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Titre :
Parti pris
Éditeur :
  • Montréal :Revue Parti pris inc. ,1963, oct. (no 1)-1968, été (vol. 5, no 9)
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
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Parti pris, 1966-03, Collections de BAnQ.

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f vol.3 no 8 mars 1966 60 cents le crédit social textes de: gérald godin michel mill georges kostakeff pierre maheu et nos chroniques et marginales démocratie nouvelle revue mensuelle de politique mondiale consacre sa livraison de janvier aux conditions et chances paix au Vietnam $1.00 En ce début d’année, personne ne doute plus que la guerre du Vietnam soit devenue le problème international qui recèle, dans l'immédiat, le plus grave danger pour le monde.Elle est aussi le problème politique no 1 pour le gouvernement américain.— L’héroïque résistance de ce petit peuple, lointain et pauvre, bouleverse tous les projets de M.Johnson, l'accule à des choix douloureux, et commence à avoir des répercussions directes sur la vie personnelle de millions de citoyens du pays le plus riche et le plus puissant du monde.rappe R B .OU VA MISTER JOHNSON P .$1.00 L'ASIE ET LES INCENDIAIRES .$1.00 LA SECONDE EPOPEE MONCOLE .$1.50 ALLEMAGNE NOUVELLE; PROBLEME DE NOTRE AVENIR.$1.50 U.S.A.STUPIDITE OU LUCIDITE DE L'INTELLIGENCE .$1.00 agence du livre français 8180 rue Sl-Huberl — Monlréal 11 — 271*6888 sommaire vol.3, no 8 mars 1966 individu, situation et morale editorial l’ambiguïté du peuple pierre malien la théorie socio-économique du crédit social mie h cl mill marxisme et créditi.smo yr.o rges kostakeff méthodes et structures dos bérets blancs .gérald godin 9 revue politique et culturelle paraît chaque mois sur 80 pages 6 • rédaction et administration : C.P.149, station "N” Montréal 18, Québec 15 éditeur : la coopérative d'éditions parti pris ‘19 # comité de rédaction : paul chamberland ian depocas michel guénard pierre maheu 52 gaston miron Patrick straram jacques trubH chroniques abonnements : milishka ryerson à jouai sur.une ou doux lan- gues .57 jan depocas le rapport bélanger .61 gérald godin pour situer “les choses” .63 michel cuvrard comptabilité : thérèse m-jor distributeurs : Montréal : distributions Laval Ltée, 290 boulevard Pie IX Québec: Agence Provinciale (Québec) inc., 226 est, Christophe-Colomb Hull : Librairie Libre, 130, rue de l'Hôtel-de-Ville interprétations de la vie quotidienne .67 patrick st~aram marginales La revue n'est pas responsable des manuscrits qui lui sont adressés.Reproduction interdite sans autorisation.a le numéro : 60 Cents 12 numéros : S6.00 éditorial individu, situation et morale La pensée et Vaction révolutionnaires ne valent que si elles reposent sur une hase scientifique, que si elles sont fondées objectivement dans la.situation.Mais elles sont le fait d'individus concrets et d'un engagement quotidien et vécu, et le déterminisme est la négation même du principal ressort de la- volonté révolutionnaire, la liberté.L'Histoire fait les hommes et détermine leurs possibilités, mais ce sont aussi les hommes qui font VHistoire.Une situation n'a de sens que pour une liberté qui Vassume, mais la liberté ne surgit qu'en situation.L'idéalisme d'une pari et le déterminisme de l'autre sont les deux abstractions où s'égare celui qui oublie cette dialectique entre individu et situation.Il nous semble que le dialogue que poursuivent ci-dessous Piotte et Chamherland illustre le nécessaire aller-retour d'une pensée vivante.d’une autre perspective de morale révolutionnaire Paul Ohamberlancl écrit l'individu révolutionnaire et Pierre Vade-boncoeur publie L'autorité du peuple.Le premier veut vivre comme projet de transformer de façon radicale sa vie quotidienne et, dans le rapport situation-individu, il met l’accent sur celui-ci.Le second veut rendre l’homme à l’humain.Si quelqu’un veut vraiment réaliser, dans sa vie de tous les jours, l’une ou l’autre de ces morales, il devra, au préalable, se réserver une chambre à “Prévost”.Car ce sont des morales utopiques.Or le propre d’une morale est d’être incarnable ici et maintenant.Sinon, elle est une illusion, et peut devenir une hypocrisie.D’ailleurs, le fait que deux hommes de gauche publient, dans un si court laps de temps, des manifestes utopistes, témoigne du pessimisme de la gauche québécoise.Historiquement, l’utopie naît dans les situations vécues comme indépassables.Cependant, les idéaux de Chamberland et de Vadeboncoeur valent comme idées-limites.Elles permettent de bien situer nos luttes actuelles.2 • Elles sont ce vers quoi nous devons tendre, tout en étant conscients qu’elles reculeront devant nous à mesure que nous avancerons.Je me permets de citer un court texte de Gramsci.Il pose, selon moi, les principes sur lesquels peut et doit se fonder une morale révolutionnaire.L’élaboration de ces principes nous permettrait, je crois, de compléter, de corriger et de dépasser l’idéalisme de Chamberland et de Vadeboncoeur.“La base scientifique d’une morale du matérialisme historique est à rechercher, me semble-t-il, dans l’affirmation (de Marx) que la société ve se propose pas de tâches pour la solution desquelles n'existent pas déjà des conditions de réalisation.Si les conditions existent, la solution des tâches devient devoir, la volonté devient libre.La morale deviendrait une recherche des conditions nécessaires pour la liberté de la volonté dans un certain sens, vers un certain but, et la démonstration que ces conditions existent.Il faudrait établir également non pas une hiérarchie des buts, mais une graduation des buts à atteindre, étant donné qu’on veut moraliser non seulement chaque individu pris isolément, mais aussi toute une société d’individus.” Gramsci, Antonio, Oeuvres choisies, pp.106-7.Ed.Sociales.jean-marc piotte d’une morale?.pour ceux qui ont choisi La note de Jean-Marc Piotte et un article paru dans un numéro du Carabin m’obligent presque à fournir une mise au.point en supplément à mon article L’individu révolutionnaire, paru dans le numéro de décembre 1965 de Parti Pris.J’en viens tout d’abord à la note de Piotte.Je tombe tout à fait d’accord avec le contenu de cette note.A tel point, d’ailleurs, que je lui trouve exprimer, pour l’essentiel, le sens même de mon article.A preuve, ceci : “L’aberration, c’est de pervertir un engagement totalisant en une intransigeance stérile; c’est de refuser les indispensables compromis pratiques, en oubliant qu’ils sont des ruses nécessaires”, (p.12) Car, en tentant de proposer les lignes de forces d’un comportement, celui de l’individu révolutionnaire, en marquant l’insistance sur le pôle quotidienneté (l’au- tre étant le militantisme ou l’action politique), je voulais dire sous quelles conditions rengagement révolutionnaire pouvait être, au jour le jour, vh'ahlc, c’est-à-dire sauf de tout “idéalisme”, activiste ou terroriste.D'où vient nue Piotte reproche à mon article ce contre quoi, justement, celui-ci s’inscrivait.Je crois comprendre.Comprendre qu’en voulant dénoncer un travers, celui du gauchisme, du romantisme, de l’idéalisme dans l’engagement, le militantisme, l’action politique, j’ai failli suggérer, par réaction, un idéalisme inverse : le culte puriste de l’idée de révolution comme accomplissement individuel-quotidien, une sorte de moralisme à usage personnel qui, bien entendu, ruine au départ toutes les chances d’une action forcément “impure”.Les propos Gramsci-Marx, cités par Piotte, me paraissent, à moi aussi, le point de départ le plus juste d’une morale révolutionnaire qui préserve le couple situât ion-individu.Quant à l’article du Carabin, intitulé Les fissapapa philosophes et signé par un certain Richard Fournier, on me fera grâce, si on le lit, d’un long commentaire.L’article est un papier simplement, sereinement infecte.Il manifeste, des diverses attitudes de droite, celle qui me paraît la plus couilionne et la plus sordide de toutes : celle de ces petits esprits qui, se fichant éperdument de tout et cultivant un cynisme de bonne compagnie, réduisent à leur taille la réalité de combats et d’enjeux où il en va, ici comme ailleurs, de l’homme, de la liberté et ds la justice.Voyez plutôt : “Certains parmi nous auront accueilli le récent article de Chamberland dans Parti Pris avec une joie, non dissimulable”.Ils se réjouissent, toujours selon notre auteur, de ce que je viens de “saboter mes collaborateurs”.Parlais-je de commentaire ?Ce serait bien poli, en vérité.Je me contenterai d’un avis.Avis, messieurs, de ne pas vous réjouir trop tôt.Car s’il est question de morale révolutionnaire et de certains points d’autocritique, rappelez-vous que tout cela est fait en vue d'une certaine révolution à laquelle nous tentons de donner tous les moyens, moraux et politiques, de s’exprimer et de s’accomplir.A ceux qui croient que mon article est la dénonciation de l’action militante, j’ai bien l’honneur de dire qu’ils se fourrent le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, que c’est dans la mesure même où je crois au militantisme que j’ai dit ce que j’avais à dire.Que des “transfuges de classes”, des “déclassés”, oui, nous le sommes et nous en sommes très conscients : dans la mesure où nous avons pu ou pourrions être de cette sous-humanité satisfaite d’elle-même qu’est la petite bourgeoisie canadienne-française, nous la refusons au nom de et dans un projet, une action révolutionnaire que seuls les travailleurs québécois peuvent ac- complir parce qu’ils y sont, eux, intéressés.Eux, pour qui le désespoir ne “naît pas de la frustration d’une ambition personnelle déçue” comme la hargne et la joie mauvaise suintent naturellement d’apprentis-fascistes surs d’eux-mêmes et de leur petite réussite personnelle dans la belle société à papa.paul chamberland NOT FJ : Le MLP et le PSQ poursuivent actuellement des négociations visant à Vunification de la gauche québécoise.A Vheure d'aller sous presse, il est encore trop tôt pour faire connaître les résultats de ces négociations.Dès le prochain numéro, cependant, nous exposerons le sens et le résultat de cette démarche importante pour la construction du parti des travailleurs québécois.parti pris survival assured BEIRUT, Lebanon.— Roger Gaudry, rector of the University of Montreal, says French-Canadians no longer fear for the survival of their culture.Me made the statement to the Lebanese French-language newspaper l’Orient before leaving here Tuesday after meetings with rectors of Lebanese universities.Dr.Gaudry said : “The French-language citizens of Canada, who represent 30 percent of the country’s population, show considerable vitality in maintaining their original culture on this Anglo-Saxon continent.“We now have no more fears for the survival of this Latin culture, especially since our ties with France in this .field have strengthened during the last few years.“Just the same, we would like to establish contacts with other French-speaking countries.“I came to Lebanon to establish initial contact with Lebanese universities.” The rector said French-language literary and artistic production in Canada is “in full swing”.Dr.Gaudry left here for Paris via Rome.In the French capital he is to visit Quebec House and meet with the Canadien ambassador.(“The Gazette”, 19 Jan.65.) • 5 présentation l'ambiguïté du peuple pierre maheu Chacun y est allé de son petit commentaire sur le phénomène cré-ditiste au Québec.Au lendemain de ses succès de 1962, tous les idéologues officiels exprimaient leur incompréhension, chacun en ses termes, y compris ceux, plus bêtes que les autres, de M.Gérard Fil ion, peu après promu à la S.G.F.Rappelons pour faire bonne mesure que deux autres des hommes qui dénoncèrent alors le plus vertement le crédit social, MM.Laurendeau et Marchand, ont fini qui ministre et qui “commissaire d'enquête” de leur très gracieuse majesté.Qu'on se souvienne aussi des efforts et de la publicité consacrés par les libéreaux à la lutte contre les créditâtes: non seulement ce phénomène a-t-il été incompréhensible pour les hommes au pouvoir, mais il leur a vraiment fait peur.La montée au Québec d’un troisième parti dérangeait leurs équations, et ce d'autant plus que la voix qui s’y exprimait était celle d’un intrus dans l'arène politique: le peuple.Mais le phénomène n'est pas moins inquiétant pour les hommes • de gauche, car le peuple qui s'y ^exprimait était mystifié et réaction- naire (ce qui prouve bien qu’il ne faut pas trop, malgré Vadebon-coeur, se fier à la spontanéité des masses).Le peuple n'a pas d’avance raison, il n'est pas d’avance révolutionnaire; aliéné, c’est dans l’aliénation même que se font -ses premiers efforts pour s’en sortir.Le peuple est ambigu, comme le phénomène créditiste lui-même.Aujourd’hui que le crédit social semble en perte de vitesse, qu’il est a peu près possible de faire le bilan de l’affaire, il peut être intéressant de prendre du recul pour la considérer.C’est ce que nous avons voulu faire dans le présent numéro.Nous y revenons sur la théorie créditiste et la critiquons d’un point de vue marxiste; et d’autre part nous étudions les origines du mouvement, chez les “bérets blancs”.Une idéologie et des méthodes d’organisation : voilà ce qu’a été le créditisme au Québec, avant ses succès, et durant une bonne vingtaine d’années.Nous croyons que la gauche doit s’interroger sérieusement sur les éléments qui ont fait le succès momentané, puis l’échec, de ce mouvement.Ce numéro est une contribution à cette * 6 • réflexion.Mais avant d’y arriver, il faut tenter de faire le point, de dégager la signification et la portée de l’aventure créditiste; c’est ce que je m’en vais faire sommairement Je signale, avant de m’y mettre, une étude très intéressante de Vincent 1.qui vole créditiste ! 1.1.Aux élection* fédérales de 1962, le Ralliement des créditâtes remporte d’importants succès, prenant toutes les “élites” par surprise: il obtient plus de 25 /r du vote dans toute la province et remporte 30 sièges aux Communes; dans 3i comtés, il obtient plus de 30r/( du vote.En 1963, aux élections suivantes, le mouvement se continue: même s’ils perdent des sièges, les créditistes gagnent des votes.Les succès récents du parti libéral provincial leur nuisent dans les comtés où ils avaient été les plus forts, mais ils pénètrent plus que la première fois dans ]e reste de la province.Enfin, en 1965, alors que chacun prévoyait leur débandade complète, les créditistes perdent beaucoup de terrain, mais conservent tout de même une certaine importance.A ces dernières élection *, on a vu que seul le Ralliement des Créditistes de Caouette était vraiment fort: les “Thompson istes” n’obtiennent que des résultats bien inférieurs.Lemieux, Les dimensions sociologiques du vote créditiste, publiée dans le numéro de mai - août 1965 de Recherches Sociographiques; pour tout ce qui concerne la partie descriptive des notes qui vont suivre, je m’en suis largement inspiré.1.2.Géographiquement, le fait le plus frappant est l’échec complet des créditistes à Montréal ; Vincent Lemieux attribue cet échec au manque d’organisateurs du parti dans la région, mais il faudra (tout de même, ces sociologues .) nous demander pourquoi justement il n’y avait pas d’organisateurs, et quelles sont les raisons de cet échec.Elles sont nombreuses: importance des syndicats à Montréal, absence des créditistes à la télévision montréalaise, hostilité de tous les journaux, force locale de l’organisation des partis traditionnels, et (dans la mesure où le créditisme a été aussi un phénomène ethnique) hétérotré-néité ethnique de la population.Mais c’est une autre raison qui me semble fondamentale: j’y reviendrai plus ba-.Dans les régions qu’il touche, d’autre part, c’est surtout dans les petites localités, de 1,000 à 10.000 ou même à 5.000 habitants, que le crédit social remporte les plus cbiirs succès.• 7 1.3.Mais c’est sans cloute au niveau socio-économique qu’il est le plus intéressant d’étudier la répartition du vote créditiste.Ici, Lemieux met clairement en lumière deux composantes du vote créditiste, si bien qu’on pourrait parler de deux créditâmes: l’un urbain et social, l’autre rural et économique.En milieu urbain (Québec, Lévis, Chicoutimi, lac Saint-Jean, Sherbrooke, etc.en excluant, bien sûr, la région montréalaise, où le créditisme ne pénètre pas), les électeurs créditâtes se recrutent parmi les gens qui ont des occupations “inférieures”, parmi les prolétaires: mineurs, ouvriers, manoeuvres; et la probabilité qu’un prolétaire vote créditiste est d’autant plus élevée que la population prolétaire est plus homogène; il y a donc dans ce vote une importante composante de classe, qui apparaît d’ailleurs aussi dans plusieurs thèmes de la propagande : “requins de la finance”, etc.Ce créditisme “social” s’incarne dans 19 des 31 comtés où les créditistes obtiennent plus de 30rA du vote en 1962.Les 12 autres comtés sont ruraux et agricoles; les gens qui y votent créditiste sont d’abord ceux dont les revenus sont insuffisants.Cette corrélation entre niveaux de revenu et les résultats du Crédit Social était beaucoup moins bonne en milieu urbain.Dans ce^ 12 comtés, c’est la dimension “économique” qui pri- me (dividendes, pensions, etc.).La clientèle y est plus proche du sous-prolétariat que du prolétariat proprement dit; c’est la partie de la classe agricole qui est en décadence, et ne pourrait vivre sans les diverses allocations gouvernementales.Le succès du crédit social repose sur deux couches de la population, et correspond à des revendications diverses et parfois presque opposées.Il est intéressant de noter, par exemple, qu’aux élections provinciales de 1962, les Libéraux sont en progrès dans les comtés de créditisme “social”, tandis que dans les comtés de créditisme “économique”, c’est l’U.N.qui gagne du terrain.La revendication sociale va, en partie, dan-3 le sens de la révolution tranquille; la revendication économique est le fait d’une misère “entretenue” et sans volonté de dépassement.Ajoutons qu’en 1965, la débâcle est bien plus marquée dans les régions de créditisme “économique” que dans les régions de créditisme “social”: dans ce dernier cas, la perte C3t de 6U des votants en movenne, et dans le premier de 9 r7r.Enfin, dernière constatation x ce niveau de description sociologique, il faut remarquer que ces deux facteurs, insuffisance du revenu et densité de population prolétaire, cumulent leurs effets dans les petites localités de 1,000 à 5,000 habitants, ce qui rend compte du fait que les crédi- listes y remportent leurs plus éclatants succès.1.4.C’est le dénominateur commun de ces deux couches d’électeurs créditâtes qui, à mon avis, est l’élément le plus essentiel à la définition des fondements sociologiques du phénomène créditiste.Or il me semble y avoir un terme qui résume assez bien ce que ces couches ont en commun: c’est qu’elles sont en transition.Les ruraux dont le revenu est insuffisant sont en situation instable; ils seront inévitablement amenés à s’insérer dans de nouvelles structures, ils sont en instance de prolétarisation; déjà, ils travaillent aux chantiers, aux travaux publics, etc., ils commencent déjà à devenir ouvriers.Quant aux prolétaires qui ont voté créditiste, je crois qu’ils sont simplement un pas plus loin dans le même processus: une étude plus approfondie montrerait sans doute que ce sont des ouvriers de fraîche date, ou au moins de première génération, et que la plupart sont justement originaires de ce milieu rural.Ces ex-ruraux happés par le capitalisme industriel sont, eux aussi, en situation d’instabilité: 2.pourquoi on vote créditiste Mais ces considérations d’ordre socio-économique ne nous disent pas pourquoi ces classes, dans ces ré- iis ne sont pas encore tout à fait intégrés à leur nouvelle classe, et conservent en partie leur mentalité de ruraux.En fait, les centres du succès créditiste, les petites localités, représentent bien ce phénomène de transition ; ils sont en train de vivre les débuts de l’industrialisation: 1,000 habitants, c’est déjà un as-ez gros village; 10,000.une petite ville.Cette hypothèse, en tout cas.ferait assez bien comprendre l’échec du créditisme à Montréal, où l’industrialisation est depuis longtemps un fait accompli, et où la répartition des classes e-t fixée depuis quelques générations.La conscience de classe y est plus développée, et prend d’autres formes.Le créditisme, donc, aurait été le fait de ce Québec à moitié et mal industrialisé, de cet “arrière pavs” que les mesures de régionalisation actuelles visent, à mi-chep-»in entre deux paliers historiques de rapports sociaux, à cheval sur le passé et l’avenir, un interlude entre le duplessisme et l’étape après celle' que nous vivons.Ceux qui ont voté créditiste.ce sont les laissés-pour-compte de la révolution tranquille.gions, ont appuyé le Crédit Social.C’est sur cptte question qu’on s’est contenté très souvent de banalités • 9 en guise de réponse; on a dit que les succès créditâtes reposaient sur la personnalité de Caouette, sur le mécontentement, etc.; mai-s ce ne sont là que des bribes de réponse.En fait, je crois qu'il faut rechercher ces causes à trois niveaux: la conjoncture politique a fourni l'occasion de cc succès, lorganisation créditiste en a été le moteur, et c'est l’idéologie du mouvement qui nous dira pourquoi, dans quel but., on a voté pour ce parti.2.1.Instabilité politique.Le système des deux partis, tel que nous le connaissons, ne laisse presque aucune chance aux tiers partis.Le seul cas où.dans un système de ce type, un nouveau parti peut percer, c'est quand un des partis existants est très faible.En ce sens, la faiblesse traditionnelle du parti conservateur au Québec a été une des conditions nécessaires des succès créditistes, qui se sont produits dans des régions où le parti conservateur était d’ordinaire relativement ‘‘fort" (plus du tiers des votes), mais où il avait échoué aux deux élections précédentes.D’autre part, en 1962, on vient d’assister à deux changements de régime, au fédéral comme au provincial: cela implioue que plusieurs électeurs ont changé leur allégeance, nue leurs convictions en faveur de l’un ou l'autre parti n’est pas très forte: la propagande de Caouette couvrant d’un égal mépris les deux vieux partis tombait donc à pic.En fait, on constate statistiquement que les succès créditistes dépendent en partie du fait qu’ils ont su amener aux urnes un bon nombre d’abstentionnistes habituels.Rien de ceci n’explique pourquoi c’est le Crédit Social qui a profité de la conjoncture, mais la situation était clairement favorable à l’émergence d’un tiers parti.2.2.L* organisation créditiste.Si les créditistes ont su profiter de cette conioncture favorable, c’est qu’ils étaient préparés.Ils avaient derrière eux de longues années d’organisation.Le créditisme, dont les idéologues officiels n’avaient pas prévu la montée, n’est pas sorti tout armé de la cuisse de Jupiter: en fait, les 30 comtés où il remporte en 62 plus de °07r des sièges recoupent ceux où l’Union des Electeurs avait déià obtenu le plus de succès rebitif aux élections de 1945 et 1948, et où le nombre d’abonnés de “Vers Demain" était le plus élevé dès 1946.Il est intéressant de voir quel type d’organisation a réussi à capter l’intérêt des classc-s en transition dont nous parlions.Gérald Godin expose plus loin l’origine du Crédit Social dans le mouvement des bérets blancs.Plus près de notre sujet, il faut voir comment les caouettistes ont organisé un parti qui, d’une cer- 10 • laine façon, est un parti populaire.Ce parti a une structure pyramidale: il y a des responsables pour chaque bureau de scrutin, regroupés en secteurs, eux-mêmes sous l’auto-rité de responsables de “territoire”.A tous les niveaux, le travail était assumé bénévolement par des militants, qui faisaient de l’agitation, du porte à porte, vendaient des abonnements au journal, etc.Ces militants étaient encadrés dans une structure hiérarchique: le parti n’a que peu, ou pas du tout, d’organismes démocratiques internes.L’autorité et la direction y sont concentrées au commet, chez les leaders.Qu’on se rapporte à la distinction que nous faisions dans notre dernier numéro entre partis de cadres et partis de masse: le Ralliement des Créditâtes est curieusement ambigu, participant de ces deux types d’organisation.Il est structuré comme un parti traditionnel, mais ne recrute pas ses cadres dans les mêmes classes, et repose sur un membership nombreux et militant.En un sens, c’est un parti de masse, mais il ne cherche ni à donner de nouvelles structures à la classe qu’il atteint, ni à éduquer ou à politiser ses membres: il cherche seulement à les embrigader, à les faire adhérer aveuglément a une théorie “qu’il n’y a pas* besoin de comprendre”, et à la personnalité d’un leader.C’est dans son organisation qu’il ressemble le plus au fascisme, et cela est bien plus sérieux (pie les déclarations de Caouet-tcî sur Hitler.Une telle organisation, c’est justement dans des classes désorganisées qu’elle peut le mieux s’imposer, et dans des moments d’instabilité.Qu’on pense aux formes de la propagande créditiste: d’une part la télévision, qui atteint la masse indifférenciée, d’autre part la propagande de personne à personne, dans les groupes primaires (famille, etc.).Il n’a jamais été question pour le Crédit Social d’agir aux niveaux intermédiaires (-syndicats, coopératives), ni de donner des institutions autonomes à ses électeurs (d’ailleurs, et par définition, ces couches mouvantes ne sont pas susceptibles comme telles de structuration), mais simplement de les atteindre et de les convaincre sans les transformer: pour lui, il s’agit uniquement d’électeurs.Si le Crédit Social a incarné un mouvement de classe, c’est bien malgré lui.Il doit ses succès au fait qu’il a été une solution de facilité pour des gens incapables do par leur situation d’un véritable effort de politisation et de structuration, au fait que, sans proposer de changements fondamentaux, il semblait apporter des solutions immédiates à des gens qui en ont désespérément besoin.• 11 2.3.Une idéologie ambiguë.Mill et Kostakeff exposent plus loin la théorie du Crédit Social proprement dit, la comparent au marxisme, et la critiquent.Je n’en parlerai donc pas ici.D’ailleurs, cette théorie, les créditâtes ne se gênaient pas pour dire qu’“il n’y a pas besoin de la comprendre”; si on considère le phénomène du créditisme au Québec, elle passe au second plan.Les idées qui ont fait les succès du caouettis-me sont plus vagues, plus démagogiques.Le créditisme a d’abord entraîné une adhésion globale, basée sur un sentiment d’identification, fondée sur des thèmes de revendication (pii correspondent aux insatisfactions des couches sociales dont nous avons parlé.Ces thèmes sont doubles: d’une part, il y a la revendication sociale, la dénonciation des “requins de la finance” etc., de l’autre la revendication économique, dividendes, etc., qui touche les gens qui ont un besoin vital de revenus supplémentaires.En somme, le sentiment d’identification qui fonde le=; succès créditâtes est une conscience de classe, si vague soit-elle.Pour la propagande créditiste, comme pour ses électeurs, la société est divisée en “petits” et en “gros” (pii les exploitent.Même ~i ce n’est qu’une fois rendus à Ottawa que les députés cré-ditistes ont commencé de .jouer la corde nationaliste, je crois que ce sentiment d’identification a une composante nationale, implicite dès ses débuts.D’abord parce qu’étant donné le phénomène de classe ethnique étudié par Rioux-Dofny, il se produit que les “petits” sont aussi francophones: d’autre part parce que l’image du parti est uniquement québécoise, et que ses organisateurs et ses leaders sont directement issus des couches canadiennes-françaises qu’ils représentent.Quoi qu’il en soit, le fait que le créditisme comportait une composante ethnique importante est devenu évident par la suite.Fondé sur une vague conscience de classe ethnique des couches instables du petit neuDle de province, quel but le créditisme incarne-t-il pour elle*-»?Je crois que l’obscurité même de cette conscience fait que l’électeur créditiste ne sait pas trop clairement ce ou’il compte obtenir par son vote.En tout cas, il n’est sûrement pas question de prendre le pouvoir: chacun savait que, même en imaginant un raz de marée au Québec, le parti aurait encore été minoritaire à Ottawa.D’autre part, cette conscience n’en est jamais arrivée à comprendre les structures de -son exploitation ni à les remettre en question : il n’est pas question de changer le système, pas plus que le régime.Tout ce qui reste, alors, c’est 12 • de se poser en s’opposant, d’imposer la présence de ce “nous” auquel on s’identifie par un geste de protestation.Le phénomène créditiste a été pour une bonne part négatif, et il implique confusément une sorte de résignation à l’ordre établi; même s’il le défie, s’il s’y oppose, il ne le remet pas en question.Au fond, le traditionnel fatalisme des Québécois n’est pas dépassé.C’est pourquoi d’ailleurs le créditas me a intégré les valeurs et l’idéologie traditionnelle du Canada français, tout un conservatisme clérical désuet.Quand Dumont définissait le “nous canadien-français” par les trois termes “nous sommes Français, nous sommes catholiques, nous sommes pauvres’’, il aurait tout aussi bien pu parler du caouettisme.11 n’est pas besoin d’insister sur la démagogie religieuse ou anti-conscription nisfe de Caouette, ses positions sur la peine de mort, les syndicats, ou mille autres questions, tout cela est connu.La seule différence avec l'idéologie traditionnelle, mise à part la théorie du Crédit Social proprement dit, c’est la plus grande insistance, l’accent mis sur le troisième terme, la “pauvreté’’.Cette identification confuse en termes de clause, et l’exigence aussi confuse d’une communauté réelle, voilà la nouveauté du phénomène.Il est susceptible de nous intéresser dans la mesure où c’est là le point commun du fascisme et de l’exigence révolutionnaire face à la société libérale atomisée.Toute la question est de -savoir si cette conscience et cette exigence s’engageront dans des “chemins qui ne mènent nulle part” (comme disait l’autre), ou si le créditisme fera place à une véritable action consciente des classes exploitées.F11 somme, et avec le recul de (iiielque-?années, on en arrive à se faire une idée assez nette de ce phénomène ambigu.La théorie crédi-tiste est un utopisme, elle prétend instaurer la société idéale sans changer le système.Elle propose une réforme financière qui n’est pas nécessairement un mal en soi, mais qui n’a pas de sens isolément, et elle en fait une panacée.Cette théorie a du succès parce qu’elle répond aux besoins immédiatement ressentis de certaines couches de la population.De toute évidence, l’aventure créditiste est un cul de sac.Mais il n’en reste pas moins qu’elle a reposé -uir une certaine conscience de classe, et (pie la vision de la société idéa]e est aussi une ex’Vence, exigence de justice et d’égalité.Et qu’aorès avoir cru au crédit social, il est bien possi- • 13 ble d’en arriver à envisager toute la société “sociale”.Le crédit social, d’une certaine façon, est un ersatz de socialisme, le “socialisme du pauvre”, si on me passe l’expression.Il nous donne l’image inverse de ce que pourrait être un socialisme québécois.Nous avons dit qu’il est le fait de couches en transition ; dans la mesure justement où le palier suivant de développement social et économique sera atteint, où l’industrialisation du Québec entraînera la prolétarisation de ces couches, cette conscience et cette exigence se structureront et se ra dira Useront.D’une certaine façon, il est alors réconfortant de penser que le créditisme a fait la preuve, bon gré, mal gré, que le peuple québécois est prêt à donner son appui à un parti qui soit le sien ; que la gauche s’unisse, qu’elle se donne un leadership cohérent et efficace, un programme concret et populaire et des militants convaincus, et le peuple sera bientôt prêt à la suivre, s’il ne l’est déjà.C’est dans l’action que les révolutionnaires ont maintenant à se distinguer des charlatans.pierre maheu une québécologic Dans le dernier numéro de “Recherches sociographiques”, en plus de l’article de Vincent Lemieux sur le vote ereditiste, une étude de Fernand Ouellet sur la rébellion de 1837-39, très fouillée et documentée.et extrêmement signifiante pour ceux oui veulent reprendre la révolution alors ra'éc.Le numéro précédent portait sur “Les classes sociales au Québec”.Cet-fo revue est en train d’édifier une véritable sociologie du Québec.Il ne faut pas y chercher les éléments politiques en polémi-ciues qui n’y auraient pas leur place; parfois, une démarche technicienne inspirée des social sciences américaines empêche les ouest ions les plus vitales de s’y poser, et.limit»' la perspective.Néanmoins, c’est la source la plus sérieuse et honnête d’infor-ma‘ions sur le Québec.A lire, à réfléchir sur, à s’inspirer rie ! p.m.14 • la théorie socio-économique du crédit social michel mill Seulement quatre nations du monde ont connu le développement des mouvements du Crédit Social ; de ces quatre, trois l’ont connu comme phénomène rural.Au Canada anglais, en Australie et au Québec, le mouvement créditiste représentait la révolte des petits cultivateurs écrasés par le développement anarchique mais monopolisant du capitalisme moderne.Pourtant, l’origine de la doctrine du crédit social se trouve dans la pensée d’un ingénieur en mécanique anglais, Major C- H.Douglas.Dès le début, la théorie créditiste anglaise fut urbaine et cosmopolite.Elle fut le produit d’un petit groupe de techniciens re.ietés par leur société et qui se révoltèrent ensuite contre cette société.Elle n’eut aucune racine dans un secteur stable de la société anglaise mais fit appel à des groures urbains instables.Elle fut en même temps très radicale dans sa critique de la société et très utopique la perspective sociale du crédltisme La frustration d’un ingénieur devant le contrôle nar des hommes d’affaire de l’industrie peut être considérée comme le point de départ de dans ses solutions.Mais la perspective du crédit social fut secondaire; elle attira les sections peu sûres de la société, soit les cultivateurs indépendants du Québec soit les classes moyennes anglaises.En fait, elle fit appel à tous ceux dont la position économique peut être définie comme petite-bourgeoise.l a base de la théorie du crédit social est que la technologie moderne a rendu possible une ère de prospérité et de loisir qui devaient tous les deux être distribués parmi la communauté.On peut faire ceci au moyen de quelques trucs monétaires très simples tout en ne changeant ni la structure de propriété ni l’entreprise privée.Mais avant d’analvser les différentes parties de cette théorie il serait bon de considérer la perspective globale du Maior Douglas parce que la théorie créditiste est beaucoup plus complexe qu’une simple théorie de réforme monétaire.la pensée sociale de fondateur du crédit social, le Major Douglas.Profondément chonué par le gaspillage de la capacité industrielle.Douglas dé- veloppa une critique globale de la civilisation industrielle.Dès le début il s’occupa de la frustration non seulement des techniciens mais aussi de toute l’humanité.Tout ce qui freinait le progrès de la science dans l’industrie empêchait le technicien de servir le peuple et de lui donner les bénéfices de son héritage culturel.La concentration du pouvoir sur la production industrielle faisait partie intégrale de la tendance croissante vers une concentration du pouvoir dans le gouvernement, dans les syndicats, dans toutes institutions qui touchaient la vie et la possibilité de l’individu, tant comme travailleur tant comme consommateur.Les changements monétaires qu’il prôna comme moyen de libérer l’homme de la tyrannie du pouvoir concentré, furent subordonnés complètement à son analyse principale.Il crut que l’homme ne pouvait se libérer sans la liberté de choix en tant que producteur et consommateur.L’être avait besoin d’un certain niveau de bien-être matériel, un niveau que le système actuel de production et de distribution lui refusait.11 fallait donc que le système économique soit réformé.Le socialisme ne menait qu’à une plus grande concentration du pouvoir éco-nrmique et politique.Seule lu réforme monétaire répondait au problème parce qu’elle pouvait détruire le mécanisme par lequel le pouvoir écono- mique augmentait et par lequel le b'en-être matériel et la liberté de l’individu diminuaient.La réforme monétaire était le moyen de réaliser cette nouvelle société où les êtres humains seraient libres de développer leur individualité d’une manière qui était im-)ossible auparavant; l’homme serait ibéré des contraintes auxquelles il était soumis par la révolution industrielle tout en conservant les avantages de la nouvelle maîtrise de l’environnement.Ce fut une doctrine attirante.Elle disait que la civilisation avait perverti toutes les valeurs humaines et cherchait à détruire même plus complètement ce qu’il restait de liberté.Elle montrait la centralisation croissante du pouvoir dans l’Etat, dans les syndicats, dans l’entreprise et elle signalait la suppression de l’individualité qui était le produit inévitable de ce processus.Elle disait que la démocratie parlementaire était faussée, puisque les gouvernements élus l’un après l’autre par le suffrage populaire n’avait donné au peuple que le con-t' aire de ce qu’il voulait.Ces accusations contre une civilisation d’affaires et ses institutions politiques attiraient beaucoup de gens qui voyaient surgir de tous côtés la frustration de l’humanité et qui n’avaient pas trouvé un moyen de lutter pour ce qu’ils voulaient.Ceux qui voyaient la tragédie du chômage massif, ceux qui 16 • voyaient l’impuissance de l’individu contre les manipulations de la presse, des politiciens et de la haute finance et surtout ceux qui connaissaient la détérioration de la position du petit et moyen producteur indépendant et de la classe professionnelle devant la concentration du pouvoir économique; tous ceux-ci furent attirés par la critique apparemment profonde de Douglas.La voix qui faisait ces accusations, présentait aussi un diagnostic et un remède qui attiraient la même strate de la société que sa critique.La cause fondamentale du malaise social était une erreur dans les systèmes de comptabilité de l’entreprise, une erreur qui trouvait ses racines dans le mécanisme des prix et qui empêchait le peuple en tant que consommateur de racheter les marchandises qu’il avait créées en tant (pie producteur.De la politique financière découlaient tous es maux de la production restreinte: le chômage, la suppression de la liberté et de l’individualité, la perversion des valeurs du travail et la guerre.le développement sociai et le dessein moral La philosophie sociale de Douglas est très fragmentaire et éclectique mais on peut y apercevoir une ligne générale.Le plus haut but social est le développement libre de l’individualité.L’histoire humaine est une évo- Aucun de ces maux n’était inhérent au capitalisme ; ils étaient les résultats de la perversion de l’entreprise capitaliste par la finance; en fait, le capitalisme était mort depuis soixante-quinze ans et fut remplacé par le “créditisme”.L’ennemi n’était pas le capitalisme mais la finance, c’est-à-dire le contrôle du crédit par une oligarchie irresponsable.Il découle de cela que l’on pouvait conserver l’entreprise capitaliste, les profits et la propriété privée.Tout ce qu’il fallait, c’était donner au peuple souverain le contrôle sur le crédit et ainsi permettre au crédit social d’appliquer ses réformes monétaires.Ces réformes voulaient donner aux consommateurs un dividende national et aux producteurs des subventions afin de réduire leurs prix.Une action pareille éliminerait l’insuffisance du pouvoir d’achat des consommateurs qui était à la base du problème, libérerait le système de production.et rendrait possible la restauration de la liberté et l’épanouissement des valeurs humaines lutbn téléologique vers le développement et l’expression libres de l’individu: ".l’histoire du développement humain .constitue une longue.et dans l’ensemble victorieuse, lutt.e pour contrôler l’environnement.• 17 afin que l’individu puisse avoir la liberté ultime.” (1) L’épanouissement de l’individualité, dans ce sens, n’est pas seulement le plus haut but social mais aussi le dessein qui consciemment ou inconsciemment gouverne l’humanité “dans sa lutte incessante avec l’environnement”.(2) La force derrière cette évolution est la volonté humaine, qui cherche une expression plus libre en augmentant son contrôle sur l’environnement matériel.“I a tendance évidente de l’évolution.est la subordination de la nécessité matérielle aux nécessités mentales et psychologiques.” (3) Le dénouement éventuel est certain ; la réalisation de la pleine individualité est assurée parce que prédéterminée; “l’expression de l’individu .est le résultat inévitable de ces mécontentements actuels.” (4) L’“individualisme” du capitalisme industriel est l’ennemi de l’individualité, car il est une manifestation de cette recherche du pouvoir par la minorité qui voudrait limiter le développement de l’individualité.L’évolution vers la liberté individuelle, bien que sa réalisation soit assurée, ne procède jamais sans opposition ; la liberté de la majorité est toujours entravée par la recherche du pouvoir de la minorité.Le progrès est toujours freiné par les actions égoïstes de la minorité qui veut contrôler toute la société.L’explication des maux de ce système se trouve dans la perversion du dessein rationnel, la perversion de la production par la finance.Le rapport du travail au capital dans le processus de production ne fait pas obstacle, selon la doctrine créditante.à la liberté individuelle.Douglas considérait que “la séparation du travailleur de la propriété individuelle de ces outils et du contrôle sur la politique de l’entreprise’^ faisait partie intégrale de la révolution industrielle, (5) mais que l’importance de cette séparation consiste en ce qu'elle permit au financier d’intervenir dans le processus de production.La montée du financier était évidente môme dans la période des Croisades mais ce fut la révolution industrielle qui lui permit de contrôler en agrandissant l’unité de production et en allongeant le processus de production.Avant ce temps, le système économique était rationnel ; l’homme produisit afin de consommer.Maintenant le dessein est à l’envers ; maintenant le peuple est forcé de travailler pour qu’il puisse rester assujetti.Dans le processus de production le petit bourgeois est engagé directement dans la transformation rationnelle de l’environnement physique.Pour lui, c’est l’essence de l’activité économique ; il n’est pas séparé du processus comme l’est le salarié.Par extension, la nature de la société devient également rationnelle ou téléologique, le produit de la volonté humaine in- 18 • lelligenle.11 ne reconnaît pas que dans une société dominée par le marché, les relations entre individus sont nécessairement un peu anarchiques et pas du tout le résultat d’une volonté que’conque.Donc, devant une société qui n’est pas conforme à un schéma conscient, le petit bourgeois la voit comme une cassure de l’ordre naturel causée par d’autres volontés opposées à la sienne.De là, il est facile d’attribuer les maux de la société à un petit groupe (par exemple, aux monopolistes ou aux financiers) et à des défauts dans un secteur particulier de l’ensemb’e du système économique (comme des conditions inégales de commerce dans le marché des producteurs ou le système bancaire) cpii permettent à ce groupe d’atteindre une position dominante.technologie ef héritage culturel Il découle de cette perspective du développement social (perversion de l’évolution naturelle du système économique) qu’il y a un potentiel illimité pour l’expansion de la production des biens.Douglas trouvait que l’évidence positive pour ce postulat était da»\s la découverte durant les XIXe et XXe siècles, des sources non-humaines d’énergies adaptables (charbon, huile, vapeur et électricité).Tl disait, “nous pouvons à l’heure actuelle Pour Douglas la restriction de la li-be.té individuelle fut un dessein conscient de la part d’un petit nombre d’obsédés du pouvoir plutôt qu’un produit inévitable de la recherche du profit.Voilà la naissance du complot financier mondial; “qu’il y ait, comme certains le croient, une conspiration active et consciente pour réduire le monde à l’esclavage ou, comme d’autres l’affirment qu’il n’y ait que des forces aveugles qui produisent la môme chose, n’est pas important; c’est un fait indéniable que le danger (i’une telle tyrannie est réel et présent.’’ (6) Les guerres sont également provoquées par l’âpreté de ces groupes de la “Finance Internationale”.(7) Douglas était convaincu qu’un système de crédit modifié pourrait transformer le monde en cinq ans.produire des biens et des services à un taux considérablement plus élevé que le taux de consommation possible ) tous les paiements aux autres organisations (matière première, frais de banque et les autres coûts o.te.nés)”.De ces deux catégories seulement les paiements A créent un pouvoir d’achat.“Le taux d’écoulement du pouvoir d’achat aux individus est îeprésenté par A, mais puisque les prix sont déterminés par l’ensem-h e des paiements, le taux d’écoulement (’e prix de vente ne peut être mrir.s que A plus B.” Mais “A n’achètera pas A plus B.” Donc, pour rendre possible l’achat de toute la production “il faut qu’une proportion du produit au moins équivalent à B soit distribuée sous forme de pouvoir d’achat qui n’est pas compris dans A” (13) I a création de plus d’argent, distribué en dividendes de crédit social aux consommateurs ou en subventions aux producteurs permettrait d’établir des prix plus bas que le coûts.Voici un théorème, exprimé en termes simules d’algèbve, qui semble prouver logiquement qu’il n’y a jamais asser.d’argent distribué au cours de la production pour permettre l’a- chat de tous les produits.Le sophisme aurait été facile à exposer s’il n’avait été présenté avec autant de termes vagues et autant de possibilités d’interprétation.Douglas fut capable de le soutenir pendant quelques années par une imprécision subtile, les termes employés signifiaient tellement de choses que lorsqu’on démontrait le sophisme selon une interprétation des termes, il pouvait avoir recours à une autre interprétation également impressionnante, mais aucune ne pouvait soutenir le théorème.L’essence politique du théorème est qu’il fut si vaguement exprimé qu’il prit une signification étendue avant d’être examiné, compris, ou réfuté.Le comprendre est une chose simple, mais explique•• à un croyant pourquoi il est faux demande une clarification préliminaire des termes que le crovant peut prendre pour une tentative de le fourvoyer.T a meilleure preuve de cette “qualité” du théorème A plus B est d’indiquer le chemin qu’il faut suivre pour démontrer ses faux raisonnements.' Le théorème affirme au début que pour être capable d’acheter le produit ci’ure usine ou d’une entreprise, les salaires et les dividendes, (A), payés par cette entreprise doivent, mais ne pourront jamais, égaler le prix collectif (A oins B) du produit de l’entreprise.Admettons que le prix collectif d’un produit est équivalent aux paiements A plus B du fabricant, comme le fait Douglas, il devient alors évident que, selon ses définitions, le terme A ne peut jamais être égal à ce A plus B.Et puisque toutes les entremises doivent être considérées ensemble, il devient ridicule de dire que A devrait être égal à A plus B.Il faut, alors, chercher une autre signification du théorème.Il peut vouloir dire que les salai* es et les dividendes payés par toutes les entreprises pendant une période de temps donnée, disons un an (le “taux d’écoulement du pouvoir d’achat”), devraient, mais ne peuvent jamais, égaler le prix collectif de tout le produit de cette année.Avec une définition appropriée du prix collectif de tout le produit, Douglas pouvait alors démontrer que les Paiements A ne pouvaient jamais être égaux au prix collectif, et avec une aub e définition il pouvait démontrer que les paiements A devraient, pour pouvoir acheter tout le produit, égaler le prix collectif.Mais il ne pouvait démontrer les deux propositions avec une définition unique.Ainsi, si le nriv collectif de toute la production est défini comme l’ensemble des pvix de tous les biens (biens de consommation et biens de production) produits en un an, les paiements A n’équivaudront qu’à une petite fraction de ce prix collectif.Car l’on arrive à ce prix collectif en ajoutant les paiements faits par toutes les en- • 23 treprises et tous les paiements faits par les entreprises aux individus.Mais pour arriver à un équilibre, il n’est pas nécessaire que les paiements A égaient le prix collectif, parce que le consommateur n’achète pas les biens de production ; ce qu’il faut pour qu'il y ait équilibre, c’est que les paiements A de toutes les entreprises correspondent au total des prix des biens de consommation, c’est-à-dire que les paiements versés aux individus, qui sont des consommateurs, devraient égaler l’ensemble des prix des biens de consommation.Si, au contraire, le prix collectif de tout le produit est défini comme l’ensemble des prix des biens de consommation produits cette année, l’équilibre exige bien sûr que les paiements versés aux individus durant l’année, soient égaux au prix collectif, pourvu que l’on oublie les changements causés par l’épargne et l’investissement.Mais ce qui est essentiel, c’est que les paiements A versés aux individus par toutes les entreprises, c’est-à-dire les salaires et les dividendes versés par les entreprises fabriquant des biens de production aussi bien que celles fabriquant des biens de consommation, équivalent au prix collectif des biens de consommation seulement.Le major Douglas n’a jamais pu expliquer ceci clairement.Malgré toutes ses définitions et son haut niveau d’abstraction (igno- rant les changements d’épargne et a'investissement ou tout autre fac-lein) les deux termes sont automatiquement égaux.Car, selon la définition de Douglas lui-même, le prix col-ieccil des biens de consommation arrivant sur le marché en une année équivaut aux paiements A plus B des entreprises de biens de consommation durant cette année.Et, bien qu’il ne l’admette jamais, avec ses définitions et ses postulats, les paiements B des entreprises de biens de consommation équivalent aux paiements A de ces mêmes entreprises.Il a admis (14) que les paiements B faits durant une période donnée par les entreprises de biens de consommation équivalaient aux paiements A faits par les entreprises de biens de production du-î ant la période précédente mais il affiimait que ceci était sans importance parce (pie les paiements A de la période précédente ont été dépensés précédemment et ne sont pas disponibles actuellement.En dépit de ses bonnes paroles sur les taux d’écoulement, il ne comprenait pas, ou ne voulait pas admettre que la production des deux types de biens est un processus continuel, que les entreprises de biens de production versent chaque année des paiements A et que ces paiements sont disponibles pour acheter des biens de consommation de cette même année.Si l’économie, et Douglas l’affhmnit, n’est ni en expansion ni en contraction pour d'autres rai- 24 • sons, lu paiement A des entreprises de biens de production restera le même d’une année à l’autre.Donc, selon ses définitions et ses postulats, les paiements A faits durant une année par les entreprises de biens de consommation doivent équivaloir aux paiements A faits par ces entreprises durant l’année précédente qui eux équivalent aux paiements B des entreprises de biens de consommation de cette année.Ainsi les paiements A plus B faits durant une année par les entreprises de biens de consommation sont égaux aux paiements A des entreprises de biens de consommation plus les paiements A des entreprises de biens de production; autrement dit, durant une année, le prix collectif des biens de consommation est égal à l’ensemble des paiements A de toutes les entreprises.Cette démonstration des faux raisonnements du théorème est aussi irréelle que le théorème lui-même; ce qu’il démontre ce n’est pas que l’économie n’est pas toujours équilibrée mais plutôt que les postulats de Douglas sont faux et ses conclusions gratuites.De quelque manière qu’on l’interprète, le théorème A plus B ne montre nullement l’existence d’une insuffisance chronique du pouvoir d’achat.Donc l’argument principal pour l’injection continuelle d’argent par le moyen des dividendes de crédit social ou par des subvent ions aux producteurs se dégonfle.On voit ici la fascination qu’exerce et aussi l’exaspération que provoque le théorème en question.L’analyse monétaire dépend des distinctions subtiles que Douglas et ses partisans ne faisaient pas et qu’ils se montraient incapables de faire dans les controverses; malgré tout lorsqu’on ne fait pas les distinctions et qu’on ne les voit même pas, le théorème paraît comme une démonstration irréfutable.L’utilisation de termes aussi vagues que “le taux d’écoulement des pn’v” sont responsables soit de la confusion soit de l’illusion de vraisemblance.Le thém-ème A plus B, une fois logé dans la tête de quelqu’un, est très difficile à déloger.Il est facile de fermer les yeux sur les erreurs du théorème parce qu’il fait une critique très sévère d'une société qui écrase les petits-bourgeois.Il demeure que la conclusion logique de l’argument est que l’industrie doit toujours régresser et, en fait, aurait dû s’être déjà immobilisée.Les seuls arguments employés par Douglas pour prouver le contraire, comprennent un aussi grand nom-re d’erreurs de raisonnement que le théorème lui-même: à savoir que le svstème devenait de plus en plus endetté vis-à-vis des hommes ou des institutions hors du système.• 25 Bien que Douglas n’ait jamais abandonné le théorème et ait continué à s’y référer parfois, il l’a plus ou moins mis aux oubliettes à cause des l'argument principal Ces arguments découlaient naturellement de la doctrine de l’héritage technologique et du postulat voulant que la nature de l’entreprise capitaliste ait été transformée durant le dernier siècle par l’expansion de la finance jusqu’au point où les financiers dominent tout le système de production et le manipulent dans le but d’augmenter leur propre pouvoir.Le potentiel technologique n’était pas utilisé bien que le peuple y ait droit.Le contrôle financier sur la production était facilement prouvable, assez pour rendre impressionnante l’accusation même si l’on n’était pas d’accord avec la preuve théorique du rôle du crédit.Etant donné que les financiers contrôlent le système, il était facile d’arriver à la conclusion que ce sont les financiers qui empêchent l’utilisation du potentiel technologique.Il découle de cela que le crédit social pouvait apporter la richesse et le loisir à tous sans nuire à personne sauf aux financiers.Les avantages de cet argument sont nombreux.D’abord, il évite les com-) exités de l’analyse technique de l’argent, du crédit et des prix.Il suffit critiques féroces qu’on lui apportait.Il pouvait le faire parce qu’il avait des arguments plus forts encore pour le crédit socia1 d’affirmer qu’il y a un potentiel de productivité sans limites dont la réalisation n’est arrêtée que par les financiers.Ainsi on pouvait ignorer la plupart des critiques du crédit social qui ne furent que des critiques d^ l’analyse technique.La critique avancée par ceux qui avaient trouvé l’erreur fondamentale du théorème A plus B, à savoir que l’utilisation du crédit social serait fortement inflationnaire, pouvait être circonvenue sans l’utilisation de l’analyse technique.Douglas affirmait que les points limites de la création du nouveau crédit sans inflation sont ou la disparition de la capacité non utilisée de production ou la satisfaction de tous les besoins humains et que les deux limites tendent vers l’infini.Que la satisfaction de tous les besoins soit très éloignée ne pose pas de problèmes.Selon Douglas la disparition de la capacité non utilisée est, elle aussi, très éloignée, car cette capacité non utilisée n’était pas la capacité actuelle de production d’une entreprise mais la capacité normale, c’est-à-dire toute la différence entre la capacité actuelle et la capacité technolo- 26 • iniquement possible dans l’avenir qu’il prétendait infini.Ceci est une réponse assez convaincante à l’accusation que le crédit social serait inflation-naire, si l’on ignore, comme le faisait O uglas, toutes les autres forces qui pourraient continuer de restreindre la production.L’accent que Douglas et ses partisans mettaient sur le potentiel de productivité pour éviter, et même apparemment réfuter, les critiques sur leur analyse technique ne fut qu’un des avantagea des arguments plus larges en faveur du crédit social.Un autre, peut-être plus important, fut ja conclusion que l’introduction du crédit social, tout en détruisant les financiers, ne changerait nullement !e droit à la propriété privée du capital ni à la direction privée de l’industrie ou de l’agriculture.L’exercice de ces droits est, selon Douglas, désirable en soi.“Il me semble certain que les droits indéniables à la propriété vraiment privée et à une démocratie réelle sont inséparables.Je définirai la propriété privée comme n’importe quelle chose, qui étant possédée par quelqu’un, lui est essentielle pour qu’il puisse vivre normalement sa vie sans ingérence .” (15) Le contexte semble indiquer que Douglas considérait la propriété par actions comme comprise dans le droit essentiel à la liberté et à la démocratie.L’efficacité administrative de la direction privée de l’industrie et de l'agriculture, la rend également valable.La responsabilité personnelle, du point de vue des ingénieurs fut plus efficace que l’autogestion ou la direction étatique.Pour ces raisons Douglas fut opposé à n’importe quelle forme du socialisme, collectivisme ou nationalisation de l’industrie.La propriété privée et la direction personnelle de l’entreprise, selon lui, ne sont pas seulement désirables mais aussi compatibles avec la distribution des grands dividendes de crédit social à tous les membres de la communauté.Le crédit social détruirait le contrôle global des financiers sur la société mais ne changerait pas les droits de propriété et de direction, car ces droits sont déjà indépendants du contrôle financier.L’entrepreneur capitaliste était déjà disparu et le profit n’avait plus d’importance.“Ce processus de faire des profits contribua probablement à l’accumulation rapide de richesses dans les mains de l’entrepreneur au début du dix-neuvième siècle .mais le système de profit n’est certainement pas responsable de la situation actuelle, puisque les profits ont cessé d’être un facteur important dans les affaires”.(16) La recherche du profit de la part de l’entrepreneur ne réglait plus le système économique; l’entrepreneur avait été réduit au rôle d’administrateur et d’encaisseur des dividendes ; le contrôle de l’économie est maintenant entre les mains des financiers, qui ne cher- • 27 client pas des profits mais du pouvoir par l’imposition de la pénurie et la réduction des masses à un travail perpétuel.La propriété privée du capital fut dénuée de sens par des gouvernements vendus aux financiers.“Tout ce qui l’este pour l’individu sous le système actuel est le pouvoir d’administrer dans le cadre établi par les lois du pays”.(17) Le Major Douglas ne fut pas capable de percevoir la nature essentielle de l’entreprise.”Le système sous lequel le monde entier, y compris la Russie, produit et distribue les biens et les services, est appelé ordinairement le système capitaliste, système dans lequel les relations entre l’employeur et l’employé n’ont pas d’im-poitance n’étant que des relations d’administration.Les bases fondamentales du système capitaliste sont, d’abord, que tous les coûts (pouvoir d’achat distribué aux individus durant le processus de production) devraient être mis ensemble et récupérés du public (le consommateur) sous l'orme de prix de vente et que deuxièmement, au-dessus de cette récupération des coûts est ce qu’il peut rendre en profit.” (18) “Le capitalisme n’est pas du tout un système d’administration c’est un système d’établissement des prix de vente par rapport aux coûts de production.” (10) Ainsi Douglas pouvait proposer une réforme du capitalisme sans changer les rapports e.tre le capital et le travail et ceci fut un grand avantage.Pour faire ceci, bien entendu, il lui fallait ignorer le fait que les salaires sont aussi des prix; la reconnaissance de celui-ci aurait signifié la reconnaissance du rapport entre l’employeur et l’employé comme définissant, le capitalisme.Cette omission ne fut pas un hasard.La possibilité d’introduire le crédit social dépendait de la possibilité de séparer l’administration interne de l’industrie, y compris la détermination des salaires, de l’établissement des prr\ Celle-là restait dans les mains de l’entreprise privée, celui-ci serait fait par la communauté.(20) Il s’attendait à ce que cet arrangement satisfasse les propriétaires actuels du capital et aussi la communauté car il croyait qre les propriétaires avaient déjà perdu le contrô’e de l’industrie soit aux mains de la finance soit aux mains de gouvernements vendus à la finance.En fait, les droits d’administration et de profit seraient renforcés par l’introduction du crédit social, parce que les directeurs et les gérants de l’industrie auraient plus de possibilités d’élever l’efficacité de l’entreprise et ne seraient plus troublés par les syndicats ouvriers.Avec la libération de l’entreprise du contrôle des financiers “et l’abolition de la distinction entre le Capital et le Travail en 28 • ce qui concerne le Crédit Financier, deviennent inutiles les Syndicats exclusivement prolétariens.les anciens Syndicats, fondés en fonction de l’antagonisme du Travail et du Capital et organisés non pas en fonction des intérêts de la Production, mais comme aime défensive et offensive contre la classe Capitaliste comme telle, dispa-i aissent.” (21 ) Cette thèse voulant que le contrôle financier se soit séparé de la propriété et de la direction personnelles de l’entreprise, rendait Douglas callable de soutenir la propriété privée, tout en critiquant les aspects du capitalisme qui étaient déjà détestés .la concentration du pouvoir économique, l’écrasement des petits propriétaires, la nécessité du travail perpétuel et ainsi de suite.Tous ces maux n’étaient que des perversions de l’entreprise libre et les financiers en sont devenus les boucs émissaires.Le crédit social en éliminant le contrôle des financiers et en donnant ce contrôle à l’ensemble de la communauté fournirait une nouvelle abondance sans changer la propriété privée déjà existante.Le crédit social fut l’alternative au socialisme.Aucune autre doctrine ne pouvait mieux faire appel aux classes moyennes, soit aux producteurs indépendants, aux petits actionnaires, aux gérants et aux professionnels; moins de travail et un revenu non gagné fu- rent offerts même aux salariés.Et la grandeur de la promesse des augmentations sociales non gagnées pouvait dissimuler toutes les difficultés.Les créditâtes n’expliquèrent jamais comment ils iraient éliminer le contrôle des financiers sans toucher leurs droits à la propriété privée ou comment ils iraient décider la différence entre les droits de propriété légitime et ceux des financiers.Tls n’y voyaient aucun problème parce qu’ils croyaient que le pouvoir des financiers dépendait de leur contrôle sur la propriété des autres et non pas sur leurs droits directs à la propriété directe ou à la propriété par actions.Dès que leur pouvoir sur la propriété des autres est éliminé, ils peuvent conserver tous les droits de propriétaire qui leur restent.La nouvelle abondance éclipsera l’ancienne et la rendra sans importance.# Encore une fois, il ne fut jamais expliqué comment la défense des droits de propriété existants est compatible avec la distribution universelle aux salariés de revenu non gagné et avec la disparition du travail qui doit suivre cette distribution.Si les gens travaillent de moins en moins, le taux de profit peut-il rester toujours le même?Douglas ne voyait guère ce problème car il ne comprenait que très peu l’origine du profit et des valeurs d’échange.Il comprenait parfois que la valeur et le profit sont basés sur • 29 le travail humain mais il ne comprenait pas que la diminution du travail, que prétend réaliser le crédit social, diminuerait également les valeurs et les profits.Se basant sur l’entreprise isolée où le profit peut être augmenté par le remplacement du travail humain par des machines, les créditâtes ne comprennent pas que pour l'ensemble de 'économie tout perfectionnement de la technologie et toute augmentation du capital contribue au profit en augmentant la productivité du travail employé et non pas en diminuant le travail humain.Donc ils ne voyaient pas que la défense du taux de profit à n’importe quelle étape du développement technologique exige l’emploi de toute la force de travail normale pendant la même journée de travail et ceci au niveau de productivité per capita qui avait été réalisé avec le niveau existant de technologie et l’accumulation existante de capital réel.Ce manque de compréhension du mécanisme fondamental du capitalisme est évident dans toutes les oeuvres économiques de Douglas.Sa critique de l’économie orthodoxe le révèle plus particulièrement.Les économistes du début du dix-neuvième siècle attribuèrent toutes les valeurs à la terre, au travail et au capital.Douglas disait que peut-être ils avaient raison avant la révolution industrielle mais que “maintenant il y a un quatrième facteur dont le pouvoir multiplicateur est beaucoup plus grand que ceux des trois autres” à savoir l’héritage culturel ou “le progrès de l’art industriel”.(22) Douglas fondait son affirmation du droit de la communauté à l’augmentation technologique sur l’existence de ce quatrième facteur.Mais ceci veut dire ajouter comme quatrième point quelque chose qui dans l’entreprise capitaliste est compris clans les trois autres facteurs.La valeur actuelle de l-i terre, du travail et du capital est due à la productivité créée par l’utilisation de l’héritage technologique de l’heure actuelle.Le droit à la possession de la terre et du capital a actuellement une valeur parce que ’eur emploi donne un taux de profit; et il ne rendrait pas ce profit s’il ne comprenait pas le droit aux bénéfices do l’héritage technologique.Cependant, la défense d’un taux de profit suffisant pour maintenir l’entreprise capitaliste exige, et continuera à exiger dans l’avenir, des perfectionnements technologiques continuels; par conséquent si les droits actuels à la possession du capital devaient garder leur valeur dans l’ave-nir, ils seront une hvpothèque sur l’héritage social à être réalisé.Mais si on accepte comme Douglas que l’augmentation technologique a un potentiel sans limites, il n’y a aucun problème.30 • On a suffisamment démontré comment la croyance à une augmentation technologique de production sans limites permettait aux créditistes "d'ignorer toutes les difficultés inhérentes au crédit social.Egalement essentielle aux arguments créditistes est la croyance que l'entreprise capitaliste a déjà été réduite à une fiction par la montée au pouvoir des financiers.Le concept d'un groupe de financiers existant hors de la communauté productive, fournit à la fois un ennemi et défait les arguments socialistes, car le capital et le travail se donnent ainsi un but commun : la lutte contre la finance.Les croyances à l'héritage culturel et au rôle des financiers sont devenues les deux piliers de la foi crédi-tiste.Elles sont si fortes qu'il n'y a guère besoin de théorie monétaire et quand ses faux raisonnements furent exposés, elle pu être mise dans l’arrière-plan.Ses complications eurent même un avantage: elle donnait aux partisans du crédit social l'impression que tous les mystères de l’économie avaient été exposés, même s’ils n'étaient pas capables de les comprendre.Ce rapport étrange entre l’analyse technique et les arguments plus larges facilitait le rapport singulier entre le leader et les partisans qui est devenu une caractéristique du crédit social partout où il fut établi, W.E.C.“Wacky” Bennett en Colombie-Britannique, “Mother” Manning en Alberta, Douglas lui-même en Angleterre et Caouette et Grégoire au Québec.Au fur et à mesure que le mouvement créditiste s’étendait, l’analyse technique de l’argent et du crédit fut de plus en plus discréditée et Douglas convaincu qu’il avait révélé la vérité mais incapable de la défendre, se trouvait forcé de décréter “dogme de foi” la théorie technique.(23).Peu après, tout le mouvement créditiste prenait cette position.Le leader et un petit cercle d’experts autour de lui sont devenus les seuls gardiens des mystères ; la fonction des adhérents fut de croire à l’héritage culturel, au pouvoir du peuple de renverser les financiers, et à la sagesse et l’adresse de leurs leaders.Finalement il faut constater que parmi tous les arguments pour le crédit social l'importance qu’ils donnaient à l'héritage culturel et au rôle • 31 des financiers, eut l’effet de convertir le problème économique en problème politique.Pour les créditâtes convaincus il ne restait aucun problème économique; la théorie de Douglas avait trouvé toutes les solutions.Le seul problème était le problème politique de la prise du pouvoir sans laquelle le crédit social ne pourrait pas être introduit.Une fois arrivé au pouvoir, le crédit social amènerait “l’âge d'or”.michel mill REFERENCES ( 1) Douglas.C.H.“The Pyramid of Power*’, English Review, XXVIII, (1919), p.107 ( 2) Douglas.Economie Democracy, (Londres.1928), p.4 ( 3) Ibid., p.68 « 4) Douglas, Credit-Power ami Democracy, (Londres.1921) p.144 ( 5) Douglas.Economie Democracy, p.42 ( üi Douglas, Credit-Power and Democracy, p.145 ( 7i Douglas, These Present Discontents and the Labour Party and Social Credit, (Londres.1922), p.164 ( 8) Douglas.Social Credit, (Londres.1924) pp.j8-19 ( 9) Ibid., p.19 (10) Douglas.These Present Discontents.p.13 111) Douglas.Social Credit, p.57 (12) Douglas, Economic Democracy, p.114 (13) Douglas, Credit-Power and Democracy, pp.21-22 (14) Ibid., pp.24-25 (15) Douglas, dans The Fig Tree, (revue crédltls-te).Juin lfi28 (16) Douglas, The Monopoly of Credit, (Londres 1921) pp.24-25 (17) Douglas.The Control and Distribution of Production ( 18) Ibid., p.14 (19) Ibid., p.77 (20) Douglas, Credit-Power and Democracy, pp.149.175-6 (21) Ibid., pp.1G3-9 (22) Douglas, Social Credit, p.55 (23) Social Credit (revue), le G décembre 1935 projet révolte On sait que M.Wilson, dirigeant d'un des rares partis socialistes au pouvoir, se rend à Washington chaque fois qu'il le peut car c’est à Washington qu'on lui dit ce qu’il faut qu’il pense et déclare, sur-tout à propos du Vietnam, de la livre sterling ou de l’armée allemande.Ce qu'on sait moins c'est qu'en échange de ces relations étroites Londres-Washington, le C.I.A.a dû mettre sur pied un service d’espionnage sociologique baptisé projet révolte, dont le but caché est de vérifier si sa Majesté E.R.II peut envisager mettre le pied à Montréal.Le rapport du projet révolte a-t-il déjà été transmis à Londres ?C'est ce qu'il faut croire puisque la reine hésite et que ses conseillers étudient, disent les journaux, le “dossier".On peut déplorer, cependant, que la police de Me Wagner n’ait pas reçu copie du rapport; cet affront mérite d’ailleurs que le ministre rie l’injustice écrive, comme son petit camarade des finances, aux U.S.A___ J• (J- 32 • marxisme et crédit social yordan kostakelf historique du marxisme Pour comprendre un mouvement politique et social, il faut se représenter avec exactitude les conditions historiques dans lesquelles il est né.La question ne relève donc pas seulement d’une seule curiosité historique.Comme Y a déjà démontré Du verger, “de même que les hommes portent toute leur vie l’empreinte de leur enfance, ainsi les partis subissent profondément l’influence de leur origine”.C’est qu’un mouvement naît, se développe et meurt selon une nécessité historique et objective.Il existe un déterminisme au sein de la société comme il en existe un dans la nature.Tout ce qui est réel, disait Hégel, est rationnel, et tout ce qui est rationnel est réel.Si on cherche à connaître les origines lointaines du marxisme, il faut prendre l’année 1848 comme année limite.Le marxisme est né avec la publication du manifeste communiste, et le manifeste coïncide avec cette phase du capitalisme que Marx nomma plus tard dans Le Capital, période d’accumulation primitive du-Capital.Elle se caractérise par l’accumula-tion rapide des capitaux, l’application de la machine à la production et la paupérisation rapide des petits propriétaires et de la classe laborieuse.Signalons donc qu’au moment où Marx et Engels entreprennent d’écrire le Manifeste ils ne connaissent que le capitalisme d’avant 1848.Quels sont les traits caractéristiques de ce .capitalisme à la veille de la révolution de février ?Le dix-neuvième siècle fut un siècle révolutionnaire à plusieurs égards: il fut celui de l’application poussée de la technique dans la production et changea radicalement les rapports sociaux.Jusqu’au début du siècle, l’économie rurale était l’élément prédominant de la production, et l’importance des villes, bien que déjà assez réelle, n’était pas encore décisive.Au XIXe siècle, cette structure se modifie profondément.La machine qui vient de remplacer le travail manuel apporte un grand bouleversement organique, et les effets sociaux de l’invention du feu et de l’arme à feu nous paraissent insignifiants en comparaison de ceux provoqués par la machine.Mais la machine qui devait libérer l’homme de sa servitude économique et lui permettre la conquête de sa condition sociale eut un résultat contraire.L’accumulation rapide des • 33 capitaux avait pour résultat l'augmentation de la durée du travail et la pauvreté hideuse des classes laborieuses.Seulement en Italie et en Belgique, la semaine s’établissait, en 1840, à une moyenne de 83 heures.Pour ne citer que ces deux pays et sans tenir compte du fait que, déjà au cours des années ’60, les ouvriers anglais, particulièrement favorisés adressaient aux autorités des pétitions réclamant que la journée de travail ne soit pas étendue au-delà de 18 heures par jour! Ce prolétariat, sombrant dans la misère, condamné à un salaire de famine, croupissant dans l’ignorance est en révolte perpétuelle contre l’industrialisation.En Angletere, il est à la base du mouvement Chartiste et se lance à une destruction massive des machines.L’antagonisme entre le capital et le travail fut irréconciliable et poussait à une réaction violente contre le principe même de la propriété .Ceci nous explique, en grande partie, le caractère révolutionnaire, non dissimulé, du Manifeste, sans insister sur l’influence décisive qu’il exerça plus tard sur tous les mouvements socialistes, issus du marxisme.Les années 1867 et 1871 marquent cependant une coupure dans le développement des idées révolutionnaires de Marx et Engels.C’est la période de la publication du Capital et l’expérience de la Commune.Engels de- vait écrire à Marx que la découverte des mines d’or de la Californie et de l’Australie avait réfuté les idées du Manifeste.Cette constatation coïncide, non par hasard, avec l’essor impressionnant du capitalisme.C’est ’’époque aussi où triomphent Prou-d’hon en France, Lasalle en Allemagne, et le marxisme se croit obligé de se dissimuler derrière les statuts de l’Internationale.A peine avec l’apparition de la deuxième Internationale, qu’il fut tiré d’un long oubli.A la veille de sa mort, dans une longue préface, datée du 6 mars 1895, à une réédition de la brochure de Marx : La lutte des classes en France, Engels nous livre ses dernières réflexions qui présentent le bilan d’un demi-siècle qui s’est écoulé depuis le Manifeste.“Lorsqu’éclata la Révolution de février, nous étions tous, puant aux idées que nous nous faisions et du déroulement des mouvements révolutionnaires, sous l’obsession de l’expérience historique faite jusqu’alors, notamment en France : aussi était-il naturel et inévitable que nos idées quant à la nature et à la marche de la révolution (sociale) proclamée à Paris en février 1848, de la révolution du prolétariat, fussent fortement imprégnées du souvenir des exemples de 1789-1830 .Mais l’histoire nous a donné tort et révélé que notre opinion d’alors était une illusion .Elle a totalement bouleversé les conditions dans lesquelles le pro- 34 • létarial doit mener sa lutte.Les méthodes de combat de 1848 sont aujourd’hui périmées à tout point de vue”.Et après avoir fait le procès des illusions blanquistes, dont lui et Marx étaient encore prisonniers en 1847-48, Engels poursuit: “L’histoire nous a donné tort, à nous et à ceux qui pensaient comme nous.Elle a montré que Vctat de développement économique du continent d'alors était encore loin d'être mur pour la suppression de la production capitaliste; l’histoire l’a démontré par la révolution économique qui s’est répandue depuis 1848 sur tout le continent et qui a réellement enraciné la grande industrie en France, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, et plus récemment en Russie, et qui a fait de l’Allemagne une nation industrielle de premier ordre, tout cela sur une base capitaliste, donc sur une base encore très extensible en 1848.” Il - la théorie marxiste des crises Les traits particuliers du processus de production en régime capitaliste, selon Marx, le but et le mobile de la production capitaliste, est la production de la plus-value.“Fabriquer de la plus-value ou le profit, écrivait Marx, telle est la loi absolue de ce mode de production”.La plus-value, c’est le travail additionnel, la prolongation du processus du travail par lequel l’ouvrier crée une valeur plus grande que celle que coûte la main-d’oeuvre utilisée pour la production d’un bien économique.Voyons comment est produite la plus-value.Le capitaliste achète sur le marché tout ce qui est nécessaire à la production : machines, matières premières, combustible, et force de travail.Quelle est la valeur de cette marchandise ainsi produite?Le but de la production capitaliste étant le profit, la marchandise ainsi produite possède une valeur plus grande que celle que coûte la force de travail.Admettons que pour confectionner * 500 costumes, le capitaliste achète 2,500 verges d’étoffe au prix de $5.00 la verge, au total donc $12,500.Pour acheter les fournitures, il dépense $10.00 par costume.La confection de 500 costumes entraîne l’usure des machines et d’autres frais (éclairage, chauffage, etc.) pour la somme de $8,000.00.Les frais d’embauche de la force de travail totalisent 200 ouvrières à raison de $10.00 par jour et par ouvrière, c’est-à-dire, $2,000.Après avoir acheté les éléments nécessaires à la production, au total le capitaliste a dépensé pour la confection des 500 costumes : 1) valeur de l’étoffe de laine: $12,500.00 2) valeur des fournitures : 5,000.00 3) valeur de l’usure des machines, etc.3,000.00 4) valeur de la main-d’oeuvre: 2,000.00 Total .$22.500.00 • 35 La valeur d’un costume ($22,500 500) équivaut à $45.00, tandis qu’au prix du marché un costume de ce genre s’y vend $(>5.00.Il en résulte que l’entreprise capitaliste a investi pour la production $22,500.00 et elle a reçu, après la vente de la marchandise produite, $32,500.00.D’où provient cette plus-value de $10,000.00?La raison en est la prolongation du processus de travail par lequel l’ouvrier crée une valeur plus grande que celle que coûte la marchandise force de travail.L’obtention de la plus-value a été déterminée par le fait que les ouvriers ont travaillé plus de temps qu’il ne fallait pour produire la valeur de leur force de travail.La journée de travail à l’entreprise capitaliste se décompose ainsi en deux parties : le temps de travail nécessaire et le temps de travail additionnel.Le temps de travail nécessaire est payé par le capitaliste sous forme de salaire.Et le temps additionnel devient la source de la plus-value ou du profit réalisé par le capitaliste.Ceci veut dire qu’un ouvrier utilise une partie seulement de son travail pour ui-même et l’autre partie, gratuitement, pour le capitaliste.Le rapport du travail additionnel au travail nécessaire montre le degré d’exploitation de l’ouvrier.Plus grand est le sur-travail par rapport au travail nécessaire, plus haut est le degré d’ex- ploitation.Ceci dit, la plus-value est e résultat de l’exploitation de la classe ouvrière par la classe capitaliste.Pour mieux comprendre la nature du capital et le mécanisme de l’exploitation capitaliste, notons l’importance considérable qu’accorde Marx à la division du capital en capital constant et capital variable.Cette division nous permet, selon lui, de répondre à la question essentielle : d’où vient la plus-value ?Dans le processus de production, le capitaliste dépense une partie de son capital pour la construction des bâtiments d’usine, outillage et machine, ainsi que pour des matières premières, combustibles, matériaux, accessoires, etc.Marx donne à cette partie du capital le nom de capital constant.parce que dans le processus de la production il ne modifie pas en soi la grandeur de celle-ci.Outre cette partie du capital dite constante, une autre partie du capital est dépensée pour louer la force de travail.Au terme du même processus de production, le capitaliste se trouve ainsi en possession d’une nouvelle valeur produite par l’ouvrier.Cette nouvelle valeur est supérieure à la valeur de la force de travail, (pie le capitaliste paie sous forme de salaire.C’est pourquoi Marx a fait de cette fraction de capital, capital variable.Nous avons vu de ce qui précède (pie la journée de travail en régime capitaliste se divise en deux parties.36 • 1 ) Le temps nécessaire à la production d’une quantité de marchandise dont la valeur est égale à celle de la force de travail payée en salaire, et 2) le temps de travail additionnel rendant lequel l’ouvrier travaille pour e capitaliste et d’où dérive la plus-value.Considérons, à titre d’exemple, la journée de 8 heures, dont 4 heures représentent le temps de travail nécessaire, et 4 heures le temps de travail additionnel.Si le temps de travail nécessaire reste constant, avec la prolongation de la journée de travail, se prolonge aussi le temps de travail additionnel et la plus-value ainsi obtenue est appelée : plus-value absolue.Si, au contraire, le temps de travail nécessaire est réduit par l’application des nouveaux modes d’exploitation plus efficaces pour la production, même si la journée de travail reste inchangée, le temps de travail additionnel augmente dans la même mesure où le travail nécessaire est réduit et nous obtenons la plus-value relative.La plus-value relative ainsi obtenue joue un rôle efficace dans le développement des forces productives de la société capitaliste.Car, au fur et à mesure que les revendications des ouvriers se font sentir, la seule manière d’obtenir de la plus-value reste la plus-value relative.En outre, le capitaliste doit tenir compte de la concurrence fies autres capitalistes.La concurrence se fait en baissant les prix de la marchandise, et pour baisser Jes prix de la marchandise, ou au moins se mettre au niveau des prix du marché, il faut donc accroître constamment la production.Supposons que le capitaliste dépensait toute !a plus-value à ses besoins personnels.Cette situation peut-elle durer indéfiniment ?Il risque, dans le système concurrenciel qu’engendre le capitalisme, de perdre son marché, et, en face des revendications des ouvriers, de perdre sa plus-value.C’est pourquoi le capitaliste est obligé, par le caractère concurrentiel du capitalisme et les revendications du travail organisé, d’utiliser le maximum possible de la plus-value pour agrandir constamment la production.En d’autres mots, il est poussé vers une reproduction élargie de la production, ou vers une ACCUMULATION DU CAPITAL.“L’utilisation de la plus-value comme capital ou retransformation de la plus-value en capital, voilà ce qui s’appelle accumulation du capital”.Cette accumulation du capital, inhérente au régime capitaliste, permet, selon Marx, de comprendre et d’expli-uuer aussi la genèse des crises économiques au sein du capitalisme.D’un côté, le progrès de la composition organique du capital se traduit par une augmentation permanente du capital • 37 constant, au détriment du capital valuable.dépensé en salaires, ce qui entendre une armée de sans-travail et la croissance du chômage.D'un autre côté, au fur et à mesure que les biens de consommation augmentent, la part de la valeur globale créée, que reçoivent les ouvriers, diminue.La tendance à l’accroissement illimité de la production capitaliste oblige les capitalistes ii accumuler, c’est-à-dire à étendre la production et à produire en toujours plus grand nombre de marchandises.Le but de la production capitaliste étant d’obtenir le maximum de profit, ce but ne peut être atteint que par l’accumulation des capitaux et l’accroissement de la production.Mais l’accumulation des capitaux et, par voie de conséquence, l’accroissement de la production, ne peut se réaliser que par une diminution du pouvoir d’achat des travailleurs.Et comme l’accroissement de la production n’est pas doublé d’un accroissement équivalent de la consommation, mais, au contraire, par une diminution du pouvoir d’achat des travailleurs, cette diminution du pouvoir d’achat des travailleurs, à cause de la demande payante restreinte n’est pas en mesure de réaliser l’écoulement de marchandises.La reproduction du capital suppose que chaque capital individuel et, par conséquent, le capital social total, doivent accomplir constamment leur circuit, c’est-à-dire, passer de la forme-agent à la forme productive; de la forme productive à la forme marchandise; de la forme marchandise, de nouveau, à la forme argent.Ce circuit ne peut fonctionner, encore une fois, que si chaque capitaliste, pris séparément, de même que toute la masse des capitalistes, peut rcali-ser, vendre, son produit fini.Nikitine : Principes d’économie politique, p.142, Moscou, édition en langue étrangère.La contradiction entre l’accroissement de l’offre et la réduction relative de la demande provoque des crises de surproduction.Le mot surproduction est arbitraire; il ne désigne pas que la société a produit plus de biens qu’il n’en fallait, mais désigne tout simplement l’écart qui existe entre la production et le pouvoir d’achat nécessaire à la consommation des biens produits.Cette contradiction entre l’accroissement de la production et la réduction relative du pouvoir d’achat est à la base du cycle capitaliste et de ses phases.La crise, d’autre part, est la phase principale du cycle.Celui-ci comporte donc quatre phases : crise, dépression, reprise et essor.La crise se caractérise par la “surproduction” apparente des marchandises, la chute des prix, la baisse des salaires, la diminution de la production, allant jusqu’à la destruction pure et simple des marchandises et de l’équipement des entreprises, les 38 • faillites en chaîne, et, cela va sans dire, l’accroissement progressif du chômage.La dépression intervient au moment où la crise vient de se terminer : la production n’utilise pas encore sa capacité entière, le commerce est lent, les prix des marchandises sont relativement encore très bas, ainsi que le taux de profit.Le chômage reste à l’état stationnaire jusqu’à ce que le stock de marchandises soit écoulé au prix réduit ou partiellement détruit.“La production capitaliste demeure en état de dépression jusqu’à ce que la concurrence, la lutte pour les débouchés et les sources de matières premières incitent les capitalistes à renouveler le capital fixe.Ils perfectionnent leur outillage pour diminuer le coût de production et maintenir leur profit même avec les prix bas qui se sont établis en conséquence de la crise.Ce qui suscite les besoins en équipement et stimule l’extension de la production.C’est ainsi qu’apparaissent progressivement les conditions nécessaires pour passer à une nouvelle phase du cycle, à la reprise.“Dans la phase de reprise, les entreprises ayant survécu à la crise continuent de renouveler le capital fixe et procèdent peu à peu à l’extension de la production.La production se rapproche du niveau atteint à la veille de la crise, pour ensuite le dépasser.Le commerce reprend, les prix des marchandises augmentent, les bénéfices grandissent, le chômage est résorbé peu à peu.La production capitaliste ayant dépassé le maximum de la production d’avant la crise, marque le passage à la phase d’essor.“Dans cette phase, la tendance à Taccroissement illimité de la production se manifeste pleinement.De nouveau les capitalistes, soucieux de prendre une avance les uns sur les autres, agrandissent les entreprises, inaugurent des nouveaux chantiers, jettent sur le marché des masses croissantes de marchandises.La montée prodigieuse de la production gagne de plus en plus de vitesse le progrès de la demande payante.La surproduction grandit, d’abord latente, les excédents de marchandises s’accumulent.A cette étape supérieure de l’essor, il apparaît tout d’un coup que le marché est saturé de marchandises qui ne trouvent pas de demande payante, les prix baissent et la crise éclate.Le cycle recommence.” (P.Nikitine, opus cit.pp.157-158).On a vu jusqu’à présent comment le capital produit de la plus-value et comment la plus-value donne naissance à une reproduction élargie de la production ; et, enfin, comment cette reproduction élargie du capital ou accumulation empêche la réalisation et conduit inévitablement la production capitaliste au seuil des crises économiques.L’ouvrier ne touche ja- • 39 mais l’équivalent total de la valeur de sa production, d’où le décalage entre la production et la consommation qui empêche la réalisation.La théorie classique défendait autrefois que dans une société où les pouvoirs publics s’abstiennent de toute intervention, l’offre crée sa propre demande, ce qui veut dire, que la totalité des revenus dont dispose une communauté doit nécessairement être dépensée directement ou indirectement pour l’achat de toute la production.A l’instar de Marx, tous les théoriciens de la théorie anti-classique : de Keynes à Douglas, ont réfuté sans équivoque cette thèse.Et les événements après la grande crise économique de 1929-1933 leur ont donné raison.Reste à savoir maintenant si la plus-value en soi, ou l’accumulation pure et simple du capital, est à l’origine du déséquilibre économique.Dans la reproduction simple, selon Marx lui-même, le processus de production se renouvelle dans les proportions précédentes et la plus-value va entièrement à la consommation personnelle des capitalistes.La plus-value, dans la reproduction simple, est donc entièrement consommée par les capitalistes.Dans la reproduction élargie, au contraire, une de ces parties seulement est consommée ; celle qui reste, la plus importante, en règle générale, est consacrée à l’achat de moyens additionnels de production.Dans cette phase, la contradiction entre l’accrois- sement du potentiel de production et la réduction relative de la demande payante accuse un retard dans la réalisation et à la longue provoque la surproduction.Si on regarde donc, de dIus près, il ressort, que ce n’est pas a plus-value en soi qui engendre le déséquilibre entre la production et la consommation, mais l’accumulation ou ia production élargie.Nous sommes ainsi arrivés au seuil de notre sujet principal, à savoir, que sur ce point il n’existe aucune divergence entre marxistes et créditâtes sur l’interprétation des origines du déséquilibre économique.la théorie crédifiste du déséquilibre économique ( 1 ) Le mouvement créditiste naquit au lendemain de la première guerre mondiale, au moment même où l’Europe et l’Amérique étaient la proie d’une des crises les plus profondes du monde capitaliste.Cette crise fournit l’occasion à Douglas de révéler une fois de plus que le processus de la production n’avait aucune chance de succès, s’il ne procurait pas suffisamment de pouvoir d’achat au producteur pour lui permettre le surplus de ces produits.Ce défaut du pouvoir d’achat existe, d’après Douglas, en tout temps, mais il n’est apparent qu’en temps de paix.Le terme Crédit social est généralement employé pour désigner une 40 • théorie monétaire qui se propose le changement du régime monétaire actuel par une nouvelle politique monétaire, dont s’inspirera le futur crédit.Le fondateur de cette doctrine, dite créditiste, et son principal théoricien, c’est le colonel Douglas.Par Crédit social, donc, nous n’entendons généralement que l’ensemble des princi-)es essentiels du système, ainsi appe-é et élaboré par le colonel Douglas, et non pas telle ou telle application ou interprétation de ce système.douglas et keynes, ou la fin de la période classique L’introduction de la notion de l’insuffisance de la demande dans l’économie politique constitue l’axe principal de l’école anticlassique dont est sortie la théorie de Douglas et Keynes.“Dans l’Economie Ricardien-ne, qui est à la base de tout ce qui a été enseigné depuis plus d'un siècle, dit Keynes, l’idée qu’on a le droit de négliger la fonction de la demande globale est fondamentale.A vrai dire, poursuit Keynes, la thèse de Ricardo que la demande effective ne peut être insuffisante avait été vivement combattue par Malthus, mais sans succès.Car, faute d’expliquer comment et pourquoi la demande effective pouvait être insuffisante, Malthus n’est pas parvenu à fournir une thèse capable de remplacer celle qu’il attaquait; et Ricardo conquit l’An- gleterre aussi complètement que la Sainte Inquisition avait conquis l’Espagne.Non seulement sa théorie fut acceptée par la Cité, les hommes d’Etat et l’Université, mais toute controverse s’arrêta; l’autre conception tomba dans l’oubli le plus complet et cessa même d’être discutée.La grande énigme de la demande effective à laquelle Malthus s’était attaqué, disparut de la littérature économique.On ne la trouve même pas mentionnée une seule fois dans toute l’oeuvre de Marshall, d’Edgeworth et du professeur Pigou, qui ont donné à la théorie classique sa forme la plus accomplie.Elle n'a pu survivre qu'à la dérobée, sous le manteau et dans la pénombre de Karl Marx, de Silvyo Gasell et du major Douglas".(2).Le major Douglas fut en effet l’un des premiers économistes à signaler l’importance primordiale de la demande pour l’équilibre économique.Pour Douglas, aussi bien que pour Keynes, c’est la déficience de la demande qui doit être considérée comme cause principale du chômage.Si Keynes a cependant éclairé la déficience de la demande sous le rapport de la dépense eu l’emploi, sans pour autant ignorer le rôle actif de la monnaie, Douglas a insisté plutôt sur l’écart constant entre la production et le revenu, et au départ tient compte du rôle actif de la monnaie.Ainsi s’oppose-t-il radicalement aux • 41 conclusions classiques de l’équilibre automatique axé sur la conception d’une monnaie neutre.Affirmer que la monnaie est passive revenait selon lui à supposer que la masse monétaire indéfiniment élastique s’adapte toujours aux variations de la quantité des marchandises; c’est aussi admettre que la consommation s’adapte instantanément à la production.A cette théorie de simultanéités, Douglas oppose désormais une théorie des successivités qui tient compte de la progression constante de la production.Et à partir de ce moment, les recherches s’orientent vers une voie nouvelle, de sorte que toutes les théories modernes se réclament aujourd’hui de la dynamique, dont les facteurs fondamentaux sont le temps et la monnaie.En analysant la dépense, Douglas arrive pour son compte à la même constatation que Marx, à savoir qu’elle est composée des sommes destinées à la consommation et des sommes destinées à l’investissement.Cette dernière dépense est destinée généralement soit à la formation des moyens de production, soit à l’amélioration ou à la reconstitution du capital fixe existant.Les coûts donc, auxquels doit faire face le producteur sont variables ou fixes, selon qu’ils sont destinés à la consommation ou à l’investissement — d’où la distinction que fait Douglas entre ces s deux catégories de dépenses dans son fameux théorème A et B.Tombent sous la rubrique A une partie seulement des sommes que les entreprises versent aux consommateurs comme rémunération de leurs services.Le reste est versé à d’autres entreprises en paiements de matières premières et d’outillage.Il en résulte que le oouvoir d’achat reçu par les particu-iers ne leur permet pas de racheter la totalité de la production.“Cette théorie, remarque l’écono-mist-i français Jean-Claude Antoine, a été critiquée non sans injustice.Les sommes payées à d’autres entreprises, a-t-on remarqué, finissent par donner lieu à la distribution de revenus, puisque ces autres entreprises doivent elles-mêmes rémunérer les services des facteurs de production qu’elles emploient.Ceci est sans doute vrai, mais la totalité des paiements n’est réalisée qu’au coût d’un délai infiniment long.Il en résulte que le pouvoir d’achat distribué aux consommateurs ne suffit jamais à racheter la totalité d’une production dont la valeur serait croissante.La thèse de Douglas est donc valable sur le olan de la dynamique.Le tort de ’auteur fut de ne pas comprendre son caractère essentiellement non statique, à une époque où les habitudes de pensée étaient telles que personne n’était capable de le comprendre à sa place.” (3) 42 • Le conflit donc entre les classiques et les modernes est engagé sur le facteur temps.“La loi des débouchés, comme l’avait remarqué Raymond Barré, considérée comme un dogme par les classiques, fournit un remarquable exemple de cet ‘escamotage’ du facteur temps, qui conduit même à éliminer le rôle de la monnaie, véritable pont jeté entre le passé, le présent et l’avenir.La pensée classique, engagée dans cette voie, ne pouvait aboutir qu’à une conception d’équilibre général, à une vision statique du monde économique”.Non pas parce que l’école classique ignore complètement le facteur temps ; on suppose tout simplement que la période, où l’équilibre est atteint, peut être infinie.Partant de la méthode dont la prémisse est qu’il n’y a de science que du général, cette opinion se référait, comme l’avait souligné Magaud, à une position philosophique du temps, selon laquelle le temps est réductible à l’espace.L’introduction par Douglas de la monnaie dans l’analyse économique, conduit l’école anti-classique pour la première fois vers la recherche d’un équilibre dans le temps, c’est-à-dire à l’intérieur de la période.Charles Magaud, qui a étudié spécialement le problème de l’équilibre économique à travers la pensée moderne, donne entièrement raison à Douglas sur ce point : “L’inves- tissement ne se résout pas dans l’instantané, il est un phénomène en devenir qui ne saurait s’assimiler à une consommation immédiate.De là, des décalages dans le temps et des perturbations possibles qui ne tiennent pas à un quelconque, régime social, mais résultent de Vévolution d’un système en mouvement”.Il ne faut pas chercher, en conséquence, selon Douglas la cause de déséquilibre économique dans l’accumulation privée du capital mais dans tout régime d’accumulation, axé sur la conception d’une monnaie neutre, ce qui équivaut, selon lui, à supposer que la masse monétaire indéfiniment élastique s’adapte toujours aux variations de la quantité des marchandises.L’accumulation est une tendance naturelle dans tout régime social existant, surtout dans une époque où le progrès de la science donne lieu à une application technologique de plus en plus poussée dans la production.Et les régimes socialistes ne font pas exception.D’autre part, il est matériellement impossible de réaliser une production élargie et en même temps de distribuer la totalité du revenu aux consommateurs sans reconsidérer, au préalable, le rôle du facteur temps et par voie de conséquence, le rôle de la monnaie dans un régime financier, entaché d’une foule de préjugés classiques.La proposition marxiste dans l’explication des crises économiques au sein • 43 du capitalisme, est donc valable, mais en autant qu’elle tient compte du système financier qui est à la base de la production capitaliste.Nous avons vu que pour Marx la déficience de la demande s’explique par la retransformation de la plus grande partie du profit ou de la plus-value en capital fixe, qui ne donne pas précisément lieu à un pouvoir d’achat égal au travailleur, et, il en résulte que l’accroissement de la production ne peut se réaliser que par une diminution du pouvoir d’achat des travailleurs.Et comme l’accroissement de la production n’est pas doublé d’un accroissement équivalent de la consommation, nous avons vu que cette diminution du pouvoir d’achat des travailleurs, à cause de la demande payante restreinte, n’est pas en mesure de réaliser l’écoulement total des marchandises.Mais il faut chercher, toujours selon Douglas.la cause de ce déséquilibre non pas dans le régime privé de l’accumulation mais dans le régime monétaire du capitalisme qui ne tient pas compte du facteur temps et le rôle actif de la monnaie.Comment autrement expliquer le phénomène déjà observé par Marx, que dans la reproduction simple la plus-value utilisée par les capitalistes pour leurs besoins personnels ne donne pas lieu à un déséquilibre économique et que la reproduction élargie, au contraire, fait ressortir la contradiction entre l’offre et la demande et accuse un retard fatal dans la réalisation.Les deux reproductions toutefois : la reproduction simple et la reproduction élargie sont pourtant basées sur la même plus-value, tirée de l’exploitation et le régime privé de la production.Pourquoi l’une accuse le retard dans la réalisation et provoque la surproduction et l’autre, non ?On peut blâmer autant qu’on veut l’inégalité dans les fortunes et l’usage abusif que fait le capitaliste de la plus-value qu’il utilise pour ses besoins personnels, mais une chose est certaine c’est que la plus-value ainsi utilisée n’engendre et ne peut pas engendrer le déséquiilibre économique.Dans sa théorie, Keynes insiste longuement sur ce point.Ainsi arrive-t-il à la conclusion bien connue que l’accroissement de la richesse, dépend beaucoup moins de l’abstinence des riches que de l’épargne.Ainsi, conclut-il “disparaît une des principales justifications sociales d’une grande inégalité des fortunes”.Mais d’un autre côté, le rythme d’investissement est déterminé par les profits en perspective et le taux d’intérêt.Pour garantir donc le plein emploi, pense Keynes, il faudrait que le taux d’intérêt baisse constamment.Le taux d'intérêt, d'autre part, est déterminé par la quantité de monnaie existante.Si les autorités monétaires veulent, par conséquent, maintenir constant le taux de l’intérêt à 44 • un niveau bas, elles doivent compenser les variations de la demande de monnaie en modifiant la quantité de monnaie.Ici Keynes rejoint Douglas.Maintenir cependant le taux d’intérêt à un niveau constamment bas n’est aucunement un problème simple surtout lorsque l’étalon-or est encore à la base du système monétaire.“Mais si pendant une longue période de temps, la quantité de monnaie demeure très insuffisante, conseille Keynes, on recourra en principe à un changement de l’éta-lon-or ou du système monétaire qui augmentera la quantité de monnaie, plutôt qu’à une compression de l’unité rie salaire qui alourdirait le fardeau des dettes”.Autrement, ceci revient à dire que le chômage se développe parce qu’on demande la lune.Les hommes ne peuvent être employés lorsque l’objet de leur désir (i.e.la monnaie) est une chose qu’il n’est pas possible de produire et dont la demande ne peut être facilement endiguée.Le seul remède consiste à persuader le public que lune et fromage sont pratiquement la même chose et à faire fonctionner une fabrique de fromage (i.e.une Banque centrale) sous le contrôle rie l’auto-rite.Introduisant ainsi la monnaie comme un élément actif de l’économie, Keynes conteste en même temps la loi des débouchés, défendue par l’école classique, et toutes les conséquences théoriques qui en découlent.C’est le point qui le rapproche le plus de Douglas et qui l'éloigne en un certain sens de Marx, non pas parce que le marxisme est étranger à la réforme monétaire préconisée par Douglas et Keynes, mais en tant (pie pour Marx, il faut chercher la déficience de l’économie libérale dans le régime de la propriété privée do la production.Pour Keynes et Douglas, elle est d’ordre monétaire.Toutefois, l’inélasticité de l’offre monétaire n’est pas, selon Douglas, le seul vice du système.Pour établir l’équilibre entre l’offre et la demande, il insiste également sur la distribution de la masse monétaire.11 est vrai que la Banque centrale exerce aujourd’hui un contrôle sur le volume de la masse monétaire par l’intermédiaire de sa politique d"‘open market”, mais c’est un contrôle à sens unique.La Banque centrale peut augmenter ou restreindre les investissements mais elle n’est pas en mesure de diriger le crédit vers la consommation, sans provoquer ultérieurement un gonflement ries réserves bancaires en vertu du système qui permet aux banques privées de s’approprier le droit régalien qui originellement appartenait à l’Etat et appartient encore dans les pays socialistes à l’Etat.Ainsi quelque huit banques à charte au Cana- • 45 da possèdent encore le pouvoir, que leur confère l’article 71 et 18 de la Loi sur les banques, de créer dix fois et plus le montant d’argent qu’il est requis d’avoir en dépôt avec la Banque du Canada et de charger même de l’intérêt sur lui.L’ensemble de cette monnaie, dite scripturale, est généralement créé par voie de prêts à l’usage des chèques, donc dirigé vers l’investissement, qui non seulement ne remplit pas l’écart entre la production et la consommation, mais au contraire élargit davantage le fossé entre l’investissement et la consommation.Le moyen le plus efficace, selon Douglas, d’arriver à une juste redistribution du revenu national est donc le changement du système monétaire.D’où est sortie, en effet, la réforme créditiste.Elle consisterait notamment à revenir à une méthode de couverture à 100 p.c., en liquidité rie tous les dépôts à vue.Il convient de signaler que selon l’économiste américain Samuelson, un “groupe substantiel d’économistes américains” préconise, de nos jours, une réforme radicale du système bancaire des P]tats-Unis, consistant à en revenir à une méthode de couverture à 100 p.c., en liquidité de tous les dépôts à vue.Ce système, selon ces économistes, serait le seul garantissant, aux déposants la certitude de pouvoir effectivement retirer tous leurs fonds des banques à tout instant où ils désireraient tous procéder ainsi simultanément.Ce serait là le seul système honnête, dans lequel les banques ne “créeraient” pas de la monnaie nouvelle, pour leurs fins lucratives, en usurpant du même coup les prérogatives régaliennes réservées à l’Etat par la Constitution.Enfin, ce serait le seul système “neutre”, en ce sens que les banques ne créeraient pas de la monnaie en période de “boom” jetant ainsi de l’huile sur le brasier de l’inflation, et ne contracteraient pas l’offre de monnaie en période de panique et de dépression, en aggravant ainsi la déflation, les faillites et le chômage.(Economique, tome I).La deuxième réforme que préconise Douglas est le corollaire de celle (lue nous venons d’indiquer : pour favoriser le progrès de l’économie et éviter le chômage, pour trouver le moyen de monétiser et distribuer la valeur de la production additionnelle de la période, stimulant ainsi la dépense pour la consommation, Douglas envisagé dans sa réforme monétaire la création d’un dividende national.A la lumière de l’analyse qui précède, nous pouvons examiner la proposition qui a été faite d’instituer un dividende national ou social, financé par la création de la monnaie.Ecou- 46 • tons avant de terminer avec le dividende national ce que pense un des disciples les plus connus de Keynes, Mme Joan Robinson : “Suivant ce projet, chaque citoyen recevrait un billet, disons d'une livre par le premier courrier tous les samedis, de nouveaux billets étant imprimés selon les besoins.Ce projet ne semble aux esprits conventionnels qu’une pure fantaisie indigne d’être prise au sérieux, et ses avocats lui ont nui en le défendant avec des arguments extrêmement compliqués et manquant de persuasion.Mais il se recommande aussi bien du bon sens.S’il y a chômage d’un côté et besoin insatisfait de l’autre, pourquoi ne pas les accoupler tout simplement en fournissant à ceux qui ont des besoins le pouvoir d’achat qui leur permette de consommer la production de ceux qui n’ont pas d’emploi ?Quels seraient les résultats de la mise en oeuvre de ce projet ?Dans la pra- conclusion Dans ce qui précède, nous avons vu que le capitalisme, de par sa nature concurrentielle, constitue un type de production qui non seulement n’est jamais stationnaire, mais ne pourrait même jamais le devenir.Donc le besoin qui le pousse* à accumuler est inhérent à sa nature propre.Mais les occasions d’investis- Lique, (comme des tentatives d'expérience dans ce sens l’ont déjà montré) l’on a des chances d’être arrêté par un mur dressé par de puissants intérêts financiers ; mais, à supposer qu'il soit facilement réalisable, ce système produirait l’effet désiré sur l’accroissement de la consommation, et par conséquent de l’emploi, exactement de la même manière qu’un déficit budgétaire ordinaire.’’ M) 1 i Nous nous excusons que dans cette partir de notre article nous serons obligés de renvoyer.à cause d'un manque de temps, le plus souvent possible, nos lecteurs, a nos deux écrits déjà publiés sur Je Crédit social, afin de pouvoir donner un aperçu le plus complet possible pour un article, sur la doctrine créditiste.Voir : Qu’est-ce que le Crédit social ?.Les Editions du Jour.Montréal.1962 : Mythe créditiste.ou la fin d'une ère ?Ed.Librairie de la Paix.Montréal 1963.2) Keynes.Théorie générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie, p.54 3) Jean-Claude Antoine.Introduction à l’analyse macro-économique, première, partie, paye 66.Pressas Universitaires de France.Paris r,*»3 4) Joan Robinson.Introduction à la théorie de l’emploi.Institut national dr la statistique et des études économiques.Ministère ries affaires économiques de France, Paris.1948.semen ts nouveaux devraient être accompagnées d’une demande additionnelle correspondante, pour en assurer la réalisation.En d’autres termes, aux possibilités de production de biens doivent répondre aussi celles de leur distribution.En convertissant au contraire la majeure partie de ses profits en • 47 moyens de production, l’accumulation du capital ne contribue nullement à un accroissement correspondant de la demande, d’où le décalage entre la production et la consommation, qui provoque une compression périodique de la production.Or la doctrine de Marx et sa contre-partie non-marxiste, celle de Douglas et Keynes, sont toutes deux d’accord pour reconnaître que les causes des crises économiques peuvent être résumées dans ce que Shumpeter appelle la “théorie des occasions d’investissement décroissantes”.Et, toujours selon Shumpeter, l’abîme qui sépare à cet égard Marx d’un Keynes, par exemple, “est certainement beaucoup moins large que celui qui sépare Marx de Marshall et de Wicksell”, (Shumpeter : Capitalisme, socialisme et démocratie, chap.X).Or ce que mettent en cause Douglas et Keynes — si on veut classer leurs deux théories économiques en fonction de leurs oppositions au marxisme — ce n’est pas la question de l’accumulation en soi, c’est la question de savoir si les forces et les mécanismes monétaires dont dispose le capitalisme sont suffisants pour hausser la demande au niveau de la production et empêcher ainsi les cycles d’investissements décroissants.Ces mécanismes ont un vice commun: ils ignorent le caractère non-station-naire de la production capitaliste et les conséquences impliquées par la production élargie sur le pouvoir d’achat des consommateurs.Nous avons vu que pour Keynes et Douglas c’est précisément la propriété de l’or à cause de laquelle la doctrine traditionnelle lui attribue la vocation de servir d’étalon de valeur, c’est-à-dire l’inélasticité de son offre qui se trouve être précisément la source du mal.D’autre part, le problème qui se pose tout particulièrement pour Douglas, ce n’est pas seulement de savoir si la masse monétaire doit augmenter avec l’augmentation de la production, mais également et surtout de tenir compte de qui crée la monnaie, et d’où elle est dirigée.Dans le système monétaire actuel, la plus grande partie de la masse monétaire est créée par les banques à charte, et elle est créée sous forme de crédit, c’est-à-dire dirigée vers l’investissement.Ceci, en vertu bien entendu du “postulat d’Eu-clide” de la théorie classique, qui veut qu’à la production globale offerte sur le marché corresponde en fin de compte (donc sans tenir compte du facteur temps) une demande globale rigoureusement égale à la production.Il est vrai que par sa politique d’“open market” la Banque centrale exerce un contrôle sur le volume de la masse monétaire, mais c’est un contrôle en sens unique.Elle peut, par sa politique du taux d’intérêt, augmenter ou restreindre les investissements, mais elle ne peut diriger 48 • la valeur additionnelle, due à l’augmentation de la production, vers la consommation, sans provoquer ultérieurement un gonflement des réserves bancaires et élargir davantage le fossé entre l’investissement et la consommation.D’où la réforme que préconisa Douglas, qui consistait à revenir d’abord à une méthode de couverture à 100 pour 100, en liquidité, de tous les dépôts, en vue de permettre ensuite à la Banque d’Emission de remplir l’écart existant entre la production et la consommation par la distribution d’un pouvoir d’achat additionnel, sous forme de dividende national, et de diriger ce pouvoir d’achat vers la consommation.Ce pouvoir d’achat additionnel ou dividende national est constitué par la création d’une masse monétaire additionnelle, par étapes, et compte tenu 1) de la valeur additionnelle dirigée par les entreprises vers la production élargie, et 2) de la vitesse de circulation de la monnaie.Il reste à savoir si une réelle réforme, préconisée en vue d’une application en régime de production capitaliste, est étrangère dans ses principes aux réformes des systèmes monétaires socialistes, où la contradiction entre le caractère social de la production et la forme privée d’appropriation est entièrement supprimée.La question est d’autant plus légitime que les choses, en pays socialistes, ne se passent pas aussi simplement que se l’imagine la théorie selon laquelle l’ouvrier reçoit la pleine valeur de son potentiel de travail.Car la répartition de revenu national en régime socialiste, et en l’occurrence en Russie soviétique, ne se fait pas de façon radicalement différente de ce qui se produit en régime de production capitaliste.La répartition se fait en vue d’abord d’assurer la reproduction rlarftic en accord avec les plans d’extension de la production, et une partie seulement revient aux consommateurs sous forme de pouvoir d’achat.Ainsi, présentement, le revenu national créé en Russie soviétique comprend deux fractions qu’il faut bien distinguer : une fraction qui représente le produit nécessaire ou le produit pour soi : c’est le produit réparti entre les travailleurs sous la forme de salaire que touchent les ouvriers et les employés des entreprises d’Etat.Il correspond à la catégorie capital variable de la production capitaliste.L’autre fraction du revenu national est appelée le surproduit (la plus-value dans le capitalisme) ou le produit pour la société, qui correspond, selon la terminologie soviétique, au capital fixe de la production capitaliste.11 est destiné principalement à l’augmentation de la production.Le fonds d’accumulation est formé par prélèvement sur le surproduit.Près d’un tiers du revenu national est affecté ainsi au fonds d’accumula- o 49 tion, sans compter les besoins sociaux et culturels: recherche scientifique, instruction, santé, etc., et les fonds alloués à la défense.Le programme d’industrialisation de l’URSS a fait que, dès les deux premiers quinquennats ( 1929-1937), l’URSS était devenue une grande puissance industrielle.Par rapport à l’ensemble de la production industrielle, celle des moyens de production est passée de 33.3 c/< en 1913 à 57.8{A en 1937.A la fin du deuxième quinquennat (1937), l’URSS occupait, pour le volume de la production industrielle, la première place en Europe et la deuxième place dans le monde.“L’industrialisation de l’URSS, est-il dit dans le programme du P.C.U.S., a été un magnifique exploit de la classe ouvrière, de tout le peuple qui n’a épargné ni ses forces ni ses moyens, qui a accepté consciemment des privations pour tirer le pays de son état arriéré.” Or la question reste à savoir comment de telles performances dans l’accumulation ont été rendues possibles, sans que le consommateur obtienne la pleine valeur de sa production.Il faut reconnaître que l’industrialisation de l’URSS n’a pu se faire sans que le système monétaire soit profondément changé avec la nationalisation des banques.Sur quel principe repose-t-il en effet ?Comme dans les pays occidentaux, le revenu national, outre sa forme naturelle, a encore une forme valeur, une forme monétaire; il est donc exprimé et mesuré par la monnaie.Le système bancaire est constitué par : 1) la Banque d’Etat, 2) la banque de financement des grands travaux de l’URSS et 3) les caisses d’é-pai’gne.La Banque d’Etat intervient dans le système monétaire soviétique comme le centre unique d’émission; c’est qu’elle seule est chargée de l’émission, de la planification et du règlement de la circulation monétaire.D’autre part, la masse monétaire est basée sur la production.“Le besoin d’argent en régime socialiste est déterminé par l’existence de la production et de la circulation marchandes.La valeur de la marchandise créée par le travail social dans le processus de production s’exprime sous forme monétaire.Par conséquent, l’argent en régime socialiste constitue un équivalent général, c’est-à-dire l’expression de la valeur de toutes les a’utres marchandises .La quantité de monnaie nécessaire à la circulation est déterminée par le total des prix des marchandises en circulation, divisé par la vitesse de la rotation de la monnaie.Le maintien d’une juste proportion entre la somme des prix des marchandises et la quantité de monnaie en circula- 50 • lion constitue line des conditions les plus importantes qui garantissent le cours normal de la vie économique du pays.Partant de la loi de la circulation monétaire, l’Etat règle cette dernière et l’utilise méthodiquement en vue de développer l’économie nationale .Le rapport entre les recettes et les dépenses, d’après le plan des opérations de caisse, permet à la Banque d’Etat de régler la masse monétaire en circulation .La sta- bilité de la monnaie en régime socialiste est assurée par les réserves d’or, mais aussi, avant tout, par les immenses stocks de marchandises se trouvant aux mains de l’Etat, que l’on met en circulation à ries prix fermes .” (Wikitine : Principes d’économie politique).Nous dispensons le lecteur de nos commentaires.iforrhin knsln kef ! demain il sera trop tard Alix fins delude par les Grands Commis à Quehecotlawa.Parlant d’un voyage de P.Maucorps, A.Memmi, J.F.Held et leurs collaborateurs du C.N.R.S.‘’Les Français et le racisme”, Jean Duvignaud les cite : "Le racisme”, disent-ils, “est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profil de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression.” (‘*Le nouvel observateur” 63).Duvignaud ajoute : “Tout est dans cette différence que le racisme invente — et qui ne correspond ni aux différences “naturelles” ni aux différenciations sociales.” Se souvient-on du tract sur les murs de Montréal : “Germany had the Jewish problem.States has the Negro problem.We have The Frcnch-canadian problem!**?Dans un très remarquable article pour “Socialisme 66”, janvier, Alfred Public analyse le Manifeste pour une politique fonctionnelle, de A.Breton, R.Breton, C.Bruneau, Y.Gauthier.M.Lalonde, M.Pinard et PET.paru dans “Cité libre”, vol.XV, no 64, mai 64, cl souligne précisément : “Au fait, c’est à l’homme québécois qu’ils en veulent; il est “7/?z accident” qu’il faut désincarner au nom de la personne humaine, de l’homme universel.Quant à l’homme canadien, il est tout autre chose : il est "une donnée de l'histoire .un fait juridique cl géographique" dont il faut tenir compte dans “des politiques mieux, adaptées à notre espace et à notre temps".Cette différence que quoi invente?p.s.• 51 méthodes et structures des bérets blancs gerald godin l/Union des Electeurs, aussi appelés “Bérets Blancs’’ existe depuis 26 ans.Dirigée par Mme Gilbert Côté-Mercier et M.Louis Even, l’Union tire la principale partie de ses revenus de la vente d’abonnements au bi-men-suel “Vers Demain”.L’Union se prête des effectifs d'environ 1,000 personnes.En 1965, deux cent tiente-trois personnes ont vendu plus de 50 abonnements au .journal.Celui-ci compte vraisemblablement 5,000 abonnés.En tout cas, /objectif-budget que s’est fixé l’U-nion en 1965 était de $200,000.On peut imaginer que son budget fut en réalité d’environ $160,000.Cette somme sert à l’administration du journal, à l’impression de tracts, pamphlets et circulaires pour la distribution desquels le mouvement dit disposer de 4,000 personnes.De plus, le mouvement possède à Rougemont la Maison St-Michel, vaste édifice de quatre étages du type “mai- son de retraites fermées”.La Maison St-Michel abrite les bureaux de l’Union et outre les directeurs permanents du mouvement, cités plus haut, ure trentaine de ce que les Bérets blancs nomment les “Plein-Temps”, aussi dits “missionnaires”.Structurellement, l’Union des Electeurs est probablement l’organisation la moins démocratique qui soit.La tête du parti est la même depuis toujours et les membres sont tenus de diffuser une pensée immuable.Les Bérets blancs se consacrent non seulement à diffuser leurs théories économiques analysées ailleurs, mais aussi à s’opposer à diverses décisions gouvernementales telles les hausses de taxes, la régionalisation scolaire, la fluoration de l’eau, le regroupement municipal et autres mesures de planification toutes assimilées au socialisme, à Moscou, à Khrouchtchev, Kossvguine et au communisme international télécommandé par la haute finance américaine depuis Trotsky, le représentant des banquiers Kuhn Loeb, Warburg, Guggenheim et Otto Kahn.Mon propos est de décrire leurs techniques dans sa quotidienneté la plus concrète et les moyens qu’ils emploient pour augmenter leurs effectifs et vendre des abonnements et leur materiel créditiste.1) Les fondateurs de /Union des Electeurs ont eu la riche idée d’assimiler assez tôt leur organisation à la religion.Leur objectif, par exemple.52 • est de faire des Bérets blancs des “Christ de la politique”.Dans l'humus québécois, la recette devait être d’un bon rapport.Leurs manifestations estivales (l’an dernier à Sherbrooke, Québec et Montréal) sont dites “marches des chape’ets”, mais les slogans brandis pour la circonstance sont pour la plupart carrément politiques.Exemples: “Le Ministère de l'Education est la victoire des francs-maçons”; “La télévision actuelle est corrompue” ; “Arrière la centralisation des municipalités”; “Les taxes sont le chemin du communisme”; “Le plan d'urbanisme vient du communisme”, etc .On y voit aussi des slogans plus ambigus, tels “Les femmes du Brésil ont sauvé leur pays du communisme par le chapelet”; “Faites pénitence dit la Vierge de Fatima” et aussi les deux pôles de la religiosité combattive des Bérets blancs: St-Miche! terrassant le dragon du mal et Marie Reine du monde, chacun représenté par un tableau vivant constituant un char allégorique.Fait à noter, dans chaque cas, ces manifestations se font avec la bénédiction de la force policière.Résultat de cette mixture?Voici le témoignage d'un des Plein-Temps (sic) du mouvement, Elie-Ange Fortin: “Au premier appel de madame Côté-Mercier, ce à quoi je ne m'attendais pas, j'avais 20 ans.Quand j'ai lu la lettre, j'en suis devenu malade.( .) J’étais entraîné et poussé à faire de l’action, et je voyais ça comme l'un de mes devoirs de conscience, et je n'étais pas tranquille quand je ne faisais pas d'action dans mes fins de semaine.Cependant, je n'aurais jamais pensé que j'aurais pu être missionnaire plein-temps (.) J'ai dû suspendre par la suite pour régler des problèmes de famille.Mais mes pensées restaient sur la route et il n’y avait plus rien pour me faire changer d’idée.Premièrement, parce que je comprenais que c’était un appel de Dieu et que je n'avais pas le droit de refuser de répondre et que même mon salut en dépendait.J’ai compris que pour moi, c’était le chemin le plus assuré du ciel, et je pouvais en même temps coopérer au salut de mes frères.Rien d’autre ne vaut sur la terre.Toutes mes actions doivent tendre à ce but-là.Cherchez Dieu et vous le trouverez”.Les trente Plein-Temps du mouvement sont l’objet d’une sollicitude toute narticulière.Leur photo paraît régulièrement dans le journal et au congrès annuel, les Plein-Temps reçoivent des mains de Louis Even des médailles d'or, d'argent ou de bronze suivant qu'ils sont “donnés”, “movens donnés” ou “grands donnés” au mouvement.Un donné compte une année de service, les autres cinq et les meilleurs dix.2) Le porte à porte est revêtu d'une valeur sacrificielle extraordi- • 53 naire.Le porte à porte est le plus sûr chemin du ciel, en même temps que le meilleur moyen de vendre de l’a-bonnement d’une part et d’acquérir de nouveaux membres d’autre part.Un article consacré à un des plus anciens pèlerins du mouvement s’intitule: “Qu’ils sont beaux les pieds du Missionnaire”.Sur l’air de “Dieu de paix et d’amour”, Louis Even, chef spirituel du mouvement, a composé en hommage à ce pèlerin qui compte 23 ans de service un hymne dont j’extrais les passages les plus significatifs : “Oh 1 qu’ils sont beaux les pieds, les [pieds du missionnaire S’en allant sur la route et semant du [bonheur Sans jamais se lasser, il porte son [message De maison en maison, son chapelet en [main.Signalons aujourd’hui un de ces [grands apôtres Du journal Vers Demain : Louis- Philippe Bouchard.En 19(12, les pèlerins disaient avoir frappé à 511,500 portes dans trois provinces du Canada.Ils avaient recueilli cette année-là 78,000 abonnements.8) Mais outre la motivation religieuse et la plus-value attachées au porte à porte et à la vente de jour- naux, l’Union des Electeurs a mis au point un système d’émulation que l’on retrouve aussi bien dans nos écoles primaires que dans l’agriculture soviétique et toutes les armées du monde: la distribution de médailles.Une médaille d’or est remise à ceux qui vendent plus de 1,500 abonnements.Certains Bérets blancs ont plusieurs médailles d’or puisque l’un d’eux a vendu depuis le début de sa carrière plus de 9,000 abonnements.750 abonnements vaut une médaille d’argent, et J50 une médaille de bronze.Chaque année, au congrès annuel, un g, and tableau d’honneur est dressé qui énumère tous les créditâtes qui ont vendu plus de 50 abonnements, i/îus le nombre d’abonnements vendus est grand, plus le caractère au ta b’eau est gros.1) Mais comment voyagent-ils ?Comment font-ils des contacts?Comment se sont-ils multipliés?Si, au c.uirs du porte à porte dans un village encore intouché, une sympathie quelconque su manifeste quelque part, ce sympathisant devient un “représentant autorisé”.Son nom et sa maison deviennent-connus de tout le mouvement.Mme Gilberte Côté-Mercier nous en apprend long dans Vers Demain au sujet d’une des plus célèbres maisons créditâtes, celle de Gédéon Therrien de St-Félicien: “C’est Gédéon Thei rien, le fidèle des fidèles.Les créditistes le connaissent.Tous 54 • .ta jV à les Plein-Temps.depuis le commence meut, ont couché chez lui maintes et maintes lois.Depuis 1938, sa maison est toujours grande ouverte pour le Crédit Social.Même quand sa famille ; roupait lû personnes, trois fois par jour, autour de sa table.Mme Therrien dressait trois tablées quand il le fallait, pour nourrir les apôtres de Vers Demain.Et ensuite, elle trouvait un petit coin pour les coucher tous dans sa maison de charité*’.Et le Béret blanc Emile Bolduc de Québec raconte ainsi par let ire une de ses fins de semaine: “Je suis parti par autobus vendredi soir, pour aller faire la fin de semaine à St-TJr-bain, Charlevoix.Ee samedi, j'ai pris 7 abonnements.J’étais seul et j’ai trouvé au moins six places pour coucher dans le même rang.Les gens sont très généreux”.Et la plupart des numéros de Vers Demain sont farcis tie remerciements à l’endroit, des familles qui accueillent, nourrissent et logent des créditâtes en tournée.~>) Les difficultés; le Crédit Social a toutefois certaines difficultés.Il arrive que certains de ses membres se fassent expulser de certaines municipalités sous l’empire de règlements municipaux, pour la plupart “ultra vires” d’ailleurs, concernant la vente d’abonnements et la distribution de littérature.Dans chaque cas, le mouvement porte plainte et réussit souvent à faire révoquer ces règlements.Ils auront donc joué un rôle important de pionnier et de cobaye dans ce domaine et la gauche peut en tirer profit éventuellement.Il y a évidemment des Bérets blancs qui sont transfuges.Réal Caouette est.de ceuv-là et il est moqué copieusement dans Vers Demain, chaque fois que l'occasion se présente.De plus, certains Bérets blancs ne quittent le mouvement que pour entrer dans un autre de même nature.Dans une telle instance, le journal publie une mise au point recommandant aux lecteurs de décompter comme créditiste, X, Y ou Z, mais non sans le traiter de saboteur ou traître, car il semble que certains d’entre eux continuent à vendre des abonnements, ou se présentent chez des cré-ditistes comme les loups déguisés en moutons pour mieux les convertir au Ralliement des créditâtes ou au mouvement dit des “Disciples de l’amour infini” fondé et dirigé par le Pape Clément XV.Outre ces difficultés externes, les membres du Crédit social ont des difficultés internes.Voici un témoignage significatif à cet ég^rd, celui de Bertrand Caouette s’adressant à ses coreligionnaires moins dévots que lui: “Je vous entends me dire “J’ai une "rosse famille, des dettes, du trouble plein la tête”.Je vous réponds: les autres qui font du travail sans fléchir i • 55 ont les mêmes charges que vous et souvent leur femme est une tigresse contre le Crédit social.Elles sont assez rares les saintes femmes, au jour-ci Lui, qui sont prêtes à endurer des ciédiiistes dans leur foyer, à l’année longue, comme madame Do*tie de Sherbrooke a fait et continue de faire”.(Madame Dostie était l’épouse de Philippe Dostie assassiné d’une décharge de carabine six mois plus tôt en faisant du porte à porte à East Angus et dont Mme Gilberte Côté-Mercier a dit dans Vers Demain qu’il était “tombé au champ d’honneur”).Voilà donc le tableau.J’y ajouterai ces quelques réflexions: a) le mouvement de Mme Côté-Mercier est indépendantiste à sa manière puisqu’il ne s’attaque qu’au gouvernement provincial, b) Les Bérets blancs mènent actuellement une bataille juridique pour bénéficier des mêmes exemptions de taxes que les mouvements éducatifs.S’ils la gagnaient, il y aurait peut-être là un précédent à invoquer pour tout organisme de formation politique, c) T/hospitalité publique est sans bornes, d) Le mouvement s’annexe le vocabulaire nationaliste: dans son exposé annuel, Mme Gilberte Côté-Mercier qualifie de “patriote” celui qui se dévoue au Crédit social et dans son élo- ge funèbre de Philippe Dostie, elle parle de lui comme d’un “grand patriote”.Le mouvement est-il un succès?Tout à fait et pas du tout.Pas du tout patce qu’il est marginal au sens strict du terme.Le Crédit social ira gagné aucune de* batailles idéologiques qu’il a menées, sauf une, contre les annexions sur l'Ile Jésus.De plus, le mouvement ne constitue même pas un groupe de pression.Le ridicule qui s’attache au chaos de sa pensée l’a littéralement tué et on n’en parle, dans ies journaux, les revues et à la télévision (pie dans une perspective humoristique ou pittoresque.D’autre part, à 1 intérieur de sa marginalité, le mouvement est un succès: son budget augmente d’année en année, ainsi que le ncmb.e de ses abonnés.Mais là où la vraie faiblesse du mouvement apparaît, c’est dans son caractère antidémocratique.Louis Even et Gilberte Côté-Mercier sont des noms passablement connus, Mais, dictatorialement et égoïstement, ils contrôlent tout et aucun autre qu’eux n’est connu en dehors du mouvement.On peut donc présumer que le mouvement disparaîtra avec eux et qu’une page sera alors tournée de l’histoire de la schizophrénie galopante au Québec.gérald godin 56 • chronique d'une langue à jouai sur.une ou deux langues jan depocas a mari usque ad .marde Ottawa, “en Chambre” (PCf) : “Ne videz pas le lac Ontario afin de faire écouler les eaux-vannes de Montréal vers la mer”, vient-on de lancer.Et “notre” hélas canayen, trop canayen député en colère (colère bleue, oui, mais drôle de bleu .tirant sur le vieux rose — disons : néo-bleu vieux rose à crédit, le député en colère) de rétorquer joualeresquement : “Je n’ai jamais relié la civilisation d’un peuple à ses systèmes d’égout (sic — sic y compris égout sans s)”.Et l’orateur à l’éloquence sentie d’y aller d’un retour aux sources : “Il n’y avait pas de système d’égout (égout sans s) en Grèce à l’époque de Peri- cles.” Et de s’emballer : “Il n’v avait pas de système d’égout (égout sans s) au temps de Louis XIV.” Et enfin, s’envolant au galop : “Racine, Corneille, Molière, Lafontaine, Boileau, Bossuet”, loin, loin, loin, du .bi-melting-pot aux roses ! (1) '•Le parleur est en situation «ans le langage, investi par les mots; ce sont les prolongements de ses sens, ses pinces, scs antennes, ses lunettes; il les manoeuvre du dedans, il les sent comme son corps, il est entouré d’un corps verbal dont il prend a peine conscience et qui ctend son action sur le monde”.Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature?Ça ?sublime jouai sublimé s’il en fut jamais — jouai ailé digne de la tout ce qu’il y a de plus classique Weltanschauung grcco-.canayenne : comme quoi le jouai, c’est plus que le jouai.Trois ou quatre s du plurier au tout-à-l’égout, ça n’est pas non plus le jouai.S’amuser à les repêcher (oh ! du point de vue de Sirius, bien sûr, ou même, à la rigueur, du point de vue de.la Stella Maris acadienne) pour les monter en épingle ?Ça ne serait que tirer mon épingle du jeu, jouer les chroniqueurs mondains des petits caprices (fût-ce des fugues !) de Sa Majesté la Langue française d’icite.Plus qu’une variété particulièrement rétive du “sabir atlantique” d’Etiemble, le jouai: oui.mais aussi plus que la “nécessité d’un supplément d’âme” du frère (Jntel parlant (la nécessité, pas le irère) “comme on peut supposer que parleraient les chevaux s’ils n'avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel” (frater Quidam dixit).Mais non pas rien que, le jouai, “précisément dire jouai au lieu de cheval”, non, mais plutôt : imprécisément : jouai.Le jouai, c’est du jouai — je veux dire : du français archaïque-anglicisant en mal’ d’internationalisation, secoué (secous- • 57 se “tranquille” — escousse ‘pas si tranquille que ça.Escousse ?instant, moment en québécois, mais : en vieux français, nous dira le pourtant fort peu hégélien de gauche M.Victor Barbeau dans son Français du Canada, “désigne le mouvement par lequel on prend son élan” pour sauter) secoué qu’il est, le jouai, par une révolution démocratique qui n’en est pas moins nationale pour être bourgeoise à retardement.“face of Montreal” Alors que Montréal à peine déneigée (“de bon aloi”, ce .québécisme, hein ?), alors que Montreal sortait à peine d’un blizzard — de l’une de ses pires poudreries (et un autre de québécisme “de bon aloi” ! mais ça n’est pas que blizzard me donne des complexes, non, je l’avoue), voilà que le Montreal Star va mettre un tantinet le feu aux poudres en première page : “Levesque storms in Montreal" ! “c’est-à-dire, disons : “Lévesque fait rage à Montréal”).“A long terme, et peut-être à brève échéance aussi, le Québec a l’intention de reprendre le contrôle de la vie économique à Montréal”, venait de déclarer le ministre — “du Bien-être social et de la Famille” ?“du Bien-ctre” tout court ?“de la Sécurité sociale” ?enfin : René Lévesque.“D’ici là”, le big business qui ne brasse d'affaires qu’en anglais à Montréal va devoir sortir de son r‘ctat d’esprit rhodésien” (Rhodesian-like frame of mind) et ça, en sortir, “tandis qu’il en est encore temps, d’avertir M.René Lévesque (while there is still time).fl)r mini vous faire sortir l’ombre do Cecil Rhodes do son trou ! ) C’est que sinon, on pourrait bien voir le Québec “finir comme Cuba” (endin-up like Cuba).Il va s’agir pour la minorité anglo-canadienne de Montréal au moins d’afficher “une marque de respect obligatoire pour la langue de la majorité” (a compulsory mark of respect).Là façade, la gueule de Montréal, son “visage”, avoue M.René Lévesque, “me fait honte” (face of Montreal makes me ashamed).Alors quoi ?unilinguisme ?“Si cela veut dire d’abolir l’anglais au parlement et dans les tribunaux, contrairement à ce que stipule Particle 133 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui prévoit ce genre de bilinguisme pour le Québec, je suis contre” dit le ministre (2).(Le jouai court, camarade Lévesque, le jouai court ! et sc pavane, le bourjoual et le petit-bourjouai de parade à grand renfort de corps intermédiaires “néo-capitalistes du terroir” ! (3) C’est ça aussi, le bilinguisme : le bilinguisme, c’est le jouai — je veux dire : “notre” quotidien bilinguisme “de province” à nous, franglo-fren-glish plus qu’anglo-français, d’ailleurs, tu le sais, “notre” bilinguisme, “Mais”, de conclure M.René Lévesque, “Mais si Punilinguisme signifie la priorité du français au Québec, j’en suis.” Le mot est lâché : “unilinguisme” ?“priorité du français” ?non : “article 133”.Que le “révolutionnaire tranquille” le moins.“trantranquillc” ne sache que trop bien jusqu’où i) peut aller trop loin en fait d’unilinguisme .“provincial”-colo-nisé, c’est vrai comme !a bedaine du curé, comme on dit en québécois (oh ! c’est bel et bien dans le Français du Canada du fort pou joualiste M.Victor Barbeau).Qu’il y ait, en vertu rie l’article 133 ou non (article 133 (pii n’a jamais été édicté qu’en an- 58 * glais !) qu’il y ait au Québec un certain susdit "genre de bilinguisme” officiel à l'usage des Quebecers, je le veux bien ; mais que la nation québécoise, article 133 ou pas article 133, soit condamnée à vivre à jouai sur deux langues dans son tiers de bi-melting-pot “de province”, ça, non.(“Province”-colonie, le Québec ?Que le Québec soit une tout ce qu’il y a de plus drôle de colonie : embourgeoisée — embourgeoisée jusque dans son sous-prolétariat simili petit-bourgeois à crédit, je le vois bien : que le Québec, dernière colonie blanche d’Extrême-Occidcnt, que le Québec.“province” de l’Amérique du Nord quasi-ex-hritannique qu’est le “Canada” en pleine civilisation de l’abondance — fût-ce le plus souvent l’abondance.des miettes, que le Québec ne soit pas l’Angola, c’est évident : si le colonialisme est un système, il y a système et système, colonialisme et colonialisme : un système colonial portugais — ou .“rhodésien” — en Afrique noire, ça n’est pas un système colonial anglais, anglo-canadien en Amérique du Nord.Affaire de “génie de la race” ?Si la colonisation est surexploitation, non : affaire de, disons : taux de surexploitation ?) refis* français, capital anglais Mais le conservateur-.progressiste “fédéra liste”-colonialiste qu’est M.Egan Chambers, lui, n’y voit que du bleu : “Que la métropole du Québec soit le reflet de la population de langue française de la province, of course.Bt»t .Mais Montréal est aussi le siège d’un grand nombre d’entreprises anglo-canadiennes et américaines qui rayonnent dans tout le Canada — nation dont les deux tiers parlent anglais”, de nous rappeler obligeamment M.Chambers (4)."After all", d’expliquer avec la plus décente mauvaise foi notre tory bleu royal, “ a tout, c’est le caD’tal anglais oui a établi les entreprises montréalaises dans le passé, à une époque où les Canadiens français ne s’intéressaient pas au commerce.” (O désintéressement de 1760, 63! de 1837! — 1867! .) pour une politique de la langue ‘‘néo-capitaliste du terroir” Et M.Johnson, Daniel, d’enchainer bientôt: “Il n’y a rien de plus sensible et de plus mobile que des capitaux s’ils sentent qu’ils ne sont pas les bienvenus, s’ils sont tenus en suspicion par un ministre qui parle avec mépris de la “sacro-sainte entreprise privée”, si on multiplie à leur endroit les injonctions cavalières et les déclarations intempestives ("Levesque srorms in Montreal"!) ils ont inl fait d’émigrer vers des cieux plus hospitaliers.” ElUiM .n\*L.ac i ;UX olus .Bleus.Le chef de la loyale Opposition de Sa Majesté aura beau ajouter que: •‘L’epoque du libéralisme économique, du laisser-faire, du chacun pour soi est définitivement révolue”.et ajouter que l’argent **n’a pas de nationalité, mais les hommes d’affaires, forcément, en ont une”, et ajouter que “si donc nos industriels (“nos”?) et nos commerçants (“nos”?) veulent être solidaires de leur milieu (ah! “leur”!.) Ils doivent accepter que, dans le Québec, la langue normale des affaires soit la langue nationale de la majorité des Québécois, le français” hélas, il aura beau ajouter tout ça, M.Johnson, on ne sait que trop de quoi il retourne, que trop ce qui lui tient le plus à coeur : la sensibilité des capitaux ! 11 aura beau, notre “provineialistc” — colonisé, surajouter enfin que : “Même s’ils ne sont pas eux-mêmes Canadiens français, ceux qui font affaires dans le Q; bec.qui bénéficient des richos- © 59 scs naturelles du Québec, qui emploient de la main-d’oeuvre québécoise ou qui comptent à bon droit sur (sic) l’encouragement (et l’encouragement par-dessus le marché?) de la clientèle québécoise doivent tout de même reconnaître que le français est la langue nationale de l’immense majorité de la population du Québec”.M.Johnson, Daniel, aura beau user jusqu’à la corde .sensible que l’on sait les mots : “Québec”, “Québec”, “québécoise”, “québécoise”, “Québec”; n’empêche que ceux qui “font affaires”, “bénéficient”, “emploient”, “comptent à bon droit sur” ça n’est pas l’“immense majorité de la population” ! “Car”, va geindre M.Johnson, “Car le progrès économique ne peut nous arriver miraculeusement comme une gratuité de l’Etat;” (à moins que ça ne soit comme une gracieuseté que dis-je ?une grâce mais de l’Etat comme corps intermédiaire des corps intermédiaires ?) “il ne peut résulter, que d’une mobilisation des forces vives de la nation”.(C’est bien ce que je disais : une grâce, le progrès économique, de la mobilité des hypersensibles capitaux.) (5).Quant au progrès linguistique de la “langue nationale” (c’est-à-dire hélas “pro-—vinciale” - colonisée archaïche - anglicisante !) de “l’immense majorité de la population du Québec”, qu’est-ce qui lui arrive de miraculeux dans tout ça ?— la grâce d’état ?“On peut”, disait le frère Untel dans ses Insolences, “se sauver en jouai.Dès lors .” Et puis, M.Johnson, votre Etat français ?, vous l’avez eu ! — c’était Duplessis.pour une politique '‘révolutionnaire pas si tranquille” de sa langue Mais alors enfin, que faire ?Quant à moi, essayer de faire la théorie (dans les limites de la simple raison — dialectique) du coup du cheval de Troie érigé au Québec en système colonial dans le cadre de l’Amérique du Nord quasi-exbritannique qu’est d’ores et déjà le “Canada”, faire la théorie du jouai de Troie.Et d’abord, pour apprendre à le connaître, ce jouai de Troie où tout se tient : base, superstructure — formation économi-que-sOciaie, langue, en analyser l’a b c : a : les “Anglais” b : “nos” bourgeois c : les clercs.Car : “Il y a un cercle vicieux qui va du jouai à la servitude”, a écrit le frère Untel (6) • c’est ça, mon jouai de Troie, ce “cercle vicieux” — oui, mais c’est aussi le cercle infernal bien plus ombrageusement vicieux qui va de la servitude au jouai.Cette théorie du jouai de Troie devrait pouvoir déboucher, à travers une linguistique, non seulement descriptive, mais prospective, déboucher sur une politique “révolutionnaire pas si tranquille” de la langue québécoise (y compris notre français international!).Et à bas le jouai de Troie! Déjouali-sons, déjoualisons, il en restera toujours quelque chose (y compris du jouai vert pour les romanciers.).jan depocas (1) Voir La Presse, 11 février 1966.(2) Voir The Montreal Star, 24 janv.1966; La •Presse, 25 janv.; Le Devoir, 25 janv.(3) L’expression est de Lévesque.Voir Le Devoir 3 nov.1965, où il parle de la mise sur pied d’1 2 3 4 5 6‘une classe de néo-capitalistes du terroin” rappelant une drôle de belle époque”.(4) voir The Montreal Star, 25 janv.1966; Le Devoir, 26 janv.(5) Voir La Presse.8 février 1966.(6) Voir Jean-Paul Desbiens, Sous le soleil de la pitié, p.60 • le rapport bélanger gérald godin Le rapport Bélanger a été rendu publie il y a quelques semaines.Il porte sur la fiscalité du Québec.Le Québec a besoin de plus en plus de revenus.Où les puise-t-il maintenant ?Où devrait-il les puiser ?Et la justice, dans tout ça ?Les réformes suggérées par les commissaires y sont-elles conformes ?Et le Québec, peut-il continuer à sc financer, peut-il continuer à tenter d’assurer son développement planifié et sain dans le cadre constitutionnel actuel ?Autant de questions auxquelles le rapport répond, dans certains cas à dessein et dans d’autres, malgré lui.Les réformes attendues par la population du Québec et incluses dans le rapport sont les suivantes : réduction des inégalités de l’équipement scolaire par le moyen d’un régime de subventions qui vient d’en haut, i.c.du provincial, au lieu du financement par la taxe foncière uniquement.Perception d’une fave foncière «un* l°s ^vnlnita-tions forestières au lieu de l’insuffisant et quasi exclusif droit de coupe.Perception et un impôt sur les gains cie capital.Normalisation de l’impôt foncier grâce à une Régie provinciale de l’évaluation.Maximum d’exemption consentie sur les presbytères : $15.000.Réduction de l’impôt foncier des cultivateurs qui tiennent leur terre depuis longtemps pour un outil de travail et considèrent qu’en tant que tel, elle ne devrait pas être taxée.Etc .On voit qu’il s’agit de réformes littéralement arrachées à coups de mémoires, protestations, revendications, marches sur Québec et quoi encore à un Etat qui a manqué d’imagination, d’invention et de pensée depuis qu’il existe et dont les moindres réformes aujourd’hui réalisées apparaissent aux esprits timorés comme les étapes d’une REVOLUTION.Monsieur Claude Kyan déplorait d’ailleurs dans L
de

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