La presse, 24 janvier 1981, Le Magazine perspectives
[" 11111 SSL1 il JJRi ¦ LE SERVICE D'ENTRAfDÉ DES VEUVES DU QUÉBEC Iles ont 50, 55, 58 ans.L'air timide, la voix un peu voilée, chacune à leur tour elles me parlent d'un mari disparu, d'une solitude comme un gouffre, de ladétresse comme un manteau de pluie.Puis elles sourient, une petite lueur qui s'allume dans le regard, la voix qui se raffermit.«Le Service pour moi, c'a été ma planche de salut!» \u2014 «Si j'avais connu l'existence du Service ^vant, je serais revenue bien plus vite de ma dépression.» \u2014 «Maintenant, quand je veux sortir, j'ai un lieu où aller.Je ne suis plus là, avec mon coeur en morceaux, à marcher seule et sans but dans la foule.» Son coeur en morceaux qu'elle est en train de recoudre d'amitié et de chaleur humaine, sa vie à la dérive qui, petit à petit, retrouve son cours, grâce au Service d'entraide des veuves du Québec où elle est venue comme l'on vient à un havre.Peu connu encore du grand public, ce jeune organisme sans but lucratif commence pourtant à l'être de plus en plus des veuves de la région de Québec où la Fédération des femmes du Québec vient de l'implanter il y a à peine trois ans.Une aide financière venue du gouvernement fédéral ainsi que de la compagnie d'assurance Manu-Vie, dont le siège social est à Toronto, a permis la réalisation de ce projet.Premier service francophone du genre au Canada \u2014 Widows Consultation Centre de Winnipeg et Community Contacts de Toronto sont les deux autres programmes existants\u2014, le Service d'entraide des veuves du Québec offre à celles qui viennent tout juste de perdre leur mari un réconfort leur permettant de traverser de la meilleure façon possible les difficultés entourant les premiers mois de veuvage.Bien sûr, tout de suite après le douleureux événement, la famille est là attentive et présente.Les enfants soudain se font très proches, les amis téléphonent.Il faut voir à la succession, envisager l'avenir.On n'a pas le temps de penser, pas le temps d'avoir mal.Puis, un beau matin, le téléphone ne sonne plus, les enfants ont envie de la vie et la famille, elle, n'a plus envie de supporter les larmes.Alors, on se révolte, on se referme sur soi: «le passais des journées entières- sans me lever.Je n'avais plus d'appétit», me dit Rita, «le ne voulais plus que personne de proche ne voie ma douleur mais, seule, je souffrais beaucoup.Mais qui pouvait réellement me comprendre?», confie Cécile.Oui, qui peut vraiment comprendre le désarroi d'une veuve?Au Québec, on en compte plus de 211 000 \u2014 de ce nombre, plus du tiers ont atteint un âge se situant en- tre 40 et 64 ans \u2014 et, malgré les efforts déployés depuis dix ans pour améliorer leur condition socio-économique, peu d'organismes ont réussi jusqu'à aujourd'hui à répondre à leurs attentes.Au contraire, au plus fort de la détresse, quand tout chavire et que le désespoir embrouille l'âme et le cerveau, on traite «allègrement» par Valiums et soins psychiatriques la femme momentanément perturbée alors que, le plus souvent, elle n'aurait besoin que de se confier à quelqu'une qui a vécu la même expérience.Oui, qui peut vraiment comprendre le désarroi d'une veuve.sinon une autre veuve?«On s'attend souvent à ce qu'une veuve soit déprimée, mais on réagit très mal quand il arrive parfois qu'elle démontre aussi de l'agressivité envers le disparu qui l'a abandonnée avec des responsabilités financières et parentales.C'est mal vu socialement qu'une femme se comporte ainsi et, quand elle le fait, elle-même se culpabilise et développe des angoisses.Mais lorsqu'une femme s'aperçoit qu'elle n'est pas seule à vivre ce sentiment, elle se rassure», souligne Francine Lavoie, consultante en psychologie rattachée au Service.Dans l'exercice de sa profession, Francine est contre l'intervention directe du professionnel \u2014 «Dieu le Père ou Dieu la Mère» comme elle dit \u2014 et elle a choisi de travailler avec les ressources du milieu, c'est-à-dire le monde ordinaire, «les aidants naturels», tels que les nomme le nouveau jargon.C'est cette démarche qui a amené Francine ici où elle ne rencontre jamais les nouvelles venues mais aide les «marraines» dans leurs actions auprès de leurs «filleules».La relation de marrainage est l'un des moyens choisis par le Service d'entraide pour offrir une aide individualisée à la veuve de fraîche date.Il s'agit pour une veuve bénévole d'entrer en relation avec une veuve nouvellement éprouvée afin de lui offrir sa disponibilité, soit au téléphone soit par le biais de rencontres, lorsque le raz-de-marée de la peine se fait trop violent ou que les insécurités du quotidien suscitent la panique chez sa «filleule».Quand on a vécu vingt-cinq ou trente ans «au service de», quand, la plupart du temps, une des seules valorisations de soi que l'on a eue est venue du regard du mari posé sur ses attentions d'épouse, ses tendresses de mère, ses gestes de cuisinière, et que ce mari est maintenant parti, alors tout s'effondre.Il faut apprendre un nouveau rôle social et se redéfinir hors du couple.La veuve doit trouver son autonomie et, peut-être pour la première fois, se reconnaître en tant qu'individu, savoir qui est vraiment Thérèse, Cécile, Lucie ou Rita.«A l'intérieur du couple, la plupart des femmes de ma génération et de ma condition ont été complètement ignorantes de leurs droits civiques et légaux et nullement politisées.Quand mon mari est mort, j'étais pa-niquée devant tout ce que j'avais à apprendre.Ne sachant pas à qui ni où m'adresser, j'ai dépensé mes énergies dans de nombreuses démarches inutiles.L'aide et le soutien dont j'avais besoin, je les ai finalement trouvés chez une autre veuve qui avait réussi à s'en sortir», témoigne Lucie.De son côté, Thérèse qui est marraine, me raconte qu'elle-même a toujours vécu en fonction des autres: père et mère à soutenir, petits frères et petites soeurs à élever, mari et enfants pour qui se dévouer: «Mais ici, dans cette relation d'entraide, dit-elle, c'est différent, le suis tout émerveillée de me découvrir des habiletés que je ne me soupçonnais pas.Je ne pensais pas que je pouvais tant inspirer confiance!» Et après un instant de silence où tout un passé et un présent occupent l'espace entre nous, Thérèse ajoute: «Moi, qui ai toujours été si timide, me voici capable d'encourager et d'épauler, mais sans me nier cette fois.Au début, quand j'ai commencé à faire du marrainage, j'essayais de «prendre le manteau» de l'autre sur moi comme je l'ai toujours fait, comme mon éducation me l'a toujours commandé.J'arrivais alors à la maison et le coeur me faisait mal.Mais, avec les cours de relation humaine qu'offre le Service aux veuves qui veulent devenir marrai-.nés, et avec la supervision de Francine, j'ai appris à aider sans prendre toute la charge émotive sur moi.Je suis devenue capable d'aider sans me faire mal, sans m'oublier.Et je me sens respectée, je me sens valorisée.» es cours de relation humaine, des dîners-rencontres où un conférencier est invité à traiter divers problèmes inhérents au veuvage (droits de succession, administration, questions juridiques), des «mardis-après-midi» pour échanger dans la complicité et les rires, un bulletin bimestriel imprimé à 200 exemplaires sont parmi les services offerts par l'organisme à sa clientèle composée de veuves de date récente, âcées de 65 ans et moins et vivant au foyer.Actuellement, le Service cherche à rejoindre les jeunes veuves qui ne viennent pas encore en grand nombre au 1433, 4e avenue à Limoilou.Peut-être sont-elles aux prises avec des enfants en bas âge?Peut-être sont-elles sur le marché du travail?Une subvention du ministère des Affaires sociales a permis au service de commander une recherche visant à améliorer son programme de façon à le rendre encore plus attrayant pour ces femmes.«Ce qui me tient le plus à coeur, c'est le problème de la jeune veuve», me dit Cécile qui, à 40 ans, est le «bébé» du groupe, aujourd'hui rieuse et chaleureuse.Mais, elle aussi a connu le désespoir de la solitude et l'angoisse des responsabilités trop lourdes: «J'avais décidé à ce moment-là de vivre juste pour mes cinq enfants, de remplacer le père et d'être la mère qui devait combler le vide.Ecrasée par la tâche, je me culpabilisais sans cesse: je n'avais pas le droit d'avoir de la peine, pas le droit d'être fatiguée.et c'était moi qui ne me donnais pas ces droits, l'ai rencontré d'autres femmes qui vivaient la même expérience et alors je me suis rendu compte que j'étais normale, l'ai appris à faire confiance aux autres, j'ai été chercher de l'aide, il m'a fallu faire le premier pas.En faisant ce pas, cela m'a obligée à avancer pour me redécouvrir avec mes valeurs et mes talents.Un beau matin, j'ai dit vraiment adieu à Paul mon mari parce que même s'il n'y était plus, je continuais à vivre en fonction de lui: «O.K., je te dis adieu, je te laisse reposer en paix et je commence à vivre pour moi.» J'ai enlevé mes alliances, déplacé sa photo et j'ai cessé de le consulter pour tout et pour rien.» C'est par l'entremise des salons funéraires que le Service d'entraide des veuves du Québec a d'abord commencé à faire connaître son existence.Un petit dépliant et une lettre amicale sont joints aux honoraires de là maison et invitent la veuve à contacter le Service lorsqu'elle en sentira le besoin.Mais l'organisme tente actuellement d'intensifier sa publicité afin de rejoindre davantage de veuves car il semble de plus en plus évident que les besoins sont grands et les résultats d'une telle démarche, plus que positifs.Responsable du financement, Marcelle voudrait bien que les compagnies d'assurance qui font affaire dans la province comprennent leur rôle social et aident à financer un «service comme le nôtre, un service essentiel», tout comme le font les compagnies d'assurance et aussi les entrepreneurs de pompes funèbres ailleurs au Canada.Pour sa part, Denise, qui est la représentante de la Fédération des femmes du Québec et l'âme du Service, aimerait que les autres régions du Québec se dotent d'un tel organisme.Elle assure les groupes intéressés à le faire qu'ils bénéficieront de toute l'aide technique que le Service d'entraide des veuves du Québec est maintenant en mesure de fournir.(Tél.: (418) 522-2048).JULIE STANTON UN COMIQUE SUBVERSIF A L'ÉLYSÉE?Coluche Après sept ans de music-hall, le comique français Coluche a décidé de prendre sa retraite.Il a 35 ans, il est riche et l'avoue sans ambages tout en prenant soin de préciser: «Je ne suis pas un nouveau riche mais un ancien pauvre.» Nuance.Mais tout n'est pas que nuance dans le répertoire drôle de Coluche, Michel Co-lucci de son vrai nom, et, depuis que cet amuseur \u2014 qui ne se géne pas pour pratiquer, à l'occasion, un humour au-dessous de la ceinture \u2014 a décidé de poser sa candidature aux prochaines élections présidentielles françaises, ses adversaires politiques rient jaune.Avant de partir définitivement pour «habiter le pays des vacances» et se réfugier dans son île (une façon comme une autre de prouver à tous qu'il nage dans l'aisance), Coluche a décidé de monter à l'assaut de l'Elysée sous l'étiquette du Parti sans-laisser-d'adresse.A moins que ce ne soit celle du Parti pour-la-gloire! Le comédien, dans son époustou-flant spectacle d'adieux, sorte de mégalomane show, déclare (vêtu des oripeaux présidentiels, qui ont l'air tout à coup plus que dérisoires) être le candidat des minorités, de tous les «paumés, crasseux, laissés-pour-compte, homosexuels, écologistes, sans voix et abstentionnistes de tout acabit».Coluche affirme: «Ça fait 35 ans qu'on est gouvernés \u2014 et mal \u2014 par des gens compétents et intelligents.Essayons donc aujourd'hui de voter pour un imbécile qui n'y connaît rien, voir si ça change.» \"A0*ub *' t m ¦4 m Va n E oc E a ¦o »o c o \u2014 o out a ta mesure fims.Santé et Bien-être social Canada considère que le danger pour la santé croît avec rusage-éviter d'inhaler.Moyenne par cigarette-Players Filtre, format King Size \"goudron\" 17 mg.nicotine 1.1 mg.Format régulier \"goudron\" 17 mg.nicotine 1.2 mg.Player's Légère, format Kmg Size \"goudron\" 16 mg.nicotine 1.1 mg.Format régulier \"goudron\" 14 mg.nicotine 0.9 mg. Coluche Coluche me reçoit dans sa loge (au théâtre du Gymnase, où il joue tous les soirs à guichets fermés) en tenue de scène: salopette bleue avec des rayures blanches et «godasses» jaunes de sa fabrication (tandis que ses adversaires au fauteuil présidentiel se sentent à l'étroit dans leurs petits souliers vernis et ne savent plus très bien, devant ce candidat insolite, sur quel pied ne pas danser).L'homme est rondouillard, bedonnant, il a le visage hilare, l'air pataud d'un ours mal léché, la démarche mal assurée du gars qui en a trop vu.et pas assez lu! Même s'il avoue n'avoir lu que deux livres (un de plus que Duplessis) et être un «autobibasse», il n'ignore pas qu'il joue en ce moment un rôle drôlement subversif.Sa candidature à l'Elysée, le comédien la considère comme une plai- santerie à caractère social.Coluche propose, entre autres, la retraite à la carte: «Puisqu'il n'y a pas de travail, quand on sort de l'école, en France, faudrait pouvoir commencer par la retraite.L'idéal serait qu'on donne à l'Etat un certain nombre d'heures de travail, mais quand on veut ou quand on peut, c'est-à-dire quand on en a envie ou quand travail il y a, quoi!» Et il se déclare absolument contre le chômage central.Avant Coluche, pour accéder au pouvoir, c'était bien simple, c'est lui qui le raconte, il fallait: «Cinq ans de Droit et tout le reste de travers.» Et selon lui, le problème, en France, «un vieux pays gouverné par des vieux», c'est que ce sont toujours les mêmes qui se présentent: Giscard d'Estaing, Mitterrand.Marchais.«Si ces gars-là décident de devenir centenaires, on va toujours les avoir.Moi, en me retirant à 35 ans, je veux leur donner l'exemple.» Il égratigne ou gifle au passage ses principaux adversaires: «Giscard d'Estaing, qui passe plus de temps \"Le baume Deep Heating m'a permis de rester actif lorsque je jouais au hockey.Il m'aide toujours.\" Wan Gmrnoyer \"Lorsque j'ai pris ma retraite, j'ai quitté la chambre des joueurs en compagnie de Deep Heating.Je l'utilise après avoir joué au tennis ou au golf et même après avoir jardiné, de la même façon que je l'utilisais pendant les beaux jours du hockey.Je frictionne les muscles et les articulations endoloris par l'effort Sa chaleur pénétrante soulage la douleur et me procure la détente.\" Si Texercke, les douleurs arthritiques ou trop de mises en échec vous rendent ank y lose et vous donnent une sensation de douleur, utilisez Deep Heating.Il vous aidera à con-ûnues d'être actif.^ Menthoiatum Le baume Deep Heating et la lotion Deep Heating 6 chez votre détaillant preïeré.y a \u2022it, »- 1 en Afrique à chasser l'éléphant que dans les provinces françaises.Marchais qui fait rire plus que.» moi.De-bré, qui était déjà vieux quand j'étais petit», et il en remet.«Avant, j'écrivais mes textes, maintenant je n'invente rien, j'écoute, je lis les déclarations de nos hommes publics et tout est là.Voyez Chirac, il déclare sans rire: «Il faut mettre un frein à l'immobilisme.» C'est pas percutant, ça?Il y a aussi M.Barre qui dit aux Français qu'ils vont être obligés de se serrer la ceinture pendant cinq ans.Après, bien sûr, ils vont être habitués.» Il est féroce et passe en revue les hommes politiques «qui croient tirer les ficelles alors qu'ils sont tirés par des ficelles».Il parle de Lecanuet «qui est arrivé premier dans un concours de circonstances» et qui aurait déclaré: «|e ne suis ni pour ni contre, bien au contraire.» Le comédien se vante de parler quatre langues, comme plusieurs hauts fonctionnaires, et que c'est fort utile pour coller des timbres.Il dénonce vertement les accords franco-soviétiques: «On leur donne tout notre blé et en échange ils prennent tout notre charbon.» Il s'élève contre le scandale permanent des pots-de-vin, qu'on appelle, dans le jargon, «les dessous de table» «Les dessous de table sont si pleins, en France, qu'on ne sait pius où mettre les pieds.» Il fustige la bureaucratie envahissante: «Confiez le désert du Sahara aux technocrates et dans cinq ans ils vont être obligés d'acheter du sable.» Et du même souffle il dénonce sérieusement le budget de la défense: 123 milliards de francs contre 13 milliards pour l'industrie.Et la pauvreté grandissante dans le pays: «Avant, quelqu'un qui mettait de l'argent de côté c'était un avare, maintenant c'est un phénomène.» Phénomène lui-même cet homme qui «vend» deux millions «d'entrées payantes» par année pour ses spectacles et 700000 disques, ce dernier chiffre représente, dit-il, «plus de voix que n'en ont recueilli ensemble, lors des dernières élections présidentielles.MM.|ean-|acques Servan-Schreiber et Lecanuet».\u2014 Dans l'histoire de France, Coluche, il semble qu'il y ait toujours une histoire de bijouterie.Au début de la colonie, au Canada, les Français soudoyaient les Indiens avec de la verroterie, puis vint l'affaire du collier de la reine; maintenant on parle des diamants de Boka
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