Parti pris, 1 mai 1968, Été
CON sommaire • •* éditorial québec politique — gilles dostaler P- 8 — charles gagnon P- 9 québec économique — jean-guy loranger p.10 québec syndical — gabriel gagnon p.12 politique international — philippe bernard p.15 — gilles dostaler : p.16 québec '68: forum-débat .p.21 françois aquin: il n'y a pas d'ersatz de la liberté — propos recueilli par jan depocas .p.48 les étudiants et la question nationale — ronald sabourin .p.57 a la santé de rudi dutschke et quelques autres folk-rock mirabellenwasser — patrick straram .p, 65 le québec en mots dit — pierre maheu .p.74 la poésie en 1968: quelques réflexions — gérald godin .p.75 objecteur de conscience — raymond lévesque .p.76 poèmes inédits -— gaston- miron .p.78 trois mois après — andré théberge .p.79 Vol.5 nos 8-9 été 1968 revue politique et culturelle paraît tous les mois sur 60 pages rédaction et administration : c.p.149, station "N", Montréal 18, Québec directeur: philippe bernard comité de rédaction: gilles bourque jan depocas gilles dostaler gabrîel gagnon pierre maheu lue racine robert tremblay maquettistes: jean-pierre urbain rené bonenfant administrateur: jecn-claude robert secrétaire: huguette corbo trésorier: marc laliberté collaborateurs : jacques allard denis arcand rené beaudin jacques brault andré brochu paul chamberland pierre desrosiers raoul duguay jacques ferron Charles gagnon roger guy robert maheu gosto.n miron michel pichette jean-marc piotte narcisso pizarro jacques poisson jean-robert rémillard pierre renaud patrick straram andré théberge gaétan tremblay pierre vadeboncoeur pierre vallières distributeur: agence de distribution populaire, 1130 Logauchetière est, Montréal fél.: 523-1182 la revue n'est pas responsable des manuscrits qui lui sont adressés.reproduction interdite sans autorisation.le numéro: 754 abonnement d'un an: $6.00 «v * IK -• ¦ frX^r^v * /7 : i> < ;i.fc*4V j-' » hi * ' U~La: - •>.*• « « ««____ i .« .• vw>: 3»?* trfcÇg 'T*-' p.w 5&fÿ?4kw jste - * • :- *•• Vi* f**Sfc l ***i • V1.-X * »¦>* ?i*>-» ¦* * ,.' ‘ vi3 - *" 3a£v*s js?» SSWfJ - - •t.n a®*4 sfe 'i • r.' .V* v ÿ$v.* - •.—A.* * n *• ixmt .¦ * :*** ’V ¦#®QL! eàæsSæ3iH& V» .Vli % *• «yy- >:a r> >! # •> ?^¦ 7 iTW|* toâ*5 w.r-si >.•> **rr*w ."L.*.« k.! «îA éditorial Varsovie, Madrid, Berkeley, Paris, Montréal, Rome, Belgrade.Mouvement de revendication, l’agitation étudiante sur les campus universitaires est aussi une force de contestation globale d’un univers ou d’un système qui fondamentalement ne s’est guère modifié depuis quelques siècles.Si la démarcation entre la revendication et la contestation n’est pas toujours clairement formulée, ces deux expressions d’un même mouvement sont dialectiquement reliées et cette ambiguité reflète la contradiction entre action réformiste et action révolutionnaire, entre exigences à court terme et remise en question du système.A Montréal, nous en sommes encore qu’aux balbutiements de la contestation.La promotion par matière, la reconnaissance des cours suivis ailleurs, la condamnation des cours magistraux, voilà autant de demandes qui peuvent recevoir leurs solutions à l’intérieur des structures existantes.Et qui recevront d’ailleurs.Car tout le monde s’entend comme larrons en foire sur le bien-fondé de ces revendications.Mais c’est s’illusionner que de croire que les étudiants du Québec se contenteront de réformes, et qu’ils sont imperméables à toute praxis révolutionnaire.• 3 La contestation étudiante : pourquoi ?Les “explications” sont nombreuses, diversifiées mais jamais satisfaisantes.Génération angoissée par les problèmes de la civilisation moderne.Jeunesse gâtée par la société opulente.Etudiants déséquilibrés par l’éclatement de la cellule familiale.Minorité agissante sous l’influence d’éléments extrémistes ou subversifs.Crise de croissance de la société et mutation brusque des générations montantes.Manque de compréhension entre générations.Et d’autres explications d’une élite bourgeoise en possession tranquille de sa vérité, effarouchée de cette effervescence et si désireuse de comprendre.Pour les disciples de la pensée libérale, les conflits actuels résultent du manque de dialogue entre la classe dirigeante et la jeunesse ; il faut structurer ces conflits, les canaliser vers une compréhension mutuelle par une amélioration des relations humaines.Solution qui masque le problème, qui risque de compromettre toute la force d’entraînement que représente la contestation, solution qui nie — mais c’est pour cette raison qu’elle est mise de l’avant - l’existence d’une rupture latente entre un univers hiérarchisé et un univers égalitaire.L’autre solution, autoritaire et tendancieusement fascisante, consiste à identifier les meneurs pour les démasquer, à casser les reins du mouvement en condamnant ses dirigeants et en les excluant de la “communauté”.Une telle attitude est l’image de la confusion entre l’action individuelle et l’action collective, entre conflit individuel et conflit social.Aveuglés par la colère, ses tenants ne s’aperçoivent pas que les attaques ne sont pas tant dirigées contre eux, contre leurs pouvoirs et leurs privilèges, mais contre leur système de valeurs, et les structures qui les sous-tendent.La seule méthode valable pour interpréter les conflits à l’origine de la revendication et de la contestation des étudiants consiste à identifier ces conflits comme le résultat de causes objectives, et historiquement déterminées, de façon à agir sur ces causes pour modifier une situation.La revendication est à la contestation ce que la révolte est à la révolution : une prise de conscience subjective de conflits vécus et du sentiment de devoir modifier cer- tains rapports de structure pédagogique, mais non reliée, non intégrée à la nécessite de transformer la structure même.C’est dans ce sens qu’on revendique la promotion par matière, parce qu’il est absurde d’échouer son année par suite d’un seul échec.On revendique l’abandon du cours magistral pour le remplacer par le séminaire de recherche et le groupe de travail, parce que l’étudiant n’est pas là pour recevoir les vérités figées d’un savoir statique, mais pour apprendre à apprendre et à remettre en question les connaissances acquises.Soit.Mais quand nous aurons la promotion par matière, qu’y aura-t-il de changé ?Aura-t-on modifié les relations dirigeants-exécutants pour parvenir à une participation sur une base égalitaire ?Aura-t-on éliminé les conflits entre administration et pédagogie?Enseignement et recherche se concilieront-ils ?Les étudiants parviendront à la contestation lorsqu’ils auront saisi que les structures universitaires reflètent les rapports socio-économiques d’une société bourgeoise et capitaliste.Les universités du Québec, y compris l’Université du Québec, demeurent des créations de la classe bourgeoise et sont conçues en fonction de cette classe.La contestation étudiante contribue à la contestation globale de la société, mais à condition que les étudiants sachent porter leur action au-delà des attaques contre certains professeurs ou contre une direction conçue comme un-dieu monolithique et insaisissable, comme un esprit saint.Pour faire éclater les contradictions du système, le principal danger à éviter est de considérer les profiteurs du système comme un groupe homogène, solidement enraciné dans ses privilèges et immuable dans sa sérénité.A ce moment, on ne peut parler de contradictions.On fait face à une opposition radicale entre deux pouvoirs et la victoire d’un pouvoir n’est possible que par la destruction physique et violente de l’autre pouvoir.C’est la lutte armée.Et le maquis ne se trouve pas dans les couloirs de l’université ni dans les salles de cours.Quand les étudiants cubains ont pris les armes,ils ont déserté l’Université de La Havane qui est demeurée fermée jusqu’à la prise du pouvoir par les troupes révo- 5 lutionnaires de Castro et Guevara.Si on écarte la lutte armée, on combat un système en dévoilant son inefficacité et son incapacité à résoudre les problè- mes.Toute praxis révolutionnaire a pour but de parvenir à une synthèse entre la praxis individuelle et la praxis sociale, d’atteindre une symbiose entre la conscience de l’individu et la conscience de la société, et à la limite que les deux coïncident.L’être-individu devient être-social.Si le comportement d’un individu est fonction des rapports sociaux et économiques dans lesquels il évolue, il est aussi fonction de la conscience qu’il a de ces rapports ; son action — sa praxis — s'élaborera à partir des contradictions du système qu’il percevra et du divorce entre lui-même et la société où il évolue.Ce phénomène permet de comprendre pourquoi la contestation étudiante se manifeste tout aussi bien sous un régime capitaliste que sous un régime socialiste.Dans un cas comme dans l’autre on conteste le clivage entre production et administration, entre exécution et direction, entre passivité et activité.Si en régime socialiste - à Varsovie — on conteste les structures d’un système mais non le système lui-même, en régime capitaliste l’ambiguité demeure.Le pouvoir étudiant exprime-t-il une volonté de participer aux décisions à l’intérieur d’un système accepté ?Ou représente-t-il la recherche d’une autogestion dans une société dont les rap-ports de production seront fondamentalement modifiés ?Ça.il faudrait que les étudiants de l’Université de Montréal nous l’apprennent.parti pris/ph.b.6 \ québec politique - gilles dostaler nègres blancs d'amérique .Le titre de l’ouvrage, il faut le concéder, est une découverte.Nous sommes des nègres, au même titre que toutes les victimes de l’impérialisme, au même titre que ceux-là qui commencent à ébranler le géant : les vingt-deux millions d’afro-américains.Quoiqu’en pensent nos amis de 1’ "Indépendantiste”, tous les nègres du monde, de toutes les couleurs, ont un ennemi commun, aujourd’hui.Cet ennemi a pris la forme d’un Etat, l’Etat de nos voisins du Sud.Lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme, aujourd’hui, c’est lutter contre l’impérialisme américain.Seul un Québec libéré de la tutelle Yankee sera un Québec libre, indépendant.Le reste : étapes transitoires.Jouer Washington contre Ottawa, c’est trahir, trahir le peuple québécois.Washington est la source de notre mal, comme la source en ce jour d’un mal universel.Vallières, dans son livre, a le mérite de souligner cet aspect de la lutte au Québec pour son indépendance.De situer cette lutte dans un contexte hors de laquelle elle n’a aucun sens.De fustiger, du même coup, l’hypocrisie des indépendantistes petits-bourgeois qui, justement, sont sur le point de jouer Washington contre Ottawa (alliance tactique, dirait-on.AI-lons-y voir.) "Nègres blancs d’Amérique”, l’auteur le souligne lui-même dans un avertissement, est un acte politique.Et cet politique, ajoute-t-il vers la fin de son ouvrage, n’aurait pu être posé sans l’existence 8 du F.L.Q.A ce titre, 1’ "autobiographie précoce d’un terroriste québécois "réclame l’attention.Vallières, dans son ouvrage, apporte une série de réponses concrètes aux questions que se pose actuellement la gauche québécoise : problèmes d’orientation, de stratégie, d’organisation.En 1965, Pierre Vallières et Jean-Marc Piotte étaient parmi les dirigeants du M.L.P.Aujourd’hui, l’un propose à la gauche l’alliance avec le M.S.A.L’autre Vallières, oronose la mise sur pied d’une organisation révolutionnaire clandestine.Nous avons abondamment critiqué, dans le cadre de cette chronique, la nre-mière réponse.Il reste à examiner la seconde, qui se situe aux antipodes."Nègres blancs d’Amérique” est une oeuvre multiforme : manifeste, récit, analyse.Description impitoyable de l’aliénation québécoise, entre autres à travers le récit de la vie d’un fils d’ouvrier.Vallières a longtemps cherché, longtemps souffert, avant de trouver une réponse : l’action révolutionnaire.Mais cette quête douloureuse, sans doute sincèrement décrite, n’est pas un gage de lucidité politique.Il y a.diraient nos camarades de l’ASIQ, l’individu Vallières et l’homme politique Vallières.Nous nous attaquons à l’homme politique Vallières.Mais nous ne parlerons point, ainsi que nos camarades sus-mentionnés, de démence, de trahison des idéaux indépendantistes, d’idéalisme apocalyptique (il est à souligner que nous sommes nous-mêmes accusés de ces maux; il est question de maladie vallérienne de parti pris et d’un certain commando anarcho-mystique envoyé par parti pris pour noyauter le R.I.N.).Non, nous critiquerons d’un point de vue politique l’homme politique Vallières, que nous considérons, n’en déplaise à Raoul Roy, comme un indépendantiste, et que nous ne croyons pas être fou (sans doute parce que nous le sommes nous-mêmes, dirait-on).Après avoir dessiné le profil de l’alienation québécoise, parallèlement au récit de ses propres expérience, Vallières décrit la société idéale à laquelle instinctivement aspire tout travailleur québécois.Il est question de propriété commune des moyens de production, d’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme, de dépérissement des catégories marchandes, de l’argent, de l’état.Nous sommes tous d’accord, à quelques exceptions près (Faribeault, P.É.T., D.Johnson et L.B.J.).Cet idéal n’a point encore été réalisé de par le monde.Voir l’U.R.S.S.Et Cuba.Et même la Chine, qui ne sera peut-être plus rouge dans dix ans ! Nous ne sommes plus loin du langage des internationalistes situa-tionnistes, ces rigolos pour qui la Chine est la plus grande bureaucratie de ce siècle.La révolution, donc, reste à faire, partout.Nous sommes d’accord, en partie.Le socialisme n’existe point, encore, surtout en Russie.Peut-être parce qu’on ne l’établit du jour au lendemain, peut-être parce qu’il est la limite d’un processus long, compliqué, que la Chine et Cuba ont entamé.Peut-être parce que la situation n’est pas aussi claire et limpide, dans la réalité, que dans la conscience de Vallières, qui écrit dès le début de son livre : "Je n’ai d’autre prétention, en écrivant ce livre, que de témoigner de la détermination des travailleurs du Québec de mettre un terme à trois siècles d’exploitation, d’injustices silencieusement subies, de sacrifices inutilement consentis, d’insécurité résignée.” Cette détermination, elle nous semble exister seulement chez Vallières, et, en général, l’avant-garde québécoise.C’est à partir de là, de son analyse de la société québécoise qui n’en est pas vraiment une, de sa description de la société idéale pour l’établissement instantanée de laquelle luttera un mouvement révolutionnaire, que Vallières établit les prémisses des solutions aberrantes qu’il propose à la gauche révolutionnaire québé-ciose.Car Vallières, ainsi que tout gauchiste qui se respecte, ne fonde point son action sur une analyse scientifique de la réalité québécoise.Il voue, d’ailleurs, une grande admiration au Marx jeune, au Marx idéaliste.Il néglige le Marx mûr, le Marx scientifique, qu’il considère, de même qu’Engels, comme à l’origine de ce mouvement qui aujourd’hui s’appelle le "révisionnisme” ! Ce n’est pas nouveau.Bakounine disait de Marx qu’il était un agent de la police.De Marx, Vallières retient un schéma simplifié, idéaliste, de l’aliénation, fruit du capitalisme, qu’il applique brutalement à la société québécoise, et une apologie grandiose du grand soir qui s’établira dès le moment où les travailleurs, conscients de leur aliénation, prendront le pouvoir.Le resie, analyse minutieuse du capitalisme, de ses variantes, des formes de lutte qu’il faut lui opposer, des modalités et conditions du au socialisme, n’est que ” naire”.Bref, Vallières est un idéaliste.La situation est claire, la solution, limpide.Il s’agit donc, pour la gauche québécoise de "jeter les bases d’une organisation révolutionnaire clandestine capable de donner aux masses québécoises à la fois les moyens (idéologiques et techniques) et l’occasion de sa libération économique, politique et culturelle”.En évitant les erreurs des divers mouvements révolutionnaires de ce siècle, celle du bolchevisme, entre autres, qui n’a pas su intégrer les masses à sa lutte ! Et celles de Castro, qui lui aussi a plus ou moins imposé sa révolution au peuple cubain.Le-nine et Trotsky eux-mêmes ne trouvent pas grâce aux yeux de Vallières.Vallières décrit minutieusement les caractéristiques, de cette organisation clandestine vouée à l'organisation des masses, à la création d’une conscience de classe généra- passage revision- lisée, prélude à l’affrontement direct avec le monstre impérialiste du peuple.(Nous ne parvenons point à comprendre pourquoi, s’il y croit vraiment et s’il a l’intention de la mettre sur pied, Vallières publie une description exhaustive de ce mouvement, ajoutant même que le F.L.Q.est, dès maintenant, cette organisation révolutionnaire originale auxquelles les masses québécoises s’intégreront).Cette "solution” que propose Vallières à la gauche québécoise, elle découle directement de l’analyse qu’il fait de la société québécoise; il est important de voir qu’elle n’est pas une pure fantaisie de nature schyzophrénique, ainsi que pourrait le croire Raoul Roy.Elle est la réponse logique à la situation décrite.A l’aliénation préalablement décrite, simple, brutale, et consciemment ressentie par les travailleurs québécois.Tout se tient dans le livre de Vallières.Si le Québec est tel qu’il l’a perçu et décrit, alors il n’est point d’autre solution que celle qu’il décrit.Nous ne nions point que la gauche québécoise ait à lutter pour créer cette conscience de classe qui existe à l’état latent.Nous ne nions point qu’un jour vienne où la répression s’organisera, où l’ordre établi défendra par la force ses intérêts et que les travailleurs doivent alors s’organiser en conséquence.Nous n’en croyons pas moins que Vallières, dans son livre, nage en plein idéalisme et propose à la gauche un moyen parmi d’autres de se couper des masses.ML ^ rrfyn i trï Pq « •»! 4 V Ds .• • * VÏ charles gagnon rené lévesque n'est pas lumumba ! René Lévesque n’est pas Congolais.On s’en doutait.Mais ce qu’on ne savait pas, pas clairement en tout cas, c’est qu’il tenait absolument à être rangé dans la catégorie des hommes blancs et civilisés qui ont organisé l’assassinat de Lumumba.Quand on est blanc et civilisé, comme les colonialistes belges, portugais,- anglais et américains, on ne fait pas de révolutions, on se sépare, le cas échéant, dans l’harmonie en utilisant la voie du dialogue et de la négociation.Bref, on fait comme la gauche (sic) française de Monsieur Mit-terand, on va aux U.S.A.dire aux exploiteurs que de Gaulle n’est pas éternel, qu’après lui la France redeviendra civilisée, qu’elle acceptera les capitaux yankees en masse, qu’elle ne soulèvera plus les petits peuples contre le géant, qu’elle se contentera de pleurer 9 doucement sur les souffrances du Viêt-Nam et celles des autres Viêt-Nam.La caisse électorale s’en porte mieux souvent.La "civilisation”, ça se vend et ça s’achète, quoi! René Lévesque n’est pas cubain non plus sans doute.Les Cubains ne sont pas très civilisés eux non plus.Comme les Congolais, ils ont pris les armes, et les gardent, contre les Américains et leur marionnette Batista.C’est que, quand José Marti, conscient de l’expan-sionisme yankee réalisé sous le couvert des "principes” de la doctrine Monroe, déclarait: Qui dit union économique, dit union politique.Le peuple qui achète (des matières premières et de la main-d’oeuvre à bon marché) commande.Le peuple qui vend obéit.LTnion avec le monde, et pas avec une partie du monde contre l’autre.eh bien! quand José Marti disait cela en 1889, il y avait à Cuba et dans toute l’Amérique latine des hommes politiques réalistes pour faire des marchés de dupes avec les U.S.A., des hommes dont le réalisme dérivait en droite ligne du porte-monnaie.Le réalisme et la civilisation commandent aujourd’hui que les U.S.A.bombardent le Viêt-Nam, que le Portugal exploite la Guinée, que l’Espagne et la Grèce vivent sous une dictature, etc.Le réalisme et la civilisation commandent qu'à Montréal, nous refusions d’accueillir des réfugiés portugais, que nous fabriquions des canons et du napalm pour jeter sur les jaunes du Viêt-Nam.Le réalisme et la civilisation amènent Jean Marchand à faire poser des barreaux aux fenêtres des bureaux de l’Immigration, Pierre Elliott Trudeau à se faire le champion des droits de l’homme, individuels bien entendu, René Lévesque à rejetter les Congolais dans la catégorie des arriérés qui se battent pour des riens.Bref, ce réalisme-là, cette civilisation-là, nous ne voulons rien moins que les détruire.Pour que les Grecs ne soient plus condamnés aux camps de l’ile de Yaros, pour que les Portugais ne soient plus condamnés au suicide (dans le pays libre (!) du Québec), pour que les Viet-Namiens ne soient plus condamnés aux bombes à bille, pour que les Noirs américains ne soient plus condamnés aux "slums”, pour que nous, Québécois, ne soyons plus condamnés à la domination yankee, pour que nous ne soyons plus condamnés à collaborer avec les racistes américains contre les petits peuples exploités.Parce que nous sommes victimes de l’impérialisme américain, nous sommes aussi Congolais, Guinéens, Boliviens, Viet-Na-miens, Guatémaltèques, Soudanais (noirs du sud), Sud-Africains.René Lévesque, lui est réaliste et civilisé.Il s’est même juré de civiliser le capital anglo-américain (par exemple la Noranda Mines)! Dans l’unique but de lui être utile, qu’il nous permette une suggestion: aller prendre des leçons — sa mission est sérieuse, après tout! — auprès, disons, du général Patakos, de Grèce, ou du président Barrientos, de Bolivie.entre autres.Ces hommes ne dirigent-ils pas des pays indépendants?Mais comme René- Lévesque n’est pas grec ni bolivien, me prendra-t-il au sérieux.Ah ! ce Québécois libre, réaliste et civilisé, comme je l’admire.Je l’admire.Je voterai certainement pour lui aux prochaines élections, à moins, bien sûr, que mon patron ne menace de me mettre à la porte.Ne dois-je pas à mon "chef” d’être.réaliste moi aussi! auëbec economique le M.S.A.à droite ou à gauche ?jean - guy ioranger Pour répondre à cette question, il faut d’abord définir ce qu’est la droite et la gauche à travers le monde en 1968.Puis dans une deuxième étape, il importe de déterminer comment se classe le programme économique du M.S.A.par rapport à cette définition.I un essais de définition de la gauche et de la droite Qu’est-ce qu’un vrai libéral, un progressiste, un intellectuel de gauche, un socialiste en 1968 ?Quelles sont les jugements de valeur ou les positions idéologiques fondamentales qui le distinguent d’un conservateur, d’un intégriste, d’un homme de droite quoi ?Pour employer une classification mutuellement exclusive, on peut définir un homme de droite comme celui qui est "pro-establish-ment” tandis qu’un homme de gauche est foncièrement "anti-establishment” sous toutes ses formes quand cet "establishment” est devenu une institution qui fonctionne seulement par routine et non dans le but de servir ceux pour qui elle a été créée i.e.les hommes.L’homme de gauche est celui dont la pensée et l’action s’insèrent dans le courant idéologique de la transformation de l’ordre établi.L’homme de gauche est instinctivement mû par une approche dynamique à tout problème tandis que l’homme de droite défend naturellement une position statique.10 I'"establishment" Puisque nous venons de définir la gauche ou la droite en fonction d’une attitude à l’égard de 1’ "establishment”, il convient maintenant de définir ce que nous entendons par ce mot.L’ "establishment” est toute machine administrative qui est contrôlée par des hommes-robots (des technocrates ou des grands commis) qui ont cessé de penser ou qui refusent de penser cie peur de détraquer la machine.Des exemples classiques d’ "establishement” sont : — aux E.-U.: le Pentagone, les syndicats ouvriers et, en général, l’administration L.B.Jienne appuyée par son complexe militaro-industriel ; — au Canada : la plupart des gouvernements fédéraux et provinciaux que nous avons connus jusqu’à date, certains syndicats et corporations, les universités; — en Europe de l’est : les partis communistes de modèle stalinien là où ils subsistent encore (Allemagne de l’est, Hongrie); — dans le reste du monde : là où les peuples sont dirigés par un regime de colonels ou de militaristes (Grèce, Espagne, Portugal, Afrique du Sud, Rhodésie, Vietnam-Sud) et, en général, un bon nombre de pays africains et latino-américains."l'anti-establishment" On pourrait d’autre part citer comme exemples types d’opposition à 1’ "establishment” : — les manifestations étudiantes dans les universités tant dans les pays capitalistes que communistes, — les manifestations contre la guerre du Vietnam, — le mouvement du "Black Po- wer” aux E.U.dont l’un des buts avoués est une véritable révolution socio-économique à l’intérieur des Etats-Unis.(Que cela se fasse avec une certaine violence apparaît de plus en plus inévitable.Pour un capitaliste américain, son environnement économico-social va lui apparaître de plus en plus aussi incertain que les économies latino-américaines.La preuve en est que déjà certains grands barons de l’industrie de Détroit ont établi pignon sur rue du côté canadien depuis les émeutes raciales de l’an dernier), — la révolution tranquille des trois premières années du gouvernement Lesage (1960-63), — la révolution tranquille du nouveau gouvernement Dubcek en Tchécoslovaquie qui vient d’éliminer le régime novotniste de type stalinien.impérialisme et "establishment" En résumé, est "anti-establishment” l’opposition à toute forme de domination ou impérialisme.L’imoérialisme américain est aussi détestable et condamnable que l’impérialisme russe.A ce sujet, l’opposition à la libre circulation des capitaux i.e.à l’intégration des marches de capitaux (ou encore à l’intégration économique tout court) doit se manifester quand cette intégration devient de plus en plus un signe évident d’asservissement économique et financier d’une super-puissance sur de petites nations.(1) Il y a malheureusement un trop grand nombre d’individus qui confondent interdépendance et asservissement.Pour qu’il y ait interdépendance, il faut qu’il y ait réciprocité de contrôle, autrement ça peut tourner très vite à l’asservissement.Il quelle est l'orientation économique du M.S.A.?Le député libéral de Mercier, M.Robert Bourassa, a prétendu récemment que le M.S.A.serait forcé d’effectuer un virage à droi- te assez prononcé advenant l’indépendance.Démagogie pour effrayer les travailleurs et les syndicats de répondre Monsieur René Lévesque.Avant de tirer les marrons du feu, nous allons tenter d’établir une série de points de repères qui peuvent caractériser tantôt à droite tantôt à gauche la pensée du M.S.A.caractéristiques de droite i) acceptation du libéralisme économique nord-américain.Il est certain que le programme économique proposé et adopté lors du dernier congrès du M.S.A.n’a vraiment pas de quoi effrayer un capitaliste américain ou canadien.Au contraire on se montre extrêmement respectueux des règles du jeux du capitalisme nord-américain i.e.libre circulation des capitaux, marchandises, des hommes.A part le fait d’affirmer que les capitalistes étrangers devron t se comporter en bons citoyens québécois, (expression vague et passablement éculée) le programme de l’atelier économique accepte et se montre même disposé à maintenir notre dépendance financière tant du point de vue capitaux directs qu investissements de portefeuille)) à l’égard du marché des capitaux américains.Selon le système de référence établi à l’étape précédente, la position du M.S.A.à ce sujet est foncièrement "proestablishment”, le raisonnement à la défense de cette position étant qu’il ne faut pas que l’engin économique (1’ "establishment”) s’arrête ou se détraque.Un tel raisonnement est digne d’un technocrate qui n’a pas à remettre en cause à chaque instant le système dans lequel il fonctionne.Mais on pourrait attendre davantage de la part d’un indépendantiste dont le but est précisément de vouloir tout remettre en cause.Je serais même tenté de dire qu’une telle attitude est du Marcel Faribeault ou du Jacques Parizeau tout cuit.ii) confusion entre interdépendance et domination.11 Il y a une confusion quasi-totale entre le mot interdépendance et domination ou asservissement économique.On a l’impression en lisant le programme ae l’atelier économique du M.S.A.que l’économie du Québec n’est nullement dominée par l’étranger mais qu’il y a tout au plus un problème a interdépendance avec le reste du monde.Je retourne à l’auteur du Mouvement l’une de ses expressions favorites : "il faut vraiment rêver en couleur (surtout en rose !) pour croire cela’’.Car, comme on l’a déjà affirmé dans la première partie, il ne peut y avoir de véritable interdépendance que s’il y a réciprocité de contrôle.Le N.P.D.canadien est certainement plus avant-gardiste à ce sujet en dénonçant publiquement le danger du point de vue souveraineté que court le Canada à être de plus en plus économiquement intégré à 1’ "establishment" américain.De plus, je ne serais nullement étonné de voir un P.-E.Trudeau, avec sa théorie des contre-poids, voler le "show" encore une fois au N.P.D.En effet, le parti libéral fédéral a depuis les 50 dernières années opté pour le continentalis-me nord-américain en vue de faire échec à l’impérialisme britannique d’avant la première guerre mondiale.Mais aujourd’hui, le danger d’impérialisme vient du côté sud.Certains indices nous portent déjà à croire que Trudeau désire réaligner le parti libérai dans le sens d’un desengagement vis-à-vis les Etats-Unis.caractéristique de gauche L’opposition farouche que manifeste Monsieur René Lévesque à accepter le fonctionnement occulte d'une caisse de parti est à mon avis l’une des principales forces de contestation de 1’ "establishment" actuel.Pour que cette force puisse se maintenir et s’amplifier, il est absolument nécessaire que l’organisation du parti repose sur une véritable démocratie de participation.On ne peut s’empêcher de noter cependant que jusqu’à maintenant, en dehors de l’affirmation maintes fois répétées de ce désir, l’organisation actuelle du mouvement est loin de refléter cette situation.Certaines réformes radica- les au plan social, culturel et politique (ex.le retrait de l’Otan et de Norad) sont aussi des indices démontrant une certaine propension à des transformations majeures.On pourrait continuer l’énumération de plusieurs autres caractéristiques soit de droites soit de gauches du mouvement.Je dirai en conclusion qu’en extrapolant le programme économique actuel du M.S.A.dans le cas d’un Québec devenu souverain, les soupçons de virage à droite que laisse planner Monsieur Robert Bourassa peuvent être fondés.Cependant, je m’empresse d’ajouter qu’il y a d’autres tendances au sein du M.S.A.qui, si elles ont la chance de se manifester à la base, peuvent radicalement changer l’image du M.S.A.au moment de l’indépendance.(1) Voir à ce nnjet le Rapport Witkinn sur la propriété étrangère et la structure de l'industrie canadienne.Bureau du Conseil privé.Gouvernement dn Canada, février 1968.— JG.Loranger, Québec libre T Socialisme 68 no 14.mars 1968.— J.G.Loranger.Un Canada libre.Maintenant no 76, avril-mai 1968.québec syndical gabriel gagnon galbroith: : prophète ou fumiste ?Lorsqu’on aborde le dernier volume de l’économiste américain, John Kenneth Galbraith, professeur à Harvard ("The New Industrial State", Houghton Mifflin, 1967), on a l’impression de se trouver une fois de plus devant un de ces analystes intelligents produits de temps en temps par 12 le système capitaliste afin de se mettre en question en vue d’un nouveau départ: nous aurions affaire alors à un nouveau Lord Keynes, dont les politiques inventives tirèrent le monde occidental de la crise des années trente.Le capitalisme américain s’est transformé.Les lois du marché sont désuètes.Les entreprises ne sont plus mues par le mobile du profit.L’importance du capital comme facteur de production va s’évanouissant.La science économique qu’on enseigne aux U.S.A.n’est plus qu’un rituel vide sans correspondance aucune avec les faits.Voilà quelques-uns des principaux postulats de Galbraith.Jusqu’où poussera-t-il cette remise en question ?Dans toute société industrielle avancée, la production est assurée par un petit nombre d’entreprises de grande dimension.De par les impératifs mêmes de la technologie moderne, ces entreprises doivent planifier à l’avance leurs ressources, leur production, leur marché: elles ne pourraient fonctionner adéquatement si elles se conformaient aux lois de l’offre et de la demande enseignées dans les traités universitaires de microéconomique.Contrairement à l’entrepreneur classique qui était continuellement à la recherche de bailleurs de fond pour réaliser industriellement une idée nouvelle, les grandes entreprises, de plus en plus indépendantes de leurs multiples actionnaires, peuvent tirer de leurs propres profits les capitaux nécessaires à leur développement: cette possibilité d’auto-financement les rend de plus en plus indépendantes du marché des capitaux.Qui dirige ces sociétés?On connaît depuis longtemps l’importance des managers salariés au sein des entreprises capitalistes: pour Galbraith, ces dirigeants ne sont plus seuls, en petit nombre et facilement identifiables.Ils ont été eux-mêmes remplacés par un monde flou, composite et beaucoup plus important quantitativement: celui de la "technostructure”.Il s’agit de tous ceux qui, dans la grande entreprise, participent à des degrés divers à ces innombrables réunions de comités nécessaires pour toute décision importante dans le domaine du marché, de la production, de la recherche et de l’investissement.C’est donc de cette technostructure que dépend toute entreprise moderne.Beaucoup plus qu’au profit rapide c’est à la croissance continue de l’entreprise que cette technostructure est sensible.A cette fin il lui faudra d’abord contrôler l’appétit des actionnaires, tâche relativement facile vu leur multiplicité et leur manque d’information.Quant à la vente de ses produits, elle sera elle aussi garantie par un système de publicité omniprésent dans toute société de consommation de masse: l’entreprise prendra d’ailleurs ses précautions en élargissant sa gamme de production.D’ailleurs, pour éviter tout aléas, l’entreprise pourra conclure avec l’Etat des contrats à long terme lui permettant d’éviter les derniers risques venus d’une saturation possible des besoins du consommateur.Ses derniers adversaires potentiels, les travailleurs syndiqués, la grande entreprise les éliminera peu à peu en automatisant sa production et en les réintégrant comme collets-blancs au niveau des emplois tertiaires où il est beau-coup plus facile de les faire participer au niveau de vie et à l’i- déologie de la technostructure, en dehors de toute structure syndica-le.Le mouvement syndical américain semble d’ailleurs avoir fait lui-même cette conversion puisque, même mis en question par une diminution croissante de ses effectifs, il accepte d’emblée la prépondérance de la technostructure et les buts qu’elle a jusqu’à maintenant imposés à la société américaine: croissance du produit national, société de consommation, guerre du Vietnam.Pour Galbraith, la seule faille par où il soit possible d’exercer un contrôle sur la technostructure réside dans sa dépendance absolue vis-à-vis les détenteurs du savoir-faire, les techniciens, et les institutions qui les fabriquent, les universités.C’est donc de là que doit venir la contestation non pas de la société industrielle mais de ses buts actuels.La société industrielle a besoin de produire sans cesse davantage: les seules possibilités qu’elle ait trouvées pour ce faire, aux U.S.A., sont la guerre et la consommation de gagdets.Les universités, au lieu d’accepter ces buts une fois pour toutes, et de s’y adapter, doivent inventer d’autres tâches oui.tout en permettant la croissance, auraient une plus grande utilité: recherche spatiale, amélioration des villes, etc.Ainsi, les nouveaux intellectuels pourraient imposer ces buts de deux façons: de l’intérieur à la technostructure qui les emploierait et de l’extérieur grâce à une action politique où ils devraient jouer un rôle essentiel.Le monde de Galbraith existe, malgré les dénégations des économistes et de certains marxistes attardés: il prendra de plus en plus de place partout dans le monde ces prochaines années.Il n’est pas sans ressemblance avec ce qui se dessine dans les pays socialistes les plus avancés.L’auteur exprime cependant un optimisme bien professoral et technocratique lorsqu’il croit la cechnostructure susceptible d’être orientée différemment à court terme par un engagement des intellectuels techniciens.Même aux U.S.A., ce rêve est nécessairement voué à l’échec tant qu’existera, à côté de la société de l’opulence, l’autre Amérique, celle des Noirs, des Porto-Ricains, des Mexicains, des hippies et des prolétaires, qui, même s’ils ne comptent pas beaucoup dans le produit national brut, forment une bonne partie d'une population qu’aucune utopie technologique ne saurait escamoter.Et même si l’on réussissait à faire des opulents, des Américains à part entière, de tous ces exilés de l’intérieur, il resterait tous ceux du tiers-monde à demander leur part du gâteau.Malgré son séjour en Inde, Galbraith ne semble pas s’être souvenus d’eux dans son projet.Sous le couvert d’une description objective et fouillée du néocapitalisme américain, Galbraith veut nous imposer un modèle universel de société industrielle déterminé selon lui par les impératifs de la technologie.Il nous est impossible de le suivre lorsqu’il propose comme postulat indispensable de cette société une autonomie complète de l’entreprise vis-à-vis l’Etat aussi bien dans le système capitaliste que dans le monde socialiste.A moins de nous contenter des miettes distribuées par la techno-structure américaine, il nous faudra créer notre propre société industrielle en partant de l’Etat québécois: il ne suffira pas de donner des commandes aux filiales américaines mais il nous faudra, quoi qu’il en coûte, nationaliser et surtout créer de nouvelles entreprises dans les secteurs de pointe, grâce à notre épargne collective.13 Pour ce faire, il nous faudra techniciens et chercheurs mais, pas plus qu'aux anciens entrepreneurs ou aristocrates, il ne serait sage de leur laisser le contrôle d'une société qu'il ne sauraient bâtir qu'à leur image, celle de la froide efficacité au nom de laquelle toutes les autres valeurs sont souvent sacrifiées comme résidus inutilisables, à l'usage des non-instruits ou des socialistes doctrinaires, espèces en voie de disparition si l'on s'en fiait au seul Galbraith.gabriel gagnon l'avenir du syndicalisme québécois ou quand le C.T.C.fait l'autruche Dans une conférence récente à l'Université Laval ("Structures syndicales et objectifs syndicaux", XXIIIe Congrès des Relations Industrielles, avril 1968;) le professeur Stuart Jamieson de Vancouver, proposait un certain nombre de solutions draconiennes mais réalistes à la crise de plus en plus évidente du syndicalisme nord-américain et plus particulièrement de son appendice canadien.Devant la concentration industrielle de plus en plus poussée et face à la main-mise américaine sur une bonne partie de l’industrie canadienne, la tendance naturelle pousserait le syndicalisme canadien à devenir de plus en plus dépendant lui aussi de la direction américaine des unions internationales et de la politique foncièrement réactionnaire et inadaptée de l’AFL-CIO.Face à cette éventualité, la seule chance du syndicalisme canadien serait selon Jameison un vaste mouvement de fusion des unités syndicales trop petites pour rendre à leurs membres canadiens les services indispensables, un accroissement considérable de l’autorité des fédérations provinciales de travailleurs et, finalement, condition nécessaire de toute transformation profonde, la rupture des affiliations internationales du syndicalisme canadien.mai 1968: le congrès du C.T.C.Face aux mêmes problèmes, le Congrès du Travail du Canada avait formé il y a deux ans une commission d’enquête sur ses structures.Loin d’accepter quel-ques-uns des réformes suggérées par le professeur Jameison, le C.T.C.vient d’opter pour le statu quo en se heurtant violemment à sa section québécoise, la F.T.Q.A son dernier congrès, :a question de la fusion des petits syndicats inefficaces ne fut même pas abordée.Le C.T.C.exigea de mettre son nez dans toute entente négociée entre la F.T.Q.et les autres centrales québécoises.Plus encore, dans une sorte d’hystérie unitaire pan-canadienne, les travailleurs des neuf autres provinces refusèrent même à la F.T.Q.certains pouvoirs considérés comme essentiels du point de vue de l’efficacité comme de la situation spécifique du syndicalisme québécois.La centrale québécoise désirait se faire confier par le C.T.C.les services d’éducation syndicale et d’encadrement des conseils du travail, détenus jalousement par l’Ottawa syndical, au Québec comme dans les autres provinces.Loin d’être accepté comme normal dans le contexte constitutionnel récent, ce projet souleva l’ire et le refus des "labour bosses" qui dirigent le C.T.C.et le mécontentement quasi unanime des syndiqués québécois affiliés à la centrale pancanadien-ne.Point n’est besoin de mentionner qu’il ne fut pas question de désaffiliation vis-a-vis les syndicats américains, même si le C.T.C.continua à accorder son appui au N.P.D., qui prône pourtant une politique étrangère indépendante et l’élimination du contrôle américain sur notre économie : le C.T.C.n’en est pas à une contradiction près.Il était de plus en plus évident au Congrès de cette centrale que, même dans leur syndicalisme, pourtant établi à d’autres fins, les québécois étaient colonisés par valets interposés.De ce point de vue, les MacDonald et les Plamondon ne valent pas mieux que Stanfield et Trudeau.la F.T.Q.et l'unité syndicale.La F.T.Q.se retrouve donc sans plus de pouvoirs, surveillée de près par le C.T.C.dans les négociations amorcées avec les autres centrales québécoises mieux armées pour la concurrencer sur le plan de l’efifcacité comme du nationalisme.Cette centrale aurait pourtant un rôle essentiel à jouer puisque le Québec, là comme dans d’autres secteurs, pourrait être appelé à jouer un rôle primordial dans la redéfinition du syndicalisme nord-américain.La conclusion d’un pacte de non-agression ou plutôt de règles civilisées de concurrence avec la C.E.Q.et la C.S.N., en remplaçant la jungle actuelle et les fiers-à-bras par une émulation rationnelle, pourrait faire évoluer graduellement notre syndicalisme vers des formules beaucoup plus revendicatives et plus rapprochées des intérêts de l’ensemble des travailleurs.C’est à l’occasion des revendications actuelles dans la fonction publique (professeurs, employés d’hôpitaux, fonctionnaires) que les premiers effets de cette entente pourraient se manifester.Ces négociations marquent un point tournant dans l’histoire du syndicalisme québécois.Les travailleurs pourront-ils faire valoir leurs revendications malgré la politique d’austérité du gouvernement Johnson ?Devront-ils avoir recours à la grève ?Quels autres moyens pourront-ils employer advenant une suspension ou une disparition de ce droit, ce qui apparaît une éventualité fort plausible ?Quel 14 sera alors l’avenir des négociations dans le secteur public ?Le syndicalisme québécois doit être conscient que son avenir et son image publique sont en jeu.Dans une autre étape, il pourrait être question de fusion des diverses centrales syndicales québécoises.L’échec de la F.T.Q.à Toronto ne peut que favoriser à moyen terme l’expansion de la C.S.N., surtout si le Québec continue à évoluer vers la souveraineté.Dans cette éventualité, les travailleurs auraient tout intérêt, s’ils veulent sauvegarder leur indépendance et leur pouvoir de revendication, à unir leurs forces dans une centrale québécoise unique qui n’aurait pas de trop de tous les éléments valables dispersés dans les trois grandes centrales actuelles.Comme le disait récemment un syndicaliste, la division actuelle fait beaucoup plus la joie des professeurs d’université que l’affaire des travailleurs québécois.A l’abri des mesquineries nées de la concurrence actuelle, les syndicats pourraient s’intéresser beaucoup plus à la masse des non-syndiqués et déboucher par la politique où leur absence se fait cruellement sentir.Une telle unité impliquerait nécessairement une désaffiliation graduelle vis-à-vis les centrales américaines, qui devrait cependant aller de pair avec un contrôle accru de l’Etat sur l’économie québécoise.Il est évident en effet que, tant que notre économie est contrôlée des U.S.A.par des compagnies plurinationales, le syndicalisme doit aussi être continental pour faire face à ces géants.La situation actuelle ne peut nous conduire qu’à une fusion avec les U.S.A.à moins que Québec et Canada ne s’entendent pour réaliser une indépendance véritable qui ne peut passer que par une voie socialiste.politique internationale philippe bernard révolution culturelle en tchécoslovoquie La crise actuelle dans la République tchécoslovaque résulte a’u-ne contradiction latente qui est inévitable dans tout pays qui connaît une révolution socialiste et la prise du pouvoir par un parti communiste.Quelques figures dominantes permettent d’identifier les forces en présence et de juger l’évolution de la crise.Lutte entre ce que la presse occidentale qualifie de libéraux et de staliniens mais qui se joue de fait entre révolutionnaires et conservateurs, on a assisté à la démission de Novotny comme premier secrétaire du parti communiste tchèque et son remplacement par Dubcek, puis à la seconde démission de Novotny comme président de la république, poste qu’il cumulait avec le précédent, remplacé par Svoboda, enfin à la démission de Lénart comme premier ministre et son remplacement par Cernik.Mais derrière les individus, il faut voir la transformation des structures qui ont conduit à la transformation des institutions; ces transformations ne s’expliquent qu’à la lumière d’une évolution du rapport de forces et de la modification d’une situation historique.une réalité nouvelle La prise du pouvoir par les communistes après la guerre ’39-’45 en Tchécoslovaquie ont amené ceux-ci à établir la dictature du parti sur l’ensemble du pays, conformément d’ailleurs aux enseignements de Lénine et selon un processus révolutionnaire que connu- rent la Russie et Cuba, en passant par la Pologne et la Chine.Comme dans les autres pays d’Europe centrale, le gouvernement tchèque visait trois objectifs: a) l’élimination des antagonismes de classes par la dictature du prolétariat; b) la priorité donnée aux investissements par rapport à la consommation pour reconstruire les industries détruites au cours de la guerre; c) la participation militaire au Pacte de Varsovie en réponse à la création de l’O.T.A.N.et pour se protéger d’une éventuelle agression des Etats-Unis.Ce triple objectif exigeait un pouvoir fort, centralisé, contrôlant toute la vie politique, économique et sociale, lui-même étant assujetti à la ligne du parti responsable en dernière instance d’élaborer la voie à suivre.On peut considérer que la Tchécoslovaquie a maintenant atteint ses trois objectifs: a) la noblesse issue de l’empire austro-hongrois et la bourgeoisie nationale ont été écartées des postes de commandes; b) la reconstruction économique a permis de dépasser le niveau du produit national brut de 1939; ;c) le danger d’une agression américaine en Europe a été écarté.Le peuple tchèque se donne maintenant d’autres objectifs et choisit de porter ses efforts dans d’autres directions: la révolution en cours ou la poursuite de la révolution est l’oeuvre des ouvriers.des intellectuels et des étu-diants, c’est-à-dire les forces vives d’une société.S’y opposent certains cadres du parti communiste, quelques technocrates du régime et les dirigeants de l’armée; celle-ci, armée de métier, désire conserver ses privilèges, contrairement à celles, armées populaires cette fois, de la Chine et de Cuba qui participent activement à la poursuite de la révolution.Un des premiers objectifs consiste à diminuer l’emprise du parti communiste sur la vie du pays et à encourager un début du dépé- 15 rissement de l’état.On connaît — ou il serait bon de connaître — les écrits de Lénine concernant l’action du parti dans sa lutte pour la prise du pouvoir, dans son combat pour résoudre les conflits fondamentaux une fois au pouvoir, et dans son rôle une fois ces conflits résorbés (voir entre autres: "Que faire?”, "L’Etat et la révolution” et "La maladie infantile du communisme”).A l’origine, le parti est la "chose” d’un groupe de révolutionnaires professionnels, avant-garde du prolétariat, qui assume la conscience de classe.Les rapports entre le parti et les masses sont assurés par les syndicats, les associations et les comités locaux qui ne sont que des courroies de transmissions.Le parti contrôle toute la vie du pays.Ce n’est que plus tard — 10, 20 ou 50 ans selon les pays — que le parti permettra et même encouragera une autonomie des autres institutions, une pluralité dans leurs actions et la contestation de certaines politiques.Une telle décentralisation du pouvoir ne va pas sans certaines réticences de la part de ceux qui ont assumé jusqu’à maintenant un pouvoir centralisé.Ceci se manifeste particulièrement dans le domaine économique et le domaine culturel.la nouvelle économie Les réformes économiques que tous les pays d’Europe de l’est connaissent ont vu le jour en Tchécoslovaquie en 1964.La nouvelle économie politique prévoit un nouveau mécanisme de gestion des industries, à l’intérieur des contraintes fixées par le plan qui demeure l’instrument principal de la croissance.Les industries de base sont maintenant regroupées par secteur ou par région selon que le regroupement se fait sur une base horizontale ou verticale; chaque regroupement ou centrale dispose d’une large autonomie financière et commerciale.Les coûts de production deviennent un facteur essentiel dans l’évaluation de la renié tabilité de chaque entreprise, et bien que les prix et les salaires sont toujours soumis à la législation, chaque entreprise devra assurer son développement en réinvestissant ses profits accumulés plutôt qu’en utilisant des crédits bancaires de l’Etat.Une autre réforme importante prévoit la participation des employés à la gestion de "l’entreprise et l’abandon de la direction unique pour une direction collégiale.Les décisions sont prises à la majorité des voix au sein d’un conseil d’administration, tandis que l’assemblée des employés détient un pouvoir de contrôle et de consultation.Le gouvernement n’intervient qu’en cas de conflit interne, à moins qu’une entreprise prenne des décisions qui vont a l’encontre du plan ou d’un intérêt social supérieur.Ce qui signifie que le parti conserve son rôle d’a-vant-garde des travailleurs et la responsabilité suprême du développement de la société.la révolution culturelle Elle se situe surtout au niveau d’une transformation du rôle des intellectuels et de la presse écrite et parlée.Ceux-ci sont appelés à participer activement à l’élaboration de la politique culturelle tandis que celle-là doit travailler à éveiller l’intérêt des masses et à développer plus avant le nouveau cours progressiste.En termes précis, la nouvelle tâche des intellectuels telle que la définit Dubcek en est une de participation, de liberté et de critique quand ce n’est pas de contestation.La bataille qui se joue actuellement en Tchécoslovaquie est très importante.La résistance de certains cadres du parti et de technocrates contre le changement des institutions est la preuve qu’une révolution n’est pas uniquement le changement d’un régime par un autre; elle est un long cheminement vers la liberté et l’égalité à travers une série de contradictions et de conflits que seule la révolution permanente permet de résoudre.En Tchécoslovaquie, comme à Cuba et en Chine, les événements actuels prouvent que le marxisme n’est pas une idéologie statique et figée, mais une méthode d’analyse et de travail pour atteindre un objectif.gilles dostaler black power: rejoindre la révolution noire mondiale 1964 : Malcolm X abandonne le mouvement des Musulmans noirs, dont il conserve la religion.Il a été suspendu de la "Nation of Islam” par Elijah Muhammad à la suite d’un commentaire irrévérencieux fait après l’assassinat de John Kennedy.Malcolm X était le numéro deux et le plus puissant orateur de ce mouvement bizarre qui se répandait rapidement dans les bas-fonds des ghettos noirs.Malcolm lui-même était un ancien prisonnier, qui avait passé son adolescence dans les rues de Harlem, trafiquant de drogues, proxénète, voleur.Les musulmans noirs se réclamaient d’Allah et du Coran, prêchent que l’homme blanc est un démon, bâtard issu de la race noire, qu’il a ensuite exploitée.Ils luttent pour la création d’un Etat national noir à l’intérieur des frontières américaines.En avril 15X54, Malcolm se rend à la Mecque.Il y rencontre des hommes blancs.Il découvre que l’homme blanc n’est pas, en soi, un démon; que c’est le système, aux Etats-Unis, qui en fait un raciste.Il voyage en Afrique, où il reviendra durant l’été.Il y découvre que du chemin a été fait depuis que, pour la première fois, en 1955, les hommes de couleur du monde entier s’étalent rencontrés à Bandoeng, et avaient constaté cju’ils avaient un ennemi commun : 1 homme blanc, exploiteur séculai- re.Il voit des hommes noirs qui ont conquis, de haute lutte, leur indépendance, et qui construisent des sociétés vivables.Il découvre une nouvelle dimension au problème noir tel qu’il se présente aux* Etats-Unis.A son retour, il fonde un mouvement qui n’est plus fermé aux noirs non-musulmans, un mouvement d’abord politique.Il devient dangereux, pour l’ordre établi, car il commence à voir clair.Il est le seul homme qui, dans Harlem, peut à loisir déclencher ou arrêter une émeute raciale.Il est le premier à affirmer qu’une charge de violence explosive est contenue chez les jeunes des ghettos, à qui toutes les portes vers un avenir humain sont fermées : que cette charge est dangereuse, qu’elle éclatera bientôt.Le 21 février 1965, Malcolm X est assassiné à Harlem, par des musulmans noirs, dit-on (de même que le FBI, après l’assassinat de Luther King, l’envers de Malcolm, s’est empressé d’affirmer que ce crime était l’oeuvre d’un seul homme).Durant l’été '65, Watts éclate.En ’66, Omaha, Atlanta, Dayton.En ’67, Newark, Détroit, et 57 autres villes.Après l’assassinat de Luther King, plus de 125 villes.Point of no return.Stokeley Carmichael, un étudiant américain, sous l’impulsion de Malcolm, dont il se reclame,* formule le concept du Pouvoir Noir.Le cri est lancé dans les ghettos du Nord industriel, dans l’Amérique des Yankees : Kennedy, Rockefeller.Il est entendu par des gens qui, depuis I960, travaillent dans le Sud des Etats-Unis, tentent d’organiser les communautés noires, d’en politiser les membres, de libérer d’une peur séculaire de l’homme blanc; ce sont les membres du SNCC, (1) auquel se joindra Carmichael, dont il deviendra président en 1966.Il continuera les voyages de Malcolm, mais cette fois pas seulement dans l’Afrique noire: en Algérie, au Vietnam, à Cuba.11 participe à la Conférence de l’Olas, à La Havane, en juillet 1967.Le Sud, c’est l’Amérique des Cowboys, de Johnson.L’Amérique du racisme ’’individuel”, de Wallace et de Reagan, de la terreur blanche, du Ku Klux Klan.Le Nord, c’est l’Amérique libérale, celle de Linsday et Bob Kennedy, de ceux qui aiment les Noirs, qui leur donnent de l’argent, qui financent leurs marches de revendication.C’est toujours l’Amérique raciste, à un autre niveau.Le racisme institutionnalisé, dont tout blanc est responsable.De même que le centre de gravité du pouvoir économique et politique se déplace des Etats aux villes, se déplace du Deep South aux villes du Nord industriel, où les Noirs ont commencé à émigrer dès l’émancipation, surtout pendant les deux guerres; où on les a parqués dans des ghettos.Le ghetto, c’est l’enclave coloniale au coeur du géant de l’impérialisme.Car les Noirs sont, aux Etats-Unis, dans une situation coloniale.Le ghetto est un réservoir de cheap labour, où le taux de chômage est maintenant plus élevé qu’ailleurs.Et tout le commerce, dans le ghetto, et même les logements, appartient à l’étranger, aux blancs.Les prix des loyers, de la nourriture, des vêtements, sont plus élevés qu’ailieurs.Le maigre salaire que le Noir a fait en travaillant pour le Blanc, il ressort du ghetto dans les poches du Blanc commerçant ou usurier.Et dans le ghetto, l’éducation est mauvaise, et cette éducation n’apprend rien au Noir qui pourrait le rendre fier de lui-même.Hors du ghetto, il y a les Noirs riches, les professionnels, les quelques politiciens, les Noirs intégrés, les Noirs blanchis, qui se décrêpent les cheveux et traitent Carmichael de raciste.Ceux-là sont pour les Noirs américains ce que les bourgeoisies comprador sont aux paysans sud-américains.La population noire américaine souffre à un triple ni- veau d’une aliénation typiquement coloniale.Politiquement, d’abord, les Noirs n’ont aucun pouvoir aux Etats-Unis.Alors qu’ils sont majoritaires ou presque la moitié de la population dans plusieurs villes et états.65% des habitants de Manhattan sont noirs.Dans vingt ans, douze grandes villes américaines seront majoritairement noires.Et pourtant les Noirs, en tant que groupe, n’ont aucun pouvoir politique.Aucun pouvoir, même de pression.Alors qu’il y a à Washington des associations pour défendre les intérêts des moindres groupuscules.Or, le vote des Noirs est parfois déterminant pour la victoire d’un des deux gr?#nds partis dont aucun ne défend leurs intérêts.Toute coalition, d’ailleurs, entre un groupe économiquement sécure et un groupe non-sécure se solde à l’avantage des premiers.La politique est une rencontre d’intérêts et non de conscience.En 1892, Watson dirigeait le parti populiste et défendait le droit de vote des Noirs.Lorsque la défense des noirs mit en danger les intérêts électoraux de son parti, Watson devint raciste.A chaque tentative d’intégration aux deux grands partis, à tous les niveaux, les Noirs jouèrent toujours perdant.Au niveau économique, la situation des Noirs s’aggrave continuellement et il faut voir là la source des éclatements des derniers temps.Dès leur arrivée dans les ghettos, les Noirs se heurtèrent à un triple problème : le manque d’emploi, le manque de logement et la mauvaise éducation.Cercle vicieux qui, dans les ghettos, se tend de plus en plus.Aucune solution n’a été apporté par le gouvernement à ce problème, aucune ne peut être apportée dans le cadre du système américain.Au niveau social enfin, la situation des Noirs aux Etats-Unis revêt les formes connues de l’aliénation coloniale.Le Noir a perdu confiance en lui, il est convaincu de son infériorité.On ne lui apprend rien 17 mm ISSliv H Sü}*! Rr»fyrii»r de Roy Wilkins lutte depuis 1908 pour l'intégration.De même le SCLL (3> de King, et la Urban League.Ils ont obtenu le jugement de la Cour Suprême de 1954 condamnant la ségrégation, ils ont obtenu, de peine et de misère, le bill des droits civiques.Des textes.Les porte-paroles du CORE '4> et du SNCC disent lut- ter pour redonner au Noir confiance en lui; en organisant la communauté noire, en l’éduquant, en créant des écoles populaires qui enseignent l’histoire des Noirs, leur culture.Racisme, leur crie-t-on.Non, simple respect de soi-même, redéfinition du Noir par lui-même, qui se découvre Noir, c'est-à-dire non-Blanc, et valable en tant que tel.Et qui dès lors réclame le Pouvoir là où il lui revient de droit, et d’abord le pouvoir économique dans le ghetto.Ce n’est que sur cette base, que le Noir pourra faire face au Blanc, d’une position de force qui lui revient de droit.De cette prise de conscience, que les Black Muslims, les premiers, ont provoqué avec beaucoup de succès dans les ghettos noirs, où ils sont encore rois et maîtres, naît la résistance accrue du Noir à l’oppression blanche.Oppression qui n’est qu’un visage de l’oppression tri-continentale et millénaire de l’homme blanc sur les deux-tiers de l’humanité, sur l’homme jaune, l’homme rouge, l’homme noir.Les Afro-américains, pointe de lance du combat mortel, déjà engagé, global et universel, du Tiers Monde contre l’impérialisme blanc.Relevant les paroles de Mao Tsé Toung à la suite de l’assassinat de King, un subtil analyste du New York Times disait que l’extrémisme noir ne pouvait être utile qu’à la Chine.De la non-violence à la violence.Malcolm, toujours prophétique, disait : "Je ne suis pas violent, mais quand on me frappe, je deviens fou et je ne suis plus responsable de mes actes," et prévoyait les éclatements dans les ghettos, les "long hot summer".Le prêtre chrétien blanc a dit à l’homme de couleur de tendre l’autre joue si on le frappe.Malcolm se réclame de l’Islam, la religion des hommes de couleur, qui apprend à répondre par la violence à la violence.Des Noirs, aux Etats-Unis, s'arment en prévision de provocations, et pour faire face à l’envahissement du ghetto par l’armée coloniale.Un groupe de la côte ouest, 18 le "Black Panther Party”, a tiré profit d’une loi de l’Etat qui permet aux citoyens de se promener avec des armes chargés, tant qu’elles ne sont pas cachées.On ne compte plus les tentatives d’intimidation de la police à l’endroit des Black Panther.La dernière en date a suivi de quelques jours l’assassinat de Luther King.La police a entouré une maison où se trouvaient réunis des dirigeants du mouvement.Les policiers ont utilisé mitraillettes et grenades jusqu’à ce que ies gens de l’intérieur décident de se rendre.Le premier à sortir, les bras en l’air, fondateur du groupe, fut abattu à bout portant.Le second, Elvridge Cleaver, écrivain noir très connu en Europe, fut blessé.Tous sont inculpés sous l’accusation d’assaut contre des policiers avec tentative de meurtre ! Face au problème noir ,1e gouvernement avait le choix entre deux mesures.Ou bien voter des crédits de dix milliards par année pour améliorer les conditions de vie dans les ghettos.Ou bien accroître les effectifs de la FBI et préparer la répression des émeutes.Il a choisi la seconde voie.Des deux côtés, on s’arme.Un dirigeant du SNCC de New York me disait que le mouvement noir comptait plusieurs architectes moins connus que Brown ou Carmichael qui élaborent des tactiques visant à faire face à une tentative de répression massive ou même de génocide de la part de gouvernement.Le SNCC, et le CORE, luttent sur deux plans.Ils luttent d’abord pour les droits humains (et non pas civiques), contre le racisme.Pour la reconnaissance du Noir en tant qu’être humain.Et la première étape est de réveiller le Noir lui-même, à son identité.Ce travail, eux seuls peuvent le faire.Aucun blanc n’est admis à faire partie du SNCC.Mais ils luttent aussi contre un système qui se nourrit de l’exploitation de tous ses sujets, comme du Tiers Mon- de.Ils se reconnaissent donc solidaires de la population blanche américaine.Les Noirs seuls, ne peuvent renverser l’ordre établi aux Etats-Unis.Ils devront, un jour, faire des alliances.Jour encore loin.La gauche américaine est embryonnaire, divisée, impuissante.McCarthy et Kennedy tirent profit des mouvements contre la guerre du Vietnam.Et il demeure étrange que des gens qui sont témoins depuis leur naissance des injustices faites aux Noirs dans leur propre pays ne réagissent contre le système qu’après avoir été gavés de preuves des atrocités commises au Vietnam.New Left, gauche morale beaucoup plus que politique.Tels les SDS, 1 2 3 4 (5) le PL, iSi1v J cV* " J *>S - , f .' • ¦ • ¦ .fîc, ¦ ¦• .Vk#f "Vh»'^' V* 3Bsâ£s SfiÊW .,î ,4y , -J- &"¦• ‘ ••.¦ • .- mm mmm WS'ir 9^) Kàfc }K * ÎT.TJ MKB .• - • Wi«• vvjo iP#v ÎJW, 4-i.' 2^*x; /j^V ivj jfO •V.*û ri « JK*>^i HBVH -CTt£ t'kf/i?2HW 358*3; >3*3 wo, r^> .-*"T-j >WV ,# < Vx*t .''V ?r * • 4 4 • • r- « ?» 4 .M; nVl^ ,1 #• -t* un an *£Vèl • 4 * * 3K*JV .»• • H4 2S5Î3S •*?' »• tflV • ¦^ a Le vo- a vous d en pn rfKÏ^fprix réduit, itres un numéro manifeste, e, Québec, etc.Le volume >*« tsv ¦ _• • «fM le cléricalisme, les syndi >>V Ÿ*4W ÎVii Ur i /Sttgj .Wr\' •V - .jcH: >/lfi AV* £.&Ç?iras àSN /MVfÿil! - •• u :«cr: æaSSi RH âS$ U '•*',¦» T^V UÎU -C5VI < .•T.'V £*5Çf?£ sæw ’pp% jÉV%* 4Ci* » i • T t.Mt rw v-.v.V.33» »\.-*&** J*ClT *twMK ?H^CiES «b&q» aSsaSÜ&s {vS , » Wi?.4 BBSS rr»*?xv^r>^: Ï3K3£t*2S?*®sasss3 r.vi ' dfer *:-
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