Le terroir : revue de l'École littéraire, 1 mars 1909, Mars
b J *> > r r 1 Mm SB p / • ; r ?•Si * % 1 AT a;.i rr > n f f v V MARS 1909 Wi * 4 vV 1 V.N m SOMMAIRE * •> i p / V y llllasion.77 Alphonse Beaureoarb.Chàbles Gill.— La Fonrml.65 78 La Libellule.Germain Beaulieu.Jean Charbonneau.— L’Etre infime 67 Un Habitant.81 Englebert Gâllèze.Albert Ferland.69 La Passante I < Patinage 83 Alphonse Beauregard.Retour.Albert Dreux.70 Louis-joseph Doucet.— Legende noire 85 Emile Nelligan.Un Poète 71 Le Vrai Gabier 87 Lor is-Joseph Doucet.— Le Siècle Hector Démers.— Crépuscule.>5 ' ^ A î À yJaS K*»jiirV;.3 /jKr ^a Vw Englebert Gallèze.— Semences Emile Miller.72 ; Un Cbef-d’œnvre 90 Charles Gill.75 92 Jean Charbonneau.Causerie 76 * £ V1 f d * Secrétaire cl* la Rédaction : Germain Beaulieu MONTREAL X • V * ¦* V 4 y.P / « il o % / ' 1 * çs r i \SSK w X V 1 -T » f./ c FSfcîlx^ t aka.-r £ •r rÇ .t a \A> v *1 X V* f # rt f k : m r t » / «SI .\ I :4.X 1 Vst .% 1 v y \ L’ECOLE LITTERAIRE - 1 k V * t ft y rll V f liV * 3%' y If / 4 - * H \ \ y /¦ (Fondée en 1895) % i t \ 5;^ v n ‘O « Kl < i S t *2 Ut RBS < § t m m à ïM't ! \ ri f GABRIEL HANOTAUX, de l’Académie française, t * ,v.‘ < • - .: - * ., » .r.,.- • .1 - ' / • ; * « » # PRÉSIDENT D'HONNEUR, rM ¦ *.>’> c* , > WM -» GERMAIN BEAULIEU, président, , Vi,,; •• - fi v ALP.BEAUREGARD, JEAN CHARBONNEfÛ, r^-8Ï* C’ty • .A£ Wfi fjfi HECTOR DEMERS, secrétaire, F F ^F • ' ( » ' I > « ii * I jC I •> |U " ¦ 1 0 Ve # * % ^ • a ' i V I j • • « 1 i v 3 If x ’ JM ' / F1 11 » % .v r^T% X t & J # • T • .GONZALVE DESAULNIERS, ' T-V |^1 M "1 k Ii f .* tl' •i • A l J L #T Lc '|i ^ k * * f k .By a if mJ t f** Civ 4 » L.-J.DOUCET, TRÉSORIER, .• # v * ¦ i'1, * % ' *T V*‘F ?.- * r J * .1Lx e v ' .7 r» - * G.A.DUMONT, ALBERT FERLAND, CHARLES GILL^(% 11 • ^ •' | a^ .% » ‘ » n l .* • * i ^ f %# ^ Jli! ï t \y ?• r tr • * # * g I.| * » * j LIONEL LEVEILLÉ (Englebert Gallèze), ALBERT MAILLÉ (Dreux), E.Z.MASSICOTTE, \ EMILE NELLIGAN.\ X ¦M V î vyt : fr'.v ) i *- » V *¦ ' » c V : : # \ K f * k.r V» ay } \y f *7/ ,yt i •s\ I h m • m 4 l 4 \ m V A / H,.?* 'f* X / Bfl • > iV-Al r'i'V % / y » : til m, K A I i i y w .4 « % 1 i > L’abonnement au Terroir est de $2.00 par année pour le Canada et les Etats- année commence avéc iiiiméro :jde^ Unis, et de 12 francs pour les pays d’Europe janvier.V » m i 1 Toute communication concernant la revue doit être adressée au secrétaire de la ri , • -i v K rédaction./ X 1 J F \ V * ¦ i V » — : V N ARBOUR & DUPONT, imprimeurs-éditeurs, 419 et 431, rue Saint-Paul.m vj V I *?vi.M j é ?i # % f v'/c v, A.Vviéf 3v r y IA / > * f f ' » f v • i K4 f f '5 Fil m y .$ # ' » h ryfjttfv l't r.s % ( i / 65 i » LA FOURMI FRAGMENTS r.r.i Pro [r \ ( r I Extrait du “ Saint-Laurent " livre IX.“ Le Cap Eternité 1 w.Son sommet, où le lierre au pin royal s’accroche Se pare le dernier des derniers feux du jour Car le ciel embellit le front qui s’en approche.Alors que sur les monts étagés alentour Règne déjà la nuit, les heures trop rapides Paraissent un moment dans leur vol s’attarder Pour le géant qu’un rayon d’or vient inonder.Par dessus le grand mur lointain des Laurentides, Prolongeant pour le Cap son règne glorieux Avant de s’engloutir l’astre mourant l’embrase ; Et les vieux pins royaux se dressent en extase Dans l’éblouissement de ses derniers adieux.) J X 5 y » [ .Vers le soir, je parvins au fronton légendaire.Il projetait une ombre immense au roc voisin ; Plus le disque-écroulé penchait vers son déclin Plus l’ombre s’allongeait tout au loin sur la terre.Couvrant gorges et monts, ce voile violet En deux plans bien tranchés partageait l’étendue.J t Z 0 1 * .! X 66 1 Déjà l’aile du Soir à droite frissonnait ; Jusqu’aux derniers confins où pénétrait la vue A gauche, tout vibrait dans le ruissellement De l’or et du rubis répandus comme une onde.Le Cap et le Soleil se disputaient le Monde Et Dieu les regardait du haut du firmament.J ) Rien ne venait troubler le vespéral silence.Nul bruit n’inquiétait l’enchantement des yeux : Ni le bruissement des pins harmonieux Ni les soupirs des flots perdus dans la distance.J’ai penché vers le sol mon front humilié Devant la vision splendide, et j’ai crié : — O Nature ! ô rayons ! ô sidéral prodige ! Que devient ma fierté d’être un homme, et que suis-je ! O combat solennel d’un astre et d’un sommet, Je rentre dans ma cendre où mon orgueil s’effondre !.Mais comme si la Terre eût voulu me répondre, Une fourmi survint qui traînait un bluet.J’ai compris.Elle ancrait au fruit ses mandibules Tirait de-ci, poussait de-là, cambrait son corps ; Le mouvement triplait ses pattes minuscules.Bientôt, sur l’âpre sol, l’insecte à bout d’efforts Pour traîner son bluet déployant du génie, Inclinait un brin d’herbe en travers d’un gravier, Et le fardeau roulant cédait à ce levier.Les choses s’endormaient dans leur paix infinie.Pendant que le soleil mourait splendidement En face du grand Cap qui lui masquait la Terre, La petite fourmi luttait dans la poussière, Et Dieu la regardait du haut du firmament.y y # Hi?, $ vuvvr, » f tj({; i - i n :#< Vf' I • r/.• r 9 t I # 4 \ ' • r •« * J 67 J’ai drapé mon néant dans mon âme immortelle, Et j’ai dit au Soleil : Autant que ta splendeur une pensée est belle ! Par delà ton éclat plane son fier essor ; Et ton scintillement dans la nuit froide et noire Pénètre moins loin qu’elle au fond de l’avenir, ?Eblouissement d’or, in (i Car tes feux pâliront avant le souvenir Que mon âme éblouie emporte de ta gloire ! Et j’ai dit au Rocher : Devant toi j’ai frémi Mais le regard divin contemple en paix ta pierre ; Et ton dôme effrayant, vu de l’ultime sphère, Ne paraît pas plus haut que cette humble fourmi ! > Hi v.i'.ri: fi Charles Gill.K L’ETRE INFIME Je m’en allais seul dans la plaine, Par le soir languide et sans voix ; Je sentais palpiter parfois Les seules plaintes de ma peine.Comme en de très longs bercements Là-bas, vagues Tremblaient de tristes yeux d’étoiles Aux doux rayons d’enchantements.au ciel sans voiles J 5 Rien ne troublait l’ombre profonde.L’heure pleine de majesté S’en allant avec gravité Passait lentement sur le monde.5 > '* r • 68 Et je me suis dit, consterné : Combien vous paraissez infime Devant ce silence sublime O pauvre cœur abandonné ! 4 4 5 Qu’êtes-vous donc dans la nature O vous qui marchez dans la nuit ; Et devant l’étoile qui luit Qu’êtes-vous frêle créature ?4 4 > ) Tu n’es rien dans l’immensité ! Tes cris, on les entend à peine.Halte ! arrête-toi par la plaine Et retourne à la vérité ! ” i 4 Une étoile m’a dit dans l’ombre : Pourquoi ton cœur a-t-il frémi ?Laisse là ce monde endormi : Vers moi lève ton regard sombre.4 4 Elève-toi vers l’infini : L’homme doit porter haut la tête ; Oui, monte où le rêve, ô poète Ne commence ni ne finit.Alors vers les splendeurs nocturnes Je suis monté seul dans le soir ; Et le cœur tout rempli d’espoir, J’ai bu le rêve dans leurs urnes.J Et je suis resté très longtemps Plongé dans l’extase lointaine, Bien loin de la souffrance humaine Dans l’éternité des printemps.J lu III h ft t' rl.-V •' fi» r /.f;f>r7 îî: ( .w,.* / • "9 .I f ffVi 4 M & # Mi •• I * * i* j r ¦ * r .•.el 'rV'KH'1 » f w; *»• •< 11 69 ## Et depuis, par les nuits sans voiles Lorsque je marche seul parfois Vers les cieux j’élève la voix Et je grandis jusqu’aux étoiles.y y • it Ir •' I • * »' y rVfri» J eau Charbonneau.Extrait des Blessures, en préparation.HH I |f fS » LA PASSANTE Extrait du Canada chaulé frlrwy* Dans le chemin fleuri qui va longeant la grève, Les yeux épris du soir et l’âme ouverte au rêve Dans l’air languide où fuit l’odeur des mélilots, J’ai perçu, presque doux et perdus, des sanglots.Puis, revenant du quai parsemé de lumières, Une femme pleurante et blonde, en robe claire, Tachant de sa blancheur vague le soir serein Sema, plus près de moi, les pleurs de son chagrin.Lentement son image au loin s’est effacée ; Mais la passante en pleurs obsède ma pensée, Et, triste à cause d’elle et ne sachant pourquoi Cette blanche pleureuse encore pleure en moi, Vainement, je m’attarde à ressaisir mon rêve, Perdu dans le chemin qui va longeant la grève.5 i# h h'rVÆ tyfiiMi 11 ) Albert Ferland.Longrieuil, le 3 août 1907.• V lr f # # » & Vf > 70 •V RETOUR •V » Dans notre azur intime ou voltigent des rêves, Il passe, en certains jours, de longs vols d'oiseaux noirs ; Ce sont de vieux chagrins qu'on pleure par les soirs Des soucis qu'en notre âme on refoule sans trêves.5 Des lèvres qu’on n’a plus, souvenance d’amour, La caresse lointaine, ardemment nous obsède ; Notre âge est plein d’espoir, et rarement on cède Mais à la fin, pourtant, notre front devient lourd.) y Aussi, sur notre cœur descend quelque peu d’ombre.On ne peut définir ce long mal décevant.Sans en chercher la cause, on y songe, trouvant Qu’ici-bas tout est faux et que la vie est sombre.Hélas, j’eus des tourments indicibles de voir S’enfuir l’un après l’autre, au vent mauvais du monde, Mes blonds espoirs d’antan, caressants comme une onde Où vibre la chanson des rivages, le soir.Mais soudain, comme si se déchiraient des voiles Qu’on aurait étendus sur mes yeux, j’aperçois Tout un vol d’oiseaux blancs, mes rêves d’autrefois, Dans vos yeux si profonds, qu’on y voit des étoiles.Albert Dreux.Extrait des Myrtes, en préparation.w % e * •« *1 f: .ri-• 11 n *l / a • l l X/'fW.i T- • I / •• • * • •.» 6 HHartnia / e # • f 14 • l • I $ • f L/l ' 1 ft f• # #1 H# j • * •• •• • « f'ç / r.’t x i / % 71 » \ .UN POÈTE INEDIT Laissez-le vivre ainsi sans lui faire de mal ! c’est un rêveur qui passe ; C’est une âme angélique ouverte sur l’espace Qui porte en elle un ciel de printemps auroral.Laissez-le s’en aller ; C’est une poésie aussi triste que pure Qui s’élève de lui dans un tourbillon d’or.L’étoile la comprend, l’étoile qui s’endort Dans sa blancheur céleste aux frissons de guipure.t IM • » T Il ne veut rien savoir ; il aime sans amour.Ne le regardez pas ! que nul ne s’en occupe ! Dites même qu’il est de son propre sort dupe ! Riez de lui !.Qu’importe ! il faut mourir un jour.| • t Alors, dans le pays où le bon Dieu demeure On vous fera connaître, avec reproche amer Ce qu’il fut de candeur sous ce front simple et fier, Et de tristesse dans ce grand œil gris qui pleure ! J Emile Nelligan.c 72 - X LE SIECLE César, le grand Romain, avait une âme forte.Il disait au menteur : Je te hais Je ne parerai pas les coups que tu me portes, Disait-il à Brutus, au suprême moment.car tu mens.; A soi-même on se Et de sacrifier doit de valoir quelque chose, en vrai patricien, Les caprices humains de son esprit morose, Et de graver son nom au portique du bien.) Enfin j’ai résolu d’avoir l’âme discrète, De ne plus me plier au souffle du hasard : Je vivrai saintement comme fait le poète.On dira : c’est un gueux, mais je serai César.Notre siècle léger rit des bonnes paroles, Et, fier, il applaudit à la voix du veau d’or Que sur un piédestal, orné de banderoles La cupidité vile, hélas ! adore encor.O siècle, je crierai tout le long de ma vie Contre ton faux sourire et ta servilité ; Sous ton masque hypocrite où se tord ton envie, J’entends tes dents de fer, je sens ta vanité ! t QU S I It* * * #• W I •T ••lu • 4"' • r /• Mr.# r f • f i rtf i of,* Iff# 4 RfU ‘ tfVlry.r :RI f!»’ f ' • 73 Ta morale s’endort aux pieds de la richesse ; L’honneur est un vain mot sous ton regard honteux ; On égorge en riant, on corrompt la jeunesse, Et l’on n’espère plus, et ton art est boiteux.IS Ta gloire, c’est le luxe et ta pensée est morte ; Tu méprises la vie et ton cœur est méchant, Puisque pour un peu d'or tu crochettes les portes Et tuerais le poète avant son premier chant.S A quoi bon te nommer le siècle des lumières Ton ciel est-il plus clair aujourd’hui qu’autrefois ?La boue est toujours boue au chemin plein d’ornières, On a toujours du fiel pour la misère en croix.5 Tes grands réformateurs réforment peu de chose ; Qu’ils se contentent donc de prêcher la bonté L'inlassable bonté qui soutient et repose Avec son verbe sain et sa sérénité ! 1 J Honteux, Iscariote, au moins, voulut se pendre.Les traîtres de nos jours pèsent le prix du sang : Les vendeurs de serments s’efforcent de tout vendre, Glorieux d’escompter un gain de cent pour cent.Si le Nazaréen versait sur toi ses larmes S’il revenait demain parler la vérité ; L’abus de tes pouvoirs et tes nouvelles armes Suivraient au Golgotha sa sainte nudité.y Les Judas d’aujourd’hui sont pires que les autres Ils dorment sans remords, trahissent sans pitié ; Revenez donc, Jésus, choisir vos douze Apôtres : Le douzième vendra l’humble champ du potier ! y i ¦ m + \ I * 4 • f# ' • •« z X, 74 A quoi bon le redire au vent de la patrie, Elle qui n’entend plus la voix de ses enfants ?A quoi bon murmurer une plainte attendrie Sous le rire moqueur des bourreaux triomphants ?La mère est consolée avec l’aube nouvelle, Avec l’aube nouvelle est né le jour nouveau : La mère ne sait plus sa langue maternelle Qu’écoutaient tout émus ses enfants au berceau.Tu ne me comprends pas ! Je retourne à mon rêve Au rêve de tes preux qui vécurent pour nous ; Eux qui versaient des pleurs et qui luttaient sans trêve Pour leur langue, priant sur ton sol, à genoux ! ) Laisse-moi méditer leurs trépas héroïques.Je veux balbutier la langue des aïeux O Canada rêveur d’idiomes pratiques ; O siècle à dents de fer ! ô siècle crapuleux ! Et vous tous qui dormez vos sommeils funéraires, Drapés dans le silence éternel du passé, Vous que la vie usa de ses luttes austères, Que votre souvenir console un cœur blessé ! Femmes de mon pays, les perles de vos bagues Ont le reflet des pleurs que d’autres ont versés ! Vous qui nous rappelez les silhouettes vagues Et les “ jolis yeux doux ” des crânes trépassés, Vous toutes qui bercez sur vos genoux de mères Les voix qui chanteront aux échos de nos bords, Enseignez les accents de nos aïeules hères : Leur chanson est bien douce au repos des grands morts ; .< y 75 Car si nous oublions la langue de nos frères Et le chant glorieux des vieux jours révolus N’écrivons plus de mots aux croix des cimetières , Taisons-nous ! les grands morts ne nous comprendront plus ! 5 % K- r>.l - > Louis-Joseph Doucet.Extrait de La Jonchée nouvelle, en préparation.% a CREPUSCULE •1.1 Souvent, sur le talus, en face de la grève, J’ai respiré l’air frais, l’air du jour qui s’achève ; L’alouette scrutait, jetant de petits cris Le bord ourlé d’écume au contact des flots gris ; > Soudain, dans l’onde trouble, où s’éteint la lumière, Un bleu martin-pêcheur tombait comme une pierre.Le soleil, rouge vif, effleurait l’horizon.Sur le poli de l’eau courait un bref frisson.Et l’on voyait, fluide, au lointain, la montagne.L’air, de ses tons légers, nuançait la campagne.) Puis, le globe de feu disparu de l’azur, Tout devenait plus triste en étant plus obscur.Hector Demers.Montréal, 8 décembre 1908.f -i I 76 SEHENCES Au revers du fossé qui ceinture leurs champs Voici ce qu’ils disaient, les graves paysans : Assurément, voisin, que c’est un temps superbe.Il en faut, du soleil, pour faire grandir l’herbe.Oui ! mais le grain, plus jeune, a besoin de fraîcheur.Nous en aurons bientôt, je crois ; même j’ai peur De ce vilain brouillard, là-bas, qui se balance Car la pluie est, parfois, mauvaise à la semence Et, s’il en tombe trop, peut-être, ce sera Le légume, à son tour, pour lors, qui souffrira ”.Ils parlèrent encor, de la lune nouvelle De l’orage méchant, du vent et de la grêle.Du sort de la moisson, leur unique souci Ils aimaient, simples gens, s’entretenir ainsi.> 4 4 4 4 J 4 4 81 y 4 4 il 4 4 « > y UWWvrj- Tendresses aux versants des heures dépensées ! Semences de vertu, de force, de pensée ! Fragments de notre vie, aux brins d’herbes pareils Dont l’espoir est la pluie et l’amour le soleil, Quand de votre destin fragile il s’inquiète Faut-il taxer d’enfant frivole le poète ?Que chante le poète en ses rythmes subtils ?Nos rêves, dans les jours enfuis, germeront-ils ?Il dit la volupté de vivre et la misère Le désir, le remords, la honte et la colère Les ivresses de l’âme humaine, ses terreurs Et tout ce qui s’agite au ciel changeant des cœurs.r y rJi: J y i 4 4 5 5 Englebert Gallèze. RI Mît t if I » t at wifaW .r,t .Vlf 77 LT! KM VA à' AJ L’ILLUSION t C’est un palais â trois tours, Jaune ou rose tour à tour D’améthyste, d’émeraude De rubis, de marbre blanc De glace ou de diamant, Rempli d’éclairs en maraude.m irn -'-;rr m f'J 5 1 ?»>¦ b M 1 fV'.fVV % A de simulés assauts Le palais, lui-même faux, Répond par de fausses bombes, Puis, dans un bruit infernal Lance au vent du carnaval Tout son feu comme une trombe.J m LHH IfVv iffrf i pi t k rn r m.J1, :U iif Et Dieu, pour qui les soleils Et les torches sont pareils Jetant l’œil, par aventure Quand s’éteignit le palais Fit la moue et dit : Ce n’est Qu’un astre en déconfiture.0 1 Witt 1 5 Alphonse Beauregard.Février 1909.M?' » I; If X 78 LA LIBELLULE Du soleil, la face écarlate Emerge, au loin, de l’horizon ; C’est l’heure où la romance éclate Dans les nids de chaque buisson ; Où les tintements de la cloche Un par un, dans l’air, égrenés S’en vont, en un bruit de galoche, Railler les dormeurs obstinés.5 5 La libellule, avec extase Quitte ses vêtements trop lourds Pour vêtir sa robe de gaze Et son corsage de velours.J UMyV Pendant des mois, à l’aventure Elle a rampé, ne sachant rien De la lumineuse nature Qu’est le royaume aérien.1 Larve obscure d’une eau stagnante Etre humilié des bas-fonds Forme incomplète et répugnante Digne des océans profonds ) y Sous sa rugueuse carapace, Elle a senti croître Des ailes pour franchir l’espace Et pour aimer la vie.un cœur.ô bonheur ! •Ai .1 a r.H/« am :*•.î'r'f « I | / f» fi » 1 : ' f if,.# ' t •* «if - » t i • •t wr- it t I*'#» f # fW # • f4 f I •f f: r r • f ' »• "#>* 7 • • »* ./ » «v'ib'iîi • •(-' • t • i ¦ H.r, ^ r*1 79 Le long d’une lacustre tige Elle a grimpé, l’air triomphant, Et, dédaigneuse du vertige S’est confiée au gré du vent.y Ài Fantasmagorique sylphide Flamme éphémère du foyer, Dans le gouffre attirant du vide, Elle s’est mise à tournoyer.1 RWHUtt rfktfHK ' tiiUlnnr Et dans la splendeur matinale Faite de nuit et de soleil, Par une folle saturnale, L’insecte acclame son réveil : O les mazurkas, les pavanes, Les valses, les bondissements Où ses quatre ailes diaphanes Lancent des éblouissements ! m O la musique de ces ailes Archets sur les cordes du vent, Invisibles violoncelles Pleins des accords de Beethoven ! f Rien ne l’arrête dans sa course : Ivre du désir de tout voir Elle vole de source en source Du fleuve jusqu’à l’abreuvoir.5 # y Invinciblement attirée Par le miroitement des eaux Elle suspend sa course outrée, Pour saluer tous les roseaux.5 UUl • f ».I * 80 A peine les effieure-t-elle Et, reprenant soudain son vol S’en va planer, à tire d’aile, Loin des fanges de notre sol.1 Le temps n’existe plus ; l’espace N’a plus de borne : c’est qu’il faut Son aile n’étant jamais lasse Monter plus haut, toujours plus haut ! .) * * * Comme la goutte de rosée Fragment sublime d’arc-en-ciel Retourne, trop vite épuisée Dans le vague infini du ciel ; y y y Comme la fougère de givre Peinte à la vitre par la nuit Devant le soleil qui l’enivre Mystérieusement s’enfuit ; Hélas ! le soir, au crépuscule, â L’insecte est mort dans le chemin : Il n’a pas eu de lendemain.Mon rêve est une libellule.Germain Beaulieu.wÆ Extrait des Libellules, en préparation.m, m ¦B nnoma .Cf/ f fi U'ïAO' ft fl «2 »T* «Vf I f • f u ri * • r.t\ *• i-f*n •• Vf î*f i: : I fVf « •• • ' ' i ft ?»fgv.'.ft ifvf • # KO 81 | ft! ;U « UN HABITANT Le père Labrosse, dont je fis la connaissance il y a quelques années, au cours d’une villégiature dans le nord du comté de Joliette, n’était ni un paysan ni un simple cultivateur : le père Labrosse, comme il le disait lui-même, était un -1 habitant ”, c’est-à-dire le type d’une génération malheureusement sur le point de disparaître.Réfractaire aux modes et aux mœurs nouvelles qui débordent constamment des grandes villes sur les campagnes, il se coiffait encore, l’hiver, d’une tuque de laine, l’été, d’un large chapeau de paille du pays, portait des chemises de flanelle, des habits d’étoffe grise que “ la femme ” tisse elle-même, et cette espèce de lourds sabots en cuir que nos paysans appellent “ souliers de bœuf Les méthodes modernes que viennent, de temps à autre, prêcher des blancs-becs ne connaissant rien de l’agriculture, attendu qu’ils ont passé leur vie sur les bancs d’école, le faisaient rire.“ C’est que, voyez-vous ”, disait-il, “ ça diffère une plume d’avec une charrue ”.Ignorant le calcul et ne comptant que sur le travail, il n’imaginait pas un autre genre d’économie que celui de la lente épargne.Les fortunes rapidement et facilement acquises lui paraissaient de l’escroquerie.Enfin, le père Labrosse n’était pas de ceux qui se croient plus fins que leurs pères, quand leurs pères ont su, à force de travail et d’économie, amasser “ quelque chose ” et laisser du bien à leurs enfants, tandis que les gens d’à présent, qui vivent comme des seigneurs, meurent, presque toujours, “ n’ayant rien sous les pieds ”.Dans le village de Bayolle, tous s’accordent à le qualifier de “ vieux capricieux ” — par capricieux entendez hargneux, maussade — parce que le père Labrosse ronchonne du matin au soir et du Jour de l’An à la Saint-Sylvestre, trouvant à gloser sur tout et tous, mais particulièrement sur les jeunes gens.“ Ces gros messieurs ”, voilà comme il s’exprime, “ ça n’a plus îftft 1 8, if m rK ft â ffl *1 I A 82 \ besoin de travailler.Le travail les humilie.Ça veut avoir de beaux habits et la peau fine.et ça ne parle plus comme les anciens.” Et la voix du bonhomme s’élève peu à peu, sa figure s’anime, sa verve s’échauffe.“ De mon temps, on tirait les vaches, et elles donnaient du laitte, à pleines chaudières.et du bon encore.gras.Aujourd’hui, j’sais pas c’qu’on leur fait ?On les trait ?trait.?Naturellement les pauv’ bêtes comprennent pas c’iangage et donnent pas de laitte.” “ De mon temps, on baliait la place; mais proprement.Aujourd’hui on balaie.C'est différent, mais il reste de la poussière dans tous les coins.” Le père Labrosse nourrit surtout de la méfiance à l’égard des gens instruits, avocats, notaires, médecins.Il a comme l’impression que ça n’est pas honnête de gagner sa vie à faire la paresse appelle l’instruction : “ De l’esprit rapporté pour ceux qui n’en ont pas de naturel ”.Quand je le vis pour la première fois, on m’avait souvent parlé de lui ; et le bonhomme, à ce que je pus voir, avait aussi des renseignements sur ma personne.“ C’est un des petits Gallèze ”, lui avait-on dit.“ Vous savez ?Amanda, la fille au père Alexis Péloche.qui est mariée au boulanger.C’est un de ses garçons.Il étudie l’avocasserie.” Ce dernier détail n’était pas une recommandation dans la bouche du bonhomme.Le père Labrosse descendait le coteau du village traînant une brouette chargée de grosses planches rabotteuses.Mon ami Jean et moi, nous montions.En passant près de lui, mon compagnon l’interpella : “ Qu’est-ce que vous faites de ces planches, père Labrosse.?Est-ce que vous bâtissez ?” et il r.W wKÏ'i iVV rifthiwiJ -I Non ! non ! ” répondit aussitôt le petit vieux d’une voix aigre et flûtée, “ mais j’ai de la visite de ville ; et ces petits messieurs, vous savez, c’est capricieux.Ben j’voudrais y eux faire un piano ”.Et il continua son chemin, une étincelle de malin plaisir dans les yeux.Malgré sa constante hostilité à mon égard, ce petit vieillard me plaisait extrêmement.J’avais compris que l’aigreur de son ce * I* il" iU mu:I ! * fi •**.I V % KHHHr # 83 'if.f | ri caractère provenait du fait qu’il s’était constitué le partisan de la terre contre ceux qui la dénigrent ou la désertent, et que tous ces brocards, ces traits mordants, décochés souvent mal à propos, étaient ses moyens de défense, sa résistance malheureusement vaine au luxe et à la débauche des villes, qui envahissent, chaque jour davantage, les campagnes.Le père Labrosse n’était pas un paysan ou un simple cultivateur ; c’était, comme il le disait lui-même, un habitant.«• t a m.m Englebert Gallèze.PATINAGE ifwif Sous le dôme illuminé de mille et mille lampes électriques, la glace brille, rayée çà et là d’une courbe nette à fine bordure de neige.Les patineurs peu nombreux encore, presque tous de très jeunes gens, le buste penché en avant, les mains derrière le dos courent à une vitesse vertigineuse de droite à gauche, autour du patinoir, ou se balancent au milieu, décrivent parabole sur parabole, sur un pied, sur l’autre, toujours en dangereux équilibre.Dans l’application à dessiner un .8 parfait, une ligne impeccable de valse, un croisé en arrière, souvent ils empiètent sur le terrain des patineurs à direction fixe.Un choc, une chute sont imminents.Non, une volte-face périlleuse, un brusque coupé, une légère déviation, et tout rentre dans l’ordre incessamment varié.Peu à peu la foule arrive.Plusieurs jeunes filles, dont quelques-unes portent la tuque courte et la ceinture de laine, à leurs premiers pas sur la glace, rencontrent comme par hasard leurs cavaliers et continuent avec eux.L’orchestre, placé dans une galerie au bout de la vaste salle, prélude par une marche américaine riche de cuivre, et sous le fouet des accords métalliques, les couples s’élancent, les 5 sa Eli '• ,,rdi!-r;*vi * r .i I 4 84 solitaires exécutent pirouette sur pirouette, tous les patineurs se précipitent ivres de leur propre motion, dans un mouvement endiablé.Filles et garçons se croisent, se dépassent, se joignent, s’enfoncent dans la mêlée, surgissent et disparaissent en une seconde.Je saute sur la glace et après quelques pas je m’arrête au centre.Il y a bien deux cents personnes qui tournent autour de moi et à suivre cette incessante rotation, la cohue qui se dégage, s’élargit, ondoyante aux extrémités du patinoir, puis dans les côtés se resserre comme un ruisseau pris entre deux roches, je sens le vertige me gagner, ma pensée s’imprécise, se fond dans l’ensemble, tournoie comme tous ces êtres en balance, légers, sans autre direction que celle d’un caprice insaisissable.Après un redoublement de gammes sonores, la musique cesse abruptement et je sens les dernières notes me tomber, comme des grêlons, sur la tête.Un silence de dix secondes ; clairons et trombones ont déshabitué les bouches de parler, la vitesse devient nonchalance, nombre de patineurs vont se reposer.Sur la surface dure et polie l’acier grince.Toutes ensembles les conversations recommencent, au milieu desquelles percent des fusées de rire, de petits cris d’effroi et le sifflet des gardiens.Je rentre dans la foule toujours la même depuis dix ans que je la connais.Devant moi ce jeune couple qui cherche à s’imprimer un mouvement gracieux et ne parvient qu’à marcher gauchement, me rappelle nombre d’anciennes entreprises, alors que j’enseignais aux jeunes filles un art dont je ne possédais que les rudiments.Pourtant, malgré mes pieds inhabiles, il me semble que je m’amusais plus qu’aujourd’hui.Où sont celles qui, s’appuyant instinctivement sur mon bras, disaient : Faites attention ! Je regarde partout sans reconnaître une âme.Plusieurs délaissées jouissent apparemment du sport pour le sport même.M’offrirai-je ?A quoi bon ! C’est d’un symbolisme étrange, mais les amours sur la glace fondent avec elle.On devient amis, on jase familièrement, on promet des rendez-vous au même endroit, puis, le printemps venu, chacun prend son côté et parfois l’on se retrouve l’hiver suivant pour recommencer le même flirt.Est-il bien vrai que mes soirées au patinoir étaient plus agréables autrefois qu’aujourd’hui ?Le temps retouche habilement les impressions lointaines ; il efface les petites lignes, appuie pesam- ) 9 y.*.¦ A % f » f I t.I ¦ * i t }' r f.r Ft» WfWi t» 85 ment sur les grandes pour nous laisser une image nette et riante.Je me défie de ses tableaux ; je n’accuse plus le présent sans avoir fait au passé un procès minutieux.Ces plaisirs de jadis marchaient de front avec des contrariétés.Les déceptions inhérentes à l’effort de plaire, la jalousie de la concurrence avec des amis plus âgés que moi, l’ambition d’atteindre au patinage fantaisiste, harcelaient mon esprit, m’enlevaient la sensation du glissement rythmique que maintenant je goûte pleinement.Je patinais pour faire des conquêtes, orgueil toujours suivi d’humiliations ; je transportais sur la glace le vaste champ de l’entreprise masculine, détruisant ainsi le charme particulier d’une action éloignée des habitudes ordinaires de la vie.Une valse lente que répand l’orchestre me ramèrîe à l’heure actuelle ; je pars sur la glace comme un flâneur, sans attache absorbante, sans regret, sans désir, pour la seule jouissance physique.Et dans dix ans, faisant à l’inverse l’analyse du passé, je me demanderai par quel mystère mes soliloques ne m’ennuyaient pas, et je découvrirai que je possédais deux grands biens : l’insouciance et la liberté.Le reste n’importe ! Patinons.' f m Wifi.Alphonse Beauregard.Février 1909.LEGENDE NOIRE l C’était un soir d’automne tristement sombre, un de ces soirs qui parlent étrangement, où le cœur qui espère sent ses rêves pesants ; pourtant mon front brûlant d’un dernier labeur bénissait comme un parfum le vent doux et indécis de la plage aimée.Le fleuve était calme et beau.Depuis une heure la cloche de l’église, éveillant les prières pour les morts, avait tinté ; le boipourril, oiseau solitaire comme l’instant qu’il chante, avait évoqué l’esprit des songes.: • ffi Pf* •••••*•» .ir.r: ;• « \t«• ïi • titl H .* » f # # » .?» - Wlf t ¦ f ' *4 -• λ I .# 86 S Lame pleine de religion, religion de l’insondable et immense nature, je me promenais bénévolement sous les peupliers sans feuilles, là-bas, le long de l’interminable route.Et je vis, loin, par-delà les monts, des lueurs étranges comme des regards de bêtes fauves, chargés de fureur, de sang et de malheur, sous des nuages d’une couleur indécise comme les bois d’automne.Alors je devins triste après avoir souri, et mes yeux qui voyaient voulaient voir de plus en plus.Je vis aussi de grands oiseaux aux ailes immobiles, traverser cette image vaste de mystère sous les portiques très étroits de l’infini.Et je vis aussi quelque chose qui n’a aucune proportion avec le monde épars de nos choses, quelque chose qui ressemble à la gloire d’avoir vécu, à la gloire vraie dont l’âme a soif et qui coûte la vie à l’être qui désire.Bientôt, repliant sa forme oblongue de bec, cet occident de soir brassa des voiles en triangle, de gaze jaune et de dentelle rouge, puis une main ouverte se dessina, noire et crevassée, sur le fond d’une image, ayant près de la paume, comme les mains d’un crucifix, un clou à tête octogone, et plus noir que le reste.J’eus peur et je courus du haut du rocher vers ma cabane à la lisière des peupliers.Quand je fus assis près de mon feu, mon esprit devint plus paisible et je me rappelai ,mot pour mot, quelques phrases déjà lues dans un livre cabalistique et dont j’ignore le titre ; les voici : ” Dans un territoire très lointain de l’Amérique du Nord, aux temps les plus reculés, où, seules, quelques peuplades sauvages marchaient à l’aventure, un démon prit la forme humaine et, voulant imiter l’Homme promis, se cloua à une croix, et aussitôt, comme par une punition venue du ciel, périt en criant, consumé par le feu de Séboïm, de Ségar et d’Adama.Celui qui dit ne m’a pas dit où sa poussière demeure ; mais les flots du Jourdain en entraînent et le roc qui passe la mer la plus proche de Curnes où vécut la Sybille, dans son cri rauque et secquement énorme, imite bien le râle dernier de ce démon sur sa croix de flamme.“ Son âme damnée deux fois recherche le pourceau et la bête effroyable allant, le poil hérissé, par les nuits et les orages qui tuent et fulminent sur les toits hauts.” Cette âme habite aussi les ponts en ruine et y attire les reptiles lu if r ê 1, BQ;vi • .M • • » I » *'• s1/1* 1-?« • • ' tr., i à i J*.I! * : 87 * les plus redoutables ; c’est pourquoi on se sent parfois frémir sans raison, sous les soirs sans étoiles.Il ne vente pas et les maisons craquent lorsque cette âme y passe.“ Une main consumée, effroyablement noire, apparaît un soir à tout cent ans par-delà l’horizon de l’espace : c’est la main du démon Aprooune.” ïmrscr'u Hit %?r; f.l •>! -¦-•T,.-! * C’était à l’heure où la colline Prête ses ombres aux vallons, A l’heure où l’occident s’incline Sur les infinis horizons.Louis-Joseph Doucet.LE VRAI GABIER (Fragment d’une œuvre inédite) Toute l’après-midi, des goélands, des pétrels, des hirondelles de mer avaient rasé la vague en criant clair, dans le ciel mollement neigeux ; puis le soleil s’était couché au milieu d’un cortège de nuées rousses qui, là-bas, semblaient plonger avec lui dans l’humide horizon.Alors que le crépuscule n’éclairait plus que le haut des mâts du navire, l’air devint plus pur et balaya ses vapeurs, hors quelques blancs cumulus que nous voyions rapidement charriés dans les hautes régions de l’atmosphère.Mais en même temps la brise se fit violente et comme brûlante de froid.Ce soir du 21 mars 190., le Mingan, voilier-frégate d’un gabar élégant et sûr, aux amples voiles dans ses trois mâts altiers, 88 voguait vers le couchant O longitude de l’ouest et la 52e 30’ latitude du nord.Le cap Norman était en vue, avertissant que nous allions bientôt nous engager dans le détroit de Belle-Isle.A ce moment, j’allai sur le gaillard d’avant et considérai dans la brunante cette région de ma patrie, impressionnante dans son âpreté de terre inculte et boréale, région qui m’était jusque-là restée inconnue.“ Quelle nuit aurons-nous ?” se dirent entre eux les gens de vingt nœuds à l’heure par la 55e • i mer.A peine une heure plus tard, les vagues s'étalent faites si grosses, qu’elles paraissaient plus élevées que le gaillard d’arrière et qu’elles menaçaient à chaque instant de le couvrir.Quoique l’obscurité fut déjà grande, la mate clarté des étoiles nous permettait d’apercevoir ces collines superposées, enchevêtrées, s’avançant dans d’horribles cohues, et dont les sommets étaient roulés comme des cardées de laine.Le mugissement de ces flots, le sifflement de l’air dans les cordages étaient devenus si intenses que, même en criant à tue-tête, nous ne pouvions nous entendre à quelques pas de distance.Quand le promontoire fut doublé, la nouvelle direction imprimée au vaisseau lui fit recevoir les lames de flanc.Par moments, arrivé à leur sommet, il subissait une déviation dont les conséquences devaient bientôt lui être funestes ; car le vent redoublait de force, en même temps que le détroit se rétrécissait devant notre route.La crête des vagues, semblable à des crinières tordues, se détachait en colonnades, montait en fusées, s’embrunisait, allait glacer la mâture et s’abattait ensuite avec furie sur tout le pont.Des glaçons pendaient le long des mâts, au bout du beaupré, des vergues, à tous les agrès, et les voiles en étaient lourdement recouvertes.Celles de misaine et d’artimon ayant fasié violemment par suite du virage, se fendirent à leur milieu comme une vile étoffe et furent emportées en lambeaux, par la force de l’ouragan.Plus de phare sur notre route.Si l’un de ces veilleurs de l’infini gardait encore ses feux, l’embrun montant nous les voilait, Vu le danger que nous courions dans cette passe, notre commandant voulut conserver le reste de voilure ; il ordonna donc de carguer les cacatois du grand mât et de la misaine.Certains d’entre les 9 am • •# y. f fl 89 n- « ms.m gabiers demeurent attachés aux manœuvres ; d’autres se blottissent O derrière le treuil, les cabestans ; un pour tenter l’entreprise.Les haubans glaçonnés crient sous le Wifi'ini seul se sent l’âme assez géné- reuse poids du marin, en le balançant dans les airs.Avant qu’il soit à la hune, voici que la grande barre qui est au-dessus de sa tête se détache et le heurte, puis par une longue inclination à tribord, il est précipité et plonge debout dans la mer.Déjà les compagnons de l’infortuné tentent de descendre un canot ; mais à peine lui a-t-on fait franchir les sabords qu’un paquet de mer le chavire et l’écrase.La cloche du bord vient de sonner, et dans l’obscurité on accourt à la cabine du conseil, où se démène un fanal pendu au plafond.L’index sur la carte maritime et fixant tour à tour le second, les gabiers, le capitaine dit : “ A un demi-mille de la cote.Six brasses d’eau.Qui demande à stopper ?” Les lèvres de tous ces hommes étaient encore closes que le Mingan tressaillit, martela le dur et gémit de toute sa carène.Nous avions touché.Et trois lames successives couvrirent le pont, démolirent le rouf, en inondant la chambre où l’on délibérait.“ Barre à droite ! Cap sud-quart-ouest !” Notre vaisseau n’avait pu encore prendre cette autre course que le vent nous apporta, en les déchirant, en les secouant, ces deux mots du gabier qui surnageait encore, mais que nous ne distinguions pas dans la nuit : “ Vergue.mer Juste alors, un second coup fit rompre sec plusieurs étais et galhaubans de la misaine ; et ce mât ne tarda pas à se briser un peu au-dessus de sa deuxième vergue, en laissant ce débris osciller sur nos têtes, ainsi qu’un funèbre pendule, pour compter les terribles heures de l’ouragan.Peu après minuit la lune se leva, illuminant le sommet des rochers du Labrador canadien, mornes et endiamantés par le givre.Le détroit et son dernier phare étaient derrière nous.A son retour, en effaçant le disque de la lune, l’aube empourpra l’espace, depuis le lointain horizon d’où elle s’avançait, jusqu’au point vertical du ciel, en teignant de pourpre la cohorte des cirrus qui y flottaient épars.Et, de ses rayons obliques, le soleil mit du feu sur toutes les houles, en animant notre vaisseau, qui, maintenant, voguait en plein golfe, avec un seul mât et deux voiles — l’artimon et ses perroquets — restés solides.Couvert de glace, on en eût dit un navire fantôme ou bien un jouet de cristal qu’un enfant aurait malmené.n1W3 • ri •* / « ( I 90 Oui ! ce matin-là s’efforçait de nous faire oublier les malheurs de la veille.Mais hélas ! le gabier sans peur de notre frégate n’était plus.Mer ! il bravait tes tourmentes et il était héroïque sous ton empire.Garde son corps aux profondeurs de tes flots sans pitié ; berce-le longtemps, enlacé dans les guirlandes de tes géants fucus, et qu’il repose dans ce tombeau errant, parmi les goémons verts de tes abîmes.# # Emile Miller.• J :« f t 0 UN CMEF=D’ŒUVRE r 9 Le pauvre MacMillan n’aura pas quitté cette vie sans signer, au bas d’un suprême tableau, son testament d’artiste.Les habitués de la Gallerie des Arts ont encore présente à la mémoire cette œuvre profondément émue qu’il exposait, peu de temps avant d’aligner pour la fois dernière le bataillon des couleurs sur le champ de la palette.Figurez-vous une tête de mort couronnée de lauriers, empanachée d’une plume de paon, et se détachant sur une grande palette multicolore.Des pinceaux usés, réunis en faisceau dans l’ouverture ovale de la palette, s’étendent en évantail au premier plan où traînent, vidés, des tubes à couleur.Un faible rayon de lune allonge un reflet bleu sur l’os frontal, et une bougie presque entièrement consumée éclaire de côté l’horreur de la dernière grimace.Au bas, l’auteur a fait graver ces mots : “ A quoi bon ?” Bien que peint dans une note réaliste, le tableau de MacMillan offre cependant un symbole capable de supporter la plus minutieuse analyse.Sans doute, elle a appartenu à un artiste, cette tête penchée avec tant d’amertume sur les attributs de la peinture.Les sutures du crâne, très apparentes, attestent que la mort n’a pas attendu r-l\t :» - If# .51,1 - .'il # I MM tf K* KH»',.* Byfl ‘rît/ J f i IT tiv - i # # 0 • 1 ¦ f- ft .I .î'Hi&vift.WOIM tUlu.» • > • « .4 12 I ,:/:î > • / fil rr»f #1 f./îi # « i« t • «• • » léVf # # V4 1 MW'# 111 flf M r-KW a S f • •*4» MriTr 91 \r/.r|f*t | m l’âge.De vastes pensées ont pu tenir dans ce front large, haut bombé ; elles ne devaient pas en déloger facilement, car la ligne ferme du maxillaire inférieur indique la ténacité.Nous évoquons tout de suite une de ces existences tourmentées de grand artiste incompris.L’histoire de celui-ci se présente facilement à notre imagination.C’était un de ces géants qui devancent leur époque.Il s’est heurté à l’indifférence de ses contemporains, en voulant faire rayonner à leurs yeux l’idéal qu’il avait au cœur ; réfugié dans la ferveur de son rêve grandiose, il a été emporté, douloureux et fier, loin de la joyeuse mascarade ; il a subi les tortures de la faim et le sarcasme qui, plus cruel, insultait son génie, mais il s’est cuirassé contre l’adversité ; soutenu d’abord par l’enthousiasme, ensuite par l’orgueil, au milieu des effrois de la solitude qui se fait autour des misérables, il a lutté jusqu’au jour où la misère et le désespoir l’ont tué.En effet, “ A quoi bon ?” Ceux qui veulent unir le rêve à l’action pour arracher à l’inépuisable nature le secret d’une beauté nouvelle, expient trop souvent ainsi leur entêtement.Après les héroïsmes du sacrifice et les fiertés de la volonté triomphante, après tout le courage d’un cœur généreux, tout le génie d’une grande âme, nous voyons, fauchée en pleine jeunesse, une tête dont le rictus semble être un terrible reproche au travail et à la gloire.î I La lumière de la bougie fait ressortir les lauriers tardifs et les harmonieux mélanges de couleur étalés sur la palette ; elle éclaire aussi la plume de paon orgueilleuse et la grimace.Cette flamme symbolise bien la mémoire des hommes, car elle n’embellit pas toujours ce qu’elle éclaire, et elle éclaire indifféremment ce qui est beau, laid, noble ou vain ; elle la symbolise surtout en ce qu’elle a de périssable : elle va bientôt s’éteindre.Tout va disparaître dans l’ombre.Après la mort du peintre, ce sera l’oubli pour son nom et la nuit pour son œuvre.Non !.Sur cette toile comme dans la vie, les ténèbres ne f.>1 : triompheront pas de tout.Quand la bougie sera consumée, nous distinguerons encore le front, à la faible lueur bleue qui le frappe ; la seule partie de la face humaine qui ne soit pas hideuse sous la chair, dormira dans la clarté venue des immensités mystérieuses où les muses ont des étoiles pour orner leurs diadèmes.Le ciel fera l’aumône d’un rayon de lune au siège de la pensée.Ainsi, les noms I ».i • I 92 •„ r.prestigieux, les chefs-d’œuvre, les philosophies, tout finit par tomber dans l’oubli ; mais le travail n’aboutit pas au néant, car la Pensée demeure.Le grand artiste mort pour l’idéal aura atteint un but aussi splendide que celui vers lequel tendait sou espoir.Avant de disparaître, son œuvre en aura inspiré d’autres dont le lustre rejaillira tôt ou tard sur sa nation.Son effort l’aura même élevé plus haut qu’à la sublime gloire d’immortaliser une patrie.Savoir dégager l’éternelle beauté captive sous les aspects multiples de la forme, et la présenter aux contemplations de l’âme, c’est contribuer à l’anoblissement de l’humanité ; c’est lui faire entrevoir, au milieu des nombreuses laideurs qui l’affligent, le côté radieux de ses destinées ; c’est éveiller en elle le sentiment de la majesté divine ; c’est la rapprocher de l’infini.Dors en paix dans ton rayon de lune, ô large front martyrisé par le génie ! ¦ # # Charles Gill.CAUSERIE J’avais choisi un petit coin, le plus obscur de la grande salle du Monument national, et je m’étais installé dans une modeste banquette de parterre, inaperçu, silencieux.La promesse d’un programme dont les titres rassurants avaient été cueillis parmi l’œuvre des maîtres de l’art, m’avait rendu impatient et je me préparais à le méditer.Certe, Jan Ivan Paderewsky est bien, à cette époque, le grand prêtre du clavier.Précisément parce qu’il nous apparaît vieilli par le travail, la ¦ f# h K ni .¦j y '¦ jjrv • • rr m «WH .JHjr i MHf :• - lï k itiV 4 1 V y ji/j r.i iWI fié i 93 pensée et l’expérience, il est bien désigné par les dieux pour rendre des oracles.C’est en écoutant la première partie de son programme que les prophétiques paroles du grand Lamartine me sont revenues à l’esprit, paroles restées des axiomes pour le poète pour qui l’idéal de la vie doit être faite d’amour au commencement, de travail, de luttes au milieu, et de graves méditations au déclin.C’est bien aussi l’image de la vie de Paderewsky.Il est passé successivement par ces phases distinctes et jamais homme ne donna plus raison au poète des Méditations.La même marche ordonne, conduit l’âme du musicien dans l’interprétation et surtout dans la compréhention de ses idoles.Ceux qui l’ont suivi depuis un quart de siècle savent qu’au début de sa triomphale carrière, Paderewsky faisait chanter, avec les accents de la plus profonde sincérité, la poésie de l’amour ; que par suite, avec l’enthousiasme, la fougue et l’ampleur de sa jeunesse, mais la passion s’étant un peu calmée, son jeu accusa plus de sûreté, plus de maîtrise ; et que, sur le soir de la vie, il devient philosophe, d’une philosophie grave et méditative.T i » r* r hr I ÏWÂ' M 1 •* r r’.fWv DEI •X- IVVÛH il -x- -x- Ces réflexions me berçaient dans une rêverie.Sans omettre “ les Chromatiques et Fugues ” de Sébastien Bach, imprégnés d’un classicisme à outrance, du classicisme de l’époque enfin, études profondément scientifiques par leur structure, trop difficiles d’exécution pour le siècle qui les vit naître, mais que Paderewsky est bien qualifié pour exécuter et pour en faire ressortir toute la puissance lumineuse, je m’apperçois que le Paderewsky de l’âge mûr s’affirme par une compréhension toute caractéristique et personnelle surtout du génie de Beethoven, du Beethoven des dernières années, je veux dire, des années de profonde solitude et de cruelles souffrances.Dans cette sonate, Op.III, que le musicien détaille avec un art achevé, Beethoven s’applique à décrire, avec une science magistrale de la technique, des états d’âme d’une grande profondeur de psychologie et où l’artiste déploie une inspiration abondante.Dans K'waf 11 »s\ ma 11 m IV / -•'F-':-.:::, .-.k I"'‘ •¦••rtri’.'r! mi.'.Krfj 1 * ml • » 94 “ l’Allégro ”, l’auteur de “ Fidélio ”, plus passionné, nous dépeint aux heures de sérénité, le souvenir des premières joies si courtes, avec des éclats de fierté et de mâle volonté, pour atteindre quelques fois à des effets de virtuosité, mais sans jamais se départir de son génie d’invention et d’originalité.Pour ne dire qu’un mot des “ Etudes symphoniques ” de Schumann qui sont des envolées vers les cimes, pleines de majesté et d’une harmonie incomparable et où la puissance du mécanisme se rapproche d’une orchestration savante, je passe au mélancolique Chopin, dont on fête présentement le centenaire.Ses pièces, d’un caractère personnel, nous empoignent si profondément, un charme si irrésistible s’en dégage, empreint d’une poésie si intense et si romantique, que nous sommes émus jusqu’aux larmes.* * Je songe que Chopin, le Chopin des “ Valses ”, fut l’ami de nos premières méditations poétiques.Je le balbutiais passionnément aux heures de tristesse, précisément parce qu’il me rapprochait des maladives figures de Musset et d’Edgar Poë, les premiers poètes de ma jeunesse.En l’écoutant, je me demande, ce soir où Paderew-sky nous fait revivre la belle âme de Chopin, combien de spectateurs en saisissent la subtile mélancolie, toute la divine volupté.Près de moi, dans la demi-obscurité de la salle, un profane personnage, ému jusqu’aux moelles, a laissé choir sa prosaïque per- sonne ; et pendant que se succèdent les Nocturnes, les Mazur-kes et les Barcarolles, essaye de défricher la douteuse littérature d’un quotidien.Un peu plus loin, je suis distrait par deux autres, non moins profanes par leur inattention, jeunes éphèbes, causant librement ; et plus loin encore, semblant écouter par snobisme , ou par désœuvrement, ou peut-être parce que le maître foudroyé de son regard les trop expansifs auditeurs, je distingue des figures connues, rêvant d’autres rêves, sans rien comprendre à ceux de Chopin.il Je m’indigne, et pendant un repos bien mérité de Paderewsky je 4 •• I U %V •Y.t V1' l '* * " , H 1 / .• 4 ; J ; f ____J 041 f # ê f «r» i \r * f'.T'J • /.'«il» v‘.r : •- »• • r* [it \ 95 *1 me prends à réfléchir sur la mentalité artistique de notre population abondante, ce soir, comme aux représentations de fêtes nationales.Certe, me dis-je, il faut faire de nobles exceptions et je sais bien des esprits cultivés —j’en vois disséminés dans la salle, — qu un tout autre intérêt attire à ce concert que celui de paraître au premier rang de l’orchestre.Mais, hélas ! à combien pourrions-nous demander sérieusement une opinion sur une question d’esthétique qui pourrait répondre.Combien peu chez nous font cas de rechercher ou de déterminer les caractères du beau dans les productions de l’art musical ! J’ai entendu dire — ne vous scandalisez pas, ceci est authentique— que François Coppée était un symboliste et Beethoven un wag-nérien, ce qui n’empêchait pas l’auteur d’une pareille opinion d’être un musicien qu’on prétendait être d’un certain mérite.Je l’admets, mais son éducation musicale,puisée aux sources mêmes de l’ignorance, lui avait tellement faussé l’esprit qu’il professait naïvement les plus graves hérésies d’art, sans craindre pour sa réputation, réputation usurpée s’il en fut, car il avait cette imperturbable confiance en soi qui n’est que l’apanage de l’orgueil et de l’insuffisance.D’autant comme lui — et ils sont nombreux chez nous, — s’arrêtent à la seule audition d’une œuvre musicale pour la juger à sa juste valeur, selon leurs prétentions, et se fient volontiers à leurs propres forces pour s’en faire une opinion définitive, comme si, pour eux, la musique bannissait les lois de la pure raison, comme s’il suffisait d’avoir des notions superficielles de l’art sans y voir les rapports et l’ordre qu’elle dicte aux choses de la nature.) ?f m 9,7 0* * * ^ % -f *r » r ,{u I'.f j Et je me laisse aller à mes pensées.Je me rappelle que Platon, le premier esthéticien de son temps, qualifiait la musique “ le principe général des sciences humaines que les dieux ont donné hommes non seulement pour le plaisir de l’ouïe, mais encore pour établir l’harmonie des facultés de l’âme ; ” que Bossuet, plus près de nous, déclarait “ que les lois étaient des chansons.” Ah ! si mon noble voisin, l’auditeur si attentif, pouvait méditer avec moi ces aux # : # ¥ in! 96 belles pensées, peut-être apporterait-il plus de soins à saisir les beautés d’un art qu’il d’adoucir les n n’a jamais cultivé et qui, s’il a le don mœurs, fait, en même temps, partie intégrante de l’éducation d’un peuple.Je serais tenté de lui demander pardon d’être remonté jusqu’à Platon, s’il ne me venait à l’idée que les races présentes donnent, quant à la culture de cet art d’agrément ”, l’exemple le plus digne d’être suivi, si la tradition n’avait nullement agi sur leur esprit, si la musique n’avait créé les lois de l’harmonie des sons et si celle-ci n’était pas essentielle à la vie.Ceci me reporte, mon cher voisin, à toute une philosophie, que vous me paraissez peu apte à comprendre, n’ayant probablement pas les connaissances suffisantes pour en discuter les nobles principes.nous Et comme mon silencieux voisin s’obstine de plus en plus à oublier sa présence dans la salle, je me dis : On nous accuse d’avoir des notions plus que superficielles des littératures et d’être d’une indifférence coupable à l’égard des choses de l’esthétique, mais que penserait-on de nous, si l’on savait combien nous sommes en désaccord avec les lois de l’harmonie ?Comme tous les arts, la musique, chez nous, n’est que trop superficiellement comprise.On la traite légèrement, et tant qu’on la considérera comme un “ art d’agrément ” dans le sens le plus prosaïque que comporte ce terme, les grands artistes de l’envergure de Paderewsky seront peut-être écoutés, mais incompris et regardés comme des objets de curiosité plutôt que comme les dignes interprètes des maîtres de la pensée musicale.Paderewsky s’était remis au clavecin.Ma tristesse s’envola avec lui dans l’irréel pays bleu des Hères harmonies ; et, comme la contemplation m’avait repris tout entier, j’oubliai le profane voisin, plus que jamais obstiné à ne rien comprendre aux beautés du grand art.Jean Charbonxeau.L t I f J ht.I • »/ % 9 4 0 f J 4 >M 4 II 4 >3.Adam Dr Henri Duhamel on.Horace Archambeault G.-A.Dumont Archambeault P.DuTremblay )S.Archambeault (Palmeri) ugène Audette Duncan MacDonald Albert Maillé (Dreux) Rodrigue Maillé Dr Gaston Maillet Paul Mainfray Hon.Juge Paul Martineau E.-Z.Massicotte Eric Maurice Dr Alphonse Mercier Honoré Mercier Adrien Messier P B.Migneault Emile Miller G A.Millette Hercule Mondoux F.-D.Monk Dr E.Montpetit Rodolphe Monty Willie Mount J.-O.Mousseau )8.Arthur Ecrément Paul Ethier >hn Barry onrad Bastien srmain Beaulieu >g.Beaulieu lei Iphonse Beaureg i.enri Beauregard -L.Beauregard i de IA.Bédard on.F.-L.Béique -A.Bernard Arthur Bernier is.Berthiaume 1005 enri Bertrand incrède Bienvenu e It ;an Bisaillon .Biseonnette me W.-E.Blumhart aston Bonnier .Bouchard ourbeau Rainville r R Boulet • enri Bourassa lent -lib.Bourgeois ernardin Boutet • ®pp.Bouvier ustave Boyer ap.Brieebois ugèoe Brissette onat Brodeur on.L.-P.Brodeur lc.Brosseau ™ on.Juge A.-A.Bruneau rthur-E.E.Fabre-Surveyer Albert Ferland J.-P.Filion Louis Fontaine Zénon Fontaine Hon.L.-J.Forget Rodolphe Forget Emery-H.Fortier Hon.Juge T.Fortin J.-A.Franceur Achille Fréchette ard 41 Mme J.-A.Gagnon Honoré Gervais Charles Gill Rodolphe Girard Jos.Girouard Eugène Godin J.Léonidas Godin Sir Lomer Gouin J.-B.Goyer Lucien Gravel Ludger Gravel Henri Grignon Henri Hains Louis Hains Elzéar Hamel Dr J.-A.Handheld .Gabriel Hanotaux Alphonse Racine Casimir Hébert 5°?' ®ain^1^e L.-P.Hébert Hubert Raymond Dr H.Hervieux Fernand Rmfret Norbert Hotte Thibodeau Rmfret Mme Huguenin (Madeleine) ®f-on- Robidoux F.Hurtubise Tanerède Robillard Alfred Rochette Amédée Jasmin Dr J.-A.Rodier " 'Xgaenri Roullaud ^ > Dr J.-A.Rouleau A.-A.Rouleau A.-V.Roy Elzéar Roy F.-X.Roy Dr J.-H.Roy C.-A.Pariseault J.-N.Pauzé Dr A.Payette Louis Payette Dr Frédéric Pelletier Ernest Perras J.-N.Perrault J.-L.Perron Adrien Plouffe Eddy Ponton Henri-W.Prévost J ules-Edouard Prévost Jean Provost Brunet odolphe Brunet bieiihn Bumbray osesl me R.Carrière r E.-P.Chagnon f ustave Chagnon ap.Champagne m-m.EW ## i r E.-G.Dagenais Rodolphe Latuliope .Raoul Daudurand Sir Wilfrid Laurier thanase David Alex.Lavallée •-L.David _ Arsène Lavallée W# on.L.-O.David Armand Lavergne on.Jérémie Décarie Hon.Juge L.Lavergne omuald Delfausse J.A.Leblanc A.De Martigny Jos.Leclerc lie Jacqueline L.De Mar- F.-Gustave Leduc tigny ' ¦¦¦¦il .lie Emma Demers ector Demers ionis Desaulniers onzalve Desaulniers aspard DeSerres onis-J.Doucet lie Noéla Dubrule -A.Ducharme Mlle Gabrielle Senécal J.-B.Sigouin Chs-E.Stanton F.St-Germain Lionel St-Germain a 1 i .J 1 y Jf # * J#* ' | ™ I» ' ¦ 1 J *1 » l f V [ < -*t i I* f a /f t» » % W1 / J l ' ‘ Y j ^ ÏJ* ^ 9 9 i * • * r ^ ?•II» ‘ P v ^ " Adrien Thibaudeau Mme Alfred Thibaudeau J.-P.Thibaudeau Henri Tillman Ernest Tremblay Mile Blanche Turcotte Louis-P.Turcotte Hon.Adelard Turgeon Roméo Turgeon .16 on r iü.M me Cécile Léger Mlle Eugénie Lefebvre Mlle Yvonne Lemaître Hon.Rodolphe Lemieux Sévérin Letourneau A.Leveillé Lionel Leveillé (E.Gallèze) Origène Leveillé Maurice Loranger Albert Lozeau Demers Dr C.-N.Valin J.-B.Valiquette Arthur Vallée J.-M.Wilson Lawrence-A.Wilson # ?9 v Wafës;t* A» aW.-'.iV T-* .^rt**4! ' to .| Vi ill 4 1 Pmàxtâiï- tik, -:î^4m *'•*'*> *¦ '" 14 W! l;-A V zm IIP tii ST ¦ * m m n M 1 i y Y ;r A Pli P P c.% m h * .N-Xvp-iU Ti S mfl4« n > m % M.m » .1 h S N! VA 4 ¦ : .>m U '¦/Sfr: ' ' ", 'mSt&Wïfl r«r: -V %%,,,.mi r'XVlV z fm t b f , Fv ma Jn 6 v .1} v 8 ###, t f 2 Vi S;W- % # i ¦ \ I fm &h, JÈÉ -‘.'••v-'P 1 & H Ijââi' U W;,' .1.-Il Vf x ' Bà BK K ‘ ' FL» i I i ^ : j m-Mm m w m 4» PM S1 iSPllPl N%#4# ¦ I py, ttS >> ï> st s m • » ¦ > % # fl * vt iiSfc* * .MTâPï i : «5> •' 0*1 S' M fr « ES > * mm* *t§§ # $ m ft.w y *v*.-I /Zy- -i' f ••
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