Comoedia : organe du théâtre français à Montréal, 1 janvier 1920, décembre
PER C-466 p curt S VOLUME I No I G ' COMOEDIA Organe du theatre français à Montréal MONTREAL 14 DECEMBRE 1920 Prix: 10 SOUS 'PACE 2 COMOEDIA 14 DEC.1920 CE QUE L'ON JOUE A PARIS.Il semble que la guerre a rendu les directeurs très timorés.11 y a très peu de créations et l'on se contente de jouer des pièces dont le succès fut autrefois éprouvé.A part quelques nouveautés qui nous sont interdites, ce sont les pièces que nous avons vues et que nous voyons sur nos scènes montréalaises Au théâtre français : "Le Marquis de Priola", "Les affaires sont les affaires", la "Marche Nuptiale", "Paraître", "La Parisienne".A l'Opéra Comique: "Carmen", "Les noces de Figaro", "Les Contes d'Hoffman", "Mme Butterfly", "Lakmé".A l'Odéon: "Le légataire universel", "Le fils de Giboyer".Et dans les autres théâtres du boulevard ou du boulevard extérieur: "La Fille du tambour-major", "La Rafale", "Arsène Lupin", "Les nouveaux riches", "Michel Strogoff", "Rip", "Une faible femme".Il est pourtant des pièces que nous aurions, j'en is certain, plaisir à voir bien qu'elles soient déjà lusieurs années.C'est d'abord "Phi-sa quatrième année de succès jour- naliers et dont les airs se fredonnent à tous les carrefours.Nous aimerions aussi entendre "Clo-Clo" qui s'essaye à vivre aussi longtemps que "Phi-Phi" ; "l'Ecole des Cocottes", qui n'a rien de trop leste malgré son titre.Que le "Canadien" la monte cette saison et nous lui assurons un gros succès et moins de critiques que pour ces "innovations" de Brieux.Petit à petit les 5pectacles dits "d'après-guerre", qui avaient motivé l'intervention au sénat de M.de Lamazelle, disparaissent parce que le public ne s'y amuse plus.Il y a encore: "L'amour en Folie", "Le Couvent des Caresses"."Prostituée", "T'auras pas sa fleur", "L'amour à la Pacha"._ ?_ JALOUSIE Donc, c'est toi, jeune enfant, qui dois m'as-sassiner ?C'est toi qui dois plonger dans le sein que tu aimes, le premier coup méchant, la flèche empoisonnée, dont la blessure immense à jamais restera.La raison ne peut pas être ma conseillère, car mon mal est de ceux qu'on ne raisonne pas.Oui, on ne peut me prouver que je suis insensé, que mon mal est fictif, qu'il est imaginaire; je ne le croirai pas : je veux rester jaloux.Malgré toutes les preuves que j'ai de ma puissance, malgré tes pleurs sincères et tes serments émus, ta lèvre sous ma lèvre, tes cheveux qui m'entourent ainsi qu'une tunique, malgré tes mots d'amour, je suis jaloux de toi.Je n'ai pas oublié ta facile conquête.Aussi, fruit si tentant, qui borde la grand'route, ce fruit qu'est ton amour, que j'ai cueilli ainsi, en courant, sans même y prendre garde, j'ai peur que dans la chambre fermée par des verrous où je t'ai mise loin des mains étrangères, j'ai peur qu'on ne te prenne et que ce fruit volé soit dévoré par d'autres qui aussi en ont le droit.Un jour viendra peut-être où je serai guéri.Je t'aurai protégé contre les coups méchants et tout en combattant, ô fragile cristal, ma ma main aura chaudement entouré le dessin harmonieux de tes hanches jolies.Mais voulant te presser après la lutte rude, je briserai tes formes, ô coupe merveilleuse et magique, et, jamais plus alors, nul ne boira la vraie liqueur d'amour et l'extase infinie que l'on boit dans ton verre ! ARZIBILLA.François 1er dit un jour à Triboulet: "Si quelqu'un ose te tuer, je le fais pendre un quart d'heure après.— S'il vous plaisait, Sire, de le faire pendre un quart d'heure avant?" répliqua le fou. 14 DEC.1920 COMOEDIA PAGE 3 C O M OE D I A Journal du théâre français à Montréal PARAISSANT CHAQUE SEMAINE, LE MARDI Publiée et imprimée par L'IMPRIMERIE des EDITEURS, (limitée) 36 a rue Notre-Dame ouest E.de la BATUT, Directeur.PEUT-IL Y AVOIR UN THEATRE CANADIEN ?Voilà à ce propos ce qu'écrit M.le docteur Cho-quette dans la Presse : "Le sujet, l'intrigue, les personnages ne vaudront, dans un drame ou dans un roman, que si l'imagination de l'auteur les a conçus conformes au milieu où l'action doit se dérouler, tout comme s'ils existaient en réalité.Car ce n'est plus alors l'auteur qui pense ou parle, c'est le personnage lui-même, avec les idées et les sentiments, avec le verbe et les mots, propres au rôle qu'il remplit." Il écrit encore ceci : "C'est que, pour éclore et vivre, voyez-vous, il doit, lui, trouver sa chaleur, sa sève et son souffle dans la chaleur et le souffle même de ce peuple; c'est-à-dire dans ses passions, ses enthousiasmes, ses souvenirs, le développement de sa culture ou le raffinement de son esprit.Si ces éléments manquent, les motifs d'inspiration manquent : il n'y a plus de théâtre." Voilà des paroles sensées.Ce sont des principes énoncés en termes lapidaires qui devront inspirer à l'avenir tous les jeunes écrivains canadiens que le théâtre tente et qui veulent faire mieux que leurs prédécesseurs.Je pense en effet avec le Dr Choquette qu'il faut que le public canadien revive, sur la scène des situations qu'il comprend et dont il puisse deviner les motifs et les développements.Ceci fait, on comprend bien que ce public ne pourra s'émouvoir que s'il peut sans effort transposer les actes des personnages et leur façon de réagir dans le domaine de son expérience journalière.Il ne pourra vraiment vibrer qu'au contact d'enthousiasmes et de passions qui sont celles des hommes de sa race.Voilà, en d'autres termes, ce que pense le Dr Choquette.Je crois qu'il a pleinement raison.D'ailleurs l'étude des théâtres anciens et modernes nous le prouve.Mais lorsqu'il soutient que le terne de notre vie empêche l'auteur dramatique canadien de trouver des sujets de pièce, je crois qu'il manque de clairvoyance sur nos possibilités théâtrales au pays.Je crois au contraire qu'il peut y avoir un théâtre canadien, car un peuple jeune comme le nôtre est mûr pour cette sorte de littérature.Le public ca- nadien peut donc être assuré d'avoir bientôt un théâtre à sa portée et qui soit littéraire.Soutenir que le Canada n'offre pas de types comme ceux du théâtre français, c'est être ignorant du travail de généralisation qui permet à l'écrivain né, à celui qui a des yeux "qui savent voir", de camper un marchand canadien, un avocat, un homme d'affaires, un docteur dans lequel chacun reconnaisse un docteur, un avocat de la vie quotidienne.C'est vouloir retirer sans raison plausible des qualités de brio, de cocasse bon sens à nos jeunes ouvrières des villes et des traits de verdeur et de sincérité à nos matrones du faubourg, que de dire que "la femme de chez nous ne joue pas de rôle suffisamment personnel et généralisé dans la vie canadienne pour servir de modèle à des auteurs dramatiques canadiens".Il n'en est rien, car chez nos Canadiennes il y a des traits de caractère bien distinctifs qui ne sont pas ceux de l'Anglaise ni de l'Américaine et encore moins de la Française.D'ailleurs un exemple prouvera que j'ai raison.Pensez-vous que s'il fallait adapter les pièces du répertoire français aux moeurs canadiennes et si l'on voulait y camper des personnages féminins avec une mentalité canadienne, il ne faudrait pas changer complètement l'intrigue et bien souvent aussi le dénouement de toutes ces pièces de dramaturges illustres ?Qu'un auteur chez nous ait réussi à écrire une pièce canadienne et qu'il soit justement un étranger au pays, rien d'étonnant à cela car il a fallu comprendre le goût du public et non pas essayer de faire comme l'ont fait beaucoup d'autres avant lui du théâtre "parisien".Aussi paradoxal que cela paraisse, seul, un étranger, devait s'évader de cette tentation de copier trop servilement les dramaturges français.Il a donc fait, le premier à Montréal, évoluer ses personnages dans un cercle un peu moins restreint que celui qu'on appelle le milieu "bien parisien" ou le milieu "vieille France" dont seuls les lettrés de chez nous ont une vague idée.N'allez pas en conclure que je réclame l'abolition d'un théâtre purement français à Montréal.Je ne demande pas non plus qu'on fonde un théâtre subventionné où l'on ne jouerait que les drames canadiens de Paul Gury.Ma conclusion est tout autre.Seulement le succès de l'auteur des Dopés et du Mortel baiser me fait dire qu'il y a de beaux jours pour les écrivains canadiens qui voudront s'essayer à présent dans la carrière d'auteur dramatique.Le public est en effet mûr pour un théâtre de son goût, un théâtre qui soit le miroir des moeurs et de la mentalité canadiennes et non la manifestation d'une civilisation qu'il ignore encore.E.de la BATUT. PAGE 4 COMOEDIA I4T)EC.1920 LAISSEZ VENIR A NOUS LES JEUNES Messieurs les artistes-amateurs trouveront ici bon accueil.Nous leur ferons tout l'espace nécessaire pour se mettre en évidence.Les cercles paroissiaux, les organisations privées, les sociétés collégiales pourront par l'intermédiaire de Comoedia communiquer au public leurs tentatives d'art, leurs premiers pas dans la carrière, leurs gestes — encore incertains — d'acteurs en herbe.Laissez venir à nous les jeunes ! Nous seconderons leurs efforts, nous apprécierons au mérite leurs travaux, nous réjouissant toujours de leurs succès.Les "séances" du collège ou du cercle ont une influence très grande sur l'esprit des jeunes — et même des vieux — c'est comme l'école primaire de la culture artistique qui se perfectionne et se complète au théâtre.Apportez-nous des programmes, des notes, des appréciations autorisées.Nous nous ferons un plaisir — un devoir même — de les publier.ARISTOPHANE._ * _ LA TECHNIQUE DU THEATRE L'AMATEURISME Le siècle est à l'amateurisme.On trouve l'amateur partout, dans les arts, dans les sports, dans les métiers même ! Le comédien amateur est-il nécessaire ?Est-ce une bonne chose que de jouer la comédie en amateur?Aux deux questions, nous répondons franchement: oui.De tous les arts d'agrément, le théâtre est certainement le plus intéressant, le plus absorbant, le plus divers.Son exercice, étant soumis au contrôle public, excite l'amour-propre.On se surveille beaucoup plus lorsque des centaines d'yeux observent les moindres de vos gestes.La nécessité d'apprendre des rôles, parfois très longs, discipline la mémoire et la développe.Lorsque vous jouez des pièces bien écrites, chaque répétition est en quelque sorte, pour vous, un petit cours de littérature.Pour remplir convenablement vos rôles, vous devrez apprendre à marcher avec grâce, à saluer sans raideur, toutes choses utiles dans la vie courante.Enfin, et surtout, vous vous trouverez en contact avec de bons camarades; vous vous délasserez en leur compagnie de.vos travaux quotidiens, et vous procurerez un plaisir à vos connaissances.Oui, c'est une bonne, une excellente chose que de jouer la comédie en amateur.Et, partant, le comédien amateur est nécessaire.Il est nécessaire, parce qu'il donne le goût du théâtre au lieu de nuire à celui-ci, comme beaucoup le prétendent à tort.Il est nécessaire parce que, grâce à lui, les habitants de petites localités, dépourvues de tout divertissement, pourront passer de temps en temps quelques heures agréables.Il est nécessaire parce que, servant de pionnier à la littérature dramatique moderne, il en fait connaître les beautés à des gens que leur situation, leur âge, leurs occupations, empêchent d'aller les entendre dans les théâtres en renom.Amateurs ! jouez la comédie, jouez le drame.Vous choisirez des pièces propres, saines, que tout le monde puisse entendre.Pas de mots grossiers, pas d'intrigues équivoques.Ainsi vous ferez bonne et profitable besogne.Du reste, si le comédien amateur n'était pas nécessaire, son théâtre aurait depuis longtemps disparu ; or, au contraire, il est plus vivant que jamais.Les sociétés se développent, s'agrandissent ; des concours encouragent les bonnes volontés.Amateurs ! jouez la comédie, jouez le drame, la farce.la saynète; dites des monologues et chantez des chansons, mais.mais.Ne prenez pas l'amateurisme pour le marchepied du théâtre.Vous êtes amateurs, demeurez amateurs.Ne risquez pas de perdre le fruit de longues années de travail, en vous lançant à la conquête d'une gloire très hypothétique.Nous aurons l'air de rabâcher en vous disant qu'au théâtre il y a énormément d'appelés et presque pas d'élus.Oh ! certes oui, presque pas.Et si vous connaissiez tous ceux que nous désignons sous le nom d'appelés, vous pourriez constater qu'ils sont nombreux chez eux, les artistes que jamais personne n'appelle.Demeurez amateurs, ne vous laissez pas griser par un succès, qu'au fond, vous n'avez peut-être pas toujours mérité.VILLARD._ * _ Au temps des rois de France, la grande dame, costumée de cottes de satin ou de damas, de robes d'or à frisure d'argent, avec diamants, saphirs, perles enroulés dans sa chevelure blonde ou retombant sur la collerette de dentelle, se faisait accompagner dans les chevauchées sous les bois en fleurs par le cavalier en pourpoint de soie, l'épée au côté, la toque de velours étincelante de pierreries et surmontée d'une plume blanche: époque de courtoisie galante jusque dans le costume. 14 DEC.1920 COMOEDIA 'PACE 5 CE QU'ILS DEVIENNENT.Nous avons cru que pour ceux qui depuis la fondation du théâtre français à Montréal s'intéressent aux acteurs qui les ont divertis ou émus, il serait amusant de suivre, soit en France ou ailleurs, ce que ces idoles du théâtre sont devenues.Ce sera donc l'objet de cette rubrique.Nous serons reconnaissants à tous les acteurs qui viennent de France, de New-York ou de Londres de nous renseigner eux-mêmes.Quelques-uns de nos comédiens qui occupèrent toute la faveur du public sont peut-être à présent dans une petite ville de province en France où le journalisme ne les atteint plus, mais desquels nous aimerions cependant entretenir nos locteurs., D'autres, rentrés dans la vie ordinaire, entretiennent des correspondances suivies avec leurs anciens compagnons.Nous demandons à ceux-ci de nous en faire part.Et nous ferons mentir le proverbe qui veut que 'Ton oublie vite ceux qui nous ont amusés" et que rien n'est plus éphémère que "la gloire théâtrale".On remarquera que nombreux parmi les acteurs et actrices qui furent fêtés ici sont ceux qui sont morts.Ils étaient pourtant en pleine jeunesse et il y a à peine dix ans de cela ! Il faut croire qu'au théâtre on meurt jeune.C'est vrai; tristement vrai.Parmi ceux que nous ne reverrons plus, il faut citer : Mme Servany, Mlle de Luys, M.Cauvin, Mlle Flavie d'Orange, M.René Ravaud, M.Marcel Fleu-ry, M.Grasset, M.Béchade.Quelques-uns ne sont pas partis bien loin en quittant Montréal.Voici la liste de ceux qui sont actuellement à New-York: Faure, Roussillon, Mlle Dartigny, M.Robi, ilenadeut, Flateau, Reaucourt, Doucet.A Chicago: d'Escoubés, qui donne des leçons de diction et qui a renoncé au théâtre! Qui se doute que M.et Mme Bonzellis sont "dans le commerce" à Saint-Hyacinthe?On se souvient cependant d'eux et nous serions contents si "Comœdia" vient leur apporter cette assurance et cette petite joie de se souvenir.Se rappelle-t-on de Mlles Ninove et Bienfait, des MM.Lefrançois, Casset, Goubé, Nangis, Scheler, Neuillet, Fertinel; de Mlles Francine Vasse, Du-mestre, Ducange, Claude Ritter, Guiraud, Magda Simons, Dane, Vérande, Patrice, Cazeneuve, Deri-court, Samson, Mery; de MM.George Leclerc, Georges Collin, Delferrière ; Mlles Verneuil, Gan-drille, Bonal, Labrie, Lucie de Matha; Mlle Va-rennes, M.Henrion, M.Delville, Mlle Meurville, Dumaine, M.Pierre Laurel, Perny, Prad, Mlle Lucy Marsoll, Mlle Robert, M.Granier, Fréjuste, Mlle Blanche David, Mlle Perreault, Mlle Briant, M.Brai, M.Gille?*_ * _ • VENALITE DE LA PRESSE Dans la presse française, les hommes de pensée sont au service des hommes d'argent.Ils sont payés par eux, suggérés par eux, dirigés par eux.Quels sont ces hommes d'argent et ces hommes de pensée ?Sauf de rares et honorables exceptions, ce sont des individus douteux, intelligents mais immoraux, qui n'ont pu réussir dans d'autres professions, et qui se servent du journal pour s'enrichir et pour jouir.Le directeur d'un grand journal n'est le plus souvent qu'un impresario sans scrupule qui, pour son .propre compte et pour celui de spéculateurs, recrute une troupe d'amuseurs publics.Ces amuseurs sont choisis sans autre loi que le bon plaisir de la direction.Ils se divisent en deux groupes: les chroniqueurs sont commis au soin de fournir des idées et des sensations au public : les reporters ont la charge d'aiguiser et de satisfaire sa curiosité.Sous prétexte de liberté, la presse française est livrée à l'anarchie.Cette institutrice de la nation n'a guère plus de moralité qu'une racoleuse des rues au service d'un souteneur enrichi, et elle est à coup sûr moins surveillée.Avant tout il faut gagner Ce l'argent; si la publicité honnête vaut moins que le chantage, on emploiera le chantage; si la vérité attire moins que le mensonge, on mentira sur toutes les lignes; si l'écrivain obscène a plus de clientèle que l'écrivain honnête, on emplira le journal de pornographies variées; si l'appel aux passions, si ia calomnie, si l'injure fait monter le tirage, on traînera dans la boue, on écorchera sans scrupules tous les hommes publics.(Revue Bleue.) Nos bons journaux diront avec un petit air candide: "Seigneur, nous vous rendons grâces, de ce ¦ que nous ne sommes pas comme ceux-là." On rapporte qu'un galant homme de la cour du roi François se vantait fort de ses bonnes fortunes."Vous êtes bien heureux, Monsieur, dit sa femme qu'il ne croyait pas si près, d'avoir mystifié ainsi tant de pauvres maris ; pour moi, je n'ai jamais pu en tromper qu'un seul." L'amour est toujours éternel quand il commence ; il ne devient provisoire que lorsqu'il meurt. PAGE 6 COMOEDIA H DEC.1920 DE LA SENSIBILITE Il semble bien que la plus admirable des facultés humaines et la plus puissante soit la sensibilité.Tout homme, à moins d'être un monstre, est sen-snble, en ce sens que la connaissance d'une idée ou d'un objet peut l'impressionner ou l'émouvoir.Nous sommes tous accessibles, par exemple, à la joie et à la douleur, l'intensité des sensations ou des sentiments variant avec le tempérament, bien entendu.Mais tout homme possède-t-il une sensibilité active, en quelque sorte, créatrice, qu'il puisse trouver à l'instant où il lui faudra la manifester?— Non.Tout homme placé en face d'autres hommes poulies émouvoir a-t-il fatalement en lui les moyens d'y réussir?— Nous ne le croyons pas.Or, c'est seulement de la manifestation de la sensibilité que nous avons à nous occuper ici.S'il est indispensable d'être ému pour émouvoir, encore faut-il à la sensibilité cette qualité particulière qui lui permet d'obéir à la volonté et à l'imagination.Cette disposition est rare, il ne faut pas se le dissimuler.Les grands acteurs le seraient moins, et les grands orateurs aussi.On admettra sans peine que vouloir indiquer le moindre procédé ici serait rabaisser l'art qui nous occupe au plus odieux des métiers.Il n'y a qu'un seul acheminement: il faut croire; c'ei^t le seul moyen de faire dire à la foule ces mots caractéristiques: "Il a bien l'air d'y croire." Qu'on n'aille donc pas objecter que l'étude de l'expression est une école de dissimulation; elle est précisément le contraire, à moins d'admettre que dans tout art l'effort vers la vérité n'est qu'un mensonge.Tout ce qui est convention est haïssable.Il n'y a pas d'inflexions de voix particulières, il n'y a pas de gestes particuliers dont il faille se soucier dans l'expression des sentiments, quels qu'ils soient.Ne visez donc qu'à la sincérité.Si vous pouvez parvenir à vous émouvoir, ceux qui vous écouteront seront émus eux aussi.Est-il besoin d'ajouter que nous donnons au mot sensibilité son sens absolu?La joie est du domaine de la sensibilité comme le désespoir, la mélancolie comme la haine._ ?_ L'on compte à Montréal 80 cinémas où il se débite deux fois par jour les plus amorales inepties américaines devant plus de CENT MILLE PERSONNES de langue française.Ne pense-t-on pas que cette vaste campagne d'éducation populaire finira pas détacher complètement notre peuple de ligieuses?Que fait tout ce temps notre prétendue classe dirigeante?Lui aussi ¦ ¦ Un certain M.Moulin Le Coq, raconte Talîe-mant des Réaux, écrivait si mal qu'on ne pouvait déchiffrer son écriture.Un jour lui-même y fut pris.Voulant se relire il n'en put venir à bout.— Que je suis fou, s'écria-t-il, de m'obstiner après ce grimoire.Ce n'est pas à moi de le lire; mais c'est l'affaire à celui à qui je l'envoie.CONSEILS A UN JEUNE ROMANCD3R Avant d'écrire un roman, sache à quel genre tu te voueras.Fuis le roman historique qui exige de longues recherches.Crains la psychologie : elle réclame une intelligence que tout le monde n'a pas.Renonce d'abord à la satire: elle procure des ennemis.Délaye en trois cents pages une histoire d'amour.C'est si joli, les histoires d'amour ! Raconte comment tu as épousé ta femme, ou de quelle façon ta mère a trompé ton pauvre père.N'aie pas peur d'étaler toutes les moindres aventures.N'oublie pas les turpitudes des gens chez qui tu dînes.Les bons critiques parisiens s'écrieront : "Voilà de la vie !" Arrange-toi comme tu voudras.Ton livre ne doit avoir ni plus ni moins de trois cents pages.Plus long, il ferait dire: "quelle barbe!" Plus court: "ça manque de souffle".Méfie-toi des idées générales.Laisse-les à Paul Bourget, qui s'en tire.Toi.tu n'en sortirais pas.Admire tous tes confrères.Donne du mon-cher-maître à tes aînés.Ils seront académiciens avant toi.Fais des visites, beaucoup de visites.Tu auras peut-être le prix Goncourt.Je ne te parle ni de la composition de ton livre, ni du style ni de la syntaxe.Je ne suis pas si bête.___* _ HISTOIRE D'UNE PETITE TORTUE QUI NE VOULAIT PAS DORMIR Ils étaient six dans la caisse du milieu qu'on nomme intérieur, c'est-à-dire au complet.Le premier avait sur la tête un bonnet de soie noire; le second, une casquette de voyage; le troisième avait un foulard ; le quatrième portait encore son chapeau ; le cinquième, des cheveux vigoureusement crépus; le dernier ne portait rien.Pour combattre la monotonie des longs voyages en boîte fermée, celui-ci avait pris un livre, celui-là sa tabatière ; l'un avait pris un journal, l'autre un air bête.Le n° 4, l'homme au chapeau, s'amusait à ôter son dit chapeau pour le mettre au filet qui garnit le plafond des diligences, puis à la replacer sur son front, puis \4 DEC.1920 COMOEDIA 'PACE 7 à le rendre au filet.Il donna à ce touchant spectacle un bon nombre de représentations; enfin, quand il fut à peu près constaté qu'il savait jouer avec son chapeau, il le laissa dans le filet.Pour se distraire, le voyageur aux cheveux crépelés, le n" 5, avait pris lui, quoi?Une petite tortue.Il paraissait l'aimer beaucoup et préférer même sa conversation à celle du plus aimable commis-voyageur.Avec la nuit, le sommeil vint aux habitants de la diligence.Morphce a ceci de commun avec son paronyme Orphée, que parfois il fait comme lui de la musique; quelquefois même, aux théâtres lyriques, on les voit en présence.Le soir dont nous parlons, les parois de l'intérieur résonnèrent d'une rymphonie à cinq voix ronflantes, dont le Conservatoire lui-même eût été jaloux; bientôt, séduit par cet harmonieux exemple, le voyageur à la tortue parut vouloir le suivre.— Ils sont là cinq basses formidables, dit-il à sa compagne; je vais peut-être faire le dessus qui manque.Allons, toi, ma mignonne, tu vas aller dans ton dortoir rêver des champs de la patrie.Ce disant, le n° 5 mit sa tortue dans la poche de sa redingote en lui souhaitant une bonne nuit.Il commençait un songe qui lui montrait la première représentation de la Jeunesse des mousquetaires, quand il se sentit un grand froid au cou.Il sortit brusquement du théâtre, pour voir ce qui entravai: la représentation, c'est-à-dire qu'il porta la main à sa cravate : il vit alors ciue la tortue avait quitté son dortoir; ce froid, c'était celui de la tête de l'animal qui cherchait à se distraire de son insomnie.Il remit la tortue dans sa poche en lui faisant un peu de morale, et entreprit un deuxième rêve ; cette fois, il setrouvait à la première représentation de Monte-Christo.On applaudissait, quand tout à coup quel-cue chose d'aigu lui entra dans l'oreille."Aïe ! s'écria le voyageur, c'est un sifflet!" Et il s'éveilla.Ce n'était pas un sifflet, mais la tortue, dont l'in-comnie continuait."Il est cependant bien l'heure de dormir, mauvaise petite.critique, dit le voyageur à sa compagne; où te fourrerai-je bien?" Il £e rappelle alors le chapeau de son vis-à-vis suspendu au filet, il lève le bras, et loge l'indiscrète dans le chapeau.Cette fois, il se rendort pour un quart d'heure : on ignore ce qu'il voit en songe, quand quelque chose tombe lourdement sur ses genoux et le réveille en sursaut.C'est la tortue.— Demain, ma chérie, lui dit-il en la remettant dans le chapeau, je m'informe des choses qui sont le plus désagréables à ton espèce, et je te les procure, tu peux t'apprêter.Mais il n'a pas le temps de refermer les yeux : la chérie lui retombe sur les genoux.— Je change d'idée, continua-t-il ; demain, à mon premier repas, je meurs d'envie de manger un bon bouillon de tortue désagréable et je compte sur toi pour le fournir.En attendant, veillons ensemble ta dernière nuit, malheureuse.Aux premières lueurs de l'aube, la tortue repentante dormait paisiblement entre les bras de son maître, et celui-ci allait peut-être l'imiter, quand l'aurore lui montra d'un de ses doigts de rose le chapeau de son vis-à-vis.Ce chapeau était radicalement défoncé, et le fond pendait d'une façon tragique et consternée.— Voilà une oeuvre de tortue que je soumettrai à messieurs de l'Institut, se dit le voyageur en regardant alternativement l'homme au chapeau et la chérie, tous deux dormant comme père et mère.Mais que va dire ce monsieur qui paraissait tant aimer son chapeau?La diligence était arrêtée à un relais, le voyageur aux cheveux crépus était descendu le premier, quand il vit venir à lui son vis-à-vis, le chapeau à la main.— Monsieur, je veux vous parler, disait l'homme au chapeau.— Couvrez-vous donc, mon cher compagnon.— Monsieur, vous avez fait une farce indigne ! — Ah ! vis-à-vis, m'en croyez-vous capable?Ma tortue, je ne dis pas, mais moi ! Ah ! le voisin !.—Alors, monsieur, vous répondez de cette farce indigne ! Voyez-vous mon chapeau?— Oui, très bien ! Voulez-vous le mien?— Mon chapeau était neuf de la tête aux pieds, monsieur; j'ai le droit d'en exiger un tout neuf.— Qu'à cela ne tienne, n° 4, j'en ai un sur l'impériale, il est neuf; je vais vous le faire servir.On retira d'entre les bagages un étui à chapeau que le voyageur crépelé ouvrit avec une clef.Il en retira un beau feutre qu'il présenta gracieusement à son compagnon.— Tenez, il doit vous aller comme un gant.— Ah ! par exemple, dit le mécontent en disparaissant sous le feutre jusqu'au menton, c'est un cirque romain que votre chapeau ! — Alors, dites-moi ce que vous voulez ; voulez-vous ma tortue?Elle a bien des talents.— Saperlotte ! répétait l'infortuné n° 4 en retournant le feutre dans ses mains.Ah! mais, ah ! mais, il me va à ravir; jamais, non jamais je n'ai été si bien coiffé ! Et dans sa joie le voyageur retenait à deux mains le chapeau à la hauteur de ses sourcils.C'est que le pauvre n° 4 venait de lire écrit dans la coiffe ce nom adoré : Alexandre Dumas.— Allons, j'en suis enchanté, dit le n" 5; maintenant, remontons en voiture ; vous me laisserez faire un somme et je vous ferai ensuite l'histoire de ma tortue.EDOUARD PLOUVIER.( La Bûche de Noël) PAGE 8 COMOEDIA 14 T)EC.1920 CHRONIQUE DRAMATIQUE AU CANADIEN Les Avariés — Le Cri du Coeur — Maternité Le théâtre Canadien donne cette semaine de décembre trois pièces.Il faut croire que ce surcroît de travail que les directeurs-acteurs s'imposent sera récompensé par l'affluence du public.Sans être prophète je prévois que beaucoup de gens qui ont vu Schauten dans Les Avariés, la saison dernière, voudront le revoir cette année.C'est une de ses belles créations.Il jouait gros jeu lorsqu'il "osa" cette pièce.Il a réussi.Ce fut même le point de départ d'une campagne anti-vénérienne qui a rallié à présent tous les suffrages.Certains lui reprochent d'y avoir aussi trouvé sont intérêt.Quel mal à cela?Il le méritait.Suffit-il donc qu'on réussisse au pays pour qu'aussitôt vos amis de la veille vous traitent de mercantilisme et qu'ils se rangent du côté des envieux qui n'ont d'autres ennemis que ceux, peu nombreux au théâtre, qui font de l'argent?La soirée de lundi fut intéressante et si le public se rend en aussi grand nombre les autres soirs, on pourra dire que cette reprise des Avariés venait à propos.Il faut dire que nulle part mieux qu'au Canadien on ne donna à cette pièce l'interprétation qui lui convenait.Lombard dans le docteur sait prêter au rôle son pouvoir de conviction et de sérieux.Schauten est tout simplement le mari, tel que l'a campé Brieux.Durand fut un beau-père vraisemblable, très près de nous.Le père c'est Godeau.L'élève, Guimond.La mère, interprétée par Vhéry, fut émouvante et sincère.La fille c'est Mado Ditza.L'ouvrière fut interprétée par Mlle Jane Max que nous voyions pour la première fois dans les Avariés.L'épouse: Mlle Martha Thierry; la nourrice: Mlle Jeanne Roll.Coeur à Coeur est une pièce de Romain Coolus que nous avons déjà vue à Montréal mais que public aimera à revoir.C'est un bon et honnête spectacle.Maternité a déjà fait couler des flots d'encre à Montréal.Je n'aime pas la pièce et j'ai dit à la deuxième représentation que "seuls les hommes" devraient être autorisés à l'aller voir.Il paraît que cela est impossible.Nos Eves montréalaises s'y rendront donc en grand nombre bien qu'on ait écrit que "cette pièce sur l'avortement n'était pas pour elles un spectacle moral".Mais, comme toujours, l'attrait du fruit défendu .J.N.AU NATIONAL T'es ben fin ! de M.André Descart."Au mois de décembre, disent les directeurs, il faut faire flèche de tout bois." Il faut donc croire que c'est pour cela que la direction du National donne cette semaine la première revue de la saison.Nous avons dit lors de la revue de Christe au Canadien que le National était mieux partagé qu'aucun autre-théâtre à Montréal pour monter une revue convenable.Nous sommes, après cette représentation de T'es ben fin, exactement du même avis: la troupe d'opérette et de drame musical du National a tous les éléments pour nous donner une bonne revue avec des chanteurs, des danseurs, des costumes, des décors et même (cela dépend de l'auteur) quelques scènes drôles.La revue qu'on nous a donnée hier nous a cependant un peu déçue.L'auteur qui, paraît-il, avait depuis deux ans cette revue dans ses cartons, eut dû la rajeunir, l'adapter à chacune des personnalités comiques du théâtre National et élaguer sans pitié un dialogue qui est trop souvent monotone et poncif.Il y avait pourtant au 1er tableau un début bien amené.Certains m'ont fait remarquer qu'il n'était pas nouveau.Il y a en effet dans toutes les revues du Gayety une scène dans la salle.Cela est peut-être vrai, mais qu'importe; c'était drôle et nous étions décidés à lui faire crédit puisqu'il nous avait amusés.Donc, au 1er tableau, le régisseur annonce qu'il n'y a pas de compère, puis on s'aperçoit qu'il n'y a pas de commère, et puis ensuite qu'il y en a trop ! Heureusement, Mme Maubourg apparaît dans l'entrebâillement d'une fenêtre.On ne voit que sa silhouette qui se découpe en ombre chinoise.Descart chante agréablement une sérénade et Maubourg apparaît et elle chante, elle aussi.Madame Maubourg enlève ce premier tableau parce qu'elle a gardé la voix jeune que nous avons toujours aimée et parce qu'elle la conduit avec art et un charme infinis.L'auteur nous demande notre indulgence en un couplet final où il annonce que la revue va commencer.Nous lui accordons sincèrement cette indulgence.Il avait donc gagné la première manche.C'est d'abord Pellerin qui chante deux chansons 14 DEC.1920 COMOEDIA PAGE 9 sentimentales qui eurent du succès et une petite chansonnette du répertoire Mayol qui souleva l'enthousiasme.Il faut le dire, Pellerin est un bon chanteur.Il aurait dans les chansons du regretté Fragson un succès en France comme il en a un à Montréal.Il parle parfaitement l'anglais, il est gracieux et il a de la voix.Gauthier, dans sa chanson du terroir, a eu aussi une ovation méritée.L'auteur lui doit certainement une bonne partie de son succès.Gauthier, cependant, en son imitation du vieux f ranc-parler du pays, manque de diversité : sorti de "en toutt" et "icitte", son vocabulaire du terroir semble assez restreint.Le troisième tableau nous conduit rue Sainte-Catherine.On y parle des trustards, de l'exportation, du Boche, etc.On croirait lire une page de l'éditorial d'un de nos gros journaux.C'est peut-être très utile; ce n'est pas drôle.Castel, dans un rôle peu comique, nous a fait rire, cependant.Les quatrième et cinquième tableaux se passent au Parc Lafontaine.Il y a quelques duos d'amour entre Descart et Maubourg, les danses gracieuses des Sunny Sisters, Mallet dans "l'aviateur" et le "juif", Castel dans le "Censeur", Delcroix dans "Landru" et le "Détective", Barthus dans "Le petit char", Simonne Roberval dans la "Toune", Delbil dans le "Marseillais", Mme Devoyod dans 1' "Entrave", etc., etc.En définitive une bonne volonté évidente de tous pour faire rendre à la revue ce qu'elle était capable de rendre.Mais, comme dit l'autre, cette revue eût mérité d'être revue et corrigée.Jacques NORMAND.AU FAMILY Au Clair de Lune Ce n'est pas une revue.Je ne m'en plains pas, car nous avons eu l'année dernière trop de revues qui ne valaient pas grand'chose.Donc ce n'est pas une revue mais c'est une bonne comédie musicale.C'est une aventure d'amour qui conserve son unité tout le long de la pièce musicale de M.Armand Leclaire.La musique est pimpante et gaie.En d'autres endroits elle est finement sentimentale.Dans ces genres de spectacle on a l'avantage de pouvoir choisir les airs que l'ont veut et il n'en manque pas de charmants en Amérique comme en France et l'on ne doit craindre que d'avoir manqué de goût.Ce ne fut pas le cas de la musique choisie par M.Leclaire.Ce sont des couplets qui chantent et que tout le monde fredonne.Cette comédie musicale a su mêler quelques épi- sodes inspirés par des événements récents et c'est ce qui explique que l'auteur ait désigné Au Clair de Lune sous la mention : revue.Mais les scènes les mieux venues sont celles qui ne sont dues qu'à la fantaisie de l'auteur et son goût pour les situations délicatement poétiques comme celles de ses deux Pierrots, du Chemineau, etc.Les décors des cinq actes sont jolis.On a bien fait les choses.C'est clair, c'est réjouissant à l'oeil.La fumerie d'opium du dernier acte est très bien reconstituée.L'interprétation est très satisfaisante.M.Desmarteau a une jolie voix d'opérette et je ne m'étonne pas du succès qu'il a, paraît-il, auprès des compagnies de gramophones qui se l'arrachent à prix d'or.Mme Bella Ouellette est savoureuse et bien étoffée.Elle nous a donné une très émouvante Mrs.Mac-Sweeny.L'auteur qui joue le rôle de MacSweeny a obtenu des applaudissements très mérités car il n'a pas manqué d'envolée dans les tirades patriotiques.On ne pourrait leur reprocher que d'être un peu trop violents en ces temps où l'on prêche l'apaisement et l'union.Il convient de féliciter également MM.Duquesne qui a de la ligne et une voix mâle sympathique, M.Lefrançois, Lefebvre; Mmes Gauthier, Alys, Berty et la petite Simone.C'est en définitive une jolie comédie musicale qui vaut le voyage au théâtre de l'ouest.Jean PICARD.AU CHANTECLERC C'est la seconde semaine de Becman au Chan-teclerc et si l'on en juge par les recettes que fait la direction, il est fort probable que ce n'est pas la dernière.On avait essayé déjà de retenir le brillant artiste avant qu'il n'aille au National.Il faut croire que les directeurs seront plus heureux cette fois.Ces trois délicieux actes de Francis de Croisset ont été fort bien interprétés hier soir, devant une salle comble, par les artistes de M.Valhubert, qui ont prouvé une fois de plus, qu'ils n'étaient pas dépaysés dans la haute comédie moderne.Les rôles étaient bien sus et la mise en scène bien au point.L'intrigue de la pièce déjà très captivante, était encore plus intéressante grâce à une distribution dont M.Edgar Becman, l'excellent comédien, était la vedette.M.Becman fut très applaudi et il était fort bien secondé par MM.Valhubert, Cercy, Hamel, Préville, Page et Saint-Georges, et Mmes Rey-Duzil, Verteuil, Kosta, Berthault, Rolland et Lucrezia.C'est un des beaux spectacles de la saison.Jean PICARD. 'PACE 10 COMOEDIA 14 DEC.1920 COMÉDIENS os FARCEURS M.Ltçouvé, de l'Académie Comment comprendre que toute une classe d'hommes, dont le talent est une de nos gloires, soient parqués dans leur profession comme les Juifs nu moyen âge dans leur Ghetto?Quoi ! la croix d'honneur est accessible à tous les états; aux industriels, aux savants, aux artistes, aux commerçants, aux employés même ! Il suffit d'être arrivé à un ministère pendant vingt ans à la même heure, d'avoir été vingt ans un homme médiocre à la même place, pour pouvoir prétendre à la décoration.On décore tous ceux qui touchent de près ou de loin aux théâtres, et on refuse de décorer ceux qui représentent les pièces de théâtre, c'est-à-dire ceux qui les font vivre ! Que leur reproche-t-on ?De ne pas être d'assez bonne maison?Qu'on me montre donc une grande famille qui puisse citer parmi ses aïeux trois noms pareils à ceux-ci : Molière, Sophocle et Shakespeare ! Ils ont le tort, dit-on, d'exposer leur personne même aux sifflets ! Que font donc les orateurs, les candidats politiques, voire même les conférenciers?On répond que si les hommes publics se produisent en public, du moins, eux, ils s'y présentent tels qu'ils sont ! Ils ne se travestissent pas ! ils ne se masquent pas ! Travestissements ! masques ! Ah ! que je voudrais pour beaucoup que tous les travestissements de ce monde fussent aussi innocents que ceux des artistes dramatiques, et que les gens si fiers de ne jamais marquer leur visage fussent un peu moins prompts à masquer leur âme ! Voilà les comédiens, qui foni vraiment injure à la dignité humaine ! Vous, hypocrites, qui prenez le masque de la piété ! Vous, fripons, qui prenez le masque de la probité ! Vous, égoïstes, qui prenez le masque du dévouement ! Vous, enfin, vous, qui prenez tous les masques, courtisans de tous les gouvernements et de tous les régimes ! C'est vous qui faites une terrible concurrence aux comédiens, surtout dans l'emploi des valets ! Car, au moins, les acteurs ne jouent, eux, ces rôles-là qu'accidentellement, et que quelques heures par jour.mais vous, c'est toute l'anné?, c'est toute la journée que vous les remplissez ! Jetons donc de côté une bonne fois pour toutes, ces vieux restes de préjugés ! Proclamons tout haut ou'il n'y a plus que deux sortes de métiers: les métiers honnêtes et le3 métiers déshonnêtes; qu'il n'y a pius que deux sortes d'hommes, les coquins et les braves gens ! Et ne lançons pas l'anathème sur ure profession d'où sortent, non seulement les interprètes du génie, mais les auxiliaires de la charité ! Quand il éclate quelque grande catastrophe publique ou privée, quels sont leo premiers à la générosité de qui on fait appel, ou plutôt quels sont les premiers qui s'offrent toujours?Les artistes dramatiques et lyriques ! Il ne s'est pas fait en France, une bonne oeuvre, une fondation utile, un grand acte d'humanité où les artistes n'aient été volontairement les contribuables les plus imposés de ce budget de l'aumône ! Comment oublier ce qui se passa à Paris, dans notre cher Paris, pendant ce siège qui, en dépit des envieux et des ingrats, restera l'honneur de la France !.Qu'étaient devenues nos actrices?des infirmières ! Nos théâtres?des ambulances ! Nos acteurs?des soldats ! Je ne puis me rappeler sans une émotion profonde qu'ici dans cette salle, rentra un jour, les membres brisés par un obus, un pauvre garçon de vingt-cinq ans, et qu'il expira au bout de quelques jours dans ce foyer où il avait si souvent répété ses rôles ! Ah ! on le décora alors !.On attacha aux rideaux de son lit de moribond la croix d'honneur comme une consolation dernière, et comme le juste prix de son sang et de sa vie.Mais cette vie, de quel droit la lui avez-vous prise s'il n'était pas citoyen comme vous?Voilà, messieurs, l'argument sans réplique.Les comédiens sont nos égaux devant le service militaire, devant les impôts, devant toutes les charges publiques, devant la justice ; nous ne pouvons pas les excommunier de l'égalité qui couronne et consacre tous les autres : l'égalité devant l'honneur ! " • Extrait de Comédiens et comédiennes) _ * _ Le meilleur acteur est celui qui sait le mieux contenir, dans les limites de la vérité et de la simplicité, la plus grande variété et la plus grande souplesse des gestes et des attitudes.Les mauvais comédiens sont semblables à ces oratsurs ou à ces prédicateurs qui récitent des discours ou des sermons très préparés : leur physionomie reste neutre ou incertaine parce que c'est la mémoire seule qui dicte les phrases et qu'il n'existe pas de mécanique qui puisse suppléer à une émotion vraie et à la sincérité de la pensée.Dars l'art du comédien comme dans tous les autres arts, il y aura toujours des professionnels cui borneront leurs efforts à l'observation, au métier, à la virtuosité; par ces seules forces, ils pousser t leurs oeuvres beaucoup plus loin que les pâles pirateurs ou les emballés sans talent et cela est fort heureux ; mais il s'est rencontré des hommes exceptionnel oui ont su combiner dans des proportions admirables l'habileté de l'exécution et l'exaltation de leur propre sensibilité. 14 DEC.1920 COMOEDIA PAGE 11 PROPOS DE THEATRE Se faire jouer à Montréal.Il y aurait un théâtre purement canadien si les écrivains au pays étaient certains de se faire jouer un jour.Combien parmi eux ont en effet un pièce qui jaunit en leurs cartons.Elle y restera probablement encore longtemps car peu de directeurs sont prêts à risquer de faire une semaine "maigre" lors-qu'avec des pièces éprouvées du répertoire français, ils ont presque toutes les chances de faire une bonne moyenne.Il y aurait cependant une solution : obtenir une subvention de la province pour avoir un théâtre en majeure partie canadien.Ne pourrait-on pas tenter dans ce sens des démarches sérieuses auprès de monsieur le Président du Conseil?L'antique noblesse de sa maison et le riche patrimoine de valeurs intellectuelles dont il est l'héritier ne permettent-ils pas de compter beaucoup sur lui pour réaliser pleinement une oeuvre de haute culture française?Noblesse oblige.La rose et l'étoile sur deux épées en sautoir feraient bien comme blason au frontispice d'un théâtre national.En attendant, les directeurs, quels qu'ils soient, font à chaque nouvel auteur qui vient leur proposer de se faire jouer la proposition commerciale suivante: "Assurez-moi mes frais: salaires, peintres, publicité, chauffage, éclairage et je vous jouerai autant de semaines que vous voudrez.Tous les bénéfices seront pour vous." Il paraît que même les plus assurés du succès de leur oeuvre ont refusé une offre pourtant si raisonnable.Le théâtre vécu de Sacha Guitry.Lorsqu'on nous annonce que Schauten a l'intention de jouer "La Prise de Berg-op-Zoom", il est intéressant de lire ce que Clément Vautel pense du théâtre vécu de l'auteur chéri des Parisiens.Dans sa nouvelle comédie, Je t'aime, M.Sacha Guitry continue à nous faire des confidences sur son existence personnelle.Ces confidences deviennent même très indiscrètes.C'est un spectacle évidemment très intéressant.Nous les avions vus, à l'acte précédent, en train de manger.Et je m'attendais à les contempler, à l'acte suivant, dans leur salle de bains.Je craignais même d'autres "confidences".Les grands hommes, comme Louis XIV, n'ont rien à cacher.Tout est beau, tout est noble chez eux, et le roi-soleil, sur sa chaise-percée, restait majestueux.Quand M.Guitry aura un enfant, il écrira une pièce sur ce célèbre loupiot.Nous verrons le petit Guitry téter en scène, — Yvonne Printemps sera charmante.Ah ! le voilà bien, le théâtre vécu ! Il y avait jadis, à Londres, un comédien célèbre qui, las de jouer des comédies en somme artificielles, décida de "jouer vrai".Il fit ouvrir dans un mur de sa maison une large baie devant laquelle furent disposés des fauteuils, des strapontins, des loges, etc.Le public fut admis h prendre place dans ce théâtre en plein air, moyennant finances, bien entendu.Et devant les spectateurs enthousiastes, le comédien se mit à vivre sa vie, tout simplement.Il mangeait, il buvait, il fumait sa pipe, il lisait son journal.Ce premier essai de théâtre naturel remonte au XVIIIe siècle : aussi les spectateurs les mieux placés ne payaient-ils qu'un shelling pour voir le grand acteur éternuer ou pour l'entendre ronfler.M.Sacha Guitry demande plus cher.Tout augmente ! Le démon du jeu.Un de nos acteurs qui jouait gros jeu avec ses camarades et qui perdait assez régulièrement vient de trouver, paraît-il, le moyen de parier "à coup sûr".Il parie cinq piastres, avec le premier cabot venu, d'absorber, sans en être incommodé, une chopine de sublimé.Le pari tenu, on se rend, avec le parieur, dans une pharmacie.On entre en coup-de-vent et on demande, d'un air égaré, un flacon de sublimé.Le pharmacien vous dévisage avec inquiétude, pince les lèvres, remplit une petite bouteille et vous la remet contre la somme de cinquante sous.Une fois sorti de la boutique, vous pouvez hardiment déboucher la fiole et avaler le contenu sans hésiter.Il y a neuf chances sur dix pour que ce soit de l'eau pure.Evidemment, il y en a une pour que ce soit vraiment du sublimé, mais les $4.50 de boni valent bien qu'on risque le coup.Louis Verneuil et Paul Gury.Il paraît que Paul Gury, quand il fit paraître, lors des représentations des Esclaves Blanches, son pamphlet maintenant classique : A Mon cher Public, s'inspira, pour répondre à ses détracteurs, d'un pamphlet identique à celui que Ls Verneuil, l'auteur de Daniel, adressa à la critique parisienne il y a quelques mois.Ce sont les mêmes arguments ou presque.Ce sont ceux qu'invoquait Molière qui soutenait que le public est le meilleur juge.Louis Verneuil et Gury disent, eux, que le montant de leurs 'PACE 12 COMOEDIA 14 DEC.1920 recettes est un motif suffisant pour persévérer dans l'erreur que leur signale la critique.Voilà à ce propos ce que dit le Cri de Paris au lendemain de la première de Daniel au théâtre Sarah Bernhardt."La critique n'aime pas beaucoup M.Verneuil."Il n'a point de génie; mais il a surtout le tort de faire recette.C'est ce que ne lui pardonnent point ses juges.M.Verneuil les provoque d'ailleurs en leur jetant sans ménagement à la tête les chiffres de ses gains."Nos porte-férule affectèrent de ne venir à la répétition général de Daniel, que pour le troisième et quatrième actes, où paraissait Mme Sarah Bernhardt.Et comme leurs places avaient été prises, les princes du feuilleton durent se chamailler avec ies usurpateurs ou se contenter de strapontins." Théâtre populaire.On vient de fonder en France un théâtre dit "populaire".Le gouvernement a consenti à le subventionner.On a mis à la tête un des comédiens les plus cultivés; j'ai nommé Firmin Gémier.Le Théâtre Populaire comporte quatre branches : le théâtre proprement dit, drames et comédies; la musique, opéras, concerts ; le cinéma et les fêtes publiques.Pourquoi a-t-on adopté cette désignation de Théâtre Populaire?Le peuple n'aime point ce qui est intitulé : populaire.Il entend qu'on le traite au moins aussi bien que les marquis et juge désobligeant qu'on lui pré- pare des réjouissances à son usage.Les marquis, au contraire, et même les majestés, raffolent des plaisirs populaires, témoin Marie-Antoinette à Tria-non.Ce seront peut-être les snobs qui fréquenteront le plus assidûment le nouveau théâtre.Il eût mieux valu sans doute l'appeler : national.Une nouvelle pièce d'Henry Bataille.De nombreuses légendes circulent déjà sur cette oeuvre nouvelle, et l'auteur lui-même semble quelque peu gêné par cette publicité tapageuse.— On a annoncé des scènes orgiaques ; une femme nue offerte sur un plateau d'argent.Rien de tout cela.malheureusement, ajoute avec un sourire M.Henri Bataille.L'action se déroule en Espagne, au commencement du XVIIe siècle.C'est un drame d'amour et de séduction.Au premier acte, un jardin mauresque, au second, l'intérieur d'une église où l'on entendra les grandes orgues.C'est là que se déroule une scène pathétique entre M.André Brûlé et une jeune femme en train de prier.Au troisième acte, une taverne espagnole.Une musique de scène, due au compositeur Reynaldo Hann, souligne le texte.— Et, ajoute l'auteur, ma joie est complète de voir qu'on a monté la pièce dans un cadre évocateur.Et pendant qu'on répète le deux, M.André Brûlé a drapé sa pelisse, tel un noble hidalgo, et M.Henri Bataille, avec le long châle qui pend sur ses épaules, et son chapeau mou à larges bords, semble, lui aussi, quelque grand seigneur madrilène.L.C.ST-JEAN, Cie, Limitée 20 rue Notre-Dame ouest, Montréal 14 DEC.1920 COMOEDIA PAGE 13 MIEUX QUE DE LA BONNE VOLONTE Au début d'une entreprise, le promoteur d'une idée nouvelle reçoit assez souvent des promesses d'encouragement, ce qui n'est pas sans piquer son enthousiasme.Croyant que les bonnes volontés mises à son service se manifesteront au moment opportun, le débutant y va de sa belle confiance jusqu'au moment où il s'aperçoit qu'on ne l'a pas trompé, et que c'est bien de la bonne volonté qu'on lui a promise, RIEN AUTRE, car au moment de mettre en action les promesses faites, trop nombreuses sont les excuses pour s'y soustraire, et celui qui anticipait davantage se voit dans la difficulté de lutter seul pour la réussite d'une oeuvre qui comptait sur le concours de tous ceux qui étaient là à la première heure.Il faut MIEUX QUE DE LA BONNE VOLONTE ! A tous, on ne peut demander un appui financier, indispensable c'est vrai, mais à tous, on peut demander un appui moral, non moins indispensable ! Souventes fois, cet appui moral est le meilleur facteur pour obtenir et soutenir l'appuï financier.Que tous les amis de l'art sachent manifester la sincérité de leur culte, en accordant à une oeuvre qui tend à aider la diffusion "des arts", tout l'appui qui sera en leur pouvoir de donner: les moyens sont nombreux et à la discrétion d'un chacun, mais que l'on sache profiter de l'occasion offerte de faire cette propagande artistique déjà commencée par d'autres organes de publicité, et pour laquelle la Revue COMOEDIA ne sera pas la moins active.Aidons de tous les moyens à notre portée, cette oeuvre qui se met à la disposition de tous les artistes, de tous les arts, et qui est en même temps une question patriotique, puisqu'elle aidera à faire connaître notre pays et nos artistes.Ce qui toutefois, ne tend pas à en faire une oeuvre du terroir, car son objectif n'est pas de faire une propagande exclusivement réservée à une nation.L'art est international et aucunement régi par une question de géographie politique.Que l'encouragement de tous et de chacun soit pratique et constant, et non pas seulement un encouragement de mots vains.Que notre encouragement sincère soutienne l'enthousiasme et la persévérance de ceux qui aident à faire mieux connaître les arts et les artistes.Ayons MIEUX QUE DE LA BONNE VOLONTE ! Et à l'heure de mettre cette bonne volonté à exécution, soyons ce que nous avons promis d'être, sans excuses pour faire moins.Il faut MIEUX QUE DE LA BONNE VOLONTE r BOHEME.LE THEATRE A PARIS L'Oeuvre des athlètes, de Georges Duhamel, et le Maître de son coeur, par Paul Raynal.Deux pièces assez récentes, complètement différentes l'une de l'autre, très originales toutes les deux, et qui sont peut-être des chefs-d'oeuvre; ce que nous ne saurons qu'en 1960.UOeuvre des Athlètes fut joué à Paris, cette année, avant les vacances, par cette troupe du Vieux-Colombier dont on dit qu'elle ne ressemble à aucune et qui a fait tant parler, depuis un an surtout.Puisque c'est du George Duhamel, vous vous attendez, n'est-ce pas, à un drame poétique, symboliste, pessimiste, au demeurant très beau et rempli de talent?Eh bien, c'est une comédie très gaie, aussi gaie que les pièces de Molière, avec cependant cette amertume cachée que l'on croit découvrir sous les bouffonneries de Georges Dandin et même du Malade imaginaire.Je dis7 aussi gaie; il faudrait dire: gaie de la même façon que le Malade imaginaire.Je n'ai jamais rien lu qui ressemblât plus à du Molière que cette comédie moderne, très moderne.Cela est si évident d'ailleurs que tous les critiques, qui d'habitude ne s'accordèrent guère à formuler les mêmes jugements, ont reconnu l'influence de Molière dans l'Oeuvre des athlètes.D'abord, le sujet est le même que celui de Tartufe : un hypocrite, un intrigant qui s'immisce dans une famille, se fait adorer du père, qui en est parfaitement entiché ; du père, de la mère et des autres.Seulement Beloeuf, le Tartufe de la codémie de Duhamel, n'est pas u nhypocrite de religion : c'est un littérateur d'avant-garde, un arriviste qui veut "arriver" par les petites revues et les sociétés intellectuelles.Oh ! ne pensez pas que Duhamel, qui a fait partie du groupe "unanimiste", qui publie au "^Mercure", à la "Nouvelle revue française" et chez Figuière, veuille se moquer de tel ou tel groupe littéraire et décadent, de quelque infime héritier du symbolisme.Non ; et son Baboeuf est beaucoup plus philosophe qu'artiste.Mais tout cela importe peu, et que Duhamel ait (comme on le dit de Molière) fait une pièce à clef, si la pièce est bonne, nous nous en moquons.Et la pièce est bonne.Au début, le dialogue est un peu obscur, parce que trop vivant; "réaliste".Puis on s'habitue et tout devient très amusant.Les personnages vivent : le pharmacien, une sorte de Joseph Prud'homme, c'est M.Untel et sa femme, c'est la digne épouse de mon ami Ferdinand, et ainsi de suite.Le Maître de son coeur, maintenant.C'est un drame très serré, très émouvant, moins bizarre évidemment que l'Oeuvre des athlètes, puisqu'il a été joué à l'Odéon, mais très, très original.Comme PAGE 14 COMOEDIA 14 DEC.1920 dans le Voleur de Bernstein, il n'y a qu'une scène au II, entre deux personnages, mais je vous assure qu'elle a d'autres qualités que celle de Bernstein, qui avait tous les mérites scéniques que l'on voudra, mais qui était nulle littérairement.Trois personnages, les autres ne comptant que par rapport aux premiers.C'est le drame de l'amitié.Une femme, fatale, belle, coquette, méchante, comme les romanciers et les dramaturges nous disent que sont les femmes; cette femme, délicieuse et cruelle, essaie de briser l'amitié qui unit deux hommes, dont l'un, naturellement, est faible, et l'autre, fort.Elle est aimée du plus jeune, mais voudrait séduire l'autre.De là la grande scène de coquetterie, de colère, de tendresse et de défaite du II.C'est très beau, je vous assure, et cette scène vaut les plus belles et les plus pathétiques de Porto-Riche et de Bataille, il se trouve beaucoup de belles scènes dans Bataille.La femme est vaincue, mais, cette fois, c'est le hasard qui se mêle de la venger.Le plus jeune des deux amis (j'oublie son nom, appelons-le Jean, si vous voulez) Jean apprend de l'autre qu'il ne la trahira pas, mais que, tout en lui rendant sa maîtresse, il l'aime.Alors Jean se tue, et Pierre en vain a été maître de son coeur.Cela pourrait donc s'appeler: les méfaits de la volonté.Ce n'est pas neuf, cela, me direz-vous.Le sujet, non, je l'avoue; mais si vous connaissiez la pièce.Tout est dans l'exécution, dans le dialogue, qui est très fin, extrêmement subtil, et aussi juste, aussi vivant que le dialogue du plus grand dramaturge de notre temps, Georges de Porto-Riche.D'ailleurs, assez souvent, Raynal le rappelle.Ce n'est pas trop du "théâtre", et vous savez que du théâtre qui n'est pas du "théâtre", c'est charmant.Songez à Musset et à Jules Lemaître.Ne croyez pas pour cela que le Maître de son coeur ne soit pas intéressant.BERTHELOT BRUNET DR ALBERIC MARIN Quatre années de service dans les hôpitaux militaires vénériens en France et en Angleterre.Spécialité: Maladies de la peau, des voies uri-naires et syphilis.Consultations : le 2 à 5 heures p.m.et 7 à 9 heures p.m.291 SAINT-DENIS—Tél.Est 6958 Ma chère Amie, J'ai une couturière de Paris qui me fait toutes mes robes.Elle habille toutes les femmes chics de Montréal.Et, (et cela t'étonnera), elle est fort RAISONNABLE.Téléphone-lui.MADAME PROU 1916, rue Clarke St-Louis 1441 Comoedia est surtout un journal de théâtre.¦ Organe officiel de l'art à Montréal, notre revue n'est cependant attachée à aucune organisation scé-nique particulière et ne saurait subir d'autre influence que celle de ses directeurs.Nos colonnes sont ouvertes à toutes manifestations sincères de la pensée française; mais nous refusons d'avance l'expression d'opinions non motivées par les faits.Nous croyons à la liberté, non pas à la licence, à l'impartialité, non pas à l'intransigeance des idées fixes.Nous sommes des tenants de la vraie pensée française sans plus ni moins.LA DIRECTION.NOEL Si vous voulez passer un réveillon joyeux, allez tous à minuit AU CORDON BLEU Coin des rues Berri et Sainte-Catherine REPAS DE REVEILLON: $1.50 C'est le rendez-vous des artistes de Montréal Retenez vos places dès aujourd'hui par téléphone : EST 7842 Le cinéma immoral.On discute toujours en Allemagne sur la question de la censure appliquée aux films cinématographiques.Un projet de loi fut, on le sait, déposé sur le bureau du Reichstag.Au Japon, la chose est décidée.Une vague de morale sévit qui va faire contrôler sévèrement scènes et salles de cinéma.A Yokohama, les femmes et les hommes sont maintenant séparés dans les théâtres où règne l'écran.Fera-t-on de même en Allemagne?Le député Ende n'a-t-il point déclaré, lors de la dernière discussion sur ce sujet.brûlant, que la moitié des filles-mères en traitement dans les "maternités" de Munich avaient connu leurs séducteurs dans les salles de cinéma ! Aussi est-il question de mettre à l'étude un système de projection qui permettrait la visibilité aussi intense des scènes sur l'écrain tout en autorisant un certain éclairage de la salle.Mais alors les propriétaires des cinémas boches déclarent avec cynisme que cela diminuera considérablement leur clientèle.Qui l'emportera en la vertueuse Bochie? 14 DEC.1920 COMOEDIA 'PACE 15 CANADIEN-FRANÇAIS MM.Fred.Lombard et Chs.Schauten Dir.Props.Lundi 13 décembre et Mardi 14 décembre LES AVARIÉS Mercredi 15 décembre et Jeudi 16 décembre COEUR A COEUR pièce en 3 actes de ROMAIN COOLUS Vendredi 17 décembre et Samedi 18 décembre MATERNITÉ pièce en 3 actes d'EUGRNE BRIEUX Vu le caractère spéci 1 des deux pièces "LES AVARIÉS et MATERNITE" Les adultes seuls seront admis La direction prévient Le Public que le Règlement sera strictement observé.Matinée Dimanche 19 décembre JEAN-MARIE un acte d'André Theuriet LE CHAUFFEUR un acte de MAX MAUREY Myral, Dauriac, Godeau, Jacinïn, Guimond.Melle.Thierry Soirée Schauten, Durand Véry FAMILY GRANDE REVUE AU CLAIR DE LA LUNE par M.Armand Leclaire 5 ACTES TABLEAUX GRAND TABLEAU DRAMATIQUE "LE MARTYR" La Fumerie d'opium Les Pierrots, la Corriveau Le bègue et le sourd, aux States Philomène au Marché, etc.etc.etc.M.FRED.BARRY dans le Père Degroseillers 30 MORCEAUX DE CHANT GRANDE MISE EN SCENE LA TROUPE BELLA OUELLETTE direction Barry-Duquesne CHANTECLERC LE COEUR DISPOSE Comédie en 3 actes par F.de CRDISSET M.Edgar Becman dans Levaltier MM.Hamel, Valhubert, Cercy et Preville Mmes Rey-Duzil, Verteuil, Kosta, et Ber-thauc dans les principaux rôles.L 3[ J 'PACE 16 COMOEDIA 14 DEC 1920 THEATRE NATIONAL SEMAINE COMMENÇANT LUNDI LE 13 DECEMBRE T'ES BEN FIN revue en 4 actes et 5 tableaux par ^ J M.ANDRÉ DESCARTS ^ LE COMPÈRE: M.A.Descarts LA COMMÈRE Mme Jeanne Maubourg MM.CHARLES EMILE GAUTHIER, CASTEL.MALLET.DERBIL, DEL-CROIX, ROBERVAL SARGEL.Mmes S.ROBERVAL M.DEVOYOD, BARTHUS.RHEA-HARMANT 2o NOUVELLES CHANSONS CORPS DE BALLET 50 personnes et toute la troupe du NATIONAL en scène
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.