La presse, 12 mai 2012, P. Enjeux
[" ENJEUX SANTÉ JOURNAL D\u2019UNMÉDECIN DEVILLAGE PAGES 6 ET 7 ZOOM LESBOMBES CORPORELLES PAGE 8 PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE ll y a peu de temps, l\u2019homme sur cette photo s\u2019appelait Katryn.Il avait des seins et des idées suicidaires.Prisonnier de son corps féminin.Les chirurgies de changement de sexe l\u2019ont sauvé.De la controverse autour d\u2019une Miss Univers au nouveau film de Xavier Dolan, on n\u2019a peut-être jamais autant parlé de transsexualité.Rima Elkouri raconte cet univers encore tabou.PAGES 2 À 5 Le tabou transsexuel MONTRÉAL SAMEDI 12 MAI 2012 DES APPLICATIONS COMME VOUS LES AIMEZ MOTS CROISÉS / HOCKEY / LAPRESSE.CA 21 LE TABOU TRANSSEXUEL Katryn s\u2019appelle Damien RIMA ELKOURI D\u2019aussi loin qu\u2019il se souvienne, Damien a toujours eu le sentiment d\u2019être un garçon emprisonné dans un corps de fille.Petit, quand il allait à la piscine, il demandait à sa maman pourquoi elle l\u2019emmenait dans le vestiaire des filles.«Parce que tu es une fille», lui disait sa mère.Damien, qui s\u2019appelait alors Katryn (*), était convaincu qu\u2019il n\u2019était pas une fille.Comment pouvait-il le savoir?«Ça se sent.C\u2019est un sentiment profond.Un aveugle sait s\u2019il est homme ou femme sans voir son corps.» J\u2019ai rencontré Damien dans un café du Vieux-Montréal, peu de temps avant son intervention de changement de sexe.Au téléphone, sa voix ne laissait planer aucun doute sur son identité masculine.Pas eu le moindre doute non plus en le voyant assis devant moi.S\u2019il ne m\u2019avait rien dit, je n\u2019aurais rien deviné.Ce qui n\u2019a rien d\u2019exceptionnel.La majorité des personnes transsexuelles sont absolument invisibles dans la société.Celles qu\u2019on identifie sont souvent en début de parcours.Damien a 26 ans.Fonceur et attachant.Un humour noir de survivant.Les gens qui le croisent tous les jours ne savent rien de son passé féminin.Et il préfère qu\u2019il en soit ainsi.Il travaille dans la construction, un milieu très macho.Il craint que sa réalité n\u2019y soit pas «socialement acceptable ».Tête de Turc Son enfance, il la résume par un mot : l\u2019enfer.«J\u2019en ai mangé, des volées.Les enfants peuvent être très, très méchants.» Il n\u2019avait pas d\u2019amis.Il ne trouvait sa place nulle part.Autour de lui, on voyait bien qu\u2019il était différent sans jamais comprendre pourquoi.On lui a fait consulter des spécialistes.En 6e année, le travailleur social de l\u2019école à qui il s\u2019est confié lui a dit que c\u2019était «juste une phase».Dès lors, Damien a décidé de se taire et d\u2019attendre.Attendre que l\u2019ouragan de l\u2019adolescence passe.Tenter de survivre jusqu\u2019à 18 ans pour ensuite pouvoir faire ce qu\u2019il voulait.Il a vécu une adolescence sombre.Il avait peu d\u2019estime de lui-même.Il était la tête de Turc de ses camarades.On lui disait qu\u2019il était laid, qu\u2019il était un loser, qu\u2019il n\u2019était pas un vrai gars, qu\u2019il n\u2019était pas une vraie fille.On lui disait qu\u2019il ne méritait pas de vivre.Il avait des idées suicidaires.«Je ne voulais pas vraiment mourir.Je voulais juste que ça arrête.» Il a encaissé les coups en silence.Il ne se confiait qu\u2019à son journal.«Ça semble tellement facile d\u2019être soi-même, écrivait-il.Pourquoi pour moi il y a toujours des étapes de plus?Pourquoi le mal que je ressens est-il plus profond qu\u2019un simple mal-être?» Il s\u2019est construit une carapace.Il portait deux chandails et un survêtement pour cacher ce corps dont il ne voulait pas.Il portait des bandes élastiques pour écraser ses seins.Il essayait toujours de construire ses phrases de façon à éviter l\u2019emploi d\u2019un pronom féminin.Il était (et est toujours) attiré par les filles, mais n\u2019a jamais senti qu\u2019il était doué pour les relations de couple.En silence dans son coin, Damien était en «mode survie».Il avait toujours avec lui un sac à dos avec un peu de nourriture, des vêtements de rechange et un petit canif.Il a passé des nuits à regarder le plafond.Des nuits dehors aussi.«Je pensais beaucoup trop.Je lisais de la philo.» La lecture l\u2019a sauvé.«Quand on lit, il peut y avoir une bombe nucléaire à côté, on ne l\u2019entend pas.Plus rien n\u2019existe.» Il se souvient du Grand Cahier d\u2019Agota Kristof.L\u2019histoire de ces jumeaux qui décident de s\u2019endurcir et de ne plus avoir de sentiments.«Pour m\u2019endurcir, je faisais juste m\u2019anesthésier mentalement.Je n\u2019avais pas de sentiments premiers.» Hasard et épiphanie À 19 ans, Damien a entendu par hasard le témoignage d\u2019un jeune homme transsexuel qui vivait une transition de femme à homme.Pour la première fois de sa vie, il avait devant lui quelqu\u2019un à qui il pouvait s\u2019identifier.«C\u2019était comme une épiphanie.» Le jeune homme l\u2019a dirigé vers quelques sites web.Damien a enfin pu mettre des mots sur ce qu\u2019il vivait.Il a consulté.Le diagnostic est tombé: dysphorie du genre.C\u2019est ainsi que l\u2019on nomme la souffrance de ces gens qui ont toujours eu le sentiment d\u2019être nés dans le mauvais corps.Une souffrance pour laquelle il existe des traitements : l\u2019hormonothérapie et les interventions de changement de sexe.Du jour au lendemain, Damien a décidé de se libérer de la petite case dans laquelle il se sentait enfermé.Il n\u2019était plus capable d\u2019entendre son nom de naissance.En quelques mois, il a multiplié les sorties du placard.Un soir de réveillon en famille, entre la tourtière et le dessert, il a demandé la parole.«O.K.tout le monde! Je dois vous dire quelque chose.Je suis un homme.Je me suis toujours senti comme ça.Personne ne le savait, pas même mes parents.Je suis la même personne que vous avez connue avant.Mais au lieu de dire \u201celle\u201d, j\u2019aimerais que vous disiez \u201cil\u201d et que vous m\u2019appeliez Damien.Si vous voulez en jaser, pas de problème, je vais répondre à vos questions.» Il n\u2019y a pas eu de hauts cris.Mais pour ses parents, à qui il avait annoncé la chose peu de temps avant, il y a eu une période d\u2019adaptation difficile.«Ils voulaient juste que je sois heureux.Ils ne comprenaient pas les raisons pour lesquelles je me donnais autant de mal.» Ses parents avaient de la difficulté à l\u2019appeler par son nouveau nom.Ils avaient du mal à dire «il».Après quelques mois, Damien leur a lancé un ultimatum: il a menacé de ne plus leur parler s\u2019ils ne faisaient pas plus d\u2019efforts.Il n\u2019y avait pas que lui qui vivait une transition.Toute sa famille en vivait une aussi.Sa grand-mère paternelle, très religieuse, disait que Jésus n\u2019aurait pas pu accepter ça.Damien a pleuré avec elle.Le temps et l\u2019amour ont fait leur oeuvre.La grand-maman a fini par accepter en se disant: «C\u2019est mon petitenfant, je l\u2019aime comme il est.» Pas un choix Lorsqu\u2019il a commencé à prendre de la testostérone, Damien a définitivement enterré Katryn.Sa voix est devenue plus basse.Son corps est devenu plus masculin.Sa peau, plus rude.Il a commencé à avoir de la barbe.Sur les conseils d\u2019une amie transsexuelle, il a quitté le Québec pour la Colombie- Britannique, où les services pour les transsexuels sont plus accessibles.Là, il savait qu\u2019il ne serait pas vu comme un extraterrestre.Il a subi une mastectomie.Puis, une hystérectomie.Il a pu aussi faire changer officiellement son nom et ses papiers d\u2019identité beaucoup plus facilement que s\u2019il avait entrepris les mêmes démarches au Québec.Damien n\u2019a pas le sentiment d\u2019avoir changé.Son histoire n\u2019est pas celle d\u2019une femme qui est devenue un homme.«Je n\u2019ai pas changé de genre.Il y a juste mon corps qui a changé.» De retour au Québec, il a pu subir une phalloplastie le mois dernier, la dernière étape de son processus de transition.Depuis 2009, cette opération, reconnue comme un traitement médical essentiel, est offerte au Québec.On ne choisit pas de subir une intervention de changement de sexe par caprice.Pour Damien, c\u2019est une question de vie ou de mort.«La vie que je veux mener ne pouvait commencer tant que je n\u2019avais pas fait ça.» Il lui arrive parfois de croiser d\u2019anciens camarades d\u2019école qui ne comprennent pas, qui croient savoir mieux que lui qui il est.Damien ne leur demande pas de comprendre.Il leur demande juste de l\u2019accepter comme il est.On ne devient pas transsexuel.On l\u2019est.S\u2019il avait pu choisir, Damien n\u2019aurait jamais choisi une telle voie.Personne ne choisit toute cette souffrance et ces sacrifices.*Les noms sont fictifs, l\u2019histoire ne l\u2019est pas.P VENDREDI Vivre avec un conjoint transsexuel n\u2019est pas simple.Peu de couples tiennent le coup.Qu\u2019est-ce qui fait que l\u2019amour dure ?Notre journaliste Sophie Allard s\u2019est intéressée à la question.À lire vendredi prochain, dans le cahier Vivre.PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 2 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 2 M A I 2 0 1 2 LE TABOU TRANSSEXUEL Mère Teresa des transsexuels L\u2019infirmière Marie-Marcelle Godbout, 69 ans, a fondé en 1980 le premier organisme d\u2019aide aux transsexuels du Québec.Elle-même transsexuelle, elle voulait changer l\u2019image négative associée à sa condition.Sa première entrevue à la télé, avec Jean-Luc Mongrain, a suscité tout un émoi.«Je me prenais pour mère Teresa ! Je voulais tellement aider que j\u2019ai donné en ondes mon numéro personnel pour dire qu\u2019une ligne d\u2019écoute existait pour les transsexuels.» Le téléphone a commencé à sonner chez elle jour et nuit.Trente ans plus tard, c\u2019est toujours elle qui répond à la ligne d\u2019aide*.«Les premiers temps, j\u2019étais la seule dans les médias qui parlait de ça.Après mon passage à la télé, j\u2019avais des grands-parents, des gens de 70 ans, qui m\u2019appelaient\u2026 Pour la première fois, ils mettaient le doigt sur une souffrance qu\u2019ils avaient depuis l\u2019enfance.Avec une émotion dans la gorge, ils disaient: \u201cCe que vous avez dit à la télé, c\u2019est ce que je suis.\u201d» En 1980, les transsexuels commençaient à peine à être reconnus comme des êtres humains à part entière.Marie-Marcelle Godbout a connu l\u2019époque où les personnes comme elle étaient si malmenées qu\u2019elles devaient se cacher.L\u2019époque où des psychiatres tentaient de «guérir» la transsexualité avec des électrochocs.Elle a vu trop de gens se suicider.«Si vous saviez le nombre de personnes que j\u2019ai enterrées en cours de route, c\u2019est incroyable.Nous étions considérées comme des criminelles.Avant 1969, on nous emprisonnait.Je me suis ramassée à la prison de Bordeaux parce que j\u2019étais habillée en femme.Quelqu\u2019un de sexe masculin qui portait des vêtements féminins, c\u2019était associé à l\u2019homosexualité.Et l\u2019homosexualité était considérée comme criminelle.» *Aide aux transsexuels du Québec Tél.: 514-254-9038 Courriel : ecoute@atq1980.org www.atq1980.org À l\u2019avant-garde En matière de soins aux personnes transsexuelles, Vancouver est réputé pour offrir les meilleurs services.Et Montréal, les meilleurs chirurgiens.Le Canada est devenu à cet égard un modèle qui inspire des pays comme les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique, explique le Dr Trevor Corneil.Ce médecin de famille, préoccupé par l\u2019accès aux soins des personnes marginalisées, est l\u2019un de ceux qui ont mis sur pied le «modèle de Vancouver», cité en exemple dans le monde.Il s\u2019agit d\u2019un modèle avant-gardiste qui permet d\u2019améliorer et d\u2019humaniser les services offerts aux personnes trans en misant sur les services de première ligne (médecin de famille) et les ressources communautaires.En Colombie-Britannique, il permet désormais à quelque 300 patients transsexuels par année d\u2019avoir accès à des traitements.Ce modèle n\u2019est malheureusement pas implanté au Québec, où l\u2019accès à un médecin de famille demeure difficile en toutes circonstances.Toutefois, c\u2019est à Montréal que se trouve la seule équipe de chirurgiens au pays spécialisée en changements de sexe (celle du Dr Pierre Brassard et de la Dre Maud Bélanger).Et ce n\u2019est que depuis trois ans que les patients d\u2019ici y ont accès.En 2009, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a conclu une entente avec le CHUM et le Centre métropolitain de chirurgie plastique du Dr Brassard afin de rendre ces services rapidement accessibles.Depuis, une centaine de patients québécois ont pu être opérés.CHANGEMENT DE SEXE 249 Nombre de demandes de changement de la mention du sexe dans les registres civils du Québec depuis 1996.108 Nombre de patients québécois ayant subi une opération de changement de sexe depuis janvier 2010.93 femmes 15 hommes Pour être admissible, il faut : avoir vécu en homme ou en femme (selon le cas) durant au moins 12 mois consécutifs obtenir la recommandation de deux spécialistes avoir été suivi par un psychologue/sexologue spécialisé être suivi pour une thérapie hormonale Sources : Direction de l\u2019état civil, Centre métropolitain de chirurgie plastique et MSSS De femme à homme - Phalloplastie Opération en trois étapes, sur une période d\u2019un an.Avant d\u2019avoir la phalloplastie, le patient devra subir une hystérectomie et une mastectomie.Création d\u2019un pénis et d\u2019un scrotum.L\u2019opération est faite par trois chirurgiens.Durée : six heures Une partie de la peau de l\u2019avant-bras ainsi que les nerfs et les vaisseaux sanguins sont utilisés pour construire l\u2019urètre, le gland et le corps du pénis.1 2 3 La cavité vaginale est refermée.La vulve est transformée en scrotum.Les nerfs clitoridiens et de la région de l\u2019aine serviront à donner la sensibilité du pénis.On crée de la circulation sanguine.Une greffe de peau, prélevée à la cuisse, recouvre la zone donneuse de l\u2019avant-bras.La cuisse guérit seule.Après six mois, mise en place de prothèses testiculaires.Petite intervention sous anesthésie locale.Un an plus tard, mise en place d\u2019un implant érectile.Il s\u2019agit d\u2019une prothèse hydraulique.Deux cylindres sont placés dans le pénis et raccordés à un réservoir d\u2019eau saline.Le réservoir est placé derrière l\u2019os pubien, juste au-dessus de la vessie.Il est activé au moyen d\u2019une pompe située dans la région de l\u2019aine.La pompe permet un transfert de liquide du réservoir vers les cylindres.Cela donne un allongement et un durcissement qui permet des relations sexuelles complètes.Résultat : «Dans la douche des hommes, ça passe.Mais dans une vie intime, ça demande une explication.» \u2014 Le Dr Pierre Brassard Source : le Dr Pierre Brassard, Centre métropolitain de chirurgie plastique Marie-Marcelle Godbout, fondatrice de l\u2019Aide aux transsexuels du Québec, tient dans ses mains un portrait de Christine Jorgensen, première femme transsexuelle médiatisée mondialement en 1952.«Un ex-GI devient une ravissante blonde», titrait le New York Daily News le 1er décembre 1952.L\u2019affaire fit scandale.PHOTO FOURNIE PAR PIERRE GAREAU v llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 2 M A I 2 0 1 2 E N J E U X 3 LE TABOU TRANSSEXUEL Pierre s\u2019appelle Marie-Pier RIMA ELKOURI Son identité féminine, Marie-Pier Laverdière l\u2019a longtemps gardée sous clé.« Ç\u2019a été un tabou toute ma vie », dit d\u2019emblée la femme transsexuelle de 64 ans.J\u2019ai rencontré Marie-Pier pour la première fois chez elle, à Gatineau, peu de temps avant l\u2019intervention de changement de sexe.Une femme discrète et soignée, aux yeux d\u2019un bleu perçant, portant une jupe et des talons hauts.Si j\u2019avais sonné à sa porte il y a deux ans à peine, j\u2019aurais eu l\u2019impression de voir une tout autre personne.Car jusqu\u2019à tout récemment, Marie-Pier s\u2019appelait Pierre et vivait en apparence comme un homme marié ordinaire, en couple depuis 24 ans avec Francine.Attirée par l\u2019univers féminin depuis son enfance, Marie-Pier a toujours réprimé son sentiment profond d\u2019être femme.Un déni à l\u2019origine d\u2019une souffrance terrible.« J\u2019ai toujours cru que j\u2019étais un freak, dit-elle, les yeux embués.Durant ma vie adulte, j\u2019ai eu beaucoup de pensées suicidaires, comme bien des femmes transsexuelles.» En juin 2007, un infarctus a fait basculer sa vie.Marie-Pier s\u2019est retrouvée en convalescence à la maison.Privée de son travail, son principal point de repère masculin, elle a senti un besoin urgent d\u2019explorer sa féminité.« J\u2019ai acheté en cachette des vêtements féminins.Des sous-vêtements, des robes, des chaussures, une perruque\u2026 J\u2019ai pu expérimenter un peu avec le maquillage.» Pendant trois ans, quand Francine partait travailler, Marie-Pier, seule à la maison, s\u2019habillait en femme.Elle ne comprenait pas d\u2019où lui venait cette impulsion.Elle a tenté de la réfréner en se débarrassant des vêtements.Mais c\u2019était plus fort qu\u2019elle.Elle en rachetait aussitôt, et les gardait sous clé pour éviter que sa femme les trouve.Voilà qu\u2019un jour, sans trop y penser, Marie-Pier a laissé traîner des sous-vêtements féminins sur une étagère dans son bureau.Une sorte d\u2019acte manqué.« Peut-être que, dans mon subconscient, c\u2019était voulu.Parce que vivre cela, c\u2019est porter un fardeau énorme.» Un jour que Marie-Pier (qui s\u2019appelait donc toujours Pierre) était allée jouer au golf, Francine a décidé de l\u2019aider à faire du rangement dans son bureau.Elle a trouvé les sous-vêtements.Elle était en état de choc.« À qui est-ce ?» Marie-Pier lui a avoué que c\u2019était à elle.« Pourquoi ?» Elle n\u2019en savait rien.« Je me sens bien dans des vêtements féminins.Je ne sais pas pourquoi\u2026 » Le couple a longuement discuté.« Il faut que tu trouves ce qui ne va pas.Il faut que tu en parles à ton médecin.» Marie-Pier a consulté son médecin, qui l\u2019a dirigée vers une sexologue.Le diagnostic est tombé : dysphorie du genre.Elle n\u2019était donc pas « un freak » comme elle l\u2019avait toujours cru.Elle était une femme enfermée dans un corps d\u2019homme, un trouble reconnu dont elle n\u2019avait jamais entendu parler.Des perruques et des hommes Cette découverte, déstabilisante pour Marie-Pier, l\u2019était tout autant pour Francine.Du jour au lendemain, il lui a fallu accepter de dire « elle » et non « il ».Il lui a fallu accepter que son « mari » qu\u2019elle aimait était en fait une femme, qui allait donc s\u2019habiller en femme.Au début, Francine ne voulait pas que cela se fasse devant elle.Marie-Pier se changeait en Pierre avant que sa compagne ne rentre du travail.Un jour, Francine est rentrée un peu plus tôt que d\u2019habitude.Marie-Pier était encore en jupe.Elle portait une perruque.En voyant la porte s\u2019ouvrir, elle a arraché sa perruque et l\u2019a posée sur la table.Francine a éclaté de rire.« Depuis ce jour, elle accepte.C\u2019est là que j\u2019ai commencé à vivre 100 % en femme », raconte Marie-Pier.Un matin de septembre 2010, Pierre est devenu Marie-Pier au grand jour.Elle a cogné à la porte des voisins pour les avertir.« Je veux que tu saches que je vis présentement en femme.Je m\u2019appelle Marie-Pier, maintenant.» Certains ont été très compréhensifs.D\u2019autres n\u2019ont rien voulu savoir.Sa belle-mère de 81 ans, qu\u2019elle adore, a de la difficulté à l\u2019interpeller au féminin.« Elle m\u2019a vue pendant plus de 20 ans en homme.Elle a de la difficulté à comprendre, mais pas à accepter », dit Marie-Pier, la gorge nouée.Marie-Pier se trouve très chanceuse d\u2019avoir pu compter sur le soutien de ceux qu\u2019elle aime.Bien des transsexuels sont rejetés par leurs proches.« C\u2019est certain qu\u2019on a perdu des amis.Surtout des hommes qui ne peuvent pas s\u2019imaginer une situation comme celle-là.Pour eux, c\u2019est de s\u2019émasculer et c\u2019est affreux.» On a beau parler de plus en plus de transsexualité, certains mythes restent tenaces.Bien des gens croient à tort que Marie-Pier, comme d\u2019autres, a « choisi » de devenir une femme.« Mais quel homme voudrait être traité comme une personne de seconde classe ?Risquer de devenir la risée des gens ?Qui ferait ce choix-là ?» Un deuil, une renaissance Après avoir consulté des spécialistes, Marie-Pier a amorcé sa transition d\u2019homme à femme.Elle a commencé à prendre des hormones.Sa pilosité s\u2019est réduite.Sa peau s\u2019est adoucie.Francine, qui l\u2019a accompagnée pendant tout le processus, a été d\u2019un soutien extraordinaire, dit-elle.Elle l\u2019a aidée à se maquiller, à choisir des vêtements pour bien « passer » comme femme.« Je suis trahie par ma voix.C\u2019est mon plus gros défi », dit Marie-Pier qui prend des cours sur l\u2019internet pour apprendre à féminiser sa voix.Francine a bien sûr été déstabilisée au début par la soudaine sortie du placard de Marie-Pier.Mais la découverte de sa condition identitaire a aussi renforcé la complicité déjà solide du couple.Une complicité qui n\u2019était pas basée sur la sexualité.Elles étaient deux âmes soeurs.Elles le sont toujours.Aujourd\u2019hui, Francine a fait le deuil de Pierre.Elle ne peut même plus imaginer voir Marie-Pier en homme.Marie-Pier a subi une vaginoplastie le 30 avril.Elle s\u2019est aussi offert en même temps une augmentation mammaire (une opération qui n\u2019est pas remboursée par le gouvernement).Je l\u2019ai revue lundi dans le jardin de la maison de convalescence du Centre métropolitain de chirurgie plastique, à Montréal, seul endroit au pays qui se spécialise dans les changements de sexe.Tirée à quatre épingles, plus radieuse que jamais.« Je ne ressens pas de perte, mais une grande libération.Je me sens complète, authentique.» Marie-Pier dit que le Dr Pierre Brassard lui a sauvé la vie, comme il sauve la vie de tous les patients dans sa condition.« Avant, on m\u2019aurait dit : \u201c Tu crèves demain \u201d, ça ne m\u2019aurait absolument rien fait.» Ce n\u2019est plus le cas.À 64 ans, Marie-Pier a l\u2019impression de renaître.La transsexualité expliquée par une psy 5 questions à la psychologue Françoise Susset, présidente de l\u2019Association canadienne des professionnels de la santé transsexuelle De quoi s\u2019agit-il ?Les personnes transsexuelles sentent carrément qu\u2019elles sont nées dans le mauvais corps et qu\u2019elles doivent le modifier pour appartenir à la case qui correspond à leur identité sexuelle.Pour la majorité des gens, il n\u2019y a aucun conflit entre le sexe biologique et l\u2019identité sexuelle, logée dans le cerveau.On se reconnaît dans son corps d\u2019homme ou de femme, de fille ou de garçon.Pour les personnes transsexuelles, cette identification se fait à l\u2019opposé du corps.Comment l\u2019expliquer ?La transsexualité se déclare à un très jeune âge, à partir de 2 ou 3 ans.Mais il se peut qu\u2019on mette 60 ans avant de définir ce malaise.Les recherches penchent vraiment dans le sens d\u2019explications biologiques plutôt que vers des facteurs extérieurs comme l\u2019influence parentale.Peut-on y changer quelque chose ?On ne peut pas influencer la transsexualité, pas plus qu\u2019on ne peut influencer l\u2019homosexualité qui émergera à la puberté.Mais on peut réprimer, nier complètement cette possibilité, ce qui créera des effets problématiques.Il est important de respecter l\u2019expression de genre de l\u2019enfant.Qu\u2019est-ce que la dysphorie du genre ?C\u2019est la souffrance associée à un corps qui ne correspond pas à l\u2019identité sexuelle.Les études démontrent que les traitements médicaux sont extrêmement efficaces pour la soulager.1 2 3 4 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 4 ENJEUX LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 12 MAI 2012 LE TABOU TRANSSEXUEL Changer des sexes, sauver des vies Depuis la controverse autour de Jenna Talackova, Miss Univers transsexuelle, le Dr Pierre Brassard, l\u2019un des chirurgiens les plus réputés dans le monde pour les opérations de changement de sexe, n\u2019a jamais été aussi sollicité par les médias d\u2019ici et d\u2019ailleurs.« Ça appelle de partout ! » Le chirurgien a refusé toutes les demandes d\u2019entrevue, soucieux que les reportages soient faits avec sérieux et dans l\u2019intérêt de ses patients.Ce n\u2019est malheureusement pas toujours le cas.Le sujet suscite trop souvent des railleries et des reportages sensationnalistes.Même dans le milieu de la santé, la condition transsexuelle demeure méconnue.On croit encore à tort que les personnes transsexuelles ne font qu\u2019assouvir un fantasme.Au moment d\u2019amorcer leur transition, plusieurs doivent affronter le rejet de leur famille et de leurs collègues.« Si chaque lecteur pouvait rencontrer une personne transsexuelle, passer du temps avec elle, il verrait que ce sont des gens normaux qui ont besoin de soins comme tout le monde.» Le Dr Brassard, qui est plasticien, fait aussi des interventions esthétiques « ordinaires ».Mais ce sont les soins aux personnes transsexuelles (plus de la moitié de sa pratique) qui lui donnent l\u2019impression d\u2019être le plus utile, de soulager une souffrance profonde.« La société devrait voir en ces gens des personnes extrêmement courageuses.» Après l\u2019opération, il n\u2019est pas rare que des patients reconnaissants serrent le chirurgien dans leurs bras.Certains l\u2019invitent à leur mariage.Ils lui disent très souvent qu\u2019il leur a sauvé la vie.Rien que ça.5 S\u2019agit-il d\u2019un trouble de santé mentale ?Il s\u2019agit d\u2019un problème médical, et non d\u2019un problème mental.Le corps ne correspond pas à la personne.Donc, pour résoudre le problème, on modifie le corps avec des hormones et des opérations.Le traitement n\u2019est pas une psychothérapie.Les spécialistes remettent sérieusement en question le fait que le trouble de l\u2019identité sexuelle a été inscrit sous la rubrique des maladies mentales dans le DSM (la « bible » des psychiatres américains).Des problèmes anxieux et dépressifs associés à la dysphorie du genre ou à la transphobie peuvent toutefois apparaître.Malheureusement, tant que la dysphorie du genre figure dans la rubrique des maladies mentales, les gens s\u2019en servent pour justifier la discrimination envers les personnes transsexuelles et transgenres.Ils se disent : « Ce sont des malades mentaux.» 41 % des transgenres ont fait au moins une tentative de suicide 1,6 % dans la population en général (Source : National Center for Transgender Equality) D\u2019homme à femme \u2013 Vaginoplastie Intervention plus simple que la phalloplastie Durée : deux heures Le Dr Brassard et son équipe utilisent la technique d\u2019inversion pénienne en une étape.La peau pénienne est inversée comme un gant après une incision en dessous du pénis.On crée une cavité vaginale.Le clitoris est fabriqué à partir de la peau sensible du gland.Résultat : Extrêmement réaliste.« Il y a même des docteurs qui s\u2019y méprennent.» \u2014 Le Dr Pierre Brassard PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll ENJEUX 5 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 12 MAI 2012 ENJEUX SARA CHAMPAGNE Le Dr Guillaume Langlois ne s\u2019en cache pas : il trouve que les médecins sont trop payés.Au lieu de demander constamment des primes supplémentaires, il estime que les omnipraticiens devraient revendiquer des ressources afin de mieux soigner leurs patients et d\u2019éviter l\u2019épuisement professionnel.«Quand j\u2019en parle avec mes confrères, au moins un médecin sur deux me dit que, avoir su, il aurait fait un autre travail.Ce n\u2019est pas normal de devoir pousser soi-même une civière ou de chercher une salle avec de l\u2019équipement pour un malade.Mais c\u2019est notre réalité.Et c\u2019est sans compter les infirmières.Chaque fois que je fais un tour de garde aux urgences, des infirmières pleurent à cause des heures supplémentaires obligatoires ou du manque de personnel », déplore-t-il.Un chat trône au beau milieu de la grande table de la salle à manger pendant que le Dr Guillaume Langlois explique que sa dernière fête d\u2019Halloween a attiré 2000 personnes au village.Il s\u2019attend à quelque chose d\u2019encore plus gros pour Sainte-Gertrude, l\u2019automne prochain.L\u2019homme de 31 ans a refusé une clinique clés en main pour s\u2019installer dans la région de Bécancour et devenir un médecin de village, il y a quatre ans.Son revenu a chuté de 20 à 30% depuis, mais la qualité de sa pratique n\u2019a pas de prix, dit-il.D\u2019habitude, les médecins reçoivent leurs patients ou les professionnels de la santé dans leur cabinet.Pas lui.Il avait donné rendez-vous à La Presse chez lui, sur le terrain d\u2019un ancien centre d\u2019archerie médiévale, où les villageois peuvent se réunir pour des fêtes.Avant de faire visiter la coopérative, il a tenu à expliquer la différence entre sa pratique et celle des grandes villes comme Montréal, où il a étudié et travaillé.«Dans les deux premières semaines qui ont suivi l\u2019ouverture de la clinique au village, j\u2019ai décelé une vingtaine de cancers.Ce n\u2019était pas des cas d\u2019urgence, mais des cas qui nécessitaient le suivi d\u2019un médecin de famille.J\u2019ai vu aussi beaucoup d\u2019insuffisance cardiaque, des gens avec de l\u2019eau sur les poumons, d\u2019autres qui souffraient de dépression en silence.Ces gens-là, je les croise ensuite à l\u2019épicerie, au dépanneur.Je connais le fils de l\u2019homme à qui j\u2019ai annoncé qu\u2019il a un cancer.Je fais de l\u2019équitation à l\u2019écurie de l\u2019un de mes patients.On ne peut pas soigner tout croche, ici, il y a une responsabilisation, une proximité.» CHOISIR LE PATIENT SARA CHAMPAGNE Le Dr Guillaume Langlois est convaincu qu\u2019il y aurait une « dépression collective » dans son village si la coopérative devait fermer ses portes.Il a l\u2019intention d\u2019assurer la continuité, mais pour y parvenir, il lui faut du soutien administratif, une infirmière praticienne et d\u2019autres médecins de village pour grossir les rangs de sa pratique.«On n\u2019a pas atteint le dixième de ce qu\u2019on veut », dit-il.À l\u2019heure actuelle, ce sont des bénévoles qui voient à la gestion de la coopérative.Les surplus de la clinique sont retournés dans la communauté, et ont servi notamment à éclairer la piste de ski de fond.Un jour, espère-t-on à Sainte-Gertrude, il y aura une piscine municipale.Des terrains de tennis et de volleyball, aussi.«L\u2019objectif est d\u2019améliorer la santé de notre population, explique le médecin de village.Il faut traiter les problèmes de santé à la base.» Afin d\u2019atteindre ses objectifs pour son village, le Dr Langlois mène un autre combat, cette fois pour que la coopérative devienne un groupe de médecine de famille (GMF) accrédité par le gouvernement.Actuellement, elle ne répond pas aux normes établissant qu\u2019un GMF moyen doit desservir environ 15 000 patients inscrits, regrouper 10 médecins, 2 infirmières à temps plein qui assurent une présence de 70 heures par semaine et 2 personnes affectées au soutien administratif.Il y a deux semaines, le Dr Langlois a obtenu une rencontre avec un conseiller du ministre de la Santé, Yves Bolduc.On lui a dit qu\u2019on allait voir comment on peut faire une entorse à la loi pour que sa coopérative obtienne l\u2019accréditation et des ressources supplémentaires.Mais rien n\u2019est gagné.Et c\u2019est la communauté qui doit continuer de tenir sa coopérative de santé à bout de bras.Le mode de survie du Dr Langlois JOURNAL D\u2019UN MÉDECIN DE VILLAGE Le Dr Guillaume Langlois, de la Coopérative de solidarité santé de Sainte-Gertrude, à Bécancour.PHOTOS STÉPHANE LESSARD, LE NOUVELLISTE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 6 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 2 M A I 2 0 1 2 ENJEUX SARA CHAMPAGNE Nicole Désilets a aujourd\u2019hui une cicatrice qui couvre une bonne partie de son dos, mais elle s\u2019en fiche.Elle est vivante.Sans les soins de son médecin de village, elle n\u2019est pas certaine qu\u2019elle serait là aujourd\u2019hui pour raconter son histoire et prendre soin de ses deux enfants.La jeune mère célibataire de Sainte-Gertrude s\u2019apprêtait à s\u2019envoler pour une semaine au chaud quand elle a eu l\u2019idée d\u2019aller consulter le Dr Langlois pour qu\u2019il lui enlève un kyste sur une omoplate, juste à l\u2019endroit des bretelles de bikini.«Ça ne piquait pas, ça ne faisait pas mal, raconte-t-elle.C\u2019était plus pour une question d\u2019esthétique qu\u2019autre chose, je ne trouvais pas ça beau.» Grâce à sa salle pour les interventions mineures, le Dr Langlois n\u2019a pas eu à la diriger vers un spécialiste de Trois-Rivières ou de Nicolet.Il a enlevé lui même le kyste, et a acheminé un échantillon au laboratoire pour analyses.Quelques jours plus tard, la femme dans la jeune trentaine a appris qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un mélanome.Il fallait l\u2019opérer dans les plus brefs délais, car il s\u2019agissait d\u2019un cancer très envahissant.Elle est maintenant en rémission.«Mon chirurgien m\u2019a expliqué qu\u2019habituellement, le cancer est généralisé quand il y a des symptômes, explique Mme Désilets.J\u2019ai été vraiment chanceuse.J\u2019aurais probablement laissé faire à cause de la complexité de voir un spécialiste si on n\u2019avait pas eu le Dr Langlois au village.Je lui dois beaucoup.» Le Dr Langlois explique qu\u2019il s\u2019accroche à son type de pratique grâce à des histoires comme celle de Mme Désilets.«Dans certaines régions de l\u2019Europe, on commence à rémunérer les médecins en fonction de leurs soins et suivis afin de prévenir la maladie chez leurs patients.Je pense qu\u2019on devrait commencer à voir la médecine de cette façon chez nous.» Sauvée in extremis AVANT L\u2019ARGENT Le Dr Langlois côtoie ses patients au quotidien dans le village, une proximité qui l\u2019oblige à davantage de rigueur, estime-t-il.Un chemin de campagne mène à la coopérative de santé.Un bâtiment modeste, mais flambant neuf.Le Dr Langlois le regarde avec fierté comme s\u2019il s\u2019agissait du nouveau centre de recherche du CHUM, au centre-ville de Montréal.Il explique que la deuxième phase des travaux va bientôt commencer.Un agrandissement est prévu, qui permettra l\u2019aménagement d\u2019un centre de conditionnement physique, d\u2019un local pour la physiothérapie et d\u2019un autre consacré aux services du CLSC, telles les campagnes de vaccination.La salle d\u2019attente de la coopérative est spacieuse, très claire, mais aucun patient n\u2019attend pour obtenir une consultation sans rendez-vous.« Je ne veux pas que les patients attendent comme des chiens à 4h du matin devant la porte de la clinique, dit-il.On a choisi d\u2019appeler nos patients quand vient leur tour.C\u2019est plus humain.» Si la pratique de ce médecin de village semble idéale, elle se heurte cependant à des écueils.Quand le Dr Langlois a décidé de s\u2019installer à Sainte-Gertrude, on a exigé qu\u2019il fournisse 2 millions pour acheter la clinique.Évidemment, le jeune médecin tout juste sorti de l\u2019Université de Montréal n\u2019avait pas cette somme.Il a lancé un cri du coeur dans une lettre ouverte.Les villageois ont soudain retroussé leurs manches pour garder leur médecin, les élus municipaux aussi, de même que les entreprises du parc industriel.La Ville de Bécancour a épaulé le Dr Guillaume Langlois en préparant le devis de construction.Un don de 100 000 $ a été versé pour la première phase de la construction, et 88 000 $ seront versés à l\u2019automne pour la deuxième phase.«Le Dr Langlois est un de ces rares médecins qui ont vraiment à coeur leurs patients, explique le directeur général de la Ville, Gaston Bélanger.Nous étions tannés d\u2019attendre après l\u2019État.Mais il y a un piège là-dedans, parce que nous faisons le travail que le gouvernement devrait faire.» «Dans les deux premières semaines qui ont suivi l\u2019ouverture de la clinique au village, j\u2019ai décelé une vingtaine de cancers.» «Je ne veux pas que les patients attendent comme des chiens à 4h du matin devant la porte de la clinique.» llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 2 M A I 2 0 1 2 E N J E U X 7 ZOOM LE KAMIKAZE MIS À NU Le cerveau Ibrahim Hassan Tali al-Asiri L\u2019homme de 30 ans est décrit comme le principal artificier d\u2019Al- Qaïda.Cette semaine, les autorités américaines ont indiqué que la bombe au coeur du complot d\u2019attentat aérien est semblable à celle que portait Umar Farouk Abdulmutallab en décembre 2009.Elle serait l\u2019oeuvre, croient les autorités, d\u2019Ibrahim Hassan al-Asiri ou de l\u2019un de ses élèves.L\u2019artificier avait été donné pour mort en septembre dernier après l\u2019attaque de drone qui a tué l\u2019imam Anwar al-Awlaki, mais l\u2019information avait été démentie.L\u2019imagination morbide des terroristes n\u2019a de limite que celle de la technologie.Après avoir détourné des avions avec des couteaux de précision et caché des explosifs dans des chaussures et un caleçon, ils seraient maintenant capables d\u2019insérer une bombe à l\u2019intérieur du corps humain, de façon à la rendre indétectable par les scanneurs des aéroports.Faudra-t-il un jour fournir une radiographie abdominale pour pouvoir monter dans l\u2019avion?JUDITH LACHAPELLE Dans le ventre du passager Classique Le duo détonateur-explosifs est désormais plus complexe que les bombes classiques qui font tictac.Les nouvelles bombes \u2013 faites de penthrite additionnée de peroxyde d\u2019acétone pour provoquer l\u2019explosion \u2013 ne contiennent aucun métal, ce qui les rend plus difficiles à détecter par les appareils de sécurité des aéroports.Six méthodes pour transformer un humain en bombe La menace terroriste est constante, et l\u2019industrie de la sécurité aérienne est florissante.Des milliards se brassent pour perfectionner l\u2019art de la fouille.En ce moment, les grands aéroports sont équipés de scanneurs corporels qui peuvent «voir » sous les vêtements, mais pas sous la peau.Scanneur à rétrodiffusion Il émet de faibles doses de rayons X provenant d\u2019un rayonnement électromagnétique ionisant.Aucun aéroport canadien ne l\u2019utilise.Scanneur à ondes millimétriques Des fréquences radio de faible intensité sont projetées vers le sujet.Les ondes radioélectriques sont réfléchies à partir du corps et des objets dissimulés sur le corps, ce qui produit une image tridimensionnelle.Celle-ci est analysée par un agent installé dans une pièce séparée.Jusqu\u2019où faudra-t-il aller?La firme Morpho Detection utilise la «résonance quadripolaire» pour détecter des molécules particulières, comme la penthrite.La technique utilise des fréquences radio pour «exciter et détecter les atomes spécifiques des matières explosives»; si l\u2019onde radio émise est renvoyée, il est très probable que la molécule recherchée se trouve dans l\u2019objet balayé.La résonance quadripolaire permet aujourd\u2019hui d\u2019inspecter les chaussures sans qu\u2019on ait à les enlever, mais elle pourrait être adaptée pour observer tout le corps.D\u2019autres entreprises travaillent à des scanneurs à faible émission de rayons X pour détecter les implants suspects sous la peau.Passeport, carte d\u2019embarquement, radiographie ?Liquide En 2006, les services de renseignement britanniques découvrent un plan pour introduire des explosifs liquides sur plusieurs vols à destination des États-Unis et du Canada.Des bouteilles de jus contenant divers peroxydes auraient été mélangées avec d\u2019autres composantes pour obtenir une bombe.Subtile Après le 11 septembre 2001, on s\u2019est mis à fouiller les passagers de la tête.aux chevilles.C\u2019est la faille qu\u2019a exploitée Richard Reid, dit le terroriste à la chaussure (shoe bomber), pour apporter ses explosifs à bord d\u2019un vol d\u2019American Airlines Paris-Miami.La penthrite était cachée dans les semelles de ses chaussures.Intime Le 25 décembre 2009, avant de prendre le vol 253 de Northwest Airlines Amsterdam-Detroit, le Nigérian Umar Farouk Abdulmutallab, 23 ans, a déjoué les services de sécurité en cachant une bombe à la penthrite.dans son caleçon.Une fois à bord, il a tenté de faire exploser l\u2019engin, mais il a plutôt mis le feu à ses vêtements.Intrusive Glissés dans le rectum ou le vagin pour échapper aux contrôles de sécurité, les explosifs peuvent être ensuite soit évacués, soit actionnés à distance par un détonateur.En 2010, le patron des services secrets saoudiens a presque été tué par la bombe que portait Abdullah Asiri, frère de l\u2019artificier Ibrahim Asiri.Selon certaines suppositions évidemment difficiles à vérifier, l\u2019explosif aurait été inséré dans le rectum d\u2019Abdullah Asiri et déclenché à distance à l\u2019aide d\u2019un téléphone portable.PHOTO AFP PHOTO GRAPHIC NEWS Ibrahim Hassan Tali al-Asiri Scanneur à ondes millimétriques Scanneur à rétrodiffusion Chirurgicale Quelque part entre l\u2019estomac, le foie et l\u2019intestin (ou dans la poitrine des femmes), il y a assez de place pour implanter un engin explosif suffisamment gros pour causer des dégâts \u2013 même si le corps du kamikaze absorbera la plus grosse partie de l\u2019explosion.Cette possibilité a encore été évoquée il y a deux semaines par le réseau américain ABC, citant des sources américaines et européennes qui craignent que les terroristes aient ce plan en tête.Sources : Santé Canada, Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, The Atlantic, Slate.com, ABC News, Graphic News.9 septembre 1949 Le premier attentat terroriste mortel dans un avion a été commis.dans le ciel de Charlevoix.Albert Guay, 31 ans, cherchait un moyen de se débarrasser de sa femme, Rita, pour pouvoir vivre avec sa maîtresse.À bord du vol de la Canadian Pacific Airlines entre Québec et Baie- Comeau se trouvait donc la femme de Guay, qu\u2019il avait envoyée sur la Côte-Nord pour affaires, ainsi qu\u2019un colis piégé introduit par une complice.L\u2019explosion près du village de pêcheurs de Sault-au-Cochon a causé la mort de 23 personnes.Albert Guay et ses complices ont été jugés et pendus, et l\u2019histoire a inspiré l\u2019auteur Roger Lemelin pour Le crime d\u2019Ovide Plouffe.PHOTO REUTERS llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 8 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 2 M A I 2 0 1 2 "]
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