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Titre :
Parti pris
Éditeur :
  • Montréal :Revue Parti pris inc. ,1963, oct. (no 1)-1968, été (vol. 5, no 9)
Contenu spécifique :
Août - Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
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Parti pris, 1965-08, Collections de BAnQ.

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non pas que nous ayons changé d’idée, loin de là.Mais cette fois, ce n’est pas simplement les quelques rédacteurs d’une revue qui expriment leurs idées, c’est un mouvement politique organisé et actif qui y définit scs positions.En effet, l’appel de l’an dernier a été entendu.Les gens qui y ont répondu ont formé le Club parti pris auquel se sont joints depuis juin dernier Révolution Québécoise le Groupe d’Action Populaire la Ligue Ouvrière Socialiste et qui vient de se transformer en organisme autonome, bien plus important que la revue qui a été l’occasion de sa naissance. mouvement de libération populaire Durant cette année, il y a eu du bon travail de fait.Travail d’organisation, d’abord, à l’intérieur du mouvement lui-même; et aussi action politique proprement dite, le Mouvement de Libération Populaire-Parti Pris ayant participé à de nombreuses manifestations, ayant organisé des assemblées publiques et privées, des cours de formation, etc.De cette action, il sera question ailleurs dans le présent numéro; si nous la mentionnons ici, c'est pour bien indiquer la portée de ce manifeste.Les idées que nous allons exposer ici ne sont pas des thèmes de contemplation intellectuelle; c’est l’action qu’elles inspirent qui leur donnera leur poids.Ce manifeste est à la fois un instrument pour les militants, et une déclaration publique d’intentions.11 nous engage, de la façon la plus concrète.Cependant, nous avons tenu, cette année encore, à ce que son titre soit qualifié de façon à en faire clairement un manifeste annuel, temporaire.C’est que d’une part nous ne prétendons pas avoir des réponses toutes faites à tous les problèmes, et ne voulons présenter ici que les points qui nous semblent acquis; et que d’autre part le M.L.P.se définit comme un mouvement qui veut “former des militants en vue de la création d'un Parti révolutionnaire”, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore ce Parti.Si nous tentons de rassembler l’avant-garde révolutionnaire, nous ne sommes pas encore la force qui fera la révolution.C’est seulement le jour où cette force sera organisée qu’un manifeste valable à plus long terme sera produit.Pour l’instant, nous voulons dire comment nous voyons la situation, quels sont nos buts, comment nous comptons les atteindre, et ce que nous voulons faire durant l’année qui vient.Dans une partie, nous rappellerons pourquoi nous disons que le Québec est un pays colonisé; et nous verrons quelles son*, les forces, les classes en présence à l’intérieur de cette situation, et comment évolue leur rapport.Nous dirons ensuite quels sont nos objectifs, quelle est selon nous la l’éliminer la colonisation et l’exploitation; nous exposerons les caracté- façon d ristiques de la révolution à faire au Québec; et nous proposerons quelques mesures essentielles qui nous semblent urgentes.Enfin, nous dirons quels moyens nous croyons qu’il faudra prendre pour que le pouvoir passe aux mains des classes laborieuses.Pour cela nous examinerons la conjoncture pour voir si nous sommes actuellement en période révolutionnaire, et quels sont les éléments qui manquent pour qu'elle le soit, si elle ne l’est déjà.Nous verrons les moyens d’action que nous voulons prendre pour rendre la révolution possible, quelles méthodes de lutte et d’organisation peuvent y conduire, et lesquelles nous entendons utiliser à court terme.Enfin nous montrerons que le Parti révolutionnaire sera de toute façon le véhicule de cette lutte, et nous dirons comment nous voulons le créer, l’organiser, et quelles sont les caractéristiques d’un tel parti.domination colonialiste et impérialiste A regarder le Québec, on découvre rapidement les grandes lignes de sa situation: que la grande majorité de sa population est formée par un groupe national différent du reste de l’Amérique du Nord; que, économiquement le Québec est défavorisé par rapport au reste de l’Amérique du nord, et la majorité française par rapport à sa minorité anglo-saxonne; que ce pays est sous la dépendance politique du gouvernement d’Ottawa, lequel échappe à son contrôle; et enfin que l’économie y est nettement contrôlée par la minorité anglo-saxonne.Cette situation, nous disons que c’est celle d’un pays soumis au colonialisme et à l’impérialisme.Depuis deux ans, nous en avons abondamment parlé dans la revue, plusieurs livres, plus ou moins heureux selon le cas, ont été publiés sur la question, et l’opinion y est assez sensibilisée pour que meme le parti au pouvoir fasse campagne avec le slogan “Maîtres chez nous”; nous croyons donc pouvoir nous dispenser d’insister sur cet aspect de la question.Revenons cependant sur chacun des points énumérés ci-dessus, afin de les clarifier.D’abord, que les Canadiens-français forment une nation.La communauté de langue, de culture, d’origine, de religion môme dans une large mesure, et surtout l’existence d’un sentiment d’appartenance nationale bien identifié suffisent à le montrer.Bien sûr, des membres de cette nation habitent hors du territoire actuel de la province de Québec, mais cela ne change rien au fait qu’il s’agisse d’une nation.L’existence des minorités poserait plutôt le problème de la définition du territoire national réel, voilà tout.Que le Québec soit économiquement défavorisé dans sa situation actuelle, des statistiques bien connues le montrent.Le revenu moyen y est de 23% inférieur à celui de l’Ontario, par exemple: le revenu moyen de l’agriculteur québécois est de moins de $2,001) annuellement, alors que celui de l’agriculteur de l’ouest canadien est de plus de $5,000.Le taux de chômage du Québec est toujours plus élevé que celui de l'ensemble du pays.Et ainsi de suite.Cela s’explique dans une large mesure par un marché de type colonial, où le Québec a été spécialisé dans la production soit de matière première ou de produits de base (alimentation, cuir, textiles, eic), alors qu’il doit importer une grande partie des produits manufacturés, qu’il utilise automobiles, appareils électriques, machinerie lourde, etc).Cette situation de sous-développement par rapport à l’Amérique du Nord, et au reste du Canada s’explique par le fait que ’économie du Québec est contrôlée de l’extérieur: plus des trois quarts des capitaux qui y sont investis et qui fondent son économie sont des capitaux étrangers au Québec, contrôlés par des Canadiens ou des Américains.La nation québécoise vit dans un pays qui ne lui appartient pas, dont elle est dépossédée.Cette domination économique a pour corollaire — et en partie pour cause — une domination politique.Cela a commencé par un événement dont le sens est clair: une conquête militaire.Les différents régimes qui ont suivi, jusqu’à r“Union” des deux Canadas et à la Confédération actuelle représentent diverses modalités selon lesquelles cette donnée fondamentale (la conquête) se manifeste.Le régime actuel donne à un gouvernement central dominé par une majorité anglo-saxonne, descendante des conquérants, tous les pouvoirs qui permettent à un Etat d’organiser son économie.La nation québécoise, à cause de la Confédération, n’a pas le contrôle de sa vie politique, ni économique.C'est là tin fait primordial; et il faut noter que la Confédération est le cadre dans lequel s’exercent toutes les dominations dont souffre le Québec.Ainsi, s’il est juste de dire que ce sont autant sinon davantage des capitaux américains que des capitaux canadiens qui contrôlent notre économie, il faut remarquer que les intérêts américains ne s’imposent pas à nous directement, mais par l’intermédiaire du pouvoir d’Ottawa.C’est en sc sens que le Québec est colonisé; parce qu’une nation contrôle ses destinées de l’extérieur par le pouvoir gouver- V nemental.Quant à l’impérialisme américain, tous les pays non socialistes ont aujourd’hui à en souffrir à différents degrés; le Québec à cet égard n’est pas un cas particulier.Mais ce qu’il importe de dire, c’est qu’avant même de pouvoir s’attaquer à ce problème, il lui faudra se défaire d’une domination politique coloniale qui lui enlève même tout pouvoir de décision quant à l'attitude à adopter devant l’invasion économique américaine.Cette situation de domination coloniale a des conséquences graves; d’une part sur les structures sociales du pays, et puis sur notre culture nationale.Au niveau économique et social, toutes les grandes entreprises étant possédées ou contrôlées par les étrangers sont dirigées, gérées par leurs “représentants", les membres de la minorité anglo-saxonne.Presque tous les postes de commande sont occupés par des anglophones, les francophones ayant les emplois les moins élevés et les moins rémunérateurs; traditionnellement, ceux qui s’élèvent dans l’échelle sociale le font dans les “professions libérales", ce qui montre bien que ces cas individuels ne changent rien à la répartition de l'emploi au niveau collectif.Le résultat, c’est qu'il y a au Québec deux collectivités distinctes; même leurs lieux d'habitations sont séparés et la minorité anglo-saxonne vit dans des quartiers riches, et n’a que peu de contacts avec la “population indigène".Au niveau culturel, ces structures entraînent que l’anglais est souvent la langue de travail du travailleur français; la langue et la culture nationales sont défavorisées, et par le fait même elles se détériorent constamment.Mais ces premières indications ne sauraient être suffisantes.La domination coloniale, c’est-à-dire le fait que le peuple québécois soit dépossédé au profit d’étrangers et d’une minorité qui représente des intérêts étrangers, est assez claire.11 nous reste à voir selon quelles structures cette domination s’organise, quel est le rapport entre elles des différentes classes qui composent le Québec.les classes au Québec Certains ont prétendu récement que les classes sociales n’existaient pour ainsi dire pas au Québec; selon eux, il faudrait plutôt parler de “classe ethnique" 6 • en ce sens que les rapports de production, et l’exploitation seraient organisés en fonction de la présence des deux nations; et que les groupes qui auraient des intérêts en commun et un sentiment d’appartenance commune seraient d’abord les nations.Nous croyons en effet que le facteur natioal est important pour expliquer le Québec, mais qu'il ne saurait suffire à lui seul.Entre l’habitant d’Outremont et celui de Saint-Henri, même s’ils sont tous deux membres de l’ethnie québécoise-française, il y a tout de même des différences, dont eux-mêmes sont bien conscients; et quand Jean Lesage parle des non-instruits, il veut se distinguer d’eux, indiquer qu’il appartient cà un autre groupe; ces différenciations, c’est en termes de classes sociales qu’elles s’expliquent.Les groupes qui composent une société sont très nombreux; on peut parler de groupes professionnels, de groupes d’âge, de groupes géographiques (village, quartier), etc.Quand nous parlons de classe, il s’agit de groupes à la fois plus vastes, plus importants et parfois moins immédiatement .apparents.Sans entrer ici dans tous les problèmes que pose la définition des classes sociales, disons simplement que ce qui nous semble essentiel dans cette définition, c’est que les différentes classes jouent des rôles différents dans la production des biens et dans leur propriété; «à cela viennent s’ajouter d’autres facteurs importants: différences de revenus, de mentalités, etc.Mais c’est toujours le facteur économique (leur rôle dans la production) qui permet de définir les classes; cela se ramène à une grande idée de base: il y a des gens qui n’ont que leur travail, et qui doivent se louer eux-mêmes comme force de travail pour vivre; et d’autres, les capitaux qui leurs permettent d’acheter le travail des autres et d’en faire leur profit.Sur ces bases, nous croyons pouvoir définir dans la société québécoise trois grandes classes: les travailleurs, la petite-bourgeoisie, et la grande bourgeoisie.Voyons d'abord ce que nous faisons entrer sous chacun de ces trois termes.Les travailleurs, sont tous ceux qui ont à offrir leur force de travail; le plus souvent, ils sont salariés, quoique dans certains cas ils soient payés autrement (commissions, etc.); ils ont tous en commun aussi le fait d’être exploités en ce sens que le produit de leur travail vaut plus que ce qu’on leur en paie, la différence (plus-value) étant la source du profit de leurs employeurs.Nous employons le mot “travailleur”, et non le mot ouvrier pour indiquer que des gens de plusieurs catégories autres que les ouvriers industriels font partie de ce prolétariat moderne.Nous distinguons parmi les travailleurs trois grandes catégories: travailleurs ruraux, ouvriers, et “collets blancs”. Parmi les travailleurs ruraux, viennent au premier chef les agriculteurs; en effet, de plus en plus nombreux sont ceux qui ne possèdent ni leur terre, qui est hypothéquée, ni leurs instruments et machines agricoles, qu’ils achètent à crédit, et qui appartiennent donc aux “compagnies de finance".Un certain nombre de cultivateurs doivent être classés parmi les propriétaires terriens, ce sont ceux qui ont de grandes fermes où ils emploient une main-d’oeuvre nombreuse.Mais nous croyons pouvoir dire que la “classe paysanne” traditionnelle est en pleine transition, et que de plus en plus les agriculteurs se rapprochent, par leur rôle dans la production et leur mentalité (vg.le syndicalisme agricole,) des travailleurs.11 faut aussi compter dans cette catégorie des travailleurs ruraux la main d’oeuvre agricole, bien sûr; et aussi des travailleurs du milieu rural non cultivateurs: les travailleurs de la forêt, les pêcheurs, etc.Notons enfin que ces travailleurs sont parmi les plus défavorisés, et que c’est chez eux qu’on trouve les revenus les plus bas.Les ouvriers sont aussi groupés en plusieurs catégories; on peut les classer selon le secteur de l’industrie où ils travaillent: mines, transport, construction, industrie manufacturière, services.Selon ces secteurs les conditions de travail et les salaires sont plus ou moins bons.Mais une autre distinction est plus importante encore, c’est celle qui divise les ouvriers en qualifiés, semi-qualifiés et non-qualifiés.En effet, dans toutes les branches de l’industrie, le travailleur non-qualifié, simple manoeuvre, “journalier”, est le moins bien quai On appelle semi-qualifiés ceux qui, dans l’exercice même de leur travail, ont dû acquérir un certaine habileté, une certaine expérience, mais qui sont limités à ce rôle précis, sans possibilité d’adaptation; les méthodes de division du travail et celles de l’automation ont créé plusieurs de ces cas dans l’industrie manufacturière, entre autres.Enfin, les travailleurs qualifiés ont un véritable métier, appris soit dans les écoles techniques ou par apprentissage: électriciens, plombiers, menuisiers, etc.Quoiqu’ils soient objectivement exploités, leur travail est plus intéressant, plus humain, et leur salaire plus raisonnable; souvent leurs enfants ont la chance de recevoir une instruction plus poussée, et de s'élever dans l'échelle sociale.C'est dans leur cas que le mécanisme de la plus-value et du profit est le plus clair: en effet, l'entrepreneur qui charge tant pour le travail d’un ouvrier qualifié lui paie un salaire horaire bien moindre que ce qu’il charge au client; la différence sert en partie à payer les dépenses de l’entreprise sur le dos de l’ouvrier, et va en partie dans la poche du patron sous forme de profits; exemple très clair de ce qu’est l’exploitation capitaliste.Enfin, faute d’un meilleur terme, nous appelons “collets blancs” des travailleurs dont le travail, pour une très large part, n'est pas manuel.Nous classons sous ce titre les employés de bureaux, sorte de “journaliers” intellectuels, non-qualifiés (commis, etc.) ou semi-qualifiés, (dactylos, etc); aussi les techniciens, employés dans les industries, les hôpitaux, les services: ingénieurs salariés, infirmières, techniciens de laboratoires, etc: et enfin, ceux qu’on peut appeler les “intellectuels”, si on prend ce mot dans son sens le plus large: comptables, traducteurs, journalistes, fonctionnaires, instituteurs.Ces travailleurs, comme tous les autres, n’ont que leur travail à offrir; ils sont tout autant exploités, leurs revenus ne sont pas plus élevés que ceux des ouvriers spécialisés.Si parfois un faux prestige semble attaché à leurs emplois, c’est là une bien illusoire compensation, et d’ailleurs les revendications de ce groupe de travailleurs sont de plus en plus fortes et pressantes.11 y a, c’est une évidence, de nombreuses différences dans les modes de vie, les mentalités et les revenus de ceux qui forment la classe des travailleurs.Ce qui fait d’eux une seule classe, c’est qu’ils jouent le meme rôle dans la production où leur force de travail est exploitée, et qu’ils ont un intérêt objectif commun à ce que cesse cette exploitation.Cette unité, cette intérêt de classe deviennent de plus en plus clairs et conscients à mesure que s’accomplit la prise de conscience des travailleurs; le développement du syndicalisme montre bien que les collets blancs et les cultivateurs, voient de plus en plus ce qui les unit aux autres travailleurs.L’unité de la classe travailleuse n’est pas donnée d’avance, elle est à faire.la grande bourgeoisie En face des travailleurs, qui forment l’immense majorité de la nation, se trouve une classe dont les intérêts sont diamétralement opposés aux leurs.C’est la classe qui joue le rôle complémentaire dans le processus de production capitaliste: celle qui achète le travail des travailleurs et les exploite.La grande bourgeoisie utilise le travail (et le capital des autres pour posséder les moyens de production, ou au moins le contrôle des moyens de production.Cette grande bourgeoisie, c’est celle des grands trusts; elle contrôle d’immenses empires industriels et financiers.Il faut noter à son sujet qu’elle peut s’assurer le contrôle effectif de grandes entreprises, sans en avoir la “possession” officielle: ainsi, il suffit de détenir un pourcentage fort réduit (10 ou 20%) des actions d’une compagnie pour en contrôler les opérations.De cette façon, le capital des petits actionnaires finit par servir la grande bourgeoisie, et c’est une mystification que de prétendre comme certaine idéologie veut nous le faire croire, qu’“aujourd’hui, tout le monde est propriétaire d’une partie des grandes compagnies”.Ce qui compte, c’est ce contrôle de toute la vie économique par une infime minorité.La grande bourgeoisie a un caractère monopolistique si poussé qu’on peut affirmer que quelques centaines de personnes à peine, constituant ce qu'on appelle “l’élite du pouvoir”, en font partie.11 s’agit vraiment d’une classe très fermée; presque tous les grands capitalistes sont de la même origine sociale, ont fait leurs études dans les mêmes grandes écoles, appartiennent aux mêmes clubs privés, siègent sur les conseils de direction des hôpitaux, Chambre de Commerce, Société Philanthropiques.Ces hommes partagent entre eux les directorats des grandes compagnies, se retrouvent d’un conseil d’administration à l’autre, formant un réseau serré et bien conscient de ses intérêts.La grande bourgeoisie qui domine le Québec est presque entièrement étrangère; ses membres vivant au Québec sont presque tous anglo-saxons.Quant aux quelques individus d'origine canadienne-fran-çaise qui en font partie (environ une cinquataine) ils ont leur réseau social et d’affaires séparé, établissant un empire distinct qui complémente celui du Capital international: dans ce groupe, nous devons inclure le haut-clergé, c’est-à-dire la direction de l’Eglise séculière et des communautés religieuses qui par les importants capitaux qu’elle contrôle et administre, s’inscrit nettement dans le capitalisme financier.Mais c’est là quantité négligeable; si le grand capital canadien-français, comme le français et le belge jouent un certain rôle chez nous, la part du lion revient au capital anglo-saxon, Canadian, britannique et yankee.10 • « la petite bourgeoisie Entre ccs deux classes symétriquement opposées, celle qui doit vendre son travail et celle qui exploite le travail, il en existe une troisième, la petite bourgeoisie, qui s’insère dans les structures établies cl en profite sans les contrôler.Cette classe exploite son propre travail (pas uniquement, toutefois) eL son propre capital; nous prenons ici le mot capital en son sens le plus large, celui de possession qui rapporte: ainsi l'instruction, l’origine sociale, le fait d’avoir “des relations”, tout cela sert de capital au petit bourgeois.Nous incluons dans cette classe les “professionnels”, les commerçants, les petits industriels, les “managers”, les petits propriétaires terriens, et le bas clergé.Chacun de ces cas est assez particulier; le “professionnel” a comme capital son instruction, et l’utilise pour se donner, en travaillant à son propre conipLe, des revenus bien supérieurs à la moyenne; les commerçants et petits industries utilisent un capital initial et aussi le travail d’au moins quelques employés, mais il ne participent tout de même pas au réseau de la grande bourgoeiosic; les “managers”, c’est-à-dire les s de services des grandes entreprises, sont des salariés, mais leur parti-à la direction est si importante, et leur “salaire” si élevé qu’ils doivent être comptés comme bourgeois; quant au bas clergé, sans avoir beaucoup de biens en sa possession, c’est son rôle social, idéologique et culturel qui le classe bourgeois.Ce que tous ces groupes ont en commun malgré leurs dissemblances, c’est de profiter de la situation, de façon individualiste; et de réussir d’une façon ou d’une autre à échapper à l’exploitation, sans participer au contrôle de l’économie: ils prennent leur bien où ils le trouvent, tout simplement.Cette question des classes mérite d’être approfondie; il faut se demander combien de gens font partie de chacune, quels sont leurs revenus, quelles sont les différences entre les divers groupes qui composent une même classe, etc.U serait cependant trop long d’entrer dans tous ces détails ici, (1) et nous voulons simplement ajouter une idée: c’est qu’au Québec et en cette seconde moitié du XXe siècle, si l’image que nous venons de tracer des rapports de classe est juste dans ses grandes lignes, les choses deviennent extrêmement complexes.En effet, la mobilité occupationnelle est très grande, d’une génération à l’autre, on peut directeur ci pat ion • II passer d’une classe à une autre; et le même individu peut vivre un tel changement: ainsi plusieurs ingénieurs ou architectes qui sont devenus des travailleurs salariés, ou à l’inverse, des ouvriers qualifiés, qui deviennent entrepreneurs, engagent des employés et se transforment en petits bourgeois, etc.D'autre part, il y a bien des cas où il est difficile de tracer une ligne de démarcation exacte entre les diverses catégories qu nous avons mentionnées: l’électronicien, ifié, ou un “technicien" ?Et où au juste eur de bureau intellectuel, le cadre, et le “manager" ?Quand on veut penser en termes individuels, il est très difficile parfois d’assigner un individu à une catégorie.Nous ne croyons pas que cela infirme notre analyse, puisque justement c’est cette perspective des cas individuels ur identifier la réalité des classes.Mais il faut éviter voir que ce rapport de classes est une réalité sans cesse mouvante; ce que nous venons d’en voir, ce ne sont pas des données statiques: tout cela est sous tension, cl ces rapports sont susceptibles de changer à cause de la lutte qui opjx>se les classes les unes aux autres.Cette tension, cette continuelle évolution des structures de classes apparaît d’ailleurs clairement dans leur rapport actuel, dont nous allons aborder maintenant l’étude.qu’il faut dépasser po le schématisme, et bien par exemple, est-il un ouvrier qua se fait la différence entre le travail les rapports de force entre les classes Nous avons vu que la grande bourgeoisie, “élite du pouvoir", contrôle largement l’ensemble de la vie économique du Québec.11 est important de voir qu’il en est de même de la vie politique.Officiellement, bien sûr, nous vivons en régime démocratique.Mais cette démocratie est faussée à la base, elle est purement formelle.Le supposé pouvoir du “peuple souverain” n’a rien à voir avec la vie quotidienne réelle: le travailleur ne peut qu’agir faiblement sur l’organisation du travail et l’orientation de l’économie à travers le syndicalisme.Ses droits “démocratiques" se résument à pouvoir déposer un vote pour un ou l’autre de deux partis qui sont du pareil au même.En effet, le système repose sur les grands partis, qui sont des organisations de politiciens professionnels, voués aux intérêts de la bourgeoisie.Comment pourrait-il en être autrement?12 • Les élections se gagnent à coup de propagande de niasse, quand ce n'est pas de patronnage; une campagne électorale coûte des millions.Seule la grande bourgeoisie capitaliste est en mesure de garnir les caisses électorales des partis.Et les hommes au pouvoir sont bien forcés d'accepter les volontés de ceux qui les y ont mis.D'ailleurs le choix qu’on nous propose est la plupart du temps insignifiant, puisque les partis qui s’affrontent ont des programmes et des idéologies semblables.Aucun ne propose d’abolir le pouvoir de la grande bourgeoisie, de changer le mode de production, de transformer le système politique, et pour cause: ils en vivent.Au niveau politique aussi, si la grande bourgeoisie n'exerce pas officiellement le pouvoir, elle en possède au moins le contrôle.Mais la petite bourgeoisie joue aussi un rôle important au niveau politique: elle fournit la plupart des hommes qui y jouent un rôle: politiciens et grands fonctionnaires tout aussi bien.Et c’est elle qui anime plusieurs des “corps intermédiaires”.Or il s’est produit depuis quelques années un changement important au Québec: ce ne sont plus tout à fait les mêmes couches de la petite bourgeoisie qui détiennent le pouvoir politique, même si le contrôle de la grande bourgeoisie étrangère demeure.Ce changement dans les rapports tie classe au Québec constitue le fondement de ce qu’on a appelé la révolution tranquille.L’industrialisation accrue du Québec, l’apparition d’une grande bourgeoisie autonome, même si elle est à peine naissante et assez peu importante, la volonté de certaines parties de la petite bourgeoisie de participer à ce mouvement, voilà les éléments de base de ce changement.Il a entraîné, de la part de la grande bourgeoisie autochtone et de ces parties “progressistes” de la petite bourgeoisie, la volonté de passer à une forme nouvelle d’organisation de l’économie québécoise: le néo-capitalisme.Dans ce mouvement, c’est la petite bourgeoisie traditionnelle qui est vouée aux transformations les plus radicales.En effet, les petites entreprises sont menacées par la montée des grands monopoles, les entreprises “familiales” sont vouées à être submergées.La réaction des plus clairvoyants d’entre les petits bourgeois a été de s'adapter; leur moyen: ce nco-capitalisme, où ils utilisent l’Etat pour se donner des moyens et une force qu’ils n’auraient pas autrement.En effet, la bourgeoisie québécoise n’est pas de taille à s’imposer face au géant qu’est le capital américain et Canadian.Mais par diverses mesures, comme la prise en charge ou la mise sur pieds de certains secteurs essentiels mais déficitaires au moins à court terme de l'industrie et de l’économie, comme l'électricité, la sidérurgie, la Société Générale de Financement, par ces diverses mesures, l’Etat peut • 13 jouer un rôle de suppléance, ou mieux de soutien de cette nouvelle bourgeoisie.Cette idée de néo-bourgeoisie exprime en outre le fait que la grande bourgeoisie canadienne-française a remplacé la petite bourgeoisie comme représentant du capital nord-américain, et qu'elle s’est alliée certains secteurs de la petite bourgeoisie pour se renforcer.La petite bourgeoisie est donc entrée dans une phase de transition.Certains de ses membres veulent s’adapter, et passent du côté de la néo-bourgeoisie.D’autres, au contraire, évoluent dans la direction inverse et passent du côté des travailleurs: il en est ainsi par exemple de plusieurs “professionnels”, cpii se syndicalisent, tels les ingénieurs; cela sera de plus en plus vrai avec la socialisation de certaines professions, telle la médecine.Certains acceptent ces changements, les provoquent même; mais certains au Lies ne sont pas en situation de pouvoir le faire: les petits commerçants, les petits entrepreneurs, n’ont pas intérêt et ne peuvent passer du côté des travailleurs, et sont incapables de s’agrandir assez pour s’adapter aux nouvelles structures; ils finissent ou bien par être rejetés malgré eux parmi les travailleurs, ou bien par être englobés par des concurrents plus gros, dont ils deviennent les employés, ce qui revient au même.Quoiqu’il en soit, cette classe se transforme rapidement, et elle est de plus en plus mise en question sous sa forme traditionnelle, et ce par certains de ses membres eux-mêmes, qui profitent du changement.Quant à la grande bourgeoisie étrangère, son pouvoir n'est pas vraiment mis en question par cette montée de la néo-bourgeoisie.En effet, celle-ci ne lui est pas antagoniste, ne s’oppose pas à elle: elle veut simplement jouer son rôle, prendre sa part du gâteau.Faire une certaine concurrence au capital étranger, pour la néo-bourgeoisie, ce n’est pas s’y opposer, c’est simplement le moyen de s’insérer dans le réseau international du Capital.Finalement, les deux sont plutôt complémentaires qu'antagonistes.C’est pourquoi le grand capital américain ne semble pas s'inquiéter outre mesure de ces changements; son attitude en est une d'expectative.Bien sur, il défendra ses intérêts, les rappellera au gouvernement québécois au moment où celui-ci a besoin de lui faire des emprunts.Mais d’autre part, de grandes industries américaines n’hésitent pas à venir s’installer chez nous, prouvant que l’avenir leur apparaît assez sûr.Quant aux travailleurs, s’ils n’ont rien perdu à ce déplacement des forces, ils n'y ont guère gagné non plus, du moins dans l’immédiat.Mais certaines mesures sociales: hospitalisation et éducation partiellement gratuites, par exemple, leur sont précieuses, et d’autre part certaines nationalisations pourront jouer en leur faveur à long terme.Les travailleurs ont appuyé le nouveau régi- 14 • me, qui a été élu surtout grâce au voie des centres urbains industriels.Mais ils sont encore perdants, malgré certains gains marginaux: les déplacements qui se font parmi les exploiteurs ne changent pas grand’chose au sort des exploités.Des études récentes montrent que les besoins et les désirs des travailleurs ne sont pas satisfaits par le niveau de vie qu’ils atteignent.La situation les laisse pleins d’exigences et de revendications, qui seront le moteur de changements futurs.De cela, nous reparlerons plus bas, mais il nous faut d’abord tirer des conclusions sur ce que nous avons dit de la structure et du rapport des classes, voir quelles sont les conséquences, pour la majorité travailleuse, du système actuel.exploitation et aliénation des travailleurs Le régime néo-capitaliste en est un de production et de consommation de masse.11 coincide avec la prédominance des méthodes de production de plus en plus automatisées, et une concentration de plus en plus poussée des pouvoirs économiques entre les mains de grands trusts, de la grande borgeoisie étrangère et de la néo-bourgeoisie québécoise.Ces classes contrôlent non seulement les moyens de production, mais aussi les systèmes de distribution des biens, et les institutions financières, entre autres le crédit.De plus, par les techniques de diffusion, la publicité peut même contrôler ou en tout cas orienter les besoins et les habitdes des consommateurs.Au niveau économique, les travailleurs sont donc exploités et aliénés d’abord dans la production.Nous avons vu comment les profits des capitalistes viennent d’une partie du travail.En plus, les travailleurs n’ont aucun contrôle sur la production : tout est orienté en fonction du profit, et non pas des besoins des travailleurs.C’est dire que le produit de leur travail leur échappe, leur est étranger, et peut même être contraire à leurs intérêts.En plus, leur travail lui-même est le plus souvent déshumanisé, l’automation fait qu’ils deviennent esclaves des machines, des normes: très souvent le travailleur ne fait qu’un travail parcellaire, sans même savoir à quoi sert le geste qu’il pose; 15 c'est un travail dont il ne peut tirer aucune satisfaction.Le travailleur est totalement exclu des décisions quant à ce qui est produit, à combien on en produit, et à la façon dont on le produit : il est réduit au rôle d’instrument passif.Dans la consommation, il est à nouveau exploité et aliéné.Aliéné, parce que la publicité et les techniques de diffusion de masse arrivent à lui imposer de faux besoins, à lui montrer sans cesse des images qui créent des aspirations qu’il ne peut assouvir, qu’en se privant de besoins essentiels; ainsi l’automobile est privilégiée plus que l’éducation.Tous ces besoins, créés de l’extérieur en font un être extéro-conditionné, aliéné.Et pour les satisfaire ,il est forcé de recourir au crédit; on lui impose des taux d’intérêt usuraires, on l’exploiie une fois de plus; cela est d’autant plus grave qu’entre son travail et le moment de l’achat, le produit a passé par les mains de toute une série d’intermédiaires, véritables parasites, qui ont fait augmenter son prix pour prendre leur profit, sans y ajouter quoi que ce soit.Enfin, cette exploitation du travailleur par les profits soutirés par la bourgeoisie au moment où il produit et au moment oit il achète, est d’autant plus grave qu’une grande partie de ces profits ne restent même pas au Québec : ils sont empochés par les étrangers qui contrôlent notre économie.De la même façon, nos richesses naturelles sont exploitées et subissent une déprédation sans vergogne par le capital étranger qui se les approprie pour des prix ridicules, avec la complicité des régimes au pouvoir.i Au niveau politique, nous avons vu comment le pouvoir de l’Etat, par le jeu de la démocratie formelle, est confisqué à leur profit par les classes dominantes; si on ajoute qu’en plus les pouvoirs politiques les plus importants sont détenus par le gouvernement d’Ottawa dont le contrôle par la nation canadienne défavorise la nation québécoise au point de départ; si on ajoute que même ce gouvernement d’Ottawa est soumis à des pressions venant de Washington et du capital américain, on voit qu’il ne reste pas grand pouvoir dans les mains des travailleurs québécois.En fait, ils sont en définitive exclus de la vie politique; leur rôle est purement passif, ils ne peuvent voter que pour essayer de choisir le moindre d’entre deux maux; mais sur les grandes décisions économiques, sur l’orientation de la politique, ils ne sont jamais consultés.Ils ne dirigent pas le pays qu’ils construisent, ils ne peuvent que lui choisir comme dirigeants des hommes qui sont tous au service des mêmes intérêts.16 • Finalement, cette situation a des conséquences graves au niveau culturel.L'infériorité économique des francophones entraîne la dépréciation de la langue et de la cuti turc nationale; la langue de ceux qui dominent s’impose au niveau du travail eL des affaires, elle domine par les moyens d’information, s’impose même parfois dans les manuels scolaires, etc.Résultat : le travailleur québécois est divisé, déchiré entre deux langues et deux cultures, il y a des vastes domaines de la réalité qu’il ne peut plus nommer dans sa langue maternelle (entre autres la technique, par le fait même qu’elle est technique de l’autre); aussi sa langue s’atrophie, ses possibilités d’expression se réduisant, il en arrive au “jouai”, langue en décomposition.A force de vivre dans un monde qui ne lui appartient pas, il en vient à ne même plus pouvoir nommer ce monde.Cela entraîne un sentiment d’humiliation, d’infériorité, qui est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’insister.Le colonialisme, nous l’avons souvent expliqué, amène la désintégration de la personnalité du colonisé.Cela se manifeste entre autres par une stagnation de la culture nationale, une régression vers des valeurs-refuges : traditionnalisme, ritualisme, etc., un pouvoir très grand d’un clergé réactionnaire, dont nous commençons à peine nous libérer aujourd’hui.Cette pression de la culture dominante sur notre culture nationale est d’autant plus grave que c’est la “culture de masse” instaurée par le grand capitalisme américain qui nous agresse.Cette “culture de masse”, c’est plutôt une exclusion des masses de la culture; le grand capital contrôle les moyens d’information, et les oriente, ne nous livre qu’une information tronquée et souvent truquée; il contrôle aussi l'industrie des divertissements, et par le cinéma hoolvwoodien, la création de “stars” du film ou de la “chanson”, il impose des loisirs passifs, abêtis, réduits à la banalité la plus désolante.Finalement, on assiste à un dédoublement de la culture : les masses sont endormies par les mass-media, leurs exigences désamorcées par un flot d’images à.tendance uniformisante, désindividualisante; le conformisme leur est d’une certaine façon imposé; D’autre part, la “culture”, l’accès au savoir scientifique et à l’humanisme est réservé à une minorité qui forme une “élite”, qui s'insère dans l’élite du pouvoir économique, et ça sert.La culture devient une affaire de classe; ce qui, chez nous s'incarne dans la différence entre les films américains “doublés” des salles de quartier, et les divertissements huppés que les bourgeois se paient à la Place des Arts.Les biens culturels que produit la civilisation moderne sont réservés à la classe dominante, et les masses sont assommées, endormies avec des sous-produits.Cela ajoute encore à l'infériorisation du • 17 travailleur québécois, et d’autant plus que l’idéal que lui présente cette culture de masse est justement celui qui nie sa langue et sa culture.Exploité comme producteur et comme consommateur, exclu des décisions tant poli tiques qu’économiques, agressé dans sa langue et sa culture, le travailleur québécois participe d’une certaine façon de la prospérité nord-américaine (son statut est enviable si on le compare à celui du travailleur des pays en voie de développement; mais il n’y participe que comme un être de seconde zone, comme un domestique qui mange dans la cuisine des maîtres.De son confort relatif, il est colonisé, exploité, infériorisé.la conjoncture actuelle: un nouvel affrontement Nous avons indiqué rapidement quelles sont les trois classes en présence au Québec, et quel est le déplacement récent dans leurs positions respectives qui a engendré la “révolution tranquille”.Sous l’influence d’une grande bourgeoisie nationale embryonnaire et des couches “progressistes de la petite bourgeoisie, nous avons assisté à l’émergence d'un Etat national qui avec ses moyens limités tente de jouer un rôle de suppléance et de soutien à l’égard de cette néo-bourgeoisie, en adoptant une politique qui favorise le néo-capitalisme.Le premier moment de cette “révolution tranquille” a donc vu la montée de la néo-bourgeoisie; la mise en question de la petite bourgeoisie traditionnelle qui entre dans une phase de transition; une attitude d’expectative de la part du grand capital américain, et une crainte de plus en plus grande de la part du pouvoir canadien.Quant aux travailleurs, dans ce premier moment, ils ont appuyé le régime libéral qui en a été l’incarnation.Ce premier moment a vu se mettre en place une nouvelle répartition des forces politiques et sociales.Passons rapidement en revue les divers organismes qui détiennent et orientent les forces politiques, pour voir ce qu’ils représentent.Nous avons déjà vu que la grande bourgeoisie exerce une sorte de contrôle des partis politiques, par le moyen des finances.Mais, sous ce contrôle, 18 • les partis demeurent des représentants de la petite bourgeoisie, par les hommes qui en font partie, et par leur clientèle.Le parti Libéral est le représentant et l'instrument de la bourgeoisie nouveau style, de celle qui fait le passage au néo-capitalisme; l’Union Nationale, au contraire, malgré les airs progressistes qu’elle tente de se donner, incarne la petite bourgeoisie conservatrice, celle qui tente de conserver les structures antérieures; quant au Crédit Social, il représente les parties les plus réactionnaires de la petite bourgeoisie, surtout en milieu rural, il a l’appui de ceux que menace l’évolution récente, qui sont voués à disparaître, qui se sentent rejetés parmi les travailleurs et le refusent.Le vote créditistc, bien qu’il ait un sens de refus et de mécontentement, est fondamentalement réactionnaire, il est le fait de ceux qui voudraient revenir en arrière.Le R IN n’a pas grand fondement en termes de classe, il ne sait trop sur qui s'appuyer : il esl plus revendicateur que le parti au pouvoir, bien sûr, mais demeure bourgeois, et ne réussit pas à s’unir aux intérêts des travailleurs.Malgré de réelles tentatives : il reste donc en l’air.Cela est aussi le cas du NPD et du PSQ, partis formés surtout d’intellectuels, frange progressiste de la néo-bourgeoisie, qui affirment prendre les intérêts des travailleurs, mais ne parviennent pas à les rejoindre réellement.A l’intérieur des associations économico-sociales, comme les SSJB, les Chambres de Commerce, l’OJC, les coopératives, les caisses populaires, organisations qui ont traditionnellement été aux mains de la petite bourgeoisie, on voit partout le même affrontement.Les parties traditionnalistes, réactionnaires de la petite bourgeoisie y sont aux prises avec scs éléments les plus progressistes, néo-bourgeois.Sur la question nationale, entre autres, ces oppositions sont très vives, et on a vu plusieurs organismes se scinder, comme la SSJB et la SNP, et les Chambres de Commerce des jeunes.Nous croyons que la situation est telle que la faction “progressiste” a le plus de chances de l’emporter, parce que fondée sur l’évaluation des forces productives.C’est cette faction progressiste qui s’allie à la grande bourgeoisie pour former la néo-bourgeoisie; la grande bourgeoisie s’est constituée surtout depuis la dernière guerre, et en 1960, son pouvoir économique étant assez fort, elle a supplanté politiquement (sautant sur l’occasion offerte, la mort de Duplessis) la petite bourgeoisie, et l’a divisée en deux camps en s’attachant certaines factions.La même chose est visible dans les “corporations” (associations professionnelles :) les ingénieurs, d’une part, décident de se syndicaliser; mais dans d’autres professions fermées, où chaque nouveau venu est un concurrent, les associations comme le Collège des médecins, le Barreau, la Chambre des No- • 19 taires, en limitent l’accès, et font tout ce qu’ils peuvent pour sauvegarder leurs privilèges.A mesure que les professions seront socialisées, les mêmes affrontements s’y produiront.Enfin, les seules organisations qui soient aux mains des travailleurs sont les syndicats.Encore qu’une certaine influence petite-bourgeoise s’y fasse sentir, entre autres au niveau des cadres qui sont souvent d’origine petite bourgeoise, et à cause de la syndicalisation de certains “ex-professionnels”, dont on ne sait pas trop bien ce que sera leur action.La FTQ, qui jouissaient de certains appuis sous le régime duplessiste, est marquée de certaines ambiguités depuis qu’elle est plus suspecte au niveau régime.Elle est souvent plus revendicatrice, verbalement, et d’autre part, surtout quant à la “question nationale”, ses positions ne sont pas très claires.LA GSN, elle, à certains moments a été en collusion avec le régime Libéral; d’autre part, la vague nationale la pousse, elle progresse rapidement, et dernièrement, elle a même semblé prendre un tournant important en se politisant, en débordant les cadres du syndicalisme d’affaires.Elle pourrait devenir une force politique importante dans les mains des travailleurs.Remarquons enfin que les pressions de la base pourront bien rendre le syndicalisme de plus en plus agressif, plusieurs cas récents, comme la grève des postiers et des employés du port de Montréal montrant que les syndiqués sont souvent en avance sur leurs chefs.Malheureusement, l’action des syndicats se trouve grandement compromise par les luttes intersyndicales violentes que se livrent les dirigeants des deux centrales.Mentionnons aussi l’UCG, où un net renouvellement se manifeste sous l’influence des cultivateurs les plus “gros” et progressistes, qui y deviendront de plus en plus importants au détriment des petits cultivateurs, dont les fermes ne sont pas rentables, et qui sont voués à la disparition, ou plutôt à devenir des travailleurs industriels.Et enfin, il faut parler des mouvements étudiants, qui ont fait preuve ces dernières années d’un dynamisme nouveau et impressionnant; ce dynamisme, cependant, vient de la tête et non de la base, et à l’heure actuelle le mouvement semble hésiter entre une certaine stabilisation pour consolider les victoires acquises, ou une évolution de plus en plus rapide, qui le rendrait vraiment révolutionaire.20 • le deuxième “moment” de la révolution tranquille Celte revue clés forces en présences nous a apporté quelques éléments nouveaux : le dynamisme des syndiqués, le renouvellement cle l'UCC, la poussée des mouvements étudiants, la présence de petits partis qui assument la lutte nationale ou les revendications des travailleurs.Elle nous laisse entrevoir, sous la transformation des classes dominantes, des changements plus profonds et plus importants.Après la montée de la néo-bourgeoisie, un second moment de la révolution tranquille sc dessine maintenant, il se caractérise par deux phénomènes complémentaires : d’une part, la nouvelle bourgeoisie tend à se stabiliser, à stopper le mouvement, de l’autre, les revendications populaires se font nombreuses et pressantes, exigeant des transformations plus radicales.En effet, ce n’est sans doute pas un hasard que l’expression “révolution tranquille” ait été appliquée pour décrire l’évolution récente du Québec; cette expression, qui est une contradiction dans les termes, recouvre justement une réalité contradictoire.Pour la néo-bourgeoisie, ce qui est important, c’est la tranquillité; jamais n’a-t-il été question pour elle de transformer le système; il s’agissait tout simplement d’un changement de régime, reflétant un changement dans la répartition du pouvoir entre les classes dominantes.Et maintenant que ce nouveau pouvoir est établi, il tend, comme tout pouvoir, à se consolider.Et le régime est prêt à aller fort bien pour arrêter le mouvement qu’il a lui-même mis en marche.Il veut conserver l’état actuel des choses, qui est à son avantage.Aussi, les hommes politiques les plus “progressistes” du régime perdent-ils de leur importance au profit des plus “tranquilles”; aussi d’autre part le régime multiplie-t-il ses attaques contre une presse qui devenait trop critique et libre.La sidérurgie, dont on nous promettait des miracles, est finalement organisée de façon que les ressources de l’Etat soient mises au service de l’entreprise privée; la réfonte de la carte électorale annoncée comme une entreprise sérieuse se transforme en partie en une “gamique” de patro-neux : à ces signes et à plusieurs autres, on reconnaît que le régime se stabilise, qu’il s’encrasse.La néo-bourgeoisie a mis au pouvoir un néo-duplessisme.Et • 21 pour se maintenir au pouvoir, elle est même prête à matraquer quand il le faut.Sa dernière acquisition, M.Wagner, a mis au point la théorie de l”‘Etat protégé”, protégé contre les idéologies subversives, les grèves, les gauchistes, protégé contre les forces qui peuvent menacer le pouvoir de l’ordre établi au profit d’une nouvelle “bourgeoisie-roi-nègrè”.Mais pour accomplir les changements qu’elle désirait, la néo-bourgeoisie a dû utiliser à la fois le sentiment national et le besoin de justice sociale des masses; des slogans comme ‘‘Maîtres chez nous”, certaines paroles d’un René Lévesque ont contribué à faire apparaître des exigences nouvelles.Et surtout, le mouvement qui a porté cette nouvelle bourgeoisie au pouvoir la dépassait, c’était une transformation de toutes les structures de la société québécoise traditionnelle, devenue urbaine et industrielle.Quoi qu’il en soit, une fois la machine mise en branle, elle ne s’arrête pas si facilement.Et M.Wagner a beau perfectionner ses méthodes de ‘‘protection de l’Etat” et M.Lesage scs attaques contre les journalistes, les revendications populaires vont sans cesse en grandissant.La marche des cultivateurs sur Québec et leur menace de refuser de payer l’impôt foncier; le nombre des grèves qui depuis deux ans croissent sans cesse, prennent de l’ampleur, deviennent sans cesse plus résolus; l’expansion et la politisation du syndicalisme au sein de la GSN; le dynamisme et l’agressivité du syndicalisme étudiant, le fait que ceux-ci se considèrent de plus en plus comme des travailleurs; le mécontentement des intellectuels qui critiquent de plus en plus nombreux et de plus en plus sévèrement le régime; la multiplication de petits groupes politiques, plus ou moins importants et radicaux, qui remettent en question l’ordre établi, et dans certains cas même la légalité : tout cela nous montre bien que le mécontentement et les revendications populaires vont sans cesse croissant.Ces revendications vont dans deux directions complémentaires.D’abord, la libération nationale est exigée avec vigueur; ces revendications sont aussi fortes au niveau économique, où on exige le rapatriement des richesses, qu’au niveau culturel, où l'unilinguisme est une demande qui se généralise.Au niveau populaire, ceux qui ne sont pas prêt à exiger la pleine indépendance du Québec veulent au moins lui assurer une marge d’indépendance très large.D’autre part, dans une autre direction, les revendications sociales se durcissent; elles portent sur les conditions de vie, le chômage, la sécurité ou la planification.Au niveau national comme au niveau social, ces revendications vont aller s’amplifiant à mesure que le régime ira se durcissant.Le déplacement 22 • de pouvoir qui s’est produit entre les parties des classes dirigeantes n’était donc Cju’un premier moment de la révolution tranquille.En s’accomplissant, celle-ci débouche sur un affrontement bien plus important.Elle révèle du même coup sa vraie nature : elle n’aura été qu’une période de transition; transition historiquement nécessaire si on veut, mais transition tout de même.Elle portait en soi l’ouverture du conflit fondamental : en se réalisant, elle laisse face a face les classes travailleuses et la néo-bourgeoisie-roi-nègre alliée aux forces coloniales et impérialistes.L’accomplissement de la révolution tranquille, c’est le moment de l’ouverture de la lutte révolutionnaire proprement c i te.Cette lutte qui s’engage ne peut avoir qu’une seule issue satisfaisante, qui est en même temps la seule possible; tant que les classes travailleuses ne se seront pas libérées, en effet, leurs revendications seront toujours aussi fones; cette issue, c’est le remplacement du pouvoir colonialiste et impérialiste, et du pouvoir de la néo-bourgeoisie par le pouvoir des classes travailleuses.Nous croyons que le chemin qui nous conduira là, c’est celui de la révolution nationale démocratique accomplie sous l’impulsion des classes travailleuses.Cette formule est essentielle, elle résume les objectifs révolutionnaires à long terme, le but que nous fixons à notre lutte, à la lutte des travailleurs québécois.Nous allons donc en expliquer les termes un par un, et montrer les implications que nous y voyons.Révolution : en disant que c’est par la révolution que les travailleurs arriveront au pouvoir, nous voulons souligner qu’il ne s’agit pas pour eux d’obtenir des concessions du régime, ni de changer les hommes qui dirigent l’Etat; ils s’agit au contraire de prendre le pouvoir; non pas de mettre la main sur les leviers du pouvoir tel qu’il existe, mais de former un pouvoir nouveau, celui des travailleurs, qui remplacera l’ancien pouvoir.Cela veut ci ire que les travailleurs renverseront l’ordre établi, sans respecter les règles du jeu politique et la légalité bourgeoises; il s’agit de transformer globalement le système.Nationale : la révolution à laquelle doit aboutir la lutte des travailleurs québécoises sera nationale en plusieurs sens.D’abord elle passe par la décolonisation, qui est l’un de ses aspects essentiels, elle est une lutte de libération nationale; dans cette même, il est possible de prévoir que certaines étapes de • 23 la lutte ne seront peut-être pas accomplies par les travailleurs seuls : en ce qui concerne la libération nationale, ils peuvent recevoir l’appui d'autres classes, qui y trouveront momentanément intérêt; ces classes pourront être utilisées, une certaine unanimité nationale pourra se faire durant ccttc étape de la lutte.Enfin, cette révolution sera nationale en ce sens qu’elle devra se fonder sur les caractères propres du peuple québécois; le Québec est un pays à la fois colonisé et industrialisé, il est en cela un cas unique, et aucune idéologie toute faite ne peut lui être appliquée; dans ses pensées, ses méthodes d’action, dans les caractères du socialisme québécois, la classe révolutionnaire aura à inventer.Quoique elle soit reliée à la lutte international contre l’im-Dérialisme, la révolution québécoise ne pourra réussir que si elle assume toutes es particularités de notre situation, que si elle se donne un caractère résolument québécois.Démocratique : cette résolution instaurera une démocratie réelle à trois niveaux : au niveau politique, elle nous fera dépasser la démocratie formelle des bourgeois, libérera le pouvoir de l’influence occulte de la clique des trusts, de r“élitc du pouvoir”, organisera un système de participation active du peuple à la gestion tie ses affaires, ce système devra assurer réellement à chacun ses libertés fondamentales au niveau politique : liberté de parole, d’association, de presse, etc., économique, elle devra remettre aux travailleurs les moyens tic production, de façon à éliminer l’exploitation du travail par le capital; elle devra assurer au travailleur le contrôle de ces moyens de production, c’est-à-dire faire qu’il participe directement à la gestion de l’entreprise où il travaille.Enfin, au niveau social, la démocratie signifie l’abolition des privilèges, l’égalité de fait, et non seulement de droit, des individus: égalité de chance et au moins disparition des injustices criantes que constituent les écarts actuels entre les niveaux de vie.La démocratie véritable est bien plus qu’un système formel, elle doit assurer que le peuple est concrètement, quotidiennement maître de scs destinées.Accomplie sous Vimpulsion des classes travailleuses : en disant que les travailleurs seront le moteur de cette révolution, nous exprimons d’abord une nécessité historique : en effet, comme ce sont eux qui sont le plus défavorisés par la situation actuelle, ce ne peut-être qu’eux qui désirent la changer globalement.D’autre part, cela implique que la révolution, faite par les travailleurs, sera nécessairement faite aussi pour eux; en d’autres termes la prise du pouvoir » marquera Je début d’une période de transition menant à l’organisation d’une société qui rende justice au travailleur, une société socialiste.La révolution est un long travail, elle continue apres la prise du pouvoir; le socialisme ne >ourra pas être réalisé instantanément; simplement, la prise du pouvoir révo-utionnaire donnera la possibilité concrète de le réaliser.D’autre part, nous disons que la révolution sera accomplie sous Vimpulsion des classes travailleuses, plutôt qu’uniquement pur elles pourquoi ?C'est que la révolution que nous avons à faire est complexe; elle a plusieurs aspects: libération politique des cadres, du colonialisme, libération de la domination économique impérialiste, victoire des travailleurs sur la bourgeoisie à l’intérieur.Or il n’est pas certain que ces dois aspects de la révolution s’accomplissent en même temps, ni même qu’ils soient tous accomplis directement par les travailleurs.Ainsi, par exemple, il n’est pas exclu que la néo-bourgeoisie au pouvoir, sous la poussée et les exigences des travailleurs, en vienne à négocier les conditions d’une indépendance plus ou moins complète pour le Québec; en fait il n'y a que le troisième aspect, le passage au socialisme, qui exige que les travailleurs exercent directement le pouvoir.Sous leur pression, un quelconque gouvernement de coalition, d’unité nationale, ou à a rigueur un gouvernement bourgeois, pourrait accomplir l’indépendance comme pure mesure politique, qui ne changerait pas grand chose à la domination du capitalisme international sur l’économie québécoise; un tel gouvernement pourrait même avoir une politique de récupération des richesses nationales, et accomplir en partie une indépendance réelle.Mais cela n’est pas si important, apres tout, et ce que nous voulons souligner par ces mots “sous l’impulsion des classes travailleuses”, c’est quel que soi l’ordre chronologique des évènements, que les travailleurs renversent la bourgeoisie et fassent l’indépendance en même temps, ou bien que l’indépendance soit faire avant le renversement de la bourgeoisie, c’est de toute façon sous la pression des travailleurs que ces mesures seront prises.Dans les trois cas, indépendance politique, lutte contre l’impérialisme, socialisme, seuls les travailleurs ont des intérêts réels à la victoire; qu’ils le fassent eux mêmes, ou qu’ils forcent d’autres à le faire, chacun des pas de la révolution sera fait grâce à eux.Mais la révolution ne sera accomplie que le jour où ceux qui sont l’impulsion, le moteur des changements révolutionnaires seront aux pouvoirs, le jour où le Québec sera dirigé par les travailleurs québécois.• 25 les exigences à court terme 26 Avant cl’en arriver là, avant que le pouvoir soit passé aux mains des travailleurs, il faudra encore beaucoup de temps, d’efforts et de luttes.Pour l’instant, et dans l’avenir immédiat, c’est encore la néo-bourgeoisie québécoise et le capital international qui nous dominent.Et les revendications se feront, devront se faire toujours plus pressantes.Nous croyons que certaines revendications ont une importance toute spéciale, et que c’est sur elles que nos efforts doivent porter.Nous allons maintenant voir ces exigences immédiates que le MLP entend mettre de l’avant : elles forment ce qu’on pourrait appeler le “programme minimum” du MLP, qui entend faire tout en son pouvoir pour qu’elles se réalisent au plus tôt, peu importe que ce soit avant ou après la prise du pouvoir par les travailleurs.Nous croyons que sur ces points, les revendications deviendront si fortes qu’aucun gouvernement ne pourra survivre s’il ne s’attaque pas à la tâche de les accomplir.Ce programme minimum rassemble des mesures qui peuvent être groupées en trois grandes lignes : — libération nationale; à ce niveau, deux grandes mesures sont essentielles : l’unilinguisme -et la récupération nationale de l’économie.Indépendamment du statut du Québec, qu’il puisse arriver directement à l’indépendance ou qu’il doive passer par un moment d’“états associés” ou de quelqu’-autre machin du genre, ces deux politiques peuvent être appliquées.Au niveau économique, le rapatriement des richesses naturelles et des capitaux est de première importance; la dépréciation de nos richesses doit cesser; cela ne pourra pas être accompli d’un seul coup : le minimum est qu’il y ait au moins une politique nettement définie et des progrès concrets dans cette direction.Au niveau culturel, il y a beaucoup à faire pour protéger la culture nationale : création d’une agence de presse québécoise, d’un office du film québécois, mesures d’aide et de protection aux arts et à la littérature nationale, d’aide aux libraires français, etc; la mesure fondamentale pour que tout cela soit possible et efficace, la mesure minimum, c’est le décret de l’unilinguisme français : c'est-à-dire que le français soit reconnu comme la seule langue officielle du Québec, à tous les niveaux.— Justice sociale : ici aussi, il y a un nombre énorme de mesures qui s’imposent.Au niveau de la sécurité, où il faudrait développer l’aide à la famille, à la vieillesse, et surtout deux points importants : la gratuité de l’instruction et des soins médicaux; ces deux réformes sont déjà promises, mais les travailleurs devront encore faire des pressions pour les obtenir vraiment.Ensuite au niveau de l’investissement collectif, c’est-à-dire de l’organisation des services, du logement, des loisirs, où un pays industrialisé comme le nôtre devrait beaucoup plus qu’il ne le fait pour ses habitants.En plus de la gratuité complète de l’éducation (et des soins médicaux) il nous semble y avoir deux points qui sont plus importants que tout le reste : la municipalisation du sol urbain, et la réforme fiscale.La réforme fiscale, parce que les inégalités sociales doivent au moins être un peu compensées par la répartition des charges : il n’est pas acceptable que ce soient les exploités qui paient pour obtenir ce qu’ils sont en droit d’attendre de la société, qu’on leur enlève d’une main ce qu’on leur donne de l’autre.Nous croyons que la réforme fiscale devrait porter avant tout sur l’impôt sur le revenu des particuliers, et que d’une façon ou d’une autre, en augmentant les exemptions de base ou les sommes allouées pour les enfants, le but est d’en arriver à ce que toute personne ayant un revenu de $5,000 ou moins ne paie pas d’impôt.Le coût de la vie est tel, que ce $5,000 annuel assure simplement une vie décente; on n’a pas le droit d’exiger de ceux qui n’ont même pas ce revenu de payer en plus pour des sendees c]ni profitent au privilégiés autant qu’à eux.De même, à plus forte raison, l’impôt foncier sur les fermes devrait être purement et simplement aboli.Quant à la municipalisation du sol urbain, elle est le seul moyen de mettre un terme à la spéculation éhontée qui se pratique actuellement.Quand un terrain prend de la valeur, c’est à cause du développement de la région qui l’entoure, des services que la société peut y offrir, etc.C’est le travail et l’investissement collectif qui font augmenter la valeur des terrains, et il est donc injuste qu’un individu qui n’a rien fait empoche ces bénéfices.Dans toutes les villes, les terrains devraient appartenir à la municipalité; ce serait là un moyen de trouver pour les pouvoirs publics des revenus supplémentaires importants, qui permettraient d’accomplir la réforme fiscale que nous proposons.— Réforme du travail.Tant que les moyens de production ne seront pas entre les mains des travailleurs, qu’ils n’en auront pas le contrôle et la • 27 gestion, il restera des injustices à ce niveau.Mais en attendant, certaines améliorations pourraient être apportées : amélioration des conditions de travail, participation syndicale à la gestion, élimination du chômage.11 nous semble que deux grands principes peuvent être posés, qui résument les plus importantes revendications immédiates des travailleurs.Le premier exige la création d'une échelle mobile des salaires; nous entendons par là que les salaires devraient obligatoirement augmenter au moins aussi rapidement que le coût de la vie, et que ce principe devrait avoir force de loi, et s’appliquer à tous les contrats collectifs.Le second est la réalisation du plein emploi par la diminution des heures de travail, nous croyons qu’il est absolument inadmissible que des travailleurs soient laissés sans travail, alors que d’autres sont forcés de travailler durant plus, bien plus de 40 heures par semaine dans certains cas.Il faut que les heures de travail de chacun diminuent, sans perte de salaire, jusq’uau point où tous seront employés et travailleront également.Ajoutons à ces deux lignes directrices que nous croyons qu’un congé annuel de trois semaines est un minimum, et que nous entendons en faire une de nos revendications.Voilà donc les grands points sur lesquels nous volons faire porter nos revendications immédiates, notre “programme minimum” : au niveau de la libération nationale : récupération économique nationale et unilinguisme; au niveau de la justice sociale : réforme fiscale, municipalisation du sol urbain, (et gratuité de l’enseignement et des soins médicaux); et réforme du travail : échelle mobile des salaires, plein emploi, vacances payées de trois semaines pour tous.Il est bien évident que ce programme minimum n’indique qu’une xirtie des changements nécessaires au Québec.Pourtant, il est à prévoir qu’on ni reprochera d’être irréaliste, et que les représentants de l’ordre établi diront que plusieurs de ces points sont irréalisables sous le régime actuel; mais ce serait là, justement la meilleure preuve qu’il s’agit d’un système insatisfaisant et injustifiable.Un système qui engendre le chômage, la détérioration du niveau de vie, qui est forcé d’imposer aux travailleurs un fardeau fiscal sans cesse plus lourd, et qui laisse les étrangers dépréder les richesses nationales est inacceptable et doit disparaître.Cela situe bien ces revendications de base : elles ne sont qu’un point de départ, et nous devons voir plus loin qu’elles : elles peuvent simplement nous aider à amener la transformation du système.Notre action doit sans cesse en tenir compte; ces revendications conduisent à prendre conscience de la nécessité de la révolution.28 • l’échéance de la révolution Nous avons déjà dit que la situation actuelle est telle qu’il faudra encore un certain temps avant que la prise du pouvoir par les travailleurs soit possible; d’autre part nous disons que c’est là le moyen nécessaire à l'accomplissement de la révolution et du socialisme.Nous allons maintenant voir quelles possibilités offre la situation actuelle, et comment elle pourra donner naissance à une situation révolutionaire.Situation révolutionnaire latente.Si nous appelons “situation révolutionnaire” celle où la prise du pouvoir est immédiatement possible, il est assez clair que nous n’en sommes pas là; pourtant, certains éléments permettent une action efficace, si bien que nous pouvons dire que la situation au Québec peut devenir révolutionnaire assez rapidement; en ce sens, nous disons que le Québec vit une situation pré-révolutionnaire, ou mieux une situation révolutionnaire latente.Quels sont ces éléments ?D’abord le mécontentement populaire croissant.Nous savons déjà comment il s’exprime par des revendications nombreuses; la marche des cultivateurs sur Québec, les grèves multiples, l’action des mouvements étudiants sont là pour en témoigner.Le vote créditiste a été avant tout l’expression d’un mécontentement profond.Tous ces phénomènes indiquent une réalité fondamentale: c’est que les travailleurs ne se reconnaissent pas dans les dirigeants au pouvoir, que les gens sont désabusés (plus ça change, plus c’est pareil”), qu’ils font de moins en moins confiance aux politiciens traditionnels et sont décidés à prendre leurs intérêts en mains eux mêmes.Ensuite, il ne s’agit pas simplement d’un phénomène: il n’y a pas seulement mécontentement, mais recherche de solutions nouvelles, volonté de changement en profondeur.L’apparition de partis, mouvements et groupuscules nombreux, qui mettent de l’avant des idéologies et des solutions originales manifeste ce bouillonnement des idées.De même, l’engagement de nombreux intellectuels qui cherchent des solutions de remplacement: quand la majorité des in- • 29 tellectucls s’oppose «à un régime, c’est là un signe avant-coureur d’une opposition plus généralisée.Enfin, la politisation populaire qui avance, l’expansion et la politisation de la CSN nous montre bien une volonté d’action très nette chez ! es travailleurs.Enfin, face à ce mécontentement et à cette volonté de changement, les hésitations des pouvoirs sont un autre des éléments qui font cette situation révolutionnaire latente.En effet, face aux revendications, les pouvoirs (tant le fédéral que le provincial) font tantôt des concessions — ce fut par exemple le cas pour la “Formule Fulton Favreau —, et tantôt au contraire se durcît — c’est ce que fait M.Wagner avec son “Etat protégé”.Il prouve ainsi, d’une façon comme de l’autre, que ces revendications lui font peur, qu’il est vulnérable; qu’il cède ou se durcisse, il se trouve à laisser l’initiative aux travailleurs; ce que fait le pouvoir n’est alors qu’une réaction devant les actions populaires.Du meme coup la conscience que les travailleurs ont de leur force et leur confiance en eux-mêmes augmente.Toutes les mesures prises pour faire taire les revendications n’ont pour seul effet que de les amplifier.Cette hésitation du pouvoir vient en bonne partie des dissensions qui divisent le Canada, et en particulier des revendications nationales du Québec: c’est à cause d’elles que, aucun des partis n’arrivant à se gagner l’appui de toutes les parties du pays à la fois, le gouvernement est minoritaire.Ajoutez à cette situation inconfortable la série de scandales qui ont ébranlé le gouvernement fédéral, et le fait que les dissensions vont se durcissant malgré les gémissements de ceux qui se disent “modérés” et qui ne veulent que le statu quo, et les hésitations du pouvoir sont bien compréhensibles: c’est devenu une constatation banale de dire que le pays est en état de crise.Dans la mesure où il y a bel et bien crise, et où d’autre part cette crise n’est pas encore assez profonde pour laisser prévoir la possibilité immédiate d’un bouleversement révolutionnaire, nous disons donc que nous vivons une situation révolutionnaire.Voyons maintenant ce qui manque pour que de latente la révolution devienne actuelle, et ce que nous pouvons faire pour accélérer ce mouvement.30 • # l’avènement d’une situation révolutionnaire Nous appelons révolutionnaire la situation où une prise du pouvoir par les travailleurs, un renversement de l’ordre établi est immédiatement possible.Pour définir les critères qui permettent de reconnaître une telle situation, la méthode empirique est seule valable; c’est-à-dire que nous avons à voir dans Quelles conditions se sont produites les révolutions qui se sont déjà produites ans le monde, et ce que ces situations avaient en commun.Ces caractéristiques communes des situations révolutionnaires sont les suivantes: une conjoncture internationale favorable; une grise grave dans le pays; de vastes actions populaires exprimant le mécontentement; une nette faiblesse du pouvoir de l’État; un durcissement du régime; et l’existence d’un pouvoir de remplacement structuré.Nous allons maintenant reprendre ces points un par un, en montrer le sens, et dire ce que nous pouvons faire pour en hater l’apparition.Conjoncture internationale favorable.C’est là un facteur qu’il ne faut pas négliger, et son importance, dans le cas du Québec, saute aux yeux : même si toutes les autres circonstances favorables étaient réunies, il nous faudrait encore compter avec Monsieur notre voisin du Sud, et Messieurs ses “Marines” : si nous commettions la moindre erreur, rien ne les empêcherait de nous faire subir le sort de Saint-Domingue.Bien sûr, nous ne pouvons pas y changer grand chose, du moins pas à nous seuls, mais l'évolution de la situation internationale peut jouer en notre faveur: ainsi, il ne faut pas oublier que toute l’Amérique du Sud est au prises comme nous avec l’impcrialisme, et qe nous ne sommes donc pas seuls dans la lutte.Cela nous indique que notre révoltion s’insère dans le contexte d’une lutte internationale; et nous indique donc un réseau d’alliances, de soutien mutuel et même de coordination dont nous aurons besoin.Enfin d’autres appuis, de la part de pays récemment décolonisés.Nous avons un adversaire puissant, nous ne pouvons pas risquer de le provoquer sans avoir mis tous les atouts, tous les renforts possibles, tous les appuis disponibles de notre côté.• 31 Crise grave à Vintérieur.Une fois ions les autres facteurs réunis, il faut encore une occasion qui cristallise la volonté (les masses.Cette occasion, c’est une crise majeure, en général une crise économique.Au moment où le niveau de vie se détériore brutalement, où la situation devient intolérable, la révolution est possible.D’autre part, ce n’est pas au moment où cette crise provoque le désespoir que les masses ont la force de réagir en général, c’est au moment d’une aise où la possibilité de changement réapparaît que les révolutions peuvent se produire.Mais il ne faut pas parler seulement de crise économique: dans la situation particulière du Québec, ce peut aussi être une crise au niveau national qui déclenche le mécanisme de prise du pouvoir.(Imaginons par exemple qu’une nouvelle conscription soit décrétée.) Ajoutons que cette crise, qu’elle soit à caractère économique ou national, nous pourrions difficilement la provoquer: les chefs révolutionnaires doivent être simplement capable de la prévoir, et surtout avoir la lucidité de l’exploiter quand elle se présente, car une occasion ratée ne se représente pas deux fois.Si le fait ne dépend pas de notre volonté, qui en dépend s’est de savoir saisir l’occasion et agir décisivement le moment venu.Vastes actions populaires exprimant le mécontentement.Ici, c’est une question de degré qui nous permet de dire ou non que l’ampleur de ces manifestations a atteint un niveau révolutionnaire.De vastes actions populaires, il y en a déjà au Québec; la marche de plus de 20,000 cultivateurs sur le parlement en est un exemple.Mais pour que le point où la révolution est possible arrive, il faudra que ces actions se soient énormément amplifiées: marches de protestation, grèves généralisées, refus de payer des taxes, boycottages d’élections, etc.: ces actions peuvent prendre plusieurs formes, mais elles devront nécessairement être populaires, et continuelles (et non sporadiques comme c’est le cas maintenant).Ce facteur, il est bien évident que c’est celui sur lequel nous pouvons le plus agir; par l’agitation, la propagande, l’éducation politique, notre rôle (le rôle d’avant-garde révolutionnaire) est de provoquer la montée de ces actions, et du mécontentement populaire.Et c’est en partie ce facteur qui provoque les deux autres: affaiblissement de l’Etat, et durcissement du pouvoir.Faiblesse du pouvoir de l'Etat.En parlant de faiblesse de l’Etat, il faut bie prendre garde de ne pas confondre l’Etat et le gouvernement au pouvoir.Le gouvernement, c’est simplement l’organisme qui contrôle le pouvoir d’Etat, lequel n’est pas touché par les changements de gouvernement; l’Etat est le même, par exemple, que ce soit l’un ou l’autre des partis qui soit au pouvoir.32 Ainsi, même si le gouvernement fédéral actuel, minoritaire et éclaboussé par les scandales, est plutôt faible, l’Etat fédéral est encore très fort, il n’a pas été touché dans scs structures: il contrôle toujours l’économie du pays, il dispose d’une armée moderne, etc.L’Etat provincial québécois, au contraire, même si le gouvernement actuel semble bien en selle, n’est qu’un demi-état, sans les pouvoirs de planifier vraiment, sans contrôle sur la taxation, l'immigration, la défense, les douanes, les relations internationales.C’est un Etat congénitalement faible.Or il faut bien voir qu’une révolution ne vise pas simplement à changer le gouvernement au pouvoir, mais à remettre en question les structures et le pouvoir de l’Etat bourgeois lui-même.La seule force qui soit sans doute capable d’affaiblir l’Etat canadien, ce sont les luttes intestines entre les différents “Etats” qui forment la confédération — concrètement, c’est la revendication du Québec.Les tensions entre l’Etat du Québec” et l’“Etat fédéral”, à chaque fois qu'elles aboutissent à une concession du fédéral, font diminuer son pouvoir; et d’autre part s’il acquiert des pouvoirs nouveaux, l’“Etat du Québec” (advenant même un statut d’Etat Associé) resterait dépourvu de certains pouvoirs importants, et de toute façon, un pouvoir récent est toujours moins solide qu’un pouvoir bien éabli.Cette division de cette tension juent en notre faveur — et nous pouvons pour une large part les intensifier, car elles ont leur source dans les revendications populaires, qui forcent le provincial à exiger toujours plus.Durcissement du régime.Ce facteur est en relation immédiate avec le précédent: il en est pour ainsi dire l’envers.Dans la mesure même ou le gouvernement au pouvoir sent que le pouvoir de l’Etat est mis en question, il tente de prendre les moyens pour le défendre; et plus les menaces deviennent importantes, plus le pouvoir esL forcé de recourir à la répression.C’est parce que l’Etat est menacé qu’un régime sent le besoin de le protéger; ainsi, sans le vouloir, M.Wagner prouve la force du mouvement de revendications populaires au Québec.Et il pourrait être forcé de la prouver de plus en plus, de se durcir encore, d’appuyer sur la force policière et la répession la protection de l’Etat, pour la bonne raison que chaque mesure de répression ne fait qu’engendrer un mécontentement et des protestations accrues.Il y a là un cercle dont le pouvoir ne peut s’échapper.Et là encore, c’est notre action qui force le régime à s’engager dans ce cercle qui ne peut être brisé que par la révolution.C’est à nous de provoquer et de soutenir les actions populaires qui sont la forme des menaces contre l’Etat.• 33 Pouvoir de remplacement.Au moment où le pouvoir de l’Etat peut être détruit, la condition essentielle pour que la révolution réussisse, c’est qu'il existe un autre pouvoir, assez fort pour détruire l’ancien, et pour organiser l’Etat nouveau.Les forces des travailleurs doivent donc être organisées, structurées, unifiées; il faut qu’ils aient comme instrument une machine qui soit plus forte que l’ancienne machine du pouvoir d’Etat.Le pouvoir de remplacement, c’est le PARTI REVOLUTIONNAIRE.C’est d’ailleurs lui qui nous permettra d’agir sur les autres facteurs de la situation révolutionnaire.C’est lui qui nous permettra d'organiser l'agitation et la propagande, de créer la conscience de classe, d’organiser les grandes actions populaires, c’est lui qui pourra faire des alliances avec d’autres mouvements révolutionnaires dans le monde.Le Parti est l'instrument de la prise du pouvoir, il est aussi l'instrument de la destruction de l’ancien pouvoir.Et c’est de tous les facteurs qui rendent la situation révolutionnaire, celui où notre action peut le plus porter des fruits.L’organisation du Parti, pouvoir de remplacement, est le domaine priviligié de l’action révolutionnaire.action et tâches du m.l.p.Le M.L.P.se donne pour tâche fondamentale de former des militants pour arriver à la mise sur pieds d’un tel Parti.Avant même de pouvoir organiser l’action des classe stravailleuses dans leur ensemble, il faut organiser les cadres où cette action se fera ; le premier pas est donc l’organisation de l’avant garde révolutionnaire elle-même.Ix mot d'ordre du M.L.P.pour l’année qui vient, c’est précisément cela : ORGANISATION DE L’AVANT-GARDE EN VUE DE CREER LE PARTI REVOLUTIONNAIRE, INSTRUMENT DE LA PRISE DU POUVOIR.Nous allons maintenant expliquer ce que cela implique; d’abord qu’est-ce qu’un Parti révolutionnaire, quelles seront ses méthodes de lutte, ses formes d’organisation, quels sont ses caractères propres; et deuxièmement, quelles sont les formes d’action et le moyens que le M.L.P.entend prendre pour arriver à mettre sur pieds ce Parti.t 34 • Méthodes de lutte et formes d'organisation du Parti révolutionnaire.Les formes de lutte que peut employer un Parti révolutionnaire sont nombreuses; en fait, on peut dire, c’est là l’essentiel, que le Parti ne rejette d’avance aucune forme de lutte, aucun moyen qui puisse le conduire au Pouvoir; les seuls moyens qu’il refuse d’employer sont ceux qui s’avéreraient nuisibles aux intérêts de la majorité travailleuse.Les différents moyens qui peuvent conduire à la prise du pouvoir peuvent se ramener à quatre formes de lutte: — la lutte armée.Dans certains cas, même si elle exige plus de sacrifices, cette forme de lutte est la seule qui soit possible.La plupart du temps, quand un parti révolutionnaire est forcé d’y recourir, les forces armées au service de l’ordre établi sont tellement supérieures aux siennes, au point de départ, que la seule forme de guerre que puisse faire les révolutionnaires est la guérilla.11 s’agit de la guerre de harcèlement, où les soldats révolutionnaires doivent lutter à armes inégales, s’approvisionner pour une large part d’armes prises à l’ennemi, refuser le combat en règle, utiliser des escarmouches déclanchées à l’improviste.Cette forme de guerre exige que la population soit déjà au courant des problèmes, cl qu’elle puisse apporter son appui, ou au moins une “enutralité bienveillante” aux guérilleros.Quoique l'industrialisation et l’urbanisation du pays pose des problèmes particuliers, cette forme de lutte, qui demande au Parti d’organiser une armée révolutionnaire, serait autant possible au Québec que n’importe où ailleurs; les difficultés seraient différentes de celles que la même entreprise implique en pays sous-développé, et les tactiques de la guérilla différentes aussi, voilà tout.— La lutte clandestine.Sans passer à la lutte armée, à la guéiilla proprement dite, un Parti révolutionnaire peut, dans certaines circonstances, choisir ou être forcé de passer à la clandestinité.C’est ce qui se produit par exemple si le Parti est mis hors la loi.Le Parti doit alors s’organiser de façon camouflée, l’appartenance au Parti d’un membre est évidemment tenue secrète.Les membres du Parti agissent en posant des actions diverses, légales ou non: publication de journaux clandestins, distribution de tracts, agitation, provocation de manifestations populaires, de grèves; il peut aussi utiliser le sabotage, et imposer des contributions financières aux capitalistes.Cette forme d’action aussi est possible au Québec, la preuve en est que certains mouvement, le F.L.Q.entres autres, l’iilisent déjà.Cette forme de lutte exige comme organisation la formation d’un noyau de révolutionnaires professionnels, travaillant à plein temps pour le Parti, et soutenus financièrement par lui.• 35 % La lutte ouverte.Dans d’autres circonstances, le Parti révolutionnaire peut choisir des formes de lutte légales, agir en plein jour, ouvertement; tant que les conditions le permettent, tant qu’il est possible d’agir ainsi sans subir une répression qui empêcherait l’action, cette forme de lutte a certains avantages propres, surtout en ce qu’elle permet d’atteindre la population plus directement, et plus facilement.Elle implique que le Parti travaille au niveau des grandes organisations sociales, syndicales, coopératives, organisations éducatives, parlementaires.Ses militants doivent se donner une formation d’organisateurs, d’administrateurs, et souvent d’hommes publics.Son organisation doit alors centraliser tous les efforts accomplis dans différentes organisations.La lutte parlementaire.Il faut ici faire une nette différnee entre l’électoralisme et l'utilisation de la lutte parlementaire.(Nous appelons électoralisme l’idéologie et l’attitude du parti qui prétend que la seule forme d’arriver au pouvoir est la voie électorale, c u parti qui veut agir à l’intérieur des cadres de l’ordre établi uniquement: un tel parti veut simplement accéder au pouvoir dans l’Etat bourgeois, il veut simplement former un nouveau gouvernement, et non pas détruire l'ancien pouvoir.Il n’est donc pas un parti révolutionnaire.Au contraire, il est bien possible à un parti révolutionnaire d’utiliser la lutte parlementaire, comme une forme entre autres, un entre autres des moments de la lutte.Le cas échéant, le Parti peut décider qu’il a intérêt à s’engager dans telle ou telle élection (au niveau municipal, provincial, ou autre), à cause de la propagande que cela lui fera, à cause de l’influence que pourraient avoir certains de scs membres élus, etc.Cette forme d’action est parfaitement révolutionnaire, puisqu’elle peut faire avancer le Parti et les classes travailleuses vers le moment de la prise clu pouvoir.Mais elle n’est et ne doit demeurer qu’?/?zc forme de lutte comme les autres.Elle implique, elle aussi, des formes d’organisation particulières: des comités doivent être formés pour appuyer les candidats du Parti, pour travailler à la propagande, organiser des assemblées, etc.Tout en respectant ses propres structures, le Parti cherche alors à former dans la population des comités de sympathisants, comités ouvriers, comités de'quartier.Caractéristiques clu Parti révolutionnaire.Nous avons dit que le Parti ne doit rejeter d’avance aucune de ces formes de lutte.Cela veut dire qu’il doit s’organiser pour être capable de les utiliser toutes selon les nécessités du moment.Le Parti doit avoir une organisation polyvalente, qui permette une adaptabilité aussi grande que possible.Les principales caractéristiques d’un tel parti sont: 30 • — c’est un parti qui vise la prise du pouvoir.C’est là une évidence; mais il lain la répéter pour rappeler que ce parti doit ne pas se soumettre aux cadres du système qu’il veut renverser.Il impose sa lutte et le terrain de la lutte, il 11e se soucie pas de la légalité de l’ordre établi, et est prêt à s’y opposer quand il le faut, à prendre tous les moyens nécessaires.Il ne cherche pas à démontrer de belles idées, il ne tend pas à avoir raison abstraitement, mais à avoir raison de l’ordre établi.Ses buts sont politiques, et non pas moraux.— c’est un Parti de militants.Ses membres doivent avoir une formation politique solide, ils doivent être disciplinés, et agir toujours selon les directives du Parti ; ils sont des militants, c’est-à-dire qu’ils sont responsables: ce qui signifie à la fois qu’ils assument des responsabilités, que chacun a un rôle à jouer, et d’autre part qu’ils ont à rendre compte de leur action, qu’ils en sont responsables devant leurs camarades.Etre militant n'est pas une question de morale, mais de compétence: aussi en entrant au Parti, on est d’abord candidat, et on est compté comme militant une fois données les preuves de sa compétence révolutionnaire.I * — c'est un parti structuré.Les membres du Parti ne composent pas une masse indifférenciée, marchant aveuglément derrière quelques chefs comme cela est le cas dans les partis de masse de type bourgeois.Dans le Parti, chacun a un rôle précis à jouer, une responsabilité à assumer.Pour cela, il faut en venir à se structurer en cellules, d’une part: petits groupes travaillant dans un quartier, une usine, une école, etc., et d’autre part différents comités doivent être mis sur pieds pour organiser le travail de tous dans tous les champs d’activités.Par ces deux moyens, chaque membre est encadré, bien dirigé, et utilisé au maximum.— C’est un parti démocratique.Au sein du Parti, tout doit fonctionner ' selon le principe du centralisme démocratique.Cela signifie premièrement que l’autorité suprême du Parti, celle qui doit en dernier ressort décider de l’orientation et de la marche du Parti, c’est l’ensemble des membres: l’autorité doit venir de la base.Deuxièmement, pour assurer un fonctionnement efficace, les décisions doivent êuc centralisées; l’ensemble des membres, le congrès général doit élire un comité central du Parti; une fois élu, c’est ce comité représentant les membres qui délègue les responsabilité aux divers postes et comités, et tous les responsables sont responsables devant lui.Et troisièmement, pour que cette démocratie et ces bonnes communications soient sans cesse assurées du sommet à la base et réciproquement, le Parti doit adopter à tous les ni- • 37 # veaux le principe de la collégialité.Les décisions ne sont jamais l’oeuvre d’un seul: -elles doivent être prises en comité; ce ne sont pas des personnes qui exercent l’autorité, mais des structures qui permettent à chaque fois que l’autorité vient des membres concernés par une décision.Le Parti doit éviter tout “culte de la personnalité’’, et faire en sorte que chacun soit remplacable en cas de coup dur; ce qui compte, c’est la victoire de tous, qui ne peut être que l’oeuvre de tous.L’action du M.L.P.La tâche immédiate du M.L.P., c’est de préparer et de former des militants, des cadres, et une direction pour ce futur Parti.Pour accomplir cette tâche, nous croyons que de toutes les formes de lutte que nous venons de voir, celle qui convient le mieux au Québec et à l’heure actuelle, c’est la lutte ouverte Aussi le M.L.P.est il un mouvement qui travaille en pleine lumière, dont les dirigeants et les membres sont connus.Cela ne signifie pas que nous n’aurons pas un jour ou l’autre à en venir à une ou l’autre des autres formes d’action dont nous avons parlé, mais simplement que nous voyons plusieurs avantages à nous organiser comme un mouvement officiel, et à lutter ouvertement.Une des raisons principales c ui nous pousse à faire ce choix, c’est que justement, il est encore possible c e lutter de cette façon.La clandestinité, quand elle est nécessaire, exige bien des efforts, et complique le travail des révolutionnaires: nous croyons qu’on ne doit donc s’y résoudre que quand on y est forcé.Quand la répression se fait insupportable, la clandestinité est nécessaire, mais nous n’en sommes pas là, malgré les diverses formes d’attaques policières contre les révolutionnaires.La publication même de ce manifeste, l’organisation d’assemblées publiques, plusieurs formes de manifestations ne sont possibles qu’à cause de ce contexte de lutte ouverte.Mais ce ne sont pas seulement ces raisons négatives qui motivent notre choix.Pour le travail que nous avons à faire pour le moment, en effet, il y a plusieurs avantages à ce que nous puissions agir ouvertement.En effet, il nous faut d’abord nous étendre, et faire pénétrer nos idées dans d’aussi larges couches que possible des classes travailleuses.Cela implique un énorme travail de propagande et d’éducation politique, il est précieux, alors, de pouvoir utiliser des revues, des journaux, et même quand nous le pouvons la radio et la télévision pour répandre nos idées, d’autre part, nous devons atteindre des gens qui souvent ne sont pas très politisés; l’image du révolutionnaire clandestin risquerait de les effrayer, tandis que maintenant, ils peuvent nous ren- 38 « contrer, savoir qui nous sommes, nous accepter plus facilement.De même, ces méthodes nous permettent de participer ouvertement à des actions diverses, d'appuyer des grèves, de faire du piquetage et des manifstaiions, par exemple, alors que si nous étions dans la clandestinité nous ne pourrions nous permettre de nous afficher ainsi.Enfin, il faut assurer la formation des militants, leur éducation politique; là encore, les méthodes de lutte ouverte nous permettent d'organiser des cours, avec l’aide de professeurs venant de plusieurs milieux, d’avoir un local où tenir ces cours, etc.En somme, la lutte ouverte nous permet de faire, dans les meilleures conditions possibles, avec une perte d’efforts minimum, une propagande, une agitation, et un travail d'éducation politique en nous servant de plusieurs moyens qui seraient inutilisables autrement.En même temps, nous pouvons renforcer nos cadres, augmenter nos effectifs.Cette lutte ouverte, quelles formes prendra-t-elle?D’abord, nous ne croyons pas devoir pour l’instant nous lancer dans aucune aventure électorale: il y a encore un important travail d’organisation et de propagande à faire pour cela.Ensuite, il faut bien voir qu’il y a une différence entre lutte ouverte et légalisme bébête.Nous entendons employer tous les moyens à notre disposition; ainsi, il nous importe peu que les manifestations soient interdites, si nous avons à en faire, personne, ni chevaux ni matraques ne nous en empêchera.Cette lutte ouverte, nous voulons la pousser aussi loin que possible, donner aux revendications populaires leur maximum d’intensité.Notre travail, en fait, se fera dans quatre directions principales: — agitation.Par l’agitation, nous voulons faire passer dans des masses des thèmes affectifs, obtenir des réactions immédiates.Notre travail d’agitation aura un but principal: briser l’inertie, la passivité, le fatalisme qui écrasent souvent les québécois.Il s'agit pour nous de faire naître à la fois la colère contre les exploiteurs, et l'espoir d’une société radicalement nouvelle.Il s’agit de faire prendre conscience aux gens que la société peut être transformée, que le peuple, s’il s’unit, peut assumer lui-même le pouvoir.— propagande.La propagande va plus en profondeur que l’agitation.Elle consiste à faire passer dans des groupes plus restreints des idées sur un thème particulier.Elle nous servira à expliquer les raisons de notre action à ceux qui en auront été témoins, à éveiller les gens à leurs véritables problèmes, et surtout à les amener à vouloir régler ces problèmes à tout prix.La propagande ainsi amènera ceux qu’elle touchera à une volonté d'engagement et d’action: elle les décidera à participer au travail révolutionnaire.El elle conduira à un recrutement intense.• 30 — éducation politique.Une fois qu’un nouveau membre adhère au mouvement, le travail d'éducation politique commence en profondeur.Il consiste à donner à cet adhérent une pensée politique, des moyens et des techniques d'action, pour en faire un militant, un révolutionnaire compétent.Ce travail se fera d'une part dans des cours théoriques et pratiques; d’autre part, l’action elle-même (participation à l’agitation, à la propagande) aura sur l’adhérent i tu éducatrice.une ver- — encadrement et noyautage.C’est là le travail d’organisation proprement dit.L'encadrement est nécessaire à tous les niveaux: c’est le moyen d’établir les “courroies de transmission” entre la direction, les militants, les sympathisants, et la population.Entre la direction et les militants, il faut établir toutes les structures qui permettent des communications efficaces, c’est le travail d’organisation interne du mouvement; et les militants, à leur tour, dans leur quartier, leur milieu de travail, leur école, mettront en place une organisation qui permettra de diffuser les consignes et les mots d’ordre, les idées et la propagande parmi les sympathisants non-membres du mouvement.Enfin, quand nous nous servirons pour cela d’organisations déjà existantes où nos membres pourront exercer une influence, l’encadrement se trouvera à prendre la forme du noyautage.Par ces moyens, le mouvement aura une influence directe non seulement sur ses propres militants; mais les militants eux-mêmes seront à même d’exercer une influence profonde sur la population.Tous ces moyens, nous les emploierons avec un même but: organiser le Parti qui permettra aux classes travailleuses, avec l’appui de l’avant-garde révolutionnaire, de renverser un jour l’ordre établi.Dans nos salles de cours comme dans la rue, tenant la plume ou la pancarte, cette idée doit nous guider partout.A travers mille détails, dans des besognes parfois pénibles, dans des actions qui comportent des dangers, ce à quoi nous tendons, c’est l'organisation d'une société nouvelle, faite pour les travailleurs québécois.conclusion Pour libérer le Québec de la pour libérer les travailleurs québécois domination colonialiste et de l’exploitation, il y a un impérialiste, travail énor- 40 • me à faire.Des forces importâmes jouent contre nous, mais les travailleurs québécois n’acceptent plus d’etre des inférieurs.Parce que la colère est présente au Québec, parce que l’espoir d’une dignité nouvelle est apparue, parce que les travailleurs voient de plus en plus qu’il leur est possible de contrôler eux-mcmes cette société qui vit de leur travail, les classes travailleuses se sont mises en marche.Maintenant, rien ne saura les arrêter; la révolution nationale démocratique se fera, cl le socialisme finira par se réaliser.Mais si l’étude de la situation nous amène à ces conclusions, cela ne veut pas dire que la révolution se fera toute seule.La marche de l’Histoire dépend de chacun de nous; la victoire finale des classes travailleuses, c’est de notre engagement et de notre action qu’elle dépend.C’est maintenant l’heure de nous mettre au travail, de nous donner les moyens de faire ceLte révolution.Tous ensemble, nous avons à forger le coin qui forcera l'ordre établi, qui détruira le pouvoir de la bourgeoisie, à ORGANISER LE PARTI REVOLUTIONNAIRE.A nos militants, nous demandons donc d’étudier ce manifeste attentivement, eL de s'efforcer toujours d’agir selon la ligne d’action qu’il propose.A ceux qui, ayant lu ce texte, veulent s’engager dans l’action révolutionnaire, nous lançons une pressante invitation à se joidre à nous.Car maintenant il ne saurait plus y avoir de demi-mesures: on est du côté des exploités, ou de celui des exploiteurs.Maintenant la lutte est entreprise; chacun de nos gestes doit viser un seul but, celui de rapprocher le moment où la révolution québécoise triomphera, rendant enfin LE QUEBEC AUX TRAVAILLEURS QUEBECOIS.Le Mouvement de Libération Populaire et la revue Parti Pris.41 t les classes sociales au québec mario dumais 1— “L’une des caractéristiques du sous-développement du Québec,” disait le manifeste 64-65 de la revue Parti-Pris, “c’est qu’il est sous-étudié.” Aussi, le manifeste 65-66 de la revue et du mouvement de Libération Populaire Parti-Pris, a tenté de faire une analyse concrète des classes sociales au Québec.Cette analyse était nécessaire, puisque la conjoncture est telle que le moment est venu de penser une stratégie et une tactique cohérente, qui feront se réaliser cette révolution que l’on appelle.En effet, comme la révolution n’est pas affaire de volonté, de désir ou de souhait, mais la résultante d'un rapport de force qui s’inscrit dans une conjoncture, une analyse des forces en présence et de la situation, mettra en évidence la stratégie à adopter.La nation québécoise est d’une part, en situation coloniale, tant au point de vue politique qu’économique, et d’autre part nettement divisée en classes sociales dont les divergences d'intérêts # sont de plus en plus évidentes.C'est de la conjugaison de ces deux particularités que naîtra la révolution; si on a souvent analysé la situation particulière dans laquelle se trouve la nation québécoise, l’étude des classes sociales fuL plutôt négligée.Une telle analyse est-elle nécessaire, en situation jugée coloniale ?Certainement, car les divers groupes qui composent la nation n’ont pas tous les mêmes intérêts, et tous ne sont pas susceptibles de vouloir l’indépendance nationale, du moins avec une même fermeté.Aussi les descriptions des classes sociales, la recherche de leurs intérêts politiques, l’analyse des rapports de classes, pourront seules faire apparaître la stratégie de notre révolution, soit découvrir la ou les classes révolutionnaire (s) et nous indiquer les alliances possibles entre les forces en présence.Telle étude n’a jamais été réalisée par les groupements de gauche du Québec, et c'est peut-être un signe de maturité de la situation qu'elle soit devenue nécessaire.42 * Cette analyse des classes se veut plus opérationnelle que scientifique.Elle dé- sire avant tout ouvrir la voie à une action politique cohérente.Aussi si elle emprunte quelques concepts à la pensée sociologique, elle se garde de tout académisme, et c’est beaucoup plus du côté de la pensée socialiste que nous emprunterons nos bases théoriques.Nous tenterons d'abord de trouver un critère justifiable pour définir les classes sociales, nous dirons ce que nous entendons par la lutte des classes, et tenterons d’en avoir les implications au niveau de l'existence nationale, du rôle de l'état et de la révolution.Enfin il sera utile d’expliciter notre méthode de recherche et de dresser un tableau des résultats auxquels nous sommes arrivés./ 2- aspect théorique des classes sociales 2.1— Existence cl définition des classes sociales L’une des tactiques de la bourgeoisie, dans la lutte qu’elle mène au niveau idéologique, consiste à nier sa propre existence en tant que classe, ainsi que celle de son fossoyeur, la classe des travailleurs.Ceci est particulièrement vrai en Amérique.La bourgeoisie, ici plus qu’ailleurs, se veut universelle, tend à résorber en elle toute l’humanité, qui selon elle se réduit à une série d’individus qui ne sont que des monades isolées, des grains de sable semblables les uns aux autres.Toute une série de lieux communs sont crées pour appuyer cette thèse, allant des mythes les plus grossiers aux théories sociologiques les plus sophistiquées.L’existence, à l'intérieur d'une société de classes sociales, implique une hiéar-chie dans cette société, et une certaine incapacité pour les éléments inférieurs dans cette liiéarchie d'accéder au sommet de la pyramide sociale.Les couches populaires sont pleinement conscientes de ce fait, qu’elles ont traduit au niveau du vécu quotidien en une série de catégories qui distinguent bien le sommet de la pyramide sociale de sa base : ce sont “les gros et les petits” (les p’tits se font toujours manger par les gros), ceux qui “bossent” et ceux qui obéissent, etc.Mais cette croyance en l'existence de groupes favorisés à des degrés divers, h l’intérieur de la société, mène facilement au fatalisme ou à l’esprit de révolte.Aussi à cette conception, on tend à opposer l’archétype de “self made • 43 man ”, ou son équivalent québécois du “p’tit gars de telle place" qui est devenu telle ou telle chose.Il faut voir toutes les énergies que la bourgeoisie et ses penseurs à gage déploient pour propager ce mythe.Ici, c'est un reportage sur la jeunesse dénudée de tel grand financier, qui a commencé comme camelot.Là, c’est la biographie d'un politicien aux origines modestes.Cette forme de propagande est particulièrement exploitée en Amérique puisqu'elle a déjà eu une certaine base objective à l'époque des pionniers américains, du "Go 'west young man", un continent immensément riche était à peu près inoccupé.Aussi la mobilité sociale y était très grande.De plus, l’industrialisation rapide a crée de nouveaux types d'emploi, phénomène qui a favorisé lui aussi la mobilité sociale.Il en va tout autrement de nos jours, alors que la société est déjà solidement structurée, ayant à son sommet une élite économique dont le cercle est très fermé, qui a la main sur les richesses naturelles et qui, dominant déjà l’économie, est dans une situation privilégiée pour profiter au maximum des transformations actuelles de la structure économique.Ainsi, chez les Canadiens-français du Québec, 66% des fils des individus du groupe occupationnel, comprenant les professionnels, les propriétaires et les directeurs, appartiennent eux aussi à ce même groupe dirigeant.Par contre, des fils qui proviennent du groupe composé des agriculteurs, des ouvriers non qualifiés, 4.4% 44 • seulement se retrouveront dans le groupe dirigeant.(I) Donc, en dépit de la propagande bourgeoise, la différenciation sociale existe, la mobilité entre les groupes sociaux est faible, et l’on fait miroiter aux yeux de la population la possibilité de passage d'une classe sociale à une autre pour un individu à seule lin que ce soit d'escamoter le vrai problème.c’est-à-dire l’existence des classes, problème qui ne se réglera jamais par des solutions individuelles.Les classes sociales n’existent pas en Amérique, soutient encore la propagande bourgeoise, car la disparité des salaires est ici, moins grande que partout ailleurs dans le monde.De plus en plus d’individus provenant des classes défavorisées passent dans les rangs des classes moyennes.Les travailleurs sont aujourd’hui plus riches, alors que l’"élite économique" l’est moins.Cette argumentation est fallacieuse en deux points.Premièrement, il est ici question de salaires et non de revenus.Si le revenu des classes exploitées de la société est à peu près identique à leur salaire, il n’en est pas de même pour les individus appartenant aux classes bourgeoises puisque leur salaire ne constitue souvent qu'une faible part de leur revenu.Aucun document public ne nous permet de connaître le revenu que les individus des classes favorisées retirent de leurs placements, transactions financières ou autres sources de revenus du genre.autres que leur salaire.Aussi, des analyses sérieuses tendent à établir que pour la classe ouvrière il semble qu'en Amérique, comme ailleurs, la proportion du Revenu National qu'elle retire par opposition à la partie allant aux profits ‘•des corporations va en s’amoindrissant.(2) Il y a donc paupérisation relative de la classe ouvrière en ce sens que, dans le revenu national, la part des salaires baisse alors que celle du Capital grandit.1880 48.1% 1929 35.5% 1890 .45 % 1939 36.7% 1899 40.7% 194!) 38.5% 1909 39.3% 1952 35 % 1919 40.5% U.S.Department of Commerce, Historical Statistics of the U.S.A., 1789-1939; Statistical Abstracts, U.S.A., 1958.t Enfin, certains sociologues soutiennent qu’en Amérique, il n’existe pas de conscience de classe, pas de comportement politique spécifique aux différentes classes sociales, et que par conséquent le thème de la structure de classe est dépassé comme instrument d’analyse sociale et qu'on doit lui substituer les notions de strates sociales, de groupement d’intérêt économique, ou de faction à l’intérieur de la société.I ons ces thèmes de la propagande bourgeoise sont,, ou des mythes grossiers qui ne réflètent en rien la réalité, ou des critiques qui portent à faux, - méconnaissant la nature profonde des classes sociales.Il importe en effet de discerner l’élément essentiel et décisif parmi les nombreux indices qui distinguent les hommes appartenant à des couches différentes de la société.Cet élément essentiel, ce n’est pas le bien-être matériel, soit le revenu, les conditions d’habitat, les habitudes de consommation, etc., car le bien-être matériel, tout comme le degré de scolarisation, le mode de vie d’un groupe social ou son rôle politique dépendent de la place qu’il occupe dans le circuit de la production.L'homme vit en société en vue de satisfaire ses besoins; c’est par le travail qu’il y parvient.Le travail, mur l’homme, est un moyen de se réa-iscr, d’assurer sa domination sur la nature et de faire l’Histoire; c’est l’élément fondamental de son être social.Le travail s’organise en un système de production.C’est du côté de la production que nous retrouverons la base objective de l’existence des classes sociales.Par contre c’est l’expérience qu’un groupe d’hommes acquiert dans des situations identiques au niveau de la production qui l’amènera tôt ou tard à avoir une idéologie et une action identiques, aspect subjectif des classes sociales.Cet aspect subjectif de la classe sociale comporte entre autre une prétention de la part des classes à organiser la société selon leur vue, et à intégrer en elle le reste de cette société; c'est ce qu’on nomme leur vision totalisante.L’idéologie bourgeoise tend à nier cet aspect • 45 des classes sociales.D'une part si deux classes d'une même société prétendent organiser la société, il ne peut en résulter que la lutte des classes, et cette lutte des classes en société bourgeoise se fera entre la bourgeoisie et les travailleurs, affrontement que la bourgeoisie tient à éviter.D’autre part, la société capitaliste étant déjà organisée en fonction des intérêts de la bourgeoisie, celle-ci ne vit plus sa vision totalisante; elle se représente, au contraire, son ordre social comme étant universellement désirable.Un rôle identique dans la production est donc une condition nécessaire à l’existence d’une classe, bien que non suffisante; si cet élément est seul pré- 2.2 classes et lutte des classes ) Pour l’idéologie régnante, dans la société bourgeoise, les promoteurs de la lutte des classes ne peuvent être que de malveillants agitateurs.Si une révolution se produit quelque part, c’est certainement que le bon peuple a été trompé par quelques révolutionnaires intéressés (il est si peu clairvoyant, ce peuple, et les démagogues sont si nom- 46 • sent, nous serons en présence d'une classe virtuelle.Elle devra encore acquérir la conscience de classe, et par là entrer dans l’action politique pour devenir une classe au sens plein du terme.A lui seul, un rôle similaire dans la production tend à aviver la concurrence entre les individus qui composent une classe virtuelle.C’est dans la lutte pour la défense de leurs intérêts professionnels que les individus prennent conscience de leurs intérêts communs et de leurs ennemis de classe, qu’ils se forment une idéologie commune, qu’ils se donnent des organisations pour la défense de leurs intérêts économiques et qu’enfin ils s’engagent sur le terrain de la lutte politique, stade suprême de la formation de la conscience de classe.breux).L’Histoire est ici vue comme l’oeuvre de “quelques méchants” trompant des populations entières.C’est à peu près le sommet auquel a pu s’élever l’historiographie bourgeoise.La réalité est toute autre.Si, dans une société donnée, il y a lutte des classes, c’est que s’y affrontent des classes fondamentales dont les intérêts sont absolument opposés.En société capitaliste, ce sont la bourgeoisie et la classe des travailleurs.Les intérêts de l’une sont incompatibles avec ceux de l’autre.La bourgeoisie tend à maximiser le profit que réalisera le capital qu’elle détient ,1a classe laborieuse, à vendre le plus chèrement possible sa force de travail.La réalisation de l’objectif de l'iine des parties ne peut se faire qu’au détriment des objectifs de l’autre.Si les travailleurs, par une lutte acharnée, réussissent à faire augmenter les salaires, le profit en sera d’autant diminué.Pour augmenter ses profits, le patronat devra maintenir les salaires au plus bas niveau possible.C’est dans cette contradiction, inhérente au système capitaliste, qu’il faut rechercher la genèse des conflits travail-capital, et non dans l’action de quelque malin génie.Et un seul de ces conflits pulvérise à lui seul le mythe de l’association harmonieuse du capital et du travail.La coexistence pacifique de l'oppresseur et de l’opprimé ne peut se réaliser qu’au détriment de ce dernier et ne sera jamais que temporaire.Autour de ces deux classes fondamentales de la société bourgeoise, gravite une série d’autres classes, ou de débris de classes.Elles sont en situation instable, car la forme capitaliste d'organisation sociale tend progressivement à pénétrer les autres secteurs de la société; les membres de ces classes passeront pour la majorité des travailleurs, et par exception du côté de la bourgeoisie.Ces classes sont la petite bourgeoisie, les agriculteurs et les parents propriétaires fonciers.La classe des grands propriétaires fonciers est franchement réactionnaire, du fait qu’elle veut restaurer un ordre social périmé où elle a connu son heure de gloire.Cette classe est pratiquement inexistente en Amérique du Nord.Quant aux petits-bourgeois et aux agriculteurs, leur attitude politique est ambivalente.Si les petits-bourgeois et les agriculteurs sont de petits propriétaires, ils se livrent rarement à l'achat systématique du travail; de plus ces classes tendent à passer dans le circuit de la production soit du côté de la grande bourgeoisie, soit du côté des travailleurs.La classe des travailleurs, au niveau de sa stratégie, doit s’efforcer de trouver chez la petite-bourgeoisie et chez les agriculteurs des alliés politiques.mais elle ne doit jamais non plus abdiquer son titre à la direction du mouvement révolutionnaire.• 47 2.21 la lutte des classes et la nation Seuls des esprits “trop instruits” (genre Frère Un tel) peuvent ignorer l’importance que revêt au XXe siècle la question nationale.Les nationalistes des oays colonisés, ferment de libération, et es nationalismes des pays oppresseurs, générateurs de barbarie, sont l’une des données fondamentales de l’histoire de ce siècle.Mais, en situation coloniale, les défenseurs du désordre établi s’empressent de qualifier de rétrograde l’éveil de la conscience nationale de la nation opprimée; c’est là une tactique de bonne guerre, que l’on emploiera jusqu’au jour où, la tension devenant trop grande, on aura recours à un moyen de dissuation plus efficace, soit l’armée des colonisateurs.Mais, si importante que soit la réalité nationale, elle ne doit pas faire oublier qu’elle revet un sens différent x>ur chacune des classes qui composent a nation.Les bourgeoisies européennes ont dû autrefois réaliser leur unité nationale contre les forces de morcellement qu’étaient les féodaux.Elles se donnaient ainsi un état national centralisé qui leur permit de faire sauter les cloisons intérieures qui empêchaient la libre circulation des biens.C'était 48 • là la création du marché national.Après avoir exploité à fond ce marché, elles partirent à la conquête des marchés internationaux et surtout ceux encore inexploités des pays sous-développés.L’attitude de la bourgeoisie devint alors ambigiîe devant la question nationale.D'une part, sur le plan interne, sous le masque d’un patriotisme qui dégénérera souvent et facilement en chauvinisme, elle tente de mobiliser la nation pour réaliser son expansion impérialiste, et cherche à transformer le marché national en chasse gardée pour les monopoles et le capital financier détenant déjà cette base d’opération.D’autre part, elle se garde de reconnaître le droit à l’autodétermination des nations colonisées, dont elle ne reconnaît d’ailleurs même pas l’existence, et qu'elle domine par le moyen des empires, des communautés ou des confédérations selon le lieu ou l’époque.Devant l’éveil du sentiment national de ces communautés opprimées, la bouregoisie internationale et scs idéologues s’empressent de déclarer périmée l'existence sur le mode de la conscience nationale, même si chez elle, elle pousse un peu loin son flirt avec le nationalisme (les affaires sont les affaires), comme ce fut le > 7,* cas entre autre pour la bourgeoisie allemande qui s’est empressée d’appuyer l’hitlérisme, croyant y trouver son profit.Pendant ce temps l'attitude des travailleurs des pays colonisateurs, qui ramassent les miettes du festin colonial, oscille entre un internationalisme conscient mais assez inefficace et un chauvinisme appeuré.En situation coloniale, la bourgeoisie nationale, si elle est trop faible, n’est qu'un appendice du capital international et elle est sans velléité d’indépendance nationale.C’est la collaboi-a-tion à l’état pur.Si elle est plus forte, elle tente de jouer la carte du nationalisme afin de se donner un pouvoir de négociation vis-à-vis le capital international et de conquérir son propre marché national (v.g.les campagnes d’a- Sa lutte des classes et l’état Nous vivons clans un régime politique que l'on présente comme étant la forme achevée de la marche vers la démocratie: le parlementarisme.Ce système serait l’achèvement de la démocratie, puisque le droit de vote y est universel et que l’état intervient rarement pour bâillonner l'opinion publique.Mais ces mécanismes juridiques ne sont qu’une chat-chez-nousj.Mais elle devra toujours son existence aux bourgeoisies étrangères, et elle ne sera toujours qu’un faible rameau du capitalisme international.Si elle va jusqu’à obtenir l’indépendance politique et à se donner un état national qu’elle tentera d'utiliser pour promouvoir ses intérêts économiques, souvent par le capitalisme d’état, elle ne pourra jamais mettre fin au colonialisme économique.Par contre, les intérêts des classes laborieuses, doublement exploitées, soit en tant que travailleurs et en tant que colonisés, commandent à ces classes de poursuivre la libération nationale jusqu’à son terme et de mettre du même coup la main sur la machine de l'état puisque ce n’est que de cette façon qu’elles échapperont au cercle infernal de l’exploitation tant intérieure qu’extérieure.illusion de la démocratie.La démocratie sera vraie lorsque les politiques qu’on apporte en solution à l'ensemble des problèmes auxquels est confrontée une société seront l’expression de la volonté populaire.Tel n'est pas ici le cas.Au niveau économique, la population est jetée dans un système dont la logique ne relève pas de sa volonté, qui • 49 é poursuit sa fin propre, la recherche effrénée du profit, une fin qui n'a jamais été humainement voulue.De même le visage de la société dans laquelle vit la population n’est pas l'aboutissement de l'action consciente de cette même population.Mais quel est alors le rôle exact que joue l’état dans ce système et quelle est sa nature.L'état est le centre d’un rapport de forces où se fait l’influence prépondérante de la classe économiquement dominante.Il n'est pas l’émanation abstraite et impartiale de l’ensemble de la société, mais un instrument qui permet au groupe qui le contrôle de dominer les autres groupes.Il remplit deux fonctions essentilles.A l'égard de la société toute entière, l'état est un instrument de direction et d’administration de la classe dominante.Cette fonction a crû considérablement en importance dans les états contemporains, et la pensée socialiste n’a peut-être pas finie de dégager toute la signification politique de ce phénomène.A l’égard de ses ennemis de classe, l'état est pour la classe dominante un instrument de répression, qui se charge de les maintenir par la violence si nécessaire dans le cadre d’un mode de production donné.La tac-ticque de la bourgeoisie est ici de souligner le premier rôle de l’état, où sa domination est moins évidente.Jusqu’au jour où la conscience de ses ennemis de classe n’est pas mûre, qu’ils ne se sont pas encore engagés sur le terrain 50 • de la lutte politique, cette propagande est relativement efficace.Ensuite, on aura de plus en plus recours à la notion “d’état protégé”, au niveau de la propagande, alors qu’on utilisera la violence brutale, la police, l'armée, l’appareil légal, pour protéger le monopole politique de la bourgeoisie contre l’assaut des couches populaires.La lutte des classes et la révolution La classe laborieuse est non seulement la seule dénudée de tout droit (les droits sont bourgeois), elle est même dépouillée de son humanité, puisqu'elle doit pour subsister vendre son travail, son humanité objectivée, qui est alors utilisée à des fins qui ne sont pas siennes.Par conséquent elle est la seule classe dont les intérêts commandent d'être révolutionnaires jusqu'au bout.Si en société capitaliste elle est faible et misérable, elle porte en elle la force de libérer l’humanité.C’est en tant que force que la pensée socialiste la considère contrairement aux “bonnes âmes'' qui se penchent sur les misères du peuple tout en se refusant à prendre les moyens pour changer un système qui perpétura éternellement ces mêmes misères en dépit de leurs pieux larmoiements.Le seul moyen de changer le système existant, puisqu’il a mis au pouvoir une classe dont l'intérêt est de perpé- tuer ce système, c’est le renversement de cette classe par la classe laborieuse, c’est-à-dire la révolution.La conscience de la classe laborieuse devra être assez mûre pour qu’elle se soit préalablement engagée sur le terrain de la lutte politique.Son instrument d’action politique sera un parti révolutionnaire.Ce parti devra élaborer une stratégie, soit susciter des alliances de classe, tout en gar- méthodologie Une analyse concrète des classes sociales comporte deux aspects: au niveau objectif, il s’agit de délimiter les rôles dans le circuit de la production, et d'identifier les groupements de personnes qui jouent ces rôles en spécifiant leurs caractéristiques objectives les plus signifiantes, soit leur importance numérique ou l’échelle dé leurs revenus.Ensuite, au niveau subjectif, il faut les manifestations politiques de ces classes, c’est-à-dire se demander si elles sont politiquement conscientes, si elles ont formulé clairement leurs intérêts, si elles agissent selon une stratégie cohérente, et luttent pour leur hégémonie respective.Le chercheur qui veut procéder à une telle analyse se heurte à de nombreuses difficultés.En premier lieu au fait qu’il n’existe aucun document public qui soit directement utilisable pour identifier et décrire les groupes qui occupent les dif- dant la tête de la lutte.Il s’organise afin d’être prêt à mener toutes les for- * mes de lutte possibles, luttes violentes ou non, luttes clandestines ou légales, selon les exigences de la conjoncture.Ce parti refusera par avance les règles d’un jeu dont la bourgeoisie a préalablement pipé les dés en sa faveur, soit le grand cirque du système électoral.férents rôles existant dans le circuit de la production.Notre recherche se base donc principalement sur certaines données du recensement canadien de 1961, publié par E.F.S.Nous avons d’abord utilisé les catégories occupationnelles telles que définies par le recensement.L'occupation est à elle seule un indice peu significatif quant à l’appartenance à une classe ou à une autre.Mais en la combinant à avec la condition de salarié ou de non-salarié, on peut déjà identifier avec assez d'exactitude les travailleurs ruraux, -manuels, et non-manuels.Nous avons ensuite puisé à la même source, des renseignements sur l'importance numérique de ces groupes et sur leur échelle de salaire, qui est à peu près identique au revenu dans le cas des travailleurs.Quant à la petite bourgeoisie, nous l’avons définie comme étant celle qui utilise son propre capital, et • 51 clans une proportion non négligeable, son propre travail.Si elle est propriétaire, son entreprise est généralement de type familial.Nous avons considéré l’instruction des gens des professions libérales comme étant une certaine forme de capital.L'importance numérique de la petite-bourgeoisie nous est également donnée par le recensement, mais quant à son revenu, il est impossible de le déterminer puisque les individus de ce groupe ou bien ne sont pas salariés, ou, s’ils le sont, leurs sources de revenus, autres que le salaire peuvent être importantes.La grande bourgeoisie est définie comme étant celle qui utilise le capital et le travail d'autrui.Si elle possède une certaine somme de capitaux, sa main-mise sur les institutions financières et les formes modernes de finance-ment des corporations mettent à sa disposition une quantité de capital en face duquel son avoir personnel est souvent négligeable.C’est bien plus le contrôle que la propriété des moyens de production qu’elle recherche.C'est la faction de la bourgeoisie qui est à l’heure du capitalisme financier.Ce type de bourgeoisie existe au Québec, mais, elle est en majorité étrangère.L’étude de la faction autochtone de la grande bourgeoisie québécoise est basée sur les travaux du sociologue John Porter, sur l’élite économique canadienne.Les classes sociales au Québec Les secteurs de Véconomie D’une façon schématique, on peut distinguer deux rôles essentiels dans le circuit de la production au Québec: la possession des capitaux et la vente de la force de travail.Ces deux rôles peuvent avoir une signification différente selon le secteur de l'économie où l’on se trouve.Dans le secteur de la production des biens matériels, qu’il s’agisse de matière première ou de produits manufacturés, le salarié affronte directement la forme la plus achevée de l’organisation capitaliste de la production.Ce secteur au Québec est en expansion depuis qu’y a débuté l'industrialisation.C’est dans ce secteur qu’apparurent les premières organisations professionnelles du salariat pour la défense de ses intérêts économiques, et il est encore aujourd’hui le bastion du syndicalisme.Dans le secteur de la distribution, le salariat affronte une forme différente du capital, soit le capitalisme commercial ou les unités de travail sont généralement plus petites.La conscience de classe y est donc moins poussée et le syndicalisme moins répandu.Le secteur des services est peut-être celui qui englobe les intérêts les plus divers, puisqu’on y inclut des éléments aussi disparates que, par exemple, avocats, notaires, dentistes, soit l’une les services des professionnels, médecins, tics factions la plus réactionnaire de la petite bourgeoisie; les sendees hospitalers où le syndicalisme est très vigoureux; les boutiques des petits artisans, cordonniers, barbiers, soit la petite-bourgeoisie typique; les service récréatifs qui relèvent souvent d’organismes à but plus ou moins lucratif.Au niveau de l'admi-nistration publique, le salarié n’affronte pas directement le capital, mais l’état.Ce secteur est en nette expansion.C’est l’un de ceux où le syndicalisme québécois fait actuellement ses avances les plus spectaculaires; les luttes ont tendance à y devenir de plus en plus acharnées.Cependant, il est assez difficile de prévoir quelle signification politique pourront eventuellement prendre à ce niveau les luttes professionnelles, puis- les classes sociales Nous aurions voulu procéder à une analyse des classes sociales qui aurait indique pour chacun de ces secteurs le nombre des salariés et leur métier ou profession, le nombre de propriétaires des moyens de production et la concentration du capital dans chacun des sec- que d’une part le salarié ne faisant pas face au capital, il n’est que difficilement amené à remettre en question le système de la production; mais, d’autre part, affrontant directement l'état, ces luttes peuvent prendre une signification politique explosive.Reste afin l’agriculture, où le travailleur même s’il possède généralement ses moyens de production — bien que sa ferme et son outillage soient souvent hypothéqués — doit mener une lutte de plus en plus acharnée contre les monopoles qui achètent ses produits de plus en plus coûteux et contre des monopsonies qui achètent ses produits à des prix de plus en plus bas.Le mécontentement est ici très fort, et peut-être orienté politiquement vers une remise en question du système, même si jusqu'ici il a été canalisé d'une façon réactionnaire par le crédit social.Leurs.Encore une fois, nous n'avions pas en main les instruments de recherche nous permettant d'arriver à cette fin.Aussi, si les catégories occupationnelles ilu tableau annexé montrent quelquefois dans quel secteur d’économie elles se situent, ce n'est pas toujours le cas.* • 53 4 la classe des travailleurs Nous avons divisé la population québécoise ayant une occupation en trois classes sociales.La grande et la petite-bourgeoisie, et les travailleurs proprement dits.Les travailleurs sont des ruraux, non-manuels et manuels, ces derniers se subdivisant en trois catégories: qualifiés, semi-qualifiés et non-qualifiés.Les travailleurs forment approximativement 91% de la population, la petite-bourgeoisie 9%, et les grands bourgeois, tels que définis, sont au nombre de 51, soit une proportion insignifiante de la population.Remarquons que les tentatives systématiques d’études des classes sociales au Québec sont des phénomènes récents, et que la nôtre devra certainement être approfondie et reprise à la lumière de l’évolution de la situation politique au Québec.Notre classification peut sembler contestable, surtout en ce qui concerne les travailleurs, concept cui englobe des catégories aussi diverses de personnes que les cultivateurs, les travailleurs manuels, les collets blancs et les intellectuels.Elle nous a cependant semblé valable pour certaines politiques que nous tenterons d’énumérer ici.La nation québécoise est en situation coloniale, c’est-à-dire qu’elle est dominé par le truchement d’une institution po- 54 • r T J M* litique, en l’occurence la Confédération Canadienne.Son existence en tant que .nation ne lui est pas reconnue, et ecore moins son droit à la souveraineté.Comme dans toutes les situations coloniales, le travailleur y est non seulement exploité en tant que travailleur, mais aussi en tant que colonisé, dans notre cas, en tant que québécois.Ccl élément constitue un facteur de regroupement au niveau de l’action politique, de tous les québécois qui ne participent pas à la curée coloniale, mais qui doivent en défrayer la note.C’est le cas de tous les travailleurs, aussi bien ruraux que manuels ou non-manuels.Nous avons classé ensemble, pêcheurs, bûcherons et agriculteurs sous le nom de ruraux, et nous les avons inclus dans la classe des travailleurs.Des raisons tirées de l'Histoire et de la situation actuelle du monde rural, nous y ont poussés.L’étude du sociologue Gérald Fortin les résume bien.Les travailleurs agricoles, qui constituaient le quart de la main d’oeuvre il y a vingt ans, n'en représentent plus que 6% aujourd’hui.Si eur importance a diminué très rapidement leur monde a lui aussi été profondément transformé.Au début du siècle, le monde rural vivait dans des structu- rcs pré-capitalistes d’auto-consommation, et les fermes étaient à peu près aussi peu prospères l’une que l’autre.Les échanges avec le monde extérieur, tant au niveau des idées qu’au niveau des produits, s’effectuaient par l’intermédiaire du notaire, du marchand du village ou du commerçant ambulant, qui étaient tous fortement intégrés dans le milieu le plus souvent par des liens de parenté.Mais les premières décennies de ce siècle virent naître l’industrie laitière et l’industrie du bois, phénomène qui eut pour effet de multiplier les échanges avec le monde extérieur et de faire se heurter l’agriculture avec le système capitaliste.De pré-capitaliste qu'elle était, ’idéologie du monde rural devint anticapitaliste, comme le souligne M.Fortin.Aussi, pour lutter contre cette exploitation et le mécontentement qu'elle provoquait, les “élites” traditionnelles importèrent d’Europe le mouvement coopératif.C’est également à cette époque que naquit la première forme d’organisation professionnelle des cultivateurs, l’U.C.C., qui allait pour longtemps se limiter à ctre un cercle d'étude et tie discussion.Mais cette transformation naissante du monde agricole fut vite stoppée par la crise des années '30, qui marqua un retour à l’auto-consomma-tion.La guerre et l’après-guerre, soit les années ’39 à ’55, fut la seule période de prospérité véritable de l’agriculture québécoise.Comme ce fut le cas en d’autres occasions, la guerre vint à la rescousse du système capitaliste qui était au bord de la faillite.L’immense destruction de biens qui en résulta eut pour effet de régler le problème de la surproduction et de faire monter en flèche e taux des profits.Ce gonflement artificiel de la demande fit augmenter le prix des produits agricoles, et la période de reconstruction d’après-guerre les maintint à un haut niveau.Le monde rural subit durant cette période un bouleversement profond.L’électricité y pénétra, et la production se mécanisa.L’univers ties besoins fut élargi de façon fulgurante, et la radio, les grands quotidiens, l'automobile, devenus objets de consommation indispensables, rompirent l’isolement du cultivateur, et vinrent désagréger son ancien mode de vie.1-Gérald Fortin: Milieu Rural et Mi- lieu Ouvrier, Deux Classes Virtuelles.Cahiers internationaux de Sociologie, vol.38, 1965.Mais l'agriculteur québécois, dont on encouragait l’ignorance tranquille, était mal préparé sur le plan de la compé-tence technique et administrative, à faire face aux problèmes que posaient l’exploitation d’une ferme commercialisée.Aussi la récession économique de 1956 jeta l'agriculture québécoise dans le marasme.Les prix des matières premières (engrais chimiques, etc.) et de l'outillage nécessaire à une exploitation agricole commercialisée continuaient à augmen- • 55 # ter.Des années d’imprévision au niveau des investissements collectifs forcèrent la société à débourser des sommes exorbitantes pour l'équipement scolaire, ce qui, aidé d’une répartition injuste des charges fiscales, fit grimper en flèche les impôts fonciers.Pendant ce temps, des monopoles tout puissant s’étaient emparés du secteur de la distribution des produits agricoles.Ils maintinrent les prix à un niveau injustement bas.De plus, des politiques fédérales partiales au niveau des douanes et des subventions favorisaient P agriculture de l'Ouest au détriment de celle de l’Est.De tous ces facteurs il résultat une baisse continuelle des revenus en milieu rural relativement aux revenus en milieu urbain.Depuis 15 ans, le revenu agricole net a baissé, alors que la production a augmenté de 50%.Aussi un grand nombre d’agriculteurs abandonnèrent leur ferme et partirent pour la ville, d’autres sc lancèrent franchement dans l’agriculture commercialisée, quelques fois par des contrats d’intégration de la production que leur offraient les monopoles, et enfin un nombre assez considérable se chercha des emplois à temps partiel, souvent comme travailleur en forêt.Tous ces bouleversements d’un monde autrefois figé, eurent des conséquences profondes au niveau de la conscience de classe et des options politiques.Nous avons classé ensembles tous les travailleurs du milieu rural, pêcheurs, bûche- rons et agriculteurs, parce qu’une solidarité réelle existe dans ce milieu.Un même individu combine souvent de façon diverses deux ou trois de ces occupations pour s’assurer un revenu viable.11 en résulte un brassage de population chez ces trois catégories de travailleurs qui est propice à la prise de conscience de leurs intérêts communs.De plus, tous ont une forte conscience d’être défavorisés vis-à-vis l’ensemble de la société et sont nettement mécontents.Aussi, au niveau de leur organisation professionnelle, syndicats de bûcherons ou U.C.C., est né un esprit de revendication exaspéré.La marche des 18,000 cultivateurs dent pas être d’éternels gagne-petit.Enfin, une désaffection généralisée envers les partis politiques traditionnels s’est jusqu’ici exprimée d’une façon réactionnaire.Cependant, les travailleurs du milieu rural subissant le joug du capitalisme, l’injustice du système confédératif et l’exploitation des compagnies forestières étrangères, cette situation constitue la base objective qui fera des travailleurs ruraux des alliés politiques des autres travailleurs dans la lutte pour la libération de l’exnloitation coloniale « et capitaliste.Les Travailleurs Manuels Les travailleurs manuels forment la majorité de la classe laborieuse, puis- 56 • qu’ils représentent 58% de la force de travail.Peu importante quantitativement et qualitativement aux yeux de l’“élitc” clérico-bourgeois avant le début du siècle, cette catégorie de travailleurs n’éveilla pas son attention.Pendant ce temps, les ouvriers commençaient à s’affilier aux syndicats américains.Ils menèrent à cette époque des luttes héroïques qui constituent quelques unes des plus belles pages de l’histoire du syndicalisme québécois.Ce tumulte ne manqua pas d'inquiéter notre chère “é-1 ite".Aussi elle tenta de vendre aux travailleurs l’idée du syndicalisme catholique, en créant la C.T.C.C.vers les années 1920.Cette fédération syndicale, composée en bonne partie de syndicats de boutique, avait pous base idéologique la doctrine sociale de l’Eglise qui prêchait la paix sociale et le respect de ’ordre établi, qui impliquaient l’association harmonieuse du capital et du travail, autrement dit la soumission de l’exploité à l’exploiteur.Il n’est pas surprenant qu’une telle camelotte n'ait pas trouvée preneur, et que le syndicalisme confessionnel ait végété jusqu’à la guerre.Cependant, la conscience de classe des travailleurs manuels avait été éveillée par le syndicalisme américain et cette manoeuvre ne réussit pas à l’endormir.Avec le retour à la prospérité des années "10, les luttes syndicales reprirent avec plus d’acharnement, et le syndicalisme catholique lui-même se mit de la partie, les “vérités sur l’organis éternelles’’ du catholicisme at ion sociale ayant quelque peu évoluées.Les syndicats catholiques et internationaux en vinrent même à s'épauler en certaines occasions pour lutter contre des patrons canadiens-fran-çais.Pendant ce temps, le syndicalisme américain s'acoquinait de plus en plus étroitement avec P “aine ri can way of life” et perdit son dynamisme d’antan.La C.T.C.C.se déconfessionnalisa, devint la C.S.N., et le principal adversaire du duplessisme.Etant devenue un réel instrument de défense des intérêts professionnels de ses membres, elle commença sn poussée spectaculaire des années 50 et 60, présentant l'avantage d’être une centrale syndicale nationale.L’on reproche souvent aux indépendantistes de poser des problèmes qui ne sont pas susceptibles d’entéresser les travailleurs manuels.Ces derniers apportent eux-mêmes un démenti catégorique à ces affirmations, désaffectant en masse les syndicats internationaux sous le coup des arguments de la propagande nationaliste de la C.S.N.L’existence des travailleurs manuels à l’intérieur de la nation était considérée comme un mal nécessaire par l’idéologie ruralîste de l’“élite clérico-bourgeoise, et leur seul instrument de défense était les syndicats internationaux.Il n'est donc pas étonnant c n ils n’aient pas voulu du nationalisme de cette “élite”.Mais ayant à lutter quotidiennement contre le colonialisme é-conomique, dépersonnalisé par une a-gression culturelle qui lui impose un univers quotidien dans lequel il se sent étranger, le travailleur manuel a tout * • 57 intérêt à pousser la libération nationale jusqu’à son terme.N'a-t-il pas comme idole René Levesque, le plus nationaliste des ministres du gouvernement Lesage, gouvernement qui s’est fait élire en promettant au québécois qu’il deviendrait maître chez-lui.Le vote urbain démontre bien que les .syndiqués sont sensibles à ces arguments.Si la conscience de ses intérêts profonds n'est pas encore assez nette pour l’avoir déjà conduit à la lutte pour la libération économique et politique, il ne fait pas de doute que les désillusions que lui a amené la régime Lesage, ]es luttes politiques que semblent décidés à mener les syndicats, et le travail de l’avant-garde révolutionnaire l’y mèneront.Les Trava Ulc.urs Non-Ma n nels Reste enfin dans la classe des travailleurs, le groupe des non-manuels.Si déjà ils constituent 23% de la force de travail, leur importance est en nette augmentation, avec la place de plus en plus importante qu’occupent les fonctions administratives et techniques dans la société contemporaine.Autrefois, les collets blancs et les techniciens travaillaient en petits groupes.Leurs fonctions les mettaient en contact plus étroit avec le patron, et leurs possibilités d’accéder à des postes supérieurs était relativement 58 • grande.De plus, à leur fonction était accollé un certain prestige social.Ces facteurs déterminaient chez-eux un comportement individualiste.Il en va autrement aujourd’hui.Cette catégorie de travailleurs est rassemblée en des unités beaucoup plus grandes.La mobilité sociale a du même coup diminuée et le prestige social de leur fonction en a fait de même.Leur comportement a par conséquent évolué.Ils ont une conscience de classe de plus en plus nette de leurs intérêts économiques.Il est certain que leurs luttes syndicales les rapprochent des travailleurs manuels, et que sur cette base s’élaborera un sentiment de solidarité politique avec les autres travailleurs.Pour toutes ces raisons, nous avons cru devoir faire de tous les travailleurs québécois une seule classe, la classe laborieuse qui selon nous, sera le moteur de la révolution nationale et démocratique”, selon l’expression de notre manifeste.La Petite Bourgeoisie Nous avons défini la bourgeoisie comme étant la classe qui possède les moyens de production dans le cas de la petite bourgeoisie, ou qui les contrôle dans le cas de la grande.La bourgeoisie constitue approximativement 9% de la population québécoise.En tant que bourgeoisie d’une nation colonisée, elle f % est dans une situation particulière.Des donnés récentes indiquent que les Canadiens-français contrôlent 20% de l’industrie, 40% du commerce du gros et 60% du commerce de détail au Québec.Des $2,689,4000,000.qui devaient être investis au Québec en 1959 selon l’économiste Patrick Allen, les Canadiens-français auraient fournis de 15% à 20%,, n’en contrôlant que 5%.Ces données illustrent le fait que le marché national de la bourgeoisie québécoise lui a été confisqué par le grand capital nord-américain qu’elle n’était pas de taille à concurrencer.La bourgeoisie au Québec, particulièrement la grande bour geoisie, est étrangère.Historiquement, le capital étranger ne laissa en partage à la bourgeoisie nationale que les secteurs les moins rentables de l’économie, tel le commerce de détail.Ses entreprises était de type le plus souvent familiale.Elle vivait encore à l’heure du capitalisme commercial, alors que la grande bourgeoisie nord-américaine é-tait depuis longtemps entrée dans l'ère du capitalisme financier, c’est à dire dans l’ère d’une forme d'organisation du capital basée sur l’interpénétration des institutions financières (banques, cic.d’assurance, cie.d’investissement) et des grandes corporations industrielles aux méthodes de financement ultra-modernes.Ainsi, constamment menacée d’extinction par cette occupation du capital étranger, l’idéologie de la bourgeoisie avait un fort caractère défensif.Née elle-même pour un “p'tit pain”, la petite bourgeoisie traditionnelle a longtemps tenté de faire croire aux québécois qu’il fcn allait fatalement de même pour toute la nation.Le monde rural vivant à cet époque (du début du siècle, à la deuxième guerre mondiale) a un rythme ralenti, il apparut aux yeux de notre “élite” clérico-bourgeoisc comme le bastion dé- i_) fensif d’une culture nationale qu’elle avait “folkloriséc”.Cette culture nationale, substance immuable, possédait certaines caractéristiques: on nous découvrit une vocation rurale, nous n’étions pas doués pour les “affaires”, et nous avions la mission de porter bien haut en Amérique le Flambeau d’une civilisation x»rteuses de valeurs spirituelles.L’idéo-ogie timorée de notre bourgeoisie, comme celle de toutes les bourgeoisies colo- O mules, percevait la particularité de notre situation nationale, mais ne pouvait a-boutir au niveau politique qu’à une série de compromis.Elle était soucieuse d’assurer notre survivance nationale, mais elle n’eut jamais la capacité de réclamer pour la collectivité une vie pleine et entière que la souveraineté seule pouvait lui assurer.De plus, sa vision du monde était cléricaliste et irrationnelle, et caractérisée par une peur morbide de F Autre.Cependant, des factions ont commencées à se créer à l’intérieur de cette petite bourgeoisie nationale, depuis la seconde guerre mondiale.Pour le gros • 59 de la troupe, peu de choses avaient changé.Cette faction de la bourgeoisie fut représentée politiquement par le Du* plessisme dans ce qu’il avait de plus réactionnaire.Mais une minorité de plus en plus importante de la petite bourgeoisie devint plus audacieuse et commença à mettre sur pied des institutions financières et à entrer dans le champ de la grande entreprise moderne.Elle trouva dans un parti libéral rajeuni son expression politique.Son idéologie se caractérise par ses exigences de rationalité, par une certaine volonté de laïcisation de la société temporelle.Elle mit la main en 1960 sur le pouvoir politique que possède la nation.Elle remplaça une politique de roi-nègre et d’enrichissement pour les politicailleurs au moyen des pots-de-vin et du népotisme, par une politique caractérisée par une volonté de rationalité administrative et qui au niveau national manifesta une plus grande fermeté.La néo-bourgeoisie entend être considérée comme un interlocuteur avec lec]tiel les bourgeoisies anglo-canadiennes et américaines auront au o moins la décence de négocier, avant de lui confisquer son marché national.Pour le capital, nord-américain, c’était la fin de la belle époque où il s’agissait de jeter quelques dollars dans les caisses é-lectorales du parti au pouvoir, pour qu’elle obtienne à peu près sans conditions, tous les avantages économiques qu’elle pouvait désirer.Bien sur, cette bourgeoisie québécoise, un peu trépignante, n’est pas encore bien dangereuse 60 • pour le capital nord-américain.Mais ses perpétuelles récriminations sont en train de provoquer un réaménagement des pouvoirs politiques au sein de la confédération.La néo-bourgeoisie a donc résolu de jouer la carte nationaliste, et de faire de l’état un instrument qui lui donnera les assises économiques nécessaires à sa politique de grandeur.Elle veut faire de l’état québécois sa plus grande institution financière.La S.G.F., la caisse de retraite, l’Hydro-Québec, constituent un potentiel économique redoutable.Il ne fait pas de doute qu’elle se oropose d’utiliser la force politique de a nation à son profit.Mènera-t-elle cette bataille autonomiste jusqu’à l'indépendance politique ?Tout dépendra de ce que seront dans le futur, les rapports de force extérieurs et intérieurs, ei scs intérêts.Un fait demeure, c’est qu’elle a actuellement en main la machine du pouvoir, et elle s'est montrée prête à l’utiliser dans toute la mesure du possible pour promouvoir scs intérêts économiques.La stratégie révolutionnaire doit tenter d’évaluer jusqu’où la néobourgeoisie sera prête à aller sur la voie de l’indépendance politique, et tenter d’estimer les conséquences que pourra avoir cette évolution sur la conjoncture.La grande bourgeoisie au Québec se divise en deux factions, l'étrangère et l’autochtone.La faction étrangère est de loin la plus importante, et son analyse comporte une étude sur la pénétration du capital étranger au Québec, ce que V nous n’avons pu réaliser clans le cadre de ce travail.Quand à la grande bourgeoisie autochtone, il est difficile de l’identifier.Le recencement n’est à ce point de vue d’aucune utilité.Nous a-vons utilisé ici une étude du sociologue John Porter sur l’élite économique canadienne, basée sur des données des années 1918-50.Cette élite, que nous identifierons avec la grande bourgeoisie canadienne, est composée de 907 personnes.Ces 907 personnes détiennent 1304 des 1(513 directorats des 170 corporations dominantes du Canada.Ce groupe de Corporations produit approximativement 50% du P.N.B.canadien.Ces 907 personnes détiennent 119 des 203 direc-lorats (58%) des 10 plus grandes sociétés d’assurance canadiennes, et plusieurs di-rectorats dans des corporations non classées comme dominantes.De ces 907 personnes, des donnés suffisantes ont été obtenus pour 760, soit un bon échantillonnage de l’ensemble.Parmi les 760 personnes dont les cas ont été étudiés en détail, 51.ou 6.7% furent classés comme Canadiens-français, alors que les Canadiens-français forment le tiers de la population canadienne.Au niveau numérique, les canadiens-français sont déjà sous-représentés au sein de la grande bourgeoisie canadienne.Cependant, si on considère leur importance réelle au niveau du contrôle qu’ils exercent, leur sous-représentation est encore plus marquée, puisque la plupart de ces 51 individus occupent des postes dans les moins importantes des corporations dominan- tes.Seule une poignée d’entre eux, nous dit Porter, tels les Simard de Sorel, peuvent être classés parmi les plus importants hommes d’affaire de leur province.11 est également probable qu’un bon nombre d’entre eux sont des fondés de pouvoir du capital anglo-canadien, ou américain.Aussi, à toute fin pratique, cette grande bourgeoisie autochtone peut être identifiée au niveau politique à la grande bourgeoisie étrangère ou à la faction progressive de la petite bourgeoisie selon les liens plus ou moins étroits qu’elle entretient avec le capital étranger.Notre analyse de classe a tenté de brosser un panorama des classes sociales du Québec, indiquant leur importance numérique, leurs intérêts politiques, le degré de conscience de classe et la dynamique des changements en court dans la structure des clauses.Elle avait pour but de faire entrevoir au M.L.P., ce que devra être sa stratégie politique en longue période.Cette stratégie peut difficilement être définie à l'heure actuelle, puisque toutes les forces que verra s’affronter la révolution n’ont pas encore engagé la lutte politique.En effet, il n’existe au Québec qu’une force révolutionnaire potentielle, c’est-à-dire une faible avant-garde coupée de ses assises sociales.La classe laborieuse est de plus en plus revendicatrice.Elle est mécontente d’un système inhumain, qui est incapable de lui assurer le plein emploi, de satisfaire ses justes aspirations au niveau de la con- • 61 sommation, de lui assurer un minimum de sécurité sociale, et de doter la nation québécoise, de plus en plus sensible au fait que sa destiné lui échappe, d'institutions politiques qui lui permettent de prendre en main cette destiné.Mais cependant, elle ne s'est pas encore donnée l'instrument qui lui permettra de mener à bonne fin la lutte politique que commande ses intérêts : un parti (1) Chiffres établis à partir d’une étude sur la mobilité sociale au Québec, réalisée par Yves de Jocas et Guy Rocher, et publié dans "The Canadian Journal of Economies and Political Sciences”.révolutionnaire.Il faut donc que l’avant-garde révolutionnaire travaille à faire de la classe laborieuse une force politique véritable, c'est-à-dire qu'elle l’organise.Alors seulement nous serons en mesure de juger si la libération nationale se fera contre notre bourgeoisie et les bourgeoisies étrangères, par une coalition nationale.mario dumais (2) Voici pour les E.U.la part des salaires dans le produit net (“Value addded”) de l’industrie manufacturière : 62 • TRAVAILLEURS HOMMES FEMMES Nombre Revenu Nombre Revenu a) Ruraux Pêcheurs 2,718 1841 Bûcherons 31#882 1649 Agriculteurs 117#235 1700 15,341 1500 b) Manuels Manoeuvres 85#705 2038 6,368 1410 Transports# communications 94#992 3131 9,320 2254 Services# recréation 91,500 2825 91,749 1107 Vendeurs 68#552 3930 27,045 1417 Mineurs 12,756 3652 Ouvriers de métiers 376,827 3324 84,568 • i i ¦¦¦ > mt mtm — 1738 Non-manuels Employés de bureau • 99,528 3299 119,194 2383 Techniciens 53,248 5300 27,153 2400 Intellectuels 22,219 4900 44,118 2600 Administration publique 5'516 5602 197 4093 Petite bourgeoisie • Clergé 8,518 5,266 Petits industriels 72,097 6,553 Commerçants (de détail) 32,674 6,357 Professionnels 10,531 442 Managers 13,105 1,795 • 63 où allons-nous?jean-marc piotte L’inexistence d’une tradition révolutionnaire québécoise et la complexité de la situation de notre pays me rendent toujours pénibles mes tentatives de compréhension de notre réalité.Je dois lutter constamment contre moi-même poui essayer de clarifier par l’écriture l’intuition qui m’a traversé.Je ne sais jamais si demain tout ne sera pas à recommencer, si, par une lecture, une discussion ou une nouvelle intutition, je ne nierai pas mes dires d’hier.Mais c’est lar le choc de vues contradictoires sut a réalité, c’est par les contradictions mêmes de la pensée révolutionnaires québécoise que nous progresserons, c’est par la négation de nos erreurs que nous cernerons peu à peu le réel québécois; et c’est par cette intelligence de plus en plus profonde de notre pays que nous décuplerons notre efficacité, que notre action mordra de plus en plus dans le vif de la réalité du Québec.Il ne fau- ¦ N* tirait donc pas voir des certitudes dans ce qui va suivre.Ce sont des hypothèses de travail qui devront être vérifiées ou mises en question par l’action de nos organisateurs et par la réflexion de nos intellectuels.Ce sont des interrogations qui m’habitent et que je pose à l'ensemble des révolutionnaires québécois.Si mes propositions ont une forme affirmative, c’est que je ne pouvais toutes les terminer par des points d'interrogation: comme dirait Major, il faut bien avoir des préoccupation stylistiques.• • • Où allons-nous?Question inquiétante: j’ai l’impression que nous ne savons pas trop où nous allons, même si certains prétendent le savoir.Aussi, j'essaie d’ouvrir de nouvelles voies et de clarifier celles où nous nous sommes déjà engagés.Dans une première partie, je prospecte la nouvelle voie stratégique proposée par Gorz et Mallet, puis je tente de la concrétiser par certaines réflexions sur les réformes du parti libéral et la situation du Québec.Dans la seconde, j’analyse de façon un peu plus poussée la pensée politique du FLQ-ALQ.Incapable de répondre dans l'immédiat à 64 • Ta question que je soulève, j’essaie quand même d’y apporter certains éléments de solution qui nous permettront — bientôt, je l’espère — de la résoudre.f 1 — réformes et révolution Dans les pays de l'Europe occidentale, la force politique et militaire des bourgeoisies nationales ou la situation internationale ou encore l’union de ces deux facteurs a empêché les partis communistes de prendre le pouvoir par la lutte armée.En France, le PCF s’est orienté vers l’attentisme révolutionnaire qui consiste à nier tout avantage aux réformes, à ne pas s’engager immédiatement dans la lutte armée et à attiser le mécontentement populaire.Face à l’attentisme révolutionnaire qui replie les forces populaires sur des positions défensives et face à la sociale-démocra-tie — comme celle de Suède — qui ne résout pas les problèmes .fondamentaux du capitalisme, certains penseurs socialistes ont recherché une troisième voie, fe simplifie évidemment une situation complexe car je veux couper court: l’objet de la première partie de mon étude étant la troisième voie telle que proposée par Gorz (1) et Mallet (2)././ la perspective de G orz La nécessité d’un renversement révolutionnaire de la société allait de soi lorsque la' majorité des gens vivaient dans la misère: “le pire était le présent; ils n*avaient rien à perdre (3)”.De nos jours, pour ‘1-5 de la population, (l’in-tolcrabilité” du système n’est plus absolue, mais relative.La mobilisation des travailleurs en vue de la prise du pouvoir et de la réalisation du socialisme doit être médiatisée par des objectifs, intermédiaires.Au lieu d’opposer le présent capitaliste à l’avenir, socialiste "comme le Mal au Bien, Vimpuissance présente au pouvoir futur, il s'agit de rendre l'avenir présent et le pouvoir sensible (par) la lutte pour des objectifs partiels, embrayés sur des besoins profonds et mettant en cause les structures capitalistes; la lutte pour des pouvoirs partiels autonomes et leur exercice doivent donner à vivre aux masses le socialisme comme une réalité déjà à l'oeuvre, travaillant le capitalisme du dedans et exigeant de s'épanouir librement PI)".Mais lutter contre le système capitaliste en se situant à l’intérieur, lutter pour des réformes, n’est-ce pas émousser le mécontentement des travailleurs en rem dam leurs conditions d’existence plus supportables?Les réformes ne sont-elles pas immédiatement incorporées et su- • 65 bordonnées au système capitaliste même?Voilà des objections, et de taille.Pour les conter, Gorz distingue les réformes réformistes des réformes non-réformistes."Est réformiste une réforme qui subordonne ses objectifs aux critères de rationalité et de possibilité d'un système et d'une politique donnés.Le réformisme écarte d'emblée les objectifs et les revendications — si profondément enracinés soient-ils dans les besoins — incompatibles avec la conseiuation du système.N'est-pas nécessairement réformiste, en revanche, une réfonne revendiquée non pas en fonction de ce qui est possible dans le cadre d’un système, et d'xme gestion donnés, mais de ce qui doit être rendu possible en fonction des besoins et des exigences humaines (5)." Mais lorsqu’il s’agit de distinguer dans les faits une réforme réformiste d'une réforme non-réformiste, Gorz doit faire des prodiges d’ingéniosité pour y arriver, et il n’y arrive pas toujours.Cette distinction logique, reposant sur des critères abstraits, ne rend pas entièrement compte de la réalité.1.2 la perspective de Mallet Mallet, lui, part des notions de contradictions et de structure chez Marx.“L'infrastructure étant ( .) l'état des 66 • forces productives et la situation des rapports de production, la superstructure caractérisant de son côté les institutions et les idéologies de ladite société, il est tout à fait évident que pour Marx c'est la société elle-même qui est conçue sous la fotme d'une structure homogène ( .) Chaque société historique constitue ainsi un organisme structuré dont les éléments composants ne peuvent être 7nodifiés isolétnent, mais dont le change-ment implique la mise en cause de l'ensemble et entraîne à échéance la destruction de Vancienne structure sociale et son remplacement par une autre (6)." Mais l’existence de cette structure globale de la société implique l'existence de structures partielles qui sont les composantes moléculaires de celle-là.Aussi, chaque changement partiel (quantitatif) intervenant à l’intérieur de la société vient finalement à rendre caduque l’ancienne structure globale et à en exiger la création d’une nouvelle (transformation qualitative).La base de ce processus de transformation est précisément le caractère contradictoire des éléments constitutifs de la structure de la société.Ces transformations s’organisent à partir de l'infrastructure économique et ont comme agent la lutte des classes : ceci est, si je ne m’abuse, les deux caractéristiques fondamentales de la réforme telle que l’entend Mallet.Aussi le dilemme réformes-révolution est un être de raison et n’est pas fondé / dans la réalité.Chaque réforme conduit il la révolution, car la modification des structures partielles rend inadéquate l’ancienne structure sociale.D’autre part, la révolution exige l'action réformiste qui permet de mettre en évidence les éléments de modification la rendant inévitable.Aussi, d'après Mallet, il n’y a pas de réformistes ou de révolutionnaires, il y a des situations réformistes et des situations révolutionnaires: nous devons déterminer la situation dans laquelle nous nous trouvons, et choisir nos objectifs en conséquence.Les vues de Gorz et Mallet ne se contredisent pas: elles se complètent.Quoiqu'il me semblerait plus juste de maintenir la distinction de Gorz en lui donnant un contenu mallétien.Une réforme non-réformiste serait celle qui s’organiserait à partir de Infrastructure é-conomiquc et qui aurait comme agent la lutte des classes.Cette définition a l’avantage, à l’encontre de celle de Gorz, de tenir compte du processus réel de l’histoire (le matérialisme historique et dialectique).L’histoire du Parti communiste italien semble confirmer les thèses de Mallet et de Gorz.Au lieu de prendre une attitude défensive comme celle du PCF, pour chaque problème important, le PCI proposait des réformes socialistes et les répandait parmi les masses populaires.La bourgeoisie était peu à peu obligée de les appliquer tout en émoussant ce- pendant leur contenu socialiste.Le PCI avait alors beau jeu de dénoncer les compromissions de ces réformes et de montrer que si elles solutionnaient certains problèmes, leur manque de radicalisme en laissait subsister plusieurs.En Italie, à l'encontre de la France, la bourgeoisie est à la remorque du parti communiste.Aussi, depuis la dernière grande guerre, le PCI n’a cessé de se renforcer et d’étendre son influence sur les masses populaires.Si, en Italie, une politique réformiste a développé la conscience de classe des ouvriers, en France, les réformes ont entraîné la temporisation de la lutte des classes: le PCF, n’ayant pas su utiliser ces réformes, se les ai laissé imposer par la bourgeoisie.Le PCI, en reliant une politique réformiste à une idéologie révolutionnaire, contrecarre l’affadissement du socialisme dans la sociale-démocratie et l’affaiblissement de la lutte des classes qu’entraîne l'attentisme révolutionnaire.13 les réformes du parti libéral Nous ne pouvons appliquer à ces réformes les explications de Mallet et de Gorz: ce sont des réformes réformistes.Néanmoins, leur réalité est plus ambiguë que l’interprétation qu’en donnent ceux qui les défient comme ceux qui les condamnent de façon absolue.Examinons, si vous voulez bien, la SGF, la réforme de l’éducation et la nationalisation de l'électricité.• 67 L’Etat, par l’intermédiaire de la SGF, met son crédit au sendee de l’entreprise privée.D’autre part, selon M.Raynaud, “la SGF présentement tend à former un circuit à part da?is le système.A toutes fins pratiques, le système considère la SGF comme Vètat (7).” Les capitalistes n'utilisent l’Etat qu'avec réticence parce qu’ils ne le contrôlent pas complètement ni indéfiniment.Les entrepreneurs privés du Québec accepteront peu à peu, comme ceux de France, le néo-capitalisme: pour continuer à croître, ils auront de plus en plus besoin de l’appui financier de l’Etat.L*investissement à long terme dans des compagnies assure le contrôle de l’investisseur sur celles-ci.Car le bailleur de fonds, avant d’acheter des obligations, peut exiger que la compagnie orenne certaines orientations, et si cel-'e-ci, pour son expansion, a besoin de capital-argent, elle devra accepter les conditions du prêteur.En plus de faire des prêts à long terme, la SGF peut a-cheter un certain pourcentage d’actions d'une compagnie et, ainsi, y exercer un contrôle (cf.Marine’s Industries).Aussi, le gouvernement libéral pourrait théoriquement utiliser la SGF pour remplacer dans les entreprises que celle-ci contrôle le critère du profit par celui des besoins.Théoriquement, car, en pratique.il faudra la prise du pouvoir par les forces populaires pour utiliser cette arme contre le système.Donc, même si la SGF sert le système, il ne faudrait pas nier qu’à long terme, avec l’entrée au pouvoir des forces socialistes, elle est une arme qui peut être retournée contre lui.De plus, la SGF, en permettant le développement des forces productives, augmente aussi les offres d’emploi.Il ne s’agit pas de nier bêtement les avantages d’une réforme: il faut montrer que ces avantages réels laissent subsister une foule de problèmes et qu’ils ne sont que les effets secondaires de l’objectif recherché par l’Etat bourgeois.Même si plusieurs réformateurs de l’éducation travaillent dans une optique humaniste, la cause objective de la réforme de l’éducation au Québec de-meure le développement technique qui, avec l’automation, exige des travailleurs plus qualifiés.L’Etat, en prenant à sa charge l’éducation, enlève aux capitalistes le coût de formation de la main d’oeuvre.Aussi la réforme éduca-livc ne va pas contre le système: elle est issue du développement des forces productives et s’inscrit à l’intérieur de lui.Si ce développement entraîne l’affaiblissement du pouvoir clérical au profit de la néo-bourgeoisie, c’est que la bourgeoisie n’est pas un tout indifférencié: les intérêts communs des bourgeois impliquent l’existence d’intérêts secondaires divergents (cf.la loi de la concurrence).D’autre part, la réforme de l’éducation, en augmentant le niveau de scolarité des travailleurs, accroît aussi leurs possibilités de prendre conscience des contradictions de la société et de vouloir son bouleversement. L’Etat a nationalisé l’électricité: c’est un secteur économique peu rentable.Sa nationalisation, en supprimant la concurrence, a diminué le coût de produc-tion de cette matière première et permettra de l’offrir à des prix plus réduits à l’entreprise privée.De plus, en payant à prix d’or les possesseurs des entreprises de ce secteur, l’Etat libéra une source de crédit pouvant être réinvestie dans le secteur secondaire.D’autre part, avec la prise du pouvoir par les socialistes, elle devient une arme contre le système.Par les effets qu’elle entraîne, elle augmente les emplois.Sur le plan de la propagande, elle a beaucoup fait pour enlever la crainte de l’Etat.Au lieu de nier les avantages de cette nationalisation, nous aurions dû exiger, au moment, où ce problème était débattu, que l'Etat dédommage beaucoup moins grassement les personnes concernées et que les travailleurs puissent participer à la gestion de ce secteur.Bref, au lieu de condamner les réformes une fois qu’elles sont réalisées, nous devrions apprendre à détecter les problèmes urgents et à leur proposer des solutions radicales.Ainsi nous délaisserions nos positions défensives pour jouer un rôle d’avant-garde././ la situation québécoise 11 n’exisLe pas de frontière absolue entre une politique réformiste et une po- litique révolutionnaire.Ce n’est qu'une question d'insistance: si la situation est réformiste, nous insisterons davantage sur la nécessité de réformes radicales tandis que si la situation est révolutionnaire, nous accorderons plus d’attention à la nécessité de la révolution.Appuyer sur un des pôles n’implique pas la négation de l’autre.L’insistance n’est qu'une question tactique: le but demeure le renversement du système existant par la prise du pouvoir.Dans le manifeste, nous montrons que nous ne sommes pas dans une situation révolutionnaire.Nous sommes, disons-nous, dans une situation révolutionnaire latente ou, ce qui revient au meme, dans une situation pré-révolutionnaire.Ce concept est nouveau dans la littérature socialiste.Qu’est-ce qu'une situation pré-révolutionnaire?Dans la mesure où elle précède la révolution, elle ne se distingue pas de la situation réformiste.Mais elle est différente de celle-ci parce qu’elle possède des éléments pouvant se transformer rapidement en conditions révolutionnaires.Le concept pré-révolutionnaire, médiateur entre le concept révolutionnaire et le concept réformiste, reflète bien l’ambiva-lance de la situation du Québec.Pays en voie de transition, la situation peut aussi bien conduire à la révolution qu’à une politique réformiste.Si la conjoncture est pré-révolutionnaire pour les forces de gauche, elle est pré-réformiste pour la bourgeoisie.Les concepts pré-révolutionnaire et pré-réformiste dépendent, • G9 d’une part, de l’époque de transition dans laquelle est plongé le Québec et, d'autre part, de la visée des forces en Drésence: consolider son pouvoir pour la Dourgeoisie et le conquérir pour les forces révolutionnaires.Je ne crois pas que nous puissions trouver dans la situation actuelle des éléments qui entraîneront nécessairement la révolution.Il n'y a pas une relation de cause à effet entre la situation pré-révolutionnaire et la situation révolutionnaire ni entre la situation pré-réformiste et la situation réformiste.Nous devrions approfondir ce point et trouver un concept qui synthétise les aspects pré-réformiste et pré-révolutionnaire de la situation actuelle.2 — la pensée politique du flq-alq Le phénomène FLQ-ALQ est politiquement important.J'ai senti le besoin de me pencher sur sa stratégie, ses tactiques, son organisation et son programme.Aucune étude n’a été faite sur ce sujet.Pourtant, il est excessivement important pour la conduite de la révolution de le cerner méthodiquement et de l’analyser sous tous ses angles.Mon travail n’est qu’une ébauche: des recherches plus approfondies devront être entreprises.Pour étudier le phénomène FLQ et ALQ (celle-ci est la branche militaire de celui-là) du mouvement de libération québécois, il n’existe qu’un document sérieux: la Cognée, organe du Front de Libération du Québec.Publiée régulièrement depuis octobre 1963, la Cognée comptait 40 numéros le 1er août 1965: les forces répressives n’ont jamais pu détruire son réseau de publication et de diffusion.Elle a été et demeure le fil conducteur pour comprendre la série d’actions armées entreprises depuis la formation du FLQ.N Chaque numéro comptant en moyenne huit pages polycopiées de huit et demi par onze, la Cognée — se voulant journal de liaison, d’organisation, de formation et de combat — n’a pas entrepris d’études approfondies sur les différents problèmes soulevés par la lutte clandestine.Pour chaque point de mon étude, je me suis référé aux différents articles — surtout ceux de Lemoyne et de Gauthier, les deux analystes les plus représent ifs de la Cognée — dispersés dans l’ensemble des numéros et en ai fait la synthèse.Ce qui peut entraîner une interprétation très subjective de la pensée du FLQ-ALQ.De plus, je ne me suis pas limité à reproduire leur pensée: je la commente, je la critique et je suggère.Les effelcois ne s’offusqueront pas de cette attitude critique car elle fait partie de leurs méthodes: “Grâce à (une) autocritique continuelle et renouvelée, les diverses forces révolutionnaires en profiteront, se renforceront, et la lutte aura davantage de cohésion (8)”.70 • 2.1 les objectifs de la cognée La Cognée se donne pour fonction d’être un organe de liaison au sein du FLQ, un journal d’organisation et de formation et une feuille de combat (9).Selon moi, si ces trois buts sont complémentaires, ils ne peuvent cependant pas être atteints efficacement par le même organe.2.11 Tout organe de liaison vise deux buts: 1.- diffuser les directives et les mots d’ordre à tous les militants; 2.- créer au sein du parti un concensus.Il va de soi que les directives du comité central ne doivent pas être répandues hors de l’organisation et qu’il est impossible de créer un concensus chez les militants si le c.c., dans la distribution de son organe de liaison, ne distingue pas les militants des sympathisants.Or La Cognée est distribuée à des gens autres que ceux de l'organisation du FLQ-ALQ.Etant donné le peu d'extension du FLQ-ALQ (ce qui permet de diffuser, par des a-gents de liaison, les mots d’ordre, les techniques, .aux personnes concernées) la Cognée devrait cesser, selon moi, de jouer un rôle d’organe de liaison.2.12 Arme de combat, la Cognée est un moyen de propagande qui “a pour but de politiser le mécontentement généralisé et organisé (70)”, cette propagande s'adresse à la niasse des mécontents, l’ourlant la Cognée n’est pas diffusée dans la masse elle est distribuée aux seules personnes sympathiques à l’activité clandestine qui ont déjà été touchées xir la propagande: ce dont -telles onL besoin présentement ,c’est d’éducation lolitique.De plus, la propagande et ’éducation politique — s’adressant à deux groupes distincts et visant deux objectifs différents — ne peuvent avoir le même contenu ni le même style: elles nécessitent deux journaux.A l’étape présente de l’organisation clandestine, je doute qu’il soit efficace de répandre l’idée de la nécessité de la lutte armée chez la masse des mécontents: il serait préférable que la Cognée se limite à la formation et à l’organisation de ses sympathisants.2.13 De plus, près de la moitié des articles de propagande et d’éducation politique publiés dans la Cognée auraient pu facilement prendre place dans la livraison de Québec Libre ou de Parti pris.Je juge inefficace qu’on publie clandestinement ce qui peut l’être légalement.La légalité offre l’avantage d’une grande diffusion, et cela sans risque: on doit l’utiliser lorsque c’est possible.Un exemple: “La Véritable histoire des Québécois” de Gauthier aurait pu être publiée à parti pris.2.14 Bref, la Cognée devrait s’en tenir à la formation spécialisée impliquée par l’activité clandestine et à l’organisation dans la masse; elle est distribuée aux seules personnes sympathiques à l'activité de ses sympathisants.Rassembler cha- • 71 que cellule et chaque réseau d’effelcois par une stratégie commune et une coordination des efforts, accroître la formation et la solidarité de scs militants et sympathisants, écarter des rangs révolutionnaires les aventuriers et créer chez les premiers une meme conscience des problèmes (11), voila suffisamment de travail pour remplir un journal.Dans l'analyse qui suit, je n’ai tenu compte que de cet aspect de la Cognée.2.2 le rejet de Vélectoralisme Le FLQ-ALQ, est-il besoin de le dire, rejette la voie du R IN pour réaliser l’indépendance.Quels sont ses raisons ?2.21 Le FLQ-ALQ refuse la voie du R1N parce qu’elle conduit à la division des forces politiques et à leur rivalité.De plus, ce n’est pas la volonté du peuple qui s’exprime dans la lutte électorale, mais la publicité des partis (13).2.22 Tous les moyens de publicité et d’information sont aux mains du pouvoir établi.Les journaux, les postes de radio et de télévision ainsi que les maisons d'éducation ont comme fonction de défendre la situation existente.Il est donc impossible d’exprimer notre point de vue par les canaux actuels (16).2.23 La liberté politique n’existe pas.Une campagne électorale coûte des mil- lions de dollars provenant des trusts et de la haute-finance : un parti populaire ne peut espérer obtenir leur appui.Elle nécessite aussi “une machine politique importante, montée lentement à coup de faveurs, de patronage et de corruption (15)”.2.24 L’action électorale est impossible parce que nous n’avons pas de parlement national.“Devrions-nous présenter des candidats aux élections de la House of Commons, à Ottawa ?Aucun parti national n'y songe.Le gouverne-ment d’Ottawa est un gouvernement étranger, et il est responsable datant un parlement à majorité étrangère; les représentants de langue française ne forment qu’une faible minorité.Pouvons-nous espérer obtenir gain de cause?Jamais! (.) Alors, disent les naïfs, il faut présenter des candidats à l’Assemblée législative de Québec.On ne doit IF V pas oublier une chose : le pseudo-parlement de Québec n’a pas juridiction sur tout le territoire national.L’Assemblée législative est le parlement de la province dè Québec : par conséquent, son pouvoir ne s'étend que sur le territoire provincial, c’est-à-dire environ la moitié du territoire national.Qui gouverne l’autre moitié?F.es terres de l’Un gava, les if es de la Baie d’Hudson et les îles artiques de notre secteur polaire sont actuellement administrées par le gouvernement d'Ottawa.F,e Labrador est actuellement administré par la province de Newfoundland.F.es régions fran- 72 • cophones des zones limitrophes de la province, de Québec sont actuellement sous la juridiction des provinces d'Ontario et de New-Brunswick.(Vest ce qui explique qu’on ne peut considérer le trouver new eut du Québec comme national, car il ne contrôle que la moitié du territoire national; ni considérer P Assemblée législative comme., nationale, car n'y est représentée que la population vivant à Vintérieur des frontières arbitraires de la province (12)." 2.25 “Les intérêts politiques, économiques et militaires au Québec sont trop étendus pour (qu3Ottawa) accepte de bon gré la volonté des Québécois de se libérer.Donc, même dans l'hypothèse très improbable où la lutte parlementaire porterait les indépendantistes au pouvoir, il faudrait prévoir la possibilité d’une lutte armée pour empêcher notre indépendance; donc prévoir et s’organiser en vue d’une guerre de libération (Ny De plus, toute l'histoire du Québec, telle que décrite par Gauthier, prouverait que, lorsque les moyens légaux n'ont pas suffi, les Anglais ont su utiliser des arguments frappants pour réprimer la volonté des Québécois.On voit le FLQ-ALQ apporter des arguments solides pour condamner l’électoralisme.D’ailleurs la voie italienne vers le socialisme — l’iitilisation des droits politiques que confère l'Etat à la classe des travailleurs — ne me paraît qu’une étape intermédiaire entre la situation actuelle et la lutte armée.Si le PCI, par le parlementarisme, s’approchait trop du pouvoir ou s’en emparait, la bourgeoisie utiliserait sa force militaire pour essayer de l’écraser.La bourgeoisie se sert du parlementarisme tant qu’il lui est favorable mais, dans le cas contraire, elle recourt aux arguments percutants.C’est ce qu’a montré le fascisme — qui resurgira lorsque la bourgeoisie reperdra pied devant la montée des travailleurs.Il faut se demander si, au Québec, l’utilisation des droits politiques que confère l’Etat ne serait pas un étage intermédiaire entre la situation actuelle (définie par le mot d’ordre, organisation) et la lute armée.En-lin, je me permets cette question : est-ce que les étapes ne devraient pas être : 1— organisation d’un mouvement légal par agitation, propagande et éducation politique (parallèlement ou non à l’organisation d’un mouvement clandestin); 2— lutte parlementaire; 3— lutte armée ?2.3 situation révolutionnaire et lutte armée Si l’électoralisme ne peut nous conduire au pouvoir ,il ne nous reste plus que la lutte armée.Preuve par l’absurde.Mais il faut aussi montrer positivement quels sont les faits qui nous permettent tie prévoir la réussiste d’une telle lutte.Sur ce point, la pensée de la Cognée • 73 » est beaucoup plus faible, et comme elle n’a pas consacre un seul article complet a ce problème, j’en suis réduit à interpréter différents passages.2.31 La Cognée tient compte de la nécessité d’une conjoncture internationale favorable, mais indirectement, par ses louanges aux Etats-Unis et par l’appui qu’elle escompte de la France.“Heureusement pour ?ious, la géographie nous est favorable.Nous avons comme voisin un peuple qui comprendra notre combat ,pour Vavoir effectue lui-même, de 1775 à 17S3 (22).*’ Ou encore : “Nous sommes assurés que le Président Johnson sera sympathique (à notre révolution) (23)1* En ce qui concerne notre mère partie : “La France redevenue grande s'intéresse maintenant à nous.En octobre dernier, André Malraux est venu nous dire que nous ferions la prochaine civilisation ensemble (24).” Nous retrouvons significativement la meme attitude louangeuse vis-à-vis le clergé.En écrivant l’histoire du Québec, Gauthier montre que le clergé s’est toujours opposé aux tentatives de libération des Québécois, mais, dit-il, “en 1965, nos évêques n’ont plus cette attitude, notre clergé est maintenant dynamique et nationaliste (25).Je ne crois pas que des louanges, si immodérées soient-elles, empêchent les Américains et le clergé de percevoir leurs intérêts réels.Sur le plan extérieur, le plus grand obstacle à la lutte année n’est pas Ottawa, mais les Etats-Unis qui contrôlent plus de la moitié de notre économie et qui ne tiennent pas à risquer la mainmise qu’ils y exercent.Parce qu’ils s'imaginaient que la révolution cubaine serait tout simplement un changement d’hommes au pouvoir, les Yankees ont été initialement tolérants à l’égard du castrisme, mais ils ne seront pas assez naïfs pour se laisser rouler de nouveau.Sur le plan intérieur, le plus grand obstacle est le clergé : il s’opposera à la IuLte armée s’il craint de perdre sa puissance économique, politique et idéologique.Aussi, au lieu de présumer de leur sympathie, il serait plus juste de les considérer comme des ennemis probables, et des ennemis de taille ! 2.32 Analysant les facteurs pré-insurrectionnels, Gauthier pose les conditions suivantes : une conjoncture canadienne pourrissante et le rejet des Bleus et des Rouges par les Québécois (17); il pose la nécessité de la faiblesse du gouvernement au pouvoir et de la non confiance du peuple à son endroit.Aussi, en période révolutionnaire, les gouvernements (ne serait-ce pas plutôt l’Etat?) utilisent des réformes pour calmer le mécontentement du peuple.Enfin, Louis Nadeau, en indiquant des échéances qui se sont par ailleurs révélées fausses, précise que la clandestinité totale et le soulèvement armé du peuple québécois seront précédés par la répression des éléments les plus sérieux et les plus radicaux des mouvements légaux (18).Il serait important que la Cognée ap- 74 • f profondisse ce point en distinguant ce qui relève de l’Etat de ce qui dépend du gouvernement au pouvoir.2.33 L.a Cognée ne pose pas la nécessité d'une crise nationale (vg.la conscription) ou économique.2.34 I.a Cognée pose aussi, comme condition nécessaire, la manifestation d’une volonté de changement par la population, volonté qui se cristallisera surtout au niveau de la jeunesse comme au Québec en 37, à Cuba, en Algérie, en France occupée et en Irlande.Mais la Cognée n’indique pas si cette volonté île changement doit se canaliser dans de vastes actions populaires (19; 20; 21).• 2.35 A l’cpoque de Lénine, dans tous les pays, la majorité de la population vivait dans la misère, dans un état de paupérisation absolue.La misère ne pouvait être une des conditions de la révolution : elle était une réalité universelle.Certains penseurs socialistes la considèrent maintenant comme une des prémisses au surgissement du mécontentement des masses, mécontentement devant être canalisé dans de vastes actions populaires.Louis Nadeau montre que les besoins sont subjectifs et évoluent selon le contexte social, et que le minimum vital (social) des Québécois est inférieur à celui du nord-américain.Aussi, les Qué-bécois peuvent désirer la révolution pour satisfaire leur minimum vital (so- cial).De plus, si des peuples.plus pauvres que le nôtre ont accepté de faire la révolution, assumant ainsi une baisse, à court terme, du niveau de vie, Nadeau ne voit pas pourquoi les Québécois ne la feraient pas (28).Voilà une analyse judicieuse.Mais elle laisse en plan certaines questions.Existe-t-il des degrés d’insatisfaction dans les différents besoins non contentés ?Est-ce que le besoin d’avoir une auto pour le Québécois est senti aussi impérieusement que le besoin, pour le Cubain, de manger trois repas par jour et d’avoir un logement salubre ?Je crois que c’est précisément la question à laquelle il faut répondre pour résoudre ce problème.Il y a aussi le fait de la baisse du niveau de vie pendant et après la révolution.Dans Loute guerre révolutionnaire, un des principes militaires est de freiner ou d’arrêter complètement la vie économique.Au Québec, le travail consisterait à s’attaquer à l’épine dorsale d’une économie industrialisée i.e.les moyens de communication — ce qui ferait descendre en flèche notre niveau de vie.Dans les pays où a éLé réalisée la révolution, le niveau de vie a baissé légèrement dans les villes où résidait la minorité de la population) et stagné ou baissé légèrement dans les campagnes.Car, aussitôt qu’une région éLait contrôlée, on y appliquait immédiatement la réforme agraire pour rallier la sympathie de la population, et si le niveau de vie n’augmentait pas, les conditions de travail étaient cependant très supérieures à • 75 celles qui prévalaient antérieurement.Donc, est-ce que la baisse du niveau de vie pendant la révolution ne nous attirerait pas, à l’encontre de ce qui s’est fait dans les pays à prédominance agricole, l’antipathie de la population ?La baisse du niveau de vie après la révolution pose aussi un problème.Bien qu’avec la prise du pouvoir, je crois possible de nous attirer la sympathie de la population par l’application immédiate de grandes réformes désirées.Cette question de niveau de vie est si importante qu’elle est la pierre angulaire des critiques du pouvoir établi contre l’indépendance et, a fortiori, contre la révolution.Il est urgent que nous nous penchions sur ce problème.2.3f> Si son analyse des conditions objectives de la révolution est faible, par ailleurs la Cognac insiste beaucoup dans tous ses numéros sur la nécessité du Parti : ce qui lui donne un visage très volontariste.Un passage choisi au hasard : “Par conditions subjectives (nécessaires au soulèvement armé), nous voulons dire qu'il faut qu'il y ait des révolutionnaires formés, qui soient prêts à faire (la revolution) par tous les moyens ,au risque de leur propre vie (26).” Evidemment ce parti doit être populaire auprès du peuple (27).2.37 Jusqu’ici, toutes les guerres révolutionnaires (sauf en Russie où la prise du pouvoir s’est effectuée plutôt par l’insurrection) ont pris les formes de la guérilla.Lutter dans les campagnes permettait de jouer au chat et à la souris avec le pouvoir répressif et de s’attacher la sympathie de la population.Ici nous pourrions réaliser le premier objectif, mais non le second : la population est urbaine.La lutte armée devra aussi s’engager dans les villes.Mais il ne faudrait pas perdre de vue : 1— à Alger, la répression française détruisait à tous les six mois le réseau FLN; 2— la Résistance française, tout en causant des ennuis aux Allemands n’espérait pas s’emparer du pouvoir elle-même : elle attendait la libération d’outre-mer.Bref, si la Comice a démontré l’inef- O ficacilé de l’électoralisme, il reste à prouver la possibilité de s’emparer du pouvoir par la lutte armée.Nous devrions étudier attentivement ce point, connaître les références historiques sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, voir les aspects où nous devons innovci et.enfin, tracer des hypothèses précises eL justifiées de travail.2.7 les étapes de la révolution Comment la révolution se concrétisera-t-elle dans l’histoire?La Cognée, pour en décrire les étapes, tient surtout compte de l’évolution des conditions subjectives — ce qui est, selon moi, une erreur méthodologique : il faut accorder la même importance aux conditions ob- 76 • jectives (vg.crise nationale ou économique) qu’à la condition subjective (existence d’un parti reposant sur la conscience de classe des travailleurs).Car le développement de la condition subjective dépend de celui des conditions objectives et, d’autre part, l’extension de la première entraîne la maturation des secondes.2.41 “Pour effectuer la Révolution, un organisme révolutionnaire devait o , être formé, un embryon devait prendre vie.De là, le Parti a vu le jour (.) La création de cet embryon constitua l’étape fondamentale.Après cet embryon, la Réruolulion est en marche.Pour créer cet embiyon, des hommes durent, d’aventure, poser le geste historique (.) Peu étaient disposés à tirer la Révolution du néant., à créer Vembryon du départ, à la mettre sur pieds et à assurer son succès.Voilà bien là, l’ampleur du rôle historique de l’embryon (29).” Pourquoi ne pas attendre pour le créer?“Lorsque le combat sera engagé contre les forces oppressives du pouvoir, il sera trop tard pour acquérir la formation nécessitée Par les responsabilités nuit i i mê incomberont aux dirigeants révolutionnaires (.) C’est dès maintenant qu’il faut se préparer efficacement aux tâches qui nous attendent (30).” Mais une question demeure : est-ce que cet embryon, pour plus d’efficacité, n’aurait pas dû être créé plus tard, à l’aube d’une répression généralisée des mouvements légaux dynamiques?2.42 “Après quelques années d’événements et d’expériences multiples et diversifiées, par delà de nombreuses crises récurrentes de pessimisme, par-dessus le découragement toujours proche, l’équipe s’est formée (.) En s’attaquant à la tâche de construire une organisation politique puissante, il ne faut pas être iri-tempestif et donner dans l’impatience et le désespoir (.) Les révolutions n’échouèrent que lorsqu’elles furent mal préparées.Nous mettrons le mécanisme parfaitement au point et, ainsi, le peuple québécois marchera vers le succès inéluctable (31).” (Remarquez l’affirmation selon laquelle le succès de la révolution ne dépend que du parti).Durant cette étape — définie par le mot d’ordre, organisation — l’embryon édifie les structures du parti et forme, de façon théorique et pratique, clés cadres politiques et militaires.2.43 1/étape de l’entraînement intensif et de l’agit-prop (agitation et propagande) “marque le début de l’action psychologique, de l’infiltration massive et de la polarisation de l’opinion (.) Au cours de cette étape, naîtra la perception nette d’appartenance à, une organisation politique puissante, et de contrôle de /'échiquier (32).” 2.44 L’épreuve de force “sera déclenchée quand le parti le voudra, et où il le voudra.La lutte révolutionnaire sera directement conditionnée par la provocation psychologique de la part des col- • 77 lab orateurs et des forces mercenaires de répression.Le parti agira alors partout à la fois, avec une synchronisation adaptée aux moyens et au potentiel de l’en-nerni.L’épreuve de force aura lieu dans les régions urbaines et dans les régions rurales (33).” 2.45 Etant devenu par les événements, seul interlocuteur valable, le parti formera, au nom de la population de notre pays, le Gouvernement provisoire de la République québécoise (GPRQ).A la fin des hostilités, celui-ci assumera tous les pouvoirs (33).2.46 La fin des hostilités pourrait être entraînée soit par une insurrection générale, comme aux Etats-Unis en 1776; soit par des négociations politiques appuyées par une action militaire, comme en Algérie; soit (ce qui serait un précédent peu probable) par un référendum qui, sous la responsabilité des Nations Unies, permettrait aux Québécois d’exprimer leur volonté (34).2.5 l’étape de l’organisation La Cognée est la pierre angulaire de l’organisation du parti et de la formation des cadres.Voici ce qu’elle entend par organisation et formation.2.51 Avant de passer à l’action, il faut se préparer: ce qui n'est pas faire preuve de lâcheté, mais de sagesse (35).La Cognée, tout en condamnant l’impatience et l’attentisme, insiste sur la nécessité de planifier le travail: “Ce que l’avant-garde de (notre) génération a fait, avant et pendant (surtout) 1963: peinturage et bombes, témoignent d’une absence aiguë de planification.Après cette expérience, nous sommes tous maintenant convaincus qu’il faut procéder scientifiquement (36).” Dans le dernier numéro en notre possession, Le-moyne revient et insiste sur le sujet (37).Cette nécessité d’une préparation scientifique de la révolution ainsi cpie la condamnation de l’attentisme et de l’impatience reviennent comme des lcitmotive dans presque tous les numéros — ce qui est à leur honneur.2.52 “Tous les éléments révolutionnaires utiliseront leurs moments libres pour approfondir les connaissances qu’ils ont et pour en acquérir de nouvelles.Un révolutionnaire est un homme complet (.) Politique et militaire, sa formation doit être la plus large possible (.) Outre cette auto-fonnation, il faut ajouter Vauto-discipline (38).” Les révolutionnaires doivent aussi apprendre les règles de sécurité et de discrétion.Par exemple, la confiance entre révolutionnaires — confiance qui doit cimenter la cohésion du parti — implique la circonspection de chacun vis-à-vis chacun (39).78 • 2.53 Le premier travail du révolutionnaire est de former une cellule de 3, 1 ou 5 individus à partir de la Cogner.Cette cellule pourra être créée dans une entreprise, un quartier ou un village, un mouvement (pour l'infiltrer) ou dans une maison d’éducation.Les qualités de cette organisation cellulaire sont la très grande souplesse offerte au révolutionnaire et la grande diversité d’actions permise au parti (10).Kl le favorise aussi ie cloisonnement: ce qui entraîne la sécurité et — par la division du travail qu’il implique —¦ une plus grande efficacité.,2.51 L’étape de l'organisation exige certaines formes d’action militaire pour répondre à un besoin de financement ou d’approvisionnement, mettre à la raison un délateur — ou expérimenter certaines formes de lutte armée.2.55 Vers quelle forme d'organisation le l’LQ-ALQ s’oriente-t-il ?A cette in- X* X» terrogative, la Cogner nous donne quelques éléments de réponse, quoiqu'il serait possible, d’après moi, qu’elle précise sa position sans mettre en danger la sécurité du .mouvement.A l’identification de la révolution à un individu — tel que cela s’est fait dans les révolutions de l’Amérique du Sud — la Cognée préfère que la population fasse la révolution en prenant conscience d’un idéal révolutionnaire.La révolution, au lieu d’etre confiée à un individu, est conduite par un parti; celui-ci est mené par un collège qui doit mettre en pratique le principe suivant: “direction stratégique unique et décentralisée dans les combats (42)”.Le Conseil national de la Révolution, l’organe législatif suprême, formé des représentants des différentes branches du mouvement, élabore la politique générale du parti.Le Comité central, l’organe exécutif, est chargé de l’appliquer: il planifie le travail, en dirige l’exécution et en évalue la portée (43).A tous les niveaux (national, régional, local ou encore au niveau d’un bureau spécialisé), toutes les décisions se prennent par un collège et non par un individu.Pour être efficace, la direction collégiale exige l’autocritique constante du parti par les révolutionnaires, mais, lorsqu’une décision est prise, chacun doit l'appliquer à la lettre.Pour empêcher la bureaucratisation du parti, i.e.la séparation des collèges de la masse des révolutionnaires, ceux-ci doivent faire pression sur leurs chefs immédiats pour qu’ils transmettent leurs points de vue aux cadres supérieurs.Ainsi, la direction collégiale, l’autocritique et la pression interne assureront au parti une vie interne xir un échange de vues continuel entre la base et le sommet (44).2.6 L’agitation et la propagande Entre les é “agit-prop”, il absolue.Aussi, tapes “organisation” et n’existe pas de frontière le FLQ-ALQ doit-il, en • 79 me nie temps qu’il s’organise faire de l’agitation et de la propagande.Comment ?2.61 11 doit concilier l’action légale et l’action illégale, l’action ouverte et l’action clandestine : "L’action illégale seule ne s'impose pas.Lorsque la clandestin il é n'est pas nécessaire .il serait coûteux, nuisible et moins efficace de rejeter toute forme d'action légale pour le principe de la chose (45).” Ce travail légal est possible en collaborant avec des mouvements légaux; “Nous l'avons déjà dit, notre position est.très claire: nous sommes pour la solidarité révolutionnaire et pour la coopération entre les différents mouvements (46).” Si la collaboration est impossible avec certains mouvements, ils devront les infiltrer et les noyauter.Pour ce faire, il J s’agit d’y recruter quelqu’un ou d’y faire entrer un de leurs membres.Par l’infiltration, ils peuvent obtenir des renseignements utiles et se servir de ses mouvements comme tribune de propagande (47).Malgré cette volonté de poser des actions ouvertes, nous sentons dans presque tous les numéros une nette priorité accordée à l’activité clandestine comme si elle était, à l’heure actuelle, la plus importante.Nous sentons leur t esir d’attirer tous les militants vers l’activité clandestine.Tandis que selon nous, la lutte légale, aujourd’hui, offre une foule de possibilités d’actions efficaces, possibilités que nous sommes encore incapa- bles — faute de militants et d’organisation— d’utiliser complètement.El nous pensons que l’activité clandestine ne deviendra prioritaire que le jour où la répression nous empêchera d’utiliser ses possibilités.A l’encontre de ce qui scinde être la position du FLQ-ALQ, l'activité clandestine ne peut-être actuellement qu’une force d’appoint à l’activité légale.2.62 Une des techniques illégales d’action psychologique consiste à répandre partout les sigles FLQ et A LO ainsi ¦ c* s, que des slogans effelcois.La peinture est un des procédés qui peut être utilisé pour ce travail (48; 49).2.63 Ironiquement, le domaine le plus faible de la pensée de la Cognée concerne l'action armée.J’aurais aimé y trouver des définitions précises des actes “militaires” (terrorisme, sabotage, guerre révolutionnaire, lutte armée, agitation armée, etc.) et des évaluations poussées des diverses actions armées entreprises depuis 1963 (par exemple, une élude critique de l’épisode de l’INTERNATIONAL FIRE ARMS), mais mon souhait ne s’est pas matérialisé.Dans le numéro 25, la Cognée formule les critères devant éclairer le choix des actions de l’ALQ (50).Ces critères sont d’après nous beaucoup trop larges et justifient presque toutes les actions armées.Selon un camarade, ces actions peuvent être efficaces lorsqu’elles visent es buts suivants: a) financement 'approvisionnement, sécurité et expérienialion 80 • (voir 2.5-1); b) creation d’un choc psychologique permettant à la population de prendre conscience du problème indépendantiste.Les premières actions du FLQ au printemps 19G3 ont joué ce rôle à Montréal.Une série d'actions armés pourrait jouer le même rôle en province, mais non à Montréal: la population métropolitaine est aussi habituée aux bombes qu'aux grèves; c) victoire d’un combat limité et précis.Par exemple, lors d’une grève, quand les travailleurs ont épuisé tous les moyens légaux à leur disposition, certaines actions armées peuvent acculer le patron au pied du mur.Ou encore, lorsque l’ordre établi veut empêcher le déroulement pacifique d’une manifestation, certaines formes d’actions violentes — je ne parle pas ici d'explosifs ou d’armes à feu — peuvent rendre service.11 va de soi que la Cognée, désapprouve les actions “militaires” jugées politiquement nuisibles.Ainsi, lors de la visite de la Reine, elle condamna tout attentat qui pouvait être perpétré contre sa Majesté.(52) De la même façon, elle rejette toute action ‘‘militaire’’ où les risques de pertes de vies humaines sont trop grands.Exemple: “Une bombe a été déposée prés fie /’ édifice de J a en guise de protestation.De pins, une dizaine d'enfants se seraient trouvée près du lieu du danger.Non seulement fions déplorons.mois nous rejetons ce terrorisme gratuit (51).” Certains sympathisants ellclcois estiment que Faction armée, à l’heure ac- tuelle, peut créer un climat révolutionnaire, accélérer le processus historique et nous obtenir l’appui non officiel de pays étrangers.L’action armée entreprise en vue de la réalisation de ces objectifs est, selon moi, non valable et même nuisible, en autant qu’elle conduit inutilement à l’emprisonnement de militants qui, en liberté, pourraient être efficaces.L’action armée ne peut créer par elle-même un climat révolutionnaire.Le premier FLQ a provoqué, à Montréal, un certain état de névrose qui a emmené la population à s’interroger sur l’indépendance.Mais il faut quand même distinguer cet état de névrose d’un climat révolutionnaire.Celui-ci ne repose pas seulement sur les actes d’un parti, mais, aussi, sur les conditions objectives de la révolution.Croire que les actes d’un parti peuvent créer un climat révolutionnaire, c’est tomber dans le subjectivisme et le volontarisme.Et si des types, pour militer, ont besoin d’en-lendre le bruit des bombes, il serait préférable de ne plus compter sur eux: ils agissent non pas en fonction des réalités politiques, mais selon leur état affectif, i.e.en fonction d’une activité psychologique qui rend leur “militantisme’’ très éphémère.Vouloir actuellement, par une action armée, accélérée le processus historique, c’est marcher sur la tête.Il faut bien le comprendre: plus le MLP (mouvement de libération populaire — parti pris) sera efficace, plus la répression ® 81 wagnérienne s’accentuera.Il y a ici un rapport de forces qui empêche l’ordre établi de nous écraser complètement, car dans la mesure où la répression augmente, nous nous renforçons et, inversement, dans la mesure où nous nous développons, les coups de matraques s’accroissent.Mais si, par des actes armées, les forces révolu!ionaircs provoquent la répression du pouvoir établi, nous ne serons pas assez fort pour lui nous ne serons pas assez fort pour lui résister: les actes que nous aurions employés ne correspondraient pas ni à notre force présente ni à la situation actuelle.L’histoire n’est pas qu’une force subjective: il ne s’agit pas uniquement de vouloir, mais aussi de pouvoir: un parti doit tenir compte des rapports de force existant dans telle société et à tel moment donné.Avant d’obtenir l’appui de pays étrangers, il faut commencer par devenir une force nationale authentique.Nous ne pouvons pas obtenir actuellement d’appuis internationaux ,parce que nous ne représentons pas une force réelle; et meme si nous obtenions l’aide d’un quelconque pays, cette aide ne serait que provisoire: nous ne pourrions leurrer longtemps le donateur sur nos capacités vraies.Aussi, je juge inefficace de poser des acres militaires en vue d’obtenir une audience internationale.D’ailleurs, certaines formes d’agitation, comme les manifestations de masse, éveillent l’intérêt à l’étranger (vg.la manifestation du 24 mai).} 82 • 2.7 le programme politique clu flq-alq “Nous ne 'voulons pas nous accole) d'étiquette (53).” Nous sentons, à la lecture des articles, le besoin tactique de la Cognée de ne pas s’identifier au courant de pensée socialiste.Il me semble aussi que c’est par crainte de s’aliéner certains secteurs de la population qu'elle ne précise xts quels remèdes pourraient guérir c Québec de ses maux sociaux et économiques.Mais je crois qu’il lui deviendra nécessaire de “matérialiser”, par quelques réformes, la solution indépendantiste pour le rendre plus digestible à la population.Dans toute révolution, l’idéal révolutionnaire a toujours été soutenu par des mesures concrètes devant être appliquées dès la prise du {Pouvoir.Quoiqu’il en soit, voici les indices qui nous permettent de prévoir l’orientation politique du FLQ-ALQ.2.71 En plus des dimensions géographiques du Québec actuel, devront faire partie d uterritoire national: la côte du Labrador, les îles des baies d’Hudson et de l’Ungava ainsi que les terres ar-tiques comprises entre les méridiens extrêmes du Québec.La population de l'Acadie et des comtés francophones de l’Ontario pourra faire partie de l’Etat du Québec si elle en exprime le désir dans un plébiciste (54).2.72 La Cognée condamne la bourgeoisie nationale, valet des colonisateurs o 7 et exploiteuse du peuple québécois: "nous savons qu'à cette époque des requins de finance, où la liberté des uns est surtout de pouvoir exploiter, écraser les autres, il n'existe pour nous Québécois, qu'un seul moyen de revaloriser les notions de justice, de liberté et d’égal île.Ce moyen, c'est de renverser noire pseudo-élite, celle qui prêche et consacre les dogmes fédéralistes: notre bourgeoisie nationale, aussi mesquine qu'assoiffée de profils .(55)”.Dans un autre texte, le même auteur, Francis Choquette, revient et insiste sur ce sujet (5b).2.73 La révolution politique doit être complétée par la révolution sociale et économique.Révol ution sociale, parce que nous visons à détruire un système où l'ouvrier et le cultivateur, où le faible en général, vit dans l'insécurité du lendemain.Nous voulons un système social où régnent la justice et légalité; un système où ni l’âge, ni la religion, ni le sexe, ni un accident ou une maladie, ni Vin capacité physique ou mentale, ne soient des causes de pauvreté, d’ignorance et de discrimination, c’cst-èi-dire d'in justice sociale.Révolution économique, parce que nous cherchons à détruire un système où une très faible minorité se maintient au pouvoir en exploitant.la majorité.Nous voulons un système économique où la mise en valeur de nos richesses naturelles et la fabrication de produits de toutes sortes profitent à Vensemble de la nation, et non pas à quelques individus et à des étrangers (57).” 2.74 Le régime politique ne permet pas aux indépendantistes de prendre le pouvoir par les élections: il n’est pas démocratique.Aussi, la Cognée doit-elle penser à une solution de rechange: le FLQ ”travaille à l’instauration d’un régime dirigé par les forces révolutionnaires et démocratiques du Québec.Les cadres de ces forces reposent sur une représentation de l’ensemble de la collectivité.Chaque cellule représentera un bloc, chaque district un quartier ou un village, chaque région représentera plusieurs communes.Cette structure a com- .me base, la.petite unité territoriale représentant véritablement les habitants d'une ville ou d'un village; ainsi arriverons-nous à une représentation de tous les éléments composant la communauté québécoise.Cette structuration vise à assurer la représentation totale: représentation de tous les membres de la société québécoise à la direction centrale de l'Etat.La structure démocratique interne d'un parti garantit et préserve le maintient de la démocratie authentique (58).” Si je n’ai pas analysé et commenté le programme FLQ-ALQ, c’est que, dans le manifeste, nous esquissons un programme politique.Evidemment, celui-ci devra être approfondi, complété voire remanié, dans l’année qui vient.XXX Ce n’est pas par des autocritiques complaisantes que les forces révolution- 83 naires avanceront: la pensée révolutionnaire, instrument de notre combat, ne s’approfondira que par une critique sévère de nos faiblesses.D’ailleurs, la pensée politique de parti pris pourrait subir, avec profit, une évaluation serrée et froide.J’aimerais que cette étude soit le point de départ d’un échange de vues entre la Cognce et parti pris et qu’elle marque Je début, pour chacune clés forces révolutionnaires, d’une autocritique ferme.Car, je le répète, il est urgent que nous approfondissions notre pensée si nous ne voulons pas échouer dans un cul-de-sac.jean-marc piotte (1) Gorz, André, Stratégie ouvrière et néoeapita- lis me.Paris, Seuil, 1964.175 p.(2) Mallet, Serge, La Nouvelle classe ouvrière.Paris, Seuil, 1963.269 p.(3) cf.Gorz, p.9.(4) Id., p.1 6.0) Id., p.12.(6) Cf.Mallet, p.16.(7) Le Devoir, le 14 juillet ’65, p.5.' tcA la rc- cherche d’un statut pour Sidbcc, Pelletier.1” par Réal (») Lemoyne, Paul, la Cognée, no 17, 15 août 1964, p.2.?(9) Id., no 21, 15 octobre 1964, p.1.(10) Gauthier, P.-A., la Cognée, no 1964, p.6.10, 30 avril (11) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 1 964, pp.1 -2.10, 30 avril (12) Id., no 7, 1 5mars 1964, pp.5-6.(13) Id., p.5.(14) Nadeau, Louis, la Cognée, no 1964, pp.7-8.13, 15 juin (U) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 1964, pp.5-6.7, 15 mars (16) Choquette, Francis, la Cognée, no 15, 15 juillet 1964, p.7.(17) Gauthier, P.-A.la Cognée, no 28, 1er février 1965, p.1.(18) Nadeau, Louis, la Cognce, no 13, 15 juin 1964, p.9.(19) la Cognée, no 1, octobre 1963, p.2.(20) Lcmoync, Paul, la Cognée, no 2, novembre 1963, p.5.(21) Nadeau, Louis, la Cognée, no 7, 15 mars 1964, p.1.(22) Gauthier, P.-A, /- Cognée, no S, 15 février 1964, p.4.(23) la Cognée, no 23, 15 novembre 1964, p.1.(2*1) Gauthier, P.-A., la Cognée, no 5, 15 février 1964, p.4.(25) Id., no 27, 15 janvier 1965, p.5.(26) Nadeau, Louis, la Cognée, no 7, 15 mars 1964, p.1.(27) Gauthier, P.-A., la Cognée, no 28, 1er février 1965, p.1.(28) Nadeau, Louis, la Cognce, no 2, novembre 1963, p.3.(29) Gauthier, P.-A., la Cognée, no 6, 29 février 1964, p.1. (30) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 3, décembre 1963, p.3, ft (3D Gauthier, P.-A., la Cognée, no 7, 15 mars 1964, p.I 2.(32) Id., no 10, 30 avril 1 964, p.5.(33) Id., p.6.(34) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 2 8 , 1 er f evrier 1965, p.3 • (35) Id., no 3, décembre 1963, p.4.(36) Id., no 5, 15 février 1964, p.3.(37) Id., no 40 , 1er août 1965, p.3.(38) Id., no 3, décembre 1963, p.4.(39) Id., no 1 3, , 15 juin 1964, p.2.(40) Id., no I 5 juillet 1964, ,pp.3 •4.(41) Id., no 13, , 1 5 juin 1964, p.3.(42) Gauthier, P.-A., la Cognée, no 7, 1 5 mars 1964, pp.11-12.(43) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 9, 1 5 avril I 964, pp.6-7.(44) Id., no 2 5 , 15 décembre 1964, pp .3 -4.(4S ) Id., no 24, 30 novembre 1964, p.3.(46) Id., no 17, 15 août 1964, p.1.(47) Nadeau, Louis, id., p.3.(48) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 22, 3 1 octobre 1964, p.2.(49) la Cognée, no 40, 1er août 1965, p.2.(50) Id., no 25, 15 décembre 1964, p.1.(51) Id., no 1, octobre 1963, p.4.(52) Nadeau, Louis, la Cognée, no 14, 30 juin 1964, p.3.(5 3) Choquette, Francis, la Cognée, no 11, 15 mai 1964, p.4.(54) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 3 5, 15 mai 1965, pp.1-2.(55) Choquette, Francis, la Cognée, no 11, 15 mai 1964, pp.4-5.(56) Id., no 15, 15 juillet 1964, p.6.(57) Lemoyne, Paul, la Cognée, no 28, 1er février 1965, p.3.(5 8) Simard, George, la Cognée, no 11, 15 mai 1964, p.6.i • 85 où sont les bombes d’antan?andrée ferretti-bertrand Les avantages du manifeste annuel sont évidents.Il permet l’analyse plus immédiatement réelle, juste d'une situation qui, même si elle n'est encore que potentiellement révolutionnaire, évolue à un rythme si rapide, si progressif vers un changement nécessaire et nécessité par son accélération même qu'elle diffère tout-à-fait d’une année à l’autre.Subséquemment, il permet le choix de moyens d’action plus adéquatement adaptés à la situation et aux forces du moment.Pourtant, c’est à ce niveau précis qu’apparaît le plus grand inconvénient de l’annualité d’un manifeste.En effet, par les solutions que l’on propose au renversement d’un système dont on a démontré toutes les inepties, les injustices, les dangers, parce qu’elles ne tiennent compte que de l’action possible dans le temps et le contexte présent, on semble oublier l’objectif final ou vouloir rejeter délibérément, pour ne pas dire lâchement, les seuls véritables moyens appropriés à sa réalisation.C’est ainsi que le mouvement de libération populaire (parti pris) qui, à la suite d’une analyse qu’il croit fondée et réaliste du contexte québécois, en 19G5, a conclu qu’entre tous les facteurs qui manquaient à la situation pour être révolutionnaire, celui sur lequel il était, en c:e moment, possible et urgent de travailler était l’organisation d’un pouvoir de remplacement, d’un parti révolutionnaire grâce auquel il pourra, dans les années à venir, agir efficacement sur les autres facteurs avec les moyens qu’ils commanderont.Le mot d’ordre du mouvement cette année est donc ORGANISATION.Et comment procéder à l’organisation de ce parti en fonction de la situation ?Le Mouvement de Libération Populaire (parti pris) a priviligié la lutte ouverte pour toutes les raisons que l'on a exposées dans le manifeste et dans les articles corollaires.Que faut-il entendre par lutte ouverte ?Simplement tout ce qui est â l’opposé de la lutte clandestine.Ceci n’in- fluence en rien le choix des moyens, i.e., que notre lutte ne sera pas traditionnelle; nous agirons à l’intérieur des cadres établis par l’ordre colonial et bourgeois seulement lorsque nous jugerons qu’il nous offre, dans une circonstance donnée, le moyen le plus approprié à accélérer le processus révolutionnaire.Le MLP est un mouvement qui a pignon sur rue.dont les dirigeants sont connus et dont tous les membres agissent au grand jour dans une action qu’ils veulent légale autant que possible, tant qu’elle n’est pas nuisible à l’acheminement de la révolution, comme l’est pa rexemple, en ce moment, la lutte électorale.D’autre part, la lutte ouverte, par le fait même qu’elle est menée par un parti identifié qui refuse délibérément et courageusement, chaque fois qu'il le faut, l’action traditionnelle et invente de nouvelles formes de lutte au fur et à mesure des besoins, inspire la confiance et permet ainsi la pénétration de la conscience populaire et sa politisation.En effet, la révolution ne sera possible que lorsque la majorité des Québécois comprendront la nécessité de la prise du pouvoir par un parti révolutionnaire et voudront participer à son accession.Ceci n'implique pas que nous croyons que la révolution doit être ou .sera faite par une majorité de Québécois mais, seulement, qu’elle doit être l’expression d’un besoin de changement senti et voulu par l’ensemble de la population.Alors le parti révolutionnaire organisé sur une base cellulaire sur tout le territoire du Québec dont les membres seront bien formés, même s’il ne représente en nombre qu’une fraction infime de la population, pourra avec n’importe quels moyens, lutte parlementaire, lutte clandestine ou lutte armée, selon les exigences du moment, s’emparer du pouvoir et faire la révolution.Donc, pour le MLP, lutte ouverte signifie organisation d’un parti révolutionnaire officiel qui se donne pour tâches, premièrement, de rejoindre le plus grand nombre possible de Québécois par I’agitation-propagande afin de les éveiller aux problèmes politiques, économiques et sociaux de leur pays; deuxièmement, de faire l’éducation politique tant idéologique que pratique de tous ceux qui adhèrent au parti pour qu'ils deviennent des militants conscients et efficaces dans l’une ou l’autre forme de lutte qu’ils devront mener.Voyons maintenant dans quelle optique très précise le MLP conçoit l’agita-t ion-propagande et selon quelles formes d’action il la réalisera.Nous donnerons ensuite quelques détails sur nos comités de recherche et nos cours de formation.Nous voulons par l’agitation, i.e.par une forme d'action qui attire l’attention par son caractère inhabituel, d’une part, et par le retentissement qu'elle entraîne généralement, d’autre part.• 87 » éveiller la sensibilité cl’une proportion toujours grandissante de Québécois sur des problèmes réels, tangibles dont ils souffrent individuellement mais dont ils ignoraient la portée collective.Nous voulons par l’agitation susciter l’intérêt affectif de la population pour notre existence et, surtout, pour les buts que l’on poursuit, les idées que l’on défend et, de là, qu’elle sente peu à peu la nécessité d’une révolution et cl’un parti révolutionnaire pour l'accomplir.Par la propagande, nous voulons au contraire rejoindre chaque fois une partie plus réduite de la population- mais, par contre, l’intéresser plus sérieusement.Sans faire encore à ce stage de l’éducation politique proprement dite, nous voulons pourtant, nous adresser à des groupes déterminés et homogènes d’individus et, avec le langage qui leur convient, les instruire des problèmes de la nation.Mais nous devons cette fois chercher à atteindre la conscience assez profondément pour susciter chez eux une volonté de changement et un besoin d’action pour opérer la transformation du svstème dont ils savent mainte- / nant qu’il les oppresse.L’agitation-propagande en plus d’être, dans l’organisation du parti, un excellent moyen de formation pratique des membres en est le principal instrument de recrutement.A compter des expéricnces-pilotcs qu’il a fait en ce sens, en (il-65.le mouvement s’est donne au cours de l’été qui s’achève, des structures, des cadres qui lui permettront de procéder efficacement à ces deux formes d’une même action: l’agitation-propagande.agitation Au niveau île nos structures, l’agitation se fera aux moyens des manifestations.des distributions de tracts, du placardage, du noyautage, etc., etc.Cependant, nous ne rejetons, à priori, aucune forme d’agitation.Au contraire, nous emploierons tous les moyens qui correspondront à nos possibilités matérielles d’action et le nombre de nos 88 • militants.Toutefois, comme il nous serait tactiquement nuisible de dévoiler avec trop de détails toutes les formes d’action que nos structures nous permettront d’assumer, nous nous bornerons à élaborer, ici, nos seuls projets de manifestations parce * privées, nous déploierons nos activités surtout auprès des groupes organisés, des étudiants et des syndiqués.Nous comptons faire aussi trois ou quatre grandes assemblées publiques.Ect.Ect.® 80 Ce qu'il faut bien voir, c’est que l’agi-tation-propagande seront au service l'une de l’autre.Chaque aspect de cette action sera accompli en fonction de l’autre, soit pour la préparer ou l’expliciter.Par exemple, on pourra à l’aide d'un article donner son véritable sens à une manifestation qui aura été commencée selon l’interprétation des journaux au service du régime au pouvoir; ou bien, annoncer une assemblée publique par une distribution massive de tracts; ou encore oiganiser une série d'assemblées privées dans les familles des grévistes dont on aura appuyer les revendications.Cependant, nous .-travaillerons de préférence en fonction de la gradation de l’éveil populaire aux réalités politiques québécoises.Nous -essaierons toujours éducation politique Elle s’adresse à tous les candidats-révolutionnaires du Québec mais plus particulièrement aux membres du MLP qui devront suivre nos cours et lire nos manuels pour accéder au rang de militants.L'éducation politique est la responsabilité de trois comités: /.RECHERCHE (quoi faire).Notre comité de recherche fonctionne depuis quelques mois et ses projets les plus immédiats sont l’édition d’un manuel du militant (en 2 tomes).La première par- de rejoindre par la propagande ceux que nous aurons d’abord atteint par l’agitation afin de faire passer leur aspiration à un changement en une volonté de changement.De ces adhérants au mouvement révolutionnaires, nous essaierons ensuite de faire des militants en les invitant à suivre nos cours de formation idéologique et pratique.En effet, nous considérons comme un facteur essentiel à l’accomplissement de la révolution qu’il existe des révolutionnaires.Et un révolutionnaire n’est pas seulement un homme de bonne volonté.C'est avant tout un homme qui agit en sachant ce qu’il fait, comment il doit le faire et pourquoi il le fait.tie sera consacrée à l’étude du milieu dans ses aspects historique — économique — politique — social.Une bonne connaissance du milieu est un instrument essentiel à une action révolutionnaire intelligente.La seconde partie é-laborera un programme socialiste pour le Québec.Il est aussi très important de savoir précisément quelle tranformation l'on veut apporter à la société qu’on changera.90 • De plus, notre comité de recherche est responsable des collections ASPECT-RAISON qui publieront des textes politiques, économiques et sociaux et dont la première parution est prévue pour octobre 1965.2- COURS PRATIQUE (comment faire).Ces cours sont strictement réservés aux membres du MLP.Ils auront lieu une fois par semaine et s’étendront sur une période de 23 semaines.Ils commenceront en septembre.Le cours est divisé en deux parties que nous avons définies comme théorique, pour la première et pratico-pratique, pour la seconde.Nous n’en donnerons pas ici la programmation mais, à titre d’exemple, nous exposerons la matière de quelques cours: Histoire des révolutions russes, chinoises, cubaines, irlandaises et de la rébellion 37-38, étudiée dans leur aspect stratégique; un cours de géographie physique et politique du Québec; un cours sur l'encadrement des manifestation; ect.ect.3- COURS THEORIQUE (pourquoi faire) Ces cours ont pour but de donner une formation socialiste à nos membres.Ils étudieront la doctrine socialiste dans ses aspects politiques, économiques et sociaux.Quelques cours seront consacrés à l’impérialisme et au colonialisme et un cours traitera plus particulièrement du colonialisme au Québec.On y étudiera également les structures politi- ques du Canada en comparaison des pays socialistes.Ect.Ect.Ces cours très théoriques, i.e.sans relations directes avec la situation révolutionnaires au Québec, seront donnés en collaboration avec le P.S.Q.Quelques uns de nos membres en seront les professeurs.Chaque cours sera suivi d’une période de discussion pendant laquelle nous membres tenteront d'adapter la théorie socialiste au contexte québécois.Donc, agitation, propagande, éducation politique seront les trois principaux facteurs d'organisation et d’action du MLP.Dans cette perspective on peut se demander où sont les bombes d'antan et quand exploseront les prochaines?Le MLP (p.p.) croit démontrer dans son manifeste que la situation révolutionnaire ne s'évalue pas au bruit des bombes.11 ne renie pas l’efficacité de celles du premier FLQ et ne condamnera pas ceux qui pourront éventuellement en faire exploser dans les mois à venir.C’est une forme d’agitation comme une autre.Cependant, elle ne devrait plus être l’oeuvre de terroristes isolés, de révoltés romantiques qui la considèrent comme une stratégie.Le terrorisme sous toutes ses formes est trop lourd de conséquences tant dans ses résultats, qui peuvent être contraires au but poursuivi, que pour ceux qui le font, qu’il ne peut plus être une action sans lendemain.Le terrorisme ou tome autre forme d’action violente devra désormais, s’il s’avère nécessaire, s’inscrire dans la • 91 » stratégie réfléchie d’un parti révolutionnaire organisé et être accompli à un moment propice de la situation par de vrais révolutionnaires, i.e.par des hommes qui savent ce qu’ils font, pourquoi et comment.Alors seulement ces types d'action rempliront leur rôle qui en est un d'agitation et atteindront leur unique but qui n’est pas de provoquer artificiellement un climat révolutionnaire mais d'accélérer le mouvement de libération déjà inscrit dans une situation véritablement révolutionnaire.Cette année, le MLP (p.p.) S’ORGANISE.En créant un parti révolutionnaire, un pouvoir de remplacement, il remplit une des conditions essentielles d’une situation révolutionnaire.En même temps par son action, il pousse sur les autres facteurs et en précipite le processus.Le MLP (p.p.) veut, lorsque le temps sera venu, être en mesure cle choisir la forme de lutte la plus appropriée à une rapide et complète prise du pouvoir avec ou sans bombes, selon les exigences du contexte.An drée Bert ran d-F erre 11 i.Q 4 chroniques le Vietnam, los angeles, et la révolution mondiale jcicques trudel "L’UTILISATION DES GAZ AU SUD-VIETNAM EST RECONNUE PAR LES AMERICAINS”."GRAHAM GREENE S’ELEVE CONTRE LA TORTURE AU SUD-VIETNAM”."UN BOMBARDEMENT CAUSE “PAR ERREUR” LA MORT DE 45 ENFANTS VIETNAMIENS”."NOUVELLE ESCALADE: LES PARAS AMERICAINS PARTICIPENT A UNE OFFENSIVE AU SUD-VIETNAM”.“L’AVIATION AMERICAINE BOMBARDE LE NORD-VIETNAM”."AUCUNE INFILTRATION SERIEUSE DU NORD-VIETNAM AU SUD-VIETNAM, DIT UN ANCIEN CONSEILLER CANADIEN”."OTTAWA JUSTIFIE L’ACTION AMERICAINE AU NORD-VIETNAM”.“LE GENERAL KY: LE VIETNAM A BESOIN DE 4 OU 5 HITLER”.“LE SENATEUR RUSSELL: S’ILS LE POU-VAIENT, LES VIETNAMIENS VOTERAIENT POUR Ilü CHI MIN H”."LES AMERICAINS ENVERRONT 125,000 HOMMES AU VIETNAM”."LES AMERICAINS NE QUITTERAIENT PAS LE VIETNAM MEME SI SAIGON LE DEMANDAIT”.“DES G.I.TIRENT SUR LA FOULE AFFAMEE A SAIGON”.“LE PRESIDENT JOHNSON: IL FAUT DEFENDRE L’HONNEUR SACRE DES ETATS-UNIS”.Ces manchettes résument, dans la sécheresse de son évidence, le film de l’horreur au Sud-Vietnam, sur lequel tout a été dit.Le temps n’est plus aux protestations.Partout des hommes ont élevé la voix.Aux Etats-Unis même, hommes politiques, écrivains, professeurs, étudiants, porte-paroles de mouvements représentatifs de l’opinion publique se sont élevés contre cette agression monstrueuse; des manifestations importantes ont eu lieu; mais il n’y a plus personne pour entendre les protestations.Il n’y a plus qu’un monstre de mensonge et d’irrationnel, qui poursuit l'escalade du génocide.Le temps n'est plus aux considérations morales.Des hommes intègres, philosophes, • 93 pasteurs, des mouvements tels le Catholic Worker, le Committee for Non Violent Action, le Student Peace Union, le War Registers League, ont déjà plusieurs fois dénoncé cette guerre atroce comme immorale et injustifiable, et réclamé le retrait des forces américaines de Vietnam.Mais le monstre n’a pas de morale, si ce n’est la défense de son “honneur sacré”, au prix même de l’anéantissement de l’humanité.Le temps n’est plus au débat.Nous ne pouvons plus qu’exprimer notre écoeure-ment, la rage de notre impuissance et nos appréhensions pour l’avenir.Cela au moment même où le Canada doit se trouver des excuses pour ne pas envoyer de soldats au Vietnam! le spectre du fascisme Les faits nous obligent à envisager une réalité que personne n’ose regarder en face; Goldwater était pourtant un présage assez clair.Les conditions socio-économiques sont actuellement telles qu’elles rendent plausibles aux Etats-Unis la montée d’une puissance fanatique déchainée contre l’humain, comme celle que le monde a connu lors de la dernière guerre.La société américaine, en effet, a d’immenses privilèges à défendre, et, comme en témoigne d’autre part l’insurrection de Los Angeles, elle est un société profondément retardataire par rapport au progrès social accompli dans le monde contemporain.Une telle société peut servir de base à un néo-fascisme.' Les principaux signes qui s’en manifestent sont d’abord une attitude de plus en plus agressive, et surtout la montée de l'irrationnel.Les américains sont entrés dans le cercle infernal de la justification impossible depuis leur refus de permettre des élections libres en 1956, comme le stipulaient les accords de Genève.Maintenant ils en sont à parler de leur prétendue “lutte contre l’agression” alors qu’ils sont les seuls étrangers, donc objectivement les seuls agresseurs possibles sur le sol vietnamien.Ils parlent de liberté et de démocratie en même temps qu’ils appuient toute la kyrielle des dictateurs et bombardent la population civile.Cette escalade de l'absurde mène directement au pire: peu de nations ont résisté à l’aveuglement de la puissance.Il se peut donc que l’attitude actuelle des américains fasse courir au monde le plus grand danger de l’histoire.répercussions sur le plan mondial Quel est le sens de ce cauchemar, dans l’optique de la révolution mondiale des peuples non-possédants contre la faim, la guerre, les injustices économiques et toutes les formes de dépendance.La politique d’intervention américaine partout dans le monde et d’appui concret aux dictatures les plus meurtrières est d’abord de nature à internationaliser la révolution.Elle implique en effet que seule une action concertée des mouvements révolutionnaires auraient quelque chance de succès contre l’immense puissance américaine.La situation mondiale évolue non plus vers une confrontation Est-Ouest, mais vers un affrontement de plus en plus grave entre d’une part les américains isolés de leurs anciens alliés, et d’autre part les mouvements de libération des pays non-possédants.Cet affrontement, par voie d’escalade, pourrait bien conduire à un conflit atomique généralisé, provoqué par le durcissement des positions américaines.Une hypothèse cependant, qui ne doit pas être écartée à la légère, changerait cette perspective: ce serait l’avènement de la révolution sociale aux Etats-Unis.Les récents événements de Los Angeles, ville la plus 94 • riche du pays le plus riche du monde, démontrent qu’il existe là une base révolutionnaire et que les contradictions du capitalisme qui entravent le progrès social subsistent derrière la façade de la prospérité.11 faut évidemment compter avec le durcissement plus que probable de la droite américaine, mais l’intensification de la lutte des opprimés pour l’égalité sociale et économique aux E.U.pourrait modifier les tendances décrites plus haut.En ce qui concerne le conflit vietnamien, la seule issue que nous puissions ardemment souhaiter est la victoire complète du “Viet-Cong”.En effet la défaite, sinon militaire, au moins politique des américains au Vietnam leur démontrerait l’ineptie de leur interventionnisme et la limite de leur toute-puissance.la paix est-elle possible?Peut-on envisager ces sombres perspectives et garder l’espoir de la paix mondiale?Tous les peuples veulent désespérément la paix.Nous tenons tous à la paix, à la tranquillité et au bonheur.Cependant tout cela est matériellement impossible si les conditions du bonheur ne sont pas réalisées pour tous.C’est ainsi que des noirs sont tombes sous le tir des blancs à Los Angeles.La violence a toujours été l’arme par excellence des privilégiés, des nantis, des contre-révolutionnaires.C’est pourquoi la violence devient nécessaire pour établir les conditions de la paix.C’est là un paradoxe, il est vrai; mais un paradoxe auquel on n’échappe qu’en abstraction, mais non dans la réalité.Car la paix ne peut reposer sur un souhait, si général soit-il; elle doit reposer sur des conditions concrètes, en particulier sur un système économique plus juste.Jamais le capitalisme ne sera à la base d’une paix durable, puisqu’il érige en principe la lutte des intérêts économiques et la domination des possédants sur les non-possédants.Les américains ne vraincront pas les mouvements révolutionnaires de libération qui combattent actuellement en Amérique Latine, en Asie et en Afrique, à moins qu’ils ne détruisent l’humanité entière; car ces mouvements sont fondés sur les exigences absolues de la faim et du développement dans la liberté.Ces problèmes communs forment au contraire le ciment qui unira de plus en plus les peuples exploités dans leurs luttes pour la réforme agraire, l’indépendance nationale et la paix, objectifs qui ne peuvent plus être atteints que par la révolution socialiste mondiale.jacques trudel les éditions parti pris gérald godin » Isidore Ducasse, dit Lautréamont, écrivait à son éditeur le 23 octobre 1869: “Naturellement, j’ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède’’.Dans l’universel bêtisier bourgeois qu’était le monde à cette période: colonialisme boutiquier des Anglais partout, des Hollan- • 95 dais et des Français en Indonésie, assassinat de Lincoln, échec de la Commune à Paris et quoi encore, Lautréamont ne fut pas heureux.Ce fut sa sensibilité de poète et non pas Karl Marx qui lui fit voir le monde comme une crapaudière gigantesque où les monstres pullulaient, visqueux dans un merdier de fric, d’arrogance bourgeoise, de mépris du peuple, de profit à tout prix, de racisme et de bonne conscience assurée par les bons soins de Rudyard Kipling.Dans le Québec de 1965, il n’est pas facile non plus de faire une littérature heureuse.Les écrivains sont partagés entre l’absence à leur patrie et rengagement.En 1964, aux Editions Parti-Pris, l’engagement s’est manifestée par l’option misérabiliste.Du “Cassé” à “La Nuit”, tous les héros de nos auteurs sont ce que les Américains appellent des “sous-chiens*’ des “underdogs”.Aussi Jean Ethier-BJais a-t-il cru bon d’écrire d’une des dernières publications de la saison dernière: “d’accord, la pauvreté existe, mais est-il nécessaire de ne plus parier que d’elle.” Il en avait soupé.Le critique du Devoir en avait assez de la littérature misérable.Comme s’il y avait une littérature d’écrivain! La réalité se venge toujours de n’être pas décrite.“La vie heureuse de Léopold Z” conçue par son auteur comme une oeuvre comique est une des plus profondément sinistres de tout l’art canadien.Qu’il suffise de rappeler que le film des gentilles relations entre un camionneur et son patron a été lancé la semaine meme où les camionneurs de la construction étaient en grève et que des milliers de dollars de dommages par jour étaient faits contre les économies familiales des grévistes.Un nombre grandissant d’écrivains ont la tentation de littéraliser la révolution.Il est assez curieux que les écrivains que j’estime être de droite: Lemoyne, Jasmin, Godbout aient inséré la littérature de libération na- tionale dans leur oeuvre sous forme d’une bombe ou d’un terroriste et que les autres: Major, Renaud, Ferron aient plutôt montré des types exemplaires de la collectivité québécoise.Jasmin toutefois, dans “Pleure pas, Germaine” a fusionné les deux tendances de l’exceptionnel et du collectif.La réalité est donc là qui nous guette.Mais elle est si chaude qu’on ne réussit pas à la tenir entre nos mains et à la rendre littéraire.Nous faisons donc des oeuvres comme “Le Petit soldat”, de Jean-Luc Godard: les événements ne sont pas dans nos romans, ils n’y sont que racontés, on n’y sent qu’une volonté de les faire.L’action ne réussit pas à entrer telle quelle entre les pages de nos livres.Le film de Gilles Groulx, "Le chat dans le sac”, porte le meme sceau d’incapacité à faire agir des personnages.Chamberland me disait il n’v a pas longtemps que la situation ne changerait pas aussi longtemps que l’Evénement, avec un grand “E”, n’aurait pas eu lieu au Québec.il est possible aussi que de cette incapacité naisse une forme nouvelle de littérature qui serait coincée entre le récit, le roman, le journal et “la nouvelle étirée”.C’est du moins l’idée de Patrick Straram.Quant à la saison qui commence, déjà, le 4 “Journal d’un hobo” de Jean-Jules Richard est chez l’imprimeur.De plus, cette année, le vieux projet d’ajouter à la collection Paroles les collections Aspects et Raison, celle-ci consacrées aux textes théoriques et celle-là aux documents, verra le jour.Des tractations sont actuellement en cours pour que la saison commence, du côté de la collection Aspects par la publication d’un livre qui fera parler de lui: les Carnets politiques de Jean-Marie Nadeau, un intellectuel qui s’égara dans le parti libéral.Quant au reste, vous verrez bien.directeur des éditions PP.gérald godin chronique du MLP 1- le m.l.p.doit s’étendre mario dumaâs, robert tremblay Le MLP (Mouvement de Libération Populaire) subit actuellement une crise (le croissance.On sait que depuis peu le MLP est devenu la nouvelle appellation du mouvement Parti Pris.Bien qu’il soit le seul mouvement indépendantiste et socialiste dont la constante préoccupation soit centrée sur l’ouvrier colonisé, on s’aperçoit qu’il a relativement peu réussi à s’étendre en dehors de la région de Montréal.Pourtant, toute région du Québec profiterait, je pense à se doter d’un mouvement vraiment révolutionnaire qui peut faire face à la musique.Le but du présent article n’est pas d’analyser en longueur les différentes causes d’une telle situation, car elles sont multiples.11 nous répugne cependant de croire que la gauche Québécoise existe seulement à Montréal.C’est pourquoi nous demandons à nos sympathisants à travers la province: fondez une section MLP (Parti Pris) dans votre région.Le mouvement doit s’étendre et il a besoin de collaborateurs de partout.Dans les paragraphes qui suivent, vous trouverez des conseils utiles sur la façon de procéder.1 — pour ceux qui veulent fonder une section D’abord, il faut se dire que le révolutionnaire n’est pas celui qui se fait hara-kiri, mentalement, physiquement ou socialement, à tout propos.C’est tout simplement un gars qui est bien écocuré du système actuel et qui aimerait bien le remplacer par un autre qui soit plus apte à effacer les inégalités sociales.Après avoir pris conscience de son propre éeocuremcnt, il le dit à tout le monde et il essaie de les “fairc-voir-clair”.Ainsi, pour commencer il faut au moins une mentalité de gauche.11 n’est pas nécessaire d’être très exactement d’accord sur tous les points.ou les virgules.du MLP II ne s’agit pas non plus de se faire un problème de religion, le mouvement n’étant pas.confessionnel.Pour fonder une section, un groupe de quatre ou cinq personnes intéressées à travailler est nécessaire.Point n'est besoin de vouloir assembler un groupe considérable au début, car habituellement dans un tel groupe il y en trop qui ne veulent rien faire et qui nuisent à la bonne marche de l’ensemble.Le groupe en question étant constitué, il doit: — d’abord contacter, par lettre ou par téléphone, le secrétariat du MLP.(On peut trouver son adresse dans chaque numéro de la revue Parti Pris) On doit le faire assez longtemps avant la date prévue pour la première assemblée, afin que le secrétariat ait le temps d’organiser l’équipe qui s’y rendra.11 est préférable de choisir deux ou trois dates ou la première assemblée est susceptible d’avoir lieu, car il n’est pas toujours possible d’être disponible pour une date précise.-après que le premier contact est fait et que la date de la première assemblée est décidée, il incombe au groupe d’organiser cette première assemblée.• 97 Organisation de l’assemblée: — faire une assemblée de groupe (dix ou quinze personnes) ou tout au plus semi-publique (trente ou quarante personnes), afin d’être certain que les gens présents sont intéressés à faire partie du mouvement.— choisir le local et les accessoires (micro, chaises etc.) selon l’importance de rassemblée.— un pavoisement quelconque (slogans, étendards etc.) donne une chaude atmosphère à la salle.La publicité doit être bien dosée, vu la nature assez discrète de l’assemblée de fondation.Quelques communiqués aux journaux locaux, à la radio et peut-être aussi à la télévision, en plus de la publicité faite oralement dans les milieux susceptibles d’etre intéressés, devrait suffire.— une période de deux ou même trois semaines est nécessaire à la préparation de l’assemblée, même si elle semble relativement facile à organiser.— l’adresse du secrétariat à Montréal: 3774 St-Denis Montréal 18, P.Q.Tél.: 844-7119.2 — liens unissants le bureau exécutif de montréal et les sections — Chaque section doit porter le nom MLP (Mouvement de Libération Populaire).Les membres en règle des sections hors de Montréal ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que ceux de Montréal.Ceci pourra être expliqué plus clairement lors de la fondation des sections.— Sur une cotisation annuelle de $12, la section en conserve $8 et envoie $4 à Montréal, ce qui assure l’abonnement à la revue Parti Pris.— Chaque mois, la section doit envoyer au bureau exécutif, le bilan de l’action du dernier mois et celle qu’elle prévoit mettre en oeuvre le mois suivant.— La section peut profiter de tout le travail d’imprimerie ou autre qui se fait à Montréal (tracts, brochures, etc).Elle doit cependant débourser un montant égal à la valeur qu’elle reçoit, à moins que ce soit impossible.Par exemple, chaque section pourra recevoir dès l’automne les résumés polycopiés des cours de formation politique, qui se donneront à Montréal par différent professeur.— Au moins une fois tous les six mois (probablement plus souvent), des représentants du bureau exécutif visiteront les sections.— Chaque section jouit d’une autonomie quasi complète en ce qui a trait à l’action qu’elle entreprend.En effet, nous considérons que ceux qui sont sur place sont mieux préparés pour décider du genre d’action à entreprendre.3 — genre d'action possible • Le genre d’action décrit ci-dessous est accessible à tout le monde.C’est-à-dire que chaque action suggérée peut aussi bien être organisée par un membre du MLP ou par quelqu’un qui, pour différentes raisons, ne l'est pas.Le mouvement est prêt à coopérer avec toute organisation sérieuse.Nous insistons sur le fait que le MLP invite tous les isolés, ceux qui ne sont pas assez nombreux pour fonder une section, ou encore ceux qui sont seuls et éloignés, à communiquer avec son secrétariat.Ce dernier pourra les informer du genre d’action qu’ils pourraient faire et le mouvement les apuiera si cela devient nécessaire.Assemblées publiques ou semi-publiques.Des représentants du MLP seront délégués pour diriger ou participer à des assemblées touchant de près le mouvement.Conférences, colloques, débats etc.Le mouvement considère ce genre d’action comme très profitable et il encourage ses membres de partout à en organiser ou encore à participer à ceux organiser par d’autres organisations.Interview à la radio ou la télévision.Chaque section peut certainement décrocher quelques interviews dans sa région.Ce mode de publicité est très efficace et peu coûteux.Assemblées de salon, de quartier, etc.Les petites assemblées de voisins ou de proches, sont des procédés très efficaces pour recruter des membres ou des sympathisants.Le Crédit Social par exemple, doit son succès à ce genre d’action.Travail de recherche.Dans différentes régions, un ou des individus, peuvent se charger de faire l’analyse socio-économique de leur milieu.Le MLP aimerait recevoir les résultats obtenus lors de ces recherches.Si le travail est valable il peut faire l’objet d’une publication sous forme de brochure ou encore comme article dans la revue Parti Pris ou dans les journaux qui nous sont accessibles.Agitation.— distribution de tracts — appui durant les grèves — manifestations, etc.Propagande.— Communiqués aux journaux, radio et TV.Il est très important que chaque section fasse savoir publiquement ses opinions sur les problèmes du milieu.— écrire des brochures traitant de problèmes locaux.Education politique.Avant d’espérer politiser leur milieu, les militants doivent commencer par se politiser eux-mêmes à un degré avancé.— Discussion de groupe — étudier la littérature du MLP — lire et diffuser la revue Parti Pris Nous pourrions ajouter une liste impressionnante d’activités possibles.Nous avons confiance cependant que l’imagination et le bon-sens de nos militants leur feront découvrir des solutions encore meilleures.L’idéologie indépendantiste-socialiste fait des gains considérables au Québec depuis quelque temps.Le mouvement de décolonisation avance à grand pas et chacun sait qu’il est irréversible.Le malaise existant au sein des couches sociales défavorisées s’extériorise de plus en plus et il ira croissant.Il faut maintenant, que chacun de ceux qui croient en ce mouvement du peuple québécois vers sa libération, mettent les mains à la pâte et acceptent de se salir les mains.Nous espérons dès lors, que le présent article fera prendre conscience aux sympathisants, que la propagation de l’idéologie est indissociable du mouvement politique qui la prêche.Le travail pratique d’organisation et d’éducation est la seule façon de faire la jonction idéologie-masses.Ainsi, vous qui à travers le Québec vous réclamez des principes indépendantistes-socialistes, prouvez-le en organisant votre milieu: fondez une section du MLP.robert tremblay mario dumais • 99 2- nouvelles du m.l.p 1 — changement de nom Les membres du mouvement parti pris ont décidé, lors de leur dernière assemblée générale, de changer le nom du mouvement en celui de mouvement de libération populaire parti pris.Les deux principaux arguments employés en faveur du changement d’appellation sont les suivants: 1 — La revue est constitutionnellement distincte du mouvement: elle n’en est pas un organe de propagande.Ce qui est séparé organiquement doit l'être aussi sur le plan de l'appellation.2 — Le nom parti pris ne signifie rien dans les milieux populaires.Il est préférable qu’un mouvement politique qui se veut populaire ait un nom qui l’identifie clairement.Ce changement d’appellation est un reflet du désir du mouvement de s’adresser de plus en plus aux milieux populaires.C’est donc un pas de fait vers la formation d’un parti ayant sa base chez les travailleurs.2 —catégories de membre L’assemblée générale du mouvement a décidé d’établir en son sein différentes catégories de membre (candidat, adhérent et militant).Celles-ci visent à former au sein du mouvement un noyau dur de militants.Les candidats feront un stage de deux à six mois dans le mouvement avant de pouvoir devenir militants.Le bureau exécutif et le comité dans lequel le candidat aura milité devront décider si ce dernier deviendra militant ou simple adhérent.Le militant a droit de vote aux assemblées et est éligible aux différents postes du mouvement.Le militant est celui qui — en ce qui concerne la théorie et la pratique — a une formation politique et est actif dans le mouvement.Les candidats et les adhérents n’ont ni le droit de vote aux assemblées ni le droit d’éligibilité aux différents postes du mouvement.Ils ont cependant droit de parole dans toutes nos assemblées et réunions.Leur devoir est de soutenir l’action des militants et de tâcher de devenir eux-mêmes des militants.Ces nouvelles structures feront en sorte que l’orientation du mouvement sera décidée par ceux qui agiront.3 — expansion du mouvement Après la venue de Révolution québécoise au MLP, nous sommes heureux de vous annoncer que le GAP (groupe d’action populaire) s’est joint à nous.le bureau exécutif 100 • 3- appel aux non-instruits On a tous une idée du socialisme.On a tous lu quelques livres sur le socialisme.On en discute avec conviction, avec passion même.On en souhaite l’avènement au pays du Québec.On en fait des rêves fantastiques.Et puis on se tient au courant de l’évolution des pays socialistes.On a son explication du conflit sino-soviétique, son idée sur l’évolution du Parti Communiste italien.On sait ce qu’on dit quand on prononce les mots nationalisation, socialisation, planification.On est au courant des expériences sociales en Israël, en Yougoslavie, en Suède.On connaît exactement les rouages du Big Business et l’orientation conservatrice du syndicalisme américain.On connaît un tas de choses.On est socialiste.Mais est-ce qu’on connaît vraiment tout ça?Est-ce qu’il n’y a pas dans nos connaissances de graves lacunes?Est-ce qu’on ne se satisfait pas quelquefois d’idées vagues cachées derrière un écran de mots percutants?Est-ce que notre sentiment de l’injustice sociale ne nous fait pas tomber dans des rationalisations hâtives?Si on a presque aucune notion du socialisme, il faut suivre cette année les cours qu’offrent conjointement Parti Pris et le PSQ.Si on a des idées vagues sur le socialisme, il faut suivre cette année les cours qu’offrent conjointement Parti Pris et le PSQ.Si on a des idées assez précises sur le socialisme, il faut venir les confronter avec celles de spécialistes en la matière, et pour cela, il faut suivre cette année les cours qu’offrent conjointement Parti Pris et le PSQ.On étudiera: L’histoire politique, économique et sociale du Québec; les structures actuelles de nos gouvernements fédéral, provincial et municipal; la domination économique étrangère dont le Québec est l’objet; les classes sociales au Québec; le syndicalisme et ses modes d’action au Québec.On étudiera: la théorie socialiste: les Utopistes, Marx, Jaurès, Lénine, les marxismes français et italiens.On étudiera la pratique socialiste en Yougoslavie, en Israël, en Algérie, en Suède, à Cuba, en Chine, en Russie, en Angleterre.On étudiera: L’organisation d’un parti socialiste.La matière sera distribuée en 6 sections, qui se donneront successivement de septembre à mai, et formeront un cours complet.Ces sections sont les suivantes, dans l’ordre selon lequel elles seront probablement données: a) POLITIQUE et organisation; b) ECONOMIE dans la perspective historique; c) SOCIOLOGIE des classes; d) problèmes du SYNDICALISME; e) THEORIE du socialisme; f) PRATIQUE du socialisme.Des professeurs seront chargés de chacune de ces sections et enseigneront la matière avec l’aide d’assistants.Les cours se donneront le mardi soir, de 7h.30 à 10h.30, en deux périodes successives comportant exposé et discussion, et séparées par une pause.Cet horaire assez chargé a pour but d’accommoder ceux qui, • 101 ne pouvant sc déplacer souvent, veulent profiter de soirées bien remplies.Un résumé de chaque cours sera fourni aux participants.Si vous êtes membre du Mouvement de Libération Populaire (Parti Pris), (ou du P.S.Q.) il ne vous en coûtera que $4.00, pour le cours complet.Si vous n’êtes pas membre du MLP (Parti Pris), soit que vous le deveniez et bénéficiez du taux réduit ou que vous vous inscriviez au taux des non-membres: $10.00.On peut également s’inscrire aux mêmes conditions en s’adressant au P.S.Q.Responsable: Marcel Gagné, tél.: 935-4563 Faites parvenir immédiatement le coupon ci-dessous à: Mouvement de Libération Populaire (Parti Pris) Cours de formation politique MLP-PSQ 3774, rue Saint-Denis, Montréal.et vous recevrez le programme détaillé avec l’horaire des cours et l’adresse du local, ainsi qu’une formule d’inscription.Le début des cours est prévu pour la fin de septembre.I.bergeron, responsable COURS DE FORMATION POLITIQUE MLP-PSQ Nom: .Adresse: .Tél.: Membre du MLP oui ?non ?Je désire m'inscrire ?ci-inclus: .Je désire des renseignements Fl 102 • chronique ouvrière les grèves de l’été, un tournant?pierre vallières Il est trop tôt.pour affirmer avec certitude (lue le mouvement de grèves que nous avons connu cet été constitue un tournant décisif à partir duquel il soit désormais possible d’envisager une éventuelle offensive d’ensemble des travailleurs québécois à la fois contre le patronat et le gouvernement.Chose certaine, cependant, des possibilités nouvelles ont été ouvertes par le renouveau de la combativité ouvrière au Québec et l’espoir renaît parmi les militants syndicaux les plus conscients.Il semble que les travailleurs québécois soient prêts à saisir, dans un avenir rapproché, toute occasion qui leur sera offerte d’aller vers un mouvement d’ensemble et vers la grève générale.Les multiples rencontres que nous avons eues ces derniers mois avec des grévistes nous ont convaincus que, dans bien des secteurs du monde ouvrier, les hommes sont prêts pour une révolution.Ce qui, à l’heure présente, retarde encore l’évolution du monde ouvrier, c’est le refus des grandes centrales ouvrières, surtout la F.T.Q.(la C.S.N.ayant considérablement progressé à cet égard depuis le bienheureux départ de Jean Marchand), d'assumer pleinement les mots d’ordre unificateurs et en proposant les méthodes de lutte qui permettront non seulement aux travailleurs de faire reculer le patronat et le gouvernement mais également à l’avant-garde ouvrière d’entraîner le grand public avec les grévistes contre la réaction.On peut envisager, pour bientôt, une action concertée C.S.N.-U.C.C.contre l’incurie du gouvernement Lesage en matière sociale et économique.Cette action, si elle se réa- lise, aura pour principal effet d’aider la population québécoise à surmonter les craintes et les illusions que les exploiteurs (pour la plupart yankees) entretiennent parmi elle et à constituer un début de front uni de combat que le capitalisme s’acharne partout à empêcher et à diviser, et sans lequel les succès obtenus lors des grèves partielles (succès des postiers, des employés du port de Montréal, etc.) seront continuellement remis en question.Le démarrage actuel du mouvement ouvrier autorise beaucoup d’optimisme.Mais il ne faut pas oublier que si l’étape de la crainte et de l’attentisme semble désormais franchie, celle de l’organisation effective des travailleurs pour une lutte décisive contre le capitalisme est à peine amorcée.Les centrales ouvrières, et particulièrement la C.S.N., oseront-elles mobiliser toutes les forces de la classe ouvrière (aussi bien rurale qu’urbaine) pour des luttes longues et dures contre le sous-emploi, l’insécurité économique, la pauvreté, le chômage, les restrictions apportées par l’Etat aux libertés des travailleurs, la dégradation constante de leur pouvoir d’achat, etc?La timidité, les atermoiements et la fuite devant les responsabilités étaient devenus une véritable tradition dans trop de syndicats.Espérons que les grèves et les succès ouvriers de cet été ont fait comprendre aux plus timorés que la lutte est plus payante que l’aplatventrisme et surtout plus digne de la classe ouvrière.pierre vallières • 103 » les divertissements le festival! du film pierre Hébert Pour une troisième fois, le Festival du Cinéma Canadien nous fournit l’occasion de faire un examen de conscience du cinéma québécois.Cependant, cette fois la matière à réflexion est plus restreinte que jamais, seulement deux longs métrages canadiens-fran-çais ayant été montrés en compétition.Un certain nombre de films en particulier ceux de Co-opératio et aussi le “Festin des Morts*’) n’ont pas été présentés par leurs auteurs, et un (“Le Révolutionnaire” de J.P.Lefebvre a été refusé par le comité de présélection.On nous a donc montré “La neige a fondu sur la Manicouagan” d’Arthur Lamothe et “La vie heureuse de Léopold Z.” de Gilles Carie avec deux films canadiens-anglais, “Running away Backward” d’Allan King et “Sweet Substitute” de Larry Kent.Il est regrettable que le festival ait été si limitatif.car il pourrait jouer un rôle important, qu’il nj jeue pas, dans la vie du cinéma au Québec.Il est d'ailleurs très compliqué de parler de cela, car au départ le Festival du Cinéma Canadien est compromis dans l’ambiguité canadienne, rappelons simplement que l’épithète “canadien” n’a guère plus de sens accolé au mot cinéma que dans aucun autre contexte.Cependant même avec son statut un peu artificiel, il pourrait encore être un événement important, et ce n’est pas par son caractère compétitif sur lequel on semble mettre l’accent présentement, mais plutôt en présentant un inventaire complet de la production de longs métrages, ce qui pourrait être une occasion de réflexion sé- rieuse.Le nombre de films est encore assez restreint pour qu’une telle chose soit possible, ou plutôt pour qu'elle soit nécessaire.Au point où nous en sommes, les Grands Prix sont un peu illusoires et enfantins; à vouloir être prestigieux, le festival est devenu inutile.A mon sens toute forme de présélection des longs métrages est insensée dans un contexte où la production d’un film est une aventure aussi hasardeuse qu’elle l’est présentement.Pour cette raison, tous les films ont le droit d’être montrés et nous avons le droit de les voir.En un sens ils sont tous importants.La situation présente est d’autant plus ennuyeuse que dans le cas des films canadiens-français, ce sont les films de l’industrie privée qui se sont tenus à l’écart ou qui ont été tenus à l’écart du festival.Nous en sommes donc réduit à parler des deux films de l’O.N.F.qui ont été présentés, et nous prendrons aussi le droit qui officiellement nous a été refusé, de parler un peu du “refusé” qui a été montré discrètement en projection privée à l’Elysée, le mercredi midi.Par contraste, en voyant le film de Carie on respire à l’aise.Il n’v a sûrement pas lieu de crier au chef-d’oeuvre; dans le cadre d’une production normale, le film passerait probablement assez inaperçu.Mais c’est justement là une des choses très réjouissantes dans le film de Carle, on n’y sent pas les efforts pénibles d’un cinéma qui débute, je dirais quasiment qu’on a l’impression de voir un vrai film, et c’est une impression 1U4 ® assez agréable ici.Le film a la grande qualité de nous montrer des personnages qui existent, dans un décor qui existe.Il fait plaisir de voir autre chose qu’un Montréal de carte postale qu’on nous a montré plus qu’ici (le vieux Montréal, la place Ville-Marie, rue Ste-Catherine le soir).L’image qu’il nous montre de Montréal sous la neige et de l’atmosphère de veille de Noël, est très juste.Il faudrait louer aussi la caméra, très discrète et très efficace.Cependant on peut reprocher à Carie d’avoir trop été ‘‘sans prétention”.11 aurait dû avoir la prétention de penser que son film pouvait se tenir sans “gags”.Souvent le comique y est trop gratuit et joue le rôle d’une voie d’évitement, il ne semble pas réussir tout à fait à s’en tenir à son propos, les personnages disparaissent un peu trop souvent sous le déluge des blagues.Il aurait eu avantage à sacrifier un peu du comique pour gagner en sobriété.C’est la qualité essentielle du ‘‘Révolutionnaire” (dont je ne dirai que quelques mots étant donné qu’il n’a pas été montré publiquement encore) de s’en tenir rigoureusement à son propos du début à la fin sans concession, et ce soustendu par une structure solide et articulée.Ces qualités ont été rares dans le cinéma québécois jusqu’ici, c’est pourquoi il est regrettable et inadmissible que le film ait été exclu du festival par le jury de présélection, d’autant plus que le film implique une conception plus avancée du cinéma que les deux que nous avons vus; en l’écartant, le festival écarte un jeune cinéma qui a le courage d’être expérimental.Cela nous ramène à nos considérations du début; tant que le festival du Cinéma Canadien restera ce qu’il est, il sera un événement mineur dans notre vie cinématographique.pierre hébert chronique des partis pour un appel à la discipline emmanuel garon N.D.L.R.:Parti Pris reprend cette année une chronique régulière des partis.Nous y fournirons à des représentants des partis de gauche, PSQ et RIN surtout, l'occasion de présenter à tour de rôle leur point de vue à nos lecteurs.Les opinions qu’ils émettront n'engageront évidemment que leurs auteurs, et ne correspondront pas nécessairement aux opinions de Parti Pris.D'autre part, quand nous le jugerons à propos, nous apporterons nous-mêmes des commentaires sur l'activité des partis politiques au Québec.Dans cet article, je me propose d’examiner brièvement les causes de l’insuccès du Parti socialiste du Québec depuis sa fondation.Plusieurs facteurs tels la doctrine, les hommes, l’organisation-propagande, la disci- pline de parti peuvent être à la source de notre échec en tant que parti.Voyons d’abord la doctrine.Est-elle incomprise ou trop théorique pour nous attirer les sympathies du peuple plus enclin o 105 vers des problèmes concrets ou plus immédiats?Ceci peut être possible.Je ne crois cependant pas que ce soit une cause majeure de notre tâtonnement depuis la fondation.Le Parti socialiste a un corps de doctrines, un ensemble de documents de base qui, advenant la prise du pouvoir par notre parti, permettraient un premier travail dans les domaines économique et social.11 y a peut-être lieu cependant, de vulgariser notre doctrine et de l’expliciter de façon plus simple pour fins de propagande.D’ailleurs bien des points de notre programme ou de notre doctrine sont acceptés par des gens hors du parti et de la pensée socialiste.J’inclinerais à penser qu’il faille chercher ailleurs les raisons de notre stagnation; car, si la doctrine est mise en cause, le seul aspect sous lequel on peut l’envisager comme cause de notre échec, est qu’c-lle n’a pas été connue suffisamment du grand public.Ce n’est donc pas la doctrine elle-même qui soit sujette à caution.il reste donc la discipline de parti, l’or-ganisation-propagande, les militants et les dirigeants.Je ne m’attarderai pas longtemps sur ce dernier point, me contentant de dire qu’il est toujours difficile de formuler un jugement sur les actes d’un homme politique du même parti que soi.J’affirme carrément, cependant, que s’il y avait 2 ou 3 autres bonhommes, de la trempe de Michel Chartrand, le parti s’en porterait mieux aujourd’hui.Mais nos pseudo-socialistes ont toujours préféré les commissions royales avec rétributions extrêmement élevées aux risques, aux actes non rémunérés grassement.Si Chartrand est devenu un des meilleurs tribuns populaires sinon le meilleur, ce n’est pas par des discours devant les membres du Club de la Garnison ou de quelque cercle fréquenté par ces messieurs de la rue St-Jacques pour qui je ne me cache pas d’avoir le plus profond mépris, mais par des discours devant des auditoires d’ouvriers en grève, des étudiants, des marches pour des objectifs aussi importants que la non-acquisition des armes nucléaires par le Canada.Michel Chartrand est le seul leader socialiste québécois qui ne se soit jamais démenti.A d’autres de suivre son exemple.Les deux derniers points que je voulais étudier sont l’organisation et la discipline du parti.Le premier a toujours été, à mon avis, la grande difficulté des socialistes.Jamais, il n’y eut d’associations de comté de mises sur pied; jamais il n’y eut de participation des membres à des manifestations collectives quelconques; jamais il n’y eut un grand souci de la part de ceux-ci à répandre la doctrine de leur parti; jamais il n’y eut de distributions de tracts du parti sur des questions d’actualité quotidienne; jamais il n’y eut de propagande intense auprès des masses pour nous attirer leur sympathie et leur collaboration.Je pense que tout ceci trouve son explication dans un phénomène que certains socialistes rejettent trop facilement au profit de leur liberté individuelle: LA DISCIPLINE DE PARTI.Dans “La maladie infantile du communisme,” Lénine déclare à propos de la discipline de parti: “Il est certain que.les bolcheviques ne se seraient pas maintenus au pouvoir, même pas deux mois, sans la discipline la plus rigoureuse, sans la véritable discipline de fer dans notre parti.”(1) Sans cette discipline de parti, aucun des points que je soulevais tout à l’heure et qui n’ont jamais été mis à exécution, ne pourra être réalisé.Seule la discipline de parti peut nous donner ce que l’argent et la corruption donnent aux autres partis; soit le fonctionnement du secrétariat, la présence du parti non par des communiqués de presse mais par des prises de position dans la rue, dans les grèves des ouvriers québécois; par des contacts avec le peuple, chez-lui; par des moyens de propagande efficaces, c’est-à-dire qui toucheront l’ouvrier, le cultivateur, le pêcheur, le collet blanc.106 • Le peuple québécois ne semble pas priser tellement la révolution tranquille de Jean Lesage; saisissons alors cette occasion d’accentuer le pourrissement des groupes capitalistes et de la société capitaliste; le reste viendra de lui-même.Mais pour accentuer ce pourrissement, il faut harceler le gouvernement, harceler les grands exploiteurs, saisir toute occasion de briser toujours un peu plus les chaînes de l’ouvrier québécois.Nous ne pourrons jamais parvenir à déloger les représentants des classes privilégiées sans un effort immense de propagande auprès des masses et dans une organisation de parti rigide et structurée.Ce que je viens d’énoncer, plusieurs l’ont déjà dit; mais personne, sauf peut-être 2 ou 3, n’a tenté de le réaliser.Camarades, le parti socialiste, c’est la discipline; sans elle nous ne pourrons jamais espérer libérer le Québec de son exploitation quotidienne.émmanuel garon trésorier et permanent (1) La maladie infantile du communisme, coll.10-1 S, page 13.AGENCE DU LIVRE FRANÇAIS 8180, rue Saint-Hubert, Montréal, 271-6888 PARTI PRIS pour parti pris, prenez donc le parti d’acheter tous vos livres chez le distributeur des éditions PARTI PRIS.Le propriétaire, lui, a pris le parti de tenir dans les rayons de sa librairie tous les livres rares que vous ne trouvez jamais nulle part ailleurs, à Montréal.8180, rue Saint-Hubert, Montréal, 271-6888 AGENCE DU LIVRE FRANÇAIS • 107 les livres le traité d’économie marxiste de mandel jean-marc pîotte Comme tous les Québécois, je n'ai reçu aucune formation economique à la petite, la moyenne et la grande école.Notre vie quotidienne est conditionnée par le fonctionnement des lois économiques, mais, en haut lieu, on n’a pas jugé utile de nous enseigner leur dynamique.Ma vision du monde prenant sa source dans le marxisme-lénisme, j’ai toujours désiré approfondit la perspective économique de cette théorie.Le Capital: une brique par sa longueur (2000 p.) et son indigestibilité.Je n’avais pas le courage d’entreprendre sa lecture.Archambault, le chauffeur de taxi, me rabattait les oreilles avec “son” édition populaire du Capital.Très accessible, d’après lui.Je m’y suis mis, et j’y ai mis beaucoup d’heures de travail et énormément d’abnégation.Peine perdue: je n’y comprenais goutte.Je me suis alors demandé si, par hasard, mes parents n’auraient pas oublié de me transmettre la bosse des chiffres ou si, encore, je ne devenais pas crétin en vieillissant.Aussi, lorsqu’on m’a parlé de l’ouvrage de Mandel, j’étais légèrement.porté vers le pessimisme.De plus, le titre, Traité d'économie marxiste (1), ne m’inspirait pas confiance: l’exégèse et l’apologétique m’ont toujours pué au nez, et je présupposais que ce livre en contenait.Mais ayant quelques sous dans ma poche et de grandes vacances devant moi (je suis professeur), j’ai acheté le traité de Mandel.X X X Mes noires prévisions ne se réalisèrent pas.Au contraire, j’ai été agréablement surpris.Il y avait longtemps que je n’avais pu dénicher et lire un livre aussi intéressant.Dans sa préface, Mandel expose ses buts et sa méthode.Il ne veut pas faire l’exégèse ou l’apologie de Marx.En partant des données empiriques de la science d’aujourd’hui, il examinera si les principales thèses économiques marxistes demeurent valables.Aussi, il ne cite que très peu Marx ou Engels, mais beaucoup d'économistes, d’anthropologues, d’historiens.contemporains.Pour Mandel, “la théorie économique marxiste ne doit pas être considérée comme un résultat définitif d’investigations passées, mais plutôt comme la somme d’une méthode, des résultats acquis grâce à cette méthode, et de résultats constamment remis en question (2)”.Donc, pas un copiage servile de Marx, mais un travail créateur.Mandel montre le développement temporel des catégories économiques, les critique et dévoile leur fondement matériel, c’est-à-dire les rapports sociaux qui, d’ailleurs, se transforment selon un procédé contradictoire.La lecture de son traité est très accessible.Il utilise avec abondance des faits politiques, économiques, historiques, sociaux.pour étayer sa pensée.Mais c’est un livre d’économie, et qui dit économie, dit techniques, dit calculs.Et Mandel n’a pu s’empêcher d’en mettre un peu.Par exemple, la 108 • péréquation du taux de profit.Elle m’a fait suer.Mais j’en suis venu à bout en faisant lire le passage qui traitait de ce point à ma compagne de nuit, et de jour, et en discutait, crayon et papiers à la main, avec elle.Du chapitre 1 (travail, produit nécessaire, surproduit) au chapitre 14 (l’époque du déclin du capitalisme), Mandel décrit surtout les origines, l'évolution et la réalité actuelle du capitalisme.Notons, au passage, deux chapitres excessivement intéressants: chap.Il (les crise périodiques) et chap.12 (le capitalisme des monopoles).Dans le chapitre 15, il démontre l’inexistence du capitalisme et du socialisme en Russie et explique la phase de transition que suit l’économie soviétique.De plus, il critique très sévèrement, mais très sévèrement, les erreurs commises par le régime de l’U.R.S.S.Dans le chapitre suivant, il prouve que le bureaucratisme et tous les maux qu’il entraîne n’est pas une nécessité de la phase de transition, mais l’effet d’erreurs évitables.Ensuite, il dresse un tableau futuriste de ce que pourrait être une société socialiste et montre que les possibilités techniques et humaines ne rendent pas utopique la réalisation d’une telle société.Enfin, il décrit l’évolution de l’économie politique.Chapitre trop court à mon avis: il m’a laissé sur la faim.J’aimerais que Mandel reprenne ce chapitre et le développe dans un prochain livre: il pourrait bien faire ça pour nous.Un camarade, étudiant en économie, se référant aux cours de ses professeurs, me disait, sans être capable de me l’expliquer, que l’économie marxiste était périmée.Pour lui, seul l’aspect sociologique du marxiste demeurait valable.Comme si la sociologie de Marx tenait sans sa théorie économique.En fait, presque tous les Québécois ne s’appuient que sur des données sociologiques pour baser leur visée politique.Aussi, lorsqu’un Kierans ou un Lévesque ouvre sa gueule pour parler économie, nous restons bouche bée, incapables de critiquer, avec preuves à l’appui, scs déclarations.XXX En plus d’enrichir nos connaissances socialistes, l’ouvrage de Mandel peut facilement servir de livre de références.Pour chacun des chapitres, il y a des notes.A la fin du livre, vous trouvez une liste alphabétique des ouvrages cités et consultés (52 pages!), un index (37 pages!) et une table des matière très détaillée.X X X J’espère avoir réussi à vous mettre l’eau à la bouche.Traité d’économie marxiste de Mandel: à lire.jean-marc piotte Mandel, lirnest.Traité iTccoiioinit’ marxiste.Pa ris, {uliard, 1962.2 tomes, 107 1 p.( 2 ) Id., t.I, p.16.• 1J9 i, ni, mi, ni, mai, ni, mo jacques allard A première vue, le deuxième roman de Jacques Godbout, Le Couteau sur la table (1), c’est la neige éblouissante de nos champs d’hiver: il fait mal aux yeux.C’est un livre d’une écriture fatiguante parce que trop consciente d’elle-même, trop heureuse d’être ce qu’elle est, trop habile.Cette aisance, ce bonheur d’être, cette multiplicité des références n’est pas fréquente ici.Ce kaléidoscope est un trop beau jouet.Et pourtant il est nôtre et l’on entre bientôt dans cet univers romanesque dont le formalisme est en définitive signifiant.Le dépaysement devient “repaysement” et nous entrons dans le jeu des quatre coins du champs romanesque de Godbout.Et comme LUI, le personnage masculin du Couteau, nous sommes aux prises avec l’hiver, la neige, le froid, en quête de printemps, de soleil, de chaud.Car il faut placer et lire ce roman sous les signes sensibles de l’affrontement dialectique du froid et du chaud.A partir de ce premier couple de réalités antagonistes, se démonte une pile romanesque où la tension constante d’un système positif-négatif active incessamment le problème du choix à faire et prépare l’éclatement d’un engin dont le tictac lancinant se lit et s’entend: I, NI, MI, NI, MAI, NI, MO.Dès la première page, dans cette conversation anodine qu’ils ont Patricia et LUI, le “climat stupide” d’ici est mis en rapport avec l’autre, celui d’ailleurs, de la Floride où se trouve la mère de Pat.Et contrairement à ce que nous pourrions croire (c’est elle qui qualifie ce climat de “stupide”) l’anglo-saxonne s’arrange très bien de ce climat où “elle aimerait, dit-elle, être enceinte d’un soleil d’hiver.” (2) Mais LUI, non.Il fuit le froid et ce soleil d’hiver l’entraîne dans la chaleur torride d’un ailleurs qui est volontiers le Mexique de Pedro ou à la rigueur l’Italie.Il faut les voir, à la séquence 28, tous deux au lit, “au chaud sous cinq couvertures”, dans une chambre où par la fenêtre ouverte, “le vent s’engouffre, accumulant sur le tapis une banquise modèle réduit que même la chaleur du calorifère ne réussit pas à fondre.” Patricia s’est levée et est revenue vers le lit “les mains pleines de neige, (lui) en jette à la figure: “J’ai bu l’eau qui coulait de son épaule et sur sa peau glacée j’ai cherché à épouser son sang qui bouillait.(3) Mais en vain.Elle joue et au fond, se joue de Phiver alors que LUI est reporté à ses tourments: “Tout cela est frivole, ridiculement frivole.il y a tant de choses graves dont il faudrait s’occuper, tant de fascismes.” Il y a surtout “ça au creux de l’estomac.l’énorme chiasse, le trou devant soi: être inutile, je suis inutile, tu es inutile.” (4).Il ne joue pas sans mauvaise conscience, il ne joue pas tout simplement.Il lui est impossible de s’approprier la neige, d’en faire des pelotes, il lui faut l’écarter, la creuser, y faire un trou et tomber “tout à coup en plein coeur d’Italie.“Et là, dans cet ailleurs, qui est essentiellement chaud il lui sera possible d’aimer.Ainsi, ce jour-là, par le détour des cartes postales: “nous fîmes l’amour à 110 • Tokyo; dans l’après-midi, c’ctait à Berlin et Patricia chanta en allemand jusqu’à ce que nous tombions sur une carte de Vancouver.Déjà, hélas, nous étions de retour au Canada.” (5) Voilà l’impossible, l’inassumable, le froid ici: le Canada, cette ville où “cent mille bureaux cherchent un gratte-papier pour l’asseoir sous des néons jaunes et lui faire additionner les primes d’assurance-vie, d’assu-rance-feu, vol, automobile, accident, cataclysme, gel.(ou) ce peuple affamé de sécurité paie fidèlement les petits coupons verts qui ont servi à édifier ces étranges gratte-ciel de ciment, percés timidement de fenêtres minuscules, qui ont servi surtout à l’asservir.” (6) Pas étonnant dirait un Ber-que que dans ce pays d'ici, dans cet aujourd'hui, on rêve de soumission et d’aplatissement: “je voudrais être écrasé comme ces voitures que l’on transforme en blocs de ferraille.” s’il n’y avait toujours “ce déclic, ici, au creux de l’estomac qui.” (7) Il est inévitable que cette fuite de l’ici et de l'aujourd'hui débouche dans l’ailleurs temporel: le passé, l’enfance.L’affrontement froid-chaud a pour résultante la prospection d’un temps premier, du temps mythique des origines où tout a peut-être été possible mais gâté.(Le voyage en train de Vancouver à Montréal correspond au plan anecdotique à ce retour: l’on va de l'étranger au familier, d'ici à là-bas.) La plongée vers l’enfance ramène en surface Noël, ce temps chaud au coeur du froid.Mais Noël a été la fête ratée, l’impossible fête.IL en prend à témoin Pedro: en ce temps-là a été violée l’enfance; la fête n’était qu’une dérisoire mise-en-scène propice aux oeuvres et aux pompes des Frères qui s'occupaient des pages et autres enfants de choeur.Et Patricia qui veut jouer au sapin, à l’arbre de Noël, ne peut maintenant, dans l’aujourd'hui être la réconciliation: il aurait fallu que ce fut au temps des comptines.Impossible maintenant de repriser la déchirure, de “recoudre hier et demain”: “—11 ne me manque que les jeux de lumières! J’obéis; enroulant les fils laissant les ampoules rouges vers le bas, les jaunes à hauteur du nombril, les bleues autour du cou entre les boules de verre.Le spectacle de Patricia illuminée reste l’un des.— Aie.Mais je dus vite éteindre pour faire cesser son supplice: ces ampoules minuscules chauffaient intensément.” (8) Le jeu de Patricia est ici assez important quand l’on sait que le conifère que choisit d’etre Patricia est le seul arbre qui survit à l’hiver.Mais l’arbre de Noël est impossible: la réconciliation est un supplice.(Cette impossibilité a son écho au niveau technique de l’expression, comme on l’aura sans doute remarqué (l’un des): c’est un exemple entre plusieurs de la cohérence de l’écriture de Godbout.) Nombreux sont les passages semblables où les termes froid-chaud sont irréconciliables, parce que toujours surgit le Problème: “.si j’avais la peau noire, le nez sémite! Mais voilà de grandes cultures universellement reconnues! Je parle français en Amérique, c’est là la grande connerie, la faute, je serais le fils putatif des Folies-Bergère et du Paris by night que la Salvation Army n’en serait pas plus émue.” (9).Comme on le voit, correspondant à l’enfance sabotée, au temps de l’impossible fête, il y a cette bâtardise qui dépasse le personnage, se situant au plan collectif et culturel: ce problème n’est pas le sien, il est nôtre.Et en fait, le personnage masculin du roman n’existe pas en dehors de cette dimension collective de son moi: il est un nous.La bâtardise existentielle comprend comme naturellement la défaite historique et quotidienne de tout un peuple, le nôtre.C’est à l’Expresso Bar que défilent l’histoire et le quotidien, l’hicr et l’aujourd’hui si peu gratifiant: 1760, 1837, “.du matin au soir nous • 111 cherchions avec entêtement les signes de l’asservissement l’indice récent de l’abrutissement général, jusque dans les statistiques, les almanachs, les horoscopes.(Mais aussi nous cherchions comme une fleur aux champs les raisons d’espérer, un mot nouveau dans la langue, une preuve que nous n’étions pas tout à fait vaincus.) (10).Une réponse possible au problème: la compromission, l’assimilation.Prolongeant la “bâtardise”, une sorte de délinquance culturelle, nous pouvons coucher avec le Capital.Etre Jack Kerouac.Etre “ce mulâtre qui réussit à passer pour blanc dans le hall du Waldorf”, épouser l’Amérique, Canada inclus: le bordel de Ferron.Sans cela, on n’est pas à l’aise dans sa peau, sauf si on est Patricia.Sans cela, on est “chez soi sans y être”.C’est à dire être ce peuple qui fait du “surplace” dans la tempête, qui “est silencieux tout l’hiver” et qui l’été venu, a désappris à parler.” Mais la véritable délinquance, comme le choix, est ailleurs: dans la bâtardise à assumer.Et pour Lui, ce n’est pas facile: être de fuite réfugié chez Patricia, c’est à son service (Patricia.tout heureuse qu’elle était de m’avoir en somme à sa disposition, tant pour compléter ses devoirs de français que pour la nuit satisfaire sa sensualité toujours en éveil”) (11) qu’il explorera sa conscience malheureuse, qu’il aura mauvaise conscience, qu’il découvrira qu’il faut choisir, qu’il a trop longtemps été choisi.Sa passivité, son caractère féminoïde persistant pourtant jusqu’à la fin, après la rupture violente qu’il assumera, comme une saison succède à une autre.Il y a une sorte d’inévitable force dans le choix qui est fait, accordé au caractère mathématique, à l’horlogerie de la comptine, i, ni, mi,/ni, mai, ni, mo: “(La haine est venue, comme une saison.Le printemps est venu, comme une gifle; personne ne peut lutter contre le vent, les saisons, la lumière blanche, la neige ébouriffée des rafales.)” (12).L’été est venu aussi où “les choix se précisent”.(13).Choisir, c’est d’abord détruire, “détruire la volière”, et d’abord le grand oiseau Patricia parce qu’elle est aussi la volière, le froid rapace, l’ici prédateur, le présent éblouissant, asphyxiant comme neige au soleil.La saison est venue; Il est l’invincible gifle-vent-saison-lumière-rafale.En tuant Patricia, il s’exorcise lui-même, accède au présent, à l'ici, à l'existence: choisir c’est naître.Et comme il n’existe pas, non plus qu’elle, en dehors du collectif (il est français du Canada comme elle est anglaise du Canada.Patricia a beau être juive, après l’Ethel de Jasmin, la Barbara de Groulx, cette faute, si elle a pu servir au rapproche-men des amants, est en définitive indifférente), il faut voir en cet assassinat celui d’un pays qui s’appelle le Canada et en ceî assassin mais familier, le Québec.Le couple froid-chaud, comme on l’aura constaté, en engendre beaucoup d’autres dont les principaux soulignés plus haut sont les dimensions spatio-temporelles du roman: ici-ailleurs, présent-passé, avec leurs ramifications très concrètes Canada-Mexique: place-chambre (espace ouvert, espace fermé dont l’alternance est constante dans le roman, d’un paragraphe à l’autre, d’une séquence à l’autre); aujourd'hui-hier (temps ouvert, temps clos, môme alternance) etc.Et d’autres qui n’en découlent pas nécessairement mais qui s’y rattachent: artifice-(lake)-authenticité (nature), anglais-français (Elle et Lui évidemment, mais aussi Canada-Québec, les insertions stylistiques anglaises dans le texte français); objectivité-subjectivité ex; les bulletins de presse soi-disant objectifs qui sont joints, comme plaqués, au texte, à la réflexion intime d’un “je”, sorte d’actualités utilisées dans le déroulement du film romanesque); etc.C’est en faisant le bilan de ces réalités contradictoires et irréconciliables que l’on constate à quel point l’engin de Godbout est bien monté et doit exploser: ces unités de significations que l’on peut aligner dans une addition où l’on trou- 112 • verait ses termes, de part et d’autre d’une ligne verticale sont aussi fécondes à l’horizontale qu’à la verticale.Elles constituent les termes même du choix à faire, et en expliquent la difficulté.Le roman n’aurait pas pu être mieux titré s’il avait conservé son titre original: i, ni, mi, ni, mai, ni, mo, définit exactement le livre.On trouvera peut-être qu’un tel commentaire sent l'huile, mais tel n’est pas le cas du roman dont le formalisme est autre que celui d’un Robbe-Grillet qui veut sans doute que son écriture soit plate, sans profondeur et qu’elle trouve là finalement sa signification.Comme une oeuvre non-figurative.Dans Le Couteau sur la table, il n’y a pas ce piège où a pu sombrer un Bruce Moris-sette dans Les Gommes.Au contraire, et consciemment, l’écriture de Godbout se veut signifiante de part en part et elle y réussit intelligemment.Nous avons souligné plus haut comment les recours techniques sont, chez Godbout, signifiants, sacrements.Ajoutons maintenant que le caractère d’inachèvement inhérent à ce roman est en accord profond avec son contenu, au diapason, par exemple, de la vie de ce personnage masculin en qui nous vivons et naissons.L’inachèvement apparent est achèvement profond, au plan romanesque.(1) Editions du Seuil, 1965.(2) p.15.(3) p.56.(4) p.57.(5) p.58.(6) p.62.(7) p.63.(8) pp.9 5-96.D’un autre point de vue, sociologique et para-littéraire, l’on peut dire que le roman correspond vraisemblablement à l*in-tention avouée de son auteur (voir préface) qui veut que Le Couteau soit “une approximation littéraire d’un phénomène de ré-appropriation du monde et de la culture, étant donné que, par exemple, la rupture des amants renvoie directement à la rupture culturelle et politique.(Godbout a repris à son compte la lyrique amoureuse, cette “chronique du lit défait” (14), dans laquelle on a accoutumé de voir les relations Québec-Ottawa.) Il est clair que “ce qui est ré-approprié n’est pas un univers défini.L’univers nié et détruit est plus précis.L’on sait peut-être plus ce que l’on ne veut pas être que ce que l’on veut être.Mais enfin, le livre de Godbout n’est pas un essai, il est avant tout le roman d’une conscience chercheuse, en quête d’une définition, d’une identité.Et en cela, il est une partie du grand roman québécois.Voici un résumé possible de l’oeuvre.Le Couteau sur la table, c’est le roman d’un homme qui, à table, n’a qu’un couteau.Pour faire table rase, bien sûr.Le reste du couvert viendra, notre menu est tellement prometteur.Inutile de se souhaiter bon appétit.jacques allard ( 9 ) P- 7 l.(10) p.110.(11) p.60.(12) p.157.(13) p.15 5.(14) Voir l'intéressant article de Hubert Aquin, in l'art i Pris no 5, 1964.• 113 les idées quelconques du frère untel Charles gagnon Accablé d’un prestige certain auprès d’un bon nombre de Québécois, le frère Untel poursuit depuis quelque temps une certaine croisade pour des idées qui me semblent très quelconques.(1) Le XXIe siècle dans lequel nous vivons (il s’agit ici d’une notion du temps très.avant-gardiste) est le siècle de la technique et de la science; le bien de la collectivité nous viendra par la compétence des individus; il n’y a plus d’idéologies qui tiennent en notre XXIe siècle! Retournons si vous le voulez bien dans le passé, au début de la deuxième moitié du XXe siècle.Le frère Untel n’étant pas né, il se trouve encore des gens qui défendent des idéologies.Ils sont malins parfois: ainsi ils prétendent qu’au Québec du XXIe siècle, lorsque viendra le frère Untel, “idéologie” aura pris un sens nouveau, sens qu’on ne saurait préciser encore, et que d’ailleurs, le frère en question sera assez mal f.de déterminer, ce qui constituera un accroc sérieux à sa réputation de penseur rigoureux et, quand même, progressiste.Dans ce passé donc où nous sommes reportés par la force de notre imagination, on retrouve des idéologies et qui plus est, chez les plus “yéyé” des frères maristes.Comme quoi on n’est pas “yéyé’’ longtemps, fut-on un frère “yé-yc”.Si XXIe siècle que cela puisse paraître, c’est au XXe que des sociologues sérieux, passablement orthodoxes, suffisamment re- nommés, définissaient l’idéologie comme un ensemble cohérent d’idées qu’une collectivité se donne comme projet, la plupart du temps par ses “définisseurs de situations”.Définition embarrassante! Où se trouve l’idéologie?C’est un peu comme l’Etre.vous pouvez toujours chercher.Les intellectuels diront que cela se trouve dans les livres, les revues et les choses comme ça; les moins versés dans la matière diront que ce sont les “affaires” de discours et de “parlotage” comme en font les politiciens et les professeurs gâteux.Tous ont bien raison.Nombreuses sont les idéologies et qui se défend d’en avoir, est un bénisseur du statu quo.Le XlXe siècle est évidemment un siècle maudit: c’est celui de Rimbaud, de Karl Marx et de la Confédération; là-dessus, pas de discussion.Le XXe, un siècle d’entredeux: on subit l’affranchissement des artistes: les dadas et les yéyés, du communisme et de la.Confédération.La solution?Vous l’avez: se préparer à vivre convenablement au XXIe siècle, alors que sans doute les poètes seront plus sages, les communistes déchus et la Confédération abolie.Je nous vois courir chez le médecin spécialiste en hibernation pour un sommeil de cinquante ans.XXX Pendant que “cul sur chaise”, on y prend peut-être goût — le frère Untel parle de 114 • compétence et d’esprit scientifique, il y a au Québec des gens qui ont le cul plutôt à l’air et qui font de moins en moins confiance aux “assis” pour les tirer du pétrin.Il y a — peut-on imaginer — des hommes de science, des diplômés d’Université qui “cul sur chaise” ont calculé que des chômeurs “cul dans le vide” croissaient chez-nous de façon régulière et que la chose, selon les prévisions les plus scientifiques, allait continuer indéfiniment.Le frère Untel qui vient de céder à la tentation de confesser son enfance et son “adolescence”, me semble avoir vécu des expériences à lui faire prendre conscience que, d’une part, la science sert d'abord certaines personnes et que d’autre part, la môme science ne règle pas tout les problèmes humains et sociaux.Ce phénomène pourrait retenir l’attention du frère Untel: des hommes “cul sur chaise” prétendent avec démonstration scientifique à l’appui, que, d’une part, l’économique est un champ important de l’activité humaine, qu’il en conditionne plusieurs autres; et que d’autre part, il s’en trouve aussi pour prétendre que les aspirations d’une collectivité qui prennent nom d’idéologies quand elles se donnent une structure cohérente, sont une composante connaissable scientifiquement de l’évolution de la même société.Si le frère Untel voulait bien un moment délaisser les schèmes absolutistes traditionnels, fruit de l’idéologie triomphante, il admettrait peut-être qu’une collectivité peut un jour décider de prendre possession d’elle-même et de son sol.Il y a pourtant des exemples récents.En somme, le frère Untel est un bon exemple d’aliéné de la société néo-capitaliste dont les assises intellectuelles ne sont plus tellement la religion ou la métaphysique, mais l’esprit scientifique.La science est présentement assez développée pour convaincre quiconque s’arrête à considérer chaque problème dans toute sa complexité qu’il n’y a rien de mieux à faire que de laisser durer le statu quo.Les économistes américains sont des as dans ce domaine.Seule une “pensée globale” peut se faire pensée révolutionnaire.Et seule une telle attitude permet de concevoir des changements dans les détails car elle envisage une transformation globale.Aussi longtemps qu’on se contente, écrasé par une analyse scientifique microscopique des phénomènes, de n’opérer que des changements minuscules, on ne change en définitive rien et on tue par là même toute volonté de changement.Le frère Untel devrait étudier les milieux pauvres du Québec pour avoir un exemple de ce phénomène d’une population détériorée qui dans la plupart des cas ne souhaite que des augmentations aux allocations sociales, convaincue qu’il n’y a rien de mieux à espérer et qu’au fond c’est une situation à laquelle on se fait.Le frère Untel a préféré se lancer en orbite vers le XXIc siècle.Que son voyage soit bon et dure longtemps! On lui demande cependant d’être assez honnête pour faire le compte de ceux qui au Québec de 1965 sont en position de faire le voyage avec lui.Il pensera peut-être à ce moment-là aux camarades qu’il a abandonnés pour entrer chez les maristes et qui sont aujourd’hui, ou bien travailleurs à maigre salaire, ou bien chômeurs sans salaire du tout, qui sont pour le grand nombre des hommes et des femmes qui ont d’autres soucis que de rêver au XXIc siècle.Qu’il veuille bien jeter un coup d’oeil perspicace dans sa “nacelle” pour voir si c’est bien, comme il le dit, la science et la technique qui dirige le Québec, si ce ne serait pas par hasard les intérêts du capital américain auquel sont asservis les “patro-neux” du gouvernement Lesage.Qu’il étudie seulement les services du ministère de l’Education pour voir si les entrepreneurs en construction n’ont pas une importance aussi grande, sinon plus, que la science et la technique dans la construction des écoles.Faut-il continuer?• 115 La nouvelle religion du frère Untel ne nous convient pas.Comme toutes les autres elle est vouée à se mettre au service de l’injustice sociale.Il faut être complètement bouché pour prétendre le contraire.Un choix s’impose: “cul sur chaise” pour la science et la technique des bourgeois ou bien, la science et technique pour le bien de la masse par la disparition des bourgeois.C’est une question qu’on ne peut éviter au Québec de 1965.Certains appellent cela une affaire d’idéologies.Aux “conneries” de cette année nous préférons toujours les “insolences” d’il y a cinq ans.Charles gagnon (I) Voir à cc sujet un article du Devoir, 21 juin 1965.Page 9.
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