Rapport de l'Archiviste de la province de Québec, 1 janvier 1968, 1968
[" Ministère des Affaires culturelles RAPPORT DES ARCHIVES 1968 (Tome 46) roch lefebvre Éditeur officiel du Québec 1069 Québec, le 25 février 1969 A Monsieur Jean-Noël Tremblay, Ministre des Affaires culturelles, Hôtel du Gouvernement, Québec.Monsieur le Ministre, J'ai bien l'honneur de vous soumettre le Rapport des Archives du Québec pour l'année 1968, le quarante-sixième de la série inaugurée en 1920/21.Veuillez, Monsieur le Ministre, agréer l'expression de mes sentiments les plus respectueux et croire à ma collaboration la plus empressée.Le Directeur suppléant, Roland-J.Auger INTRODUCTION Au début de son onzième rapport annuel, en 1931, Pierre-Georges Roy écrivait à l'honorable Athanase David, alors secrétaire de la Province: \"Nos archives sont enfin rendues dans le palais que le gouvernement de la Province leur a élevé sur le Parc des Champs de Bataille, théâtre des deux plus grands faits d'armes de l'histoire du Canada: la bataille des Plaines d'Abraham (13 septembre 1759) et la bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760).\"Les archives, au sens rigoureux des mots, sont silencieuses.Elles témoignent mais ne parlent pas.Seulement, pour ceux qui gardent le culte du passé, ces vieux papiers, conservés dans un monument élevé à l'endroit même où Montcalm fut blessé à mort et où Wolfe expira en apprenant sa victoire, ne sont-ils pas plus éloquents, plus évocateurs de souvenirs, que les discours les plus beaux et les mieux réussis?\" Si nous citons cet extrait du premier archiviste du Québec, c'est qu'après bientôt 40 ans, ce texte prend un sens très manifeste et très particulier à la fois car il est redevenu d'actualité en 1969.Les Archives du Québec, en effet, sont de plus en plus appelées à recevoir des différents ministères, \u2014 et en fait, reçoivent \u2014 les dossiers qui ne sont plus d'utilité courante.Le \"palais des archives'' de 1931, qui par la suite, a accomodé le Musée, devient donc de plus en plus étroit, c'est l'évidence même.Le Ministère des Affaires culturelles est sensibilisé au problème et il fait des efforts sérieux pour trouver une solution heureuse.Toutefois nous attirons l'attention des autorités: si les Archives doivent quitter le Musée de Québec, il convient de trouver un local convenablement climatisé et situé dans un endroit central où les milliers de chercheurs pourront aisément se rendre pour leurs recherches.Nous n'avons pas à montrer ici l'importance d'un local approprié pour assurer en particulier la conservation des vieilles archives du régime français, trois fois séculaires, et consultées à tous les jours.Il faut à la fois un local central à la portée de tous les chercheurs.Et ces deux conditions sont essentielles si l'on veut éviter les nombreuses protestations qui nous seront sûrement adressées de la part des sociétés d'histoire, d'archivistique, de généalogie, de géographie et de combien d'autres, et de la part des étudiants de toute discipline et des chercheurs en général. X INTRODUCTION La solution apparaîtrait facile: que les Archives du Québec demeurent dans l'édifice du Musée, sur le parc des Champs de Bataille, et que le ministère des Travaux Publics mette à leur disposition un ou plusieurs entrepôts où pourraient être versées certaines collections.Même s'il a opéré dans l'ombre, le personnel des Archives du Québec a la satisfaction du devoir accompli, car pour lui, l'année 1968 a été une année d'abondance, surtout si l'on juge du maigre budget dont il avait à disposer par suite de la période d'austérité décrétée par le cabinet de feu l'honorable Daniel Johnson, de regrettée mémoire, alors premier ministre du Québec.Conséquemment, en dépit de moyens fort limités, les Archives du Québec, en 1968, ont obtenu de différentes sources une quantité considérable de documents intéressants pour l'histoire du Québec.Cinq services du gouvernement, relevant du Ministère de la Justice, de la Santé, du Revenu, des Finances et des Terres et Forêts, ont versé une partie de leurs vieux documents aux Archives.Plusieurs particuliers ont aussi contribué à enrichir la documentation mise à la disposition des chercheurs.Qu'il nous soit permis de décrire d'une façon spéciale les versements les plus considérables: Le Ministère de la Justice, par l'intermédiaire de M.Gérard Larose, sous-ministre adjoint, et de M.Jean-Paul Dionne, directeur des greffes, a augmenté considérablement la collection de manuscrits anciens des Archives du Québec.Ces documents d'archives datent d'une époque antérieure à l'année 1800, et comprennent principalement des minutiers de notaires, des greffes d'arpenteurs, des tutelles et curatelles et des registres d'insinuations.Ces documents dont on évalue approximativement le nombre à plus d'un demi-million, ont été versés par le service des Archives du palais de justice de la capitale québécoise.Le fonds le plus important est celui des études de quelques 90 notaires qui ont exercé leur profession dans la ville fondée par Champlain et dans la région québécoise.Leurs minutes originales présentent un grand intérêt pour les étudiants, les professeurs, les historiens, les généalogistes, les démographes, en un mot les gens de lettres qui font des recherches sur les relations humaines et familiales, sur la situation économique et sociale, sur l'évolution de l'art traditionnel, sur l'histoire locale et régionale, sur les mouvements de la population avant 1800.Sous l'aridité et la sécheresse des actes officiels, on retrouve un passé déjà lointain où se dessine la vie intime et intense d'une population qui a eu ses préoccupations, ces faiblesses et ses grandeurs.Avec la permission de M.David Robillard, sous-ministre adjoint, le Ministère des Finances nous a permis de prendre un échantillonnage de chèques émis par le Gouvernement du Québec entre 1867 et 1953.Nous avons aussi reçu le dépôt des vieilles obligations émises par le Ministère des INTRODUCTION xi finances (originairement le Département du Trésor); ainsi que de vieux livres comptables et des rapports de vérification; enfin le Memorandum de l'emprunt Hydro-Québec de $300 millions, aux Etats-Unis, le 15 février 1963.Du Ministère de la Santé, par le truchement de M.René Roy, les Archives du Québec ont obtenu environ 200 boites de dossiers et de registres divers couvrant la période 1898-1963.On y trouve des rapports des services de l'unité sanitaire et de la tuberculose, des dossiers sur les hôpitaux chroniques et privés, des études faites par des officiers du ministère sur la santé au Québec ainsi que des mémoires soumis au ministère sur divers aspects relatifs à la prévention des maladies.Le Ministère du Revenu, par l'intermédiaire de M.Gérard Dessureault, comptable-en-chef, a remis près de 100 registres d'états financiers et de documents comptables ^couvrant la période 1881-1950.Ces documents comprennent des statistiques sur la perception des taxes des corporations commerciales, des règlements de succession et des dossiers de compagnies.Le service du Cadastre du Ministère des Terres et Forêts, pour sa part, a versé une série de plans délimitant les régions du Québec à la fin du XIXe siècle.¦ Les syndics Paul et Jacques Gingras ont déposé aux Archives du Québec plus de 50,000 pages de documents à caractère économique provenant de maisons commerciales en faillite.On y trouve en particulier des renseignements sur la vente des autos, l'équipement de sécurité, la décoration, les entreprises de maçonnerie, la construction d'édifices à charpente d'acier, la machinerie et le commerce de gros en général.Ces documents peuvent renseigner le chercheur sur l'administration d'un commerce, la vente de divers produits et la valeur de diverses compagnies; en somme, ils donnent une bonne idée d'un éventail d'activités économiques au Québec.Par ailleurs, M.Edmond Joly de Lotbinière a permis aux Archives de prendre une copie photographique de tous ses documents.On y trouve une confirmation de concession de terre signée par le roi de France, tous les livres de compte de la seigneurie de Lotbinière au XIXe siècle et la correspondance d'un ancien premier ministre du Québec, Henri-Gustave Joly de Lotbinière.Est-il nécessaire de préciser que ce fonds d'archives a une valeur inestimable?Nous énumérons maintenant la liste des autres acquisitions des Archives au cours de 1968: ;;¦¦>'! Archives des Colonies, commerce entre le Canada et la Martinique, AC 68A-68B (2 bobines).Catalogue des bienfaiteurs de Nostre Dame de Recouvrance de Kébec, 1632-1657, photostat, don des Archives du Séminaire de Québec. MI INTRODUCTION Documents tirés des Archives départementales de la Gironde, de la Charente-Maritime et de la Chambre de Commerce de la Rochelle et documents relatifs à l'histoire économique de la Nouvelle-France (4 bobines et 2 pouces de documents à la Xérox).Collection de coupures de journaux des années 1920-1930 sur l'histoire régionale et locale de Thetford-Mines, offerte par M.Joseph-Alfred La-pointe (35 cahiers).Notes sur la famille Couillard-Després, notamment la généalogie de la famille (1646-1673), un extrait de la censive de la veuve Jacques Couillard-Hébert (1797) et un partage des héritiers Couillard (1816).Photostat (21 pages), don de M.Raymond Gingras, de Québec.Actes notariés concernant les familles Bourré, Auclair et Fortier, de Charleshourg (1808-1878), 2 pouces, don anonyme.Lettre de John By au général Morse en date du 7 février 1811 et se rapportant à la maquette de la ville de Québec.(War Office 55, vol.859, pp.432-433, microfilm B-1807).Congregational Council for World Mission, 1799-1836, lettres, coupures de presse, requêtes, papiers et documents relatifs à l'Église Protestante au Canada, (1 bobine) don du Rév.Cyril Stewart Cook, de Québec.Papiers et correspondance de la Société des Poètes Canadiens-Français (1953-1958), don de M.Charles-Marie Boissonneault.Papiers de la seigneurie Ross, ou Beaurivage, actes notariés et livres de comptabilité, offerts par M.Raymond O'Hurley, au nom de la famille Lewis, d'Ottawa.Procès-verbaux de la Société St-Jean-Baptiste de Québec, 1840-1932, (Xérox), don de l'archiviste de la Société.Deux cartes de Bellin (1755), actes notariés, contrats sous seing privé (1694-1850) concernant la paroisse du Cap St-Ignace, don de Mlles S.et B.Pelletier, de Ste-Anne-de-Beaupré.Papiers Parent, actes originaux et copies manuscrites (1673-1875), offerts par Mlle Georgette Parent, de Beauport.Papiers relatifs à la seigneurie de Vaudreuil et de l'arrière-fief de Choisy.(1748-1855) Transactions faites entre le seigneur Michel-Eustache-Gaspard-Alain Charrier de Lotbinière et ses censitaires.On y trouve 26 actes notariés, plus 2 documents concernant des terres dans la seigneurie de Lanoraie.Don de Me Ernest-L.Monty, de Shelburne, Vermont Correspondance et documents de travail de la Fédération de la Société St-Jean-Baptiste de Québec.Don de M.Geo.-Henri Daigneault, de Québec. INTRODUCTION XIII Deux lettres de Henri Bourassa au R.P.Emile Morin, s.m.m., don de ce dernier.Dix lettres de Éthel Joly de Lotbinière (1895), don de Mme Selma de Lotbinière-Barkman, de Limbour.Journal de Michel-Eustache-Gaspard-Alain Charrier de Lotbinière (1815-1816) et quelques autres papiers de famille, dont une généalogie de la famille, don de M.Henri Joly de Lotbinière-Harwood, de Vaudreuil.Lettres d'un étudiant au Séminaire de Québec (1861-1872), chants ironiques sur des conseillers de St-Antoine de Tilly, pièce de théâtre et sermons, actes notariés (1802-1880), offerts par Mme Antoine Lauriault, de St-Antoine-de-Tilly.Livre de comptes d'un marchand de Lévis (1846-1847), et deux autres livres de comptes du marchand Joseph Daigle, 1853-1879, 394 pp.et 1892-1894, 856 pp.offerts par M.Maurice Villeneuve, de Ste-Foy.Documents notariés (1819-1837), lettre de Sir John A.Macdonald (1890) et de Sir Hector Lange vin, don de Mme Y.Graham, de Québec.Trois collections de volumes sur l'histoire du chemin de fer, et différents objets, don de la famille J.-M.Juneau de Québec.Visages du vieux St-Boniface, manuscrit d'environ 200 pages, don de Mlle Marie-Anna Roy, de St-Boniface, Manitoba.Généalogie des familles Angers et Ferland, don de Mme Albertine Ferland-Angers, de Sorel.Nos remerciements à tous ces généreux donateurs.Toutefois les acquisitions n'ont pas été le seul fait des Archives en 1968.Les différents services ont été très occupés.Ainsi, nous avons répondu à plus de 2,000 lettres.Les bibliothécaires ont reçu 1,680 lecteurs qui ont consulté 4,428 volumes.Les archivistes préposés à la salle des manuscrits ont aidé 652 chercheurs.Le service de généalogie a également assisté 632 personnes, tandis que les préposés à la section des cartes, gravures et portraits ont accordé_496 entrevues, ce qui constitue un total de 3,460 chercheurs qui ont signé le livre des présences.Nous remercions le personnel pour son dévouement inlassable, tout spécialement les trois employés seniors qui ont dû nous quitter après plus de 40 années de loyaux services: Mlle Béatrice Binet, et MM.Alphonse Biais et J.-Antoine Pelletier.Nous les assurons ici de notre souvenir le plus cordial et le plus sincère et nous leur transmettons toute notre gratitude pour ces années de dévouement au service du public.Dans ce rapport, nous publions in extenso L'Histoire ou Journal de la Pointe aux Esquimeaux, de Placide Vigneau, avec la permission de M. INTRODUCTION Gérard GaJlienne, de Québec, petit-fils et propriétaire des manuscrits de son aïeul maternel.Placide Vigneau naquit au Havre-aux-Maisons, île de la Madeleine, le 29 août 1842 du mariage de Vital Vigneau et de Élise Boudreau.En 1858, il suivit sa famille à la Pointe-aux-Esquimaux, sur la côte nord.Le jeune homme s'adonna surtout à la pêche à la morue et au hareng ainsi qu'à la chasse au loup-marin.Il fut ensuite en charge de phare de lTÏe-aux- .Perroquets.Nous empruntons au Cahier spécial A de la Société Canadienne de généalogie de Québec les notes biographiques suivantes sur Placide Vigneau: \"Son esprit alerte, avide de savoir, et surtout son goût très vif pour les choses de l'histoire surent vite transformer en heures délicieuses les loisirs de sa situation.11 étudia le grec, le latin, l'italien, et l'anglais.Il fut naturellement le tour de la littérature française, faisant venir de Québec une imposante bibliothèque.\"Surtout désireux de servir la race acadienne, de faire mieux connaître son Labrador, austère et attachant, il rédigea au jour le jour, un journal non dépourvu de qualité littéraire, pris sur le vif, et parfois agrémenté de sel gaulois.Ce manuscrit constitue, à coup sûr, le plus précieux document historique de la Côte Nord, pour la période de 1854-1926, soit depuis l'arrivée à Kégaskâ des premiers Madelinots, jusqu'à la mort du vieux chroniqueur que son fils Hector avait remplacé en 1912 comme gardien de phare de l'île aux Perroquets.\"Placide Vigneau était un homme d'une compagnie des plus agréables, fin causeur, ayant une réponse à tout; la langue anglaise n'avait évidemment plus de secret pour lui.Au physique, Placide Vigneau était d'une taille au-dessus de la moyenne; au port de tête fier, à l'allure calme, qui caractérise les insulaires; tout en lui était mesuré.Il parlait calmement dans un français châtié, agrémenté d'un léger accent acadien.D'une mémoire prodigieuse, sa conversation était des plus nourries.Il nous entretenait aussi bien de l'histoire universelle, des événements mondiaux de l'époque, que des faits locaux de son village\".Comme les monographies sur la Côte Nord sont très limitées, nous croyons faire œuvre utile en publiant intégralement le journal de Placide Vigneau. JOURNAL DE PLACIDE VIGNEAU (1857-1926) DOCUMENT PRESENTE ET ANNOTÉ PAR MGR RENÉ BÉLANGER, P.D. JOURNAL DE PLACIDE VIGNEAU (1857-1926) ¦ La préférence des historiens et de leurs lecteurs, depuis quelques années, va surtout aux documents qui révèlent la vie quotidienne d'autrefois.On ne se contente plus de savoir ce que les ancêtres ont fait; on veut savoir ce qu'ils ont été, leurs mœurs, leurs habitudes, le cadre de leur existence, en somme tout ce passé, souvent encore près de nous dans le temps mais si loin par le mode de vie.Voici un témoin lucide, authentique et sincère de la lente évolution de la Côte Nord à l'époque de la colonisation, du peuplement: Placide Vigneau (1842-1926).Ce descendant d'Acadien aborda les terres nouvelles dès 1858, l'année suivant l'établissement des premières familles.Cette région, pratiquement inchangée depuis le temps de Jacques Cartier, était encore considérée comme \"un pays sauvage, une contrée bonne tout au plus au commerce des pelleteries''.Chaque année, les journaux de Québec rapportaient un nombre impressionnant de naufrages survenus sur ces côtes inhospitalières.Un évêque écrivait à Rome en 1855 que l'intérieur de la Péninsule du Labrador \"demeurerait pendant plusieurs siècles désert et inexploré\".Et un autre, avant de s'y rendre en visite pastorale, crut bon de faire son testament et de nommer un administrateur du diocèse, \"advenant sa mort\".Par contre, en 1926, année du décès de Placide Vigneau, Edgar Ro-chette, député de cette région de 1927 à 1944, voyait déjà poindre le véritable avenir de la Côte Nord par la mise en valeur de ses richesses naturelles: gisements miniers, forêts, force hydrauliques.Bientôt ce sera Baie-Comeau, puis Sept-Iles et Havre St-Pierre, la pénétration à l'intérieur, le harnachement des grandes rivières, pour en arriver à ce qui est aujourd'hui: l'une des plus importantes régions industrielles du pays.Cest toutefois l'époque des pionniers que nous fait vivre Vigneau.Il nous conduit le long de cet immense littoral où s'implante une forte race de marins et de pêcheurs: population disséminée en bordure du Golfe, vivant de la mer et soumise à ses aléas, sans autres moyens de communication que la navigation en été, la raquette ou le cométique en hiver.\"The land of cods, fogs and dogs\", a-t-on pu dire! Il nous décrit des gens sympathiques au caractère nettement dessiné.Avec lui nous pénétrons dans des milieux fermés, où le curé, en l'absence de toute organisation municipale ou scolaire, est forcément un personnage intimement mêlé à la vie de ses ouailles. 2 PRÉSENTATION Lorsque Placide Vigneau naquit au Havre-aux-Maisons, le 29 août 1842, les Madelinots avaient parmi eux un prêtre québécois au cœur acadien, l'abbé Alexis Bélanger qui fut pour ce petit peuple de proscrits un père et un chef, s'employant à le protéger et à promouvoir l'instruction.Ce prêtre porta, en outre, un intérêt particulier à la famille Vigneau, qui, par ailleurs, possédait une certaine aisance.Placide eut donc le loisir d'acquérir dans son enfance et sa première adolescence une bonne instruction.Il se calomnie quand il dit qu'il na \"reçu aucune éducation\".La belle calligraphie, qu'il conserva régulière et ferme jusqu'à la fin de sa vie, prouve le contraire.La terre d'élection où il aborda comme à une nouvelle Acadie le 12 novembre 1858 contribua aussi à façonner son caractère.\"Pour faire des hommes résistants et hardis, dit Alexis Carrel, il faut utiliser les longs hivers des montagnes, les pays aux saisons alternativement brûlantes et glacées, ceux où il y a des brouillards froids et peu de lumière, qui sont battus par les ouragans, ceux dont la terre est pauvre et couverte de rochers\".Aidé d'une mémoire étonnante et précise, d'une volonté et d'une constance peu communes, il devait toute sa vie ajouter par lui-même à son premier bagage de connaissances.Il Ut beaucoup.Il étudie la littérature, le latin, le grec, l'histoire, l'art héraldique et que sais-je encore.Il entretient des relations d'amitié avec des gens cultivés.A la Pointe-aux-Esquimaux, il s'impose vite à l'attention.On va le voir pour lui faire écrire ceci et cela; on requiert ses services comme greffier; on le consulte à propos de généalogie et de faits passés.Cest dans cet esprit qu'il rédige au jour le jour, pendant près de soixante-dix ans, et souvent \"avec sa main de dimanche\", comme il dit, son Journal, deux recueils de Notes historiques, un volume de Variétés et la Chronique de l'Ile-aux-Perroquets.\"J'avais demandé au bon Dieu, écrit-il à la date du 31 décembre 1907, la faveur de pouvoir tenir cet espèce de journal pendant 50 ans: il me l'a accordé; je l'en remercie.Et maintenant je laisse la tâche à qui voudra s'en occuper: il n'en manque pas de plus capables que moi.J'ai aussi griffonné deux autres cahiers de moindre grandeur que celui-ci traitant de différents sujets de la Côte Nord en général à partir de Blanc-Sablon jusqu'à la Pointe-des-Monts.Si dans la suite Dieu me laisse vivre sans m'enlever les quelques petites facultés mentales que je possède et que quelque grand événement ait lieu, eh bien, je les consignerai dans ce cahier-ci.Dans tous les cas, il faudra que cela en vaille la peine\".Placide Vigneau a les qualités indispensables à l'historien: le sens critique et l'impartiaUté.Épris de la passion de savoir, à l'affût de la nouvelle à la manière d'un bon reporter, il note les faits.Il écrit ce qu'il voit, ce qu'il entend dire.Au besoin, il vérifie par lui-même, il interroge les vieillards et certains témoins qualifiés comme le Père Arnaud.Il donne la source de PRÉSENTATION 3 ses renseignements.Comme il recherche avant tout la vérité, il lui arrive de corriger, de se rectifier.Les jugements qu'il porte sur les travers, 'Thommerie\" de quelques uns de ses contemporains ne sont jamais excessifs, mais toujours empreints de justesse, de pondération, de charité.De plus, il est un modèle d'effacement.Il parle peu ou point de lui-même.Il n'a pas la prétention d'écrire pour le public, mais \"pour les tout jeunes, pour ses enfants et ses petits-enfants\".Il s'exprime avec clarté et sait fort bien raconter.Son style s'anime ici et là d'un fin sourire.Ainsi, après avoir noté exactement les modulations fantaisistes de M.Temet aux fêtes solennelles, il ajoute le bouquet: \"C'était sa composition\".Ailleurs, il sait s'émouvoir, comme dans ses adieux à la \"Wide-Awake\".Sa langue, relativement pure, est émaillée parfois de délicieux archaïsmes ou de quelques tournures de phrase du parler madelinot.Sans doute, tout n'est pas d'égale valeur et il serait absurde de vouloir trouver ici des ouvrages systématiques.Mais ces écrits, écho fidèle d'une époque révolue, demeurent une source indispensable de l'histoire de la Côte Nord.Les généalogistes, les statisticiens et historiens y trouveront aussi leur profit.Ici comme ailleurs, l'anecdote, les menus faits de la petite histoire seront une précieuse contribution à la grande.Et \"à fréquenter l'homme, à l'observer, à le saisir dans ses comportements multiples, on apprend à connaître l'homme, cet inconnu\" (L.Groulx).René Bélanger, RD. , Ottawa, 1963 - Gérard Galllenne. HISTOIRE OU JOURNAL DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX Euntes ibant et flebant Mittentes semina sua, Venientes autem ventent cum exultatione, Portantes Manipulos suos, PS.CXXV, 7-8.Quiconque a des connaissances en géographie pour deux sous, n'ignore pas que les îles de la Magdeleine y compris l'île Brion, l'île aux Oiseaux un peu plus à l'Est, et le Corps-Mort plus à l'Ouest, en font aussi partie, sont un groupe d'îles situé entre le quarante septième et le quarante huitième degré de latitude septentrionale, et le soixante et unième et soixante deuxième de longitude occidentale, méridien de Greenwich, c'est-à-dire que l'île Brion, la plus au Nord est située environ quinze milles au Sud de la ligne qui traverse le milieu du golfe St.Laurent.Ces îles furent découvertes par Jacques Quartier lors de son premier voyage en Canada, \"Le vingt-septième de juin nous circuïmes ces terres qui regardent vers ouest sur Ouest, et paraissent de loin comme collines ou montagnes de Sablon, bien que ce soient terres basses et de peu de fond.Nous n'y pûmes aller et moins y décendre, d'autant que le vent nous étoit contraire; et ce jour fîmes quinze lieues\" (Voyages de découvertes de Jacques Quartier, édition canadienne de 1843, page 10).En 1659 un Sieur Pierre de Peyrelongne, envoya un navire avec 18 hommes pour y hiverner et bâtir des maisons pour l'usage des pêcheurs.Plus tard le capitaine François Doublet, de Honneur, en qualité d'agent pour trois bourgeois de Rouen, Philippe Gaignard, François Gon, Sieur de Quincé et Claude de Landemare, y fit aussi des établissements (N.E.Dionne, La Nouvelle France de Quartier à Cham-plain, p.147).Aucune tradition que je sache, ne s'est conservée parmi nous pour donner l'année à peu près exacte de l'établissement de ces îles par les Acadiens; mais voici ce que l'on rencontre dans le journal de Mgr Plessis, le premier évêque qui y ait fait une visite le 18 juin 1811.\"On jugera de l'excellence du climat des îles de la Madeleine par la longévité des colons qui l'occupent.On y compte maintenant plus de 60 familles; néanmoins il y meurt rarement deux personnes par an, et ce sont des octogénaires; il y a même des années entières où il ne meurt personne; une jeune fille mourut il y a deux ans; c'est l'unique exemple de mort d'une jeune personne depuis l'établissement de ces isles, qui date de 50 ans; car ce fut en 1761 5 6 HISTOIRE OU JOURNAL que quelques familles acadienr.es, chassées de leur pays par les anglais vinrent s'y fixer après avoir erré un certain temps de la Baie des Chaleurs à l'isle Stjean, et de l'isle St.Jean à la Baie des Chaleurs.Après quelques années passées aux isles de la Magdeleine, elles les abandonnèrent en partie pour se rapprocher des lieux où il y avait des prêtres, puis elles y revinrent attirées par le séjour d'un missionnaire venu de France, M.Leroux dont il sera parlé plus loin; et quoique ce missionnaire les abandonnât après quelques années, elles y demeurèrent néanmoins pour ne pas perdre leurs travaux, et dans l'espérance qu'à la suite de ce prêtre, il viendrait quelques autres à leur secours.\" \"Leur attente ne fut pas vaine.Peu d'années après le départ de M.Leroux, ils furent visités par un missionnaire irlandais du nom de William Phelan, puis par un intrus dont ils usèrent sans le connaître et enfin ils eurent pour pasteur à poste fixe en 1812 (Il y a ici erreur de date.Ce doit être en 1802, puisque Monseigneur en parle comme d'un fait antérieur à sa mission qui eut heu en 1811).Mr.J.Bte Allain, prêtre vénérable, auparavant vice-préfet apostolique à l'isle de Miquelon, qu'il aima mieux quitter à l'époque de la révolution française que de se souiller par un serment auquel sa conscience répugnait.Une partie des habitants de Miquelon l'y suivirent, la plupart aussi acadiens d'origine, entremêlés de quelques familles françaises\".(Plusieurs familles de Miquelon émigrèrent aux fies de la Magdeleine avant cette époque; ma grande mère née à Miquelon en Février 1787, avait 4 ans lorsqu'elle y émigra avec ses parents, donc c'était en 1791.) \"Les premiers colons des isles de la Madeleine dont quelques-uns existent encore, furent excités à s'y établir par l'abondance des vaches marines; tous les jours de l'été, elles sortaient de l'eau en grand nombre et se répandaient sur les dunes.Des chasseurs intelligents trouvaient moyen de les cerner, les conduisaient sur les terres dans l'intérieur de l'isle d'où ne pouvant plus regagner l'eau, elles étaient tuées aisément avec des dagues et des bâtons.La quantité d'huile qu'on retirait payait avec usure cette chasse très facile à exécuter; mais autant ce poisson était commun dans les premières années de l'établissement, autant est-il devenu rare.Les colons assurent que depuis quinze ans, non seulement ils n'ont pas tué de vaches marines, mais il n'en a pas paru une seule.(Ma grande mère maternelle m'a dit souvent que la dernière vache marine fut tuée par son père à la petite échouerie en 1799 ou 1800.Dans ce temps-là on faisait aussi la chasse au loup-marin en goélette comme aujourd'hui).(Journal de Mgr Plessis, visite pastorale de 1811, page 93-94-96).Mgr Plessis nous apprend aussi que les colons faisaient des affaires avec une maison Jerseyaise, les messieurs Janvrin, qui y avaient un magasin très bien fourni au Havre-Aubert sur le Cap de la Pointe, mais qu'il fut chassé des iles par l'amiral Comn lorsquil en fut devenu propriétaire.Plusieurs goélettes allaient aussi tous les ans à Halifax et à Québec.D'après une vieille tradition que j'ai entendu raconter bien souvent à des vieillards; un nommé Surette (un DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 7 acadien parait-il) y aurait fait naufrage vers la fin de la première moitié du dix-huitième siècle, et y serait demeuré sept ans avant d'avoir pu trouver une occasion favorable pour traverser en terre ferme.La légende rapporte que, lorsqu'il arriva chez lui, la femme de son voisin l'ayant vu passer; dit à son mari: Si Surette n'était pas mort, je dirais que c'est lui que je viens de rencontrer.Et en effet c'était lui.Durant son séjour sur les iles, il s'était confectionné des habits de peaux de loups-marins.Il se nourrissait de lièvre et autre gibier, et de poisson, truite, anguille et éperlan qui abondaient dans les ruisseaux.D'après la même tradition aussi, il parait vraisemblable que ce fut lui qui suggéra à quelques proscrits de l'Acadie l'idée d'aller s'y établir.D'après Mgr Plessis, en 1811 la population s'élevait à 70 familles environ réparties en sept petits villages comme suit: Ile d'Entrée, Havre Aubert, Les Sables, Le Bassin, Le Portage, Le Cap-aux-Meules et Le Havre aux Maisons, c'est-à-dire la Pointe Est de l'Ile aux Meules.L'Étang-du-Nord n'était pas encore habité ni l'ile Alright.Les premiers colons étaient des Cormier et des Boudreau, mes ancêtres maternels.Ensuite les Richard, Vigneau, Bourgeois, Chevary, Bourque, Terrien, Arseneau, Cyr, Giasson (c'est plutôt Chiasson quoique plusieurs signent Giasson) Petit Pas, Briand, Landry.Il y avait aussi des Manceau (il y avait aussi des Poirier, Lapierre et les Godet, je ne sais pas si les Dévot ou de Vaux étaient acadiens.Turbit était un basque venu aux Iles de la Magdeleine, garçon et marié à une acadienne.Loiseau était breton, marié aussi à une acadienne.Les Hubert sont les descendants d'un neveu du révérend M.Alain, Ptre, nommé Hubert il était marié à une de mes grandes tantes paternelles du côté des femmes, François Barthélémi Hubert, de Granville, France.En 1806 ces iles furent concédées à l'amiral Coffin par la Couronne d'Angleterre, et les habitants ayant négligé de s'assurer la propriété de leurs terres, furent obligés pour ne pas déguerpir, de consentir à payer telle rente par année que le dit amiral jugerait à propos de leur charger sans espoir de jamais devenir propriétaires des terrains qu'ils défrichaient.Peu de temps après il y installa comme agent un de ses neveux, M.Colbeck, qui y demeura jusque vers 1830.Il parait que c'était un homme très humain, au dire des vieux.Il fut remplacé par un nommé Pierre Doucet, celui-ci par John Menzie et vers 1852 ou 53 ce dernier fut remplacé par John Fontana, un italien (le pire de tous les agents passés et futurs, émigré aux iles très jeune avec son père vers 1825, et marié à une acadienne).Les terres n'étaient pas arpentées.Tel habitant choisissait l'endroit qui lui convenait, mesurait tant de pas en longueur et en largeur et payait tant à l'agent qui lui délivrait un bail, que les colons nommaient \"grinte\" (probablement une corruption du mot anglais \"grant\").Si le locataire était dans les bonnes grâces de l'agent il n'était pas trop taxé.A l'avènement de John Fontana, celui-ci fit imprimer de nouveaux baux renouvelables à tous les dix ans; il s'y trouvait une clause dans laquelle il était stipulé que si le colon laissait écouler un an et un jour sans payer sa rente, il perdait sa terre et toutes les améliorations qu'il y avait faites.Ce fut à cette époque que l'idée d'émigrer commença à germer dans le cerveau de quelques 8 HISTOIRE OU JOURNAL Le 27 ou 28 mai de l'année 1857, Firmin Boudreau (Finnin Boudreau et Louis Cormier étaient mes grands oncles maternels) propriétaire de la chaloupe \"Mariner\" partit du Havre aux Maisons, Iles de la Madeleine, ayant à bord cinq familles acadiennes dont voici les noms: 1er: Raphael Boudreau, (son fils) 2e : Benjamin Landry, (son gendre) 3e : François Petit-Pas, (surnommé \"caniche\") 4* : Louis Cormier, (son beau-frère) 5e : Joseph Boudreau, (surnommé \"Madoisse\") insulaires.Il faut aussi ajouter que la rareté du bois commençait déjà à se faire sentir (on peut aussi compter les mauvaises récoltes pour quelque chose) et que la population augmentait dans des proportions considérables: il fallait en déverser le trop plein ailleurs.En 1854 Jean Boudreau propriétaire d'une goélette, émigra à Kégaska, avec Narcisse Harvey, Laurent Gallant, Isidore Chiasson, Urbain et Laurent Bourgeois.Toutes ces familles partaient de l'étang du Nord et furent rejoints plus tard par quelques autres familles venant du même endroit.Lazare Petit-Pas, du Cap aux Meules, émigra à Blanc Sablon.En 1855 Paul Jean, Hilaire, Placide et Ignace Vigneau, Victor Cormier et son fils Rémi, Time Chiasson et Pierre Lapierre émigrèrent à Natashquan et furent suivis de près par plusieurs autres.Toutes ces familles partaient du Havre Aubert.M.J.-M.Le Moine, F.R.S.C.de Québec, cité par Mr W.Killy Reynolds, de St-Jean, N.B., raconte ce qui suit au sujet des iles de la Madeleine: In 1719 we find the French King ceding this territory to Le comte de St Pierre at the instance of the Duchess of Orleans.Later on in 1757, four Acadian families were located there: the Boudreault, Chiasson, Lapierre and Cormier; they had come from St.Peter's Bay, in Prince Edward Island, and found employment under an enterprising Bostonian, a retired English officer of die name of Gridley, who had opened an establishment to trade in Walrus and Seal Oil\".J'ai entendu parler de ce Mr Gridley par un de mes grands oncles.L'extrémité N.E.du havre de l'ile Amherst porte son nom \"Cape Gridley\".S'il en est ainsi (ce qui parait assez probable) la Pointe aux Esquimeaux aurait donc été établie par les fils ou les petits fils de ceux qui les premiers habitèrent ces iles, c'est-à-dire les Boudreau et les Cormier, juste un siècle plus tard; singulière coincidence! P.Vigneau A présent que nous avons parlé des iles de la Madeleine, de Kégaska et de Natashquan, nous allons nous occuper de la POINTE AUX ESQUIMEAUX.1857 ii/Mvï'.'.-i! ¦ DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 9 La chaloupe (Chaloupe: vaisseau dont l'arrière se termine en cul-de-poule) \"Mariner** fit donc voile pour la côte du Labrador à la recherche d'un endroit favorable à la fondation d'un nouvel établissement.Après quelques jours de navigation, elle prit terre à la Rivière Corneille, située quelques milles à l'Est de 111e Ste Geneviève, et y donna un pied d'ancre pour la nuit.(Il y avait aussi à bord de la \"Mariner\" quelques jeunes gens dont les parents avaient l'intention de traverser bientôt) Le lendemain, la chaloupe appareilla et se dirigea vers l'ouest, passant au large des iles de Betchewun et St Charles, et fut mouiller le soir dans l'anse de l'ouest de l'île Esquimaux (L'Ile du Havre), sans avoir fait aucune exploration.Le jour suivant elle appareilla de nouveau, passa entre les iles et la terre ferme et se rendit à Mingan.Le lendemain ils envoyèrent une berge en exploration jusqu'à Shelderake, mais celle-ci revint 24 heures plus tard sans apporter de nouvelles satisfaisantes.Alors ils débarquèrent leurs bestiaux et une partie de leurs effets avec l'intention de s'y établir; mais l'agent de la compagnie de la Baie d'Hudson s'y opposa de toutes les forces, par toutes sortes de représentations qu'il leur fit.Ces pauvres gens demeurèrent bien découragés.La vue de la chapelle leur rappellant en quelque sorte ce qu'ils avaient quitté, les fit pleurer, et ils regrettèrent un moment le jour qu'ils s'étaient embarqués.Peu s'en fallut qu'ils s'en retournassent aux iles de la Madeleine.Sur ces entrefaites ils rencontrèrent le très révérend Père Chs Arnaud, O.M.I.(Le Père Arnaud est natif d'Avignon, France; il est au Canada depuis quelques années; il est âgé d'environ 30 ans.P.V.janvier 1859).Un saint prêtre qui desservait les restes de la tribu Montagnaise.Ce digne missionnaire, embrasé de la flamme de la charité, les consola du mieux qu'il put dans leur découragement, et de concert avec le Capitaine P.LeMarquand qui se trouvait aussi là dans le temps, il finit par leur faire entrevoir la possibilité de rencontrer entre Mingan et Ste Geneviève, quelqu'endroit favorable à un établissement.Fières de retrouver sur cette plage étrangère un guide salutaire dans la personne d'un ministre de Jésus Christ, ces pauvres familles déposèrent dans le cœur du missionnaire le trop plein de leur âme et placèrent en lui toute leur confiance comme elles l'avaient fait tant de fois déjà sur le sol natal qu'elles regrettaient alors si profondément.Profitant donc du bienveillant conseil qui venait de leur être donné, ils rembarquèrent leurs bestiaux et autres effets et se dirigèrent de nouveau vers l'est.JUIN 9 \u2014 Ils passèrent la Pointe aux Esquimaux sans y prêter aucune attention; ils se rendirent jusqu'à Betchewun où ils mouillèrent l'ancre.Le Havre leur parut très bon (comme il l'était en effet).Mais ils trouvaient que le sol était trop pierreux, et ils ne rencontrèrent qu'une seule source d'eau douce.En somme quoique le havre fut très bon, cet endroit ne leur plut pas.Alors quelques femmes demandèrent aux hommes s'ils ne pensaient pas que l'endroit qu'ils avaient passé environ à mi-chemin de Betchewun à Mingan où il y avait une belle dune de sable qui s'étendait plusieurs milles à l'Est, serait plus favorable à un établissement.Après avoir 10 HISTOIRE OU JOURNAL réfléchi quelque temps, les hommes pensèrent quelles pourraient avoir raison.Ayant tenu compte de cette observation et ne sachant en quelque sorte que faire pour faire pour le mieux, ils appareillèrent le lendemain matin et se dirigèrent de nouveau vers l'Ouest.JUIN 10 \u2014 Enfin le même jour, 10 juin, vers midi (c'était le mercredi, veille de la Fête-Dieu) la \"Mariner* après avoir erré assez longtemps de tous côtés, jeta l'ancre devant la Pointe aux Esquimaux.Après un court examen des lieux, l'équipage résolut à l'instant de s'y fixer, et débarquèrent leurs animaux et leurs matériaux pour se bâtir des logements.Aussitôt après que la chaloupe fut déchargée, ils édifièrent à la hâte quelques cabanes pour y passer l'été.Les vieillards demeurèrent à terre avec les femmes et les enfants, et la chaloupe montée par les jeunesses fit voile pour aller pêcher à Sheldrake sous le commandement de Nathaël; mais arrivée à l'entrée de cette rivière, un coup-de-vent du sud assaillit la malheureuse chaloupe et la brisa en la jetant sur la barre qui se trouvait à son embouchure.Ils expédièrent une barge pour porter cette triste nouvelle à ceux qu'ils avaient laissé à terre, laquelle s'en retourna aussitôt à Sheldrake où ils réussirent heureusement à faire une assez bonne pêche.- JUIN 28 et 29.Le 28 juin, le révérend Père Arnaud vint rendre une visite aux nouveaux habitants de cette localité, dans laquelle il ne cessa pas un seul instant de les encourager dans leur nouvelle position.Le lendemain, 29 JUIN, il y célébra la première messe, fit élever une grande croix au pied du coteau où l'on devait plus tard bâtir l'église, et mit cette nouvelle mission sous le patronage des saints apôtres Pierre et Paul.(Par un oubli des autorités ecclésiastiques, l'église n'est que sous le vocable de StPierre seulement.) JUILLET.\u2014 Vers le commencement de ce mois un nommé Poitras, qui faisait la traite avec les sauvages, ayant appris que des gens des iles de la Magdeleine s'étaient établis à la Pointe aux Esquimaux y accourut dans l'intention de faire des affaires avec eux.Il se bâtit à la hâte un petit magasin en bois rond, le couvrit en écorce et s'y installa avec les marchandises.A son départ il leur laissa le peu de provisions qui lui restait emportant une bonne partie du produit de leur pêche, avec promesse de leur expédier d'autres effets; mais ils ne l'ont jamais revu.C'est le premier voleur (non je me trompe) le premier marchand de la Pointe aux Esquimaux (il était associé avec Damase Turgeon qui traitait par en haut).Vers le 15 ceux qui étaient allé pêcher à Sheldrake étaient de retour, ayant fait assez bonne pêche.Vers le 25 le Vapeur \"Clyde* 3 of Glasgow, de la ligne Anchor fit naufrage sur une des iles aux Perroquets de Mingan, la plus au large.Certains débris de ce naufrage furent recueillis par les nouveaux habitants de la Pointe, et cela contribua à les dédommager un peu des pertes qu'ils venaient de faire.M^^JVki^00 \"9,yd,e\"'\u201e?us !» commandement du capitaine MeiHereid DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 11 SEPTEMBRE.- N'eut rien de remarquable.OCTOBRE - Vers la fin de ce mois la goélette \"Eugenie\" arrivait à la Pointe pour s'y établir avec les familles suivantes: Capt.Christophe Vigneau (Christophe fut le premier qui émigra de l'île Alright; tous les autres venaient de l'ile aux Meules.) XAVIER CORMIER, JEAN CORMIER, PROSPER CYR aussi quelques jeunes hommes qui venaient y hiverner avec l'intention d'y rester s'ils trouvaient la place de leur goût.(\"L'Eugénie\" avait à bord la cloche qui servait à l'école du cap aux Meules.Cest la première cloche qui a servi à la première chapelle du Havre aux Maisons; elle provenait d'un navire naufragé.En 1810 le capitaine en fit cadeau à Paulette Cormier, père de Louis Xavier, Jean et Hippolyte Cormier.Son nom est \"Neptunus\") Le reste de l'année 1857 n'eut rien de remarquable.Avant d'avancer plus loin, je crois qu'il n'est pas hors de propos de jeter un coup d'oeil sur la Côte depuis les Sept-Iles jusqu'à Masquaro.Toute cette partie de la côte n'était pas habitée avant 1850; il ne s'y trouvait que les postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson.Les trois principaux postes de traite étaient les Sept-Iles, Mingan et Natashquan.Venaient ensuite Nabessippi et Masquaro.Outre cela, cette compagnie possédait des postes de pêche au saumon dans toutes les rivières intermédiaires.A Mingan, il y avait à part les commis, un forgeron, un tonnelier, un charpentier et 7 ou 8 autres engagés.Dans le temps que durait la mission on y comptait entre 60 et 70 berges sauvages, dont plusieurs contenaient deux familles et plus.Ce ne fut que vers 1853 ou 54, que quelques maisons jersey aises et quelques familles de la Gaspésie, firent des établissements de pêche à Sheldrake, Rivière au Tonnerre, Magpie, Rivière St.Jean et Longue Pointe.Les Rochette et Tanguay venant des environs de Wapitagun et de la Romaine, s'établirent à Agwanus à Nabessippi et à Watshe.shoo en 1854 ou 55.En somme on peut dire que toute cette partie de la côte a été établie dans l'espace de quatre à cinq ans.(De Masquaro à Blanc Sablon, la côte était habitée en différents endroits par des Canadiens et autres nationalités comme aujourd'hui.) 1858 JANVIER \u2014 Rien de remarquable.FEVRIER \u2014 Dans le cours de ce mois la mort enleva à Christophe Vigneau un de ses enfants, Didier, âgé de 3 ans.Durant cet hiver un vieux chasseur nommé François Guimond qui avait longtemps chassé sur l'ile d'Anticosti et que les gens de la Pointe appelaient \"le vieux nez\" (probablement à cause que cette partie de son visage était difforme) s'était fait une cabane de chasse dans l'anse de la Pointe aux Morts, et venait les voir souvent, les divertissant beaucoup par ses reparties originales et gaies. 12 histoire OU JOURNAL Il ne fut pris aucune pelleterie cet hiver-là.MARS - Vers la fin de ce mois la goélette \"Eugénie\" partit pour la chasse aux loups-marins avec un équipage de 11 hommes (5 canots).AVRIL - Vers le 25, arrivée de \"l'Eugénie\" avec 620 loups-marins.Ils vendirent une partie de leur huile à la compagnie de la Baie d'Hudson à Mingan.MAI - Au commencement de ce mois, la goélette \"Eugénie* fit voile pour les iles de la Madeleine chercher les effets et animaux qu'elle n'avait pu emmener l'automne précédent.A son retour vers le fin du même mois, elle emmena les familles suivantes: AMÉDÉE VIGNEAU, GRATIEN CYR, DOMINIQUE CORMIER Amédée Vigneau était le principal propriétaire de la goélette (mon oncle).MAI \u2014 Durant ce même temps, Isidore Landry, fils de Benjamin Landry, trouva sur l'ile aux Perroquets de la Pointe (Il y a des iles aux Perroquets de Mingan, de la Pointe et de Betchewun) un magnifique fusil évalué à $10.JUIN - Vers le 15, arrivée de la chaloupe \"Venéléo\", Capt.Placide Doyle, avec les familles suivantes pour s'y établir: JOHN DOYLE, (son père).(La famille Doyle a émigré aux iles de la Magdeleine vers 1800, venant de la Nouvelle-Ecosse.Le Père était natif de Bristol: quelques uns de ses livres datant de 1770 en font foi) HIPPOLYTE CORMIER Quelques jours plus tard la chaloupe \"Marie\" en allant pêcher à Natashquan, passait à la Pointe pour y déposer les deux familles suivantes: ':-;fy?A '.y,'.'-' :\u2022 ; r ' \u2022\"¦ ¦¦'-¦]'¦ JOSEPH BOUDREAU (Joson) HIPPOLYTE ARSENEAU La mission fut desservie par le R.P.Babel et le R.P.Bernard (Louis Babel, Pierre Bernard, O.M.I.) JUILLET - \"L'Eugénie\" et la \"Venéléo\" firent la pêche à Sheldrake, et prirent environ 200 quinteaux chacune.AOUT \u2014 Rien de remarquable.SEPTEMBRE \u2014 \"L'Eugénie\" embarqua toute la morue pêchée par les habitants et alla la vendre à Halifax.En revenant elle arrêta aux iles de la Magdeleine et emmena Frédéric Geomphe avec sa famille.Dans le cours de ce même mois Laurent et Boniface Bourgeois arrivèrent de Kégaska pour s'établir ici. DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 13 OCTOBRE - 20.Retour de \"L'Eugénie\" d'Halifax.NOVEMBRE \u2014 12 - Nous arrivons à la Pointe toute la famille, abord de la \"Wide-Awake\", Cap t.Vital Vigneau (mon père).Nous avons aussi Samuel Doyle et Jude Poirier avec leurs familles, et quelqu'autres jeunesses qui viennent voir la place.Jude Poirier n'est venu que pour hiverner.Son intention est d'aller s'établir à Kegaska.Nous apportons des provisions et autres marchandises pour avancer aux habitants.Vers le 20 arrivée de Raphaël Boudreau à bord de la chaloupe \"Marguerite\", appartenant au Capt.Thos Legros, qu'il est allé chercher à Gaspé dans l'intention de s'en servir pour la chasse au loup-marin.27 ou 28.Arrivée de Capt.Pierre Le Marquand, à bord d'une goélette de la Malbaie.Son intention est de s'établir ici, mais les propriétaires de la goélette (les Warren) s'en retourneront au printemps après la chasse au loup-marin.DECEMBRE - Rien de remarquable.JANVIER \u2014 C'est durant la première quinzaine de ce mois que les habitants, quoi qu'en très petit nombre, ont coupé le bois et levé la charpente d'une chapelle sur les lieux qu'avait prescrit le R.P.Arnaud en 1857.Cet humble edifice a les dimensions suivantes: longueur 30 pieds, largeur 24, hauteur, c'est-à-dire du mur du carré, 10 pieds.FEVRIER \u2014 Pour le présent on fait la prière le dimanche chez le père Joseph Boudreau, (Madoisse).12 \u2014 Nous avons des nouvelles de Natashquan par 5 jeunesses de cette place qui sont venus faire une promenade.Il y a à bord de la goélette de la Malbaie, un vieux garçon nommé Marcel Dufour; on l'appelle le bon homme Mistou.C'est un joueur de brelan invétéré et il empoche presque tout l'argent des jeunesses qui jouent avec lui.Il y a aussi un autre vieux garçon de Maria, Baie des Chaleurs, nommé Isidore Normandeau qui prise 1 lb.de tabac en poudre par semaine; on l'appelle le priseur; lui aussi est descendu avec capt.Le Marquand.Cet hiver, le Capt.McLeod de la Nouvelle-Ecosse, hiverne à l'ile des Betchewun pour aller au loup-marin.Pelleterie prise en 1859: un vison et 3 rats musqués; il a aussi été tué une très grande quantité de perdrix blanches, beaucoup de lièvres.MARS \u2014 Bâtiments en hivemement à la Pointe aux Esquimaux en 1859: 1859 1\" \"Wide-Awake\" 14 2e \"Eugénie\" ru.» HISTOIRE OU JOURNAL 3» \"Venéléo\" 4\" \"Marguerite 5° \"La goélette de la Malbaie\".Elle n'est pas encore enregistrée.AVRIL \u2014 3.\u2014 Départ des bâtiments pour la chasse au loup-marin du 8 au 15 retour des bâtiments du loup-marin.MAI \u2014 Dans le cours de ce mois le \"Wide-Awake\" est allé aux lies de la Magdeleine chercher le reste de nos effets; elle n'a pas emmené de nouvelles familles.Loups-marins tués en 1859: \"Eugénie\" 518 \"Wide-Awake\" 502 \"Venéléo\" 480 \"Marguerite\" 320 (J.Warren) Goélette de la Malbaie 201 Total: 2,021 $8,000.N'étant pas organisés ici pour faire fondre nos huiles, nous sommes allés faire fondre à Mingan avec les chaudrons à l'huile de la H.B.C.L'huile vaut 2/6 c'est-à-dire $050; les grandes peaux 4/9; petites 2/3, $0.95 et $0.45.24 \u2014 Arrivée de la chaloupe \"Sophie\" John Geomphe pour s'établir ici avec sa famille; pas de nouvelle famille avec lui.D'après les conseils du père Charpenay chaque habitant a attaché une petite croix d'environ un pied de long, sur la porte de sa maison.31 \u2014 Arrivée des révérends Pères Auguste Charpenay * et Louis Babel, O.M.I.Le premier pour desservir les blancs, et le second, pour les sauvages.Le Père Charpenay est arrivé de France depuis quelques semaines seulement.JUIN \u2014 2 \u2014 Fête de l'Ascension, première grand'messe chantée à la Pointe aux Esquimaux.C'est le R.P.Babel qui est chantre, et on peut dire qu'il chante bien.Même jour, baptême des deux premiers enfants nés à la Pointe: Séraphine, fille de Christophe Vigneau et de Barbe (Babet) Cormier, et Mélanie, fille de Benjamin Landry et de Françoise Boudreau.Nées toutes deux en septembre dernier.Je suis parrain de Mélanie.D'après les conseils du Père Charpenay, chaque habitant a attaché une petite croix sur sa porte.La maison du Père Madoisse, lieu ordinaire de la prière du dimanche, étant trop petite pour y célébrer la messe, les pères se sont servis de celle de Christophe Vigneau.\u2022Us arrivèrent au coucher du soleil par la goélette du capitaine Louis Coulomb e, de Berthier. DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 15 3 \u2014 Premiers mariages célébrés à la Pointe: Vital Boudreau avec Hermine Doyle; Xavier Boudreau avec Domitilde Petit-Pas.Départ la veille de la \"Wide-Awake\" pour Québec, chargée d'huile.8 \u2014 Départ du P.Charpenay4 pour la continuation de sa mission.JUIN 11 \u2014 Départ des Goélettes pour la pêche à la morue.Vers la fin du mois, le Révérend Père Charpenay a marié Jean Vigneau de Natash-quan, avec Olive, fille de Firmin Boudreau, fondateur de la colonie, en remontant.JUILLET 8 \u2014 Arrivée des goélettes de la pêche, mais elle n'a pas été forte, 80 à 90 quintaux par bâtiment, ça paie guère plus que les frais; on a péché à Sheldrake.Quelques goélettes des iles de la Magdeleine étaient venues y pêcher aussi, mais elles n'ont pas fait mieux que nous.C'est la première fois et probablement la dernière fois qu'elles y viennent.Quatre berges de la Pointe ont péché sur les iles aux Perroquets de Mingan.Elles ont fait un peu mieux que les goélettes.Le 23, départ des bâtiments pour le hareng.AOUT \u2014 Du 25 au 28 arrivée des bâtiments du hareng, avec 160 à 200 quarts chacun, péchés à Blanc Sablon et Forteau.SEPTEMBRE 28 et 29 - Nous sommes allés à bord de la \"Wide-Awake\" prendre la morue des barges qui a été pochée sur l'ile aux Perroquets pour la porter à Halifax.OCTOBRE 4 \u2014 Départ de la \"Wide-Awake\" pour Halifax avec toute la morue qui a été prise par les habitants de la Pointe.Quant au hareng il a été vendu ici à des traiteurs Canadiens, Le Capt.Jean Hamond qui a dessein d'établir un magasin ici l'année prochaine, en a acheté la plus forte partie.Le Capt Hamond est un français de St.Malo, établi à St.Thomas de Montmagny.19 \u2014 Arrivée de la goélette \"Alphonsine\" de 30 et quelques tonneaux, achetée à Québec par Prosper Cyr et Charles Lebrun; ils l'ont payée £260.Charles Lebrun est un jerseyais venu ici l'année dernière; son intention est de s'établir ici.31 \u2014 Retour de la \"Wide-Awake\" d'Halifax.Son retour a été fêté par les habitants, qui en semblable circonstance, n'épargnent pas la poudre.Nous avons à bord Edouard, fils de Jos.Boudreau, (Madoisse) qui naviguant depuis quelques années à Arichat, est revenu vivre avec ses parents.NOVEMBRE 1er \u2014 Premier renard pris à la Pointe.C'est un croisé.C'est le père Xavier Cormier qu'il l'a pris.Il l'a fait voir à presque tous les habitants, et on peut dire que celui-ci a été mouillé avant d'être écorché.Il y a une bonne apparence de pelleterie pour l'hiver.* Il se rend jusqu'à Natashquan, en compagnie du capitaine Mamon. 16 HISTOIRE OU JOURNAL DECEMBRE 4 - Premier renard noir pris à la Pointe; il a été pris par Usaric Doyle.1860 JANVIER 15 \u2014 Je mentionne le fait suivant comme l'époque la plus riante de notre séjour à la Pointe depuis que nous y sommes établis, ça été un magnifique gâteau tiré chez Samuel, qui a duré trois jours, et où ont assisté tous les gens de la place, jeunes et vieux.Sans qu'on ait à mentionner la plus petite difficulté survenue pendant ce temps de gaieté et de plaisir.Le 25 a eu lieu une petite farce qui mérite d'être notée.John Girard, chasseur, célibataire établi à l'ile St.Charles depuis 1857, est venu raconter aux amateurs des aventures de chasse un de ses tours de force.Il avait tué, disait-il, un énorme caribou, mais se trouvant très loin de sa cabane il était venu chercher des hommes de bonne volonté pour lui aider à le transporter chez lui.Aussitôt plusieurs s'offrent de l'accompagner sur les lieux pour rapporter un morceau du défunt caribou.Alors Monsieur les guide à travers les plaines durant trois jours les fait coucher deux nuits à la belle étoile et les ramène ensuite à leur point de départ, et le caribou court encore.Je dois à la vérité de dire que bien peu s'en est fallu que je fisse partie de l'expédition.John Girard est natif de la Malbaie, à Gaspé, il est âgé de 48 ans; toute sa famille demeure à Magpie.FEVRIER - Pelleterie prise en 1860: 70 renards, 15 martres, 7 visons, 13 rats musqués.Un peu de perdrix blanche et beaucoup de lièvres.BATIMENTS EN HIVERNEMENT A LA POINTE EN 1860: 1°.\"Wide-Awake\", 2° \"Venéléo\" 3° \"Eugénie' 4° \"Alphonsine\", 5° \"Sophie\".MARS 12 \u2014 Tramage des bâtiments sur la glace pour les mettre à flot.19 \u2014 Nous allons à Mingan, 4 jeunesses, pour y acheter de la poudre et du plomb, afin de compléter ce qui manque.22 \u2014 Départ de l\"*Alphonsine\" pour le loup-marin.26 \u2014 Départ des autres bâtiments.AVRIL \u2014 Rien de remarquable.MAI \u2014 6 - Dimanche vers 3 h.P.M.entre les deux équipages des goélettes \"Wide-Awake\" et \"Venéléo\", nous avons baronne 1270 loups-marins durant l'espace de 2h.30 sur une seule baie.Tous les vieux disent qu'une telle quantité n'a jamais été tuée d'un seul coup par les acadiens.13 - Arrivée du premier traiteur, Peter Fraser, goélette \"Marie Luce\", de Québec. DE LA POINTE AVX ESQVIMEAUX 17 Du 13 au 20, arrivée des bâtiments du loup-marin.Loups-marins tués en 1860: \"Wide-Awake\" \"Venéléo\" \"Alphonsine\" \"Eugénie\" \"Sophie\" Total: - 3311 $11,600.00 25 \u2014 Le père Firmin Boudreau a trouvé sous la souche d'une grosse épinette un poids de romaine de grosseur ordinaire.Il devait être là depuis plus de 100 ans.JUIN \u2014 Arrivée du Capt.Jean Hamond, goélette \"Victoria\", chargée de provisions et marchandises pour avancer aux habitants.En mars dernier le père John Doyle lui a bâti un magasin dans lequel il a déposé ses effets.11 a avec lui son fils Eugène, son gendre William Dion, et un de ses neveux, Alfred Vallée, qui est bon ouvrier.Il se fait bâtir une maison, disant qu'il a l'intention de demeurer quelques années sur la côte.15 \u2014 Départ des premiers bâtiments pour la pêche.16 \u2014 Arrivée du Rév.F.-X.Plamondons en mission sur la côte.17 \u2014 Dimanche, première grand'messe chantée dans la chapelle; on ne fait plus la prière du dimanche chez le Père Jos.depuis mars.18 \u2014 Mariage de Benjamin Petit-Pas avec Flore Boudreau et de Hippolyte Bourgeois avec Pauline Petit-Pas.19 \u2014 Départ des derniers bâtiments pour la pêche.22 \u2014 Abjuration et baptême de Charles Lebrun, protestant.23 \u2014 Son mariage avec Suzanne Cyr; aussi celui de Xavier Cormier avec Mélanie Boudreau.28 - Départ des goélettes \"Wide-Awake\" et \"Venéléo\" pour Québec, chargées d'huile.JUILLET \u2014 Vers le 20 Messieurs Richardson et Reeves ont arrêté ici quelques jours, étant en exploration sur la côte.22 \u2014 Arrivée des bâtiments de la pêche; on a péché à la Rivière au Tonnerre.La saison est encore plus méchante sur ce rapport que l'année dernière; on ne paye pas la moitié des frais.27 - Arrivée de la \"Wide-Awake\" et de la \"Venéléo\" de Québec.La \"Wide-Awake\" a à son bord Laurent Rousseau, cordonnier, qui a l'inten- 5 PLAMONDON, F.-X.- En 1860, vicaire à St-Roch de Québec. 18 HISTOIRE OU JOURNAL non de s'établir ici avec sa famille.Cest le premier cordonnier qui vient travailler de son métier ici.AOUT - Du 5 au 10.Départ des bâtiments pour le hareng.SEPTEMBRE 29 \u2014 Arrivée des bâtiments du hareng.Le voyage a été un peu meilleur que celui de l'automne dernier.Cet automne nous avons traversé à Savage Cove, Terre-Neuve, piloté par Capt.Le Marquand et c'est là que nous avons fait nos voyages.C'est la première fois qu'on traverse là.Boniface Bourgeois retourne demeurer à Kégaska.SEPTEMBRE \u2014 Dans le cours de ce mois, dans le temps que nous faisions le voyage de pêche au hareng, la goélette \"Lady\" Jos.Muldoon, est venu des iles de la Magdeleine faire une tournée d'exploration dans nos parages.Il avait à son bord Benjamin Cyr et Jos.Longue-Epée avec leurs familles, pour s'établir ici, aussi quelques jeunesses qui viennent hiverner.OCTOBRE 5 \u2014 Arrivée de Lazare Petit-Pas et d'Urbain Bourgeois, avec leurs familles, à bord du Capt.Savard, venant de Blanc Sablon c'est-à-dire de l'Anse au Clerc, près de Blanc Sablon; ils avaient émigré en cet endroit en 1854-55.Arrivée aussi de Paul Vigneau de Natashquan pour nous donner un peu de poisson à monter à Québec.Plusieurs habitants de cet endroit ont profité de l'occasion pour venir faire une promenade avec leurs femmes; à cette occasion nous avons fait cuire un mouton que Frédéric Arseneau, notre parent, nous a envoyé des Iles de la Madeleine par Muldoon, et je suis assuré qu'il y avait assez de monde pour manger corps, tête, pattes et queue.Dans ce même temps, nous faisons la connaissance de François Champion, (connu sous le nom de La Clef), français émigré sur la côte depuis 3 ou 4 ans (1856).Il est établi à l'ouest de Cocochoo.Cest un chanteur de première force et il nous a beaucoup divertis avec ses chansons.Pendant que les gens de Natashquan et de la Pointe faisaient liesse, il n'en était pas ainsi avec d'autres pauvres misérables; il a fait un coup de vent terrible au large; Louis Mercier de Berthier, s'est perdu corps et biens avec plusieurs passagers, par les travers des Pointes Ste-Marie, et Denis Gobeil, de la Baie St.Paul, a fait naufrage sur l'Anticosti, au Cap Henry; l'équipage s'est sauvé.9 et 10 \u2014 Départ des bâtiments pour Québec.Nous avons été retardés quelques jours à Mingan par vents contraires et dans ce même temps le commandant Fortin a fait l'autopsie d'un nommé Elle Desbiens, de la Baie St-Paul, mort ces jours derniers dans une bagarre à la Rivière St-Jean chez un nommé Bisson.Ce Desbiens était bien connu de nous tous; il avait passé deux hivers à la Pointe.OCTOBRE - Dans le cours de ce mois André Biais de Berthier, arrivé ici pour s'y établir avec sa famille. DE LA POINTE AUX ESQUIMEAUX 19 NOVEMBRE \u2014 Durant la première quinzaine de ce mois arrivée des goélettes \"Mermaid\", Jos.Marin de l'Anse au Gris-Fond et \"Arthur\", Alf.Talbot, de St-Thomas.Ils viennent hiverner pour aller à la chasse au loup-marin, le printemps prochain.17 \u2014 Arrivée des derniers bâtiments de Québec.La goélette \"Eugénie\" a à son bord le Rév.Claude Antoine Ternet.6 (Monsieur Ternet chanta sa première messe le lendemain 18 qui était un dimanche et baptisa mon frère Grégoire) pour résider ici; ce vénérable missionnaire est natif du département des Vosges, France.Il est âgé de 67 ans.DECEMBRE 8 \u2014 Election de quatre syndics pour l'administration des affaires de la Fabrique.Ce sont: Vital Vigneau, Nathael Boudreau, Vital Boudreau et Prosper Cyr.23 \u2014 Encan des bancs de la chapelle.Il est vrai que chaque famille a fait le sien, mais on les met en vente pour fournir de l'argent pour les besoins de la fabrique et en ramasser un peu pour la construction d'une nouvelle église, dont le besoin se fera bientôt sentir si l'immigration continue.Nuit de Noël \u2014 Première messe de minuit célébrée à la Pointe.A cette occasion, le capt.Hamond qui hiverne ici, a fait cadeau à la chapelle d'une cloche d'une trentaine de livres qu'il avait à bord de la goélette, de sorte que maintenant notre église est décorée de deux cloches sans clocher.31 \u2014 Départ d'Eugène Hamond pour Mingan en barge pour envoyer des lettres à Québec par le postillon de la compagnie de la Baie d'Hud-son.Ca coûte $1.00 par lettre.Population de la Pointe à la fin de 1860.30 familles acadiennes \u2014 182 âmes; 2 familles canadiennes \u2014 12 âmes; 1 Jerseyaise \u2014 2 âmes; plus 25 personnes de la Gaspésie et des paroisses en bas de Québec.Total 221 âmes.(J'ai commis une erreur; je ne sais pas comment; c'est 208 âmes en tout) Nombre de bâtisses habitées et en construction y compris la chapelle, maisons, hangars, etc., 60.1861 JANVIER \u2014 Le 8 a heu les premiers mariages bénits par M.Ternet depuis son arrivée.Comme nous avons un cahier de baptêmes, mariages et sépultures, qui restera désormais dans la mission, je ne m'occuperai plus à l'avenir de ces choses-là, excepté pour quelques personnages marquants ou quelque nouveauté comme le fait suivant.\"TERNET, Claude-Antoine.Né en France, au diocèse de Besancon.Ordonné prtre le 16 mais 1818.Venu au Canada en 1845, il fut successivement professeur au Séminaire de Montréal, curé, aumônier.Missionnaire pendant 2 ans à la Pointe-aux-Esquimauz.Se retire à la Pointe (1862-63), à Lévis (1863-65), puis retourne en France. 20 HISTOIRE OU JOURNAL .JÀJ* Al l'°ffi; .¦¦;>¦ :««»S»!W»>SpW>'.» ''v- ¦>
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.