La presse, 7 janvier 1984, La presse Plus
[" ?MONTRÉAL 7 janvier 1984 volume 2 numéro 1 Idéaux et pouvoir Ce que l'on pourrait appeler le courant de la gauche moderne au Québec est parti en définitive d'une idée fort simple: combattre l'injustice sociale.Le déclencheur: la grève de l'amiante, en 1949.À la jeunotte faculté des Sciences sociales de l'université Laval, un obscur dominicain établit des ponts avec les grévistes d'As-bestos: Georges-Henri Léves-que.Doris Lussier, qui fut secrétaire du père Lévesque, rappelle en page 4 ce que fut l'action de ce personnage.Une action qui devait déboucher sur une prise de conscience collective du fait social, d'une envergure jamais vue.C'est à partir de cette période que les syndicats prendront la consistance qu'on leur connaît aujourd'hui.Mais depuis, la pensée politique animant les milieux de gauche s'est pluralisée, si l'on peut dire.Le CCF, devenu le NPD, a un moment occupé l'avant-scè-ne.Pendant que des artisans ?\"Asbestos \u2014 les Trudeau, Marchand, Pelletier \u2014 faisaient le saut dans le Parti libéral, une majorité de la gauche se laissait torturer par la question nationale et joignait finalement les rangs, fin des années 60, du Parti québécois.Le pouvoir assagit et une bonne partie de la gauche se pose aujourd'hui la question de savoir, après avoir été récupérée par le PO, si le PO est récupérable.Louis Fournier, en pages 2, 3 et 4, fait le point.C'est un peu le même phénomène qui se produit en France où un gouvernement socialiste, au-delà de quelques gestes radicaux, se retrouve après deux ans de pouvoir avec l'étiquette plus modeste de social-démocrate.Jean-François Lisée à Paris analyse la situation en page 6, pendant que Joël Moreau en page 7 explore avec Brice Lalonde, candidat aux dernières présidentielles, les perspectives de cette « nouvelle gauche» dite écologique.Les éléments les plus voyants de cette nouvelle gauche se trouvent en Allemagne de l'Ouest: les «verts» sont représentés au Bundestag et Albert Juneau à Vienne fait le bilan, en page 8, de leur action jusqu'ici.Aux États-Unis entre-temps, les travailleurs délaissent de plus en plus le syndicalisme qui, dans un effort désespéré pour contrer Ronald Reagan, s'accroche au démocrate Walter Mondale, comme en fait foi le reportage de Gilbert Grellet en page 5.La rédaction 11 ; - ».rr.riv * v ri r » .,.c L'EMPIRE DES SENS 1 Serge Grenier TOPONYMIE JO- Illustres ou inconnus Les mystères'de la banlieue sont insondables Boulevard Métropolitain, à la hauteur de Ville d'Anjou, il y a la sortie Ray Lawson Chaque fois que j y passe, les mêmes questions toujours sans réponse, surgissent qur est Ray Lawson?Pourquoi lui?À Longueuil.boulevard Curé Poirier, mêmes angoisses: que le vrai Curé Poirier se lève! Qu'est-ce que je fais ici?Hormidas Deslauriers qui a donné son nom à une rue de Dorval vous dit-il quelque chose?Ernest Robitaille à Montréal-Nord?Arthur Pelo-quin à Saint-Léonard?Deux constatations la réputation des héros de banlieue (marguiliier, échevin.bedeau9) ne dépasse pas leurs frontières; les femmes ne sont pas le ton des comités de toponymie.En revanche, à Montréal, on honore des gens connus.Comme le frère André.Il avait déjà sa rue à Côte-des-Neiges.l'ancienne rue Coronet; il a maintenant sa place au centre-ville, l'ancienne place Beaver Hall, angle University et Dorchester.D'un constructeur de barrages au bâtisseur de l'Oratoire.Entretemps, des citoyens réclament que la rue Atwater soit rebaptisée Marguerite Bourgeois.Le maire, qui en a présentement plein les bras avec l'élimination du mot street sur les plaques, a accueilli la suggestion fraîchement Au fait, qui était Atwater?à la télé gastronomie! Sentiers non battus Quelques perles dans le vaste collier de la cuisine exotique de Montreal Pour savoir de quoi dîne l'Arménien moyen, sé pointer chez Sassoun, 1458 rue Union Pour.manger coréen, c'est à la Maison Coréenne.1219 rue Mackay, que ça se passe.CO o OC LU û LU < \u2014 < \u2022lu ce o CO D Pierre, Chantai et Reine Omniprésence serait le mot.Pierre Nadeau: quotidiennement à Radio-Québec et hebdomadairement à Radio-Canada.Chantai Jolis: à Radio-Canada, radio chaque jour et télé chaque semaine, plus le saisonnier «Station Soleil» à Radio-Québec.Mais c'est Reine Malo qui réussit le grand tiercé du 10.du 2 et de l'autre.A eux trois, des millions de téléspectateurs La télévision payante, quoi! Si le voeu de Francis Fox à propos d'une quatrième chaîne-télé se réalise, qui gagnera la course?langues Parlez-vous chfal?Le chfal est une sorte de jouai châtie (châtré?).On vise l'expression juste, mais on passe à côté.Ainsi, j'ai entendu un militaire, alors qu'il comparait notre pays a certaines républiques d'Amérique centrale, dire que «le Canada n'est pas un régime de bananes».Ou ce commentateur sportif qui, pour décrire une fulgurante montée de Guy Lafleur.hésitait entre les expressions «filer comme un éclair» et «filer à toute vitesse».Il s'est alors écrié: «Il file à tout éclair.» mobilier) La rage Il est de bon ton, si punk on est, de s'intéresser à tout ce qui vient des années cinquante.Certains néo-antiquaires proposent des sets de cuisine chromés, des lampes à abat-jour en fibre de verre, de l'ar-borite, des fauteuils futurama, des divans qui ressemblent à des Studebaker, des plafonniers en forme de gerbes d étoiles, des appareils de radio en plastique.Des couleurs vives, des formes fuyantes qui conviennent mieux à une chevelure orange qu'un mur de briques ou un cadre de porte décapé.Car les punks disent «ouache» au bois naturel.J'ai visité récemment un appartement punk.Un palmier \u2014 évidemment artificiel \u2014 et des éclairages bariolés le disputaient aux cheveux artistiquement travaillés et aux vêlements bardés de clous de la locataire des lieux Se sentir vieux dans la quarantaine, quel choc! h r.Du \u2022 m m \u2022 « \u2022 ôitabnôi Ri qÏuq ,3c quand la droite vent dans les voiles Louis Fournier ous voulions changer le monde mais c'est le monde qui nous a changés .» Celui qui parle a milité pendant des années dans ce qu'il est convenu d'appeler r extrême-gauche au Québec.«Le plus dur, dit-il.c'est de garder son ideal tout en perdant ses illusions.Cet idéal, ça reste de changer la vie.mais par des moyens plus réalistes.» La gauche, c!est bien connu, est située du côté du coeur.Et s'il est vrai que le coeur a ses raisons que la raison ignore, la gauche n'est pas toujours «raisonnable».Surtout lorsqu'il s'agit de l'extrême-gauche ou du gauchisme, cette maladie qui frappe les groupuscules puristes pour qui les slogans incantatoires remplacent l'analyse concrète de la réalité concrète.En ces temps de crise, d'incertitudes et de mutations, alors que tous les «modèles» sont remis en cause, voire dénoncés avec aigreur, qu'advient-il de la «vieille gauche» social-démocrate et socialiste au Québec?Et voit-on poindre une «nouvelle gauche», qu'il s'agisse des socialistes new look ou encore des verts, des alternatifs?Quel est limpact des nouvelles forces de changement, que ce soit le mouvement des femmes, les écologistes, les pacifistes, les jeunes?Mais d'abord, qu'est-ce donc que la gauche au Québec?«Un homme de gauche» L'entrevue démarre à peine que Robert Bourassa lance sans sourciller: «Bien sûr que je suis un homme de gauche, un social-démocrate.Je prépare d'ailleurs un livre qui aura pour titre «La social-démocratie québécoise.» C'était en septembre.1974, alors que le nouveau chef du Parti libéral du Québec en était encore l'ancien chef.Son livre n'a jamais paru mais ses propos sont restés.Imprimés noir sur blanc dans l'hebdomadaire de gauche Québec-Presse dirigé par Gérald Go-din, celui-là même qui allait battre l'ex-premier ministre dans son comté de Mercier deux ans plus tard.Aujourd'hui, M.Bourassa déclare à PLUS (22 octobre 1983): «Les notions de droite et de gauche ont éclaté avec la crise économique.» En fait, c'est la droite qui semble avoir le vent dans les voiles et elle se concentre massivement au sein du Parti libéral, qui a très largement l'appui des milieux les plus conservateurs hostiles à la social-démocratie, cette forme de socialisme réformiste.Le virage vers la droite n'épargne pas non plus le gouvernement du Parti québécois, élu en 1976 sur un programme progressiste.C était l'époque où le premier ministre René Lévesque déclarait, lui qui n'aime pourtant guère les étiquettes: «Le PQ se situe dans la mouvance d'une social-démocratie à la Scandinave, ce qui est le maximum de progressisme pour une gauche sérieuse dans le contexte nord-américain.» Or, comme l'écrivait Le Monde dans un supplément sur le Québec en juin dernier, «le gouvernement Lévesque a réagi à la crise en mettant sous le boisseau ses options social-démocrates qui en faisaient une singularité en Amérique du Nord.Il a pratiqué, plusieurs mois avant la France, une politique de rigueur».Ce faisant, le PQ a mécontenté une portion de son électorat naturel, mais est-ce suffisant pour permettre l'émergence dune «nouvelle gauche» au Québec?Le 20 juin dernier, lors des élections partielles dans Saint-Jacques à Montréal \u2014 bastion pé-quiste où Claude Charron était député depuis 1970 \u2014 le Parti québécois a perdu par 475 voix.Or.près de 1 300 voix (8,1 p.cent) sont allées à quatre candidats marginaux: deux indépendantistes-socialistes et deux écologistes.«En fait, c'est la nouvelle gauche qui a fait pencher la balance en faveur du Parti libéral, constate Pierre Cloutier, conseiller politique du PQ pour la région de Montréal-Centre.Ce sont tous les désenchantés du PQ qui ont manifesté leur ras-le-bol.» Phénomène passager, attnbua-ble surtout à la crise économique?Ou bien début d'un lent réalignement qui pourrait contribuer à faire perdre le pouvoir au PQ au profit du Parti libéral, surtout si le mode de scrutin est réformé avec la mise en place d'un système de représentation proportionnelle?La principale force Pour l'heure, le Parti québécois représente encore \u2014 comme depuis sa fondation il y a quinze ans \u2014 la principale force de gauche au Québec.Même si la social-démocratie péquiste a du plomb dans l'aile, elle conserve I appui critique de la principale centrale syndicale, la FTQ, qui est favorable au «socialisme démocratique».Quant aux deux autres grandes centrales, la CSN et la CEQ, qui sont aussi en faveur du socialisme démocratique, si elles gardent leurs distances à l'égard du PQ, elles sont bien davantage éloignées du Parti libéral.Tout comme le Nouveau Parti démocratique (NPD) au Canada anglais, le PQ a des liens avec l'Internationale socialiste qui regroupe les partis social-démocrates à I échelle mondiale.«Nous avons un siège d'observateur, dit René Lévesque, mais c'est bien ainsi tant que le Québec n'est pas un pays souverain.» Le PQ entretient des rapports suivis avec le Parti socialiste français qui dirige la coalition de gauche au pouvoir à Paris et dont l'un des représentants était présent au récent colloque péquiste sur la social-démocratie.On a pu constater, lors de ce colloque, qu'il n'est pas facile de «gérer la crise», ici comme ailleurs, et que seul le retour à la croissance économique permettra d'assurer de nouveaux progrès sociaux.Si cela est évident, ce qui l'est moins, ce sont les moyens d'y parvenir.Ainsi, la manière forte avec laquelle le gouvernement Lévesque a coupé les salaires des employés de l'État, lors de la dernière ronde de négociations, lui a fait perdre certains appuis.Les tensions se sont accrues avec l'aile gauche du parti, proche du mouvement syndical.Le PQ a perdu des membres, des militants et même un député d'un comté ouvrier, Guy Bisaillon de Sainte-Marie, ex-dirigeant syndical à la CEQ, qui siège depuis lors à titre de député indépendant.D autres députés comme Pierre De Bellefeuille (ex-dirigeant du NPD-Québec) et Louise Harel sont devenus plus critiques dans leur appui au gouvernement.Jusqu'où les dissidences au sein du PQ vont-elles conduire?Le «groupe Bisaillon» Le député Bisaillon a entrepris de jeter les bases d'une nouvelle organisation politique de gauche, indépendantiste et socialiste, en compagnie de quelques anciens militants péquistes et de syndicalistes de la CSN et de la CEQ.Il annonçait, le 23 septembre, le lancement d'une Fondation d'action et de sensibilisation politique, première étape en vue de «favoriser l'émergence d'une formation politique s'inscrivant dans l'action électorale».M.Bisaillon reste très prudent: «Ça ne se fera pas du jour au lendemain.Il faut d'abord créer des liens entre les gens qui travaillent dans les syndicats, les groupes populaires, les regroupements de femmes, les jeunes, les mouvements progressistes de toutes sortes.» La Fondation accepte comme adhérents non seulement des personnes mais des groupes.L'adhésion n'y est pas exclusive: on peut appartenir à d'autres organisations, «y compris le PQ».Parmi les dirigeants de la Fondation, on compte notamment Nicole Boily, qui fut candidate du PQ aux dernières élections puis directrice du cabinet de Pauline Marois; Michel Bourdon, syndicaliste à la CSN et Michel Agnaieff de la CEQ.«Nous sommes un élément d'un mouvement plus large d'opposition qui pourrait déboucher sur une coalition», dit Guy Bisaillon.On peut s'attendre, en effet, que le «groupe BisaHlon» effectue éventuellement une jonction avec deux autres groupes politiques de fondation récente, eux aussi favorables à un «socialisme québécois» et à l'indépendance: le Mouvement socialiste et le Regroupement pour le socialisme.Le Mouvement socialiste Le Mouvement socialiste (MS), dirigé par l'ex-président de la CSN Marcel Pépin, a tenu son congrès de fondation il y a un an et compte aujourd'hui près de 500 membres dans huit régions du Québec.Il a recruté ses adhérents sur la base d'un Manifeste lancé en octobre 1981 et intitulé «Pour un Québec socialiste, indépendant, démocratique et pour l'égalité entre les hommes et les femmes».Ce manifeste, dont il s'est vendu 15000 exemplaires, avait été préparé par le «Comité des Cent», un groupe d'une centaine de personnes rassemblées à la suite d'un Appel lancé en novembre 1979 par les six initiateurs du projet.Outre M.Pépin, on comptait Yvon Charbonneau (redevenu depuis lors président de la CEQ).Raymond Laliberté (ex-président de la CEQ puis du NPD-Québec), Lucie Dagenais (conseillère syndicale à la CSN) et les professeurs Jacques Dofny et Alfred Dubuc.qui avaient naguère été associés au Parti socialiste du Québec (1963-68).Le MS est surtout formé de syndiqués, de jeunes \u2014 étudiants pour ta plupart \u2014 et de militantes féministes très activés au sein du mouvement où elles se sont donné, de surcroît, des structures autonomes de regroupement.Parmi les pionnières du MS, on compte entre autres la nouvelle vice-présidente de la CSN, Monique Simard.Après avoir effectué un travail plutôt souterrain, le Mouvement socialiste entend être «plus visible sur la scène politique», nous a déclaré Marcel Pépin.Tout en préparant un programme politique, le MS examine «l'opportunité d'intervenir lors des prochaines élections provinciales, de manière indépen- dante ou en liaison avec d'autres groupes».Pour M.Pépin toutefois, la participation électorale est liée à la réforme du mode de scrutin: la mise en place d'un système de représentation proportionnelle lui apparaît comme une condition souhaitable, sinon indispensable, si on ne veut pas aboutir à un échec démobilisant.Il ajoute que l'action politique doit aussi prendre d'autres formes, à la base, partout où se mènent des luttes pour «bâtir le pouvoir populaire».Le Regroupement pour le socialisme L'approche est sensiblement la même au Regroupement pour le socialisme, un groupe numériquement moins important que le MS mais qui s'en rapproche par ses orientations générales.À l'oeuvre depuis décembre 1978, le RPS a été fondé notamment par des militants d'un groupo appelé les «Chrétiens pour le socialisme» et dont faisait partie le nouveau président de la CSN, Gérald Laro-se.Le Regroupement a été à l'origine du petit mensuel Presse libre qui a paru pendant un an et demi jusqu'à l'automne 1982.Le RPS a organisé fin octobre à Montréal un «Rendez-vous politique».Plus de 150 participants ont accueilli favorablement le projet de construire une «coalition des forces de gauche» qui pourrait présenter une équipe de candidats lors du prochain scrutin québécois.Cette coalition différerait d'un parti en ce sens que chacune des composantes conserverait son indépendance «C'est une idée que nous allons essayer de faire avancer au cours des deux prochaines années», précise l'un des dirigeants du groupe, Yves Vail-lancourt, professeur en travail social, en ajoutant qu'elle est évidemment liée à la réforme du mode de scrutin.Selon lui, les groupes et collectifs progressistes \u2014 politiques, syndicaux, sociaux, féministes \u2014 ne veulent pas «mettre tous leurs oeufs dans le même panier politique».La gauche n'est plus ce qu'elle était et il faut tenir compte de tous les nouveaux mouvements sociaux apparus ces dernières années, à commencer par le mouvement des femmes qui occupe une «place stratégique» (ce dont témoigne le succès obtenu jusqu'ici par une revue progressiste comme La vie en rose.Il y a là une diversité difficile à «caser dans un seul tiroir» et c'est pourquoi la création d'un parti apparraît prématurée.Dans le même courant «socialisme-indépendance » naviguent d'autres groupes plus marginaux.C'est le cas du «Parti des travailleurs du Québec» fondé en 1974 à l'instigation du professeur d'histoire Gérard Lachance, ex-dirigeant du RIN à Montréal, qui a recueilli 2 p.cent des voix lors des élections dans Saint-Jacques en juin.C'est le cas aussi de quelques groupuscules trotskistes qu'on peut situer à l'extrême gauche et dont le plus important semble être le Groupe socialiste des travailleurs, qui compte notamment des militants dans les syndicats d'enseignants et à la direction du syndicat des employés d'entretien de la CTCUM.Le NPD-Québec Alors que l'immense majorité de la gauche québécoise apparaît acquise au projet d'indépendance, le Nouveau Parti démocratique propose un «fédéralisme renouvelé» tout en reconnaissant que le Québec forme «une société distincte en > m g C > Z ' - m Georges-Henri Lévesque: le père de la gauche moderne 0 L11 ri : était à l'époque de l'après-guerre.De 1945 à 1960.La vie politique du Québec était alors marquée par I omnipotence d'un homme: Duplessis.Il était tout.L'autorité civile, c'était lui et lui seul.Personne dans le gouvernement n'avait d'autre poids que celui que lui consentait le «chef».Ses ministres et ses députés devaient penser comme lui, sentir comme lui et agir selon lui.Un jour fameux, en pleine Assemblée nationale, un de ses ministres qui s'était levé pour parler sur un sujet important s'est vertement fait dire par le «chef»: «Toé, tais-toé!.» C'était proprement la dictature.Tout le monde s'écrasait devant le satrape.Tout le monde, à partir des fonctionnaires qui tremblaient tous pour leur emploi \u2014 toujours incertain car il dépendait de l'humeur du Prince \u2014, jusqu'aux évê-ques même qu'il se vantait de faire manger dans sa main, en passant par tous ceux, professionnels, industriels, entrepreneurs, etc, qui avaient directement ou indirectement affaire au gouvernement.Même les intellectuels, pour qui la liberté est d habitude une valeur si \".'s.précieuse, se faisaient ou rampaient devant le pouvoir.À part le parti libéra', que les circonstances réduisaient à son minimum d'expression et d'influence (sauf vers la fin des années 50 où il s'est regénéré dans ses structures et dans ses idées), les forces d'opposition au régime, c étaient surtout les syndicats et la Faculté des sciences sociales du Père Lévesque.Mais ce fut au prix de leur sécurité et de leur liberté.Le point culminant de l'affrontement entre les syndicats catholiques (car à l'époque la C.T.C.C., ancêtre de la C.S.N.d'aujourd'hui, était confessionnelle \u2014 quand on pense!) et le pouvoir, ce fut la célèbre grève de l'amiante, qui a vu l'État prendre fait et cause pour les capitalistes américains contre les travailleurs québécois.C'est alors que.voyant dans l'attitude brutale du gouvernement Duplessis non seulement un flagrant abus d'autorité mais aussi un intolérable parti pris pour une injustice sociale évidente, le Père Lévesque et plusieurs professeurs de sa Faculté se sont rangés du côté des ouvriers (que dirigeait alors un dynamique Jean Marchand) et ont mené avec eux.sur le terrain même, un combat désormais historique.Et qui fut victorieux.La gauche québécoise était née.Oh! il y avait bien eu auparavant quelques manifestations du Parti communiste canadien, mais elles avaient été sporadiques.insignifiantes, très marginales et écrasées davance sous la réprobation générale d'une opinion publique totalement conditionnée là-dessus par une Église encore toute-puissante et par un État qui faisait du communisme appréhendé son épouvantai! préféré.C'était «la grande peur des bien-pensants».Je n'aime pas beaucoup, moi non plus, l'emploi des vocables «gauche» et «droite» pour classer les gens d'après leurs opinions politiques.Cela me paraît intellectuellement arbitraire et historiquement dépassé.D'abord la gauche et la droite, ce ne sont pas des idées mais des situations géographiques.Et puis rien n'est plus relatif: on est toujours en même temps à gauche et à droite de quelqu'un et de quelque chose, ça dépend du point de vue.Mais comme l'habitude est prise depuis la Révolution française de recourir à ces termes pour expliquer la politique, il faut bien s'y résigner.En se rappelant >bien cependant que ' les réalités contemporaines débordent souvent îés'cadreé^fogiques où tiennent à les enfermer les idéologues.Il n'est pas rare de nos jours de voirdes-régimes de.droite pratiquer une.politjQue xf&[ gauche et inversement.Qu'importe! Disons.gros§6 modo.\"teH8ahs%-;-prétendre à des définitions exhaustives, que la gauche dans une société, c'est en général l'ensemble des forces qui favorisent le changement, et la droite, le bloc de ceux qui tiennent à conserver l'ordre établi.En ajoutant que la gauche met l'accent sur la justice sociale alors que la droite le met sur l'autorité.Si j'applique cette grille d'analyse à la réalité que j ai vécue au temps où j'étais avec le Père Lévesque à la Faculté des sciences sociales de l'université Laval, je peux dire sans me tromper que le Père Lévesque était un homme de gauche.Il était définitivement contre I'«ordre établi» de la société duplessiste du temps.Parce que selon lui cet ordre établi n'était qu'un désordre organisé autour d'une notion pervertie de l'autorité civile par des gens qui pratiquaient la corruption politique sur une haute échelle et qui.de plus, cherchaient à étouffer la liberté de pensée et d'action des citoyens.Vu dans ce contexte, le Père Lévesque était sans ambages un homme de changement.Politique mise à part, on peut dire aussi qu'il était, par nature et par culture, un hom- me branché sur la création de l'avenir plus que sur la contemplation du passé.Il parlait volontiers de «notre maître, l'avenir».Et il avait, dans sa pensée comme dans son action, ce que j'appellerais l'audace de la justice dans les limites de la prudence.lCar \u2014 et j'ai toujours vu là le signe de son adrtvrable équilibre -j?le Père Lévesque était foncièrement un homme d'ORDRE.Autant il a travaillé à changer les choses au Québec \u2014 on l'a appelé avec raison le père (spirituel) de la révolution tranquille \u2014, autant son réformisme s'est toujours situé dans une perspective d'ordre.Je*tf n'hésite pas à dire que la réalité de£>J l'ordre (à définir et à instaurer) ai*, intégré toute sa vie publique.Mais * attention ici aux méprises! L'ordre,' pour lui.ce n'était pas la dictature politico-économique du capitalisme d'exploitation, pas plus d'ailleurs que l'aventure sauvage d'une révolution violente fondée sur les dogmes marxistes de la lutte des classes et la dictature du prolétariat.L'ordre, pour lui.c'était l'organisation efficace de la justice et de la liberté.Et tout cela dans la charité.Sa conception de l'ordre dépassait les valeurs de droite et de gauche en les assumant pour les faire déboucher sur l'institution et la plénitude de la démocratie.Selon le voeu fameux de Jaurès, il a su «prendre sur l'autel du passé le feu et non pas les cendres».Et c'est ainsi qu'il a été, par sa pensée et son action dans la société québécoise, un révolutionnaire de l'ordre.ayant droit à l'autodétermination».Le NPD, qui représente le courant social-démocrate au Canada anglais, a presque été éliminé dans ce rôle au Québec par le PQ, d'autant plus qu'il s'est limité essentie -lement à la scène fédérale (où il a recueilli moins de 5 p.cent des voix lors des dernières élections).Le NPD-Québec.qui compte un peu plus de 400 membres, n'a pas ^.de leader depuis la démission, il y g a un an.du syndicaliste Jean-De-*- nis Lavigne de la CEQ.qui est g maintenant proche du «groupe Bi-> saillon».À la FTQ, où l'on a cessé z d'appuyer officiellement le parti, le ^ président Louis Laberge résume N\" ainsi le sentiment général: «T as û beau fouetter une vieille picouille, w ça n'avance pas!» Selon un des < dirigeants du parti.Gaston Côte w du syndicat des cheminots, tout -! est à faire pour relancer le NPD au ui Québec mais il faut donner un ^ choix aux fédéralistes de gauche.Z On peut cependant présumer que O l'entrée en scène du Parti nationa-liste marginalisera encore davan-^ tage le NPD.en incitant les fédera-j listes progressistes à voter pour le °\" Parti libéral fédéral.Les communistes Parmi les organisations de ten- dance fédéraliste, il faut inclure aussi le petit Parti communiste, bien qu'il ait invité ses membres (nombre inconnu) à voter OUI lors du référendum sur la souveraineté du Québec.Fondé en 1921, le PC est la plus ancienne formation de gauche au Québec mais son influence reste très menue.Il a cependant progressé dans certains syndicats, notamment à la CEQ, et il est actif au sein du mouvement pacifiste.Sa fidélité à la ligne prosoviétique en fait un objet de curiosité rare.Il en va de même du Parti communiste marxiste-léniniste, une petite secte qui pousse l'exotisme jusqu à s'aligner sur le «modèle albanais» Deux autres groupes communistes nés dans les années soixante-dix des mirages du «modèle chinois» \u2014 et dont la contagion a été beaucoup plus vive auprès de la jeunesse se sont fait harakin il y a peu: En lutte en mai 1982 et le Parti communiste ouvrier au début de 1983 Les «Verts» Comme ailleurs en Amérique du Nord et dans le monde occidental, les jeunes sont beaucoup plus sensibles, par les temps qui courent, à la «nouvelle gauche» axee sur l'écologisme et les pratiques dites alternatives.C'est ce qu'on a pu constater lors du récent Sommet québécois de la jeunesse qui a appelé de ses voeux la création d'un Parti Vert.Ce courant est formé pour l'heure de groupes hétéroclites qui ne sont guère organisés politiquement et qui, souvent, ne tiennent pas à l'être, du moins de façon traditionnelle.C'est le point de vue qu'exprime un des mentors de la gauche radicale des années soixante, Pierre Vallières, directeur de la nouvelle revue A/fernaf/ves: «Notre mouvement, comme celui des Verts en Allemagne fédérale, ne serait pas un parti comme les autres, ni même un vrai parti.Son objectif principal ne serait pas de «gouverner» la société mais au contraire de la transformer, non pas de prendre le pouvoir mais de changer les mentalités et les styles de vie.» Est-ce là la nouvelle utopie qui pointe à l'aube de l'an 2000.le -rêve d'-une sorte de millenium?Selon l'un des pionniers du mouvement écologiste au Québec, le professeur Michel Jurdant de I université Laval, «I écologisme fait partie de la «deuxième gauche», une natirho r£«*** autogestionnaire, antiproductivis-te, antitechnocretique, qui préconise un modèle technologique doux.Si l'alternative politique «écolo» est de gauche, elle se démarque néanmoins par rapport au capitalisme et par rapport au socialisme.M.Jurdant ajoute que les «écolos» doivent «formuler un programme politique cohérent» et s'organiser sur la scène électorale.Lors des élections dans Saint-Jacques, deux candidats verts \u2014 dont un représentant de l'ancien Parti Rhinocéros rebaptisé «Rhino-Vert» \u2014 ont récolté environ 5 p.cent des voix.Un petit Parti alternatif du Québec a aussi été fondé récemment.L'avenir dira s'il s'agit d'un courant de fond ou tout simplement d'une nouvelle mode politique éphémère.Gauche-droite.Comme on le voit, la gauche au Québec offre un large éventail de tendances, depuis la social-démocratie jusqu'aux vertes espérances des écologistes en passant par toute la gamme des socialistes, du rose tendre au rouge du plus beau vif.La gauche reste sur- centre au sein du PQ.et elle est largement favorable à l'indépendance du Québec.Par ailleurs, une nouvelle gauche commence à émerger peu à peu, à la suite du virage vers la droite du PQ, mais elle n'est pas à la veille de former un parti.D'autant plus qu'elle manque encore de leaders qui pourraient lui servir de «locomotives», un peu comme le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal a pu se mettre sur les rails, lors des dernières élections municipales, grâce au leadership exceptionnel de l'avocat syndical Jean Doré.Le RCM a alors donné l'exemple d'un parti de gauche qui voulait prendre le pouvoir et non seulement le contester.Le principal défi de la nouvelle gauche reste d élargir ses bases et de se regrouper pour progresser.Mais on n abandonne pas aisément, en certains milieux, la pureté idéologique \u2014 et le confort moral \u2014 que procure l'action minoritaire: mieux vaut mourir à gauche que d'aller vers le pouvoir'e't de faire aueioues nas vers In rlroi- Gilbert Grellet WASHINGTON -V.A ,x LA GAUCHE AUX USA Sous les coups de butoir de Reagan a gauche américaine, incapable de résister aux coups de butoir de Ronald iReagan et à la vague de conservatisme qui, a envahi les États-Unis, paraît avoir perdu toute influence politique et intellectuelle, après trois ans d'administration républicaine.Mais les forces de gauche aux États-Unis, et notamment les syndicats, espèrent bien regagner une partie du terrain perdu à l'occasion des procnaines élections présidentielles et législatives de novembre 1984 et ont commencé à mettre tout leur poids dans la bataille politique à moins de un an du scrutin.Déjà, en apportant dès le mois d'octobre dernier le soutien massif de ses 14 millions d adhérents à l'ancien vice-président Walter Mondale.la centrale syndicale AFL-CIO est montée au créneau pour essayer d'assurer la victoire de ce dernier dans la course à l'investiture démocrate, face à l'ancien astronaute John Glenn.Et la plupart des syndicats américains, à l'exception peut-être des Teamsters qui avaient soutenu Ronald Reagan en 1980, paraissent bien décidés à appuyer fermement et activement l'année prochaine le candidat démocrate pour tenter de faire élire «leur» président en 1984 et d'écarter Ronald Reagan de la Maison-Blanche.En outre, ils ont créé de nombreux comités d action politique destinés à aider financièrement les candidats de leur choix au Sénat et à la Chambre et ils sont prêts à mobiliser des militants qui se sentent plus motivés que jamais.Dans de récentes élections, les syndicats ont même joué un rôle plus important que les militants du Parti démocrate.Réaction des maçons «Beaucoup de nos membres ne voulaient pas entendre parler de politique auparavant, mais après trois ans de Ronald Reagan ils sont prêts à faire tout ce que je leur demande», note Joan Bag-gett.l'une des responsables du Syndicat des maçons.Réaction du désespoir?Peut-être si l'on songe à la constante érosion des positions du syndica- lisme depuis plus de 20 ans aux États-Unis.En 1955, environ 35 p.cent des travailleurs américains étaient syndiqués; aujourd'hui, ils sont à peine plus de 20 p.cent et le mouvement s'est accéléré ces dernières années, en raison de la crise économique et du déclin des industries traditionnelles comme le textile, la sidérurgie ou l'automobile.Certains syndicats, comme celui de la sidérurgie, ont perdu près de la moitié de leurs membres depuis 1980.Mais ce nouvel activisme syndical reflète également le mécontentement profond des couches les plus défavorisées de la population américaine \u2014 la clientèle traditionnelle de la gauche \u2014 face aux réformes économiques mises en place par le président Reagan et jugées beaucoup trop favorables aux «riches».Cette «grogne» est-elle suffisante?Cette «grogne» est également sensible parmi les minorités \u2014 notamment les 25 millions de Noirs et les 15 millions d'Hispaniques \u2014 qui s'estiment complètement négligées par le gouvernement Reagan.En ce sens, la candidature de l'ancien militant noir des droits civiques Jesse Jackson à l'investiture démocrate \u2014 même si elle n'a aucune chance de réussir et ne fait pas l'unanimité parmi les organisations noires \u2014 témoigne du désir de ces minorités de taire entendre leur voix et d'agir au niveau politique.Ce même souci se retrouve chez les femmes, qui représentent plus de la moitié de l'électorat.Les féministes américaines, qui font campagne pour une femme à la vice-présidence, vont pour la première fois de leur histoire apporter leur soutien officiel à un des candidats à la présidence.Érosion de la gauche Mais ce sursaut sera-t-il suffisant pour faire face à l'érosion des idées de gauche aux États-Unis et à la montée en force des valeurs traditionnelles personnalisées par Ronald Reagan?On peut en dou- ter à la lumière des récents événements et notamment de l'extraordinaire regain de popularité dont a bénéficié le président américain après l'invasion de La Grenade par les Marines le 25 octobre.Même le Washington Post, l'un des quotidiens les plus libéraux de la côte est, a dû baisser pavillon et reconnaître que l'opération était peut-être justifiée, après l'avoir vivement critiquée dans un premier temDS.Quant aux critiques les plus virulents de l'intervention, c'est à, peine s'ils ont réussi à mobiliser quelques milliers de manifestants à Washington et sur les campus universitaires, où les étudiants pensent surtout a étudier.Les années 60 et 70 sont bien oubliées et La Grenade n'est pas le Vietnam, loin de là.Et que dire des principaux candidats démocrates, les yeux rivés sur les sondages, qui rivalisent de nationalisme et de militarisme anticommuniste.Walter Mondale «fait de la concurrence à Reagan en poussant à la guerre froide et de telles tactiques ne pourront vaincre le reaganisme» a estimé à ce sujet le Parti communiste américain lors de sa dernière convention, début novembre.Ce parti, il est vrai, ne compte guère plus de quelques milliers de membres, et le militant communiste est une espèce en voie de disparition aux États-Unis.Par ailleurs, la candidature à l'Investiture démocrate de George McGovem, déjà écrasé par Richard Nixon en 1972, n'a provoqué que des sourires gênés et a même été critiquée par ses propres amis.Les radicaux se sont recyclés D'autre part, il est certain que la poursuite en 1984 de la reprise économique, entraînant une diminution du chômage, va enlever des munitions à ceux qui ont abondamment critiqué la «reaganomic» depuis trois ans.C'est la «magie du marché» qui remet le pays au travail et la prospérité est là pour durer si les «collectivistes» et les «grands dépen- \u2022 | ' Il '\")')'¦*')'?1 * I 'rit t \\ ¦ .j J ! > -v I |] l .> * \u2022 i \u2022 i i r t i |, f siers» (démocrates) sont tenus à l'écart des leviers de commandes, affirment Ronald Reagan et les républicains purs et durs.À cela, les économistes libéraux ont du mal à répondre, même si certains comme le banquier Félix Rohatyn proposent une «nouvelle politique industrielle» faisant davantage appel à l'intervention de l'État.Les idées socialistes, déjà peu appréciées en général, font de moins en moins recette aux États-Unis où l'on comprend mal les orientations prises ces dernières années par plusieurs pays européens.Il n'y a plus grand monde qui ait envie de faire la révolution dans le pays et les «radicaux» des deux dernières décennies ont presque tous fait amende honorable.Ils se sont généralement reconvertis dans les affaires ou la religion, quand ils ne mêlent pas habilement la gymnastique grand public et l'ambition politique, comme Jane Fonda et son mari Tom Hay-den.Ceci n'empêche pas les mouvements de défense des libertés, comme l'Américan Civil Liberties Union, de continuer à prospérer aux États-Unis.Mais ils défendent davantage l'individu face au gouvernement ou aux autorités de toutes sortes \u2014 tradition bien américaine \u2014 qu'une quelconque idéologie de gauche.Quoi qu'il en soit, l'Amérique n'oublie pas que la lutte pour les droits civiques a marqué son histoire depuis près de 30 ans.La récente décision prise par le Congrès de marquer par un jour de fête nationale l'anniversaire de la mort de Martin Luther King témoigne de cet attachement à la défense des individus et des opprimés.Les opprimés en droit, s'entend ?éditeur Jean Sisto éditeur adjoint Réal Pelletier secrétaire de rédaction Manon Chevalier collaborateurs au Québec Maurizia Binda Françoise Côté Gil Courtemanche Antoine Désilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Guy Fournier Louis Fournier Pierre Godin Serge Grenier Jean Hébert Dr Gifford Jones Dr Louise Laliberré Gérard Lambert Yves Leclerc Marie Lessard Mario Masson Pol Martin Simone Piuze Pierre Racine Andre Robert René Viau Patricia Dumas Diane Hill Daniel Raunet Trevor Rowe Edith Coron Jean-François Lisée Jean Lapierre Robert Pouliot Toronto Calgary Vancouver New York Salvador Paris Rome Chypre Vienne Tokyo Taiwan Albert Juneau Huguette Laprise Jules Nadeau PLUS publie également des reportages exclusifs obtenus de l'Agence France-Presse, de I agence Inter Presse Service, de Reporters associés et de Télémédia.publicité générale: Probecô Ltée \" Tel : Montréal 285-7306 Toronto (416) 967-1814 de détail: La Presse, Ltée Tél.: (514) 285-6874 Le magazine PLUS est publié par Hebdobec Inc .CP.550 Succursale Place d Armes Montréal H2Y 3H3.monte et imprimé par LA PRESSE.Ltée.Tous droits de reproduction, d adaptation ou de traduction réserves.président du conseil d'administration Roger D.Landry directeur général Jean Sisto responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier secrétariat Manon Beaulieu Jel.: (514) 285-7319 CD C z H X rr.> > m o > z < m 3) (C a i.ii i > 1 \u2022 .;.j!fûVI 3 i » f > t ¦ oilà: le socialisme c'est ça.Désolé, c'est tout ce qu'on a en magasin.» Depuis plus d'un an, l'humoriste de gauche Guy Bedos répète cette phrase sur une scène parisienne devant un public composé d'électeurs socialistes.Un soir, le président Mitterrand fut du nombre.Ce n'est plus le rire franc que Bedos provoquait lorsqu'il égrati-gnait les diamants de Giscard ou les bourdes de tel ou tel de ses ministres.C'est un rire un peu grinçant, un peu jaunâtre, un peu désabusé, sur le nouveau régime.«Le changement, nous y sommes.» Cette fois, ce n'est pas Bedos qui le dit, c'est François Mitterrand, début novembre, devant un public militant de l'est de la France.Cette fois, on ne rit pas.On applaudit poliment.«Si ce n est que ça, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat», aurait-on envie de répondre.Partout, dans le «Peuple de gauche», des syndiqués démobilisés aux intellectuels silencieux, le sentiment dominant s'appelle déception.C'est que le socialisme qui a pris le pouvoir par surprise un pluvieux jour de mai 1981.ce socialisme est en crise.Equilibre précaire entre une social-démocratie qui assume son rôle de gestionnaire de gauche du capitalisme et un marxisme que les faillites des rêves soviétique et chinois ont discrédité, l'idée française du socialisme souffrait déjà d'une crise de ses valeurs.La prise du pouvoir en a révélé l'ampleur avec une brutalité inattendue.La conquête et l'exercice Bien avant leur arrivée au gouvernement en 81.un des mécanismes essentiels de la doctrine socialiste avait sauté.Depuis Léon Blum, qui dirigea en 1936 le gouvernement de «Front populaire», les socialistes avaient imaginé une subtile différence entre «exercice 3 du pouvoir» et «conquête du pou-voir».«L'exercice», c'était lorsque, au hasard des luttes parlementaires. OC UJ > O UJ < CO < LU QC Z O GO Jean-François Usée PARIS Le socialisme est-il soluble dans le pouvoir?gouvernement.Ils devaient alors se montrer bons gestionnaires des affaires de l'État et préparer des jours meilleurs.Il s'agissait d appliquer un « programme minimum ».«La conquête» ce devait être la venue au pouvoir des socialistes, toujours démocratiquement, mais dans des conditions optimales qui permettraient la socialisation complète de l'économie et le passage au socialisme.Le nouveau Parti socialiste créé autour de François Mitterrand en 1969 abandonne ce distingo.La prochaine prise du pouvoir, ce sera le début de la «rupture avec le capitalisme» et avec ses lois économiques.«Ce ne sera pas le marché qui assurera la régulation globale de l'économie», affirme encore le PS en 79.«Les prétendues lois économiques que l'on présente à droite comme éternelles(.) ne sont en fait que les principes de gestion du système capitalistes » La «stratégie de rupture» avec le capitalisme prévoit carrément que le processus déclenché par un gouvernement socialiste doit «atteindre dans les trois mois, comme l'a prévu notre programme, des seuils décisifs».La prochaine fois, donc, il n'y aura pas d'excuses.L'épreuve du feu «Les mythes socialistes, au lieu de rouiller paisiblement dans une arrière-salle de commission, ont enfin servi' ils ont connu l'épreuve du feu.la vérification par la pratique.Certes, la plupart n'y ont pas résisté.N'empêche, nous voici tout de même plus avancés», écrit l'auteur et journaliste de gauche Jacques Julliard (1).Il faut distinguer entre mythes et reformes.En deux ans et demi, les socialistes n'ont pas chômé, côte réformes, décentralisation, nouveaux droits des travailleurs, des femmes, abolition de la peine de mort, cette page ne les contiendrait pas toutes.Ils ont réalisé en deux ans et demi ce que Giscard d Estaing et sa «société libérale avancée» auraient mis plus de dix ans a mettre en oeuvre.Les mythes, c'est autre chose.C'est croire qu'un gouvernement socialiste ramènera automatiquement la croissance; c'est croire que les riches vont payer; c'est croire que les nationalisations vont permettre au pouvoir de diriger l'économie, et pas d'être dirigé par elle.C'est sûrement une loi générale: lorsque les socialistes prennent le pouvoir, ils sont soumis à une cure forcée de réalisme.Pour François Mitterrand, la douche n'a pas été froide, elle a été glaciale.La crise économique mondiale n'a pas voulu de ses tentatives de relance et la obligé à troquer ses «grands desseins» de transformation sociale contre le triste boulier compteur de la balance du commerce extérieur et des fluctuations du franc.«N'empêche, nous voici tout de même plus avancés», écrit donc Julliard.Car maintenant ils savent, forcés d'appliquer une rigueur qu ils auraient hier dénoncée, ils savent qu'il est vain d ignorer les lois économiques, ils savent qu'il y a une limite a l'imposition des Français les plus riches, ils savent qu'il faut parfois se résoudre au compromis avec le patronat.Ils ont aussi découvert que les institutions de la Vième république ne sont pas si mauvaises.Mitterrand qualifiait la constitution présidentialiste de De Gaulle de «coup d'État permanent»; deux mois après son élection, il nuance singulièrement son opinion et déclare: «Les institutions n'ont pas été faites à mon intention mais elles sont bien faites pour moi.» L'acceptation, aujourd'hui générale, du système légué par la droite rend presque risible cette phrase, tirée des statuts du PS : « Les^ socialistes estiment qu'il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste.» Mais si l'on se plie aux lois de I économie capitaliste, si le mot «rupture» est devenu tabou, si l'on gère en comptable frileux le budget de l'État et si l'on rend grâce à la «démocratie bourgeoise», à quoi ça sert, le socialisme?Il y a'deux'façons*de voir cèftë période de vaches maigres.Il y a celle du premier ministre Pierre Mauroy, dont le principal défaut est l'optimisme, et qui affirme que la rigueur est une parenthèse.Une fois traversée la crise, une fois rétablis les équilibres économiques, reviendra la croissance et les promesses de temps nouveaux et chantants pourront être tenues.Cette vision-là est en nette perte de vitesse, ne serait-ce que parce qu'on repousse toujours un peu plus l'heure de refermer la parenthèse.Puis il y a celle des gens pressés, qui n acceptent carrément pas la parenthèse.Celle de l'ancien ministre de l'Industrie, Jean-Pierre Chevènement, leader du second «courant» en importance danr^ le parti.Il propose de provoquer la croissance intérieure par la levée de barrières protectionnistes et rêve de passer tout de suite, en vase clos, aux choses sérieuses.Finalement, il y a celle des empêcheurs de tourner en rond, des «puisque c'est comme ça, débrouillons-nous avec».Jean-Pierre Worms, député socialiste, membre de la troisième tendance du PS résume très bien la problématique: «Admettons enfin qu'aujourd'hui toutes les vérités sont bonnes à dire.D'abord sur la crise.Chacun sait qu'elle est durable.Il est futile de courber le dos en attendant qu'elle passe.Il s'agit d'une mutation profonde \u2014 rien ne sera plus comme avant.Disons-le.» Admettons que c'est un peu dur à avaler.Dans cette hypothèse, certes la plus plausible, le projet socialiste élaboré au temps de la croissance doit être remisé sagement dans la corbeille de l'histoire.Et il faut trouver la réponse à la question que Worms pose aussi crûment que le problème: «Est-il réellement possible de construire une politique d'orientation socialiste, transformant de façon significative et continue les rapports sociaux, dans un tel contexte de rigueur financière et de croissance économique faible?» La deuxième gauche partiennent à ce qu'on appelle la «deuxième gauche», qui va du socialiste Michel Rocard au quotidien Libération en passant par la centrale syndicale CFDT, dont le leader, Edmond Maire, maintient que «le socialisme n'est pas un taux de croissance, c'est un mode de vie».La «deuxième gauche» défie toute définition précise.En gros, elle milite d'une part pour le respect des lois économiques du marché pour un certain libéralisme, mais, comme l'explique Julliard, ce réalisme économique est doublé d'un développement des initiatives sociales, des mouvements associatifs \u2014 en un mot de la participation des citoyens à la prise de décisions et à Taction collective.Pour l'instant, les rigueurs de la crise ont forcé Mitterrand à appliquer, depuis plus d'un an, le libéralisme prôné par la «deuxième gauche».Mais le second volet, celui qui donne une perspective, une justification des efforts fournis dans le cadre de l'austérité socialiste, persiste à briller par son absence.Mais l'heure n'est pas à l'intransigeance.Les socialistes ont perdu depuis deux ans les illusions qu ils entretenaient depuis le début du siècle.Les incroyables bouleversements économiques et politiques qui secouent l'Occident mais surtout les nouveaux courants sociaux, ceux de l'écologie, du féminisme, de la lutte contre les corporatismes, de la revendication à la «qualité de vie», imposent une redéfinition du programme socialiste qui ne se fait pas en un jour.Le nouvel auteur éclairé de la droite française, I énigmatique «Caton», admet que cette prise de conscience a été conduite par les hommes qui étaient les mieux à même de guider une telle mutation puisqu'ils devaient l'accomplir pour eux-mêmes.Paradoxalement, Mitterrand et les socialistes n'ont pas été I avant-garde, mais les accompagnateurs de cette mutation.Alors, l'expérience socialiste française aura peut-être encore quelque chose à offrir; il y aura peut-être autre chose en magasin.Et lorsque François Mitterrand dit «le changement, nous y sommes», il ne veut peut-être pas dire qu il est en train de changer la société, mais bien que c'est lui qui est en train de changer.Peut-être.?(1) Dans le derme' numéro de la revue «Intervention», consacre a ce shenie.et d ou plusieurs citations u'iliseei ici ont ei*» tirées e fait pas de la politique qui veut' Les écologistes allemands plus connus désormais sous I appellation de «verts» sont en train d'en faire lamère expérience.Ils donnent déjà I image dun parti miné par les dissensions internes et qui plus est.se révèle incapable de faire valoir ses points de vue auprès de la population.Alors échec politique?Echec de I écologie?Ou plutôt de l'écologie politique?A l'heure où I on commence a parler au Quebec d'un rassemblement des «verts» en vue d'une élection provinciale, il n'est certes pas inutile d'aller consulter un expert en matière d'écologie politique soit Brice Lalonde.le candidat des écologistes à I élection présidentielle de mai 1981 en France.Âgé de 37 ans, ce licencié en Lettres et en Droit, l'un des animateurs du mouvement étudiant en 1968 et ex-journaliste décide en 1972 de fonder «Les Amis de la Terre» Quelques gestes d éclat, notamment cette expédition en 1973 à Mururoa pour manifester contre les essais nucléaires atmosphériques, le feront connaître du grand public.La participation.Tannée suivante, à la campagne présidentielle de René Dumont (300000 voix) ramènera tout naturellement à se porter candidat en 1981 et il ira chercher 1200000 votes; soit, plaisante-t-il «plus que n importe lequel des ministres qui se sont succédés au ministère de I Environnement».\u2014 Brice Lalonde, pourquoi cette volonté chez les écologistes d'aller briguer les suffrages en descendant dans I arène politique?B.L.: Tout simplement pour nous faire connaître.Notre action est fortement teintée de civisme et le civisme n intéresse malheureusement pas les français; ils sont passionnés de politique d'où la nécessité d'aller les rejoindre sur ce terrain.Et puis il ne faut pas oublier que durant nos années de marginalité, nous n'avons jamais pu crever le «plafond» institutionnel; nous ne pouvions exprimer nos idées à la te fe vision et notre action n'avait donc aucune portée auprès de I opinion.Vous êtes candidat et du jour au lendemain, vous disposez de deux heures d'antenne, alors pourquoi s'en priver?\u2014 Votre bilan?B.L.: Tout d'abord une conclusion s'impose: il est très dangereux de se lancer en politique.Regardez les Allemands; la cause écologique est devenue les intérêts du parti «vert» Vous savez.use ique, n Brice Lalonde ¦ Joël Moreau des que Ion forme un parti.I intérêt de ce parti peut à la longue éclipser ce pourquoi il s'est formé.Il acceptera tel ou tel compromis pour être sur de faire passer ses candidats, sans parler des diverses factions qui le composent et qui s'affrontent sur certains points brisant ainsi la cohésion du groupe.Je pourrai d'ailleurs vous en donner un exemple: nous avions décidé, il n'y a pas si longtemps, de former une coalition des divers groupes écologiques pour boycotter les produits Hoffman-Laroche en regard d'une sombre histoire de déchets «égarés».Une fois ces déchets retrouvés, nous avons tous voté pour l'arrêt de ce boycott à l'exception d'une association qui.parce qu'elle venait de faire imprimer plusieurs milliers de tracts sur cette question, a refusé d emboîter le pas.Je pense néan- PARIS ¦ « I moins que malgré toutes ces difficultés, il est juste que les écologistes se présentent aux élections: les implications politiques du choix écologique spnt trop r ©Iles et trop fondées pour qu'on puisse les passer sous silence.Pour notre part, nous estimons que le fait d'avoir été chercher 4 p.cent des votes est tout de même encourageant puisque nous étions relativement nouveaux sur la scene politique.Nous sommes en France le dernier des grands partis et le premier des plus petits et cela nous donne une position de force non négligeable.N'oubliez pas que I écologie, il y a seulement dix ans.semblait être une mode; il n'en est plus rien aujourd'hui et la plupart des partis politiques, de droite ou de gauche, ne manquent pas d inclure dans leur programme un volet écologique.Nous en sommes peut-être un peu responsables, non9 \u2014 Justement, ne faut-il pas y voir une certaine récupération de l'écologie a des fins politiques?B.L.: Si cette récupération est le résultat de nos combats pour changer les mentalités nous ne pouvons que nous en féliciter.Il est sûr cependant qu'il existe une certaine forme de récupération verbale, de promesses qui ne sont pas toujours tenues.A nous d être vigilants et de dénoncer, sans tomber dans l'extrémisme, ces politiciens qui ne respectent pas leurs engagements.\u2014 Pensez-vous que cette relative désaffection de Monsieur Tout-le-Monde à l'égard de la chose politique puisse un jour servir la cause écologique?B.L.: Rien de plus normal que cette désaffection.La politique au départ grosso modo c était: créons un ensemble d'endroits et de procédures dans lesquels la société pourra discuter de ses problèmes Maintenant c'est devenu le fait de politiciens pompeux qui l'ont ritualisée à l'extrême et que Ion arrive plus à croire tant ils rivalisent de machiavélisme.Les politiciens actuels sont un peu comme le gardien de but qui seul a le droit de toucher le ballon quand les autres ne l'ont pas Mais d un autre côté, force nous est de reconnaître que la politique, quoique contraignante, est un mal nécessaire.Alors.je suis inquiet, cette désaffection à regard de la politique peut s'avérer terriblement dangereuse car elle peut favoriser n importe quel groupe: la montée de l'extrême droite en France en est la preuve flagrante.\u2014 Quels sont aujourd'hui vos rapports avec le gouvernement Mitterand que vous n'avez d'ailleurs pas appuyé au second tour des élections présidentielles?B.L.: Nous sommes déçus.La gauche pense qu'elle va être jugée d'un point de vue économique et se soucie finalement peu des problèmes écologiques.Son raisonnement est bien simple: ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous.La droite à cet égard parait jouer plus subtilement en avançant que ceux qui ne sont pas contre elle pourraient un jour être avec elle.Au risque d'en surprendre certains, je pousserai même jus-qu a dire que la droite semblait attacher, du temps où elle était au pouvoir, plus de respect que la gauche aux thèmes écologiques.Que fait le gouvernement Mitterand pour faire cesser les ventes d'armes, pour réduire les dépenses militaires ou encore pour encourager la recherche des modes d énergie alternatifs?Qu'a-t-il fait de notre proposition de référendum à la Suisse, c'est-à-dire de cette procédure qui permettrait aux citoyens, à la suite d'une pétition signée par un certain nombre d'entre eux.de se prononcer sur un theme quelconque?Où en sont ses projets sur le mode de scrutin proportionnel?Autant de questions qui hélas, restent sans réponse.\u2014 On a toujours plus ou moins lie écologie et pacifisme.Partagez-vous cette vision des choses et comment jugez-vous la politique extérieure française?B.L.: Tout ce qui est une opposition, gauche-droite, militarisme-pacifisme, est à rejeter pour un écologiste.Le pacifisme fait pour nous l'objet d'une disqualification ontologique.C'est parce qu'il y a des pacifistes que la société leur permet d'exister.Pour pouvoir survivre nous devrions défendre une société aussi «miraculeusement» pacifique que la nôtre et cela les pacifistes ne veulent pas le défendre, détruisant ainsi du même coup cette société pacifique.Ce couple militarisme-pacifisme se conforte dans une agressivité infantile: les uns veulent vingt missiles de plus, les autres dix de moins et tout ce beau monde finit par se taper dessus.Pour ce qui est de juger la politique extérieure française, disons que la France persiste à se croire ce qu'elle n'est plus.D'une manière générale les Français sont partisans d'une politique dissuasive ayant découvert récemment que l'Union Soviétique n était pas cet îlot de paix que l'on croyait.La position de François Mitterand est à cet égard plus réaliste que celle de Giscard d'Es-taing qui pensait que les dirigeants soviétiques étaient aussi «distingués» que lui! Mais Mitterand.s'il est plus réaliste, commet lui aussi le péché gaullien d'orgueil en pensant que notre pays a les moyens de jouer les gendarmes au Tchad et au Liban Autant j apprécie la reprise de la dissuasion (pour l'empêcher, il faudrait une défense civile et la France n'en a pas), autant je suis inquiet de ce que font les socialistes en matière de bombe à neutron et d'armes tactiques.Il faut, selon moi.aller contre toute banalisation de l'arme atomique et que la France prenne l'initiative diplomatique du désarmement plutôt que de conseiller aux deux grands de le faire \u2014 Brice Lalonde, vous repre-senterez-vous aux prochaines élections présidentielles?B.L.: Oui.très certainement à titre de candidat individuel soutenu par une association et non comme le leader d'un parti Ce parti «vert» que l'on nous propose, c'est un peu le dernier avatar d'un bolchévisme.écologique celui-là.Il ne faut pas oublier de laisser l'écologie «de terrain» s exprimer Je plaide pour que les écologistes soient les meilleurs défenseurs de la nature par le biais d associations et les meilleurs politiciens d'un point de vue politique.# ?CO o m > > m o m x ce oc Albert Juneau VIENNE LA GAUCHE EN ALLEMAGNE Les verts recherche une crédibilité politique CO CD CC LU > o LU < CO ml < ce O ai Ils sont répandus presque partout en Europe, de l'Espagne conservatrice à la Suède permissive.On les appelle généralement les écologistes, les verts ou les alternatifs.Qui sont-ils.que font-ils, que veulent-ils?Certains les qualifient de «nouvelle gauche».Eux-mêmes se fichent éper-dument des étiquettes.En fait, il n'est pas faux de les situer à gauche, car plusieurs d'entre eux sont des enfants légitimes de la gauche.Comme partis politiques, leur développement est tout récent et leur clientèle restreinte.Par exemple, les partis écologistes n'ont obtenu aux dernières élections que 1,6 p.cent des voix en Suède, 1,5 p.cent en Finlande et 0.8 p.cent en France.En Allemagne de l'Ouest toutefois, les verts ont remporté un certain succès en mars 1983 en obtenant 5.6 p.cent des voix et 23 mandats au Bundestag.Vivre et travailler autrement Néanmoins, l'influence réelle de ces nouveaux partis dépasse de beaucoup l'importance de leur représentation dans les parlements nationaux.C'est qu'ils ne sont pas seulement des partis, mais aussi des mouvements sociaux capables de mobiliser plusieurs organisation; et des milliers de sympathisants.La sauvegarde de l'environnement a constitué jusqu'à maintenant une préoccupation majeure et un des principaux chevaux de bataille des écologistes.Mais dans les programmes politiques, on retrouve des objectifs beaucoup plus ambitieux.Les écologistes et les alter-natifs ne désirent rien de moins, en définitive, que de rompre avec les modèles actuels, qu'ils soient capitalistes ou socialistes, ils veulent aménager de nouveaux milieux de vie ou, en un mot, pour reprendre leur expression, «vivre et travailler autrement».Mais comment?Les solutions sont aussi hétérogènes que les mouvements ou les partis.Et puis, inutile de chercher les grandes recettes universelles, car l'idéologie ecclé-alternative est encore informe et le restera peut-être long- .\u2022t.-.temps.Tout ce nouveau courant a reçu son impulsion initiale non pas d'en haut, mais d'en bas.c'est-à-dire de multiples expériences individuelles, communautaires et municipales dans les domaines les plus variés.Les partis politiques sont encore d'ailleurs fortement marqués par cet enracinement profond à la base.En somme, cette «nouvelle gauche» tente déjà au niveau local et communautaire de réaliser concrètement cette autre société à laquelle elle aspire.Le mouvement dit alternatif est peut-être, de ce point de vue.celui qui exprime le plus clairement ce phénomène.Les expériences alternatives fleurissent un peu partout en Europe.Une de leurs principales caractéristiques est l'autonomie d action à l'égard des grandes organisations et de l'État.Le mouvement alternatif se développe en marge de la société.Le Netzwerk selbsthilfe (réseau autonome) de Berlin-Ouest constitue un exemple intéressant.Des centaines d'entreprises de type alternatif opèrent actuellement dans cette ville et couvrent à peu près tous les besoins d'un alternatif moyen.On y trouve des boulangeries, des cliniques médicales, des écoles, des manufactures, des coopératives de construction.C'est une micro-société parallèle qui entend vivre en autarcie.Le réseau fut créé en 1975 par quelques groupes issus de mai 1968 qui désiraient aider les chômeurs et les exclus à mettre sur pied leur propre entreprise.Ils obtinrent au départ le soutien moral et financier des sociaux-démocrates, des syndicats, des mouvements féministes, de I extrême-gauche.À deux reprises ils ont refusé les subventions de l'État.L'envers de la médaille Qu'y a-t-il de si différent dans ces entreprises a/fernatives?Pour Jacques Huber, un des cinq satanés du réseau, «la différence est dans l'esprit, les rapports humains, le mode de production et la qualité des produits fournis.Nous risquons, ajoute-t-il, perpétuellement de glisser».Le mouvement alternatif est plutôt un mode de vie qui repose sur les éléments suivants: un certain retour au travail manuel, un certain confort mais pas trop, sortir de la vie privée et s'ouvrir à la vie communautaire, et fuir la sécurité à tout prix.Ce qui veut dire aussi, baisse de la productivité, introduction de nouvelles formes d'organisation du travail, résistance à l'exploitation de la nature et, non le moindre, coexisten-ce avec le tiers-monde.__ En somme, l'alternatif type, c'est exactement l'opposé du producteur-consommateur de la société d'abondance néo-capitaliste.C'est l'envers de la médaille.Mais le projet alternatif ne s'arrête pas là.il comporte aussi une dimension politique.Au Sénat de Berlin-Ouest (gouvernement municipal), les alternatifs comptent 9 représentants sur 133.Aux dernières élections, ils ont recueilli 7,9 p.cent des suffrages et contribué à l'échec des sociaux-démocrates.En fait, ils ne se sont pas totalement retirés de la société.Sur le plan social, économique et culturel, ils peuvent vivre en marge, mais sur le plan politique ils n'ont d'autres choix que de tenter d'exercer une influence et de défendre leurs intérêts, ce qui n'est pas sans soulever de nombreuses contradictions.D'autres entreprises du même genre ont été mises en place en Suisse et en Autriche.Mais c'est au Danemark et au Pays-Bas que les initiatives de type alternatif connaissent le plus de succès.On estime, selon une enquête récente dans ces pays, que 7 p.cent des adolescents habitant dans les villes moyennes sont des candidats potentiels à la société alternative.La proportion atteint 15 p.cent dans les grandes villes.L'action des groupes alternatifs n'a pas toujours un prolongement politique.Plusieurs communautés sont carrément apolitiques, d'autres se bornent à exercer une action politique au niveau local ou régional.Devenir crédible En Allemagne de l'Ouest, les verts sont parvenus à s'imposer rapidement sur la scène nationale.Ils sont les premiers en Europe à faire leur entrée dans un parle- ment national avec autant de députés (23).Le plus grand défi auquel ils sont confrontés est justement de concilier l'isolement et la pureté des initiatives de leur base avec les contraintes de l'action politique.Les verts sont parvenus à s'imposer rapidement sur la scène nationale.Ils sont les premiers en Europe à faire leur entrée dans un parlement national avec autant de députés (23).Le plus grand défi auquel ils sont confrontés est justement de concilier l'isolement et la pureté des initiatives de leur base avec les contraintes de Taction politique.Le Parti des verts a été créé en 1980 à la suite du regroupement de plusieurs mouvements, parmi lesquels, en première ligne, les écologistes, puis les alternatifs, les féministes, les anti-mrtitaristes et des groupes d'extrême-gauche.Plusieurs de ces organisations avaient commencé au début des années 70 à se structurer, comme les écologistes et les alternatifs, qui ont fait graduellement leur apparition dans les conseils municipaux.Mais ils ne cessèrent jamais d'être des mouvements sociaux et de défendre leur politique dans la rue, pancarte à la main.C'est ainsi qu'ils parvinrent à obtenir un moratoire de fait sur le développement des centrales nucléaires en RFA et à suspendre la construction d'une piste supplémentaire à l'aéroport de Frankfort.Plus tard, ils participèrent activement au mouvement pacifiste.Mais aujourd'hui, les verts sont représentés au Bundestag et dans cinq parlements régionaux et les élus espèrent bien accroître leur crédibilité et leur «aptitude politique», ce qui paraît incompatible avec l'action extra-parlementaire, dans la rue.Or, il y a de profondes divergences entre les verts à ce sujet.Les purs ou les fondamentalistes désirent limiter l'influence parlementaire au profit de l'intervention directe et ponctuelle sur le terrain.Cette discussion met en question leur conception de la démocratie.Dans le land de Baden-Wuert-temberg par exemple où les verts comptent six deputes, la base est devenue si méfiante à l'égard de ses propres représentants que ceux-ci ont décidé de ne pas se présenter lors des prochaines élections.La base soupçonne ses élus de collusion avec le parlementarisme et rejette le politicien professionnel, sans toutefois nier la participation aux institutions politiques.Mais dans I ensemble du pays, le courant réformiste semble lentement l'emporter.Dans de land de Hesse.les verts ont accepté de discuter d'une forme de coopération avec les sociaux-démocrates.À Bonn, le débat est ouvert les partisans de l'ouverture devraient tôt ou tard imposer leur point de vue.De tout cela ressort une question centrale: finalement, les verts et tous les mouvements qui les supportent à la base ne risquent-ils pas d'être récupérés?Ne sont-ils pas qu'une vague passagère de protestation et de repli qui s'éteindra au fur et à mesure que les problèmes seront pris erucharge par l'État (sans pour autant être nécessairement résolus)?.Ce scénario ne paraît pas du tout invraisemblable.Par ailleurs, il est possible que les associations à la base résistent plus longtemps, de même que les mouvements de la scène alternative.En attendant, les verts doivent vivre le quotidien, qui est un peu celui de tous les partis.La faiblesse humaine n'est pas l'exclusivité des partis bourgeois.Lors de l'ouverture de la session au Bundestag, le député Werner Vogel des verts, qui devait en tant que doyen de l'assemblée prononcer le discours d'ouverture, a dû démissionner en raison de sa participation, jugée reprehensible, à des activités nazies durant la guerre.Coup dur pour les verts.Il y a quelque temps, un incident disgracieux vint ternir la réputation du parti et provoqua une révolte chez les députés féminins du groupe parlementaire, lin député mâle s'était pris d'affection pour la poitrine d'une de ses consoeurs.L'événement fit beaucoup de bruit.Petits incidents de parcours qui ont ta particularité de frapper plus durement tes partis aux idéaux élevés.? LE PENDJAB La province modèle de l'Inde en proie à l'agitation elhi, 13 octobre C'est la fin de l'après-midi sur Connaugnt Circus, le grand centre commercial de la capitale indienne.Des voitures-pompes circulent à toute vitesse dans les artères engorgées en zigzaguant entre les taxis, les rickshaws et les autobus, et fonçant sur une colonne de fumée qui s'élève au sud de la Place.Le sinistre enfume un des cinémas de la ville alors qu'il y avait une séance.Plusieurs spectateurs sont incommodés et doivent être dirigés vers les centres hospitaliers.Simple incendie?Les journaux de Bombay annoncent le lendemain qu'un pétard a éclaté dans un des cinémas de la capitale, qu'il n'y a pas eu de victimes, et que cet attentat est revendiqué par les autonomistes sikhs pendjabis.C'est leur quatrième méfait à Delhi depuis le début d'octobre.Par ces actes de terrorisme, le malaise politique (et religieux, puisqu'en Inde les deux sont indissociables) de l'État du Pendjab atteint la capitale de l'Union qui, jusque là, avait été épargnée.Par la population de Delhi, c'est le pouvoir central et le gouvernement de Mme Gandhi qui sont visés.C'est que, depuis le 6 octobre, l'état d'urgence est proclamé sur tout le Pendjab et que l'État est rattaché directement à l'autorité du Président de la République, soit, en fait, sous celle du Premier ministre Indira Gandhi.Les activités de la législature et du gouvernement du Pendjab ont également été suspendus.C'est la première fois depuis 1980 que Mme Gandhi suspend ainsi un gouvernement dépendant de son propre parti, le Congrès-I (I pour Indira).Lors de la proclamation de l'état d'urgence, une trentaine de bataillons de la police fédérale furent dépéchés en renfort sur le territoire de l'État.La police est autorisée à perquisitionner, à arrêter sans mandat, à tirer, et à dynamiter les repaires de terroristes.Politique et religion Jamais en trois ans d'attentats et de désordres les militants autonomistes sikhs et le gouvernement fédéral n'avaient atteint ce seuil de confrontation directe.Aux luttes politiques ont succédé les confrontations religieuses.Des militants sikhs ont, juste avant la proclamation de l'état d'urgence, abattu des passagers hindous d'un autobus, à Jullundpur dans le Pendjab, pour la seule raison qu'ils étaient hindous.L'agitation qui secoue actuellement cet État du nord de l'Inde peut ne pas paraître grave si on la compare aux massacres ethniques qui ont ensanglanté l'État d'As-sam, à |'e.xirarrnté,£sti çj© rifnjon, MftiSt7pQu'r,,HQ\u2022* \u2022 SanXo Tribal.,, ^ -» w C/) > m o > < m 13 co OD
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.