Parti pris, 1 novembre 1966, Novembre - Décembre
wgfflÊÊM «Tf >$3b£ ^Ü3$ ¦"f r*.-ri>*3»« SB» ¦BBS IS ®| •itrovv*-' ass iflgBMR&ggg - • ÏSXP& \ a/*» '.& " V'%1 T ras* ¦ - - » : ff'aasSi l.?4 W-*J «< 9 ‘y æW £?jtf&c; *KK MHWq #• * r—mg kViii SÏSfcS yjsficv.SBsfa&sS 'ktm&y^z frÿtfv iMRKa&f/ 5-iv:>//> #W ’æC*r.:v'^ ¦ ' ¦• ; 'jSBSE X caractéristiques spécifiques, sur ce qui en fait notre sclérose à nous, irréductible à toute autre.Si tous les dieux "ont anthropophages, tous n’apprêtent pas l’homme à la même sauce.le cléricalisme, c’est la colonisation intériorisée Notre numéro sur le Portrait du cnhmisc québécois, après fanon, Ber-que et 1 îagen, a montré que la Conquête et la colonisation, pour nous comme pour toute nation colonisée, 'Ont un traumatisme qui atteint l’être meme du colonisé.La mise en place du pouvoir anglo-saxon a signifié pour ni us la perte du contrôle de notre vie économique et politique.Le pouvoir, la richesse, le prestige ont été des attributs réservés à PAutrc.Notre langue et notre culture en ont été défavorises, marginalisées.La technique, fondée sur les richesses et l’économie, nous échappait, et les progrès maté- riels s’effectuaient en dehors de nous : les objets, les ustensiles, la matérialité du monde où nous vivons nous sont étrangers.Somme toute, nous avons été dépossédés de nos moyens d’agir sur le monde, coupés de nos voies d’accès à la réalité, empêchés d’avoir une praxis créatrice, châtrés.Ce traumatisme historique a produit une sorte de névrose nationale du Canada français.Nous avons inté- » riorisé la défaite et notre dépossession.Et le Dieu canadien français est la figure centrale de cet univers psychique aberrant.Je voudrais d’abord en poser les principales articulations, quite à revenir ensuite sur ses aspects principaux un par un.Intérioriser la défaite, ce fut réprimer nous-mêmes notre propre agressivité, notre énergie créatrice.Notre culture a donc mis l’accent sur les valeurs d’autorité, de sécurité, de tradition, d’ordre.Nous nous sommes donnés un Dieu-Juge.Nous sommes devenus routiniers, dociles, résignés.Nous avons valorisé le passé et la répétition au détriment du futur et de la création.Nous avons atteint un surprenant degré de conformisme.Niant le présent, nous avons nié la vie, condamné comme dangereux le, plaisir sous toutes ses formes ; et en particulier l’érotisme.Dieu, notre 37 sur-moi, condamnait la libido, l’agressivité, la volonté de vivre et de s’épanouir.Et ce système s'est imposé comme un tout inattaquable, fixe, sans possibilité de changement.Face à la réalité qui évolue sans cesse, il s’est maintenu par la répétition maniaque, le ritualisme, le verbalisme, la litanie sans cesse reprise.Mais nos tendances agressives ont pris d’a u tant plus d’importance qu’elles ont été plus refoulées.Notre tempérament prompt à la colère et à la bagarre le montre, comme de soudaines explosions d’une violence souterraine, l’émeute Maurice Richard, les conscriptions, etc : notre subconscient bouillonne d’une violence aveugle parce que refoulée.Comme le système — le Dieu — 4 canadien français exige une adhésion sans réserve, une soumission absolue et que d’autre part la libido et l’agressivité refoulée se manifestent en chacun, tous se sentent coupables.L’absolue négation de la vie et de soi qu’exige notre Dieu est impossible; donc personne n’est à la hauteur.Mais cette exigence est si forte que chacun au moins fait mine de se conformer : notre comportement religieux et moral s’est résumé à un ritualisme hypocrite.D’où, pour chacun, la conscience de manquements, de "fai- blesses”, d’une indignité qu’il ne sait pas partagés par tous.Le coupable peut alors se retourner contre soi en des conduites si fréquentes chez nous d’auto-punition et d’auto-dénigrement, ou projeter sa culpabilité sur le monde et les autres en des conduites non moins familières de récrimination.Par ailleurs le système lui-mème offre des voies institutionalisées où canaliser cette agressivitée refoulée en la sublimant, en s’évadant dans le mythe.En contrepartie à notre dénuement réel, nous nous sommes inventé une mission héroïque.Nous nous sommes vus comme les convertisseurs du monde, et le messianisme n’aura pas été la moins loufoque de nos aberrations.Il faut dire d’ailleurs que la plus béate satisfaction va de pair avec Panto-dénigrement.Nous avons fait d’individus assez minables des héros nationaux, et avons facilement affirmé que dans l’ordre des valeurs véritables (où l’essentiel, c’est le ciel) nous étions au tout premier rang.Coupée de tout avenir, une nation fait de son nombril l’horizon de sa contemplation.Enfin, il est d’autres échappatoires qui pour etre moins prestigieuses n’en font pas moins partie de notre etre collectif.La taverne et l’alcoo- lismc; le patronage et la corruption; le "sacre”; la consommation ostentatoire oii les gadgets nikelés, le mauvais goût et une certaine forme de goinfrerie font bon ménage; une manière Je complicité dans la médiocrité, le jouai et la dereliction : voilà autant des tristes compensations que s’offre avec un cynisme avoué et une 4 honte secrète un peuple d’individus trop tôt sevrés.Arrivé à un certain degré de frustration, on a besoin de petite'* jouissances, et peu importe qu’elle *>oit cancéreuse ou non, toute mamelle est consolatrice.bien sur, on ne saurait se contenter d’une description aussi rapide de la démarche d’ensemble, et il faut étudier l’une après l’autre ses articulations.C’est ce que je vais faire maintenant.Mais il me fallait d’abord établir la figure générale du tout avant de parier de ses parties.Puritanisme, messianisme et corruption sont les diverses faces de la même réalité et il faut avoir une idée générale de la dialectique qui unit ces divers "pôles” pour parler de chacun d’eux.toute autorité vient de dieu La première chose qu’a appris tout petit Canadien français, c’est l’obéis- sance, entière et sans réplique, la soumission, la démission.L’homme, humilié dans sa vie quotidienne et son travail, compensait en se transformant au foyer en père autoritaire, petit despote familial.Pour comprendre quelles 1 imites pouvait atteindre cette volonté de domination jalouse et exclusive sur les enfants, qu’on songe par exemple à Dans un gant de fer.De tels cas sont à peine exceptionnels.L’univers mental du Canadien français était envahi par la notion d’autorité.A l’école, la pédagogie ne visait pas à faire comprendre, mais à faire apprendre, par coeur, un savoir lui-méme fixe et objet de foi.La vérité se résumait à "ce qui sort de la bouche de l’autorité.” L’enseignement reposait sur le dogme.Et plus tard, nous apprenions nos devoirs de citoyens : obéir aux autorités religieuses, et aux autorités civiles à qui Dieu déléguait des pouvoirs.Ne pas remettre en cause l’ordre établi.Marcher en rangs, se tenir droit, se lever au son de la cla-quette, s’agenouiller au son de la cloche .C’était un embrigadement.L’omniprésente autorité prenait deux formes.D’abord ce que j’appelle la "uimauve : les larmes et gémissements de la mère, les "directeurs de conscience”, les petits angelots collés dans les cahiers d’écolier, la "com- 39 préhension” benoite et gluante de certains éducateurs.Ou, pour l’adulte, le paternalisme du patron et du curé, les "arrangements” possibles avec la loi.L’autoritarisme chez nous n’a jamais eu besoin des moyens brutaux — terreur policière, armée, représailles — qui sont d’ordinaire la marque des dictatures.11 a toujours su conserver un air de bénignité.Il ne s’imposait pas de l’extérieur, ni par la force, mais prenait les moyens de s’installer au coeur meme de l’individu.L’autorité la plus efficace est celle qui est intériorisée.Mais il faut dire aussi que les châtiments corporels étaient abondamment utilisés tout au long de l’éducation.A l’école que je fréquentai, le directeur venait en classe avec sa courroie tous les mois, pour la lecture des notes.Et les deux ou trois plus mauvais sujets étaient battus en public.Je peux témoigner que même les premiers de classe” crevaient de peur, car on a toujours quelque chose à se reprocher.De la meme façon, derrière le paternalisme de son patron, l’ouvrier savait qu’il y avait les matraques d’Asbestos.Il faut dire que la guimauve, les idées de péché et de contrition apprises dès la plus tendre enfance, la peur de l’enfer, ou celle de faire pleurer Jésus, tout cela n’est efficace que parce que chacun devine derrière la supposée autorité divine, le fait objectif de la domination.En fait, je crois que l'autoritarisme à l’intérieur de la société canadienne française n’était qu’une façon de se donner le change, d’oublier que nous n’avions pas de pouvoir.L’autoritarisme était partout, mais quand on tente de dire où était l’autorité, on la voit se dérober sans cesse.L’autorité civile, par exemple, avait son côté dictatorial ; Duplessis en est l’exemple parfait.Mais en même temps, chacun savait que l’autorité et la Loi camouflaient la corruption, et qu’au fond il s’agissait d’affirmer des principes tout haut et d’en profiter en secret.Qu’on pense par exemple à la complicité qui unit depuis toujours la moitié de la population dans la distillation, la distribution et .la consommation d’alcool clandestin ; ou encore à notre attitude collective devant le code de la route ; à la façon r » dont le peuple fait des presque héros nationaux de bandits notoires.Tout cela est tu, objet d’une manière de complicité tacite; mais qui alors pourra dire que nous respectons la discipline et l’autorité ?La même chose vaut dans la famille.Des pères fouettards et gueulards, nous en avons eu en quantité.Mais leur intransigeance n’était la 40 plupart ».iii temps qu’une compensation exaspérée à leur propre asservissement.Et il y a une différence qui se sent entre l’autorité véritable et sûre de soi et le défoulement d’un humilié qui prend sa revanche.D’ailleurs l’autorité du père concernait surtout les questions matérielles, et la mere était responsable de l’éducation des enfants, et c’était elle qui transmettait les valeurs religieuses.Dans la mesure où justement ces valeurs avaient préséance sur les autres (l’essentiel, c’est le ciel), le patriarcat était pour ainsi dire vidé de sa substance.Je crois que chaque québécois , ils finissent par se prendre pour de> Anglais comme Elliot-Trudeau, ou pour des l rançais comme Ethier-Blais.parti pris a assez souvent dénoncé ces lubies pour que je n’insiste pas davantage.conclusion lit voilà à peu près ce que j’avais a dire.Je suis bien conscient du fait ijue ce tableau manque de détails ; mais je ne voulais pas ici faire une analyse historique.Si j’ai réussi à éclairer un peu les grandes articulation de cette démarche culturelle qui nous a conduit de la dépossession à l'intériorisation de la défaite, de l’autoritarisme à la démission, je m’estimerai satisfait.Je voulais essayer de mettre au point des réflexions que je poursuis sur ce sujet depuis les premiers numéros de /nirti {iris, en me situant au niveau de la globalité du système.11 reste qu’il faut ajouter à cette image globale plusieurs éléments pour situer le promlèmc du laïcisme en 1^00.D’abord tenir compte de la diachronie.11 est évident par exemple que la culture cléricale n’avait ni le même rôle ni la même solidité après l’urbanisation qu’au moment où nous étions vraiment un peuple agricole.En fait, c’est l’industrialisation-urba-nisation qui a eu le dessus.L’intégrité du système a été détruite, le Dieu canadien français se meurt.Une nouvelle idéologie se dégage, bourgeoise et néo-capitaliste.Le clergé lui-même doit s'adapter, et la religion et même Dieu changent de visage.C’est ce que Luc Racine et Gaétan Tremblay mon-trant ailleurs dans ce numéro.D’autre part, une nouvelle opposition est aussi apparue.La volonté révolutionnaire a tout remis en question, et propose de tirer l’homme québécois des cendres du Dieu de ses pères.J’ai tenté il y a déjà un certain temps (parti pris, vol.I, no 1) de montrer les cheminements par lesquels nous en sommes arrivés à une attitude qui sorte peut-être pour une fois du cercle vicieux où retombaient tous ceux qui voulaient dépasser notre aliénation culturelle.La révolte de Bor-duas, et l’affirmation (entre autres par le MLF) de l’existence d’une minorité, de la fin du monolithisme, ont été deux des principales étapes vers l’apparition d’une attitude révolutionnaire.55 La situation que je viens de décri' re est donc en fait une chose du passé.Elle n’a en fait pas résisté à la révolution tranquille.Mais je pense qu’il est quand même utile d’en parler.D’une part parce que ce système est quand même celui où nous avons été éduqués ; il nous a donc marqués.Et il est utile, pour s’en délivrer, de la connaître bien.Et puis aussi pour prévenir des retours toujours possibles de ces structures psychologiques à l’intérieur même de l’attitude révolutionnaire.Je pense par exemple à une certaine conception que nous nous faisons parfois de la lutte, et qui nous fait confondre militantisme et dévouement, qui nous porte à croire que le seul bon militant est celui qui se perd pour que la Révolution soit.Je pense aussi à ce fait que nous avons beaucoup de facilité à critiquer, à dénoncer, à montrer les méfaits de la colonisation et du capitalisme, et beaucoup de difficultés à inventer des solutions spécifiquement québécoises; et je me demande dans quelle mesure nous sommes encore atteints de la vieille maladie de la récrimination.Ce sont là, en tout cas, autant d’impasses oii une claire conscience peut nous éviter de nous engager.Il faut dire que nous sommes en face d’un paradoxe : pour arriver à briser le cercle vicieux où nous a enfermés la culture cléricale colonisée, il faudrait d’abord en éliminer les causes, c’est-à-dire faire la révolution; et pour ce faire, il faut d’abord que les québécois se libèrent des structures psychologiques qui les en empêchent.Mais ce paradoxe n’est qu’apparent, et en réalité nous vivons une prise de conscience graduelle qui coïncide avec une graduelle évolution des structures.Dans notre dernier numéro j’ai tenté, en ce qui concerne la laïcisation, de montrer les moyens qui devraient permettre de hâter ce mouvement.Il faut, y disais-je, radicaliser nos positions théoriques sur la question du cléricalisme, et prendre tous les moyens de pousser le pouvoir bourgeois à opérer la déconfessionalisation qui est dans sa propre logique.Il faut d’autre part assumer notre réalité et retrouver nos racines au coeur même de cette culture que nous voulons dépasser, nous voir tels que nous sommes pour mieux nous changer.Et enfin, il faut insérer la lutte pour l’invention d’une culture nouvelle dans la lutte révolutionnaire globale.C’est-à-dire, comme je le rappelais tantôt, travailler a élim iner les causes de la culture et de la morale cléricales.Mais sur ces problèmes, je me permets de renvoyer le lecteur à l’article en question, qui forme une sorte de dyptique avec celui- ci.Après avoir parlé durant des pages de problèmes psychologiques, je conclus sur des questions de stratégie.On pourrait bien me dire que cela ne règle pas le problème : qu’elle attitude est-il possible d’adopter entre-temps ’ Mais c’est là une fausse question.11 est inutile de chercher le moven d’être désaliéné.La liberté n’est pas un état, mais une action.Nous serons, dès maintenant, des hommes libres, dans la mesure où nous lutterons, et efficacement, pour conquérir notre liberté.La vieille morale était une morale de l’être; nous trouverons la nôtre dans l’action.Et déboucher sur une praxis quotidienne et positive, c’est déjà dépasser la vieille négation de la vie.Inventer patiemment l’homme québécois, c’est déjà en finir avec le Dieu canadien français.S’engager dans un combat, c’est déjà retrouver une prise sur le monde.L?n poème de Jean-Pierre Lefebvre se termine sur cette phrase : "Comment pouvons-nous réclamer un drapeau, puisque nous n’avons que nos pénis pour le hisser ?" — Eh bien justement, l’un ne va pas sans l’autre.Et notre Dieu était corrélatif de l’absence de l’un comme de l’autre.C’est pour cela que j’ai voulu faire ici Son oraison funèbre.pierre maheu les ambiguïtés du néo-cléricalisme gaëtan tremblay 1 optique dans laquelle nous ana-lysons la société québécoise, celle d’un socialismc-décolonisateur, nous conduit inévitablement à une confrontation avec les pouvoirs aliénants qui agissent dans cette même société; ces pouvoirs sont en effet les plus grands obstacles à l’entreprise de démystification et de prise de conscience que constitue la révolution au Québec.Le pouvoir clérical étant certes parmi les plus aliénants qui puissent se concevoir, il importe énormément d’en suivre l’évolution, de mettre en lumière 57 définition les manifestations et les effets de cette évolution et d’en déceler les ambiguïtés.Par "ambiguïtés" ici, j’entends divergence entre les effets apparents d’un phénomène et ses effets réels, dans le sens d'une démystification.Ce terme correspond bien à l’idée que je me fais des buts de cette analyse : voir, au-delà de la façade, où conduit la nouvelle idéologie religieuse au Québec et quelles implications elle comporte pour la révolution québécoise.Pour faire comme tout le monde, je me dois d’insister sur le fait que cette analyse veut s’en tenir aux m manifestations réelles du néo-clérica- lisme et à leurs résultats objectifs.Si on veut y voir de l’anti-cléricalisme, libre à soi, mais ce serait être bien chauvin.Evidemment, mes instruments d’analyse sont limités : l’inexistence d’études approfondies du pouvoir clérical au Québec et le manque de documents probants sur r°le tlti clergé nous forcent à innover sans cesse et à nous avancer parfois en terrain peu connu.C’est d’ailleurs là le meilleur signe peut-être de la force du pouvoir clérical au Québec, qu’il ait si bien réussi à se dérober jusqu’à maintenant aux regards indiscrets.Au Québec, on ne peut plus parler aujourd’hui de nationalisme, ni Je colonialisme; il faut plutôt parler Je -néo-nationalisme et de néo-colonialisme, en ce sens que les réalités cernées par les mots ne sont plus les mêmes.De nouveaux facteurs jouent dans l’évolution socio-économique et il faut adapter le vocabulaire à la nouvelle problématique.De même façon, il faut plutôt parler de néocléricalisme pour bien montrer que ce à quoi nous faisons allusion est purement contemporain et bien distinct du cléricalisme traditionnel.( ht peut le définir comme suit : c’est un phénomène résultant du passage rapide de la société québécoise d’une mentalité conservatistc à une mentalité progressiste, lequel passage oblige les forces cléricales à transformer leurs méthodes d’action.En gros, ça veut dire que rurbanisation, l’éducation, la culture de masse et les communications accélérées ont fortement ébranlé le système traditionnel de valeurs; de ce fait, les individus sont plus curieux et plus alertes et l’Eglise ne peut plus léguer à la communauté québécoise ses "schèmes de pensée’’ sur les grands problèmes de la vie.Les hommes sont appelés à chercher eux-mêmes les réponses aux problèmes qui les confrontent et les clercs n’exercent plus ce dirigisme des consciences qui a caractérisé le siècle passé.Dès lors, l’Eglise doit s’y prendre autrement pour faire passer son influence, pour faire accepter ses conceptions et sa direction.D’ailleurs, il faut préciser que le' conceptions et la direction de l’Eglbe doivent changer aussi, jus- «“ - ^ qu’à un certain point.I ne mise en garde s’impose ici : le passage de la société québécoise d’une mentalité conservatiste à une mentalité progressiste n’a rien d’absolu: il reste encore de fortes poches de résistance, et on a peut-être trop pris pour acquis, ces dernières années, qu’un certain passé était révolu.Le 5 juin le démontre bien pour une part.Jean-Marc Léger a très bien énoncé cette mise en garde dans "Recherches Sociographiques", vol.VII, nos 1-2.Rappelons-nous, pour la suite de cet article, qu'il n’y a rien d’absolu.Je compte bien que chacun saura faire les distinctions qui s’imposent.Donc, la nouvelle conscience des individus dans notre société force 1 Eglise (entendue ici comme l’cnscm-Rle des clercs) à transformer ses méthodes, ses conceptions et même son itnagt (tout comme le rrpublie image” des entreprises capitalistes).Elle doit compter de moins en moins sur la domination des consciences et sur les anathèmes, et de plus en plus sur l’information, la propagande et les pressions auprès des pouvoirs publics.C’est là la tâche du néo-cléricalisme, ou du nouveau pouvoir clérical.Ce néo-cléricalisme est d’essence plutôt libérale et parfois meme progressiste, mais il comporte aussi des éléments nettement réactionnaires, nous le verrons.le pouvoir clérical Comme tout pouvoir, le pouvoir clérical a comme but premier de se perpétuer; comme tout pouvoir aussi il cherche à faire accepter ses valeurs, ses objectifs et scs méthodes comme les plus aptes à apporter le bonheur aux hommes.Ajoutons encore qu’il tend lui aussi à outrepasser ses prérogatives légitimes.Ceci explique globalement l’attitude passée de l’Eglise au Québec etv son acharnement à éliminer la concurrence, jusqu’à tout récemment.Mais là où le pouvoir clérical se différencie nettement des autres types de pouvoir, c’est qu’il vise à orienter la vie des hommes on s’adressant à leur conscience et aussi à leur subconscient pour les soumettre à des puissances spirituelles dont il 59 sc fait l'intermédiaire.Pierre Maheu traite plus à fond de cet aspect du cléricalisme dans une autre partie de ce numéro.Qu’il nous suffise de rappeler que le néo-cléricalisme est subséquent au cléricalisme dont les effets au Québec n’étaient pas loin d’être un pouvoir théocratique totalitaire sur les consciences.contexte présent Un facteur extrêmement important dans l’évaluation des manifestations du néo-cléricalisme et de leurs résultats, c’est l’atmosphère politique et sociale qui prévaut présentement au Québec.Le fait que l’Union Nationale soit au pouvoir depuis le 5 juin dernier n’est pas sans influer sur les chances qu’a le pouvoir clérical de réussir à transposer scs privilèges et son influence dans les nouvelles structures du système d’éducation, et aussi de faire entendre fortement sa voix dans d’autres secteurs de l’activité gouvernementale; par exemple la refonte du code civil et les lois du mariage, le secteur hospitalier, les régionales scolaires et les Instituts polyvalents, etc.etc.etc.Quand on sait que le gouvernement U.N.a augmenté le budget de la pastorale dans les écoles et qu’il a drôlement tempéré les réformes dans l’éducation en laissant traîner les ¦ choses depuis plusieurs mois; quand ¦ on constate aussi que la Fédération ¦ des Collèges Classiques reprend du ¦ poil de la bête, comme on le verra dès B maintenant en analysant le rapport I du comité cie l’Assemblée des supé* I rieurs de collèges classiques chargé I d’étudier "La présence de l’Eglise I dans l’Education”, il n’y a pas de I quoi être bien rassurés.Avec l’ineffa* I ble Daniel Johnson qui lie intime» fl ment les "valeurs chrétiennes” à la B culture française du Québec, les don* I nant comme essentielles ù notre I culture, on peut craindre que la ba» I taille pour la décléricalisation soit I difficile, et même que certaines choses I qui paraissaient acquises ne le soient 1 pas nécessairement.I manifestations du néo-cléricalisme Le néo-cléricalisme n’étant pas une idéologie consommée, dont les composantes auraient été analysées et ré-anal ysées par les chercheurs, force nous est de tenter de le cerner par induction, en parcourant les divers secteurs de l’activité sociale où il se manifeste le plus clairement.On songe immédiatement à l’éducation, avec raison d’ailleurs.0 l’éducation Le néo-cléricalisme est le plus actif dans le château-fort traditionnel des forces cléricales au Québec : l’éducation.C’est d’ailleurs la lutte autour du Bill 60 qui a marqué le début de la transformation des méthodes et des structures mêmes du pouvoir clérical.L’Assemblée des Evêques du Québec a dû, devant les bouleversements an-noncés dans cette législation, entrer directement dans la bataille, avec les autres organes cléricaux.Les amen-dements proposés par les évêques furent acceptés en partie seulement; la hiérarchie n’a pu imposer ses volonté" autant qu’auparavant et cette demi-victoire piqua la cléricalité au vif.Depuis lors, le débat est lancé sur la confessionnalité du système d’éducation.Léon Dion a fait une étude intéressante sur la bataille autour du "Bill 60” (1); le lecteur doit s’y référer pour une analyse plus poussée de ce point tournant.C hez les collèges classiques, ce fut l’alerte générale, la levée des boucliers.Les forces les plus intégristes du cléricalisme québécois montrèrent les dents.On orchestra une campagne de protestation en se servant de tous les moyens possibles.Une analyse des lettres des lecteurs” et des "collabo-ration spéciale” dans les journaux de cette période prouverait hors de tout doute que le mot "orchestra” n’est pas trop fort.On créa et mobilisa des associations de parents-maîtres; pour la première fois de son histoire l’Eglise du Québec s’occupait du "droit des parents” autrement que dans des textes philosophiques; elle en fit même son principal cheval de bataille.Et lorsqu’on sait que derrière les associations de parents-maîtres, il y a ce que notre société compte de plus intégriste et de plus ultra-montain (â partir de l’Opus Dei, l’internationale intégriste, jusqu’à l’Ordre de Jacques-Cartier) on voit bien que le mot "mobilisation” n’est pas trop fort lui non plus, car c’est une véritable armée secrète que constituent les intégristes, ici comme ailleurs.Mais il n’y a pas que des intégristes chez les clercs : c’est pourquoi il y eut aussi cher une bonne partie du clergé une véritable prise de conscience que "les temps avaient changé”.Ht parallèlement à la bataille de coulisses invoquée plus haut, il y eut un débat ouvert sur l’opportunité de repenser la présence de l’Eglise dans l’éducation.On arrive ainsi au rapport du comité de l’Assemblée des supérieurs de collèges classiques, lequel comité a été chargé d’étudier la pré- 61 sence de l’Eglise dans l’Education.Ce rapport représente probablement la manifestation la plus claire, en même temps que la plus progressiste, du néo-cléricalisme tel que défini au début de ce travail.En gros, on donne comme mission à l’Eglise d’assurer l’accès des valeurs chrétiennes à tous les hommes : — "Que les chrétiens collaborent avec les pouvoirs publics non pas en vue de situer tout le système scolaire au / sein de l’Eglise, mais bien de situer les valeurs du christianisme au sein de i’école.’’ (2) .C’est au niveau de l’école qu’on doit retrouver la con-fessionnalité, et non au niveau des structures du système scolaire.” (2) ."la neutralité de l’Etat doit s’étendre aux structures régionales .€ ^ (2) ".à long terme, il peut s’avérer possible et même souhaitable .que l’école publique soit commune à tous les citoyens, qu’elle ait une nature et des finalités proprement temporelles et qu’elle soit du ressort de la seule société civile”.(2) On a bien raison de trouver "progressiste” un document comme celui-là.Mais le "progressisme” est relatif, comme toutes choses.C’est progressiste relativement ce à quoi on nous a accoutumés, mais c’est bien peu encore.D’ailleurs les rédacteurs prennent bien soin de préciser, immédiatement après cette pointe de réalisme que " — c’est une entreprise complexe, exigeante et difficile — (2) 11 faut bien voir, derrière les mots, ce que les clercs réclament : qu’on leur donne l’opportunité de s’insérer solidement dans les nouvelles structures du système scolaire dès leur création.C’est pourquoi ils parlent de "possibilités à long terme” et "d’entreprise complexe, exigeante —”.Ça exige que la déconfessionnalisation des structures scolaires n’advienne que lorsque l’Eglise aura redistribué ses effectifs en des points stratégiques des structures, qu’elle aura modernisé ses méthodes et assuré sa nouvelle forme de pouvoir, plus subtile et mieux adaptée à l’époque.Ils se serviront surtout de la "pastorale” et aussi de la "catéchèse”.Ils revendiquent l’établissement d’un réseau complet et omniprésent de moralistes, d’animateurs religieux, de directeurs de conscience avant de seulement songer à accepter une "sécularisation” des structures.En bref, ça revient à ceci : ayant perdu le monopole des connaissances nécessaires pour encadrer la marche de la communauté québécoise, le pouvoir clérical est de plus en plus déclassé par les nouveaux-instruits.Il doit dès lors s’y prendre autrement pour 2 perpétuer son pouvoir ou bien en sauver le plus possible : il fait face à la concurrence en repensant ses conceptions, remaniant ses méthodes et ses enseignements, sans cependant cesser de réclamer de l’Etat les privileges institutionnels et matériels né-cessaircs à sa réinstallation au sein des non relies structures.On a alors ce paradoxe, qui n’est malheureusement pas rare dans notre société, que c’est l’Eglise elle-même qui se charge de définir, de cerner et de limiter la déconfessionnalisation.Comme par le passé, l’Eglise se pose en interprète de la volonté du peuple et elle entend définir elle-même comment séculariser et jusqu9 où séculariser.Et notre société est encore telle qu’on risque bien de ne pouvoir rien opposer à ce monopole de fait détenu par l’Eglise dans la définition de son role en éducation.Aussi progressiste que puisse paraître ce rapport des supérieurs de collèges classiques, il faut aller voir au-delà de l’apparence pour bien prendre conscience du fait que ce néo-cléricalisme n’est qu’une réaction défensive devant le bouillonnement des idées au Québec; il n’a rien d’tin mouvement spontané.L’Eglise' prend les devants et cède du terrain pour ne pas s’exposer à tout perdre plus tard.D’ailleurs, l’Eglise n’a plus les effectifs nécessaires à la domination quantitative de l’éducation; alors forcément, elle doit redistribuer ses effectifs stratégiquement, pour la défense des "valeurs chrétiennes”.La pastorale, la catéchèse, qui ont intégré les méthodes actives, seront le nouveau domaine de prédilection des clercs.II y a aussi les commissions qui travaillent sur de nouveaux catéchismes, lesquels remplaceront ces plaquettes morbides qui ont abruti tant de générations de Québécois.Il y a surtout "les parents”, ces pauvres oubliés qu’on est allé repêcher dans leurs foyers pour les lancer à la défense des valeurs essentielles de notre civilisation, de notre race, de notre culture.Les droits des parents, le cléricalisme traditionnel ne s’en est jamais formalisé, tellement l’Eglise était au-dessus de ces pauvres pécheurs, de cette pâte à sacrifices.Mais le néo-cléricalisme les a redécouverts, pour s’en faire un rempart contre les "forces laïcisantes”.Il faut bien préciser cependant que ces pauvres parents sont les victimes non pas de l’ensemble du clergé, mais des plus réactionnaires parmi les clercs, et aussi de ces "bedeaux”, laïcs qui n’ont jamais porté la soutane mais qui se sont mis aveuglément au service du Bien contre le Mal, c’est-à-dire de 63 tout ce qui est clérical contre tout ce qui est profane : le néo-cléricalisme, c’est aussi cela.Il ne faut pas oublier, en passant, les milliers de religieuses qui constituent le plus fort bastillon qui constituent le plus fort bastion ment.Cette nuée de filles mentalement emmurées sont encore assez nombreuses pour contrôler l’éducation de toutes les jeunes Québécoises.Et c’est peut-être l’activité cléricale la plus néfaste aujourd’hui, parce que les soeurs n’ont pas été atteintes aussi profondément que les secteurs masculins du clergé par "l’esprit du concile” et par la remise en question du rôle traditionnel de l’Eglise dans l’Education.Une telle situation risque de créer un déséquilibre très sérieux entre les garçons et les filles, au point de vue de la mentalité et du développement émotif.Le secteur le plus touché, d’abord par la remise en question du système d’éducation, ensuite par les réformes du néo-cléricalisme, c’est sans aucun doute les collèges classiques.On sait que les Collèges furent le moule à travers lequel a été fondue l’élite du Québec; c’est en bonne partie grâce à eux, sinon uniquement, que la bour-geoiserie anti-cléricale qui s’est manifestée de 1S00 a 1860 est disparue de la circulation après cette période.Et depuis, toutes les élites bourgeoises ont passé par les collèges, où on les a bien mis â la main de l’Eglise avant de les lâcher dans le monde.Les Collèges n’avaient pratiquement pas évolué jusqu’à la "révolution tranquille”.Mais depuis quelques années, c’est la panique; la fameuse Faculté des Arts de Laval a tenté de monter un cours classique quelque peu nouveau, avant que d’autres s’en mêlent, mais peine perdue; d’autres s’en sont effectivement mêlé.Ces étrangers -ont produit le "Rapport Parent” et ont recommandé l’établissement d’un réseau d’instituts polyvalents publics post-secondaires, qui deviendraient la voie d’accès aux Facultés universitaires.C’est sur cela que se fit la levée des boucliers, la mobilisation générale pour la defense des humanités et sur-tout de ''l’humanisme”; suprême paradoxe : un système à aliéner l’homme qui défend l’humanisme î Les défenseurs des collèges privés, nombreux et acharnés, se sont battus haut, fort et longtemps, avant de se rendre compte qu’ils seraient vraiment obligés de changer quelque chose.On leur a proposé de s’intégrer aux régionales et de se grouper avec les autres institutions pour faciliter la « naissance des Instituts.Evidemment, les Collèges ont rechigné : ils n’étaient 64 tout de même pas pour se mêler au secteur public.Il aurait fallu qu’on leur garantisse que les Instituts se formeraient autour d’eux et qu’ils les contrôleraient.Mais ce n’était pas du tout ce ciue proposait le Rapport Parent.Depuis, plusieurs collèges sont devenus, unilatéralement (c’est-à-dire en faisant fi de toute planification nationale de l’enseignement post-secondaire), des f'Colleges Universitaires”.Les Jésuites ont même essayé de devenir une Université.D’autres collèges se sont cantonnés au collégial, d’autres ont fermé leurs portes .Bref, c’est encore la panique et le fouillis.Aujourd’hui, après quelques années de luttes acerbes, le néo-cléricalisme s’est manifesté sous ses deux formes : 1 ° un certain progressisme, dans le rapport des supérieurs dont on a parlé tantôt et 2° un intégrisme certain, dans les associations parents-mai très dont on ne parlera plus beaucoup, tellement leur dévouement aveugle à la réaction cléricale est évident.Aujourd’hui aussi, on ne sait pas encore exactement ce que l’avenir réserve aux Collèges.Déjà, il y en a environ vingt-cinq qui ont profité du système d’affiliation avec les régionales, système de compromis trouvé pour débloquer la marche vers l’organisation d’un secondaire et un post-secondaire publics.Il est bien à craindre que les Collèges réussissent à saboter le Rapport Parent de façon telle qu’on ne puisse plus parler vraiment d’une démocratisation du système d’éducation au Québec.Même s’il y a eu évolution chez les Collèges, cette évolution ne peut que démontrer d’une façon éclatante le bien-fondé de l’hypothèse suivante : tout cléricalisme, néo ou non, est aussi réactionnaire qu’il lui est possible de l’être sans attirer la méfiance des citoyens en général.Quand il peut bloquer complètement une réforme, il le fait : 1879, tentative de création d’un ministère de l’Education.Quand il ne peut pas, il l’accepte le moins possible : le syndicalisme ouvrier, de 1S60 à 1890, le Bill 60 en 1962 etc.Et quand il est pris dans un mouvement de réforme générale, il passe alors à l’attaque et propose lui-même ses plans de réformes, avant que les plus progressistes ne s’en mêlent trop : rapport des supérieurs de Collèges.Ce faisant, le pouvoir clérical se donne une image moderne et progressiste, tout en réussissant à freiner, au prix de quelques concessions, une évolution majeure ou une révolution.C’est l’histoire abrégée du cléricalisme au Québec, et aussi du néocléricalisme aujourd’hui.domaine socio-politique Sous ce titre, je veux couvrir les organes d’information, les mouvements, groupes, rassemblements et autres moyens à la disposition des clercs, ou de l’Eglise, pour faire passer leur influence.On a déjà expliqué au début que l’Eglise et le clergé ne pouvaient plus transmettre inconditionnellement leurs schèmes de pensée et leurs conceptions; le développement des communications et la masse des informations accessibles à tous ont fait crouler les murs de la paroisse traditionnelle et balayé pour une bonne part l’ignorance qui était le principal atout du clergé pour dominer les consciences; par ignorance j’entends "juste assez” d’instruction et de curiosité pour ne pas être complètement illettré, ou encore "beaucoup d’instruction”, en autant qu’elle soit selon la volonté de l’Eglise et dispensée sous la haute surveillance des clercs.Ce mouvement s’est accéléré considérablement depuis 1960, et aujourd’hui les moyens de 1955 sont tout à fait dépassés.Les anathènes ne suffisent plus : il faut se servir des moyens modernes de propagande et d’infor- mation pour atteindre l’esprit des gens.Le prône et les sermons n’ont plus l’importance d’il y a seulement dix ou quinze ans.La pratique religieuse a baissé énormément, surtout chez les jeunes, et tout le monde sait maintenant qu’il y a des choses importantes à part la religion, et même plus importantes parfois; la science et le bien-être en sont, les loisirs et la mode aussi.L’Eglise doit lutter contre les, innovations, ou encore les intégrer, mais elle ne peut plus les écarter tout simplement en les condamnant.Elle doit soigner son image, un peu comme les entreprises qui dépendent de l’attrait qu’elles exercent sur le public.Pour influencer les consciences donc, le pouvoir clérical doit, d’une part se servir des "mass média”, d’autre part mettre sur pied des groupes de pression et déléguer des représentants auprès des mouvements et du public pour entretenir son "public image”.Il doit aussi transformer complètement son attitude vis-à-vis l’apostolat des laïcs ; la crise de l’Action catholique est le signe d’un chambardement certain des relations entre la hiérarchie et l’avant-garde des laïcs militant dans les mouvements de propagande catholique.% 66 / » • » f f » nr i* •• Cote mass-media , 1 Eglise a saisi depuis assez longtemps déjà l’impor-tance des journaux, du cinéma, de la T.V.et de la radio.D’ailleurs au Québec, il y a toujours eu plusieurs "rands journaux soumis directement I ’ au contrôle de la hiérarchie, ou encore suivant aveuglément les positions et le- enseignements de l’Eglise.(L’Action catholique, La Vérité, Le Nouveau Monde, l’Evénement, etc.) Ce qui est relativement nouveau c’est l’apparition de revues de combat, créées et dirigées (ouvertement ou en sous-main) par des groupes cléricaux indépendants de la hiérarchie : "Aujourd'hui-Québec” pour les intégris-tes-facistes, et "Maintenant” pour l’aile gauche des catholiques du Québec, revue plutôt social-démocrate.Les Jésuites ont "Relations”, mensuel réactionnaire et "Actualité”, revue a tirage élevé pour la famille, non moins réactionnaire.(Cette dernière revue ne peut pas être dite "de combat”).De plus, une multitude de journaux de province sont nettement orientés sur l’évêché.Ce qui laisse l’Lglise en très bonne position, côté imprimés.D’ailleurs, l’ensemble des communautés religieuses et des ordres religieux ont un matériel d’imprimerie qui ferait rougir d’envie Lord 1 hotnson of Fleet lui-même.On noie le Québec sous un flot d’annales, brochures, calendriers, images, campagnes de souscription, etc.Sauf pour "Maintenant”, la révolution tranquille ou le "bon” néo-cléricalisme, n’ont pas tellement ébranlé cet empire de la propagande cléricale : c’est là un obstacle majeur qui se dresse devant tous ceux, clercs ou laïcs, qui veulent se débarrasser du cléricalisme traditionnel.Pour la T.V.et la radio, les manifestations sont moins évidentes.Il y a quand même un bon groupe d’évêques et de clercs "sans-grade” qui suivent ou ont suivi des stages de familiarisation avec ces techniques de communication.Il y a aussi des émissions religieuses à la T.V.et à la radio, dont quelques-unes sont nettement modernes et progressistes, où on discute ouvertement et "sereinement” n’importe quel problème.(Ryan sera content de voir que la sérénité fait des adeptes).Il y a enfin ces émissions-marathon où le père machin-truc répond à toutes les questions, chaque jour et sur une bonne période de temps.Bref, les clercs se débrouillent bien de ce côté-là.Assez bien, même, pour rétablir à la moderne, par des méthodes plus subtiles et ingénieuses, les enseignements traditionnels.On est 67 plus psychologues, on prend la peine d’expliquer en long et en large ce qu’on imposait d’autorité il n’v a pas si longtemps.Mais c’est quand même être privilégié de la belle façon que de pouvoir disposer de tels moyens.Le pouvoir clérical se justifie en disant que l’immense majorité est catholique au Québec et qu’elle a besoin, qu’elle demande même, d’entendre la bonne parole.Mais comment cette "immense majorité” pourrait-elle choisir autre chose, quand elle a été forgée par le cléricalisme, quand on lui a bourré la tête de besoins cléricaux, quand surtout c’est toujours l’Eglise qui s’est donnée comme l’interprète des besoins du peuple.L’Eglise nous fait le raisonnement suivant : la grande majorité est catholique; or nous sommes l’Eglise; donc nous représentons nécessairement la volonté de la grande majorité.Quand les concepts même de laïcité et de libre-conscience sont étrangers aux "fidèles”, parce que l’Eglise les en a préservés, comment veut-on qu’ils conçoivent des besoins autres que ceux qu’on leur a inculqués, que ceux qu’on leur a imposés même ?C’est tout le problème du conditionnement.Et au moment où il se produit un réveil social, un bouillonnement des idées, un éclatement des murailles qui cachaient la réalité, c’est le rôle objectif du néo-cléricalisme de moderniser le contrôle de l’Eglise sur les consciences, de ménager la transition entre un pouvoir clérical autoritaire et sclérosant et un pouvoir clérical modernisé, subtilisé, électronisé.Et le temps d’arriver à maturité, on risque de se retrouver avec une omniprésence cléricale intégrée aux nouvelles structures et au nouveau modus vivendi, avec la bénédiction du pouvoir politique, aussi démissionnaire qu’au-paravant.Evidemment, il ne faut pas dramatiser : ça ne sera jamais plus comme il v a 10 ans ! Mais est-ce un / critère d’acceptabilité ?Non ! Car il ne faut jamais oublier que le pouvoir clérical, néo-cléricaliste ou non, est un frein en soi et qu’il tend tout naturellement à perpétuer son contrôle et ses privilèges.Quelle que soit la forme qu’il prend, quelle que soit l’image qu’il se donne, il reste en définitive un pouvoir conscrvatiste, qui se transforme pour ne pas disparaître, qui accepte une certaine évolution pour empêcher une évolution plus poussée.Une autre manifestation du néo-cléricalisme dans le domaine sociopolitique, c’est l’apparition de "corps intermédiaires” suscités par des clercs mais laissés aux mains de laïcs.C’est 68 V V ¦ la mode de "Inacceptation par le laïc Je nis responsabilités an sein de l’Eglise’’.C’est aussi la manifestation de cette obligation nouvelle qu’a l’Eglise de faire pression sur l’Etat à l’aide de mouvements agissant "démocratique* ment".On a déjà mentionné les asso-dations parents-maître et on sait à quoi s’en tenir à leur sujet : ce sont des croupes de bons parents inquiets de la santé religieuse de leurs enfants, effravés des atteintes de l’Etat à leurs ?"droits des parents’’ nouvellement découverts; on sait trop bien que c’est le conditionnement clérico-religieux »^ qui porte ses fruits, et que des clercs machiavéliques (parce qu’il y en a) se servent de ces associations pour faire obstacle aux projets de réformes de l’Etat, "ce pouvoir profane qui voudrait subordonner le spirituel au temporel”.C es associations de parents, inté-cristes bien inconsciemment tellement on les a aliénés, représentent le plus grand obstacle à la réforme du système d’éducation présentement.Et le danger est d’autant plus grand que le gouvernement Johnson est plus sensible aux volontés des "grandes majori-tes", qu’il est disposé à se prostituer de la belle façon pour conserver le pouvoir.au sein du clergé L’Eglise c’est d’abord une hiérarchie, mais elle est quand même composée d’individus agissant et pensant.La "révolution tranquille” a fait son oeuvre au sein du clergé aussi.Sans compter "l’esprit du Concile” qui a beaucoup contribué à rappeler aux clercs qu’il n’y avait pas que des choses immuables dans l’Eglise.Plusieurs clercs, individuellement ou en groupe, ont soudainement pris conscience de plusieurs anomalies dans la doctrine de l’Eglise et dans ses positions sur plusieurs questions morales, politiques et sociales.Ce phénomène n’est pas particulier au Québec, à preuve, l’appel qu’a dû faire Paul VI à l’esprit de discipline du clergé, à l’obéissance envers les supérieurs, et surtout à la fidélité aux enseignements de l’Eglise.Cet appel fut une conséquence directe des débats sur la limitation des naissances, sur la morale sexuelle, et sur le célibat des prêtres.Même s’il n’est pas particulier au Québec, ce phénomène y prend une ampleur particulière du fait que notre société a vu ses croyances traditionnelles fortement ébranlées en l’espace de quelques années, même si on ne doit pas considérer comme révolu tout le passé traditionnel du Québec.Sur- 69 tout, l’Eglise du Quebec a de quoi s’alarmer, devant la va^uc de '"retours à la vie laïque” qui a balayé les rangs de ses effectifs depuis quelques années et qui continue encore d’exercer ses ravages, sans compter les "vocations” qui se font rares.Je me rappelle cet interview d’un prêtre défroqué, qui reprochait à la religion catholique actuelle de chercher à sortir l’homme de sa nature, de chercher à le surnaturaliser parce que dans le fond» elle n’accepte pas l’homme.Pour lui, cette attitude anti-humaine de l’Eglise ca-tholique est inacceptable.Il y a eu aussi, dernièrement, cette lettre d’un prêtre, dans "La Presse”, déplorant le fait que l’Eglise ne fasse pas la distinction qui s’impose entre la fonction sacerdotale et la vocation religieuse, ce qui a pour effet de barrer aux prêtres la voie de l’amour humain.(3) Le père Harvey, de la revue "Maintenant” (4), a pris la relève dans ce débat sur le célibat des prêtres.Ces quelques faits démontrent jusqu’à quel point certains individus-clercs se révoltent contre des positions ou des attitudes traditionnelles de l’Eglise.n Plusieurs ont préféré quitter les rangs du clergé ou même l’Eglise.Plus récemment, on a assisté à l’éclatement d’un conflit profond entre l’Episcopat et l’Action catholique canadienne, conflit entraîné par la question de la participation des laïcs à l’élaboration des plans d’action et surtout par la question de l’autorité de la hiérarchie sur les militants catholiques.En somme, il y a des débats profonds au sein du clergé lui-même.Ce phénomène est assez intense et as-sez généralisé pour accélérer le passage de l’Eglise du conservatisme au progressisme, mais pas assez généralisé encore pour mettre l’Eglise du côté des forces progressistes.Et c’est justement dans cette optique qu’il est important de faire la distinction entre la hiérarchie et les individus-clercs.Il y a assez d’individus-clercs qui sont progressistes pour faire évoluer l’Eglise et provoquer des débats sur clés questions fondamentales, mais pas assez encore pour rendre le pouvoir clérical acceptable dans une société qui vise à rendre les hommes conscients de leurs responsabilités sociales et humaines avant toute autre considération.Le néo-cléricalisme (pas celui d’Aujourd’hui-Québec et des associations parents-maîtres, mais l’autre,) c’est d’ailleurs, pour une bonne part, cette minorité de clercs-progressistes et de laïcs d’avant-garde qui le soutiennent; l’Eglise elle-même est encore bien loin de ce progressisme et même 0 si elle se donne une nouvelle image, elle n’en continue pas moins de faire tout ce qu’elle peut pour conserver son pouvoir sur les consciences.Elle n’abandonne que ce qu’elle est forcée d’abandonner, sous peine de verser carrément dans la réaction de type Aujourd’hui-Québec, ou encore ce qu’elle est disposée à sacrifier dans le but de mieux s’installer dans les nouvelles structures avec une nouvelle image et une puissance modernisée.11 n’en reste pas moins que les clercs-progressistes ne doivent pas être mis dans le même sac que le reste de la cléricalité.C’est déjà ça.Ees abbés Dion et O’Neil, dans le temps, ont secoué beaucoup d’esprits apathiques devant l’écoeuranterie Du-plcssiste.L’abbé Villeneuve, au Lac St-Jcan, est une sorte de révolutionnaire, un peu naïf et gueulard, mais courageux.Le frère Untcl a donné un bon coup de pied à la possession tranquille de la vérité.D’autres individus-clercs vont assez loin dans les réformes et la révolte, comme ce curé de Là-chute et ces vicaires d’ailleurs qui dénoncent résolument l’exploitation des ouvriers.Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens avec l’abbé Grand’-Maison, est un organisme para-syndical qui se range lui aussi du côté des forces progressistes.Toutes ces activi- tés, bien que cléricales ou inspirées par des clercs, contribuent au réveil social.Mais c’est là l’avant-garde progressiste des catholiques québécois, telle la communauté des chrétiens du campus de l’Université de Montréal.Ce genre de manifestations est assez progressiste pour nous permettre de penser que la religion n’est pas nécessairement incompatible avec une société juste, libre, moderne et humaine.Il reste à cette avant-garde chrétienne à s’imposer dans l’Eglise, pour faire en sorte que le Dieu cana-dien-français ne soit pas un obstacle à la réalisation de l’homme québécois.Dans le domaine des manifestations nouvelles au sein du clergé d’aujourd’hui, il convient de s’arrêter un peu sur un phénomène assez courant : la justification de l’intervention cléricale dans plusieurs secteurs de l’activité sociale par l’argument que "les clercs sont des citoyens comme les autres”.Je pense précisément à la réponse que le.père Brouillé, s.j., faisait à la radio il y a quelque temps, à un journaliste qui lui demandait pourquoi les Jésuites entretenaient un périodique d’information comme "Activités”.C’est exactement la justification qu’il a apportée : "les clercs sont des citoyens comme les autres, et ils ont donc le droit de faire de l’infor- 71 mation.” C’est de l’hypocrisie î Primo: quand un groupe de Jésuites font de l’information, v e n’est pas en tant que citoyens comme les autres.Ils le font # en tant que Jésuites, pour poursuivre des buts définis par des Jésuites qui participent du pouvoir clérical.Se-condo : et surtout, ils ne peuvent pas être objectivement des citoyens comme les autres, quand le public auquel ils s’adressent a été sous la direction des clercs durant toute sa vie, quand le rôle et la nature même des clercs ont été valorisés à un degré obsédant, quand les clercs se sont imposés comme les représentants du Dieu qui est le maître suprême des consciences, quand ils ont défini pour tout le monde les règles du Bien, du Mal et de la vie sous tous ses aspects.Quand ils font de l’information, ils y ajoutent tout le poids du pouvoir religieux; ils subjuguent encore à un degré élevé les individus ou groupes auxquels s’adressent des revues comme "Relations” et "Actualités”.C’est le coeur du problème clérical qui est représenté dans ce phénomène: les clercs devraient effectivement être des citoyens comme les autres, mais ils ne le sont objectivement pas, à cause justement de ce pouvoir clérical qui a.confiné au totalitarisme par le passé, et qui est loin d’être neutralisé encore aujourd’hui.Quand le père Brouillé donc, et beaucoup d’autres comme lui, se donnent comme des citoyens à l’égal des autres, ce n’est malheureusement pas vrai.C’est de la fausse représentation : ils jouissent encore de trop de privilèges, ils ont encore un pouvoir trop grand sur les consciences pour aspirer au rang d’égaux.Ils se sont sacralisés eux-mêmes, et de ça ils ne peuvent se défaire comme d’un manteau.D’ailleurs, leur ^ • • ' activité même contredit leur prétention : ils se proposent comme égaux alors même que par leurs instruments d’éducation, de propagande et d’information ils cherchent à conserver le plus possible de leur domination sur les consciences, à conserver les privilèges grâce auxquels ils se sont posés au-dessus des autres.Le père Montminy disait dans une causerie, / le 7 novembre dernier, que celui qui "fabriquait le sacré” jouissait d’une autorité qui dépassait largement sa sphère propre.Le père Montminv parlait alors de la prise de conscience de l’état de crise que traverse présentement le statut social des clercs.Il semble que cette crise est le résultat objectif de révolution sociale qui a provoqué le phénomène néo-clérica-liste.Les clercs sont f'déchirés” entre deux époques : L’époque passée où la 72 profession cléricale conférait un statut social privilégié, une autorité morale et sociale très poussée; cette époque n’est pas encore vraiment révolue d’ailleurs, surtout dans les campagnes et les petites villes.Et l’époque virtuelle où le clerc serait réellement un citoyen comme les autres, exerçant purement et simplement une fonction, sacerdotale pour les séculiers, contemplative et retirée pour les autres.En d'autres termes, dans cette société, les clercs appartiendraient au secteur "services” de la société, sans plus ni moins de privilèges que les autres services.Nous avons déjà dit qu’on ne peut considérer le "pouvoir clérical” comme un bloc homogène, aujourd’hui encore moins que jamais.Et cette lutte entre les conservatistes et les progressiste au sein même du clergé est le moteur d’une évolution du pouvoir clérical dans son ensemble.Il reste à savoir si cette évolution ira assez loin pour devenir révolution et rendre l’Eglise acceptable dans une société comme celle que nous voulons pour le Québec.Déjà l’Eglise en plus de changer son image, est aussi plus réaliste dans ses objectifs; il n’est plus question de convertir l’Amérique au catholicisme, ni meme de préserver jalousement l’homogénéité religieuse du Québec.Elle cherche essentiellement à limiter les dégâts de la déconfessionnalisation en acceptant de plein gré une certaine forme de non-confes-sionnalité dans les structures.Dans le même sens, les clercs sont appelés à donner de l’efficacité à leurs fonctions, en les repensant dans l’optique d’une meilleure répartition de leurs effectifs en vue de se mettre en position d’influence au sein des nouvelles structures (scolaires surtout), et aussi en remaniant profondément leur approche et leurs méthodes pour les a-dapter aux impératifs d’une pédagogie active, d’un système polyvalent, et d’une société qu’enfin ils acceptent comme pluraliste.Leur notion de pluralisme est cependant discriminatoire, car elle conduit à catégoriser les dissidents comme minoritaires qu’il faut tolérer, alors que la notion d’une véritable société pluraliste implique tout le contraire, c’est-à-dire faire totalement abstraction de toute idéologie religieuse pour mettre les institutions civiles au service de tout le monde, et non pas redistribuer les privilèges en tc&ant compte des minorités religieuses.Il est complètement anormal de classer des citoyens comme marginaux à partir de considérations reli- 73 gieuses qui ne doivent pas entrer en ligne de la société civile.(6) conclusion normalement compte dans Cette analyse du néo-cléricalisme, sans recul historique, est manifestement empirique.Mais elle tire quand meme son intérêt de l’histoire; en effet, l’histoire du Québec, depuis 1760, nous montre l’Eglise du Québec constamment du côté du conquérant, de la réaction et du conservatisme.Qu’en est-il, ou plutôt qu’en sera-t-il du néo-cléricalisme ?Le déblavage / « * effectué par Luc Racine dans un texte au début de ce numéro, apporte déjà un embryon de réponse; mais cet embryon représente à peu près tout ce qu’on peut avancer présentement : la majorité des membres du clergé est en période de flottement, sur la clôture entre le conservatisme traditionnel et le progressisme.L’histoire nous montre le pouvoir clérical au Québec constamment abouché avec le colonialisme, avec ce qu’il appelait fTautorité légitime”.Le néo-cléricalisme n’a pas résolu cette ambiguïté historique de la position de l’Eglise sur le colonialisme au Québec.D’un côté, il y a la hiérarchie qui a partie liée avec le pouvoir colonial.D’un autre côté, l’Eglise est drô- lement impliquée dans le nationalisme chauvin qu’a toujours manifesté le Québec et qui a même confiné au fascisme vers les 1930-1940.Toujours w cependant l’Eglise s’est retrouvée du côté du pouvoir.Mais aujourd’hui, on ne sait pas exactement oïi se situera le pouvoir dans quelques années, et c’est assez embêtant pour le pouvoir clérical de pencher d’un côté ou de l’autre.11 est toutefois probable qu’il va se coller à la bourgeoisie nationale cette fois-ci, pour essayer de ne pas manquer le bateau.C’est une limitation objective au néo-cléricalisme.Il n’est pas superflu ici de faire encore une fois la distinction entre l’Eglise prise dans son ensemble, et les individus-clercs.Il est arrivé quelquefois que le bas-clergé n’ait pas suivi la "hiérarchie” dans ses tractations avec le pouvoir colonial : en 1837, en 1942-1943-1944 lors de la crise de la conscription.Et aujourd’hui, il semble que les individus-clercs aient acquis encore plus d’indépendance \ is-à-vis la "hiérarchie”.Ce qui fait qu’on rencontre des clercs de gauche, du centre et de droite, des clercs indépendantistes, Etats-Associés, et fédéralistes.Et beaucoup de clercs aussi qui ne savent pas quoi penser, tout comme plusieurs laïcs.Cependant, il sem- ble evident que la hiérarchie est gagnée à l’ordre politique établi.Ce qui produit l’ambiguïté d’une Eglise de tradition autoritaire, centraliste et tout le tralala, composée d’individus qui sont de moins en moins assujettis à l’autoritarisme et à la tradition.Cet-te situation pose elle aussi une limite au néo-cléricalisme, en ce sens que la majorité des clercs ne peut aller contre les positions du haut-clergé sans par le fait même secouer durement l’Egli-se catholique au Québec.Donc, il ne faut pas s’attendre à un apport positif du néo-cléricalisme dans la décolonisation, et on peut même dire que sa paralysie joue dans le sens négatif à cause de l’autorité que le clergé commande sur le peuple, héritage du passé qui ne peut être neutralisé du jour au lendemain.l'ambiguïté fondamentale Si on fait la somme des observations précédentes sur les nouvelles attitudes du pouvoir clérical au Québec, nous pouvons certes dégager des conclusions générales.11 apparaît hors de doute que le néo-cléricalisme représente objectivement un obstacle à la révolution qui ferait accéder le Québec au statut de communauté politique autonome, maîtresse de son économie et essentiellement humaine et laïque dans ses objectifs et ses institutions.On doit reconnaître que même si l’Eglise admet dans le vocabulaire les besoins nouveaux d’une société moderne, industrielle et pluraliste, les revendications des organes du pouvoir clérical nient dans les faits, ou du moins limitent terriblement les nouvelles valeurs proposées à une société en période de redéfinition ; ces nouvelles valeurs, on les retrouve dans le Rapport Parent pour une part, et d’autre part dans les revendications de groupes sociaux ou politiques qui visent à une démocratisation radicale des institutions sociales et du jeu politique.On a déjà explique que les clercs sont disposés à réarranger les structures du pouvoir clérical, à abandonner certains objectifs traditionnels et certains enseignements périmés, à refaire leur image, mais le résultat c» w objectif de ces manifestations néo-clérical istes est quand même de transposer dans les nouvelles structures sociales une bonne partie des attributions indues et du pouvoir extravagant qu’ont exercés les clercs dans les structures traditionnelles.Et nous sommes présentement dans une situation dangereuse.D’un coté, le néo-cléricalisme présente un visage assez progressiste pour convaincre une grande partie de la population de sa 75 conversion à la révolution tranquille, au modernisme et à la démocratie véritable.D'un autre côté, ce néo-cléricalisme a, dans le gouvernement Johnson, un allié qu’il n’espérait meme pas il y a quelques mois seulement, allié qui est lui-méme enclin à freiner l’évolution qu'il juge trop rapide, et à garantir au "valeurs chrétiennes essentielles’’ une place officielle et subventionnée au sein des institutions issues des réformes en cours.Et pour couronner le tout, les forces de gauche, surtout celles qui luttent pour la décléricalisation et la déconfessionnalisation, sont prises pas mal au dépourvu.Les forces cléricales, elles, ont déjà proposé des alternatives concrètes, pratiques, stratégiques au système traditionnel, alors que rien de concret, de structuré, n’a encore été proposé comme alternative par la "gauche laïque”.Ces trois facteurs réunis justifient le tabl eau pessimiste que nous brossons de la situation actuelle de la révolution laïque au Québec.A moins d’une réaction rapide et radicale des forces laïques, dans le sens d’une contre-attaque appuyée sur des analyses sérieuses de la réalité actuelle et par des définitions et des propositions élaborées faisant contre-poids aux positions du néo-cléricalisme, il est tout à fait probable que nous assisterons à une autre éclipse des forces d’opposition au cléricalisme ; à peu près chaque génération a tenté de remettre en question le cléricalisme, depuis 150 ans, et à chaque fins, le pouvoir clérical s'est montré le plus fort, le plus combatif et le mieux organisé.11 ne faudrait pas que ça se reproduise encore une fois.Présentement, les clercs ont le monopole des définitions de situation et des propositions de réforces.Et l’allure progressiste de ces réforces, mais nch-Icmcnt l’allure, risque bien d’étouffer les critiques et les revendications dans la population.C’est pourquoi la gauche doit passer à l’attaque.Le "teach-in” du MLb et le colloque /Hirti pris.qui se tiendront à l’Université de Montréal le 2 décembre, peuvent f.iire beaucoup pour relancer la lutte.Même si on sait bien qu’il n'y a rien d’un complot mûri et secret de l’ensemble des forces cléricales pour tuer le progrès, ça ne change rien aux effets objectifs du néo-cléricalisme qui sont d’empêcher l’accès du Québec a un statut de société civile de A à /.Ajoutons aussi que la neutralisation de l’influence cléricale aiderait gran- • * dement à la prise de conscience révolutionnaire des travailleurs du Québec, en faisant disparaître une de leurs principales aliénations.Que les clercs 76 du néo-cléricalisme travaillent consciencieusement an bien commun, ce n’est pas impossible, mais le problème c’est que leur conscience est drôlement conditionnée à ne voir le bien commun que dans les valeurs chrétiennes et sous la surveillance protectrice de l’Eglise.Que certaines manifestations du néo-cléricalisme constituent un progrès, ça aussi c’est possible, et c’est pourquoi d’ailleurs il ne faut pas rejeter indistinctement toutes les ré-forines proposées par les clercs.Il s’agit bien, comme l’a déjà précisé Luc Racine, d’avoir vis-à-vis ce réformisme la même position que vis-à-vis tout autre réformisme : un appui critique, démontrant l’insuffisance de ces mesures.F;n d’autres mots, il faut savoir çue même quand le néo-cléricalisme réforme et qu’il réveille un peu la population, il demeure en même temps une entreprise objective de limitation du progrès social véritable et poussé jusqu’à ses conséquences logiques : un Etat du Québec socialiste, indépendant et laïque.gaëtan tremblay RENVOIS (1) DION Léon : “Le Bill 60 et le publie’’ Cahier de l’I.C.E.A.no I, 1966.(2) Le Devoir.13 octobre 1966.(3) La Presse, 15 octobre 1966.(4) “Maintenant*’, octobre 1966.(5) Le Devoir, 8 novembre 1966.(6) Le terme de “neutres” qu’on accole aux non-croyants est des plus faux et des plus abjects : il n’y a pas de citoyens moins neutres que ceux qui ne tiennent pas compte des facteurs religieux; en fait, ce sont les seuls citoyens qui sont dans la norme d’une société civile.Il n’y a rien de plus positif que les facteurs humains dans une société civile, et ce sont les seuls que les non-croyants considèrent.Ça revient à ceci : ceux qu’on appelle “neutres” sont en fait les “positifs”.C’est le reste qui est “négatif”, parce qu’il se maintient à coups de privilèges.C’est comme pour le terme “séculariser”, tout aussi faux.Le vrai terme, c’est “décléricaliser”, car la norme c’est dêtre séculier et non pas dêtre clerc.77 document prochain épisode ou lautocritique d une impuissance miche! bernard Un an après avoir été publié au Québec le roman de Hubert Aquin, Prochain Episode, vient de paraître en France.Les critiques que j'ai pu en lire, qu'elles fussent élogieuses ou sévères, ont manifesté une fois de plus l'incompréhension profonde du contenu d'une oeuvre québécoise en France.On s'en était déjà aperçu récemment à propos du roman de Marie-Claire Blais, Une saison dans la vie d'Emmanuel, porté aux nues pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'oeuvre.C'est l'assommer sous le pavé de l'ours que de comparer la très chère aux Barbey d'Aurevilly et autres Villiers de l'isle Adam sans rien saisir de l'extraordinaire réalisme (réalisme symbolique bien entendu) de cette atroce description phénoménologique de la condition québécoise aliénée, écrasée sous le poids de tabous, d'autant plus féroces qu'ils sont en train de pourrir.(L'odeur d'une viande qui se décompose est proprement insoutenable).Entre parenthèses, un malentendu analogue avait éclaté au Québec voici quelques années, lorsque M.C.Blais avait publié La Belle Bète.Je m'étais naïvement étonné à l'époque des jugements portés sur l'oeuvre par toute une partie de I'intelligentzia gauchisante (pardon pour le pléonasme !) québécoise qui subodorait dans le symbolisme de La Belle Bête — sans doute parce que je ne sais plus quel bon Père et quel critique canadien anglais traditionaliste la patronaient — des relents de spiritualisme décadent et réactionnaire.Ce faisant, on oubliait tout bonnement d'analyser le livre lui-même qui, sous ses apparences de cruelle féerie désincarnée, et quelles que fussent les intentions de l'auteur, racontait innocemment le pourrissement, la mort du vieux-Qué-bec-où-rien-ne-change.Que le livre ait pa- 78 ru au moment même où prenait fin la grandissime carrière de l'honorable Monsieur Duplessis prouve tout simplement que les écrivains peuvent parfois porter un regard aigu et révélateur sur la réalité sociale qui les entoure, leur fonction n'étant pas de la réfléter (les auteurs médiocres, amateurs de tranches de vie saignante ne font que cela) mais d'en exprimer les structures significatives, de montrer à l'oeil nu les tendances les plus profondes de cette réalité, structures, tendances qui, la plupart du temps, demeurent invisibles au spectateur superficiel.Dans cette opposition d'une littérature révélatrice des structures à une littérature reflet, on aura reconnu sous une forme schématique et nécessairement sommaire, quelques-uns des thèmes d'un Lucien Goldmann.Et sans doute faudrait-il nuancer, sans doute peut-on contester tel ou tel point précis des théories ou des méthodes goldmaniennes, leur reprocher certains dogmatismes ou certaines rigidités d'application parfois.Reste que I on conteste et que l'on contestera de moins en moins la nature du rapport qui lie l'oeuvre authentique aux structures sociales, (en admettant bien entendu que le rôle de l'écrivain est souvent de prophétiser, je veux dire, de saisir dans les structures actuelles les éléments d'une structure en train de se faire et dont il devance l'apparition en construisant son modèle.) Par là même, la critique rompt aussi bien avec la tradition sor-bonnarde qui cherche à expliquer l'oeuvre par le jeu de la biographie et des influences littéraires reçues, (mille influences, a supposer qu'elles soient prouvées, ne font pas une oeuvre de même que mille imbéciles comblés ou trahis par leur belle ou souffrant d'un complexe d'Oedipe rentré n'écriront pas Faust ou Hamlet), qu'avec une tradition marxisan-te déformée et sclérosée qui réduisait l'oeuvre à l'état de reflet, de copie délavée des phénomènes de la réalité la plus superficielle.Après ce périple, revenons à notre Hubert Aquin aux prises avec la critique française.Il paraissait difficile de parler de son livre sans faire au moins de larges allusions à la situation politique du Québec, aux agissements du F.L.Q.et des séparatistes.Il parait que ces choses ou bien sont inconnues ou bien sont ennuyeuses aux yeux de certains critiques puisqu'ils ont négligé d'en parler, tout occupés qu'ils étaient à situer Hubert Aquin par rapport à Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Claude Simon et tutti quanti.Encore s'ils avaient cherché à expliquer la signification de la forme en l'occurence employée par Aquin ! C'était leur demander beaucoup, il leur suffisait d'avoir épinglé et classé sur la planche 79 à papillons une espèce rare, "le nouveau roman canadien".Fermez l'album.Musique et digestion tranquille du critique qui va se taper son café ou son Cinzano bianco bien tassé, et de la lectrice fidèle qui lit le maître le soir à la chandelle entre deux regards vaporeux sur la télé et papote sur la littérature du Canada Français le lendemain après-midi."Ah oui, ces canadiens il y en a qui parlent français et qui l'écrivent même ! Vous connaissez ce Paquin, ce raquin.Il parait que ce n'est pas si terrible.Mais on parle d'un Ducharme pour le Goncourt.Un Céline à l'état sauvage, à ce qu'on dit etc., etc., etc.) Revenons à Hubert et consolons-nous, consoloris-le ! Les critiques français ne sont pas seuls à être affligés de myopie galopante.Assurément, dans l'ensemble, Prochain Episode a été bien accueilli au Québec en son temps, certains articles revêtent même une forme dithyrambique.Cet ensemble dirai-je est déjà suspect.Et d'autant plus suspect que, sans s'être concertés, la plupart ont loué d'autant plus l'oeuvre qu'ils s'interdisaient davantage de l'analyser.— Pour être juste, notons que Gilles Marcotte, dans La Presse, a fait preuve de lucidité mais il n'a pas poussé l'analyse jusqu'au bout — Il semble que la plupart aient enfilé des gants avant d'examiner l'oeuvre d'Aquin, de la toucher, de la manier, i d'en caresser délicatement les contours, admiratifs qu'ils étaient du bel objet qu'elle constitue indéniablement.Mais surtout garde-toi de pénétrer à l'intérieur à supposer que ce soit possible, surtout garde-toi des poisons qu'elle contient.Soit dit en passant, il s'agit là d'une attitude de plus en plus fréquente à l'égard de l'oeuvre esthétique dans nos sociétés occidentales de consommation.Admirez mais n'ouvrez pas la boîte, des fois qj'elle vous péterait à la gueule 1 Tout ceci est de bonne guerre.Je m'étonne, ou pultôt, soyons sérieux, je feins de m'étonner, davantage lorsque je lis certains compte-rendus élogieux qu'ont publiés des amis politiques de l'auteur.Détachant de leur contexte des invocations lyriques à la Révolution, des incantations à la louange de la patrie québécoise identifiée à la femme aimée, ils se congratulent et s'exaltent en admirant le splendide message révolutionnaire du cher et grand camarade, tout en se gardant bien eux aussi de démontrer les mécanismes, d'analyser les structures de l'oeuvre.Faut-il les accuser d'une certaine paresse, d'une certaine fatigue, tous les héros, c'est bien connu, sont fatigués et les intellectuels plus encore que les autres.Ou tout simplement faut-il penser qu'ils ont eux aussi redouté d'ouvrir la boîte : "des fois que ça sentirait mauvais là dedans !" 80 Ma foi, on me pardonnera ces longs détours mais c'est bien là que je voulais en arriver.Cela n'enlève rien au talent d'Hubert Aquin, au contraire, mais enfin on ne m'otera pas de l'esprit que son livre exprime, avec un brillant et une efficacité dans la démonstration indéniables, un certain nombre de faits désagréables que beaucoup d'intellectuels de gauche préfèrent ne pas regarder en face.A ce propos encore une parenthèse ! J'ai exprimé des idées de ce genre à Hubert Aquin lors d'une brève conversation à Paris.Il a mis en doute mon interprétation, en m'assurant du caractère finalement positif et optimiste malgré tout du roman.J'en suis en partie d'accord dans la mesure où tout effort de lucidité est finalement un effet positif.De là à voir dans Prochain épisode un prélude aux lendemains révolutionnaires qui chantent, il y a un pas que je ne saurais franchir.De grâce, qu'on ne me dise pas que l'auteur a nécessairement raison, qu'il sait mieux que personne ce qu'il a voulu mettre dans son oeuvre.Je ne conteste pas qu'il puisse savoir ce qu'il a voulu mettre.Mais l'important n'est pas ce qu'il a voulu mettre mais bien ce qu'il a mis en fin de compte.Et, pour en juger, le lecteur attentif est aussi bien placé que l'auteur; mieux môme puisqu'il peut aborder l'oeuvre avec moins de présupposés.Ceci est le B.A.BA de toute critique structuraliste.Au lecteur de prendre le livre, et d'essayer d'en démonter la structure.C'est cette structure qui lui apprendra la signification du livre et non pas les déclarations de l'auteur à Radio-Canada ou à son amie de coeur (ou de collège).Ni même, ni surtout, les morceaux de bravoure lyrique qui truffent ça et là l'intrigue et qui n'ayant de sens que par rapport à l'ensemble masquent souvent la réalité pour qui ne demande qu'à être abusé.XXX Voyons donc le texte de plus près.Tout le livre mériterait une analyse détaillée.La place ici nous manque.Du moins pouvons-nous décrire les mécanismes principaux à partir desquels il sera possible de dégager quelques-unes des conclusions auxquelles aboutit nécessairement ce genre d'exercice.(Après tout c'est un jeu de société comme un autre.) On connaît le sujet.Schématiquement l'action peut se résumer de la façon suivante : Le héros enfermé dans sa chambre d'hôpital tente d'user le temps vide dont il dispose avant son procès (il a été arrêté à Montréal pour son action révolutionnaire) en essayant d'écrire un roman po- 81 licier.Dégagé de l'action il ne peut plus que rêver sa vie.Il évoque la femme aimée, K, connue à Montréal et aux bords du Léman.Déjà le roman à l'intérieur du roman se met en marche, imaginaire et mémoire se mêlant dans l'esprit du narrateur.Il est le héros d'un roman qui peut être sa vie passée élevée au plan du mythe dans une Suisse à la fois précise et mythique.Le héros a retrouvé à Lausanne K qui participe avec lui à l'action révolutionnaire séparatiste québécoise.Après une longue étreinte amoureuse dans une chambre de l'hôtel d'Angleterre (sic) K invite le héros à abattre pour le compte de leur organisation un banquier, Cari Von Ryndt, qui travaille contre eux et qui avec l'appui des polices est susceptible de geler les fonds que possède dans les banques suisses l'organisation.Le héros en fin d'après-midi quitte K qu'il doit retrouver le lendemain soir au même endroit, à la terrasse de l'hôtel d'Angleterre, après avoir exécuté Von Ryndt.Il part à la recherche de celui-ci, muni de quelques indications.Il suit sa trace sur les bords du Léman et trompe son attente en se grisant de vitesse au volant de son auto de course.En chemin Von Ryndt a changé d'identité, il se dissimule sous l'apparence d'un professeur belge d'Histoire ancienne, H.de Heust, que le héros retrouve finalement à Genève à 10 heures du soir, au sortir d'une conférence; peu après, le héros, qui suivait dans les rues le professeur et sa mystérieuse compagne, est assommé par surprise.Il se retrouve au matin prisonnier dans un château en tête-à-tête avec le professeur.Pour sauver sa peau, il joue le jeu du père - de - famille - ruiné-déprimé-ner-veux-aux-velléîtés-suicidaires.Le jeu lui réussit assez bien, il parvient à désarmer le professeur et même, avec une étrange facilité, à l'enfermer dans le coffre d'une auto au volant de laquelle il s'enfuit du château apparemment vide d'autre présence.Il est bien décidé à exécuter l'adversaire.Mais une fois de plus la griserie de la vitesse lui tient lieu d'action.Lrosque enfin, vers midi, dans le paysage littéraire de Coppet il veut tuer de Heust, celui-ci lui renvoie son image du pauvre type.De Heust se donne lui aussi pour un père - de - famille - ruiné-déprimé-ner- veux-aux-velléités-suicidaires ! Le ieu à & nouveau réussit assez bien pour suspendre l'action et permettre à une complice de de Heust, une femme blonde, d'intervenir.Le héros n'a que le temps de s'enfuir dans le bois.Il se remet de ses émotions en dégustant un déjeuner succulent au village voisin, puis revient récupérer l'auto abandonnée et se décide à retourner au château de l'adversaire, 82 où, pense-t-il, il pourra le surprendre avant de rejoindre K le soir à l'hôtel d'Angleterre.Il pénètre dans le château désert sans encombre, s'y installe à un poste de gué, mais l'attente se prolonge, avec elle l'angoisse, cependant qu'il est peu à peu fasciné par le décor dont s'entoure de Heust; il en vient à ressentir une sympathie fraternelle pour l'adversaire.Quand celui-ci arrive enfin, peu avant l'heure du rendez-vous avec K, le héros surprend une conversation téléphonique qu'a de Heust avec son amie, la complice blonde.Par une étrange coïncidence il se trouve que celle-ci a donné rendez-vous à de Heust sur la terrasse de l'hôtel d'Angleterre à l'heure même où K y attend le héros .Les deux adversaires échangent alors des coups de feu avec pour seul résultat une blessure légère( et d'ailleurs probable) de de Heust.Le héros s'enfuit et arrive trop tard au rendez-vous à l'hôtel où K lui a laissé un message.Elle l'invite à retourner à Montréal.Montréal où il retrouve une organisation démantelée et où lui-même se fera cueillir par la police.Ruminant l'échec, il se raconte l'histoire avec des si, imaginant une autre fin, imaginant l'acte libérateur, le coup de révolver révolutionnaire qui tuera de Heust dans le château et permettra au héros de retrouver vainqueur K sur la terrasse de l'hôtel d'Angleterre.XXX On a essayé de suivre dans ce résumé, le plus près possible le récit, sans omettre aucun chaînon de l'intrigue.A partir de là il paraît possible de dégager un certain nombre d'éléments incontestables.Le livre est méditation sur l'action révolutionnaire, action passée, action vécue, action imaginée tout à la fois, effort pour ressaisir cette action et lui trouver une signification.C'est le constat d'un échec dont on essaie de saisir les causes; d'où perpétuelle hésitation entre l'autojustication et l'autocritique; le récit est jalonné d'aveux d'une impuissance fondamentale à abattre l'adversaire, impuissance qu'on s'acharne à masquer de mille façons.Au niveau même de la forme, sans insister faute de place, notons le rôle de masque que joue déjà le procédé de peinture en abyme, (roman à l'intérieur du roman); de même tient ce rôle de masque l'écriture.Son vernis, son brillant, sa fièvre d'épithètes enveloppent une angoisse qui perpétuellement ressurgit.A un autre niveau, mais en vue des mêmes fins, les exercices d'exaltation lyrique, les frénésies imaginatives de l'écrivain lorsqu'il invente son roman d'espionnage et se figure dans la peau d'un James Bond ! 83 Autres masques de l'impuissance fondamentale, au niveau même de l'intrigue, les courses folles en auto de course par lesquelles le héros se donne l'illusion de l'action; et de même le repas copieux et arrosé qui le réconforte à Coppet après son échec dans le bois.Vont encore dans le même sens (il faudrait une analyse approfondie) les jeux de références littéraires.(Balzac genevois évoqué à la fois en tant qu'auteur de Ferragus, le conspirateur de génie, et en tant qu'auteur d'un mémorable fiasco auprès de l'Etrangère; de même l'allusion à Bonnivard le héros byronien qui n'est en fin de compte que le prisonnier de Chillon etc., etc., etc.) Pour tromper l'adversaire le héros peut bien mimer le personnage du pauvre type suicidaire, ce personnage au fur et à mesure que le temps passe, acquiert une certaine consistance jusquà devenir un miroir possible du héros.Quel est l'obstacle réel qui empêche le héros d'en finir avec de Heust ?Nous touchons au coeur du sujet.Quand il a commencé de poursuivre Von Ryndt le héros croyait avoir essentiellement affaire à un personnage anonyme symbole de ces doubles réalités que sont le pouvoir policier et le pouvoir de l'argent.Or ce symbole anonyme se transforme au cours de la journée jusqu'à devenir étrangement semblable au héros.Von Ryndt est la police et l'argent mais il devient aussi par son personnage de professeur de Heust, îa culture, la tradition, l'histoire passée, le confort intellectuel et esthétique.Dans sa folle poursuite, le héros a voulu atteindre le banquier policier; mais celui-ci demeure inaccessible, ce qui est finalement rattrappé c'est le personnage des superstructures, la culture bourgeoise traditionnelle qui conjugue l'histoire au passé.Or, plus le héros approche du personnage du professeur, plus il a de mal à le haïr.Ce n'est pas dans une banque qu'il pénètre, mais dans un château où il a très envie de s'installer et de vivre.Il reconnaît en de Heust ses valeurs, auxquelles lui-même demeure attaché.D'ailleurs de Heust n'est pas seulement le professeur, l'esthète, il est aussi l'amant.Cette femme blonde qu'aime le héros, il en fait mille fois l'incarnation belle, pathétique, douloureuse de son pays.C'est son pays qu'il retrouve à travers elle et dont il est séparé quand il l'a quittée, c'est son pays qu'il veut rejoindre en tuant de Heust, en courant au rendez-vous de K.Mais tout se passe comme si la femme aimée de de Heust, la femme blonde du bois de Coppet, la complice de l'adversaire, était K ou son double.Le pays trahit le héros, le pays se retourne contre lui, le pays échappera au héros aussi longtemps qu'il n'aura pas détruit l'adversaire.Le pays est complice 84 \ du mal, prostitué au mal.Mais comment I détruire l'adversaire qui n'est rien d'autre Ique votre double ?Le tuer n'est-ce pas se tuer soi-même ?Aussi bien, au niveau le plus bas, les adversaires se retrouvent-ils encore se renvoyant la même image du père de famille malheureux acculé à la déchéance par des besoins d'argent.L'adversaire n'est nullement formidable mais déri-\ soire.Sa puissance est extrêmement fragile; mais elle devient invincible dès lors que le révolutionnaire retrouve dans cette .puissance adverse son miroir, son propre visage dérisoire.XXX La contestation, la dénonciation vont I beaucoup plus loin qu'il ne paraît de prime abord.Au point où nous en sommes arrivés, il est possible de traduire l'histoire en langage clair, je veux dire d'en faire l'application directe à la situation québécoise telle que la saisit le narrateur.(Il va sans dire que nous nous bornons à expliciter une analyse, laissant à chacun le soin d'apprécier sa validité.) Le groupe révolutionnaire séparatiste auquel s'identifie ce jeune bourgeois qu'est le héros, par amour pour un pays encore à demi-mythique (K), a engagé la lutte contre le dominateur, contre l'ap- pareil policier et financier anglo-saxon qui opprime le Québec et que symbolise le banquier Cari Von Ryndt.En fait les révolutionnaires ne parviennent pas à affronter directement cette puissance policière et financière; Von Ryndt cède la place à son homologue De Heust.La lutte s'engage au niveau idéologique et culturel; lutte contre cette bourgeoisie canadienne française collaborationniste qui fait écran entre le peuple québécois et le pouvoir financier anglo-saxon.C'est à ce niveau que se manifeste de façon flagrante l'impuissance des révolutionnaires; impuissance qui a une cause très simple si l'on n'est pas dupe des excuses et des alibis.Au fur et à mesure que la lutte se développe, à travers les péripéties, le révolutionnaire bourgjeois découvre sa ressemblance avec l'adversaire qu'il s'est donné, son ennemi complémentaire.II mesure la fascination que continue d'exercer sur lui le monde de la culture et du confort de cette bourgeoisie.Il ne parvient pas réellement à combattre ce monde avec lequel il conserve mille attaches.A moins d'une révolution totale de l'esprit et du coeur, il ne peut ruiner cette façade que lui oppose le dominateur policier et financier anglo-saxon.Par là même, il s'interdit tout pouvoir d'action sur les forces de domination dissimulées derrière cet écran.Aussi longtemps que cet ordre bourgeois avec son 85 confort culturel, intellectuel, et matériel, sa négation de l'histoire conjuguée au passé (notre Maître le passé; De Heust est professeur d'histoire ancienne, ce n'est pas un hasard) aussi longtemps que cet ordre rassurant et dérisoire finalement (De Heust est en fin de compte un pauvre type) continuera d'exercer son emprise sur les groupes séparatistes, la lutte révolutionnaire ne sera que faux semblant, exaltation romantique, délire verbal, euphorie digestive, agitation stérile, mystification par les mythes, contemplation morose, mimique de combat sans aucune prise sur le réel.Aussi longtemps qu'une critique radicale des attitudes et des mentalités de la bourgeoisie collaborationnîste canadienne française n'aura pas été exercée par les séparatistes, le "pays" continuera d'être un mythe et non pas une réalité; le pays peut bien orienter les rêves des révolutionnaires, il n'en demeure pas moins dans le commun des jours aliéné, prostitué à cette bourgeoisie, au bénéfice de laquelle il trahit le groupe révolutionnaire.La lutte pour retrouver le pays, le délivrer, la lutte contre la domination financière anglo-saxonne (contre le banquier Von Ryndt) doit être d'abord lutte contre le confort intellectuel du professeur de Heust, occupant d'un château endormi qui attend encore le prince charmant, lutte contre une idéologie qui d'a- vance paralyse et dénature les efforts de libération.Sans doute cette interprétation paraîtra-t-elle tendancieuse à beaucoup.Je dois dire que j'ai lu et relu le livre d'Aquin sans aucune idée préconçue et que plus je le relisais et plus ce schéma d'interprétation me paraissait s'imposer.Qu'on étudie à nouveau le texte, on s'apercevra que seule cette interprétation rend compte de la totalité du roman; même si à propos de tel ou tel fait particulier nous étions amené à lui apporter des corrections mineures, l'éclairage demeurerait inchangé.Bien entendu cette interprétation globale n'exclut pas à d'autres niveaux [psychanalytique, ou philosophique notamment) d'autres interprétations partielles.C'est le propre de toute oeuvre riche, £ • comme celle d'Aquin, de pouvoir jouer des partitions à divers niveaux.Reste que le niveau de la société globale est en l'occurrence primordial.Ainsi Prochain Episode roman de PirrT puissance se pose-t-il comme roman de la lucidité autocritique, lucidité d'autant plus sombre qu'aux dernières pages, le héros impuissant ne paraît nullement capable de modifier radicalement son comportement.Sans doute rêve-t-il de retrouver de Heust au château, de l'abattre avant même le coup de téléphone, avant même qu'il ne fasse appel à la complicité, 6 « à la traîtrise du pays que seule la mort de l'adversaire délivrera, désenchantera.Mais si l'avenir demeure ainsi ouvert, on ne voit pas quelle raison déterminante acculera à la révolte efficace le Hamlet québécois.Ce groupe social auquel s'est identifié le héros apparaît plutôt condamné à rêver indéfiniment sa révolution au lieu de la vivre.Il est vrai que d'autres groupes sociaux peuvent reprendre l'action à leur compte s'ils savent se dégager plus radicalement de tout compromis.Je dis groupe, on peut aussi traduire génération; les générations vont vite au Québec.Là seulement, dans l'optique du roman, l'espoir d'un prochain épisode.Pour le reste, je laisse à d'autres plus avertis le soin de dire si le modèle du roman est un modèle acceptable ou non pour l'action immédiate ou à terme.Tel quel, il a le mérite de poser les questions majeures.Post scriptum.Comme j'achève cette page, je relis l'article L'art de la défaite qu'a publié Aquin dans le numéro de la revue Liberté de janvier-avril 1965, consacré à la révolution de 1837-1838.J'y glane entre autres ces lignes : "La rébellion de 1837-1838 est la preuve irréfutable que les canadiens-français sont capables de tout, voire mémo de fomenter leur propre défaite." Le roman n'est au fond qu'une illustration de cette phrase.La victoire de l'indépendance, dans l'optique romanesque, est affaire de volonté, c'est-à-dire d'abord affaire de prise de conscience.Il suffit de vouloir; mais il faut pouvoir vouloir.» 87 document Grhr de la Fain pour la reconnaissance "du Crime Politique " au Québec (Canada) et du Statut de “Prisonniers Politiques” pour tous Us partisans du F.L.Q.A la suite de la défection de l’un d’eux, une douzaine de jeunes Québécois sont actuellement devant les tribunaux, accusés et présumés coupables de divers crimes, depuis la conspiration pour vol jusqu’au meurtre non qualifié.A aucun moment dans les journaux et vraisemblablement devant les tribunaux, il n’a été fait mention du but politique, évident pour n’importe quel observateur impartial, des actes dont ces personnes sont accusées.Bien au contraire, on s’efforce de les présenter de la façon la plus odieuse possible, dans le but de faire de leurs présumés auteurs des êtres détestables, que la société doit rejeter de son sein.L’Ordre établi ne peut se maintenir qu’à ce prix, en rendant odieux et condamnable le comportement et les actes de ceux qui s’attaquent à lui.L’Ordre établi a une arme de plus et une arme de poids, quand il a eu la "sagesse” (la sagesse de ses intérêts î) de ne pas reconnaître dans scs lois le délit ou crime politique, évitant ainsi d’être mis en cause dans des procès politiques et d’avoir à accorder le statut de prisonnier politique à ceux qui n’ont pas craint de dénoncer ses injustices et de s’y attaquer.Telle est la situation qui prévaut actuellement au Canada et par conséquent au Québec : tout acte qui enfreint les lois fait automatiquement de ses auteurs des criminels de droit commun.Quand les soldats américains s’en-tretuent au Vieêt-nam — et à combien d’endroits ils se sont ainsi entretués ! — on parle de mauvaise visibilité, de malentendu, d’erreurs.Quand les soldats américains font des centaines et des milliers de morts dans les ran^s des partisans du Vietcong — et dans combien de groupes de partisans ils ont ainsi fait des victimes ! — on parle de lutte contre le communisme, de croisade pour la liberté.Quand des millions de Noirs américains chôment et croupissent dans des ghettos infects, on parle de "Great Society" et de lutte contre la pauvreté.Quand ici, au Québec, des milliers d’hommes chôment à l’année longue, quand des jeunes gens et des jeunes filles sans instruction "suent" à l’usine poiir des salaires de famine, ruinent leur santé physique et morale, on parle d’inflation, de retard dus à Duplessis et d’autres "sornettes”.Quand les corporations américaines, anglaises et canadiennes tirent du sol québécois et du travail des Québécois des milliards et des milliards de dollars de profits chaque année, on augmente les taxes des chômeurs et des petits salariés, et en même temps on parle de I essor économique du Québec, on parle de "révolution tranquille".Quand des partisans entreprennent la révolution — une révolution n est jamais tranquille, parce que les exploiteurs n’abandonnent pas leurs privilèges pour des suppliques, ce à quoi les révolutionnaires ne peuvent rien — on s’efforce de faire d’eux des délinquants, des criminels repoussants ; on oublie toute la violence voulue ou accidentelle qu’on trouve dans la société actuelle, la société de l’exploitation des faibles par les forts, pour ne considérer que des gestes isolés ; on prive ces gestes de tout leur sens, on rend leurs présumés auteurs odieux aux yeux de la population.* * * Les signataires de cette déclaration sont des partisans du Front de Libération du Québec.Comme tels, depuis leur arrivée au F.L.Q.et aujourd’hui plus que jamais, ils sont convaincus de la nécessité d’une révolution globale au Québec et dans tous les pays victimes de l’impérialisme, pour qu’au Québec et partout dans le monde existent les conditions nécessaires à l’instauration d’une société juste, humaine et fraternelle.Ils sont convaincus que cette révolution comportera inévitablement des événements malheureux et regrettables, parce que la violence appelle la violence et que la société actuelle fait violence aux hommes.Ils sont également convaincus que les actes des partisans de la révolution demeureront incompréhensibles pour 89 bien des gens, seront dépourvus de leur portée authentiquement sociale et révolutionnaire tant et aussi longtemps que les autorités québécoises et canadiennes n’auront pas reconnu dans la Loi les délits ou ''crimes politiques”, tant et aussi longtemps qu’elles refuseront des "procès politiques” et conséquemment le statut de "prisonniers politiques” aux auteurs reconnus de ces délits ou crimes, comme cela se fait dans tous les pays civ ilisés, ce qui permet aux partisans de ces pays d’obtenir l’,rasile politique” dans un autre pays.C'est dans ce contexte bien précis — auquel il faut ajouter les "circonstances internationales”, c’est-à-dire la "jeunesse” relative de la lutte révolutionnaire au Québec et le fait corrolaire qu’elle est mal ou pas connue à l’étranger — que les soussignés entreprennent une grève de la faim, la seule arme politique qui leur reste, arme par laquelle ils comptent faire progresser la Révolution québécoise à plus d’un plan.BUTS DE NOTRE GREVE DE LA FAIM Cette grève de la faim a pour but : 1.De faire connaître au monde entier l’existence au Québec d’un mouvement populaire de libération qui lutte en collaboration tacite avec d’autres forces populaires pour l’émancipation totale des travailleurs québécois, qui sont victimes, comme bien d’autres travailleurs de par le monde, du colonialisme, de l’impérialisme, de l’exploitation, au nom du profit, de l'homme par l’homme ; 2.De dénoncer la malhonnêteté du gouvernement québécois actuel — tout comme de celui qui l’a précédé — qui prétend être favorable à l’émancipation du peuple québécois, alors qu’il est une marionnette, un jouet entre les mains des puissances capitalistes locales et surtout étrangères, alors qu’il laisse "pourrir” dans ses prisons infectes les partisans de la libération véritable des travailleurs québécois, partisans que son appareil judiciaire, avec l’appui de celui d’Ottawa, a torturés et condamnés apres des instructions sommaires ; 3.De faire savoir à tous les partisans et à tous les travailleurs québécois ou qu’ils soient et quoi qu’ils fassent que nous demeurons solidaires de leur lutte et que, pour nous, "la victoire ou la mort” est un slogan qui garde tout sons sens ; 4.De réclamer une enquête officielle de l’Organisation des Nations Unies sur le comportement des poli- cicr< envers les détenus québécois, sur l'état des prisons en territoire québécois et sur les conditions qui y sont faites aux prisonniers et aux détenus, enfin sur la Justice en général telle qu'elle "e pratique en territoire québécois ; 5.D’obtenir des autorités canadiennes et québécoises la reconnaissance légale du "délit ou crime politique", l’instauration de "procès politique^" pour les délits de cette nature, et le statut de "prisonniers politiques" et les conditions de détention qui s’ensuivent pour tous les partisans du l'.LQ.déjà détenus ou prisonniers et pour tous ceux qui le seraient éventuellement — ce qui pourrait entraîner la tenue de nouveaux procès, politiques, ceux-là, pour les partisans déjà condamnés depuis 1963 ; 6.De réclamer enfin l’asile politique de tout pays qui nous permettrait de continuer la lutte pour la libération des travailleurs du Québec, le> nègres blancs d’Amérique".CONDITIONS DE LA GREVE (.et te grève de la faim que nous avons commencée à New York, lundi, 1 e 2 6 septembre 1966, et que nous rendons aujourd’hui publique après avoir tenté d’obtenir toute forme pos- sible d’assistance politique et légale afin de lui assurer la plus grande portée, consistera à nous abstenir de tout autre aliment que de l’eau, et cela oii que nous soyons, et quelles que soient les conditions dans lesquelles nous nous trouvions.Elle ne prendra fin qu’avec la reconnaissance légale par les autorités canadiennes (et québécoises, si cela est nécessaire en vertu de la Constitution canadienne actuelle) du crime politique, qu’avec l’obtention pour tous les partisans du F.L.Q.présentement détenus ou prisonniers, du statut de prisonniers politiques, qu'avec l'obtention enfin pour nous-mêmes d’un procès politique ; autrement elle ne prendrait fin qu’avec notre mort.De plus, avant de mettre fin à notre grève, nous devrons avoir eu la possibilité de nous rencontrer tous les deux, de nous entretenir du sujet sans pressions extérieures physiques ou morales et en présence de notre avocat ; notre décision de mettre un terme à la grève devra être commune et prise dans la lucidité comme celle de l’entreprendre l’a été.POUR UNE LUTTE COLLECTIVE Il se peut que cette phase de notre lutte, toujours entière et sincère, pour 91 la libération totale des travailleurs québécois, soit la dernière pour nous.Nous n'entendons pas la mener seuls pour autant.Au contraire, nous lançons un appel pressant à tous les travailleurs, ouvriers, cultivateurs, intellectuels, professeurs, artistes, cols blancs et étudiants, qui ont à coeur l'instauration d’une société nouvelle au Québec, de nous appuyer par tous les moyens opportuns.Nous invitons plus particulièrement les syndiqués de la C.S.N., de la F.T.Q., de l’U.C.C.et de l’U.G.E.Q., les militants du M.L.P., du R.I.N., du P.S.Q., du P.C.Q., du M.D.N., de la Ligue socialiste ouvrière, de la Ligue des droits de l’homme, de la Voix des femmes, les intellectuels et les artistes des revues Liberté 66, Socialisme ’66, parti pris, etc., nous invitons tous ces groupes à nous supporter entièrement afin que la lutte de libération du Québec puisse désormais se continuer dans des conditions telles que les partisans québécois ne soient plus traités comme des délinquants, des criminels purs et simples, qui useraient de la violence .pour la violence, alors qu’ailleurs ces hommes sont reconnus pour ce qu’ils sont, des révolutionnaires.Enfin, nous remercions profondément tous ceux qui nous ont aidés, souvent sans nous connaître, sans que nous les connaissions, et tous ceux qui nous aiderons encore dans la lutte pour la libération du Québec, pour l’instauration de la "société nouvelle” des "hommes nouveaux”.Vive la révolution des travailleurs du Québec î Vive le Québec libéré ! Vive la révolution des travailleurs du monde entier I LA VICTOIRE OU LA MORT Charles GAGNON Pieyre VALL1ERES chroniques le québec politique et syndical gaëtan tremblay le r.i.n.et le socialisme Le congrès annuel du R.I.N.a eu lieu.On l'attendait beaucoup, parce que c’était le premier après l’aventure électorale du 5 juin et aussi parce qu'on parlait beaucoup ces derniers temps d'une ouverture à gauche plus poussée du R.I.N.Le congrès avait d’ailleurs comme but de rapprocher le parti de a classe des travailleurs.Oue doit-on penser des résultats ?Je me 13 demande encore; il semble y avoir eu partie nulle entre l'aile gauche et ceux qu’on appelle les centristes, qui a eu pour effet de renvoyer, “pour étude", plusieurs résolutions, dont celic proposant pour le Québec un système capitaliste de production associé à un système socialiste de distribution.Cette propos don me semble bien caractéristique de a tendance que Pierre Bourgault donne au parti : un opportunisme qui se traduit par des compromis et du patinage.Ça ressemble meme drôlement à l’acrobatie politique pratiquée par un Daniel Johnson à un autre niveau.C'est sans doute le fruit de ce que Bourgault appelle : "l'esprit pratique".“L’esprit pratique", ça semble être cette attitude qui fait qu’on ne s’attaque pas directement à la bourgeoisie parce qu'on en a besoin pour prendre le pouvoir, qui conduit aussi à ne pas déranger les Américains pour ne pas les avoir sur le dos, selon la théorie de Raoul Roy, et qui nous pousse à ménager le clergé et le pouvoir indû qu’il exerce dans notre société, parce que son influence peut nous être utile.Avoir l’esprit pratique, ce n’est pas mauvais; c’est même nécessaire, mais il faut bien voir à le distinguer d’un opportunisme purement électoral.Je me souviens d’avoir entendu Bourgault sur les ondes de C.J.M.S.il y a quelques temps, à l'émission "Les échos du Québec".Plusieurs des personnes qui ont téléphoné s'en prenaient au rôle que l’Eglise avait joué après la conquête 93 et au pouvoir obscurantiste qu elle a exercé sur le Québec; eh bien, Pierre Bourgault lui, tempérait, disant que tout de meme il ne fallait pas trop en mettre sur le dos du clergé, qu’il avait quand même sauvé notre langue, etc.Plus récemment, à l’émission "Aujourd'hui", Pierre Bourgault et Jean-Marie Bédard, président du P.S.Q., exposaient leur conception d’un parti des travailleurs.A Bédard qui venait d’expliquer que pour lui le parti des travailleurs était un parti de masse qui regrouperait les travailleurs pour leur permci-tre de prendre le pouvoir et que c’était la seule façon d’assurer une libération qui rendrait justice aux travailleurs, Bourgault répond que ce ne sont là que des considérations théoriques et qu’il fallait être pratique pour arriver à prendre le pouvoir, qu’un parti de cadres pouvait aussi bien convenir aux travailleurs, que pour faire quelque chose il faut d’abord arriver au pouvoir, etc.Cette sorte d’esprit pratique peut mener loin dans le sens des compromis.Surtout, il entraîne sur le terrain de l'adversaire : on en vient à vouloir combattre les vieux partis avec les mêmes armes qu’eux et sur leur propre terrain.On se cherche des appuis dans la bourgeoisie, on évite de froisser ceux qui ont de l’influence, on évite de faire peur aux gens avec des mots comme ’’socialisme”, etc., etc., etc.Et en définitive, on se retrouve avec un parti "révolutionnaire” qui ne veut que l'indépendance, quand ce n’est pas sim- 94 plcment le pouvoir pour servir la petite bourgeoisie ou les cadres, et qui fait le jeu des appareils politiques traditionnels, parce que les vieux partis peuvent très bien faire ces réformes eux-mêmes.Il y a une partie de la gauche au Québec qui s’est toujours méfié de la participation aux élections parce qu’elle pouvait nous embarquer dans l’électoralisme et en arriver à nous faire prendre les moyens pour les fins.Une proposition comme celle présentée au congrès du R.I.N.pour une sorte de système économique hybride tend à démontrer le bien-fondé de cette méfiance de ia gauche vis-à-vis la participation électorale.Cette proposition relève d’un opportunisme qu’on ne peut que relier à cet électoralisme qui dispose aux compromis les plus bâtards pour allécher la clientèle électorale : "Approchez, approchez tout le monde .il y en a pour tous les goûts !" On veut contenter la gauche, ces jeunes écoeurés issus de la révolution trop tranquille, mais on ne veut cependant pas faire déguerpir ceux qui ont les moyens et qui profitent du système capitaliste : c’est eux qui ont l'argent, qui contrôlent l'information, bref, c’est eux qui peuvent aider à prendre le pouvoir.Ça va bien plus vite et c’est moins difficile.Le plus troublant dans cette proposition, c’est que non seulement elle est le signe cl une dangereuse tendance au marchandage électoral dans le R.I.N., mais de plus elle est bâtarde au possible sur le plan économique. Sans nous lancer dans une analyse économique détaillée de cette proposition on peut quand même voir qu'elle est le résultat d'une aberration : la croyance que la production et la distribution sont deux activités économiques structurellement distinctes.On veut oublier que le profit, raison d’être du système capitaliste et souci qui détermine ultimement a décision d'investir, est le résultat de la différence entre le coût de production des marchandises et leur prix de vente.Que la vente se fasse directement aux consommateurs, ou quelle se fasse à des entreprises intermédiaires, ou même qu’elle se fasse à l’Etat, elle doit rapporter un profit assez élevé pour motiver la production.Un système de distribution socialiste, ça veut nécessairement dire que toute la production serait achetée par l’Etat qui se chargerait lui-même de la revendre aux consommateurs.En d autres mots, Etat crée un monopsome.De deux choses l'une alors : ou bien l’Eta’ paie la production à un prix assez élevé pour assurer des profits intéressants à l'entreprise privée, et alors l'Etat se trouve à subventionner les capitalistes qui sont assurés d un bon profit sans courir aucun risque; ou bien l'Etat ne paie pas un prix assez élevé et alors les producteurs ne sont pas intéressés à produire.A toutes fins pratiques, l'Etat est appelé soit à faire vivre grassement les capitalistes sur le dos de la population, soit à prendre lui-même en mains toute la produc-tion, en plus de la distribution, parce que les producteurs auront foutu le camp.Dans la première hypothèse, le R.I.N.serait un parti encore plus écoeurant que tout ce qu'on a vu à date, et dans la deuxième il serait un parti dictatorial ; communiste si c’était un parti de travailleurs qui assurerait la dictature du prolétariat, national-socialiste ou fasciste, s'il était un parti de la petite bourgeoisie ou des cadres.Mais arrêtons-nous là : on est rendu trop loin ! Ce n'est pas de notre faute.avec de telles propositions on se laisse entraîner dans l'aberration nous aussi.Ce n'est pas tout : on sait qu'une bonne partie de la production nationale des pays développés est sous forme de services.Comment ferait-on pour produire “capitaliste-ment” des services et les vendre “socialiste-menî"?Et les importations et exportations, est-ce que l'Etat s’en chargerait aussi ?Et est-ce que l’Etat achèterait indistinctement tout ce que l’entreprise privée produirait ou bien s’il leur dirait quoi produire et en quelles quantités ?Et nos matières premières, est-ce que l’Etat les vendrait à l’entreprise privée ou s’il les donnerait ?De toute manière ça reviendrait au même car il perdrait à un bout les gains qu’il ferait à l’autre bout.Si c’est ça avoir “l’esprit pratique", mieux vaut être rêveur ou faire des considérations théoriques.Evidemment, la proposition a été reportée pour étude par le congrès du R.I.N.; mais le seul fait qu’on ait pu la présenter est extrêmement significatif déjà.Je ne sais pas de qui elle vient exactement, mais si Bour- 95 gault n’avait pas été d’accord avec les penseurs, elle ne se serait probablement pas rendu jusqu’à ce stade.Tout le même, le dernier congrès est encourageant en ce sens qu’il s’est trouvé assez de gens pour repousser une telle aberration.Il n’y a pas eu que l’aile gauche pour s’y opposer, d’accord, mais elle y a été pour beaucoup.Si l’aile gauche du R.I.N.se renforcissait assez durant les prochains mois, il y aurait moyen d'amener le R.I.N.au socialisme, réaliste celui-là.Ce serait un des deux moyens de constituer enfin le parti qui pourrait assurer la véritable libération du Québec et des Québécois : un parti indépendantiste et socialiste.L'autre moyen serait de rendre le P.S.Q.indépendantiste.Je parle beaucoup de Pierre Bourgault dans cette affaire, mais c'est pour une raison bien précise : dénoncer cette ambiguité fondamentale qui se manifeste dans sa stratégie et dans son attitude vis-à-vis les problèmes économiques du Québec.C’est une telle ambiguité qui le fait se dire socialiste dans certaines circonstances et rassurer l’entreprise privée dans d’autres circonstances.Ce genre d'ambiguité, Bourgault la reprochait lui-même à Lesage et il la reproche maintenant à Johnson à propos de leur comportement envers Ottawa et du chantage exercé sur ce dernier en se servant de l’indépendance comme d'une épée de Damoclès.Cette ambiguité fondamentale chez Bour- gault, elle se manifeste le plus clairement lorsqu’il lance à ses interlocuteurs, après s'être dit socialiste bien souvent : “Si vous voulez que le R.I.N.devienne socialiste, venez y travailler".Et à ceux qui ont peur du socialisme, il dit : "Si vous ne voulez pas que le R.I.N.devienne socialiste, venez y travailler Si Bourgault n’est pas un opportuniste à la Johnson, il se doit de dissiper cette ambiguité.Il est socialiste ou il ne l’est pas, mais de toute façon, qu’il travaille lui-même à ;aire passer ses idées ; qu’il ne s’arrange pas pour récolter le pouvoir quelle que soit l’orientc-tion du R.I.N.Si on est d’accord pour dire qu’il y a des choses à changer dans le système économique du Québec, qu’on prenne les moyens nécessaires pour le faire.Comme Bourgault, il y a sept ou huit ans, n’a pas attendu qu’on le lui demande pour travail'er à l'indépendance du Québec mais s’est battu pour faire accepter cette idée, parciilemcn* aujourd’hui ne doit-il pas attendre que la majorité du parti le lui demande pour travailler à faire accepter l’idée socialiste, s’il y croit.Sinon c’est de la démission déterminée per un opportunisme qui ne le cède en rien à l’opportunisme des politiciens traditionnels.Il se peut que Bourgault se défende en disant qu’il ne faut pas tomber clans le gauchisme, mais alors il serait à côté de la question.Tout le monde est bien d’accord pour condamner aussi bien le gauchisme stérile que l’opportunisme électoralistc.Le R.I.N.et Bourgault ont profité énormément des évé* 96 nements du ¦'dimanche-lacrymogène” à La-chute, mais rappelons que ni le R.I.N.ni Bourgaulî n’ont participé officiellement à cette manifestation.Les organisateurs et principaux manifestants furent les Jeunesses Socialistes, I aile gauche du R.I.N.autour d’Andrée Ferretti et l’A.G.E.U.M.L’opinion publique et les journaux ayant été favorables aux manifestants, Bourgault en a profité beaucoup lors de l’assemblée publique du lendemain.Mais je suis loin d’être certain que Bourgaulî n aurait pas dissocié le R.I.N.de ces événements si les choses avaient mal tourné.Ceci n’est qu’une hypothèse, mais pas en l’air : le R.I.N.n’était pas au Parc Lafontaine cette année le 24 mai, ni le 1er juillet.parce que ça risquait de faire mauvaise impression sur les électeurs.Pourtant, il y a quelques années, le R.I.N.n’hésitait pas à descendre dans la rue pour dénoncer l’ordre établi et réveiller la population.En somme, Bourgault se doit de faire disparaître les ambiguités qu’il traîne dans son rôle, car c’est incontestablement un leader, chose rare dans la gauche, et il pourrait faire beaucoup pour assurer que ce seront bien !es travailleurs qui profiteront de la libération.Qu’il ne vienne plus nous dire que l'Indépendance fera des Québécois une race de patrons : c’est de la basse démagogie.D’ailleurs, une position non équivoque du R.I.N.sur le socialisme est une condition esseniielle à sa survie, car on peut être assurés que le jour où les Québécois seront beaucoup plus nombreux à réclamer l’Indépendance, c’est un des vieux partis qui la fera, et probablement même l’Union Nationale qui joue déjà pas mal de cette corde.Pour éviter donc de tout perdre aux mains des vieux partis, le R.I.N.doit s’en distinguer radicalement, en mettant toutes ses forces au service de la libération aussi bien économique que politique des travailleurs québécois; cela, les vieux partis ne le feront jamais.Mais la libération économique des travailleurs, c’est bien autre chose que la proposition hybride qu’on a pondue pour le dernier congrès.C’est accepter de se battre beaucoup plus fort, de dénoncer même et surtout l’impérialisme américain, c'est accepter de changer les fondements même de notre organisation économique, c’est se lancer dans une immense entreprise de démystification aussi bien politique qu'économique, et de réveil des masses.C’est un travail long et difficile, qui rebute les opportunistes mais pas ceux qui désirent la libération réelle des Québécois.S'il n’effectue une réorientation prononcée de son programme et un remaniement de sa direction, le R.I.N.est condamné au même sort que tous les partis social-démocrates à mesure qu’ils se rapprochent du pouvoir : abandonner graduellement les revendications les plus fondamentales, qui sont en même temps celles qui assureraient le mieux la promotion des travailleurs.L’esprit pratique de René Lévesque l’a conduit à vouloir être du côté du pouvoir : il s'est depuis tellement ha- 97 bitué aux compromis qu’il a fait partie du “comité des compromis” mis sur pieds par Kierans pour faire accepter les réformettes que les progressistes libéraux voudraient faire accepter au “cheuf".Le dernier congrès du R.I.N.n’a pas éloigné le R.I.N.des travailleurs, mais il ne l’a pas rapproché pour la peine non plus.Ce qui est encourageant, c’est le regain de vie de l’aile socialiste du parti ; le principal problème de la gauche aujourd’hui, c’est de faire se rencontrer les socialistes et les indépendantistes pour qu'enfin il y ait un parti qui lutte à fond pour ces deux éléments de la le québcc politique et syndical gaëtan tremblay le mémoire f.t.q.-c.s.n.-u.c.c.sur la trudeau et bourgault revus par rumilly Personne n'attendait grand'chose du mémoire des trois centrales syndicales sur la Constitution : tant de choses signifiantes les séparent qu'elles ne pouvaient faire l'unanimité que sur une insignifiance.Ceci étant posé, il importe tout de même d’analyser libération du Québec.Il y a deux solutions: que le R.I.N.devienne socialiste, ou que le P.S.Q.devienne indépendantiste, de telle sorte que les deux pourraient se fusionner et rassembler tous les éléments révolutionnaires dans des structures avec une même stratégie.Nous aurons certes l'occasion de revenir sur cette question du socialisme et de l'Indépendance, et peut-être même que parti pris pourra prendre position en faveur d'un des deux solutions esquissées ci-dessus.Pour l’instant, la situation n’est pas encore assez claire, ni au R.I.N., ni au P.S.Q.gaëtan tremblay constitution d’une part la pensée dont s’inspire le mémoire et d’autre part, l'attitude de la bourgeoisie à l’égard dudit.L’affirmation deux fois répétée que “l’essai du fédéralisme reste à faire" montre la limite du mémoire.Nous allions donc rester 98 dans le pur légalisme, cette attitude abstraite et aristocratique dont nous croyions la pense-.:- canadienne-française débarrassée à ïamais depuis que son champion, Pierre EI-üott-Trudeau a quitté le Québec pour aller nous défendre” à Ottawa.Ce légalisme pourrira tout le mémoire.Mais nu juste, dans le cas qui nous occupe, qu est-ce que le légalisme ?C’est cette attitude de l'esprit qui consiste à prendre la er*re d'une loi pour définitivement acquise et immuable et surtout, à ne pas tenir comp-*e du tait qu'il n’y a pas une loi qui ne soit e reflet de la classe, de la pensée et des intérêts dominants de l’époque où elle a vu le jour.Au sujet de l’Acte de l’Amérique du Nord, par exemple, le légalisme consiste à ignorer que l’acte fut adopté par un cabinet, un conseil et une assemblée législatifs où les Canadiens-français étaient en minorité et surtou* que les plus influents parmi les Pères de a Confédération avaient partie liée avec les puissants intérêts des Chemins de fer.Le légalisme donc, consiste à voir une loi comme venant de Dieu, à diviniser ceux qui ont pensé la loi, en un mot, à ignorer les liens qui existent entre les hommes et leur époque.Etre légaliste, c’est être de mauvaise toi ou avoir des intérêts à protéger.Par exemple, tout le long du mémoire, ses auteurs parleront non pas du Canada français face au Canada anglais, mais bien des dix provinces face au pouvoir central.Pt quand il sera question de la nation, il s agira du Canada, conformément à l'anglicisme et à l’hypocrisie colonialiste établis.En d’autres termes, dans sa majeure partie, ce mémoire aurait pu être écrit par n’importe quel petit politicien autonomiste de n'importe laquelle des dix provinces canadiennes.Ce qui fait le plus cruellement défaut au mémoire, c'est la hauteur de vues, la conscience historique et, pour reprendre une expression maintenant consacrée : une certaine idée de la francophonie en Amérique.Oh ! il y a bien de ci de là quelques revendications nationalistes, mais ce sont ces petites récriminations bourgeoises telles qu'on en voit toutes les semaines dans ”La Nation”, organe du Ralliement National, dans les lettres des lecteurs aux journaux et dans la dernière page du journal "L'Indépendance” : les chèques bilingues, un mot de français sur les timbres, une proportion plus juste de canadiens-français au sein de la fonction publique, du bilinguisme sur Air-Canada et au CN : de la petite merde sans conséquences.Il est évident que si d’un côté, on est légaliste et que de l’autre, on réduit les aspirations des Québécois à "donnez-leur au moins leur part du gâteau”, on ne peut faire autre chose que répéter les sempiternelles platiludes de la Société St-Jean-Baptiste et autres organismes de faible envergure intellectuelle et historique.Mais quand les auteurs d’un mémoire prétendent s’exprimer au nom “des classes populaires” et ne font que 99 répéter les balivernes de la bourgeoisie nationaliste la plus réactionnaire et la plus col-laborafionniste, quand, en un mot, les leaders des trois centrales syndicales du Québec par faiblesse, opportunisme ou lâcheté acceptent de présenter comme étant la pensée de leurs membres sur la Constitution, un ramassis des vieilles marottes de la bourgeoisie, on peut presque parler de malhonnêteté.Mais il y a pis encore.Le mémoire se termine sur un paragraphe qui est un aveu d impuissance.Qu'y a-t-il de plus important pour un peuple que le cadre juridique au milieu duquel il devra évoluer et son avenir comme tel dans le temps et l'espace ?Peu de choses.Or, quand on demande aux centrales syndicales leur avis là-dessus, tout ce qu elles trouvent à dire, c’est ceci : “tant que les analyses nécessaires n’auront pas été faites et discutées, l’indépendance demeurera à nos yeux une hypothèse et non une thèse ; une hypothèse insuffisante pour permettre non seulement l'adhésion mais une discussion objective de quelque importance.— Dans une perspective d'action immédiate, lorsqu'il s’agit, pour des corps intermédiaires comme les nôtres, de faire un choix engageant non seulement la pensée mais le sort de centaines de milliers de citoyens, une option aussi radicale et aussi peu explorée nous paraît un acte gratuit et inconsidéré’’ (page 17 du mémoire).On croirait lire, ma foi, une déclaration de l’Episcopat canadien sur la pilule, il y a cinq ans.Nous assistons là à une nouveauté : le syndicalisme attentiste ! Mais là n’est pas le plus grave.Pour le syndicalisme québécois, se démettre face à l’analyse de l’indépendance, sous prétexte que c’est “radical’’, c’est faire un terrible aveu d’impuissance et d’aristocratisme.Qui devra l’étudier, l’indépendance de la nation québécoise, qui devra décider s’il la réalise ou non, cette indépendance, si ce n’est le peuple lui-même ?Si ce ne sont les institutions qui représentent les forces les plus vives de la nation : les syndicats ?Le mémoire enfin, fait fi ou ignore tout un nouvel appareil critique, celui de la décolonisation.En un mot, on croirait qu’il a été écrit par Robert Rumilly, Pierre Bour-gault et Pierre Elliott-Trudeau, en 1955.Toutefois, ce qui rassure dans cette histoire de syndicats qui s’expriment comme d-.s bourgeois réactionnaires d’il y a 10 ou 20 ans, c’est qu’à la première occasion, la base des syndicats, en un mot la nation, du moins en ce qui concerne l'U.C.C.et la C.S.N., ont a peu près désavoués le mémoire, l’U.C.C.exigeant d'être consultée par ses dirigeants quand des questions de cette importance seront traitées et la C.S.N.en adoptant à l’unanimité à son congrès une résolution proclamant le droit à l'autodétermination pour le Québec.Il y a au moins ça de rassurant dans cette histoire.100 Pour terminer, j'aimerais rappeler certains faits aux leaders syndicaux.Quand leurs membres font la grève par-dessus leur tête la bourgeoisie dit : vous ne contrôlez même pas vos membres, comment pouvez-vous prétendre parler en leur nom ! Quand par ailleurs, les leaders syndicaux enjoignent à leurs membres de ne pas respecter les injonctions, la bourgeoisie les traite d'irresponsables et dit que la démocratie est morte au sein du syndicalisme.Toutefois, quand un mémoire comme celui-ci est adopté par les leaders sans consultation démocratique, la bourgeoisie ne trouve absolument rien à y redire.Elle ne pose plus comme principe la le colonialisme quotidien le strip-tease de la confédé : un spectacle permanent On peut pas dire que le père Lester, patron de la boîte dite “la Confédé", manque de ressources intellectuelles et tout court.Son ancienne gang de strippeuses avaient fait leur temps.Les nénés de Favro, les foufounes à Guy Rouleau et les hanches à Lamontagne-aux yeux-pochés, ça disait plus rien à per- représentativité des leaders ou la démocratie syndicale interne, elle est rassurée, satisfaite et recommence à trouver les syndicats “responsables".L'inconséquence idéologique est ce qui caractérise les possédants : ils croient que le temps joue pour eux, ainsi que la force d’inertie, la pente naturelle d’une économie de libre entreprise, etc.Dans leur mémoire, les trois centrales ont exactement le même comportement.Toutefois, de ieur part, dans la mesure même où le colonialisme d'ici joue pour le capitalisme anglo-saxon, il devient aberrant.Je trouve ce mémoire masochiste et navrant.gaëtan tremblay sonne.La boîte en souffrait grandement.La boisson elle-même avait perdu de sa qualité : pas de bons strips pas de clients, pas de clients pas d’argent, pas d’argent pas de boisson.Il s’est retourné vite, le père Lester ! Et avec psychologie, itou.Il connaît les vices 101 du public local.L'homme d'ici, pardon Père Gagnon, a toujours eu le kick sur un certain nombre de détails et petits tries.Exemple : les seindicats, l’action catho et la Fesse de Minuit ou la Grand’Fesse, l’histoire d'Adam et Eve et le type Mamma italiana.Conclusion du boss de “la Confédé" : les seindicats : Jean Marchand (le bien-nomme !); la Grand’Fesse et l’action catho : Gérard Pelletier et, évidemment, Jean Chrétien; Adam et Eve égale la pomme, de la pomme au pépin, il n'y a qu’un Jean-Luc ; quant à la Mamma, ce fut Maurice Sauvé.Entrez, entrez, le spectacle est péperma-nent ! Depuis la dernière conférence des primes ministres (pas tous, mais enfin) à Hottawa, le big show est commencé.Volez tutus, volez jupons, ôtez-vous de dlà soutien-gorge, dairez la traque cache-col pour ne pas dire cul, venez voir la belle confédée qu’on vous offre, c’est au rabais cette saison, les fruits pas murs sont les moins chers, tes bébelles pis dans ta cour, en veux-tu en vlà.Le père Lester a même offert en supplément un numéro secret et inconnu : l’annonce d'un comité chargé de voir comment le fédéral pourrait forcer les provinces à donner des écoles françaises aux Français dans le reste du décor.On dit que c'est Trudeau qui dirige cette orchestration nouveau genre.Toutefois, le dévoilement n’est pas pour demain, tels qu’on connaît les anglais des neuf autres.S'ils pouvaient fusiller tous ceux qui parlent pas comme eux autres, ils le feraient de suite.Si tu me crois pas, demande à Ti-Oui Riel.Il y a goûté en sonavagone, lui.Il en est pas encore arvenu.Donc, ça va être cristement beau cet hiver.On va en avoir du derrière de fédéra-lisse coopératif, puis du trou-du-cul qui fait du vent, lis ont même ressortis des vieilles casserolles puis du vieux butin pour nous avoir.Je serais même pas surpris si on nous donnait pas un premier ministre en français avant longtemps.En tout cas le bruit est lancé, histoire pour la “Confédé ”, de se refaire un public.Vous voyez ça d'ici, avec un carton bilingue sur la porte : Under New Management ; Sous un nouveau ménagement ; directeur Jean Marchand ; Boss John Merchant.Rien que pour ça, il y en a qui sont assez maudits pour aller au show.Il y a rien qu’une chose qu’ils savent pas encore, les strip-teaseurs de la “Confédé .C'est que le temps des shows, il est fini.Il a oté un temps, icitte, c’était -comme dans un chantier, on n'avait rien à se mettre dans la dent creuse, on était bien obligés d’aller voir un show à Hottawa.Mais ça commence à changer.Lâcher notre foin au père Lester pour voir des stripeuses qui sont même pas à nous autres, qu’on réserve pour les clients anglais après le show, ça colle plus.Au jour d’aujourd’hui, on a nos catins bien de chez 102 nous je verrais pas pourquoi on irait en voir des fausses ailleurs.Puis au moins, l'argent qu’on donne à nos catins, il reste icitte, il est pas dépensé ailleurs.Conclusion, je dis au père Lester : ferme donc ton show de suite, tu vas perdre moins de 4emps et d’argent.Sinon, on va te le fermer nous autres mêmes.On est des tau-pins, tu sais, astheure.On se laisse plus barber.Watche-toi, baisse tes gagattes, Lester, ou bedon on va tomber dans les mais, puis tu vas le regretter.p.p.politique internationale gabriel gagnon les leçons de l amérique latine Soumis à l’impérialisme américain à peu près de la même façon que le Canada et un éventuel Québec indépendant, les pays situés au sud du Rio Grande, à l'exception de Cuba peut-être, n’occupent ordinairement pas la même place dans notre culture révolutionnaire que les expériences plus connues des continents européens et asiatiques.Et pourtant, il existe dans ces pays des situations potentiellement révolutionnaires en grande partie semblables à la nôtre dont l'analyse pourrait éclairer notre stratégie face à l’alternative socialismc-néo-capitalisme.Je me contenterai ici d’amorcer une réflexion sur ces problèmes à l'aide de l'excellent exposé de Henri Edme, intitulé "Révolution en Amérique Latine ?" et publié dans le numéro de mai 1966 des TEMPS MODERNES.Partant des échecs récents ou du piétinement de la plupart des mouvements de guérilla, au Pérou, en Colombie ou au Venezuela, l’auteur commence par dissiper les illusions de ceux qui croient à l’imminence d’une victoire révolutionnaire généralisée en Amérique Latine, réalisée exclusivement par la lutte armée.En effet, le continent dans son ensemble, du Canada au Chili, avec plus ou moins de retard selon les pays, est tout entier enveloppé dans les tentacules d’un néo-capitalisme qui combat la révolution sur le terrain économique et social et lui dispute les masses mêmes sur lesquelles elle prétend s’appuyer. Comment cela s’opère-t-il ?En grande partie par une réorientation de la politique économique de l’impérialisme américain en ces pays.“Il ne s’agit plus du classique circuit colonial du temps de Marx : matières premières contre produits manufacturés.Il ne s’agit même plus de la seule exportation de capitaux du temps de Lénine.Il s’agit d'une industrialisation et d’une expansion économique réelles au sein d’un marché national ou continental élargi, mais intégrées, c’est-à-dire soigneusement contrôlées par les monopoles impérialistes qui en tirent l’essentiel du bénéfice politique et économique, tout en faisant l'inévitable "part du feu’’.Au Chili, en Argentine, comme au Canada, le capitalisme américain permet donc une certaine industrialisation dont il garde cependant le contrôle et la majeure partie des profits.De ce fait, l’Amérique Latine occupe une place à part dans le Tiers Monde parce qu'elle fait plus vite, plus tôt et plus profondément l’expérience du néc-colonialisme et des nouvelles formes de domination impérialiste.Il s'est donc produit une cassure de l’Amérique Latine, une “bipartition de la société entre un secteur pleinement intégré au système capitaliste commercial, financier, industriel, étatique, et un secteur non intégré ou très mal intégré, de type féodal.D’un côté, des bourgeois, une classe moyenne, des ouvriers industriels et agricoles, habitant généralement près des ports, des côtes, des villes ; 104 de l'autre côté, des “peoncs’’, des “métayers ", perpétuellement asservis par des dettes et des contributions en travail, vivant dans des conditions infra-humaines d’auto-consommation, en marge d’une véritable économie moderne de marché, soit dans des communautés indigènes, soit sur de grands domaines de type féodal." Toute analyse de la situation comme toute stratégie révolutionnaire doivent donc tenir compte à la fois de ces deux secteurs sociaux et économiques, si elles ne veulent ni faucher la réalité ni courir à un échec definitif.Ceux qui ne voient que le dynamisme de Sao Paulo nous trompent donc autant que ceux qui ne parlent que des maquis des Andes pour justifier l’exclusivité de la guérilla comme forme de lutte révolutionnaire.La révolution en Amérique Latine doit donc absolument agir à différents niveaux “dans la perspective globale de renverser cette société compartimentée et fuyante afin de lui substituer un autre type de société, unitaire et socialiste’’.Plusieurs révolutionnaires latino-américains ne semblent pas avoir compris cette vérité essentielle.Certains d’entre eux continuent à s'en tenir “au dogme d’une étape nationale et démocratique obtenue grâce à l’alliance de la classe ouvrière avec la bourgeoisie “nationale".Or, selon Edme, “c’est de plus en plus vainement qu’on cherche, dans l’état actuel des choses, un groupe réellement national dans ces bou>-geoisies associées à l’impérialisme politique- ment, militairement et même économiquement’.Dans une telle perspective, on est fatalement amené à minimiser les mouvements de guérilla et à prendre vis-à-vis eux une perspective abstentionniste.Quant aux nouvelles générations révolutionnaires, influencées avant tout par l'expérience de Castro dans la Sierra Maestra, elle ont réussi, grâce à la guérilla, à libérer certaines régions de ia Colombie et du Véné-zuela.sans que leur action s'étende de manière durable aux autres zones campagnardes et surtout aux villes.Ce type d’action demeure donc lui aussi partiel et restreint à certains secteurs isolés.Le monde rijro! est de moins en moins homogène en Amérique Latine par suite des réformes agraires partielles, de l’emploi dans les mines et surtout de l’exode vers ies bidonvilles.où il semble très difficile d’organiser une guérilla efficace.Ces difficultés se multiplient évidemment lorsqu’il s’agit du secteur urbain intégré au système capitaliste.Tout en reprochant aux guérilleros leur tendance à ériger la paysannerie dirigée par des intellectuels en unique force de révolution, il faut aussi éviter de revenir au dogme confortable de l’unicité de la classe ouvrière comme classe révolutionnaire”, dont se contentent beaucoup de révolutionnaires de salon peu enclins à sacrifier leur confort à la lutte armée.”11 faut cesser d'identifier lutte révolutionnaire et guérilla.Celle-ci n’est qu’une forme — mieux qu’un moment de cette lutte.Elle n’est pas, elle ne peut pas être toute la lutte révolutionnaire et pas même toute la lutte révolutionnaire clandestine.Elle est incapable de s’implanter solidement dans les villes, sans lesquelles il n’y a pas de prise de pouvoir.Elle n’est même pas capable, dans l’état actuel des choses, de mobiliser tout le monde rural — et il est probable qu’elle le sera de moins en moins face au manque d’homogénéité de ce monde, face à la répression raffinée de l’impérialisme”.C’est donc à trois niveaux différents que la lutte révolutionnaire doit s'adapter.—Dans le secteur de la société le moins intégré, le monde des paysans indiens, noirs ou métis exploités par des rapports de production aussi féodaux, la guérilla demeure possible : elle n'a d’avenir cependant qu'à ia condition de s’appuyer rapidement sur l’organisation politique et syndicale des masses rurales et d’avoir la perspective de déboucher un jour sur les villes et la prise du pouvoir d’Etat.—A ce second niveau, celui du secteur national intégré au système capitaliste, il ne doit plus être question de guérilla.Il faut mettre en sourdine les thèses de la terre au paysan ou des retards régionaux qui ne peuvent avoir qu’une résonance sentimentale pour s’attaquer au coeur de l'exploitation de 105 classe dont est victime le prolétariat, môme si son niveau de vie est supérieur à celui des paysans.Il faut amener les leaders syndicaux à dépasser leur réformisme et à unir leurs aspirations socialistes aux luttes de la paysannerie et des étudiants : les guérilleros doivent ici abandonner leur romantisme rural comme les marxistes leurs schémas trop rigides sur le rôle de la classe ouvrière.Ce travail dans les villes, même s’il ne signifie pas obligatoirement la lutte armée, “exige d’être prêt à sortir des formes légales et, si besoin est, de recourir à la lutte clandestine et violente”.La lutte doit enfin se développer à un troisième niveau, celui du secteur néo-impérialiste supra-national.Tout dépend ici de la solidarité révolutionnaire continentale, de l’appui des autres continents exploités et enfin “des faiblesses internes de l’impérialisme oppresseur, de l’attitude anti-impérialiste des ouvriers, des étudiants, des peuples au coeur même de la citadelle impérialiste”.En Amérique latine, la lutte anti-impérialiste doit donc se développer simultanément à ces trois niveaux et tout de suite.La révolution ne sera pas démocratique et nationale face à la dictature militaire: elle sera socialiste ou ne sera pas.“L'Amérique latine n’a donc, dans les années qui viennent, d’autre alternative que le renforcement du néocapitalisme ou un processus révolutionnaire qui la mènera, à terme au socialisme”.Au sud de notre continent, la Révolution n’est malheureusement “pas une fatalité, ni interne, ni externe.Elle est une possibilité.” -o-O-o- Si l’on sait faire les adaptations nécessaires, je pense que ces réflexions des TEMPS MODERNES peuvent intéresser directement les révolutionnaires québécois.Je me permettrai d’esquisser en terminant certaines conclusions que j’en tire moi-même, quitte à y revenir plus longuement une autre fois.nous taut d abord efre conscients ‘ce l’impossibilté d’édifier seuls un Québec libre et socialiste : plutôt que l’appui de notre bourgeoisie nationale ou du gouvernement américain, c'est celui des divers groupes révolutionnaires de l'Amérique Latine et des forces de gauche aux Etats-Unis qu’il nous faut rechercher.D’où la nécessité de mieux connaître la situation au sud du Rio Grande et de prendre des contacts avec les mouvements décolonisateurs de ces pays.Leur expérience nous fait aussi mieux saisir les limites du terrorisme et l'impossibilité de la guérilla dans un pays comme le nôtre où des masses rurales peu importantes s’intégrent de plus en plus au secteur capitaliste par la commercialisation de leurs produits et l'exode vers les villes.Toutes proportions gardées, on se bute aux mêmes difficultés, en ce qui concerne l'action politique, dans les quartiers défavorisés de Montréal que dans les bidonvilles sud-américains. Le rôle de la bourgeoisie nationale semble de.ir être au Québec aussi temporaire et inutile que dans bien des pays d'Amérique Latine.Pour nous aussi, la révolution sera socialiste ou ne sera pas : la seule indépendance politique ne ferait que faciliter l’emprise du néo-capitalisme qui trouverait notre bourgeoisie nationale moins coriace cue I’ establishment" torontois.Nous devrons finalement, nous aussi, adapte- notre socialisme à deux strates fort différentes de la société québécoise : les tra-c leu-s syndiqués bien intégrés dans le sec- la laïcité pierre maheu le laïcisme et l'école Je passe mon temps à répéter sur tous les *ons que le temps est venu de passer à une perspective laïque généralisée, que le laïcisme ne se résume pas à la question scolaire, mais remet en question toute la culture.Je m'en tiens toujours à cette position.Mais la question de l’école demeure fondamentale.La cabale que mènent actuellement, • souvent avec le vocabulaire de l’Opus Dei, les associations ‘‘parents-maîtres’’, les teur capitaliste et prêts à certaines formes de socialisme autogestionnaire et tous ces oubliés des régions défavorisées, tous ces chômeurs urbains désireux avant tout d’être soutenus par une société qui les rejette au nom de la rationalité économique.Malgré leurs bonnes intentions, nos mouvements de gauche ont jusqu’ici touché surtout, par leur action et leur idéologie, le premier secteur au détriment du second, abandonné aux vieux partis et aux créditistes.gabriel gagnon déclarations de Johnson sur la réorientation que son gouvernement compte faire en éducation et sur le caractère essentiellement religieux de "sa" nation.sont autant de signes qui montrent que la bataille scolaire est loin d’être gagnée.C’est pourquoi il me semble important de poser aussi clairement que possible quelques axiomes qui devraient orienter sur cette question toute l’action laïque, pour l’instant et dans le contexte actuel.107 Or le Conseil Supérieur de l’Education faisait récemment parvenir à plusieurs organismes un questionnaire sur les priorités en éducation.Il me semble que la réponse du M.L.F.énonce assez bien ces axiomes.(Il me semble !.et pour cause : c’est moi qui l'ai rédigée ! “C'est mon opinion et je la partage’ ) — Pierre Maheu -o-O-o- La question était : Enumérez, par ordre d'importance, les besoins auxquels votre organisme juge devoir accorder la priorité dans le domaine de l'éducation.Commentez.La réponse : 1.La laïcité de l’enseignement et des institutions.2.Le caractère public de l’école.3.L’accessibilité générale à l’enseignement.4.La modernisation du contenu et des méthodes de l’enseignement.commentaires 1.L'Etat moderne et démocratique doit respecter toutes les croyances, mais ne s'identifier à aucune.Il doit affirmer la prééminence de la communauté nationale sur toutes les communautés restreintes qui la composent.Un des principaux moyens, c’est la laïcité complète et tolérante de toutes les écoles publiques.108 Elle seule peut remplacer par la démocratie vécue l'esprit de ghetto.Si les écoles du Québec doivent être séparées en deux groupes, ce serait plutôt selon la langue que la religion.2.L’Etat, représentant de la nation, doit avoir le contrôle de l’enseignement.Une bonne partie des institutions secondaires privées devraient passer sous son autorité.Et il doit avoir le contrôle absolu des fonds publics et de leur usage : il devrait donc contrôler au moins toutes les institutions qu’il soutient financièrement.Le principe directeur en ce domaine devrait être : A l'école publique, les fonds publics ; à l’école privée, des fonds privés.3.C’est une exigence de démocratie qui nous fait souhaiter un enseignement public et laïque.Cette exigence serait vaine si elle ne devait aussi conduire à l’accessibilité générale à l'enseignement.Pour ce faire, la gratuité totale à tous les niveaux s’impose, de même qu’une formule telle que le pré-salaire à l’étudiant.Cette affirmation n’est d'autre part valable que si l’enseignement prépare au service de la collectivité, au lieu d’être comme aujourd’hui la porte d’entrée des classes privilégiées.4.Pour être vraiment laïque, l'enseignement devra dispenser une culture adaptée à notre époque, aux satellites arti- ficicls et à l’an 2000, ce qui ne peut se faire qu'en secouant le respectueux engouement qu'inspire la culture classique (qui est à bien des égards une culture de classe).Donc, introduction des méthodes actives, refus de tout dogmatisme, insistance sur l'esprit scientifique et l’esprit de recherche, développement de la spontanéité créatrice, etc.N.B.-Ces quatre points ne sont pas plus importants l’un que l'autre : ils se tiennent.Une école publique qui n'est pas laïque ne fait qu’empirer la confusion de l’Eglise et de l'Etat ; une école privée ne peut être gratuite que si l’Etat distribue des fonds sans les contrôler, etc.LE M.L.F.If s essais lue racine le m.I.f.et la laicisation de I éducation La parution successive, en une même année, de deux courts essais sur la laïcité, marque une nouvelle étape de l’évolution du M.L.F.Tant à travers Le mouvement du 8 avr de Jacques Godbout* qu’à travers le ie>?e de Marcel Rioux**, on voit se dessiner une pensée précise et rigoureuse sur ce que sera un Québec laïque.Ainsi, le rôle du M.L.F.à I’ intérieur de la société québécoise actuelle se trouve plus clairement défini : provoquer l’avènement d'une morale et de Jacques Godbout, Le mouvement du 8 avril, Coll.M.L.F., no 1.Montréal, 1966.Marcel Rioux, La Nation et l’Ecole, Coll.M.L.F., no 2, Montréal, 1966.valeurs éthiques plus conformes aux besoins d'une société évoluant très rapidement dans le sens d’une industrialisation avancée et d’une modernisation radicale affectant tous les secteurs de la vie.Laïcité et modernité Le texte de Godbout est presqu’entière-ment consacré à ce thème majeur.Selon l’auteur, la déconfessionalisation qui s’opère au Québec depuis quelques années, processus que le M.L.F.veut à la fois favoriser et canaliser, est fonction de la transition de la société québécoise vers l'être technologique : “La déconfessionalisation se fait toute seule, sans qu'on la pousse, par la simple opération 109 des nouvelles valeurs de la révolution technologique” (J.Godbout, p.9).Sous l'effet de divers facteurs, qui sont tous plus ou moins liés à l'industrialisation, la prédominance des valeurs religieuses dans la vie quotidienne tend de plus en plus à s'estomper : "La dé-confessionalisation, c’est-à-dire la disparition de la dominante religieuse, est le résultat net et pratique d'une évolution quotidienne de l’homme vers une plus grande rationalisation et possession des choses” jp.9).Or, il va sans dire, un phénomène d’une telle ampleur place l’Eglise et tous les intérêts associés au cléricalisme dans une situation précaire : ”.la révolution technologique est une révolution totale, et l'Eglise catholique qui est une invention de la civilisation agricole peut n'y pas survivre, pas plus que ne peuvent survivre les entreprises familiales ou les artisans : le christianisme, lui, peut survivre.Pourtant, personne, même pas l'athée militant, ne souhaite vraiment la disparition de l'Eglise catholique; mais personne n'est en mesure de dire — aujourd’hui — si celle-ci va passer l’hiver du XXe siècle” (p.12).De là les résistances du clergé face à la déconfessionalisation de l’enseignement et à la laïcisation générale de la société.Le pouvoir traditionnel de l'Eglise (et de la bourgeoisie-cléricale) était le résultat de la structure de classes d’une société agricole et dominée; l’effondrement de cette structure de classes, qui a débuté dès le début du siècle et qui est pratiquement complet maintenant, entraîne la perte de l’hégémonie du clergé sur la société et de la religion dans la culture.Dans un tel contexte, la monopolisation de l’enseignement par le cierge, et le maintien de la confessionalité qui en découle, sont une absurdité.Un tel enseignement, qui transmet, en plus d’un savoir inadéquat, des valeurs périmées, ne saurait correspondre aux besoins pressants d’une société en rapide évolution.Ainsi, laisser la déconfessionalisation se faire toute seule, et l’éducation décoller de plus en plus de la réalité pour aboutir à une véritable schizophrénie, ce serait exposer le Québec à l’emprise complète de la culture de masse en provenance des U .S.A.Le M.L.F.représente justement les intérêts de certaines fractions de la société québécoise ( nous reviendrons là-dessus en commentant le texte de M.Rioux) dont l’action vise a empêcher ’une déconfessionalisation qui ne mènerait pas à la laïcité.Une déconfessionalisation qui ne mènerait nulle part, qui ne serait pas une laïcisation” (p.10).Le changement des structures socio-économi-qui exige de nouvelles valeurs et une nouvelle morale.C'est sous cet angle que lo laïcité se présente alors comme “la morale de la cité moderne, c'est-à-dire une probité et une générosité sociales qui n’ont d autre motif que le bien des citoyens et leur vie harmonieuse” (p.11).Ce qui précède permet de comprendre dans quel contexte s’inscrivent l’action et les no revendications du M.L.F.: l’industrialisation eu Quebec ayant entraîné l’effondrement des valeurs traditionnelles définies par le clergé et enseignées par lui, il faut créer de nouvelles valeurs, culturelles et éthiques, correspondant de façon plus adéquate à une société qui participe de plus en plus à la civilisation technologique.Tant que cette tache ne sera pas accomplie, il y aura un dangereux décalage entre les valeurs et le système d’éducation d’une part, et les structures socio-économiques de la société d'autre part.C’est seulement “lorsque, dans notre société, un individu pourra naître, se marier, avoir des enfants, ou n’en pas avoir, en adopter, se prévaloir des services sociaux et des tribunaux, assurer à ses fils et filles l’école et le travail, puis mourir sans qu'intervienne obligatoirement l'Eglise, (que) la liberté de conscience, tant des croyants que des incroyants, y sera respectée’’ (p.26).l ctat laïque Le court essai de M.Rioux traite principalement de deux thèmes qui sont d’ailleurs connexes à ceux touchés par J.Godbout : il segit des interrelations entre le laïcisme, le socialisme et le nationalisme à la suite de la montée de nouvelles couches sociales au Québec, et de la prise en main de l’enseignement par i'Etat.Dans une première partie, l’auteur insiste sur un des points les plus importants pour la compréhension d'une nouvelle idéologie axée sur les idées de laïcité, de socialisme et d’indépendance : l'importance croissante prise par un nouveau groupe socio-économique à l'intérieur de la société québécoise : “Des couches sociales — nouvelles et variées — se sont bientôt senties impliquées dans la construction de cette nouvelle société et veulent maintenant participer à sa mise en marche et à sa réalisation; ces nouvelles élites — éducateurs, fonctionnaires, étudiants, syndicalistes, cadres — sont en voie de supplanter les élites traditionnelles du clergé et des professions libérales.On peut donc dire que la nouvelle idéologie que la révolution tranquille a secrétée est résolument tournée vers l'avenir et qu’elle s’appuie essentiellement sur l’idée que le Québec est une société en voie de développement et que toutes les couches de la société doivent participer à son évolution.Plus concrètement, cette nouvelle idéologie s’incarne en trois idées forces : nation, socialisme et laïcité" (M.Rioux, p.3).D’autre part, il ressort clairement qu’un Etat correspondant à la nouvelle structure de la société doit représenter les intérêts et répondre aux besoins de toutes les couches de la population, et non pas refléter et privilégier des aspirations particulières : “Un Etat moderne, un Etat laïque, met sur pied des services, des institutions de toute nature, dont les citoyens sans distinction d’aucune nature peuvent bénéficier” (pp.7-8).Dans cette perspective, il est évident qu “avant de ni favoriser l'épanouissement d une religion quelconque, l’Etat doit assurer le développement et l'épanouissement de la communauté nationale" (p.17), et que "si les catholiques continuent d’insister pour que l’école publique soit confessionnelle, ils mettront ainsi en danger les progrès de la communauté québécoise" (p.14).De cette façon, un Etat représentant toutes les couches nouvelles de la société québécoise et défendant les intérêts des diverses catégories de la population devrait prendre l'éducation en main et, par l’établissement d’un enseignement laïque à tous les niveaux, favoriser le développement actuel de notre société.L'avantage d'une telle politique serait de faire de l’enseignement un puissant facteur d'évolution et d’identification de la communauté nationale.Ainsi, le système d’enseignement deviendrait un agent de cohésion et non plus de dispersion ou de disfonctionnement dans la société : "Devant toutes les forces centrifuges qui contribuent à amoindrir, à morceler, à diviser le Québec, il faut que l'Etat québécois, dont c’est la tâche première en tant qu’Etat national des francophones de cette partie de l’Amérique du Nord, établisse un réseau de forces centripètes qui ait pour fonction de faire du Québec un Etat national viable.Or, il n'est pas de force centripète, de force de rassemblement plus forte que l’école.C’est à l’école que les nations modernes donnent à leurs citoyens le sens d’un destin commun" (p.15).L'importance, pour ce qui est de l'avènement d'un Québec indépendant et socialiste, d’une prise en main de l’éducation par un Etat laïque, tient ainsi au fait majeur que "c’est à l'école, pendant cette période de formation, que s’opérera le brassage des traditions, des valeurs, des aspirations et que se créera un consensus national qui permettra l'épanouissement de la nation québécoise" (pp.15-16).Une telle position nous semble avoir l’avantage de concilier, au sein d'une même stratégie, les trois pôles principaux d'un certain socialisme : contrôle de l'économie nationale et de l'éducation par un Etat fort représentant les intérêts de la population du pays dans son ensemble.éducation et autogestion Que le contrôle de l'éducation passe des mains du clergé à celle de l'Etat, ce qui implique la laïcisation radicale de l’enseignement, contribuerait certainement à développer au Québec un système d’éducation plus adéquat aux besoins d’une société en rapide évolution.Toutefois, il reste que cette solution n’est compatible avec le socialisme qu’en autant que l'Etat auquel on veut confier la responsabilité ultime de l’enseignement représente vraiment la population dans son ensemble et ne privilégie pas un groupe socioéconomique particulier.Le socialisme étatique, qui implique une éducation nationale laïque, représente toujours soit un équilibre instable entre les intérêts des diverses classes de la société (avec prédominance donnée aux travailleurs), soit la soumission des intérêts de tous les groupes à celui d’une élite de technocrates finissant inévitablement par se scléroser.Comme étape dans la voie de la réalisation du socialisme autogestionnaire, le socialisme étatique peut se justifier; d’autre part, lorsqu’un gouvernement socialiste n’entreprend pas radicalement de remettre graduellement le contrôle des décisions aux divers groupes de travailleurs, il risque fort de verser dans le totalitarisme ou de faire le jeu du néo-capitalisme.Tout cela a d’ailleurs des conséquences pour ce qui est du système d’éducation.En effet, l’enseignement peut relever de l’Etat de diverses façons, soit par centralisation, le rôle du clergé étant alors remplacé par celui de fonctionnaires, d’administrateurs et de bureaucrates prenant toutes les décisions importantes au détriment des enseignants et des enseignés; soit, d’autre part, par décentralisation, l'Etat de contentant alors de coordonner les activités relevant de l'éducation, où les décisions majeures sont prises de concert par les enseignants et les enseignés, et celles des autres secteurs de la vie socio-culturelle.C'est peut-être dans le fait de ne pas suffisamment tenir compte d'une telle problématique que réside la faiblesse de la stratégie politique du M.L.F., telle qu’exprimée du moins dans les deux essais que nous avons examinés.La laïcité n’implique pas nécessairement le socialisme, mais elle peut s’y intégrer en autant que le système d'enseignement qu’elle préconise ne suppose pas de remplacer purement et simplement l’autorité cléricale par celle de l'Etat.Si ce dernier intervient dans le but de remettre à la population le contrôle de l’éducation, il n'y a aucune objection.Mais si la main mise de l'Etat sur le système d’éducation signifie que le contrôle de l’enseignement passe d’un groupe particulier à un autre groupe particulier, il y a radicale opposition entre une semblable laïcisation et le socialisme.Le M.L.F.gagnerait beaucoup en précisant ses positions sur ce point.lue racine 113 littérature québécoise raoul duguay l'avalée des avalés ou l'avaleuse québec littéraire, voici ton père : l’avalée des avalés : réjean ducharme.Or donc, ainsi enfin, une oeuvre GENIALE.Eureka.Hourrah.Qu’on l’avale.Pourquoi ?Parce que c’est un archétype d’oeuvre ouverte (ECO) dont le témoignage (VACHON) analytique et synthétique, porte une dimension universelle, témoignage qui se manifeste dans une refonte des formes littéraires et des valeurs de notre civilisation, témoignage qui se situe au niveau des problèmes du langage humain, de son axiologie essentielle, de la confrontation du règne animal, végétal, minéral et du règne humain, de la nature et de la culture.Quand je dis que cette oeuvre est universelle, j’entends “encyclopédie" du savoir humain et des actes quotidiens de l’homme.De l’homme historique.C’est à un tour du monde, géographiquement et culturellement parlant, que nous invite DUCHARME.Un 114 des avaleurs! voyage dans l’âme et autour du corps de l’homme.Un voyage au cours duquel une vingtaine de personnages (23 plus précisément) évoluent dans un contexte “bérénicien” dans une situation langagière “bérénicienne".L’importance de la complexité des langages est capitale.On y parle plus de 10 langues, par brides, (italien, espagnol, allemand, hébreu, chinois, anglais, latin, grec, français et “bérénicien’').Et ceci pose le problème de la communication et se transpose sur le plan de la géographie humaine.Presque tous les pays du monde y sont énumérés.C’est un voyage global et englobant.Il y a là une conscience ouverte aux possibilités contemporaines d’être nomade, d'être un voyageur éternel.Au moins 5 départs d’intention et de fait, 5 évasions du monde des ’’cages" : “Partons.Destination inconnue”.Donc, voyage dans le langage et dans toutes les activités humaines, musique, littérature universelle, peinture, théâtre, cinéma, ballet, mécanique, trigonométrie, physique nucléaire, archéologie, anthropologie, biologie, chimie, médecine, (pharmaceu- tique, gynécologie), anatomie, électronique, iridologie, géologie, pornographie, athlétisme, gymnastique, taxidermie, politique internationale, agronomie, urbanisme, technologie, psychiatrie.Mais l’importance est accordée surtout à la botanique, à la zoologie, à la mythologie (et à la Bible).La botanique et la zoologie ne sont plus ici simple effusion sentimentale dans l’accointance avec la nature.L'apparition, au cours de ce roman, de plus de 150 noms d'animaux et d'autant de noms de plantes et végétaux, est spécifiquement significative.Cette connaissance des oiseaux, poissons, mammifères et insectes, des arbres, fleurs, fruits et plantes a une incidence plus que symbolique et métaphorique.La connaissance et l’amour des animaux et des plantes fait ici partie d’une sorte de thèse : "Les animaux sont vrais.Les hommes sont faux" (p.176).Ainsi, Bérénice, le personnage central "surnaturel" et "diabolique" de ce roman, aimera Christian quand il pratique la chirurgie sur les rats blessés.Mais elle le traitera de lâche, lorsque, un rat, pris au piège et mangeant sa patte pour se libérer, Christian, son frère, prendra la poudre d'escampette dès l'arrivée du gardien et montrant ainsi moins d'âme que le rat.Ce vocabulaire zoologique et botanique, marque donc une admiration pour tout ce qui vit dans la nature, libre, seul et vrai dans sa volonté de mourir plutôt que de céder.Ce volontarisme, caractéristique du monde animal, Bérénice l’appliquera dans sa vie, actualisera cette "logique implacable des rats et hirondelles”.Les références nombreuses, très nombreuses, aux personnages de la mythologie gréco-latine et de celle de la Bible et même de tous les âges de l'Histoire montrent bien combien les hommes n’ont pas changé leurs habitudes, leurs idéologies rétrogrades et despotiques, combien les valeurs traditionnelles n’ont pas été renouvelées et que c’est toujours le même petit jeu qui se répète, celui de la bêtise humaine, de l'aliénation et de l’illusion, de tout ce qui empêche l’homme d’atteindre l’épanouissement de sa liberté.D’autre part, ce roman est typiquement québécois.Au moins 12 situations québécoises (Dorval, La Pressée, quai Victoria, Radio-Canada, Québec, Verdun, Christophe-Colomb, père Brébeuf, cimetière de Hêtraie, Indiens, Fleuve Saint-Laurent, le patin, la neige, Nelli-gan).Remarquer que NELLIGAN est cité 14 fois et que ce vers de lui pourrait porter toute la signification du roman : “Nous ne serons pas vieux, mais déjà las de vivre”.On retiendra que Bérénice est liée à Constance Chlore par la fleur préférée de Nelligan : l’ancolie" (la mélancolie).Voilà pour les considérerons statistiques, révélatrices de la qualité du roman.en amont de l’avalée et de ravaleuse.Un titre doit contenir tout le sens d’une oeuvre.Ou son envers.Le sens de L’AVALEE 115 \ DES AVALES est contenu dans les trois premiers mots du roman : “Tout m’avale *.Il s'agira, tout au long de l’oeuvre, d’inverser le sens de cette phrase en : J'avale tout.Le TOUT en question est essentiel car c’est vraiment la totalité que l’on rencontre dans ce roman : totalité de l’expression, totalité de la destruction, de la volonté, de la raison, de la possession, de la solitude, de la vérité.Bref, le revirement se fait du passif à l’actif; et pose le problème de la vie de manière radicale et extrémiste.J’aime cette radicalité.Il y a problème lorsqu’il y a deux solutions.Ici : être avalé ou être avaleur.Tout le roman vise à nous montrer la condition de l’un et de l’autre : la condition humaine totale, quoi.Bérénice a choisi de tout avaler ce qui l’avale.Donc, passage de L’AVALEE DES AVALES à l’avaleuse des avaleurs.Il me semble que le titre est motivé par la fin du roman, là où Bérénice flanche et redevient avalée par la guerre.Mais à vrai dire, la fin est ambiguë.Et il est bien qu’il en soit ainsi.Que rien ne finisse.Mais que veut dire ici AVALEE ?De L'AVALE.A la page de la mort du Christ, page 33 : “La vie ne se passe pas sur la terre, mais dans ma tête.La vie est dans ma tête et ma fête est dans la vie.Je suis englobée et englotante.Je suis l’avalée de l’avalé.” A la page 24, jour de la Saint-Jean-Baptiste : “Il faut trouver les choses et les personnes différentes de ce qu’elles sont pour ne pas être avalé.” A la page 90, année gérontologique, ou condensé de trois générations : “Ce qui me force à avaler, je le vomis, dare, dare.” Tout est là.De ces trois citations historiques ressortent trois notions qui serviront d'axiologie : création, volonté, liberté.Et la page 155, diviseur contenu 12.69032 etc.dans le dividende de la confédération 1967 : “Nous sommes prises par la neige, prises aux pièges de la neige, avalées.’’ Le pays.Il y a un volontarisme absolu fondé sur une subjectivité transcendantale (cf.Husserl) et coïncidant avec un rationalisme pur (plus pur que celui de Descartes) et avec un idéalisme plus puissant et plus incarné que ceux de Kant et Hegel, bref, un volontarisme existentialiste.Voilà.Volontarisme physique et métaphysique.Tout ceci enraciné dans une philosophie de l’inoubliable (mémoire) et du délire verbal et gestuel (imagination).L'apothéose de l'enfance et son triomphe sur “l’adulterie”.Fini les grands mots.La volonté ici est puissance créatrice et libératrice : “Ce qui importe, c’est vouloir, c’est avoir l’âme qu’on s’est faite, c’est avoir ce que l’on veut dans l’âme .il faut se recréer .je suis ma propre enfant’’.Bérénice a cette volonté de conquérir la dignité de son être, d’être responsable par la foi et la raison, car la raison est le levain de la volonté et la foi en est le pain.Sa volonté est tellement forte qu’elle tuera, par télépathie, Constance Chlore, pour la protéger de la laideur du monde adulte.Sa volonté est courage lie excessif : elle mettra ses maîns sur le corbeau d'une grille en plein hiver, et attendra sans crier, que la chaleur de ses mains lui permettre de s'en dégager sans arracher sa chair.Personne d’autre qu'elle ne pourra agir sur sa volonté.Et c’est cette volonté, qui est foi et raison qui lui permet de s’approprier sa personne, de s'appartenir : "Le seul moyen de s'appartenir est de comprendre.Les seules mains capables de saisir la vie sont à l’intérieur de la tête, dans le cerveau" (p.142) et ailleurs Tout prendre, me saisir de tout.Tout m'appartient.Il suffit de le croire." (p.87).De la volonté, de la foi et de la raison découle nécessairement la vérité : "Il n’y a de vrai que ce qu’il faut que je croie vrai, que ce qu’il m’est utile de croire vrai, parce que j'ai besoin de croire vrai pour ne pas souffrir’ (p.24) Voilà pourquoi, Bérénice ne se contente pas de penser liberté, et vérité, elle est utilitariste et sa volonté, elle l'utilise pour tenter de se créer un bonheur inédit dans I action quotidienne, et se rend vite compte que pour être libre, il faut tout détruire, que pour posséder sa vie, il faut mener "un combat contre tous" et subir ainsi que vouloir la solitude.Cette solitude lui vient du fait qu’elle ne peut posséder à elle seule, le visage de Christian, de sa mère Cnamomor.De sa solitude qui se heurte aux autres solitudes humaines, elle fera éclater son besoin de tout posséder, de tout détruire pour tout posséder : Jo sois pourquoi il est agréable de briser, de détruire.Je vais t’expliquer.Ça procède de la nostalgie d’avoir, de posséder, de posséder vraiment".Un exemple original de cette volonté de destruction : elle voudra débâtir le columbarium de Zio avec "une épingle à nourrice".Cette volonté absolue suppose inévitablement le goût du risque et l’amour de l’impossible.Mais elle se heurtera à l’impossibilité de réaliser tout ce qu’elle veut.Elle dira, par exemple, qu'elle peut détruire sa poupée, mais pas la rue, la ville.Et cela l'agace.Dans la veine de ces notions de liberté, de volonté et de possession, tout le contexte du roman nous propose des méditations sur la fidélité et la dignité : "J'ai choisi d’être fidèle, loyale, de défendre jusqu’à mon dernier couac, la cause perdue"; sur le bonheur qui correspond au beau, le beau se trouvant dans l’angoisse, et l’angoisse ayant comme finalité de provoquer la réflexion; sur l’amour conçu comme un émerveillement (les seules situations où on la voit heureuse sont reliée à la dimension ludique et imaginative ainsi qu’à ce temps vécu "ensemble" dans la nature).Mais cette volonté de destruction et de liberté se manifeste par des actions qui signifient son rejet d'une société adulte et de tout le halo militaire, judiciaire, monétaire et religieux de cette civilisation considérée par Bérénice comme un amas de "cages", et qu’elle fera ravaler aux maîtres.Son besoin de solitude commandant le respect de sa personne, on peut comprendre la valeur métaphysique de ce roman : la sauvegarde de 117 l'unicité de l'être et l'épanouissement de la personnalité, la critique de l'anonymat.(Le guerrier anonyme, tous ces visages anonymes qui ne sont devenus que des numéros matricules), et la reconnaissance de l'autonomie de l'âme et de son pouvoir de se recréer sans cesse, de se continuer et d’être fidèle à son image jusqu'au bout, jusqu'à la mort.Bérénice dira que le crime le plus abominable à commettre contre l'âme, c'est de "lui faire assister deux fois à un même spectacle" signifiant bien par là l'importance de la créativité.Mais tout ce qui l'avale l'empêche justement de s’épanouir, de se libérer et de se réaliser.Dès lors elle s'attaquera à tout : au paternalisme d’Einberg juif et à l’emprise oedipienne de Chamomor qui, en dépit de leur haine mutuelle et de leur division sur le plan de la croyance, pactisent pour punir ou récompenser, (le père punissent, la mère récompensant), les gestes incestueux de Bérénice (catholiques et juifs se ressemblent quand il s'agit de trouver le péché capital : l'impureté).Bérénice devra donc lutter contre son père qu'elle affrontera sans vergogne en répondant à "ses paires de claques, par des coups de pied", et contre la beauté fascinante de sa mère en se vengeant des caresses qu’elle n'a pas eues étant bébé et que lui propose maintenant sa mère, par la mort qu’elle donnera à Mauriac / et Mauriac II les chats chéris de Chamomor (identification de la mère au chat).Son refus est donc global et attaque toutes les dimensions de l'agir humain et plus spécifiquement ses aberrations : la religion.Elle se voudra "impie" par réaction contre le religion juive qui condamne les impies et dénoncera ce Dieu vengeur assoiffé de "cendres et de sang", Dieu sadique d’une fausse race élue qui tient son monde par la crainte et le tremblement (Kierkegaard), par la peur, le romantisme du ciel et la frayeur devant l'idée de l’enfer : Un Dieu qui crée l’enfer est un Dieu qui ne peut s’empêcher de haïr".Elle rira plus loin des coutumes idiotes du sabbat.Elle proposera une conception de l'amour fondée sur la connaissance mutuelle et la liberté des deux partenaires, se moquera du coup de foudre qui ne mène qu'au sexe et à l'esclavage, qui crée des réflexes conditionnés, favorise un bonheur facile une morale sédentaire, un déterminisme et une croyance à la fatalité.Bref, c'est toute une critique de la notion de famille et de mariage que l’on rencontre tout au long de ce roman.Le mariage y est conçu comme mortel, parce qu’il encadre dans la famille "homogénéisée et pasteurisée".On pensera à Simone de Beauvoir lorsqu’elle parlera de ses menstruations et de cet "écoeurant appareil sexuel" qui coïncide avec l’avènement de l'adulterie en elle.Le thème du "secret" est très important dans l’AVALEE DES AVALES.Il es> directement lié à la notion d’unicité des expériences humaines, de l’intervécu humain.Ce qui fonde l’amour, c’est qu’il y a d’unique entre deux êtres.Ainsi elle sera déçue lorsque Mingrélie dévoilera le secret de Christian à propos du javelot, lorsque Chamomor se vantera de l'avoir guérie et racontera à tout le monde l'expérience intime de leur amour, de la découverte de l’Atlantide dans un verre de cognac.Pourtant, elle meme dévoilera à Gloria le secret qui la lie à Constance Chlore.Mais c'est sur le plan social que cette critique destructrice et que cette destruction créatrice se manifestent avec le plus d’acuité.Elle condamnera le racket des pilules et des “honoraires exorbitants” de la médecine et de la pharmaceutique; elle rejettera l’urbanisme contemporain, ses "étages” pour lui préférer les "igloos” des Esquimaux; elle dénoncera la psychiatrie qui dévoile les secrets du sexe; elle décrira les sottises qui peuvent faire se strip-teaser” les dames des hauts fonctionnaires quand un bel homme leur promet d en faire autant.Elle partira en guerre contre la guerre et contre la civilisation technologique contemporaine qui vit dansi un "tintamarre abrutissant”, empêchant ainsi de trouver un remède efficace qui permette de guérir l'âme humaine.Elle dénoncera la guerre qui "n’est qu’une affaire de grosses têtes et de gros bonnets”, la guerre-suicide basée sur le droit du plus fort, le “droit de ceux qui ont le plus de tueurs et le plus de machines à tuer".Bref, c'est aux maîtres qu elle s’attaque et envers qui elle exerce sa volonté, son obstination irrévocable : "O maîtres, je mangerai plutôt mes excréments" et plus loin "Je ne suis la servante ni des présidents des pays de la terre, ni des Yalveh des pays du ciel".La page 160 contient sensiblement tous les éléments ci-haut décrits : "Qui n’est pas avalé par un évêque, un général, un juge, un roi, et un riche ?" Nous sommes donc avalés par la guerre, par la justice, par la religion, par le capitalisme.Il faudra dès lors "tout détruire, tout soumettre”.Que l’on voie dans ce roman une noirceur, un désespoir, une faillite de la condition humaine, voilà qui est clair.Mais ce roman n’est pas pour autant, négatif.Il a la force de sa négativité, il provoque un revirement des valeurs, une réflexion sur la crise du monde occidental, sur cette civilisation adulte qui a perdu son pouvoir d’émerveillement et de renouvellement.Mais il faut dire que DUCHARME, dans la nomenclature qu’il fait des arts s’arrête au XIXème siècle, à peu de chose près.Et il en est ainsi pour l’Histoire.Mais là où il rejoint le plus l’actuel, c’est dans la récente guerre Israëlo-Arabe dont il décrit la futilité.Je n’ai pas parlé ici de la forme du roman.Mais elle est aussi révolutionnaire que son contenu.Hélas, une étude sur cette révolution nécessiterait plus d’espace que ce dont nous disposons, mais nous pouvons supposer que c'est dans la création d'un langage tout à fait nouveau que ce roman prend sa valeur.Il est clair que le langage bérénicien fonde tout le reste : "En bérénicien, le verbe être 119 ne se conjugue pas sans le verbe avoir" (p.200) Ce qui recouvre les thèmes de possession, de volonté et de liberté.Mais ce langage qu'invente Bérénice va plus loin que cela : il est essentiellement rattaché à la lutte de l’enfance contre l’adulterie, à la conquête de la reconnaissance de l'unicité de l’être : "Je hais tellement l’adulte le renie avec tant de colère, que j’ai du jeter les fondements d’une nouvelle langue" (p.200), Le béréni-cien s’appelle aussi "spétermatorinx étanglo-be" ce qui est synonyme de "mounonstre bé-xéroorisiduel".Il y a plus que la fantaisie dans cette invention, il y a le problème de l’impossibilité de communiquer qui est décrite dans les rapports entre Grisée et Eésirg, le premier disant : "J’ai très faim, mangeons du poivre", le second répondant: "Coraux en thé".L’AVALEE DES AVALES est un réquisitoire pour la protection de la pureté et la joie de l'enfant : "Je ne permettrai à aucun adulte de porter son ombre sur ta joie d’enfant" dit Bérénice à Constance Chlore-Exsangue.C’est une oeuvre qui nous invite à réfléchir sur l’immense solitude de l’homme, sur l’impossibilité de la communication : "Tout ce que j’ai dit jusqu’ici est demeuré infécond".Oui, parce que ce que j'ai voulu communi- quer de l’oeuvre critique et créatrice de DU-CHARME n’est qu’une once de ce poids d'humanité, de lucidité et d’amour, (d’une haine qui est amour) qui caractérisent les génies.Non, parce que je l’ai dit.Je retiens donc comme valeur essentielle de cette oeuvre, ce pouvoir qu’elle a, par son insistance sur l’axiologie création-volonté-liberté-possessîon, de me situer dans une relation internationale et universelle avec le monde entier, de valoriser l’infinitude de l'homme (Ricoeur) dans sa dimension polysémique, de démystifier à la manière de Freud, Nietsche, et Marx, la société en proie à la crainte, au besoin de consolation et de sécurité, de démasquer la notion de culpabilité inscrite au coeur de l’homme et fondée sur une apologie de la faiblesse ainsi que l’aliénation de l’être par l’argent.Je retiens que l'homme est créateur de son existence.(Sartre) Je retiens qu’à partir de L’AVALEE DES AVALES, notre littérature est née et que nous avons un père pour la continuer.Qu’on se laisse avaler par cette oeuvre.On pourra dès lors, tout avaler.raoul dugay interprétations de la vie quotidienne •'L’art, c’est le délire d’interprétation de la vie." Louis ARAGON ("Qu’est-ce que l’art, Jean-Luc Godard ?" / "Les lettres françaises", 9-15 sept.65.) patrick straram gadgets et actualités Michèle Favreau écrit, dans « La Presse », le 3 septembre 1966 : « Jamais je n’ai si bien compris, dans Téblouisse-mans douioureux de PIERROT, la beauté sereine d’UX HOMME ET UNE FEMME.L’infinie complexité, la richesse prodigieuse du film de Godard n’a d’égal que la merveilleuse simplicité de celui de Lelouch.Encore une fois, c’est l’envers et l’endroit d’une meme chose.» Je ne mets pas en cause la sincérité de Michèle, peut-être Tune des journalistes du cinéma les plus honnêtes que je connaisse.Je prétends qu’elle réagit émotivement et au premier degré seulement, d’où un très regrettable confusionnisme, alors que face au cinéma, encore aujourd’hui le plus influential moyen d’expression et de com-munication du monde moderne, avant que le supplante demain la télévision (voir plus bas), ce qu’il est essentiel d’essayer d’avoir c’est une conscience scientifique et politique (scientifique : connaissance?du cinéma.et du cinéma par rapport à sociologie, économie, dialectique de l’histoire).C’est pourquoi je veux utiliser certaines données d’Henri Lefebvre et de Gilbert Cohen-Séat et Pierre Fougeyrollas pour tenter de situer à un niveau de la praxis actuelle ce qu’il y a d’irréductible entre Lelouch et Godard.(Ce que certains ressentent spontanément, et ce sont généralement des « hommes de coeur » : qu’on se souvienne d’une certaine polémique Jean Basile — Guy Joussemet.) conscience-fiction et images d’épinal de laboratoire « Le filmique contient dans leur indissociabilité I’instinctucl et Tintellcctuel, les images et les relations, le sensible et le raisonné; il n’est pas fondamentalement expression intellectuelle de la rie, il est plutôt une vie qui se déploie et dans laquelle l’art, esthétique et technique, est à la disposition et peut être mis au service de la pensée qui a pour fonction de prendre conscience de cette vie.* Ainsi s’expriment Cohen-Séat et Fougeyrollas.On connaît la belle formule de Michel Delahaye disant de J.-L.G.qu’il fait un cinéma de conscience-fiction.Ainsi bien indiqué qu’il s’agit d’un art, mais d’un art pour nrendre et faire prendre conscience, ce qui présuppose une « façon » de faire de l’art.121 Tout film de Godard (à part peut-être A BOUT DE SOUFFLE, et encore !) est toujours, « primordialement », une remise en question du monde vécu et enregistré.Le film tente de faire deviner une pensée « autre » qui en découle.Au moyen de cette pensée seule serait-il possible de prendre conscience de la vie, dans le monde réel (à propos, relisez-vous les dix volumes d’Aragon, parfois, vous savez, l’Aragon de la digression, qui est son sujet, dans UNE HISTOIRE D’EAU?).Il est assez évident que la vie dont nous conservons une conscience approximative n’est plus celle d’aujourd’hui.C’est pourquoi l’on reproche à Godard son besoin de provoquer, au lieu de l’aimer d’éprouver ce besoin.Rien de semblabe chez Lelouch.L'ins-tinctuel et le sensible seuls le retiennent.Il travaille ensuite en laboratoire, de façon à créer une oeuvre d’art qui ne vaille que selon les expériences faites pour le plaisir de l’expérience, une oeuvre qui ne vaille que par et pour elle-même.Aucune « morale » dans UN HOMME ET UNE FEMME.(Et au seul niveau des conventions et de la vraisemblance, puisqu’intrigue il y a, c’est la grande « Prétention » accessoire de Lelouch, combien d’illogismes : mais la seule technique intéresse Lelouch, l’émotion n’est qu’un prétexte, qu’il se soucie peu de relier à un contexte lui correspondant — voir parcours et durée automobiles accomnlis par un homme qui vient de terminer un rallye.) Henri Lefebvre écrit : « On gagne sa vie ».Et la question se pose à nouveau : Quelle vie gagne-t-on quand on gagne sa vie ?Nous allons voir, ou plutôt nous allons souligner à nouveau que la vie ainsi gagnée, c’est la « vie privée ».Ce n’est que la « vie privée .».» Henri Lefebvre écrit : « A notre sens, l’étude critique de la quotidienneté apporte sa contribution à une antbropolo^u dis-Icctiifuc elle-même solidaire d’un humanisme dialectique (ou coïcidant avec lui).11 s’agit bien de définir l’homme.Le dogmatisme marxiste l’a défini par le travail et pour le travail, en tant que producteur.Or l’homme actif crée le monde humain et se produit en produisant.11 ne produit pas seulement des choses, des outils ou des biens; il produit aussi de l’histoire et des situations.Il crée « la nature humaine » : la nature en lui et pour lui, la nature appropriée à l’homme à travers scs multiples conflits.» N’est-il pas MANIFESTE que voilà une définition pour chacun des deux hommes, le cinéaste et l’auteur de films ?A partir du moment où Lelouch sacrifie tout à vistuosité, effets et récréation en laboratoire, j’entends comme sujet, il est évident qu’il opte pour propriété et vie privées.(L’on sait ce que je pense de l’art qui n’en est plus à force d’etre « engagé ».L’on sait ce que le P.C.Q.pense de Godard.Le problème n’en est pas un de contingences politiques mais un de sciences humaines dans la contemporanéité.L’esthétique ?Oui, si éthique il y a.A propos, LE PETIT SOLDAT, vous vous souvenez ?) Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la sorte de couple choisi par Lelouch prétendant raconter * une histoire ».Tout film de Godard est toujours d’abord une bande d’actualités.Et des actualités si magistralement enregistrées qu’on y discerne à la fois l’actualité et le devenir de ce qu’elle révèle.Et plus que jamais avec PIERROT LE FOU, son film le plus personnel : celui qui pénètre le plus à l’intérieur de la quotidienneté moderne (avec MASCULIN FEMININ).122 En un sens (et plus encore que Rouch, Rozier, Groulx, Leacock et quelques autres — mais surtout pas du genre Reichenbach, cl» faiseur de cirques pour consommateurs gaullistes encore plus infects que ceux de Lelouch de plus prétendre à une « réalité objective »), Godard fait un cinéma parallèle à la télévision, qui contient ce que la télévision n’est pas encore vraiment mais devient.Et la télévision sera le moyen d’expression et de communication de demain.Il en ira des hommes qui la feront que la télévision soit la dernière et seule ressource de tous les hommes contre les publicités et propagandes dont se servent es pouvoirs, ou non.Rien de semblable avec Lelouch, préoccupé uniquement de ce qu’il peut faire avec une caméra et non de ce que peut révéler une caméra (s’il peut être aussi très conscient de la sorte de marchandise à offrir pour émouvoir et plaire : mais cette marchandise n’est pour lui qu’acces-soire.Lelouch n’a rien à dire, il ne vit qu’avec sa caméra et sa salle de montage, sa propriété privée, sa vie privée).C’est pourquoi loin de s’inscrire dans le sens d’une appréhension actuelle de nouveaux SIGNES audio-visuels, Lelouch ne fait que fabriquer en laboratoire de bien régressives images d’Epinal.(Et qu’on n’invoque pas ma passion pour les Lang Hawks, Hitchcock, Dreyer, par exemple.Eux, en.quête d’une image totale et juste de l’homme.sont parvenus à un classicisme qui les place forcément en plein modernisme, l’authentique, pas celui des gadgets.A propos.BANDE A PART, l’institutrice, au tableau noir, ça ne vous rappelle rien ?Des sommes culturelles universelles feront toujours partie intégrante de tout progressisme.Jamais n’importe quelle petite expérimentation faite au seul bénéfice de son inventeur dévoré par son jouet et qui a oublié le monde — je ne pense Lelouch un imposteur qu’à partir du moment où il prétend à un « grand amour * pour vendre sa camelote, pas au niveau de son cinéma, si je trouve celui-ci superfétatoire et bien exaspérant.) structuration et consommation Lefebvre : « Le moins qu’on puisse affirmer, c’est que les « mass-media » n’ont pas encore intégré le quotidien à un ensemble plus vaste et plus riche, spontanéité ou culture.Ils l’ont laissé à sa « privation » en occupant cette « privation » et en s’occupant d’elle.C’est la vie privée qui se généralise.Les « mass-media » ont à la fois unifié et disséminé le quotidien ; ils l’ont désintégré dans une intégration à la fois trop réelle et parfaitement superficielle à l’actualité « mondiale ».Qu’ils dissocient une culture acquise et traditionnelle, la culture du livre, du discours écrit, du Logos, c’est à peu près certain.Nous ignorons ce qui naitra de cete déstructuration.» Cohen-Séat et Fougeyrollas : « Nous avons souligné que dans le devenir autre de l’homme contemporain le rapport entre le travail et les loisirs s’était modifié et même, à certains égards, inversé.Il nous est apparu que c’était par et dans les loisirs bien plus que par et dans le travail que les individus étaient aujourd’hui façonnés.La civilisation des loisirs observée par les sociologues devrait normalement devenir, à travers ce processus, » (« Autrement dit le loisir qui est un fevips, se diversifie d’abord en activités et sc réunifie ensuite, à un niveau supérieur, en une vie, pour ainsi dire, substantialiséc.»), «la civilisation du loisir, c’est-à-dire quelle devrait tendre à remplacer des valeurs institutionnelles qui appartiennent à l’ordre de Valoir par des valeurs constitutionnelles qui appartiennent à l’ordre de l'être.» Jean Collet, dans un remarquable essai sur Godard, résume bien l’une des clés fondamentales de l’univers godardien lorsqu’il écrit « Notre civilisation, à qui Godard pose la question essentielle : à 123 quoi bon accumuler dans vos mémoires les images de B.B., du Boeing 707, du serpent à sonnettes, du Parthénon, des chutes du Niagara, .à quoi bon puisque vous ne vivez pas, vous n’ETES pas ?A quoi bon prendre, avoir, savoir ?Il faut vivre, voir, être.* Il y a donc nécessité d’inventer un langage autre à la mesure d’un homme des loisirs de demain.Sans renoncer pour autant aux archétypes culturels précédents les plus en accord avec la nature de l’homme.En luttant sans cesse contre l’exploitation de l’homme par l’homme qui empêche son être.Quel cinéma prévoit, assume déjà, ce passage d’un homme à l’autre ?Anouk Aimée et Trintignant sont faux.Ils improvisent, mais n’improvisent qu’à moitié, ce n’est pas leur métier, et Lelouch les néglige, intéressé qu’il est seulement par sa caméra.Il y a fabrication d’une spontanéité deux fois fausse : elle n’est pas vraiment spontanéité, elle est mal fabriquée.Lorsque Godard filme une réplique de la Karina, qui fixe ensuite la caméra, interrogative (c’est en fait J.-L.G.qu’elle interroge du regard), puis redit de la même façon la même réplique, et J.-L.G.conserve dans le film les deux répliques l’une après l’autre (comme dans la vie, quand on prononce une phrase, et que d’un sursaut on la prononce une seconde fois, pour être sûr de s’être fait comprendre, ou bien réaliser ce ciu’on a dit, ou pour décider l’autre à répondre), il y a invention d’une convention qui trouve sa fonction ultime et sa force générique dans une improvisation spontanée en pleine création (scène sur l’ile, à la table.dans PIERROT).Autre exemple : Anna Karina lance un « Ça va, le vieux ?» plus ou moins imprévu, et spontanément Belmondo invente un discours à la Michel Simon, qu’il imite.Pas prévenu, J.-L.G.continue de tourner, et conserve ce « nu- méro > dans le f;im (numéro, cabotinage, K hommage, collage : indices d’une autre au- I thenticité et une autre réalité que celles I prétendues comme ne devant rien qu’à I elles-mêmes).Lorsque Godard met sa ca- I méra devant une jeune Française de 19 à ans et qu’il la mitraille de questions (MASCULIN FEMININ), enregistrant les réponses « au cours > d’un plan-séquence infernal et sublime, il y a spontanéité réelle absolue, à partir d’une intention précise, qui donne un sens majeur (et indispensable) à la création autonome d’un document, aussi sa critique.(Delahayc trouve que la fille a bien eu J.-L.G., puisqu’elle a tenu le coup jusqu’au bout.Oui, mais au troisième degré il y a surtout qu’on sait maintenant ce que c’est qu’une Française de 19 ans, ceci dit sans généraliser outran-cièrement.) Au moyen du langage cinématographique le plus adéquat.Sans faire de cinéma pour le cinéma.(A propos, les questions et réponses des amants, dans UNE FEMME MARIEE, non ?Ou les réponses du docteur ?) Il y a que nous sommes entrés dans l’ère des sociétés d’abondance et de consommation.Il s’agit de « DE-CONSCIENCER » les individus, de façon à ce qu’ils ne réfléchissent pas au fossé de plus en plus atrocement démesuré qui se creuse entre les différents progrès scientifiques et une morale et une mode de vie nérimés depuis longtemps, complètement déphasés, incompatibles littéralement avec la nouvelle vie vécue selon ce qu’ont modifié ces progrès, l’homme dénaturé.Les divers pouvoirs totalitaires, pour préserver un marché qui corresponde à leur potentiel économique croissant (selon les principes même du capitalisme), et conserver la main-mise sur les masses auxquelles distribuer la surproduction qu’elle a fourni, évidemment une fois re- I tires les colossaux profits, ont pensé à renouveler entièrement les divers moyens de communication 'plus justement, ils ont aussitôt pensé à s’assurer la propriété de ces moyens dès qu’ils furent renouvelés, si aujourd’hui ils prennent eux-mêmes l'initiative constante de les « améliorer »).Une fois assurés un confort et un pouvoir d’achat minima mais qui font illusion, de savantes publicités « dirigeant » les psychoses, acquits auxquels ensuite nul ne voudra renoncer, on a ainsi créé des besoins inutiles qui aliéneraient suffisamment l’individu pour qu’il cesse de s’interroger sur sa condition, de s’insurger, qu’il produise et qu’il achète.Le processus fut évidemment élaboré et imposé d’abord aux Etats-Unis.Trop de conflits subsistent au sein de la collectivité américaine, d’autres surgissent, d’autres surgiront.La France, depuis l’américanisation progressive entreprise dès 1945 (à l’époque du grand espoir que suscitait la Résistance !), est aujourd’hui devenue la société d’abondance et de consommation type.Un vaste club Méditerranée effrayant, une atroce apathie à cause de la course trépidante à de nouveaux besoins, (ie nouveaux gadgets.Sous l’oeil bienveillant d’un rusé vieillard à la volonté de puissance sénile, de quelques technocrates et quelques porcs qui n’y seraient pas n'eussent-ils façonné, franc-maçonné, police fasciste à leur service (l’affaire Ben Barka, ça ne vous écoeure pas j’espère, Godard vient de faire un court film sur l’affaire Ben Barka?), une telle société complètement dégénérée .Or, les films de Jean-Luc Godard, d’un langage entièrement adéquat à intention et propos (un cinéma de l’interview, du plan signe, du faux raccord pour découvrir un mouvement ou un sentiment fugaces, de la brisure pour suspendre le temps ou des biffures pour un clin d’oeil à Michel Leiris, de l’histoire empruntée à Jack London ou inventée sur place qui ouvre une nouvelle brèche dans le discours ou résume la totalité en un raccourci explosif, de citations qui disent des passions et donc singularisent pour mieux s’adresser à tous, de l’évidence, de l’âme roses à crédit, de toute la culture en séquences qui réinventent le cinéma, du cinéma — à propos, LE MEPRIS, non, rien?), les films de J.-L.G.constituent une admirable tentation-tentative de démolition, de démystification, de désintégration : pour obliger l’homme à prendre la responsabilité d’une restructuration de lui-même dans ce nouveau monde (et serait-il le seul lui-même, J.-L.G., au tel amour pour la France, mais Suisse).Il en va de son NATUREL, soit d’un possible ou non de la vie de l’homme, l’être.On comprend aisément ce qu’a de subversif un tel projet dans un monde soumis à l’avoir, pour la consommation, qu’il faut lui imposer, pour qu’un pouvoir ignominieux parce qu’absurde et injuste dure.Or, sans d’autre souci que son propre plaisir à illimiter son cinéma, Lelouch vient à point pour fournir ce qu’il fallait â des sociétés de consommation.Un produit inoffensif, mais correspondant exactement â ces besoins nouveaux et inutiles au moyen desquels seuls maintenir capitalisme et totalitarisme (l’oppression ne venant au’anrès, comme «moyen»).Le _ cinéma de Lelouch ne renvoie qu’à lui-même.Mais il a l’apoarence d’être «nouveau», comme celui de Godard, celui qu’on ne nout tolérer.Ce dernier seul est nouveau, miisqu’il s’inscrit dans le sens d’une culture de masse télévisuelle en gestation et qu’il appréhende une morale nouvelle "our l’homme.Les pouvoirs ne s’y sont pas trompés.Les masses des sociétés de consommation : or.avait enfin trouvé un cinéma à « l’air » moderne, pour elles, un autre gadget sans conséquence pour que chacun sc passionne, sans « se poser de 125 questions >.Je n’ai jamais autrement invoqué comme preuve de son terrorisme réactionnaire le succès commercial d’UN HOMME ET UNE FEMME.(J’exagère, à peine au fil de ces schématisations, ceux qui le penseraient sont déjà bien contaminés .) Lelouch rassure.Godard en provoquant intervient.allons-y alonzo (allons au, allons aux) Cohen-Séat et Fougeyrollas : « Intervenir, c'est prendre conscience et faire prendre conscience.C'est créer les compétences capables de placer le déploiement des images jilmiques sous le contrôle non d'un dirigisme institutionnel ou idéologique, mais sous la direction de la pensée, entendue comme contrôle de la connaissance.» Moi, je relis.(Il est vrai que je ne suis plus guère toléré à Radio-Canada qu’ex-ceptionnellement.Et puis, l’utopie .) Lefebvre : « Jamais plus cc qui a etc dit ne sc fera spontanément.Il faudra réfléchir et s’il s’agit d’une exigence (d’une « fonction ») la metre au point par tâtonnements et par erreurs corrigées, puis agencer patiemment son exécution consciente.Le « dit » est maintenant abstrait : posé sur le plan de l’abstraction, au niveau du langage et du signe.Un peu plus de la spontanéité et de l’enfance, et aussi de la nature ou de « l’être * te perd.Nous savons bien qu’il faut risquer de tout perdre pour pouvoir tout gagner.Le risque et la perte n’en sont pas moins risque et perte ! » Ce que je vois dans chaque film de J.-L.G., mais je ne vois dans un film de Lelouch que gratuité et participation à l’abrutissement à force de ne pas vouloir communiquer à un niveau pour tous qu’il faut, dans de nouvelles structures à construire petit à petit.C’est à ce point critique que se définit mon refus d’un « loisir organisé » comme UN HOMME ET UNE FEMME.A ce point que sc cristallise mon admiration et mon émotion devant l’oeuvre de J.-L.G., réfractaire superbement à l’ordre établi parce que celui-ci n’est plus apte à satisfaire l’homme, mais tentant alors malgré le risque et la perte de tracer un chemin exemplaire qui conduise à ce contrôle de la pensée, d’une connaissance qui aboutisse il l’être.Que Michèle Favreau puisse prendre Godard et Lelouch pour l’envers et l’endroit d’une même chose (c’est déjà mieux que d’aimer Lelouch et détester Godard?c’est à voir .), voilà qui prouve le degré d’inconscience (et de dénaturation de la sensibilisation au cinéma plus particulièrement qui lui est subséquent) dans les sociétés d’abondance et de consommation, à l’ère des loisirs.Contre lesquelles s’insurge dramatiquement et superbement J.-L.G.film après film.Voir bientôt MASCULIN FEMININ, puis MADE IN U.S.A.et DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS D’ELLE.L’essentiel critique criant de ce qu’il pense et éprouve lui-même étant inscrit à jamais dans PIERROT LE FOU LE LUCIDE ET DESESPERE .Il faudrait pouvoir dire de, dans Godard la dépossession pour retrouver un sens du naturel vital, l’hyper-sensibilité (et quelle pour avoir une telle compréhension émue des autres, une telle pré-science des signes vrais et nécessaires pour communiquer aujourd’hui, une telle pudeur dans l’un des rares lyrismes « entiers » d’aujourd’hui!), un cynisme et son corollaire quand l’exception il y a : l’attachement, un humour capital puisqu’il résoud les contradictions entre singularité et totalité (sans parler de celles inhérentes au sujet) au moyen de gags-affrontements qui sont autant de « signaux » pour se re-connaître (à oropos, Devos, « Est-ce que vous m’aimez ?», vous n’entendez rien?), la lente pénétration à travers éclatements et ruptures des êtres et des choses sans cesse pour sceller l’accord qu’il faut pour vivre et en mourir.Il y faudrait un livre .Mais qu’on compare avec cet objet pour satisfaction personnelle et à la fois consommation courante qu’est UN HOMME ET UNE FEMME .Qu’on compare UNE FILLE ET DES FUSILS (bien mieux et plus sympathique qu'UN HOMME, mais, quand même, quelle gymnastique en vase clos pour plaisir solitaire.déjà !) et BANDE A PART.Même histoire presque.C’en est risible, ou atroce.Comme d’habitude.(A propos, CARABINIERS, la torture dans PETIT SOLDAT et PIERROT, le concierge que sa femme embrasse narce qu'il a foutu dehors Nana dans VIVRE SA VIE, vous avez oublié?) Et si je l’explique mal, je sais néanmoins avec certitude qu’UN HOMME ET UNE FEMME, c’est à tous les niveaux et surtout aux plus essentiels le contraire absolu d’UNE FEMME EST UNE FEMME LA PLUS BELLE.Ou on m’explique ce qu’il y a de commun entre Lelouch et Godard, dont Jean Collet écrit ce qui pour moi met « en situation * J.-L.G.dans la structure qu’il faut, qui est en opposition mot pour mot avec ce qu’« exprime * le premier : « Telle sera la dialectique de la caméra de Godard : le regard et la chose regardée, le désir et le monde.Elle ne peut se résoudre que dans le point de vue, critique cette fois, de l’auteur, et du spectateur.Ce point de vue, cette mise en scène consisteront peut-être seulement à bien opposer le noir et le blanc, à superposer la fiction et les choses.Non pas illusionner le spectateur, montrant les choses telles qu’elles devraient être, mais côte à côte la fiction telle qu’elle est, et les choses telles qu’elles sont.Ce que Godard appelle : le cinéma et son double.Ainsi se justifie, en fin de compte, la « distanciation » à la manière de Godard ; tout concourt, dans sa mise en scène, à créer un univers hétérogène.Mélange des genres, mélange d’images, de lectures, de commentaires, mélange de document et de comédie, etc.Il s’agit, non pas de peindre un chaos, non pas d’inviter le spectateur à juger.Mais au moins à distinguer les choses.Mettre en scène, c’est -clairer, c’est mettre en évidence, découper.Donc Godard découpe.Superposant nos rêves et la réalité, il fait du cinéma, et plus que du cinéma.Il critique.Il explique.» patrick straram 16 novembre 66 p.s.Ce collage fait, qu'on me laisse dire qu’il y a deux films qu’il ne faut absolument pas manquer, le plus beau film fait « à propos » de la guerre d’Espagne et un film duquel tout révolutionnaire devra répondre, LA GUERRE EST FINIE, d’Alain Resnais, le film peut-être le plus absolu d'un absolu du cinéma, AU HASARD BALTHAZAR, de Robert Bresson, l’un des films qu’aime et respecte le plus J.-L.G.(Lelouch ?).p.s.Henri Lefebvre : Critique de la vie quotidienne 2 : fondements de la quotidienneté, L’Arche éditeur, Paris, 1962.Gilbert Cohcn-Séhat et Pierre Fougeyrollas : L’action sur l’homme: Cinéma et Télévision, éditions Dcnocl, Paris, 1961.Jean Collet : Jean-Luc Godard, collection Cinéma d’aujourd’hui, Scghcrs éditeur, Paris, 1963.127 « marginales dialogue^ sérénité.Quel homme admirable que celui qui cherche à partager avec ses frères les qualités et les vertus qu’il possède en propre.Dans Le Devoir du 2 novembre, on nous apprend en première page que l'excellent M.Ryan reçoit un prix du Conseil canadien des Chrétiens et des Juifs.C’est un prix de “relations humaines”.Suit un exposé du lauréat où il explique que son succès est dû à sa modération, et en quoi cette modération est “active et créatrice”.Les mots “disposition d’esprit”, “compréhension”, “acceptation”, “compromis”, “foi”, discernement”, “modération”, “dialogue”, “sérénité’, etc., reviennent très souvent, comme il se doit quand on exerce le métier d’apôtre.Là où ça devient maladif chez ce cher Kyan, c’est lorsqu’il s’interroge sur la personnalité de Thon.Jean Marchand, en page 3 du même numéro : il confère en effet à Johnny à peu près les mêmes vertus et les mêmes bonnes dispositions d’esprit qu’il s’est conférées lui-même devant les Chré-tient et les Juifs.Exemple : en page 1, M.Ryan énonce les huit principes qui guident son action.Parmi eux, il y a “L’acceptation du compromis comme une loi nécessaire de progrès civilisé parmi les hommes qui vivent en société.” Et en page 3, il dit de Marchand : “Le compromis ne lui fait pas peur : il le tient même comme un élément très valable de progrès social entre hommes raisonnables.” Bref, il veut bien retrouver en Marchand (Johnny Walker pour les intimes) un alter-ego, un frère qui lui aussi met ses lumières à la disposition des “gens ordinaires”.Serait-ce que 128 K le Pontife commence à s’emmerder, tout seul avec le Saint-Esprit ?Ou ne serait-il simplement qu’altruiste ?Ça ferait une autre vertu à ajouter à son stock.g.t.une cuite mémorable Il y aura 100 ans très bientôt que Macdonald, Cartier et quelques autres bons buveurs de leurs amis allaient achever à Londres une cuite extraordinaire commencée 4 ans plus tôt à Charlottetown, si ma mémoire est bonne.Aussi incroyable que cela puisse nous sembler (nous qui n’avons pas la Constitution que nos Pères avaient) ces tordus de canadiens se sont marrés quatre ans à se passer la bouteille et les bons plats de l’un à l’autre et de l’autre à l’un.Qui en bateau, qui en chemin de fer (que ces joyeux drilles se faisaient construire par la même occasion), ils se promenaient dans le pays en réservant des surprises de leur crû aux populations et en tentant toutes sortes d’expériences plus ahurissantes les unes que les autres : comme d’attacher ensemble des choses qui se repoussaient mutuellement, ce qui donnait les résultats les plus loufoques.Ces ingénieux farceurs ont fait tant et si bien qu’on n’a jamais réussi à faire disparaître les traces de leurs bouffonneries et qu’on en subit encore les hilarants effets aujourd’hui.Ces joyeux Con-Pères doivent en pouffer encore dans leurs tombes.g.t.L* français, ie vous ai compris LE CERCLE FRANÇAIS Vous invite au Théâtre des Saltimbanques, 393 rue St-Paul E.qui présente LES BATISSEURS D’EMPIRE I)E BON VIAN Vendredi, 4 novembre à 20:30 h.Prix spécial — 75< Jusqu’à l’intervention de ce Cercle Fr;;:: ai .les Saltimbanques, eux.jouaient une pièce, « Les bâtisseurs d’empire », d’un Boris Vian.C’était mieux.Parce qu’ici.du beau, du bon .Or.ne se de-man c plus qui travaille un peu trop du bonnet.p.s.(outre ! la “pilule'' gratuite aux épouses des militaires américains ; \'E\V YORK (AFP) — Les épouses des militaires américains pourront, à partir du 1 iv: i : janvier 1967, recevoir gratuite-:r.ur demande des moyens anticonceptionnels qui seront mis à leur disposition par le département de la Défense.L’an-nomv de cette décision a été faite hier soir nar le Dr Alan Guttmacher, président de 1 ns Delation « Planned Parenthood-World Population » au cours du banquet tenu à Xcw York à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce genre**.Pue femme qui sait convaincre son nomme d’aller au Viêt-nam peut s’envoyer buis ceux qu’elle veut ensuite.Et pourquoi pa.q s’ils ne sont pas tous expédies les pre-am iy.quelques Noirs, qu’on pourrait alors ensuite lyncher ?! Pas d'enfant, mais ce serait faire d’une oilule deux coups.p.s.babel, le jouai anglais, hennit à Thotel .AMOS — L’Hôtel Relais qui, depuis quelque temps, avait perdu un peu de cette sympathique animosité toute pétrie de rebondissements rabelaisiens Payant si souvent caractérisé, est devenu, dimanche dernier, le haut-lieu d'une bataille raciale, linguistique et même ethnique entre plusieurs personnages de la même race (î ! !) Cet événement paradoxal, à un cheveu de la farce, se vit gagner les hauts sommets du biculturalisme quand une prise de bec, ou plutôt une bonne engueulade éclata entre un groupe de Canadiens français n’aimant pas les Anglais et un “bloke” cîe New Liskeard qui.tout en affichant un nom bien français, avait toutes les peines du .de l’Ontario à baragouiner sa “langue maternelle”.En terre “françoysc”, on se doit au moins de parler un jargon qui a la décence du jouai : mais non, ce “stranger in his paradise” était tout simplement et irrémédiablement “horsie” ! L’affaire débuta après qu’on eut décidé de “tirer aux poignets”.L’ontarien en question et son ami sentirent tout à coup de vives démangeaisons dans leurs muscles: ils se sont alors empressés de demander aux buveurs de la table d’à-côté s’ils ne voulaient pas rivaliser de force avec eux.Comme tout bon Québécois de souche terrienne, ces derniers ne se firent pas prier cl la joute commença.Personne n’avait encore réussi à vaincre son propre concurrent quand, échauffés par la boisson et irrités par le langage des deux étrangers, les habitués du Relais à ce moment-là encore en lice décidèrent, unanimes, que les intrus manquaient d’étiquette et de respect envers l’unité nationale.Notre Cabalus Ontariomus se gorgeait de “you bet” de “sonnabobitchc” et de beaucoup d’autres choses non agréables un coup dans le gosier.Esprit brillant, 129 il se croyait à l’avant-garde de l’impérialisme anglo - saxon, au milieu de cette bande ne “Pea Soup’’ qui buvaient tranquillement le liquide jaune ancestral sans demander leur reste, en ce jour du Seigneur.Un agent de la Sûreté municipale mit fin au chaos verbal en demandant poliment au monsieur s’il voulait bien se retirer de l’hôtel par la porte.p.p.secrétariat à la rédaction ?Qu’un incendie ait endommagé les locaux de l'imprimerie Yamaska et qu’une désorganisation de tous les services ait suivi, certes, et nul n’aurait l’idée de ne pas accepter qu’un travail forcément imparfait en ait résulté ! Mais il y a des limites, et je ne demeurerais pas secrétaire à la rédaction d’une revue dont serait publié un autre numéro identique au dernier (vol.4, no.1).C’est l’ensemble du numéro qui laisse à désirer.Pourtant, et ce après plusieurs voyages à St-Hyacinthe et deux corrections d’épreuves, ce numéro est sorti avec un retard assez considérable pour qu’on pût espérer qu’il ne soit pas défiguré .Je m’en tiens à ma seule chronique, interprétations de la vie quotidienne.Elle n’est pas mentionnée au sommaire.Elle n’apparaît pas dans les « chroniques »» mais est intercalée dans les « marginales ».Le sens en est complètement faussé, aucun des sous-titres n’étant exact.J’avais écrit : fait-divers : un décès, fait-divers : l’homme qui n’est pas un oiseau, fait-divers : affaires culturelles, fait-divers : un bilan, fait-divers : points de repère — et c’est pourquoi on lit dans ce dernier paragraphe : « C’est à dessein que je titre fait-divers aussi bien .» etc.Aucune des corrections faites sur les épreuves n'a été faite.Deux passages sont ainsi demeurés illisibles.Page 109, première colonne, en bas, il faut lire : .mais dans le sillage de la sienne s’inscrivent les morts assez atroces du pianiste magistral Bud Powell — c’est avec Louis Armstrong, Django Reinhardt, Lester Young et Bud Powell simultanément que j’ai ('’abord pris contact avec le jazz, les toutes premières fois, vers 47-48, avant même de découvrir Charlie Parker et Thclonious Monk à la môme époque presque —.» Page 112, première colonne, fin du paragraphe (fait-divers :) affaires culturelles il faut lire : « Je tiens seulement à mentionner ceci, qui i ndique une façon de procéder : Cournot prétend avoir ignoré quinze jours plus tôt l’existence de différentes personnes et choses, dont la revue parti pris — j'adresse au « Nouvel observateur » û Michel Cournot parti pris depuis des mois ».Espérons que je sois lisible la prochaine fois, je crois savoir que je suis déjà assez difficilement lisible comme ça, imprimeur n’en rajoutez pas .p.s.échos The O real Race “Un navet fait le tour du cabinet Pearson” La Presse, 19 octobre 1%6 De qui s’agit-il ?Les paris sont ouverts.Les navets en lice sont Jean-Luc Pépin (il y a une contrepèterie dans ce nom-là); Gromomo Sauvé, le caïd des Iles de 1» Madeleine; Gerry “catholic action’’ Pelletier et Hillan Marchand, l’assistant leader intérimaire adjoint sous-dircctcur au para-comité de la minorité québécoise.130 Lrs crisse (le traducteurs î “C'est par erreur que le fédéral a utilisé les mots “nation canadienne-française” pour traduire “French-canadian people”.(Peter Ellios-Waterhole, 25 octobre 1966) De toute manière avant longtemps, on ne traduira plus rien, ça évitera toutes sortes de malentendus.Si on continuait à faire des erreurs comme celles-là, les Canadiens-français sont assez caves pour se croire différents des Canadiens-anglais.PRIORITY “La priorité sera accordée aux travailleurs et à l'industrie du Québec dans l’aménagement des chutes Churchill”.Jean-Claude Lessard, président de l’Hydro, le 14 octobre 1966 “La priorité sera accordée aux travailleurs et à l’industrie de Terre-Neuve pour l’aménagement des chutes Churchill”.Joey Smallwood, premier ministre de Terre-Neuve, le 15 octobre 1966 “La priorité sera accordée aux travailleurs et à l’industrie de Terre-Neuve pour l’aménagement des chutes Churchill”.Jean-Claude Lessard, président de l’Hydro, le 20 octobre 1966 Un parfait exemple du dialogue que poursuivent depuis 300 ans la finance anglo-saxonne et les colonisés québécois.A faire graver au fronton de tous les monuments érigés au Québec pour le Centenaire de la Confédération.Si belle en ce miroir ! “Je dirige le ministère le plus important de toute l’histoire du pays”.(Jean-Luc Pépin, ministre de l’Energie) Attends donc qu’on te le dise î ont participé à la rédaction des marginales : l'équipe parti pris, patrick straram et gaëtan tremblay.131 Bulletin de commande - volumes déjà parus éditions parti pris » Veuillez me faire parvenir les titres suivants : | | la ville inhumaine, roman de Laurent Girouard $2.00 ?le cassé, nouvelles de Jacques Renaud .$1.00 r~j la chair de poule, nouvelles d'André Major .$1.75 j | la nuit, roman de Jacques Ferron .$1.50 j j pleure pas, germaine, roman de Claude Jasmin .$1.75 j~~] journal d'un hobo, roman de Jean-Jules Richard .$2.50 | j carnets politiques, de Jean-Marie Nadeau avec une préface de René Lévesque .$2.00 j | sonnets archaïques pour ceux qui verront l'indépendance de Jean-Robert Rémillard .$1.00 | | papa, boss, roman de Jacques Ferron .$1.50 | | le monde sont drôle, nouvelles, suivies de la ville depuis ., lettres d'amour de Clémence Desrochers .$1.50 ?les cantouques, poèmes en langue verte, populaire et quelquefois française, de Gérald Godin .$1.00 Nom .Adresse .Ville .Ci-joint un Q] chèque, Q] mandat de poste, au montant de .Faire Darvenir ces bulletins à Les éditions parti pris, C.P.149, Station "N", Montréal (18) 132 hâtez-vous ! c'esî le moment où jamais de compléter votre collection de la revue parti pris il ne reste que cinquante exemplaires du volume I prix spécial — pièce de collection .$10.00 les autres volumes et exemplaires sont vendus au prix marqué séries spéciales manifestes : numéro-présentation, manifeste 64-65, manifeste 65-66 $1.50 problèmes de culture : le cinéma, l'information, la littérature au Québec $1.00 études de milieux : le milieu rural, les villes de Montréal et Québec $1.00 portraits du colonisé : deux numéros doubles sur les aspects vécus de la colonisation au Québec .$1.50 Entourez d'un cercle les prix des séries ou numéros demandés et envoyez ie tout a Revue parti pris, casier postal 149, station N, Montréal, au Québtc nom adresse Î33 UN LIVRE EN CADEAU aux abonnés de parti pris.A tous les nouveaux abonnés et à ceux qui se réabonnent, nous offrons en cadeau un des trois livres suivants, au choix : î * ?Carnets politiques, de Jean-Marie Nadeau.?Le monde sont drôles, de Clémence Desrochers.?Sonnets archaïques pour ceux qui verront l'indépendance, de Jean-Robert Rémillard.(cochez le titre désiré) BULLETIN D’ABONNEMENT Veuillez m’inscrire pour un abonnement de ?an (s), à parti pris, à partir du numéro de .196 .Ci-Joint un ?chèque, ?mandat poste, au montant de .$ .TARIF : Abonnement ordinaire — de soutien — outre-mer (avion) $6.00 $12.00 $10.00 Un an, 6 numéros (entre 112 et 128 pages) ., le .196 .(Signature) (date) Nom .Adresse .Ville .Profession .parti pris, C.P.149, Station « N », Montréal, Québec 134 LA COLLECTION "ARIES" A L'AVANT - GARDE DE LA LITTÉRATURE AU QUÉBEC VOUS OFFRE EN LIVRES DE POCHE, INTÉGRAL JUSTINE II, ou Les malheurs de la vertu, de D.A.F.de Sade $2.50 LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR, de D.A.F.de Sade $2.50 ALINE et VALCOUR, par D.A.F.de Sade, en 4 vol.(chacun) $2.50 Les KAMA SUTRA, de Vatsyayana.$2.50 Si votre libraire n'a pas ces classiques en mains vous pouvez les commander directement en incluant le prix du ou des livres demandés, à LES ÉDITIONS DU BELIER 7336, RUE SAINT-HUBERT MONTREAL 10, au QUEBEC 135 10 décembre journée internationale contre la guerre au viêt-nam -1 JEUNESSES SOCIALISTES DU QUEBEC Jeunes ouvriers, cultivateurs et commis de bureau, la Révolution des travailleurs québécois a besoin de vous.Les Jeunesses Socialistes du Québec, c'est le mouvement des jeunes travailleurs qui luttent pour la libération économique, politique et sociale du Québec.< FORMULE D’ADHESION • Veuillez m’inscrire aux Jeunesses Socialistes du Québec.I Ci-joint, un montant de $ .comme contribution pour .mois.^ Tarif : un dollar par mois (ceux qui travaillent) { nom .i adresse .< vilJe .tel.* profession .( Jeunesses Socialistes du Québec, 1406 Beaudry, Montréal, Que.Tél.: 524-3593 136
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.