La presse, 8 septembre 1984, La presse plus
[" ?MONTRÉAL 8 septembre 1984 volume 2 numéro 36 x \u2022 V .' S »> t-i i., , .photo Antoine DesUets.PLUS .« j \u2022 ->\u2022 Voie Ailahou akbar! Dieu est grand! Du Maroc à la Thaïlande, des steppes soviétiques aux forêts du Zaïre, cette expression résonne comme le chant de ralliement de près d'un milliard ri êtres numains.L'islam rassemble une part importante de l'humanité, une part qui grandit chaque jour, qui est mal connue de l'Occident et qui fait peur.C'est que, depuis quelques années, l'Orient mystérieux s'est incarne sous les traits d'ayatollahs qui ne font pas mystère de leurs intentions.Ils proposent au monde ui.e voie nouvelle.L'Ouest est déchu, l'Est est athée, le capitalisme et le marxisme sont renvoyés dos à dos.Reste l'islam, qui apporte la sécurité dune foi et en même temps la commodité d'un système politique.Cette troisième voie islamique séduit de plus en plus de peuples qui veulent relever la iète devant les «impérialistes»».La bonne nouvelle d'Allah, qu'elle vienne des mollahs d'Iran ou des bataillons de Kadhafi, est synonyme de dignité retrouvée.C'est un langage auxquels les populations africaines, en particulier, ne sont pas insensibles.Les plus zélés propagandistes de Mahomet l'ont bien compris, qui.à l'aide des précieux dollars du pétrole, ont répandu sur la terre africaine les mosquées, les centres d'études et quelques dons placés entre bonnes mains.PLUS a profite du passage à Montréal d'un groupe de stagiaires africains en journalisme pour faire le point sur la présence de l'islam en Afrique noire.Ces finissants en journalisme, confiés à l'Institut international de la communication, de Montréal, ont réalisé cette série de reportages avec la préoccupation d'offrir au lecteur d'ici une vision à la fois juste et critique de la réalité islamique.- .Ils y analysent l'islam aux plans politique, économique et humain.Ils nous montrent comment l'islam a imprégné toute la vie sociale et culturelle africaine et comment à son tour, l'islam a pris une très nette couleur locale.Note collaborateur Jean Go-beil nous situe d'abord dans un texte d'introduction (pages 2 à 4), le contexte mondial du renouveau islamique et le sens de cette affirmation politico-religieuse.Enfin, PLUS ouvre ses pages à quelques reportages sur l'actualité africaine également réalisés par des journalistes stagiaires des écoles de Dakar et de Yaounde., La rédaction bot 4 GO O) 111 m LU CL LU CO CO 5 UJ < CO < LU cr z o 5 CO L'EMPIRE f DES SENS \" Serge Grenier élections Saint-Henri-Westmount Habiter à la frontière de deux comtés est la plus belle garantie dune boîte aux lettres bien garnie, les candidats eux-mêmes ne sachant pas très bien où se termine leur circonscription et où commence la voisine.Rue Stanley, c'est Saint-Henri-West-mount; Peel, la rue voisine, c'est Saint-Jacques.Drôle de comté que Saint-Henri-Westmount: les francophones de Saint-Henri, les anglophones de Westmount et la mosaïque ethnique du centre-ville.Peu ou pas d'affiches au centre-ville; les électeurs du coin n'ont appris que récemment le nom du candidat conservateur local, un certain Bertrand Lafor-te.Que Laforte sort avec lui! Il est, comme on dit dans le jargon électoral, un poteau, c'est-à-dire un candidat Kamikaze qui se présente dans un comté où il n'a aucune chance de remporter.Du moins, c'est ainsi qu'il était perçu en début de campagne.Mais, sait-on jamais, peut-être passe-ra-t-il avec la vague.Son principal adversaire: le ministre Don Johnston.Le candidat du NPD s'appelle Thompson et le nationaliste, Richard Le rhino Ali Baba crie Sésame en vain.Culotté ce Lcforte: candidat conservateur francophone dans Westmount.On aura tout vu.promenade Rue Sherbrooke Elle sera courte la promenade: le bureau de scrutin est tout près, avenue du Musée au coin de Sherbrooke.Au sortir du Ritz.le bruit de la ville reprend ses droits.Comme tant d'autres, je vote dans un sous-sol d'église, celui de la Erskine and American Church.Temple magnifique dont tous les vitraux sont signés Louis Tiffany.Le maître lui-même.Moyenne d'âge des électeurs du coin: élevée.Une très très vieille dame anglophone à cheveux d'un blanc bleuté est devant moi.Fringuée comme une reine-mère Elizabeth en villégiature dans ses terres d'Ecosse, elle décline ses nom et adresse aux scrutateurs: Mac quelque chose.Je l'aurais iuré.Le genre à avoir voté conservateur toute sa vie.On lut remet son bulletin de vote, elle se rend à l'isoloir.C'est long.Deux longues minutes passent Les scrutateurs commencent à s'inquiéter: il y a une limite à être indécis.Finalement, elle sort Qu'est-ce qui a pu la retenir .si longtemps?Peut-être le fait d'avoir donné, pour la première fois de sa vie.son vote à un francophone, le dénommé Laforte.restaurant) Déjeuner au jardin Un des plus jolis restaurants de Saint-Henri-Westmount: le Jardin du Ritz.L'oasis du centre-ville.Une fontaine, quelques sculptures, des arbres, des rosiers, un hibiscus.Dans l'étang, un petit abri pour quelques canards.Quel merveilleux endroit pour refaire ses forces avant d'aller voter! Clients et clientes sont calmes dans leur costume de flanelle grise ou leur tailleur clair.Chacun sirote son café, le nez plongé dans le journal.Les canards font grasse matinée dans leur abri.Quelques oiseaux sont à l'affût d'un bout de pain.Au Ritz, on s'attendrait à voir des pinsons.Eh bien, non! Ce sont des moineaux.Qu'ils mangent de la brioche! Les garçons refont le plein de café.Personne ne parle.Probablement des indécis.Les élections et l'affaire de la Gare centrale se partagent la une des journaux.Les crêpes goûtent drôle ce matin.à la Les résultats Huit heures.Bernard Derome est prêt, on commence.Le jeu des devinettes: qui sera le premier conservateur élu au Québec?Le premier des ministres défaits?Outremont sera-t-ii encore rouge?Ouetlet résistera-Mi ?Gar-neau ou Hanigan?Le sport: passer d'une chaîne à l'autre.Les résultats concordent.Seul Radio-Québec a du retard, trop occupé qu'on y est à donner la parole à une pléthore d experts.La marée bleue déferle.On en entend quelques bonnes: le libérai Marcel Prud'homme (réélu) qui affirme être prêt à aider Turner à rebâtir le parti, tout comme H l'a fait avec Pearson dans les années soixante.Ou Roch LaSal-le qui parte de son euphorie.Oui.vraiment euphorisant, ce Roch.Même certains commentateurs se surpassent.L'un d'eux déclare que Mulroney doit sa victoire à l'électorat canadien.On s'en doutait bien un peu.Un autre se demande si les électeurs ont voté contre les libéraux ou pour les conservateurs.H y a du vrai là-dedans.Finalement, Turner est élu dans Vancouver.Son discours apparaît comme le meilleur de sa campagne.Il se fait tard.Dans Saint-Henri-Westmount.nul défilé, nul concert de klaxons: ta force était avec Johnston.L'OCCIDENT FACE À L'ISLAM peur un phénomène brutal mais mal compris m f Jean Gobeil epuis une décennie, un véritable électro-choc secoue près d'un milliard d'êtres humains: c'est ce qu'on a appelé, ici le réveil musulman, là la révolution islamique.Le phénomène, à l'Est comme à l'Ouest, fait peur.Les signes les plus évidents de ce réveil: la révolution des mollahs et des ayatollahs en Iran, les 444 jours de captivité à Téhéran de 52 otages américains, le massacre de bataillons entiers d'«enfants de Dieu» dans la guerre entre l'Irak et l'Iran, l'assassinat du prédident Sadate et les émeutes en Egypte, les remous sur les campus universitaires du Maghreb, le renforcement de l'application de la loi religieuse dans tous les aspects de la vie civile au Koweït et au Pakistan, les désordres au Nigeria et en Indonésie, la prise d'otages à la grande Mosquée de La Mecque en Arabie Saoudite, les détournements périodiques d'avions, etc.Abreuvés de ces faits devenus monnaie courante dans l'actualité, les Occidentaux en général, les Canadiens en particulier, en viennent à réduire ce mouvement de réveil à une manifestation de fanatisme religieux à saveur intégriste.L activisme d'éléments dits obscurantistes et rétrogrades confère un caractère monolirtyo^j^CA-ygpy y ¦ JfilVV* de musulman qu^.fhw^'*»! réalité de multiples courants idéologiques et religieux.On en arrive à observer ce réveil, au mieux avec une curiosité méfiante, au pire avec cette bonne vieille xénophobie typique des pays blancs et nantis.Comment, en effet, comprendre le phénomène mondial du renouveau islamique quand on constate la grande diversité géographique, politique, économique et sociale de tous ceux qui se réclament de la parole de Mahomet?Comment aujourd'hui saisir le message du Prophète qui a apporté au monde une loi qui venait de Dieu et qui lui fut dictée par l'ange Gabriel ?L'islam, on le sait, est par son importance numérique, l'une des premières religions du monde.On estime entre huit cents millions et un milliard le nombre de musulmans et les fidèles du Prophète dépassent de loin les peuples sémites de la péninsule de l'Arabie qui fut le berceau de l'islam.Les musulmans sont dispersés à travers le monde, de la Mauritanie à la Thaïlande et de la Yougoslavie aux Comores.Les communautés les plus importantes se trouvent en Asie non arabe (Indonésie, Bangladesh, Inde.Union soviétique, Afghanistan) puis en Afrique où l'islam ne cesse de gagner du arrt ensuite les Turcs Le phénomène de la ferveur islamique qui se répand à travers le monde musulman étonne par son ampleur et mérite qu'on s'y arrête; car, il bouscule nos automatismes intellectuels et dérange nos grilles habituelles d'analyse et de compréhension des réalités politiques, économiques, culturelles et sociales du monde contemporain.Disons d'abord les choses telles qu'elles sont: l'islam fait peur, et pas seulement aux Occidentaux.Face à ce phénomène, nous sommes en présence non pas d'une véritable ouverture d'esprit, mais bel et bien d'une «crainte de l'islam» qui plonge ses racines dans la mémoire d'une Europe jadis menacée.A peine assoupie à 1ère coloniale, cette méfiance des «suppôts d'Allah» s'éveille à nouveau depuis une décennie face à la double offensive de l'islam: économique, grâce au choc pétrolier de 1973; politique, sous forme d'un intégrisme et d'un fondamentalisme militant des «partisans de Dieu».Il est facile d occulter le sens premier du grand réveil religieux et spirituel qui bouleverse le monde musulman et qui met en évidence, à ses yeux, l'échec retentissant des grandes idéologies contempo- I\".V.i «. ¦mi nn raines du progrès: le communisme et le capitalisme.La foi islamique Aucune religion, aucune idéologie actuelles ne présentent une vitalité comparable à celle de l'islam.Pourquoi?L'islam est une foi.La foi du Prophète Mahomet, l'Envoyé (Rasûl) de Dieu.Qu'en savons-nous au juste?Presque rien.Il est vain de dire que le message de Mahomet (comme celui du Christ) livré à l'histoire, s'est développé, transformé ou altéré.Quel que soit le jugement qu'on adopte sur la valeur de ce que les siècles ont apporté (et les musulmans ont été eux-mêmes sévères sur des «déviations»), le message de Mahomet a une marque originale.Il est doué d'une puissance mobilisatrice qui a façonné et qui façonnera encore des générations d'hommes et de femmes.En cela, le réveil de l'islam nous concerne tous.L'islam n'est pas seulement une série de dogmes, d'actes de culte ou de préceptes.C'est une manière d'être profonde, une «titra».qui caractérise le croyant dans ce qu'il a de plus fondamental en lui.Comprendre lislam, comprendre le Prophère Mahomet, c'est comprendre ce message dans toute sa force.Cette religion qui mène à croire avec «violence» Troisième en date des religions révélées, l'islam se considère tout naturellement comme la plus accomplie.Du judaïsme et du christianisme, il retient ce qui constitue à ses yeux l'essentiel, et, comme l'a décrit Roger Arnaldez.«s'il appelle les gens du Livre à la conciliation, c'est en les invitant à reconnaître la vérité de l'islam purement et simplement».Chez le croyant, en effet, cette foi si forte et si totale est d abord et avant tout celle dont il vit.Il se donne tout entier à sa croyance; et s'il croit avec une telle «violence» et une telle fermeté, c'est qu'à travers le Coran et soumis à la discipline que lui impose les enseignements, il rencontre un Être pour qui il faut renoncer à tout ce qui n'est pas Lui, à qui il faut s'en remettre de tout ce qui préoccupe l'âme et le détourne de Lui.C'est le sens du mot islam, abandon à Dieu: c'est le «tawakkul», l'abandon total a Dieu; c'est le «taslîm», par quoi on veut tout ce qu'il veut, c'est le «tafwîd».par quoi on se décharge sur Lui de tout désir, de toute recherche, de toute activité qui ne sont pas le désir de Lui, l'activité vers Lui sur la voie ou II guide l'homme.L'islam, dans son sens profond, est une expérience de type mysti- que, celle du néant de l'homme devant Dieu qui est tout, celle de la vanité de la parole humaine devant la Parole divine (le Coran), celle du silence intérieur où éclate la Vérité avec une évidence qui la rend indubitable et qui éclaire tout: à sa lumière, chaque chose prend sa place réelle et sa valeur exacte.Quand on a vu une fois qu'il y a Dieu, et qu'il n'y a que Lui, le monde et les choses humaines, au premier abord chaotiques, se rangent en un ordre cohérent et parfait.C est ce qui donne la force au croyant.C'est là tout le fondement de son réveil.La cité musulmane L'islam est une fois, mais c'est aussi ce que Maxime Rodinson appelle une «vocation à structurer le domaine politique et social».C'est-à-dire une idéologie religieuse d'organisation de la société où l'ensemble des liens régissant les rapports entre les croyants définit une cité.Pour tout musulman, l'islam apparaît comme un véritable parti politique porteur d'un modèle que sa foi le persuade, de plus, d être le meilleur.En gros, depuis le siècle dernier, deux courants majeurs, parfois violemment opposés, témoignent du vécu politique et du réveil de la «mosaïque islamique».D'abord, les modernistes qui.sous l'impulsion des réformes révolutionnaires entreprises par Mustapha Kemal en Turquie, au début du siècle, ont cherché à bâtir un projet de «libération» de leurs peuples respectifs par l'application des idées de progrès.Reza Chah Palevi.puis son fils Mohamed Reza en Iran.Nasser en Egypte.Bourguiba en Tunisie, Boumediène en Algérie, les dirigeants du parti Baas en Syrie et en Irak et ceux de l'OLP, tous chercheront, au sortir du colonialisme, au moyen de l'idée nationale, de la communauté de langue, de l'esprit laïc et scientifique, à édifier des États modernes et «progressistes.» Le modernisme est apparu un moment comme la clé du progrès et renouveau islamique.Mais, une minorité seulement en a profité, de manière trop souvent scandaleuse, et elle a laissé s installer des inégalités sociales criantes.Le ké-malisme a été battu en brèche dans son pays.La renaissance promise s'est traduite dans les faits par un sous-développement généralisé et par la main-mise économique étrangère La récession mondiale a trahi I espérance du pétrole.Le chah d'Iran a été renversé au profit d'une théocratie totalitaire.Enfin, la succession des défaites devant Israël a achevé de démontrer l'incapacité des idéologies laïques à réaliser les aspirations populaires CD C 33 m > f (fi > rr g Oc rr, T rr œ r a c Longtemps relégué aux oubliettes, le courant fondamentaliste n'avait jamais complètement disparu; mais, il a fallu le triomphe de Khomeiny pour qu'il gagne des millions d'adeptes en canalisant autour de l'islam puriste le mécontentement populaire trop longtemps refoulé dans les mosquées.En quelques années, le climat socio-politique du monde islamique a changé de façon spectaculaire.Turcs.Iraniens.Pakistanais.Indonésiens.Africains ou Arabes, progressistes ou conservateurs, marxistes ou dictatoriaux, tous les régimes craignent désormais les flambées intégristes.L'islam, disent les fondamentalistes, contient en lui-même tous les éléments permettant de répondre aux défis des temps modernes.Oublions les modèles occidentaux et rétablissons un gouvernement islamique conforme à l'idéal coranique.Au coeur de la tension et du réveil islamique, il y a une quête d identité et de dignité.Le retour à la tradition ne s'explique pas seulement par le relatif échec des modèles importés, mais surtout par le besoin qu'a chaque homme, chaque femme, surtout s'ils se sentent exploités et méprisés, de se retrouver dans une communauté de croyants (oumma) qui seule propose le salut terrestre et divin par la foi.Dans un ouvrage lucide et serein, L'islam, la peur et l'espérance, Habib Boularès soutient que les musulmans doivent «se réapproprier leur religion», retrouver le chemin de l'islam originel trop souvent enfoui sous le monceau des commentaires.Revenir au Co- J ran, mais en comprenant le texte «selon les exigences du siècle».Il souligne I incroyable faculté d adaptation de I islam et le nouveau départ que prendrait cette religion si les deux bouts de la chaîne \u2014 fidélité au texte fondateur, prise en compte de la modernité \u2014 étaient tenus.Entre un laïcisme à la Mustapha Kemal et le recours à une mollarchie rétrograde, il y a place, pense l'auteur, pour un islam intelligent et modéré.00 O) UJ S CD LU Û.UJ C/5 00 5 LU < C/) < LU CL I\u2014 Z O c/) D _ CL ques africaines?Qu'en est-il de l'enseignement coranique en Afrique noire?Comment célèbre-t-on les grandes fêtes musulmanes comme la Tabaski?Comment vit-on le temps du Ramadan?L'islam est-il synonyme d'aliénation en Afrique ou, au contraire, la montée islamique porte-t-elle dans sa mouvance un projet de renouveau?La première constatation importante, c'est qu'il n'y a pas un islam en Afrique noire, mais plusieurs.Sans parier des différentes sectes ou familles sprirituelles à l'intérieur de lislam \u2014 le sunnisme, le chiis-me.le soufisme, \u2014 la foi musulmane s'est répandue à travers le continent noir, grâce aux commerçants qui ont créé un reseau de «confréries musulmanes» mais, en se transformant au contact de la culture ambiante pour aboutir souvent à un syncrétisme avec les religions traditionelles.Il existe donc une religion populaire, tolérante et mêlée aux apports culturels extérieurs, mais nullement au rabais et qui se voit menacée ou au moins concurrencée aujourd nui par les courants réformistes nés du réveil d'un islam plus intégriste et plus militant venu de l'Iran en passant par le Maghreb.Dans l'islam confrérique.la relation à Dieu se fafrparlfhtèrmédiai-re de saints et de mystiques alors que l'islam réformiste est fondamentaliste et insiste sur le respect intégral du texte, prêchant le salut par la loi.Si, numériquement, l'islam est le plus souvent minoritaire en Afrique noire (sauf dans la région subsaharienne) sa progression est indéniable, et il se présente à terme comme le grand rival du christianisme, des religions traditionnelles et des sectes diverses importées d'Amérique.Le choix du thème que proposent les étudiants et les étudiantes en journalisme du CESTI et de l'ESTI pour ce numéro spécial de PLUS \u2014 Islam-Afrique témoigne de l'importance et de l'actualité de ce débat parmi les communautés islamiques du monde entier et singulièrement chez la jeunesse des pays musulmans.Cette vaste enquête sur l'islam contribuera à dépasser les clichés habituels entretenus sur le réveil islamique et.souhaitons-le, en dépassant les frontières de notre connu, suscitera une réflexion qui permettra de mieux saisir le sens réel des enseignements du Prophète.?Lés cinq préceptes imposés aux croyants 1) LA PROFESSION DE FOI: «Il n'y a d'autre divinité que Dieu et Mohammed est son ; prophète.» 2) LA PRIÈRE: Cinq fois par jour, le musulman, tourné vers La Mecque, doit faire acte de louange, d adoration et de fidélité à Dieu.3) L'AUMÔNE: Un «impôt religieux» prélevé sur les riches pour être réparti entre les pauvres.4) LE JEÛNE: Il est obligatoire pendant tout le mois du Ramadan; de l'aube jusqu'au coucher de soleil il est interdit au croyant de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles.5) LE PÈLERINAGE: Une fois dans sa vie, le musulman doit se rendre à La Mecque.Lislam noir En Afrique, où près de 200 millions d'hommes et de femmes partagent la foi musulmane y a-t-il réveil, renouveau, voire déferlement de l'islam à travers le continent noir?S'agirait-il d'un islam «au rabais» en dégénérescence par rapport à l'islam pur et dur des pays arabes?Cette religion fait-elle la guerre au christianisme, au capitalisme, au communisme?Joue-telle un rôle de moteur révolutionnaire à l'instar de ce qui se passe en Iran?Est-elle intégriste ou tolérante, un corps étranger dans la culture africaine ou facilement adaptable à celle-ci?Autant de questions qui intriguent les Occidentaux et qui donnent lieu trop souvent à des clichés simplistes.Pourquoi et comment s'est effectuée la longue conversion à l'islam?Quel est I impact de I islam sur les systèmes et les institutions politiques d'Afrique noire?Lap-port de la femme africaine à l'islam est-il jugé positivement ou négativement par les confréries islami- 1 .\\- ?Afrique noire vit encore une foi profonde incarnée dans une très grande di-Iversité religieuse.L'islam et le christianisme sont venus de l'extérieur s'ajouter et même se substituer aux multiples religions animistes traditionnelles.Le développement de la foi islamique dans cette région du monde a spécialement retenu l'attention au cours de ces dernières années.Ainsi, il s'est créé un fait musulman qui agit sur le comportement des hommes et oriente dans une certaine mesure, le fonctionnement des institutions politiques des États.Des données observées à l'intérieur de certaines nations fortement islamisées, comme celle du Sénégal, illustrent cette constatation.Dans ce pays, le débat sur «l'impérialisme» de l'islam dans la vie politique nationale est un problème réel qui préoccupe l'ensemble de la société.En raison de sa spécificité, l'islam est devenu un pouvoir politique effectif avec lequel l'État est tenu de composer.L'islam noir africain en général et sénégalais en particulier est un élément de la Umma (communauté universelle des musulmans).Toutefois, il reste fortement imprégné par des valeurs et des comportements sociaux originaux.Au-delà de sa liaison étroite avec le fait ethnique, cet islam est marqué par l'importance du phénomène des confréries.Elles sont apparues dans le Maghreb et sont très répandues dans les régions islamisées du continent noir.Une confrérie est une orientation mystique de l'islam qui recherche la fusion avec Dieu par l'intermédiaire d'un chef spirituel.Un chef à qui la communauté donne le nom de Marabout.Cette orientation porte le nom de soufisme.Marabouts et confréries sont presque dans l'islam ce que sont prêtres et congrégations dans l'Église.Vivre la foi Deux grandes confréries se partagent les musulmans d'Afrique noire.Il s'agit de la tydjanya et du qadrya.Elles se distinguent par la récitation de litanies plus ou moins longues, mais elles demeurent deux voies parallèles.Au Sénégal, le mouridisme est la troisième confrérie qui s'ajoute à la tydjanya et au qadrya.Le mouridisme d'inspiration soufiste aussi, est une voie typiquement négro-atricaine.On estime qu'il est ia deuxième confrérie au Sénégal par son audience.Les relations entre l'État sénégalais et ces trois principales hiérarchies musulmanes sont très complexes.Elles sont essentiellement assises sur un système de dépendance mutuelle.Chacun a besoin de l'autre: les confréries courtisent l'État pour faire vivre la foi, mais surtout pour asseoir et fructifier un important empire économique; l'État, de son côté, sollicite les faveurs des confréries, garantes d'une stabilité politique et d une certaine paix sociale pour le régime.Ainsi, le pouvoir politique est entré avec le clergé musulman dans un système d'alliance qui l'oblige à répondre à ses moindres sollicitations.Même si la nation doit en souffrir.pouvoir En période d'élections, tous les partis politiques sollicitent de manière explicite ou déguisée l'appui des chefs spirituels des confréries.Aucun chef politique, même marxiste ne voudrait s'aliéner les sympathies des marabouts.Dans ces conditions, on peut s'inquiéter du devenir des règles qui fondent les institutions politi- Abdou latif Coulibaly ques sénégalaises.Entre autres régies: le principe de la laïcité républicaine.Une saine conception du caractère laïc de l'État constitue pour tout Sénégalais une ga- EUROPE '.îles canarien: CjubUAca:rj SH«r tJ^-r t=*coMO~.: AFRIQUE-*^ ?>/ru»- le Ci» ISREI rt tlt/aocth: m mi.rantie précieuse pour vivre sa foi.La quête constante par le pouvoir temporel des faveurs des forces musulmanes peut être une menace réelle pour ce principe.Heureusement, pour le moment, les signes ne manquent pas, montrant que la nature laïque de l'État est encore préservée.Dans d'autres États noirs africains islamisés, la situation est relativement semblable à celle du Sénégal.Au Nigeria Au Nigeria aussi, I islam n est pas seulement une pratique quotidienne: il joue un rôle politique important.L histoire récente a montré que la religion de Mahomet a nettement influencé les moeurs politiques de ce pays.On rapporte que dans le Nigeria septentrional, fortement islamisé, aucune statue ne peut s élever pour perpétuer la vie d'un citoyen qui s est distingué dans la nation.L'interdiction traditionnelle, en islam, de reproduire la figure humaine, a fait reculer tous les gouvernements fédéraux nigérians dans leur tentative d édifier une statue à la mémoire d'Amadou Bello (premier ministre assassiné).Quelques années après l'indépendance de ce pays, le principal parti politique, le Northern People's Congress, y était I expression d une aristocratie cléricale.Composé en majorité des ethnies haoussa et kanouri, il prônait i instauration d'un Etat fédéral théo-cratique musulman.L avènement au Nigeria de régimes militaires durs n'a jamais changé radicalement la situation.Les importants privilèges économiques des sanctuaires islamiques sont préservés Par ailleurs, leur influence dans la politique fédérale est demeurée constante.La nomination d'un gouverneur d'État fédéré obéit aux règles d'un savant dosage entre les différentes sensibilités religieuses.Ainsi, les États du nord nigérian sont pratiquement la chasse gardée des musulmans.De façon très générale, l'islam noir africain pousse son influence jusque dans les entreprises d édification nationale et de la détermination des politiques internationales des États La question de l'inch-dence de l'islam sur la constitution des nations en Afrique se Dose de diverses manières.Dans ies sociétés majoritairement musulmanes, i la foi a eu un effet bénéfique sur la construction de la nation.Le désir de vivre la foi par la communion des âmes a créé dans la Umma le sentiment de constituer un groupe fort et uni.une communauté capable de former un État-nation Dans un certain nombre de pays où le fait musulman est très peu développé, i islam a quelquefois rendu plus complexe le jeu des rivalités confessionnelles.Rivalités qui entravent la construction nationale.La minorité islamique a souvent été à la base de crises qui ont menacé I intégrité des États.Ce fut le cas dans plusieurs pays.La plus actuelle de ces crises est celle du Tchad, où le conflit à l'origine a opposé les populations islamisées à celles qui ne l'étaient pas GO o > r- 05 > m g CD (/) m -* m ?3 j3 m >aV, » \u2022 » « \u2022 * \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 r 499999?2 - Orientation intégriste Au cours de ces dernières années, il s'est développé dans I islam noir africain un fort courant réformiste.Cette volonté de réforme a souvent une orientation intégriste.Cette tendance peut engendrer des facteurs de déstabilisation des systèmes politiques.La révolution iranienne a fasciné certains fanatiques qui, sans aucun doute, voudraient s'en inspirer pour bâtir dans le Sud du Sahara des États théocratiques musulmans.Il convient de noter l'action modératrice du clergé musulman organisé dans les confréries face à la montée de cet intégrisme.Au Sénégal par exemple, les marabouts apprennent aux talibés (fidèles) à discerner dans le dynamisme islamique une clarification et un approfondissement de la vie religieuse musulmane.Avec tout ce que cela comporte comme ouverture à toute valeur authentique incarnée par l'autre.C est là une preuve que les confréries, c'est-à-dire l'islam, n'influenceraient pas toujours de manière négative les institutions des États.L'incidence de lisiam dans la détermination de la politique internationale de certains Etats de l'Afrique noire musulmane, est de-i venue nettement perceptible à partir de la guerre du Kippour qui opposa Arabes et Israéliens en 1967.À partir de cette date, pour des.raisons de principe et de la pression des puissances économiques arabes, la quasi-totalité des États noirs africains ont rompu avec l'État hébreu.Dans les pays fortement islamisés, la communauté Interne ne pouvait pas accepter que les pouvoirs politiques nationaux ne rompent pas avec Israël, considéré comme le profanateur des lieux saints de Jérusalem et exterminateur d'une partie de la Umma islamique, les Palestiniens.Kadhafi Cette solidarité politique inspirée par l'islam a été consacrée sur le plan diplomatique.La totalité des États noirs majoritairement musulmans (Sénégal.Mali.Niger, etc.).parfois minoritairement (Gabon) adhèrent à la conférence islamique internationale.Enfin, l'échec de la plupart des politiques noires africaines de développement économique ont incité certains dirigeants à chercher dans l'islam les recettes d'un changement qualitatif de leurs structures économiques nationales.La Libye de Kadhafi est l'expression concrète de ce modèle de développement par l'islam.Les idées du dirigeant libyen développées dans son Livre vers font recette auprès de certains Africains Toutefois, il faut admettre que ces idées n ont pas eu d'impact réel auprès des sociétés islamisées d'Afrique noire.Elles n'ont encore influencé aucune politique officielle.Cependant, elles méritent d'être suivies, car elles animent de manière dynamique le débat politique dans certains États.La nouvelle importance du fait islamique en Afrique noire est constatée.Mais les États sont inégalement touchés.Il est de toute évidence un facteur de changement politique.Cependant, il est difficile de déterminer le sens èt l ampleur des transformations qu'il peut encore occasionner dans I Afrique noire.?00 O) LU Œ m LU F CL LU CO 00 5 LU < CO < -LU CL o SE CO* à Martin Mbida Une nouvelle élite voit l'Islam d'un oeil très critique Yaounde, avril 1984.Objectif, mensuel camerounais, titre à la une: «Kadhafi veut aussi le Cameroun!» Vive émotion auprès des masses et de la classe politique camerounaise.Kadhafi étant au Tchad, qu'est-ce qui pourrait bien l'empêcher de traverser le Chari et de se retrouver au Cameroun?Hubert Mono Ndjana, universitaire et auteur de l'article, révèle qu'au nom de l'Islam, le maître de Tripoli aurait bien envie d'étendre la république islamique jusqu'à Ngaoundéré! (province de l'Adamaoua.au nord du Cameroun).Aussitôt, l'information va circuler de bouche à oreille et susciter beaucoup de passions au sein de l'opinion camerounaise.Néanmoins, elle aura le mérite de prouver que les Camerounais se méfient du prosélytisme religieux et tiennent farouchement au concept de laïcité de l'État.Le zèle religieux du maître de Tripoli va raviver l'hostilité qu'une partie de la nouvelle intelligentsia nourrit à l'égard de l'Islam.Dans le tome 1 de son Livre vert, Kadhafi invite les peuples du Tiers monde à se détourner du socialisme marxiste et du libéralisme capitaliste.Pour lui, il s'agit de trouver une troisième voie, de forger une troisième théorie, inspirée des principes de l'Islam.À travers des interviews, des discours, des articles, des livres.Kadhafi ne cesse de convier ces peuples à redevenir eux-mêmes, c'est-à-dire musulmans! Africanité et Islam Mais la nouvelle intelligentsia ne l'entend pas de cette oreille.Car le rapport qu'elle entretient avec la religion de Mahomet est critique.S expliquant sur le sens de son film Ceddo, le cinéaste sénégalais Sembene Ousmane remarquait que l'Islam, comme toutes les religions importées telles que le christianisme, a souvent été utilisé par les pouvoirs dominants pour endormir les consciences populaires et dominer le peuple.Pour cet artiste, il faut situer la fonction historique et idéologique de la religion.L'Islam comme toute religion est un phénomène qui travestit les processus sociaux réels.Il n'est pas aussi africain qu on le croit.C'est la même position qui transparait dans une interview que le jeune dramaturge Ghonda Nounga nous a accordée.«N'en déplaise aux auteurs comme Cheick Hamidou Kane qui.dans son roman /'Aventure ambiguë, semble opposer la civilisation occidentale à l'africaine, l'Islam est une religion exogène.Quand on le lit attentivement, on s'aperçoit qu'il fait des modes de vie islamiques des traditions authentique-ment africaines.Or le contact entre l'Afrique et l'Islam s'est fait par Cépée.Les Arabes ont imposé cette religion au sud du Sahara par le sang.L Islam n'a pas livré une lutte frontale contre les traditions africaines.Il a préféré s'en accommoder quitte à mieux les pénétrer pour mieux les combattre.Et certaines forces traditionnelles et religieuses telles que les Mourides au Sénégal exploitent cyniquement le petit peuple.» La nouvelle pensée africaine se caractérise par la lutte radicale qu elle mène contre toute forme d'aliénation, c'est-à-dire contre la pratique du dessaisissement qui s'exprime par le fait que l'homme dans ses manifestations culturelles et sociales ne traduit plus son être authentique.De même l'homme aliéné ne peut, sous la domination des préjugés religieux, manifester la pleine dimension de sa créativité (fondée sur la raison, la pensée libre).Cette nouvelle critique s oppose à toute forme de domination: politique, économique, culturelle et sociale.Pour elle.l'Islam repose sur le credo, le dogme, et conduit fatalement à l'intégrisme et au fanatisme, et à une forme bien particulière d'esclavagisme.«Me critiquer c'est critiquer Dieu.» Le Caire 1980.Laid cl kébir, c'est la grande fête de I Islam qui commémore le sacrifice d'Abraham.Ils sont près de 4 000 intégristes sur la place d'Addine, face à l'ancien palais royal.Ils répondent à l'appel d une mystérieuse association, bien implantée dans la jeunesse égyptienne.Le groupement égyptien invitait depuis plusieurs semaines les vrais croyants à se réunir en ces lieux pour la prière de l'aube.Parmi eux près de 10 000 femmes, couvertes de la cagoule blanche, devenue le véritable uniforme du mouvement islamique féminin en Egypte.Un service d'ordre parfaitement organisé, musclé et barbu, veille à ce qu'aucun incident ne vienne troubler la cérémonie et jeter le discrédit sur le mouvement.Pas de provocations, pas de bavures, pas d'affrontements, pas d'interventions de la police.Le gouvernement ( rjyptien a décidé de laisser la cérémonie se dérouler, bien qu'organisée par un mouvement non reconnu.Les intégristes musulmans viennent de remporter une grande victoire, résultat d'une lutte sans merci engagée depuis plusieurs années «pour le bien de l'Islam».Face à ce genre de victoires remportées par les plus fanatiques adeptes de Mahomet, la nouvelle critique africaine s'émeut.Le poète camerounais René Philombe craint que cette montée de l'intégrisme n'entraîne un renforcement du fanatisme, de l'obscurantisme et de l'intolérance.Dans un entretien accordé à Souhayr Be Ik ace m de Jeune Afri-que le 28 mars 1979, l'imam tunisien Hassan Ghodhani révèle la représentation qu'il a de ses fonctions et de lui-même: «Me critiquer, c'est critiquer Dieu! Les dirigeants de ce pays le savent bien.C'est pourquoi je peux m exprimer librement.Nous refusons la séparation entre l'État et la religion.» De telles positions renforcent l'argumentation des nouveaux critiques de l'Islam.Faut-il croire pour être africain?Voyant le traditionalisme comme immobilisation de la tradition posée comme un absolu et nè pouvant être affectéee par les changements de l'histoire, le philosophe Marcien Tbwa déclare: «Les cultures islamique et judéo-chrétienne nous offrent des exemples parfaits de traditionalismes théologiques.Prenons la Bible, elle contient l'exemple de la culture judéo-chrétienne: littérature (épopées, poèmes lyriques, récits plus ou moins romancés, proverbes), lois, institutions, mythes.Cet ensemble n est certes pas complet: toute la tradi- tion reflétant les croyances polythéistes a été impitoyablement éliminée ou modifiée et réinterprétée dans le sens de l'orthodoxie monothéiste.L'ensemble de ce qui a été retenu est considéré comme provenant de Dieu lui-même et donc parfait pour l'essentiel.La révélation contient aux yeux du croyant toute la vérité qui demanderait seulement à être comprise et appliquée.Tout ce qui est manifestement opposé au contenu de la révélation est écarté et combattu comme une erreur.On peut faire les mêmes observations sur 1e Coran, le livre saint des musulmans.Il est même plus dogmatique et plus brutal, si possible, bien que le nombre de ses dogmes soit plus réduit.Ce qui est absolutisé dans ses textes c'est tout simplement les cultures particulières de certains peuples sémitiques.» Et Towa d'ajouter fermement: «Le rapport entre traditionalismes ne peut être que d'exclusion.La prétention à la perfection et à l'immutabilité d'une culture entraîne comme conséquence immédiate l'intolérance et finalement la violence.Une tradition parfaite n'a besoin de rien, d'aucun apport extérieur et exclut donc en principe l'autre.» Certes, face à l'évolution de l'Afrique, l'Islam a changé de tactique, reconnaît Towa.Il ne condamne plus et ne rejette plus en bloc les traditions africaines.Mais I Islam est présenté par ses adeptes comme la vérité absolue et Tunique salut.Simplement ils tolèrent dans les cultures traditionnelles africaines ce qui ne contredit pas leurs dogmes: Mais eux demeurent inébranlables.Et Towa de convier les Africains à dépasser le traditionalisme théologique islamique et à prendre le chemin de l'initiative créatrice.Autrement dit, bouleverser de fond en comble le grenier culturel africain et le restructurer selon les impératifs de transformation révolutionnaire de la présente condition de l'Afrique caractérisée par le sous-développement et la domination néo-coloniale.En Afrique, on s'aperçoit que la religion de Mahomet n'a pas que des adeptes.Elle a aussi ses critiques, et ils ne manquent pas d arguments.? ntre 1973 et 1982, les pays arabes ont.sous forme d'aide, de prêts et de dons, accordé environ 5 milliards de dollars US aux pays africains.Derrière cette coopération se jouent des intérêts économiques et sociaux dune part, politiques et culturels d'autre part.Aujourd'hui, pour ces intérêts inavoués, on assiste dans de nombreux pays à la percée de l'islam.* Combien sont-ils aujourd'hui les hommes politiques africains qui ont opté pour l'islam?Bien souvent d'ailleurs ils étaient chrétiens.Le plus célèbre d'entre eux, Sé-kou Touré, de Guinée, est décédé récemment.Lui qui, avant d'entrer dans le cercle des pays islamiques était connu pour ses critiques à l'endroit des royaumes du Golfe arabique.Il n'hésitait pas dans un pays peuplé à 80 p.cent de musulmans à déclarer qu'il ne croyait qu'en sa révolution.Une enveloppe financière est venue un bon matin d'Arabie Saoudite pour changer les idées de ce leader.Il commença ainsi à islamiser son pays.Fermant les brasseries, les boîtes de nuit et allant même jusqu'à mettre des bâtons dans les roues de l'Église catholique.Dans ses visites à l'extérieur du pays, il se faisait le messager de l'islam.Sa politique fut payante.Jusqu'à sa mort, son pays était le premier au sud du Sahara à bénéficier de la manne des pétrodollars.Arme de pouvoir Ahmed Sékou Touré savait mieux que quiconque se servir de l'islam pour contrôler son pouvoir.Son économie, ces dernières années, n'a tenu que grâce à l'aide des pétrodollars.Contesté chez lui, il a pu contenir ses adversaires, en jouant la carte islamique.Il est allé de nombreuses fois effectuer son pèlerinage a la Mecque.À chaque fois, il amenait avec lui de nombreux chefs religieux, qui, à leur retour, lui restaient fidèles.Plus tard, il donnera à ces hommes de Dieu des pouvoirs de décision.Et dans ce pays fortement islamisé, la population s'est ainsi soumise à la volonté que lui dictaient Sékou Touré et les chefs religieux.Tout discours, toute manifestation, toute cérémonie commençait et se terminait par un serment sur le saint Coran.Un allié puissant de Mahomet: l'islamo-dollar Ibrahima Sory Baldé Seulement, de nombreuses personnes étaient convaincues que le maître des lieux ne cherchait qu'à asseoir son pouvoir.Le champagne se buvait bien dans les hautes sphères de l'État, le jeûne n'était pas observé, les mosquées souvent vides.Même si ces derniers mois on a noté des affluences records, la rumeur circulait que les «fidèles» s'y rendaient pour prier Dieu de les débarrasser de leur chef.Ils se retrouvaient aussitôt après dans les débits clandestins de boissons alcoolisées.Dans bien d'autres pays on peut facilement noter ce phénomène.On courtise les pays arabes pour avoir un financement et on utilise les chefs religieux pour contenir les populations.Les lobbies islamiques ne se comptent même plus.Et pour se faire élire, les hommes politiques savent où mener leurs campagnes.Au moment de toutes les crises sociales, les chefs religieux sont appelés par les autorités.Telle est la situation dans bien des pays africains.Idi Amin Dada, l'ancien chef d'Etat ougandais, avant de chuter bénéficiait d'un important concours arabe.Rejeté par la commu- nauté internationale, combattu par ses opposants appuyés par I armée de Tanzanie, ce bon musulman n'avait trouvé d'appui qu auprès des capitales arabes.Les armes et les munitions ne lui manquaient pas et Kadhafi est même allé jusqu à lui fournir des troupes.Il ne fallait pas laisser mourir un pays qui s'islamisait.Surtout que c'était des troupes d'animistes et de chrétiens qui le combattaient.Amin Dada, dans sa retraite saoudienne entretient toujours le rêve de reprendre le pouvoir.Pétrodollars Les crises énergétiques des années 70 ont propulsé les pays arabes exportateurs de l'or noir sur la scène internationale.Ils sont de nos jours courtisés aussi bien par les pays industrialisés que par les nations en voie de développement.Les dollars qu'ils ont pu tirer du tond de leurs puits sont la principale cause de cette émergence.Ce sont ces mêmes dollars qui ont facilité la pénétration arabe en Afrique.Les premiers bénéficiaires de l'aide des nouveaux riches furent les pays où l'islam était la religion dominante: plus d'une dizaine, qui s'étendent, d'ouest en est de l'océan Atlantique à l'océan Indien, et du Sahara jusqu'à la limite nord de l'équateur.Ces pays sont aujourd'hui encore les premiers bénéficiaires de l'enveloppe financière des bailleurs de fonds arabes.Le marché financier international étant de plus en plus difficile à convaincre, les Arabes, qui jouent déjà d'importants rôles au sein du F.M.!, et de la Banque mondiale, investissent l'Afrique.Une Banque arabe pour le développement économique en Afrique est créée Elle finance des projets agro-industriels, d'infrastructure, etc.À côté de cette institution, les différents fonds de développement des pays de l'OPAEP \u2014 Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole \u2014 interviennent sur le plan bilatéral pour aider les nations en difficulté.Ainsi, beaucoup de mosquées et d'instituts islamiques ont été édi fiés au cours de ces dernières années dans les différents pays d'Afrique, grâce aux capitaux arabes.A côté, on peut remarquer la réalisation de quelques centres sociaux, de quelques routes et d'unités agro-industrielles.Les hommes politiques africains ont inscrit en lettres d'or les noms des capitales arabes sur leurs itinéraires de voyages.Il ne se passe pas un trimestre sans que l'un d'entre eux n'y fasse une visite de travail.Au chapitre des discussions, le dossier islamique est très élaboré.Il est celui qui peut attirer une oreille attentive du donneur arabe.Depuis plus de dix ans.le fait se consolide.À Riad, Bagdad.Bahrein, Koweït, Tripoli, etc.la réponse est bien souvent la même: au nom de la solidarité islamique et pour la construction de nations islamiques, nous vous promettons de vous venir en aide.Percée réelle En Afrique, ils n étaient au début des années 60 que près de cent millions.De 200 millions qu'ils sont maintenant, combien de musulmans comptera le continent à la fin du siècle?Aussi, au début des annés 60.on ne comptait aucune nation islamique en Afrique subsaharienne.La Mauritanie et le Soudan, récemment, ont donné le ton.D'autres pays pourraient emboîter le pas.C'est en raison des difficultés 05 O 33 n> > p 05 > m g 03 05 m m CD J3 m CD éditeur Roger D.Landry éditeur adjoint Real Pelletier chef des chroniques Manon Chevalier secrétaire de rédaction Roch Côté r 0 Û > d J 0 0 5 j i 0 j t J z o 0 D -i collaborateurs au Québec Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Alain Borgognon Maurizia Binda Françoise Côté Gil Courtemanche Antoine Désilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Lucie Faniel Andrée Ferretti Pierre Godin Serae Grenier Sophie Huet Aibert Juneau Gérard Lambert Adèle Lauzon Yves Leclerc Marie Lessard Pol Martin Mario Masson Simone Piuze Pierre Racine Georges Schwartz René Viau Ottawa Michel Vaste.Toronto Patricia Dumas Vancouver Daniel Raunet Managua Jacques Lemieux Paris Jean-François Lisée Rome Jean Lapierre Bruxelles Claude Moniquet Chypre Robert Pouliot 1 Okyo Huguette Lapnse Taiwan Jules Nadeau PLUS publie également des reportages exclusifs obtenus de l'Agence France-Presse, de l'agence Inter Presse Service et de Reporters associes publicité générale: Probecô Ltée Tél.: Montréal 285-7306 Toronto (416) 967-1814 de détail: La Presse, Ltée Tél.: (514) 285-6874 Le magazine PLUS est publié par Hebdobec Inc.CP 550 Succursale Place d Armes Montréal H2Y 3H3.monte et imprime par LA PRESSE.Ltée.Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction réservés.président du conseil d'administration Roger D Landry responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier secrétariat Micheline Perron Tél.(514)285-7319 jgk , 7*'.\u2022V - + '«7* -f.-^'tJ.f auxquelles font face les pays aTri-cains que le mouvement gagnera du terrain, pour porter te message de I islam dans les quatre coins du continent.11 a déjà gagné léqua-teur pour trouver des adeptes en Afrique centrale \u2014 Congo, Gabon, Zaïre.Burundi, etc.Ces pays étaient fortement animistes mais comptaient de nombreuses populations christianisées.Curieusement, au moment où partout on note la percée islamique, on arrive à la conclusion que les autres religions, lorsqu'elles ne perdent pas d'adeptes, ont de sérieux problèmes à en recruter d'autres Républiques islamiques En Afrique, dans ta plupart des cas.le débat politique est absent.Les pouvoirs en place ont les mains libres, au plan national, pour mettre en application leurs projets.Aujourd'hui, les bailleurs arabes ne demandent que peu à leurs «partenaires» africains.Demain il y aura d'autres conditions.Même s'il n'est pas sûr qu'ils conseillent la création de pays islamiques, il reste que leur aide ira a ceux qui s'engageront dans cette voie.Les prémisses d'une telle démarche sont apparues depuis la guerre du Sinaï.La rupture avec Israël était moins une question de la violation des droits des Palestiniens, que l'exécution dune volonté des pays arabes.Tout pays entretenant des relations avec l'État hébreu s'est vu retirer l'assistance arabe Aussi, il fallait à chaque instant se ranger du côté des riches princes pour se voir arroser de pétrodollars.Pour ces raisons, il n'est pas impossible de voir naître, dans l'espace ouest-africain surtout, des pays islamiques.C'est la région en Afrique qui a le plus entretenu des rapports avec le Proche et le Moyen Orient, depuis le 10e siècle.Les universités islamiques construites à cette époque sont restées célèbres.Des Arabes y sont même venus pour apprendre.Dans ces pays, les chefs religieux ont des pouvoirs de décision.Ils ont des fidèles adeptes qui ne se mettent au service de la nation qu'à leur autorisation.Seront-ils les ayatollahs de demain?La question mérite d'être posée quand on sait que les jeunes élites dans ces pays se démarquent de plus en plus du marxisme athée pour s'orienter vers un islam pur.Pour l'heure, seule la Guinée dispose d'un ministère des Affaires islamiques.En plus, comme dans les autres pays, ses chefs religieux sont régulièrement consultés pour trouver les solutions aux problèmes sociaux qui se posent fréquemment.Il reste à savoir si les nouveaux dirigeants du pays rétabliront les autres minorités religieuses dans leurs droits.Et surtout, si I importance accordée aux imams et autres dignitaires de l'islam dans le pays sera révisée.Le raz-de-marée de l'islam en Afrique est certes une conséquence logique de l'augmentation rapide des naissances dans la communauté musulmane, des nombreuses reconversions d'animistes et de chrétiens.Mais elle est aussi la résultante d'un fait nouveau I islamo-dollar V I \u2022 I- ' L'islam des nouveaux riches 9fÊ ¦ Zachée Tofong Tchitchi ans les années 70, l'école coranique enregistre de nouvelles recrues.Pas n importe lesquelles.Deux chefs d'États africains, Bon-go du Gabon et l'abominable Bo-kassa de la République Centrafricaine rangent dans les tiroirs leur foi chrétienne et se rallient à la religion musulmane.La raison fondamentale, expliquait-on à l'époque, c'est qu'il fallait chercher dans la religion musulmane ce qu'on n'avait pu trouver dans la religion chrétienne.Et cela avait pour nom: les richesses matérielles.Pour amener les masses africaines à adhérer à la foi islamique, soulignait alors Kadhafi le maître d'oeuvre de ces conversions, il fallait provoquer l'adhésion par les sommets.Cela aurait sans doute un effet d'entraînement sur les différentes couches sociales.Au Cameroun, la stratégie a été différente, mais tout autant efficace.Le Cameroun a été gouverné pendant près de 25 ans par un fervent musulman nommé Ahmadou Ahidjo.À la faveur de la corruption et du clientélisme qui prévalaient sous son régime, beaucoup de musulmans étaient devenus subitement millionnaires, suscitant envie et admiration de la part des autres citoyens.Pour la grande masse, cette opulence était directement liée à la religion musulmane.D'où ces adhésions successives survenues dans la région de l'Ouest du Cameroun, cette men-nées 70.Les nouveaux fidèles croyaient ferme que le bonheur venait de la Mecque.À défaut d'aller s'y ressourcer, il fallait fréquenter assidûment les mosquées et se soumettre au régime austère de la foi islamique.Dans la région de I Ouest du CAmeroun.cette mentalité était tellement ancrée qu'on voyait des irréductibles athées opter subitement pour l'islam et ne jurer désormais qu'au nom d Allah.Jouer le jeu À combien peut-on chiffrer le nombre de ceux qui se sont ainsi convertis?Difficile d évaluer.Toujours est-il que les mosquées se trouvaient débordées au jour le jour.Lors de sa visite à Bafoussam (Chef-lieu de la province de l'Ouest) en 1980.l'ancien président du Cameroun Ahidjo avait tenu à adresser ses encourage- ments aux nouveaux adeptes.Il venait assister aux comices agropastorales.Il a été Tellement frappé par le phénomène qu'il a décidé d'assister personnellement à l'inauguration de la nouvelle mosquée de Bafoussam qui avait été rénovée pour pallier au problème Le «pèlerin» Ahmadou Ahidjo, ex-président du Cameroun d'engorgement dont était sujette l'ancienne mosquée.Cela est d'autant plus remarquable que cette métropole provinciale est réputée pour son attachement à son identité fondée sur la préservation du culte des ancêtres.D'autres se sont ralliés à la religion musulmane moins par conviction personnelle que par esprit d opportunisme.Ceux-là se recrutaient surtout dans les couches moyennes et supérieures de la société camerounaise.Pour eux.il fallait passer pour un fervent musulman noyé dans sa gandoura et portant chéchia afin de profiter des largesses du pouvoir.L'État du Cameroun est par ailleurs officiellement laïc.Pour marquer davantage cette laïcité.Ahidjo s'était défait de son titre de «El Hadj», c'est-à-dire le pèlerin de la Mecque.Mais, dans les faits, tout concourrait à prouver le contraire et à démontrer l'ambiguïté de l'acte.Et certains cadres I avaient compris, qui de leur fragile situation au sein du régime étaient désormais persuadés que pour être au coeur des décisions, et acquérir des richesses, il fallait être toujours vêtu de sa gandoura lors des cérémonies officielles ou des tournées en compagnie du chef de l'État.Le cas le plus significatif est sans doute celui d'un des ex-barons du régime, qui fut pendant longtemps ministre de l'Administration Territoriale.Les costumes, il y a longtemps qu'il les avait soigneusement rangés dans sa valise et ne se faisait plus photographier qu'en gandoura et chéchia rouge Il n était d'ailleurs pas le seul au sein de l'équipe gouvernementale qui avait pris cette bien curieuse décision.Jean Akassou.ancien ministre de confession chrétienne devait troquer sa foi contre quelques poignées de francs CFA qu'il allait récolter en se convertissant à l'Islam.On a également le cas de Vroumsia Tchinaye, l'un des premiers intellectuels originaires de la région nord du Cameroun.Ce dernier n'avait jamais fait mystère de son hostilité face à un certain «hégémonisme» de la religion musulmane.Il était chrétien quand il était encore étudiant.Mais une fois installé au pays, il allait se rendre à l'évidence II devait se recycler s'il tenait à faire fortune ou s'il voulait accélérer son ascension sociale Devenu musulman, il sera plusieurs fois ministre.Fiers de l'importance que connaissait la religion musulmane au sein du pays, du fait de l'aisance matérielle qu'elle fournissait à ses adeptes, les Peuhls du nord devaient exercer une certaine suprématie sur les populations de cette région appartenant à d'autres confessions religieuses.C'est ainsi qu'à l'Assemblée Nationale et même au sein de l'équipe gouvernementale, les députés ou les musulmans originaires de cette region financièrement mieux cotée «écrasaient» par leur nombre leurs collègues chrétiens ou animistes.À croire que si la foi islamique fait recette, c'est souvent moins par les nobles idéaux qu'elle recèle que par un besoin de se remplir rapidement les poches.La politique du ventre?Sans doute. ncore seule, Mariétou revit son drame.Jeune Sénégalaise de 27 ans.elle ne parvient pas à mesurer l'ampleur de son désespoir.À trois reprises, son mari a prononcé devant un témoin le rituel de divorce: «Je te répudie».Ces mots bourdonnent encore dans sa tête.Son mari l'a préférée à une quatrième femme.«Cadeau de mon oncle», soutient-il.Comme dans un rêve, les images de ses onze ans de vie conjugale lui reviennent en mémoire.Une vie faite de soumission et de respect.Une liaison conjugale jalonnée de multiples déboires.Son union avec cet homme polygame qu'elle n'a vu que le jour du mariage.L'adoration dont elle jouissait auprès de son mari les premiers mois.Les nombreuses disputes avec ses co-épouses.Les accouchements répétés de ses 7 enfants.Que peuf-elle opposer à toutes ces déconvenues?Sinon son silence.Évoluant dans une société fortement islamique, son statut de femme est assujetti aux différents préceptes coraniques ou aux interprétations qui en découlent.Elle se sent isolée, brimée dans cette collectivité où la loi islamique (sharia) module et régit son vécu quotidien.Car toute sa vie se résume à cet événement capital que constituent le mariage et ses corollaires: polygamie, dot.héritage.Une certaine pratique de I islam dans les sociétés musulmanes d'Afrique noire, n accorde aucune place à la femme.Cette dernière ne peut prétendre à aucun droit dans la communauté.Elle est réduite au silence et obéit à la loi de l'homme.Un poids mort En règle générale, son existence aux yeux de l'islam est sans commune mesure avec le rang octroyé à l'homme dans la société.Petite fille déjà, sa naissance est accueillie sans grand enthousiasme.Car elle sera improductive jusqu'au mariage.Un poids mort pour les multiples charges familiales.Son éducation sera escamotée.L'accès à l'enseignement ne lui est généralement pas accordé « La maison est la meilleure école pour une jeune fille », entend-on dire.Son mariage est très souvent forcé.La cupidité de certains parents pour les dots élevées l'emporte le plus souvent sur les sentiments de la fille.Son union ne dépendra que de l'humeur de son mari qui détient le droit absolu de répudiation unilatérale.Elle est rarement consultée sur les décisions qui engagent sa vie, laquelle sera, pour le plus clair, consacrée aux travaux domestiques.Faute de métiers.Mariétou se souvient encore de son mariage, à l'âge de 16 ans, sans son consentement.Car toutes les écoles efr sectes musulmanes reconnaissent au .tuteur de l'enfant (garçon ou fille) le droit de l'engager dans une promesse de mariage sans son consentement.Seule la loi traditionnelle shiite et hanafi conteste cette forme de mariage.Deux versets coraniques illustrent à merveille le statut assigné à la femme dans l'islam.Selon le premier.« les hommes ont sur elles une prééminence».Le deuxième est plus explicite : « Les hommes ont autorité sur les femmes du fait que Dieu (Allah) a préféré certains d'entre vous à certains au- LA FEMME ET L'ISLAM « r I Û 2 2 c < O Quelques pas vers un statut plus juste Omar A.Faye très, et du fait que les hommes font dépense, sur leurs biens (en faveur de leurs femmes).Celles dont vous craignez l'indocilité, admonestez-les! Reléguez-les dans les lieux où elles couchent! Frappez-les! Si elles vous obéissent, ne cherchez plus contre elles de voies de contraintes! » L'autorité de Dieu Au point de vue de la structure sociale, les enseignements de la sharia mettent surtout l'accent sur la nature patriarcale de l'islam.L'homme est le garant des préceptes de la religion.Son autorité symbolise l'autorité de Dieu sur le monde.Selon Vincent Monteil, is-lamologue.«l'homme est respecté précisément à cause de la fonction sacerdotale qu'il remplit ».Car I islam considère la question de l'égalité de l'homme et de la femme sans aucune signification.«C'est comme si on discutait de l'égalité de la rose et du Jasmin », ironise-ton.La religion islamique considère leurs rôles dans la société comme complémentaires, mais non rivaux.À chacun échoient une mission et un devoir particuliers selon ses aptitudes.La femme a aussi certes de lourdes responsabilités.En somme édifier un foyer où l'hom- me musulman serait son hôte.Créer les conditions de son épanouissement dans cette structure familiale.C'est à l'homme de pourvoir aux moindres désirs de sa femme, mais aussi de sa mère, de sa soeur, de sa belle-famille et même de parents fort éloignés.Comportement social Une certaine attitude est de règle pour la femme musulmane en Afrique, attitude qui édicté son comportement social.Certes le port du voile n'est pas de règle, mais une décence est prescrite par la sharia.Généralement dans les sociétés traditionnelles, trouvor un mari ne doit pas être un leitmotiv pour la femme musulmane africaine.Faire étalage de ses charmes en vue d'attirer un éventuel époux constitue un péché pour la sharia.Elle doit tout au contraire rester dans sa famille et attendre le parti adéquat.Une attitude qui aux yeux de l'islam facilitera un mariage fondé sur un devoir religieux et qui assurera la descendance familiale entre les deux parties.Sur le plan strictement religieux, la musulmane africaine ne se sent pas tellement liée à une religion qui l'ignore.C'est pourquoi dans certaines sociétés comme celles des Lébous du Sénégal (les Layennes), les pratiques païennes sont toujours ancrées dans l'esprit des femmes.On invoque beaucoup plus souvent les génies que le bon Dieu.Même si quelques femmes suivent scrupuleusement les prescriptions du Coran, une certaine discrimination est souvent notée.Pour les prières communes par exemple, elles se mettent toujours derrière les hommes et doivent réciter à voix basse les versets coraniques.En plus, elles n'ont pas accès aux mosquées.Sinon une salle spéciale leur est aménagée.En l'absence d'«iman-femme», elles suivent les prières par le biais des haut-parleurs accrochés dans les recoins de la salle.Fiancée vendue Le montant élevé de la dot exigée souvent pour le mariage ne facilite pas l'union entre les jeunes.Pourtant, à l'origine, la dot n'était que symbolique.L.V.Thomas l'a définie dans « Généralités sur l'ethnologie négro-africaine » comme étant le « prix symbolique de la fiancée, en même temps qu'une caution sur la progéniture».Le paiement de cette dot s'effectuait en mil.en vaches ou en or.Mais elle s'est mercantilisée désormais.Suivant l'âge de la fille, sa beauté et même sa virginité, orvétablit une échelle des prix.La pratique des dots élevées est très généralisées.Au Sénégal, le «promis» est tenu de verser pour ses belles-mères, outre une somme assez considérable d'argent, des bijoux et même parfois une voiture et un billet de voyage.On espère tout de même lutter contre une pratique de la « fiancée vendue » par l'application des lois et règlements fixant les montants de la dot dans toutes les villes du Sénégal.Après la dot, la polygamie suscite aussi beaucoup de controverses La position de l'islam sur cette question est claire.Il est dit dans le Coran: «Épousez donc celles qui vous seront plaisantes, par deux, par trois, par quatre mais si vous craignez de n'être pas équitables, prenez-en une seule C'est le plus proche moyen de n'être pas partial.» En fait, la polygamie demeure encore enracinée dans presque toute l'Afrique noire.Au Sénégal, on avait dénombré en moyenne que 30% des hommes mariés sont des polygames.Ses défenseurs sont légion et les arguments sont multiples.On se félicite plus du fait qu'elle diminue le nombre des vieilles filles.«Nécessité biologique et sexuelle», souligae-t-on.Cependant, beaucoup de facteurs militent désormais pour sa suppression.Entre autres.I écrivain de Bamako (Mali) Amadou Hampate Bâ affirme que «la polygamie fut instaurée pour des raisons économiques et que ce sont des raisons économiques qui provoqueront sa suppression progressive».Réformes En dépit de la force de l'islam sur les sociétés africaines, un certain nombre de réformes visant à l'amélioration de la condition féminine sont initiées dans de nombreux pays.Des réformes qui s'appuient sur les enseignements positifs de la sharia.Cette situation découle du sentiment de révolte observé dans certains milieux féminins, intellectuels notamment.Dans ces milieux, on considère la religion comme étant « une idéologie qui ne colle plus au réel ambiant, à l'évolution des sociétés».Cette remise en cause s'articule surtout sur l'ensemble des valeurs et coutumes archaïques qui servent à ceux qui se revêtent du manteau de l'islam pour dominer I élément féminin.Un principe d équité civique entre l'homme et la femme est acquis dans certains pays africains.Le ¦ code de la famille adopté au Sénégal en est une illustration.Les aspects les plus spectaculaires concernent le mariage et la polygamie.Désormais, les conjoints sont tenus de passer devant l'état civil.Le divorce peut se faire par consentement mutuel ou devant le juge.Sinon il n'est recevable que pour une des raisons prévues par la loi.Le mari est tenu de verser une pension alimentaire à sa femme, si elle est sans ressources.Ce retournement de la situation en faveur des femmes est à l'origine des nombreux procès intentés contre les époux « inconscients ».Il était indispensable de donner un code civil nouveau à une société nouvelle où la musulmane africaine s'affranchit peu à peu de la tutelle de r homme.? L'ÉCOLE CORANIQUE AU SÉNÉGAL ¦ CD 01 LU X CQ LU h-Q.LU CO 00 Q LU < CO < \u2022LU oc o CO /ara birananel Alara birananel La charité pour l'amour de Dieu! La charité pour l'amour de Dieu! La voix tremblotante, le regard inquiet, ils tendent leurs sébiles.Le temps de leur donner sept morceaux de sucre ou une poignée de riz, ils s'en vont comme ils étaient venus.C'est-à-dire avec une extrême soudaineté.Depuis les premières lueurs de l'aube, ils voguent de maisons en maisons, de rues en rues.Du matin au soir, partout à Dakar, les mêmes psalmodies.Ousmane n'est pas plus haut que trois pommes.Quel âge a-t-il au juste?Six à huit ans.pas plus.Plutôt mignon garçon s'il était lavé, coiffé, habillé.Hélas! Ousmane est presque en haillons.Son short rouge pâle est retenu par une mince cordelette.Sa chemisette sans boutons révèle sa délicate poitrine Pieds nus.La tête crasseuse.Le visage et les bras envahis de furoncles.Presque tous les matins, il «rend visite» à la maison de Mme Diallo.Avec le temps, il est devenu l'ami des enfants Et dans l'attente fébrile d'une quelconque aumône, Ousmane en profite pour jouer au ballon ou à la bille avec le dernier né de la famille Diallo.Comme il aimerait rester encore un moment! S adonner à ces jeux comme tous les enfants de son âge.Malheureusement, il doit partir.Il doit suivre sa route.À son départ, son copain assaille sa maman de questions.«Maman, pourquoi Ousmane est si sale?Pourquoi il mendie?Il m'a dit qu'il ne mangeait pas toujours à sa faim, qu'il ne va pas à l'école.Dis, maman, c'est vrai?» «Oui, Doudou.Ousmane ne t'a pas menti II n'est pas un enfant comme toi.Lui, il est talibé.» Un talibé.c'est-à-dire un disciple, un élève d'une école coranique.Seul au monde C'est à se demander si Ousmane est sous l'autorité de quelqu'un.Une première réaction serait de dire qu'il est seul au monde.Qu'il n'a personne pour s'occuper de lui En effet, comment expliquer qu'il soit si délaissé?Pourtant, Ousmane est bel et bien sous la garde de quelqu'un: son marabout dont il est le disciple Ousmane est l'un de ces centaines d'enfants confiés aux marabouts pour qu'ils leur inculquent de solides connaissances islamiques et leur donnent une bonne éducation.L'école coranique traditionnelle, le daara, enseigne aux enfants les éléments de la foi et des coutumes islamiques, la lecture, l'écriture, le calcul élémentaire en langue arabe.Et c'est un peu grâce aux daa-ras que la tradition islamique s'est maintenue et est transmise de génération en génération.On comprend alors I importance des écoles coraniques dans les sociétés fortement islamisées comme au Sénégal.Ainsi tout «bon» père musulman se fait un devoir d envoyer ses enfants dans une école coranique.Cependant, depuis une vingtaine Les jeunes à l'école de la mendicité ¦ - i -.d'années, on assiste à un phénomène de société: celui des talibés.Un phénomène que l'on pourrait assimiler à une perversion de l'Islam orthodoxe et à une inadéquation d'un système éducatif.Ces enfants, confiés aux marabouts pour le savoir et l'éducation, n'apprennent presque rien dans les daaras.Il est fréquent de rencontrer un talibé qui.ayant passé des années chez son maître, est incapable de réciter entièrement une sourate ou un verset du Coran.À quoi passent-ils leur temps?À courir les rues, à mendier du matin au soir.Plus que des pigeons voyageurs, ils sont des mendiants professionnels.La mendicité des disciples dans l'enseignement coranique n'est pas un mal en soi.Bien au contraire, on exhorte les marabouts à cultiver le sentiment d'humilité chez leurs disciples.Ce sentiment s'acquiert en se départissant de toute suffisance personnelle, de tout or-gueuil.Voilà l'origine de la mendicité.Des marabouts exploiteurs Mais ce qui heurte les consciences actuellement, c'est la prédominance de la mendicité sur l'enseignement coranique.Et suite logique de cette situation, les marabouts font de la mendicité leur source de revenus.Ils en tirent l'essentiel, sinon la totalité de leurs moyens d existence.Certains marabouts n'hésitent pas à exiger des talibés qu ils leur rapportent telle somme d'argent.Nombreux sont les disciples qui confient tristement: «Mon maître m'a demandé de rapporter 500 francs CFA (environ deux dollars).Si je ne les ai pas ce soir sur moi, il va me battre.» Cet argent, ce bol de riz, ces morceaux de sucre «arrachés» à cor et à cri ne profitent guère aux talibés.Mais bien plus aux marabouts et à leurs familles.Ce n'est un secret pour personne.C'est grâce a la mendicité de ces pauvres enfants qu'un grand nombre de marabouts arrivent à Evelyne Sylva nourrir leur famille, à payer la scolarité de leurs enfants, à acheter des bijoux à leurs femmes.Que deviendraient-ils sans les talibés?Ils ne se posent même pas la question.Bon nombre d'entre eux maltraitent leurs élèves.C'est le cas de marabouts qui réveillent les talibés en leur versant de l'eau fraîche quand il fait froid; de ceux qui donnent à manger aux disciples, leurs restes; ou encore ceux qui leur jettent à la figure tous les jours: «Bande de vauriens! Vous pensez que je vais me casser la tête pour vous nourrir?Le peu que j'ai c'est pour ma femme et mes enfants.Je n'ai que faire des parasites.» L'hyprocrisie de certains marabouts atteint son paroxysme lors des visites éclairs des parents dea talibés.Quelques heures avant l'arrivée de ses parents, le talibé subit un lavage de cerveau.On le menace de le priver de nourriture si jamais il souffle mot à ses parents de ce qu'il endure chez son marabout.¦ * Pour la circonstance, il est propre, correctement habillé, son ardoise entre les mains.Bref, rien n'est laissé de côté pour faire croire à ses parents que son enfant est dans le meilleur des mondes possibles.La plupart des talibés vivent ce calvaire jusqu'à leur majorité.C'est-à-dire quand ils atteignent l'âge de se débrouiller dans la vie.D'autres par contre se révoltent très vite.Livrés à eux-mêmes, ils tombent dans la pire des délinquances.Peut-il en être autrement?Tout les prédispose à la débauche, surtout leurs fréquentations.Les talibés sont partout, aux marchés, dans les gares, devant les cinémas, les boîtes de nuit., bref, dans les endroits publics fréquentés par les laissés pour compte des bidonvilles.Aussi parce qu'on leur interdit de rentrer les main vides, ils n'hésitent pas à voler, à mentir.Raisons économiques obligent Comment en est-on arrivé à cette situation?En principe, le marabout enseignant ne reçoit pas de salaire.Mais s'il n'est pas question de salaire proprement dit, il n'en existe pas moins un système de financement par la communauté (l'aumône).Certains parents ne manquent pas d'offrir des présents, de la nourriture, des vêtements aux maîtres de leurs enfants.Mais combien sont-ils à le faire?Très peu.Il n'est pas rare de voir un daara d'une cinquantaine d'enfants.Des talibés que le marabout doit éduquer, mais aussi nourrir, habiller, soigner.En raison de la crise économique, il est impossible à un marabout.Pour la plupart, ils ne con-l'éducation de ses talibés.Aussi ces derniers doivent-ils participer à leur propre prise en charge par le biais de la mendicité Mais ce sysème éducatif s'avère de nos jours inadéquat.Dans les sociétés traditionnelles, l'enfant n était pas seulement l'enfant d'un homme et d'une femme, mais de toute la communauté.Son éducation incombait à tout le monde.Mais tel n'est plus le cas maintenant.Un jeune disciple à l'école coranique Certains parents font montre de naïveté en confiant leurs enfants à n'importe quel soi-disant marabout.Pour la plupart, ils ne connaissent pas personnellement le marabout.Ils ont soit entendu dire que tel marabout était un bon éducateur, soit encore qu'ils ont eu à rencontrer le père dudit marabout et n'hésitent pas à tenir le langage suivant: «Son père était un grand enseignant.Lui, aujourd'hui installé en ville, a hérité de tous ses pouvoirs.» Et comme nul maître n'est soumis à un examen préalable pour tenir une école, l'ignorant le plus crasse peut du jour au lendement devenir marabout.Mais le drame est que les parents font «don» des enfants aux marabouts.Un «don»» qui représente pour les parents une preuve de confiance absolue aux maîtres.Par exemple, les parents n'interviennent jamais pour s'opposer aux châtiments corporels.D'autres parents trouvent dans l'école coranique un moyen de fuir leurs responsabilités.Ils restent des années sans voir leurs enfants, sans contribuer aux moindres frais pour leur éducation.Sous prétexte que leurs visites vont les rendre nostalgiques, ou encore qu'ils sont dans de bonnes mains.11s prétendent qu'ils n'ont pas à s'inquiéter.Plus de 900 écoles Quelle est l'attitude du gouvernement face à ce problème?L'État n'est pas insensible au sort des talibés, a laissé entendre Mme Maimouna Kane, ministre du Développement social, lors de l'émission télévisée Dossiers en main, plus tôt cette, année.Il apporte une aide financière et matérielle (sacs de riz, des couvertures, des médicaments.) à certains daaras.Le gouvernement subventionne même les daaras reconnus d'utilité publique.C'est le cas des daaras de Malika et de Koki.Cependant, il existerait plus de 900 daaras dans le pays.Peut-on s'attendre à ce que le gouvernement prenne tout «ce beau monde» en charge?Certainement pas, a confié Mme Kane.Et c'est la raison pour laquelle son ministère fait appel aux organisations non gouvernementales pour soutenir les écoles coraniques.Le ministre a ajouté que tes parents devraient envoyer leurs enfants à l'école française.Car l'enseignement coranique n'est pas incompatible avec l'école française.Mais faudrait-il que l'État rende l'école obligatoire, ce qui n'est pas le cas pour le moment.Pour bon nombre de parents, de la jeune génération surtout, il n'est pas question de confier leurs enfants aux marabouts.Aussi préfèrent-ils recruter un précepteur à domicile ou les envoyer chez le marabout du quartier pour quelques heures, deux fois par semaine, ou pendant les vacances scolaires.Avec la poussée de l'école française èt le développement d'autres systèmes d'enseignement, on ne peut manquer de s'interroger sur l'avenir des écoles coraniques.Le phénomène des talibés survi-vra-t-il d'ici une décennie?i \u2022 ¦ ¦ ss.psst.».Pour la énième fois, je tente d'arrêter un taxi mais en vain.Ils sont pourtant inoccupés.Autre bizarrerie du moment, pas un chat dans les rues de Fass, un des quartiers populeux de Dakar.Le soleil vient de disparaître.Un coup d'oeil à ma montre me signale 19h20.Je ne peux plus être à l'heure à mon rendez-vous de 19h30, alors, autant aller voir mon ami Mamadou à côté.Toujours chaleureux, il s'écrie à mon entrée: «Hey, tu viens couper avec nous ou quoi?».Je comprenais enfin.Depuis bientôt trois semaines, la communauté musulmane sénégalaise (environ 90% de la population nationale) jeûne.Et à 19h30 tous les jours durant un mois lunaire, il faut rompre l'abstinence alimentaire totale qu'on s'est imposée dès que «distinguer un fil blanc d'un fil noir» est possible.C'est du moins ce que demande le Coran.Qui sieste déjeune Au nom de l'Islam dont il constitue Tun des cinq piliers ou exigences, le jeûne ou Ramadan est une astreinte de tout musulman; pourvu que ce dernier ne soit ni malade, ni grand voyageur.Mamadou doit être rangé dans la catégorie des «musulmans de nom».Sa pratique religieuse se borne au strict minimum.Pour se donner bonne conscience, il proclame souvent qu'Allah sait qu'il a bon coeur, qu'il prie quand il peut et qu'il n'abuse pas de l'alcool.Mais cet étudiant de 24 ans met son point d'honneur à jeûner.«J'y vois deux avantages: d'abord j'accomplis l'une des exigences de ma religion; ensuite, la pratique de la diète est biologiquement partant, bénéfique pour la santé.» Rencontre de la raison et du religieux dans ce carême qui fait que tous les musulmans pubères et Jtn ridiquement capables, sans distinction de sexe, s'y soumettent.Le père de Mamadou, El Hadj N'diaye qui, jusque-là mâchait lentement ses dattes en les arrosant de bissap glacé se joint à notre Arthur Ayéma Les hauts et les bas dans la vie d'un jeûneur musulman causerie.«Devoir de mortification, oui le carême, parce qu'il nous aide à dominer les plus primaires de nos instincts, nous libère du monde matériel, nous purifie et ainsi nous rapproche plus de Dieu.On situe son origine à I an II de l'Héqire, c'est-à-dire en l'an 6?4 de notre ère.Pendant un mois à cette époque, Mahomet aurait surtout connu des épreuves.Nous commémorons donc par l'abstinence, ces moments difficiles du prophète.» îl faut le faire car ni nourriture, ni eau, ni grivoiserie, ni approche ou acte sexuels ne sont permis.Ces petits riens qui agrémentent la journée deviennent des écueils dressés sur la voie de la piété, celle qui mène à Dieu.L'existence, on s'en doute, n'en est que plus pénible; surtout entre 13h30 et 15h, «heure à laquelle on sent vivement un creux au fond de l'estomac».C'est d'ailleurs à ces heures que les jeûneurs sont très tendus et se tapent une sieste.«Qui dort dîne», constate l'adage.De là à penser que «qui sieste déjeune», ilk n'y a qu'une adaptation humaine dont ne se privent pas les jeûneurs.Même dans les mosquées, hauts lieux de piété en ces journées de carême, le ton baisse.Le commentaire religieux fait plus de place aux ronflements de ces tenaces affamés qui passent la journée à la mosquée parce qu'aucune autre occupation ne les en empêche; et à plusieurs, il est plus facile de tenir le coup.Astafoulahi, suprême infamie Aucune loi n'institue la journée continue au profit du travailleur jeûneur.Mais étant tenu à l'abstinence, il vit de fait sous ce régime.Dans le privé, c'est une institution; dans le public, certaines administrations émettent des règlements en ce sens.Il faut éviter au maximum la fréquentation des offices ouverts entre midi et 15h.C'est en effet à ces moments que les fonctionnaires et employés sont le plus discourtois.Les bureaux offrent à ces' heures l'image d'un dortoir - disparate.Un tel engoncé dans son fauteuil dort paisiblement; tel autre ayant joint bout à bout deux tables s'étend lascivement dessus.Un autre encore, couché sur une natte de prière, s'étire délicatement comme un gréviste de la faim.Et dire que le Coran condamne la faiblesse ou l'oisiveté pendant le carême! Sur un bureau, on peut de temps en temps voir une paire de lunettes, la page sportive du quotidien national et un bonnet; ce qui fait croire que l'occupant n'est pas loin.C'est vrai que souvent un paravent à proximité le camoufle à notre vue; mais d'esprit, l'occupant est bien loin au pays des songes.Ah, dur ce carême! Encore plus dur pour les ouvriers qui ne dépensent que leur force physique bien que l'employeur essaye de leur adoucir la tâche.Au port par exemple, le docker est prévenu 24h avant un travail éprouvant; alors, fidèle au dicton, «il s'aide afin que le ciel l'aide».Cette aide, seul le restaurant la lui fournit.Un gargotier installé dans le périmètre du port autonome de Da-, kar est formel: «Carême ou pas carême, c'est la même sosse (lire chose)».Il parlait ainst de Taffluence à l'heure du repas.«Mais où crois-tu, Mamadou, que passent les travailleurs qui ne dorment pas mais qui désertent les locaux de travail?» s'enquit Cheikh, un voisin de Mamadou.Sans donner à ce dernier le temps de répondre, il enchaîne instantanément: «Dans les restaurants Dardi!» Les patrons des gargotes disent que le mois de jeûne ne fait pas baisser sensiblement leur chiffre d'affaires.L'office ne désemplit pas.Seul le «secret professionnel» les empêche d'affirmer que plusieurs musulmans soi-disant jeûneurs viennent copieusement se restaurer à midi; comme en temps ordinaires.«Astafoulahi! Oh suprême infamie!» s'écrie El Hadj N'diaye qui le croit difficilement.Quel gâchis! Déjà une heure que Mamadou, les autres et moi discutons du jeûne.Le temps a vite passé et plutôt agréablement; pas uniquement à cause de l'intérêt du sujet.Mais aussi à cause des fruits, des amuse-gueule et boissons fraîches qui encombrent la table basse.Le temps que la famille prie une dernière fois et voilà le repas du soir.Par tradition, tout le monde mange à la même bassine.Bien que repus, je me gave du fumant Yassa au poulet, pareillement à mes hôtes.Alors que la cuvette est encore à moitié pleine, tout le monde se sent rassasié.Les fruits, amuse-gueule et autres sucreries seront conservés mais le Yassa sera jeté à la poubelle «parce qu'inconser-vable» affirme Mme N'diaye.Quel gâchis! Chaque jour de carême que Dieu fait, on mangera abondamment à l'aube et dans la nuit; on jettera autant qu'on aura mangé.El Hadj N'diaye ne s'en plaint pas: «Dès qu'arrive le Ramadan, je dépense pour la nourriture une fois et demie plus que les mois ordinaires.Ce n'est pas du tout un mois d'économie comme on le croit a priori.D'ailleurs les dépen- r ses que j'engage ont le profil de ^ sacrifices obligatoires pendant le carême».Voulant se rattraper et croyant faire des réserves, les jeûneurs transforment souvent les nuits de Ramadan en fête.Tant qu'ils sont en éveil, ils s'adonnent à tous leurs petits vices.Mamadou par exemple trouve un immense plaisir à déguster du vin rouge.«C'est une transfusion et ça me régénère puisque je suis affaibli par une journée de jeûne», plaisante-t-i) tout bas, entre deux gorgées.Quant à El Hadj, en bon père musulman de famille nombreuse, il va au lit après le festin du soir.Demain à six heures, il va falloir renoncer une nouvelle fois aux plaisirs de la vie; et cela afin d'accéder au paradis, aux côtés de Mahomet et d'Allah.O z H J3 m > r > m g 00 05 m H m CD 3J m CD « 2 \\ \u2022 » » ujourd'hui.jeudi, M.Diop.député, a un rendez-vous urgent dans son village, à 230 km de Dakar.Il doit y arriver avant le lever du soleil.Le féticheur l'y attend Dans le coffre de sa voiture: un poulet blanc, un gros bélier noir, du lait.et des sous, pour ses offrandes aux génies protecteurs.Un rendez-vous capital pour son avenir social.Et cela, M.Diop en a conscience.En effet, nous sommes à la veille des élections législatives.Et notre homme tient, coûte que coûte, à conserver son siège à l'Assemblée Nationale.Aussi, pour se protéger de ses ennemis politiques et s'attirer le maximum de suffrages, va-t-il recourir aux fétiches.Il a confiance et espère en eux.Cette attitude de M.Diop est banale.Tous les jours, des milliers et des milliers de gens se déplacent vers les cultes traditionnels pour diverses raisons.Ne constate-t-on pas, à l'approche des examens du mois de juin, la même réaction: des étudiants, des parents d'élèves font de longues distances pour solliciter la protection et la bienveillance des génies du clan ou de la famille.Des offrandes sont faites, on procède à des sacrifices.En retour, le féticheur donne des gris-gris: encens, lotion à passer sur le corps .Le succès est à ce prix.Cela est très important, car les esprits et les gens mauvais ne La foi en Allah s'accomode bien du ».culte ancêtres se lassent jamais de faire du mal.Il vaut mieux prévenir que guérir.Ce besoin de sécurité, de protection est une caractéristique des Africains.Et ce, à tous les niveaux de population et en toutes circonstances.Il se manifeste par une conservation jalouse des pratiques rituelles ancestrales.Culte des ancêtres Cela ne veut pas dire que l'Africain noir n'est musulman que de nom ou pour la simple forme.Au contraire.Il observe toutes les prescriptions du Coran.Il affirme l'unicité de Dieu en récitant te cha-hada (credo).Cinq fois par jour, il se prosterne en direction de la Mecque pour rendre gloire à Allah et louer son prophète Mohammed.Pour le musulman noir, particulièrement d'ailleurs, la prière revêt une importance considérable.Elle s'accompagne d'une certaine ostentation en présence de l'«incroyant».C'est le rite de la prière qui sépare le croyant du non croyant.Ceux qui «prient» font partie d'une collectivité qui se sent concernée par ce que fait l'Individu.Aussi n'est-il pas rare de voir, sur les trottoirs de Dakar au Sénégal ou à Treichville en Côte d Ivoire, des gens faire leurs ablutions en pleine rue, de voir prier au milieu des bruits et de la circulation.La marque de sable sur lequel a été appuyé le front est importante.Cette volonté de s'affirmer du musulman noir est doublée d un grand respect des traditions ancestrales.Pour lui, les vieux génies ne sont pas morts.Ils vivent toujours dans la brousse, dans les arbres ou les rochers.Ils sont res- Marie-Louise Benga ponsables, en grande partie, des événements fâcheux qui troublent la société (sécheresse, maladies, inondations, etc.).Les êtres surnaturels, pour lui.sont intimement liés à la vie quotidienne.Ils assurent la protection de leurs descendants.Chaque fois que le musulman noir éprouve des difficultés, il recourt aux cultes anciens.Cela explique le fait qu'il consulte régulièrement les devins pour scruter l'avenir.Il porte des gris-gris et entretient des lieux de culte dans sa «concession» pour se protéger.Rites collectifs À l'occasion de grands événements de la vie comme une naissance, un mariage ou un décès, les pratiques religieuses islamiques sont accomplies dans la plus - \u2022 grande ferveur mais y sont associés largement les rites animistes.Le Sérère ou le Diola islamisé du Sénégal \u2014 pour ne citer que ceux-là \u2014 réglera ses problèmes de succession, ses conflits de terre, ses échanges à l'intérieur de sa tribu non en fonction de la loi coranique sur l'héritage, la propriété ou l'usure mais selon sa coutume, sa loi ancestrale.D'autres manifestations, collectives, ont lieu périodiquement.Toute la communauté est concernée et est tenue d'y assister, si dispersée soit-elle.Les gens du même village, de la même ethnie arrivent, pour la circonstance, de tous les horizons.Il ne faut pas contrarier les génies.Le Miss, cérémonie annuelle qui se célèbre en début de chaque saison de pluie, réunit toute la communauté sérère du Sine au Sénégal.C'est le cas aussi du N'deupp, danse de dépossession, en société léboue.Tolérance Cette attitude ambivalente du musulman en Afrique noire ne semble pas le préoccuper.Au contraire.Une seule réponse fuse à ce propos: «Ces coutumes sont très anciennes, respectables et trop bonnes pour être abandonnées.Nous en avons éprouvé l'efficacité.» Ce qu'il y a de plus original dans la pratique de l'islam au sud du sa- GO O) LU ce CQ LU y\u2014 a LU CO GO 5 LU < CO < tu CO o CO* LA SECTE DES WAHHABITES Désherber l'islam de ses africanités CM Mohammed AMARA ao, 7e région administrative du Mali.15 kilomètres plus au sud, le village de Bagoundié se vide d'une partie de sa population.Les partants, une dizaine au début, plantent leurs cases loin du village au milieu des palmiers.Les raisons invoquées pour ce départ: incompatibilité de pratiques religieuses.Depuis quelques années, ce phénomène est devenu courant dans certains pays africains.Des milliers de personnes se sont ainsi détachées de leur société pour aller prêcher plus loin.Dans les villes où il leur est impossible d'avoir un espace à eux, ils se regroupent dans de petites communautés recroquevillées sur elles-mêmes.Au Mali, au Niger, au Sénégal, en Haute-Volta, on les désigne sous le nom de wahhabites.Cette secte est née en Arabie au 18e siècle.Le fondateur en est Mohamed Ben Abdel Wahhab (1703-1787).Ce courant est arrivé à s'imposer à toute l'Arabie après la conquête qu'en fit Abdel Aziz Ibn Séoud en 1932, le père de l'actuel souverain de l'Arabie Saoudite.Les wahhabites prônent un retour à la pureté et à une certaine dureté des origines.Ils s'opposent à la vénération des saints et à toutes les pratiques qui semblent adresser un culte à d'autres qu'à Dieu.Ils prônent aussi une interprétation littérale du Coran, la croyance obligatoire dans la prédestination et un fonctionnement de l'État selon les strictes normes musulmanes.En Afrique, cette doctrine est apparue vers le 19e siècle.L'empire de Sokoto (nord du Nigeria) est considéré comme semi-wahha-bite.Mais c'est véritablement dans les années 70 que ce groupe a pris de l'ampleur sur le continent noir.Comme de nombreuses sectes, les wahhabites se distinguent par leur nabillement.r our les feri- mes, c'est le tchador.Les hommes se reconnaissent, quant à eux, à leur djellaba (le plus souvent de couleur blanche).Sur la tête, une bande de tissu de couleur rouge.Et une barbe abondante qui prolonge le visage.Contre les accommodements Fidèles aux préceptes contestataires de leur guide, les wahhabites noirs vont remettre en cause les fondements religieux déjà en place Us s'élèvent contre l'amalgame de.l'islam et de certaines croyances africaines.L'islam, on le sait, est en Afrique une religion importée.Il s'est installé et s'est accommodé sans trop de problèmes avec certaines pratiques africaines.Les premières cibles des wahhabites sont les marabouts, c'est-à-dire, le sommet de la hiérarchie.Ils leurs reprochent le mystère dont ils s'entourent et leurs prétentions à trouver remède à tout.Les amulettes miracles que con- fectionnent ces marabouts sont particulièrement condamnées.En ce qui concerne la prière elle-même, ils y consacrent deux à trois fois plus de temps que ne le font les autres musulmans.Pour être autorisé à passer un peu de temps avec eux.on doit s'abstenir de fumer et à plusieurs mètres de leurs domiciles, crier le traditionnel «Salamaleykoum» qui doit unir tous les musulmans qui se rencontrent.Tout contact avec les femmes est interdit.Aucune autorisation n'est délivrée pour leur rendre visite, même s'il s'agit d'une soeur ou d'une cousine.Accusations Fermés au monde extérieur, les wahhabites sont l'objet d'une foule d'accusations pour la plupart invérifiables.Les mauvaises langues racontent par exemple, que pour intégrer cette secte, il faut immoler une personne.On ne prise guère non plus la pratique de la «rebaptisation» dont ils se rendraient coupables.Certains, dit-on, changent de nom.en faveur de nouveaux noms au-thentiquement musulmans.Pire encore: certains rebaptisent leur propre père, ce qui est un comble d'impolitesse dans le contexte africain.La coexistence avec les wahhabites n'a pas toujours été facile et certains groupes de cette secte ont reçu plus que leur part d'emprisonnement, de corrections et de bastonnades.Si cette communauté a survécu, c'est grâce à sa solidarité interne et à son dynamisme économique.À Bamako, au Mali, le plus grand supermarché leur appartient.En fait, la plupart des wahhabites sont des commerçants, généralement assez prospères.Beaucoup se demandent d'où ils tirent ce «magot».Les yeux sont directement tournés vers l'Arabie Saoudite, aussi dénommée Royaume wahhabite.Les yeux se tournent aussi vers la Libye où des boursiers wahhabites poursuivent leurs études.? hara, c'est qu'il y a imprégnation de l'islam par l'animisme qui, à son tour s'est laissé imprégner par l'islam.C'est ce que l'on appelle la tolérance de l'islam noir.En effet, non seulement la population respecte ses coutumes mais elle assiste aux prières sous la présidence de l'imam.Ce dernier, aussi, assiste la plupart du temps à toutes les cérémonies animistes.Si les survivances païennes sont nombreuses dans I islam, les influences de celui-ci dans les rites animistes ne sont pas négligeables.Le sabre, la chéchia et le chapelet interviennent beaucoup lors des rites animistes (initiations, danses de possession.).La pratique du maraboutage est née en Afrique noire, avec l'avéne-ment de l'islam.Aujourd'hui, on le retrouve au niveau de la vie de l'ensemble de la communauté noire.Et le port des amulettes fabriquées par les marabouts est devenu aussi courant que celui des gris-gris.Les amulettes sont des étuis de cuir qui contiennent des versets de Coran écrites en arabe ou en langue locale.On distingue les amulettes protectrices contre les maladies et contre l'impuissance, des amulettes «obtentrices» qui permettent d'avoir fortune, pouvoir.les amulettes «anti-magie noire» qui neutralisent l'action des sorciers et des mangeurs d'âmes, des amulettes nocives pour nuire aux ennemis de celui qui les porte.Il en existe aussi qui protègent les malfaiteurs.Chaque amulette porte un nom spécial que le marabout indique au fidèle en lui précisant quand et comment la porter.Elle est souvent assortie d'interdits: ne pas manger de porc, ne pas la faire toucher par une femme en période menstruelle.Le musulman attache beaucoup de prix à ces protections en leur marquant foi et confiance.Les populations islamisées en général ont également conservé leurs noms païens et l'ancien calendrier agraire, mieux adapté à la vie rurale.Dans les régions dominées par les Peuls, par contre, l'islam a gardé un certain niveau de pureté.Les prosélytes doivent satisfaire à certaines conditions, notamment renoncer officiellement au culte des génies, considéré comme une forme d'idolâtrie.Les pratiques individuelles sont tolérées, mais les rites collectifs proscrits.Les masques, les statuettes et danses ont disparu.Et les convertis doivent manifester une connaissance élémentaire du Coran.L'islam est probablement la religion importée qui se rapproche le plus des conceptions negre-afri-caines.En effet, l'islam a sauvegardé l'essence même des cultures noires, leur spiritualité, en les enrichissant et en les ouvrant au monde extérieur.Mais force est de constater que même si aujourd'hui l'islam prend une ampleur toujours croissante, son processus d'expansion par rapport au passé a changé.Un appel à l'orthodoxie des pratiques de la religion musulmane de plus en plus prônée sur l'ensemble de I Afrique noire est à l'origine d'un profond bouleversement.L'islam r.oir est-il amené à changer d I \u2022 M \u2022 f ii I^fl^t mars 1984 à ^M^^ Maputo (Mo-1 m zambique) Le ^¦^^ premier ministre sud-africain Pieter Willem Botha arrache un «accord de sécurité» à un Samora Machel, excédé par les raids en provenance du sud.29 mai 1984.à Lisbonne.C'est presque I euphorie.Le même Botha vient de terminer par le Portugal une tournée triomphale qui l'aura conduit auparavant dans cinq pays européens (Suisse, Belgique, Grande-Bretagne, RFA et France) Partout, il a obtenu soutien et compréhension.Dans ses périgrinations.un seul but: sortir l'Afrique du Sud de l'isolement dans lequel l'a plongée depuis plusieurs décennies sa rigoureuse politique de développement séparé, l'apartheid.Jamais, la République sud-africaine (RSA) n'a autant resssenti son isolement qu'en cette année 1984.D'où ses tentatives débridées pour le rompre.Pourtant, ce riche pays minier n'aurait jamais dû subir les rigueurs de l'ostracisme sans l'aparthied, ce véritable cancer qui gangrène sa vie sociale.Institutionalisee dès 1911, la politique raciale est soutenue par un arsenal juridique comportant 2000 lois applicables à tous les domaines d'activité.L'apartheid prône en effet une séparation rigoureuse des diverses composantes raciales (Blancs.Noirs, Métis.Indiens) soumises à des traitements différents selon la couleur de leur peau.Cette politique de cloisonnement a des conséquences évidentes: les Noirs qui constituent la majorité écrasante de la population (24 millions) sont exclus du jeu politique et économique cependant que les Métis (2,5 millions) et Indiens (0.7 millions) ^.sont timidement associés au pou-g voir par la minorité blanche (4,5 t- millions).lu L'Afrique indépendante avait m jusqu'ici condamné sans équivo-2 que ce régime basé sur des con-w sidérations raciales.Cette attitude ferme de l'Afrique noire a été un co camouflet à la face orgueilleuse du oo racisme.Autre avertissement sé-5 rieux: l'indépendance des ancien-w nés colonies portugaises d'Afrique < australe.En accédant à la souve-W rai net é internationale, l'Angola, le J Mozambique mais aussi le Zim- babwe provoquaient I effondrées ment d'un glacis qui isolait jusque z là le pays de l'apartheid de toute O «subversion».La nature même _ des régimes en place \u2014 d'obé- dience socialiste \u2014 a contribué à _j raviver I épouvantai! du «péril rou- °\" ge».Manoeuvre habile § Pour les dirigeants sud-afri- Afrique noire - Pretoria: dialogue Jean-Marie Nzekoué Le premier ministre sud-africain, Pieter Botha Un tevl bat: sortir son pays de Visolement cains, il ne restait plus qu'un solution: empêcher «l'encerclement» de leur pays.Et comme l'attaque est la meilleure défense, il était vital d'aller à la conquête des ennemis supposés.C'est ainsi que la stratégie de Pretoria a d'abord porté sur les pays voisins (Angola.Botswana, Mozambique, Lesotho, Zambie et Zimbabwe), d'autant plus redoutés qu'ils servent de bases arriéres aux mouvements antiapartheid (ANC) ou nationaliste (SWAP!).Cette manoeuvre habile qui alterne répression interne et offres de paix n'a pas tardé à porter ses fruits.Le président zambien Kenneth Kaunda a le premier répondu favorablement en août 1975 (entretiens de Victoria-Falls) aux propositions de «normalisation» formulées l'année précédente par Johannes Vorster alors premier ministre.Poursuivant sur ta même lancée, Pretoria multiplie des propositions qui aboutiront en 1983 à la signature des accords avec le Mozambique (Nkomati) et l'Angola (Lusaka).Toutefois les relations entre l'Afrique noire et le royaume de l'apartheid existaient bien avant 1983.Dès les années 1970-1972.le président ivoirien Houphouët Boigny se signalait comme le plus chaud partisan du «dialogue» avec Pretoria, suivi par le Zaïre de Mobutu.Toutefois, les arguments divergent chez les partisans du «dialogue».Pour justifier leur attitude de collaboration avec l'Afrique du Sud, les voisins invoquent les contraintes géo-stratégiques.Certains pays comme le Lesotho sont entièrement enclavés tandis que d'autres sont victimes de la sécheresse et des actes de sabotage perpétrés par la guerilla d'opposition soutenue militairement et financièrement par l'Afrique du Sud.C'est le cas du MNR au Mozambique et de l'UNITA en Angola.Volonté de «dialogue» L'aspect matériel n'est pas à négliger.Frappés de plein fouet par la crise, les économies fragiles de ces pays attendent des retombées du «dialogue».D'ores et déjà, le Mozambique a repris ses exportations de main-d'oeuvre et de courant vers l'Afrique du Sud et s'apprête à accueillir des touristes sud-africains.Si cette démarche est à mettre au compte de la œal- politik, en revanche, la volonté de dialogue affichée par certains pays «modérés» semblent beaucoup plus dictée par les lois du bu-siness et des intérêts économiques.Quand Pretoria dit commercer avec la «quasi-totalité» des pays africains, point n'est besoin d'être sorcier pour désigner les plus en vue.Tout d'abord le Malawi, premier État noir à entretenir des relations économiques avec la RSA.Viennent ensuite de nombreux autres pays (Côte-d Ivoire.Gabon.Ile Maurice.Réunion.Zaïre, Zambie.) qui commercent de plus en plus ouvertement avec le pays de l'aparthied.Mais pour un pays connu officiellement, combien traitent dans I ombre?Bien qu'il soit difficile de dresser une liste exhaustive des «amis» et des «ennemis» de Pretoria, on peut toutefois affirmer que la majorité des pays africains est favorable au boycottage politique, diplomatique, économique et militaire de l'Afrique du Sud.Cette attitude s'est raffermie après les émeutes de Soweto qui firent 575 morts en 1976.Après ces événements, l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) considéra que l'isolement était le seul moyen susceptible d'amener les autorités sud-africaines à entreprendre des réformes sociales allant dans le sens de légalité des races.Dépendance économique Les pays opposés au «dialogue» considèrent également les avances de Pretoria comme un piège dans lequel il ne faudrait pas tomber.En outre, disent-ils, l'Afrique noire ne saurait établir des liens francs et fructueux avec un pays qui refuse aux Noirs le statut d'hommes.Autrement, le dialogue entre partenaires souverains risquerait de se transformer en un dangereux et périlleux monologue à relents paternalistes.«L'amitié disparait où l'amitié cesse», a dit un sage.En nouant des relations avec les pays de I Afrique australe.Pretoria ne cherche-t-il pas à les mettre sous sa coupe?Aujourd'hui, l'énorme dépendance économique de ces pays vis-à-vis de la RSA est une réalité qu'il ne faudrait pas occulter.On connaît la ferme intention qu'a Pretoria de saboter la SADCC.organisation régionale visant l'indépendance économique des pays d'Afrique australe à son égard.Côté économique, lés partisans du dialogue estiment que l'Afrique du Sud.puissance minière et économique, pourrait faire profiter le reste du continent de son savoir-faire.Les adversaires d'une telle démarche se demandent comment Pretoria qui méprise les Noirs à l'intérieur pourrait dialoguer à l'extérieur avec les États africains.En d'autres termes: le dialogue Afrique-Pretoria est-il possible?Adopter une position commune Les positions divergent évidemment.L'Afrique ne peut malheureusement pas faire bloc pour trancher.De toute évidence.Pretoria doit bien se réjouir de la division de l'Afrique.«Les grands discours n'empêchent pas le commerce», a même laissé entendre un responsable sud-africain.Et le régime de Pretoria a des atouts pour renforcer cet état de choses.Doté de l'arme atomique, fort de ses énormes gisements miniers (or, diamants, uranium) et du soutien inconditionnel des États-Unis et de plusieurs autres pays occidentaux, l'Afrique du Sud tient la totalité du continent sous sa menace.Elle continuera certainement à tisser des liens en Afrique noire si la totalité du continent n'adopte pas une position commune à son égard.?S \u2022 « « *, ans la chaleur moite de cette nuit d'été 84, une discussion va bon train dans lune des chambres du YMCA, à Montréal, où logent les étudiants-journalistes africains des écoles de Yaounde et Dakar.Toile de fond: la non-tenue du 20e sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).L'inquiétude plane sur cette discussion.Ils semblent anxieux, ces Africains, préoccupés du devenir de leur continent.En effet, habituellement à pareille époque, c'est l'heure des bilans du sommet des chefs d'État.Celui de cette année devait avoir lieu en république de Guinée.Mais les autorités de ce pays ont dû décliner l'offre, faute de moyens, et surtout, à cause de la mort du président Ahmed Sékou Touré.Depuis lors, aucun écho ne s'est fait entendre au sujet d'une éventuelle tenue de la réunion, que ce soit à Addis-Abéba, siège et présidence en exercice de l'OUA.ou dans les autres États membres.Alors, deux questions reviennent très souvent: l'OUA est-elle morte?Se trouvé-telle dans un long coma?Mag Hyacinthe Ossounga Le-boussi du Gabon ne cache pas sa frustration à propos de la non-tenue de ce 20e sommet de l'OUA.«Cela donne raison», dit-il, «aux Occidentaux qui pensent toujours que les Africains sont encore politiquement immatures.C'est la preuve également de la manipulation extérieure dont l'Afrique l'objet».Réalité différente Mais tel n'est pas le cas pour Martin Mbida du Cameroun qui attribue plutôt cette situation à un malaise profond que traverse l'organisation panafricaine.Malaise surtout dû aux antagonismes qui existent au sein de l'OUA et qui sont d'abord d'ordre politique et idéologique.Les dossiers crucieux du Sahara occidental et du Tchad £ >J> * ft ¦ * 4 i ¦ : .r \u2022A Efemba Duchâteau POINTS DE VUE DE JOURNALISTES AFRICAINS OUA: le flambeau vacillant de les illustrent fort bien.«A l'heure actuelle, explique-t-il, «on s'aperçoit que ces contradictions sont devenues figées.Elles n'évoluent plus du fait que l'OUA n'arrive pas à être conséquente avec elle-même.En ce qui concerne le Sahara occidental, par exemple, son adhésion au sein de l'organisation s'est faite à la majorité simple, selon les principes de la charte.Mais l'OUA continue à vouloir contourner les textes qui, pourtant, devraient régir, régulariser l'action et la bonne marche de l'organisation.Pour le Tchad, elle est également allée d'erreur en erreur.Les accords de Lagos n'ont jamais été remis en question».Alors, Martin Mbida pense que pour débloquer la situation actuelle, il faut que les uns et les autres aient une conscience élevée de l'idéal panafri-caniste.Car l'OUA se veut un ja- l'unité africaine Ion, une structure qui pérennise le mythe historique qu'est l'unification africaine.Selon lui.la réalité africaine n'est plus celle de l'année 1963 qui a vu la naissance de l'OUA: la situation a évolué de sorte que la charte même de l'organisme doit être révisée pour l'adapter à la nouvelle dynamique africaine.Apprécier la léthargie L'évolution, l'adaptation à la nouvelle dynamique africaine.les mots-clés étaient lâchés.Arthur Balle (Benin) y apporte un appui, suivi en cela par Antoine N'Gor Paye (Sénégal).Pour le premier.l'OUA a atteint un âge où les crises lui sont inhérentes.Après 20 ans d'existence, l'idée sur laquelle sont partis ses pères fondateurs, à savoir, «faire une Afrique unie et forte», n'est plus la même.Le monde a évolué et dans cette foulée, des pays sont devenus «riches», d'autres pauvres.Les égoïsmes sont apparus de même que les antagonismes idéologiques qui bloquent le fonctionnement de cette organisation.M.Balle ne voit pas d'autre issue que «la promotion des grands ensembles économiques, tels que la communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CE-DEAO), la communauté économique des États d Afrique Centrale (CEEAC).,» qui, à ses yeux, sont plus importants que les discours politiques déversés du haut des tribunes de l'OUA.Le son de cloche est le même pour M.Antoine N'gor Faye.D'abord, il apprécie la léthargie que vit l'organisation panafricaine.Léthargie qui, selon lui.«permet- Ut leader* africains au moment où ils quittaient la dernière réunion au sommet de l'OUA en juin 1983 à Addis Abéba tra à l'ensemble des dirigeants africains de faire une sorte de bilan de l'OUA; afin qu'ils se rendent compte que.depuis sa création, un grand pas a été franchi sur le plan diplomatique et sur celui de la reconnaissance des valeurs que l'Afrique recèle».La pomme de discorde Les dissensions qui existent au sein de l'OUA ne sont pas chose nouvelle.Elles datent de la création même de cette organisation.On se souvient des deux grandes tendances de l'époque, dont l'une pensait à une unité politique et organique, l'autre à une simple union pour la coopération technique.Ces contradictions, qui se sont développées sous d'autres formes, ont toujours été dépassées au profit des idéaux communs.Mais depuis 1982, elles ont atteint une autre dimension au point que l'organisation en souffre.La pomme de discorde: l'admission, lors du 37e conseil des ministres, réuni à Addis-Abéba en février de la même année, de la république Arabe sa-harouie démocratique (RASD).Ce problème de la RASD devait faire échouer un peu plus tard à Tripoli, la première réunion du 19e sommet des chefs d'État, et celui du Tchad, la seconde.Depuis lors.I organisation se trouve divisée en deux camps: celui des progressistes dit «groupe des 26» qui admettent la RASD.et celui des modérés dit «groupe des 19» qui la refusent de même que le Gouvernement d'union nationale de transition du Tchad (GUNT) qui avait été reconnu par l'OUA à Lagos.D'autre part, l'organisation n'a pas de secrétaire-général et est paralysée par l'absence des contributions financières des États.Ainsi donc, les années se suivent et se ressemblent pour l'OUA qui se trouve aujourd'hui, beaucoup plus qu'hier, menacée d'éclaté- ¦o r~ c en J3 m > r~ 0) > m g 00 c/> m \"O m 03 S m CD 03 v ment.Quelles-en seraient alors tes conséquences?Division du continent Nos interlocuteurs sont optimistes.«LOUA ne mourra pas».Et si cela arrivait à se produire, «le continent serait divisé à jamais», d'après Mag Ossounga Leboussi.«Les pays africains se rangeraient par affinités politiques ou culturelles.Cette partition pourrait aussi se faire à partir des réalités économiques».«Je partage cet avis», renchérit Arthur Balle.«Mais seulement, avec la situation actuelle de l'OUA, je pense qu'il y aurait une union africaine des progressistes (UAP) et une union africaine des modérées (UAM).Et on pourrait même assister de temps en temps à des retournements de situation pays par pays».Pour Ngor Faye, même si l'OUA n'existe plus sur le plan juridique, cela n'empêchera pas les chefs d'État africains de se rencontrer dans des organisations régionales ou sous-régionales.«Une mort de l'OUA», précise-t-il, «ne serait rien d'autre qu'une recréation d'une autre organisation qui porterait un autre nom, mais qui, à mon avis, garderait toujours les mêmes idéaux de I Organisation panafricaine».«Moi je prédis des conséquences graves sur le plan psychopolitique», ajoute Martin Mbida.«Nous assisterons à un recul du mythe historique de l'unité africaine.On va s'installer dans un ultrachauvinisme, c'est-à-dire, un nationalisme étroit.Chacun va s'enfermer dans un cocon de préoccupations personnelles.Et ceci va affaiblir davantage l'Afrique».Mbida pense que l'OUA n'est pas encore ce que l'Afrique veut.Mais ce n'est pas rien non plus.LOUA est un jalon, une étape, un cadre de concertation, en un mot, un garde-fou puisqu'il y a une certaine morale en son sein.L'OUA donnera-t-elle bientôt signe de vie?En tout cas.il apparaît assez clairement des propos de nos interlocuteurs que l'idéal qu'elle incarne est toujours vivant et qu'il se perpétuera.?Une relève en kaki succède aux «pères de la nation» ¦ ¦M.v 7 .¦ : \t\t* y \tL à\t \t\t Mongo Waffo Ils ne sont plus que trois.Le dernier trio des «pères de la nation» ou «pères fondateurs» de l'OUA, comme ils aiment se faire appeler, tient encore les rênes du pouvoir en Côte-d'Ivoire, en Tunisie et en Tanzanie.Les «vieux» Houphouët Boigny et Habib Bourguiba, et le «sage» Julius Nyéréré sont les seuls leaders encore en fonction qui ont accédé au pouvoir au moment de la chaîne des indépendances africaines dans les années 60.Le vent de la relève, à moins que ce ne soit celui du changement traverse l'Afrique inexorablement.Les derniers «sages» doivent désormais «tolérer» \u2014 c'est bien le mot \u2014 une pléiade de jeunes loups ou d'hommes nouveaux propulsés aux commandes suprêmes de leurs pays soit par la force, soit par le décès ou la démission de leur prédécesseurs.Le pouvoir use.Et surtout lorsqu'on s'en sert intensément et sans partage.Rien que depuis les années 80.l'Afrique a vu partir trois de ses chefs d'État, «pères de la nation» ayant gouverné leurs pays sans interruption pendant plus de vingt ans.Deux ont abandonné les commandes du pouvoir par démission volontaire.En décembre 1981 pour le poète-président Leopold Sédar Senghor et en novembre 1982 pour le chef d'État du Cameroun Ahmadou Ahidjo.Le troisième, Ahmed Sékou Touré est décédé cette année.La soif du changement Par ailleurs toujours dans la même période des années 1980, il y a eu dans près de sept pays des changements par coup d'État militaire.Au Ghana, au Nigeria, en Centrafrique.en Guinée-Bissau, au Libéria, en Haute-Volta (actuellement Bourkina Fasso), et en Ouganda (en mai 80 avant le retour d'Obote).Aux putschs réussis, il faut certainement ajouter les nombreuses tentatives avortées et les complots de tout ordre.Quelques exemples peuvent témoigner de la volonté de briser des structures en place depuis une vingtaine d'années qui favorisent le monopole du pouvoir par un individu ou un groupe: assassinat du président Sadate en octobre 1981 par un groupe de militaires égyptiens, soulèvements en Gambie, au Ghana, au Kenya, au Libéria, au Niger, au Soudan et plus récemment muniterie d'une 1 Les «derniers pert d'Ivoire et Habib faction de la garde républicaine au Cameroun.L'arrivée en cascade de nouveaux dirigeants sur la scène politique africaine n'a pas revêtue la même couleur partout sur le continent.S'agissait-il de relève ou de changement?Ou bien des deux à la fois?Au Sénégal et au Cameroun, il s'agissait certainement de prendre la relève des deux chefs d'État démissionnaires.Mais cela n'a pas empêché les deux successeurs constitutionnels d'imprimer leur style à ta vie de la nation et d'opérer des réformes profondes souvent au mécontentement du «père de la nation».Au Sénégal, Abdou Diouf a supprimé le poste de premier ministre et a élargi le multipartisme jusque là limité à trois partis.Au Cameroun scénario presque identique, sauf que le mécontentement de l'ancien président s'est transformé en colère pour devenir une opposition ouverte.Paul Biya accédant à la magistrature suprême, abolit le poste de premier ministre aussi, interdit le multipatis-me mais introduit la multiplicité des candidatures à la présidence de la république.Cependant dans les deux cas.les présidents ont réaffirmé leur fidélité à l'option politique de leurs prédécesseurs.Le socialisme au Sénégal et le libéralisme planifié au Cameroun, revu et corrigé par la «rigueur» et la «moralisation».de la nation» (de g.à d.): Julius Nyéréré de Tanzanie, Félix Houphouër-Boigny de Cote de Tunisie.Le virage guinéen C'est en Guinée que la relève a pris l'allure d'un véritable changement d'orientation politique.Après la mort de Sékou Touré «le grand sily», les militaires interviennent pour mettre fin à un régime de «26 ans et de milliers de victimes».Les nouvelles autorités eurent la dent très dure à l'endroit du défunt président.Sa politique de répression aveugle des opposants ou présumés tels et sa gestion désastreuse de l'économie furent violemment critiquées.Aussi dans leurs discours les nouveaux dirigeants montrèrent-ils clairement leur intention de virer le cap.de passer d'une économie de type collectiviste au modèle libéral de type occidental.De même au Cameroun, la volonté du nouveau président de se démarquer du style de son prédécesseur fut applaudi par le peuple.En Afrique le mythe du «père de la nation» apparaît de plus en plus aléatoire.Plus qu'ailleurs, le peuple soutient encore avec plus d'enthousiasme les jeunes militaires qui arrivent au pouvoir par coup de force.Ils suscitent la sympathie populaire par leurs origines souvent modestes ou leur grade dans l'armée (sergent à capitaine) et leur ferme détermination de conduire le peuple vers le bonheur.Que ce soit Thomas Sankara au Bourkina Fasso.Jerry Rawlings surnommé «Jésus Junior» au Ghana, autres Buhari du Nigeria et Mengistu d'Ethiopie, tous tiennent un langage qui se »«ut honnête, sincère, rompant avec les traditions démagogiques.\u2022 Et surtout, ces discours s adressent à la jeunesse.Celle-ci forme aujourd'hui la majorité de la population des pays africains.Cette génération née dans la foulée des indépendances n'a pas tellement connu la colonisation et aspire à un langage nouveau.On doit cependant noter que le peuple demeure tenu soigneusement à l'écart d'une réelle participation démocratique aux affaires politiques.Surtout en ce qui concerne le choix des gouvernants.Jamais le peuple n'est allé aux urnes «sanctionner» un mauvais chef d'État en fonction.Avec la fréquence des coups d'État militai- \u2022 res (23 pays sont dirigés aujourd'hui par des hommes en kaki), on peut dire que seule l'armée apparaît comme un contre pouvoir de fait.Tout se passe comme si les peuples africains, aux yeux des nouveaux dirigeants, demeuraient incapables de choisir eux-mêmes leurs priorités.Qui nous dit que ces héros sortis de l'ombre et portés aux nues aujourd'hui ne seront pas demain des «guides éclairés» coupés de leur peuple? \u2022 » .» \\ 4 v;1 v U8 I How are you?\u2014 Bien et toi?\u2014 Not so bad.Cette conversation banale illustre une réalité quotidienne au Cameroun: la cohabitation de deux grandes communautés linguistiques: une anglophone et une francophone.Le français est parlé par 67% de la population, 33% parlent l'anglais.Ceci ne signifie point que le Cameroun n'a pas de langue nationale.Il en a trop! Les experts estiment que les 8.5 millions de Camerounais parlent environ 240 langues.Alors, laquelle utiliser à r échelle nationale?Sur quel critère?L'histoire a apporté une solution qui, loin d'être la meilleure, donne quand même à tous la possibilité de se comprendre.Protectorat allemand de 1884 à 1919, c'est donc la langue de Goethe qui fut d'abord enseignée au Cameroun.Des vieillards âgés de plus de 70 ans parlent encore l'allemand.Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918).les alliés délogèrent les Allemands.Le Cameroun, comme un vulgaire gâteau, fut partagé entre la France et la Grande-Bretagne.Les % du territoire reviennent à la France et la frange sud-ouest, située à la frontière avec le Nigeria, est accordée à la Grande-Bretagne.Chaque colonisateur tient à marquer sa partie de son empreinte.Ce sont donc deux Camerouns qui accèdent à l'indépendance au début des années 60.Réunifiée le 1er octobre 1961.la République Fédérale du Cameroun adopte langlais et le français comme langues officielles.Manque de volonté Les deux langues sont utilisées dans l'éducation, l'administration, le commerce, les médias, mais cela ne va pas toujours sans protestation.Avec une division en dix provinces, dont 2 anglophones et 8 francophones, il est évident que la balance est plus lourde d'un côté que de l'autre.D'autant plus que les deux capitales, Yaounde (politique) et Douala (économique), se situent en zone francophone.Ce qui amène les anglophones à faire beaucoup plus d'efforts pour parler le français que ne le font les francophones pour l'anglais.Depuis quelques années, on essaie d'introduire les cours de français et d'anglais dans les écoles primaires Certains parents, bien que francophones, envoient leurs enfants dans les écoles anglophones.Cette expérience porte des fruits, mais reste assez difficile pour les enfants.À l'école, ils parlent l'anglais, dans le quartier, ils parlent français à leurs compagnons de jeux et à la maison, lour langue maternelle.Dès la classe de 6e.l'enseignement des deux langues devient obligatoire.Les enseignements généraux sont dispensés dans la première langue des élèves, mais ils reçoivent des cours intensifs de la deuxième.Des cours qu ils ne suivent pas toujours de gaieté de coeur, des cours qu'ils ne mettent en pratique que lorsque le profes- /4t Alice Nga Minkala Le difficile équilibre du bilinguisme au Cameroun seur est dans la classe.La durée des études secondaires (7 ans) devrait suffire à en faire de parfaits bilingues, mais ce n'est pas toujours le cas.Car en dehors du manque de pratique, on note aussi un manque de volonté chez les élèves: «What ami doing with french?» ou encore «On nous embête avec l'anglais!» Ainsi, au sortir du secondaire, on retrouve une minorité qui maîtrise parfaitement deux langues.Mais la majorité é-crit, lit, comprend l'autre langue sans cependant réussir à la parier.Ce comportement se paye cher à l'université, car là, il n'y a pas de cours pour anglophones ou pour francophones.Chaque enseignant utilise la langue qu'il maîtrise le mieux.C'est alors que naissent les alliances anglo-frânco (diminutifs utilisés dans le jargon universitaire).Ce phénomène s'observe surtout au cours des premières années d études; les originaires des deux communautés se viennent mutuellement en aide.Le temps d'un cours, on s'installe à côté d'un anglo ou d'un franco.Si le AFRIQUE .».¦ 11 mrmmmmmmmmm « \u2022 \u2022 \u2022 .\u2022 \u2022 ¦ .a\"i \u2014v _ \u2014« * .\\j ¦ .1 \\J t \\f ¦ _^^^0^M_* * \u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 - ¦ ¦ ¦ \u2014 .\\v.v.\\ \u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 \u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 co > m g oo co m H m œ m co od en \u2022 \\ .Mario Masson \u2022 - Relax don't do it When you want to go to it Relax don't do it When you want to come -I.Frankie goes to Un scandale.Un vrai scandale.A-t-on idée! Une telle phrase qui frétille avec allégresse, bien à l'aise sur la pochette du disque, comme si de rien n'était.Enfer et damnation! Mais où s'arrêtera donc cette course infâme vers l'horreur du stupre et de la luxure?La bien pensante BBC anglaise allait bien vite refréner les envies tristement libidineuses du pauvre Frankie, et mettre à l'index RELAX, sa chanson perfide.Ouach! Pensez.Nos enfants.Ces êtres purs et sans défense, livrés aux divagations scrofuleuses de l'abject.Holà! Stop! Ça ne se passera pas comme ça! Résultat.Quelques semaines après, Frankie Goes To Hollywood, ces irrévencieux, ces Lads from Liverpool, s'emparaient, sabre au clair, de la première position au palmarès.Et ce sont justement les «kids», ces pauvres âmes en peine qu'il fallait à tout prix protéger, même contre eux-mêmes, qui l'ont propulsé vers des si hauts sommets.Ils sont curieux Étonnant! Mais c'est qu'on ne leur cache rien aux «kids».Ils sont trop curieux.Et tout ce que la gent adulte camoufle, ils veulent se lapproprier, ne serait-ce que pour faire les bravaches, ou mieux encore, pour comprendre qu'il faut de tout pour faire un monde.Je vois sous de noirs sourcils se lever des regards imprécateurs! Mais aurait-on oublié, déjà, les déhanchements lascifs d'Elvis the Pelvis, les propos percutants des Stones première cuvée, les postures erotiques-névrotiques de Jimmy Hendrix, ou encore les habillements troublants de Tina Turner, ou de Debbie Harry?La musique populaire actuelle, quelle qu'en soit la couleur, n'échappera pas à ses insignes principes: Sex, Money and Rock-n-Roll.L'argent, o) pour bien vivre, et pour la dope, le ^ rock pour s'éclater, et le sexe, de-ûc vrait-on dire la sexualité ou la sen-5 sualité, pour séduire, pour aimer.lu pour être aimé.£ Le hic, et il est de taille, c'est lu que les deux chanteurs du groupe ^ se déclarent ouvertement homo-\u2014 sexuels.Comme affirmation, c'est 2 gai.La morale, qu est-ce quelle 5 prend dans les gencives alors, la 35 pauvre.Et pendant que la vindicte j publique se manifestait, les Fran-< kie, dans la foulée du premier hit, balançaient à la tète de leurs dé- co fc z o to tracteurs un uppercut tout ce qu'il y a de plus féroce.Two Tribes.Une chanson résolument pacifiste, violement anti-militariste, improvisant un surprenant tète-à-tête entre Reagan et Moscou.Alors repanique dans les chaumières Mais qui sont donc ces démonia-S ques Frankie, assez fins, il faut en convenir, pour dire au monde, à la mode de 1984, ce que la jeunesse avance d'année en année; à sa façon: «Faites l'amour, pas la guerre.» Commencez, messieurs les technocrates, par enrayer la militarisation, cette chose vraiment obscène; ensuite pourrez-vous.peut-être, interdire la sexualité qui.elle, ne met la vie de personne en danger Pas si simple Évidemment les choses ne sont pas si simples.Mais sont-elles réellement plus compliquées?Si l'on fait exception de l'exhibitionnisme de Frankie, de son goût macho pour le cuir, de son petit côté S et M modifié BCBG, de son discours arrogant, sont-ils pires que les autres, ces petits?Après tout quand une civilisation brandit ses insanités guerrières soir après soir aux nouvelles, que l'on boit sa bière en assistant en direct au massacre de civils, que certains journaux font la une avec tout plein de belles tripes amoureusement répandues sur la chaussée, faut-il se surprendre de voir se lever parfois des Frankies.pour nous mettre le nez dans notre litière?J'aime assez les provocateurs.Ils exaspèrent, manquent souvent de justesse, mais ils forcent notre paresse, nous obligent à nous voir tels que nous sommes, c'est-à-dire pas très beaux.Et en plus, les cinq du Frankie Goes To Hollywood (le nom provient d'une manchette annonçant le départ de Sinatra pour la Mecque du cinéma) font de l'excellente musique.Two Tribes, la chanson 9M 1! li- ft \u20221 J 'A m.V ¦ SPIRIT \u2022 Spirit Of 84» Mercury 818 514-1-M-1 **% Après quatorze ans de séparation, un des bons groupes californiens des années soixante se retrouve dans sa formation originale.Ultime effort et pas trop de rides.Ils refont d'anciens titres «1984», «Natures Way», «Fresh Garbage*, etc.Spirit a fait des choix heureux et prouve que la bonne musique ne vieillit jamais.Il y a chez ces musiciens, et dans ce groupe, un talent, un sens de la musique tout à fait exceptionnels qu'on le veuille ou non.Dans ce genre de retour, on pense assister à la grimace revitaliste de vieux ringards, et voilà qu'on nous offre une sympathique leçon de rock n' roll assez hors du temps.Moralité: la caravane des modes passe.les Spirit et le rock restent.par Gérard Lambert HUGH MASEKELA «Techno-Bush» Jive Africa JV6611 ***% Un mariage assez réussi entre les racines africaines et la science.Une combinaison d'instruments traditionnels avec les dernières techniques électroniques.C'est un trompettiste originaire d'Afrique du Sud.Un disque plein de charme, de cadences, de danses, de voix, de funk; des sons pleins de chaleur.Ce qui fait plaisir c'est autant l'aisance instrumentale avec laquelle il s'exécute que sa capacité à presser les fruits des meilleures compositions, afin d'en extraire la précieuse goutte qui fera déborder le vase.Voilà une musique qui passe haut la main tous les tests d'écoute: en voiture c'est du gâteau, sur autoroute comme en conduite urbaine.Et chez soi, c'est rudement boni KING SUNNY ADE AND HIS AFRICAN BEATS «Aura» Island ISL 9746 * * * y2 Alors, comment est-il donc le nouveau ADE?Eh bien, pas de doute, on s'y fera très bien.L'Africain continue à nous faire découvrir les petits secrets de sa Ju Ju Musique qu'on prend plaisir à dévoiler.Je vous défie bien d écouter une face sans , vous surprendre à un moment ou à un autre en train de vous balancer d'un pied sur i autre.L'instrumentation est une vraie jungle.Tropicale et sensuelle.Une myriade fruitée, oranges, ananas, citrons, avocats, pastèques, l écheveau d'un plumage d'oiseaux d'Afrique où tous les instruments s'embrassent, palpitent, trépignent, lambinent, caracolent.Un disque inspiré de la tradition et du moderne, ce qui produit ce trémoussement funky, irrésistible appel à la danse, griffe d'un style qui irrigue la musique.C'est bien agréable.que je préfère, est un mélange audacieux de différentes tendances.J'ai alors redécouvert avec joie l'efficacité pesante d'un bass-drum à l'humour disco que des percussions, synthétiquement africaines, enrobent avec jovialité.L'orgue joufflu, à la sonorité connue, comme échappée des Doors ou de Chicago, assure les punch avec humour et flamboyance.Quant à la guitare, elle tricote doutranciers soli, admirablement syncopés, en allant au puits du néo-psychédélisme.Holly Johnson et Paul Rutherford, les chanteurs, empruntent aux crooners et aux punks, pour créer un chant puissant, linéaire et savamment modulé tout à la fois.En prime Frankie meuble ses productions de mille trouvailles qui confèrent à leur musique un sens dramatique séduisant.Relaxe, Frankie goes to Montréal.Bientôt, dans un mois ou deux, le groupe officiera sur la scène du Spectrum de Montréal.Rendez-vous donc, pour huer ou applaudir ces êtres dérangeants.Je me suis laissé dire qu'ils sont extraordinaires sur scène._ À écouter pour se faire une idée: \u2014 Relax, Frankie Goes To Hollywood, Maxi 45, Island, 79 69750,1983.\u2014 Tow Tribes, Frankie Goes To Hollywood, Maxi 45, Island, IS 1002,1984.?ROBERT GÔRL «Night Full Of Tension» Elektra 96 03671 *** // vient d'Allemagne et nous présente son premier disque en langue anglaise.C'est la séduction sans retenue.Ici, pas l'ombre d'un intellectualisme.Rien que l'obsessionnelle présence d'un arrangement sans fard.Il y a une pulsation insistante dans cette musique, comme celle du coeur régulier.Un balancement insaisissable, mais qu'on ne saurait oublier.Annie Lennox, de Eurythmies, vient de donner un coup de main apprécié dans trois chansons.Mais Gôrl va à l'essentiel: synthétiseurs qui avancent nerveusement, la tension vrille les potentiomètres en vous fendillant les tympans, sans faux fuyant, une sorte de distinction dans le volume sonore.Une espèce de rock aquilin, gracieux et souverain.C'est un album qui pousse à rester chez soi.Au milieu de tout cela, chacun choisira ses petits frémissements, son heure d'écouté optima. POUR LIRE Jean Basile * .*v .0 x V.* s \"V.Cari G.Jung en collaboration Les Cahiers de l'Herne 580 pages 'héritage scientifique, intellectuel et même commercial de Freud est si grand, Isi large qu'on ne saurait lui comparer aucun autre « inventeur» de la vie de l'Esprit.Seul Jung se dresse face à lui, dans une sorte de semi-obscurité qui fait de lui ou un déviant freudien ou une sorte de « sage » frotté aux mystères de l'Orient et de l'Occident.Mais, si les continuateurs de l'oeuvre de Freud sont légion (à en juger par les livres qu'ils publient), les dévots de Jung sont fervents et continuent, en retrait, leurs travaux d'approfondissement.Il est vrai qu'une analyse «jungienne» est si longue, si ardue (donc si chère) que peu de gens peuvent s'y soumettre.Et il y a, bien sûr, comme un clou dans le cercueil de la Vérité : cette profonde dissociation entre les deux pen-seurs concernant la théorie sexuelle.Indispensable pour Freud et les freudiens, elle devient relative pour les jungiens.Évidemment, ce n'est pas si simple! Mais enfin, il faut dire brièvement le fossé (moins profond qu'il n'y paraît) qui sépare ces deux grands courants de pensée, l'un et l'autre indispensables à notre monde moderne dans sa volonté de comprendre ce qui n'est pas et qui pourtant est: l'inconscient.On connaît les Cahiers de l'Herne.Depuis de nombreuses années déjà, on y collige d'innombrables textes sur des sujets choisis.La masse en tant que telle, la multiplicité des approches, le savoir-parle-plus en est la marque de fabri- que et, grâce au ciel, il n'y a ni ligne de pensée ni théorie; aussi y parle-t-on tant de Céline que de Mircéa Eliade.Or les Cahiers de l'Herne viennent de publier une nouvelle « brique» (plus de cinq cent pages grand format) sur Jung, un travail qui se révèle d'ores et déjà comme indispensable tant par la richesse foisonnante du contenu que par la sorte d'hommage (mais non apologétique) que l'on rend ainsi à l'un des grands hommes de ce siècle.Ce dernier, en effet, a construit au-delà des critiques, malgré son rôle de «second», au détriment même de son équilibre personnel une oeuvre immense par son intelligence et sa sensibilité.Pour ne pas évoquer sa valeur «morale» et éthique.Comment parier dans un bref article d'un ouvrage de cette importance sans s'attirer aussitôt les foudres des spécialistes qui nous guettent à chaque mot?Eh! bien, tant pis, signalons d'abord et avant tout ce qu'il y a de plus extérieur, de plus superficiel: la largeur de vue de ce numéro des Cahiers de l'Herne.collige par Michel Cazenave.Il a choisi l'approche générale et il le dit dans sa préface, tant pis pour les contradictions.D'ailleurs, une oeuvre de cette importance, et parlant d'un sujet aussi délicat que le fonctionnement de l'esprit humain, ne va pas jans opinions \u2014 pourquoi pas?\u2014 divergentes.On a donc divisé le présent ouvrage en plusieurs thèmes qui sont, dès lors, explorantes: «Jung et l'analyse», «la Voie de Jung», «Jung et la divinité», «l'Univers psychophysique » et quelques textes sur l'avenir du «jungisme».Il ne faut pas oublier, naturellement, les textes de Jung lui-même, certains repris de revues oubliées, ou de lettres.Le tout constituant une approche presque phénoménologique du personnage et de l'oeuvre.Car le personnage continue aussi d'exister, charmant et fascinant pour certains mais, dans le fond, un peu gênant pour que vive l'oeuvre.Le Roi-père qu'est devenu Jung malgré lui doit mourir pour que J'oeuvre trouve enfin son identité.Tous les collaborateurs sont, cela va de soi, des jungiens affirmés, français ou étrangers car l'oeuvre de Jung a dépassé depuis longtemps déjà les frontières de la Suisse.N'étant pas moi-même un spécialiste (mais plutôt un promeneur assidu), je ne les connais pas tous mais je puis quand même voir que l'on a exclu (à moins qu'il ne soit mort) Etienne Perrot.Qu'à cela ne tienne! Aucun texte n'est en soi inintéressant quoique certains sont clairement destinés à des gens*plus intelligents que moi.du moins mieux formés dans cette discipline particulière.Dans l'ensemble toutefois, cela reste abordable si l'on veut bien mettre l'effort convenable à ce genre d'ouvrage qui ne se donne pas pour acquis.Selon mes goûts, les deux parties les plus captivantes sont « La Voie de Jung » et «Jung et la divinité», avec des commentaires sur la Gnose, l'alchimie, le Kundalini, etc.sans oublier le brave Job sur son fumier, et un texte de Jung lui-même où il traite de la psychologie analytique comme Religion ou, plutôt comme non-religion.Cet intérêt qu'avait Jung pour l'histoire des religions, et particulièrement pour l'Orient, ainsi que son attrait pour ce que l'on appelle généralement et bien improprement l'occultisme (un sac où l'on fourre un peu tout et du pire), a d'ailleurs coûté cher à Jung et à sa postérité.En effet, on a tenté de faire de lui un «intellectuel», un chercheur et, pourquoi pas un simple « curieux», terme insultant par excellence dans le monde de la spécialisation, alors que toute la théorie de Jung se veut être essentiellement une thérapie.La partie la plus importante de cette somme reste malgré tout la dernière partie qui traite de l'avenir de la pensée jungienne, moins en termes de thérapies qu'en termes de recherche sur la psyché humaine.Au fond, Jung est-il « moderne »?Si le modernisme passe par l'inculture, il est clair que Jung doit tomber dans l'oubli.Sinon, ses chances n'ont jamais été meilleures.Jung ou Freud?La question est mal posée.Peut-être faudrait-il dire Jung et Freud et l'on sent dans ce volume une volonté de rapprochement entre les deux grandes écoles, la première, celle de Freud, matérialiste, la seconde, celle de Jung, plutôt spiritualiste.Mais sans doute, la vraie difference entre les deux savants se cache dans leur personnalité respective.Jung était plutôt un hystérique et Freud un obsessif à tendance paranoïaque.Ces différences, réunifiées, forment un joli tableau clinique.où nous sommes tous.?Philippe Barbaud De l'usage des pronoms (D l'instar de toutes les autres langues qui existent sur cette planète, le français possède des PRONOMS.Quelle invention commode et utile, que les pronoms! On dit communément qu'ils «remplacent» un nom quelconque.C'est vrai, mais jusqu'à un certain point seulement.Au-delà, le verbe «remplacer» s'avère un mauvais terme pour caractériser le rôle des pronoms.Admettons pour l'instant que les pronoms nous permettent d'économiser notre salive, oserai-Je dire.En effet, l'économie que procure un système de pronoms réside dans ce que te locuteur est dispensé de répéter le même mot, voire la même suite de mots, chaque fois qu'il pense à quelqu'un ou à quelque chose.Par exemple, plutôt que de toujours reprendre la même expression dans ces deux petites questions: «Qui est te Premier ministre du Québec?» et «Comment s'appelle le Premier ministre du Québec?», on peut avoir recours au pronom personnel pour dire: «Qui est-HL?» et «Comment s'appefle-t-fL?» Cela revient au même, n'est-ce pas?L'avantage, c'est que c'est plus court à articuler.On se rend compte, évidemment, que l'usage d'un pronom reste soumis à une condition très sévère: H (eut absolument que les interlocuteurs sachent de qui ou de quoi il est question.En d'autres termes, tous les deux doivent implicitement connaî-fre l'antécédent, c'est-à-dire non seulement la personne (ou la chose) à laquelle on pense ou on fait allusion mais aussi le mot ou la suite de mots que le pronom «remplace», ce qui n'est pas la même chose.Supposons qu'ici la personne à laquelle on se réfère s'appelle, disons.Ti-Poil.Voilà qui est clair comme de leau de roche pour tout le monde.On dira que le réfèrent est le même pour tous les interlocuteurs.Mais si j'avais posé mes questions plutôt de la manière suivante: «Qui est la personnalité qui dirige le gouvernement québécois?» aurai s-je pu à nouveau employer le IL?La réponse est non parce que la suite de mots que le pronom remplace ne peut l'être que par le pronom ELLE.C'est l'évidence même puisque ta suite qui tient lieu d'antécédent («la personnalité qui.») est au féminin.Pourtant, il s'agit toujours du même réfèrent de sexe mâle, en l'occurrence.H-Poil.Le remplacement exact par un pronom doit donner dans te cas de ces deux dernières questions: «Qui est-elle?» et «Comment s'appelle-t-elle?».C'est bien la preuve qu'il ne faut pas confondre la personne ou la chose dont on parte et la suite de mots qui la désigne dans un énoncé quelconque.Cela m'amène à considérer-une pseudo-règle de grammaire fort connue et même fort populaire à l'école où elle sévit.Que! lecteur ne se souvient de cette «règle» ainsi formulée: «ON exclut la personne qui parle»?Comme libellé un peu bébête, chapeau! D'abord, aucune gramrnaire scolaire ne la mentionne telle quelle.Ensuite, elïe sème la confusion dans les esprits, a fortiori les plus jeunes, car elle s'applique uniquement à récrit alors qu'à l'oral on pourrait énoncer la règle contraire.Mais qu'est-ce qu'une telle règle veut dire au juste?Elle essaie tout simplement de préciser l'antécédent de ce pronom.Mais en réalité, fl n*y en a pas parce que ON ne remplace rien du tout, je veux dire aucune suite de mots.Ce pronom personnel est d'ailleurs du même type que TU et JE (et leur homologue pluriel, naturellement) qui ne remplacent rien eux non plus.Ce sont des mots qui désignent un être ou un objet quelconques, un point c'est tout.De la même manière qu'un nom propre.Ce que cette règle tente de dire, c'est que les personnes dont on parie peuvent être n'importe lesquelles sauf celui qui parle.Elle ne concerne en fin de compte que le réfèrent de ON.Celui-ci a donc un sens analogue à «quelqu'un en général» ce qui en fart un pronom personnel indéfini ou mieux, indéterminé, dont l'emploi caractérise bien plus le texte que la parole.Ce ON-là est systématiquement utilisé dans les écrits formulés sur le monde impersonnel.C'est pourquoi il est si fréquent dans le français public: texte de loi, littérature officielle, procès-verbal, rapports de toutes sortes, etc.Iltlemeure le fidèle sujet des verbes d'opinion comme par exemple: «On s'accorde à dire que.».«On attribue à.», «., estime-t-on en haut lieu.», «Qn s'attend à ce que.», etc.Mais il est une majorité d emplois pour lesquels le ON inclut tout au contraire la personne qui parie.Or c'est davantage le parier, l'oral familier, qui en fait une énorme consommation.Lorsque vous dites: «Nous autres, on fa, l'affaire», vous viendrait-il à l'idée que vous vous excluez de NOUS AUTRES?La preuve que la règle «ON inclut la personne qui parle» existe, c'est que vous pouvez facilement dire: «Moi et mes copains, on l'a.l'affaire.» Dans ce ON M y a MOI.Ce pronom personnel, bien que frère jumeau de l'autre, peut être qualifié de «collectif» parce qu'il réfère à un groupe de personnes existant réellement puisque vous en faites partie.H caractérise donc la grammaire de I oral et c'est la raison pour laquelle une certaine publicité s en empare massivement, souvent sans discernement ?o m > r~ co > m g 00 0) m œ m CD 03 A Simone Piuze À SAINT-FÉLICIEN f t VÉRITABLE LABORATOIRE NATUREL Aï CO 05 LU rr CD LU r-Q_ LU CO 00 5 m < CO < CL z o CO 8> C4 zoologique de l'an 2000 e projet est grandiose.Il émeut, enthousiaste, suscite mille et une interrogations, inquiète même, tant ses buts sont nobles, les coûts exorbitants (trois millions de dollars) et les moyens pour y arriver.humains, relevant surtout des fonds gouvernementaux et de la générosité du public! LE JARDIN ZOOLOGIQUE DE LAN 2 000.situé à Saint-Félicien, sera le lieu de rendez-vous mondial pour l'observation des biocé-noses et l'étude des écosystèmes.La science, l'éducation et la culture bénéficieront des nombreuses recherches qui y seront faites et les échanges multi-disciplinaires en assureront une efficacité maximale.Ses concepteurs espèrent que la réalisation de ce projet apportera à l'homme la conscience des valeurs dont il jouit et de son devoir exclusif de connaître, comprendre, aimer et protéger son milieu de vie «Combien de temps demeurerons-nous inactifs face à la détérioration progressive de notre environnement naturel?» dit Alfred Hamel, président de la fondation de l'Université de la nature à Saint-Félicien créée afin de recueilir les fonds nécessaires à la réalisation du Jardin zoologique de l'an 2000 et de sensibiliser l'homme à sa responsabilité face à l'environnement et à la protection de la nature sous toutes ses formes.«Nous avons la responsabilité de garantir ce patrimoine aux générations futures, continue-t-il.Je crois que la conservation de la nature devient une fonction permanente de la culture et doit déboucher sur l'action, car il s'agit là d'un bien irremplaçable.L'originalité du concept de notre projet se retrouve dans l'approche éducative de la conservation de la faune et de la flore dans leur milieu d'épanouissement naturel réalisée grâce à la création d'un «univers-nature» d une superficie de 1364 hectares, à l'intérieur duquel sera construite la première composante de l'éventuel réseau québécois des «Universités de la nature.» C'est par téléphérique que les visiteurs atteindront le Centre de l'Université de la nature qui se composera d'un «château», d'un pavillon pédagogique et d'un centre d'accueil communautaire.Ce centre sera relié par des trottoirs surélevés que les groupes de visiteurs emprunteront en compagnie de guides compétents pour se rendre aux différents milieux de vie naturels appelés biotopes.Le Jardin zoologique de l'an 2000 sera, lui, une sorte de prolongation, de super-développe- ment de l'actuel jardin zoologique de Saint-Félicien.Qui ne connaît pas cet extraordinaire Parc des sentiers de la nature situé en plein coeur du Québec dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean-Chi-bougamau?A mi-chemin entre les zones industrielles à forte densité de population et l'immensité de la forêt nordique.Saint-Félicien jouit du privilège de l'harmonie entre l'homme et son environnement.La rivière Ashapmoucnouan, qui traverse la ville, fait l'orgueil des résidents de l'endroit, tandis que les services routiers et aériens, le potentiel économique et les ressources humaines contribuent à l'essor croissant de son développement.J'ai été surprise d'apprendre qu'une renardière désaffectée aux abords de Saint-Félicien fut à l'origine du Parc des sentiers de la nature! C'est, en effet, à partir de cette renardière qu une groupe de bénévoles amé- nagea en 1960 les premiers éléments d'un jardin zoologique; quelques mois plus tard, la Société zoologique de Saint-Félicien, corporation sans but lucratif, était légalement constituée.Aménagement du jardin zoclogique sur l'Ile-aux-Bernard et, en 1968, ou verture de ce zoo traditionnel à des horizons nouveaux \u2014 pour la joie des amateurs de nature \u2014 avec la création d'un parc immense permettant, pour la première fois au Canada, d'observer les animaux dans leur milieu naturel! Dans cette enceinte dune superficie de 800 acres, cohabitent plusieurs espèces d'animaux d'Amérique du Nord.Ici, point d'animaux aliénés assis ou tournant en rond derrière des barreaux, comme c'est le cas dans la plupart des zoos, mais d'heureuses bêtes vivant en toute liberté dans leur aire environnementale, jetant parfois un regard distrait aux visiteurs assis dans les «balades» et qui prennent bien garde de ne pas leur jeter de la nourriture à tort et à travers.J'ai vu des bisons heureux au Parc des sentiers de la nature, s'ébattant dans la prairie verdoyante, et j'ai entendu des commentaires pertinents de la part d'un guide.J'ai alors compris que la réflexion culturelle et écologique prenait ici une importance primordiale.Ghislain Tremblay, directeur du Jardin zoologique de Saint-Félicien est conscient que le vent de l'écologie souffle de plus en plus fort sur notre génération.Avec lui, les administrateurs de la Société zoologique de Saint-Félicien sont fiers de contribuer à la réalisation du Jardin zoologique de l'an 2000.Ils croient fortement que la Fondation de l'Université de la nature saura atteindre ses buts et que.d'ici quelques années, les nombreux visiteurs de ce véritable laboratoire naturel prendront conscience de l'importance de la pré- servation de la qualité de l'écosystème.Ce sera toute une aventure que de le visiter, ce Jardin zoologique de l'an 2000! Quatre moyens dé transport seront disponibles: on pourra, par exemple, visiter à pied le Jardin zoologique traditionnel transformé, se laisser conduire par une balade dans le Parc des sentiers de la nature, puis emprunter le téléphérique (eh oui!) qui mènera au Centre de l'Université de la nature.Construit sur un esker na- , turel (amoncellement de sable et de gravier provenant de l'époque quaternaire) de quelque 70000 mètres carrés, cet «Univers-Nature» comprendra un château construit en bois rond et dont les tours symbolisent les premiers postes de traite établis sur le Domaine du Roy au début du 17e siècle.À l'intérieur du château, on pourra se faire raconter le temps des glaciers, celui des légendes, de l'écorce et des fourrures, des premiers habitants, le temps de la hache et du godendart, celui de l'éveil écologique et des années 2000.Tout près du château, les modules éducatifs du pavillon pédagogique de l'Université de la nature permettront aux visiteurs d'accroître leurs connaissances sur les milieux de vie dans lesquels s'épanouissent les animaux et les plantes en étroite harmonie, tandis que le centre communautaire offrira conférences, discussions et.vaste restaurant.Parmi les objectifs de la Fondation de l'Université de la nature, la recherche en vue d'améliorer les chances d'acclimatation de la faune et de la flore dans leur environnement, la mise en place d'un centre d'accueil pour animaux sauvages, blessés ou abandonnés, la mise au point de techniques de reproduction permettant à la Société zoologique de Saint-Félicien de sauvegarder les espèces rares ou en voie de disparition et le soutien et l'encouragement de l'éclosion de projets éducatifs provenant d'individus et de groupes désireux de s'impliquer dans la conservation, de la nature me paraissent des plus louables.Souhaitez-vous collaborer à l'établissement du Jardin zoologique de l'an 2000?Envoyez vos dons à: FONDATION DE L'UNIVERSITÉ DE LA NATURE A SAINT-FÉLICIEN 930.rue Jacques-Cartier est.Local D-405 Chicoutimi, Que.G7H 2B1.Pour en savoir plus: Jean-Claude Larouche: (418)546-5820.O \u2022 \u2022 \u2022 .\u2022 .\u2022 » ._ PHOTOGRAPHIER Antoine Desilets 1 4 \u2022 f E \u2022.-1 it* ;\tMr \t \t La tete de l'emploi.Qu'à es photos qu'on voit partout ont aussi une histoire, saviez-vous ça?Quoi?IVous voulez des preuves?cela ne tienne! Prenez, au hasard, et pourquoi pas.'a photc que je vous présente aujourd'hui! Reportez-vous vers sept heures d'un bon soir d'il y a un an et demi, dans mon salon où je regarde la fin dune vue plate à la télé tandis que Jeanine fignole son 450e bord de pantlon.Quiétude toute banlieusarde que la sonnerie du téléphone, comme d'habitude, ne tarde pas à faire voler en éclats.« Le prends-ti Jeanine?» que je gro-melle.«Oui.minute.Toine.c'est pour toi! » Je me traîne jusqu'à l'appareil.«C'est Roger!» que dit la voix dans l'affaire noir.« Lequel ?» que je réponds du tac au tac.« Nantel.finfinau!» que ça reprend, un peu vexé.« Aaaah ! Roger! Corné va?» Et sur ce ton nous échangeons un paquet de niaiseries sur nos santés mentale et physique respectives ainsi que sur celles de nos épouses.Mais v là t'y pas qu il me demande comme ça.à brûle-pourpoint: «Qu'est-ce que tu dirais de faire la photo officielle du prochain premier ministre du Canada?» S'il pensait me boucher, il en a été pour ses frais car je lui ai calmement répliqué: «Hé ben mon vieux, |'ai plutôt hâte d'entendre son nom!» La voix tremblante, il me grogne: «Brian Mulroney stu-pide! Tu le savais pas?» On se parle tout le temps de même, nous autres.C'est pour ça qu'on se comprend bien! «Ce serait t'y que tu t occuperais de son image?» que je lui susurre dans l'écouteur.« Nnoui.mais pour que ça marche.|'al besoin que tu mettes ton oeil journalistique dans ton Kodak de super-reporter ! » Après un «char» de fleurs pareil, un gars peux-tu dire non?«C'est pour quand?» que j interroge.«Hier, ou plus vite si tu peux ! » Sont ben tous pareils, bordel.que ('al pensé tout bas.Le lendemain matin, comme convenu, je me présente au Ritz et frappe juste à l'heure prévue a la porte marquée « 007 ».«Corne in, its open! Ah, bonjour M.Desilets! Je suis à toi dans 2 minutes! » Il a fallu une heure pour réussir à faire ce qui aurait normalement demandé quinze minutes car j'ai dù glisser mes séances de pose entre les 38 coups de téléphone qu'if a donnés et reçus à et de tout le continent.Mila «la belle » me regardait opérer et me faisait la conversation dans les temps creux.J'ai «brûlé» 2 rouleaux de 36 poses de Kodak Plus-X 800 ASA à travers I objectif 135 mm de mon Nikon monté sur trépied et à la lueur d'une lampe 500 watts.«Voilà! Allez, au revoir! Et bonne chance à la chefferie! Vous aurez les contacts cet après-midi ! » À sept heures (encore!) du même soir, le téléphone re-sonne.«On l'a, la binette! lance Roger tout excité.Planche 2, cliché 10-10-A.Tu me fais un 8 X 10 et je te dis où crayonner!» (Ce point ne vous concerne paa! Ravez-le immédiatement du journal!) Son « poulain » fut élu à la chefferie.puis dans son comté « out east » et pour finir il a entraîné les conservateurs à !a victoire.Voici donc, si vous l'avez pas vu.le portrait officiel de ce petit gars de Baie Comeau qui va trouver une job à tout le monde et même à mon fils à moi qui est bien tanné d'avoir de la misère! Bonne égalité des chances à tous! Ç0 O J3 m > r~ > m g 00 œ m \"0 H m CD m 03 PROMOTION SPECIALE pour notre numéro de septembre-octobre 1984 Profitez aussi de notre SPÉCIAL ABONNEMENT JUSQU'À 60% d'économie sur le prix en kiosque.(Voir détails dans Photo Sélection) m 95 $ I Dans notre édition de septembre-octobre 1984 découvrez: \u2022 La qualité optique: Leitz \u2022 Quel type d'objectif choisir?\u2022 Essai de Konica AA-35 POOSflKOI EN VENTE PARTOUT \u2022 Les plus belles images de: Ray Chen, Claire Beaugrand-Champagne, France Lafleur et Pierre Kohler LU ÛC CÛ LU h-ÛL LU CO GO Û LU < CO *j UJ O CO* i t bénéficiaires sont souvent laissés au bon jugement du préposé qui en est responsable.Cette fonction ne relève-t-telle pas de la compétence de l'infirmière?Moi, je répondrais oui à cette question mais en suggérant d'associer très étroitement, dans la mesure du possible, le (ou la) préposé aux solutions qu'il faut trouver.On me soulignait aussi que les salles à manger sont très peu utilisées par les malades.Ces derniers sont confinés à leur chambre pour leurs repas.N'est-il pas ennuyant de manger seul?Dans un centre d'accueil que j'ai déjà visité, on groupe dans une même salle, pour les repas, les malades incapables de manger seuls.Une préposée se charge de trois malades.Le premier a ainsi le temps d'avaler sa nourriture avant qu'on lui en remette dans la gorge.Après tout, ce ne sont pas des oies qu'on gave! Ce système me paraît bon s'il ne dégénère pas, comme dans une usine, au point de former une «ligne de production»! Trois malades et une préposée, c'est suffisant pour personnaliser l'opération.Le personnel qui circule tout autour crée une animation apte à donner un peu d appétit à ces pauvres êtres.De même, m'a dit Mme Rainville, plusieurs bénéficiaires qui ont des prothèses dentaires ne les portent pas.D'autres en portent qui sont mal ajustées et claquent chaque fois qu'ils mâchent un aliment.Il faut voir à ces détails importants pour une bonne nutrition.S'il vous est donné de visiter un centre de soins prolongés, pour aller voir un parent, un ami, essayez de voir la longueur des ongles des doigts de pieds.Voilà un de ces petits riens agaçants pour le patient.Plusieurs de ces personnes âgées, plus ou moins malades, répugnent à se laver, à s habiller.C'est un effort devant lequel elles reculent.Elles préfèrent passer la journée en pyjama ou en «jaquette» d'hôpital.Leur moral s'en ressent.À Rosemont.on s'efforce d'éliminer les sondes, à l'exception de quelques cas particuliers.On essaie de faire bouger les malades le plus souvent possible dans la journée.Je sais des endroits (une correspondante s'en est plainte, récemment) où Ion attache le ou la malade toute la journée, exception faite d'une sieste après-dîner, à sa chaise gériatrique.Et la nuit, on l'attache dans son lit.Les animaux domestiques sont mieux traités!.On pourrait allonger la liste de \u2022 toutes* ces -lacunes qui existent non pas seulement dans des éta- blissements de mauvaise réputation mais qu'on peut rencontrer également là où un nom est généralement reconnu comme une garantie de soins de qualité.La qualité des soins La qualité des soins n'est jamais acquise une fois pour toutes.Certes, un système bien conçu, certaines routines ou un matériel ad hoc constituent une grande aide.Mais le personnel est humain; il faut compter avec un relâchement parfois imprévisible ou imperceptible à un oeil distrait.Une surveillance constante qui se fait avec un sens de l'humain très aigu est requise.Sens de l'humain pour le malade comme pour l'employé.Il faut souligner qu'on a trop souvent pris un personnel formé pour dispenser des soins de courte durée pour le «plaquer» dans les services d'hébergement sans aucune préparation.Un peu partout, on essaie de remédier à cette situation.La gérontologie gagne du terrain.Il faut s'en réjouir pour les personnes âgées d'aujourd'hui et pour celles de demain.Renseignez-vous.Une entente a été conclue, récemment, entre le Ouébec et les États-Unis, qui permettra à des milliers de Québécois, et surtout de Québécoises, de percevoir des prestations de nos voisins.C'est ce qu'a annoncé le ministre Gérald Godin.Qui sont les personnes visées par l'entente?Il peut s'agir de travailleurs ayant passé la frontière pour gagner leur vie et cotisé au régime américan.D eux-mêmes, s'ils ont l'âge de la retraite ou s'ils sont invalides.Ou encore de leurs veuves.Déjà, quelque 300 demandes ont été reçues.Ne décidez pas vous-mêmes que vous n'avez aucun droit.Renseignez-vous plutôt en écrivant ou en téléphonant (à frais virés) au secrétariat de l'administration des ententes de sécurité sociale, ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, 515 ouest, rue Ste-Catherine.Bureau 400, Montréal, Québec H3B 1B4.Tél.: (514) 873-5030.L'entente a été conclue avec d'autres pays mais le cas des personnes ayant travaillé aux États-Unis (ou en Italie) est le plus fréquent.Ne laissez pas passer la manne.c Madame, Je vous écris pour vous dire que nous avons des félicitations à faire à l'hôpital Saint-Joseph-de-l'Espérance, à Bordeaux.Notre mère a été hospitalisée pendant sept ans et nous n'avons que des félicitations à faire au personnel qui a toujours bien pris soin d'elle.Nous pouvions arriver en tout temps; elle était toujours propre.Nous pouvons vous dire que lors des derniers moments de sa vie, le personnel, et en particulier l'infirmier, est resté à son chevet.Nous voulons les remercier et vous dire qu'il y a encore des Centres hospitaliers où le personnel est humain.Mme Y.L.et Mme J.L.Mesdames, C'est toujours avec joie que je publie des lettres comme la vôtre.En effet, l'ensemble de notre personnel hospitalier est efficace, humain très souvent, allant même au-delà de ce qui est exigé de lui.Et c'est ce qui soutient ma foi dans l'Homme.J'ajoute que sans cette foi, nous sommes perdus.Des attitudes, des gestes comme ceux que vous me rapportez nous redonnent confiance.Tout n'est pas perdu! Mais ne s'agit-il pas plutôt de l'hôpital Saint-Joseph de la Providence, à Bordeaux ?\u2022 \u2022 \u2022 J'ai reçu une très longue lettre, et fort intéressante, que je ne pourrai publier in extenso.Je m'en excuse auprès de son auteur.Madame, Il est très difficile pour les infirmières d'accepter, qu'au nom du «sacro-saint budget», on refuse de remplacer le personnel pour répondre aux besoins des bénéficiaires.Tout le monde sait qu'aujourd'hui, les infirmières font souvent le travail de deux, à cause du non-remplacement de vacances, de congés de maladie ou autres.Et malgré tout, elles doivent donner aux bénéficiaires toutes leurs forces, leur gentillesse, leur patience, etc.Je parle en connaissance de cause, ayant été directrice des soins pendant longtemps.À chaque prévision de coupures budgétaires, c'est le pressage de citron, la tentative répétée de coupures en nursing, ou la simple guillotine.Et la lutte, si lutte il y a, est très inégale entre, d'un côté, des médecins à la voix forte, qui brandissent la menace de leur départ s'ils n'obtiennent pas gain de cause, et d'un autre côté, des infirmières salariées, très peu aguerries à ce genre de bataille, qui ne peuvent utiliser les mêmes moyens pour défendre leurs droits.Au moyen âge, le directeur général venait donner la main au malade admis; ce malade était considéré comme le maître et seigneur, et même le directeur général donnait le premier bain, bain aux huiles précieuses.Les serviettes étaient de tissu de soie venant de Tyr et de Sidon.Loin de moi l'idée de retourner en arrière.Je souhaiterais par contre que les directeurs généraux et les directeurs des finances, souvent parachutés dans les hôpitaux, avec plus ou moins de formation hospitalière, aient les yeux tournés davantage vers le bien-être du bénéficiaire que vers l'édifice Joffre, à Québec.Ça veut dire quoi pour l'administration, un hôpital, un centre d'accueil?Des déversoirs?Des mourroirs?Est-ce qu'on a conscience de l'étroitesse de l'espace?Des trois repas pris en dedans de sept heures?(gavages d'oies?).Est-ce que l'hôpital, comme organisation, est pensé en fonction du personnel ou du malade?Exemple: le soir, il faut ramasser les cabarets en vitesse car la vaisselle doit être lavée et le tout terminé pour le départ des employés syndiqués.Souvent, les bénéficiaires demandent qu'on leur laisse au moins leur tasse de thé pour digérer ce qu'ils ont avalé tout rond.Comment voulez-vous que les infirmières aient le temps de créer un climat de confiance, de dénombrer une attitude d'écoute, d'orienter une entrevue de façon à obtenir une cueillette de données pour établir un plan de soins et une intervention en nursing?Comment s'occuper à 100 p.cent des besoins biophysiologiques, psycho-sociaux, spirituels, etc.des bénéficiaires?Et nous, à l'administration des soins, nous bûchons sur les infirmières pour que les soins soient parfaits.Tout cela, pour répondre aux exigences du Conseil canadien d'agrément des hôpitaux et à celles de l'OIIÛ, en raison de la visite de l'inspection professionnelle de notre Ordre.Et j'en passe.Micheline R.En matière de sécurité sociale et de soins de santé, la crise économique a acculé les gouvernements à chercher des moyens de s'en sortir.Il semble n'y en avoir que trois: 1) taxer davantage les contribuabes; 2) imposer un «ticket modérateur»; 3) réduire la qualité des soins.C'est ce dernier chemin qu'on a emprunté, sans le dire.Peut-être qu'avec un peu plus d'imagination, avec la collaboration des syndicats, parviendrait-on à diminuer les coûts sociaux.Les spécialistes pourraient au moins en discuter.Ce qui est le plus choquant dans cette histoire, c'est que les gouvernements continuent à soutenir qu'ils n'ont pas réduit la qualité des soins en compressant les budgets cqmme ils l'ont fait.Pure hypocrisie! £] elicitations! Je m'adresse particulièrement à tous ces petits enfants courageux qui ont envisagé leur premier jour dans le système scolaire.Pour eux, j'ai tout un dessert! CUISINER ol Martin Oeufs farcis, agneau et alaska 1.Oeufs farcis (pour 4 personnes) 12 oeufs 125 mL (M tasse) de mayonnaise 5 mL (1 c.à thé) de poudre de cari paprika sel et poivre persil haché quelques gouttes de jus de citron 1 ) Mettre les oeufs dans une casserole contenant de l'eau chaude; faire cuire 12 minutes.2) Retirer la casserole du feu et la placer sous le robinet d'eau froide de 7 à 8 minutes.3) Écaler et couper les oeufs en deux dans la longueur.4) Retirer les jaunes délicatement et les mettre dans un tamis.À l'aide du dos d'une cuillère, forcer les jaunes à travers le tamis.(Placer au préalable le tramis sur un bol.) 5) Ajouter la mayonnaise aux jaunes.Ajouter le paprika et la poudre de cari.Saler, poivrer.6) Arroser le tout de jus de citron.Mélanger le tout.7) Placer le mélange dans un sac à pâtisserie muni d'une douille étoilée.Farcir les blancs d'oeufs.8) Parsemer les oeufs farcis de persil haché.Servir.r \u2014 1\\ 3.Alaska polaire (pour 4 personnes) Préparation du sirop de fraises: 250 mL (1 tasse) de fraises lavées et équeutées 50 mL (% tasse) de sucre jus d'un quart de citron 1) Mettre tous les ingrédients dans une casserole.Amenez à ebullition; faire cuire 5 à 6 minutes.2) Verser le tout dans un mélangeur et mettre en purée.Laisser refroidir.Servir.Préparation du dessort: petits gâteaux éponges individuels (de commerce) boules de crème glacée aux fraises 2.Côtes d'agneau, SAUCE AU POIVRE VERT (pour 4 personnes) 8 côtes d agneau 30 mL (2 c.à soupe) d'huile 114g (% livre) de champignons frais, émincés 15 mL (1 c.à soupe) de poivre vert 45 mL (3 c a soupe) de crème épaisse â la française 375 mL (1 % tasse) de bouillon de poulet chaud 15 mL (1 c.à soupe) de fécule de maïs 30 mL (2 c.à soupe) d'eau froide sel et poivre Cosses de pois cuits à la vapeur pour la garniture.1) Dégraisser les côtes d'agneau.Saler, poivrer.Mettre de côté.2) Faire chauffer 15 mL (1 c.à soupe) d'huile dans une sauteuse.Ajouter les champignons; saler, poivrer et faire cuire 3 à 4 minutes.3) Ajouter le bouillon de poulet; continuer la cuisson è feu doux de 7 à 8 minutes.4) Mettre le poivre vert dans un bol.Ajouter la crème.Écrasez le tout avec une cuillère.5) Mélanger la fécule de mats et l'eau froide.Incorporer le mélange à la sauce; mélanger le tout.6) Ajouter le mélange de poivre vert; remuer et faire mijoter de 7 è 8 minutes.7) Verser le reste de l'huile dans une sauteuse; faire chauffer.Ajouter les côtes d'agneau; faire cuire 4 minutes de chaque côté ou selon l'épaisseur.Saler, poivrer.8) Servir les côtes d'agneau avec la sauce au poivre vfcrt.Garnir de cosses de pois.' \u2022 rKn \\ ' i,e >f> .ty\\r.6 blancs d oeufs à la température de la pièce 90 mL (6 c.à soupe) de sirop aux fraises 175 mL (% tasse) de sucre Préchauffer le four à gril (broil) 1) Placer les petits gâteaux dans un plat allant au four.Verser du sirop de fraises dans chaque petit gâteau.2) Recouvrir le tout d'une boule de crème glacée.Réfrigérer.3) Mettre les blancs d'oeufs dans un bol et les battre avec un batteur électrique jusqu'à ce qu'ils forment des piques.4) Ajouter le sucre; continuer â battre pendant 2 minutes.5) Mettre la meringue dans un sac â pâtisserie muni d'une douille étoilée.Recouvrir la crème glacée de meringue.6) Faire cuire au four è gril (broil) pendant 3 minutes.Servir.4 i \u2022 \u2022 »\u2022# t \"a ?Xi .*5 s LU tr CD LU LU CO CO CO .Vient de paraître aux Éditions La Presse -LE GUIDE DE JEAN PAGE DE LA CHASSE AU QUÉBEC» est agrémenté de nombreuses photos et dessins qui sauront sûrement plaire à l'amateur de chasse.EN VENTE PARTOUT Chroniqueur de chasse et de pêche bien connu des amateurs québécois, Jean Page collabore depuis nombre d'années à la plupart des revues et émissions traitant de plein air.Sa connaissance des ressources de chasse et de pêche au Québec en fait l'un des plus grands experts dans le domaine.Cet ouvrage contient tout sur: i le gibier que Ton trouve au Québec; > l'équipement et la technique de chasse; > la chasse à la sauvagine; > la façon de conserver et d'apprêter le gibier; > les sites de chasse.EN PLUS! Nombreux conseils pratiques et renseignements généraux 384 PAGES ILLUSTRÉES OFFRE SPÉCIALE AUX AB0NNÉ(E)S DE LA PRESSE: 20% DE RÉDUCTION COMMANDEZ PAR TÉLÉPHONE | BON DE COMMANDE I 683 Service rapide et efficace 285-6984 Économisez temps et argent en commandant vos livres des Éditions La Presse par téléphone.Vous n'avez qu'à composer le numéro 285-6984, donner votre numéro de carte VISA ou MASTERCARD et le tour est joué.Ce service vous est offert du lundi au vendredi de 9 h à 16 h.Prière de noter que les échanges et les remboursements ne sont pas acceptés.i i i i i 4 Veuillez me faire parvenir ( ) exemplaires) de «LE GUIDE JEAN PAGE DE LA CHASSE AU QUÉBEC», au prix de 14.9b$ chacun, plus 1$ de frais de poste et manutention ( ) Je suis abonnée) à LA PRESSE.Veuillez me faire parvenir ( ) exemplaires) de «LE GUIDE JEAN PAGE DE LA CHASSE AU QUÉBEC», au prix de 11,95$ (exemplaire, plus 1$ de trais d« pOStô ôi manutention N°dabonné(e).IMPORTANT: Joignez à cette commande un chèque ou mandat payable aux Éditions La Presse Ltée.Vous pouvez également utiliser votre carte de crédit comme mode de paiement.MASTERCARD N°.A retourner aux: EN VENTE PARTOUT Éditions La Presse, 7, rue Saint-Jacques Montréal (Québec) H2Y 1K9 NOM.ADRESSE.VILLE.VISA N° PROVINCE.CODE POSTAL.TÉL.TOTAL ci-joint.(Plus 1S pour t> an de poste et manutention) mm » r \u2022 -\u2022 » t / * "]
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