable homme, mais je ne le connais point comme M.de L'Étenduaire.C'est une affliction générale.Il était fort aimé ici.Il est mort, à ce que l'on dit, d'un abcès dans les reins qu'il a négligé, ne s'en étant plaint que trop tard.Adieu, cher fils.Je te souhaite le bonsoir.Le 28.Je fus malade hier, cher fils, comme une misérable et dirai comme cette pauvre Cat in, que la dévotion m'est contraire.Les stations de cette ville m'ont tuée et ne peux plus marcher, tant j'ai de mal aux pieds.On enterra hier M.de L'Étenduaire, avec toute la pompe et la magnificence possible, mais cela ne rend rien à MM L'Étenduaire ni à M™ sa fille, qui sont dans une affliction des plus grandes.On est ici comme en Canada: les uns la plaignent, les autres en rient.Pour moi, je partage bien sincèrement sa peine.Je ne veux point t'ennuyer et te souhaite une bonne santé.Adieu.¦ Le 29.Rien de nouveau, cher fils.On est dans la dévotion du jour de Pâques et on n'est occupé que de cela.Dieu veuille que ces Pâques changent bien des cœurs, car il ne laisse pas d'y en avoir d'assez malins, quand ce ne serait que moi.Ta fille, mon cher père, Bégon et moi jouissons tous d'une assez bonne santé.On me fait espérer que Bégon ira avec M.de Macnémara, qui doit commander une escadre; mais on ne sait où elle va, car tout est aujourd'hui plus secret que jamais.Adieu, cher fils.Je te souhaite le bonsoir. ARCHIVES DE QUÉBEC Le 31.Je ne pus te rien dire, hier, cher fils; nous dînâmes en grande cérémonie chez M.de Tilly où ta fille n'était pas pressée d'aller.Elle est plus maligne de beaucoup que tu ne l'as laissée et pour peu qu'elle augmente, ce sera une maligne pièce.Mais elle a de l'esprit et espère qu'elle en fera un bon usage et que la raison corrigera bien des petites malices.Elle fait bon ménage avec son oncle qu'elle aime bien plus qu'elle ne le respecte: ce que j'approuve fort.Adieu, cher fus.Le 1- avril * de La Galissonnière y est allée passer l'hiver avec M' qui travaille toujours à ces limites, mais d'où rien ne transpire.On est plus exact que jamais pour le secret dans toutes les affaires de la Cour; je crois qu'ils font fort bien.Adieu, cher fils.Je suis gelée, car j'écris dans un cabinet sans feu et il fait toujours grand froid.Nous nous portons tous bien malgré cela.Adieu.Le 6.Je viens d'apprendre, cher fils, la mort du duc de Saxe ou le maréchal, qui était à Chambord.C'est là où il a fini ses jours d'une pleurésie et fièvre violente.Ce seigneur sera grandement regretté.C'était un grand général et il avait beaucoup de troupes à Blois que j'ai vu lui être fort attachées: j'entends des officiers à qui je pense que cela fera aussi grand tort.Pour les voisins de Chambord, ils s'en consoleront, car j'ai entendu plaindre bien du monde de son voisinage.Tant il y a qu'il n'est plus et voilà tout ce que je sais pour le présent.Je te souhaite, cher fils, une parfaite santé et que tu aimes autant ta pauvre vieille mère qu'elle t'aime.Adieu.Le 7.Bonjour, cher fils, c'est uniquement pour avoir le plaisir de te dire que je t'aime, n'ayant rien de nouveau à te dire.J'ai eu des lettres de Paris, de Blois, mais rien autre.M.Pluys a bien de la peine à me rendre compte de ce qu'il a touché depuis quelques années et me remet souvent.Ces lettres me coûtent plus qu'elles ne me donnent de satisfaction ainsi que celles de celui qui a nos terres.U me mande que l'on offre 75' du tonneau de vin.Je vais lui faire réponse que j'en veux 1001.Il est du moins juste, s'il est rare, que je me dédommage de la petite quantité.Je ne dégrogne pas contre ces misérables terres qui je prévois ne nous donneront jamais rien, mais ce n'est pas notre faute.Encore si on nous avait laissé du bois, ce serait une ressource, mais il n'y en a point.Adieu, je suis de mauvaise humeur.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 139 Le 8.Nous avons passé, cher fils, une partie du jour en dévotion et le soir nous avons eu le plaisir de voir un de nos pays.Landriève est venue nous voir et me parait toujours très attaché à toi, ce qui, comme bien tu penses, nous attache à lui.Il doit passer quatre ou cinq jours ici, puis retourne à La Rochelle pour attendre les vaisseaux de Canada dans lesquels il espère avoir quelque chose.Tu sais qu'il faisait son petit commerce qui, je crois, lui donne aujourd'hui beaucoup.Il nous a beaucoup parlé de Versailles et des bureaux.Il a été à Paris depuis janvier jusqu'à la fin de juillet, où il dit qu'il a fallu se mettre en beaux habits, afin d'être regardé, et qu'il n'y a que ceux qui paraissent avoir de l'argent qui sont bien reçus.Il parait que M.de La Porte lui a promis sa protection, car il en parait fort content.Nous le ferons causer et je t'en dirai des nouvelles.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir.Le 9.Je n'ai point vu notre petit Landriève aujourd'hui, cher fils.Il \"fait à la vérité un temps terrible.Il a plu à verse tout le jour.Tu sais que je ne haïssais pas cela eh Canada, mais ici je redoute la pluie, parce que notre maison est très mal couverte, mais ce sont des maux sans remède.Si cette maison était à nous, je chercherais à la raccommoder, mais je ne me tourmenterai pas à demander à gens qui ne veulent rien entendre sur aucune réparation; ce qui me fait grandement regretter de n'être pas en lieu d'en avoir une à moi.J'ai passé ma journée avec mon cher père et la petite-fille.Nous avons causé, fait notre leçon et elle nous a lu une tragédie de Corneille.Elle n'aime que cette occupation et point à travailler.Je la laisse faire.Adieu, cher fils bien-aimê.Le 10.Toujours vilain temps, cher fils.Il pleut comme si nous en avions grand besoin.Malgré cela, nous sommes tous en bonne santé.' Je viens d'écrire une lettre pour satisfaire l'officier de M.Landriève.Quoique j'aie un plaisir bien sensible à m'entretenir avec toi, je ne sais si je ne t'ennuie pas par mes riens.Je fais quelquefois ces réflexions et ne puis malgré cela me priver tous les jours de te dire au moins que je t'aime.C'est toute ma consolation.Pensé quelquefois, cher fils, quelle vie je mène ici, seule comme une pauvre malheureuse, car je ne puis tenir cette chère innocente toujours avec moi.Il faut qu'elle se recrée après avoir bien étudié et, pendant cela, j'étudie aussi ce que c'est que le monde.Adieu, j'irais trop loin.Aime-moi et me plains.A Rochefort, le 10 décembre 1750.Je profite encore, cher fils, de l'attention d'un monsieur qui me demande une lettre pour toi.Tu penses bien que c'est me donner un moment de satisfaction que de pouvoir te renouveler les assurances de mon parfait attachement et de toute notre tendresse.Je puis dire \"notre\", mon cher père t'aimant autant que je t'aime.Il me charge de t'en bien assurer ainsi que de te faire mille compliments de sa part. 140 ARCHIVES DE QUEBEC Comme il n'écrit pas aisément, il est privé du plaisir de t'en assurer lui-même.Il se porte à merveille ' et notre chère petite, qui croit toujours beaucoup et qui s'ennuie comme nous d'être si longtemps sans avoir de tes nouvelles et sans savoir quand nous aurons la consolation de te revoir.M.Landriève est ici depuis deux jours qu'il a presque passé avec nous et avons bien parlé de toi.Il revient de son pays après avoir passé sept mois à Paris.U ne me parait point avoir du tout envie de retourner en Canada et aimerait bien mieux servir ici où il voudrait être écrivain principal.Il a de l'argent et s'il en veut donner il réussira; c'est par là que tout s'arrange en ce monde, à ce qu'il m'a dit.Et il me disait hier que tu aurais grand tort de ne pas faire tes affaires où tu es, puisque personne ne se fait de mystère de faire des commerces ouverts de toute espèce; et on regarde au bureau bien fous ceux qui font autrement et qui font manger leurs biens.Voilà comme Landriève m'a dit qu'ils parlaient tous.Ainsi, profite donc, cher fils, de leurs leçons et travaille en conséquence afin de revenir bientôt rejoindre une mère qui ne peut s'accoutumer à être séparée de toi, un papa qui meurt d'envie d'être réuni avec toi, une fille qui ne respire qu'après \"sa chère mine\" et qui soupire toujours après ce cher père.C'est tout ce que nous sommes pour le présent, car Bégon n'est point encore de retour et n'espère le voir qu'à la fin de janvier.Nous n'avons encore aucune lettre de Canada.Juge si je suis bien contente, surtout lorsque je vois qu'il y a plusieurs personnes qui me doivent et que j'ai, je t'assure, besoin de ces ressources ici où la vie est d'une cherté terrible, quoique je n'use que des viandes de boucherie et quelques poules pour mon cher père, que je voudrais ne point mettre dans le cas de regretter le Canada, ce que j'ai bien de la peine à faire, car il, n'a de plaisir que quand il voit quelqu'un de ce pays et qu'il en peut parler.Pour moi, je cherche à l'oublier, car on m'y oublie volontiers; c'est ce que fait tout le monde de ceux qui ne sont plus bons à rien.Je ne puis te rien dire de ce pays, cher fils.Tout y est fort tranquille.On est dans l'attente d'une grande promotion.Je ne sais si cela aura effet.On dit que M.de Tilly aura le gouvernement de 111e Royale.Je sais qu'il l'a demandé, mais il nous dit que non et parait le mépriser beaucoup, ainsi que tout ce qui est et a été des colonies.Nous nous voyons toujours à l'ordinaire, mais je ne vois que rarement la fille que j'ai élevée.Sa mère la trouve maussade et sans éducation, ce qui me donne des louanges comme tu vois; mais j'en ris et plains la petite créature qui pensait, en me laissant, que tout lui rirait et qu'elle n'aurait plus rien à souhaiter.Ne fais, je te prie, mine de rien lorsque tu leur écriras, car ils me disent souvent, avec un air de protection, qu'ils t'aiment et que tu es un bon garçon et un bon cœur, et je ris à leur nez volontiers.Je vois souvent M.deLisardais père qui est le bon ami de M.de La Galissonnière, M.et Mn* de Voutron et MM.de Vaudreuil, père et fils, qui sont toujours nos amis.Je t'exhorte, cher fils, à bien vivre avec celui avec qui tu es et de sacrifier quelque chose, puisque ce doit être toute ta ressource pour la compagnie.Je te recommande encore dé conserver ta santé qui m'est infiniment chère et de me donner de tes nouvelles par tous les vaisseaux qui partent.Un mot me suffit pour me tranquilliser.Je te recommande le petit La Morandière et te prie d'être persuadé de toutes mes attentions pour ta fille et de toute notre tendresse.J'ai eu dés nouvelles de mon cher Villebois qui se porte bien et apprend de même. ARCHIVES DE QUÉBEC 141 Adieu, mon très cher fils.Aime ta pauvre petite mère, qui est la plus tendre qui fut jamais.(s.) Rocber Bégon.(D'une autre écriture) Mon très cher père, Quel plaisir de pouvoir vous écrire! Mais, cher mine, il y a plus de quatre mois que je n'ai eu le plaisir de recevoir de tes nouvelles: ce qui me fâché beaucoup, mais j'espère que, pour mes étrennes, je recevrai de vos lettres.Cher mine, oh! il n'y a point d'étrennes qui pussent autant me flatter! Nous avons reçu, il n'y a pas longtemps, des nouvelles de mon frère.Il se porte bien.Je vous prie, mon cher père, d'envoyer vos vieux bas de soie pour m'en faire.Maman aime beaucoup à tricoter.Adieu, cher mine.Je suis avec respect, mon très cher père, votre très humble et très obéissante, soumise fille et servante.(s.) Villebois.Le 11.Je viens encore, cher fils, de t'écrire une pauvre petite lettre par M.Grand-champs, qui est encore à La Rochelle et M.Landriève s'est chargé de lui remettre.Il part demain matin pour aller attendre, à ce qu'il dit, l'arrivée des vaisseaux de Canada que je trouve trop longs à arriver par le besoin que j'ai de quelque ressource que j'espère de ce pays, parce que j'ai laissé bien des choses dont je ne suis pas payée, ce que j'espère recevoir cette année.Il me prend, cher fils, des moments d'ennui si grands que je ne sais à qui m'en prendre et mes pauvres yeux en sont les victimes, car je n'ai personne à qui je puisse rien dire et cache à mon cher père tout ce qui pourrait le chagriner, par la crainte où je suis toujours qu'il ne se repente de la complaisance qu'il a eue de laisser un pays où il était sûrement mieux qu'ici.Pour moi, qui n'avais pas plus de consolation à attendre d'un côté que de l'autre, je ne le regrette point.Il n'y a que ma maison que je regrette souvent et ma pauvre Charlotte, car je suis fort mal servie en tous points.C'est bien pour le coup que je m'oublie en te contant tout ce que j'ai sur le cœur.Adieu, cher fils.En voilà trop assurément! A Rochefort, le 11 décembre 1750.J'avais oublié tout à fait le nom, cher fils, de l'officier qui m'avait demandé une lettre pour toi ici et M.Landriève, qui l'a vu à La Rochelle, s'est chargé de me la demander.U faut que cet honnête homme ait besoin de ta protection: il a trop envie de te porter de nos nouvelles qui, grâce au Seigneur, sont toujours bonnes, étant tous en parfaite santé! Mon cher père est actuellement à se promener.Le beau temps est revenu.Dieu veuille qu'il dure! Ta fille est toujours la même, maligne comme tu l'as vue, et dans de grandes espérances d'aller au bal.Elle danse assez bien le menuet et commence les contredanses qui la flattent beaucoup plus.Nous aimons grandement l'ajustement et à paraître.Cela est de son âge.Elle en a autant qu'elle peut en avoir et plus que tous les enfants d'ici.Elle se fait une grande fête de voir son oncle 142 ARCHIVES DE QUÉBEC de Brest, M.le contrôleur.Elle l'aime beaucoup et lui de même, je crois.Elle serait très flattée de voir ses tantes et M.de Rostan que nous irons voir l'été prochain, s'il nous prie bien fort, car je n'ai encore rien vu de pressant.On dit ici partout qu'il y aura une grande promotion dans la plume et l'épée, mais de quoi cela me servira-t-il si mes chers enfants n'y ont point de part ?Tu penses bien que tu es le premier de ces enfants qui me sont ri chers.Ce que je souhaiterais pour toi, cher fils, serait la place qu'occupe M.de Rostan, s'il voulait laisser le service de la façon dont on en parle.C'est tout ce qu'il y a de mieux et fort au-dessus des intendances de marine.Si je le vois, je n'en partirai point sans l'avoir tête sur cet article.Tu penses bien que ce sera avec les précautions convenables et si légèrement qu'il ne pourra s'en scandaliser.J'y aurais été plus tôt si je n'eusse craint d'incommoder mon cher père qui n'est point du tout d'humeur à rester avec M.de Tilly, dont les façons ne s'accordent point avec les siennes, joint à ce qu'il en coûte infiniment pour voyager, sur quoi j'aurais passé plus tôt que sur l'autre article.Nous vivons bien tranquillement, mon cher père, la petite et moi, comme nous faisions en Canada: dîner à midi et souper à sept heures, coucher à dix et lever à six, pour moi, \u2014 car mon cher père et la petite, ce n'est qu'à sept qu'ils s'éveillent, \u2014 et nous sommes toujours de bon accord surtout lorsque nous étudions comme il faut.Tu vois que nous ne faisons pas de progrès dans l'écriture.Ce n'est pas ma faute.Cela viendra avec le temps.Je ne sais rien, cher fils, qui puisse t'amuser.Les dames d'ici dansent et jouent tant qu'elles veulent et visitent avec beaucoup de cérémonial.Je leur rends, mais on ne m'a priée d'aucune fête, dont je suis fort aise, ne me sentant pas d'humeur à leur rendre.Je vois souvent des officiers, surtout M.de Lizardais, bon ami de La Galissonnière, MM.de Vaudreuil, Voutron et plusieurs autres; pour femme, il n'y a que Mm* Latournerie qui vient avec son ouvrage souvent: c'est une aimable femme.Je vais souvent chez M.de Tilly, mais je ne les vois guère ici.Ma sœur est toujours malade; ses filles ne sortent point et lui aime mieux aller faire sa partie que de me venir voir, dont je ne suis je t'assure point fâchée.Je suis aujourd'hui plus insensible que jamais à tout ce que l'on peut me faire en ce monde, surtout quand cela tombe sur des personnes qui ne me donnent pas occasion d'y être aussi attachée que je le devrais.Je ne digère pas aisément la façon dont ils me récompensent des peines et soins que j'ai eus de leur fille et ce qu'elle m'a coûté.A peine leur permettent-Us de venir me voir tous les quinze jours en revenant de la messe, le dimanche.Mais que cela ne t'altère point contre eux.Ne leur en témoigne rien, je t'en prie.Je te demande un mot de recommandation pour ton oncle et tes sœurs de qui j'ai plus reçu d'amitié par lettres que des miens de Rochefort.Adieu, cher fils, mon cher père te fait mille compliments et amitiés.Ta fille et lui se portent au mieux.Elle est allée voir sa bonne amie, M\"* Victoire, sœur de ta bonne amie, Mm\" Le Vasseur.Je te demande de conserver ta santé et d'être bien convaincu que je serai toute ma vie ta tendre mère.(s.) Rocber bégon.(D'une autre écriture) Cher mine, je suis bien charmé d'être encore à temps de t'assurer de mon attachement respectueux.Je ne serai contente que quand je recevrai de vos nou- ARCHIVES DE QUÉBEC 143 velles.Mon cher père, je suis, avec un très profond respect, mon très cher père, votre très humble et très obéissante, soumise fille et servante.(S.) BÊGON VlLLEBOIS.(Au-dessous, de l'écriture de Mm« Bégon) Tu vois cher fils, que ton trésor se porte bien, mais qu'elle n'apprend guère, et moi que j'ai toujours envie de te dire quelque chose, car je ne puis cacheter sans t'assurer encore que je suis et serai toute ma vie ta tendre et bonne mère.(s;) Rocber Bégon.Mon cher père te fait de nouveau mille amitiés.Nous te recommandons le petit La Morandière.Bien des choses à M.et Mm* de Vaudreuil de notre part.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre petite mère autant qu'elle t'aime et tu travailleras à la revenir joindre.Adieu.Le 12.Je suis piquée au vif, cher fils.Comment, tu as une mère qui ne respire que pour toi et tu ne lui écris point 1 Je vois à M.de Vaudreuil des lettres de son frère et mon fils, mon cher fils m'oublie! J'ai passé difficilement l'arrivée de Bosserons, parce qu'il me dit qu'il était parti avec d'autres, mais tu connais mon cœur et ne devrais pas, ce me semble, me donner de pareilles inquiétudes.Je sais que tu n'es pas paresseux, que tu écris aisément.Que veux-tu que je pense, cher fils ?Que tu es malade.On me dit que tout le monde se porte bien.Il faut que tu en sois du nombre; n'étant pas un zéro en ce pays là, on parlerait de toi ai tu étais malade.U faut donc penser que tu n'as pas le temps de me mettre sur un morceau de papier: je me porte bien et je t'aime.Tu crains peut-être de mentir sur l'un de ces articles, c'est ce que je crains, mais tu n'es pas si délicat.Ainsi, il n'y a donc que la paresse qui me prive du seul plaisir que j'espérais avoir plus souvent en venant ici.Va, je me vengerai, et ne t'écrirai aussi que par un vaisseau tous les ans et battrai ta fille pour me payer de toute la peine que tu me fais.Adieu, car tu n'auras pas plus de plaisir à lire qu'à écrire.Je te souhaite une bonne santé.Adieu.Le 13.Tu vois, cher fils, que je ne suis pas plus capable aujourd'hui de garder de rancune contre toi que je ne l'ai fait par le passé.Je croyais hier ne pouvoir jamais te pardonner, mais on me persuade que ce vaisseau est parti avec quelque autre et que tu auras écrit.Si je n'avais autant de disposition que j'en ai à toujours vouloir t'excuser, je ne serais pas si persuasive, mais tu connais ta mère et ne puis changer sur compte, ce que je voudrais quelquefois essayer de faire, car je serais plus tranquille si tu pouvais m'être moins cher; mais c'est ce qui ne se peut.Adieu, cher fils.En voilà plus que tu ne mérites.Je ne sais rien de nouveau.1 144 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 14.J'ai pour toute nouvelle à te dire, cher fils, que ta fille vient de se coiffer un bonnet pour la première fois et qu'il n'est point trop mal, dont elle est fort contente.Elle se porte toujours fort bien ainsi que mon cher père qui, comme moi, est fort impatient de savoir des nouvelles de Canada, surtout de ce qui nous intéresse, car pour du reste, je ne m'en embarrasse en vérité plus et serais fort heureuse si tu étais un peu plus près de moi.C'est là où je borne mes souhaits.On m'assure que ton pays devient meilleur, ce qui me fait espérer que tu en profiteras et que tu te mettras bientôt en état de rejoindre une famille qui t'est fort attachée, surtout ta pauvre mère, ton papa et ta fille, qui soupire grandement, et moi aussi de ton absence.Adieu, cher fils.Je t'aime malgré tout ce que tu me fais.Adieu.Voici des lettres que l'on m'envoie du Canada A Rochefort, le 4 février 1751.Je profite avec plaisir, mon cher fils, de toutes les occasions qui viennent à ma connaissance pour te donner de nos nouvelles, bien persuadée qu'elles t'en font autant que j'en ai à t'écrire; mais cette fois c'est trop à la hâte, n'ayant que fort peu de temps, et seulement pour te dire que mon cher père se porte bien à présent, car il m'a donné pendant un mois des inquiétudes mortelles.Il a eu un gros rhume sur la poitrine avec beaucoup de fièvre.Tu sais, cher fils, qu'il n'aime pas les remèdes qui conviennent à ce mal.MM.Dupuis y ont donné toute leur attention et le Seigneur a bien voulu me le laisser pour ma consolation.Il te fait mille et mille amitiés.Ta chère petite est actuellement au bal.C'est pour la seconde fois cette année qu'elle y va avec M1** Le Vasseur et sa petite sœur qui est toujours sa bonne amie.Si elle revient assez tOt, je lui ferai mettre un mot dans ma lettre, mais je ne te réponds de rien.Elle est toujours fort aimable et maligne à proportion.Elle a reçu des lettres de ta sœur et de M.de La Galissonnière, qui la flatte beaucoup.J'en eus hier de ton oncle qui a fort envie de la voir.Si mon cher père se porte bien ce printemps, je compte la mener les voir.J'aurai autant de plaisir qu'elle à faire connaissance avec ta famille, qui me devient aussi chère que la mienne.Il y a un mois que nous attendons M.le contrôleur de Brest.Je crois qu'il n'y viendra que le plus tard qu'il pourra.Il fait la revue des classes.Je suis si fâchée du peu de temps que je ne te dis pas ce que je voudrais, car je voulais commencer, mon cher fils, par te dire la peine et l'inquiétude que me donne ta maladie, puisque tu ne peux m'écrire de ta main.Ah! cher fils, qui a soin de toi, et est-il bien vrai que tu te portes mieux ?Ta chère sœur veut bien m'en assurer, mais je crains toujours et n'ai pas voulu dire à mon cher père que ce n'était pas de ton écriture que la lettre que j'ai reçue.Je lui ai également caché ce que tu me mandes de La Morandière, que je te recommande de châtier comme ton enfant et de ne le point ménager.Nous t'en aurons toute l'obligation possible.Il est bien malheureux pour nous que cet enfant ait été élevé comme on a fait.Mon cher père l'a vu dans le vaisseau assez de temps pour en faire de vifs reproches à son père, mais tu les connais et nous sentons que tout ce que tu fais pour lui n'est que par rapport à nous.Aime-nous assez, aimable fils, pour lui continuer tes bontés. J'ai presque toutes les semaines des nouvelles de mon cher Villebois qui se porte bien et dont on est fort content.Je lui ai fait payer un carrosse pour faire ses visites à M.de Toul, qui est venu à Paris trop tard, car, s'il y fût venu pendant que j'étais à Blois, j'aurais été le voir.M.de La Galissonnière m'a mandé qu'il avait eu l'honneur de dîner avec Villebois chez M.de Toul et qu'il en était fort content.C'est un parent rare pour le bon cœur ainsi que M.de Toul.J'ai eu bien de la satisfaction du voyage que Bégon, ton frère, vient de faire.M.de Macnémara en a fait l'éloge au ministre, et tous les officiers en sont très contents et m'en ont dit mille biens.Il fait toujours très bon ménage avec notre chère petite.Ils s'aiment tendrement tous deux.Tu penses bien, cher fils, que mes vœux pour toi n'ont point de borne et qu'avec l'année, je les ai tous renouvelés car, pour augmenter, tu connais mes sentiments pour toi; ne changeant point, il serait très difficile qu'ils puissent s'étendre plus loin.Je te demande pour étrennes la continuation de ton amitié pour moi et pour toute ma famille, dans le nombre desquels je mets mes chers petits enfants.Là petite fait toujours fort bon ménage avec M.de Givry.Il dit que tu as tort de te plaindre, parce qu'il t'a écrit par toutes les occasions.Je ne le crois pas trop content de se trouver sous M.Le Normand.Aussi passe-t-il son temps presque toujours à sa campagne.Je ne te dirai point de nouvelle car je ne sais rien.J'ai prié M.de Vaudreuil de mander à son frère de te faire part de celles qu'il aura.Il y a près de trois mois que je n'ai sorti et n'ai pas vu beaucoup de monde, mon cher père ayant été près de deux sans pouvoir le laisser, ni ne lui laisser entrer dans sa chambre que les utiles.Je n'ai vu que M.de Lizardais quelquefois, le bon ami de M.de La Galissonnière, qui m'a amené ces jours ici un homme pour mettre ta fille en état de t'écrire en latin.Comme ces deux amis n'aiment que ce que l'autre aime, ils aiment tous deux cette chère petite.Je compte lui faire faire des visites partout au premier beau jour, car il n'a cessé de pleuvoir depuis la Saint-Martin.Tu auras su toutes les plaintes de Canada.C'est un pays bien dérangé.Sabrevois, Bleury et Deschambault sont à Paris.Ils ont été quelques jours ici.Les trois demoiselles Desaulniers, que l'on a chassées du Sault, sont venues s'établir à La Rochelle et le vaisseau dans lequel elles ont passé s'est jeté à la côte de l'Ile d'Olé-ron, coulant bas, de façon qu'elles ont perdu une partie de ce qu'elles avaient.Leur frère Dufy était avec eues, qui compte venir s'établir ici dans peu d'années.Je crois que ri ceux qui y sont y restent longtemps, que tous les marchands en sortiront.Le père Tournois a été aussi de la défaite du Sault.On dit que c'est une pitié de voir ce village: il n'y a plus de messe ni prêche.On ne connaît plus que l'eau-de-vie que l'on donne en abondance.Mater me promet de venir, mais je n'en crois rien.' On dit ici que ton oncle a envie de laisser; j'ai pris là-dessus lés précautions que je pouvais et j'ai bien prié tes cousins, ri cela était, de ne te pas laisser perdre cette place où je t'aimerais beaucoup mieux qu'où tu es.Pense, cher fils, que je ne t'oublierai assurément point.Tu m'es trop cher.On dit aussi une promotion, mais elle ne vient point.De plus, elle m'intéresse si peu que je ne m'en soucie guère.M.et M™ de Tilly sont toujours à l'ordinaire, leurs enfants, de même.Je les vois lorsque j'y vais.Ils ont été plus exacts pendant la maladie de mon cher 10 146 ARCHIVES DE QUÉBEC père.La Canadienne passe je crois mal son temps et regrette et se repent de l'empressement qu'elle avait de venir ici où il s'en faut qu'elle ne soit comme avec moi.Adieu, cher et aimable fils.Conserve je te prie ta santé pour une mère et des enfants, à qui tu es bien cher, ainsi qu'à mon cher père.Donne-moi de tes nouvelles et aime celle qui ne peut s'accoutumer à être séparée de toi et qui sera toute sa vie ta tendre mère.(s.) Rocber Bégon.(D'une autre écriture) Mon très cher, Que j'ai été fâchée quand je sus que vous aviez été malade! J'aurais bien voulu être auprès de vous pour vous rendre quelques services.U faut venir en France cher mine, du moins nous ne serons aucun séparés.J'ai un maître de latin.Revenez, je vous en prie, mon cher père, car si je suis encore longtemps sans vous voir, je mourrai.Le 18 février 1751.J'ai eu le plaisir de t'écrire, il y a quelque temps, par un vaisseau qui va te mener encore des troupes, mais depuis ce temps j'ai encore eu mon cher père malade.Quelle croix pour moi, cher fils, d'être ici pour ainsi dire seule, accablée de peines et sans consolation que des enfants! Car, quoique ta fille ait de l'esprit, c'est une enfant, et son oncle ne l'est pas moins.Que d'alarmes mon cher père me donne! Car il ne se rétablit que fort peu.Je t'ai mandé ce qu'il avait eu et ne te le répéterai point, car je suis harassée de fatigues et ne sais rien d'amusant.Il y a eu quantité de bals ici où notre petite a été comme je te l'ai marqué.On s'efforce,à se divertir.Pour moi, je n'en ai plus, car il y a un siècle que je ne t'ai écrit, ce qui faisait tout mon plaisir.Je crois que je ne suis pas faite pour avoir de satisfaction en ce monde.On attendait beaucoup de nouvelles par le retour de M.de Macnémara.Il est arrivé et on nè sait rien.Tout est mystère.Sabrevois est à Paris avec son frère Bleury, qui m'a mandé qu'il postulait la majorité des 3 Rivières, mais qu'il ne savait s'il réussirait.M.D'Echambaul (Deschambault) y est aussi, député du commerce de Canada, et ne sais ce qu'il y fait.On ignore encore celui qui doit aller à l'Ile Royale, gouverneur à la place de M.des Erbiez (Herbiers) qui a demandé à revenir absolument.J'ai eu des nouvelles de ton fils qui se porte toujours bien, ainsi que sa soeur.Son oncle aurait grande envie qu'il fût un vaisseau du Roi dans ton pays; il dit qu'il ferait l'impossible pour t'aller voir.J'en suis fort contente.C'est un enfant fort doux et fort attaché à nous tous, car il t'aime autant que nous.On m'a mandé que M.de Toul avait beaucoup caressé Villebois et qu'il l'aimait de tout son coeur dont je suis extrêmement flatté.Adieu.Je te souhaite une meilleure santé, car je crains toujours l'air de ton pays.Adieu, cher fils.Le 19.Je viens de voir, cher fils, un officier irlandais qui va dans ton pays et qui m'a demandé des lettres pour toi, ce que je lui donnerai fort aisément, n'ayant d'autre ARCHIVES DE QUÉBEC 147 satisfaction que les moments que je passe à m'entretenir avec toi.Ainsi juge combien je suis mortifiée lorsque je ne le puis faire.Je n'ai pu, cher fils, te rien dire dans le temps de Canada.Mon cher père était trop malade et j'ai encore des lettres à lire.Je me suis contentée dans le temps de les décacheter et de voir de qui elles étaient.C'est de tout Montréal et beaucoup de Québec qui tous regrettent infiniment M.de La Galissonnière.Pour moi, je le trouve beaucoup mieux où il est, surtout nous aimant tous autant qu'il fait.Les pauvres demoiselles Desaulniers se sont retirées à La Rochelle après avoir été chassées du Sault, ainsi que Toroyongo, qui est resté à Québec.Ces pauvres filles s'étaient embarquées sur le Lys, vaisseau marchand qui, en partant de Québec, faisait 5 pieds d'eau, de façon qu'ils ont été trop heureux de trouver l'Ile d'Oléron pour se jeter à la côte, où elles ont perdu et leur frère Dufy qui était avec eux, une partie de ce qu'elles avaient.C'est lui qui me l'a dit.Ayant été un jour ici avec nous, il m'a conté bien des choses de notre pays qui me font remercier Dieu d'en être sortie.Rigaud est venu dans un vaisseau marchand avec Deschambault, et Sabrevois et Bleury dans un autre encore.Le pauvre Sacépez (Sacquespée) a eu la jambe cassée dans le naufrage du Lys et on a été obligé de lui couper au-dessus du genou.M.Goguet avait deux enfants dans ce vaisseau qui n'ont point eu de mal.Adieu, cher fils.En voilà assez pour une tête aussi fatiguée que je l'ai.Aime ta malheureuse mère.Adieu.Le 20.Je viens de recevoir, cher fils, des lettres peu satisfaisantes quoiqu'elles m'apprennent de tes nouvelles.Pour la première fois de ma vie, j'ai souhaité que tu eusses oublié à écrire, puisque celles que tu écris contre M.de Vaudreuil peuvent te faire assurément un grand tort.Tu te plains amèrement de vétilles et de choses dont tu ne devrais point parler qu'à lui, ri tu y es si sensible.Mais, cher fils, écrire.Je ne te reconnais point, je ne t'ai point vu ces petitesses.Y aurait-il quelqu'un à te pervertir, de façon à te faire un tort considérable?Puisque dans le même moment que tu te plains, M.de Vaudreuil fait ton éloge en termes des plus obligeants.Je te vois, dans tes moments d'impatience, dire qu'il ne peut écrire autrement.Mais, cher fils, s'il était aussi vif que toi et qu'il ne fit pas plus de réflexion, n'aurait-il rien à dire?.N'écris jamais dans ton premier mouvement.Je sais comme tu le fais et tu peux te vanter de donner du chagrin aux meilleurs parents qu'il y ait au monde et à la mère la plus tendre qu'il y ait.Ne va pas t'a viser de rien dire de ce que je t'écris, puisque ce serait commettre ceux qui me le mandent, et tu sais à qui tu te plains.Ainsi, je te prie très instamment de ne pas seulement faire aucune mine de ce que je te mande.Je sais que tu dois être grondé, peut-être un peu trop tendrement, par celui qui m'écrit, mais il me prie de te faire sentir tout le tort que tu te fais en faisant des plaintes sur des petitesses telles que celles que tu exposes.Si je n'avais une occasion aussi sûre, je n'aurais osé te marquer ceci, mais, en vérité, mon cher fils, ne me donne donc plus de chagrin.Tu sais que je ne t'ai prêché autre chose que de tout sacrifier pour bien vivre avec M.de Vaudreuil de qui la protection est plus puissante que jamais.Ne pense point que ce soit par eux que je le sais.C'est de bonne source que je tiens ce que je te dis.L'estime que ta mère s'est acquise dans le pays lui donne la confiance et 148 ARCHIVES DE QUÉBEC l'amitié de personnes qui peuvent beaucoup.Je ne puis t'en dire davantage; mais un peu de réflexion, je te prie, et tu auras autant de peine d'avoir écrit que ceux qui s'intéressent pour toi en ont.Adieu.En voilà peut-être plus que tu n'en voudrais, mais tu me touches de trop près pour te cacher des choses aussi essentielles, et tu dois m'en aimer davantage, puisque si tu m'étais moins cher, je ne te dirais rien et rirais, comme l'on fait peut-être en ton pays, des faiblesses d'autrui, en les flattant à tort et à travers.Adieu, cher fils.Aime ta mère qui t'aime plus que tu ne l'aimeras jamais.Le 21.J'ai reçu une lettre de M.Goguet qui me demande un ordre pour faire embarquer du vin de Champagne pour toi, et quelques autres liqueurs.Que tu es fol, cher fils, de faire boire où tu es du vin de Champagne ! S'il n'eût pas été le dimanche gras, j'aurais été chez M.l'intendant lui demander cet ordre, car ils ont réparé l'oubli qu'il avait fait de moi et m'ont traitée avec des attentions peu communes et ta fille.Mon cher père n'en a pas pu profiter, parce qu'il n'est point encore en état de sortir.U a beaucoup de peine à se rétablir.La saison, à la vérité, n'est pas jolie; au contraire car nous avons un hiver des plus vilains.Il a plu depuis la Saint-Martin jusqu'au 15 de ce mois et, depuis ce temps, il fait froid comme en Canada presque, dont bien me fâche car on ne se chauffe ici qu'à grands frais et il en coûte beaucoup; mais c'est aussi notre principale dépense car, du reste, rien n'est plus succinct dans la maison.Juges-en puisque je n'ai seulement pas un chétif miroir, pas même de toilette, qu'un petit, grand comme la main dont ta fille est quelquefois bien fâchée car elle ne-hait pas à se voir.J'ai reçu une lettre de Sabrevois qui me mande qu'il postule la majorité des 3 Rivières,\u2014je te l'ai déjà dit,\u2014et on m'assure que d'Eschambault (Deschambault) ne fait rien que charer ( ?) au lieu de travailler à ce qu'il voulait faire.On ne sait encore rien de tout ce qui regarde le Canada.Le petit Landriève voudrait bien n'y point retourner sous les ordres de M.Varin.Je ne sais s'il pourra s'arranger autrement.Il a été à Bordeaux et m'avait demandé une lettre pour mademoiselle ta sœur (avec laquelle je suis par lettre fort joliment.Reste à savoir si, en me connaissant, elle ne changera point).Je lui avais donné et il m'en fait de grands remerciements, n'attribuant qu'à ma recommandation les politesses qu'il a reçues de M.de Rostan et ses demoiselles, dont il est enchanté.Je n'ai point eu de nouvelles de ton frère le contrôleur.Il est toujours dans les quartiers de Bordeaux pour les classes.Il devait venir ici en janvier, mais il n'y sera, je crois, pas en février car il s'avance et il ne parait point.Je crois qu'en voilà assez.N'es-tu point fâché de ce que je t'ai mandé hier et n'as-tu pas grogné contre moi?Pense, cher fils, que, si je t'aimais moins, que je ne serais point aussi sensible que je le suis à ce qui peut t'arriver et à ce que tu peux occasionner par tes mouvements d'impatience, car tu n'as que ce premier mouvement, je le sais; mais ne te fâche point et me laisse te prier de ne jamais écrire dans ces temps, car je suis malade de la peine que m'a faite la répétition de tes lettres, et celle que l'on me marque avoir de l'impression qu'elles peuvent faire sur l'esprit du ministre.Adieu.Sur toute chose ne dis rien de ceci à qui que ce soit. ARCHIVES DE QUÉBEC 149 Le 22.Je ne pensais pas, cher fils, que le vaisseau sur lequel s'embarque le capitaine qui m'est venu demander une lettre pour toi dût partir si tôt.Je ne t'enverrais pas ce papier blanc mais, puisque j'ai commencé à t'y dire mes derniers sentiments et que je ne veux pas les recommencer, il faut qu'il parte.C'est un monsieur irlandais qui est très recommandé de tout ce qu'il y a de mieux à la Cour.Je te demande de lui rendre service, si tu eh trouves l'occasion.Je connais ton cœur: ainsi, je crois ne point manquer en l'assurant que je suis persuadée que tu feras en toute occasion voir que mes recommandations ne sont point inutiles.Mon cher père et ta fille se joignent à moi pour te recommander Rocbert.Ce que tu m'en écris me donne bien du chagrin.Il est bien fâcheux que cet enfant ne profite pas des bontés que tu as pour lui.J'espère, cependant, si tu veux le traiter avec sévérité comme un enfant qui t'appartient, que cela pourra changer, en le châtiant comme il faut.Mon cher père t'en prie comme nous.Il n'est point encore en état d'écrire et il me charge de te faire mille amitiés de sa part et de t'assurer qu'il serait content s'il pouvait avoir le plaisir de t'embrasser encore.Ici, le petit est toujours en bonne santé et la petite qui fait toute notre satisfaction et notre consolation, ainsi que son oncle dont j'ai lieu d'être fort contente par sa conduite.M.et M™ de Tilly sont toujours avec une santé assez délicate.Il est, lui, enrhumé depuis près de trois mois et elle, toujours dans le même état dont j'ai peine à croire qu'elle revienne.Notre Canadienne est à peu près de même pour sa maladie, mais elle n'ose se plaindre.On n'a rien voulu faire pour sa guérison.Les autres sont comme tu les as vus.Tout cela vit d'un grand cérémonial avec nous.Ton ami, M.de Givry.est toujours avec les jeunes dames ou à sa campagne.Il ne me parait pas flatté de son état.Je ne sais rien de nouveau.On ne sait encore rien des arrangements pour les colonies, mais il parait, par le monde qu'on envoie dans la tienne, qu'on veut la peupler grandement car on embarque des familles sur tous les vaisseaux qui partent: ce qui te donnera augmentation d'ouvrage, sans doute.Il faut finir, cher fils, et te dire adieu jusqu'au départ de quelque autre vaisseau car je n'en manque point, lorsque je le sais, car je ne suis pas ici comme en Canada, il s'en faut de beaucoup! Mais je serais contente si je voyais espérance de te revoir bientôt: occasion que je ne perdrai assurément pas lorsqu'elle se trouvera, sois-en bien persuadé, mon cher fils, puisque je ne vis que pour toi et ma chère petite, dont je te prie de n'avoir aucune inquiétude.Elle est en parfaite santé et dort fort tranquillement.J'écris à minuit parce que le monsieur doit partir pour La Rochelle à la pointe du jour.Il ne me reste qu'à te prier de conserver ta santé qui est ce que j'ai de plus cher et de travailler à sortir le plus tôt que tu pourras de ce vilain pays à sauvages.Bien des respects et compliments à M.et M™ de Vaudreuil, persuadée que tu vis toujours avec eux bien en apparence, ce que je te recommande encore, mon très cher fils, et t'embrasse mille et mille fois de tout mon cœur en rassurant que je serai toute ma vie ta tendre mère.(s.) Rocber bégon.Aime-moi autant que je t'aime et me donne de tes nouvelles.Surtout, conserve la paix et ta santé et n'écoute point les mauvais langages qui ne tendent qu'à la désunion partout. 150 ARCHIVES DE QUÉBEC Adieu encore une fois, mon très cher fils.J'oubliais de te dire que M™ Le Normand, notre intendante, m'a paru être de tes bonnes amies.Elle m'a beaucoup parlé de toi.Adieu.Mon très cher père, Que je suis fâchée! Il y a longtemps que nous n'avons reçu de vos nouvelles, et la dernière fois vous mandiez que vous étiez malade.Cher mine, ne restez pas dans ce vilain pays.On y est toujours malade.Je mourrai de chagrin si vous ne venez pas.Nous sommes donc revenus du Canada pour ne vous point voirl J'ai beau vous prier, mon cher père, de revenir, vous ne revenez point I Vous ne nous aimez plus, puisque vous restez toujours au Mississipi.Adieu, cher mine, je suis avec un très profond respect, mon très cher père, votre très humble et très obéissante, soumise fille et servante.(8.) BÉGON VlLLEBOIS.Maman vient de recevoir une lettre de ma tante Michelle qui lui mande qu'elle a reçu une lettre de voua.Cher mine, vous ne nous avez point écrit et, si ma tante n'avait pas écrit, nous ne saurions pas si vous vous portez bien.(Au-dessous, de l'écriture de Mm° Bégon) Cette chère innocente te fait une correction qui n'est pas trop mal placée, puisque tu aurais bien mieux fait de m'écrire qu'au ministre, car ton oncle et ta sœur m'écrivent, pénétrés de peine de cette belle lettre dont je t'ai parlé par celle que je t'ai écrite par un vaisseau qui est parti d'ici le vingt-deux de ce mois.Ainsi je ne t'en dirai rien; mais souviens-toi, cher fils, que nous avons un ministre qui est juste et qui n'aime point les tracasseries, ni la .vétille, et que tu nous mets tous dans le cas d'avoir beaucoup d'inquiétude que tes plaintes né te fassent un tort très considérable.Songe, cher fils, qu'on ne t'a mis où tu es que pour arranger tes affaires et point pour y être le réformateur du gouverneur.Tu devrais t'occuper plus de l'un que de l'autre, afin d'être en état de revenir joindre une famille qui ne respire qu'à ce moment.Mon cher père te fait mille compliments et amitiés.Je n'ai pas voulu qu'il sût rien de ce qui se passe et lui ai caché les lettres de M.de Rostan et de ta sœur.Il parait, par les attentions que M.de Vaudreuil a id pour ta fille et pour nous, que son frère ne lui mande rien de toi que de gracieux, car lui et ses enfants ont \"pour cette enfant des attentions de toutes espèces et suis d'une mortification que je ne puis te dire lorsque je les vois et que je pense à ce que tu as fait.Je te vois grogner, mais avec un peu de réflexion, tu diras: ma pauvre petite mère a raison et j'ai tort.Adieu, cher et trop cher fils.Aimez votre tendre et bonne mère la moitié de ce qu'elle t'aime.(s.) ROCBERT BÉGON. ARCHIVES DE QUÉBEC 151 Sois plus exact à me donner de tes nouvelles, je te prie, et, si tu as des mécontentements, dis-les-moi et je saurai les faire passer où il faut et à gens qui s'intéressent assez à toi pour y prendre part.Mon cher père est toujours fort faible et a bien de la peine à revenir de sa maladie.Nous te recommandons le petit La Morandière.Ton fils se porte bien, mais ¦ il n'apprend pas aussi bien qu'on le voudrait à ce que m'a mandé le père Mesaiger qui l'aime beaucoup.Il a des moments où il se néglige un peu.Ta Bile n'a point négligé les bals, car elle a été de tous ceux que l'on a donnés et ne respire que le moment de ton retour pour danser tous les jours et se divertir.Pensées qui sont bien de son fige.Adieu, cher et très cher fils.Je te prie de bien conserver ta santé, qui est ce que j'ai de plus cher et d'aimer ta malheureuse petite mère qui t'aime de tout son cœur.Ce 26 février 1751.A Rochefort, le 10 avril 1751.Je viens d'apprendre, mon très cher fils, par M.Goguet, que les vaisseaux partis d'ici pour ton pays étaient encore dans la rade de La Rochelle, ce qui m'a très fâchée, car je te croyais presque bientôt dans le cas de les avoir.Ah! qu'il est triste, cher fils, d'être aussi éloignés les uns des autres! Je le sens de plus en plus.Nous avons eu un hiver ici comme je n'en ai jamais vu.Depuis la fin d'octobre, il n'a cessé de pleuvoir et pleut encore.On a fait des prières, on prie mais le Seigneur ne nous écoute point.On craint fort pour les grains, les eaux étant partout et la campagne toute noyée.Il y a eu des débordements terribles par toute la Loire et la Seine, des coups de vents effroyables qui ont abattu des maisons en quantité en Touraine et à Blois.Je n'y suis pas ménagée ayant reçu un grand mémoire de réparations à faire à tous les bâtiments, qui me met au désespoir de voir qu'il faut mettre de l'argent à des terres dont je n'ai encore rien eu et que je crois n'en aurai jamais rien.Il y a eu, dans les côtes de Nantes, quantité de vaisseaux perdus, et tout le monde qui était dedans; c'est le pire de tout que la perte des hommes.Il y en a eu aussi des lies qui venaient à La Rochelle et quelques petits bâtiments qui sortaient de Bordeaux.On n'entend parler que de naufrages, de malheurs par le vent.Nous attendions, du moins tout le monde ici, une grande promotion, mais il ne parait encore rien du tout.Tout est si caché dans les bureaux que nous ne savons rien du tout, pas même ce qui pourrait nous intéresser pour le Canada.Mon cher père me charge de te faire mille et mille amitiés de sa part.Il est toujours faible et a de la peine à revenir de sa maladie, ce qui me fait trembler; car que serait-ce de ta malheureuse mère si elle avait le malheur de le perdre, seul pour ainsi dire et sans consolation! c'est de quoi je suis le plus occupée.Juge, cher fils, si je passe des jours bien gracieux.Nous attendons ce mois Sabrevois qui nous dira peut-être quelques nouvelles.Nous venons d'apprendre qu'il est arrivé des nouvelles de Canada.C'est Desaulniers qui a reçu une lettre de sa femme, sœur de Mm\" Rigaud, qui lui mande qu'il y a une mauvaise fièvre qui fait bien mourir du monde, que la petite de Couagne, maîtresse de Landriève, est morte, qu'il n'y a personne de remarque; que M.de la 152 ARCHIVES DE QUÉBEC Jonquière était malade, ce qui ne ferait pas bien en Canada.Voilà notre pauvre pays sujet à de mauvaises maladies car, l'année dernière, il y est mort bien du monde.J'ai reçu, il y a quatre jours, des lettres de ta sœur qui se porte bien et toute la famille de qui je reçois bien des amitiés.M.le contrôleur de Brest ne viendra ici qu'après les fêtes.Notre chère petite se fait une grande joie de le voir et nous aussi.C'est ton frère, c'est tout dire pour nous qui te sommes assurément aussi attachés que nous croyons que tu le mérites.Bégon t'embrasse aussi.Il aurait bien voulu qu'on eût envoyé un vaisseau en ton pays pour t'aller voir.Cet enfant t'est aussi attaché que les tiens.J'ai eu des nouvelles de mon cher Villebois, il y a deux jours, qui se porte aussi bien que sa sœur.Ils sont tous, grâce au Seigneur, en bonne santé et moi je suis à peu près comme tu m'as vue, tantôt bien, tantôt languissante.Je reste dans ma chambre à regretter le temps passé.J'ai bien des sujets de le regretter.J'ai souvent des lettres de M.de La Galissonnière qui est toujours rempli d'amitiés pour nous tous.Il est toujours à Paris et n'avance guère dans son ouvrage des limites avec les Anglais.M\"* son épouse y est aussi et y parait bien établie et pour du temps.Je crois qu'il aimerait mieux être chez lui, mais il est à portée de rendre bien des services quand il voudra s'employer.C'est un cœur bien tendre pour les siens et un grand fonds d'honnête homme chrétien.Il aime ta fille plus qu'elle ne vaut, car elle devient maligne, quelquefois par trop.Incessamment, je la menacerai de le mander à son cher marquis; je crois que ce sera un secret pour la corriger.Je ne sais rien, cher fils, qui puisse t'amuser.On est dans la dévotion et dans l'attente du jubilé qui est actuellement à Paris.Adieu, cher et aimable fils.Donne-moi donc de tes nouvelles et conserve ta santé que tu sais être ce que j'ai de plus cher.Je te recommande La Morandière et espère, en le corrigeant, que tu en feras quelque chose.Surtout, souviens-toi de te conserver et d'aimer ta malheureuse et la plus tendre de toutes les mères.(s.) Rocber Bégon.(D'une autre écriture) Mon très cher père.Que je suis fâchée de ne point recevoir de vos nouvelles! Il y a plus de 8 mois que vous ne nous avez écrit.Je vous en prie, écrivez-nous.Je suis bien inquiète de Bavoir si vous vous portez bien.Vous ne m'avez pas écrit depuis que je suis partie de Canada.Adieu, cher mine, je suis avec un très profond respect, Mon très cher père, votre très humble et très obéissante soumise fille et servante, (s.) Bégon Villebois.A Rochefort, le 4 mai 1751.Je t'ai écrit, mon très cher fils, par tous les vaisseaux qui sont partis d'ici depuis le mois de janvier, mais ils sont à peine partis.En voici encore un qui part, dont je profite ARCHIVES DE QUÉBEC 153 C'est le fils de papa Bosseron qui en sera chargé, qui est venu l'année dernière.Il te dira de nos nouvelles tant que tu voudras l'écouter, ayant souvent été id, uniquement pour nous voir et ta fille qui se porte toujours fort bien.Elle croit, mais peu en sagesse et en docilité.Cela viendra quand il plaira au Seigneur.J'ai eu des nouvelles de ton fils, il y a peu de jours, qui se porte au mieux.J'en attends de plus particulières par Louty qui ne peut pas tarder à revenir.J'ai également eu des lettres, il y a peu de temps, de M.Michel, de Brest, de tes sœurs; tous se portent à merveille, et M.de Rostan.Il m'avait adressé, il y a trois semaines, une lettre pour toi que j'ai envoyée à La Rochelle à M.Goguet pour la donner au capitaine d'un des vaisseaux qui sont partis.Comme il m'avait priée de la bien recommander, je l'ai fait.Voilà tout ce que je sais de ta chère famille et que nous attendons M.le contrôleur incessamment, dont ta fille est fort contenté.Je te dirai à présent des nouvelles de la famille de Rochefort.Mon cher père est à présent assez bien et se fait grand plaisir du voyage de Bordeaux pour y faire connaissance avec M.ton onde et M\"** tes sœurs.Nous comptons partir, si le Seigneur lui conserve la santé, vers la Saint-Jean où le temps et les chemins seront beaux.Bégon seul n'est pas content.Il faut qu'il reste id et il s'ennuie d'avance.Il aurait bien voulu t'aller voir, mais, n'y ayant point de vaisseaux du roi, cda ne se peut.Si je savais, cher fils, les personnes auxquelles tu peux t'intéresser id, je t'en parlerais, mais je l'ignore.M.de Givry me parait toujours fort de tes amis.C'est un aimable homme qui, je crois, aime son plaisir plus que toute autre chose.Ta chère sœur, voulant faire des cérémonies mal placées avec moi, avait adressé qudque provision pour toi à M.Le Vasseur qui les a fait charger avec soin, m'en étant informée; mais il avait oublié qu'il était nécessaire d'avoir un ordre pour le capitaine, afin que le roi en payât le fret, de façon que le capitaine en a donné son connaissement et a mis dessus que tu payerais le fret.M.Le Vasseur, fort spirituellement, l'a envoyé à ton onde, qui me fit écrire par ta sœur, qui me parut toute courroucée de ce que l'on voulut te faire payer ce fret.Je sentis bien qu'il y avait du malentendu par tout ce que M.Le Normand m'avait dit à ton sujet et combien il étdt de tes amis; je le fus trouver et lui demandai ri son intention était que tu payasses ce transport.Il m'assura qu'il n'en avait point oui parler et me dit qu'il donnerait ordre au capitaine de prendre ce qu'il y aurait pour toi; mais, comme il était parti, il n'a plus été à temps.Il m'a envoyé l'ordre que je t'envoie ci-joint que tu donneras pour paiement, persuadée que ces vaisseaux seront encore en ton pays lorsque celui-ci y arrivera.Cette petite affaire m'a donné occasion de mander à ta chère sœur que ri elle eût été un peu moins sur le cérémonial avec moi, que cda ne serait point arrivé, puisqu'elle doit penser que tes intérêts me toucheront toujours infiniment.Les étrangers nous font toujours beaucoup de.compliments mais, quand il faut en venir aux effets, cda change souvent.Pour ta pauvre petite mère, elle n'est point de cette espèce; toujours la même, toujours charmée d'être bonne à qudque chose pour ses amis, à plus forte raison pour mes enfants, persuadée que tu es toujours mon bon fils comme je suis ta bonne mère.Nous avons enfin appris que c'était M.de Raymond, brigadier des armées, qui va gouverneur à l'Ile Royale.C'est M.de Caumont qui le mène, qui commande 154 ARCHIVES DE QUÉBEC le vaisseau l'Heureux.Je ne connais point les autres officiers qui sont dessus.On ne sait encore quand cela partira.C'est le Chariot Royal qui va en Canada, commandé par M.le chevalier de La Filière, Boiron en second, un frère de M.Bigot et deux autres que je ne connais point.Mm* Péan doit repasser en Canada.On ne sait encore si Rigaud ira.Il y aura beaucoup de passagers si tout ce qui est venu l'année dernière retourne.Je ne sais trop encore si les demoiselles Desaulniers retourneront.M.de la Jonquière les a envoyées comme des filles qui étaient coupables de bien des choses.Je ne sais si cela lui fera honneur.On nous menace de guerre prochaine.Les Anglais nous cherchent querelle.Ils ont été à Pondichéry où ils ont fait des désordres considérables.Us se sont battus avec de nos vaisseaux qui y étaient et ont tué plus de 8,000 hommes.On assure qu'ils veulent prendre cet endroit et s'y bien établir.Cela est tout nouvellement arrivé.Si tu étais id, cher fils, la guerre ne me ferait pas grand'peur, mais où tu es, je crains tout, puisque ton pays ne saurait vivre sans celui-ci.Travaille donc, cher fils, à y arranger tes affaires de façon à revenir et ne t'amuse point à faire manger ce que tu as à des gens pitoyables et ne te fâche point de ce que je t'ai mandé sur M.de Vaudreuil, puisque en te parlant comme j'ai fait, c'est plus pour toi que pour lui.Sa famille a toujours des espérances pour le Canada et ils comptent qu'il ira si M.de la Jonquière revient, et tu auras à sa place M.de Rigaud.Ce sont leurs projets et ce qu'ils m'ont tous dit, mais on est d discret dans les bureaux que rien ne transpire et nous ne pouvons pas même savoir ce qui est fait pour le Canada, qui est fort misérable.De la façon dont tout le monde en écrit, je ne voudrais pas pour beaucoup y être aujourd'hui, qudque simplement que je sois id, car nous y vivons très seuls et très retirés, ce que je crains souvent qui n'ennuie mon cher père et ce qui me ferait souhaiter Mater pour l'amuser.La vie est d'une cherté extraordinaire et, malgré le petit ordinaire que nous avons qui est des plus minces, nous dépensons beaucoup plus que je n'ai de revenus; mais il faut vivre et je t'avoue que je souffre de me voir aussi réduite, mais le Seigneur me veut en cet état.Heureuse s'il me donne assez de vertus pour en profiter! Nous avons eu le plus cruel hiver que l'on puisse voir.Il pleut depuis la Toussaint, avec des coups de vent qui m'ont donné pour plus de mille écus de réparations dans ces belles terres que tu as acquises, dont je n'ai encore eu que le plaisir d'y mettre de l'argent et ne connais point celui qu'elles peuvent donner.J'attends avec impatience de tes nouvelles pour m'en défaire, d je puis trouver qudque dupe et trouver en même temps à replacer en qudque endroit à portée de toi et mes enfants.Je n'ai rien voulu faire sans toi.Ainsi, je compte recevoir par le Para haine ta réponse.La continuation de pluie fait tout appréhender pour les blés.On craint une disette générale.La maladie qui est sur les bestiaux depuis deux ans rend la viande fort chère et fort rare; les étoffes de laine ont enchéri, les toiles comme les soieries.C'est pitié que tout ced, mais nos habillements ne nous ruineront pas.Il n'y a que le bois de chauffage dont nous faisons grande dépense par le prix, car nous sommes actuellement obligés d'avoir du feu pour ne pas périr des rhumes qui croissent dans cette ville.Il est mort un vice-amiral, un lieutenant général, plusieurs chefs d'escadre et autres vieux officiers, ce qui donnait de belles espérances de promotions que l'on attend depuis six mois par tous les courriers, mais rien n'arrive.C'est M.Dubois de La Mothe qui va gouverneur général à Saint-Domingue à la place de M.de Conflans.Je crois que tu sais ce qui s'est passé entre lui et M.de ARCHIVES DE QUÉBEC 155 Vaudreuil.C'est la raison pour laquelle il est relevé.M.de Camily, que nous avons vu à Brest, devait remplacer le vice-amiral, mais il est en enfance tout à fait, depuis quinze jours; il s'était rendu à Paris.M.de Baraudin, vieux capitaine, est mort aussi, mais tout cela ne me donne point d'espérance pour Bégon.Il y a trop peu de temps qu'il sert pour rien espérer encore.v Du 5.On fait des prières publiques à La Rochelle et dans bien d'autres endroits pour avoir du beau temps.U n'y a qu'ici où l'on se tranquillise.Comme c'est aujourd'hui jour de poste, je viens de recevoir une lettre de M.de Rostan à qui j'avais demandé sa protection pour un vaisseau que Dufy Desaulniers a acheté.Il me l'accorde de fort bonne grâce et me mande que ses quatre bavardes se portent bien et me font beaucoup de compliments,\u2014 ce sont ses termes,\u2014 et qu'elles sont dans l'affliction du départ de M.le contrôleur de Brest qui est à Saintes pour sa revue et que.nous aurons le plaisir de voir bientôt.C'est ton frère, cher fils, cela nous suffit pour en avoir véritablement à le voir.On se prépare partout à gagner le jubilé.On n'en parle point encore id.Ta fille voudrait bien le gagner, mais je crains qu'elle ne soit trop dissipée, car die est folle comme quatre.Du reste, die est suffisamment instruite et sait tout ce qu'elle doit savoir pour faire sa première communion.Elle n'aime que les sciences et point l'ouvrage; en quoi je ne la condamne point, bien loin de là; je pense qu'elle apprendra toujours bien à travailler.Quantité me condamnent de ne la pas faire travailler plutôt que d'apprendre le latin, mais je m'en moque; elle l'aime et a envie d'apprendre.Je ne regrette point cet argent, non plus que le maître de danse, car elle s'en acquitte au mieux et de bonne grâce.Elle est un peu haute et n'obéit qu'avec peine: voilà tout ce dont je pourrais me plaindre, et toujours trop longue à se chausser car c'est tout ce qu'elle se fait.Je la coiffe et peigne toujours et ne veut point consentir à se faire couper les cheveux qu'dle a magnifiques, mais qui me tiennent longtemps à la toilette.J'en fais tout mon plaisir puisque je ne puis te voir.Adieu, cher fils.Conserve ta santé qui est ce que j'ai de plus cher.Donne-moi de tes nouvelles et tâche à bien vivre avec ton gouverneur et gouvernante.Surtout, n'en fais plus de plaintes qu'à ta famille et sois bien convaincu que je suis et serai toute ma vie ta tendre mère.(s.) Rocber Bégon.(Dans le haut de la page, en sens inverse) Nous vivons toujours à l'ordinaire avec M.et Mm« de Tilly.Elle est toujours languissante et sa fille canadienne n'a pas plus de santé id qu'au Canada.Je leur ai fait tes compliments toutes les fois que j'ai reçu de tes lettres.Si tu leur écris, ne leur témoigne rien de ce que je t'ai mandé.Cda n'aboutirait à rien.Ainsi des autres car, en te disant ce que j'ai sur le cœur, ce n'est que pour toi et pour moi.Adieu, mon cher et très cher fils.Je t'embrasse mille fois.A Rochefort, le 13 mai 1751.Je viens de décacheter ma lettre, cher fils, pour pouvoir te donner encore de nos nouvdles et plus fraîches.Je.crois que les vaisseaux qui partent pour ton pays ont fait vœu d'etre toujours deux mois en rade. 156 ARCHIVES DE QUÉBEC A Bordeaux, le 23 juillet 1751.Tu penses bien, mon très cher fils, que c'est avec un vrai plaisir que je trouve une occasion à te donner de nos nouvelles et à te marquer celui que j'ai eu du petit mot que tu m'as écrit du 20 avril de cette année, dans lequel tu veux bien m'ap-prendre que ta santé est rétablie.Je le souhaite assurément de tout mon cœur.Tu sais, aimable fils, que je n'ai rien de plus cher, mais tu m'annonces tout ce que tu me dis trop au raccourci.Je ne puis cependant te gronder, persuadée que ce Je t'apprendrai avec plaisir que mon cher père, ta fille et moi sommes toujours en bonne santé, que nous n'avons encore rien de nouveau pour la promotion, que nos messieurs de Canada ne sont point encore ici et qu'ils reviennent aussi avances qu'ils étaient, du moins sans rien savoir.Je ne serais curieuse que pour savoir si mon frère aura quelque chose.J'ai reçu de ses lettres par l'Angleterre, du mois de janvier.Il me marque qu'il marie sa fille avec un jeune Joncaire, que je ne sais si tu connais.Pour moi, je ne le connais point.Il aurait pu, je crois, attendre encore quelques années, sa fille étant jeune.Ils ont eu dans ce pauvre pays bien des maladies, dont il est mort bien du monde.Dans le nombre, on me nomme trois religieuses, les mères Herbln, Marin et la Fès, qui est une Montigny, M.L'Épervanche père, M.Mogé et le père Hervieux.C'est tout ce que l'on me marque et, à Québec, Boisclair.La guildive va diminuer de prix par cette mort.Nous attendons ton cher frère incessamment.Il a écrit à M.de Givry qu'il aurait le plaisir de le voir bientôt.Nous avons eu des nouvelles de ton fils qui se porte toujours bien et apprend de mâme.Toute la famille de Bordeaux est aussi en bonne santé.Je te recommande, mon très cher fils, le petit La Morandière.Corrige-le de façon à en faire un bon sujet.Son père m'adresse une lettre pour toi sans enveloppe que je t'envoie ci-jointe.Je te demande en grace de me conserver ta santé et de travailler à me revenir joindre.Tu entends bien que c'est à t'arranger de façon à pouvoir faire quelque chose où tu es encore.Ne faut-il pas passer ses plus beaux jours dans un endroit comme celui-là, sans au moins se dédommager de la peine d'être éloigné d'une famille à qui tu es si cher?Tu sais à quel point tu me l'es, et ne crois pas être dans l'obligation de te le dire, n'ayant de satisfaction que celle que je me fais de l'espérance de te revoir; mais quand sera-ce ?Je m'ennuie comme une malheureuse et, sans l'occupation que me donne ta fille, je crois que je mourrais de chagrin, ne pouvant me résoudre à faire de société avec des gens toujours sur le cérémonial et qui n'ont rien de ce qu'il faut pour faire des amis.Adieu.Il faut finir.Je t'embrasse mille et mille fois et te demande de m'aimer la moitié de ce que je t'aime.Donne-moi de tes nouvelles et sois persuadé que je suis pour la vie ta tendre et bonne mère.(s.) Rocber Bégon.Surtout, aie soin de ta santé et aime la maman et la petite.Elle t'écrit, Dieu sait comment, mais je là laisse faire seule afin qu'elle apprenne Adieu, cher et très cher fils.Mes respects à M.et M\"\" de Vaudreuil. ARCHIVES DE QUÉBEC 157 n'est que le temps qui te manque et que tu n'en aimes pas moins la plus tendre des mères que Dieu ait faites.M.Le Normand fait honneur à tes recommandations par bien des politesses et amitiés.La veille de mon départ de Rochefort, nous eûmes une ample conversation sur ton compte.Il te plaint et me parut aussi touché que nous de te voir habiter un endroit où il a eu les mêmes désagréments que toi.Mais il me dit, en véritable ami de toi et de toutes nos familles, qu'il fallait que tu prisses patience comme il l'avait fait, et surtout beaucoup de circonspection dans tes lettres à la Cour où l'on aime moins que jamais les tracasseries.Il me parla de façon à me faire voir qu'il connaissait tout ton pays au mieux et, avec un air d'amitié pour toi, il me dit: \"Je voudrais bien le voir sortir de cet endroit et le voir ici.\" Je ne doute point qu'il ne te rende service, s'il en trouve occasion.Je suis charmée que le portrait de ta fille t'ait fait plaisir.Tu en aurais bien plus de la voir id au milieu de quatre tantes et d'un onde qui sont, en vérité, tout ce qu'il y a d'aimable au monde.Cette chère innocente ne sait auquel aller et est au col de l'un, tantôt des autres, et ne sait àuqud aller.Tu la connais et sa façon.Il parait que M.de Rostan reçoit toutes ses caresses avec bien du plaisir, ainsi que les chères tantes.Elle est un peu plus retenue avec M11* Michel; mais, pour les autres ce sont ses camarades, surtout M,ta Rose qu'elle appelle sa petite maman Rose.Elle se divertit à t'appder gros cochon, ce qui la désespère; je dis que tu es un ange bouffi: elle n'ose me répondre; enfin on l'aiguise, et elle se tire à merveille de tout.C'est une aimable enfant qui, je crois, se fera aimer quand elle voudra partout et n'a, comme je te l'ai dit, qu'un peu de hauteur ce que j'espère corriger.Ton cher onde est enchanté de mon cher père.Il le promène partout; il l'a mené aux Chartreux et à toutes les beautés delà ville.Il nous à promenés aussi.Cette ville est magnifique, surtout la Bourse et les églises que j'ai toutes vues.Il y a quinze jours que nous sommes id, mais je crains d'être incommode et compte retourner à Rochefort au commencement du mois prochain.Ce ne sera pas sans peine que je me séparerai d'une famille ausd aimable et qui nous fait autant d'amitié, car die est égaie pour Bégon comme pour nous tous.Ces demoiselles ont mille bontés pour lui.Elles lui ont donné un beau nœud d'épée dont il est enchanté, une tabatière et M.de Rostan lui a donné des livres de son métier et tout cela avec une façon rare.Que je te plains, cher fils, de ne pouvoir vivre avec une famille ausd aimable.Que cette sœur aînée est spirituelle et aimable! Les autres ne le sont pas moins.Mais tu sais que nous nous accommodons mieux de ce qui se rapproche un peu de nos âges, sans vouloir la mettre du mien, car tu sais que je suis très vieille et les croix dont le Seigneur me charge augmentent beaucoup mes années.Je ne te dirai rien du cours du voyage.Juges-en, ayant fdt un bon tiers du chemin à pied.Nous avions cependant deux bonnes chaises.J'étais avec mon cher père et la petite, et Bégon avec Lisette et le petit Anglais.Mais ce sont des chemins terribles.Il faut t'aimer et ta fille autant que je l'aime pour avoir fait ce voyage dont je n'ai que du plaisir pour le séjour, mais je n'ose penser au retour.Nous devons aller à la campagne la semaine prochaine où la petite compte se bien divertir et Bégon, car ils sont toujours de même avis et on peut dire d'eux que ce sont deux têtes dans un bonnet.Tu penses bien que tu es souvent le sujet de nos conversations et tous soupir rons pour ton retour; mais, pour cela, il faut une place et que tu travailles, cher fils, à ménager qudque chose en ce pays pour pouvoir vivre tranquillement en 158 ARCHIVES DE QUÉBEC celui-ci où je voudrais assurément bien te voir pour ma consolation; car c'est une pitié d'être sans personne de confiance et c'est comme cela que je vis à Rochefort.M.de Tilly a fait son possible pour nous empêcher de venir id et pour en dégoûter mon cher père mais, heureusement, qu'ils se sont trop fait connaître et il n'a pas grande confiance en ce qu'ils disent.J'attends avec bien de l'empressement de tes nouvelles par le Parahame car je me flatte que tu me répondras à ce que je t'ai demandé sur les biens que nous avons à Blois, dont je n'ai que des nouvelles très désagréables tant par la grêle que par la gdée.Nous en avons eu, il y a quelques jours, du cher petit-fils qui se porte bien et qui apprend de même, dont je suis fort flattée.Il t'écrit ainsi que la petite qui est fort contente du séjour.Tes chères soeurs ne sont occupées qu'à chercher à l'ajuster et à la caresser.Plus d'étude.Juge si elle est satisfaite.Mon cher père te fait mille et mille amitiés.Il est un peu enrhumé, mais j'espère que ce ne sera rien.Il est très fâché de ne pouvoir écrire.La main lui tremble un peu plus qu'à l'ordinaire depuis les chaleurs qui sont assez honnêtes en ce pays.Aujourd'hui 24, je viens de recevoir une lettre de Rochefort où on me mande qu'il vient d'arriver un vaisseau de l'Ile Royale qui rapporte qu'il y a beaucoup de misère en cet endroit, \u2014 il n'avait, lors du départ de ce vaisseau, que pour deux mois de vivres, \u2014 et qu'il n'avait aucune espérance du Canada parce que la récolte avait manqué, ce qui me fait souffrir pour ceux qui m'intéressent en cette chère patrie qui est exposée à bien souffrir.Les Anglais ont grandement établi Chibouctou.Ils ont cinq gros vaisseaux qui croisent aux environs afin d'empêcher qu'on ne les inquiète.Cependant, les sauvages les tourmentent toujours et leur tuent tous les jours quelqu'un.Nous avons aussi vers l'Ile Royale trois vaisseaux pour faciliter l'entrée des secours que l'on porte à la rivière Saint-Jean, où tu sais que l'on fait un établissement; mais nous n'avons pas les mêmes talents que les Anglais.On envoie bien du monde et souvent on s'en rapporte à la Providence pour leur subsistance.On dit que tout va assez de travers.Pour md, chêtlve créature, je soupire et plains tous ceux qui sont éloignés.Tu es bien à la tête, cher fils, de ceux pour lesquels je soupire.Nos limites n'avancent à rien.Les Anglais sont toujours très entiers dans leurs sentiments.Je crains fort que tout 8e termine par la guerre, ce qui serait un grand malheur pour notre pays.On me mande que Mm\" Le Normand retourne à Saint-Domingue; die ne peut s'accoutumer à la vie de Rochefort.Mma de Vaudreuil y retourne aussi rejoindre son époux que l'on m'assure devoir être dans peu gouverneur général de cet endroit.Nous attendons tous le Parahame avec grande impatience pour avoir de tes nouvdles, ce que je souhaiterais fort recevoir id, dans ta famille qui me devient tous les jours de plus en plus chère et qui me donnerait des conseils solides pour ce que j'attends de toi en réponse de ce que je t'ai demandé.Tu veux bien, mon très cher fils, que je te recommande La Morandière.Je ne doute point de tes sentiments pour nous tous et mon regret est que cet enfant ne réponde pas à ce que tu fais pour lui.J'espère qu'avec l'âge et les solides remontrances, il changera.Ne le ménage point et corrige-le comme s'il était ton fils.J'ai écrit à son sujet à son père et à sa mère de façon à leur faire sentir le peu d'obligation que leurs enfants leur auront du peu d'éducation qu'ils leur donnent. ARCHIVES DE QUÉBEC 159 Je t'enverrais la promotion des officiers de la marine, mais elle est dans la cassette que M.de Rostan m'a dit qu'il t'envoyait.Tu n'y verras point Bégon, à son grand regret, mais il est encore jeune et a le moyen d'attendre.J'aurais été plus empressée de savoir si mon frère a eu quelque part à la promotion du Canada.Je n'ai rien appris, quelque chose que j'aie fait, et tous nos Canadiens sont retournés aussi savants qu'ils étaient lors de leur arrivée.Le seul Landriève sait qu'il est écrivain principal et qu'il va au Détroit ordonnateur, mais il m'en avait demandé le secret; c'est un garçon qui t'est toujours fort attaché et à toute la famille.Mm* Péan est retournée aussi en Canada.Elle est venue à Rochefort où elle a passé quelques jours chez nous.Nous y avons vu aussi Sabrevois et Bleury qui tous nous ont donné des regrets en les voyant partir et surtout à mon cher père qui regrette toujours le Canada, ce qui me fait souvent de la peine.Je n'oublie cependant rien pour lui faire mener la vie aussi douce qu'il faisait dans ce pays; mais il ne se fait point aux façons de Rochefort et regrette toujours ses voisines et sa Bringé, sans oublier Cat in; car, pour Mater, nous espérons toujours la voir cette année.Elle nous le promet de façon à n'en pouvoir douter; pour moi, je ne le croirai que lorsque je la verrai.Le 26 juillet.Je suis pourtant un bel exemple qu'on ne peut mourir de peur ni de peine.J'en ai encore eu en faisant ce voyage, une bonne dose de peur par les vilains chemins, mais j'en suis bien dédommagée par le plaisir que j'ai à connaître tes chères sœurs qui sont toutes ce qu'il y a de plus aimable ainsi que le cher oncle.Mon cher père aura, je suis sûre, de la peine à se séparer d'une aussi aimable famille.Quelque caressée que notre chère petite soit ici, elle ne veut point y rester.Je lui disais hier qu'il fallait qu'elle restât avec ses tantes, qu'elle était mieux qu'avec nous; mais elle ne consent point du tout à cela.Elle y resterait volontiers avec nous, mais c'est ce qui ne peut être pour le présent; il faudrait que les choses changeassent de face pour cela.Je ne sais rien de nouveau à te mander.Il ne me reste qu'à te prier et te demander en grâce, cher et aimable fils, de conserver ta santé; tu sais combien elle m'est chère.Je te demande également de faire l'impossible pour bien vivre avec M.et MB* de Vaudreuil et de travailler assez solidement pour te mettre en état de revenir à la première bonne occasion.Adieu, mon cher et très cher fils.Je t'embrasse mille et mille fois et te demande d'aimer ta pauvre petite mère autant qu'elle t'aime, rassurant que le temps ni l'êloignement ne peuvent diminuer la tendresse avec laquelle je suis et serai toute ma vie ta bonne mère.(s.) Rocber Bégon.Mes respects à M.et Mm° de Vaudreuil.Je te recommande le petit La Morandière.Je décachette ma lettre, mon très cher fils, le 2 août, pour te donner des nouvelles plus fraîches de notre santé.Nous sommes arrivés de Coutry, nous portant à merveille.Il ne nous manquait dans ce charmant endroit que mon trop cher fils.Nous allons à Talence le 4 ou le 5.Tu vois que je ne compte plus les jours d'absence de mon ménage, que ta chère famille me fait volontiers oublier, ne connaissant rien de plus aimable. 160 ARCHIVES DE QUÉBEC Il serait difficile de savoir à qui donner la préférence, ces chères soeurs étant toutes aussi aimables et aussi polies les unes que les autres.L'oncle est admirable; dans le plus fort de son travail, il souffre ta fille le tourmenter de ses caresses.S'il fallait te dire tous les agréments que nous avons ici, je ne finirais point, car mon cher père, le petit Bégon et moi ne saurions te dire quels sont nos sentiments pour tout ce qui t'appartient.Aide-moi, cher fils, à leur en marquer ma reconnaissance.Travaille donc à revenir dans cette chère famille, mais travaille solidement et à y faire ce que l'on veut que tu y fasses; car on ne t'y a pas envoyé pour manger le tien, mais bien pour y arranger tes affaires.Adieu, je t'embrasse mille et mille fois et serai toute ma vie ta tendre mère.(s.) Rocber bégon.Conserve ta santé, je t'en prie.On lit en haut d'une autre écriture: Répondu le 24 décembre par Berlanquet.(Automne 1751).Voici deux lettres que l'on m'a adressées de Canada dont une de M\"* Cugnet qui a perdu son mari, dont je suis très affligée.Son fils, Thomas, est passé pour demander la place de son père, mais M.Bigot l'a donné à M.Daine, en attendant la décision de la Cour et il y a apparence qu'elle lui restera.Cette pauvre M\"\" Cugnet me fait bien pitié.M.Bigot a chargé M.Foucault de travailler à arranger ses affaires.Elle me mande qu'elle vend ce qu'elle a pour tacher de payer ses créanciers.Son fils aîné est à La Rochelle en prison depuis deux mois.Après avoir battu le pavé de toute la France, il est venu se faire renfermer dans cette prison pour avoir insulté vivement M.Goguet à qui il fit mettre l'épée à la main sur le canton, dont Cugnet se tira fort mal.Il y a un officier de ton pays mêlé dans cette histoire, qui est heureux d'être parti car il aurait tenu compagnie à Cugnet.On dit l'affaire fort sérieuse pour eux.Tout ce que je puis t'en dire, c'est que Mm\" Cugnet serait heureuse d'être débarrassée de ce mauvais sujet, car il a fait des tours partout où il a été.M.l'Êvêque de Toul m'a mandé t'avoir écrit tous les ans depuis ton départ et marque bien des choses obligeantes sur ton compte et sur celui de mon cher Villebois, de qui je t'envoie un griffon.Ce misérable enfant écrit comme un chat.M.de Toul.écrit à Bégon et lui mande qu'il lui enverra une lettre pour toi car il y a toute apparence que le vaisseau sera commandé par un officier, puisque Bégon a des assurances d'y aller, dont il est fort content par le plaisir qu'il se fait de te voir.C'est un bon enfant dont j'ai lieu d'être fort contente jusqu'à présent et très attaché à toute ta famille qu'il regarde comme la sienne et, comme nous faisons toute la maison, il fait fort bon ménage avec la chère petite qui grandit tous les jours.Elle a fait sa première communion ce mois d'octobre.Je voudrais bien qu'elle fût un peu plus docile et moins haute.J'espère qu'avec l'âge cela viendra et surtout en lui faisant sentir, comme je ne cesse de faire, le peu d'agrément qu'elle aura dans le monde avec un pareil esprit.J'aurais bien du chagrin, ai je n'étais persuadée qu'elle changera car c'est le meilleur coeur qu'il y ait au monde et le plus attaché.Elle ne cesse de soupirer après ton retour que je désire encore plus. ARCHIVES DE QUÉBEC 161 Adieu, cher fils, je t'embrasse mille et mille fois et te recommande notre petit La Morandière.Sa sœur est mariée avec le jeune Joncaire; la petite Verchères, que je menais en carriole par tendresse, avec un Saint-Brain; sa sœur aînée avec Beaubassin; une Blainville avec Rigauville; la petite La Broquerie avec le dernier des Noyelles.M\"* Beaulac l'est aussi avec un officier de l'Ile Royale, dont je ne me souviens plus du nom, M\"» du Boisberthelot veut se marier aussi avec Lanoix des Noyelles.Qu'en dis-tu ?Je t'envoie une petite relation que j'ai reçue de Canada.Si tu te souviens de ce pays, tu y verras de belles choses.Ta princesse, La Richardière, fait ce qu'elle peut pour déterminer le médecin.Je ne sais si elle réussira.Il me marque qu'il n'a point du tout de vocation pour le sacrement.Il me mande bien des nouvelles de ce pays.Il est méchant comme la galle, mais je serais fâchée de faire voir ses lettres.Ton ami, La Martinière, ne sait faire que des compliments.Daine ne m'a pas donné signe de vie depuis que je suis partie, dont je ne me soucie guère.Deschambault en fait autant.Tu les connais et j'en ris, car, grâce au Seigneur, ils ne peuvent me faire ni bien ni mal.Louty est retourné peu content.On lui avait fait espérer son avancement.Il n'a rien.C'est des Noyelles qui est major des Trois-Rivières.Pour le coup, je te dis adieu, car je ne puis plus écrire.Donne-moi de tes nouvelles et conserve, je te supplie, ta santé.Evite les belles et aime ta malheureuse mère qui ne peut se faire de raison de ton absence.Aime ta fille et ton fils et ménage-toi pour nous tous.Ta bonne mère.(s.) Rocber Bégon.A Rochefort, le 2 janvier 1752.Je ne crois pas t'avoir écrit, mon très cher fils, depuis mon retour de Bordeaux.Si je l'ai fait, je ne m'en souviens point.Tu sais que, quand j'ai quelque peine, cela m'ôte la mémoire entièrement.J'en ai eu aussi de plus d'une espèce, ayant eu mon cher père malade pendant du temps.J'avais cru éviter la fièvre en l'éloignant de Rochefort, mais précaution inutile.Il l'a essuyée dans toutes les formes ainsi que Bégon.Ta fille et moi en avons été seules exemptes de la maison, car le petit Anglais en a eu sa bonne part et moi si fatiguée d'être auprès d'eux que je me donnerais pour deux liards.La maladie a été dans cette ville comme on ne l'a jamais vue, heureuse de n'y avoir rien perdu.Ton cher frère, qui a passé quelque temps avec nous, n'en a pas été exempt.Après avoir fini ici, il a été à Marennes où il est resté deux mois malade.Ce qui le fâche, c'est qu'il y a perdu ses cheveux.Je lui envoyai, il y a quelques jours, ma robe de castor pour le garantir du froid qu'il fait pour achever son voyage, ayant encore La Tremblade et Royan à finir et, de là, il ira passer quelques temps à Bordeaux.J'aurais dû commencer, cher fils, par te souhaiter cette année que nous commençons, aussi heureuse que je le désire.Je ne t'amuserai point à te faire le détail des vœux que je fais pour toi.Tu connais mes sentiments; ainsi juge de leur sincérité et de leur étendue pour tout ce qui peut te faire plaisir.Je te demande la continuation de ton amitié.Tu sais combien elle me touche.il 162 ARCHIVES DE QUÉBEC Je n'ai point eu occasion, mon très cher fils, de t'écrire depuis ta lettre du 15 juillet, qui, je t'avouerai, m'a accablée de peine de te voir encore mal avec M.de Vaudreuil.Je sais tout ce que tu peux me dire et n'ai pas acquis bientôt 60 ans sans connaître tous les caractères de mon pays.Ton cher oncle, M.de Rostan, en a été malade de peine.Nous savons trop combien on aime peu la mésintelligence pour ne pas ressentir vivement ce qui peut arriver de te voir tous les jours brouillé avec le gouverneur.Tu penses bien que je ne me suis pas oubliée et que j'ai écrit de toutes mes forces, non seulement à la famille qui est toujours bien auprès du ministre, mais à M.Le Normand qui y est au mieux.Il était à Paris lorsque je reçus ta lettre.Je lui écrivis et, comme nous avions eu ce printemps quelque conversation à ce sujet et qu'il me dit avoir été dans le cas de leur tout laisser faire sans cependant se désister de ses droits, mais de les laisser dire en allant toujours son train, je le priai de dire au ministre ce qu'il savait.Il me répondit qu'il ferait (voici sa lettre) tout ce que je souhaitais.Il est de retour.Je l'ai été voir.Il m'a assuré que tu aurais heu d'être content, mais qu'il fallait que tu ménageasses tes termes en écrivant et évitasses de parler de ce qui pouvait te regarder personnellement pour certaine petite préférence, qui ne signifie rien; mais que, pour ce qui regardait le service et les intérêts du roi et la dignité de la place, qu'il en avait parlé très fortement et qu'il pensait que tu serais content.Comme je ne sais point le fond de l'histoire et que tu ne me détailles rien, je me suis contenté de faire sentir que tu n'avais jamais eu, pendant vingt ans en Canada, de difficultés avec personne, cela accompagné de bien des raisons que je ne te répéterai point.Je souhaite que tu sois content et que tu reçoives des nouvelles satisfaisantes, car j'ai en vérité bien de la peine à te voir dans ce pays avec aussi peu d'agrément et où tu profites ri peu des avantages que la Cour voudrait que tu y trouvasses.Tu ne t'amuses qu'à faire manger ton bien, à faire des présents à gens qui se moquent de toi en le disant, et qui donnent de la jalousie à ceux qui ont plus de raison que toi et qui y ont gagné bien de l'argent.D'où vient, cher fils, ne pas faire de même et ne pas chercher à t'arranger assez bien pour pouvoir sortir de ce pays à ton aise et promptement ?On assure ici que M.de Vaudreuil doit relever M.de la Jonquière qui demande à revenir, mais je ne sais ri la nouvelle est vraie, car il y a peu de temps pour aller le chercher et pouvoir le mener en Canada, qui est, ce pauvre pays, dans une misère très grande.La récolte y a manqué et tout y est bouleversé, mais je n'y suis plus et n'y ai personne placé de façon à m'y donner de l'inquiétude.Mater, qui m'avait promis de venir nous joindre, m'a laissée encore à mon triste sort.Je la hais aujourd'hui autant que je l'ai aimée et lui souhaite toutes sortes de misères comme elle en aura.Mon cher père ne s'accoutume point id.Il se serait mieux accommodé de l'air de Talence où il se plaisait beaucoup, ainsi que ta fille et moi.Tu as une aimable famille, mon cher fils; il est difficile de la voir sans l'aimer.Je ne te dirai rien des nouvelles publiques.M.de Rostan m'a dit qu'il te les envoyait toutes.De plus, je ne puis plus écrire aussi aisément que je faisais et je ne doute point que tu ne sois encore à lire tout ce que je t'ai envoyé.Je te dirai seulement que nous sommes toujours à l'ordinaire avec la famille de M.de Tilly, mais ignore-le totalement, je te prie, et ne leur en témoigne rien, je t'en supplie. M.de Beaumont est marié avec sa cousine Chastullê, ce qui fait un grand mariage.Le chevalier est toujours avec nous et passe une partie du temps à La Rochelle avec sa mère.Il n'y a point eu d'autres mariages de remarque ici depuis que nous y sommes.Ton ami Givry est toujours le même, bien avec ses voisines, et point avec sa femme.M.Le Vasseur est contrôleur; M.du Tiliette, très malade depuis six mois; M.de Gaudion, mort.On dit M.de Vaudreuil de Saint-Domingue brouillé avec M.Dubois de La Mothe qui a été relever ce printemps M.de Conflans, que tu sais avoir été rappelé par la brouillerie qu'il avait eue avec M.de Vaudreuil.Je ne sais si on regardera du même oeil cette seconde mésintelligence.M™* Varin est ici, qui est venue chercher l'avancement de son jnari, parce qu'on a dit en Canada que tu étais revenu en France pour ta santé.Boishébert a apporté les paquets.De Léry y est aussi et Belestre.On assure qu'il ira en ton pays un vaisseau du Roi.Si cela est, tu verras Bégon car il meurt d'envie de te voir, ce à quoi je consentirai uniquement pour toi.Puisque je ne puis te voir, au moins y en aura-t-il des miens qui auront cette satisfaction.M.de Vaudreuil, chef d'escadre, est malade depuis le mois de juillet et, n'ayant point sorti, je ne l'ai point vu.Il fait souvent faire des compliments à ta fille par son fils.Que cela ne te donne aucune inquiétude, je sais ce qu'il faut faire et dire.Adieu, mon cher et très cher fils.Mon cher père te fait mille et mille amitiés.Aime-moi autant que je t'aime et souviens-toi que tu as une mère qui t'aime bien tendrement et qui sera toujours la même pour toi.(s.) Rocber Bégon.A Rochefort, le 20 mars 1752.Si vous m'étiez moins cher, mon très cher fils, je ne me plaindrais pas de la brièveté de vos lettres, comme vous me paraissez vous plaindre, dans votre lettre du 24 octobre du reproche que je vous en fais.Je sais que vous avez des affaires, que vous avez été malade.J'en ai encore assez d'inquiétude; malgré vos grandes lettres dont je vous fais mille remerciements, je ne puis être tranquille sur votre santé.Vous me connaissez; ainsi vous pouvez mieux juger qu'un autre qu'étant aussi éloignés que nous le sommes, que je ne puis être sans beaucoup d'inquiétude.J'aime mieux que vous ne me disiez qu'un mot que de prendre sur votre repos pour me satisfaire.Comme je vous ai écrit depuis mon retour de Bordeaux, je ne vous répéterai point que nous avons tous versé des larmes en nous séparant.Il n'y a pas même longtemps que j'ai encore envoyé un paquet à M.de Rostan pour le premier vaisseau qui partirait pour votre pays, je ne me remets pas de quel temps.Je reçois, de temps en temps, des lettres de cette chère famille et toujours bien des amitiés que je mérite par le sincère retour qu'ils trouvent en moi et en ce cher père, qui n'est pas moins attaché que moi à tout ce qui vous appartient.Je me flatte bien, mon cher fils, que tu auras le plaisir de le revoir.Il en aurait infiniment à t'assurer lui-même de toute son amitié.Il essaie, depuis quatre jours, à écrire, mais la main lui tremble de façon que je crois qu'il renoncera.Je ne vous dirai rien sur tout ce que vous me marquez, que nous nous sommes tous donné la main pour vous faire jouer un personnage qui ne vous convient point.Pensez que nous sommes trop du même avis pour nous regarder comme gens suspects.S'il n'y avait que moi, vous croiriez que je ne suis pas capable de vous donner 164 ARCHIVES DE QUÉBEC un conseil solide; mais, sans nous être ni vus, ni écrit que du temps après, tous se trouvent vous aimer assez pour vous dire ce qu'il convient.Je souffre autant que toi, cher fils, de ce que je sais que tu as à souffrir, mais tu vas être débarrassé cet automne.J'ignore encore qui va prendre la place de M.de Vaudreuil, mais on assure qu'il est nommé pour général du Canada.Sans doute que tes espérances sont de l'aller rejoindre dans quelques années, puisque tu me marques que tu as des idées différentes que celles que je te souhaitais; mets que je n'ai rien dit et je dérire de tout mon cœur que tu aies toute la satisfaction que tu peux espérer du côté de la Cour.M.Le Normand m'a dit,, comme je te l'ai déjà mandé, qu'on y envoyait des ordres qui mettraient la tranquillité.Je n'ai vu que deux fois M.de Vaudreuil depuis mon retour de Bordeaux.Il a toujours été malade, mais je vois ses enfants souvent, à qui je ne fais mine de rien, comme tu peux bien penser.Ils ne m'ont rien dit de tout ce qui se passe, et ne leur en parie point non plus.M.l'intendant et M.de Givry sont les seuls à qui j'en ai dit quelque chose.Ils te plaigent beaucoup.Je ne crois pas être dans le cas d'avoir besoin de ta procuration, car on estime ce que nous avons à Blois que si peu de chose que je ne parle plus de m'en défaire.S'il arrivait quelque bonne occasion, je ne balancerais pas à m'en défaire, mais personne n'y mord.Je crois que, pour cette fois, personne n'est fâché que vous n'écriviez qu'à moi.Vous faites mémoire de tout, cela leur suffit.Votre fille est cependant un peu fâchée mais elle est raisonnable et ne voudrait pas que vous vous fatiguassiez pour elle Elle est grande comme moi incessamment, de belle taille, mais point jolie, une bouche sans fin ainsi que les yeux.J'espère que quand elle sera plus grasse, qu'elle sera mieux.Elle a fait sa première communion, je crois vous l'avoir mandé.Elle souhaite, autant que nous tous, votre retour, mais non pas à la demi-solde, comme vous le dites.Vous êtes encore trop jeune pour prendre un tel parti, hors que l'on ne vous traitât de façon à le prendre.Je n'ai point fait vos compliments à M.ni Mm° de Tilly, et ne leur ai seulement pas dit que j'eusse de vos nouvelles ni à personne.Ils vivent avec nous de façon à leur être très indifférents.C'est tout ce que je puis vous dire de plus doux.Je les vois tous les huit jours, en allant à la messe, qu'ils viennent voir mon cher père et, comme je suis toujours dans sa chambre, il faut qu'ils me .voient; car, pour dans la mienne, ils ne me font pas cet honneur.L'envie et la jalousie perdent tout.Ils croient que tout ce que je bois et mange leur est ôtê et que mon cher père n'aime que moi.Leur fille que j'ai élevée est à peu près sur le même ton et ne vient ici qu'en cérémonie avec sa sœur et toujours pour mon cher père.Pour le père, il est à ne pas connaître depuis qu'il est capitaine.C'est un autre homme.Il nous regarde comme de petites gens.J'en ris.Comme il est fort lié avec M.de Vaudreuil depuis un mois seulement, il espère commander le vaisseau qui ira chercher M.de Cavagnal.Il nous en fait mystère, mais je sais qu'il l'a demandé.Bégon se désespérera s'il sait qu'il y aura un vaisseau du Roi avant son départ, car il grille de vous voir.Je le vois partir avec regret aussi, car j'aurais mieux aimé qu'il eût été chez vous qu'ailleurs.Il embarque avec M.de Lisardais.On ne sait encore où il ira.Nous avons, mon cher père et moi, été très malades.Jugez de ma peine de me voir dans un lit au bout de la maison et ce cher père dans le rien et, pour toutes personnes de confiance, votre fille et Bégon.Ces deux enfants ne nous ont point ARCHIVES DE QUÉBEC 165 abandonnés.Ce sont des cœurs rares pour la tendresse; aussi sont-ils gâtés, de façon qu'ils seront bientôt pourris.C'est une amitié parfaite que ce couple raisonnable.J'ai bien des grâces à rendre à Dieu car Bégon est très raisonnable et fort sage en tous points.J'ai des nouvelles souvent de mon cher petit Villebois par le père Mesaiger qui est toujours procureur à Paris.Ce cher enfant se porte bien, mais il écrit comme sa maman.Ton frère le contrôleur est à Paris depuis le premier de mars, qu'il a fini sa revue des classes.J'en ai eu des nouvelles, il y a peu de jours.Il se portait bien.Ton frère aîné est le seul de la famille que je ne connaisse point, dont je suis bien fâché, car j'en entends parler de façon à me donner envie de le voir.Si tu connais, cher fils, le chevalier de Voutron, c'est lui qui va en Canada commandant la Seine.On ne sait encore quand cela partira.Je ne crois pas écrire autant cette année que j'ai fait les autres, car je ne puis reprendre de force.La maladie que j'ai eue m'a tout à fait mise hors d'état de rien faire.J'ai peine à écrire quatre lignes de suite.La poitrine me fait mal pour peu que je veuille m'attacher à quelque chose.Je ne te dirai rien du pays, car ce n'est que misère et, sans le secours des Anglais on aurait beaucoup souffert, la récolte ayant manqué partout.H y a eu beaucoup de fièvre et de fluxions de poitrine à l'ordinaire, mais il n'est mort ici de personnes de remarque que M.de Gaudion, que tu as vu trésorier, et un officier, neveu de M.de Rosselle que tu as vu.Comme M.de Rostan t'envoie toutes les nouvelles, je ne t'en dirai rien.M.Le Vasseur a été fait contrôleur à la place de M.Druisse (de Ruiz) qui est commissaire général demeurant dans ce port.Et ton ami Givry est toujours le même, ainsi que moi qui, ne voulant point jouer, suis souvent seule avec mon cher père et la petite qui a souvent la petite Druisse et la sœur de Mm* Le Vasseur.Ce sont deux jolis enfants.Elles causent comme des pies toutes trois et nous divertissent souvent.Je vois tout en général et rien en particulier.On a des bontés pour moi partout et j'en suis très reconnaissante.Toujours la même que tu m'as vue, cher fils, je ne puis changer quelque chose que je fasse.Nous vivons dans une tranquillité sans pareille.Ta fille seule gronde le petit Anglais et souvent Lisette que j'ai toujours, aussi grosse et grasse que tu l'as vue.Mon cher père et moi avons maigri beaucoup, mais ce ne serait rien si, à cela près, je pouvais espérer qu'il eût de la santé et moi aussi.Malheureusement, il est un âge où les espérances ne sont pas grandes: je suis à ce terme.Je voudrais, mon très cher fils, avoir quelques bonnes nouvelles à te mander.Peut-être avant le départ du vaisseau y aura-t-il quelque chose.Je vais attendre pour finir.Le 22 mars.J'apprends qu'il est certain que M.de Vaudreuil-Cavagnal est relevé par M.de Kerlerec, capitaine de vaisseau de Brest.On l'assure un fort aimable homme.Il doit partir d'ici dans quelques mois, à ce que l'on assure.Je souhaite que cela soit et que tu puisses être plus tranquille et que tu profites mieux que tu n'as fait des années que tu passes éloigné d'une famille qui voudrait te revoir bien arrangé 166 ARCHIVES DE QUÉBEC et en état de mener la vie tranquille.Comme tu ne me fais point part de tes idées et de ce que tu veux faire, je ne puis que te souhaiter beaucoup de réussite.Si je ne vous aimais, mon très cher fils, que pour moi, je vous souhaiterais id, mais je vous aime pour vous et non pour moi.J'en fais de même pour mes enfants, car je ne cherche que leur avantage et à leur procurer tout ce que je puis.Je me suis acquittée de la commission que vous me donnes pour Bégon et sa nièce.Ils s'entretiennent avec grand plaisir de vous et de la joie qu'ils auront à vous revoir qudque jour; car ils font souvent des promotions où vous avez bonne place, ainsi que le cher onde Caseneuve, car ils l'aiment tous deux comme leur onde; ausd est-il bien aimable.Nous nous écrivons qudqudois bien des tendresses.Il n'est point d beau que mon gros cochon de fils, mais il est bien ausd aimable; au moins, s'il ne l'est plus, il ne voudrait pas me dire ce que tu me dis.Le 23.Je crois t'avoir déjà marqué, cher fils, que M.Le Large avait bien voulu se charger de deux caisses pour Bosseron qui est aux Illinois et, afin que cela fût plus sûrement, je l'ai prié de les mettre avec tes affaires.Elles sont marquées C.T.N° S et N° 6.Ta fille te sera très obligée d tu veux lui fdre tenir ces caisses.Je ne doute point qu'il ne t'ait dit bien de nos nbuvdles, car il a été id qudque temps et presque toujours à la maison.J'apprends dans le moment par ta chère soeur de fort bonnes nouvelles et suis fâchée de ce qu'elle ne m'a pas avertie qu'il partait de Bordeaux un vaisseau, par où elle me marque qu'elle t'annonce tout ce qui se fait et s'arrange pour ton pays.Je vois, par cet arrangement, que je ne te verrai pas d tôt, dont bien me fâche, mais c'est ton avantage; du moins il faut le croire et en paraître contente.Ce que je souhaiterais uniquement pour toi, c'est que vous puissiez vous séparer, M.le Gouverneur et vous, bons amis, d ce n'est pas de coeur au moins que ce soit en apparence, car tu as beau dire qu'il n'a que M.de La Porte, il a, et tu dois t'en apercevoir, d tu veux ouvrir les yeux tout ce qu'il y a à espérer de crédit.Tu crois que je me laisse endormir, qu'on me fait accroire ce que l'on veut.Je suis trop maligne pour être d crédule et pensé que je suis plus occupée de toi et de tout ce qui peut arriver que de tout au monde, quoique tu ne le mérites pas, car je n'ai pas encore digéré ta mauvaise lettre.Peut-être le temps effacera tout ainsi que tes pensées insultantes.Je suis de meilleure foi que toi, car je te dis tout ce que je pense.A qui puis-je le dire, d ce n'est à toi ?Car id je n'ai personne de confiance et n'en veux point avoir.Je suis trop vieille pour faire de nouvelles connaissances, hors ta famille à laquelle je me sens ausd attachée que toi et, par conséquent, j'aurais souhaité que tu n'eusses écrit d'injures qu'à moi; mais heureusement que tu as affaire à un onde qui est ausd bon que moi et qui pardonne.En grâce, cher fils, ne fais donc plus d'épltre de cette espèce et, encore une fois, lis, après ta colère passée, ce que tu as écrit.Je te vois rougir, mais pense que je t'aime trop pour ne pas te dire le tort que tu te fais et le chagrin que tu nous donnes par l'amitié que nous avons tous pour toi, et sois persuadé que ta vieille mère n'a d'attache que pour son père et ses enfants.Je remets à finir.Si j'apprends qudque chose d'intéressant, je t'en ferai part, n'ayant d'autre plaisir que cdui de t'assurer que je suis ta tendre et bonne mère. ARpmVES DE QUÉBEC 167 Le 26V Quoique je n'aie rien d'intéressant à te dire, cher fils, encore faut-il que je te dise que je t'aime aujourd'hui comme j'ai fait depuis tant d'années, et t'apprendre qu'on a fait quantité de chevaliers de Saint-Louis dans ce port.On ne voit plus que cela.Il m'en coûte pour aller faire mon compliment aux dames.Heureusement que je n'avais point fait de visites de l'année, la maladie de mon cher père et la mienne m'en ont empêchée.J'espère que le beau temps nous rendra à tous la force et la santé.Notre petite est la seule qui n'ait point encore eu d'incommodités depuis que nous sommes ici.J'espère te la rendre bien portante, quand tu reviendras et bien raisonnable.Je n'oublie rien pour cela, non plus que pour sa santé et son éducation.Elle a de l'esprit et il ne lui manque que de la docilité.J'espère que le temps amènera tout.¦ :::;y;^;;p^Le 30., Je n'ai rien de nouveau à te dire, cher fils, car je ne sais rien.-Mais je suis seule et n'ai d'autres plaisirs que de m'entretenir avec toi.Toute la maison est en station, jusqu'à ta fille qui se porte toujours à merveille, ainsi que son oncle qui ne peut se consoler de ne pouvoir t'aller voir.Ce sera pour une autre année, je l'espère.Je viens d'écrire à M.et à Mme de Vaudreuil et leur fais mon compliment sur leur retour en Canada.Je leur marque que je té plains de rester en cet endroit et j'espère que tu ne me refuseras pas de faire un effort généreux pour leur marquer la part que tu prends à ce changement avantageux et de faire en sorte de te séparer avec des façons d'amitié.Je te le demande, mon très cher fils.Ne refuse pas une mère à qui tu dois bien de la tendresse par celle que j'aurai toute ma vie pour toi.Ce que je te demande en est une preuve dont tu conviendrais ri tu voulais.Adieu.Le 8 avril 1752.Il faut finir ma lettre, mon très cher fils.M.Le Large part et tu me feras plaisir de lui faire amitié.C'est un bon garçon que j'estime fort et qui mérite celle des honnêtes gens, quoiqu'il ne soit pas capitaine de vaisseau.Je ne te dis rien de notre chère petite.Elle t'écrit et se porte au mieux et n'a pas eu d'incommodités depuis que nous sommes ici.Bégon est prêt à partir avec M.de Lisardais.On dit qu'ils vont croiser sur le Grand Banc, si bien que voilà toute ma pauvre famille \"épaillée.\" Il ne me reste que la petite pour toute consolation.Mon cher père t'écrit, je crois; du moins il essaie, mais je ne sais s'il réussira, car la main lui tremble beaucoup.Il veut te marquer sa reconnaissance de ce que tu veux bien faire pour le petit La Morandière.J'en suis aussi touchée que lui et souhaiterais qu'il en méritât la continuation.J'ai eu des nouvelles hier du petit garçon qui se porte bien.J'en ai aussi de toute ta famille qui est en bonne santé.Voilà tout ce que je sais qui puisse te faire plaisir.Mon cher père a aujourd'hui la santé très chancelante et me donne souvent de cruelles alarmes.i 168 ARCHIVES DE QUÉBEC Je me porte, moi, assez doucement aujourd'hui, mais plus de force.Je sens tout le poids de mes années et aurais grand besoin de mener la vie un peu plus tranquille, ce qui ne peut être que lorsque je te reverrai.Car tu dois savoir que, malgré tout ce que tu me dis, que tu es toujours mon fils gâté que j'aime autant que j'ai jamais fait.Adieu, cher et aimable fus.Fais quelque chose en ma faveur et lis ma lettre, celle-ci, car pour la première, je crois que tu verras que je veux me venger.Conserve, je te prie, ta santé qui m'est et me sera toujours infiniment chère.Aime ta petite mère la moitié de ce qu'elle t'aime et rends-lui la justice qui lui est due en étant persuadé qu'il n'en est point au monde de plus attachée à ses enfants que ta tendre mère.(s.) Rocber Bégon.Bégon t'assure de toute sa tendresse et de ses respects.Il soupire toujours lorsqu'il parle de M\"» Rose.Je t'ai déjà envoyé des nouvelles de Canada.En voici de plus amples.Adieu, mon très cher et blen-aimé fils.Donne-moi de tes nouvelles, je t'en prie, et m'aime.Mon très cher frère.J'ai vu avec plaisir que vous vous portiez bien, quand vous avez écrit à ma chère mère, et j'ai vu aussi que vous ne m'aviez pas oublié tout à fait, car j'ai vu plusieurs de vos lettres sans qu'il fût mention de moi, ce qui m'a fait de la peine.Je ne crois pas avoir mérité cet oubli-là de votre part.U s'en est peu fallu que je ne fusse vous voir.Mais votre M.Large en est la cause.Ainsi prenez-vous-en à lui, puisqu'il commande le vaisseau.Je m'en vais avec monsieur de Lisardais père qui commande un vaisseau.Il a eu la bonté de me demander.Nous allons croiser sur le Grand Banc et de là, à l'Ile Royale.On dit que la campagne sera de sept mois.On assure qu'il y aura cet automne une frégate chercher M.Cavagnal, votre gouverneur.Je souhaiterais bien vous aller voir et être de retour assez tôt pour y aller, mais il ne faut point compter là-dessus.Je m'arrangerai si je peux pour pouvoir y aller l'année prochaine.Je vous prie de m'accorder la continuation de votre amitié que j'espère mériter par le respectueux attachement avec lequel je suis, mon très cher frère, votre très humble et très obéissant serviteur et frère.(s.) BÉGON.De Rochefort, ce 8» avril 1752.¦ ,\"!^-;ïr - Vous savez que ma chère mère aime l'indienne.Elle en a acheté plusieurs pièces pour nous habiller tous et nous carrons tant que nous voulons ici.Ma nièce, mademoiselle votre fille, en a une qu'elle porte du soir au matin.Elle est fort aimable, et nous vivons très bien ensemble comme cela doit être.Monsieur votre fils se porte bien, mais il est un peu paresseux pour écrire.Je crains qu'il ne ressemble à son cousin, M.Bégon, pour cela, mais on en est très content. ARCHIVES DE QUÉBEC 169 A Rochefort, le 3 mai 1752.J'ai reçu avec un plaisir infini, mon très cher fils, la lettre du 25 janvier, depuis le départ de M.Le Large qui est chargé de tous nos paquets.Je vois avec satisfaction que tu es flatté des sentiments de ta chère famille pour nous et de ceux dont nous sommes pénétrés pour eux.Ils méritent tous, en vérité, d'être aimés.Il né manque que toi, cher fils, pour nous rendre tous contents; car, j'avouerai que ton absence est toujours pour moi une nouvelle peine, puisque, ri j'étais auprès de toi, tu n'aurais pas mille chimères dans la tête, tantôt contre moi, tantôt contre ta sœur, ou ton oncle, ou M.de La Galissonnière.Tu as raison de me dire que tu le crois bon parent, mais tu n'en as guère lorsque tu dis qu'il a ses intérêts et que, sans cela, il ne se serait pas rangé du côté de M.de La Porte.Dis-moi, je te prie, quel besoin particulier peut avoir M.de La Galissonnière de M.de La Porte?Tu n'es guère, à ce qu'il me parait, au fait dé tout ce qui se passe.Il me parait encore plus que jamais que tu ne veux plus penser solidement, puisque tu portes jusqu'au ministre des plaintes que tu aurais dû réserver à ceux qui sont toujours surveillants à travailler pour toi, et te contenter d'en écrire à ton oncle de qui je pense que tu ne dois point douter de l'amitié.J'ai vu des lettres de ta famille, bien pénétrées de peines des dernières que tu as écrites et te dois dire que le ministre n'est point content.Tu croiras encore que je suis partisan d'étrangers à ton préjudice, mais, mon très cher fils, croyez que votre mère est plus intéressée que personne à vous voir avec agrément dans la place que vous occupez; mais, si vous voulez toujours vous en rapporter à votre idée et aux sots qui vous font de mauvaise charade, nous n'aurons tous qu'à nous taire.Tu es fâché de ce que j'écris en ton pays: je n'ose dire le nom puisque tu ne le veux pas.Où est donc ton esprit, du moins celui que je t'ai connu?Et quoi: ne dois-je pas toujours chercher autant que je le pourrai à adoucir tout ce que je vois trop amer ?Je n'ai point eu d'autre idée et si tu en as, tu as encore grand tort.Si tu n'écrivais point avec autant de véhémence, je te l'ai déjà dit, ceux qui veulent te faire mal s'en feraient plus qu'à toi.Mais tes écrits perdent tout.M.Le Normand est aussi sensiblequ'un bon ami peut l'êtrede tous les chagrins que tu as, mais il m'a dit que tu ne devais écrire qu'avec beaucoup de ménagement, et c'est ce que tu ne fais point.Je souhaiterais, autant que toi, qu'il fût secrétaire d'État.Il a des bontés pour moi et me flatte qu'il en aurait assez pour m'écouter, lorsque je lui demanderais quelque chose.Tu dis que nous sommes tous ligués pour te trompeter que tu dépenses trop.Hé bien! Pour qui parlons-nous?Est-ce pour nous?Et tu t'écries que l'on te persécute, que personne ne s'est laissé mourir de faim pour te laisser du bien et que tes enfants feront comme toi, que tu n'as pas besoin de tuteur.A Dieu ne plaise que j'aie envie de t'en servir, ni de faire vis-à-vis de toi de besogne inutile comme tu dis: si tu as cinquante ans, j'en ai bientôt soixante et peux t'assurer que j'aime trop à vivre tranquille pour me tourmenter à rien qu'à ce qui peut me la conserver.Je n'ai jamais avec vous, mon cher fils, cherché ni emprunté d'autre taille-douce ni couleur que le naturel et la vérité et si j'ai badiné sur l'envie que j'avais de vendre le bien de Blois et que vous ne me faisiez pas de réponse, cela ne devait point vous mettre en frais de me faire de compliments.Si j'en eusse trouvé le prix qu'ils ont été estimés, je n'aurais pas attendu ta réponse pour les vendre Les repri- 170 ARCHIVES DE QUÉBEC avec liueuu, iJuiov^lk- vm .-\u2014 pour des reproches indiscrets, et tu nous pries tous d'assez bonne grace de ne nous plus mêler de tes affaires pour pouvoir te refuser.Tu le fais même en termes d'assez beau français pour que les plus ignorants puissent l'entendre.Heureusement qu'à la suite tu m'assures de ta parfaite santé.Car sans cela, j'aurais cru que tu avais le transport au cerveau.Va, tu ne crains guère de me donner du chagrin.Je n'en ai pourtant pas besoin d'augmentation, mon cher père étant presque toujours malade à présent; son age ne me donne pas même d'espérance.Juge de mon état et du peu de consolation que j'ai ici où je suis actuellement seule avec ma petite-fille, Bégon étant parti il y a huit jours, pour ne revenir qu'à la fin de l'année.Ci-joint une lettre de M.de La Galissonnière pour te recommander un cadet pour lequel il espère que tu auras des bontés.Il appartient à bien du bon à Paris, mais très pauvre.Je remettrai quelque chose au capitaine du vaisseau pour lui, que je t'adresserai afin qu'il ne le disripe pas dans le voyage.Mon cher père te fait mille tendres compliments et voudrait bien te revoir.Ta fille est toujours en parfaite santé.Elle t'écrit ce qu'elle veut et la laisse faire ainsi.Je n'en dis rien, sinon qu'elle est toujours l'objet de mes attentions et de toute ma tendresse.Sois bien persuadé qu'elle ne manque de rien et qu'elle a tout, non à souhaiter, mais avant de souhaiter, et je désire fort qu'elle n'ait jamais de moments plus heureux.Adieu, mon très cher et très aimé fils.Conservez votre santé que vous savez m'être infiniment chère.Aimez-moi.Donne-moi de tes nouvelles par tous les vaisseaux et réjouis-toi de l'aimable gouverneur que tu vas avoir.Ton fils se porte bien ; il m'a écrit, il y a peu de jours.Je t'embrasse mille et mille fois de tout mon coeur et suis pour la vie ta tendre et bonne mère.Je ne ferai point tes compliments à Mater, car je ne lui écris point.Je suis tout à fait fâchée contre elle et contre toute sa race.Je me porte à l'ordinaire, comme tu m'as vue.Après avoir répondu, mon très cher fils, à toutes tes injures, je veux t'écrire au moins quelque chose qui n'ait plus de rapport à toutes ces extravagances, persuadée que tu seras plus sage après avoir fait tes pâques et gagné le jubilé.Nous sommes, cher fils, dans l'attente de M.Duquesne, notre général de Canada, car je me regarde toujours de ce pays et y prends toujours part.J'y en prendrais bien davantage s'il était vrai que tu y fusses, mais je n'y vois point d'apparence et regarde cela une nouvelle de Rochefort.Ce pays est fertile en pauvreté.Je ne serai pas fâchée que tu y fusses intendant, pourvu que ce fût avec M.Duquesne que je connais fort aimable.On dit que celui qui va relever ton gouver- (s.) Rocber bégon.A Rochefort, le 16 mai 1752. ARCHIVES DE QUÉBEC 171 new l'est aussi beaucoup.M.de La Galissonnière m'a mandé qu'il était fort de ses amis et qu'il espérait que tu aurais de l'agrément avec lui.Il m'a adressé un jeune cadet à l'aiguillette avec beaucoup de recommandations.Il t'en écrit et il te prie de vouloir lui accorder ta protection.Il me marque de t'en écrire et de f adresser quelques hardes pour lui, ce que je ferai et prierai le capitaine de te les remettre, car c'est un garçon fort bête, sauf respect à sa famille, et qui userait dans le vaisseau ce qu'on lui donnerait.Mais que cette recommandation ne te soit point à charge, ce n'est pas l'intention de ceux à qui il appartient.J'ai reçu, il y a peu de jours, une lettre de M.de Rostan qui me mande avoir envoyé tous ses paquets ici pour toi et qu'il t'écrit fort amplement.Il se portait bien et tes chères sœurs aussi.J'ai eu de même des lettres de M.le contrôleur de Brest, qui est encore à Versailles.Il me mande que notre cher petit-fils se porte bien et qu'il lui a ôté son pédant de précepteur, dont je suis fort contente.Le père Mesaiger me l'a mandé aussi.C'est un bon ami que ce cher enfant a dans le collège.Notre petite est toujours folle comme sept et cause comme une pie.Je la laisse parler quand elle dit bien.Elle a de l'esprit et je crois qu'il ne faut point la rendre timide.Elle attend une aigrette que M.de Caseneuve lui a fait faire de sa croix et de ses petites boucles d'oreilles avec quelques pistoles que j'ai piiê d'y mettre pour l'enjoliver.Elle attend cela avec beaucoup d'impatience.Elle est bientdt grande comme moi et tous les jours on allonge les cotillons.Elle n'aime que la lecture et ne puis lui persuader qu'il faut avoir quelques heures pour apprendre à broder ou à coudre.Cela viendra avec le temps, je l'espère.Mon cher père en est coiffée au point que je n'ose lui rien dire devant lui.Il est toujours d'une santé très faible et me donne bien des inquiétudes, étant seule avec cette chère enfant, car je regarde tout ce qui nous sert comme rien et souvent vaudrait-il encore mieux ne rien avoir.Tout Paris est occupé aujourd'hui de la Constitution.On ne voit plus qu'arrêts du Roi et représentations du Parlement, qui a aussi lâché des arrêts dont je pense que M.de Rostan t'aura fait part.Il est à craindre que tout cela ne fasse bien du brouillamini.On parle ici, dans les hommes, construction, armement, etc., et dans les dames: ajustements et jeux.Comme je ne suis rien en tout cela, je vis tranquille chez moi autant que mes peines me le permettent; car ton absence, cher fils, m'est insupportable, joint à ce que je ne puis espérer revoir ce cher père en parfaite santé.Ce sont pour ta pauvre mère deux points bien sensibles.M.de Givry, que je vois quelquefois, m'a dit qu'il t'écrivait.Je ne sais s'il dit vrai, car c'est un seigneur qui aime bien son plaisir, à ce que l'on dit ici.Je ne sais ce qu'il fait à tout le port, mais on ne l'aime point.Pour moi, qui n'ai point d'affaire à lui, je le trouve fort aimable.En outre, je t'en ai oui parler comme de ton ami.Il aime pourtant beaucoup ceux que tu n'aimes guère, mais que cela ne t'effarouche point contre lui, je te prie, et que cela ne nous passe pas.J'ai écrit, j'écris en Canada, tant et tant de lettres que je crois, que je serai fort aise quand tous les vaisseaux de ce pays seront partis.Mm° de Tilly est toujours malade à son ordinaire.Ses 3 filles, toujours occupées auprès d'elle et sortant fort peu, ainsi que moi, de façon que nous ne nous voyons que rarement.Je me suis persuadé que l'on s'en aimerait mieux.M.Le Large n'est pas, je crois, loin de te donner de nos nouvelles.J'espère qu'il nous en apportera des tiennes. 172 ARCHIVES DE QUÉBEC Quand il n'y aurait qu'un mot, cher fils, par tous les vaisseaux, je serai contente.Lorsque je verrai de ta main: je me porte bien et je t'aime, c'est tout ce que je demande, ne pouvant espérer autre chose pour le présent.Je ne vois que trop que te voilà encore pour quelques années dans ce pays.Heureuse si je vis assez pour te revoir.Quelle joie! Quelle satisfaction! J'oublierais toutes mes peines et la croix que je porte depuis quatre ans me serait plus légère.Il n'y a que ton retour, cher fils, qui puisse me consoler, mais je ne le souhaite qu'autant qu'il sera ton avantage et que la chose sera convenable.Je ne t'aime pas pour moi seule et je veux que tu y aies toujours la meilleure part.Mon cher père te fait mille compliments et amitiés.Il dit qu'il serait content s'il pouvait espérer te revoir.Mon fils est parti il y a 15 jours.La petite t'écrit, ainsi tu verras qu'elle se porte bien.Il ne faut point t'ennuyer et finis en te demandant en grâce de conserver ta santé qui me sera toujours plus chère que tu ne peux t'imaginer.Aime-moi la moitié de ce que je t'aime.Donne-moi de tes nouvelles et sois bien convaincu que je suis et serai toute ma vie ta tendre et bonne petite mère.(8.) ROCBERT BÉGON.Le chevalier de Beauharnois te fait mille compliments.Il est toujours bon garçon, bien sage, et fait assez bon ménage avec la petite, hors les moments où il la prie de se tenir droite et de ne point froncer le sourcil.Donne-moi donc de tes nouvelles, cher fils, et aime-moi assez pour faire ce que je t'ai demandé.Adieu, conserve ta santé qui est tout ce que j'ai de plus cher et compte sur toute ma tendresse pour notre chère petite.Elle se porte bien ainsi que le petit.On m'a adressé une lettre commune du ministre que j'envoie à M.votre gouverneur.Elle ne regarde que M.La Courinière, ce cadet dont je te parle.Adieu.A Rochefort, le 20 mai 1752.Le jeune homme dont je t'ai parlé et que M.de La Galissonnière te recommande ne doit point partir sans avoir un petit mot de ta pauvre petite mère, qui n'a de plaisir, cher fils, que celui de t'assurer de toute sa tendresse.Comme ce jeune homme est un butor, j'ai remis au capitaine du vaisseau dans lequel il s'embarque, quarante-huit livres que je l'ai prié de te remettre afin de les donner a cette bête lorsqu'il en aura besoin.M.de La Galissonnière m'a marqué de te le recommander, mais de ne lui rien donner, car il serait fâché qu'il te fût à charge, n'étant en aucune façon de ses parents; mais il l'est de Mml de Rochambault, qui est de ses amies; voilà ce qui l'engage à te le recommander.Ce butor est ici dans les compagnies depuis deux ans, le plus crasseux de tous les soldats.Ne lui donne rien.Je comptais t'adresser un habit pour lui, mais je n'ai pu venir à bout du tailleur; il n'est point fait.Je te renverrai par le premier vaisseau qui partira.M.Duquesne Menneville, gouverneur général du Canada, arriva hier avec grand équipage et Saint-Laurent, officier du Canada, que tu connais, qui débite partout que M.Duquesne restera en Canada tant qu'il voudra, ce qui donne de l'inquiétude à ceux qui avaient pensé qu'il n'y allait que par intérim.Comme je connais ce général, je compte le voir et saurai de quoi il est question.Il est toujours très vrai que M.de Kerlerec va en ton pays et qu'il partira en septembre ou octobre. ARCHIVES DE QUÉBEC 173 Le 17 mai.J'ai laissé hier, cher fils, ma lettre pour aller recevoir le général de Canada.Il n'est point d'amitié qu'il ne nous ait faite, à mon cher père et à moi, mais il était en compagnie avec laquelle je ne pus rien lui dire de ce que j'avais envie.Mais cela se retrouvera avant son départ.Nous sommes tous en assez bonne santé, aux forces près, que mon cher père a de la peine à reprendre.Il ne me reste de temps que pour te demander la grâce de conserver ta santé que tu sais m'être très chère, de me donner de tes nouvelles et d'aimer la plus tendre mère qui fut jamais.Ta fille se porte au mieux.Elle t'a écrit par le même vaisseau dans le paquet que le capitaine a.Tu verras qu'elle n'apprend guère à écrire, mais c'est sa faute, ayant un bon maître depuis 3 ans.Elle est toujours folle de la lecture.J'espère que cela lui formera l'esprit, ne lisant que du beau et du bon.Adieu, mon très cher et trop aimé fils, plains-moi et m'aime la moitié de ce que je t'aime, ce sera encore beaucoup et sois bien et vraiment persuadé que je suis et serai toute ma vie ta tendre et bonne mère.(8.) ROCBERT BÉGON.Mon cher père te fait mille tendres compliments.J'ai remis au capitaine un paquet dans lequel est l'habit complet de ce M.La Cousinière avec une paire de bas, le tout à ton adresse.(D'une autre écriture) Mon cher père, je vous embrasse de tout mon cœur.Votre petite fille qui a une belle toilette que nous venons de déballer, arrivant de Paris (de l'écriture de Mm* Bégon) qui coûte 50 écus, Jugez si c'est du brillant.A La Rochelle, le 18 août 1752.Ne sois point étonné, mon très cher fils, de me voir écrire d'ici.Nous y sommes tous en bonne santé et avons pris le parti d'y venir par le mauvais air que l'on respire à Rochefort, où mon cher père a eu la fièvre ce mois de juillet.Il répugnait si fort à rester dans Rochefort que je n'ai pas balancé à venir id, sitôt qu'il me l'a proposé.Et, comme nous comptons y passer qudque temps, nous avons loué des chambres, vis-à-vis M' Goguet, où nous sommes très souvent, ainsi que chez M°\".de Beaumont et nos payses des Aunier (Desaulniers).Nous dînons volontiers où l'on nous prie, mais nous soupons chez nous.On nous apporte à manger de chez un traiteur.Il nous en coûte beaucoup, mais la santé est par-dessus tout.Ta chère fille n'a pas eu un moment d'incommodité depuis que nous sommes en France.Elle est bientôt aussi grande que moi, pas grasse, mais un peu de gorge commence à paraître.Elle a été à la comédie id avec Mm* de Beaumont, car tu penses bien que ce n'est pas moi qui la mènerai.Elle y retourne encore aujourd'hui, dans un ajustement complet, comme tu penses.Ton frère, le contrôleur, qui est encore à Paris lui a envoyé une robe couleur de rose et blanc par le chevalier de Beauharnois, qui a été ce printemps à Paris; 174 ARCHIVES DE QUÉBEC il a ajouté à cette robe une jolie coiffure à la Zilia et tout l'ajustement, en pièce collier et nœuds de manches, que l'oncle avait oubliés, de façon que M,u est fort contente.Une robe de grande fille avec une belle aigrette de diamants, figuré drôle, tout cela fait merveille, joint à l'air assuré et la conversation qui va toujours fort bien.Vous seriez fort content, mon cher fils, si vous voyiez ce bijou.Tout ce qu'il y a à réformer, c'est la hauteur, le peu d'attention à ses hardes qu'elle ne ménage r point, dont les tantes font souvent mention, car ta chère sœur me fait le plaisir de m'écrire souvent.M1U Rose écrit aussi à ta fille.Elles m'ont adressé, ainsi que M.de Rostan, deux gros paquets de lettres que je joins à celle-ci, ainsi qu'une de Benoit de Canada que nous avons reçue par le vaisseau qui nous est venu annoncer la mort de M.de La Jonquière.J'ai eu beaucoup de lettres par ce vaisseau, par lesquelles je vois que l'on n'attendait point M.Duquesne, ni autre cette année.M.de Longueuil comptait avoir au moins un an le commandement général et agissait en conséquence, ayant déjà placé plusieurs de sa famille et fait bien des arrangements.Il y a eu beaucoup de morts et de mariages.Le père Guignas ét M°\" La Corne, la mère, sont du nombre des morts ainsi que Mm* Hiché qui est morte subitement le mardi gras, les cartes à la main.Les mariages de remarque sont le médecin avec Mm,Coulon, la petite Tasche-reau, qu'avait Mm* Rigaud, avec un enseigne français.Les Ursulines des Trois-Rivières ont brûlé totalement ainsi que 10 à 12 maisons voisines.Juge de la perte pour un aussi petit endroit.Les recrues qu'on a envoyées en Canada ont fourni beaucoup de canailleries.On dit qu'on n'y parle que de vols et d'assassins.La misère y est grande de toute espèce; nous en aurions eu aussi beaucoup sans le secours des Anglais.On espère cette année qu'il y aura bien de l'abondance en tout.Les blés ont été beaux, les vignes magnifiques.Il ne faut que du beau temps pour achever.Ta chère sœur me mande que rien n'est si beau à Bordeaux.Mon homme d'affaire m'en mande autant de Blois.M.le Dauphin a la petite vérole, ce qui inquiète toute la France.Ce prince est aimé et on ne sera tranquille que quand il sera tout à fait hors de risque.On attend avec impatience le courrier.M.Goguet m'a fait demander à M.l'intendent 6 tonneaux de fret pour toi, qu'il m'a accordés de fort bonne grâce.On assure qu'il ne restera pas longtemps à Rochefort et qu'il pourrait être ministre.Je le voudrais, car il me parait aimer toute la famille.Mm* son épouse n'a pu tenir en France.Elle est partie il y a quatre jours pour retourner à S'-Domingue.Elle dit qu'elle mourrait si elle restait dans un climat aussi froid.Elle y a toujours été malade.Voilà comme le Seigneur nous partage tous, elle est bien riche, dans une place gracieuse assurément, et elle rie peut soutenir le climat.Je ne pense pas comme elle, car je trouve que ce pays vaut infiniment mieux que le mien.Si tu y étais, cher fils, je me trouverais bien heureuse.C'est tout ce que je souhaite, puisque le Seigneur veut bien me conserver mon cher père et me conserve mes enfants.Mon cher Villebois se porte à merveille.Le père Mesaiger à toujours mille bontés pour lui et pour moi.Il m'en donne souvent des nouvelles.Tu es à même, aimable fils, de lui rendre cela en ayant des bontés pour les pères qui sont en ce ARCHIVES DE QUÉBEC 175 pays que tu habites.Je te les recommande.Tu sais combien je suis attachée à toute la société.J'ai eu grande et ample lettre du père S'-Pé et de Mar col, qui me parlent tous de toi.J'aurais dû commencer, mon cher fils, par te remercier de ton attention à me donner de tes nouvelles.Tu as fort bien fait d'écrire par le vaisseau de Bayonne, par lequel j'ai reçu ta lettre du 17 avril,, où tu me marques n'avoir rien à ajouter à celles que tu m'as écrites, que, selon toutes les apparences, nous ne les recevrons point, car on désespère du vaisseau de M.de Vérigny, ainsi que de celui' de Bordeaux.On n'en a eu aucune nouvelle, ce qui inquiète fort les intéressés, pour les hommes, car on m'a dit que la cargaison était assurée.Je regrette beaucoup tes lettres qui sont assurément ici ma plus vraie satisfaction, car je ne puis m'accoutumer, cher fils, à être séparée de toi et t'aime toujours de tout mon cœur, malgré toutes tes injures.Je suis bien flattée de ce que tu m'assures que ta santé est bonne et ne veux point que tu t'accoutumes trop à ce climat.Il faut travailler à revenir en celui-ci et rejoindre une famille à qui tu es bien cher et qui ne souhaite que de te voir bien placé.De la façon dont tu me parles de l'hiver que tu as eu, c'était un diminutif du Canada.Je suis charmée que la dévotion t'ait réchauffé de façon à n'avoir pas ressenti la dureté de cette saison.Dieu veuille que le jubilé ait opéré tout ce que nous désirons, ton cher oncle, tes sœurs, frères et nous tous.J'ai fait, ainsi que toute la petite famille, les 15 stations.Cette famille consiste toujours en mon cher père, ma petite-fille et mon fils, dont je n'ai encore eu aucune nouvelle, ce qui m'impatiente beaucoup.Si tu es du temps, cher fils, à recevoir de nos nouvelles ce n'est pas notre faute, car je ne manque pas une occasion, quand je la sais, étant toute ma consolation de pouvoir te dire que je t'aime de loin, puisque je ne puis te le dire de près.Mon cher père est bien fâché de ne pouvoir t'écrire, mais la main lui tremble trop.Il me charge de te faire mille tendres compliments et amitiés de sa part, et qu'il serait content s'il avait encore une fois le plaisir de t'embrasser.Il gâte ta fille tout à son aise Tu dois avoir reçu, peu de temps après la lettre que tu m'écris, des nouvelles de la Cour et point de moi, car ta chère sœur ne me dit le départ du vaisseau que 15 jours après qu'il a été parti, dont je lui ai fait des reproches.Je crois que tu auras été content de la Cour, du moins on me le fait accroire, mais je ne pense pas qu'ils aient envie de t'en retirer.Il faut attendre une place, ou être en état de vivre sans le secours du Roi.Tu es trop jeune pour laisser le service et tu as des espérances qui doivent te faire prendre patience et travailler à ménager quelque chose dans le pays où tu es, qui ne mérite pas que tu y fasses la dépense que tu fais.Tu dis toi-même que c'est un pays de gabans et tu vis avec toutes ces races, comme si tu étais dans la plus belle province de France.Va, va travailler à faire autant de profit sur ce que M.Goguet t'envoie que tu en as eu à préférer la possession aux stations particulières.Je doute que tu gagnes beaucoup sur les mouchoirs, ils sont d'un prix à effrayer.Ce que je dis là et rien est tout un, car je n'ai nulle envie que tu me dises que ce n'est point à mes dépens, mais c'est pour te dire que j'ai trouvé cela hors de prix.Je voudrais bien pouvoir me faire embrasser pour toi par mon fils.La petite y supplée et elle m'assure que tu m'aimes, mais je voudrais te l'entendre dire et ne sais si je ne croirais me tromper. 176 ARCHIVES DE QUÉBEC Adieu.En voilà tout autant et plus qu'il n'en faut pour t'ennuyer.Je voudrais savoir quelques petites nouvelles qui puissent t'amuser, je te les conterais, mais tout est fort tranquille, hors les gens sinistres, qui font toujours des écrits dont je pense qu'on te fait part de Bordeaux, car M.Boby m'a dit qu'il te mandait tout ce qui se passait.Ainsi, je m'en tiendrai à t'assurer de tous mes soins, attentions et tendresses pour notre fille et notre petit-fils, que je voudrais bien voir mieux écrire qu'il ne fait.Il voit souvent M.de La Galissonnière, qui l'aime beaucoup.M.de Toul en fait de même.Ils se portent tous deux, ainsi que votre cousine et cousin Bégon.Adieu, je t'embrasse mille fois de tout mon cœur et te demande de me donner de tes nouvelles et de m'aimer aussi véritablement et aussi essentiellement que je fais, t'assurant que je suis, pour la vie, ta tendre et bonne vieille mère.(s.) rocbert bégon.Le 1\" octobre (1752).Toujours à La Rochelle et recommence pour te faire part, cher fils, des nouvelles dont le père Valèrien, à qui nous avons donné à dîner, nous a fait part.M.Maurepeaux (Monrepos) demeure avec M™ Périgny que tu connais, qui était jadis M11* La Coste.Son mari est dans les pays d'en Haut et elle tient ménage avec le juge.Ils ont donné, à ce qu'il nous a conté, un très grand dîner quelques jours après Pâques à M.l'Evêque et 10 ou 12 prêtres, 2 Jésuites et 3 Récollets, enfin tous les états ecclésiastiques.Rien n'était plus magnifique.U vit comme un homme qui a trente mille livres de rente, et cela par ses talents; il donne des permissions de tenir cabaret, à condition que l'on prendra son vin.Il nous a dit que M.Deschambault avait tous les jours 12 couverts soir et matin, que M.de Longueuil y était tous les jours et M.Varin, belle union que l'on te sou-halte beaucoup dans ce pays, mais c'est pour le compliment.Chaumont est gueux comme un rat et cherche à vendre tout ce qu'il a; il ne voit plus personne.Martel fait les beaux jours et sa femme; son commis Le Moine a perdu sa femme; il est haut et puissant seigneur aujourd'hui.Mm* Ver chères vit avec tous ses gendres.Mm* de Noyan, toujours maigre et faisant la duchesse, et son mari toujours le même.Mm* La Corne, Babet, toujours la même ainsi que Lisette.Ils ont pris avec eux Marianne La Corne à qui tous les frères ont laissé la terre de leur mère.M.Bigot n'a été que 8 jours à Montréal par la misère et les demandes dont il était accablé.Il avait mené avec lui Péan et sa femme.En voilà bien assez, car je t'ennuierais.Adieu, mon très cher fils.Aime-moi la moitié de ce que je t'aime et tu travailleras à me revenir joindre, car je puis t'assurer que ton absence m'est aussi dure que le jour que je te dis adieu.Mon cher père t'embrasse bien tendrement et te recommande La Morandière.Conserve-mol ta santé, donne-mol de tes nouvelles et sols bien persuadé que je suis pour la vie ta tendre mère.(S.) ROCBERT BÉGON. ARCHIVES DE QUÉBEC 177 A la Rochelle, le 1\" octobre 1752.Tu vois, cher fils, que nous sommes encore hors de chez nous.Mon cher père craint si fort l'air de Rochefort et aime si peu les façons de ceux qui l'habitent qu'il a peine à y retourner.J'en aurais autant si je n'avais point mon fils et peux t'assurer que je n'y demeurerais pas un instant.Je t'ai écrit, cher fils, très amplement par un vaisseau frété pour le Roi, parti le mois dernier, par lequel M.Goguet t'a envoyé quelque chose.Nous n'avons point reçu de lettres par ces vaisseaux que tu nous annonçais.Celui de M.de Vérigny est perdu.L'équipage s'est sauvé et quelques lettres.J'en ai eu une petite de toi et je pense que l'autre vaisseau est perdu tout à fait.On n'en a aucune nouvelle.Je devrais commencer par t'en dire de celles de la santé de notre petite et de son frère.Ils sont tous deux en parfaite santé.Le petit m'a marqué qu'il t'écrivait.Il est en seconde et on m'en parait très content.J'en ai des nouvelles toutes les semaines par le père Mêsaiger qui l'aime beaucoup.La petite est grande, bien faite et toujours maligne.Elle a de l'esprit et tout ce qu'il faut pour faire une aimable personne, s'il y avait moins de volonté, ce que j'ai peine à réformer.J'espère qu'avec l'Age cela viendra.Tu peux compter, cher fils, que je n'oublie rien pour te la rendre parfaite, si je pouvais.Mm\" de Beaumont en est folle.Elle la caresse comme tu ferais et est enchantée de lui voir bien prendre les petits avis qu'elle lui donne.Nous sommes souvent chez elle, quand mon cher père se porte bien, car il a essuyé ici quelques accès de fièvre qui m'alarment toujours bien comme tu peux croire, mais j'espère que le Seigneur ne voudrait pas m'ôter la seule consolation et ressource qui me reste.Si tu étais ici, cher fils, j'aurais beaucoup moins d'inquiétude,- mais je sens que c'est à quoi je ne dois point encore penser.Il faut donc souffrir et souffrir seule.Que ma vie est triste et que de croix! Encore, si j'avais cette indigne Mater! Ce serait une consolation pour moi, mais elle ne s'est seulement pas donné la peine de m'écrire cette année.Je suis si fâchée d'être la dupe de cette petite extravagante, que je ne sais ce que je ne lui souhaite pas de mal et à toute sa race.Notre vaisseau du Roi qui était allé en Canada est arrivé ici, n'ayant mis dans son voyage, allant et venant, que quatre mois.Il a rendu le général Duquesne en bonne santé.J'ai eu quelques lettres de Québec, entre autres une du médecin Gaultier qui m'en parait fort content.Il me mande son mariage avec M°\" Coulon; M\"0 Longueuil est aussi mariée avec Mézières que tu connais et dont son père sera peu content.Vergor du Chambon, que M.Bigot a fait capitaine en Canada, est marié avec la petite Rlverin.Je ne sais si je t'ai mandé que toutes les Trols-Rlvières ont brûlé par des soldats qui y ont mis le feu à deux fois.La première n'a pu les satisfaire, n'ayant brûlé que le haut; lis ont fini par le bas.M™ Duplessis et tout le quartier de Cardin y ont passé.Cette première est rétablie mieux qu'elle n'était, à ce que m'a assuré M.Châtelain qui est ici.Il ne reste plus dans cette ville que le château, l'église, les maisons Tonnancour et les Récollets.Le père Valèrien est venu par le vaisseau du Roi, et le fils aîné de Contrecœur pour apprendre l'artillerie.M.Miou est ici aussi, que sa famille a demandé.Je 178 ARCHIVES DE QUÉBEC les ai tous vus avec plaisir.On me mande que les affaires de Mm* Cugnet s'arrangent bien et qu'elle aura de quoi vivre à son aise, ses dettes seront ou sont presque payées.On me mande que M.Bigot demande à revenir.On croit que ce sera M.de Givry qui le relèvera.Voici la promotion qu'il y a eu le mois passé.M.Bart, vice-amiral; M.de CamiUie, qui l'était de deux ans, à été fait grand'croix, avec 60001 de pension.Les lieutenants généraux sont MM.de Crainay, Conflana et Macnémara; cordons rouge: MM.de La Galissonnière et Massiac; chefs d'escadre sont MM.de Foligny, Glandevesse et Perier de Salvère.M.de Vaudreuil, 2000' de pension, il est peu content de n'avoir point le cordon, les deux qui l'ont étant ses cadets.On espère qu'il y aura une promotion d'autres officiers.Je voudrais bien que mon fils y eût part, mais je n'ose m'en flatter.On me mande du Canada que M.de Verchères est mort et que M.de S'-Ours a sa retraite.C'est M.de Garnies, de l'île Royale, qui va lieutenant de Roi aux Trois-Rivières.Il est arrivé une aventure malheureuse à un capitaine de cette ville.C'est un Français qui y était allé il y a deux ans.M.de Rigaud voulut lui faire donner des vivres à quelqu'un de ses soldats qui, revenant de voyage, n'en avaient point et, comme il ne leur en était point dû, le capitaine ne les voulait point.Il lui ordonna d'en faire donner.Le refusant, il le mit aux arrêts et l'ayant fait sortir au bout de 24 heures, l'officier vint chez Rigaud et, après quelques révérences, comme il y avait du monde, il lui dit qu'il voulait lui parler en particulier, ce qu'il fit en se retirant de la compagnie; le capitaine dit à Rigaud: \" Monsieur, vous m'avez manqué, et vous crois trop honnête homme pour ne pas m'en faire raison.Allez vous habiller et prenez votre épèe.\" Rigaud lui dit: \"Avez-vous envie de vous perdre?\" Mais l'autre, n'entendant point de raison, dit qu'il voulait le voir l'épée à la main, si bien que Rigaud l'envoya aux arrêts de nouveau et écrivit à M.de Longueuil ce qui s'était passé.Il y avait une barque prête à partir pour Québec.Rigaud fit mettre son officier dedans, que l'on conduisit en arrivant dans la prison et, à l'arrivée de M.Duquesne, il sut que ce nouveau gouverneur avait dit qu'il serait cassé.Il a trouvé le secret de décamper de la prison et on ne sait ce qu'il est devenu.Cela fait deux compagnies vacantes en Canada, car je ne crois pas que ce monsieur revienne.M.l'Êvêque de Québec a été à la mission de M.Picquet.où il y a baptisé 60 familles.Les uns disent que cet établissement est bon, les autres disent que non.Tu sais, cher fils, que l'envie nous fait souvent parler.On assure que M.de Céloron ne fait pas miracle dans le Détroit.On dit que l'eau-de-vie a été très à la mode à la mer d'Ouest, par S'-Pierre, ainsi qu'aux Sioux, par Marin et par le chevalier de Repentigny.Ils sont tous relevés.Je ne pense pas que cette liqueur ait autant de faveur cette année que les trois précédentes.H y a eu beaucoup de misère en Canada.La récolte y avait manqué comme ici et ils ne seront pas encore fort à leur aise puisqu'ils mangent, depuis le mois de juillet, du blé nouveau.Il n'y a que misère partout.M.Brears (Bréard), contrôleur, était à l'extrémité.Le petit Michel Martel est écrivain principal.Descheneaux, écrivain; La Sosaie (La Saussaye), que tu connais, est mort hydropique, revenant de la Belle-Rivière.On change tous les ans deux compagnies de l'île Royale avec celles de Québec ou Montréal, ce qui n'arrange pas tout le monde.Je ne sais si cela subsistera. ARCHIVES DE QUÉBEC 179 J'ai enfin eu une lettre de mon fils, qui est à l'Ile Royale, après avoir été 66 jours à battre la mer sur le Grand Banc.Il me marque qu'ils reviendront ici vers le mois de novembre.Il dit avoir eu de tes nouvelles depuis qu'il est en cet endroit et m'en parle comme de chose qui lui a fait grand plaisir.Ce cher enfant aime son bandit de tout son cœur et n'en parle qu'avec tendresse en te nommant toujours son cher frère.C'est un bon enfant dont j'espère avoir bien de la satisfaction, ainsi que des deux petits enfants qui me sont également chers et crois également attachés, car on n'oserait parler de moi à mon petit Villebois qu'il ne verse des larmes.Cet innocent m'est bien cher aussi.Adieu, mon très cher fils.Je te demande en grâce de conserver ta santé qui m'est et me sera toujours très chère.Mon cher père te fait mille tendres amitiés.Il te demande comme moi de nous aimer autant que nous vous aimons.Donne-nous de tes nouvelles et compte que c'est tout ce qui peut nous dédommager d'être séparés, ce à quoi je ne puis me faire.Adieu, aimable fils, je t'embrasse de tout mon cœur et t'assure que je suis et serai toute ma vie ta tendre et bonne vieille mère.Mon très cher père, Je profite avec bien du plaisir de l'occasion qui va partir pour vous parler.Mais que cette conversation est loin! Que je voudrais bien en faire une plus près! Quelle joie de vous embrasser, de vous dire combien je vous aime de vous exprimer tout ce que je sens dans mon cœur! J'espère qu'un jour j'aurai ce plaisir.On a mandé à maman qu'on est obligé au Mississipi de ne manger que du riz et des fèves, parce qu'il n'y a point de viande.Que je suis inquiète s'il faut que vous viviez de ces drogues-là! Ecrivez donc, mon cher père, par la première occasion qui partira, que j'aie le plaisir d'avoir de vos nouvelles, puisque je ne l'ai pas de vous voir.Il n'y a pas longtemps que nous avons reçu des nouvelles de Bordeaux.M.Rostan et mes tantes se portaient bien.Nous ne savons pas encore si la vendange sera bonne cette année.Nous avons regu des nouvelles de mon oncle qui est à l'Ile Royale.Il m'a écrit une petite lettre où il me mande qu'il est arrivé un vaisseau de Mississipi, à qui il a demandé de vos nouvelles.Il comptait partir dans le mois d'octobre.Je voudrais bien qu'il fût venu.M.Michel est toujours à Paris qui s'y divertit.On hé sait pas encore s'il retournera à Brest ou ailleurs.Voilà, mon très cher père, tout ce que je sais, hors qu'il fait beau ici et que nous retournerons bientôt à Rochefort.(s.) rocbert bégon.On m'assure que ton frère est amoureux à Paris.(A côté, de l'écriture de M\"\" Bégon) Je suis avec un très profond respect, mon très cher père, votre très humble et très obéissante et soumise fille et servante (s.) Villebois. ! 180 ARCHIVES DE QUÉBEC A Rochefort, le 8 novembre 1752.Je t'ai écrit amplement et en plusieurs tomes, mon très cher fils, par le vaisseau qui mène M.de Kerlerec et suis charmée de trouver encore une occasion à te donner de nos nouvelles.N'ayant plus de mémoire, je ne me souviens point si je t'ai écrit depuis notre retour de La Rochelle; mais, en tout cas, je te le répéterai et te dirai qu'après deux mois et plus d'absence, nous sommes revenus tous en bonne santé.Mon cher père, qui t'assure de mille amitiés, s'est assez bien porté depuis quelque temps.Il est bien fâché de ne pouvoir plus écrire, mais il a la main ri tremblante qu'il ne peut plus écrire du tout.C'est tout ce qu'il a de changé depuis que tu ne l'as vu et puis t'assurer, cher fils, que sa tendresse pour toi et tes enfants n'a diminué en rien, me disant souvent qu'il serait content s'il te voyait encore.Pour moi, tu dois savoir que ce sont tous mes souhaits, mais à quoi me servent-ils?Je vieillis et sens que mes espérances ne peuvent pas être de longue durée, car je deviens infirme.Je ne puis plus rien faire.Si je marche, je suis malade; si je veux travailler, de même, ce que j'aurais souvent besoin de faire.Ah! cher fils, que c'est à bon droit que tu peux dire aujourd'hui: \"vieille grand'mère\"! J'aurais dû, avant tout ce galimatias, te dire des nouvelles de ta fille et de ton fils, de qui j'ai eu des nouvelles depuis peu de jours.Il se porte à merveille et il a passé les vacances avec ses deux oncles, tes frères, car le cher contrôleur est toujours à Paris ou a Versailles: où sont la Cour et les bureaux, il y est; j'en eus une lettre la semaine dernière.Ta fille est grande, bien faite et jolie, de l'esprit, mais peu docile et peu rangée dans ses meubles.La propreté n'est pas son vice, quelque chose que je dise; mais à cela près j'en suis fort contente.C'est le meilleur cœur qu'il y ait et la plus attachée à tous les riens.Elle aime l'ajustement et le beau, car il ne lui faut rien de commun.Je la satisfais autant que je le peux et quelquefois plus, mais elle est tout ce que j'ai et tout ce que j'aime; ainsi je me retranche volontiers pour elle et pour son oncle, qui est arrivé en bonne santé hier et qui me demanda s'il n'y avait point de vaisseaux qui fussent en ton pays pour demander à t'aller voir.Si tu avais vu les caresses et amitiés que ces deux enfants se sont faites, tu en aurais été flatté.Ils ne peuvent se laisser.Bégon n'eut rien de plus pressé que d'écrire à ta sœur.Il est aussi attaché à toute ta famille qu'à la sienne.On nous promet une promotion bientôt.Je ne sais, s'il y aura encore part, car je ne sais point me flatter.Je t'avais mandé, cher fils, qu'il était embarqué avec M.de Lisardais et que c'était pour aller croiser sur le Grand Banc avec M.de Sérigny rainé, qui commandait une frégate.Ils devaient ramener avec eux M.de Macarty, qui était à l'Ile Royale depuis 18 mob.Ils sont tous trois partis de cette lie le 18 octobre, mais un coup de vent les a séparés dans les landes à Jandron, de façon qu'il n'y a que M.de Lisardais arrivé et il ne savait quand les autres viendront.Je plains fort Mm* de Sérigny et Mm* Macarty et encore plus Mlu de Gannes et sa sœur qui sont sur l'un de ces vaisseaux.Je crois t'avoir mandé que M11* de Gannes est mariée avec M.de La Galernerie, lieutenant de vaisseau, qui était en second avec Macarty.Il l'amène ici grosse de huit mois.Juge si elle souffrira dans cette saison.Il arrive tous les jours des vaisseaux de Québec, mais ils n'ont point de lettres.Je t'ai envoyé les nouvelles que j'avais eues de cette chère patrie que j'ai souvent ARCHIVES DE QUÉBEC 181 occasion de regretter, quand ce ne serait que le temps que j'y ai passé avec toi, et bien d'autres motifs me mettent dans ce cas.Je ne te dirai rien de ce pays, car on y fait tous les jours des nouvelles qui se détruisent le moment d'après.Ce qu'il y a de vrai, c'est que M.Le Normand s'arrange pour aller à Paris et qu'il vend de ses meubles.On assure qu'il ne reviendra plus ici et que se sera M.Bigot qui aura sa place.Reste à savoir si cela est.La plus grande partie des dames sont encore en campagne ainsi que ton ami Givry qui n'est guère aimé ici, je ne sais trop pourquoi.On l'accuse d'etre double à toute outrance.Les nouvelles de Paris ne parlent que des fêtes que le Roi donne à Mm* Infante, duchesse de Parme.M\" la marquise de Pompadour a le rang de duchesse et a été présentée à toute la famille royale en cette qualité et a eu, cette même séance, le tabouret.II parait que les affaires de la religion ne sont point aussi violemment menées qu'il y a quelques mois.On travaille toujours beaucoup dans ce port.On y construit plusieurs gros vaisseaux.On dit M.Dubois de La Mothe mort, ce qui fait espérer que M.de Vaudreuil aura sa place, mais rien de sûr dans ce bas monde.M.de Maurepas est revenu à Pontchartrain, ce qui fait penser qu'aussi près de la Cour, il pourrait y être remis dans peu, mais rien n'est encore sûr.On est actuellement dans la crainte de ne pouvoir semer les blés par la sécheresse.Il y a 3 mois qu'il n'a plu, ce qui fait augmenter le prix du pain et de tout ' le reste de la vie.Le vin seul est abondant partout à ce que l'on assure.Je ne sais point encore ce que j'aurai à Blois.J'aurais grand besoin que cette terre me donnftt quelque chose.Adieu, car je ferais insensiblement ma petite Tonnancour, et cela t'ennuierait.Je finis donc en te priant de conserver ta santé qui m'est toujours plus chère que tu ne peux penser, de me donner de tes nouvelles.Je n'en ai point eu depuis les premiers jours d'avril, ce qui m'ennuie beaucoup.Je t'embrasse mille fois de tout mon cœur et te demande de m'aimer moitié de ce que je t'aime.Je te recommande le petit La Morandière.Aime-le pour l'amour de ceux à qui il appartient et aime celle qui sera pour la vie ta tendre et bonne vieille mère.(s.) ROCBERT BÉGON.Donne-moi'donc de tes nouvelles et conserve ta santé que je puisse te revoir avec cette belle mine.Mon très cher père Je suis bien fâchée que nous n'ayons point reçu de vos nouvelles.U part beaucoup de vaisseaux, mais il n'en arrive point, et je crains bien que nous n'en ayons point avant M.Le Large.Mon oncle vient d'arriver de l'Ile Royale, j'ai bien eu du plaisir de le voir.Nous n'avons point eu depuis quelque temps de nouvelles de mes tantes, mais nous en attendons bientôt., , 182 ARCHIVES DE QUEBEC J'attends avec beaucoup d'impatience de vos nouvelles, c'est le seul plaisir que j'aie, mon cher père,Étant éloignée de vous,comme de vous assurer du profond et tendre respect avec lequel je suis, Mon très cher père, votre très humble et très obéissante soumise fille et servante, (s.) Villebois.Début de l'année 1753.Je ne dirai pas que c'est avec plaisir que j'ai reçu la lettre que vous m'écriviei du 17 août.Elle est du nombre de celles que je vous marquais l'année dernière qu'il fallait lire de sang-froid avant de les envoyer, mais je ne suis pas mère pour rien et, malgré vos sottises, mon cher fils, je sens que je suis prête à vous pardonner après avoir lu celle du 24 octobre qui est un peu moins insultante, car pour la première, je n'ose y penser.Elle a fait verser bien des larmes à M11* votre fille, sans qu'elle se soit ressentie de tout ce que j'avais sur le cœur; mais elle est en age de penser, avec l'esprit dont le Seigneur l'a douée, que je n'ai jamais mérité des traits aussi durs que ceux qui se trouvent dans cette épltre, qu'elle a lue et relue.Et n'a pas plus entendu que moi ce que vous vouliez dire par ce miroir de toilette, dont elle n'a besoin que pour voir si je l'ai bien coiffée, puisqu'elle ne s'en est jamais donné la peine.Pour ce qui est de ce que vous avez laissé en Canada pour elle, j'ai gardé ce qui pouvait lui convenir et j'ai apporté tout le linge, qu'elle aura quand vous voudrez; et, comme les hardes n'auraient plus été de mode, je les ai vendues avec les miennes.On a fait pour le mieux.J'ai tout en bonne ordre et il me sera aisé de vous rendre compte, quand il vous plaira, sur cet article.Quant à donner votre fille à M,,a> vos sœurs, vous n'aviez qu'à me mander simplement que cela vous ferait plaisir et que vous la croiriez mieux avec elles qu'avec moi et qu'elles me l'eussent envoyé chercher.Je leur aurais donnée.Je dois être faite à tous les sacrifices dans la vie: je n'aurais pas regardé celui-là des moindres.Mais vous êtes maître de vos enfants et n'ai rien à dire.Mais vous me dites: si elle m'embarrasse.Vous voilà comme M.et Mm* de Tilly incessamment.Il faut que le climat que vous habitez soit d'un bien mauvais air, car je ne vous reconnais en rien.Vous me dites que vous savez que je suis attachée à la famille Vaudreuil.M'a-t-elle jamais détachée des miens cette attache prétendue et croyez vous que lorsque je vous prie de bien vivre avec celui qui est chez vous, que je n'y regarde pas plus votre intérêt que le sien ?Je n'ai jamais cherché à vous brouiller avec personne et si je me suis mêlée de vos affaires, ce n'a été qu'à la sollicitation de votre famille.J'ai leurs lettres que je vous ferai voir si jamais je vous revois ainsi que la vôtre, dont j'espère que vous aurez du regret.Ne vous défendez point de la place de M.votre oncle.Il n'a point envie de laisser mais, supposez que cela fût, j'ai connu qu'elle serait sollicitée par bien des personnes qui ont du crédit.Ne pensez pas que j'en aie jamais parlé que comme ARCHIVES DE QUÉBEC 183 d'une chose que vous vouliez avoir mais bien comme venant de moi, puisque l'on m'avait assuré que M.votre oncle voulait laisser, mais il arrivera tout ce qu'il plaira au Seigneur.Vous me dites en trop bon français de ne me jamais mêler de vos affaires, pour que je m'en avise, et n'entends rien à ce que vous me marquez qu'il y a trop longtemps que vous êtes la dupe des idées des autres.Comme je ne me suis jamais mise dans le cas de vous engager à suivre les miennes, je n'entends point cela.Je sais même que, si vous avez des chagrins où vous êtes, que ce n'est pas la faute de votre famille, puisqu'elle ne vous a vu aller dans cet endroit qu'à regret et si cette chère famille, ainsi que moi, vous aimions moins que nous ne faisons, nous ne vous aurions point écrit comme nous avons fait.Je ne vous dis rien sur ce que vous me dites de M.de La Galissonnière.Il est homme d'esprit, bon parent et bien tendre pour tout ce qui lui est lié, mais il ne sait point faire de compliments inutiles.Je ne pense pas que M.d'Outreleau vous ait rien compté depuis la première année que j'ai été ici, qui n'était pas une somme fort considérable.Comme je n'aime pas à devoir et que je n'avais que des lettres de change payables trop tard, je l'avais prié de me donner ces bagatelles sur votre compte; mais je me suis arrangée depuis de façon que, quand je lui ai demandé des robes pour votre fille et autres colifichets, je les ai payés et ne pense pas que personne puisse vous dire que votre fille ait même le temps de souhaiter, loin d'être dans la nécessité.Vous en pouvez juger par la faiblesse que j'ai eue pour la satisfaire de lui payer un maître de latin que j'ai renvoyé à la réception de votre lettre, puisque cela ne vous fait pas plaisir.Je ne vous dirai rien sur le galimatias que vous me faite du vin de champagne.Je sais votre façon de penser et de vivre et ne pense pas que personne puisse vous reprocher d'aimer le vin, et crois qu'on vous exhorte plutôt à suivre l'idée qu'on a eue en vous envoyant où vous êtes pour y gagner quelque chose, qu'à y faire des dépenses inutiles; c'est de cette façon que j'entends parler tous vos parents et amis, sans vouloir vous engager à rendre compte à personne.Celui que vous me rendez de ce que vous a coûté le petit La Morandière n'a pas moins été affligeant pour mon cher père que pour moi.Nous sommes très mortifiés que vous ayez fait cette dépense.Il n'aurait pas été, je pense, le millième officier qui n'aurait eu que ce que le Roi lui donne.Puisqu'il ne vous donnait pas lieu d'être content de lui, il fallait le laisser souffrir un peu de misère.De la façon dont vous m'écrivez, vous l'avez envoyé dans un poste après l'avoir bien équipé.Si notre reconnaissance pouvait balancer toutes vos bontés pour cet enfant, elles le seraient, vous assurant que nous en sommes l'un et l'autre pénétrés.Mon cher père vous est très obligé de l'honneur de votre souvenir et de la part que vous avez prise à sa maladie de l'année dernière qui s'est renouvelée celle-ci avec un peu plus de violence, ce qui m'a donné des inquiétudes que peu de personnes peuvent sentir; vous le pouvez, ayant le cœur fait comme vous l'aviez en Canada.Je ne sais si l'air que vous habitez ne vous a point changé, j'en serais grandement fâchée.Votre beau-frère est très affligé de ne pouvoir vous aller voir.On l'avait flatté qu'il irait un officier commandant le Rhinocéros, mais c'est toujours le fidèle M.Le Large avec lequel il ne peut aller.Il vous assure de ses tendres respects et de toute son amitié.Ils ne sont qu'un sa nièce et lui.Ce sont deux enfants rares 184 ARCHIVES DE QUÉBEC pour la tendresse qu'Us ont pour mon cher père et pour moi.Je ne parlerai point de vous, car je veux vous imiter et que toute cette lettre soit réponse à la vôtre.Mon cher père vous embrasse de tout son coeur et nous avons autant de peine l'un que l'autre à revenir de la fièvre et fluxion de poitrine que nous avons eues, il y a trois mois.Je finis sur ce ton, en vous priant de ménager votre santé qui me sera toujours infiniment chère et d'être persuadé que, comme vous, je suis autant que vous pouvez le désirer votre tendre et bonne mère.' ; (S.) ROCBERT BÉGON.J'ai encore sur le cœur à vous dire, avant de cacheter, que si j'étais aussi près de mes pièces, pour ne pas dire pire, comme vous le pensez, je ne vous aurais pas envoyé le portrait de votre fille, dont on ne m'a point fait présent.Vous croyez que je lui refuse tout.Jugez-en par les livres que j'ai eu la faiblesse de lui laisser acheter: tous les Corneille de l'univers, les Fables, les Henriade, les Don Quichotte, les Ducerceau et je ne me souviens plus quels autres, mille dictionnaires latin et français et autres livres latin, enfin tout ce que sa fantaisie lui dicte en livres, car elle ne fait que lire du matin au soir, tantôt du bon, tantôt des babioles, comme spectacles de la nature, géographie et tout ce qu'elle veut.Je laisse faire, persuadée que cela lui cultive l'esprit.Les tabatières ont leur tour.Il en faut à toutes les foires, de toutes couleurs et de tous vernis.Vous avez bien fait de nous envoyer du tabac, car la consommation est bonne.Ne pensez pas que je lui reproche rien.Elle m'est aussi chère qu'à vous, au moins, et telle vous m'avez vue pour ces chers enfants, telle je serai toute ma vie, n'ayant d'attache au monde que pour mon cher père et mes quatre enfants.Vous sentez bien que vous êtes du nombre.Adieu.Soyez plus raisonnable et lisez au moins ce que vous m'écrivez, si vous ne voulez me donner bien du chagrin et encore avec plus de réflexion, ce que vous écrivez aux autres.Ci-joint une lettre que Mater m'adresse pour un chirurgien qu'elle croit ici, mais que je n'ai pu découvrir.Il faut qu'U soit en ton pays, ayant épousé une Canadienne nommée Jalotte ou Dorval.C'est la même famille.Si tu peux lui faire tenu-cette lettre, ce sera un service.S'U n'y est point, il faudra me ht renvoyer, afin de la remettre à ses parents qui me l'ont adressée.Comme M.Le Large s'est chargé de bien des choses que M.d'Outreleau a envoyées à M.Rasteau pour toi, j'ai pensé qu'en faveur de Mlu de Villebois on pouvait mettre deux caisses que son oncle Bosseron laissa l'année dernière à La Rochelle et qu'U m'avait priée de lui faire passer sous ta protection; mais comme la Cour a fixé le nombre de tonneaux pour toutes les personnes en place de colonie, je n'ai pas voulu qu'elles aient fait nombre sur ce qui vous est accordé.M.Le Large les a prises venant de moi.Elles sont confondues avec ce qui t'appartient, mais marquées C.T.N\" 5 et N\" 6.Je te prie, cher fils, de les faire retirer et, s'U se peut, de les envoyer à ce cher Bosseron, car la petite les aime toujours de tout son cœur.Il doit t'avoir remis un paquet de nos lettres et t'aura dit de nos nouvelles.Tu sais qu'U est aux Illinois.Adieu, mon très cher fils.Je vous demanderai toujours avec instance de ménager votre santé qui m'est infiniment chère, malgré tout le chagrin que vous m'avez donné.Aimez-moi et vos enfants autant que nous vous aimons, ce n'est pas peu ARCHIVES DE QUÉBEC 185 dire, et ne grognez plus: il me semble qu'on peut se dire ce que l'on pense sans en venir aux duretés.Adieu, je t'embrasse mille et mille fois et serai, toute ma vie, ta tendre et trop bonne mère.j (S.) ROCBERT BÉGON.(Dans le haut, d'une écriture autre que celle de Mmo Bégon) Garder à cause de l'Age des enfants.Reçu le 21 avril N\" 67.Quelque accoutumée que je doive être, Monsieur, au poids des croix dont le Seigneur m'accable, j'avouerai que celle-ci est une des plus dures, puisqu'il semble que je ne devais point m'attendre à perdre ce cher fils aussi tôt, et il faudrait plus de vertu que je n'ai pour soutenir ce coup avec fermeté.L'affliction du père tendre, celle d'un fils et de cette chère petite, m'accablent.Je n'ai rien à ajouter, Monsieur, à l'arrangement que vous avez fait.Votre bon cœur pour ces pauvres petits enfants est toujours plein de tendresse et ne pouvez mieux leur prouver, qu'en agissant comme vous avez la bonté dé faire pour leurs intérêts dans ce malheureux pays.Vous pensez bien, Monsieur, que de tout mon cœur je voudrais être capable de remplir les devoirs de la tutelle de ces chers enfants; mais ni ma santé, ni mes talents ne me le permettent pas, et je sens parfaitement que je ne puis le faire, et vous demande par toute l'amitié que vous avez pour eux et pour nous de leur servir de père.Comme vous me demandez l'âge des deux enfants, le petit garçon aura quinze ans le 27 octobre prochain et la petite fille 14 ans le 25 du même mois.Je ne puis vous instruire sur les articles du contrat de mariage de leur père et mère.J'ai perdu cela de vue.On trouvera dans les papiers de ce cher fils une copie de ce contrat que je sais qu'il a emportée avec lui.Je voudrais bien que vous eussiez pensé à demander tous les papiers qui nous regardent et surtout nos lettres.Il serait désagréable qu'elles tombassent entre les mains des étrangers.J'ai écrit mardi dernier à M.de La Galissonnière, à M.Le Normand et à M.Bégon, et leur marque que je ne pense pas que l'on puisse refuser à ces deux chers enfants les grâces du Roi, leur père ayant assez bien servi pour l'espérer, s'ils veulent s'y intéresser.Je souhaite de tout mon cœur que mes intentions soient secondées et si vous pensez que je puisse demander un brevet d'écrivain pour notre cher petit, je le ferai, vous assurant que je n'oublierai rien pour leur donner des marques de ma tendresse.Si vous avez besoin de ma signature pour quelque arrangement, vous aurez la bonté de me le marquer.Je suis si persuadée de vos bontés pour ces chers enfants que je vous enverrai très promptement tout ce que vous jugerez nécessaire.Je suis très touchée de l'incommodité de M\"\" Rose et partage bien sincèrement toute leur affliction.Permettez que je les assure ici de mes tendres respects.Je n'ai point encore assez de force pour leur écrire.Notre chère petite est inconsolable.Tout ce que je puis sur elle est de lui faire prendre quelque bouillon. 186 ARCHIVES DE QUÉBEC Mon cher père et mon fils sont à peu près sur le même ton.Ils vous assurent tous de leur tendre respect et vous demandent comme moi la continuation de votre amitié que vous ne sauriez refuser à celle qui vous sera toujours inviolablement attachée.Ce sont dans ces vrais sentiments que j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.(s.) Rocbert bêgon.A Rochefort, ce 12 avril 1753.On lit, p.4: A Monsieur, Monsieur de Rostan Commissaire général ordonateur à Bordeaux.Fragments d'un cachet de cire rouge; ecus accolés, à droite de Bégon, à gauche.coupé en chef de.à deux losanges en fasce et en pointe de.aune rose (?) à dextre èt un losange en pointe Couronne de Comte. TEXTE ORIGINAL DE LA CORRESPONDANCE DE MADAME BÉGON, NÉE ROCBERT DE LA MORANDIÈRE 1er Cahier\u201412 novembre 1748 - 18 décembre 1748 , Le 12 novembre 1748.\u2014A presan, mon cher fils, que je me voie débarassez de tant d'eacrita qui m'on beaucoup coûtez, je pour*, avec la même satisfaction que j'ay toujours eu à m'anteretenir avec toy, le taire tous les jours et te répéter cent fois que c'es tous ce qui me reste de conssolaseion.Tu scay, cher fils, combien ton absence m'est dure à suporter.Sy j'ay eu de la paine à te voir part ire, juge quelle doit estre celle où je suis à présan, seule les trois quart du jours avec ma chère petite fille.Je t'ay mandé que Mater et Tilly ont été à Québec avec M.de Tilly le IS Juliet.EUe ne sont revenue qu'il y a quelque jours, très entousiasemé des plantas de Québec où M.l'Intendant faite danser à toute main.Leurs habit noir les a privé d'asister à toute ces teste, mais elle y ont manges et veu cette belles argentric, qui fais le belle air des converssaasion à la mode.Mm* Lanodière y est la brillante, tous le reste n'est rien en comparaison; il y va souvent, et nous tournons les yeux, comme tu scay, de la bonne fasaon.Notre Général est toujours le même et, je crois, regarde toute en pities.On dit qu'il rand des conpte à la Cour comme il n'an nont point encor eu.Je crois que le payis perdra beaucoup en le perdan.Adieu, cher fils, jusqu'à demain.Je te souhaite une parfaite santez et voudras bien avoir encor de tes nouvelles.Le 13.\u2014Je te dises hier, cher fils, que j'orès bien voulu avoir encor de tes nouvelles.Tu le juge aisai-ment puisque c'es tous ce qui peut me dêdomager de ton absance, mais c'est ft quoy U faut renoncer jusqu'à la fin de may.Que le terme est long et que de cbfltau je vais faire sur ce que tu me marque, cher fils, que l'on voudrest te dégoûter du Miseissipie! J'an louerès vol on tier le Seigneur, sy j'estès cependant perssuadez que ce fût ton avantage, car je t'avouerez que j'ay une aversion pour ce payis que je ne puis pansser ft te voir y aler sans une paine dont je ne suis pas maltresse et j'espère que la Providence y pourvoira et ne voudra pas m'écraser de toute fasaon et me fera rejoindre un fila qui ferès toute ma oonsaolassion.Il faut que je te parle un peut des nouvautez de notre payis.M Piquet est party pour aler visiter un endroit vers le fort Frontenac pour y faire un établissement pour y planter la fout chez les Sinque Nation; tu cannois la dévotion de ces peuple et tu jugera de la réussite mieux qu'un autre.M.de Longueuil n'an parés pas content; il n'est pas difissillc d'an démêlé les sujest.Il conte bien sur le gouvernement d'iasy ; je ne scay s'il réussira, mais U n'a rien épargné; il s'arange en consséquence et le dit sy hautement que l'on en rie.Adieu, en voilà assez pour toy, car pour moy je ne voudrès faire autre chose que de dire que je suis là.Le 14.\u2014Je né t'ay point parlé, cher fils, de la venue des Sinque Nassion que M.de Longueuil a envoyez ft Québec.J'estès sy fatiquez de tous les escrit et du train qu'il faut faire l'autonne 1 Pour commancé mon journal, je t'ay marqué ce que M.Varin a faite & Joncaire qui a amené des Sauvages; il sont prest ft revenir, et on assure que M.de la Gallisonière lea a traitez comme il le mérite.Je le scay de bonne part et qu'il rand comte de toute de fasaon ft iuy faire beaucoup d'honneur.Que de regret, cher fils, de ce que tu ne partage pas tous celai Longueuil fils, qui estest aie cette été au Detroit* pour y tenir garnison, viend'anver, qui raporte que, depuis que les Sauvage on sue la suspantion d'arme, ont l'oreille basse.II n'y a que Nicolas qui fait toujours l'inssolant et qui c'est retirez avec quelque vauriens et quelques Englois, où il font beaucoup de menace.Le reste parés tranquille, mais on ne s'y fie pas.Il est venue pouranoncer la prise de 3 miserable Sauteurs qui ont tuez l'année dernière des Francois; Us sont en prison au Détroit.M.le chevalier de Longueuil demande leurs grâce, je ne scay sy elle leurs sera acordé.Je ne scay, cher fils, sy je t'ay mandé que M.le Général a envoyé, il y a un mois.Lignery en embassade ft New-York pour ravoir nos jeans qui sont encor cnez les Armiez.Nous en venon d'avoir nouvelles ; ils sont ft s'Jean, où l'on a faite un fort et un chemin qui vien à la Prérie: on les atan demain.Je te diray ce qu'ils oront fais.Adieu, cher fils, aime ta pauvre mère autant qu'elle t'aime.Le 15.\u2014M.de Varin est arivé de Québec avec son grand cortelge, car U faut que tous ce fa see avec dignités.U avet deux canota manifiquement armé et, à sa suite, M.Martel le qui est deaaandu avec luy et qu'U a gardé là-bas avec luy sans s'embarasscr s'U estes nésseasaire issy.Il fait le perssonge d'un sot, mais je sort de mon discours et le reprand.M.de la Corne I'alné, le chevalier, la Colombière et Foucber estes du canot.Ce n'est pas toute.Mesdemoiselles la Corne et Poudrette y estest aussy.On est arivez en cariolle ou calesche à deux chevaux, car on ne sorès aler avec un, et enfin on c'es rendu issy en parfaite santez. 188 ARCHIVES DE QUÉBEC L'intêrè* que tu y prend comme moy, mon cher fils, mite que Je sert» fâchez de rien obmestre.Auasy tost, on cour faire ta cour et M.de Longueille prie à dine la puissance arivante avec Lignery qui eat arivé auaay ce matin avec 3 Engloia qui vienne parlé à M.le Général.Lignery n'a ramené que deux François qui ont été prie sur un vaissau venan dea lia.Lea Armiez garde nos jeans et ne vclle point les randre qu'il n'aye ceux que le chevalier de la Corne leurs a prie.Lea Engloia dise avoir laite leurs possible pour retirer nos jeans d'antre leurs mains, mais qu'il» n'on pu réusir.M.de Lignery m'a dit avoir été receu au mieux, que lea Engloia n'avèa pas voulu qu'ils fisse aucunne dépensée; ils on payez Jusqu'au barbier de tous ceux qui estèt avec luy.Ils ont été régales et provisionné pour revenir manifiquement, et pares très contant de ce voyage.Il doit partir demain pour Québec avec ces 3 Engloia.Adieu, cher fila, je te souhaite une parfaite santex; Je crois que tu ora bien mes lètre sy tu eat en France.Le 16.\u2014Je ne te diray pas grand chose aujourd'huy, cher fila, ayan eacrit preaceque toute la Journée, ne ce passan point d'ocasion que je n'eacrive à notre cher Général en réponsse de celle dont il m'honore.Il ne ce contente pas de m'eecrire i moy, il eacrit auasy à ta fille, ette luy répond, et tous cela est de l'ouvrage pour cette pauvre vieille mere.Il faut faire notre école.Tous cela nous tien du tempt que je ne regrette point, parce qu'elle en profite bien.Il n'y a qu'à l'eacriture que noua avons de la paine, mais cela viendra.Pour tous ce qui est de mémoire, elle l'aprand autan que tu le peut souhaiter.Elle est toujours en procès avec M.le Général pour son langaje de choux et pigeon qu'elle prononce mal.Je croia qu'U a cherches tous les mots en h et g et j pour luy composé une létre qui est très Jolie, mais elle la veux lire comme elle est esent et faite dea grimasse terible, car eue veux plaire à son cousin et faite ce qu'elle peut pour bien parié à son retour à Montréal, ce qu'il nous promest cette hiver.M.l'Intandant y doit venir auaay de *\u2014¦~i que lea belle vont aranger leurs atours pour ce tempt.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir et une bonne Le 17.\u2014n nous est tombé cette nuit, cher fila, un pié de neige, ce qui m'a faite grogné dès le matin.Que tu est heureux d'estre dans un payia exemt de ces trois! Je tremble d'avance lorsque Je pansée que nous voilà pour neuf mois dans la neige.Mais il ne tiendra pasà moy sy je n'an sort pas l'autonne prochain.Que ferea je en Canada seule sy M.de la Galiaaonière a'an va ?C'est bien pour le coup que je sexes batu.Tu sçay comme l'on pansée en ce payia.On fais volontiers la cour à ceux qui sont aimez dea grands ou qui leurs apartwnne: mala, quand cela ne se trouve pas.Je acay comme on lea mène.C'est ce qui me fera pran-dre mon party avec grande satisfaction et surtoute pour me raprocher de toy, cher fila, qui est tous ce qui me reste de consaolaasion.Adieu.Le 18.\u2014Notre petit Sabreboia eat enfin revenue du fort S* Frédérique.très con ten.C'est M.de Lusignan qui l'a été relever et qui a'y eat rendu le plus tar qu'il a pue.Noa messieurs de Québec ne sont paa plue pressez que tu les a veu, cher fila, de aortlre de la capitalle.Rien ne lea émeu et ce contente d'estre en extase des beaux meuble de M.l'Intandant et de sa belle argentrie.Il veux tous mètre sur le bon piex et ne veux plus que l'on parle de retranché rien sur les mémoire.Il veux batlre des caserne à Montréal, dea magasin» et une belle maison pour l'Intandant.Je ferez tous ce que je pourri sans parestre cependant trop d'emprescement pour luy faire prendre la noatre, dans l'espérance que Je pouré gagner mon cher père pour faire le voyage l'année prochaine.L'idé dans laquelle sont une party de nos eitoyens que M.le Général a beaucoup d'atanssion pour moy et qu'il ne peut me rien refuser lea engage souvent à me venir voir.Mais Je n'an suis point la dupe et l'ay dit à M.le marquis, que cèse a tarissions sy marqué pour moy me meatès souvent dans le cas de voir dea jeans que Je n'aime guère et me eolissite à luy taire de mauvaise question: mais je sçay la faason de luy demandé.Quelle piliez, cher fils, que ce monde 1 Celuy qui ne te pouvèa soufrire ny moy et qui te regardes comme ce grateure de papier m'a faite et aa femme beaucoup de visite.Tan ay tous les Jours de cette espèce,dont je me paaaerès voionticr, et aimerès beaucoup mieux eatre seule & te renouveller ma parfaite amitiez que le tempt ny l'éloignement ne peut diminuer.Adieu, cher fils, jusqu'à demain.Le 19.\u2014C'est aujourd'huy, cher fila, la teste de toute ta famille.Tu n'y a peut eatre paa seulement panssez.Ta fille m'a demandé pour bouquette d'aler voir aa maman Bosseron.Tu pansse bien qu'elle n'a point été refusez, pas plus que pour la demande qu'elle m'a faite de luy mètre au bras cette cher Mine pour toute la Journée, qu'elle baise tant que je crois qu'il y faudra bien tost un autre glace.Elle le montre à tout le monde qui le trouve tous comme moy fort ressemblant, mais les yeux triste et moins beaux que lea tiens.Tu pansse bien, cher fils, que cette pinture m'est infiniment chère.Je m'imagine qu'elle me dit qu'elle m'aime et qu'elle prend part à toute mes paine, mais quelle d iterance ay Je t'avèsl C'est à quoy il ne faut pas panaser et atandré avec inpassience le moment où Je pourez te rejoindre, ce qui seul peut me satisfaire.M.de lantagnac ear d'issy, qui est tous jours de plus en plus gascon.Il est logez chez Moran le charpantier, où il dit qu'il donne une grosse panssion.Je trouve toujours nouvau de voir dea ofiders major dans dea parussions.M.de Saint Ours vis au 3 Rivières à peut près comme il fezèa à Montréal.Il c'est logez chez le canonnier qui a épousez notre Catherine; il y donne quatre cent livres de panssion et dit qu'elle récorche; elle le loge, chaule et fournie de tous.Juge sy elle y gagne! Ala véritez, il rire de bonne vantré chez Cardin avec tous les paasans dont ils ce moque tous.M.de Longueuil, commandant de cette ville, fais mieux, car il donne volontiers à diné au arivans, mais ils ce plaint de même à ceux de qui il peut espéré quelque grâce. ARCHIVES DE QUÉBEC 189 S'il n'est pu gouverneur de Montréal l'anêe prochaine, je ne scay t'11 ne ce détruira pas, car il y conte sûrement.Sa fille babillie plus que jamais et deux autre qui la suive en toute.Juge ey on a de quoy a'annuyer! Il me lais exactement une visite tous les jours à V imitaasion de son Général, à ce qu'il dit, mais je n'ay pas le même plaisir à le voir.Adieu, cher fils.Le 20.\u2014Tous nos vaissaux sont partie.Je souhaite, mon cher fils, que tu reçoive en France ce que je t'ay escrit et ton cotre dont M.de Tilly est chargé.Je ne scay, aimable fils, ce que je doit souhaiter pour ma satisfaction.Je te voudrès en France; mais, de la fasaon dont tu escrit, tu aura bien de l'avantage en aient à la Louisianne.Que la divine Providence en desaide donc pour ton bien et celuy de mes chers ennuis et un peut pour ma contsouusnont J'aissaye tous les jours à faire des sacrifice bien et Bolidement fais, mais il ne peuve partlre que des lesvre.Je ne scay, cher fils, sy je t'ay mandé que M.Varin avet loué la maison de madame Montigny pour sep te ans et qu'il luy done deux cent livre par armé et qu'il y doit faire toute les réparassion nécessaire à ces dépant.Il y a bien tost un ans qu'il l'a et il n'y loge que depuis un mois, ayan faite refaire cette maison du haut en bas, les plafons, chemines, plancher, couverture toute à neufe, des cheminez de plâtre partoute.Cest une maison manifique aujourd'huy.Il y faite faire une gaUerie avec un fer à cheval à mètre une table de 20 couvert.Et tous cela ce paye, à ce qu'on dit les ouvier, avec des serti-ficas sur les réparassion des maison du Roy et sur celle des fortifications.Avoue dont que tu n'a été, cher fils, qu'une grosse dupe de n'avoir pas mieux sue t'aranger; au moins en orès-tu eu quelque chose en sortant de Canadas.Mais je t'assure que j'en serès fâchez et t'aime mieux comme tu est que sy abile, puisqu'il fais faire des raisonnements qui ne luy font point d'honneur.J'ay veu tous les jours sa femme en son absence : c'est son père tous copies.Adieu, cher fils, aime la plus tandre et la plus malheureuse mère qu'il y ait.Je voudrès bien savoir ton sort.Le 21.\u2014Je n'ay pas grand chose à te dire aujourd'huy, cher fils.Noua somme dans le tempt de tran-quili tez où tous le monde s'arange pour son hivemement.Ceux qui ont quelque chose sont inquiette ne n'avoir point de nordest.Nous avons six barque encor en chemin qui ne m'intéresse qu'autan que M.le Général y a du vin; car pour moy, je n'ay ny tant rien, ayan perdu tous ce que je pouvès espérer dans les vaissaux qui ont été prie partan de Bordeaux.Je m'es tes fiâtes que sy tu avés connoissanec de ce que nous y avions perdu, que tu nous ores ran voyez quelque banque de vin; mais je me buis fiâtes mal à propos, n'y ayan plus rien à espérer, et tu m'an ores marqué quelque chose, JTan serez quite pour le payer le double.Adieu, cher fils, je ne veux pas t'anuyer de tan de rien.Le 22.\u2014Bonjour, cher fils, mais que c'est de loin! Crois-tu que je puisse m'acouturner à te le dire, sy éloigné ?Non, je t'assure, plus je vais et plus je ressan ton absance.Monière, que bien tu connois, sort d'issy, qui arive de Québec U dit que M.de Joncaire et les Iroquois sont près d'arivé; je ne scay s'il pourons repart ire pour leurs payis a van les glace.Il a longtemt causé seule avec moy et m'a beaucoup parlé de la fasaon aimable avec laquelle M.le Général gouverne toute.Il en est fort amtousiassemé et, dans cèse hélas ! que tu luy connois, il m'a dit: \" entre nous madame, je diray comme celuy qui dises, il y a quelqu'anée: nous somme bien en gouverneurs, un Anglois.l'autre Iroquois.\" Je luy ay demandé ce que c'estès que l'An-glois.u dit que c'es M.de la Chassagne dont on parles èt que M.de Longueuil n'aimes que cèse Iroquois.Cela est un peut vray, mais ce n'est pas la seule chose qu'il faudret retrancher pour en faire un bon gouverneur.Adieu.Le 23.\u2014Joncaire est arive, qui ne nous a porte rien de nouveau.Les Sauvages sont très content malgré les corection que leurs a faite leurs père.Il ont obtenue un de leurs pràoniers qui ont été prie de ton tempt par le chevalier de la Corne; c'est un Onoyoute.Les autre sont bien gardé dans la prison inssy que les En-glols qui estest avec eux.Adieu, cher fils, j'ay un peut mal à la teste et n'ay rien de nouvaux.Le 25.\u2014Je ne pu, cher fils, t'escrire hier, quoyque ce «oit toute ma satisfaction, mais j'u ten de mal à ma pauvre teste que je ne fut capable de rien tous le jour.C'est aujourd'huy la feste de notre chère mignonne.Elle m'a demandé ce matin, pour son bouquette, le portralte de cette chère Mine et de luy mètre au bras pour toute la journée.Elle a receu des visite des grosse teste: de M.de Longueuil, Lantagnac et Varin.Tu vois que les voilà toute.Elle ne les aime pas mieux les uns que les autre.Sy tu la voyès, tu dires: c'est bien ma fille, plus maline que jamais et beaucoup d'esprit.Elle nous tien quelquefois des discours or de son fige et cela sur des chose très grave et souven sur des points de religions.J'ay le plaisir de la voir bien aprandre tous ce que je luy montre et de voir qu'elle entant et comprand bien tous ce qu'elle dit.Adieu chère fils, je ne me lasse point de m'an tere tenir avec toy de ce qui nous est chère.Comme tu vois, je ne scay rien de nouvau.Toute est paisible et tranquille.Moy seule ne puis avoir de tranquilitez dans Testate où je suis éloignez de toute.Le 26.\u2014Voilà une DOUvautex:des barque qui arive à présan et qui, je croy, on courue des risque par les glace.Encor s'il m'aportèa des lètre de mon cher fils, mais je n'an espère plus, or que ce \"Saint JW* que l'on a tant encor n'an aporte.J'ay été avec toy en conversation une party'de la nuit, ce qui me fais pansser que tu era receu mes lètre.Mais quelle nouvelles pour toy ?Je te rand trop de justice pour ne pas pansser que tu partagera bien mes paine.Encor sy nous estions à portez de nous donner quelque consso-lassion! Mais, loin de cela, j'ignore ton aor et ne le puis savoir sy tost ; c'es encor pour moy une nouvelles peine.Adieu, aimable fila, je ne me porte point bien aan savoir ce que j'ay.Adieu. 190 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 27.\u2014Que te dirai-je, cher fill?Je ne sçay rien, que Je t'eJme\u2014celé ne t'ei pu noimuz\u2014que Je m'anuys de ton absence\u2014tu doit le savoir\u2014que je suis preaceque toujours malade\u2014mon age y contribue.Que te dire ?Que je vois tous les jours des fisionomic qui m'anuys et que Je acay qu'il ne me vienne voir que parce qu'il croye faire leurs cour à M.le General.Tu me connols et tu te doute bien que je ne leurs ay pas grand obligation.Il n'y a que notre Outy que nous tien souvent compagny le soir et, pour noua amuser.Mater lie \"Poleiandre.\" Voilà où nous en somme.Mon cher père ce porte toujours bien et lâchera petite Tilly est toujours comme tu l'a veu, avec ces douleurs tantos au mains, tantos au pies, et Mater, toujours le derrière i feux, à prit Dieu ou à courire.Adieu, cher fils, aime et plain ta pauvre mere.Le 28.\u2014Je ne acay, mon très cher fils, sy je t'ay mande ce qu'avet ocasionné les belles idez de M.M.de lisle Royal.Tu sçay qu'il ce sont, dès le tempt que tu estes isay, regardé fort au dessus des troups de Canada, ce qui a donné de la Jalousie autant au soldats qu'au oficiers, joint à ce que M.d'Allebout est arivé isay en disan que le ministre luy avès donnes beaucoup de marque de distinction comme des drapeaux et un commandemant absolu sur ces troups de fasson qu'ils sont sépares en toute de celle-sy.Cela a faite dea querelle entre les soldats de fasson que, ces jours dernier, il ce cherchera crelle deux et la fin fut qu'un soldat d'issy coupa le poignet à un de liste Royal auasy net que Laprérie l'a coupes ft Marty, ce qui a faite beaucoup de mouvement.Ceiuy qui a coupez cette main est décampez et l'autre est tousjours A l'hopitalle.Tous lea jours, il y a quelque nouvelles histoire entre les deux corps.Je ne acay comment on soufre dea distinction dans des troupes qui me paroiee devoir estra égalle.Adieu, cher fila, j'anlant qu'on me demande.Lé 29.\u2014Je t'é laissez trop promtement hier, cher fila puisque Je ne pue seulement te dire bonsoir.Ces tes le juge qui me venès voir, ce qu'il observe preseeque toute les semaine.Panser tn bien, cher fils, tous ce que je soufre lorsque je me vois obligez de faire hones te tes ft Jeans que nous ne vouderions point voir ?Cela m'arive preseeque tous les Jouta, mais, ay mon cher père me veux croire, noua ne serons pas en cette paine l'anée prochaine.Au moins serès je peut estre a portez de te voir ou de «avoir souvent de tes nouvelles, dont je me vois privé pour peut estre plus d'une anée.Adieu, aimable fils, je ne sçay rien de nouvau.Le 30.\u2014Sy je n'avès rien de nouvau hier, cher fils, ft te dire, en voilà aujourd'huy.M.Marin et I Icrbin ce sont grossièrement creUez au corps de garde et M.de Cabanac les écoutant, luy de garde, crut, après les avoir laisses dire et qu'ils estest preste ft faire feux, les envoya tous deux aux are ta et en a vert y M.de Lon-geuil qui dona ordre ft M.de Lantagnac d'acommodé cette afaire.Je ne sçay ft quoy cela ce terminera.Ils aorte d'issy tous deux, et Lantagnac m'a parue que paa grand chose l'emharassés et l'autre ouvre des narinnes ft faire rira, sy j'an avès envie, puisqu'on ce divert y volontiers de ce qui ne nous Intéresse point.Mais je t'avoue, cher fils, que je ne suis point en goux, a câblé de toute part.Je ne pois que soupirer, tantos de ton absance, tantos de ce que le Seigneur m'a otez, dont Je ne puis me conssoler.Plue je vais et plus je san la perte que j'ay faite.Dieu veillée que les nouvelle que j'orez l'anée prochaine ne me donne pas lieux de la ressantire encor plus vivement.Malgré toute, cher fils, je fais l'inpossible pour tous cacher ft mon cher père pour le consservé et prend beaucoup sur moy pour me ronesri-vti auaay pour la chère petite que tu m'a laissez et me mètre en esta de luy donner mes soins et atanssion pour son éducation.Adieu, aimable fils, aime ta malheureuse mère qui t'aime de tous son coeur.Le 1er décembre 1748.\u2014L'afaire dont je te parlé hier, mon cher fils, a panseez estre grave par la (faute) de M.de Lantagnac car je ne any comment nome ce qu'il a faite.Il envoya chercher lea deux messieurs et soufrit devant luy une explication et des reproche de part et d'autre outrajean.On le fut dire t M.de Longueuil qui lea fit venir chez luy et lea racomoda san vouloir savoir ce qu'ils avès l'un contre l'autre et lea fit boire ensemble.Voilà une afaire acomodé, mais Je ne acay sy cela durera, car, quand on ne crains ny ne respect ce qui eat à notre teste, cela va toujours mal.Voila, cher fils, tous ce que je sçay et te souhaite le bonsoir.Le 2.\u2014Après avoir eu bien du froit, cher fils, nous avons des tempt sy doux que toute la neije est fondue et noua sommes dans la boue par dessus la teste.Sy tes almanac estes vray, nous crions peut d'hiver, t'ay an t ouy dire que, quand il ne fezès pas froit le Jours de saint François-Xavier, il ne le fezèa point de l'hiver.DanB un san.nousserions très heureux, le boisestante toujours à 8 et 91 la corde; encor nous promet-ton que l'ordonance de M.Bigot, qui veux qu'il sois de longuer ordonné, fait que les habitans ce promète de n'an plus amené, sy bien que j'espère que le grand ordre nous fera geler; mais, sy Je puis.Je ne courerez point ces risque l'anée prochaine, ou je ne pourez déterminé mon cher père.M.Varin est malade.On assure que ce sont toute ces colesre qui en sont cause.Il se désespère lorsqu'il faut faire quelque payement.lia a ussy une de ces petite fille fort malade.Il ce sont avisez de la retiré de chez Poudre t où elle a passez l'anée et depuis a toujours été malade.Adieu, cher fils, cela n'est paa fort intéressan.Je ne sçay rien.Le 3.\u2014Tu pansée bien, mon cher fils, qu'estante un peut jésuite, j'ay passez une bonne party de la journée a Prier saint François-Xavier.S'il a voulu m'écouter, tu joule d'une parfaite santez et mes deux autres enfans.Je n'ay point oubliez ft luy demandé qu'il m'obtin la grace de nous rejoindre tous au plus tost.es tan te une paine insurmontable pour moy que la séparation.Notre chère petite es venue avec moy et prie, je t'assure, de tous son cœur, pour sa chère Mine qui l'a faite très souvent soupirer inssy que sa maman.Il faut que je te dise une folie de Repentigny.Tu sçay l'affaire qu'il a sur le corp et que M.le Général l'a ARCHIVES DE QUÉBEC 191 envoyé au fort S1 Frédérique.H s'y est aauyê et est aies à la Nouvelles Engle taire a tandre san doute ce qui sera dessidé ft la Cour de son sort.Il eacrit une lètre ft Mater auasy inpertinante que Ton en puisse voir sur le comte de M.le Général.Il peut dire estre bien mal récompanssez des bontés qu'il a eu pour cet étourdy.Il est aises de jugé par cette lètre qu'il a plus de hauteur que d'esprit.Voilà, cher fils, tous ce que jesçay.Adieu.Le 4.\u2014Point de nouvelles, sy ce n'est la mort de mademoiselle de Varin.que l'on a enterez avec un espèce de pompe mal suivie.Elle a S à 6 ans et a été portes par 4 de ces écrivains, car il en a 6, et les coins du drap par trois demoiselle Longueuil, fille du baron, et Robiche pour quatrième.Mais avec cela, 2 prestre, ce qui est trop peut pour la dignités, et 4 enfans de coeur san sierge.On a été fain beaucoup de compliment.M.Varin dit qu' il ne pleure point cesce e nf ans quand il meure, parce qu' il les pleure pour tous ce qui doit leurs ?river en venan au monde.Il est par le raisonnement, filosofe jusqu'au bout des ongle et l'est sy bien qu'il c'est levés de son 1 it pour ale r ft un consseille sauvage, voulan mourire en servan le Roy.Belle exemple, mon cher fils, pour les indolans au service de leurs Roy t Adieu, en voilà assez, je te souhaite le bonsoir.Le 5.\u2014La chambre est arivez cette après-dinay, cher fils, à cheval, comme dans Testes.En le voyan, j'ay espérez l'arivez d'un valssaux que Ton atandet encor de Bordeaux.Mais rien.Point d'aparance que j 'aye pour cette année de tes nouvelles davantage.Il a été envoyez pour a porter des ordre pour chercher un Suice qui a désertez.Il nous aprand en même temt le mariage de mademoiselle la Ronde avec son cousin germain, M.Bonaventure, oficicr de lisle Royal, ce qui n'est pas malheureux pour la mère, car cette fille n'estes brin joly et on dit que son mary a quelque bien.M.Bigot a donné à l'ocasion de ce mariage un grand souper suivie d'un grand balle.On me l'escrit de Québec Rien n'est sy maniaque que cette Imandant en toute et on ne ce lasse point de le dire.Je m'annuy s souvent de l'an tandre.Adieu.Le 6.\u2014Noua avons bien des petite jalousie isay, chez bien des aimable.Tu sçay que M.du Plesay b est issy le premier capitaine.Ces melieurs amis ou ceux qui l'ont été ne neuve plus le soufrire.L'anée dernière, madame et mademoiselle de Noyan danses tous les jours chez M.du Plessys Inssy que mademoiselle Longueuil.Cette année, on ne le vois plus et ce sont des jeans ft ne point voir.M.et madame Céloron en on faite et fons de même, mais ce n'est pas le sérieux.M.de Céloron et Noyan ne conte rien devoir ft ce commandant et ce sont dlspancé d'aler ft excersslce au escouade, et enfin cela a été aux orelllêe du Général qui avet tous renvoyé ft M.de Longueuil.Il te sera aises, cher fils, d'an conoitre le jugement* lorsqu'il est question de Noyan et de Céloron, qui eat un des manbre du gouvernement.M.de Longueuil a voulu a parement passien ter, mais il mut que les plainte de M.du Plessys aye été réitérez.M.de Longueuil m'ayan dit, tu le connois: \" je vien d'escrire une grande lètre ft M.le Général, mais j'ay encor une a tide de la sienne ft laquelle je n'ay paa répondu et qui m'enbarasse, il faut que je vous le dise,\" en me parlant et m'a dit tous bas que M.le Général luy marques qu'U ne pouvès plus luy dissimulé qu'il estes fort surprie qu'il n'u point mis ordre à ce que fezès sertainsoficiers ft M.du Plessys, que cela estes peut convenable et qu'il y avest dans la conduite de ces messieurs un esprit de caballe qui estes dangereux et qu'il eût ft faire cesser toute ces dificultez.Il me fit une grande harangue sur les défaut de M.du Plessys.Je luy dit qu'il falèa faire randre ft un chacun ce qui leurs estes dû et qu'on ne pouvès luy rien inputer.En voilà assez pour une fois.Adieu, cher fils.Le 7.\u2014Je crains quelquefois, mon cher fils, de t'anuyer des pauvretés que je t'escrit, mais je ne t'oblige point ft les lire.J'ay la satisfaction de t'escrire et de te dire, au moins sur le papier, ce que je voudrèa te dire de plus près: que je n'ay aimable fils, de plaisir aujourd'huy que celuy de m'anteretenir avec toy et veux t'ache ver ma charade de hier.Ces mesieurs ne veulle point qu'il sois de leurs devoir d'aler voir leurs «mandant lorsqu'il s'absante, ny lorsqu'ils arive.Noyan ne monte point de garde et ne veux pas dire qu'il est malade parce qu'il ce promène tous les jours et veut devenir major.Je le souhaite inssy que son cousin gouverneur, mais je crains quelque rêver de France où, sy la paix est faite, il y a bien des oficiers ft placé.Louty nous tien souvent compagnie et nous lésons souven mémoire de ce chère fils bien aimez.Adieu, je te souhaite le bonsoir.Le 8.\u2014Les atanssionsde M.le Général me fournice souvent, mon cher fil* de petite ocasion de me divertir sy j'este en goux; mais je n'an ay pas la force et, même, je suis fâchez de n'avoir point assez de sanc froit pour retenir tant de belle harangue que cela m'ocasionne.J'an ay eu une de madame Marin que son mary faite agire pour m'angager à demnndé un poste pour luy.Que pansse tu de cela ?Le Seigneur nous a tressez un beaux chemin, inssy suivons le.M.de Longueuil est venue me montré la repousse qu'il faite sur ce que je te dit a van hier.Je suis bien trompé sy cette lètre est receu auasy bien qu'U s'en fia te.II ce sert de terme qui, je crois, ne serons pas trové auasy bons qu'il l'espère.Il-condanne totalement M.du Plessys et voudret foire trouvé la cause des autre' bonne, et ajoute ft cela quelque chose que j'ay trouvée beaucoup trop fort de luy ft M.le Général.Je crois que le Consseille c'est asemblé pour cette pièce, mais il l'ont celon moy mal dirigé.J'an sorex des nouvelles et te le diray.C'est aujourd'huy bone festc et en voila assez.Il fout prier et honorer Celle de qui j'atant bien des conssolassions.Je n'ay point veu en ce jours un sy beau tempt, pas plus de froit quand septembre.Dieu veillie que cela continuel L'hiver en sera moins long.Adieu, cher fils, je ne sçay sy tu n'est point en routte.Je t'ay veu enbarquer et me dire adieu de Ioing Ah! que cela est vray que c'est de lofai, cher filai Mais j'espère que tu aimera toujours ta m\" mère. 192 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 9.\u2014 Le croire» tu, cher fil», que cette dêvotte madame Verchère a faite danaaer toute la nuit dernière ?Nos preatre* von Joliment preacher: le jour de la Notre Dame, dan» l'Avant, donner le ballet Ce qu'il y a de beau, c'ea que U y en a un chez madame la Valtery, aprèa demain chez madame Bragelogne.Voilà de quoy désespérer M.le Curez.C'est, cher fil», tous ce que je sçay pour le présan, et que M.le Juge ¦n'estante venue voira voulu baiser notre petite.Elle luy a fait la révérance en luy disan que cela esté» bon lorsqu'il revenès de Quebec ou au premier de l'an.Je t'avouerez que j'ay été charmez de «a salie et luy ay dit en Ba présance qu'elle avet raison et qu'une demoiselle ne saluest pa» comme cela à tous propos, ce qui a donnez matière a cette orateure à beaucoup parlé.Adieu, chère et aimahle fus, je t'en dire plus demain Le 10.\u2014Sans M.Varin, je n'orès à te dire, cher fils, que je t'aime, mais je vien d'aprandre que ce monsieur a panssez ce batre ave un Saint-Blain pour un mémoire qu'il luy a aportez.Tu scay que ces messieurs n'an sont pas chiche.M.Varin a trouvez ce memoir un peut fort et c'es escrimez à son ordinaire, en disan qu'il y a vest les trois quardet demie à rabatre et a voulu rayer; l'autre a voulu reprendre son papier, qui a été vivement retenue, en ce disana bien de belle chose.Enfin, Saint-Blain a arachez son mémoire et l'a mie dans sa poche, en disan a M.Varin qu'il le prèsenterèa à M.Bigot, peresuadez qu'il le luy payerèeet a'an est aies après avoir dit beaucoup de Botise.Comme il y avès plusieurs personne, cela n'a pu estre «ecrette.Voilà, cher fils, tous ce que je sçay et que l'on a beaucoup danssez chez madame la Valtry et que Morpaux y estes.Depuisled6partdeM.de Pinssincc.il c'es rapatriez.Adieu, aimable fils, je te souhaite une parfaite santés.Le 11.\u2014Aujourd'huy, l'on dansas chez madame Beaulac.C'est, ce dit-on, M.de Morpeaux qui en fais les frai»; M.Foucher, Bon ombre, y est et sa dame, madame de la Valtrie et sa fille, mesdemoiselle de Longueuil et Noyan, tous cela ne fais plut qu'un rond.M.de Noyan c'es mis en frais plusieurs fois, à ce que l'on m'a dit, et a souvent chez luy M.de Lantagnac et quelque autre de cesse amis.M.de Longueuil vie a ussy en homme qui a tant le gouvernement, mais ce qui liez mal, c'es que l'on m'a dit qu'il demandés volontiers les vins de licosurs ft ceux ft qui il en est venue.Il a achetez ft compte des revenue du gouvernement l'abit de velour siselez que M.d'Echambeaul voulès te vandre a van ton départ.Il y a ajoutes, ft ce qu'il m'a dit, une veste de velour incarna avec une frange de même couleur et or qui luy esté» venue pour une autre habit- Nous alona voir bien du brilian lorsque la Cour sera issy.Tous ce que je crains, c'es que ceux qui n'orons rien de neufe n'an sois malade de chagrin.Adieu, cher fils, en voilà peut-estre plus qu' U ne faut pour t'annuyer.Adieu.Le 12.\u2014Rien de nouvau, cher fil», sy ce n'est le retour de Lery qui est arive» de son fort S'Jean où U est depuis le 27 avril.Tous ceux qui on veu cette ouvrage dise que cela est fort joly, maiB cela est de boi» et par concéquand peut solide.Jecroiaque pour ôter à Bleury le peut de profit que luy donnes Su Thérèse, il en coûtera bon au Roy, tant pour ce oouvaux fort que pour lechemainde S* Jean qui ne peut estre pratiquable que l'hiver, n'ayan pu y aler ft la fin de restez avec une charette vide quoyque l'anée ait été fort seiche; mais U y a Iongtemt que l'on avet envie de faire cette belle découverte qui ne sera jamais de grand secours.Adieu, aimable filB, je ne sçay rien de nouveaux, car te dire que je t'aime n'est pa» une nouvelle.Le 13.\u2014Lery vien de partire.cher fils, comme un vray étnurdy pour aler à Québec dans un bateau bien armes, mais en cette saison, il faite beau aujourd'huy et H»m«,n très vilain.Je luy ay demandé, comme il est venue iaay.ee qui l'obligés à partire avec tan de pressipitation.II m'a dit qu'il saves que M.Varin portés des plainte contre luy pour une lètre qu'il luy a escrit en réponsse un peut vive et qu'il va plaider sa cause luy même et qu'il fera voir la lètre de M.Varin qu'il a gardé.Il m'an a demandé une pour M.le Général que je luy ay donnez avec plaisir en mémoire de l'amitiez que je t'ay veu pour ce jeune homme.J'espère que M.le Général me mandra que je suis la protectrisse de tous les étourdy, luy en ayan déjà recommandé quelqu'un.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne santez.Le 14.\u2014Je crois, cher fils, que le mauvais temt atandès que le pauvre Lery fut party.Il faite un froit efroyable et il a tombez cette nuit un pies de neige; U y a de grand bordage de glace.Je ne croit pas qu'il puisse ce servir de son bateau à presan.Ce froit m'éfraye à une excès que je ne puis te dire et te trouve bien heureux, cher fils, d'estre dans un payis ft Fabry des temt que nous alons avoir, car c'es mon chagrins de pansser qu'il faut estre 3 mois au maint ft geler tous de bons.Je ne scay rien de nouvaux sy ce n'est qu'il y a une maladie issy qui est une espèce de lèpre, dont la Corne l'alnè est couvert et la chère Licottc.Bien d'autre l'ont eu dans 1 a ville, mais il ont eu de la paine ft guérire.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite tantes.Le 15.\u2014Nous avons panssez geler à la messe ce matin et ta chère fille a beaucoup pleurez de ce que je n'ay pas voulu la mener, mais je luy ay anoncez qu'elle n'irèt que quand il ferès beau et qu'inaty, il falèa qu'elle prie son party noblement.EUe c'est consolez et l'ay retrovez jouant avec Alida qui est toujours a ussy méchante que tu l'a veu.J'ay eu bien des fois envie de m'an défaire, du moin» de la renvoyé ft son père, mais ta fille m'an a empeschez.Cette inocente aime cette petite crasseuse plus qu'elle ne mérite, ce qui m'angaje ft la gardé.Son père est restes ft Québec plut pour retirer cette enfant que pour la religion.Anaké, qui l'a veu, me l'a assurez.Voilà cher fils, fantré tenir de chose bien intéressante, mala je ne scay rien.Adieu. ARCHIVES DE QUÉBEC 193 Le 16.\u2014Bonjour, mon cher fila.Il faite toujours un {mit terible, mail cela n'enpeache pas que l'on ne s'échaufe.M.Varin c'est sy fort fâchez, à ce que l'on vien de me dire, contre Bleury que la fièvre luy a prie, et il est au lit.Cela, pour le payement d'un voyage qu'il vien de faire au fort S'Frédérique.Il ne veux paa luy payer les gaje d'un homme d'oguementation qu'il a prie par canot à cause de la mauvaise saison.Tuconnoisle ton de vois de Bleury et la vivassitez de M.Varin.II s'an sont dit plus qu'il ne devès et, ce qui le fâche le plus, c'es que Bleury luy a dit qu'il atandrèe M.l'Intandant et qu'il n'avèa paa besoin d'argen et, comme voila plusieurs qui luy ont fais le même raisonement, je crois qu'il n'est pas content qu'on remette comme cela au tarot que M.l'Intandant vienne isay.On m'a assurez qu'il estest en sossiettez de grand oommersse avec Martelle et Dépin pour toute les fourniture.Il a faite l'année dernière celle du bois de chantage et le faite encor faire cette année; ces smis dise qu'il sçay profiter de tonte.Martelle ne l'a point perdue de veu depuis un ana.Je souhaite que cela luy fasse grand bien.Adieu, cher fila, jusqu'à demain, sy je açay quelque chose de plus amusan, car tous cesy ne vaus pas le tempt que tu mitera à lire, sy tu en \u2022 la passience; mais, pour moy, je n'ay point d'autre satisfaction.Adieu.Le 17.\u2014C'est seulement, cher fils, pour te dire bonsoir, car je ne açay rien du toute.Te répetter que je t'aime, tu le sçay.Sy je pouvès te faire savoir au moins toute les semaine une fois que nous somme tous en bonne santés, je séria contente, et en savoir autant de toy, mala Dieu! que de tenu à a tandre et que de chimère il passera dans ma pauvre cervelle! Tu y a donnez bonne ocasion par ta dernière lètre, par l'incertitude ou tu me laise de ton sort.Quelquefois, je me natte, d'autre je jure contre ceux qui verdie me donné de l'inquiétude en te donan du chagrin, puisque s'an est un pour toy que ce que tu me mande Ban me le marquer, je le san parfaitement.Sy je pouvès estre auprès de toy, cher fils, au moins, je partagerès tous ce qui peut t'nrivé; mais, éloigné comme noua le somme, je n'ay que dea croix à a tandre, tan que cela durera.Adieu, cher filB, le chapitre dea croix m'est trop sanssible.Adieu.Le 18.\u2014Il y eu hier, cher fila, une party fine chez M.de Lantagnac que je t'ay dit demeure chez Moran le charpentier.Cette party estes conpozé de M.de Longueuil.Noyan, Séloron et Lantagnac.11 ce mire à table à midy et y ont restez jusqu'à onze heure du soir; Us y chantère ay bien que lea pasaan» a'arestes pour écouter.C'est à présan la party ordinaire.Tu pansse bien que l'étate ce règle là de la bonne fasson et que M.de Longueuil y reçois lea avis pour le gouvernement.Je souhaite qu'elle luy profite, mala je crains qu'il ne s'égard un peut.Voilà tous ce que je sçay pour le présan et vais te souhaiter le bonsoir.M.notre Commissaire est toujours malade.M.Feltz dit que, sy il continue à ce mètre en colesre comme U fais, qu'il ne luy donne paa un ans à vivre.A aa place, j'y prandrès bien garde, puisqu'il n'est rien telle que la sentez.Adieu, chère et aimable fits, aune ta mère.2* Cahier\u201419 né causas 1748 - 31 jam vira 1749 Le Iff décembre 1748 (écrit du Canada) (1).\u2014Bonjours, cher fils.Les nouvelles sont aujourd'huy que tous le monde aprand à danaser.On a'éforce à bien faire pour briller au bal que l'on espère que M.Bigot donnera issy.Tu pansse que cette maison par toute sorte de raison est exempte de ces amusement comme de toute autre.Je ne açay sy cela convient à celle qui sont avec moy, mais il faut qu'elle s'en acoaunode ou qu'eue prenne un autre party.Notre chère petite a'acoutume à tous ce que je veux d'elle.Pourveu qu'elle fasse une visite par semaine A maman Bosseron, elle est contente.M.Varin est toujours malade; je ne sçay trop ce que c'est.Sa dame ne peut B'acoutumer à Montréal.Elle n'y vois perssonne et perssonne ne la vois: ce qui faite une mason assez sérieuse, comme tu panser Aussy prand-eUe le party d'aler à Québec sytost que les chemins serons praticable.On assure qu'U doit venir des dames avec M.l'Intendant, sans doute sa prinssesce, madame Lanodièrc.Je t'en diray des nouvelles dans le tempt.Adieu, cher fils.Il ne faut pas trop t'annuyer.Adieu.Le 20.\u2014Que te dire, cher fils?Qu'il neige et qu'U fait grand froit.Tu me dira que je suis dans un payia où c'est la saison.Cela est vray, mais je n'an soufre paa moins; je me plains auasy volontiers sy les autre ne me plaigne pas.Notre rivière eat plaine de glace et, pour peut que cela dure, elle prandra toute à faite «vans qu'U soit peut.Tu connois, cher fils, mais inquiétude, lorsqu'U fais ces grands froia et que tu estes tous ce qui me tranquilisès dans mes frayeurs; mais je n'ay plus rien aujourd'huy et U faut me rassurer moy-mème sur tous les événement.Heureusement que nous n'avons eu que deux ou trois petites alarme de feux dans des cheminé.Dieu nous préserve du reste et nous donne une paix solide I Je crains toujours qu'elle ne sola point faite, m'imajinan que nous le sortons par Engleta ire, mais U faute a tandre les nouvelle.Celle que j'atan de toy, cher fils, me dorme beaucoup plus d'inpaasience que toute celle qui peuvent ariver.Adieu, cher fils, je ne sçay rien de nouvaux.Le 21.\u2014J'ay passez, cher fils, une bonne party de l'après-dinay avec M.de Séloron qui régulièrement me faite une visite toute lea semaine.Il m'a dit que madame son épouse avet mal à la poitrine, ce qui me donne bien de l'inquiétude.Je crois t'avoir marqué qu'elle avet encor eu un enfans cette autonne, ce qui (1) D'une autre main.13 194 ARCHIVES DE QUÉBEC fait 3 à elle et 3 à ton mary.Voua bien la demie dousaine et 2 beau-frère qui demeure avec eux, en estante arivé un jeune cette autonne que Ton dit plus sage que son frère aîné, qui ne Test pas plus que tu Ta veu.M.de Longueuil est un peut inquiété des amours de son fils avec mademoiselle de Muy.Il m'a dit qu'il craignes cette famille.Tu le connois avec cette air naturelle, il me diset après-dinay: \"Je crains qu'on ne le presce de ce marier; c'est une femme que madame de Muy, entière et qui voudra me faire parlé, mais je ne conssan tirez point que mon fus ce marie sy tost, j'ay une fille à é ta ni Ire.\" Mate je crains bien qu'il n'ait de la paine à réuasire, car cette pauvre demoiselle a bien du mérite, mais elle est pie que tu ne l'a yeu pour la meigreure.Elle est fort liez avec madame Vassan, Martelle et Duly Desaunier, qui est Masette la Gorjen-dière que tu connois.Nous ne voyons que rarement d'Echambeaul.Adieu, cher fils, je te souhaite bonne santez, et que tu m'aime.- Le 22.\u2014Sy je passez hier, cher fils, mon après-dinay avec un beau diseur, j'ay passé celle-ay avec un qui ne l'es pas moins.Tu en jugera quand je te diray que c'est avec M.de Monrepos, qui m'a faite des charade sur M.Varin des plus forte.Je vaiB fan donner un échantillon.Il m'a dit que, l'année dernière, U avet donné à Duty Deaonier la plus grosse fourniture à faire de lard et de farine et que, lorsqu'il avet été question à la fin de Testez de le payer, que M.Varin luy avet donnez un ordre pour toucher sa somme, que Dufy avet trouvez sy forte qu'il voulu recommancé son calculle et, ayan ton bien comtes, 11 avet trouvé quatre milles livre de trop.Il avet été trouvé M.Varm et luy avet dit qu'il ne luy apartenèa que telle somme et que celle que je vien de te dire estes de trop.L'autre luy voulu faire des complimens et luy dit que cela luy apartenest; mais Dufy luy dit: \"Monsieur, voilà Tôtre argen, faites-en présan au pauvre, car, pour moy, cela ne m'apartien point.\" Et enfin les quatre nulles livre sont restez sur le burau et Dufy s'en est aies.Voilà une des petites histoire que M.le Juge m'a contes.Juge des autre.Je ne crois pas qu'il y ait rien de pareille au raisonnement qui ce font sur cette homme.Dieu veil lie pour l'aquie de sa conscience qu'elle sois fausse.Adieu, cher fils.Le 23.\u2014Il fezès hier, cher fils, un froit terible et aujourd'huy il pleut à versée ce qui, sy cela dure, va faire partire toute les glace qui ce sont faite et fondre la neige dont on orest cepandan grand besoin pour le bois dont une grande partie de la ville manque.Je crains toujours que notre bûcher ordinaire ne porte envie et que Ton ne nous fasse quelque bûche de lune, comme tu en a1 veu marché.C'est toujours avec plaisir, cher fils, que je me souvien de tous ce que tu a veu et faite lorsque nous avions le plaisir d'estre ernsemble.Voila tous ce qui m'an reste.Je ne scay rien de nouvau et te dit adieu.Le 24.\u2014La pluys, et le tempts doux par conssequand, continue, mais je crains pour ces feste un rêvera qui nous fera bien payer le beaux qu'il faite.Il seres triste de geler en alan à la messe, car je ne sort que pour cela, les feste et dimanche.M.de Longueuil nous est venue dire que sa fille aîné questest à la messe de minuitc et qu'il avet prie ce pain bénie qui semblés convenir à sa place.Je Tay fortifiez dans cette idez.Il conte le donné Panée prochaine à Pasque et ce donne d'avance les meuble nécessaire.Il m'a dit qu'il al est faire des bandrolle avec cese arme pour mètre sur les pains bénie.Tu dira cher fils, qu'il faut que je n'aye pas grand chose à te dire pour t'anteretenire de sy belle bagua telle, mais je ne scay rien et ne pourès te répéter ce que tu sçay.U y a longtemt que je t'aime et que ton absance m'est inssuportable, cela ne t'es pas nouvaux: tu le sçay.Ta chère fille nous a promie de ce faire percer cette oreillle que tu luy avès laissai bouchez et on ne Ta pu résoudre quand luy disan que M.le Général ne l'aimera point sy il la vois encor avec une boucle d'oreille et qu'il n'aime point les Ame foible.Elle a prie son party aussy tost et a donnez randévou à Louty pour ces feste, je ne sçay ay cela tiendra.Adieu, cher fils.Le 25.\u2014Toujours de la pluys, cher fils, et cela a procuré à notre chère petite la satisfaction d'aler à la messe en ca!esche dans la boue, comme en may: ce qui faite faire de grands almanac.On nous donne bien des maladie ft cette ocasion, mais, pour moy.Je panne toujours que le froit noua fait plus de mal que le tempt doux.M.Varin eat toujours malade.M.Feltz dit que ce sont des douleurs d'antralie qui ne sont ocasionné que par les colesre où il ce met; mais Je n'ay pas de foy à ces charade.Notre pauvre Pière est encor une fois ft l'hopitalle; il y vas tous les 3 mois, content toujours que c'est pour la dernière foi*; il n'a plus que la peau coles sur les aux.Jupitère est ft peut près de même, et ton cheval ce soutien tan bien que mal.Voilà te randre conte, cher fils, des 3 meuble inutille que tu nous a laissezet que nous aimons t'ayan apartenue.Je ne sçay rien et te dit adieu pour faire quelque complimenta du 1er de l'an.On m'a dit qu'il partes t un courier ces feste, et il faut aussy faire escrire notre chère petite ft son cher Général.Je t'assure que c'est son vray Noyan.Tu n'a pas oubliez ce que c'est.Adieu, cher fils bien aimez.Le 26.\u2014Pour le coup, mon cher fils, Je suis toute étourdy du tempt qu'il fais.Je me suis couches hier avec une pluys très douce et, ce matin, il poudre neige et faite un froit et une poudrerie comme Je n'an ay jamais veu; et nous avons eu bien de la paine à aler, les uns après les autres, à la messe, y ayan dans les rue de la neige Jusqu'au vautre des chevaux.Je voudrès, cher fils, estre en France avec cent coupa de plez dans levantre.Au moins ne scrès-je pas exposez à geler et à périrc dans un tas de neige.Le vand qu'il faite et, lea feux que l'on est obligez de faire me donne des batement de cœur ft m'an faire trouver mal; car, quand Je vois ce tempt et que Je panas, que, s'il arive t un aessidant, ce que Je deviendrés.estante issy seule avec mon cher père.Mater, Tilly, ma chère petite, toute aussy rassuré les une que lea autre.Dieu noua préserve de toute, car Je crois que Je mourès de frayeurs.Tu estes toute ma conssolassion dans ces tempt, mais Je ARCHIVES DE QUÉBEC 195 ne t'ay plus, cher fils, et m'an aperssois en bien des chose; aussy ne perderès-je aucun ocasions pour me raprocher de toy.Adieu, cher fils, je te souhaite le bonsoir.Le 27.\u2014J'ay commencé, mon cher fils, à te dire tous les jours le temt que nous avions.Il faite aujourd'huy un froit des plus grand, mais je le prend en paesience, parce qu'il faite beau soleye et qu'il ne vante point.J'ay une nouvelle à te dire: c'es que Martelle et sa femme aprène à dansser, dans l'espérance qu'ils ont d'estre des balle que M.Bigot doit donner issy.Ce n'est pas toute.Landriève apran aussy et, pour s'ecoutumé au grande fasson, il donne un balte aujourd'huy.Les priez sont: madame Vassan, Martelle, mademoiselle de G arme et mademoiselle de Couagne, cette grosse teste Couagnette et ces deux sœurs mariez.On vien de m'assurer que madame Varin y est: ce que j'ay paine fi croire, estante en deuil de madame sa mère.Ce balle ce donne chez la Poudrette où demeure Lendriève.Sans doute que les cavalliers y sont en nombre.Voilà, comme tu vois, de belles chose.On peut dire que M.Bigot ocaalonne bien de la dépansse, car il n'y a point assez de maître pour tous ceux qui veule aprandre à dansser.Tu connois Mater: elle ce met dans des emportement tèrible lorsqu'elle entant dire que Martelle aprand et sa femme, et qu'ils font dee partie et des emplette de beaux a bits.Pour moy, je ne dit mot, car tous cela me fais pitiex, et j'ay bien d'autre chose qui m'ocupe.Adieu, cher fils que j'aime.Le 28.\u2014Je vien d'aprandre, cher fils, que le baie du pauvre Landrief a été un peut dérangez par un masque en courier qui porta au dame et demoiselle des lètre assez forte pour les faire laisser la party et ce retirer.Je n'ay pu savoir ce que c'estès, ny qui en est l'auteur.Ce que j'ay aprie, c'est que madame Varin y estet et que son billet luy dises qu'elle serès mieux chez elle en dceulie de sa mère qu'au baie; et on dit que madame Vassan en avet un fort piquand aussy.Mais perssonne ne s'an est vantes et elles ont toute dite que c'estès des galanterie.Je scay cela de Sabre vois à qui on l'a dit.Mademoiselle la Corne, qui estes la chaude amie de madame Varin l'année dernière, ne l'est plus et je scay qu'elle a cherchez, dès le matin, Ù savoir les nouvelles.C'est une fille comme il n'y en a point, après les a tanssion qu'ils ont eu, chez M.Varin, .de voir la fasaon avec laquelle elle en parle.Voilà, cher fils, tous ce qu'il y a de novau.Elle ne ce vois plus quand grande sérémonie et, même, je diray qu'il ne vois presceque perssonne; mais c'est leurs faute.Adieu, cher fils, je.te souhaite une parfaite santez et que tu aime ta pauvre mère autan qu'elle t'aime.Adieu.V Le 29.\u2014Notre chère petite fille et moy avons passez, mon chère fils, une bonne party de l'après-dinay à faire nos complimenta du 1cr de l'an.Elle a écrit a M.le Général et au Père S4 Per qui sont ces melleura amis; et moy, au 3 puissance et à mes ami» Marcel et S* Per.Voilà te rendre compte, cher fils, de mes actions de ce jours.Je n'ay pas grand chose d'alieur à te dire, en t'énoncent que je t'aime: c'est ce que tu sçay, il y a long temt ; en te disan que je ne puis m'acoutumer à ton absence: c'est ce dont tu doit estre pers-auadez.Inssy.cher fils, je te souhaite le bonsoir et une bonne santez.Le 30.\u2014Toute est dans une tranquilitez admirable.On ce tien chacun chez sois en a tendant le jours des folie, car tu sçay que le lor de l'an est une vray extravagance.Ma situation me met à l'abrie de faire et recevoir des visite.Tous ce que je souhaite, c'est qu'il fasse assez doux pour passer une ' party de là mâtiné à l'esglise et j'ay déjà projettez que notre chère petite et Tilly ferès les honneurs de la maison.Tous ce qui répugne à la petite, c'est qu'il faut baiser tous le monde: elle n'aime point cela.EUe crois beaucoup en toute, car elle est maline; mais elle a de l'esprit, ce qui reformera cette humeure mordante, car elle ne ménage rien, quoique je ne me lasse point de luy faire des lessons très grave.Mais elle me dit que c'est pour rire que je luy parle d'aimer tous le monde, qu'elle ne conprand pas comme on peut aimer sertaine jeans.Sy tu la voy es, tu l'admirerès, car dans l'Ame, je le fais souvent.Adieu, cher fils, que j'aime.Le 31.\u2014Nous avons eu, cher fils, les préliminaire de demain: tous le Séminaire, les Jésuite et Récolets.Ce sont ces dernier qui ont donnez une belle ocasions à notre chère fille de faire des reflection.Tu sçay comme elle les aime.J'estès retirez dans ton cabinet, issy où je t'escrit, et entandès tous ce qui ce diset.Mon cher père leurs a demandé des nouvelles de I'abô Hazur qui c'est retirez chez eux, ne pouvan rester chez Senne ville, et U leurs a dit qu'il avet un sertln Duman, que tu as pu conoltre, qui a servie longtemt M.de Bellement.Ils ont répondu que ouy.Mon cher père a dit en badinant que ce Duman reaemblet à San-chau Panssa.Le Père Nicolas, beau diseure, a répondu qu'il luy resembles véritablement.Ta fille l'a ' regardé avec un air d'mpasaience, en luy disan: \"Aparament, mon Père, que vous avez lue Don Quichotte.\" Le père luy a répondu: \"Ouy, mademoiselle, et je ne vous défans point de lire ce livre, et même je vous le permets.'' Elle a ripostez vivement: \"Je le crois que vous ne me le défandé pas et vous faite aussy bien, puisque je n'ay besoin de permission que de Maman qui, je crois, est capable de juger sy je puis lire un livre ou non, et je n'ay point à faire que perssonne ce mesle qu'elle de ce que je doit faire.\" Je t'avoue, cher fils, que je n'ay pu m'anpescber de rire seule, malgré le peut d'anvie que j'en ay et j'ay bien eu de la paine à trouver assez de sérieux pour luy faire une coréetion après leurs départ.Elle m'a donné pour toute raison qu'il ne convenes pas à un Récolets de luy parlé comme cela; que sy le Père Valèrien luy eu dit, qu'elle l'orès soufert, mais, pour un Nicolas, qu'elle ne pouvèe s'y résoudre.Il a falu en passer par là et luy dire qu'il falès tout soufrire d'un prestre.Adieu, cher fils, tu rira aussy.Le premier janvier 1749.\u2014Que de vœux, cher fils, et de souhaits je fais pour ta santez et consservas-Bion, prospérités et tous ce qui peut servir fi ton bonheur.Surtoute, je demande à Dieu de bon cœur de pouvoir nous rejoindre, mais quand sera-ce, cher fils?Quand il plaira à la Divine Providence.J'ay passes 196 ARCHIVES DE QUÉBEC un party delà mâtiné a l'esglise au Jésuite; et j'yay prier de tous mon cœur pour toy, pour ce cher inocent que je n'ay point perdu de veu quelqu'éloigné que j'an sola.J espère qu'il noua donnera de la oonasolsasion et me date d'avoir le plaisir de le revoir, et toy auaay.Mon cher Père me donne de bonnes espérance.Dieu veillie qu'il perssiste dsns ces aantimental II ce porte auasy bien que tu l'a laissez.Notre chère petite est aussy en parfaite santés.Elle a été voir son onde avec Tilly, et c'est elle qui repais U compagnie, car Mater et Tilly ont voulu taire des visite.C'est chose admirable de voir Mater.Elle est plus jeunne qu'elle ne l'a jamais été; le voyage qu'elle a faite ft Québec luy a donné le belle air.Je ne doute point qu'on ne t'en parle à Rochefort, sy tu y vs après l'arivez de nos vaiasaux.Elle est toujours très ajustes et croit avoir été toute sa vie de même: c'es ce qu'il y a de beau.Tous les oficiers l'on baises seule ce matin, dont elle estes bien taches.Tous sont venue isay à l'ordinaire.I-es dames y ont abondé après dinay.J'an ay peut veu, m'es-tante retires iasy, où il me con vien mieux d'estre, dans ce cabinet, quand compagnie.Adieu, cher fila.J'espère que le Seigneur m'épargnera cette année et me donnera les conssolassion dont j'ay grand besoin.Je te souhaite une parfaite santés et que tu m'aime un peut.Le 2.\u2014 Je crois, cher fils, que les visite croisse issy comme l'erbe, car nous avons été acablé tous le jours et n'ay pue en éviter plusieurs.J'an suis sy lasse et sy étourdy que je ne acay sy j'orez la force de te dire grand chose, malgré l'an vie que j'ay de m'anteretenir avec toy qui est toute la satisfaction qui me reste.J'avès laissez pour prendre des lètre que M.de Longueille m'aporte.U vien d'arivê un courier de Québec et j'an tant que l'on dit que c'est M.de Lignery qui es test aies mené cette autonne des embassadeura engloia.J'ay un tas de litre A lire, toute complimenta, san doute, or celte de M.le Général, dont je me paaserès bien, puisqu'il faudra y répondre: ce qui me faite te souhaiter le bonsoir, car il doit partira une ocasion demain.Adieu, cher fila.Le 3\u2014 Je ne suis point sans inquiétude, mon cher fils, sur ce que j'aprand: que M.le Général a de la fièvre.Il m'eacrit cependant, mais il est de caractère a chercher a m'épargne de la paine.Il a assez de bontés pour moy pour me cacher sa maladie: il sçay combien j'y serès sanssible.Ta fille en a pâlie en l'entendant dire.Cette chère inocente a tan de raison que je luy dises, il y a quelque jours, pour la faire causer: \"Hé bien, que feres-vous, sy nous ne pouvons noua en aler en France cette autonne et que M.le Général parte?\" Elle me répondi vivement: \"Je mouray de chagrin.\u2014Ah, je luy fdis),este-vous morte quan votre chère père est party?\u2014 Cela est bien diféran, maman; J'avès dans ce temt ce que Je n'ay plus, et nous n'orions rien.\" Elle c'es Jettes à mon coul et noua avona versées des larmes ensemble.Elle a bien raison, cette chère mignonne.Sy nous perdions M.le Général, Je croy que noua trouverions bien du changement; mais j'espère que le Seigneur nous le laissera ou que noua serons en étatc de noua en aler avec luy.Adieu, cher et aimable fila, plain-moy et m'aime.Le 4.\u2014Que dit-tu, cher fila, de ce que je te marqué hier dea sentiments de notre chère fille?Cela n'est -il pas au dessus de son Age ?Elle m'an donne d'aussy forte et d'aussy raisonnée que cela tous les jours.Elle ne perd pas la moindre petite ocasions à faire santire a son grand papas toute les duretez de notre payia.Je ne doute point qu'inssessament il n'ose plus ce plaindre du froit, ny des autres Incommodités du climats devant elle, car aussytost, elle luy dit: \"Hé bien, cher papa, ne serès-tu pas mieux en France?\" Sy nous ne le gagnons point, il faudra qu'il tienne bien, car Tilly ne manque guère son coup non plus.Le séjour qu'elle a faite à Québec, avec son père, luy a donné beaucoup d'envie d'aler ft Rochefort.Je voudrès qu'elle y fus et moy aussy.J'cspérerès avoir plus souvent de tes novcllca ou d'estre plus près de toy, car j'espère toujours que tu n'ira point ft ce malheureux Misaissipic.On oserès parlé de cette endroit devan cette chère nocente qu'elle ne palisse de paine.Nous n'avons, cher fils, rien de nouveau iasy.Il faite un temt manifique; il dêgelle comme ft la fin de mare; mais cela ne nous est pas fort avantageux, la rivière n'estant prise dans aucune endroit, ce qui tien tous fort chère et fort rare.La vie est des plus dure.Aussy ne ferons-nous pas grand dêpansse: la soupe et le cafes sont les plus grande que noua fassions.Il nous est heureusement restes un peut de vin de l'anée dernière, qui nous fera passer l'année.Adieu, cher fils, aime et plain ta malheureuse mère qui t'aime de tons son cœur.Le 5.\u2014Comme Je n'avèa veu M.de Lignery qu'un moment, je n'avès pas eu le temt de luy demandé de nouvelles de Québec.Mais il a été iasy quelque temt aujourd'huy et m'a dit que les Englois c'estes trouvé sy fort embarassez des questions que leurs avet faut M.le Général qu'il avès demandé du terme pour répondre lorsqu'il leurs a parlé de ce qu'il laisses nos Jeans avec les Annie», qu'il avest un exemple qu'U n'an avet point laissez avec les Sauvage.Il m'a dit qu'il leurs avès parlé sur tous fais d'une fermettes admirable.Les Englois ont fort soUssitez pour ravoir un de ceux qui a été prie par le chevalier de ta Corne avec ces Iroquois; un de ces frère, qui est de la troupe venue iasy en embaasade pour la deuxième fols depuis un ans, l'a encor demandé et c'est ofert ft ce mètre en prison pour donné la libertés ft ce frère, diaan qu'U mourn sy on le tien sy longtemt renfermé.M.le Général a conssenty, après bien des solissitassion, ft rendre cette homme au condissions que le frère resteras dans la prison Jusqu'il ce que nos Jean dea Arùez sois rendu et les a fort assures qu'U ne Ucherès point ny Englois, ny Sauvage, qu'U ne fusse rendu, et a eacrit ft M.de Longueuil d'avoir atanssion que les Sauvage n'an rendisse aucun aux Engloia, car ils ont encor quelque prisonniers que l'on n'a pue retiré.Il ne m'a paa dit de nouvelles de Babiolle ; elle ne me touche point assez pour en demandé.Il parés fort content de M.Bigot; il cat plUB généreux pour le service que M.Hccquard ARCHIVES DE QUÉBEC 197 à ce que l'on dit Savoir «y cela durera! Madame Lanodière et Madame Daine y ton, à ce que l'on dit, lea brillante.Adieu, chère fils.Sy tu fais des Rois aussy sec que noua, tu n'ora point d'indigestion, car nous n'avons ny gateaux, ny galette, et ne somme point rian du toute.Le 6.\u2014Il est des jeans, cher fils, qui passe ce jours à ce divertire.Je l'ay faite quelquefois, mais aujourd'huy je l'ay passes & prier Dieu.II faite aases doux pour estre deux heures ft l'eaglise sans avoir froit.M.de Longueuil sort d'issy, qui m'a demandé sy Je voulès qu'il fit les Rois avec nous.Je l'ay assures avec vérités que nous n'avions ny gâteau, ny de quoy luy faire faire bonne chaire.Tu le conoia, il m'a dit: \"C'es pour rire, car Je suis pries chez M.Pelts avec M.et nmfivnw Varin\" ce qui ne fait qu'un ft présan.Je ne scay sy cela durera, car le pauvre Feltx aime bien & parlé, et j'ay sue par Jean de probités qu'il t'a joué en bien des ocasions.Je te le dises dans tempt, car je n'an ay Jamais été la dupe; on m'an a donné des trais que j'ay parfaitement reconnue.Je vois tous le monde, cher fils, ft l'ordinaire, sans me fier ft perssonne: je connois trop mon payis pour faire autrement.Noua voyons tous les Jours Sabrevois, je le regarde sans conoéquance.Il soupe presceque tous les soirs avec nous: ce qui fais passer le tempt & mon cher père, qui s'armuirès souvent avec nous; car Mater ne ce gesne point et je reste seule les trois quard du temt avec luy ou moy-mOme.n'ayan que ma petite fille qui ne sort point de dessous mes yeux.Adieu, cher fila.Aime ta pauvre mère autant qu'elle t'aime.Le 7.\u2014Je ne aay rien, cher fila, synon que je suis bien lasse de voir des visite de femme et d'homme, car il revienne quoique j'aye voulu les éviter.La seule madame de Noyan et la Val trie ne sont point venue issy.J'ay veu les mary et ignore pourquoy les femme n'an ont point fais de même.Mon cher père.Mater et Tilly on visites toute la ville.Je dises ft mon cher père, en dlnan, que je conté* qu'il fexès ces adieux au Canada en ces visite, ce qu'il n'avèa point faite depuis bien des année.Il eat des moments où il me donne des espérance, mais d'autre où il me désespère, de fasten que Je ne sçay trop sur quoy tablé.Cependant, Je vand le meuble et ne me réserve que ma chambre, ta tienne et ce cabinet; et ay M.l'Intendant vien.Je ferez tout ce que je pouré pour luy loué la maison au condission qu'il l'achèvera.Adieu, cher fils, c'es t'antretenire uniquement pour ma satisfaction, n'ayan rien de nouveau ft te dire.Adieu, cher fils.Le 8.\u2014Nous avons veu aujourd'huy, cher fils, madame Boualt, que je t'ay mandez estre depuis la saint Martin au Frère Charon avec madame Youvil.C'est une comédy de la voir: elle ne fait plu* que presché et parlé du plaisir qu'il y a ft vivre retirez du monde.Elle nous a assuré la convention des quatre dames qu'on a mis au Géricau; elle les visite de tempts en temt.Je crois te les avoir nomé.Cet madame Guiniolète et sa fille, madame San* PoiUe et une de Québec dont je ne sçay pet le nom.Tous ce que madame Bouat crains sont les soldas qui pourc3t avoir envie de tirer ces dame de captivités, mais Je ne pansée pas qu'il voulusse rien faire pour cela de mal ft propos.Voilà, chère fila, tout ce que tu en on pour aujourd'huy.Je te souhaite une parfaite tantes.Le 9.\u2014Il faite un froit, cher fila, et un nordet qui me faite tremblé pour le feux, car M.Varin, notre voisin, a des feux et dee pouelles par toute; et, comme il ce chaufe sans qu'il luy en coûte, on épargne pat le boit.Tu connois ma foiblesse et metpeure pour cette élément.Juge de ma situassion.Tu me rassurés, lorsque je t'avès, par le secours dont tu est dans let ocasions périlieuse, mais je ne t'ay plus, cher fila, et n'ay plus que mon cher père qui me donne toujours des inquiétude dont je ne puis me guérire.11 est toujours comme tu l'a veu, fermant les contrevan, Ûtan la neige delà galerie, fezan du feux et des étincelle ft ton aise; et je suis comme une victime, sans oser parlé crainte de le fâcher.Je fais quelquefois parlé ta fille qu'il aime tandrement, mais elle ne réussit pas toujours.Elle me faite passer le tempt moins ennuyan que je ne ferès, en luy montran tout ce qu'elle veut a prendre: tante* l'histoire de France, tantes la romaine, la gèografie, le rudiment à lire françois et latin, escrire, exemple, vers, histoire, telle qu'elle les veux, pour luy donné de l'inclinassion ft escrire et ft aprandre.Mais elle n'aime point l'ouvrage; je la laisse, aiman mieux qu'elle aprène que de travalier, ce qu'elle sera quand je voudrez.Adieu, cher fila bien aimez.Le 10.\u2014Pour le coup, cher fils, il faite un temt comme je n'an ay jamais veu: un nord-est, une neige et une poudrerie ft ne pas voir de quatre pas, acompagné d'un froit ft ne paa mètre le né dehor.Juge sy Je suis bien tranquille.Je t'avoue que, quand il n'y orès que cet temt, je ne voudrès pas pour beaucoup rester issy et.pour me débarassé tous doucement, j'ay faite vandre une partie des meuble que noua avion* aux 3 Rivières, qui m'estes très inutille.inssy que bien des vieux chaudrons.J'avès besoin de cela pour payer bien des petite debte que Je n'avèa pue payer et pour vivre quelque temt; car c'est aujourd'huy toute ma ressource de vandre le meuble pour vivre, en a tandan t qu'il plaise & Dieu me donné une melieure situassion et quelque conssolassion dont j'ay grand besoin.Mais, cher fils, n'ait point d'inquiétude, car Je te vois dire: \"Ma mère va ménagé ft ce laisser patire.\" Point du toute.Conte que ce ne sera jamais pour l'aisance de la vie que je me retrancherez; bien des chose m'an empecberès.J'ay mon cher père et notre chère petite.C'est assez pour ne rien ménager, voulant les consservé tan que je pourex, puisqu'il sont les objest pour lesquelle Je cherche ft consterver ma santez, estante toute la conssolassion que le Seigneur m'ait laissez.Adieu, cher fils; c'est trop t'annuyer aujourd'huy, qui ne me fournie rien de gay, ny de nouvau.Adieu.Le 11.\u2014Voilà aujourd'huy le tempt un peut plus tranquil, mais il faite un froit des plut noir et des plut rude.Croirès-tu, cher fils, que, du temt qu'il fexès hier, M.de Longueuil n'a point crains et est venue dinay chez M.Varin, ft ce que l'on m'a assuré.Il faut que cela soit, puisque Marly sort d'issy, qui m'a 198 ARCHIVES DE QUÉBEC dit l'avoir rancontré tombes dans un tas de neige ou U seres restez sans luy.Avoue donc qu'U faut aimer la bonne compagny.Voilà, cher fils, tous ce que je stay et te dit adieu, craignan de t'ennuyer; car, pour moy.je passerès les jours à te répetter que je ne puis me faire à estre séparez du fils que j'aime de tous mon coeur.Adieu.Le 12.\u2014Toujours un froit maniaque.Juges-en, cher fils, puisque la rivière pares arestez jusqu'à la Prérie et, il y a 3 jours, elle n'estet qu'à la Val trie, ce qui fesèe apréandê qu'elle ne prie peint cette année, mala je n'an ay jamais désespères.Notre pay is ne ce déniant point et il séria, je crois, fâches de devenir melieurc; car je ne crois pas que l'on ait veu, depuis bien des année, un hiver aussy rude qu'U commance ce qui, dans le fans de l'âme, ne me tache point, dans l'espérance que ce vilain temt dégoûtera tout à fais mon cher père et le déterminera à venir en France, ne pouvan pansser à voir sortlre d'issy M.de la Galissonnière et y rester seule, je dires volontier comme notre chère petite.Sans conter les croix que j'y ores, je serès tousjours, à ce que je m'imagine, plus éloignes de toy et sûrement de mes deux petits enfans, que j'orèa au moins la conssolassion de voir ou d'an avoir souvent dea nouvelles.Adieu, aimable fila.En voilà trop, n'ayan rien de nouvau.Le 13.\u2014On ne parie, cher fila, aujourd'huy que de la rnisaire où on est pour le bois.Le froit qu'il fait continuellement ocasionne volontiers ces converssassion, joint au peut d'amitiez que l'on a pour M.Varin, qui est avisez de faire encor cette année de faire couper du bois sur une tère dont M.de Beaujeu avet la jouissance au ruissau Migeon; et, comme il a donnez des ordre pour le faire charier d'hotoritez, il te sera aises de santy combien on murmure.Les habitant, qui santé que c'est leurs oter la fourniture de quatre ou Binque cent corde de bois, ne veullc point traîné.Lea chattier de la ville ont d'autre mauvaise raison, de fasson que je crois qu'il déscspcsreront ce pauvre commissaire.Tous cela me faite rire.Adieu.Le 14.\u2014Le Juge sort d'issy et je vois que le manque de bois dans la ville fera du bruit inssessament.Ce gascon prétan que M.Varin a envoyez son octon dsns toute les csute dire aux habitana que, a\" U amenés du bois qui eu moins de 4 pies de longueur, on le confisquerès: ce qui a engajex une party des habitan à mitre ce qu'Us avès de coupez en charbons.Le Juge prêtant que M.Varin a eu tor et que l'ordonance qu'a faite M.le Général et M.l'Intandant à ce sujet ne doit estre mise en eTénission que le printemt prochain, et qu'U ne devès point envoyer de cette fasson dans les cautc.Il ne s'aime brin ny l'un, ny l'autre, ce qui me diverty.puisque cela fais voir que, sy tu a eu quelque chose avec cette esprit, c'es sa pure faute.Il m'a dit qu'U contés faire des plainte à M.Bigot de M.Varin et qu'U luy ferèa connaître.Tu pansse bien, cher fils, que je l'écoute san rien dire, ne m'intéressan ny à l'un, ny à l'autre.Ce Juge régalle tous lea jours.Mademoiselle la Corne y est souvent avec les grande et la Corne l'alnê ; le chevallier est le seul de aa famille qui ne le voye point.Adieu, cher fils.Aime ta pauvre mère qui t'aime de tous son cœur.Le 15.\u2014Bonjour, cher fils.On est issy très tranquille et II y a aparance qu'on l'est autant à Québec, car U n'an vien perssonne.Je crois que le Irait leurs faite peure.On ce prépare cependant à acommodé la maison de SennevUle pour M.l'Intandant.Je croy t'avoir marqué que je luy ay vendu la tapisserie que J'avès iasy dans ma chambre, mon lit de repos et deux jarre.M.Varin est dans une emprescement térible pour que tous cela sois tandu.Je n'ay pu luy faire prandre de3 table à manger, ny de comode.Il a mieux aimé en faire faire.Je suis bien heureuse de n'avoir pas besoin de ce seigneur.Il parés qu'il n'est paa pressez de me faire plaisir, puisqu'il faut qu'U paye dea table pour M.l'Intandant et qu'U les trouves toute faite.Tu pansse bien, cher fils, que je san tous cela plus qu'une autre.Adieu, cher fils.Le 16.\u2014N'y ayan rien, cher fila, de quoy m'amuser, j'ay été chercher dans ton cabinet des papier intituliez: inutiUe, et j'an ay brûlé toute la journé dans mon poueUe.J'ay de quoy le chaufer au moins une quinzaine de jour.J'y trouve de mes eacrit en quantités et de toute nassion.ce que tu panse bien que Je ne lie point, mais je regarde seulement sy tu n'orès rien laissez qui pue t'estre utille.Il faite toujours gran froit, mais cela n'anpescbe pas qu'on ne pansse à ce divertire.On dansse beaucoup, jusque chez Foucher, où U y a grand souper à ce que l'on m'a dit.La bonne femme La Corne en est, qui c'est un peut piquez de ce que l'on priés Marianne sans elle; elle a dit qu'elle ne renoncette encor à rien, ce qui a privé cette chère fille d'aller à ce souper, ne voulan point ce trouver avec sa mère.Elle fezèa les honeurs, l'anée dernière, de chez M.Varin.Elle n'y va plus depuis son retour de Québec J'an ignore la raison.Voilà, cher fils, tous ce que je sçay.Adieu.Aime ta pauvre Mire qui ne se faite point à estre séparez de son cher fils.Le 17.\u2014Rien de nouvau.Cher fils.Madame Varin est venu nous demandé à dîné, comme elle le faiB quelquefois et te diray que je vie avec elle comme je fezès avec son Père.Elle m'étoufe d'amitiés.Je luy rend chaud comme braise.Elle caresse beaucoup notre chère petite.En voilà assez pour moy, et luy passerez toute avec cela.Je diray qu'elle est jeune, mala je la crois bonne femme.Materne sores lea soufrire; elle me fais quelquefois des algarade sur l'air d'amitiez avec IesqueUe je les reçois, qui me réjouisse, car je acay mieux qu'elle ft quoy m'an tenire.M.de Longueuil nous vien toujours voir souvent, inssy que M.de Lantagnac Pour Louty, U soupe avec nous preseeque tous les jours.Voilà, cher fils, tous ce que je acay pour aujourd huy.Je te souhaite une parfaite santez.Adieu.Le 18 \u2014 J'aprand.cher fila, qu'U y a une grande teste à la petite caute chez M.du Plessys.Je crois que toute les jeune fille et femme en sont priez, et les Jeunne oficiers et cadet.Je ne sçay encor cependant sy tous irons, car M.de Longueuil que tu connois n'a rien voulu promètre pour ces fille.Je dis: ces, car ARCHIVES DE QUÉBEC 199 il en a 3 aujourd'huy sur les rnnd.Je t'avourez que je ne comprend point M.et madame du Plessys qui ne cesce de ce plaindre; et on lea vois toute A coup donner des feste des plus brillante.C'est une arangemcnt difissille à définie.Mais c'est, mon cher fils, t'amusé de rien.Je te souhaite une mélieur santés qu'à moy; car je me sanc toute languissante et te souhaite le bonsoir.Le 19.\u2014M.de Longueuil sort d'issy, qui m'est venue dire que sa fille doncst un balle demain à toute les jeunes demoiselle et que, sy je voulès que Tilly y fût avec madame Varin seulement pour regardé, cela la diver tires.Je luy ay dit que son habillement ne convenes point à pareil lie assemblé, mais que, sy elle le voulès.elle feras ce qu'elle voudrèa.Je panssès bien qu'elle n'y conssentirès paa.Il est sorty après m'avoir faite un grand détaille du repas qu'il y ores à cette feste, et enfin qu'il estest obliges de faire lea honneur de la place qu'il ocupe.Mais, en vérités, il les fais particulièrement, alan demandé où il y a de bon vins de licoeur et tu entand ausi bien qu'on en ofre à M.le Commandant.Tu acay qu'il a des talans pour vivre où les autre mourès de fin.Mais je vola, cher fila, qu'il m'arive trop souvent de faire de petite party de médisance avec toy.Inssy je finie en te disant adieu.Le 20.\u2014Bonjour, cher fils.Il faut te dire des nouvelles dea plaisir d'hajourd'huy.On a Hanases toute l'après dinay et M.de Longueuil, pour donné plus de libertés au demoiselle, a faite porter un beau dinay, à ce que l'on dit, chez M.de I jintagnac où il est avec M.Varin et M.de Noyan, sans oublier d'Erhambeaul qui y a portes de bon vin, sy bien que l'on assure qu'il y a de belle besogne faite: on y chante sauvage et on ce prépare à aler au balle coulé son menuet.Madame Varin m'est venue demandé à dinay et elle vien de aortire pour aler joindre mademoiselle Longueuille.Elle dit que c'est seulement pour voir dans un petit coin, n'y ay a n pas assez longtemt qu'elle est en doeil de madame sa mère pour dansser.Elle a fait ce qu'elle a pue pour y mené Tilly qui m'a faite fort grand plaisir en luy répondant que la mémoire des bontés que M.Bégon avet eu pour elle luy estest trop ressante pour chercher à dissiper les regrest qu'elle luy devet, et qu'elle la pries de ne m'an point parlé, crainte que je n'u la complaisance de luy dire d'y aler: ce que je n'orès paa faite, mail j'ay trouves cela fort bon.Voilà, cher fils, tous ce que je acay et que je ne me fais point à estre éloignez de toy.Ta fille ce porte toujours bien et t'assure que nouB t'aimons.Le 21.\u2014Il y eu de belle soûlerie hier au dinay chez M.de Lantagnac.Tous fure, comme on me l'avèa dit, cher fils, dansser un menuet, avec paine; puis U fut conclue qu'on ires chez d'Echambeaul manger la soup à l'oignon.Il y fut bue encor beaucoup de vin, surtoute sinque bouteille antre M.de Noyan et S' Luc qui, comme tu pansse, rester sur la place.On mit Noyan dans une cariolle en paquette et on l'amena chez luy.Les autre ce retiresre chacun chez eux.C'es madame Varin qui m'a contez cela en dinan, estante venue dinay avec nous, son mary ayan été chez M.Martel le dinay avec M.M.de Longueuil et Lantagnac Martelle faite aujourd'huy le petit seigneur.Sy tu pouvès, cher fils, voir ce qui ce passe au traver de quelque nuage, tu rires.Adieu.En voilà assez.J'ay grand mal à la teste et n'ay rien de joly à te dire que ces folle.Le 22.\u2014Rien de nouvau aujourd'huy, cher fils.On ce repose et on travaille à l'arangement de la maison de M.l'Intandant.C'es M.Varin qui B'y tourmante beaucoup.Il est venue isay et m'a dit qu'il craignes bien de ne pouvoir trouver de remède à la fumé qu'il fais dans cette maison.Je crois qu'il ores t envie qu'U prie une chambre chez luy, mais ceux qui conoisse'M.Bigot dise qu'U n'ira point et qu'U n'ait paa de 1 'hu-meure de M.Hocquard et ne s'acommode pas partoute et de toute comme il fesès.C'est leurs afaire et t'assure que je n'ay guère d'inquiétude de tous cette arangemcnt.Je crois t'avoir mandé que M.Varin a loué la maison dea Dépré pour loger le domestique de M.Bigot.Il y a envoyés, ce matin, la pauvre Lafon et sa fille; U oris pu a tandre la veille de l'arivé de M.l'Intandant, puisque cela «est entretenue la maison chaude, mais U ne pansse pas, je crois, à tout.Adieu, cher fils.Je ne sçay rien de nouvau.Je t'embrasse de tous mon coeur et ta fille aussy.Adieu.Le 23.\u2014Les embassadeur englois sont arivez avec M.du Plessys et le petit La Pérade, qui nous ont a porté beaucoup de lètre de Québec où noua a prenons le mariage de mademoiselle Auber avec un enseigne de l'isle Roy aile, que l'on nome S* Agne.On dit que c'est un assez mauvais mariage du cauté de la fortune.M.le Général m'escri t et me mande qu'U ora bien tost le plaisir de nous voir.Mon amis St Pé m'escrit que M.le Général luy a proposé le voyage et qu'U l'a acceptez.Inssy tu vois que voilà de quoy me satisfaire et notre chère petite aussy, qui a eu aussy une lètre de son cher Général.Elle l'aime au delà de tous ce que je te puis dire et elle n'est plus ocupé que de la fasson que je la coifcrez, lorsqu'il arivera.cor elle crains que sa coifure ordinaire ne luy alez paa bien.Elle nous faite passer le tempt avec moins d'anuis que nous ne ferions, sy nous ne l'avions pas.Adieu.Le 25.\u2014Je n'u jamais la force de te dire hier un mot, mon cher fils, tant j'avès de mal à la teste et l'ay encor toute étonné, ce qui fera que je ne te diray pas grand chose, joint à ce que je ne sçay rien de nouvau.Ce n'est point une nouvelle pour toy quand je te diray que je t'aime, que je ne m'acoutume point à ton absence, que nous n'avons point de plus grand plaisir que de parlé de toy.Tu te l'imagine bien au moins sy tu veux nous rendre la justice que nous méritons, puisqu'il n'est point de famille aucsy a ta chez que noua le eorrime à toy et à tes chers enfans.Adieu, cher fils.Le 26.\u2014Je ne sçay, mon cher fils, que de belle nouvelles à t'aprandre.Il a été preaches, ce matin, un sermon par M.le Curez sur les balle.Tu le conois et ne sera point surprie de la fasson dont il a parlé, diasn que toute les assemblé, balles et party de campagne estes toutes infâmes, que lea mère qui y conduisis leurs 200 ARCHIVES DE QUÉBEC fille estes des adultaire, qu'elle ne ce serves que de ces plaisirs nocturne que pour mètre un yoUle ft leurs inpudissitez et ft la fornication et, texan les geste de ceux et celle qui dansse.il dit: \" Voyex tous cèse sirs lassifes qui ne tande qu'à des plaisirs honteux, que resulte-t-U \u2014 en l'écrian \u2014 de toute cèse abomlnastion ?Des crealle et des maladie honteuse et, après cela, on croit estre en droit de venir demandé à manger de la viande le Carême.Qui vous le permettera?Ce ne sera pas moy.Qui vous douera des absolution ?Des confesseurs moux et lâche.\" Voilà tous ce que j'ay pu en retenir.C'est madame S'Pière qui me le vien de dire, très piquez, comme tu pansse.Adieu.En voilà assez.Le 27.\u2014Je n'u hier, cher fils, dans le temt que }e te dit un mot, que l'envie de te faire part du sermon que je craignes d'oublier, et me réservé ft te faire part de la belle reflection de M.de Longueuillc.Tu le connois.Au sorty de la grande messe, U fut au Séminaire par la sacristy et perssonne ne fut en doute de ce qu'il aies faire: on le conois.Il fi t de grand compliment ft M.le Cures sur son sermon, disan que le S Esprit avet parlé par sa bouche; qu'il avet eu la complaisance de donner un balle à ces fille, mais qu'il n'an donnerès plus et qu'il y avet été presan et que, s'il eût entendu ce sermon, qu'il n'an orès point donnez.Notez que, dans le temt que ce Tartuffe parle, toute ces fille sont au noce chez un nabi tan ft la Rivières des Prérie.Adieu.En voilà peut-estre trop.Le 28.\u2014Grand dinay, cher fils, chez M.Varin, ft l'honneur des embasaadeura englois.M.de Longueuil y estes, M.de Lantagnac, M.de Noyan, mon cher Père et Martelle, qui est aujourd'huy de toute les belle teste.J'oublie que du Pietsys l'alnê et le petit La Pérade estes de ce dinay, comme ft la suite des embasaadeura, et M.de Lignery qui doit les remené.Il y fut bue assez pour tous griser, ft la réserve de mon cher Père, San prévention.Il sortire de table ver 4 heur et Martelle vint issy, que je vois très rarement.Le voyan entré très grie, et j'estès soûle, je le voulu faire aprochê du feux.Il me dit, d'une vois mal articulé: \"Je cherche des demoiselle pour mené dansser chez madame Varin; elle m'a priez de luy en aie chercher.\" Je luy répondit d'un ton fort sec: \" Il n'y en a point issy, et vous ferez bien de voir alieure.\" Mon cher Père entra qui le badina beaucoup, et je rétez toujours aussi grave que je le doit.Adieu.Le 29.\u2014Je finie hier, mon cher fils, trop promtentent.M.de Longueuil en fut cause qui, aussy grie que Martelle, me fit laisser une ouvrage que j'aimèa mieux que sa oonverstation, mais U falu y aler tenir compagnie.Mater et Tilly entrère dans le moment, qu'il voulu mener au bal.mais Tilly n'y voulu point aler.Mater y fut et revin ft septe heure, comme nous estions ft table, avec M.de Longueuil, qui ce mit ft table avec noua et mangea comme un démon et bu de même, By bien qu'il estes plus que grie.Il nous conta toute les belle et bonne chose qu'il préparés pour l'arivé de M.Bigot.M.de Noyan, voulan dansser chez M.Varin, où est l'ascmblé, est tombé en coulan son menuet, sa péruque d'un cautez et luy de l'autre.J'ay regardez cela honesreux devantes Englois.Adieu, cher fils.Je t'nnnuy, je crois.Le 30.\u2014Comme U n'y a pas grand chose, mon cher fils, aujourd'huy de nouvaux et que je crains toujours de t'annuyér, je poursniverez la feste de hier.M.et tn«H«m» Varin.voulan donné le plaisir de 1a danssa aux Englois, avès véritablement dit ft Martelle d'aler chercher des demoiselle du voisinage et aux autre jeunne jeans qui avès dinay.Du Pietsys fut chercher ces 3 soeurs ; le petit La Pérade fut chercher les demoiselle Verchère et mademoiselle Noyan; après, on fut chez M.de Blainville, leurs voisin, où il y en a deux grande.Madame La Morandière sortes d'issy avec ta fille.On let fit entrer, de fasaon que tout ce qui passa fut prié d'entrer: ce qui composa très promtement une asemblé de 25 ou 30 perssonne.On y danssa beaucoup; on y aoupa bien et.ft deux heurs après minuit, chacun c'es retirez.Voilà, cher fils, comme les belle feste se donne.On voulu aler chercher mademoiselle La Corne, mais, trop piquez de ce que je n'ay pu savoir, elle répondit qu'elle estes pries en ville, ce qui n'estes point.Il y a un ana que mademoiselle La Corne fesès les honneurs chez M.Varin; on ne pou vest pas plus ce passer d'elle qu'elle d'eux.Tous cela c'est évanouys comme un songe.Voilà les «mltt^.de ce monde.Il n'y a que moy, cher fils, ft qui le Seigneur a voulu donné un cœur fais de fasaon ft me donner bien des croix, ne pou van changer quand une fois je me suis a tachez.A la vérités, je ne m'atache paa fort aisaiment.Adieu.Le moment de tranquil itez que j'ay me faite escrire plus longtemt que je ne m'estès proposez dans la crainte de t'inpaasienter.Adieu, aimable fils.Ta fille ce porte bien.Le 31.\u2014Nous avons eu la comédy, cher fils, ce matin.On a eu nouvelles que M.l'Intendant estes party de Québec et vient en poste, Il a envoyez é chevaux ft luy, afin qu'il pusse estre reposes ft son arivé, mais il n'en nu tarer chez im, rv.m» «,«.- \u2014\u2014»-¦* \"iWriifftu u.-ti , .\u2014'\"-'\u2014vw.wwuc,uxunmnoeun Duraux.Lcka^M^ détendre Bon lit \u201e,,\u201e TÏZlIZc 7/ quoy me 8uf, des jardins superbe et des bois de même, mais c'est une campagne et, quoy qu'il aye bone compagnie toujours, je m'y ennuyrès très fort.Adieu, cher Fils.Voilà encor cornpagny, ce qui me faite jurer, aiman beaucoup mieux m'anteretenir avec toy que de voir ce que je ne conois paa.Le 11.\u2014Bonjour, cher Fils.J'an suis restez au moment que nous somme party de la Galissonière qui estes le 2 de ce mois.Ce ne fut pas san regrest de part et d'autre que nous noua séparante et, à 10 ne1 du matin, après avoir bien déjeuné, nous somme montes dans ces misérable litière.J'estes toujours avec Tilly, mon cher Père avec Lisette et la petite avec une ofider du vaissaux qui estest A la Galissonière avec nous.Ne sois point éfrayez de voir notre chère petite avec un ofider.C'est une homme rajsonable: c'es M .Terasson, qui a eu milles a tarissions pour nous dans la traversées, inssy que tous les autres.Nous fume coucher à Montégue et, le 3.nous fume dinay à S* Fulgcan et coucher a Chandoné, toujours en bonne santez.Le 4, dinay A Tiré et coucher au Foiré.Le 5, dinay A Maran et couché A la Rochelle, où nous n'avons pas été plus sa van qu'ai ieurc, n'arivan que la nuit.J'anvoyez prier M.Facaud de nous venir voir pour luy demandé quelqu'argen, ce qu'il fit de fort bonne grace.Et nous partlme dans le carosee, le landemain, et dlnâme au Rocher.Je croyès toujours que la mer me suives.Et enfin, nous arivftme issy A la nuit et ûrne bien de la paine A nous randre chez M.de Tilly, qui estes A Paris depuis quinse jours.Voilà, cher Fils, le détalie de notre voyage.Je ne sçay s'il t amusera beaucoup, mais j'ay bien du plaisir à te l'escrire.Adieu, cher et aimable Fils.15.\u2014Je me donnerès, cher Fils, pour deux liard, je crois, et me trové avec toy, car je me meure d'an-nuys.Estre dans une maison A la glace où il faut monté et dessandre toujours, point de feux preseeque! J'ay fait chercher du bois, mais qu'il est éfrayan de payer 24 1 un cent de bûche qui, A paine faite notre demie corde! Voilà de quoy mourirc de faim ou de froit.Mais j'aime mieux aler avec mes viélie genii et me chaulé et mangé.J'ay été un peut malade, ce qui m'a privé du plaisir de t'escrire depuis trois jours, d'un rume qui m'a donné grand mal Ala teste, et elle n'est pas encor assez assurez pour t'an dire autant que je le voudrès.Adieu, cher Fils.Le p*r janvier 1750.\u2014C'est seulement, mon très cher Fils, pour te souhaiter une bonne et heureuse année.Je ne te ferez point l'étalage de tousles voeux que je fais en ta faveur,\u2014le rume ne mêle permest point,\u2014 maiB sois perssuadé que je ne changerez jamais sur ton conte et que mes santiments pour toy serons toujours les mCme que tu m'a veu, et je souhaite avoir le plaisir de te revoir.C'est 1A où je met toute ma satisfaction et les vœux que je fais pour ntoy-méme, ne pouvant m'acoutumé A estre éloigné de toy, surtoute 224 ARCHIVES DE QUÉBEC dans un temt où j'orès grandement besoin de conssolassion.Adieu, cher Fils.Je te souhaite une parfaite tantes et que tu aime ta Mère.Le 10 janvier.\u2014Peut tu pansser, cher Fils, quelle a été mon annuys depuis que je n'ay eu le plaisir de m'anteretenir avec toy ?J'ay eu un rurne qui m'a tourmanté au point que j'ay crue avoir une bonne Auction de poitrine et je n'an suis pas encor quitte, mais au moins pui je te dire quelque chose.C'es bien assurément toute ma conssolation, car d'issy je n'an tire aucune.Où est ce temt où je vives sy tranquille et où tu me dormes des soins et des a tarissions que je n'espère de perssonne ?Sy je pouvès encor me flader d'avoir la satisfaction de te revoir, je serès contante, mais je m'imagine n'estre plus faite que pour avoir des croix et je crains bien d'estre à portez de regretter le Canada bien des fois par les duretez que je vois issy.Adieu, cher Fils.Je crois que c'est t'anuyer de te faire passer du temt A lire mes chagrins.Le 20.\u2014Tous conspire, cher Fils, à m'anuyé dans ce payis.On ne parle plus que de dance, de belle masquarade ec.M.de Tilly est arivé et n'est plus ocupcz que de la Cour, de grandeurs et peut d'atanssion pour les siens.Je ne sçay comme tous cela pansse, niais j'y vois peut d'agrément à espérer de leurs part et pansse qu'ils voudrès bien nous voir hors de chez eux.Je le voudrès bien aussy et ta Fille encor mieux.Il a promie de mené ces demoiselle au balle, niais il faut une robe neuve à celle que j'ey amené et il n'est pas séan d'aler autrement.J'ay eu beau dire que toute estes fort chère et qu'elle n'orès rien de joly pour ce qu'elle evet vendu, il a falu donné l'argen qu'elle doit avoir en aoust prochain des harde qu'elle a vendu en Canada, pour en avoir une pour le bal.Il parés que je ne sçay point la fasson dont on doit vivre et que je ne suis qu'une Iroquoise.Je ne dit mot, mais, sy je puis estre chez moy une fois, je serez bien contente.Je sen qu'il y a de la jalousy de toute fasson.Adieu, car je n'ay pas la teste bonne.Je te souhaite le bonsoir.Le 22.\u2014Je n'ue pas un moment hier à te rien dire.Je t'ay escrit par un vaisssu que l'on m'a dit qui devès partire de la Rochelle.On nous faite espérer la Chimène tous les jours, mais elle ne parés point, dont bien me fâche.Je vois que l'on est à peut près aussy sot issy que dans nostra payis pour les visite du jours de l'an, car cela ne finie point.J'an ay veu depuis 20 jours de toute espèce et il faudra randre.C'es ce qui me fâche le plus, n'ayant point de voiture que des chaise à porteure.Encor me demande-t-il 15 sols pour aler seulement à la messe I Vois comme je déplore mon sort après avoir eu tan de cal esche à ma disposission.Où est le temt que je t'avès ?Tous me revien dans ces mornent de tristesse.Le 25.\u2014Je n'ay pue trouver un moment à me satisfaire, cher Fils.Il a falu escrire A toute la famille tan à le tienne qu'à celle de Bégon, de qui j'ay receu des compliments san fin.J'ay le plaisir d'ans avoir souvent de M.de Rostan et de ta Soeur.J'ay faite escrire notre petite et elle a receu des réponsse plaine d'amitiez.Le petit Frère de Breste luy fais milles caresse dans les lètre qu'il m'escrit.C'est une aimable homme, c'es ton Frère: en voilà assez pour moy.Il y a balle demain et toute les frisure sont en l'aire, jusqu'à la petite que M.de Tilly doit mené, car je ne puis me résoudre, n'ayan pas le coeur content, à me produire que quand il le faut absolument et, de plus, je tousse toujours.Mais je ne veux pas que notre cher inocente n'ay pas le plaisir de voir, au moins une fois, ces belles assemblé.Adieu, je vais travel lier à l'ajustement.Le 27.\u2014Sy tu eu veu ta Fille hier, cher Fils, tu serès restez comme elle fis à la veu de ce damas couleur de rose que tu luy done.Elle estes coifez en cheveux au mieux, avec un corps neufe qui luy faite la telle belle, de bonne grâce, et party bien contente avec la paine cependant de ne savoir poin dansée, et elle revin très satisfaite d'avoir veu une aussy belle asemblé, mais toujours fâchez de voir des dame aussy barboulié derougequ'ilyenaissy.Onluy demanda ay elle trouves cela beau.Elle répondit qu'elle avès veu d'eussy belles assemblé à Montréal.Tilly en dit autant, ce qui ne parés pas fia ter Mmo Tilly, car elle est tous entou-aiasmé de son Rochefort et de sa seigneurie.Adieu.Le 29.\u2014Bonjour, cher Fils.Je passez hier ma journée à recevoir des compliments sur la ligure de ta Fille, car on est issy toute extresrne.Je ne pub revenir de t'avoir tan ouy vanter la France et à tan d'autre.Je me repantirès volontiers d'y estre, sy je croyès que tu fut longtemt sens y venir, car je ne vois aucunne ressource pour moy.Ne voulan point donner dans le monde ny dans la baquatelle, je n'y ores que bien de l'annuys.Je n'an tant parlé dans cette maison que de ce qu'il faudrest faire pour gagné du bien, que celuy-sy est bien heureux d'en avoir et qu'il n'y a que les.jeans de rien que l'on favorise.C'es toujours la même histoire et histoire qui m'mpassiente souvent, surtoute lorsque cela tombe sur sextain métier.Adieu, car je ne suis pas trop libre de mon temt: il faut toujours du sérémonislle.Bonsoir, cher Fils.Le 2 féverier 1750.\u2014Quel diférance, cher Fils, d'estre issy ou en Canada) Il faite un temt mt»tiiitqiif c'es toute aussy, car s'il y avès de la neige et des Sauvage, ce payis serès tous ce qu'il y a de plus lait.On nous anonce une grande promotionI 2 visse-amiraux, des lieutenant généraux et un chèfe d'escadre, qui est notre cher M.de la G al issonière.On luy donne aussy les journeau et est l'un des commissaire nomé pour leslimitte entre l'Engle taire et nous pour le Canada.On dit qu'il y a 2 seigneur Englois qui doive venir pour cela insséssament à Paris, ce qui nous éloigne de M.de la Galissonièrc pour du temt, selon toute les aparance.11 m'escrit de temts en temt, mais je l'aimerès mieux dans cette ville, san tant bien qu' il faudra que j'y reste quelqu'année par report à Bégon, qui n'est point encor d'âge à abandoné à sa conduite.On me le laisse comme une grâce spécialie, estant garde-pavilkm, et j'espère que j'orez bientost une maison. ARCHIVES DE QUÉBEC 225 M.de la Galissonière en ayan une issy dont il n'a plus besoin, restant à Paris, je luy ay demande de me Bédé Bon balie qu'il a encor pour deux ans.Adieu, cher FilB.En voilà assez.Je t'embrasse.Le 3.\u2014On est issy, cher FilB, comme en Canada, d'une jalousie térible.La converssassion n'est plus que sur le bonheur de notre marquis d'avoir été fait ehéfe d'escadre.Comme s'il n'estes pas du bols dont on les fsis! Ces m6!ieursami3en raisonne.Je crois qu'il a pourtant assez travaillez en Canada pour mériter quelque chose.U a escrit à ta Fille une litre dont elle est »\"^h«\"*»» car il est toujours son Noyan et elle en est folle.Il n'an est pas de même de bien des jeans d'issy, car elle ne peut les soufrire.M.de Givry luy a donné une petite Laville pour compagny, qui est fort aimable par le caractère.C'es la sœur de cette dame Le Vasseure et de celle ft qui tu fexès les yeux doux; inssy, tu ne sera pas fâchez que ta Fille ait une de ces soeur pour amie.Elle sont toute très aimable et donè bien de la jalousie ft nos dame, ce qui me réjouys quelquefois.Adieu, car on me demande: visite ennuyante.Le 4.\u2014Bonjour, cher Fils.Sy tu estes issy, je serès charmé d'y estre par le beaux temt que nous avons.J'ay eu un bouquette de violeste ce matin et la saison est aussy belle que nous l'avons en Canada ft la fin de may.Mais je ne puis, aimable Fila, goûter de satisfaction à rien, estante éloigné de toy qui pourès faire toute ma conssolation.Je me regarde issy tombé des nue, ne trouvsn pas plus de secours dans mes proche que dsns les étrangers.Que de croix, cher Fils ! et que je crains que ma pauvre vie ne ce passe avec bien des chagrins! Encor ay j'avèa cette misérable Mater, cela me donnerès des moments plu3 doux.Mais Je n'ay perssonne que mon cher Père, ft qui je ne diray point mes paine, crainte de luy en faire; mon Fils, qui est une enfans et ma chère petite qui n'est pas d'Age ft rien exiger: voilft pourtan toute mé ressource.PI a in t-moy, cher Fils, et aime ta Mère assez pour te consservé et pour revenir vivre avec elle tranquil ement.Adieu.Le 15 féverier.\u2014J'ay crue, mon cher Fils, que je n'orès plus le plaisir de pouvoir m'anteretenire avec toy.Nous avons panssez brûlé chez M.de Tilly et, sy ce qui nous est arivé le jour fut arivé la nuit, nous estions tous perdu par la cheminé de sa cuisine qui dorme dans me chambre, où U y a une boisure.La cheminé est crevé et fort salle; le feux y a prie et sortes par ma boisure.Juge du délabrement qu'il a falu faire: abatre une party de cette boisure et la cheminé, ce qui m'a privé de te rien dire depuis bien du temt et m'a fort ennuyé, couchan au froit et dans les pière et le mortier.Encor sy nous avions la paix, ce ne serès rien, mais nous ennuyons, nous fatiguons et suis aussy bien lasse de cette vie.M.de la Galissonière m'a mandé de p randre aa maison et, ay tost que j'orez quelqu' us tanssille de ménage, je décanperez.Malheureusement, les ouvrier ne sont pas plus hâtez issy qu'an Canada et il y a un mois que j'ay des couchette et lit de commandé et des chaise de pâlie avec des lits de cotonade.Ce sera mon enmeublement jusqu'à ton retour, ce que je souhaite avec emprescemen t.Adieu, cher et aimable Fils.Aime ta pauvre Mère.Le 20.\u2014J'ay travaillez, cher Fils, tous ces jours issy ft randre les visite ft tous le monde, du moins au dame.Mais c'est avec un sérémonialle êtonant.M\"\" Létanduaire noua a prettes son carosse et M.de Tilly a bien voulu que ces demoiselle sois venue.La chère petite ne c'est point acomodé de tous cels, car elle n'est point dans son assiette ordinaire lorsqu'elle ce trouve seule avec sa Tante.J'ay eu des frayeurs, dans ces misérable rue, dans ce rarosse, que je ne crois pas que j'y retourte de systost, mala U n'y a pas moyen d'aler ft pies.Issy, les paves me tue les pies et, sy je veux sortire, il m'an coûte mon petite écue pour mon après dinay dans ces misérable chaise ft porteure, où il ne veulle seulement pas mené cette chère inocente: ce qui faite que je me tien dans ma chambre volontiers.Plaint moy.cher Fils, car je suis à plaindre.Adieu, je te oouhaitcle bonsoir.Le 10 mais.\u2014J'ay bien payé, cher Fils, les visite que j'ey faite.J'y ay etrapé un rume que j'ay crue périeet j'ay encor de la paine à escrire tant je suis foible, mais je ne puis tenir à l'envie que j'ay de te dire que je t'aime et que je me meure d'anuy s de n'avoir point de tes nouvelles.On nous en avès promie et je ne vois rien venir.J'aimerès autant estre en Canada.J'orès du moins evec qui parlé de toy et me désennuyé.Adieu, cher Fils.Toujours des incomode qui me mette de fort mauvaise humeur.Le 18 mars 1750.\u2014Il m'annyez grandement, cher Fils, de me trouver chez moy.J'y suis enfin de ce matin, mais encor très maie arangez, ce' qui me prive de te dire grand chose pour le présan avec ce que je suis des plus f atiqué et sans espérance de me reposer encor sy tost, n'ayan qu'un très mauvais torchons de servante qui ne scay rien faire.Je puis dire que j'éprouve toute sorte de croix, ce que je soutienderès plus volontiers sy j'avès espérance de te revoir bien tost, mais je crains que tu ne t'acoutume où tu est et que tu n'y reste longtemt.Adieu, car je ne puis plus tenire debout; je vais me coucher.Ta Fille dor bien tran-qui llement et est très contente de n'estre plus chez sa Tante, inssy que son petit Oncle.Adieu.Le 20.\u2014Je ne pu te dire un mot hier, cher Fils, toute estes san dessus desous issy.Le ménage de M.de la Galissonière m'an harasse plus que le mien, du moins ces meuble estante en plus grande cantltez et que j'ay voulu tous aérer even de m'aranger.11 me sède sa maison, ne penasan pas qu'il revienne issy qu'an cas d'armement.Tu scay la place qu'il a.Inssy je ne fan diray rien, mais je perd de ce qu'il n'abite paa Rochefort, ce qui serès fort diférant pour nous.Je Buis égal lement fâchez de ne pea trouvé une autre maison, çelle-sy estant de 550 1 deloyé.ce qui me chagrine grandement, n'estante guère en étete de payer cela et pouvoir vivre.Adieu, cher Fils.Plein ta Mère et l'aime; j'oublires tous le reste.Adieu.Il 226 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 25 mais.\u2014Croirès-tu, cher Fils, que j'ay eu la complaisance pour ta Fille de la mené voir l'entère-ment de M.de S'Clair qui morue hier?Avec tout l'embaras que j'ay, ce n'est pat peut, et la paine que J'ay à ™«\"-h»f sur ce pavé.Je comma nce à m'aranger et espère quand quelque jours, je aérez plut tranquille.Il faut eatre cette en dévotion, ce qui reculle un peut met traveaux, lea ouvrié estant trop dévota.Rien de nouvau, sy ce n'est la maladie de M.de Létanduaire que l'on dit sérieuse.Adieu, cher Fils.Le 26.\u2014Il estes bien vray, cher Fils, que la maladie de M.de Létanduaire estes sérieuse, puisqu'il vien de mourirc, ce qui m'afllge infiniment.C'estèe au moins un amis que J'avès et une connoissance issy pour nous qui n'avons plus que M.de Vaudreuil, que nous connotation particulièrement.Je le vois souvent et il ce trouve aujourd'huy commandant jusqu'à nouvelles ordre.On assure que ce sera M.de Mac Nemara qui sera commandant du port.Il parest un très aimable homme, mais je ne le connois point comme M.de Létanduaire.C'est une afliction général.Il estes fort aimez issy.Il est mort, à ce que l'on dit, d'un abtès dans les rins qu'il a négligez, ne s'en estant plaint que trop tard.Adieu, cher Fils.Je te souhaite le bonsoir.Le 28.\u2014Je fut malade hier, cher Fils, comme une misérable et diray, comme cette pauvre Catin, que la dévotion m'est contraire.Les station de cette ville m'on tué et ne peut plus marcher, tant j'ay de mal aux piez.On entera hier M.de Létanduaire, avec toute la pompe et la maniiissance possible, mais cela n e rand rien à M\"' Létanduaire ny A M™ sa Fille, qui sont dans une afliction des plus grande.On est issy comme en Canada: les uns la plaigne, les autre en ris.Pour moy, je partage bien sincearement sa paine.Je ne veux point t'anuyer et te souhaite une bone santés.Adieu.Le 29.\u2014Rien de nouvaux, cher Fils.On est dans la dévotion du jour de PAque et on est ocupez que que de cela.Dieu veillie que ces Pflque change bien des coeurs, car il ne laisse paa d'y en avoir iasy d'assez malins, quand ce ne serès que moy.Ta Fille, mon cher Père, Began et moy jouissons tous d'une assez bonne santés.On me faite espérer que Bégon ira avec M.de Mac Nemara, qui doit commandé une escadre, mala on ne scay où elle va, car toute est aujourd'huy plus secret que jamais.Adieu, cher Fils.Je te souhaite le bonsoir.Le 31.\u2014Je ne pu te rien dire hier, cher Fils; nous dinAmes en grande sérémonie chez M.de Tilly où ta Fille n'estes pas presses d'aie.Elle est plus maline de beaucoup que tu ne l'a laissez et, pour peut qu'elle oguement, ce sera une maline pièce.Mais elle a de l'esprit et espère qu'elle en fera un bonne usage et que la raison corigera bien des petite malice.Elle fait bon ménage avec son Oncle qu'elle aime plus qu'elle ne lerespect:cequej'aprouvefort.Adieu, cher Fils.Le p\" avril 1750.\u2014J'ay tant d'envie estre au mois de may, cher Fils, que j'ay crue y estre et cela parce que l'on me promest que j'orez de tes nouvelles en ce temt.Que cela est long I J'aimerès preseequ'au-tan estre en Canada.Quoy ! n'avoir de tes nouvelles qu'une foisl'an! Pansse-tu, cher Fils, dan quelle inquiétude je suis et comme je passe ma pauvre vie?Encor sy je savès quand tu reviendra, je prandrès mon party, mais je ne sçay rien et ne puis rien savoir.J'ay le plaisir d'avoir des nouvelles de temts en temt de ton Oncle et de ta Soeur, qui me donne et à ta Fille bien des marque d'amitiez.Elle m'a donné cession de t'escrire en m'avertissan des cessions.Je ne doute poin que tu ne sois bien content de nous savoir issy, mais j'y suis trop seule pour y estre contente et trop mal arangé encor pour'm'y trouver bien.Adieu, car voilà des incomode.Le 2.\u2014Rien de nouvau, cher Fila.On ne parle aujourd'huy que de la promotion du commandant.Chacun a ces aouhaia.Pour moy, cela m'est assez indiférant.Pourveu que je te sache en bonne santez et que tu m'aime: voilà tous ce qui peut me satisfaire.Nous somme fort tranquille dans notre petit ménage et avons empruntes des cul ière et fouchette jusqu'à ce que celle que J'ay demandé A Paris sois venue.J'ay donné cette comiaakm à Landriève qui est un petit lambin, car il eat party avec promesse de m'anvoyé cela promtement le p\"r janvier et n'an ay point encor de nouvelles.Adieu, cher Fils.Le 5.\u2014Quand je ne serès pas, cher Fils, aussy disposez à pansser à toy, j'ay tousles jours ocasion de te faire un petit procès sur les temt de France.Pouves-tu nous dire qu'il fezès sy beau en avril ?Il faite un froit de chien et plus qu'il n'a fait en mars.Nous nous chaulons plus que nous ne ferions en Canada et assurément à plus gros frais, mais j'aime mieux épargné en harde et me chauler: ces là toute ma dépansse.Adieu.Je ne veux point t'ennuyer.Le 7.\u2014N'ayan rien de bon à te dire hier, cher Fils, et bien des lètre A répondre, cela me prive très souvent du plaisir seule que j'aye, qui est de m'antere tenir avec toy, joint au reflection que je fais que c'est peut estre t'annuyer, comme Mater me le diset quelquefois: \" Tu croy donc qu'il s'amusera A lire tous ce que tu luy escrit?Conte que non.\" Msis je me satisfais en te répétant que je t'aime et que je ne puis m'acoutumé à estre éloigné de toy.Nous soupirons, ta Fille et moy, après ton retour.Que nous aérions contente sy nous savions au moins quand ce serai Tra val ie donc, cher et aimable Fils, à venir rejoindre la plus tandre Mère qui fut jamaiset A venir passer tes jours tranquille avec elle et ta Fille.Adieu.Le 8.\u2014Sy tu m'abandonne longtemt, cher Fils, je devlendré comme les jeans d'issy qui regrette tous ce qui leurs coûte or l'ajustemen.II m'an coûte touts lea jours de poste plus que je n'ay, bien assurément, et ce qui me fâche le plus, ces qu'il faut répondre.Il n'y a que lorsque je reçois des lètre de chez toy ou de M.de la Galissonière que je ne gronde point, ou de nos afaire, mais perssonne ne ce tourmente à m'an done des nouvelles.M.de la Galissonière m'a mandé qu'U viendrès faire un tour issy pour me débarasaer ARCHIVES DE QUEBEC 227 de tous ce qu'il y a, car cette maison est plaine de ces ustanssille.Adieu, cher Fils.Il ne faut pas estre indiscrette.Le 9.\u2014Bonjour, cher Fils, et Dieu quand es-ce que je te le diray ft toy-mérne ?Que je m'annuys et que les jours me paroisse long ! Car je ne puis sortire, les paves me tue, et n'ay de voiture que cette chaise ft porteure.Encor s'il voulès mené notre chère petite avec moy, je m'an servirès avec plaisir, mais il ne veule point et je reste comme une pauvre misérable, les 3 quard du jour, teste & teste avec elle.Nous estu-dions, nous eacrivons et nous aprenon ce que noua pouvons.- Elle commance ft dansser un peut et elle conte profiter des balle de l'hiver prochain.Il y a encor du temt.C'est toujours la même maline et spirituelle; ces toute ma conssolation.Adieu, cher Fila.Aime ta Mère autan qu'elle t'aime.Le 10.\u2014Quand es-ce donc, cher Fils, que je vexes arivé cette Chimène tant atandu?Jamais je n'ay eu les même inquiétude en Canada que j'ay issy.Il semble que tous conspire à me tourmanter.Mon cher Père regrette souven le pay is et je fais semblan d'estre très Matez d'an eatre sorty.Cepandant, je le regrette aussy, puisque je n'ay pas plus souvent de tes nouvelles.Je vien de recevoir une lètre du petit Sabrevois, et ne scay par où elle est venue ny d'où elle sort.Il est désolé de ce voir relevés aussy tost et il a raison.On peut dire qu'il est des jeans dans le monde bien heureux et d'autre bien malheureux.Il me mande qu'U t'a escrit tous ces chagrin, ce qui laite que je ne te les répette point.Adieu, cher Fils bien aimes.Le 12.\u2014Je ne pu t'escrire hier, cher Fils.Il falu répondre ft 7 ou 8 lètre, ft ta Soeur, ft ton Frère, au Pacaud et Landriève, qui me mande que je vais enfin avoir mes petits meuble et qu'il les a chargez sur les roulier, ce qui sera encor long ft venir.J'ay une pandulle, 5 petits plats d'argent, 4 jatte, 4 flambeaux et 18 culière et fourchette, culière ft soupe et ft ragoux, car je ne veux point me servir des tienne.Je les ay issy, j'autant les culière ft soupe et ft ragoux godroné.Je les garde pour ma Petite Fille et espère, a van de mourire, luy faire faire des culière et fourchette de même.Mais, pour cela, il faut payer ces debte et je ne vois pas que l'on m'aide beaucoup.J'ay prie le party d'escrire ft M.Bigot afin de I'engajer ft escrire ft la Cour, où il est au mieux, pour moy et de me faire remètre quelque chose de ce que j'ay empruntez pour rebfttire la maison, ce que je n'orès jamais faite, sy ce moraseau n'u pas été à toy.Adieu, cher Fils.Je te souhaite une bonne santé et que tu m'aime.Le 17.\u2014Il y a quatre jours, cher Fils, que je n'ay eu le plaisir de te rien dire par escrit, mais que de conyerssassion de cœur i J'ay fais toute mes lètre de Canada et les ay donné ce matin ft M.Garnie, pilot te d'un dea vaissaux du Roy qui parte de Breste, car il ne sort rien de ce port, A ce que l'on dit, que M.de Mac Nemara.Je ne scay où il va.On dit qu'il «romande une escadre qu'il ira prandre à Breste.On me laite espérer que Bégon ira, car U faut qu' il travalle, et voilà l'Age.Tu vois que je suis bonne mère en tous points.J'ay tant escrit, cher Fils, ces quatre jours que j'an ay mal au poigne.Tu dira: \" D'où vien eacrit-tu tan ?\" Mais il faut bien répondre, car j'ay trouvé issy en arivan des lètre de tous le pay is.Adieu, cher Fils.L Le 18.\u2014Bonjours, cher Fils.Ta FUle est dans une jubilassion des plus grande.J'avès demandé à M11* Michel des assiette de fayance qu'elle m'a envoyé; elle y a joint un ménage de noupez pour ta FUle et deux pots A mètre des bouquets dont elle est enchantez.Elle me tcurrnante pour luy faire une lètre de remerssimen ta que je vais faire, car elle a escrit A cèse Oncle et Tante dans les temt convenable, et travalie de mon mieux ft ce qu'elle mérite leurs amitiés.I ls luy font bien des caresse par lètre et ont beaucoup d'an vie de la voir, & ce que m'a dît plusieurs oficiers d'issy qui ont été ft Bordeaux.Mais la saison et le peut d'argent que j'ay me priverons, je croy, de la leurs mené, ce que je souhaiterès cepandant pouvoir faire.Adieu, cher Fils.Il ne faut pasce désespéré delà misaire.Le 23.\u2014J'ay bien payez, cher Fils, tous mes escrits: j'ay eu un mal de gorje terible, avec des maux de teste comme tu m'an a veu quelquefois A ne pouvoir parlé.Mais, grace au Seigneur, je me suis guérie moy même avec quelque lavement et somme tous en bonne santé, car la petite a eu quelque roujeurs hier qui m'alarmère, et j'anvoyez chercher un médecin qui me dit que ce n'estes rien, que tous les prmtemt on estes sujets A cela issy.Je t ramble qu'elle n'ait la petite vérole, et mon cher petit Villebois, de qui j'ay souvent des nouvelles, tantes par luy, tantos par les Jésuite, par M.d'Outreleau ou Landriève, qui m'a mandé l'avoir veu très aimable, et qui n'aprand pas trop A ce que ta Sœur m'a mandé, dont je l'ay fort grondé.Adieu, cher Fils.Aime-moy.Le 24.\u2014M.de la Galissonière ariva hier au soir A onze heure et, ne voulait pas m'évelier, il a couchez chez M.de Lizard es, où je l'ay été voir dès septe heure et luy ay reprochez de n'estre pas venu coucher dansBonlit.Ilye8tvenuecematinets'ye8tétabliepour7ft8jours.Il ne nous ocasionnera pas de déparasse, car 20 perssonne m'en dit qu'il leurs avès promie de dinay chez eux et, sy nous l'avons le soir, ce sara tous ce que nous pourons espéré.Il est toujours le même pour nous et pour ta Fille ft qui il fais milles amities.Il m'a assurez que Bégon irès avec M.de Mac Nemara et qu'il resterès ft Rochefort, quoyqu'il fût garde-pavUion, mais il m'a priez de n'an rien dire.Je crois qu'il est grandement consultez pour toute les afaire de Canada, quoiqu'ils' en dêfande.Il est fort aimez du ministre.C'est aussy un bien bonneste homme en tous point et bien juste.Adieu, cher et aimable Fils.Aime ta Mère.Le 25.\u2014Rien de nouvaux, cher Fils, qu'un suice pandu, pour avoir désertez, et il pleut.S'il faut croire le proverbe de Canada, nous en orons pour quarante jour, ce qui me fftcherèa fort, car je conte partire pour 228 ARCHIVES DE QUÉBEC BloiasytostqueBegonscra party.On travaille à force à armé la Couronne que tu ora veu sur les chantier: on dit que c'est un beau vaissaux.On prépare aussy la maison de M.l'Intandant qui Tien, dit-on, A la fin de ce mois.Que J'orès de plaisir, cher FilB, sy c'estès toy qui vint ocuper cette place! Mais je ne suis paa faite pour avoir de satisfaction en ce monde, car il semble que le Seigneur me veux donné des croix de toute espèce.Adieu, cher Fils.Le 26.\u2014Voissy le troisième jours que M.de la Galissonière est issy et nous ne l'avons veu que le soir.Encor ne veux-t-il point manger qu'une croate de pain.Mais nous avons le plaisir de causer à notre aise jusqu'à 10 ou 11 heurs du Boir et puis il va ce coucher.Il va estre toute à faite habitan de Paris et il nous sditqu'ilelet préparé M\"* son Epouse qui est toujours ft sa tère, à venir avec luy ft Paris.Je crois qu'elle sera fort contente de ce changement, car elle a toujours aimer Paris.Je crois, cher Fils, que sy tu ne revien bientost, que je mourer Ban voir ce beau payis, car je ne puis chercher à me satisfaire tan que j'orer le chagrin de te voir abaan.Adieu, cher Fils.Je te souhaite une parfaite santé.Aime ta Mère qui t'aime beaucoup.' Le 28.\u2014L'invantairedesmeubledeM.delà Galissonière est cause, cher Fils, que je ne pue terien dire hier et encor aujourd'huy, c'est seulement pour me satisfaire un pauvre moment que je te dit que tu est toujours tous ce que j'sy de plus chère.Je t'ay escrit ces Jours passer, ta chère Sœur m'ayent averty qu'il pertes un vaissau pour ton payis.Je t'ay envoyé des lètre de M.d'Out releau qu'il m'avet adresses et très reconnusse, ce qui n'estes pas absolument nécessaire, puisqu'il doit pansser que rien ne me touche d'aussy presque toy.Adieu, cher Fila.Le pr may 1750.\u2014Le souvenir, cher Fils, de mes malheurs m'a empêches de te rien dire hieret avant-hier.Il y a 2 ans, aimable Fils, que le Seigneur m'ôts ce qui pouvès me donner quclqu'agrémcnt dans le monde, \u2014 je le sans plus que jamais,\u2014 et sy tu ne revien, je crois que je deviendré comme !a bonne femme du Buisson.Je ne sçay sy tu ne l'a point perdue de Veu, mais loin que le temt éface de ma mémoire la parte [que] j'ey faite, elle me devien de plus en plus ssnssible par la perte des ensaiens amis, et 11 ne reste bientost plus que du nouvaux, avec lequela je ne cherche point ft m'acoutumé; et suis plus ssnssible que jamais ft me voir réduite ft vivre avec un ménagement auquel le Je ne puis me faire.Plain-moy, cher Fils; car je le mérite, estante à plaindre assurément.Adieu, car je ne m'aperçois pas que je doit t'annuyer.Mais (à) qui conter nos peine, sy ce n'est ft ce qui nous touche le plus?Ta Fille est trop Jeune et mon cher Père ne doit point partager mea paine, ne voulan paa ogue men ter les sienne.Adieu.Le 2.\u2014J'ay faite, cher Fils, une emplette conssidérable, pour moy, de meuble de M.de la Galissonière.J'ay prie une viellie verdur pour la chambre de mon cher Père et 2 orrnoire pour luy; une vieille tapisserie de satin avec un vieux 1 it de damas pour moy; un bureau et 2 oi moire et sa chaise ft porteur, ce qui ne laisse pea, comprie quelque matelas, de me faire une somme.Mais U faut ce meublé tan bien que mal jusqu'à ce que j'aye la satisfaction de te voir.Ces la où je remès tous mes arangemen te.Ce cher marquis conte partire demain, dont nous sommes tous afligé, surtoute ta Fille.Adieu, cher fils.Je te souhaite une boue santé.Le 3.\u2014Noua somes tous désoeuvré, cher Fils.M.de la Galissonière est party, après avoir dinay avec noua en famille, et nous somme séparé les larmes aux yeux.Ces le rneleur coeur que le Seigneur ait mie sur tère.Je ne puis me conssolé de le voir sy éloigné.Il va passer ce mois cher luy et puis il retourne à Paris, Je voudrès bien que l'on nous le donasiBSy pour commandant et toy, notre intendant.Que je serès contente, cher Filai MaiB je t'aimerès encor mieux à la place de ton Oncle, s'il voulès te laisser cela et ce reposer, car ce payis issy n'a d'aimable que le climats.Du reste, il est pie que le Canada pour la gloire, l'envie, la jalousie et tous ce qu'il y a de moins bon danB la Bossieter.On y aime que l'argent et ceux qui sont riche; ceux qui ne le sont pas maudisse leBautre.ce qui faite un pauvre petit endroits d'où je uortirès avec grand plaisir, san mon Fila.Adieu.Le S.\u2014la plume me tiendra bientost ft la main, car Je n'ay aescé d'escrire depuis deux Jours en Can-lalda.Il part un vaissaux et je cachetez hier et ce matin 60lètre.Je fais ce métier depuis que je suis issy, en ayan toute les semaine quelqu'un des province voisinne, auquel le il faut répondre et qui me fâche quelquefois par ce qu'il m'an coûte de l'argcn.J'escrit à Mater des chose sy tendre que j'espère qu'elle s'atan-drira et qu'elle viendra cette année, surtoute sy ce que l'on nous dit est vray, qu'il doit partire une frégatte.d'issy et qui y reviendra en droiture.Je t'assure que je voudrès bien qu'elle y vin, car Je m'annuya bien seule.J'apelle seule, n'ayan que mon cher Père, qui va toujours ft son ord inaire, le petit garaaoo aux écolle et le petite.Cea tous ce que j'ay, car je regarde toute les visite très ft charge quand ce sont des jeans que l'on ne connois point et que Je ne me aouasy pas de connoltre.Je vais tous les Jours chez M\"\"* Tilly, mais elle ne sort point et ces fille luy tienne compagnie.Je ne luy parle plus de celle que j'ay amené, elle ne vien issy que très rarement.Adieu.Le 6.\u2014Nous avons, cher Fils, un retour de froit qui me faite tremblé pour les vigne.Comme ces notre revenue, je suis fort inquiette.On dit qu'il a gelez et malheureusement toute est fort avancez.J'ay mangezdeafraize.deaserizcdontM.de Vaudreuil m'a faite présan, car tu pansse bien que ces prémisse ne \u2022ont pas pour moy ft lea acheter.Il y a 15 jours que l'on mange des petits pois, mais je n'en ay pas veu ARCHIVES DE QUÉBEC 229 encor que les écorsse dans les rue en alant à la messe, ce qui me fuite soupirer après notre payis, où je n'estes pu la dernière A avoir ce qu'il y avet de bon.Ah! pauvre vielle Mère, dans le temt qu'U faudrèa que ta eu quelque douceurs, tu n'as que de 1a misaire i espérer! Surtoute sy tu est longtemt san revenir.Que rie croix j'ay à essuyer I Adieu.Tous cela me fait mourire d'avance.Aime-moi, cher Fil b.Le 7.\u2014Je m'imagine te voir, cher FilB, en décachetan mes escrit et dire: \"Mafoyl il faut que ma Mère me croye bien désœuvré pour lire tous ce grifonage.\" Conte donc que ccs pourtant tous mon plaisir que le petit moment où J'ay la conssolassion de te dire que je t'aime et la bonne feste ne me déroute point de ce petit moment de satisfaction.Tu aprandra que le petit la Gorjand ière a été faite écrivain prinssipale pour S' Domingue.Je l'ay veu aujourd'huy, il en est toute entousiasmé et croit déjà avoir cent milles écoe de bien; je luy souhaite.Bégon va avec M.de Mac Nemara.Voilà tous ce que je sçay de nouvau.Adieu, Cher FUa.Le s.\u2014Depuis 6 mois, on atandèsune promossion issy.Maison commanceà croire qu'il n'y ora rien, pas même de garde-marine, dont M.de Tilly est bien (fichez, car on luy avès promie, à ce qu'il dit, que son FUa cadet le serès.Ils sont très jaloux de moy, quoique je sois dans une si tuassion A faire plus de pities que d'an vie.Cepandant, il ce sont imaginé que mon cher Père avet de gros bien et qu'il me donne tous ce qu'U a, ce qui fais que j'ay un peut moins d'agrément chez eux que j'ores sans ces sote idé.Je ne leurs ay cepandant paa caches que ce que j'avès estet A moy et que perssonne n'avet rien A y pré tandre.Ce sont de jeans comme il n'y en a point: il faut les connoltre pour le croire.Adieu, cher Fils.Le 10.\u2014Ces seulement pour te dire bonsoir, car j'u hier un mal de teste qui me rend encor toute ébestez.Mais ce serès trop de ne te paa dire que je t'aime et que te je prie de m'aimer et que l'absance ne te fasse point oublier une Mère aussy tandre que la tienne et qui ne respire qu'après le moment de te revoir.Je ne sçay rien de nouvaux.Adieu.Le 11.\u2014Tous le monde est iasy ocupé A savoir qui sont les heureux qui ferons la campagne avec M.de Mac Nemara, car il doit avoir beaucoup d'oficiers et on regarde cela comme une campagne manlfique.Je sçay que M.de Port ère est son capitaine en sécon.U ariva hier de Bord eau et m'aporta une lètre de ta Soeur, qui envois à ta FUle un réliqaire pour sa chapelle, for beau et dont elle est bien contente.Elle ce prépare à en faire ces remeresiment et moy à luy aider.Il n'y a que quand elle t'escrit que je la laisse faire.J'ay des nouvelle de mon cher Villebois.dont ta Sœur est fort contente; ce n'es pas peut, car il me parés qu'elle l'aime beaucoup.Je voudrès bien pouvoir leurs mené la petite fille, mais il en coûte tan pour voyager que cela m'efraye, n'estant paa revenue de la dépansse que j'ay faite de Breste issy.Cela m'a grandement rogné les ongle.Adieu, cher Fils.' Le 12.\u2014Rien de nouvau, cher Fils, et je crains que tu ne dise que je sert, a vans qu'U soit peut, pie que les Tonancour.Mais je te répondre qu'après avoir été bien A son aise et dans une aisance aussy grande, qu'il est dure de ce voir réduite A chercher tous les endrois A ménagé et encor ne pul-je.Je crois, trouvé le bout de l'anée, surtoute n'ayan rien A espérer de ma belle panssion que l'anée prochaine.Adieu, car je doit te fatique.Le 13.\u2014Nous avons manges des serise en abondance et des fraise, que M.de Vaudreuil a envoyés à ta Fille, qui est fort de cèse amie, et il luy envois souvent des bouquets.Il est domage qu'il ne sois pas plus jeunne et qu'U n'ait pas bien du bien et garsaon.Je crois que nous pour ions en faire une beau couple.Son Fila vient issy souvent, qui joue volontiers avec la petite fille: c'est un jeun homme fort joly.Il doit aler avec M.M.de Mac Nemara et Coursay.Je ne sçay point encor lea autre; je te le diray quand je le sores.Adieu, chère et aimable Fils.Aime ta pauvre petite Mère.Le 14.\u2014Bonjours, cher Fils.Je suis toute déroutes.Je ne sçay à qui m'adresser pour avoir une bonne plume.Je crois que j'enverez en Canada pour m'a taller et pour apiandre quelque chose de joly à te dire, car c'est la plus grande pities du monde issy.On ne sçay rien, on ne a'ocupe qu'à joué et à ce parer: voilà toute l'étude des homme et femme.Et moy, je ne m'ocupe que de ma Petite FUle que je voudrès bien voir savante et raisonable.Mn* la Filière luy a donné un petit doguin qui la fera devenir folle.Elle n'est plus ocupé que de ce chien, et toute la maison.11 faut bien qu'elle Le 18 may 1760.\u2014Nous avons tant escrits ces jours issy, cher Fils, que je me suis trouvé hor d'étate de te rien dire.Syj 'eu eu quelque chose de joly, rien ne m'an oret empesché.Nous avons profites du départ d'un vaissau qui va en Canada.On nous assure qu'il doit partire encor une frégatte d'issy le mois prochain.Ce sera encor une ocasion A dorme de nos novelles en notre payis que j'aime toujours, et ne puis panssé au pauvre la Morandière sans une vray paine de le voir là, seule de son espèce.Mais c'est une chose faite et 11 serès à souhaiter que je pu oublier tous ce qui me faite de la paine, puisque cela ne m'avance à rien qu'à me randre souvent malade.Sy je t'avès, chère Fils, auprès de moy ou que Je fus avec toy, je m'imagine que je n'orès plus de chagrin ou, du moins, je le prendras plus doucement.Dlt-moy donc, cher Fils, quand j'ores le plaisir de te revoir et sy tu aimera assé cette pauvre Mère pour souhaiter autant que Je le fais de te rejoindre.C'est là tous ce que j'atant.Adieu, cher et aimable Fils. 230 ARCHIVES DE QUÉBEC 7\" Cahier \u2014 19 mm-22 juin 1750 Le 19 nury 1750.\u2014Je ne sçay encor, cher fill, quand le vaiaasux qui ett destiné poux ton payis partira.Ce aereat une beUe chose sy tu n'avèa d'autre ressource, mais ta chère sœur m'a mande qu'elle favêa envoyé de belle et bonne provisions dont j'ay été très fiâtes.J'espère que le retour de ces bâtiments nous aportera de tes nouvelles.M.de Mac Nemara est party ce mat in dans son vaissaux qui n'est point encor finie, estante sorty de dessus les chantier cette autonnc dernier, et il est sy gros qu'il n'a pu rien mètre dedans; 11 va ce mètre en rade et tous les ouvrier travellerons là.C'est un port bien incomode quoiqu'end dise M.M.de Rochefort.Sy tu les avès veu ce matin tous é voir partire ce vaissau, tu orès rie, il semble que ce aoit le p' qui sols sorty d'issy.Bégon n'est point embarques: et ne crois pas qu'il embarque qu'il ne aoit près â party avec tous les autre garde-marine; il est toujours tort aage et fort atachez â sa nièce.Us joue ensemble comme deux enfans qu'ils aont et a'aime tendrement tous deux.Adieu.Le 20.\u2014Je te souhaite le bonjour, cher fils, et doit te faire part de la converasaaaion général: c'es que M.de Mac Nemara est moulier â Soubtae et qu'il tra je ne sçay où aujourd'huy a'il fais beau.J'ay reçu une letre de M.d'Outrclcau, ce matin, qui m'angaje par l'intérès qu'il dit que tu prend A M.Guilmain d'escrire en sa faveur â M.delà Gai issonière, pour luy faire avoir la place de M.Boucault qui reste issy.Tu pansse bien qu'ayant nue le nom de ce cher fils en avance j'ay bientost eu grifonné une belle solicitation r»ur Guilmain et souhaite que cela réussice.Le procureure général qui est à Paris et qui y reste cette année pourcs luy randre service s'il le voulès, mais il est scrtainqucM.de la Galissonière a été très consultez pour le Canada cette armée.11 serest à souhaité qu'on le consulta pour bien des chose.Je n'an ay point eu de nouvelle depuis son départ d'issy quoiqu'il m'ut bien promie de m'an donné, ce qui commence â m'in-quiéter.Adieu, chère et aimable fils.Aime ta pauvre mère qui t'aime de tous son cœur.Le 21\u2014Je crois qu'il me viendra des corps su doits â force d'escrire, car 1a plume ne me sort plus des mains et il me fsudrès des rentes d ' ogueme n t a t ion pour payer les ports de letre que je reçois.Je crois que je prandré le party de ne plus faire de réponaae; peut-eetre ce lasscront-il de me faire coûter de l'argen.J'an Buis de mauvaise humeure joint à ce que je n'ay point, cher fils, de tes nouvelles don je m'annuyB très fort, ce qui me metterèa dans le cas de t'annuyer.Inssy je te dit adieu.Le 22\u2014Bonsoir, cher fils.J'ay atandu tous le jours pour voir sy nous n'oriona rien de joly à te mandé, mats paa la moindre petite bagatelle, sy ce n'est l'arivé d'une petite boueste de la pert de M.d'Outreleeu â qui j'avès demandé quelque bagatelle pour la petite et pour moy; pour moy, une capot te de case noire et mes éventai le que tu avès laisses, 12 tasse de ces tère blanche comme nous en avions en Canada, des bras pour mètre à ma cheminé et de petite lempe qui épargne la chandelle, car je ne connois plus la bougie; pour la petite, une petite coifure A la mode et des souliers.Mais elle est au désespoir: Us sont trop long quoique j'u envoyé sa mesure et nous n'avons perssonne issy qui en sache faire, en ayan eu 3 paire qu'elle n'a pu porter 2 jours.Je vais luy en redemandé d'autre, malgré moy, car les bais coûte autant que les souliers.Elle a aussy une espotte blanche, mais tous cela ne sies pas avec des soulier aculé.Elle eat su désespoir.Je crains bien qu'elle ne sois plus grande que tu ne voudrès, car elle crois tous les jours et je n'ay que la teste au dessus d'elle; la malice crois A proportion.Adieu, cher fils, conte sur toute ma tendresse pour elle et pour toy.Adieu, aime te pauvre mère et la plaint.Le 23.\u2014Depuis 6 mois, cher fils, on aten M.l'Intandant; il est enfin arivé cette nuit.Je n'ay pu m'an-pécher de juger que cette arivé nocturne ne aoit perce qu'on ne luy faite aucun honneur, et même je sçay que le maire avet ordonné A la milice de prendre les arme et qu'on l'a trouvé fort A redire.Quelle d iterance, cher fils, de voir nos Gouverneur et Intendant en Canada ou de les voir issy, car il n'y a pas un enseigne qui ne ce crois au dessus de l'Intandant, et j'ay pities de tous cela, lorsque j'an entant parlé.Le commandent n'est pas plus que les sut» et il n'a aucune marque de distinction.Que doive psnaaê tous ces messieurs lorsqu'il viène en notre payis! Comme nous honorons ceux qui sont les premier, je ne goûte point du toute le peut de dUêrence quice trouve dans tea esters issy et le peut de subordination que j'y vols.J'ay ouy raisooé de de nos épétier, ils aont pie, car ila sont tous A leurs campagne et ne paroisse que le moins qui neuve.Adieu, c'est aaaex médire.Le 24.\u2014Bonjour, cher fils.Je n'ay paa grand chose A te dire, n'y ayan rien de nouveau, du moins, je ne sçay rien.J'ay passer une party de r après-dinay avec M\"* TlUy qui est toujours dans le mearne étete; elle espère beaucoup du lait qu'elle prend, mais je n'y ay pas grande confience.Sa fille est toujours infirme, comme tu l'a veu, et elle est actuèlement avec une douleur dans le col qu'elle ne peut remuer la teste, mais on ne luy fais pas plus de remède qu'on la plaint.Elle me faite pities puisqu'elle est d'âge A san tire ce qu'elle perd en me perdant.On la faite travalier et on luy dit qu'il faut ce forcé et ne point écouter le mal.Elle ne vien issy que très rarement ny sa sœur.J'y vais tous les jours et ne pran garde A rien ny ne fais mine de rien.Je ne parle plus de la fille ny n'an parlerez.Peut-estre en seront-i 1 fâches dans la suite, mais c'est leurs afaire.Adieu, cher fils.Toy seule m'ocupe et m'intéresse plus que tout.Ta fille ce porte bien.Adieu.Le 25.\u2014Rien de nouvau, cher fils.J'ay escrit une party de la journée en Canada, car je ne manque point les cession que je açay et je preache beaucoup Mater pour venir nous rejoindre: ce que je pansse bien qu'elle ne fera pas.Je le souhaiterès fort, cart je m'ennuya grandement d'estre les trois quard du jours ARCHIVES DE QUÉBEC 231 seule.Je t'ay laissez un moment pour recevoir line visite qui me donne beaucoup d'inquiétude, ayant aprie que la tère a tremblé cette nuit.Je t'avoue qu'avec des maison aussy peut solide que celle-sy, je tremble de peure, car je ne vois aucune endroit à ce sauvé; notre jardin est trop petit pour y estre à l'ebry et les deux cautez de la rue bordé de maison bien haute.Je tremble de freyeurs, sy je voyès ce que j'ey veu en Canada.Adieu, cher fils.Le 26.\u2014Je me tireres volontiers au cheveux de n'avoir point de tes novel le.Estès-ce la paine de faire tan de chemin pour n'estre pas plus avancez qu'an Canada ?Encor, sy j'avès tous les mois une pauvre petite lètre qui me dit que tu te porte bien et que tu m'aime, je me conssoleres et prandrea plus aisalment mon party.Mais une année entière, cela est trop long ! Tire-rnoy, cher fils, de cette estate de paine et revien joindre une mère qui t'aime plus que tu ne peut t'Imagine et une petite fille qui ne respire que pour sa cher mine, un papa qui meet à te voir toute sa satisfaction.Il est toujours comme tu l'a veu, il ne change ny d'humeure ny de tempérament et t'es plus a tachez que je ne puis te l'exprimer.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne san ter.Adieu.Le 27.\u2014Bonjour, cher fils.Nous aprenons que M.Roui lier va à Breste et qu'il pourès bien venir issy, mais je cour risque de ne le point voir, car je conte partir pour Blois sy tost que Bégon sera embarqué: ce qui ne peut paa aler bien loin, puisque M.de Mec Nemara veut estre le 15 juin à Breste.J'espère que ton frère voudra bien avoir des bontés pour ce pauvre enfans qui me faite pitiez en le voyan partire.Il est sy enfans que je crois que cela ne peut avoir que bien des misa ire à la mer, sy perssonne n'an a soin; il est toujours assez sage, mais trop enfans et ne pansse qu'à joué avec la petite.Ils s'aime tous deux beaucoup, ce qui me faite grand plaisir.Voilà tous ce que je scay.Adieu, chère et aimable fils.Le 28.\u2014J'ay eu, cher fils, la complaisance de mené ta fille et toute celle de Mme Tilly voir la procession dans une maison près des Capucins où Repentigny a une chambre.J'an suis revenue sy lasse que je ne scey que faire de ma viellie carcasse.Ta fille y a atrapé une bonne migraine à laquelle elle est toujours fort sujette, dont bien me fâche, car cela la faite soufrire à faire pitiez.Je t'avourez que nous avons été payez de notre curia uaitez, car je n'ay rien veu de sy pauvre que cette procession.Point de clargez, point d'honeste jeans et enfin rien que de la populasse, voila tous ce qui est un peut dévot issy.Et nous avons été régaliez d'une bonne orage cette après-dinay dont je ne suis pas trop contente.Je ne sçay point d'où vien, mais j'ay plus de peure issy qu'an Canada.Je crois que M.de la Galissonière evet raison de me dire en chemin que n'ayan plus Matère, j'orès peure du tonnesre.Adieu, cher et aimable fila, je te souhaite une parfaite santé et que tu aime la plus tendre mère qu'ily ait au monde.Le 29.\u2014Rien de nouvaux, cher fils, et n'ay à te répéter que je m'annuys très fort de n'avoir point de tes nouvelles, estant tous ce qui peut me dédomager d'estre séparez de toy.Nous conaservons toujours tous un fort bonne santé malgré les peure que l'on nous veux faire des fièvre de Rochefort, dont nous n'avons encor été aucun ataqué.Nous somme cepandan 7 ou 8 de notre troupe de cette anée issy.Je crois que la vie réglé y contribue beaucoup.Nous vivons comme en Canada avec la diférance que l'ordinaire n'est pas sy forte, mais bonne.Nous màngeon des petits pois quand il ne sont pas trop chair, des asperge, des arti-cheaux, le toute en petite quantités, des poire que je ne trouve pas encor melieur que les nostre, mais on dit que ce n'est pas encor les bonne, je les atant.Adieu.Le 30.\u2014Nous venon, cher fils, notre petite et moy, de dévotion et avons entendu un grand et long sermon qui l'a ennuyé et moy aussy.On est fort dévot issy, car on presche toute l'octave avan le salut.Nous avons le curez pour directeure, qui est un très digne homme et fort amis de toute la famille Bégon surtoute de M.l'Eavesque, ce qui nous donne grand accès chez luy et dans l'esgtise, ayan souvent place à la saqristy quand il y a trop de monde à l'eaglise.Et on ne voit guère ta viellie mère san sa fille, or que ce ne aoit en visitte grave, où il n'est point de mode issy de la mené.Cependant, je pourez passer dessus avan qu'il sois peut, car elle n'est pas contente d'estre chez sa tante, lorsque je suis obligez d'aler sans elle, ce qui n'arive pas souvent, mais trop pour elle et pour moy, par l'union dans laquelle noua vivons.Elle est toujours aimable et maline; elle te ressemble.C'est assez pour moy.Adieu.Le 31 may.\u2014Rien de nouvau, cher fils, que la frégatte que l'on prépare pour le Canada par où je vais encor escrire à Mater et à mon Frère, car pour le reste, j'an ay assez faite et au petit père S* Per, car ces toujours mon cher et bon amis.Adieu, aimable fils, ce serest trop de t'escrire des rien.Le por juin 1750.\u2014La pluys qu'il fais depuis avan hier me faite peure; je crains que cela ne fasse mal au tère.Le revenue que j'ay à espérer me parés sy petit eu égard à la chèretez de la vie que l'on paye issy, que je crains toujours quelque diminution.Qu'il est triste, chère fils, d'estre sy éloigné de ce que l'on al Car je me trouve issy en quelque fasson engajé à y rester du moins quelqu'anée à cause de mon fils, et je sen que je seres bien plus doucement à Blois où on m'assure que la vie n'est pas sy chère, mais aban-doné une enfans à son fige à luy-mêrae, ces te perdre.Tu dira qu'il a M.et Mmo Tilly.Je n'ay point envie qu'il prenne les idez des marins, car ils sont tous d'une gloire inssuportable et elesve leurs enfans dans le même goux: toute autre que marins d'épez est de la plus fine; voilà comme on pansse, et moy, je ne veux pas que mon fils sois dans cèse idê.M.de la Galissonière m'a consseilié de rester issy au moins le temt de la plus forte juenesse et lorsqu'il ne sera point armé.Mais ces voyage sont un peut trop coûteux pour les faire souvent et vais faire en sorte de l'arangcr à me dispansser d'y aler de quelqu'anée.Sy tu estes 232 ARCHIVES DE QUÉBEC Usry.cher Ms, tn ires t'y prorr**>ertnm les et trop vieUlie.joint à ce que c'es déranger Ui fille entièrement.Adieu, cher fils, sixneUr>arrvre mère qui t'aime de txnrs son cœur.Le 2 juin.\u2014J'ay eu, cher fils, un moment de satisfaction en revenan de U messe, cyan trouves une litre de u sœur dans laquelle J'sn ay trouvé une de toy.Quelle Jois pour moy en voyan cette escriture! Mais, en voysn ls dstte.J'sy été désolél Quoyl il fsut 6 mois pour avoir de tes nouvelle! Pansse donc, aimable fils, ce que peut souf rire ta mère avec toute ces Idé et que tu sçay ne les pas faire toujours agréable.Il me pnmd quelquefoUdes crragrinsd'estre comme cels séparé de toy que Je me déstzpuuès sy le Seigneur n'avet pities de moy.Notre chère petite ne sesce de baiser ta lètre et nous avons pleuré de jois ensemble enlalisan.Cette chère inocente fest sussy ataches que moy; c'es tous dire.Nous allons remerasier ta chère sœur ayan une ocasion d'un garde de M.de Rostan t, ce qui fais que je te dit: adieu.Le 3.\u2014Nous escrivlme hier, cher fils, la petite et moy, à ta sœur pour la remerasier des bonne nouvelles qu'elle nous a donnez de ce qui noua est sy chère, et ne luy cache point l'envie que j'orès de te voir sort ire de ce miserable endroits, car, quelque chose que tu dise, tu ne me perssuadera pas que ce soit un bon payia, et san parfaitement, cher fils, que c'est pour me tranquiltoer que tu me marque qu'U est très sain; U y a des sauvage et on n'y peut vivre sans les secours de France.C'eat assez pour me donner des paine incurable.Je pansse qu'il y a longtemt que tu nous sçay rendu; au moins n'ai-je rien négligez pointe le faire savoir et By tu est content de me savoir issy, je t'assure que ce n's pas été san paine que j'y aula en ayan eu beaucoup, comme je te l'ay marqué, à déterminé mon cher père, et U n'y a eu que ta lètre en partan d'issy qui a faite effet.Il ce porte comme tu l'a veu et n'a de plaisir que celuy de te voir, sy le Set-gneur nous le consserve, car je crains toujours.Adieu, aimable filsct bien aimez de tnuslessiens.Le 4.\u2014En lisan ta lètre, cher fils.Je suis taches que tu ait su notre départ.Je connois ton coeur et san toute les alarmes que tu ora eu jusqu'au moment que tu ora su notre arivé.Je voudrès bien que ce tût M.Olivier qui te l'u dit; il t'orna parlé de la chère petite qui a été l'amusement de tous le vaissau, mais il n'ora pu te dire notre arivé en France.Il faut que ce soit par moy ou par quelqu'autrc, car nous avons été un mois a venir en cousinan de Breste issy; mais M.de Vaudreuil m'a dit qu'il avet escrit à son frère a peut près dans le temt que nous somme arivé à Breste et qu'il luy avez mandé, et j'espère qu'U te l'ora dit.Je suis é tonez que tu ne m'acusc pas 1 a réeption de toute les lètre que noua t'avons escrit par les payis d'En Aux depuis deux ans.Tu a dû en trouvé plusieurs, en arivans.de mon cher père, de ta fille et de moy.J'avea escrit aussy A M' et M\"\" de Vaudreuil et n'an ay point eu de réponsse.Je leur feses cepandant de beaux compliment sur leurs mariage.Adieu, cher fils.Le S.\u2014Tu m'aflige doublement, cher fils, en me marquand que tu ne vois aucunne espérance de faire fortune en le pay la que tu habite.Quoyl N'es-ce pas assez d'estre assez malheureux de nous voir séparé sans encor sacrifier les plus belles année, sans estre aussy heureux que tous ceux qui y ont été! Mais c'est peut-estre, cher fils, que tu n'a pas plus d'esprit dans cette endroita quand Canada, car celuy qui t'y remplace y faite fort bien cèee afaire; et toy, tu n'avès l'esprit que d'y faire de la dépansse.En ce cas, faut-il autant revenir que d'estre là pour manger ce que tu a; au moins, le mangera-tu plus agréablement.La p° chose que j'aprit en arivant issy est la rupture du commerce espagnol,et j'an santy toute la cestaséquance pour toy qui seul m'ocupe; ayan tous le reste de la famille avec moy, tu est le seul qui m'inquiet.Tu dira que j'ay encor en Canada un frère; cela est vray, mais U est chez luy et avec sa famille.Il n'a qu'à bien faire, il sera bien.Mala toy, cher fils, tu est seul de ton espèce, et sçay ce que c'est; Inssy, je ne puis qu'an, avoir bien de l'inquiétude, ce qui ne me donne pas beaucoup de plaisir en la vie.Adieu, car je ne sescerès de te conter mes paine.Adieu, chère fils bien aimez.Le 6.\u2014On dit, cher fils, que l'on envois beaucoup de canalie dans ton payia, mais ce n'est pas là os qu'U faudret, comme tu me le marque, pour le faire valoir.Il parés que le nouvau ministre a de fort bonne intention, mais on dit qu'il est lant et qu'U veut estre bien instruit avans de rien terminé; U n'a pas tor.Heureux sy ceux à qui il donne sa confience sont assez droits pour ne luy rien faire faire de mal! Ce qu'il y a, c'es que tout est d'un secrette mpénétrable.Je ne suis point surprize que tu reçoive de toute part des chose grasieure de mon cher petit mb.J'an ay souvent des nouvelles par le Père Messaigé qui est passez avec nous et par ta sœur avec qui je suis fort en liaison de lètre, et il y a peut de semaine que nous ne nous escri vions.Elle a même eu la hontes de me faire acheter le vin de notre provision qui n'est pas forte, comme tu pansse, et des plate et assiette de fayance dont elle a même bien voulu me faire crédy de quelque chose, jusqu'à ce que Je sois payez des lètre d'échange que j'ay aparté, ce qui ne sera qu'au mois d'aoust.Vois, cher mb, comme nous somme heureux! Adieu, jusqu'à demain.Le 7\u2014Tu me marque, cher fila, que tu serès content sy tu nous savès rendu et de ne te pas laisser languir.J'ay profites des p\" tensions que j'ay sue et n'ay rien négliges pour te donné de nos nouvelles.Je connois trop ton coeur pour n'estre paa perssuadé de tes santlmenta pour nous.Mon cher père ne souhaite vivre que pour te revoir; il atant le temt avec bien de l'inpassience et ta fille et moy, sans oublier le petit frère et beau frère qui te sont tous aussy ataches les uns que les autre.En vérités, cher fila, c'est un grand malheur de s'aimer aussy parfaitement.Sy nous estions comme ce que je vois issy.nous serions bien plus heureux, mais je me repentirez, je croy, jamais de toute la tandresse que j'ay pour toy et les tiens. ARCHIVES DE QUÉBEC 233 Adieu, cher fils, je vais encor escrire on peut en Canada par le dernier vaissaux qui partira, je croy, cette année.Le 9.\u2014Je ne pu t'escrire hier, cher fils, ayan eu la plume à la main tous le jours pour le Canada et l'Xsle Royal, car nous avons un parens, qui y va, qui m'a demandé des recomandation; quoyqu'elle ne sois paa du grand pois, je n'ay pu luy refusé.J'espère recevoir par le retour des vaissaux toute les lètre que tu m'a escrit par les Islinois, ayan mandé d'en faire la recherche et de me lea envoyé.'Mande moy donc, cher fils, sy tu a eu toute les mienne, t'ayan escrit a vans mon départ 3 ou quatre fols.Depuis que je suis issy, je n'ay eu qua celle du partan et cette dernière du 17 décembre, je ne scay par où.Je suis fort aise de ce que ta me marque que tu ne soupe plus.Tu est de talie à éviter de mangé le soir, et suis charmé que tu puisse trouvé cornpagny pour dinay et que tu ait des endroist de promenade.Mais ne t'scoutuxne point trop en ce payia et n'oublie point que tu a une mère qui a faite pour toy ce qu'elle n'avet jamais voulu faire, et pansse ft ce qu'il m'an a coûtes et ft ce qu'il m'an coûte encor par la diférance de vie que je mène, qui n'est point, ft beaucoup près, aussy aises que celle que j'avès en Canada et que j'orès pu soutenir, la vie n'estant point aussy chair qu'iaey.Ne pansse pas, aimable fils, que je veulle me faire valoire.Tu me connois, inssy je n'ay paa besoin de te rien dire de mes sentiment pour toy, je t'an ay donnes dea preuve.Adieu, cher fils, je te souhaite une bonne santés.Aimetamère.Le 10.\u2014J'ay le coeur tous gros, cher fils, mon petit Bégon vien de partire.Il s'embarque avec M.de Mac Nemara, comme je te l'ay marqué, et quoy qu'il m'ait promis d'an avoir tous le soin possible, je n'ay pue retenue mes larme en panssan que ce pauvre enfans alet ft la mère.J'an ay trop veu pour ne pas plaindre tous ceux qui y vont par les risque inévitable que j'y croie.Mais c'es son métier, il faut qu'il le fasse, et l'encouragerez toujours ft servire, loin de luy faire conoitre ma paine; car il n'aime point ce métier, tan s'an faut; il ores beaucoup mieux aimés t'aler voir.Je luy ay dit que ce seres pour l'anée prochaine.Adieu, cher fils, car j'ay mal ft la teste.Le 11.\u2014Je vien de recevoir, cher fils, une lètre de mademoiselle Michel qui me mande avoir eu de tes nouvelles du mois de mars par une perssonne de sa cormoissance, du Cap.Tu orès bien dû, aimable fils, noua donné un petit mot, maie noua savons au moins que tu te portes bien en ce temt, puisque cette perssonne en assure ta soeur.Il faut s'an contenter malgré que l'on en ait.Tu saves dans ce temt, je l'espère, que nous estions rendu, car il me semble t'avoir escrit en janvier et par plusieurs vaissaux, et ne me lasse point comme tu vois à te donné de nos nouvelles qui sont toujours bonne estant tous en parfaite santés.Je reçois une lètre de Landriève qui me mande que notre cher Villebois ce porte bien et qu'il est empereure dans sa classe, que son régen en est fort content.Je la suis bien quand j'an tant cela.Aussy, je ne souhaite rien tant que de voir ces deux chères enfans parfais, qui me serons et toy toujours plus chère que je ne puis dire.Adieu, cher fils, aime ta mère.Le 12.\u2014Je san comme toy, cher fils, que, quelque douce que l'on menne la vie, on ne sores la goûter lorsque l'on est sépares d'une famille qui nous est chère; car croy-tu, aimable fils, que je puisse avoir quelque satisfaction, éloigné de toy que je regarde comme ma seule conssola t ion ?Non, rien ne me touche, et regardé tout avec des yeux d'indiférance, qui me doive faire passer pour béate.Il y a 7 mois que je suis issy et n'ay paa daigné aler voir ces belles allée que l'on me prenne tous les jours.Sy tu estes Issy, cher fils, tous me plaires, je trouvères tous beaux, mais je ne suis ocupez que de la paine d'an estre séparez.Adieu, je ne açay rien de nouvaux.Le 13.\u2014Je t'ay mandé, cher fils, que l'on préparés une frégatte pour le Canada.Monsieur du Vignau, capitaine de vassau, la commandé, et il avès demandé le chevallier de Beauharnois (qui est restez issy lieu-tenan d'artillerie) pour son segon; mais la Cour en a noxné une autre, dont il ce tire au cheveux, ayan travaillez comme un chien ft la carenne et estante en rade depuis quatre ou sinq jours.Il faut qu'il revienne et aède sa place ft M.de la Filière, qui va trover l'ouvrage toute faite.Il m'a faite demandé par M.de la GaUissonière de demeuré avec nous et n'ay pu le refusé, ayan une maison beaucoup plus grande que je ne voudrès, et qu'il faut payer 550 1 de loyer.M.de la Galissonière me donne 100 1 pour les meuble qu'il y laisse et m'a dit qu'and prenan le cber de Beauharnois, cela poures me dédomnger de quelque chose.C'es le cousin de M.Bégon, de qui j'ay besoin et je san qu'il faut tous ménagé.Qu'il y a des moments, cber fils, où je soufre, et que de larme je versée san tien dire) Et ft qui le dirai-je, or que ce ne fût ft ma chère petite ?Mais il est inutil le de luy donné du chagrin ft son fige; elle en ora peut-estre assez dans son temt.Adieu, cher fils bien aimé.Le 14,\u2014Tu me demande, cher fils, de te mander des nouvelles détaliez de mon établissement, de mes affaire et de la famille.Je t'an ay déjà donnez une idé et recommencerez avec plaisir, n'an ayan point de plus vray que celuy de m'anteretenir avec toy.Je commencerez par te dire que j'ay tous vandu ce que j'ay pue en Canada et assez mal vendu pour en estre fâchez, or l'argentrie que j'ay newe pour celle que j'ay vandu; car pour mes harde et celle que tu m'avès laisses pour ta fille, je n'an ores pas la moitiés issy pour le mCmc prie, les étofe ayant oguementez de moitiés, mais je m'an passe, n'ayan qu'une robe de ras de S* More et du coton pour la maison.Ta fille a la robe que M.de la Galissordère luy a donné, que J'ay faite faire en arivant et j'ay faite slonger les autre; elle est toujours bien mise et bien coifex.L'argen que j'ay aportez de Canada n'est encor point payé, il le sera le mois prochain.Je me suis meublé, en party de 234 ARCHIVES DE QUÉBEC cotonade qu'on apelle damai d'Abville, et en party dee meuble de M.de la Galissonière.J'ay eu de luy: une verdure de Flandre, un lit de damas vieux, une tapisserie de satin, une chaise ft porteure, 3 grands onnoire, des table et autre drogue comme matelas, lits ec.J'an ay pour près de 1,400 '.Je n'sy qu'un misérable petit miroirc de toiles te dans toute la maison et n'en ores pas sy tost d'autre, aimans mieux placé ce que j'ay à me donné quelque revenue qu'a me meublé.Je n'ay que le pure néccsaire.Nous vivons bien, du moins assez bien: bonne soupe, tu scay que c'est ce qu'il nous (sut, bon beufe, veau et agneau, poulets, quelquefois des petits pois, quand il ne sont plus chaire, inssy que des art ichaux et fruis.Nous avons de bon vin, de bon celez et chocolat que notre petite prend quelquefois, et Je vie» peut près comme en Canada avec un peut moins de plaa; mais toute les petite douceurs ne luy sont point épargné, ny A mon cher père que je ne veux point qui nous reproche de luy avoir faislsiaser un pay is où 11 estes bien stachex.J'ay envoyez à Pacaud, à Paris, mes lètre de change et il m'a mandé qu'il placeres de son mieux.Je t'ay dit que je me trouvés, par report a Bégon, obligé de rester à Rochefort et par le corisselle de M.de la Galissonière; san aela, je serès aies à Blois tous de suite.Je conte partire dans la semaine pour y aler.Je ne acsy Ce que J'y ferez, car Je n'ay aucune connolssance de ces bien, mais je ferez en sorte de trouvé quelqu'un qui en ait soin jusqu'à ce que tu sois revenue et que Bégon soit en age d'y aler, car ce serct pour moy de trop grand voyage à faire tous les ans, san conter ce que cela coûte.Je n'ay point assez de santez pour voyagé perpétuellement.Adieu, cher fils.Le 15.\u2014Je vien de recevoir une lètre de toy, cher fila, mais je ne scay par où elle est venue; elle est bien de ton cachet, mais point le dessus de ton eecriture et adresses à Rochefort.Elle est verrue par la poste et l'ay payes avec grand plaisir, puisque tu m'assure le 26 janvier que tu est en parfaite sentez et que tu aime ta pauvre petite mère.Ces tous ce que je puis souhaiter, ne pouvant estre auprès de toy.Ne pansse pas, cher fila, que notre séparation te sois plus dure qu'à nous et surtoute à moy.11 est des moments où die m'est inssuportable.Quoy! tu ne nous saves pas randu en janvier.Que pouvet faire M.Olivier?Serest-il arivé quelque chose au vaissaux où il este t embarquez, car il contés estre en lieux de te dire de nos nouvelles le p\" jours de janvier.Nous luy avions doné des lètre et le petit la Morandière.Toute ces retardement ne font qu'auguernenter la paine que j'ay de te voir sy éloigné par Inquiétude réciproque que noua avons.De telle séparation ne sont point faite pour des famille aussy atachez que nous le somme; je le sans tous les jours.Nous fezons comme toy, cher filB, mon cher père et moy nous nous portons fert bien, mais nous maigrissons beaucoup.J'ay été obliges de faire diminué les habits qu'il a a portez.Pour moy qui n'avès qu'une mauvaise robe et un vieux corssette, il ne m'an a paa coûtez beaucoup; mais je diminue tous les jours, dont je ne suis point fâchez.Ta chère fille ce porte au mieux, plus spirituelle et plus maline que jamais; elle crois toute les jours et n'est pea plus maigre que tu l'a veu, le visage bon, de belle couleurs, toujours cèse yeux; il n'y a que sa bouche qui ne diminue point.Elle est fort bien avec M.de Fontalsse, son cousin et son cher marquis; ils s'écrive de terni en temt.Ad ieu, cher fils.Je te souhaite une bonne sentez.Le 16.\u2014J'ay mie, cher fils, dans une nulle ft ton adresse qui sont les barde du petit la Morandière six grande nape qui te serons plus u tille qu'à moy; ce sont celle qui tu a talié au 3 Rivieres.Je ne contes pes qu'elle ferez ce chemin, mais n'ayan rien ft t'envoyé et j'orès ten de bonne volontés que Je te prie de t'en servira en te sou v e nan de ta tandre mère qui n'a besoin aujourd'huy que du guéridon de Mm* Trémont.Mais, sy tu m'aime toujours, ce aère un grand adonssiaaant ft toute mes peine, surtous sy tu veux me dorme de tea nouvelles par tous les vaissaux qui partirons de ton payis, etsy tu veux medirequand je pouré espeter de te revoir: ce aont là tous mes aouhaits.Je vois avec une vray satisfaction, cher fila, que tu cherche ft me conssolé de la paine où je suis de te voir dans une aussy mavaia payis, en me marquand que le climats est comme celuy de Provance.Tu pansse que je n'ay point oublies tous ce que tu nous en a dit.Non, aimable fils, je n'oublie rien de ce qui m'est venue de toy, mais sy tu veux m'an faire acroire de ce cautez, peut-tu été les sauvage de ce payis?peut-tu y faire croître du pain et du vin qui m'ont tant donné d'inquiétude en Canada?Crois-tu que j'an aye moins pour toy que pour moy?Non, mon très chère fils et t'assure que je ne peut estre tranquille que loraqu' il plaira au Seigneur de nous réunira tous.Quand s Adieu.Le 17.\u2014Je vois cependant, cher fils, car je continue de répondre ft ta dernière lètre, que ce beau climats t'a fournie une belle et bonne neige avec poudrerie, ce que Je n'ay point veu issy.Et comment est-tu logez, aimable fils, pour te parer de temt aussy rare ?Ta maison est-elle bonne, bien fermé, bien chaude ?Sy elle ressemble ft celle de Rochefort, je te plaint, car j'ay eu grand froit malgré tous le feux que j'ay faite, mais ce aont des maisons de boue et de crachat où le vent passe au travers de tous les murs.J'ey brûlé pour plus d'argen de bois qu'an Canada et je n'y ay paa eu aussy chaud.A la véritex, cela n'a durez que la findedécembre jusqu'au 20 janvier.Je ne doute point que tu n'ait bien représentez ft la Cour tous les besoins de cette colonie qui m'intéresse aujourd'huy plus que toute autre.Je scay qu'on dit qu'il y va bien du monde, mais de mauvais monde, n'estante ft ce que l'on assure que de la canal ic, dont bien me fâche, dans l'idé où je suis que cela peut te donner de l'ouvrage d'oguementasaion.Bien des reroeraslmente, cher fils, de ce que tu veux bien donner des ordre ft M.d'Outreleau pour me donné ce que j'orez besoin.Tu doit estre perSBuadé que j'en userez avec la discrétion convenable et que je ferez en sorte de ménager sur toute de mon mieux.11 n'y a que sur le bois et le logement que je ne le puis.Nous n'avons que la vie et c'est ARCHIVES DE QUÉBEC 235 la noztre de nous chauié.Tu me recommande de t'escrire.N'est-tu point laa de lire mes grifons et ne fais-tu point comme Mater dit, que tu les regarde et que tu les laisse là ?Je te demande toujours de les brûlé et de ne point faire les amats de papier comme tu les avès en Canada.Jette tous mes escrits au feux et n'an garde que ce qu' il faut pour t'amuser sy tu veux rire de ta pauvre mère qui escrit comme un chatte, mais qui t'aime plus que tu ne l'aimera de ta vie.Adieu, cher fils.Le 18.\u2014Il parés, cher tils, que mon plus grand plaisir est de m'anteretenire avec toy et par concéquand qu'il est peut util le que tu me recomande de t'escrire et de te mandé tous ce que je fais, n'ayan d'autre ocu-passion, après que récolle de la chère petite est faite, que celle de te dire quelque chose.Tu veux que je te dise comme nous nous portons.Toujours bien, grâce au Seigneur, jusqu'à présan et vivons tous comme en Canada.Quoique l'on nous prescfae de soupe à 8 h*, nous soupons à 7 et couches à 9 et demie à l'ordinaire.Je me lève à 6 h et dîne à midy.Je passe la mâtiné à coifer, frizé ta petite et à la faire lire, escrire et toute cèse excersslce, elle dance aussy, et souvent ocupez à répondre à des lètre qui me vienne par tous les ordinaire.L'après dinay, je recomance récolle et, ver 4 h, il vien quelquefois compagnie, ou je vais voir Mm* Tilly, ou je t'escrits, ce qui arive tous les jours, ayant plusieurs darnes et mesieurs qui me viène voir.On a toujours aimé issy les Bégon et on a des bontés pour moy.Tu me demande Bégon par le pr vaissaux.Il est party, je te l'ay mandé, et t'assure que le pauvre enfans orest été bien plue fia té de t'aler voir.J'ay eu hier dea nouvelles de mon cher Villebois; il est empereure de sa cl ace.C'est Landriève qui me le mande; il est à Parie depuis le pr janvier et ne retourne point cette année en Canada.Il a solissitez beaucoup pour t'aler joindre, maia il voulet eatre écrivain prinssipalle.Je ne sçay s'il a quelqu'esperancc, mais il me mande qu'il reste encor cette année en France et tous le mois de juliet à Paris, où il me prie de luy escrire, ce que je vais faire.Le Père Maissaiger me donne aussy souvent des nouvelles de ce cher enfans que j'orès bien envie de voir, mais il m'an coûterès encor de l'argent pour aler à Paris.Ta fille me trourmante beaucoup pour y aler.Elle dit: \"Maman, c'es deux jours de plus; il faut que tu paye au carcase comme sy tu aies à Paris.\" Mais je répons: \" Quand votre cher père sera revenue, nous irons tous ensemble.\" Je la mène, comme tu pansse, à Blois avec moy et, partoute où j'iré sy je puis; je la mènerez voir ton oncle et tes soeur, sy mon cher père ne ce trouve point fatiquez du voyage de Blois.J'aime mieux faire ce voyage que celuy de Paris, qui peut estre utille à ta fille.Adieu, cher fils, c'est assez, ce me semble, pour un jours.Aime ta pauvre petite mère.Le 19k\u2014Je voudrès, cher fils, avoir quelque chose d'amusan à te dire, car ce n'est point assez que je me satisfasse en t'escrivant; il faudrest que je sue au moins te divert ire.Comme je t'escrit, je reçois une lètre de mademoiselle Michel qui m'a faite rire toute seule de tous mon cœur: je crois devoir t'an faire part.Je ne pansse pas avoir oubliez à te mandé que M.le Général de Canada avet crue faire plaisirs à plusieurs oficier en les envoy an iasy pour faire des recrue.Ils estes: M.M.de Ganne que tu a veu au 3 Rivières, Benoist, jandre de Mm* Senne ville.Duplessys-Faber, Bouat, Sain t-Lauran3 et la Colombière.Ce dernier m'a demandé des lètre de recornandaUon pour ta famille, s'an alant embarqué à Bordeaux avec des troupe Je n'ay pu le refuzé.Tu le connois; malgré toute les a tarissions de ton oncle et les politesse de tes soeurs, U les a faite enrager.Elle me mande qu'il a eu crelle avec tous ceux avec qui il a eu afaire; qu'il a tourmentez M.de Restant pour toute et qu'il a maltraitez le capitaine du vaissaux dans lequelle il passe et qu'anfin, c'est la plus térible humeure qu'elle ait jamais veu et qu'ils ce réjouisse tous en le voyan partire.Il a même maltraitez ceux que M.de Restant avet comis pour luy faire en tandre raison et je ne suis point contente d'avoir recomande un telle sujets.Je vais luy escrire et luy marqué ma mortification à ce su jest.Adieu, cher fils, je me prépare à partire et suis bien lasse d'arangé des malle, encor plus de voyagé, sur-toute quand il en coûte autant.Nous avons prie le party d'aler à Blois dans le caresse de voiture afin qu'il nous en coûta moins et pouvoir estre tous ensemble.Nous somme: mon cher père, la chère petite Lisette et moy, un domestique à mon cher père et le petit Englois qui est toujours bien joly, mais un peut polisson.C'est la plus grande des misa ire pour ce faire servir et pis qu'and Canada.Adieu, chère et aimable fils.Le 20.\u2014J'ay envoyé ce matin, cher fils, la malle du petit la Morandière à M.Pacaud à la Rochelle, pour qu'il te l'envoya avec ce que M.d'Outreleau luy a adressez pour toy.Je ne sçay ce qui peut retarder sy longtcmt le départ du vaissaux qui va dans ton pay is.Je t'ay déjà marqué ce que j'avès mie pour toy dans cette malle dont je t'an vois la clef avec mon journal qui a été mal suivie par le dérangement où j'ay été l'année dernière et qui subsiste encor, puisque je suis obligez de faire un voyage à Blois, qui me chagrine par l'éfrois où je suis des chemins et d'aler dans une endroits où nous ne connoissons perssonne, pour y arangé des afaire auquelle je n'antandrien.J'orès bien voulu que M.de Toul eu voulu continuer ce qu'il avès projestez, mais il n'an est plus guestions, et il faut chercher à faire valoir ce bien par quelqu'un qu'il faut trouvé, ce qui me chagrine et n'ose le dire à perssonne, du moins à mon cher père pour ne point luy donné d'inquiétude.C'es tous ce que j'ay, car pour le reste, je ne doit pas y conter.Je vie aussy avec eux comme avec des étrangers.Il ce sont imaginé que mon cher père m'avès donné des some immsnee et la jalousie leurs faite faire ce qu'il ne ferez pas, puisque je tire plus de conssolations des étrangers que d'eus.La fille que j'ay élevé entre même dans leurs idez, car je ne la vois que quand je vais chez eux, ce qui arive tous les jours, car je ne veux paa que l'on puisse pansser que j'aye lieux de m'an plaindre.Ma soeur est toujours malade; le reste de la famille ce porte bien.La petite fille ne sorès les soufrire; il faut que je menace 236 ARCHIVES DE QUÉBEC pour l'y mené quelquefois.Ce sont toujours quelque pauvretés à essuyer de lu part de quelqu'un, de la mère ou des enfans.Ils devert.cependant estre content, leurs sysn faits des prêtant, peut-estre su dessus de mes moyens.Ce sont des airs de grandeurs et de hauteure avec nous qui me font pitiez.Je ne finirès pas sy je voulès t'ant faire le détalie.Tu peut juger de la pièce par l'écnantillion.en te disan qu'Us ont refusé à taon cher père une fille que J'ay élevés et entretenue Jusqu'à 23 ans.Tous le monde issy l'a trouvé fort vilain, dont je crois qu'elle c'est repanty, mais elle n'y reviendra plus, je te le Jure.Je te prie, cher fils, de ne leurs en rien témoigné; ce sont des chose qui doive te faire pitiez comme à moy.Je leurs ay faite tes compliments quand j'ay receu tes lètre.Je vien de recevoir une lètre de Goguet de la Rochelle qui me mande qu'on a eu des nouvelles de Canada du 3 mars par l'Englc taire et qu'on y a eu une maladie qui a faite mourir c 8 à 900 perssonne.Je crains fort que nous n'y soyons Intéressé et il y a encor bien du temt à a tandre avant d'en recevoir dea lètre.Adieu, cher fils, je te souhaite une parfaite santés.Aime ta mère autan qu'elle t'aime.Nous nous portons tous bien et il fait grand chaux pour la p* fois.Adieu.Le 21.\u2014Il faite une chaleure, cher fila, à ne pouvoir pour Inssy dire respiré.Mais ce qui me conssole.c'es que le vand est bon pour le vaissaui où est ce pauvre petit Bégon et pansse qu'il ora le plaisir de voir ce soir ou demain Mr ton Frère à qui j'ay prie la libertés de le bien recomandé, non pas de le caresser, mais de vouloir bien luy faire une bonne lesson.C'est un bon enfant, mais qui aime, comme tu me l'a dit, la dépansse tant en ajustement qu'and colifiches.J'espère l'an corigé en luy preschan la nécessites où il est de ménagé, l'ayant assures tous l'hiver que Je n'avès rien à luy donné et que J'estes surchargé de debte.Il n'est que trop vray que j'an ay déjà payes beaucoup et que tous nés les pas encor quand ce ne serès que la maison dont je doit au Roy, dont je ne puis dire encor combien, puisqu'elle n'estes pas finie lorsque nous somme party et que l'on m'avès déjà donné pour cette ouvrage dix nulles livre sur mes bilies.S'U n'y avet d'employé que cela, je prandtès passience; et sy je puis tirer quelque chose de Blois autrement je me trouvères asses mal plantes, car tu scay, cher fils, qu'on ne vie pas avec rien.Les formalités de cette misérable panssion me mènerons peut-estre encor loin, car on m'a mandé de Paria qu'U n'y avet rien à espérer que dans le mois de mars prochain.Je conte partire jeudy 25 du mots pour me randre près de M11* Bégon, qui me promet de me donné tous les secours dont j'ores besoin, mais elle ne me dit rien de ce qu'elle a faite.Peut au fet des afaire, je crains toujours.Le Seigneur ora pitiez de moy et m'aidera, je l'espère.Ah! cher fils sy tuestès issy, quelle dilèrancc pour moy ! Tu m'aiderès, tu medonerèsdecoruseilie.Adieu car toute ces panâtes me met peut en étate de te rien dire d'amusan.Je te souhaite une parfaite santés et te prie de me donné de tes nouvelles par tous let vaissaux qui partirons de ton pay is, t'assuran que c'est toute la satisfaction que je puisse avoir éloigné de toy.N'ait point d'inquiétude de notre chère petite.Elle est auasy bien que quand tu l'a laissez et ce porte à merveillie; elle grandie tous les jours en talie et malice.Adieu.Le 22.\u2014J'ay toujours oublies, cher fils, à te dire les Ides de Bégon.Il veux que je te propose d'acheter avec moy la maison où nous somme qui, je crois, ce vaudra,\u2014 celuy à qui elle apsrtenès estant mort et U doit au trésorier cent milles livre seulement,\u2014 et comme cette maison faite party des font du défunt, c'es M.Valliers qui l'a vet loué à M.de la Galissonière, et je crois qu'elle sera vandu.Je luy ay dit que je n'avès pas le moyen d'acheter rien; cepandant, sy tu estes d ans l'idé que cela pu nous convenir, j'en pourès faire l'emplette, sy elle n'estes pas trop chaire; et comme cela ne peut estre cette année, tu me dira ce que tu en pansse.Ce n'est cepandant pas l'avie de mon Noyan.Tu m'antan.je crois.M.de Mac Nemara a mie à la voil le pour Breste hier, où il va prendre plusieurs vaissaux qui doive composer son escadre.Je crois que la Dianne, qui part pour le Canada, fera voil le demain.Je donné hier au soir tous mes escrits à Longue il qui y va, et il m'a promie de faire son possible pour engajé Mater à venir, mes je doute qu'il réussisse, dont Je suis fâché, car en vérités, je m'annuya bien d'estre seule comme je suis.Sy je n'avès pas mon fils, je m'an irès, je crois, vivre avec tes securs.Elle me parés, l'alné, de caractère aimable.Je crois, cher fila, qu'elle te ressemble.Ta fille devien de mieux en mieux pour la figure; ces traita ce forme et je crois que tu en sera fia tes.Pourvcu que je n'aye pas le chagrin de luy voir la petite véroliel je la redoute plus que je ne puis dire.Mais il ne faut pas s'alarme d'avance, eUe ne l'on peut-estre pas plus que toy, s'il est vray que les fille resemble à leurs père.Elle jouit d'une très parfaite santés inssy que nous.Mon cher père m'a dit qu'il t'escrires, a'il pouvès, car la main luy tremble beaucoup depuis près d'un ans; c'est tous ce qu'il a de changez depuis que tu ne l'a veu, ce qui luy fais quelque fois de la paine, surtoute s'il ne peut t'escrire, car U est parfaitement a taché à toy et il t'aime autan que moy, ce n'eat pas peut dire, n'est-il pas vray?Adieu, cher et très cher fils, conserve ta santé que tu scay m'estre infiniment chère et surtoute n'ait point d'inquiétude ny de chagrin.Travaille à profiter du temt et à faire quelque chose,\u2014 ta chère sœur espère que tu fera mieux que tu ne pansse à ce qu'elle me mande,\u2014 et travalle asses promtement pour revenire joindre la plus tandre mère, (s.) Rocber Bégon.Conte but toute mes atanssion pour notre chère petite.Voisy un garde de M.de Rostan qui arive qui dit que toute ta famille est en bonne santei.Je vais escrire a ta secure.Aime ta pauvre mère.Je te recomandé le petit la Morandière.Adieu, mon très cher fils.Adieu.A la Rochelle le 5 Juliet 1750.\u2014Je sala issy, cher Fils, depuis le 25 du passez au soir, contant n'y estre que 3 jours, mais on m'a trompez et n'ay point trouvez de place au carotsc.Il faut prandre passience ARCHIVES DE QUÉBEC 237 et je partirez, jcl'esr^e, demain pour Blois.Ta Fille est admirez partoute où elle va et très Matez de voyagé.Pour moy, je ne Buis pas de même, car je suis fort lasse d'estre dans les chemins.J'ay débarqué, cher Fils, au ChCne Ver pour estre plus près de cette charmante voiture.Mais Mmo de Beaumon vint nous en tirer sy tost qu'elle noua au arivé et M.Goguette.Mai* comme Mmo de Beaumont ne pouvès nous logé tous, M.Goguette a sy bien faite que nous sommes tous chez luy et y sofr^Pf, mon cher Fils, au mieux, avec des politesse et atanasion de leurs part que je ne puis trop te prier de te joindre A moy pour leurs en marquer notre reconnoissance.Le séjours que nous avons faite issy te procurera, je crois, une grande satisfaction.J'ay trouvé un pintre qui a eu le temt de tiré ton tresore.M.Goguette c'est bien voulu chargé de le faire mètre dans une bouette pour te l'envoyé.U y a issy un de mes père Jésuite qui doit te le remètre, inssy que mon journal, que je luy ay donné envelope de toille siré.J'ay mis la clef de la mal du petit la Morandière dans le paquet te.Je t'ay mandé avoir mie dans cette mal 6 grande nape qui te serons plus util le qu'à moy et, comme je ne stay quand ce vaissau partira, je laisse encor cette lètre à M.Goguette.Je sanc qu'an m'éloignan des port, j e m'éloigne du plaisir d'avoir de tes nouvel les aussy [tost] qu'elles arive et de pouvoir t'escrire autan que je le souhaiterès.Mais nous partons demain A 6 heurs du matin et j'ay mes pauvre genil à arrangé, car je ne suis pas mieux servie quand Canada et je fais A l'ordinaire une party de mon afaire.J'ay été régalé issy par M.l'Intandant, grandement par M.Pacaud, par Mmt de *?t«uhm>ti qui nous fais beaucoup d'amitiés.Je voudrès avoir quelqu'un de ces talans, je serès plus tranquille, mais ce sont de ces dont qui nous vienne du Ciel.M.de Vérigny, que j'avès veu autrefois en Canada et que j'ay veu issy, m'a prié de te demandé, mon cher Fils, ta protection pour quelqu'afaire qu'il a dans ton payis.Sy tu peut luy randre service, je t'an oré obligation.J'ay receu, hier, une lètre de M.le Contreauleure de Breste qui est en parfaite santés et me dit de belle chose de notre petit Villebois qu'il a souvent veu dans son séjour A Paris ce or in temt.Ilm'andit autan de Bégon qu'ilaà Breste pour quelque jours.Ce pauvre enfan a panssé périre sur le Rats en entrant, et on me mande que c'est un miracle de ce que le vaissau ne c'est pas perdu.Que de croix, cher Fils, que d'inquiétude I Je suis bien faite pour en essuyé de toute espèce.Encor, sy je t'avès, il me semble que jesoutiendrèstout beaucoup mieux, maisc'es trop d'estre auasy éloigné d'un Fils qui m'est aussy chère.Au moins, sy je ne puis te voir, aimable File, donne-moy donc la conssola-tion de me dire, par toute les ocas ions, que tu te porte bien; et, pour cette efet, consserve ta santez.Tu scay combien je m'y intéresse.N'ait aucune inquiétude de notre chère petite.Elle ce porte bien et joue tan qu'elle peut avec M'11\" Goguet et toute les jeunne perssonne d'issy.Elle me ruine par l'an vie qu'elle a d'avoir tousles colihehes qu'elle vois.Tu la connois, il est dihssille de s'an défandre quand elle a entreprie quelque chose.Elle est grande et bien faite, a de l'esprit.Tu vera son portraite, mais qui n'est point aussy bien qu'elle.Mon cher Père la gûte toute à son plaisir.Il est toujours dans une parfaite santé, mais il ne m'an donne paa moins d'inquiétude par cèse anné.Il est telle que tu l'a laissé et te fais, cher Fils, milles amities.Il est très fâché de ce que la main luy tremble.Il ne peut preseeque plus escrire, niais conte qu'U ne t'an est paa moins atacné quoiqu'il ne te le dise paa liiy-rnème.Adieu, chère Fils, donne-moy de tes nouvelle.Ckxisserve ta santés et aime la plus tandre Mère qui est jamais été et qui sera toute sa vie A toy.(s.) Rocber Bégon.M.Roullier estes A Breste lorsque ton Frère m'escrit.Il ne me dit aucune nouvelle et n'an scay point du toute.Adieu.[D'une autre écriture] Mon très cher Père,\u2014Je serès fâché de partir d'icis sans te mandé les bonté qu'a eu M.et madame Goguète ont us nous mois.Nous avons demeré chô eu depui que noua some icy.Tu ne serorès conprandre toute les atantioo et boiitèce que Madame Goguète et M.son Frès ont us pour mois.Il parie bien souvent de tois.Adieu, cher Mine.Je suis avec un très profont respait, mon très cber Père, vôtres huble et très obéisanteservantesoumige filles.\u2014(s.) Becon de Villebois.A Blois, le 24 Juliet 1750.\u2014Je t'ay escrit, mon cher Fils, la vellie de mon départ de la Rochelle qui estes le 6 et nous avons laisses nos lètre à M.Goguet qui m'a prornie de te les envoyé.Noua somme arivé issy le 13 à midy, très fatiquex de la voiture, et moy encor plus des fréyeurs que j'ay eu tous le chemin.Mon cher Père et notre petite ont mieux soutenue cette route que je n'ay faite.En arivan Mel 10 Bégon vint nous chercher A l'oberge et nous amena dans cette maison où je l'avès pries de nous loué des chambre pour le temt que nous serions issy, où nous somme mieux dans un san qu'A l'auberge.Il a fatu aler voir toute la famille qui comprend toute la ville, qui n'est pas petite, les comunautes et j'an suis sy harasses que je me donnerès pour deux liards.Ce n'est paa toute.C'es qu'il faut à présan recevoir toute ces visite et les recevoir dans un grand aéréxnoruaUe.Mmo de Châtulé nous a grandement régales, Mmo Sigogne, sœur de M.Ménard, et Moll° Bégon, qui est dans son couvent.Nous avons receu beaucoup d'amitiés de toute la famille et de tous le monde issy.Le nom de Begon y est toujours aimes, mais cela n'est pas sufisan.J'ay voulu savoir A quoy m'an tenir pour les arangement que tu a faite avec M0\"8 Begon et j'ay lieux de pansser que j'ay eu grande raison de pansser qu'on t'avès grandement endormie, les tère estante dans un délabrement total le.Juge-en, cher Fils, puisque l'homme qui en a soin m'a a portez ces conte et, outre les revenue, il faute encor y mètre pour payer la vendange 7 ou 8001.J'espérés avoir au moins de quoy payer mon voyage, mais je me suis fort trompes.Ce n'est pas toute.C'es que M*11* Begon m'a dit 238 ARCHIVES DE QUÉBEC qu'elle craignes que nous n'ussion quelque procès avec M.de Chivcmy, dont une des tère dépend, et qu'elle scay qu'il y a quelque party que ton Grand-Père n'a pu finir avec ce monsieur: ce qui me chagrine au point que, sy tu veux m'an croire, noua chercherons à vandre ce bien qui ne peut jamais estre d'aucun avantage à nos enfans par l'éloignement.Mon Fils, estant dans la marine, ne peut venir issy que très rarement; le tien prendra le même party, qui ne poura pas plus vélier.Tu n'y viendra pes non plus et moy encor moins, puisque je n'antan rien à le culture des vigne, où il faut estre toute l'année, à ce que tous le monde me dit issy.Je san parfaitement que ce sont des bien où l'on a jamais fait que tiré et celuy qui l'a toujours eu entre les mains m'a dit que ces vigne n'avèa pas été fumé depuis plus de 50 ans et qu'il feudret y mètre 7 ou 8,000 1 pour les bien aranger et qu'elle pusse donné du profite.C'es ce que je ne suis point en étate de faire, et vols que j'orez asses de peine à vivre issy et me repantirès volontiers d'y estre venue, puisque j'orès vécu plus aiseiment avec ce que j'avès en Canada, avec la tère de mon cher Père, que je ne ferès issy.Tu pansse bien, cher Fils, que je serès très taches d'an sourssilier rien à mon cher Père, qui n'est nullement content de voir aussy peut de ressource en ces belle tère, et il est de mon tantiment et il m'a dit de te demandé le tien pour chercher quelque tère aux environs de celle que tu e à Bordeaux ou près de Rochefort, s'il s'an vendes quelqu'une qui pû remplassé celle-sy qui nous sera toujours à charge.Mande-moy, cher Fils, ton avis afin de pouvoir traveller le plus tôt que je pouré.On m'assure que le bien d'issy ce vandra bien.Il n'est plus question que d'avoir ton avis et de trouvé un fonds à le replacé; autrement, je n'y toucherez pes.Ne néglige pas, cher Fils, à me répondre sur cette article.Je laisse ces tère entre les mains de celuy qui y a toujours été depuis 20 ans.On le dit honestc homme; inssy il le faut croire.M\"11* Begon ne veux plus ce mêlé de rien.Elle me fais bien des caresse et à ta Fille, mais c'es toute.EUe m'a dit qu'elle me reme t teres tous les contrats qui regarde ces tère, perce que cela luy donnés trop d'inquiétude.Je vois aisai-ment qu'elle ne veux plus ce mêlé de nos affaire.Tous ce que je crains, c'es qu'il n'y ait quelque coups de dessous dans l'arangement que tu a faite et qu'on ne noua fasse quelque mauvais procès, les afaire de la succession de M.Begon, Intan [dan]t, n'estant pas mieux arangez qu'elle l'estèt lorsque tu est party.II ne parés point que l'on paye de debte, paa même les rente quel 'on devet.Une dame de la Rochelle, m'ayant dit que M*11 e Begon luy devès plusieurs année d'arerage d'une somme que M.son Père devet et avet promie de luy payer tous les ans douze cent livre, elle ne me paru pas contente.J'an ay averty M*\"' Begon qui m'a dit l'avoir payé exactement, ce que j'ey peine à croire.Il y a 30 et quelque anée que noua soufrons auprès de ce bien et j'espère qu'il en sera de même ten que nous Torons; mais sy je n'an tire rien, je puis t'assure aussy que je n'y mêlerez rien.M°\"° Begon m'a promie que nous irions en faire la visite dans quelque jours, mais, n'y connoissan rien, je crois que cela sera assez inutilie.Mais il le faut, à ce que l'on dit, et j'irez, quelque paine que cela me fasse, estante toute des plus lasse de voyager, ce qui me ruine, non seulement le bource, mais encor la santez, n'estante point encor délassez du voyage.Je vais envoyer cesy à M.de Givry que m'a marques de luy adresser mes lètre, sy je voulès t'escrire, que le vaissaux partes à la fin du mole.Le 25.\u2014Je voudrès, mon très cher Fils, avoir quelque chose de plus grazsieux à te mandé, malt je ne vois que misa ire, de quelque cautez que je me tourne.Puisque je vois que je n'sy rien à espérer issy, je vais tra val 1er à retourné le plus tost que je pouré afin de profiter des beaux jours.Mon cher Père et la petite ce porte à merveillie.Il t'assure de milles amities et respecte, très tachez de ce que la main luy tremble et de ne pouvoir t'escrire.C'est aussy tous ce qu'il a de d itérant, depuis que tu l'a laissez.11 souhaite autan que moy, ce n'est pas peut dire, avoir le plaisir de te voir avan peut d'année, et t'assure que je ne désire de vivre que pour cela et pour ma chère petite, qui faite l'admiration de Blois.Elle a aussy tous ce qu'il faut pour plaire.Tu juge aisaiment que je suit bien contente de tous cela.Mais que je le serès, aimable Fils, sy je pouvez t'embrasser et de convincre des santiment d'atechement que j'orez toute ma vie pour toy et que je suis pour la vie ta tandre Mère.\u2014(s.) Rocber Begon.[D'une autre écriture] Mon très cher Père,\u2014Quel plaisir, cher Minète, de trouvère souvent l'ocation de t'écrireI Je ne le trouve jamais asé, mais nous ne recevont jemais de tes nouvelle: ce qui me fasce boucou.Nous some arivé à Blois que n'es pas une ville des plus joli que que que Québec, car il l'i as toujour à monter.Cependant gel a trouve plus joli que Rochefort, car il sont tous orguilieux et, icis, on me fait milles carèce.Nous svont baucoup trouvé de paran et nous avons fait boucou de vigite, dont Maman et mois êtes boucou fatiqué.Adieu, cher Mine.Je suis, avec un tree profont respait, mon très cher Père, vottrès humble étrès obéisante soumisefillcetservant\u2014(s.) Begon Villebois.A Blois, le 11 aoust 1750.\u2014Je t'ay escrit, cher Fils, depuis mon arivé issy, 11 y a quelque jours; M.de Givry m'ayan mandé de luy adresser mes lètre, je l'ay faite.Je suis très datez que M.de Vérigny me donne encor cession de pouvoir te donné de nos nouvelles.Mon cher Père et notre chère petite ce porte on ne peut pas mieux.Nous nous préparons à retourné dans quinze jour à Rochefort où j'espère estre tranquille et continué mon journalle que j'ay abandonné.Je suis, mon très cher Fils, bien contente d'avoir trouvé, à mon retoure d'une campagne de quinze jours, des lètre de toy, une du 10 mars et l'autre du 1** juin.Tu me rendra justice quand tu sera perssuedé que c'es tous ce qui peut me dédomager de ton absence.Je ne puis y répondre pour le présan, estante issy en l'air et fort mal logez pour travel 1er.J'ay faite ta visite ARCHIVES DE QUÉBEC 239 de nos tère et m'an tiendre à te dire que tu a toujours, comme nous, été trop boa.mail c'est une chose faite.Il ne faut plus chercher qu'à t'an défaire, sy tu veux m'an croire, or que tu ne sois d'humeure à y mètre bien de l'argen, ce qui ne te con vien point.J'atandré la réponsse que je t'ay demandé par ma précédante.Je t'ay escrit de la Rochelle, cher Fils, et t'ay déjà recomande les intérès de M.de Vérigny.Je le fais de nouvaux et te prie de luy randre tous les service qui dépendrons te toy.Il est obligez d'anvoyer un homme pour terminé cèse affaire, qui luy coûtera beaucoup et il est très malheureux que cet hones te homme ait afaire à un coquin avec lequelle il cour risque de perdre une grosse somme, sy tu ne luy aide.Tu scay que faon droit en a besoin et que les jeans éloigné ce moque souvent de nous.Inssy, mon cher Fils, fait donc ce que ton bon coeur te dira.Ce comis te remettent ma lètre et t'instruira de l'affaire pour laquelle je te prie de faire atanssion et de randre justice.Je t'an orez, aimable Fils, autan d'obligation que sy tu travel ies pour moy, M.de Vérigny estant de nos entaient amis de la marine que j'ey veu à Québec.Adieu, mon très cher Fils.Je t'embrasse de tous mon cœur et suis pour la vie ta tandre et bonne Mère.\u2014 (a.) Rocber Begon.Mon cher Père est désolé de ne pouvoir Vescrire, mais la main luy tremble sy fort qu'il ne le peut.C'est tous ce qu'il a de changement depuis ton départ.Il t'aime et moy aussy autant que nous l'avons faite et ne respirons qu'au moment qui nous réunira.Car je ne m'acoutumerez jamais à estre séparez de toy, ny de mon cher petit Villebois, qui ce portes à merveillie avan tuer, ayan receu une lètre du Père Mes-saigé.Adieu, cher Fils.Aime ta pauvre Mère autant qu'elle t'aime et piaint-la.[Au dessous, d'une autre écriture.) Mon très cher Père,\u2014Quel plaisir de recevoir de tes cher nouvelle! Maman étés à la campagne, can on a porta de la poste ta cher lètre que je gardé, bin inpaciante qu'elle rev in pour avoir de tes nouvelle.J'an pleuré de la peur que j'avès qu'elle ne re vin point ce jour là et que je n'eu pas de tes nouvelle tou ositO.Un car d'eur après, on me vin dire qu'el étés arivé.J'a m'an fus vite où ell étés et je luis donné ta lètre.Quel plaisir, cherMinète, can je sus que tu te portés bien I Mes j'an orès usancor bin nuls si tu avès mandé que tu revindrès bintô.Mes tu ne mande jamès sa, ce qui m'a fâché boucou.Anvoi mois, je t'an pris, un petit nègre ou bin amène les toi même, sa me feras bin plus de plaisir.Adieu, cher Minète.Je suis, avec.un très profont respait, mon très cher Père, vôtres humble et très obéisante soumise Fille et servante.\u2014 (s.) Begon de Villebois.A Rochefort, le 14 septe* 1750.\u2014U y a tantos 3 mois, mon très cher Fils, que le Para name est prest à partire et ne l'est point encor.Je profite, toujours avec le même plaisir, de son retardement pour te donner de nos nouvelles qui sont, grâce au Seigneur, toujours bonne.Nous somme de retour issy du 7 de ce mois, après avoir été 8 jours dans la route de Q lois à la Rochelle avec des chaleure mortelle, le vé tous les jours à 3 heure du matin et couches bien tare.Je craignes fort que cela n'incommodfl mon cher Père et ta Fille, mais nous en avons été quitte pour un peut de fatique, et somme à présan bien reposez.J'ay passez, cher Fils, 7 semaine à Blois.Je t'ay déjà mandé le chagrin que j'evès eu d'y trouvé des tère aussy délabré et desquelle je ne doit espéré que plus de dé pansse que de revenue.J'y ay même trouvé que les deux mille quatre cent livre que M.de Toul devès nous donné est un présan qu'il faite à M*11\" Bégon, et il me charge de luy en tenire comte sur mon revenue.Je n'ay pas eu la goulle morte, comme tu pansse, et ay dit à Mell° Bégon tous ce que je pansées sur ce retoure auquel le je ne devès point m'a tandre, n'ayan donné cette somme qu'une fols et, sur ce qu'il t'avès mandé, je ne devès pas pansser qu'il me fis payé cela.J'ay faite mon billet à Mslle Bégon pour prendre, sur le revenue des tère, cette somme et l'ay priez de ne le prendre quand deux ans, afin d'avoir au moins de quoy y pouvoir faire les tra veaux indispanssable.Nous somme bien mal traitez, mon cher Fils, de ce cautez-Ià.Je ne scay sy nous serons plus heureux alieur.Lea vigne sont fort gâtez et peut d'espérance.Je crains bien de trouvé le vie bien dure issy, où toute est grandement cher, et les voyage que j'ay faite m'on ruinez.Tu pansse bien que j'ay escrit à M.de Toul à ce sujest, ce que je luy traite bien délicattement, et j'en ay escrit aussy à M.de la Galissonière, à qui je dit tous ce que j'ay sur le cœur.C'est toute ma conssolation issy que ce cher neveux.Je suis perseuadé que, s'il trouve ocesion de te randre service, qu'il le fera avec plaisir.11 travaille actuellement au limitte du Canada.Lea commissaire englois sont arivez à Verssail ie le 19 aoust.On mande de Canada que les payis d'An Haul son perdu, que les Englois sont maître des Mlaamia et qu'ils ont traitez à la porte du Détroit.Je n'an ay point eu de lètre, mais Pecaud, de la Rochelle, m'a dit que le Canada estest un payis perdu, puisqu'il n'y avès plus de comersse que pour les pr\".U y a eu bien delà mortalitez, à ce qu'il dit: M.de Beaucour, M.de la Verandry, Senneville et sa Femme, Lisette Ramezay, et 7 ou 800 autres qu'on ne nome point.Je ne sçay trop, mon cher Fils, sy je t'ay escrit depuis que j'ay receu tes deux dernière lètre, l'une du 10 mars, l'autre du 1er juin, car les frayeurs et fatique des voyage m'ont otez toute à faite la mémoire.Mais je ne ferez point d'exès en te rcnouvellan la satisfaction que j'ay eu en les recevan, estante tous ce qui peut, aimable Fils, adoussir la peine que j'ay de ton absence.J'ay faite part, comme tu pansse, à mon cher Père, des bontez que tu a pour la Morandière.Je t'avès bien marqué le peut d'éducaaaion de ce pauvre enfant, et je souhaite qu'il profite du bien que tu luy fais.Je n'ay pu luy envoyer plus tost ces barde, mais ton bon cœur ne luy laisse manquer de rien.Je ne doute point que le Seigneur ne te récompance de tousle bien que tu fais.Tu a raison, cher Fils, de pansser que nous estions à plaindre dans la traverssez, 240 ARCHIVES DE QUEBEC non pu par la malaise ny par la maladie.M™' Olivier te l'a dit, malt par l'éfroy que j'y ay eu et la paine que j'avès d'y voir la chère petite autsy rnalade.Mala elle ne a*an eanc plue et eet plus maline que jamais.Le voyage de Bloisl'a encor gates par toute les caresse qu'elle a eu de tous sou cousinage, de toute 1s famille de M.de Cnatule.Elle a été égallcment gâtez à la Rochelle de Mm° de Beaumont.On la gatte partoute.Je crois qu'elle sera bletttoat perdu sy on y met ordre.Qui l'y mènera ?Je n'an scay rien.Tu scay qu'il est d insaille de la grondé.Ton cher Frire de Breste a passes à Blois quelque jours a van notre depart, qui luy a apartés de Paris un ajustement très joly en coifure, tablier, en enga jante.U a une commission fort grassieuse dans la tournée des glasse qu'il va faire à la place de M.de Restant.Il doit venire issy passer un mois, ft ce qu'il m'a dit, et m'a promie de passer ce temt avec nous.Sans conter qu'il est ton Frère, c'est un aimable homme; et Frère d'un Fila aussy cher, c'est un titre pour moy.Je pansse qu'il fora escrit, et nous parlerons assurément de toy toute A notre aise.Adieu, cher Fils.U mut partager mes lètre ft tous ceux qui m'an demande.Inssy, je finie en te prian de ménagé ta santés et d'aimer ta pauvre et très tandre Mère.\u2014(a.) Rocdeh Begon.A Rochefort, te 1S septembre 1750.\u2014Tous ceux qui vont en ton payis, cher Fils, vétille que je leurs donne une lètre pour toy: ce qui ne me fâche assurément point, n'ayan paa de satisfaction plus véritable, ne pouvant te voir, que celle de t'assurer de toute mon amities et de te dire des nouvelles de notre chère Fille que le Père jésuite, ft qui je donne cette lètre et que je te reromande, te dira comme elle eat.11 a voulu que je luy doua aa grandeure, afin de te le dire au juste.Cest un de cèse admirateurs, car cette demoiselle en a de tous es tas e t de toute espèce.Son portraite est bien ressemblant, mais trop sérieux.Il a été inpossi-ble de la faire rire.Elle s'anuyès trop d'estre tranquille, carelle est aussy vive que tu l'a laissez au moins et causeuse à proportion.Quoy, cher Fils, tu est encor à la paine de faire dea bilietsl Que je te plaints et que sy j'estèa maltresse, que tusortirèabientostde ce vilaine endroit! Tu a fort bien faite de loué une Donne maison.Il faut estre logcsct noury, car, malgré ma rrusarre, j'ay la plus joly maison d'issy.Pourveu qu'on me la laisse! Car elle est bien anviez.Je souhaite, cher Fils, que l'établissement de ta métcrie te donne plus de revenue que celle que j'ay ft Blois, mais je ne te crois pu asses Intéresses pour faire plus de fortune dans ce pay is-là que tu en a faite en Canada.Tu doit cepandant pansse qu'il ne faut pu estre dupe et que tu est asses malheureux d'estre éloignes de ta famille et moy asses malheureuse d'an estre séparé, pour devoir profiter de tous les avantage que tu peut avoir.Au reste, comme tu dit, aimable Fils, tu te porte bien, c'es le prinssipalle et\" tous ce que je puis souhaiter pour le présan.Mais je trouve que tu est trop longtemt aàn manger.Il ne faut pas souper.Mais je voudrès que tu prie quelque chose avan de te coucher, et je crois que tu de vi en fort ménager de n'avoir du rocade qu'une foie le jours ft manger chez toy.11 est sertainque tu gagne cent pour cent, mais peut estre mange tu dans le dinay ce que tu ferès en deux repas.Fais toujours, cber Fils, pourveu que ta santés sois bonne et que tu aime ta pauvre Mère, je seres contente.Mon cher Père est au désespoir de ne pouvoir t'escrire, la main luy tramble trop, et cela le chagrine trop pourrie roe pu faire de paine, et luy ay dit que tu n'estes pas de ces enfans suceptible et que tu ne l'en aimerèfl pas moins, lorsque tu sorèsl'inpossibilitez; car je puis t'assurer qu'il t'aime autan qu'il m'aime.Ce n'est pu peut dire, comme tu scay.' il me dit de te faire milles amities de sa part et il les faite ft notre chère petite qu'il gate toute à son aise, et n'ose 1s reprandre devant luy, car il me gronde.Tu a bien raison de dire qu'il n'y a rien de sy heureux que la famille Vaudreuil.Je vois de tous cautes qu'U réussisse ft tous ce qu'il entreprenne.Je t'exorte, cher Fils, ft bien vivre avec eux et à leurs passer tous ce que tu poura, estant très triste de vivre mal, dans un petit endroit comme celuy-lft, avec une perssonne avec qui on est obligez de travalier journellement.Je scay qu'il en coûte, mais il faut sacrifier quelque chose.Mmo de Rigaud est grosse, ft ce que m'a dit son Frère, et j'ay oublies ft te mandé que M.de Coulon ut mort, ft ce que l'on dit, mais la femme en ora un troisième et on assure qu'elle s'an est conssolê.Tu a dû voir, cher Fils, que tu avis des parant et des amis, n'ayan pu manques une ocasion, ft ma connoissance, san t'escrire, et l'ay faite ft mon arivé.Tu te plain trop tost, et suis sort contente que M.de Vaudreuil l'ait mandé ft son Frère.Je n'estes point ft portez de le faire moy-même, et tu serès bien grognon sy tu n'estes pu content de moy.Je ne travaille que pour cela, t'assuran que tu m'est plus cher que je ne puis dire.J'ay eu des nouvelles de ton FUs qui ce porte fort bien.Le Père Messaiger m'an escrit souvent.Ton Frère l'a veu depuiaquinse jourset m'aditqu'ilestetgrandetfortjoly.Syj'us resté 5 Blois, jel'orès fait venir pour les vacansse, mais j'ay crue devoir profiter du beau temt et des grand jours pour revenir; et, sy mon FUs efit eu quatre ans de plus, j'y serès restez.Mais U n'est point encor asses raisonable pour l'abandonné, joint a ce que je ne vois point qu'on ce presce à me randre service issy.Je suiB fort dégoûtez de tous cèse end rois.J'a tanderez ta réponsae bour nos tère de Blois et dea nouvelles de la récolte de cette année qui n'a pu grande aparance.J'ay tous remie entre les mains de M.Manil, notaire de M.de Chtverny, notre voisin, que M*1'* Bégon m'a dit estre fort honeste homme.Il m'a promie d'y donné tous ces soins.Je ne scay ft quoy ils ont mis le revenue depuis que tu a faite cette arangement, car il ne parés aucune réparation et il n'y a rien.Je n'ay voulu avoir aucune dificultez et j'ay finie comme M*\"* Bégon a voulu.Pour l'avenir, je ne seres point assurément aussy dessille et te répetterez que je crains bien que ces tère ne nous sois plus a charge que profitable, joint ft ce que ny toy, ny tes enfans, ny le mien, ne t'établiront jamais dans cet endroit et qu'il y a trop loin des port pour y avoirl'ceye, comme le demande des bien en vignes.Je vois par ta litre. ARCHIVES DE QUÉBEC 241 cher Fils, du pr juin, que tu commence à estre plus tranquille sur notre conte, puisque tu a receu les lètre que je t'ay escrit en arivant.Il y en a bien d'autre que tu recevera et qui es te t écrit avant.Je les marquerez à l'avenir afin de savoir sy tu les reçois.Tu a raison de pansser que notre Tilly trouve du changement.Je la plain et Je t'ay mandé de la fasson dont j'ay été receu lorsque je l'ay demandé.Ceux qui t'escrive, cher Fils, que jedoitalerà Rloisnc ce sont pas trompez.Il falès faire ce voyage.Mais, pour celuy de Paris, où je n'ay point connue d'utilitex pour ma famille, je n'ay pas panssez qu'il falut commencé à chercher ft me satisfaire uniquement et dépansser de l'argent pour voir seulement Paris.Reconnol&sès-tu ta pauvre petite Mère en cette coursse ?Sy tu y avès été, rien ne m'orès retenue et je puis te dire que l'acaud à faite tous son possible pour m'y engajer et n'a ménagez ny terme ny raison pour m'angajer à faire ce voyage.J'ay résistez à toute, et n'irez que lorsque je croire y estre u tille.Le raison aère toujours mon guide et n'ay pas besoin de faire de dépansse inutil le.Je vie issy très retirez, ocupez uniquement de l'éducation de nos t re chère petite, à qui j'aprend et faite a prendre tous ce que je puis, à regretter tous ce que j'ay perdu et à santire toute la peine d'estre éloigné de toy.Sy tost que je pourez aler à Bordeaux, je le ferez, je t'assure, pour y mené notre petite, persauadé qu'elle s'y fera bien aimer.En relisans tes lètre, cher Fils, pour y répondre, je vois toujours avec paine que le peut d'éducasion de la Morandière te donne des ocasions de dépansse, maie ton bon cœur te fais passer sur tous cela.J'espère qu'il profitera de tes bonlex dont je te demande, cher Fils, la continuation.J'an ay escrit ft son Père et ft sa Mère de la bonne fasson et crois qu'il le sentirons.Il faut, aimable Fils, ne point épargné les corectionset le traiter comme t'apar tenant; nous t'an orons obligations et luy aussy, quand il sera raisonable.Permets que je te le recommande.Je le trouve très heureux de ce que tu l'a bien voulu a tirer près de toy.Je suis aussy datez que toy des nouvelles que l'on te mande de mon cher petit Villebois.Je souhaite que l'on t'an donne de même de ma petite, à laquelle je donne toute mesatentions.Elle n'a paseté trop contente de ce qucl'on t'a dit qu'elle estes mu tine.J'espère que ces petits défauta passerons.Elle en a peut.J'ay faite des reproche & M.de Givry de ne te paa donner des nouvelles autan qu'il le pourès.Il m'a dit t'a voir fait par de toute.C'est un monsieur qui, je crois, aime cèse aise et peut ft ce fatique.Je luy ay faite voir, ces jours issy, que j'estès maline, sur la dificultez que l'on fezèe d'embarquer quelque chose que Goguette voulès t'anvoyer.Je leurs dit qu'il es te t honteux qu'il falus sol issi ter pour toy et que tu devès estre servie comme M.de Vaudreuil et qu'une autre année, je sorès avoir des ordre du ministre pour embarqué ce qui estes pour toy, sy on fezèe quelque dificultez.On prend toute et je t'assure qu'il fons bien, car je ne leurs pardonnerès pas.Tu est assez malheureux d'estre dans ce maussade payis pour t'y donné au moins les dousseurs nécessaire.M.Genioux me parés fort de tes amis inssy que M.de Givry et leurs fais en consséquence bien des emitiez.Je n'ay veu M.l'Intandan qu'une fois et ne puis t'an rien dire.Il est arrivez issy comme je partes pour Blois, et n'y ay été que depuis mon retour.Mm* son épouse est venue le trouver qui est vie lie, mais qui parest une fort aimable persaone.11 m'on faits tous deux beaucoup de politesse.En voilft assez, cher Fils, pour cette fois.Je te demande de ne point oublier ta malheureuse Mère et de m'almer autant que je t'aime.Conte sur toute ma tan dresse pour ta Fille.Elle couche dans un petit lit près de moy et ne me laisse point.Noua ne craignons point les fièvre, nous vivons sobrement et ft notre ordinaire, et n'avons encor eu aucunne incomoditez.Mon cher Père seul me donne de l'inquiétude, par les année, car, du reste, il ce porte comme tu l'a veu.Adieu, cher et aimable Fil.Je t'embrasse issy, ne le pouvan faire autrement, du melieure de mon cœur, et t'assure que je Buis pour la vie ta tandre Mère.\u2014(s.) Rocber Begon.A Rochefort, le 16 sep0.Donne moi de tes nouvelles par tou t c les ocasions.A Rochefort, le 19 sepb™ 1750.\u2014J'ay receu il y a 3 jours, mon très cher Fils, la lètre que tu me faisleplaiairdem'escriredu3 juliet.C'est, je croy, ce que je puis avoir de plus nouvau de ton payis.Aussy puis je t'assure que c'est tous ce qui me peut dédomagé de ton absence.Je suis fort aise que tu aye receu une party des mienne.Il est malheureux que celle que j'avès envoyé ft M.de Roe tant ne te sois point parvenue.Jesuisètonnédece que tume marque n'avoirpoint eudelètre parles vaissaux party de la Rochelle, n'ayan point manquez d'ocasion san t'escrire.Et, cette année, je ferez mieux: car je marquerez toute les lètre et vaissaux ft qui j'an donnerez.Je t'ay faite très exactement la relation de notre voyage et n'ay, je crois, rien oubliez.Peut estre en aije escrit assez pour t'anuyer; mais il faut me le pardoné, n'ayan d'autre conssolation que celle de t'assurer que tu est ce que j'ay de plus chère.Je ne sçay sy les projès fait pour ton pay is ont été bien exécutez et sy on faite pour cette colony tous ce que l'on avès promie.Je sçay qu'on y a envoyez bien de vaurien, qui te donnerons peut estre de l'ouvrage.Ce n'est pas, selon moy, ce qu'il y faudret.Tu pansse bien, cher Fils, que je serès bien datez que l'on voulu te donner le grade d'Intendant.Il y a long temt que tu l'a méritez! Je ne doute nullement que, sy M.de la Galissonière peut te randre service, qu'il ne le fasse avec grand plaisir.Je scay comme il pansse sur ton conte.Je luy ay escrit en luy envoy an la lètre que tu m'adresse, et luy recomande tes in terès de mon mieux.Je t'ay mandé son avancement, et ne scay comme tu me fais des reproche à ce sujet, inssy que la Commission où il travaille actuellement pour les limit te de Canada.U est sertain que le ministre n'a rien voulu faire pour tous ce qui dépend du Canada san luy; j'an ay des preuve par plusieur perssonne qui ce sont adressez ft moy pour luy demandé quelque chose, et que j'ay su avoir été acordé.Je profiterez de l'avie que tu me donne pour les fruits de 1« 242 ARCHIVES DE QUÉBEC Rochefort, où nous nous portons tous aussy bien quand Canada, mais j'ay payé ceux de Blois, et mon cher Père aussy.Il n'y a que notre petite qui a consaervé une parfaite santez.J'espère, qu'avec le ménage-ment avec iequelle nous vivons, que nous ne .serons point malade.J'ay receu, ce matin, une lètre de ta chère Sœur qui me mande qu'il part un vaissau pour ton payis et je conte que cet te lètre ira parson ocasion.M.le Contrauleure de Breste est avec elle, qui san douté t'escrira.Elle me mande que toute la famille est en parfaite santez.Je t'ay déjà mandé que j'ores eu bien du plaisir à les aler voir, mais nous avons trop voyagé cette année et suis ruiné et fatique, joint à ce que j'atan ton cher Frère qui doit venire issy dans peut, et m'a dit qu'il y passeras au moins un mois.Tu pansse bien que je ne le laisserez pas aie alieure qui'ssy.ou noua nous broulierons, et que tu fera souvent les plus doux moments de nos entretien.Qu'il est dure, aimable Fils, d'estre séparé! J'an sanc tous le pois et ne puis m'y acoutumer.Tu me demande l'idé de M.Begon d'avoir mis son Cousin dans les garde pavillon.L'idé eat pour luy seule et pour avoir quatre sois de plus que les garde marine.M.de la Galissonière n'an a pas été plus content que moy et il m'avet faite escrire une lètre au ministre pour le faire rester dans les garde marine à Rochefort, en luy fezan santir que j'avès tous laissez pour venir vellie à la conduite de mon Fils.Cette lètre m'a pansées broulié avec M.Begon, à qui san doute le ministre en paria; mais, comme c'es tes M.de la Galissonière qui mel'avèa faite, il a aussy remédiez à toute et M.Begon c'es radoussy et a cherchez à faire rester cet enfans auprès de moy.C'est un seigneur de difissille accès et qui ne ce livre pas volontiers.M.de Givry m'a assurez t'a voir escrit.Je l'ay veu un instant issy depuis mon retour et une fois chez luy, je te l'ay marqué, pour f a ire embarquer quelque chose que Goguet avet pour toy.Le voyage que notre petite a faite à Blois l'a un peut radoussy pour le rouge.Elle dit à présan que sy elle estes paslle, qu'elle en metteret un peut pour n'enrayer perssonne, parce qu'elle pansse que cela peut faire de la paine de voir quelqu'un d'une pflleure extroredinaire.Tu voiB que nous noua aprivoison volontiers avec tous.Elle a veu d'aimable perssonne, ces parante, à Blois, très bar bouliez et très joly.Cela luy a plue, mais je sçay dire de belle chose à Ce sujet.De plus, elle a le tin beau et n'a pas besoin de rien emprunter de l'ar.Elle eat grande pour son âge, ce tien bien et romance à bien dansser.Elle n'escrit pas bien, mais c'est la faute du maître peut estre.Elle Ht bien, et la gatte asses pour luy avoir donné beaucoup de bon livre qu'elle dévore et qui m'on coûtes, à ce que je luy dit, plus qu'elle ne vaux, mais elle n'est dupe de rien.Elle a de la mémoire et sy j'avès un maître, elle t'escr irès en la tin l'année prochaine, mais il n'y a perssonne issy qui valie.Sy tu a du plaisir d'avoir des nouvelles grassieuse de mon cher Villebois, je n'an suis pas moins datez assurément, et je scay que M.de Rostant et lea tante luy font quelquefois des reproche.Tu pansse bien que je ne les épargne point et j'ay toute les semaine de ces nouvelle par le Père Mesaiger qui a bien de l'amitiez pour luy.Je ne SOrès trop, mon très cher Fils, te marquer combien mon cher Père et moy somme sanssible à toute les bontés que tu a pour la Morandière.J'espère que tu en fera quelque chose et le vray moyen est celuy que tuprand, qui est de rocupé et lë coriger lorsqu'il fera quelque chose et le faire san méaéricorde.Il t'an ora dans la suite obligation et nous aussy.Je suis fort aise que tu ait mégrie, pourveu que tu dise vray, cher Fils, que tu te porte bien.Nous avons aussy diminué, mon cher Père et moy, je ne sçay d'où vien.Je te remerssy d'avance du tabac que tu me promets, surtout de l'Espagne, car M.de la Galissonière est cause que je n'ay point aporté le mien.Mme Cugnet en a profitez, dont je n'ay point été fâchez.Je t'ay demandé un peut de rite que je conte que tu m'anvesra.Tu vera, a van la fin de l'année, qu'il ne faut pas m'exiter à te done de mes nouvelles, le jésuite qui va en ton pay U estant chargez de mon journalle que je recommancerez inssessament.Et sois bien perssuadez, mon très cher Fils, que je n'ay d'autre plaisir éloigné de toy que celuy de pouvoir t'assurer de toute mon amities et te demander la tiène qui m'est assurément très chère et à mon cher Père aussy, pou van t'assurer qu'il t'aime tendrement, et son grand chagrin est de ne pouvoir t'escrire aussy souvent qu'il le voudret: la main luy tremble beaucoup.C'est aussy tous ce qu'il a de plus que quand tu l'a laissez, ce portant à merveille et regretant toujours Mme d'Echambeaui, Mater et Catin.II aimerès mieux Blois que cesy, où l'on vie avec moins de sérémcmalie, car issy c'est une pitiez: Us n'ont que leurs noblesse et leurs seigneurie en teste et d'une hauteurs inasuportable.Nos plus proche n'an sont [pas] plus exemt que les autre, ce qui déplaît fort à mon cher Père qui aime la vie simple et uny.Notre Tilly parés peut contente.Elle ne sort point d'auprès de sa Mère qui est toujours bien malade, selon moy, toussa n et crachan toujours, et souven crache du sanc, meigre comme une é tique et grognan toujours contre cèse enfans, qui ne me paroisse pas luy estre fort a taché.Je la vois tous les jours à l'ordinaire.Du 20.\u2014Je t'ay escrit, cher Fils, par le Parahame, un paquet, et une petite lètre par le jésuite, une par le comandan de Ilinois, qui est M.Macarty, et une que j'avès laissez à Gogette a van mon départ pour Blois, car U y a 4 mois que ce vaissaux par, à ce que l'on dit.Je t'ay escrit aussy par M.de Givry qui, à Blois, de demanda des lètre pour toy inssy que M.de Vérigny, qui envois un vaissaux dans ton payis.Je reçois, dans le moment, un paquet de toy du 26 juin 1749, qui vien aparament de Canada.J'y vois, cher Fils, avec autan de plaisir les marque d'amitiez que tu me donne que sy elles estes nouvelles.Mon cher Père et notre chère Fille n'an ont pas moins.Elle t'escr it et la laisse faire, afin qu'elle aprène.Elle te dit tous ce qu'elle veux, et puis t'assurer que cette chère enfant t'es bien ataches.Elle pleure de jois toute les fois que je reçois de tes lètre.Elle les baise avec autant de tendresse qu'elle le ferès sy elle te tenès.J'an ferès bien autant, je t'assure, cher FUa.Adieu, car on a tan ma lètre, c'est un garde de M.de Rostan. ARCHIVES DE QUÉBEC 243 J'espère que tu me rccommand era A ce cher Oncle et A ta Sœur et A M.le Normand, puisqu'il est de tes amis.On peut avoir besoin de ce monsieur quelquefois.Adieu, mon très cher Fils.Conseerve ta santez, je t'en suplie, et me done de tes nouvelles.Je t'eacrirez par un vaissaux qui par d'issy dan peut.Aime ta pauvre Mère et conte sur toute sa tandresse qui ne finira qu'avec moy.\u2014(s.) Rocber Begon.A Rochefort le 25 sepbre 1750.\u2014Je suis désolé mon très cher fils, ce miserable parahame ne part point il me semble que ce seret une conssolation pour moy de le voir te porter promtement de nos nouvelles perssuadé qu'elle te font autant de plaisir que nous en avons a recevoir des tienne, les dernière que j'ay eu de toy sont du 26 juin 1749.Quelque enssienne qu'elle sois, elle me sont aussy chère, puisque j'y vols toute les marque d'amitiez que tu me donne avec autant de plaisir que sy cela estes tous nouvaux.Je suis très fiâtes que tu aye receu, A ton arivé en ton beau payis, les lètre que je t'avès escrit là première anné de ton départ.Tu en bra reçu quanti tez d'autre de l'anée dernière a van mon départ de Canada.J'espère, mon cher Fils, que ta ressemblance au Messy ne sera pas suivie en toute et que, quand on te connottera dans le payis que tu abi te, tu y sera autant aimez que tu l'a été en Canada où je suis sûr que tous les hones te jeans te regretterons toujours.Tu est fâchez, à ce que tu dit, cber Fils, de ne pouvoir répondre à mes lètre exactement.Je t'en dispance, pourveu que tu me dise les avoir receu et jettez au feux.C'es tous ce que j'exige, sur toute mon journal.Mes escrits ne sont fais que pour toy.Inssy, ne les garde point, je te prie.J'an ay trop trouvé dans tes papier pour ne pas me faire faire des reflections.Tu ne veux pas, cher Fils, que j'aye d'inquiétude sur ta santés.J'an avès lorsqu'il n'y avès qu'un planché qui nous séparés.Juge sy je puis prandre sur moy de n'an point avoir, aussy éloigné.Il faudrèa me refondre pour cela ou t'aimer moins que je ne faié.Je ne suis point fâches de ce que tu a diminué.J'an ay faite autan depuis mon départ de Canada, j'ay diminué beaucoup et mon cher Père aussy.A la véri tez, nous n'avons guère eu de repos depuis un ans, toujours en voyage et voyage assez dure, tan par ce qu'il coûte que par la malaise etde ce levé matin.La petite a soutenue toute A merveillie sur tère.Elle grandie tous les jours et a toujours autant d'esprit que de malice.Je serès fort aise que tu luy fasse quelque lessons but un peut de hauteure qu'elle a, et peut dosaille à ce que je luy dit à ce sujet.A cela près, c'est une joly enfant.Tu pansse bien que nous y donnons toute notre atanaslons.Elle est aimé et chérie.C'est toute ma compagnie et ma conssolation jusqu'à ton retour que j \"atand ré avec inpassience.Tu veux que je consaervé ma santez et notre petite: ce sont les deux point qui te touche le plus, cher Fils, A ce que tu dit.Je le crois assurément, tu m'an a toujours donnez dea preuves; mais consaervé aussy la tienne qui nous est infiniment chère et ne fais pas manger ton bien en ce vilain payis.M.de Vaudreuil m'a dit que son Frère luy marqués que, sy tu continués A vivre comme tu fezès, que tu ma [ni gérés le revenue et le fonds.Je pansse bien qu'il crois te faire un compliment, car il fais grandement ton éloge, dont je suis très contente, puisqu'il serès malheureux d'être dans un endroit comme celuy 1A sans union.Je ne puis m'aquiter de la commission que tu me donne d'embrasser Mater; nous somme trop loin.Je crois même qu'on ne pansse plus à nous en Canada.Il en est arivé 2 vaissaux-marchand et une frégatte du Roy sans voir eu aucunne nouvelle de qui que ce soi t, don t je suis assez fâchez, ayan besoin de quelque ressource que j'ay encor en ce pay is en deb te, que je conte que l'on me payera cette année/car issy je n'ay rien A y espérer que l'anée prochaine.Encor faut il que le Bon Dieu bénisse les vigne d'une fasson bien particulière et, sy je suis dans un beau payis pour le dimats, j'y trouve aussy bien de la diférance pour l'aisance de la vie.Quelle diférance, cher Fils, de celle que je mène aujourd'huy à celle que je menés il y a quatre ans! Sy tu estes issy, je me conssolerès de toute, mais c'est trop à la fois.Tu me dit de nous dire ce que nous panssons.Tu vois que je le fais aussy, c'est tous ce qui me conssolle, car je t'avouré que j'ay bien des moments où je ne suis guère maîtresse de ne me pas laisser aie à toute ma paine, mais le publique ne s'an aperçois que dans mes meuble, car je ne ma plaint point.Malgré mon peut d'ésance, je ne ménage rien pour l'éducation de notre chère petite.Elle aprand toujours à dansser et elle a un maître pouri'aritmétique.Pour le resté, c'es toujours moy.Sy il vien quelque maître de musique, je luy ferez aprandre.Il n'y en a point, dont je suis très fâchez, non plus que d'aucun instrument.J'ay eu des nouvelles de mon cher Villebois qui ce portés bien, il y a quatre jours, et aprand toujours bien.J'avès priez le Père Messaiger de l'envoyé voir M.de la Galissonière et M.Begon.II ne l'ont point encor faite, mais il me promets que cela sera insséssam'en.Adieu, car je ne crois pas que l'on parte encor sy tost.Je n'ay cepandant pas voulu commancé mon journal dans l'espérance de trouver ocasion de t'escrire encor.Je t'ay escrit la dernière fois par un vaisseau de Bordeaux, que ta chère Sœur m'a escrit devoir partire bien-tost.Adieu, pour aujourd'huy.Le per octobre 1750.\u2014Je n'ay rien eu de nouvau à te dire tous ces jours issy, cher Fils.Le cher de Beauharnois est en rade depuis 8 jours, qui va en Begon à S1 Dominque, et nous somme seul par conssé-quand.M.de la Joncaire Cabanac estes nomé en troisième, mais il a trouvé cela trop dure après avoir comandé, et il est malade et n'anbarquera pas selon toute les aparance.M.de Vaudruil, qui est issy coman-dant, en l'absance de M.de Mac Nemara, m'a dit qu'il nomerès un autre oficier à sa place, lorsqu'il serès question de partire.Tu vois, cher Fils, que les marins et marins de Rochefort ne change point.Ils me réjouisse souven dans l'âme, car, autrement, je n'oserès, car il faut issy que tous ce fasse dans la grande dignités.Adieu, cher Fils.Voissy dcsincomode. 244 ARCHIVES DE QUÉBEC Le 2 octobre.\u2014Je te laissez hier, cher File, plue tost que je ne voulès et ne panssès pee que l'on dû songer à moy issy.Cependant, j'u des visite, toute l'après dinay, de toute les dames des commissaire et plusieurs oficiers.J'orès mieux aimé passer mon temt A te dire que je t'aime qu'à les recevoir.Ce n'est pas encor là ce qui me tien le plus: c'es qu'il faudra qu'il m'an coûte de l'argen pour les rendre, et c'es ce qui me manque.Sy le Seigneur, en me me tant aussy à l'étroite que Je la suis, me donès encor de bonne jambe et une bonne santez, je prandrès plus volontiers mon pàrty; mais les année ne font que m'afoiblire et je sanc plus que jamais les perte que j'ey faite.Tu en est du nombre.Adieu, cher Fils.11 me serès difissille de continué sur ce ton.Demain, je serez peut estre plus raisonable.Aime moy avec mes défaut.Le 3.\u2014Je vien de m'aperce voir, cher Fila, qu'il fait bon grondé quelquefois nos amie.M.de Givry vien de m'envoyé une ordre de M.l'Intendant pour chercher sur un vaissaux, qui doit partire pour ton payis, 3 tonaux pour toy.J'ay envoyez cette ordre à Goguet afin qu'il y mette ce qu'il a ft toy, et j'irez demain polintenta remerssier M.r Intendant.M™\" son épouse m'es venue voir qui m'a perlé de toy avec beaucoup d'ami tiez et en e felt beaucoup ft notre chère petite.Elle m'a demandé de luy mené et je le ferez aussy.Tu doit pansser, aimable Fils, que c'est me toucher par des endroits bien sanssible en me parlan de toy et fezan dea caresse ft ma Fille.S'il sont de tes amis, il serons des miens, car tous ce qui t'aime m'es bien chère.Tous le monde a issy des lètre de Canada.Nous somme les seuls qui n'en avons point.J'apran que le pauvre M.de Crozil père est mort.C'es Rigaud qui le mande.Il russe cette armée et doit avoir les paquets.Il ce plaint beaucoup de la dépansse qu'il est obligez de faire en son gouvernement et il n'y peut vivre, sy bien que sa Femme est ft Québec et luy aussy, depuis le passage des puissance qui ont été cet hiver & Montréal, où il a été aussy et est redessandu ft Québec ce mois de juin avec eux.Juge sy, dans la paix, avec cent pis toile d'ogucmen tation, Rigaud ne peut vivre, ce que les autre ont pu foire en un temt de guère où il passés du monde tous les jours.Mais c'est ft quoy il ne faut plus pansser.Adieu, cher Fils, aime ta malheureuse Mère autan qu'elle t'aime.Le 5.\u2014C'estest hier, cher Fils, la feste de S1 François et, comme bonne sœur du Tiers Ordre, je passes une party de la journée au Capidnset le reste ft faire quelque visite que je devès dans ce quartier, et regrette beaucoup l'argen qu'il m'en a coûtes.Je vien d'aprandre la mort du pavre M.de Croisil.J'espère qui ayan 3 compagnie vacante, la Morandière en ora peut estre une.J'ay escrit d'avance ft M.de la Galissonière et luy demande de ne le point oublier.Tu pansse bien que je te recommande encor plus fort et, sy il y avèa quelque crédie, je suis perssuadez qu'il l'emploira volontier pour toy.Je scay qu'il t'aime et qu'il a été très content de ce que tu luy avès dit avan ton départ, du moins des connoissance que tu luy avès donnez.Je ne sçay encor quand ces misérable vaissaux partirons; il n'y a point encor d'ordre.Adieu, cher Fils.Je te souhaite une parfaite santez.Aime ta pauvre Mère autant qu'elle t'aime et tu l'aimera beaucoup.Ménage moy ta santez qui est ce que J'ay de plus cher.Adieu, cher et aimable Fils.Le 9.\u2014Volssy enfin les ordre venue, et le capitaine est issy qui m'est venue très poliment demandé ma lètre.C'est un homme qui me parés t'estre fort a taches.Toute la maisoné ce porte ft merveillie.La petite est & la messe et ne t'cscrira point cette fois.Il part une autre vaissaux par lequelle je t'escrires.Mon cher Père te fois milles amitiés.Nous te recomandons, cher Fils, le petit la Morandière.Traite le comme ton Fils et ne luy passe rien.Adieu, aimable Fils.Consserve, je te suplle, ta santez.Donne moy de tes nouvelle et aime ta tandre Mère.\u2014(s.) Rocber Begon.A Rochefort, le 10 oct t lobre 1750.\u2014M'\"* Cachina, comme bien d'autre, mon cher Fils, sont sy perssuadé de ton amltirz pour moy qu'il croye avoir en cette vieillie Mère une belle protection et, pour cet éfet, me Viens demandé des lètre.Moy, qui ne demande pas mieux que de l'assuré de toute mon amities, je travail ie ft l'instant.Enfin, cette dame envois M' son Fils que te remette™ cette lètre pour quel-qu'afaire qu'elle a dans ton payis et je te demande pour luy ta protection et de luy faire quelqu'emitiex.Je te le demande pour l'amour de ta Mère qui t'aime plus que jamais et qui sera toute sa vie ta tandre Mère.\u2014(s.) Rocber Begon.Mon cher Père t'ambrasse et la petite.Je t'ay escrit hier par le capitaine.Adieu, aimable Fila.[D'une autre écriture) Mon cher Père, penné té que j'ey l'oneur de vous esurer de mes respect et de toute ma tendresse et que je vous recommande le fils de madame Gachinerd qui est de nos amis.Adieu, ma cher Mine.Villebois mon Frère se port bien.8* Cahier\u201411 octobre - 23 novembre 1750 - .' '! Le 11 octobre 1750.\u2014Je t'eacrivie hier, cher Fils, parle fils de Mme Gachina, qui pardansle Paraliame, qui te porte autan d'escrits de moy que M.Bouché en a faite en toute sa vie.On vien de me dire que l'autre vaissaux partent avec luy: inssy, je ne pouré exécuter mes projest et vais commance, en atandant quel-qu'aucasion, mon journal, en te disan que nous nous chaufons depuis huit jours comme en Canada.Je t'assure que, sy cela dure, je jureré contre le France, car il en coûte un peut trop issy pour ce préservé du froit.» ARCHIVES DE QUÉBEC 245 Le 12.\u2014Je te laissez hier, cher Fits, plut tost que je n'erès voulu, puisque mon unique plaisir issy est de pouvoir m'anteretenir avec toy; mais il falut aler recevoir des faUquans en visite.Je contes faire bonne Journée en t'escrivan longtemt, estante seule, car la petite fille estes à dîner chez M°1 le victoire La vil le, que tu connois.C'est sa bonne amie et sœur de dame que M.de Givry m'a dit que tu connoissès et avec lesquelles tu passés volontiers ton temt, ce qui faite que Je ne me suis point eposes & cette sossiétez pour ma Petite Fille, Joint à ce que cette enfant est fort douce et fort poly et aimable.Je l'envoie souvent chercher pour dinay et elle passe la Journée issy.Elle cause fort bien et elle m'amuse toute deux.Je ne scay rien de nouvaux.Adieu, cher Fils bien aimes.Le 13.\u2014Bonjour, cher Fils.J'ay travaillez tous le Jours comme une bonne femme de Journée.J'ay montes deux noUÏe et coupé du papier tous le Jours pour col6 demain.Ne me parle point de Rochefort, c'est l'endroit le plus maussade qu'il y ait.Pas un ouvrier qui ait de bon Banc.Il faudrès tous faire soy même et se servire égallement.Je n'ay qu'une chétive petite servante qui ne faite que courire.Encor me dit on que Je suis heureuse de l'avoir! Que J'ay, cher Fila, d'ocasion ft me faire regretter le Canada et le temt que j'y ay passez! Adieu.Je vais me couché, lasse comme un chien, qui t'aime beaucoup.Le 14.\u2014Je ne finirès pas la journée contente sy je ne te dises quelque petite chose.Encor faut il après avoir colé tous le Jours, me donné un pauvre moment de satisfaction et ne la plus trouvé mélieur quan manteretenant avec toy et te disan que notre petite est charmé davoir tripotez avec moy.Elle me dones des papier et Je les apliques sur mes chassis en bas, car je nose monter sur une échelle.C'est Lisette qui fais cette operassion.Nous avons bien colez 8 grande croisé.Juge sy je me suis amusez! Et cepandan, dinay avec notre command an qui est entré comme nous nous metions a table et a demandé sy nous voulions luy donné la soupe qu'il a mangez, telle quelle estes, et notre petite potes avec les pois au lard et une petite fricassez.Ta Fille, qui est glorieuse, nestes pas contente; mais, pour moy, je ne la suis point et jay tra valiez auasy tost que jay eu dinay.En voila assez, je suis lasse et vais me coucher, en te souhaitant une bonne santez et qui tu aime ta Mere autant quelle tairne.Adieu.Le 15.\u2014Bonsoir, cher Fils.Jay encor colez tous le jours et arangez une chambre pour M.le contreau-leure de Breste, que je me fia te avoir le mois prochain.Je seres bien fâche sy il alet loger alieure quavec nous quil doit assurément regardé comme sa famille, puisque nous y somme a tachez comme a la nostre.Quand il ne seres pas ton Frère, cher Fils, les amities quil nous a faite nous donnerès les santiments que nous avons pour luy.Je conte luy escrire ces jours issy et luy manderez que je ne luy pardonnerez de ma vie sy il ne vien pas demeuré avec nous.Jay une fort belle chambre meublé de damas de coton bleui et blanc, un bon lit de mCme, un beau cabinet et une autre pour son valet de chambre et, ail veux des chambre san meuble, il en ora encor deux autre.En voila assez pour aujourdhuy.Je vais me coucher et te souhaite une bonne santez.Adieu, aimable Fils.Le 16.\u2014Je nay de ma vie, cher Fils, été sy lasse et sanc tous le pois de mes année.Que tu aves bien raison de mapeller ta vielle Mere! Il faut estre bien vielie pour ce fatique de sy peut de chose.Je me suis avec cela enrurné comme une malheureuse; maie je nan ay paa moins danvie de te dire que je taime et tu vois que je fais volontiers ce que tu me demande: de nous dire tous ce que nous panasona par escrit sy nous ne pouvons le faire autrement.Adieu.Le 17.\u2014Je te laissez hier, cher Fils, dans un moment ou je voules te dire bien de petite chose.Jay receu une letre de M.de Toul qui me donne le deux milles livre que M*lle Begon avet avancé pour moy, dont jay été très contente, quoique je nan touche rien.Cest toujours deux milles livre de moins & payer et, sy il y a quelque chose sur les tere, je pourez en profiter.Je crois que je norez pas grand revenue, tous le monde ce plaignan des vigne autant dans ton quartier quand le payia blaisois.M e Begon me mande quon ne scay encor rien sur la vandange, mais quelle ce fera un vray plaisir de man instruire.Je scay a quoy man tenire sur tous ces compliments.Adieu, cher Fils.Je te souhaite une bonne santez.Aime ta pauvre Mere.Le 18.\u2014Je fais comme les ouvriez, cher Fils, et me promené les dimanche.Jay passez une party du Jour a faire des visite a piez, comme un chat maigre, pour épargné un ecue.Jay trouvé issy une dame qui faite bien mon afaire: ces Mmo la Tournerie qui est très aimable, de 1 esprit, maline, qui coure quand on veut et reste de même.Son mary est a la Martinique, par congez, estante lieutenant de vaissaux de ce port.Elle est seule avec un fils de 14 ans, qui fais souvent la cour a M011 ° de Villebois; mais ces san consse-quance, car elle est pour les grands.Elle reçoit a merveille les bornage quon luy rand.Je lay mené chez Mm0 Latouche, ta bonne amie, qui en est enchantez.Adieu, cher Fils.Le 19.\u2014Je suis en colesre, cher Fils, contre tous ce que Ion ma tant proné la France.Tous ce qui marive de travers.Je dit: \" Sy jestes en Canada, cela ne mariverea pas.\" Je suis, comme Mme Trémont aujourdhuy a chercher partoute une servante et ne trouve que des torchons qui sont friponne, ivrognesse, &c, voila comme Ion est issy.Je ta voue que je trouve cela plus dure qu'une autre après avoir été comme nous, estions.Ces bien, aimable Fils, pour cette fois que tu ores raison de dire que Je suis une Mere gronon, car quand je pansse que, sy Jestes malade.Je seres abandonné, je ne scay a qui, cela me faite tremblé, non seulement pour moy, mais pour mon cher Père et pour cette chère enfans.Aussy.ne demandes je au Seigneur 246 ARCHIVES DE QUÉBEC que de la santez pour dormer mes soins a ce que jay de chère issy.Voila tous ce que je scay pour aujour-dhuy.Adieu, cher Fila.Aime et plain ta pauvre Mere, qui taime de tous son cceur.Adieu.Le 20.\u2014Bonjour, cher Fils.Je crois que lores volontiers honte de te faire lire toute mes folie; mais tu me dit.en dernier lieux, qui! faut noue dire tous ce que nous rwrrssorw par escrit, puisque nous ne pouvons nous voir.De plus cest aussy.aimable Fils, toute ma consolation de pouvoir te dire un mot tous les jours, ce que je fais le plus au racourasy que je peut car, sy je me croyez, je ne teres autre chose.Rien de nouvaux.On est dans l'atante des ordre de la Cour pour faire partire deux f rega t te, une pour S* Domingue, 1 autre pour la Martinique.On ce plaint de la lanterne de notre ministre, mais cest la mode devoir toujours quelque chose a dire, surtoute dsns ce port.Adieu, cher Fils.Le 21.\u2014Rien du toute de nouvau.La poste est arive et dit que le Roy est ales [a] Choisy.Jay eu une letre de MoUo Begon qui me faite beaucoup demi ties, une du Père Mesaiger, qui me mande que notre cher Fils nrornest de faire de merveiUie, afin de me venir voir en vacensse l'année prochaine, qu'il ce porte au mieux.Tu vois, mon cher Fils, que cet innocent vise de loin de pansser déjà à ces vacance.Il croit qui! ny e qu'un pesdissy a Blois et de Blois a Paris.Je ne crois pas y aler sy tost.Je porterez mes pas ce prin-temt a Bordeaux, ou je conte passer létez avec tes chère Soeur, sy je vois leurs faire plaisir.Adieu, aimable Fils.Je te souhaite une parfaite santez.Aime ta pauvre Mère.Le 22.\u2014Nous somme toujours, cher Fils, dans une tranquillités ennuiyante et voudrès avoir quelque nouvelle à te mander, mais rien du toute.On est à la campagne et le peut de perssonne qui sont issy son for tranquille.Notre Intendant l'est fort pour noua.Il a donnez à manger ft tous le monde, exceptez nous dont, comme tu scay me connoissan, je ne me soussy guère; mais ce sont de cèse oublie qui choque l'honeste-tez, celon moy.On dit que Mm* son Epouse s'annuys fort issy et qu'elle ne respire que sa pattrie et moy je ne soupire qu'après ton retoure, que je désire avec tous l'emprescement imaginable.Adieu, cher Fils.Le 23.\u2014Je te laissez hier, cher Fils, plus tost que je ne voulès, car j'estès en goux de te dire des douceurs et de te faire par de l'envie que j'avès de te revoir.Je pansse que tu roe rand assez de justice pour estre perssùàdez de cette vérités et que je n'ay pas besoin de jurer pour te le faire croire.Mes santiments ne change point avec les année et tu est toujours ce que j'ay de plus chère.Rien de nouveau que l'histoire du grand prévôt de la Rochelle, qui a été tues par un oficicr d'un régiment avec lequelle il evet eu une creUe, U y a 20 ans et, s'étan reconnue, il ce sont batue et le prévôt a été tuez.On l'a enterez et voilà tous ce qui en est arivez.On ne fais pas tant de bruit issy pour un homme mort quand Canada.En voissy plusieurs depuis un ans dont on a rien dit.Cest un plaisir de ce barre issy et de ce tuer soy même.Adieu, cher Fils.En voilà assez.Je te souhaite le bonsoir.Le 24.\u2014Je vien, cher Fils, de recevoir une lètre de Begon, de Tunis, qui me mande que tous le monde ce porte bien, du moins il entend le monde de l'escadre.Il est fort inpassien de revenir et crains toujours d'aler à Breste, dont je ne suis point fâchez.C'est un cession à le tenir plus atantif que cette crainte de ce trouvé séparé de moy, qui en serès dans le fond peut estre plus lâchez que luy, puisque Je sanc mieux que luy à présan la consséquance qu'un enfans de son âge soit avec des perssonne intéressez, ce qui me faite en même temt sentire, mon cher Fils, les obligation que nous t'avons de ce que tu veux bien faire pour le petit la Morandière, que je te recomande.Adieu.Je ne puis t'an dire plus long.Le 25.\u2014Il faite un temt, cher File, des plus vilain.Il pleut à versée, et crois que j'orez tous le temt de me conssolé à t'escrire, ce que je ne puis taire souvent qu'à la hâte, mon cher Père estent seul, et je crains toujours qu'il ne s'annuys et qu'il ne pansse qu'il orès mieux fait de rester en Canada.Il est sertain qu'il orest ignorez bien des chose qui luy font souvent de la peine; mais il parest content avec ta Fille et moy.Il souhaite beaucoup Mater, et moy aussy, mais je crains qu'elle n'exécute pas les belle promesse qu'elle nous a faite.Ce serest une compagnie et une conssolation pour nous sy elle venès, mais je ne le croirez que lorsque je la verez.C'est une peurasse qui, n'étant pousses par perssonne, ara paine à ce résoudre à ce voyage et ces Sortirs la détournerons tant qu'elle pourons.Son neveux s'an va à S1 Domingue.Il voudrès, je pensée, estre déjà party, afin de ne point voir arivé issy son Frère Le Gardeure, qui este de cette afaire où Us ont assez mal rendu leurs place aux Englois.On dit qu'ils sont tous, les oficiers et le comandans, dans la fré-gatte qui y estest aie l'année dernière et que le moins qu'on leur promets est d'estre cassez.Le pauvre petit Rcpantigny me faite pitiez, perasuadé qu'il ne partiesipe en rien à ce qu'il y a eu de mal faite.On en a tant des nouvelles avec inpassience.Adieu, car je t'annuirès.Le 26.\u2014Je vien de recevoir, cher Fils, une lètre de celuy qui c'est bien voulu chargez de faire valoir nos tère, du moins les vigne.Il me mande que la récolte est très mauvaise et que je n'ay, en tout mes 42 arpans, que 50 poinssons de vin et que l'on en ofre pas grand chose.Je luy ay faite rtpensée au plus tost de ne ce point pressé de vandre, que les vins estant rare cette armé, on pouret en tiré bon party par la suite.Tous ce qu'il y a, c'est qu'il faut de l'argen pour les frais et les fszsonset qu'il faudra nécessairement vendre la melieure party.Encor, sy tu estes issy, tu me coneseilierès, tu m'aiderès! Car je n'ose dire bien des chose à mon cher Père, crainte de luy faire de la paine.Il n'an faut point à son age.Je le ménage aussy, je t'assure, de mon mieux et ne luy fais point voir ce que j'ay souvent sur le cœur ; car tu pensée bien que j'ay des quar d'heure où mon coeur est bien gros, ayan passez ma vie avec autant d'agrément, de me voir
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