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Titre :
Le terroir : revue de l'École littéraire
Revue littéraire mensuelle fondée par l'École littéraire de Montréal. Elle accorde une place importante à la poésie. [...]

Le Terroir ne connut que 10 livraisons. La première parut au mois de janvier 1909 et la dernière, groupant trois numéros, en décembre de la même année.

C'est à la séance du 28 octobre 1908 que l'École littéraire de Montréal propose de publier une revue sous sa haute direction. Le comité de rédaction est formé le 20 novembre. Charles Gill, membre éminent de l'École, est chargé de rédiger le liminaire.

Chaque numéro contient une quinzaine de textes en vers ou en prose, à l'exception des numéros de juin et d'octobre-novembre-décembre, qui en contiennent davantage.

Les promoteurs veulent définir « une âme canadienne-française », comme il y a une âme française ou une âme russe. Cependant, le régionalisme occupe une place somme toute bien modeste dans les textes de cette revue, qui révèle un cénacle aux idées esthétiques diversifiées, parfois traditionnelles, parfois plus audacieuses. On y trouve, bien sûr, des poèmes « terroiristes », mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils ne constituent pas la majorité des textes retenus.

En effet, la revue, qui représente un moment de la vie de l'École littéraire de Montréal, offre un contenu assez éclectique ou universel, malgré son nom et son option pour le régionalisme. Si certains des collaborateurs, comme Albert Ferland, appartiennent réellement à l'école du terroir, d'autres, par contre, tels Charles Gill et Émile Nelligan, sont d'un autre tempérament et accordent la primauté à l'universel plutôt qu'au particulier.

Le Terroir est, en principe, ouvert à tous. Dans la pratique, 153 des 160 textes publiés proviennent des membres de l'École. Seulement 6 des 25 écrivains qu'on retrouve dans l'index n'en font pas partie. En fait, la revue présente surtout les résultats des séances de l'École. Les membres se réunissent principalement pour lire leurs nouvelles oeuvres à leurs pairs. Les oeuvres jugées intéressantes sont « réservées » pour le prochain numéro du Terroir.

Parmi les collaborateurs les plus connus, mentionnons, outre Charles Gill, Émile Nelligan et Albert Ferland, Gonzalve Desaulniers, Louis Dantin, Edouard-Zotique Massicotte et Albert Lozeau.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, tome 4, p. 300-301.

COUTURE, François, « La liberté niche-t-elle ailleurs? L'École littéraire de Montréal, Le Terroir de 1909 et le régionalisme », Voix et images, vol. 24, no 3, 1999, p. 573-585.

Éditeur :
  • Montréal :Arbour & Dupont,1909
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Le terroir : revue de l'École littéraire, 1909-02, Collections de BAnQ.

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Iùf5 r ¦ / j I k i » A J 1 1 Vv FÉVRIER 1909 V « « : t i Q >?- N* A > < : hv,: 1 f * I 4 ' \ > i r i t ?V % REVUE MENSUELLE v« > 1 i l’ECOLE LITTÉRAIRE / Publiée par Ur Tiff 1 i PREMIÈRE ANNÉE I V m WJk K A I SOMMAIRE m2 t VA » s t 4 % T*i f J ?I m 33 i G.-A.Dumont.— Les Miettes de l’Histoire.36 I Englebert Gallèze.— Tableau.K; i- .i>; .3.r ,f ' jgj j jM.-f® 4; JL'fi V .f ^T< a- •,'‘l *ijWv’ E - ^ " •>&* ¦;/ Hector Demers.—Impressions de Toy- Alphonse Beauregard.— Les Livres.57 41 I Louis-Joseph Doucet.— Les deux Pigeons malheureux .46 I Jean Charbonneau.— Causerie théâtrale.i Alphonse Beauregard.— L Iroquois V £ * • 1 { * ¦1 • % •*' 'i* .• i^nryj' 4,.i ^ x&flS^L * v * ri?* y.t « MB * BSff* ^ Louis-Joseph Doucet.— Le vieux Pont 34 Albert Dreux.— La ballade du pare.Charles Gill.— La Cloche de Tâtions» .iwiUUUWPPBPBWUWUpUIBi I Albert Ferland.—La Patrie au Poète 40 ** .v f',-; y‘>i-»iv-W- RS¦ Hector Demers.— Pleurs de lis # » » 3 49 f 53 A «fl 54 Y-P r 37 t'A j .1 ! > 4 t 59 Jean Charbonneau.— Les Déshérités 43 Ni 60 i Germain Beaulieu.— Feu de paille i «r* J .P, • v v.é'} i v • a ir f / i ¦ 47 • • t • *• é é » LU : & is - j .K 1 V »!V» N Secrétaire de la Rédaction : Germain Beaulieu \ < V.rpj fsnS •-Tr ‘¦"V- AM ft» V CASIER POSTAL SI 4 ' \ v •> v-., b z » MONTREAL 1 ETifl t > # K ' ?V.SB & i 'Xi?' n \\ H *> i mm \ » •* V ¦# ! I* ar« .-T V ' .V?V'.if wn • V ‘ «3 Y V KV# Æ: gf?% < • p » * I / * A : w- Mû* >jr > » : •I,-’ -• * ' 1 ISDii r ¦ 1 Vi 'j > v w » A -VA-„VC-.V/J! V.t Vt - .Wf f/> '.ft w KM Tfl AT V S' V.» zMB*l / Y* y r 4 L V • • k\ % L .Art.WX pf,it , ._'‘j* j V < 9 ;iXr* ALBERTFERLAND, .ivV - ?, j V»^ ^ ^ &" « ‘ftl- ' r •r ?V .X”t*i » y U '.* m T & v f J ‘ * 'i •T • .CHARLES GILL, •V* 5 5àT.x - v: ?* » - ’ it'.râr ^ >‘•7 .vîà ïrxt/4ir1:Af,v1*f .V ^ T t p ,7 ^ 4 *i-' jé,V, * AL&4 "«« t V-,» .f 4." V'g v * y£ •> ».'•>>* - .I- .%-v LIONEL LEVEILLÉ (Englebert Gallèze), ALBERT MAILLÉ (Dreux), E.Z.MASSICOTEE, EMILE NELLIGAN.9 \ % \ A I y « i < » > £ i V # l 4 % sSEIS % / r i \ Z* f V t ?• VA I s - ' P L’abonnement au Terroir est de $2.00 par année pour le Canada et les Etats- \} ^ ‘vy: - f v •**'•?tâfeï '-W* ’• V’’ ivT£?; -.V* *vfr-¦ ^ ; A -X!?: >* 6 j-AîFa' fl,85^ - > J X v 8Ï Lj Unis, et de 12 francs pour les pays d’Europe.L’année commence avec le numéro de Sir I L janvier.X Toute communication concernant la revue doit être adressée au secrétaire de la X m EM rédaction.i \ N > •I \\ I ,i A * a?# / > •« r , J» « Vl / ' rt » i »• IKK ¦ 1 ¦ ,'îrjï 16 i t L’IROQUOIS Ainsi qu’en embuscade au socle qui l’attache Et nu, comme autrefois ses aïeux au désert L’Iroquois belliqueux, ranimé par Hébert Dans sa main de vaincu brandit toujours la hache.> y Sous la pluie et la neige, impassible, il revoit Les pirogues dansant de rapide en rapide Les poteaux de torture et les scalpes humides Alors qu’il était maître incontesté des bois.Le désir grandissant de la ville fumeuse D’étouffer l’île entière en ses bras d’octopus Et la rumeur de la cohue ambitieuse Sur son masque de bronze impriment un rictus.y Il est vengé.Plutôt qu’errer dans la montagne Libres, indépendants du travail odieux Après s’être emparés d’un pays giboyeux Ses vainqueurs en ont fait, pour eux-mêmes, un bagne.y Lî y i." -, -r 1 ?- Alphonse Beauregard.lit iiti 34 # LE VIEUX PONT ni L’autre hier, cheminant le long du vieux sentier, Je parvins au cours d’eau qui fuit vers la savane.Le soleil déclinait, et l’horizon altier Alignait les sapins comme une caravane.Evoquant le passé, je fis halte au vieux pont, Au vieux pont biscornu, plein de ronce et de mousse,.Couché sur le ruisseau limpide et peu profond Que brouillèrent les pas de mon enfance douce.e Aux caresses du vent dont se plaint le roseau Parfois un rossignol y turlute son trille.Et le vieux pont sommeille au-dessus du ruisseau Dans l’ouragan des soirs comme au midi tranquille.L’onde claire qui court à travers le glaïeul Où se pose en passant l’agile libellule, Murmure comme au jour où mon fier trisaïeul Le construisit devant le siècle qui recule.il 4 - •«/./'U > Cet homme était robuste, il le fit de plançons ; Sur un lit de ciment aligna les poutrelles Sur d’énormes cailloux plaça les étançons L’enduisit de mortier à grands coups de truelle.1 J Et, dans la paix du soir, faisant rêveurs les bois, L’angelus au lointain planait sur le village ; Les sapins en leur deuil et l’onde de sa voix Priaient dans le mystère éperdu d’un autre âge.F ' ' 1 1 ¦¦ ft fi# A i ft- ;:SÉ ?- J 35 La cigale chantait l’heure cle la moisson Et les bons engerbeurs rassemblaient les javelles ; Parafant leur énigme au bord de l’horizon, Au rêve du couchant, passaient des hirondelles.1 s I 1 » Aux chants des charroyeurs, au cri-cri des grillons, Les granges regorgeaient de blondes tasseries ; Sous le comble l’avoine épandait ses haillons ; Des larmes d’or tombaient au fond des batteries.t Serein, j’ai contemplé cette épave du temps Qui s’acharne sur nous, avec des airs moroses ; En moi j’ai ressenti la cruauté des ans Qui ne respecte pas la misère des choses.J ’ai vu des moissonneurs avec leurs gerbes d’or, Qui revenaient joyeux d’espérance secrète.Les aïeux sont partis, mais leurs enfants encor Traversent le vieux pont dans leur rude charrette.Et je songe à ceux-là que je n’ai pas connus, Aux grands parents absents, abîmés sous la terre : Eux qui chantaient : Le temps passé ne revient plus, Me rappellent qu’un jour, hélas ! il faut nous taire ! Louis-Joseph Doucet, Extrait de La Jonchée nouvelle, en préparation.> il U .1 rîKir ' • t -I* •’ » .1?4> • 1 jyii • » •* • M'J-'.'ï- i * » •• *\:V rJl£ 3G '.'.K %'.: is « r i LA BALLADE DU PARC ill au t • -, .Ce soir, les amoureux, Deux à deux Sont venus à la brune Ils ont jasé longtemps Sur les bancs Au folleWdair de lune.) Km ?pi|6:! Les joyeuses chansons Des buissons Couraient clans les allées Et les doux mots d’amour A leur tour Volaient, troupes ailées.y il y • «• i il* 1 I'd La lune, par moment Doucement Caressait toutes choses Pendant que les grillons Aux sillons Sérénadaient les roses.y.y y y U à i y m y La brise murmurait Un vieux lai D’amour charmant d’ivresse Et les jets d’eau parleurs Et rieurs, Chantaient tout en liesse.y A ' \(J - * m ./ ; ! rr.i • * • • • • I # » rj •i.37 • ti d'Jr" Aussi, les amoureux Deux à deux Sont venus à la brune, Ils ont jasé longtemps Sur les bancs, Au follet clair de lune.5 y Albert Dreux.ft LA CLOCHE DE TAD0US5AC (*) •t | s»; % ir.*'.:-.(FRAGHENTS) “ On a apporté cette année vue petite tapisserie de droguette, pour embellir la Chapelle de Tadous-sac ; on a aussi apporté vue cloche pour appeler les Saunages au service.Ils prenoient vn plaisir nom-pareil d’entendre le son de la cloche ; ils la pendirent eux-mêmes aussi adroitement que pourroit faire vn artisan François ; chacun la vouloit sonner à son tour, pour voir si elle parleroit aussi bien entre leurs mains, qu’entre les mains du Père.” (Relation de la Nouuelle-France, enVannée 1047.) J % J’errais seul, à minuit, près de la pauvre église.A la lueur de mon flambeau, je pouvais voir Les bords prochains du golfe où montait le flot noir, Et le petit clocher que le temps solennise.(*) Ces vers de M.Gill et ceux qu'il a donnés dans notre numéro de janvier, sont extraits d’un poème qui a pour titre : Le Saint-Laurent ; ils font partie du livre neuvième, intitulé Le Cap Eternité.if;-: I. 38 Quelle nuit ! Le Surouest grondait dans les bouleaux Geignait le long des murs du temple séculaire Et, fraternel, entre les croix du cimetière Sur les tombes sans nom égrenait des sanglots.y y y entendit mon oreille inquiète.) y Dongne ! dongne ! Le solitaire airain que rien ne troublait plus < i Dans l’évocation des saints jours révolus Avait jeté ce cri sonore à la tempête.y Après les temps troublés, quand vient la paix amie Les choses, comme nous, ont leur rêve éternel —Pensais-je, en écoutant s’envoler vers le ciel Le rêve harmonieux de la cloche endormie.y Mais non !.Sur son appui rustique elle oscillait.Un invisible bras réglait donc cette plainte ; Une douleur humaine inspirait la voix sainte : Ce n’est pas en rêvant que le bronze parlait.Qui sonne là ! quel Montagnais dans l’ombre pleure Le regret d’autrefois au clocher des aïeux ! J’irai te voir sonner, sonneur mystérieux Et je saurai pourquoi tu sonnes à cette heure ! ” 4 4 y J’hésitai sur le seuil du monument sacré Par les rayons du Ciel et par ceux de l’Histoire ; Mais la porte en grinçant démasqua la nef noire —Démasqua la nef noire en grinçant.et j’entrai.y En vain ma voix craintive appela.Rien ! Personne ! Le silence gardait les secrets du passé.Epris de l’invisible, en tremblant j’avançai Dans la terreur muette où l’inconnu frissonne.r.i: Vt # t $ V è » ê # ft) • M HH s f 39 • « : f4 .trj .r,tS4ri ¦ '#g Devant l’autel par la veilleuse abandonné, Veille dans son cercueil l’humble missionnaire ; Son ombre plaît au Christ autant qu’une lumière.Sur ce grand souvenir je me suis incliné.•.i r'-f Etait-ce lui, l’apôtre intrépide au cœur tendre Qui, réveillant la cloche au fond des vieux oublis Venait renouveler pour les ensevelis Le “ plaisir nompareil qu’ils prenoient de l’entendre 5 5 f ” Je l’évoquais, cloche des deuils et des adieux, Et cloche des fiertés joyeusement sonore Saluant, par son chant virginal dans l’aurore Le chef Tacouérima toujours victorieux.J J’évoquais ses Noëls perdus.quand la rafale S’engouffrant dans l’église, éteignit mon flambeau ; La nuit m’enveloppa d’horreur près du tombeau Et l’aile de la Mort effleura mon front pâle.J l# Dongne don ! dongne don ! ” gémit l’airain plus bas Dans l’épouvantement des profondes ténèbres ; Un frisson glacial parcourut mes vertèbres, Car j’avais reconnu le rythme lent du glas.< i Comment suis-je sorti vivant de cette tombe ! Deux fantômes amis m’ont entraîné dehors.Mais après tant de jours écoulés depuis lors Le tintement fatal dans ma mémoire tombe.J Le souffle furibond de l’ouragan s’accrut ; La plainte résonna plus lugubre et plus longue Dongne ! dongne dongdon ! daingne don ! dongne dongue ! Puis l’ouragan fit trêve et la cloche se tut.* i < f ” » Hi je* • •* *' .• .f » ü; t * t r 40 L’âme de Nelligan m’a prêté son génie Qui soupire ici des désespoirs ! Cloche des âges morts sonnant à timbres noirs, Dis-moi quelle douleur vibre en ton harmonie ! Pour clamer : < < ) 1 Un affreux tourbillon fit rugir la forêt Et les flots fracassés sur la rive écumante ; Alors je crus entendre au loin dans la tourmente Une voix tristement humaine qui criait : 1 Je suis Tacouérima que le chagrin emporte Sur les ailes du vent, au pays Montagnais.Je viens du souvenir où je veille à jamais.Et j’ai sonné le glas de ma nation morte ! ” t ( Charles Gill.LA PATRIE AU POETE Poète, mon enfant, tu me chantes en vain.Je suis la Terre ingrate où rêva Crémazie.Célèbre si tu veux ma grave poésie Mais pour toi, mon enfant, je n’aurai pas de pain.Pour toi, mes paysans ne sèment pas la terre.Quand tu presses l’Eté de blondir leurs moissons, Généreux, daigent-ils honorer tes chansons ?# Poète, le semeur ne se dit pas ton frère.Au bercement des vers, Poète, endors ta faim.Que la gloire du Rêve ennoblisse ta vie.Proclame qu’elle est belle et grande ta Patrie Mais pour toi, mon enfant, je n’aurai pas de pain.# •f • TU’., iOK r.•1 • • i* >ï,f > ! • ifi i r ' * f*ê f •/•I 4 ?• 4 • * C ff 9 b 41 Rêveur, pourquoi m’aimer comme on aime une femme ?Tes yeux se sont mouillés d’avoir vu ma beauté.Pour comprendre ton cœur et vivre ta fierté, Poète, mon enfant, il me faudrait une âme ! / Les noms des fiers Aïeux dont l’honneur et la foi Font pensif l’Etranger qui traverse mes plaines Nomme-les, plein d’orgueil, dans tes strophes hautaines.Poète, ces grands Morts ne revivent qu’en toi.> * Va, Barde primitif des vierges Laurentides Va-t-en pleurer ton cœur comme un fou dans les bois Fidèle au souvenir des héros d’autrefois Tandis que l'or vainqueur fait les hommes avides ! y j ) Poète, mon enfant, tu me chantes en vain.Je suis la Terre ingrate où rêva Crémazie.Célèbre si tu veux ma grave poésie, Mais pour toi, mon enfant, je n’aurai pas de pain ! Albert Ferland.FLEURS DE LIS Donc, on lui refusait les honneurs de la guerre A Lévis, ce soldat, ce Français, qui, naguère Les avait, â Québec, si rudement battus.— Par cette lâche insulte aux plus nobles vertus Les Anglais crurent-ils mieux venger leur défaite ?Nous avions, du malheur, hélas ! touché le faîte.Et Lévis commanda de brûler les drapeaux De les rendre épargnant l’affront à nos héros.y y y y «yt» nu rt 42 — Sainte-Hélène, cette île éclose en notre fleuve Où l’enfant, de nos jours, froisse sa robe neuve Voyait, parmi ses bois, s’allumer un bûcher Et l’on sentait la mort d’un peuple s’approcher.Ils étaient là, frappés par le destin, nos peres Ceux que nous oublions en nos jours plus prospères ; Même après Carillon, la Monongahéla Les plaines d’Abraham, vaincus, ils étaient là ! Les troupes se rangeaient en ordre de bataille : Soldats et durs trappeurs, riant de la mitraille Croyaient que toute l’âme allait leur défaillir.Le tambour bat au champ et les fait tressaillir.Aux drapeaux qui s’en vont, ils présentent les armes ; Leurs yeux ont éprouvé la surprise des larmes.Il faut bannir l’espoir : c’est bien l’effondrement ! Or, le premier drapeau s’incline lentement Bientôt évanoui" dans la flamme qui monte.Soudain, levant les yeux, l’un de nos soldats compte, Au fond du ciel obscur où manœuvre la nuit Lorsque l’emblème auguste en pluie ardente fuit, Au lieu des lis royaux un nombre égal d’étoiles.— Toujours le crépuscule épaississait ses voiles.-Mais, à chaque étendard que dévorait le feu Là-haut, promesse écrite avec la main de Dieu Symbole d’avenir, tracé sur leurs désastres Nos soldats regardaient apparaître des astres.Alors, pour ce drapeau qui revivra toujours Une dernière fois battirent les tambours ; Et, malgré tant de gloire envolée en fumée, Un cri prodigieux retentit dans l’armée S’éleva comme un aigle, en un immense essor : Le ciel sombre brillait, plein de fleurs de lis d’or ! y ) y ’ y ) J y y 5 y y J Hector Demers. ira / i ' J r.r.R' r/U,l f.i à #y « »* I 43 ¦•i’-'VV-.'.L; a rBDSHHr * » »(' , I 1 Mr LES DESHERITES V - : 1 tnGîWf;*; s Aux mendiants du monde, à tous les pauvres hères Que le ciel exila des terrestres trésors ; Aux éternels proscrits pleurant sur leurs chimères L’esprit toujours bercé par leurs visions d'or 5 5 Un jour, j’ai demandé ce que pour eux la vie Sema sur leur chemin de regrets superflus ; Et ces hordes de gueux, pleins de haine et d’envie, N’ayant jamais goûté des bonheurs absolus Hélas ! dans nos mains amaigries Répondirent : “ Nous n’avons pas tenu la coupe aux vins poudreux : 4 4 La Fortune pour nous eut des sources taries, Et nous regrettons l’or qui nous eut faits heureux ’’.4 4 4 4 » AJ Aux riches de la terre, exaspérés de vivre Dans l’assouvissement des plaisirs passagers, A ceux-là qui souillaient l’amour dont on s’enivre Ayant des cœurs flétris et des yeux mensongers # '¦fi :« r 4 4 4 4 Ils m’ont dit : Nous avons vainement sur la terre Tenté d’approfondir le sens indéfini De l’Etre, inexplicable en son troublant mystère : Nous regrettons d’avoir tourmenté l’Infini ! ” 4 4 7 4 4 4 4 4 4 Que voyez-vous encore au fond de vos cornues Savants désabusés dont le puissant cerveau, Devant nous dévoila les choses inconnues, Les secrets de la vie et la nuit du tombeau ?4 4 4 4 4 4 l* tU'JÆ */ trt " : .i ; nfM&i « ¦.• srJhfiiT 'Sr if *3 • 4 I • I • « « • « if.e! 'V.i )' r »/-V (•(I » #* H * 45 N’avez-vous pas jeté dans le creuset du monde La splendeur et la gloire aux terrestres Cités ; Et pourquoi plaignez-vous la science profonde Qui fit les peuples forts dans leurs prospérités : 4 4 i 4 4 4 0 ” 4 4 Et les savants m’ont dit : Nous avons fait les races, Leur enseignant l’amour qui rend le cœur heureux ; Mais les peuples, hélas ! cupides et voraces Civilisés d’hier se détruisent entre eux.4 4 T" J 4 4 4 4 4 4 « C’est pourquoi demeurant â tout jamais les sages “ Que l’inhumain orgueil traite de son mépris Tristes, nous regardons l’écroulement des âges Et regrettons d’avoir été des incompris.” 4 4 4 4 4 4 O vous les cœurs épris des beautés éternelles Que le désir de les comprendre fit souffrir ; Vous les divins martyrs aux brûlantes prunelles Que les serments brisés ont fait presque mourir ; 5 4 4 4 4 J 4 4 O vous les contempteurs de l’impure Aphrodite, Qui cherchiez les baisers et les amours sans fin ; “ O vous, pour qui la chair sans âme fut maudite Et qui des voluptés divines aviez faim ; 4 4 4 4 », .4 4 “ Vous que les souvenirs, en de lentes tortures, Accablent de regrets, vous refusant l’oubli, “ Pour qui le Sort laissa d’incurables blessures, Et des rides sans nombre à votre front pâli ; 4 4 4 4 O vous les doux rêveurs et les mélancoliques Qu’une fleur fait songer et remplit de tourments, “ Qui trouvez dans le vent de suaves musiques “ Et pour qui le silence est plein d’enchantements ; 4 4 J 4 4 H 41 « îitn? f * 1 iz* fist # # • # • 4 4 » * #f ?# • • .'•it VM' • • IMS l* .1 1 • 46 Amoureux d’idéals et de neuves pensées, Que les hommes fuyaient, ne les comprenant pas Lorsque vous songerez à vos douleurs passées Que regretterez-vous des choses d’ici-bas ?” ( i i 6 •tit > * i* i* i i } .r: : I ( Et tous ces demi-dieux, contemplateurs sublimes, Drapés superbement dans leur rêve vaincu Conquérants de l’espace et des lointaines cimes Répondirent : “ Nous regrettons d’avoir vécu ! > y ) Jean Charbonneau.Extrait des Blessures, en préparation.LE CREPE (inédit) P Combien j’eus de tristesse en moi ce soir, pendant Que j’errais à travers le calme noir des rues Éludant les clameurs et les foules accrues, A voir sur une porte un grand crêpe pendant.Aussi, devant le seuil du défunt résidant Combien j’eus vision des luttes disparues Et des méchancetés dures, sordides, crues Que le monde à ses pas s’en allait épandant.> Bon ou mauvais passant, qui que tu sois Si jamais tu perçois l’emblème funéraire Découvre-toi le chef aussitôt de la main mon frère ! 5 * J • M ggyuv llli )à±ii 9 ?Et songe, en saluant la mort qui nous recèpe Que chaque heure en ta vie est un fil pour ce crêpe Qu’à ta porte peut-être on posera demain.) Emile Nelligan.i 1 : [«ir-'.i-j- I I I « I »/• '• ".• M •I i’l : I • i I 47 vu Mr 11 {r FEU DE PAILLE B wjË II J’ai toujours adoré ce jeu Enfant, de ramasser des herbes D’en faire d’imposantes gerbes Et, la nuit, d’y mettre le feu.) y y Je ressentais dans tout mon être Une orgueilleuse volupté A voir, devant cette clarté, Fuir l’ombre qui venait de naître.Pendant que les flammes tordaient Les pauvres plantes desséchées, Que les flammèches, arrachées Par la brise folle, montaient m, kkW: r1 i y Montaient en une danse folle Au rythme du crépitement Vers l’insondable firmament Où tout ce qui brille s’envole m y y Je regardais, là, sans frayeur Se profilant sur le ciel sombre, Grandir immensément mon ombre Noire sur la fauve lueur.) y Auprès de ce grand feu de paille Je paraissais un homme, enfin : Et pour grandir l’ombre sans fin Je haussais ma petite taille.y y 1 48 De voir clans le lointain béant La silhouette gigantesque J’arrivais à me croire presque Héros d’un conte de géant.y ! Et, fiévreusement, dans ma tête — Étincelles qu’un vent brutal Transporte loin du feu natal — Déjà, les projets de conquête Tourbillonnaient !., Mais brusquement Par un souffle trop fort atteinte La flamme, hélas ! s’était éteinte Après un éblouissement.y X Quelques flammèches incertaines Montaient encore, astres mouvants Se perdre sur l’aile des vents Parmi les étoiles lointaines ; y Puis, plus rien.Rien que l’obscurité Triomphante, en spectres féconde S’étendant partout à la ronde Sous mon regard épouvanté.y Et maintenant que les années Roulant au hasard du destin, Ont fait tomber sur mon chemin Tant de fleurs trop vite fanées, y Triste, je songe que souvent J’accumule, ainsi que des herbes, Dans mes jours, des rêves superbes Pour les brûler, comme un enfant.Germain Beaulieu Extrait des Libellules, en préparation. "r: \nt\r • • • r ••r.i * * J • r.t ** :» i rj VAX ' .1 4 rtt • i • t 1 ?49 LES MIETTES DE L’HISTOIRE LA MILICE DE LA SAINTE FAMILLE # i Dans les premiers temps de la fondation de Montréal, ses habitants étaient obligés de se tenir toujours en éveil pour ne pas être surpris par les Iroquois, ces ennemis de tous les instants.M.de Maisonneuve n’avait sous ses ordres qu’une petite garnison de soldats se tenant presque constamment au fort de Ville-Marie pour répondre à toutes les attaques, mais elle était insuffisante pour tenir tête aux sauvages ; aussi, dans la plupart des combats livrés, pour ne pas dire tous, les habitants durent prendre les armes pour défendre la ville naissante.Pour faire face à toutes les éventualités, M.de Maisonneuve fonda d’abord une confrérie militaire de soixante et douze hommes pour seconder la garnison du fort.Mais, en 1663, cet habile gouverneur ayant appris que les Iroquois voulaient tenter un effort suprême pour détruire les établissements des Français et que déjà ils se réunissaient en forces considérables, il résolut de former une milice qu’il nomma lui-même la milice de la Sainte-Famille.Le 27 janvier 1663, il lance l’ordonnance qui suit pour demander aux habitants de s’organiser par escouades : “ Paul de Chomedey, gouverneur de l’île de Montréal et des terres qui en dépendent ; sur les avis qui nous ont été donnés de divers endroits, que les Iroquois avaient formé le dessein d’enlever de surprise ou de force cette habitation, et le secours que Sa Majesté nous a promis n’étant point arrivé encore ; nous, attendu que cette île appartient à la sainte Vierge, avons cru devoir inviter et exhorter ceux qui sont zélés pour son service de s’unir ensemble par escouade chacune de sept personnes ; et après avoir élu un caporal à la pluralité des voix, de venir nous trouver pour être enrôlés dans notre garnison, et, en cette qualité, suivre nos ordres pour la conservation de ce pays.Nous promettons de notre part que, dans les dangers qui pourront se rencontrer militaires, les intérêts des particuliers nous seront toujours chers, t n # aux occasions • •.! # # it’Vvii-: - # n 50 et que nous serons prêt à ôter du rôle ceux qui se feront inscrire pour les fins susdites, toutes les fois qu’ils nous en requerront.Ordre au sieur Du Puis, major, de faire insinuer le présent ordre au greffe de ce lieu, et ensemble les noms de ceux qui se feront enrôler, pour leur servir de marque d’honneur comme ayant exposé leur vie pour les intérêts de Notre Dame et le salut public.“ Fait à Ville-Marie, le 27 janvier 1663.t ' “ Paul de Chomeuey.” Ve Le lendemain (28 janvier), cette ordonnance fut affichée et lue à l’issue de la grand’messe.Conformément au désir de M.de Maisonneuve, le sieur Zacharie Du Puis, écuyer, major de la garnison de l’île de Montréal, déposa ce document au greffe.A cet appel, les habitants s’empressèrent de se former par escouades ayant chacune un caporal à sa tête.Et, quatre jours après la publication de l’ordonnance (1er février), la milice de la Sainte-Famille était formée.Nous allons donner maintenant les noms des colons qui s’offrirent d’eux-mêmes, n’écoutant que leur courage et leur dévoû-ment, pour secourir Montréal et garder à la France ce poste si laborieusement établi.En lisant cette liste, plusieurs des habitants actuels de Montréal seront heureux d’y lire les noms de leurs ancêtres.# 1 s l’abbé Faillon Voici cette liste que nous empruntons à {Histoire de la colonie française en Canada, tome III) : 1ère escouade : Jean de La vigne, caporal ; Mathurin Rouillé, Robert Péroy, Julien Averty dit Lange vin, Thomas Monnier, Isaac Nafrechou, Michel Guibert.Sème escouade : Urbain Bodereau dit Graveline, caporal ; Jean Aubin, Pierre de Vauchy, Jean Guerrin, Jacques Hordequin, Claude Marcout, Louis de la Porte.Sème escouade : Pierre Bonnefons, caporal ; Pierre Gadoys, André Filet, Jean-Baptiste Gadoys, René Langevin, François Caille ou Cail, Antoine Lafontaine.4ème escouade : Gabriel Lesel dit le Clos, caporal ; Maurice Adverty dit Léger, François Le Ber, Michel Morreau, Jean Cadieux Pierre Richomme, Pierre Malet.5ème escouade : Jean Gasteau, caporal ; Estienne de Saintes, é 1 > j/ V ; ; f •XfVA* tyfiflit’ • »' : I 4 - « l fV., %•« rr mi * * *» « * # # '.V ' ' * f'f *1 f m i » « • # • f&ftf j r* • .:;r.rv‘e T«: .• l‘ • t r 'IF: (• 1 s.Mil'll;.t * v.V-fV; i ââ • ?* t \ 51 André Trajot, Barthélemie Verreau, Pierre Coisnay, Guillaume Hollier, René Pérou dit le Carme.6ème escouade : Gilbert Barbier, caporal ; Estienne Truteau, Jean Desroches, Nicolas Godé, Paul Benoist, Pierre Peppin, François Bailly.7ème escouade : Pierre Raguideau dit Saint-Germain, caporal; Tècle Cornélius, Antoine Baudet, Pierre Desautels dit Lapointe, Jean Beaudouin, Honoré Langlois dit Lachapelle, Jean de Niau.Sème escouade : Claude Robutel, caporal ; Robert Lecavalier dit Deslauriers, Bénigne Besset, Jean Gervaise, Urbain Tessier dit Lavigne, Jacques Le Ber, Charles Lemoyne.9ème escouade : Jacques Mousnier, caporal ; Jacques Roulleau, Estienne Champeau, François Tardivel, Antoine Brunet, François Leboulanger, Robert de Nuemance (Hollandais).lOème escouade : Jacques Testard dit Laforest, caporal ; Charles Testard, Jacques Millot, Laurent Archambault, Jacques Dufresne, André Charly dit Saint-Ange, Pierre Dagenest dit Lespine.# llème escouade : Jacques Lemoyne, caporal ; Jean Quentin Julien Blois ou Benoist, Grégoire Simon, Laurent Glory, Michel André dit Saint-Michel, Guillaume Grenet.) Henri Perrin, Hugues Picard dit Lafortune, Louis Chevalier, Jacques Beauvais dit Saint-James, Jean des Carryes, Jacques Mousseau dit Lavio-lette.12ème escouade : Louis Prud’homme, caporal ; t 13ème escouade : Mathurin Coyer dit Laviolette, caporal ; Jean Leduc, François Roisnay, Pierre Gagnier, Guillaume Estienne Pierre Pigeon, Laurent Bory.14ème escouade : Le sieur de Sailly, caporal ; Gilles Lauson, Guillaume Gendron, Jean Chevalier, Antoine Courtemanche, Pierre Tessier, Pierre Saulniers.15ème escouade : Pierre de Lugerat dit Desmoulins, caporal ; Jean Lemercher dit Laroche, Mathurin Langevin dit Lacroix Simon Galbrun, Michel Paroissien, Pierre Chicouanne, Antoine Renault.9 9 mar '.t » l4 r 16ème escouade : Honoré Dasny dit le Tourangeau, caporal ; II## m .fi •>> l.fl» HV Ri • .i .«J % f 52 Mathurin Thibaudeau, Jean Renouil, Charles Ptolomel, Mathurin Jouaneaux, Michel Théodore dit Gilles, Jean Sceller.17ème escouade : Nicolas Hubert dit Lacroix, caporal ; Pierre Lorrain, Louis Loisel, Marie Jannot dit Lachapelle, Mathurin Lorion, Jean Chaperon, Nicolas Milet dit le Beauceron.18ème escouade : Jean Cicot, caporal ; Mathurin Jousset Jacques Beauchamps, Elle Beaujean, Fiacre Ducharme, Simon Cardinal.î 19ème escouade : Jean Valiqnet, caporal ; Urbain Geté, Jacques Delaporte, Pierre Gaudin, Simon Desprez, René Fillastreau, Louis Guertin.20ème escouade : Desmoulins, caporal ; Frossard, Prunier, Léger Hébert, Lavallée, Pierre Charon, René Fezeret.Cet empressement des habitants toucha vivement le cœur de M.de Maisonneuve, et il exigea que les noms fussent déposés au greffe à la suite de son ordonnance “ pour servir de mémorial à la postérité de leur immortel dévouement L’abbé Paillon, en publiant ces documents historiques, ajoute les remarques suivantes : “ Nous accomplissons son juste et religieux désir (celui du gouverneur) en rapportant dans son entier ce monument national, si honorable au pays, et en particulier à plusieurs des anciennes familles, à qui nous sommes heureux de révéler ici ce titre de leur gloire Pour notre part, nous irons plus loin que l’abbé Paillon, en demandant aux citoyens de Montréal d’ériger une colonne à la mémoire des miliciens de la Sainte-Famille.Les noms de ces généreux défenseurs que nous sommes tenté d’appeler nos croisés canadiens # car ils combattirent comme les croisés de la Terre-Sainte pour l’honneur de la France et l’expansion du culte catholique — sont dignes d’être gravés sur le marbre pour servir d’exemples aux générations futures; G.-A.Dumont. • n **l" I*/- •< ;fV #r: .* ; * * i • i » : #i f! rlf I .» i /• »* f* • >.*• r t't / 53 TABLEAU Il est neuf heures à l’horloge de chez le père Longpré.Le bonhomme, coiffé de sa tuque bleue, tisonne de son bras velu la flamme d’un vieux poêle où pétille une bûche d’érable.Il sait bien faire le feu ; aussi le dicton des habitants d’en bas s’est réalisé : “ Qui sait faire le feu trouvera bon parti ” ; et Marguerite est la plus accomplie des femmes.Ses lunettes au bout du nez, la bonne vieille reprise avec soin le linge des plus jeunes, qui vont à l’école, et prête, de temps à autre, l’oreille du côté de la pièce voisine pour s'assurer qu’ils dorment.La belle lampe en porcelaine, achetée en ville, l’an dernier, à l’époque des fêtes posée au beau milieu de la grande table, éclaire majestueusement la propreté remarquable de la pièce.Le père Longpré bourre son bougon qui déborde d’un tabac odoriférant et, d’une main calleuse qui ne craint point la flamme, pose un tison sur sa pipe culottée, tout en glissant furtivement un regard de satisfaction vers Simonette, que courtise en ce moment Pierre Bureau, un brave garçon, le meilleur charpentier de la place.La fille est de l’or, le garçon premier numéro : pourquoi pas bientôt la noce ?C’est ce que rumine le vieux paysan.Et la grosse fillette aux yeux bleu pervenche rit, pour un anneau que son futur feint de vouloir lui enlever.C’est gentil, cette jeunesse, pense le père.Il s’endort sur sa chaise avec cette pensée, se réveille pour constater que la cour se prolonge, se rendort pour se réveiller au bruit monotone des dix coups que sonne la grande horloge.Et comme on n’est pas cérémonieux, chez le père Baptiste, il se permet de remonter la pendule.Le gars d’en bas, qui a du savoir-vivre, n’a garde de ne pas partir.“ N’y a pas de presse ”, hasarde le bonhomme au milieu d’un bâillement.La fille fait une moue qui signifie : “ Sitôt ! Le cheval piaffe à la porte.Pierre monte en voiture accompagné des vœux de sa fiancée.Le temps est clair.Une neige toute neuve mêle de la blancheur à l’or des millions d’étoiles, sous le vent frais de la nuit.Mais Pierrot n’est pas poète ; il s’en va, au grand galop de son cheval, inattentif à toutes ces beautés : qu’est-ce que cela à côté de Simonette ?* f* • â SI r,r.f I v5M qui tombe du firmament.Le paysage, au loin, ondule Englebert Galiæze.t •* «• •"•¦I 54 Mr'.IMPRESSIONS DE VOYAGE V I La Gascogne s’éloignait du port.La houle soulevait le navire de ses ondulations douces et longues.Les passagers se promenaient sur le pont de bois extrêmement propre, ou regardaient, les uns assis dans une sorte de fauteuil pliant, les autres appuyés du coude au garde-fou, cette mer que, sans doute, plusieurs n’avaient jamais vue.Le jour était magnifique, le ciel très bleu, l’air marin soufflait sa fraîcheur aux visages et dans les poitrines.Derrière nous, dans le firmament, la statue de la Liberté tendait son énorme I* * .bras de bronze, et, par la vitesse de notre course, comme un fantôme, devenait de plus en plus vague.Nous entrions dans la solennité de la mer, que, malgré les contacts de son réalisme, la civilisation n’a encore pu détruire.La masse de fer et de bois glissait.Au réveil, le lendemain, le navire roulait et tanguait d’une façon effrayante ; les lames rugissaient au bord de l’entrepont ; l’Atlantique présentait l’image d’un troupeau de collines rué sous le ciel bas ; l’étrave les coupait : elles se reformaient.Notre compatriote, M.l’abbé Laganière, M.l’abbé Rocher, de Saint-Pierre et Miquelon, et moi, nous allâmes à l’arrière nous asseoir.Afin de mieux résister aux coups de la tempête, nous nous tenions les uns aux autres.Une de ces larges manches à air, évasées comme des tremblons, que faisait trembler et crier le souffle du vent, nous servit de siège et de refuge.Le spectacle était sans égal ! rilVfltJJUu viflarfm nrJii*.> »-• I Le navire, lourde et disgracieuse machine dans le port, avait ses proportions atténuées soudain, dans le décor immense.Pareil à ces oiseaux dont la marche est pénible mais le vol admirable, il prenait une élégance de jouet solide, que nul n’aurait pu prévoir.Le génie humain dominait en souriant.L’avant se berçait parmi les flots.L’arrière descendait : la vague montait, bleuâtre.L’eau roulait une fusion de pierreries inconnues.Beauté si étrange, d’une f|( fil » i# i.r » < lîlti i*r -.r «.f .F'fVflntl • 4 .Si lfl'Vf.r; Hill *n ' IM « :* !,t i if.i *»/• ‘ u f ;i ai 1 f4 ,• * * f- IS fig 1 • fit/y 4r~ K K DO .?Sfi couleur d’acier telle, qu’il en sortait de l’angoisse.Nous restions là, pensifs, sur le pont imprégné d’eau de mer, inondé d’eau de , pluie.Au loin, suivant une route parallèle à la nôtre, mais en sens contraire, un charbonnier cheminait.Balayé constamment-comme il devait peiner, le pauvre, par ce temps terrible, avec sa lourde cargaison ! A chaque minute on ne voyait que les mâts.Partout, la même souffrance féconde ; plus de désert.L’homme voudrait en vain, aujourd’hui, fuir ses compagnons de chaîne : pas un coin de terre, une goutte d’eau, un flocon de neige ! Bien des fois, désirant cette solitude, je m’accoudai au bord du navire.L’eau passait, rapide, surtout, quand le roulis penchait très près de l’abîme le premier pont.Mes promenades s’étendirent jusqu’à la pointe du gaillard d’avant, là, où l’air applique comme un masque froid, où sa volupté devient plus pénétrante.A ne pas regarder en arrière, l’on se peut croire dans la solitude absolue, stylite moderne debout sur sa colonne, malgré le furieux assaut des pouvoirs marins.Dans cet endroit, je trouvai, à ma grande surprise, puisque alors nous étions à de fortes distances des côtes, un moineau.A mon appel, un passager acccourut.Mais l’oiseau, comprenant que l’usage de ses ailes, naguère salut, maintenant signifiait destruction, rampa sous des cordages, et disparut.Rien n’est lugubre comme la tourmente en mer la nuit.Le navire avance en frissonnant.Autour, le vent se plaint, le vent siffle.Les ampoules électriques, sur le pont couvert, tapies dans les angles, araignées lumineuses, tissent leurs toiles jaunes.Leur misérable clarté rend plus dense l’infini vivant des ténèbres.L’avant du paquebot, imposant dans l’espace rétréci par l’ombre, s’abaisse et se soulève.L’on songe à l’écrasement de deux colosses pareils l’on songe au naufrage où l’on ne voit rien.On se croirait arrêté, n’était, des hélices, la continuelle vibration.Les mâts, comme des lances, percent le firmament.Pendant les neuf jours que dura la tempête, à deux d’entre nous, il fut donné, une fois, d’entendre la docte conversation, pleine d’intérêt actuel, du comte de Lavalette, secrétaire de l’Automobile Club de France, et de Monseigneur Ireland, l’illustre archevêque américain, dont ne m’a point paru surfaite la renommée.L’éternelle et passionnante question, celle des rapports de l’Eglise et de l’Etat, en formait la substance, et l’on pouvait ouïr l’arche- H #' « p§>.WtiW-'f T#',; m #0 I# m lü Hit 1 ¦ ) :# rtaj • fjJujVV* I fr"e .mi ft •v-: m \ rx E » - » 1 » I .# 56 vêque affirmer, de sa belle voix grave, avec son visage austère, où se marque la pensée, et, je souhaite ici que la mémoire ne me fasse point défaut, ces paroles m’étant par elle seule présentes, après plus de deux ans : “ L’Eglise française, Monsieur, à mon avis, bien entendu, les principes mis à part, ne peut absolument rien perdre à la séparation Puis, le vieux sang celtique s’enflammant peu à peu, il parlait, la figure traversée des mouvements de lame de l’Orient, des pays prodigieux, où, clamait-il, avec l’exotisme de son accent, l’Eglise est encore pour la France aujourd’hui, une source inépuisable de bienfaits, même matériels.Le comte hautement approuvait, déclarant que, des catholiques serait grande l’amertume, si leur Dieu n’était plus le Dieu de la patrie, à laquelle ils restaient prêts à donner leur sang.Tout cela exprimé avec cette harmonie et cette correction du langage, avec ce rythme de la phrase, qu’ici nous avons tant de peine à acquérir, que jamais nous ne possédons dans leur plénitude, et, dont la conservation est rendue douloureuse, par l’hostilité qu’elle rencontre à chaque pas.Les deux interlocuteurs se séparèrent charmés l’un de l’autre.Monseigneur Ireland, hochant sa tête puissante, encore sous l’effet du plaisir profond de cette causerie, se récriait : “ Mais il parle très bien !.très bien !.”.Et, quelques instants plus tard, j’entendais le comte s’exclamer, devant M.l’abbé Laganière, sur le même ton d’enthousiasme : “ Monseigneur Ireland, par la connaissance merveilleuse qu’il a des affaires de ma patrie, peut être extrêmement utile à la France auprès du Vatican ”.Avec un air de doute sur cette influence de l’archevêque américain, notre compatriote ayant répliqué que sa teinte de libéralisme pouvait bien lui causer quelque tort aux yeux de la cour papale, le comte .reprit, dans un élan de conviction chaleureuse : “ Il faut cela pour rendre le succès possible ”.Monseigneur Ireland, un autre jour, se trouvant à la table où nous étions nous-mêmes, laissa tomber ce blâme : “ Je reproche aux Canadiens français de vérité nous souffleta.Aucun de nous Non ?.t ) ¦I n • : 1, -1 VWyvït ktk.ri;x J ill ne pas aimer assez la France ”, La cruelle ne répondit.Répondre ?.Le reproche était malheureusement trop fondé.Oui ?.L’aveu était vraiment trop dur.Et puis, quelles restrictions n’aurait-il pas fallu ! Dans combien d’âmes canadiennes l’autel est encore debout et la Divinité visible ! France ! non, chez nous, ton culte n’est pas mort.France ! pour les enfants que ton aile abrite, J« / ' •vw i i > t 57 / tu es la Mère, pour d’autres fils lointains, tu restes une religion, Ne les dédaigne pas.Dans leur effort d’ajouter une étincelle au rayonnement de ta gloire, nul ne se demande : “ Serai-je rémunéré ?” L’espoir de récompense pour eux n’existe pas.Non seulement, tu es la Mère-Patrie, tu es la Beauté, tu es l’Idéal.Voilà toute la 5: if logique de leur amour, de leurs travaux.L’un des plus humbles parmi ces humbles pose en frémissant le pied sur ton sol de légende, Bénis-le ! Dilate son âme à la mesure de ta grandeur ! afin que jamais, l’oubli, l’ignorance, l’ambition, ne fassent, de ton obscur apôtre, un apostat.Hector Demers.LES LIVRES / L’autre jour, par désoeuvrement, j’achetais un magazine français de fiction rempli de cette psychologie à outrance, où l’esprit se penche sur le cœur torturé de sensations délicates, l’analyse chimiquement, puis le frappe comme un gong et en écoute les vibrations.J’admire la psychologie, c’est une science nécessaire pour nous faire entrer dans la chemise des personnages ; mais, de grâce, qu’on nous épargne les livres dont elle fait l’unique substance.Son activité se porte sur l’amour ou plutôt sur la sentimentalité, la sensiblerie, et c’est une âme de rude santé qui s’échappe indemne d’une lecture où l’on voit homme et femme s’user à constater les érosions d’un sentiment sur un sentiment.Est-ce de la vie, cela ?Imagine-t-on, comme dans Jean d’Agrève, un gaillard jeune, robuste, riche, qui n’a d’occupation que trancher son cœur et l’expédier par lambeaux â sa maîtresse ?Naturellement, à force de s’examiner, se retourner de tous côtés sur le gril, les impressions s’exacerbent, un bobo tourne au cancer et la vie entière, sous le microscope inquisitif, accuse une surface tourmentée comme celle de la lune.L’imagination plongée dans l’amollissante rêverie rend l’âme maladive, inapte à chasser la vision d’un bonheur chimérique, et l’existence semble r * 58 boiteuse.Aussi la mort de Jean d’Agrève est la suite logique de sa vie.Il veut servir sa patrie, oui, mais après avoir jeté ses armes il cueille une fleur et s’élance à la poursuite des Annamites qui l’abattent d’un coup de fusil.Ce soldat n’a pas fait son devoir et ce n’était pas un homme.L’homme normal découpe largement la part du cœur dans sa vie, mais sans mièvrerie, virilement, les yeux fixés sur l’avenir, non pas rivés au passé.Qui n’a pas eu ses déceptions d’amour dont s’est évanouie l’amertume ?Dans le domaine moral comme dans le règne végétal, les morts doivent nourrir les vivants plutôt que les empoisonner.Les plantes croissent sur les végétations décomposées, les souvenirs peuvent devenir sources d’énergie.Le besoin d’agir, identique à la sève puisée dans la terre par les arbres, aussi violent que la faim, à part d’être la norme de tout avancement, constitue le grand facteur d’élimination en possession de l’homme et c’est ce facteur en sa double fonction qu’atrophie un livre qui force l’esprit à réagir, à se secouer comme un chat douché pour revenir à la santé.Ce qui survit à une lecture genre exclusivement psychologique, c’est une conception erronée des choses, un affaiblissement, une série de spéculations rêveuses ; la volonté, au lieu d’actionner la machine humaine, tend à l’arrêter, sous prétexte de la regarder mouvoir.La littérature canadienne n’est qu’à son enfance, mais j’espère qu’au lieu d’imiter un pernicieux genre décadent, elle prendra une forme énergique, digne d’un peuple rempli de vitalité.Les écrivains français modernes se moquent du romantisme, mais quel verdict rendront leurs successeurs plongés dans la vie absorbante et forte qui se prépare, quand ils critiqueront les analystes acharnés d’une des écoles actuelles ?Ils diront : C’étaient des efféminés ; et comme les romanciers peignent leur entourage, toute une société subira le même qualificatif humiliant.Le Canada se prépare un avenir vigoureux, sa littérature doit marcher à l’avant-garde.) I Alphonse Beauregard.» J.J - tv f rryiQCLhjij 1» -in, • f r t.fi f / r m w.59 S LES DEUX PIGEONS MALHEUREUX I KHtihrii m m ï LHÎito “ Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre ”, et sur le chaume aplati du vieux colombier, mille fois le jour, leur joyeux roucoulement se mêlait à l’universelle sympathie de la nature, au mois des fleurs et des moissons.Allègrement, la tête s’agitant à chaque pas, ils marchaient sur la dentelure des toits.Leurs petites pattes M I étaient rouges comme des ciselures de corail ; leur jabot, chatoyant et bleu, avait les reflets des plus beaux nuages.Parfois ils allaient boire ensemble à la vasque où le soleil brodait les plus Aères arabesques des dorures de ses rayons.L’eau y était claire comme “ à la claire fontaine ”, et parmi les papillons et les libellules qui y étaient venus boire aussi, quelques-uns, enivrés du charme incessant de l’heure 1 •t " r i l'heure est une éternité pour l’insecte éphémère étant morts sans regrets, jonchaient les bords des débris de leur sublime azur.y 11 ¦ II Lame du plus petit voyageur même est un abîme de désir : la parcelle de rêve tournant à l’inconnu, n’en doutons pas, nous est jetée par Dieu qui daigne veiller à tout, et pour notre joie et pour notre tourment, et pour notre vie et notre fin ; heureux pourtant l’être pétri de constance, qui vit et meurt content du même coin de ciel et qui n’a besoin d’autre amour que du premier ! Un soir, soir de mélancolie, soir fatal au cœur en peine, les nuages rapides couraient vers l’orient.— Je pars demain, dit à sa compagne le pigeon voyageur ; comme ces nuages, je toucherai aux portes de l’aurore, je verrai le dernier horizon ; sans cette vue des feux qui commencent le jour, je mourrais du rêve intense qui me pèse.I fl Sa compagne pleura discrètement : pour la première fois, le colombier s’assombrit de tristesse.La prime aube venue, on se sépara : l’adieu fut court, comme tous les adieux, et, l’amant disparu, la compagne fidèle regarda longtemps encore dans l’espace, où se perdait son espoir. 60 « Les semaines ont fui, les mois, les années, et c’est en vain que l’amante attend l’amant qui regrette toujours, lui, le prisonnier des lacs cruels.en ni Que de joies sans retour, larmes des destins engloutis ! C’est le pourquoi des “ larmes des choses ” — lacrymœ rerum.IV Le voyageur n’est plus revenu et sa compagne est tombée aujourd’hui sous la dent du chien qui dévore “ force os de poulets et de pigeons J’écrirai peut-être quelque jour son histoire, car j’aime l’histoire des faibles et des déshérités inoffensifs, qui sont en ce monde comme pour expier les fautes auxquelles le remords des coupables ne saurait suffire.Victimes du plus fort, esclaves des despotes, allez, la vie est une obole et vous avez pour votre argent.-m, Louis-Joseph» Doucet.ù'J > ; .j r>:Uy-i-JW ?U ).ill CAUSERIE THEATRALE LE CONSERVATOIRE D’ART DRAMATIQUE .Nous n ignorons pas les difficultés sans nombre que la création d’un conservatoire d’art dramatique doit rencontrer chez nous ; le passé est là pour nous le démontrer.Le Beau, ce dieu des contemplateurs, n’a guère d’adorateurs au Canada ; et ceux qui, en aucune occasion, se sentent pris d’un grand a IM JM J i / y%fi -I «: x* fir«fl •' « " BBffi • * «• ft ft *1 'fix; ' M 1» ?;r 'A* f •V'.i • • -, ,:Vk;r." MMca 1 fi>i ?UN i * f * ;.• • • t yM m m iricfi 61 rêve, payent chèrement leur folie devant l’indifférence et l’ostracisme de nos compatriotes.Les jeunes qui, au début des “ Soirées de Familles ” luttèrent courageusement à la fondation d’un conservatoire à Montréal, se souviennent à combien de sacrifices, je dirai même, à combien d’humiliations, ils durent d’éphémères succès.Mais à cette époque, ils n’avaient l’appui d’aucune influence sérieuse et c’est avec leurs propres armes qu’ils durent combattre l’apathie du public.Les temps sont changés et si le conservatoire Lassalle, tel que créé, subsiste fait triompher une grande et noble cause.Certe, nous sommes à une époque de transition.Sans vouloir rappeler ici les épisodes de “ l’entente cordiale ”, plus nécessaire au Canada qu’en aucun autre pays du monde, nous avons à défendre, contre l’invasion étrangère, le plus beau patrimoine de notre passé historique : la langue française à laquelle nous restons attachés par d’invincibles liens.Nous voulons l’autonomie de notre langue ; et si le cosmopolitisme nous envahit, nous avons, plus que jamais, raison d’élever la voix, nous les défenseurs de l’esprit français en ce pays.Evidemment, l’extension britannique a fait que l’idiome anglo-saxon s’est prodigieusement étendu dans les cinq parties du monde.Il est visible que la propagation de cette langue a été aidée par sa faculté d’assimilation.Quoiqu’il en soit, si la littérature anglo-saxonne, à raison de sa fécondité et de son développement, s’est introduite en ce pays, mais plus encore à raison d’un revirement brusque de l’histoire, sa puissance, que cinq siècles n’ont pu amoindrir, n’en présente pas moins pour nous le plus grand danger, puisque son influence menace de réduire notre langue à un idiome particulier qui, peu à peu, se fondra définitivement pour rentrer dans l’ombre.Le travail aidé par ceux-là mêmes à qui il ne reste que quelques notions de notre langue et qui se proclament Canadiens français, ne fera que progresser par suite de notre commerce journalier avec l’élément anglo-saxon.Il faut donc comprendre qu’une lacune est à combler : celle de créer un milieu propre au développement de l’esprit français.am : f :r f.rjs* rf m il aura ce que l’avenir ne peut que confirmer y.;'./ f-.-'f'.-'.; '/•I'?®1 [9 * ( $3035 - • • «4 « •Jv-iira * ».• • • • • • .1 f -U*.' -«•ft* •«.) ¦ # # ?v »* f t ‘1 • # n.• 4 TUIf .f • ft* : mt I +t y#» »• * » raw • 1 • » - ' ‘X .• 4 »f » * ¦4 ¦ J î* » * • If 62 r.1 Quelques pessimistes ont pu croire que nous marchons à notre agonie comme peuple et que la fusion de l’élément français avec la mentalité anglaise ne tient qu’à une question d’heures.Détrompons-nous : une race comme la nôtre sait résister aux caprices des circonstances et du temps.Nous avons trop devant nos yeux l’exemple du passé pour sacrifier le plus beau titre de notre gloire à un pur hasard de circonstances.Nous sommes à un tournant de notre histoire : un seul effort vers la pensée peut vaincre tout danger, et il faut bien comprendre la nécessité d’un milieu propre à la conservation de notre langue.Je le répète : nous manquons d’un milieu propre au développement de nos facultés artistiques.Quel avenir nous réserve cet état de choses, si le principal instrument, notre langue, se voit réduit à l’impuissance, si notre mentalité s’étiole avec le peu qui nous reste de caractère national ?Nous manquons de milieu.Songeons-y : le milieu est indispensable à toute évolution intellectuelle.« * I A quoi pourrons-nous reporter l’histoire de notre passé dans l’avenir, si nous ne jetons, dès à présent, les bases de milieux artistiques ?Savez-vous ce que Sainte-Beuve appelait la “ conscience de l’humanité ?” 11 qualifiait ainsi la série des faits qui composent la représentation idéale d’un peuple.Or, de quoi se compose cette série de faits qui constituent, en résumé, l’histoire de l’esprit humain ?Elle se compose, non seulement des évènements constitutifs d’une politique, ou de la distribution des richesses, ou, si vous le voulez, de l’évolution matérielle des peuples, mais elle comprend l’ensemble des productions intellectuelles qui sont comme l’expression de ce qu’une nation a de plus élevé : sa marche vers la Pensée.Or, comment pourrait-on véritablement mériter le titre de nation, si l’on ne se crée des milieux propres au développement de notre mentalité ?Le milieu, c’est tout.Son influence a tellement passionné les esprits, qu’il en est sorti une théorie depuis longtemps admise et qu’aucun ne saurait contester.L’École littéraire a depuis longtemps compris cette grande vérité, et voilà qu’on a créé à Montréal un conservatoire d’art dramatique.vmm m l y 4 I /V.o i 4 »*.w r; i'hfV y n i t ! • Œ*\ '• '[ • N * * • >* < ; î f* ,V‘.( /> #• f ' f l' «./liïfi// • 'i * 1 •>.f •1 * 1 M I » a 63 I !» f Nous ne saurions trop proclamer qu’une pareille tentative est propre à assurer, une fois de plus, notre existence nationale.Visiblement notre langage a besoin de se retremper aux sources de l’épuration et de la correction.Notre vocabulaire, peu millionnaire déjà, s’augmente, chaque jour, d’anglicismes et de barbarismes dont l’influence n’est que trop apparente.Nous parlons mal le français par habitude, par négligence.Songeons quels fruits produira une école de diction chez nous.Le conservatoire apprendra aux jeunes la théorie du beau langage, leur inculquera les beautés des chefs-d’œuvres français et les leur fera comprendre.Or, comprendre la beauté des littératures et la communiquer au public, voilà la plus belle œuvre d’épuration que nous puissions tenter.I* r (T thy srf Trop, chez nous, n’ont pas le temps, après leurs études terminées, d’ouvrir les auteurs.Le théâtre sera pour nous un éducateur facile et agréable.Commençons par répandre l’amour de l’art dramatique, et nous verrons tout le bien que notre langue en ressentira.Mais j’ajoute que le théâtre n’a pas seulement pour but la science du relief, de la perspective ou l’instinct de l’action.J’ai entendu dire que le théâtre était la faculté chez un auteur ou d’enlever le rire, ou de communiquer des émotions fortes et imprévues.Cela peut être vrai, mais le théâtre doit être avant tout une école de morale.Et ce qui le prouve, c’est qu’il est l’expression du siècle où il s’est développé.Qu’il prenne sa forme, son expansion à une époque, et il reste l’expression des mœurs, des passions de cette même époque.Je comprends qu’il soit, depuis longtemps déjà, en un état de décadence évidente ; et que, si l’on a sacrifié les émotions véritables au bénéfice de la féerie et du décor, les combinaisons pornographiques et sensuelles ont eu aussi leur influence sur les sociétés présentes.Mais cet état de choses n’est due qu’à une déviation passagère au profit de la curiosité populaire.La morale n’en a pas, pour ces raisons, changé ses lois, et le jour n’est pas loin où le théâtre reprendra son rôle de moraliste et d’éducateur.Ce rôle lui fut assigné depuis que ses lois existent, puisqu’elles sont celles de la morale qui nous vient d’une loi surnaturelle.Le rôle du conservatoire est donc dès maintenant défini : avoir un théâtre moral et créé dans l’intention d’épurer notre langage par l’étude des chefs-d’œuvres français.I tMi 64 •fin J’ai eu l’honneur d’assister, à titre de juré et de directeur du conservatoire, à plusieurs auditions et j’ai constaté la réalisation de mes prévisions.Chez plusieurs élèves, le résultat obtenu est plus que satisfaisant.L’on sent déjà le “ métier ”, indispensable au développement de l’aptitude.Dans quelques mois, peut-être, ceux-là mêmes qui nous ont étonnés par leurs facultés d’assimilation, seront des élèves presque complets.Il ne suffit pas d’être un bon élève toute sa vie.Daudet nous le disait : “ En quittant le conservatoire, il faudra oublier le geste, l’intonation du professeur et tâcher d’agir par soi-même.Apprendre ne suffit pas ; il faut sentir, il faut comprendre la vie autant que le théâtre, observer les mœurs, les usages, les habitudes, les hommes, enfin.” Ne l’oublions pas : si les éléments essentiels de l’action théâtrale sont la mémoire, le débit et le geste, en ces trois qualités indispensables résident les différentes manières que l’interprète dramatique emploiera pour exprimer la gamme infinie des passions humaines ; car, en ces trois qualités, essentielles pour rendre les divers caractères de la vie, sont renfermés le naturel, l’aisance, la diction, la déclamation, la sincérité, l’expression, la physionomie.Que les jeunes n’oublient jamais cette vérité qui nous vient d’un acteur célèbre, Lafontaine : “ Il ne faut pas seulement apprendre un rôle, il faut le vivre ”.Vivre un rôle, c’est communiquer le grand frisson, celui qui nous vient de l’art pur et sans lequel il n’est pas d’émotion véritable.Lorsque les élèves du conservatoire pourront nous communiquer les émotions de leur art, ils auront bien mérité de la patrie canadienne.Jean Charbonxeatj.fi® LISTE DES OBOIST 1STE]S Origène Le veillé Maurice Loranger Albert Lozeau ^am Mlle Noéla Dubrule Horace Archambeault J.-A.Ducharme Lrchambeault Dr Henri Duhamel tie«t Archambeault (Palmeri) G.-A.Dumont % ne Audette P.DuTremblay I e$t Bastien lain Beaulieu Bbie Beaulieu on se Beauregard Beauregard in s J Bédard 1 F.-L.Béique rthur Bernier njBerthiaume ji Bertrand lublieïi rède Bienvenu JBisaillon “•to W.-E.Blumhart « ], bn Bonnier cmchard loiliibeau Bainvillé , Boulet Bourgeois ,oo J Bouvier ave Boyer e Brissette ire Brissette tt Brodeur , L.-P.Brodeur Brosseau Juge A.-A.Bruneau iiir-E.Brunet Dlphe Brunet i Bumbray Duncan MacDonald Albert Maillé (Dreux) Rodolphe Maillé Dr Gaston Maillet Paul Mainfray Hon.Juge Paul Martineau E.-Z.Massicotte Eric Maurice Geo.McClure Dr Alphonse Mercier Honoré Mercier Adrien Messier P.-B.Migneault Emile Miller C.-A.Millette Hercule Mondoux F.-D.Monk Dr E.Montpetit Willie Mount J.-O.Mousseau Arthur Ecrément Paul Ethier E.Fabre-Surveyer Albert.Ferland J.-P.Fillon Louis Fontaine Zénon Fontaine Hon.L.-J.Forgét Rodolphe Forget Hon.Juge T.Fortin J.-A.Franœur Achille Fréchette Mme J.-A.Gagnon Honoré Gervais Charles Gill Rodolphe Girard Joe.Girouard A.Giroux Eugène Godin Sir Lomer Gouin J.-B.Goyer Ludger Gravel Henri Grignon O.-A.Pariseault J.-N.Pauzé Louis Payette Dr Frédéric Pelletier Ernest Perras J.-L.Perron Eddy Ponton Henri-W.Prévost Jules-Edouard Prévost Jean Provost îterpr passi iodre Henri Hains Louis Hains Elzéar Hamel Gabriel Hanotaux Casimir Hébert L.-P.Hébert Dr H.Her vieux Norbert Hotte sauce nnnn h R.Carrière inlempPî Chagnon ave Chagnon 2, Champagne , iam Chapman 1 Charbonneau ères I Chenevert Jhoquette .Juge F.-X.Choquet .Chouillou 3 Z.Comtois Corriveau a E.-R.Croteau ène Cyr Alphonse Racine Hon.H.-B.Rainville Hubert Raymond Fernand Rinfret Mme Huguenin (Madeleine) Thibodeau Rinfret F.Hurtubise Hon.Juge J.-E.Robidoux Dr J.-A.Rodièr Henri Roullaud Dr J.-A.Rouleau A.-A.Rouleau A.-V.Roy Elzéar Roy F-X.Roy Dr J.-H.Roy Amédée Jasmin leur Alfred Labelle Dr J.-E.Laberge Dr E.-P.Lachapelle J.-Cléophas Lamothe Gustave Lamothe Mlle Hermine Lanctôt Godfroi Langlois Mendoza Langlois Dr P H.Laporte Eugène Lassalle Rodolphe Latulippe Sir Wilfrid Laurier Alex.Lavallée Arsène Lavallée Mil 5.-G.Dagenais .Raoul Dandurand anase David i.David .L.-O.David i.Jérémie Décarie luald Delfausse De MartigjlgKl , _ ._.' Jacqueline L.De Mar- Hon.Juge L.Lavergne J.A.Leblandi->i:,f|S|^S|l Jos.Leclerc F.-Gustave Leduc Mme Cécile Léger Mlle Eugénie Lefebvre Mlle Yvonne Lemaître Hon.Rodolphe Lemieux A.Le veillé (E.Gallèze) Lionel Leveillé J.-B.Sigouin Chs-E.Stanton F.St-Germain Louis St-Germain Ad rien Thibaudeau J.-P.Thibaudeau Henri Tillman Ernest Tremblay Louis-P.Turcotte Hon.Paul Turgeon Roméo Turgeon Dr C.-N.Valin Arthur Vallée J.-N.Wilson Lawrence-A.Wilson *3 .Demers i Emma Demers tor Demers >emontiguy aie Desaulniers izalve Desaulniers pard DeSerres is-J.Doucet v K»-*-T * y y % 01 ®r-> m K r "i&Æ ti* z 6>y;&'& - vm IS f::r% #»!# ai /•v’/f Km rf vy> jSS nas % i-% ïfâ&jty."Sr.C>R W: Bp N .V'"Aw- ! m m m iffls HH™ K •> 9 * m SK J t m M l„v wmmm m • .-JA, - -" .) :% .-! : liftai, SSÉIMs « a 1 i SU® itlfiSf! §ylll§jg 8.-/.S rr,.V/ w M ^49 t âl t SfiflS * E* s rW-% ¦y-: l m m ÿk # îfSsisP5 $ÆÜ «F* Ma ti>r v> ¦ii \ il d J % a
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