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Titre :
Le terroir : revue de l'École littéraire
Revue littéraire mensuelle fondée par l'École littéraire de Montréal. Elle accorde une place importante à la poésie. [...]

Le Terroir ne connut que 10 livraisons. La première parut au mois de janvier 1909 et la dernière, groupant trois numéros, en décembre de la même année.

C'est à la séance du 28 octobre 1908 que l'École littéraire de Montréal propose de publier une revue sous sa haute direction. Le comité de rédaction est formé le 20 novembre. Charles Gill, membre éminent de l'École, est chargé de rédiger le liminaire.

Chaque numéro contient une quinzaine de textes en vers ou en prose, à l'exception des numéros de juin et d'octobre-novembre-décembre, qui en contiennent davantage.

Les promoteurs veulent définir « une âme canadienne-française », comme il y a une âme française ou une âme russe. Cependant, le régionalisme occupe une place somme toute bien modeste dans les textes de cette revue, qui révèle un cénacle aux idées esthétiques diversifiées, parfois traditionnelles, parfois plus audacieuses. On y trouve, bien sûr, des poèmes « terroiristes », mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils ne constituent pas la majorité des textes retenus.

En effet, la revue, qui représente un moment de la vie de l'École littéraire de Montréal, offre un contenu assez éclectique ou universel, malgré son nom et son option pour le régionalisme. Si certains des collaborateurs, comme Albert Ferland, appartiennent réellement à l'école du terroir, d'autres, par contre, tels Charles Gill et Émile Nelligan, sont d'un autre tempérament et accordent la primauté à l'universel plutôt qu'au particulier.

Le Terroir est, en principe, ouvert à tous. Dans la pratique, 153 des 160 textes publiés proviennent des membres de l'École. Seulement 6 des 25 écrivains qu'on retrouve dans l'index n'en font pas partie. En fait, la revue présente surtout les résultats des séances de l'École. Les membres se réunissent principalement pour lire leurs nouvelles oeuvres à leurs pairs. Les oeuvres jugées intéressantes sont « réservées » pour le prochain numéro du Terroir.

Parmi les collaborateurs les plus connus, mentionnons, outre Charles Gill, Émile Nelligan et Albert Ferland, Gonzalve Desaulniers, Louis Dantin, Edouard-Zotique Massicotte et Albert Lozeau.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, tome 4, p. 300-301.

COUTURE, François, « La liberté niche-t-elle ailleurs? L'École littéraire de Montréal, Le Terroir de 1909 et le régionalisme », Voix et images, vol. 24, no 3, 1999, p. 573-585.

Éditeur :
  • Montréal :Arbour & Dupont,1909
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Le terroir : revue de l'École littéraire, 1909-06, Collections de BAnQ.

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( ri ^ > 1 f w JUIN 1909 re- NUMERO SPECIAL * de la fête nationale A l’occasion SAINT-JEAN-BAPTISTE lires Zi \ )lt( 8 iendj- • él itairi i irai : I ! 5 ’ r » .'t ’ tfl* REVUE MENSUELLE ¦ i* * ' •, v • »• ' / > V .l’ECOLE LITTÉRAIRE .1 , V' îl N i #» * %: - m 1181 \ ¦> , » ' ' T TO O / j • W?• ¦ Publiée par et li / A* SELS, v iem % » V ' =) if™ i I » »*¦ l v_ ¦.«I w ve z 1 % f v/> 1 Oit m: T—y raid : ¦ i, .PREMIÈRE ANNÉE rw ;>/ X s ( *¦ 11 « ».mû it w x r*s *rm UB t r AV « a i • v Vf 'Ç * é t* V H r ?•>» .A - SOMMAIRE I' .• • i, « i o AW PROSE VERS Albert Ferland.— La Fierté canadienne 162 Alphonse Beauregard.— Un Conflit Jean Charbonneau.— Etude littéraire.174 Englebert Gallèze.— Pierrot Matnrin.184 G.A.Dumont.— Les Miettes de l’Histoire 190 .Notre Théâtre.,.,;./ 205 TBI Gonzalvf, Desaulnieks.— Canada I Alphonse Beauregard.— La Brume L.-J.Doucet.— A l’Orée du Bois.mi Gonzalve Desaulnieks.— Dans le Golfe Hb€T< Dkmeks.— Carillon.J neat.— Océan ;vpi I lay.— Les Bêtes nationales.202 .161 .164 &.165 173 » 181 • • • • 187 le Albert Laberge.— Chariot ERNE$f I I EL Z.Massicotte.— Folklore canadien.Jules Tremblay.Germain Beaulieu._.L.J.Doucet.— Giboulée d’Avril L.J.Doucet.— Effets de Nuit.Gustave Comte.— Un pen d Art GONZALVE DESAULNIEKS.« 194 « k I ¦¦¦¦Mm L’Ile des Morts.229 - Où allons-nous ?232 .239 WKIIKKÊgÊ^mw Désespérance.253 J Jules Tremblay.— La Catalogne.J.-A.Lapointe.— La Soupe aux Pois.Jules Tremblay.— Excelsior.WÊ Emile Nklligan.—Le Tombeau de Chopin.236 à II Albert Dreux.— Marivaudage.I Albert Dreux.— L’Oiseau divin " j Eoris-J.Doucet.— La Voix des Solitudes.241 J allèze.— Médecin de Chimères Germain Beaulieu.-Strophes a la Fillette 249 Louis Dantin.— La Mort de Champlain 215 SI; 226 231 K* 238 41 I 240 245 fr / I \ J ; i V f v 251 a r B.¦ W'iAVi A v J X A i.f / 2k » / f y Secrétaire de la Rédaction : Germain Beaulieu VA # * KM v .r> J MONTREAL ! Av .JM i V V A -*r.\ t*v> ?I V- ' .r f.% ** PM A :>A,V.ts # .‘ V I ' sy~‘ % if r y - r I U RMB 9 ^ < V x 4 ï.-V< fl P L ».V x ï i l - V» i U V ' .7*‘ '9 « v c \ * L’abonnement au Terroir est de $2.00 par année pour le Canada et les Etats-Unis, et de 12 francs pour les pays d’Europe.L’année commence avec le numéro de V 4 janvier.9 /- Toute communication concernant la revue doit être adressée au secrétaire de la », 13$K* ", rédaction.?r ; 4 ARBOUR 6° DUPONT, imprimeurs-éditeurs, 419 et 421, rue Saint-Paul.i I Sr kJÉ ' / ' » 1 / % fa .\ » « / -",'4 K « % f \ i ?i v i.» Vf % M • Ar' 161 » mbk * t CANADA i tot f Terre des libertés Dans les ors des étés Les cieux t’inondent De fleurs et de chansons Pour que dans les moissons Courent les chauds frissons Qui te fécondent.I aine I - fl I # • • fVf.f; act fifi delà act ft 5 fie / H % vvi poor (lit •in/Ir* • t sec • .f Terre des bois ombreux Et des lacs plus nombreux Que les étoiles Tes rameaux infinis .Tamisent dans les nids Tous les rayons bénis Comme des voiles.me i * un une par toe ont VUV Terre de mes amours Vers toi s’en va toujours L’âme attendrie ; Les exils les plus doux N’auront jamais pour nous Rien de plus doux que vous O ma Patrie ! J e cher ¦ Vf ) fatal noii' une I liste 5 mess W Gonzalve Desaulniers.EB.Ar," * ?m*:*: • • • * • •A ft.1 » » 1 * « 162 .f; 1 LA FIERTÉ CANADIENNE « Je rêve pour ceux de chez nous une autre France ayant son Paris au pied du Mont-Royal, son Havre au Cap-Diamant, une France dont la Seine est le plus beau fleuve du monde, une France nouvelle ayant ses preux, ses martyrs, ses poètes, et rayonnant comme un phare sous le ciel hautain des Amériques.Ce bel avenir est lointain, mais la France dont je parle et que je vois si grande est déjà née ; elle est sur nos lèvres et dans nos livres.Cette France est jeune, mais ambitieuse, hère, et si vous me le permettez je vous dirai son ambition et sa her té.La jeune France de chez nous ne doit pas être une copie de l’autre France, elle est plus que son image, elle est un tout autre pays et veut à sa façon être glorieuse, être française.Par bonheur on a songé à son originalité dès son berceau en lui donnant comme nom de baptême celui de Canada.Mais il faut plus : notre France doit vivre, penser, chanter, prier à sa manière canadienne française.Elle est hère et nous devons l’aimer ainsi, la vouloir telle, car si nous n’avions ce souci, nous l’empêcherions d’être spéciale, intéressante et vivante.Canadiens, ayons tous cette préoccupation : donner à notre Canada, notre France, une physionomie nationale bien distincte.Soyons d’une manière plus assurée, plus intense, plus hardie, ce que déjà nous sommes ; soyons des Français nouveaux, des Français cousins de ceux d’outre-mer, mais n’ayant pas l’inutile présomption de les égaler.L’air de famille, nous l’avons, nous en sommes fiers, toutefois, il y a chez nous cette différence : les étés et les hivers canadiens, lame des bois, des eaux et des montagnes, l’esprit de la terre où s’enracinent les pins, les chênes et les érables, toutes ces choses du Nord, si grandes, si belles, si puissantes, nous ont fait une hgure que n’ont pas les Français de Paris.Nous sommes d’autres Français.Le cher pays, le somptueux jardin encadré d’Alpes et de Pyré nées qu’est la France de là-bas, aimons-le; plus qu’ailleurs allons-y Ü'MX.% 163 et que ceux-là qui l’habitent, en nous voyant, redisent toujours : “ Nos cousins, nos chers cousins ! ” Mais de retour, fleurant la France, l’âme pleine des choses françaises, n’allons pas rêver un Canada à la parisienne, à la mode française.Il y a mieux à faire, et c’est rendre un éternel hommage à la France, notre mère : rester encore et toujours ce que nous sommes, Canadiens français.Pour garder ainsi notre vie, notre foi nationale, et subir sans faiblesse l’assaut des influences extérieures, il nous faut nous mieux connaître, mieux savoir notre valeur, notre énergie, car, je l’oserai dire, les miens ignorent les vrais hommes qu’ils sont.Qu’on le- sache bien chez nous, qu’on l’apprenne ailleurs, être Canadien, c’est être plus grand qu’on ne le pense.Il est facile d’être Anglais, Allemand, Français, car ceux-là ont leur besogne faite, leurs villes bâties, leurs bois coupés, leurs terres en pelouses.Chez nous, Canadiens, on est faiseurs de pays, la terre est large et la mission est rude ; on a la nature gigantesque à vaincre, on a les lacs, les fleuves et les forêts à soumettre à l’homme ; on a des villes à faire, des clochers à semer de vallée en vallée, des ponts à jeter sur les flots ; on a le Nord à connaître ; on a les océans à gauche, à droite : on a l’idée et la langue françaises à faire triompher sur toute la largeur d’un monde, tandis qu’on entend monter du Sud le bruit formidable que font les ambitions de quatre-vingt millions d’hommes.Etre Canadien, c’est être le pionnier d’un monde, être Canadien, c’est avoir une honnête et robuste façon d’habiter la terre.Canadiens, sachons ce que nous sommes, n’oublions pas les promesses du grain de sénevé ; soyons l’arbre puissant qu’ont prophétisé nos pères.Soyons fiers de notre Canada.Il est un sol géant.Emplissons-le de nos familles, de nos blés, de nos villes.Hardis, Canadiens, levons-nous, et l’œil clair, l’âme croyante et française toujours, marchons, petit peuple, dans le pays profond ! Vr .« ü H u v t- U M 1 S v B H V » H n u u ¦û r » i- H V r1 I 19 i T rs la es Albert Ferland.t < es I e 164 LA BRUME Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d’automne S’exaspère.Partout sur le fleuve dément L’âme des bois brûlés flotte languissamment.Ma barque, sans fléchir, plonge dans l’eau gloutonne.5 I Pas d’oiseaux.Nul engin destructeur ne résonne.Le vaste et lourd brouillard, gris uniformément En son opacité cèle tout mouvement Et dans une caverne étrange m’emprisonne.5 Verdâtres, turbulents, accourus du chaos Avec des bruits de haine autour de moi, les flots Se dressent.On dirait la fureur d’une armée.Seul et domptant la voile enflée au vend du nord Je me crois égaré dans quelque monde mort Sous l’irrémédiable ennui de la fumée.rJVî.'-r « Hi?Alphonse Beauregard.Oct.1908.# % ê xv i • # • * •# 4 t :Kr * til * ' I f 4 165 \ UN CONFLIT % X Jamais jour de septembre n’avait été plus brillant et plus chaud.Deux jeunes gens, assis sur le rivage, mettaient en ordre leurs engins de pêche, et, à la veille de leur départ, regardaient comme pour le graver définitivement dans leur mémoire, le paysage où s’étaient écoulés leurs quinze jours de vacances.Montagne à droite, montagne à gauche, montagnes partout, couvertes de grands sapins sombres qui venaient jusqu’au bord du lac mirer les petites croix velues de leurs rameaux.Vers le sud, ces montagnes, décor grandiose de la Gaspésie, s’échelonnaient à perte de vue, et tout près quelques goélands égarés passaient rapides, avec un mouvement d’ailes à peine perceptible, entre le bleu du ciel et le miroitement du lac d’où, à toute minute émergeait, pour disparaître aussitôt, une tête de poisson plutôt devinée que reconnue, laissant des cercles s’élargir puis lentement se perdre sur la calme surface.“ Allons, dit un des compagnons du nom d’Henri Latour, solide gaillard dont le visage indiquait un de ces caractères toujours gais sur lesquels les évènements glissent sans laisser de traces, il nous faut maintenant transporter la chaloupe dans l’autre lac et personne ne nous aidera cette fois ”.L’autre, un grand brun aux cheveux coupés en brosse et aux yeux noirs remplis de volonté, élégant dans son costume khaki, entra sans répondre dans l’eau jusqu’à mi-jambe, saisit le bout de la chaloupe et facilement, comme il eut fait d’un canot, la tira sur le rivage.Diable ! éclata Henri, qui n’avait pas bougé, quels muscles ! Je ne t’ai jamais connu de cette force.Est-ce depuis que tu fréquentes les Anglais à ton club de la rue Peel, pour faire plaisir à ton futur beau-frère, ajouta-t-il avec une pointe de malice, que tu es devenu l’émule de Louis Cyr ?Les Anglais ont du bon ; tiens, moi, je n’aurais toujours été qu’un roseau, si, comme tu dis, mon beau-frère ne m’avait enrôlé dans son équipe d’athlètes amateurs.J’avoue que je ne m’y amuse guère, leurs sentiments, leur manière de vivre sur trop de points diffèrent des nôtres ; mais je prends chez eux ce qui me convient et me If 0 • •• f IGG venge de mon ennui en employant ma vigueur comme je viens de le faire pour le plus grand bien d’un paresseux.Tiens, prends ton bout, la corvée ne sera pas longue.La fin et le commencement d’une vacance sont identiques.Maintenant qu’elle est terminée je suis aussi anxieux de rentrer dans la civilisation que j’avais hâte d’en sortir.Le Campana nous arrivera demain de Gaspé en route pour Montréal.” * # -ft Dans sa chambre encombrée d’instruments de chasse et de pêche et d’habits de campement jetés au hasard du déballage, Louis Duchêne va et vient pour mettre de l’ordre, et chacun des objets qu’il remue évoque un souvenir des vacances, un matin lumineux sur le lac, une petite mésaventure, la fièvre de la poursuite du gibier.Henri, que son bagage ne préoccupe guère, lit les journaux en fumant une cigarette.Tout à coup il s’exclame : “ Une belle âme que ton beau-frère ! Les voilà bien tes Anglais ! Tiens, lis.Les jeunes gens parcoururent l’article ensemble.“ Depuis quelques jours, il était rumeur dans les cercles finan-“ ciers que la mine d’argent The Old Fine, située au nord du lac “ Témiscamingue, n’existait que sur les prospectus des promoteurs ¦ de l’entreprise.C’est maintenant un fait avéré, les bureaux de “ Smith et Watson < ce dernier familièrement désigné sur la rue sont fermés et ces “ Saint-Jacques par ses initiales J.J.W.“ messieurs sont introuvables.Les actionnaires filoutés ont pris des “ mesures pour obtenir l’extradition des directeurs de la mine, que “ l’on dit être à New-York ”, Louis resta figé.Sur les splendides promesses de ce Watson, frère de sa fiancée, il avait, deux mois auparavant, placé cinq mille dollars, tout son avoir, dans la mine The Old Pine.Cette escroquerie le rabaissait au niveau de rond de cuir, à l’assujettissement du travail sous un patron.Son rêve d’abandonner promptement la comptabilité pour laquelle il ne se sentait qu’un goût médiocre, s’effondrait.Duchêne était ambitieux et rêveur tour à tour, suivant l’heure et les compagnies.Le matin il partait pour son bureau avec tir S'.: 167 rtf nWi i de la résolution de se faire une large place dans le monde, de vivre dans l’activité physique comme Watson que les affaires, le sport et les plaisirs seuls entraînaient, et qui symbolisait à ses yeux la race anglo-saxonne de Montréal, affamée d’action directe, indifférente au rêve ; et quand venait le soir, le vide d’une semblable existence le poussait à de longues causeries et à des essais d’art avec des intimes de langue française, quelques littérateurs et des musiciens.La perte de sa fortune non seulement donnait une ruade à ses ambitions commerciales, mais l’irritait dans sa liberté de penser et de composer de la musique pour chansons le soir.Toute son énergie devrait maintenant tendre vers une meilleure situation financière, sinon c’était la stagnation, l’humiliation de voir plusieurs amis de collège prendre le pas sur lui.Son rêve était de réussir dans deux branches de l’activité humaine : les affaires et l’art, le bien matériel assurant la jouissance de l’esprit.Après quelques minutes où tous ses projets, comme une procession disloquée, défilèrent devant lui, Duchêne remit le journal à Henri.ton eut .ejî lato inte ' • « t tde age Dv> des DU- edu aux ni “ Je voulais arriver chez Mabel à l’improviste, dit-il, mais je vais m’annoncer par téléphone pour être certain de la voir ce soir.’ nan- * lac -X- * m Mademoiselle Watson, dans son salon, rue Bishop, lit distraitement pour se donner contenance, un magazine américain.La glace penchée au-dessus de la fausse cheminée vert pâle, en briques vernies, dédouble en l’élevant jusqu’au plafond, l’image de la jeune tille, grande et aux traits fins et réguliers, au teint rose sous ses blonds cheveux ondulés, vêtue d’une riche robe de soie grise faisant admirablement ressortir sa taille souple.D’un geste brusque Mabel jette le magazine à son côté.L’heure s’avance, son fiancé va paraître bientôt, que va-t-elle lui dire ?Il sait évidemment l’histoire de la mine, le message téléphonique était empreint, quoique bien légèrement, d’un accent évocateur de violentes scènes d’affaires.Doit-elle nier ?Louis apprendra la fraude un jour ou l’autre et rompra engagement, non sans laisser voir son dégoût du vol du frère et de l’hypocrisie de la sœur.Si du moins James était parti de rue ces i des que m mille if- t du et le son re, | f Av Ail \\ ciw ,K- sans rien avec 168 dire, elle consolerait son fiancé avec des mots jaillis du cœur, et plus tard, quand il apprendrait tout, sa rancune se serait dissipée avec le temps.Mais elle sait, et comment avouer cette honte, soutenir le regard de mépris que Louis lui jettera, mépris adressé à l’absent mais qui jaillira sur elle ?Qui sait s’il ne me soupçonnera pas d’instigation, pense-t-elle, dans un de ces fous écarts de la raison, quand, ne fut-ce qu’une seconde, l’imagination prend le volant et conduit.— Ce n’est pas possible, d’ailleurs c’est faux, mon bon sens déraille ce soir.Louis a l’âme trop droite pour supposer pareille infamie, je deviens folle.Mais pourquoi, pourquoi donc James ne m’a-t-il pas laissée dans l’ignorance ?Oh ! ces hommes, la lutte commerciale les rend indifférents aux misères du cœur et tue leur sensibilité.Non, je les calomnie, Louis n’est pas de ceux-là et ce qui me plaît en lui c’est qu’il jette sa journée de travail comme un bout de cigarette avant d’entrer ici.Huit heures et demie, va-t-il manquer à sa promesse ?Le timbre électrique vient de sonner.Mabel se précipite vers le jeune homme et l’embrasse sans plus d’appréhension.Louis, à chacune de ses visites, s’étonnait de ce sans gêne rare dans son entourage, inconnu chez sa meilleure camarade, Flore, la sœur d’Henri, alerte et spirituelle causeuse.Ce soir, vu son retour de vacances, il trouve toute naturelle la caresse.“ Est-il vrai qu’on en revient deceGaspé, dit-elle, une flamme gaie dans les yeux.Vrai, je te croyais parti pour la pêche à la morue et la recherche de l’idéal sur la mer si belle et qui rend si malade.Voyons, conte ton voyage en ajoutant combien de fois par jour tu J 11 sosrtfHj \ pensais a moi.— Oh ! très simple le voyage ; chasse, pêche, tu connais tout cela.Du beau temps.La seule chose intéressante c’est que j’ai fait la pêche à la morue, comme tu as deviné, mais non pas en Islande comme le Yann de Pierre Loti qui avait juré d’épouser la mer ; et je suis vite revenu afin que bientôt tu n’aies pas à venir, l’âme en deuil, surveiller le retour de chaque vaisseau, il en arrive trop ici.Et toi, voyons, et James, fit Louis en hésitant.Qu’est-ce que cette histoire, qu’y a-t-il de vrai là dedans, rien je suppose, dis-moi ?” Mabel tressaillit et pâlit.Elle avait oublié.Puis, acculée, prenant une décision désespérée, elle amena le sourire à ses lèvres et dit d’un air qu’elle cherchait à rendre nonchalant : f I 169 “ Il y a du vrai ; la mine marche très mal, mais James assure que tu ne perdras rien.Il est allé au Témiscammgue y voir de près et tu apprendras bien vite les détails.Oh ! ces horribles journaux, dit-elle en crispant ses deux mains sur la chaise, pour remplir une de leurs colonnes ils ruineraient vingt réputations.Tiens ne parlons plus de cela, ça jn’exaspère.James fait les choses fair play, mais une affaire est toujours un risque.La cour fera justice de ces bruits diffamatoires.Tiens, parlons de nous autres.Tu veux savoir comment j’occupe mes journées depuis ton départ.Le train train ordinaire, une couple de euchre et danse, les petits devoirs sociaux.Dimanche dernier, le ministre Clark, dont on a tant parlé depuis quelque temps, a fait un superbe sermon à la Christ Church.Je suis allé l’entendre avec Laura, tu sais, la petite Laura qui ne fait que patiner et danser ; elle n’a pas paru y voir goutte ; moi j’ai suivi presque toute l’argumentation du prédicateur sur l'Ecriture Sainte et les sciences modernes, mais il y a certains points sur lesquels nous ne sommes pas d’accord et auxquels je me suis promis de réfléchir.Puis, hier, j’ai été au Recess ; c’était tordant.” Au mot Recess, Louis, sérieux, regarda Mabel bien dans les ?> M .j B r « s s yeux.) — Ce théâtre me déplaît et je préférerais ne pas t’y voir, on y joue des choses un peu lestes.— Quelle sévérité ! quinze jours dans les bois ont fait de toi un ascète ; il faut bien s’amuser, et puis, d’ailleurs, tout le monde y va, je puis bien faire comme les autres.— Ça ne prouve pas que l’endroit soit meilleur et je me soucie de tout le monde comme d’une allumette ; je parle pour toi que je ne voudrais pas voir effleurée par des mots à double sens, dit Louis en adoucissant la voix ; si tu veux être gentille promets-moi de ne plus aller à ce théâtre.Je veux bien, fit-elle, un peu vexée ; mais je te prie de croire ) que je ne suis pas une enfant et quand mes amies m’inviteront je paraîtrai ridicule de refuser.” I H U It « If è w e ;v te * * * r* Deux jours plus tard, s’en étant allé chez Latour, Louis passait la soirée seul avec Flore, en l’absence de son frère.> 'tlàl » I !• I 170 La jeune fille prise à l’improviste, plus coquette de ses idées que de sa personne, n’avait fait qu’une simple toilette.Sous la lourde chevelure brune, toute sa figure souriait comme au début d’une fête longtemps anticipée, et elle parlait d’une voix musicale, un peu voilée, qui ajoutait une charme d’intimité et presque de mystère à cette entrevue due au hasard.Elle disait la vie familiale, le père resté chef de la maison auquel tous les enfants obéissaient sans murmurer, comme on fait une chose simple ; les devoirs religieux accomplis sans discussion, la lecture de livres sains, instructifs ; ses opinions toujours remplies de mansuétude sur les grandes questions sociales ; son idéal de vie tranquille, remplie d’occupations et de devoirs, auprès d’un homme qu’elle aimerait.Louis, pénétré d’un charme inconnu, l’avait écoutée à demi-silencieux, ne parlant que pour soutenir la conversation ; il se préparait à partir quand Henri entra en coup de vent, parlant vite.“ Watson vient d’être arrêté à New York à la veille de partir pour San Francisco et un détective le ramène à Montréal par le train de ce soir.W- ?* • • •- I» »• V »• Eh bien, voilà, fit Louis, je n’ai plus à compter que sur mon - • • : ¦ hi * travail.” Il sortit.En refermant la porte Henri lui dit à mi-voix : “ Et Mabsl ?— Je verrai.* * * Sans penser à prendre le tramway, tout étourdi de la nouvelle, | Louis soliloquait en montant la rue Saint-Denis.— Quel coquin que ce Watson ; je comprends le trouble de Mabel qui ne peut ignorer la chose, et son effort pour dire que James i était un fervent du fair play anglais.Il sourit amèrement.I C’est ce qu’ils appellent le jeu franc, inventer une mine, un trou pour y faire trébucher des sots comme moi.Puis vint à sa mémoire cette rude parole d’un sénateur américain, prononcée au sujet de la t réglementation du vice : “ Nous, anglo-saxons, sommes une race d’hypocrites.” Si Watson n’avait pas toujours eu ces mots fair play 1 à la bouche, il ne serait qu’un simple voleur ; il est doublé d’un hypocrite.Et Mabel !.Il frémit à cette peosée.Elle aussi puis- •, i 171 rt/Wf qu’elle n’a rien dit.C’était par honte, se dit-il, et probablement pour retarder la séparation fatale.Alors elle m’aime et moi je doute, je raisonne comme un indifférent.Il se rappela leur intimité, les voyages aux villes d’eau, tous leurs plaisirs.Mais la phrase du sénateur continuait dans la subconscience son travail dissolvant et, comme un malin génie, le faisait glisser vite sur les souvenirs heureux, s’acharnait à lui montrer ses désaccords avec Mabel.Les livres que lisait sa fiancée — des magazines remplis de fades romans, lectures tout juste bonnes à tuer un temps à d’autres si précieux.Sa religion — une chose incessamment changée, soumise à l’individualisme des prédicateurs, à l’interprétation personnelle de la Bible si difficile à comprendre.Sa vie trop prise par les devoirs sociaux, les euchres aux conversations futiles ; le compromis entre des préceptes sévères et des soirées au parmi lesquels ce Recess que les anglais, honteux de s’afficher au Regai, ont bâti splendide, dans un beau quartier, mais où rien n’est changé que le site.Mabel est d’humeur égale, douce, affectueuse, se dit-il, mais est-ce suffisant pour compenser nos différences d’éducation ?Elle m’aime, cela durera-t-il au choc des idées, à la conviction que j’appartiens à une race inférieure, sentiment dont ses amis sont imbus, qu’ils nous crachent presque à la face.Quelle infériorité intellectuelle y a-t-il chez les Canadiens français que je connais, chez Flore, par exemple, que je viens de laisser et dont j’entends encore la voix rythmée ?L’attachement de cette jeune fille aux vieilles coutumes canadiennes donne à sa conversation une saveur de terroir, et j’admire sa largeur d’idées qui met au même niveau toutes les races, reconnaissant à chacune un génie distinct, des habitudes, une éducation différentes.Son plan de vie est tracé net, droit, et elle le suit sans hésitation, comme je devrais faire moi-même au lieu de marcher à un échec certain en divisant mon effort entre deux buts dont un seul suffit à remplir l’existence.Sur ces réflexions Louis arriva à son logis et se mit au lit.Le O sommeil ne vint pas.Une par une il se rappelait maintenant ses diverses entrevues avec Flore, entrevues considérées alors sans importance.Plusieurs années durant il avait fêté la Sainte-Catherine chez les Latour, et il se revoyait avec Flore, sur la galerie, faisant des écheveaux de tire et la jeune fille, les mains engluées dans les longs fils dorés, riant d’un rire gamin de sa mésaventure.t r K H théâtre H n u i t IV I* 1 If 111 %" « ' U b.J • ’ • f.tu 1 172 Avec elle l’année précédente il avait entendu la messe de minuit à Notre-Dame et pris le réveillon en famille, tandis que le soir de Noël il avait été, suivant la mode anglaise, au théâtre avec Mabel.C’est là que la beauté, les manières coquettes et gracieuses de Mlle Watson l’avaient saisi, séduit.Evoquée, la figure rose encadrée de cheveux blonds à son tour chassa la tête brune de l’esprit de Louis.Toute la nuit, tourmenté, il se représenta les deux jeunes filles avec leurs charmes divers, et ne s’endormit que très tard, énervé, l’esprit alourdi ; puis, le matin, comme si trois heures de repos avaient distillé ses idées, il se réveilla avec une conception nette de sa préférence, de la situation causée par l’escroquerie de James, et dans un impérieux besoin d’agir, il écrivit : “ Ma chère Mabel, “ Je vais te faire de la peine, je le sais et t’en demande pardon “ d’avance, mais je crains, je crains terriblement que le hasard ne soit contre nous.“ Jamais comme en ces jours derniers je n’ai eu l’appréhension “ que depuis près d’un an nous marchons à une situation gênante, “ sinon dangereuse.As-tu bien réfléchi que nous sommes de races “ différentes, que toi ou moi, pour conserver le calme de notre inté-“ rieur, devrons abdiquer notre nationalité, si notre cher projet de “ nous épouser devient un fait accompli ?Ce renoncement répugne “ à tout mon atavisme, à tous mes instincts, comme sans doute il “ froisse ton âme.“ Nous aurions été trop heureux sans cet obstacle.Près du “ rayonnement de ton sourire je vois une question énorme s’élever : “ la religion de nos enfants.Et pourrons-nous résister à l’attraction “ de notre milieu naturel qui tendra sans cesse à nous désunir ?“ J’hésite, mon cœur se trouble.Trop d’expérience dit que seules “ plusieurs générations fusionnent deux races.Sois indulgente, je “ te prie, ces pensées me hantent, me rendent dur envers toi.“ Songes-y, fais parler ta raison avec ton amour, donne-moi “ ton opinion loyale ; moi, je crains, je crains terriblement ”.( Alphonse Beauregard Mai 1909. I ¦ » • • fi »• # *1 ' • # Jfeïl # 173 A L’OREE DU BOIS L’astre du jour versait sa gloire au firmament ; Midi chantait, joyeux, au clocher du village Et je dînais de pain, de fruits et de laitage Au pied des sapins verts pleins de bourdonnement.> 5 « Le soc de la charrue, ainsi qu’un diamant Luisait sur le sillon.Mon cheval en l’herbage Le long du vaste chaume et d’un tas de branchage, Broutait, faisant siffler sa queue, en piaffant.¦M .•(88v, m'/S' • f.fV'l i La grive au bout d’un pieu moulait sa turlutaine ; Une perdrix, drapée en sa grise futaine Par ses doux gloussements, appelait ses perdreaux.5 Alors, je m’endormis au parfums des fougères, Aux soupirs des sapins sous les brises légères, Et dans le rêve heureux des anciens pastoureaux ! & Louis-Joseph Doucet.\ m «îh MX.+ • ¦ ('T f.i ••• • al ’ * • « • .• • • 4ïf M* - * ?&»** ,.f i • v fklltti % 174 BUM Z I ETUDE LITTERAIRE | % En voulant présenter au début de ce siècle un tableau du mouvement poétique au Canada, depuis ce que nous pourrions appeler, peut-être avec un peu d’exagération, la vieille école, jusqu’au * réveil de la génération présente, des paroles profondes, puisqu’elles sont d’un grand poète, me sont venues à l’esprit.Sully-Prudhomme a dit : “ La littérature poétique n’évolue pas ; les œuvres magistrales se succèdent par-à-coups précisément à cause de l’originalité de leurs auteurs ; aucune ne permet de présager la suivante N’est-ce pas le cas pour la littérature de chez nous ?L’œuvre de Crémazie ou celle de Fréchette, pour ne nommer que les plus célèbres, pouvaient-elles faire présager l’éclosion de la jeune école ?Certe, une ligne de démarcation, une transition devrais-je dire, sépare la vieille génération de la nouvelle.Mais si, dans le langage des dictionnaires et des anthologies, on a cru devoir reconnaître qu’en la poésie de nos prédécesseurs se reflète l’âme canadienne, pleine du charme des choses primitives ; et si l’on admet avec déférence le classicisme de notre style, je voudrais pouvoir donner raison à Sully-Prudhomme en déclarant que les œuvres poétiques de chez nous se sont succédé par à-coups, “ précisément à cause de l’originalité de leurs auteurs ; ” et que nous trouvons dans l’effort de la jeune génération une tendance à rompre avec la tradition.Hélas ! Je songe à notre littérature poétique depuis les premiers jours de son existence, depuis quelques cinquante ans à peu près, et sans être pessimiste, je crois pouvoir résumer son histoire en deux mots : absence totale d’originalité dans la forme et dans le fond ; c’est-à-dire que chez la plupart, à quelques exceptions près, elle reflète, sans en avoir les grands mérites, tous les vices de la versification traditionnelle, tous les défauts de ses qualités, toutes les tares héréditaires des aïeux.Quelle en est la cause ?Le passé, je veux dire l’époque qui a suivi les beaux jours du romantisme, a été funeste à ses adeptes.S’il eut sa répercussion I A > u 1 h a V ?; re fai at po: ma ki 1 al I litt SU % 175 nil % prolongée sur les littératures étrangères, l’excès de ses qualités l’a fait tomber dans l’exagération.Et comme conséquence : la rage d’imiter les maîtres et de les égaler.L’action d’imiter s ft* ceci est de l’histoire est instinctive chez tous les peuples, et nous ne pourrions nier que les littératures aient passé par des séries d'imitations systématiques, renouvelant ainsi l’art d’une époque ; et moins que tout autre, le XIXe siècle ne fut exempt de l’instinctif besoin d’imiter le passé.On a abusé sans restriction de préceptes arbitraires et injustifiables, que les plus rigides ont condamnés depuis.On a cru devoir s’affubler des traditions vieillies, comme on aurait préféré des habits trop portés, Tant d’étoiles de première grandeur avaient brillé que, dans le ciel des contemplations, il n’apparaissait plus que des météores, accidents passagers dans l’atmosphère poétique, pâles reflets de ces astres disparus.Depuis Victor Hugo, le maître souverain, l’imitation est devenue un culte.Ce poète immortel, “ la chimère de son époque ”, selon l’expression de saint Bernard, a laissé sur ses contemporains une trace profonde qui eut sa répercussion chez tous les peuples.Comme fils de France, nous étions fatalement voués à ce culte m lu < if es le te er la c, U exclusif des traditions, qui porte à vouloir s’attarder dans les sentiers battus.Ne cherchons pas d’autres causes de la déchéance de la poésie française à la fin du XIXe siècle.“ On taillait des pourpoints dans son manteau de roi ”.En parlant de Victor Hugo, jamais vers romantique n’eut de plus juste application.Aussi, le jour est venu où la conscience littéraire s’est émue jusqu’à rompre avec la versification traditionnelle ; l’histoire de la poétique s’est vue renouvelée vers la fin du siècle dernier par une révolution, que j’appellerai sanglante, et dont les résultats se sont fait naturellement sentir chez les générations futures.Ce revirement de l’histoire poétique a fait d’abord sourire les incrédules, mais, je vous le demande, aujourd’hui que la postérité a porté son jugement, devons-nous blâmer les symbolistes dont le manifeste se traduit tout entier dans ce vers de Verlaine : “ Prends se ) ill- ue ,5 n ne a H* eu ne le %, la la rime et tords-lui le cou ” ?Devons-nous même garder rancune ° à Mallarmé pour avoir voulu un langage “ d’essence surhumaine qui permît de communiquer avec les Dieux ”, si l’on songe que la littérature de son époque tombait en désuétude et qu’en ses pro- yv do ion ; I IQ 176 ductions, les symptômes d’une dégénérescence néfaste menaçaient la pensée contemporaine ?La haine de l’imitation a torturé les esprits faits de liberté.C’est de cette haine systématique qu’est venue l’idée du vers libre moderne, c’est-à-dire le vers libéré, “ constituant l’évolution naturelle du vers classico-romantique ”, et dont se réclame quelques années plus tard la jeune école française.Et pourquoi s’étonner ?Déjà Sully-Prud’homme avait proclamé avant tout le rythme souverain." Le rythme, disait-il, est ce qui caractérise le vers et le distingue de la prose par sa régularité ”, I Rien n’est plus vrai, si nous ajoutons avec Adolphe Lacuzon, le plus éloquent adepte de l’Intégralisme, “ que les vers constituent la forme de langage qui tend à la plus haute expression du rythme, le rythme étant la condition essentielle de toute poésie Mais pour compléter la pensée de Lacuzon, les règles traditionnelles, au sens du mot, sont-elles exclusives, “ définitives, et l’avenir peut-il y porter atteinte ” ?Certaines de ces règles ne sont-elles pas arbitraires ?Si le rythme est “ le geste de lame ”, ne faut-il pas que ce geste cesse un jour de rester traditionnel et devienne librement l’écho de la conscience humaine ?Mettons, si nous le voulons, des limites à la liberté du rythme, mais ne l’emprisonnons pas éternellement dans des lois immuables, quand elles sont nuisibles à l’éclosion de la pensée.& D’ailleurs, c’était bien la pensée de Sully-Prud’homme lui-même, tout gardien qu’il a été de la tradition : “ Condamner tous les hiatus est excessif ; interdire qu’un mot au singulier rime avec un mot au pluriel, exiger que les rimes féminines alternent avec les masculines, sont des prohibitions et des prescriptions arbitraires et partant abusives, puisqu’elles sont dictées par l’oreille.Ces rigueurs injustifiables sont très fâcheuses ; elles ont inutilement accru les difficultés de la technique Qu’y aurait-il, par exemple, de contraire aux beautés rythmiques, que d’opérer l’élision de l’e muet à l’intérieur du vers, comme le veut Georges Normandy, l’auteur de tant de manifestes singulièrement commentés, et qui déclare que si, pour nos “ oreilles d’harmonistes, l’e muet est perceptible, il n’allonge pas le vers, anatomiquement parlant, et qu’il y a de jolis effets à tirer de sa présence ” ?: L >1 • / M t v: IfWM 1 # • r,i f < » "At irtru ## 177 -• En quoi la régularité du rythme serait-elle brisée, si, avec Lacuzon, proclamant le vers libre, nous admettons l’Intégralisme qui, “ en étudiant la création poétique, a promu l’esthétique aux caractères non seulement d’une métaphysique nouvelle, mais encore d’une philosophie générale ” ?Si, avec Fernand Gregh, les poètes seront appelés à se grouper sous une même appellation que l’on qualifierait d’Humanisme ?Si, avec Pierre de Bouchaud et Adolphe Boschot, l’on permettait le déplacement de la césure ; ou la rime pour l’oreille et non pour les yeux ; ou l’inobservance de l’alternance des rimes ; ou l’emploi de l’hiatus, pourvu que ces réformes soient acceptées avec “ circonspection ” ?Si, avec la conviction et l’originalité d’un Verlaine, la poésie, issue de l’inspiration pure, se dégageait de toute influence, pour devenir une poésie délicate et subtile, personnelle, évocatrice de sensations nouvelles, jaillie de source, rythmique enfin, et, quoique s’affranchissant du traditionalisme, conservant l’harmonie, la sincérité de l’âme, l’unité et la clarté dans la simplicité ?J’ai entendu dire que Victor Hugo avait pour caractère primordial le rythme, précisément parce que le rythme contient toutes les autres facultés du maître : harmonie, universalité, force, liberté, fécondité, progrès.Et précisément parce qu’il vient dans un temps où la poésie se meurt faute d’équilibre, il porte un coup mortel à l’absolutisme classique.L’ancien régime est tourmenté par la tyrannie de l’abstraction : il va relever la poésie de sa décadence.Il sait que l’imitation n’est qu’un procédé, “ un artifice de composition imposé par une tendance spécieuse et passagère, profondément nuisible à l’originalité des races Il deviendra réfractaire aux vieilles lois du rythme, car celui-ci “ représente l’évolution normale de la nature considérée comme un immense organisme, comme un tout identique et solidaire en ses multiples manifestations Mais pour avoir voulu modifier les lois du rythme, Victor Hugo n’est-il pas le poète par excellence, son œuvre restant “ la libre et complète synthèse de l’humanité ” ?Cela impliquerait-il que le rythme a des lois fixes, précisément parce qu’à diverses époques de l’histoire de la poésie, son rôle a été d’agrandir la conscience humaine, ou de vouloir que l’âme ne reste pas égale à elle-même, en ce sens, qu’elle doit tendre sans cesse à la perfection ?:< 2 H,* tv:* 178 Quelqu’un a dit avec beaucoup de philosophie, “ qu’un poète est un monde enfermé dans un homme Or, l’être pensant doit nécessairement subir une évolution, car dans la nature, tout doit se renouveler librement, le mouvement est continuel, et tout doit tendre à l’Infini.Je voudrais que l’on comprît ces grandes vérités.Ai-je besoin de le dire, nous sommes à une époque de transition.Je voudrais que notre poésie eût des tendances à s’affranchir des vieilles traditions.Je veux—et ceci est mon plus cher désir,— que lame canadienne, longtemps absente du terroir, revienne et s’illumine aux sources mêmes de la nature.J’exprime le vœu que nous puissions, comme le dit Maurice Barres, donner à notre littérature “ une nuance d’âme particulière ” et que nos conceptions aient une originalité plus marquante.J’ajouterai moins clichée que celle de nos prédécesseurs, sans cesse hantés par l’éternelle évocation de thèmes depuis des siècles exprimés.Si nous ne voulons pas que nos efforts demeurent stériles et se perdent dans les sentiers d’un traditionalisme exclusif, brisons une fois pour toutes avec le passé pour ne songer qu’à l’avenir.Je le répète, ce qui manque à nos œuvres, même les plus célèbres, c’est l’originalité dans la forme et dans le fond.Toute notre histoire poétique est là.Nos aïeux, consacrés poètes par leurs contemporains,, ne furent que des imitateurs, parce qu’ils sont restés trop attachés aux lois traditionnelles de la versification.Ils n’ont sans doute jamais médité cetre pensée que j’énonçais plus haut, à savoir “ qu’un poète, est un monde dans un homme ”, un monde qu’il faut explorer, car l’âme est une source infinie de conceptions originales et personnelles.Point n’est besoin de puiser cette originalité des conceptions dans lame des autres : sachons voir avec nos propres yeux.Devant l’exemple de nos cousins de France, dont je montrais plus haut tout le souci de l’originalité dans l’œuvre, que ne rêvons-nous un art plus large, plus personnel, au risque même de se ranger avec la jeune école française, en proclamant le vers libre?Exprimons une poésie qui dise tout notre pays et toute notre nature, avec ses enchantements, ses multiples variations, ses climats changeants et ses saisons pleines de charmes.Les grands poètes ont chanté leur pays.C’est de l’idée de la patrie que sont sortis leurs 'vrY3& Z:"-/, » VJ' 'Ü • * f1 * Zv.f 9 * vS*'& f ' o, i **,« ri I I» 'f.i t ;u f « i » I » f # •‘rtiKiî.• # f • * I f f >7 < 'fl* »' 1*7-, gmt 179 I plus grands rêves.C’est dans la compréhension du terroir qu’ils ont fait aimer l’humanité, ajoutant à l’histoire universelle une page de leur propre cœur.Sachons bien que le rythme, dit encore Lacuzon, “a son origine dans les lois profondes de l’organisme et de l’univers, n’ayant avec les règles prosodiques que des rapports de maître à serviteur ”, Il ne faut pas astreindre sa pensée à exprimer des choses mille fois redites, le rythme devant être plié selon les facultés et les dons rares que le poète a reçus de la nature.N’imitons pas les hommes, imitons la nature, prodigue en œuvres subtiles.C’est en chantant la vie que lame saura tirer des accords de cette lyre qu’elle cache en elle, c’est en aimant l’humanité qu’elle trouvera des accents vrais et sincères.Ce sera sa manière de collaborer à la vie et de donner sa part de travail au monde, quelque modeste qu’elle soit.Le genre humain n’est pas fait d’une seule aspiration vers un idéal commun, mais de l’effort constant des races.Un lien mystérieux unit les pensées à des siècles de distance, et les individus se .rencontrent à intervalles pour contribuer à cette enchaînement des idées et des âmes, dans un élan vers une sorte d’humanisme, tel peut-être que l’a rêvé Fernand Gregh.Quelque moindre que puisse être l’effort, il n’en contribue pas moins au progrès par sa continuité et sa persistance.Nous laissons toujours quelque chose de nous : ,£ Ceux-là n’ont pas vécu qui n’ont rien laissé d’eux ”, disait ce même Sully-Prudhomme, que le doute sans cesse assailli et qui fut un poète tendrement humain.De quelque côté de la terre que le hasard nous ait jeté, comme le bon blé, nous ne devons pas être une semence inutile, car alors nous n’aurions plus notre raison d’être et l’existence nous aurait été donnée en vain.Mais la nature est sage dispensatrice de ses dons et ceux dont nous sommes gratifiés ne sont pas l’effet d’un caprice et ne devrait pas s’étioler et se perdre dans l’impuissance.Nous sommes d’une génération nouvelle, c’est-à-dire que nous faisons partie intégrante de l’immense organisme, de l’évolution de la nature, au même titre que n’importe quel individu et nos droits sont les mêmes.Il faut bien comprendre que l’histoire universelle se compose d’éléments divers, et pour déterminer telles particularités du mouvement des arts, il faut chercher quelles lois ethniques différencient iiî % a H-i r • I 180 et classent les peuples.C’est du détail que naît l’ensemble.Or, la littérature doit subir l’influence du terroir ; ceci est une nécessité et elle ne peut et ne doit être originale qu’en subissant l’empreinte du milieu où elle s’est développée.La part de cette inspiration qu’elle doit au terroir est cette part de détails qui fait son originalité et par laquelle elle collabore et travaille à faire aimer le Beau et le Vrai.D’ailleurs, n’est-ce pas le véritable but de la vie que de concevoir dans la mesure de nos forces une vie supérieure et de tâcher de la réaliser ?Le Beau et le Vrai sont une religion, parce que l’idéal qu’ils cherchent tend vers un seul but, qui est l’harmonie dans la nature et dans l’au-delà, Les adeptes de cette religion aspirent donc à la suprême harmonie qui est le but d’une existence supérieure, réunissant tous les hommes dans une même foi, dans un même amour.Ah ! je veux le répéter, brisons avec la tradition.N’apprenons pas à lire avec la pensée des autres ; que les livres soient des conseillers, non les tyrans de nos facultés.Ayons en horreur cette hermétisme qui nous aveugle : délaissons nos cabinets d’étude et la poussière des bouquins pour explorer librement la richesse des paysages de notre beau pays.Retournons à la nature et à la vie qui gardent en elles les grandes lois du rythme, de l’harmonie, de la force, de l’universalité et de la fécondité.Ne faisons pas de l’archaïsme de sentiment.Sachons interpréter la terre natale et lui vouer un culte inaltérable ; efforçons-nous de l’étudier sur place, appliquons-nous à la connaître en elle-même, par elle-même.L’air purifiant de nos forêts, la saveurs de nos fruits, notre faune, notre flore, nos monts, notre campagne, nos bois du Nord, nos fleuves, nos lacs sont autant pour nous des ressources précieuses de lyrisme.Ne prenons pas notre inspiration ailleurs, quand elle nous éblouit, soleil resplendissant.Sachons bien que toute source mène au fleuve, que tout fleuve roule vers l’océan, que tout sommet élève l’âme vers l’Infini.Le rythme est en tout et partout.N’allons pas envier les beautés d’ailleurs, quand nous avons devant les yeux une part, peut-être la plus belle, de la Création.Jean Charbonxeau.\ Si r* ,«i I*#- f * Ê r *#/ .- ## fete' rU'.nr % 181 la Sit nip DANS LE GOLFE ÜP vVV ore (FRAGMENT) & 1er )iie I me Je lui dis : “ Descendons sur la grève, le vent, Dont le golfe apaisé s’effarouche souvent Ce soir nous vient du large avec des voix plus douces Que les chuchotements des ruisseaux sur les mousses.Viens ! l’horizon là-bas se pare des reflets Versés par le soleil qui meurt, sur les galets.Une heure, une heure encore, et la nuit qui charroie Les astres accrochés à sa blanche courroie De nouveau confondra sous nos yeux l’infini Du bleu du ciel avec l’or du sable jauni ”.ar- ) ire- des I to I tla des les lité * ; S.h Et tous les deux, la main dans la main, nous allâmes Ecouter la chanson caressante des lames.ter- :3- i • Le flot montait, couvrant les récifs, enlaçant De ses varechs le pied des falaises, poussant Dans son ascension très lente les gabares Dont les flancs endormis roulaient sur leurs amarres ; Les côtes peu à peu s’effaçaient comme si Affluant vers les bords du golfe rétréci Lasse d’avoir depuis l’aurore autour du globe Ourlé sur tous les caps les pans verts de sa robe, Sur nos plages sans fin que son poids fait gémir, La mer, la vaste mer, s’allongeait pour dormir.otre à uses lires I met I 5 J VOUS o, I .: • -Irf •• I - *• • * % J'JpIt i ?*T - # »• r , i4 « ' ii 1 /A ' t • '*¦ I •» I ' •/1 «< .»' ¦ • / .rij fi*- * • • I Ul' lu'/-,: & • •• * .* •« ‘A* Veil / • < i 201 r,r.partit et ne revint pas.Guilbault satisfait du tour joué en autant.Découragé par cet échec, Chariot résolut de ne plus s’exposer à manger d’avoine.Se sentant laid et infirme, il s’abstint désormais de courtiser les jeunes filles et se borna à cet unique essai.La maison, la belle maison qui ressemblait à un presbytère, la maison construite avec tant de soin pour le fils de prédilection, la maison, orgueil des Deschamps, attendit toujours la brune épousée et le festin de noces.Elle n’abrita jamais ni grande joie ni grande douleur ; ni la vie, ni la mort ne franchirent son seuil.Avec ses fenêtres éternellement closes, ses portes fermées, elle prit un air de deuil et d’abandon.A sa vue, le passant éprouvait une vague impression de malheur, songeait à quelque catastrophe soudaine qui aurait boulversé toute une existence.Elle criait la vanité et la fragilité de nos espoirs.La pluie, le froid, l’humidité la rongèrent peu à peu, accomplirent leur œuvre de destruction.De loin, elle conservait toujours sa coquette apparence, elle en imposait.Mais le toit creva, et l’eau dégouttant sur les chevrons, les planchers, les soliveaux, les cloisons, les pourrit lentement.Sous l’action de l’air et de la gelée, les briques s’effritèrent, se pelèrent.L’herbe et la mousse envahirent la pierre du perron.Comme son maître, la maison s’en allait en ruine.Les saules, plantés tout autour lors de sa construction, avaient grandi rapidement, mais n’étant jamais taillés ajoutaient encore à sa désolation.Chariot vieillit.Ses cheveux grisonnèrent, et il traîna plus lourdement, plus péniblement sa jambe boiteuse.A mesure que s’écoulaient les années, il devenait plus irritable, plus bourru.Sa vie s’écoula morne et plate entre son père, sa mère, et sa sœur.Le matin, il déjeunait de pain sûr et amer et, le soir, après sa journée de travail, avant de s’aller coucher seul dans le vieux sofa jaune, il soupait encore de pain sûr et amer, marqué d’une croix.fit .at r C 1 t t nafr ¦ A w J e # vl s Jv a v B.it Q U 9 Albert La berge.Jl U et n ii ¦ vm H fi», 202 RIRE ET PLEURER LES BETES NATIONALES # LE MOUTON Gazette rimée e C’était le 24 juin.Le voilà donc le jour suprême Où le peuple plein de fierté Va promener son noble emblème Le Mouton de la liberté.> ) On le traîne en grand équipage On l’orne de roses faveurs Et lui, timide en ce tapage Fait cligner ses bons yeux rêveurs.5 ) M .On a mis sur les oriflammes Ainsi que sur chaque portail Sur les fanons et sur les flammes Le portrait du charmant bétail.i 5 An Sur le clair satin des bannières Que le zéphyr fait froufrouter, On voit, ainsi qu’aux boutonnières De beaux petits moutons brouter.) 1 à* *4 Lite 1 •';/* V j-:ù 203 Pas un quidam qui ne s’insurge Contre l’étalage en troupeau Des pupilles du bon Pan urge Qui pâturent dans nos drapeaux.Il n’entend pas les moqueries Et prend des petits airs frondeurs En écoutant les flatteries De ceux qui seront ses tondeurs.5 Un roi n’eut jamais cour pareille, Et de plus nombreux courtisans N’ont pu chanter à son oreille La gloire de ses jeunes ans.Ce triomphateur pâle et frêle Qu’un long jeûne vient d’affamer, Fait entendre un bêlement grêle Quand la foule veut l’acclamer.La procession du burlesque Défile en de multiples rangs Et la farce funambulesque Semble un sabbat d’incohérents.Des Champlains et des d’Ibervilles, Des Maisonneuves égrillards Pris aux quatre coins de nos villes, Hurlent des refrains trop gaillards ; 5 * Des Pierrots et des Colombines Roucoulent, des cow-boys grisés Pointent de longues carabines Sur les petits moutons frisés.% Jm 204 Debouts, dans de grandes voitures Un Frontenac, un lord Elgin Dorés sur toutes les coutures Causent en se versant du gin.) 5 Vêtus d’originales nippes Les Iroquois, sous des rameaux Fument béatement leurs pipes Près d’un'grand Dollard Des Ormeaux.> ¦» Les drapeaux aux mains des bélîtres Flottent lamentables, honteux Pendant que des gars mis en pitres Sifflent : J Terre de nos aieux.4 4 Cette salade d'héroisme Ce ramas de faux baladins Promènent le Patriotisme Et la Gloire en vertugadins.Et sous la lune aux pâleurs blanches On voit encor des Arlequins Autour de grands bûchers de branches Danser comme des Algonquins.5 5 > Puis, pour achever l’algarade On offre au peuple stupéfait Une effroyable pétarade Car sans cela rien n’est parfait.> ) r.iijîji Wfc HHHI I Plus loin, un orateur épique Hurle dans un joyeux bagout, ' Une sinistre philippique Et dont le peuple aime le goût.r.i- r.• M lE.'b-r, ii â IK®': f : ;-;:y , .G-.vV ;-hh> • î* "iL1 JÜ y » L «I * .v • .f.iuSl wn » ! -• i* /$# « rvr, îh.w # t* \ ! f i i .9 1 I ti i , « 4 • / Uv Lf t liW • r i il?* *r ,ar,f ns* • 4 205 Le peuple s’en va, monotone Pour l’an prochain recommencer L’annuelle farce moutonne Car il ne saurait s’en passer.) Vois, si tu ris et te querelles, L’Anglais qui se gausse de toi ! Joueras-tu donc les Sganarelles Latin, que Dieu fit chef d’emploi ?J Allons, redeviens héroïque ! Mais non, hélas c’est dans tes mœurs, Il faut le pétard, la musique ; C’est de cela que tu te meurs.Pauvre Mouton ! pousse ta laine Fais-toi manger par le Glouton ; Ne lui prend pas sa marjolaine Pousse ta laine cher Mouton !.) ryof ne, 1909.Ernest Tremblay.NOTRE THÉÂTRE Histoire de sa fondation Avant de rouler sur les sol asphalté des villes, le char de Thespis, en voyage d’exploration par les landes hyperboréennes de notre pays, promena longtemps ses Léandres et ses Isabelles sur les routes semées d’ornières et de bourbiers des cantons vicinaux et des banlieues.t* • | e • I 20G Quand une bonne fortune inespérée apportait sa consolante récompense à l’effort commun, vite les nomades remisaient le char, rêvaient de vivre dans leurs meubles, prenaient déjà des habitudes.Mais, c’est au théâtre que le bonhenr est le plus éphémère.Les rares grands seigneurs de cette époque, déjà lointaine, étaient de bizarres Mécènes, dont le premier mouvement, sincère sans doute, était d’accueillir les baladins qui prodiguaient l’art pour l’or ; mais le gain rapide éveillait des convoitises, et l’homme voulait plus d’or pour son or.Un beau jour, l’âpre exploiteur faisait main basse sur tout et les Léandres et les Isabelles, remontant dans le char, à peine distraits de leur rêve par le choc, repartaient sous la lune qui leur souriait malgré les trous que ces Mécènes avaient fait à sa face.t Ainsi passèrent, par tout notre pays, les Louis Labelle, les Victor Dubreuil, Pierre Tremblay, Petitjean, Delaunay, Charpentier, Brazeau, Madame de la Sablonnière, Madame Chapdelaine, Léandres et Isabelles de la première heure.Peu à peu cette troupe étrange éveilla l’attention et gagna des adeptes.Le premier pas était fait.On vit alors paraître Fillon, Palmiéri (Archambault), Gocleau, Julien Daoust, Ravaux, Madame Dartigny.On remise le char tour à tour, à la salle Cavalho, qui devint successivement, l’Empire, le Lyceum, et finalement le Théâtre Français, où une troupe d’opérette vint se loger.Ces premières cigales furent l’indice du beau temps.Les comédiens émigrèrent alors Place Chaboillez, et l’ancien patinoir de la rue Saint-Maurice fut transformé en théâtre.(?) Dieu ! que cela est déjà loin ! La troupe était désormais une petite colonie et la décentralisation allait se faire.M.Chaput, directeur du “ Bijou ”, avait à ce moment là, comme pensionnaires : MM.Godeau, Filion, Palmiéri, Petitjean, Delville, Léonce ; Mesdames Nozières, LaSablonnière, Morini, Bérangère, Petitjean, Germaine Duvernay, etc., etc.Il projeta de construire un théâtre, mais les fonds manquèrent et c’est la banque de Montréal qui occupe aujourd hui cet immeuble, rue Sainte-Catherine Est.Il vint alors à l’idée d’un quincaillier, M.Hoolahan, de fonder, lui aussi, un théâtre.Il aménage dans un immeuble de l’extrême est, et il ouvre le théâtre de la Renaissance, où nous revoyons Godeau, Filion, Palmiéri, Petitjean, Delaunay, Sans-Cartier, mesdames LaSablonnière, Nozière, Bérangère, Duvernay, etc., etc.it* îil iVrrjinnî É » X t r 4 ?1 i VJî 207 I * $ La situation était donc ainsi, en 1897.Le Théâtre Français ne l’était que' de nom, une “ Stock Company ” y jouait, sous l’administration Philipps ; le “ Bijou ” du Carré Chaboillez était au “ clou ” et seuls, les théâtres de la “ Renaissance ” : direction Hoolahan les “ Variétés ”, jouant de l’opérette sous la direction Ravaüx, donnaient des spectacles assez courus.Mais ces entreprises étaient vaguement établies.On avançait à tâtons, et l’on n’abordait que les affreux drames du vieux répertoire où les choses les plus simples sont dites avec une emphase dérisoire-Pour demander une plume, l’artiste prenait son “ creux ” comme un prédicateur.Le spectacle commençait la veille et finissait le lendemain.Il fallait du sang, beaucoup de morts, plusieurs traîtres et des pétarades bien nourries.Ces images aux fortes couleurs plaisaient à l’œil du grand enfant qu’est tout public neuf, et, ce ragoût littéraire était l’aliment qui convenait aux palais des spectateurs d’alors, habitués qu’ils étaient à savourer la prose fortement épicée des romans-feuilletons et à l’inconcevable paradoxe des pièces “ arrangées pour hommes ”, par M.G.W.McGown, un maître d’école dont l’intention était honorable.C’est ainsi que nous avons vu jouer, chose incroyable ! “ Athalie ”, “ La fille de Roland ”, “ Les noces d’Attila ”, “ Le voyage de M.Berrichon ”, “ Rabagas ”, “ Antigone ”, (en grec) et la “ Grâce de Dieu ”, arrangés pour hommes.Quoi que l’on jouât, le public d’alors écoutait tout avec admiration et la chair de poule ; il faisait ce que j’appellerai (qu’on me ; j pardonne l’audace et l’expression) sa période d’incubation pour le goût du théâtre.ÎM ut 1 1 11 I H la il 8 iDT ic, I .8 u m U te 1 : « life ftp Ui f * e * * frH • • Au commencement de l’année 1898, M.Elzéar Roy, qui est l’homme a qui le théâtre français doit le plus de reconnaissance der pour l’œuvre fondée par ses soins, nourrissait un projet cher à son cœur.Esprit averti, homme d’un goût sûr, étayé par des observations recueillies au cours de ses voyages à Paris, il méditait un plan de comédie française et la création d’une troupe canadienne qui fl Pile ë w - 20S devait interpréter le répertoire de la maison de Molière.C'était d’un accomplissement difficile, car Melpomène et Thalle étaient enlisées dans les marais du mélo.Comment les tirer de là ?Où prendre les éléments d’une troupe ?Où la loger ensuite ?L’honorable M.Rodolphe Lemieux, malgré l’avidité des intérêts politiques qui l’absorbaient, aimait quand même à s’acoquiner avec les Muses.Il était titulaire de la chaire d’élocution aux cours publics du Monument National, dont Me Elzéar Roy dirigeait le cours d’art dramatique appliqué.M.Roy, qui, dès ses dernières années de collège s’occupait du mouvement artistique, avait remarqué parmi ses camarades de réels talents artistiques.Et, comme sa fortune et ses loisirs lui permettaient de suivre son penchant, il s’appliqua à ne pas rater un seul spectacle : théâtres anglais, théâtres français, séances “ dramatiques et littéraires ”, auditions de fin d’année dans les lycées, “ bénéfice d’infirme ”, de “ malheureux ”, “ pour une bonne œuvre ” ; il fut partout, notant les qualités, prenant des noms.C’est ainsi que lui vint à l’idée de grouper les meilleurs éléments et de fonder la comédie française.Il remarque Henri Bédard, à Saint-Henri ; Rodrigue Duhamel, au collège Saint-Laurent ; Jean Charbonneau (Delagny), à la salle Saint-Jean-Baptiste, où il jouait en compagnie d’Emmanuel Bourque.Il se lie avec Raoul Barré, Lemay.Il découvre Clara Reid (Mme Bédard), Elise Chapdelaine, Mme Chapdelaine, Mary Calder, Hélène Bernard, les sœurs Daigle et moi-même.Comment réunir ces jeunes gens ?Il fallait d’abord un local.M.J.X.Perrault, qui en somme n’a pas fait qu’encombrer les salles de rédaction, offrit à M.Roy le théâtre du Monument National.Ce fut le commencement du rêve qui devait se finir, hélas ! en un pénible cauchemar.Une autre difficulté surgit.Où prendre des pièces ?A cette époque il n’y avait à Montréal aucune bibliothèque théâtrale, les seules brochures qui existassent étaient celles de feu Brazeau, mais la plus grande partie ne pouvaient être utilisées.Ou trouva plusieurs drames et quelques comédies, mais le drame répugnait et les comédies étaient si audacieuses que l’on craignit d’effrayer la pudeur d’un public vierge, au point de vue théâtre s’entend.If # M rr.i r, V i.lVel I yjw > i* ê \é $ 9 OWiff/U I.I , r: » i /K,:;:*':; ' I ' • Jli .I vÆi/' ' u P.ijftt WM \ 209 Un soir du mois de septembre 1898, les rares passants attardés rue Dorchester, écoutaient les bruits d’un débat, dont quelques bribes leur parvenaient par la fenêtre d’une chambre du premier étage des usines Roy.La scène déroulait ses péripéties dans les grands bureaux de l’atelier.“ Non ! non ! il faut de la comédie ! Nous n’avons pas de brochures.Commençons par un drame.Non ! non ! de la comédie ! de la comédie ! Oui, mais nous n’en pouvons pas pondre !.En voilà !.” Un cri de joie troubla les échos endormis de la rue.Dans les bureaux de la comptabilité, cinq personnes discutaient.C’est leur voix que l’on attendait de la rue.Assis dans la chaise tournante du comptable, un jeune homme d’une correction et d’une élégance absolues, semblait présider au débat.Il parlait d’un ton mesuré, sans chercher ses mots, comme un homme qui n’a qu’à laisser couler d’abondance le récit d’un projet longtemps mûri.C’est celui-là qui avait dit : — Non ! non ! il nous faut de la comédie ! C’était Elzéar Roy.Sur un ancestral divan écoutant distraitement les réflexions de son voisin, l’un des cinq personnages, mis avec autant de recherche que le président, regardait sans les voir des plans de carosseries, des modèles de roues, de capotes, des séries de fers à chevaux, étalant leurs dessins fortements colorés dans des cadres qui couvraient les murs.Sans passion dans les mots, il se prononça pour la comédie, en réglant le beau pli de son pantalon que le mouvement avait un peu dérangé.Celui-là avait déjà jeté à pleines mains dans toutes les revues de l’époque, beaucoup de beaux vers, des études sur l’art fondé une école littéraire et s’occupait en ce moment de créer un théâtre de comédie tout en écrivant une rigide tragédie en vers.A la tribune du conférencier ou au café du père Ayotte, dans les chambres d’étudiants, il était correct et compassé, dans la tenue et dans les mots.Ce jeune cygne craignait toujours de froisser ou de tacher ses blanches plumes.C’était Jean Charbonneau.Son tumultueux voisin, avec le toupet “ en flamme de punch ”, était celui qui, au cri de désespoir : “ Pas de brochures ! ” avait fait V mil f leot ! irne ; â avec onis tie mi • # # réels met- seul ques eüce lid .eld er la me sale our- Reid îles meet J élas' V cette K/! # , I les e, ) et 1» % er 1* 4 » 1 I • ê 210 cette entrée sensationnelle en disant : “ En voilà ! ” C’était Emmanuel.Les deux autres étaient Raoul Barré, l’excellent peintre aujourd’hui à New-York, où l’on doit jouer prochainement une de ses œuvres : “ l’Artiste ”, et enfin, l’auteur de ces lignes.Tous ces jeunes gens avaient fait leurs études classiques, et dans les salons ils avaient leurs grandes et leurs petites entrées.J’étais la seule exception, et ceci n’est pas un regret que j’exprime.A ce moment-là, je vivais les jours de la plus exquise bohème, et j’avais mes appartements tour à tour dans le corbillard de M.Juneau, entrepreneur de pompes funèbres à Sainte-Cunégonde, et dans la chaude cabine d’un traversiez en cale-sèche, aux chantiers de radoub de la Cie Cantin.Elzéar Roy, consultant les titres des brochures, lut : “ Le Dompteur ”, drame en 5 actes ; “ Martyre ”, drame en 5 actes ; “ Le roman d’un jeune homme pauvre ”, “ Le voyage de M.Berrichon ”, “ Le testament de César Girodot ” et “ Ruy Bias ” apporté par Jean Charbonneau.Il fallait choisir.On décide de voter au scrutin, chacun écrivant sur un carré de papier le titre de la pièce de son choix.Au premier tour, “ Le Dompteur ” sortit bon premier, mais après les remarques de Roy, qui jugeait avec raison la pièce un peu lourde pour un début, on recommença.“ Le testament de César Girodot ” obtint trois voix, “ Le roman d’un jeune homme pauvre ” une voix, et “ Le voyage de M.Berrichon ” une voix.“ Aléa jacta est, dit Elzéar Roy, nous jouerons “ Le testament ”.Puisse-t-il nous léguer le succès.Les “ artistes ” furent invités ; on lut la pièce, les rôles furent distribués, et, après une semaine de travail ardu, la pièce était à point.1 Un dimanche soir, le 13 novembre 1898, la salle du Monument était gavée jusqu’aux portes d’un public anxieux de voir l’accomplissement des promesses faites par M.Elzéar Roy et par les journaux qui s’étaient montrés presque généreux.Sur scène l’agitation était grande.Les artistes avaient été maquillés par un ami commun, M.Ponton fils, dont le père était costumier depuis un quart de siècle.La composition des “ têtes ” n’offrait rien de bien compliqué.“ Comme ce rôle me va ! j’ai natu- # '• « -r rf •• .< NÜiS j utr j % 1 • # f f Jill • t BS f • * r+ 1 5 r r' f • ¦ •• t 211 K# ’ - (j • tt* rellement la ligne du personnage ”, disait chacun ; et le brave Eddy faisait un fond avec du No 6, accusait les sourcils, collait une moustache ou une barbe broussailleuse, s’éloignait de la “ tête ” pour juger son ouvrage, et disait : “ Oui, c’est bien ça ! ” On répétait une scène, on s’assurait d’une réplique, pantalon ne fait pas de pli, ma cravate est bien nouée ?”—“ Tiens, que penses-tu de ce mouvement ?” Les uns interrogeaient leur mémoire, les autres faisaient des “ voix Brrrum, om.om, .! ” Et les machinistes, fiers, imbus de la gravité de leur besogne, promenaient les décors avec un effroyable vacarme.“ Mon 9 “ Hum ! Hum ! “ C’est prêt ! commençons ! ” dit la voix de Roy.Ce fut un moment de poignante émotion.Nous avions le cœur serré et dans tous les trous du décor nos yeux fouillaient la salle, scrutant l’impression du public.A la chute du rideau, au premier acte, une ovation monta vers les “ artistes ” qui, stimulés par ces encouragements jouèrent d’étonnante façon.La grave épreuve était subie, le succès inespéré.Les auditeurs, composant un public tout à fait spécial, dont je causerai un peu plus loin, étaient comme sous le coup d’une surprise et prenaient un plaisir extrême d’entendre des phrases bien écrites, des mots bien assis sur leurs hanches et marchant d’un pas sûr dans les méandres de la syntaxe.Ce n’était plus de ces affreux tortillards de mélodrames, qui s’acheminent boiteux et font partir des pétards en claudiquant dans le texte : des choses neuves, des expressions poétiques.Les dernières phrases de la pièce tombèrent sur de la poudre, la salle éclata en applaudissements.Le jugement était unanime Les “ Soirées de Familles ” étaient fondées et nous venions de poser la pierre angulaire du temple de l’art dramatique, au Canada.Aujourd’hui quand mon esprit revit ces heureux moments, il semble qu’eu regardant la scène où s’est jouée cette délicieuse comédie de Belot, bientôt suivie de tant d’autres, qu’une cérémonie mystérieuse s’y accomplit.Comme autant de prêtres exaltant le culte de l’Art et du Beau, je vois les chers compagnons de cette heure mémorable, offrant comme symbole de leur œuvre deux gracieux et riches joyaux, sculptés dans le nacre et l’or par des artistes délicats et que Melpo- # mm ¦ U • • # ê U /.* 212 mène et Thalie épinglent sur “ l’épaule pour fixer le pli de leur tunique flottante * -% * Le public ne saura jamais ce qu’il a fallu vaincre de difficultés, combattre de préjugés et d’âpres avidités pour maintenir l’œuvre pendant quatre années.A chaque pas nous rencontrions une chausse-trappe.Toutes les mauvaises bêtes engendrées par la méchanceté humaine avaient été lâchées contre l’institution : les envieux, les hypocrites, les intérêts rivaux, la pédanterie ignorante d’un reportage mal avisé et, ce qui pis est, la déconsidération sociale frappant de son ridicule stigmate les courageuses gens qui osaient monter sur les “ planches Ces malveillantes rebuffades ne mirent pas un frein au zèle de Roy et de ses camarades.Avec une souplesse diplomatique de tous les instants, il sut consentir, bien souvent à regret, non pas à un intelligent émondage des pièces, mais à la plus révoltante castration littéraire des chefs-d’œuvre que l’on mettait à l’affiche.Pauvre Roy ! Avec quelle indignation il nous apprenait le fait ! sieurs, ne dites pas “ maîtresse ”, mais IC fiancée ” ; non pas “ amant ”, mais “ ami ” ! C’est M.Beauchamp qui le veut ainsi Il savait cependant faire avec une persistante habileté l’éducation de ceux qui avaient mission de diriger l’œuvre.Le temps n’est malheureusement pas encore arrivé où nous pouvons d’un esprit impartial raconter les formidables inepties, les incommensurables âneries commises par la censure de cette époque.Il y aurait matière à peupler le répertoire des plus joyeux vaudevilles et des plus inconcevables bouffonneries.Ces choses-là ne s’inventent pas.La difficulté la plus grande à notre sens était celle de créer un public.Jusqu’à ce jour les représentations isolées données par les troupes de théâtres plus ou moins stables, n’avaient réuni qu’un public d’occasion, mais toujours nombreux, qui faisait aux artistes de gros succès d’estime.On n’aimait guère la comédie encore moins la pièce dite à thèse, et l’on ne se rendait qu’en baillant d’avance pour écouter un drame littéraire.La tâche de créer un public aimant la comédie, était grosse | d’orages.Roy s’y prit de la plus adroite façon qui soit, j’ai dit “ le snobisme ”.Ses manières aimables, sa réputation de “ Priola ”, I “ Mes- ï*M ) rr.: »7 : • y.*) K# 213 ullr V ui l’accréditaient auprès des femmes, dans tous les salons ; ses nombreux amis constituaient un autre moyen dont il se servit avec succès.Il intéressa à quelques distributions M.Albert Laramée, un jeune homme de beaucoup d’esprit et très répandu dans le monde qui accourut pour le voir jouer.Cette méthode que Roy sut discrètement pratiquer, avec de nombreux et bons sujets, força la classe bourgeoise, que l’on appelle ici l’aristocratie, jusque dans ses derniers retranchements, et, bientôt, la salle du Monument fut trop étroite pour contenir les néophytes.L’exemple était donné, le peuple suivit.Quand nous songeons à tout cela aujourd’hui, les réflexions que les directeurs de théâtre émettent à l’endroit du public nous font sourire.Pauvres chers directeurs, ils le calomnient bien ce bon public.C’est une profonde erreur de croire que ce dernier n’aime que des drames-énigmes, les grossières ficelles, les trucs, les duels de locomotives, les “ effets ” et toute la vieille habilité des faiseurs du théâtre américains ; car, si par distraction, on laisse arriver au public, une pièce dont les scènes coulent avec une limpidité tranquille, il jouit avec délice de ce noble plaisir des belles pensées et du pur langage.L’exemple en est frappant dans le contraste des succès obtenus aux “ Soirées de Famille Quand le publifc fut débarrassé de l’incommode tutelle artistique des drames hurlatoires, par l’entreprise de Roy, il s’inocula le goût du Beau et, c’est ainsi que la troupe des Nouveautés trouva des spectateurs attentifs quand on osa y donner pour la première fois du Dumas fils.La seule chose qu’il me fasse peine de signaler c’est la ridicule déconsidération sociale qui atteignit les novateurs.On avait alors sur les comédiens des idées absurdes.On se figurait, 1’ “ artiste ” comme un bohème prodigue et paresseux, craqueur et faisant le beau pendant le jour et cabotin le soir.Les femmes étaient, dans l’esprit populaire, des courtisanes instruites, d’un pouvoir dangereux pour les maris.On les écoutait avec plaisir, on leur brûlait de l’encens, mais au fond du cœur on les méprisait.Je crois que c’est encore l’opinion qui malheureusement règne aujourd’hui.Je pardonne volontiers à cette plate cabale qui fit de nous des excommuniés sociaux.Cependant rien n’empêcha la marche triomphale des “ Soirées f An 1 v n une Gmw f/f/ .an- « r mr CUA i’un ini m lent iè] tou?UE It ri.lu lVlc h it' il Vil! nul rrr reu- rtia.nm P 1 1 IVV" ci ' Bte w an ft tail 0 01 f * • e tit » » * > r 214 de Famille La bonne étoile de Roy ne pâlit pas pendant trois ans.Embûches, malveillances, attaques déloyales, faux patriotisme, tous les obstacles que l’on jetait sur la route furent franchis.Mais il ne suffit pas d’être intelligent et bon, il faut aussi être heureux dans ses combinaisons.Roy le fut.Il y a des gens comme cela : des débiteurs insolvables l’eussent payé, des voleurs auraient oublié leur bourse dans son salon ; il eut chassé la fortune à coups de pied par la porte qu’elle fût entrée à nouveau par la cheminée.Un censeur imbécile avait beau retrancher des pièces ce qui en constituait la finesse, la beauté, l’intrigue, le public venait quand même.Que voulez-vous, des abrutis iraient peindre un caleçon au Christ de Raphaël, ou mettre des feuilles d’érable sur les seins de la Venus de Milo, cela n’empêcherait pas les visiteurs d’accourir de toutes les parties du monde pour contempler ce qui reste de visible dans le chef-d’œuvre de l’incomparable artiste.Mais les rayons du Beau finissent toujours par percer.Souvent, dans bien des domaines, il s’écoule de longues années avant que le rayonnement se fasse, mais il éclate enfin et féconde en les éclairant, les intelligences averties de sa venue.L’Idée a blessé mortellement le Préjugé.“ Les idées, dit un auteur, n’arrivent à l’amour des hommes que lorsque les choses auxquelles elles se rapportent ne sont plus, à peu près comme ces rayons qui, partis, il y a six mille ans, d’étoiles éteintes depuis, nous parviennent à présent et feraient croire à un astre vivace ”.Les “ Soirées de Famille ” ne sont plus, mais leur rayonnement existe encore.M * »• El à r.ta m Ernest Tremblay.r.'*/ m i ).Ut4!#y ,r; - l|4I ! • ' i 'W.f i.4 i f « iW»; M ¦ • f ftr;; if r••r- •• •J * #1 215 % 8 LA CATALOGNE û V e # t s ijfir Vous foulez, délicats, les beaux tapis persans La carpette moelleuse à la frange légère Les dessins tapageurs, les coloris perçants Et tout ce que fournit l’industrie étrangère ; 1 ?) i rttUà il V ;îSi?' Vous aimez, l’Aubusson aux plis amortissants, La natte de velours qu’on met sous la bergère Les Smyrnes, les jaspés, les lices en croissants En rose, en arabesque, en iris, en fougère ; I J e 5 % ) t (1 a e A Mais dans tout ce fouillis d’écarlate et de chrome Dont la maison du riche un jour s’accommoda, Et qu’on voulut singer sous l’humble toit de chaume t .1 Vf y % Je cherche, pauvre gueux sans rêve et sans dada, Un modeste tissé que la lessive embaume : La catalogne aux fils tordus du Canada.Jules Tremblay.r, >ri -r-ü * • ¦ A 216 FOLKLORE CANADIEN Travaillons nous suffisamment notre folklore ?Ne laissons-nous pas perdre, sans retour, une foule de superstitions, de préjugés de pratiques étranges, de coutumes curieuses qui, au point de vue de l’archéologie et, conséquemment, de l’histoire, sont loin d’être sans valeur ?N’est-ce pas, en effet, en connaissant, minutieusement, tout ce dont nos pères nourrissaient leur esprit, tout ce qui servait à les amuser, tout ce qui composait leurs croyances familières qu’on se fera une idée assez vraisemblable de l’ambiance intellectuelle dans laquelle ils se mouvaient ?Comparativement, peu de nos écrivains se sont occupés de ce sujet parmi nous ; mais il ne faudrait pas en déduire que cette branche de l’archéologie canadienne a été négligée.Le charme extraordinaire qui se dégage des ouvrages des de Gaspé, père et tils, provient surtout du folklore qu’ils renferment.Françoise, dans son admirable livre “ Fleurs Champêtres ”, nous apprend des choses intéressantes au chapitre intitulé : Superstitions.C’est aussi d’une croyance populaire qu’elle a tiré ce simple et émouvant récit qui se nomme : m m ¦yyv U; • r * à ./ ¦ »'* j# m « M r a *.if>;ri % 217 encore, ont noté des chansonnettes, des amusettes, des superstitions, des traits de mœurs qui feront la joie des chercheurs et des amateurs du détail historique.Mais, avouons-le, on est loin d’avoir tout moissonné et ce qui reste à glaner pourrait faire la matière de plus d’un volume.Une petite enquête que j’ai entreprise, il y a plusieurs années, ne me laisse pas de doute sur ce point.Je passais alors mes inoubliables vacances d’étudiant dans ce village de Sainte-Geneviève de Batiscan qui m’est cher à bien des titres.Croyant que j’utiliserais ces matériaux, un jour, il me prit fantaisie de me renseigner sur les vestiges des coutumes d’autrefois, auprès des bons vieux paysans qui ne demandent pas mieux que d’évoquer le passé dans lequel est ensevelie leur jeunesse.J’eus avec eux de longues causeries dont je tins compte, et, aujourd’hui, que je retrouve mon manuscrit âgé de seize ans, l’idée me vient de fournir ma modeste contribution au folklore canadien.Ce sera une manière comme une autre de parler de la patrie intime, du terroir, en ce numéro de la Saint-Jean-Baptiste.Pour cette fois, je me bornerai à citer les croyances, les préjugés, les dictons, les pratiques superstitieuses qui avaient cours, jadis, dans la région trifluvienne et dont plusieurs défient toujours les injures du temps, car bien qu’on en délaisse, elles sont encore considérées avec respect.Par raisons de vérité, de brièveté et de clarté, à mon sens, je transcris ces notes à peu près telles que je les ai reçues, sauf que je les ai classifiées, et si ce sujet vous intéresse, vous n’avez qu’à jeter les yeux sur ce qui suit : A jets.— (Voir Température).Amoureux — (Signes concernant les).— Un bout de fil blanc, sur votre robe, annonce un amoureux nouveau.Une graffignure (éraflure) le long de la main ou du bras annonce aussi un amoureux nouveau, mais si l’éraflure est diagonale, cela signifie qu’on perdra son amoureux.— Lorsqu’on aperçoit la nouvelle lune à sa droite : on verra son amoureux ; si on aperçoit la lune de face : l’amoureux sera invisible ; si la lune est aperçue à gauche : on verra et on parlera à son amoureux.Perdre sa jarretière, son jupon ou autre pièce du costume signifie qu’on perdra son amoureux.r'm # y p 1 y m i I (if I e ¦ It F i i * • • # jt » 218 On allume une allumette et on la laisse brûler, le feu en haut, en la tenant droite entre ses doigts ; lorsqu’elle est à demi carbonisée, on saisit le bout noirci et on retourne l’allumette, afin que le feu consume le bout resté intact et qu’on tenait d’abord entre ses doigts ; quand le feu a tout carbonisé, il arrive presque toujours que la partie supérieure de l’allumette tombe, et la direction vers laquelle s’effectue la chute, indique où est, dans le moment, son amoureux.Araignée.araignée du soir, espoir.— Voir aussi Température.Mettre en mouvement un berceau vide donne la Araignée du matin, chagrin ; araignée du midi, ennui ; ?i: Berceau.colique aux enfants.Bossu.Pour combattre la malchance que provoque la rencontre d’un bossu du même sexe que soi, il faut cracher par terre avant que le bossu nous regarde.Cela est parfois impossible, alors tant pis.La rencontre d’un bossu de sexe différent à soi est heureuse.Mettre son bas à l’envers, sans préméditation, indique qu’on recevra un cadeau.— Voir la nouvelle lune pour la première fois, à gauche : cadeau dans le mois.— Il ne faut pas offrir, en cadeau, des instruments tranchants tels que ciseaux, couteaux, etc., parce que cela “ coupe l’amitié Le donataire peut, cependant, conjurer le sort néfaste en remettant au donateur une pièce quelconque de monnaie : la donation devenant alors une vente.Chaise.Chat.Cadeau.] > E Faire tourner une chaise : chicane.E Tout chat à trois poils du diable, à la queue.Faire mirer un chat, porte malheur.Celui qui trouvera un chat d’Espagne et qui ira l’offrir roi, recevra une riche récompense (1).Cheminée qui boucane, femme qui chicane, le diable F; au r Cheminée.dans la cabane.(1) Ce dicton est basé sur un fait.Chacun sait qu’on nomme ici, chatte d’Espagne, celle dont le pelage est noir, blanc et jaune.Or comme les félins mâles, par un caprice de la nature, n’ont jamais de taches de plus de deux couleurs, il s’en suit qu’un chat d’Espagne au sens où on l’entend, en ce pays, est une impossibilité. # • I • » I * n "T f!l # I » • r r•• # f * PV ;ra IcrJHf.f.r.iv •Vf r-jï *r pa tau L** 219 Z Il ne faut pas tuer les cochons dans le décroît de la lune, car le lard tournera au rance.Crapaud.“ Je me défends de ton levain ” (venin).Criquet.Cochon.I terni Quand on écrase un crapaud, il faut dire aussitôt : f .l/i«x borj sqiifi Il ne faut jamais tuer de criquets (grillons), parce que ceux qui restent se vengent en mangeant les chaussons (chaussettes) de la maison.1 là h : Désappointement.— Oublier quelque chose au logis et retourner sur ses pas le chercher : désappointement.— Se laisser séparer par un arbre, un poteau ou quelqu’un, lorsqu’on marche avec une personne : désappointement.— Si on aperçoit, en croix, des couteaux, des fourchettes, des fétus de paille, des copeaux, etc., on peut être certain qu’un désappointement ou un malheur nous guette.Désensorceler.— Pour désensorceler : faire brûler une chandelle bénite sur le ventre de la personne ensorcelée.Faire bouillir des aiguilles plantées dans un peloton de laine, cela fait souffrir le jet eux de sort et l’oblige à venir demander ce qu’on lui veut.Don.— L’enfant qui naît le septième du même sexe, sans interruption, a un don.On prétend aussi qu’il porte une marque, placée ordinairement sur la langue et qu’on nomme la fleur de lys.— Si une femme épouse un homme portant le même nom qu’elle, sans que les deux conjoints soient parents, cette femme pourra guérir de tous maux.I1U1; ff m'itüvv : 'iv e la cire rat tant i îqne « * il H/i vvl v tÉ 'fil te I mel it lull Deux personnes qui s’essuient les mains, ensemble, au même essuie-main : chicane.Etrenner le samedi ou le jour de l’an est chanceux, car on étrennera de nouveau, avant longtemps.Celui qui est né pour un petit pain, n’en aura jamais Essuie-main.Etrennes.# Fatalisme.' ai un gros.Inutile de se faire soigner, quand on doit guérir, on guérit bien sans remède.i ! Un bon os ne tombe jamais dans la gueule d’un bon chien.Trouver un fer à cheval ou même un simple clou Fer à cheval.de fer à cheval, porte bonheur.L.L Pl I tv % 220 Fricot.“ Fricot chez nous, pas d’école demain Dicton populaire signifiant que le lendemain d’un fricot, toute la routine est brisée et qu’on est peu propre au travail ordinaire.Fru its.- Lorsqu’on mange d’un fruit pour la premiere fois, cours d’une année, il faut désirer quelque chose et on l’obtient.au Futur (Pour connaître le nom de son futur).trois des poteaux de sa couchette le nom de trois de ses amoureux, et si dans la nuit on rêve à un autre nom ce sera celui de son futur époux.On donne à Pelez une pomme de façon que la pelure reste en un morceau ; ensuite, tenant cette pelure par un bout entre le pouce et l’index faites-lui faire trois fois le tour de votre tête, puis laissez la tomber derrière vous.S’il se forme une lettre ce sera la première du prénom de votre époux.— On met sur le sol, en droite ligne, un grain de blé pour chaque lettre de l’alphabet, puis on place un coq devant ce festin symétrique.A chaque grain de blé que le coq saisit on note la lettre correspondante et leur réunion doit former le nom de son futur.— Comptez quarante chevaux blancs ou dix-huit chevaux noirs et le premier garçon qui entre, ensuite, dans votre demeure, porte le nom de votre futur mari.Futur — (Pour savoir la couleur de ses cheveux).— La première fois que les grenouilles chantent au printemps, on va les écouter tout près ; puis on revient à la maison et l’on retourne son bas à l’envers.On refait de nouveau le trajet aller et retour, puis on remet son bas à l’endroit.On refait le trajet une troisième fois et au retour final, on trouve, dans son bas, un cheveux de la couleur de ceux de son futur.$ (Pour connaître son état de fortune).cuillérée de farine, une de sel et une d’eau ; mêler le tout et en faire une galette qu’on mange, au coucher, dans le plus grand silence.Si vous devez vous marier, celui qui sera votre mari viendra vous porter (en rêve, bien entendu) un verre plein d’eau, s’il est riche, et toute une chaudière d’eau, s’il est pauvre ! Placer, au moment du coucher Prendre une Futur (Pour le voir en rêvé).sous son oreiller, un morceau du gateau offert à une mariée, fait Futur rêver à son futur, dans la nuit qui suit.Kl ïAl i »i I / JL 1 /• r • •••!• 221 Se coucher sur le dos et se mettre les quatre as d’un jeu de carte sur le ventre, fait rêver à son futur.Si deux amies, couchant dans le même lit, s’attachent l’une à l’autre le gros orteil, elles rêveront à leurs futurs.si elles parviennent à dormir, sans doute.— On pèle une pomme de terre de telle façon que la pelure reste en un morceau ; ensuite, on met cette pelure, à l’insu d’une demoiselle, sous son oreiller.Cela la fait rêver à son futur.Un jeu de cartes, placé sous un oreiller, à l’insu d’une demoiselle, produit le même effet.Lorsqu’on voit la nouvelle lune, on met ce qu’on a, à ce moment, dans la main, sous son oreiller et on rêve à son futur.Si on compte les ouvertures d’une maison dans laquelle on couche pour la première fois, on voit son futur en rêve.Passer un morceau d’un gateau de noces, dans le jonc de la mariée, fait voir son futur en rêve.On met près de son lit, au moment du coucher, un bassin (cuvette) plein d’eau, du savon, un peigne et une serviette.Et si, dans la nuit, on voit, en rêve, un homme venir faire sa toilette, ce sera son futur.Herbe.IL i Il y a dans les forêts une sorte “ d’herbe qui écarte et si on marche dessus, il ne nous est plus possible de retrouver le chemin de son logis.Lorsque vous avez le hoquet si vous pensez à celui ou celle que vous épouserez, le hoquet s’arrête.Diablotins qui nattaient la queue des chevaux.Ils ne s’occupaient que des meilleures bêtes, mais si le propriétaire défaisait le nattage, les lutins entraient dans une grande colère et ils se vengeaient en battant les chevaux.Voilà comment s’expliquait qu’on entendait, parfois, les chevaux hennir, piaffer, se débattre, et qu’on les retrouvait couverts d’écume sans qu’ils fussent sortis de l’étable.Hoquet.e Y 1 Lutins.a % i \ * 0 Petite maison, grosse famille.Dicton familier, signalant Maison.que ce sont les pauvres gens qui ont le plus d’enfants.I i 1 1 Si trois lampes se trouvent allumées, par hasard, dans une même pièce, il y aura mariage prochain.— Si en revenant du mariage, les nouveaux époux rencontrent un enterrement, c’est un signe de malheur.Mariage.il i, it 222 r.f'f Si un cierge s’éteint durant la cérémonie clu mariage, autre signe de malheur.— Se marier, un jour qu’il pleut : mariage malheureux ; la femme versera des larmes.•ttir — Traverser une rue ou un chemin en diagonale retarde son mariage d’un an.Le même résultat se produit si on marche sur la queue d’un chat.— Toutes les compagnes d’une future épousée qui peuvent mettre un de leurs cheveux dans quelqu’une des coutures de la robe de noce, trouvent à se marier dans l’année.On peut annuler son mariage en lisant, à rebours, vis-à-vis la porte de sa maison où sa femme demeure, une copie de son acte de mariage ; c’est-à-dire en commençant par le dernier mot et en finissant par le premier.Ceci a été fait il y a quelques années et l’individu, expression.Mariage ou Célibat.?un esprit simple, se croyait démarié, suivant son * v On fait une échelle de papier et on l’accroche à la tête de son lit, trois soirs de suite ; si, la dernière nuit, on voit son amoureux gravir les échelons, on se mariera ; si au contraire on aperçoit un cercueil, on restera fille.A minuit, encore, on emporte son miroir et on regarde dedans, au-dessus du puits.On voit passer sa noce ou son enterrement.Pi Pi — Toujours à minuit (l’heure du mystère, l’heure fatidique), on regarde dans son miroir, dans sa chambre, à la noirceur, et on voit passer son futur ou son cercueil.Mendiants.— Garder des branches de cormier dans la maison, protège celle-ci contre les mendiants et la foudre.Pour se protéger contre les quêteux qu’on rencontre sur la route, dire trois fois : “ A pretio, je te redoute ”.Mortalité.— Un chien qui hurle près d’une maison : signe de mortalité.fl l Pt 4L Ptt fort :: Un oiseau qui pénètre dans une maison : autre signe de mortalité prochaine dans la demeure.Le soir des noces, celui qui se met au lit le premier sera aussi celui des deux conjoints qui décédera le premier.pa L ( « tl i •« • ?H ÉÉM ( l rg .* #* #• .r“- I * 1 •• »> fj frf '••ûü n 1 fl *' 'W f :•! •¦ ; • J 1 I I r * Quand tu nous vins, Chopin, plein de rêve infini Sur ton maigre profil fleurissait l’espérance De faire pour ton art ce que fit à Florence Maint peintre italien pour l’âge rajeuni.J » 1 1 rl'iM Comme un lys funéraire, au vaste de la gloire Tu te penches, jeune homme, et ne sachant plus boire.Le clavecin sonna ta marche du tombeau ! ?» Dors Chopin ! Que la verte inflexion du saule Ombrage ton sommeil mélancolique et beau Enfant de la Pologne au bras d’or de la Gaule ! > y Emile Nelligan.% fi fj i kl J * h « *#.237 GIBOULEE D’AVRIL ense i \ ai Petit poème en prose % T* D’où me vient cette neige que souffle à ma porte l’haleine furtive de la nuit ?Il en tombe à plein firmament et l’ombre est silencieuse.Brins de neige qui venez de loin, le rêve vous connaît ; car c’est dans leurs rêves que vous ont répandus les anges, en pleurs de joie ou de regret.Ils sont tristes et nostalgiques comme des feuilles mortes : les brins de neige meurent au printemps et les feuilles vont au tombeau de leurs chimériques destins, l’automne.Vous caressez, tous deux, la joue des passants avant de mordre la poussière éternelle de la terre maternelle et féconde.Sur le sol blanchi de votre émail, la tempête va souffler, et les brins de sable et les brins de neige s’émeuvent : les tourbillons du Nord emportent leur misère infinie et songeuse, et la pensée de nos âmes et de nos cœurs se console aux vaines tristesses des choses.Et l’on se dit : La sagesse et l’ultime devoir des êtres qui passent dans la fuite du temps et l’usure delà vie, c’est la bonté, l’inlassable bonté.La neige est bonne, la neige est belle ! Petits brins de neige, je vous aime ! Vous formez, du tissu de votre splendeur, des linceuls pour la terre, et les morts qui dorment dans leurs creux jouissent de votre pitié qui les recouvre.Pieusement votre bandeau charme la solitude, et les vivants, cette nuit, dormiront sous les toits blancs, blancs de votre blancheur immaculée.Et ma lampe brûle et se consume, éclairant du reflet de sa flamme agonisante mon œil fatigué et qui rêve devant la nuit pleine de neige.Petits [brins de neige, tombez, tombez toujours ; les hommes passent et tombent comme vous.D’où me vient cette neige que souffle à ma porte l’haleine furtive de la nuit ?I I Louis-Joseph Doucet. 238 MARIVAUDAGE Ce soir les amoureux Deux à deux, Sont venus à la brune ; Ils ont jasé longtemps Sur les bancs Au follet clair de lune.T» Par les soirs de printemps, j’aime égarer mes pas Dans les jardins fleuris, aux sentes parfumées A votre bras, Madame, et nous parlant tout bas Enivrés de parfums, de paroles aimées ; ) Car j’adore causer d’amour tranquillement Dans les parcs assombris, pleins de senteurs de roses Pendant que nous allons chasser éperdument Pour en rougir ensuite, un baiser que l’on ose.5 L’hiver a remplacé le doux avril vermeil.Qu’importe à notre cœur s’il nous reste quand même Un jardin toujours gai, toujours plein de soleil où l’on aime ! J Riant enclos de l’âme où tout chante Aussi, quoique le froid soit bien âpre aujourd’hui Promenons-nous tous deux dans les routes chantantes Du jardin parfumé de mon cœur alangui Et cueillons-y les fleurs des baisers, dans les sentes.5 J Albert Dreux. « s 239 EFFETS DE NUIT r.i.r.fw.ivr Petit poème en prose Et c’est encore la nuit.Cette petite lumière vacillante, greloL tante, c’est le feu follet des aulnes vertes de la savane, et, tandis que la terre s’endort, il va, vient, aussi régulier que le fanal d’un passeur.Qui sait si cette flamme n’est pas l’âme éperdue et silencieuse d’un vieux coureur de grèves ?.Le méandre du bois s’irradie d’un peu de lune.Oh ! quelle lune ! c’est triste en ces parages ; et me voici seul, dans cette ombre à demi-funèbre.Où donc es-tu mon viel ami, mon pauvre chien ?Et le chien dormait du sommeil des êtres qui ne s’éveillent Pauvre chien, c’est drôle qu’hier il fût encore vivant ; c’est triste aussi qu’il soit mort cette nuit .Et le feu follet faisait sa ronde coutumière, des aulnes vertes au pied du coteau, et du coteau jusqu’au pied des aulnes vertes, comme une âme qui erre.Deux hérons s’abattirent non loin de ma “ cambuse ”, et leurs ailes, en s’agitant, laissèrent un sillon de frissons dans les branches.Je songeais que c’est curieux, la nuit, au bois, surtout quand on voit la désolante mort, la mort de son pauvre chien épuisé par les dards d’un porc-épic, et que ce porc-épic aussi repose, abattu, d’un coup de feu au cœur.Je me promenais devant la “ cambuse ” où s’amortissait un foyer de souches et de ronces.Le vent du soir caressait par instant la cendre rouge, et la fumée tordait ses volutes chimériques et capricieuses dans l’air.La grève du lac Caïamac dormait, promenant son rêve argenté dans les quenouilles et dans les joncs.La mauve silencieuse et mystique se pavanait sur l’onde.foi ma > « * plus.S X i »! •! 240 J’étais hanté d’un mystère qui fuit à cette heure solennelle : tout fuit devant l’âme qui cherche à bien savoir et à bien saisir.La nuit berceuse bat son plein, il est minuit ; les ombres s’accentuent dans leurs voiles songeuses ; des arbres gigantesques se profilent au lointain, tendant leurs bras suppliants à l’horizon caduc : des hiboux narguent l’espace, en de ça des sapins rangés en frères, pleins du sommeil langoureux et sévère de la grande nature.L’étoile polaire s’égaye du silence de la terre ; quelques petits poissons interrogent la surface de l’eau en petits sauts fugitifs, tandis que tout à coup, une truite monstrueuse, dans sa course furibonde, dévie au mirage d’une étoile, sort de l’eau de toute la longueur de son corps et retombe de son élan scabreux avec un bruit de branche brisée.Puis le calme se fait et c’est toujours la nuit, la nuit sauvage qui regarde les bois et les rochers.Louis-Joseph Bouc et.L’OISEAU DIVIN Superbe de folie autant que d’envergure Il planait puissamment au fond du ciel serein ; Les nuages légers en forme de guipure Faisaient une auréole à ses ailes d’airain.y Bercé dans l’infini des espaces sans voiles Il s’en allait, pensif en son vol, lentement, Comme un songe divin au milieu des étoiles, De vertige enivré, sublime, éperdument.y Dans l’azur de mon rêve où montent des désastres Malgré l’intime effroi des noires visions, Je garde encor l’espoir de mes illusions : Mon âme est un oiseau qui monte vers les astres.vib J 4 Albert Dreux.* T * ?> 241 » LA VOIX DES SOLITUDES 1 s v 3 (ELEGIE) i 3 » i Je suis venu contempler sur tes grèves.Alphonse de Lamartine.J V • • Li C’était dans un méandre où coule l’onde pure Où parfois le pêcheur, effrayé par les vents Vient abriter sa vie et sa blanche voilure Jusqu’au calme espéré du champ des flots mouvants.> ) Le jour était tombé.L’alouette, au rivage, Grisollait à travers l’aulne et le romarin ; Et la nuit, lente et sourde, épandait son nuage Sur les ormes altiers qui bordent le chemin.Il était beau ce soir que choyait la nature ; Il charmait l’existence en lui parlant des deux : Chaque souffle de brise épelait un murmure ; Mon coeur était hanté d’espoir mystérieux.Errant près du flot noir où se mirait la lune Qui roulait son ennui par delà l’horizon Je comptais les roulis de l’onde sur la dune Quand une voix soudain appela ma raison.J * Tout ému, j’écoutai ce que voulait me dire Ce solitaire accent par le soir emporté Et je compris alors, pourrai-je la traduire, Cette brève pensée en mon cœur attristé : w V 242 Souffle épuisé sur une tombe Pauvre tombe, dernier abri Mouche sans ailes, qui succombes, Homme, tu n’es qu’un malappris ; ( i 5 ) r,v- Faible, dès le berceau tu pleures Au moment que tu fais pleurer ; Tu veux pour toi toutes les heures Du Temps qu’on ne fait qu’effleurer.J Sous tes faibles pieds, quand tu passes, Tu veux fouler le pauvre autrui Et ton cœur que le vice enlace Se dit encor brillant produit.Et quand la mort, d’un air farouche, T’appelle aux séjours inconnus Pas un mot ne sort de ta bouche Pour dire que tu ne crains plus.# > Cgfr!!.>*| >•.IK V Tu crois pouvoir le difficile Dans un jour d’ivresse et d’orgueil ; Ne te trouble pas, imbécile Tu ne brise pas ton cercueil ; 1 %: •V r * j & .« Parfois ce cercueil, c’est la lame Où ton pauvre corps se blottit ; Avec ton souffle tu rends l’âme Puis le tourbillon t’engloutit.I j Devant cette voix menaçante J’ai répondu, pauvre mortel : Est-ce que mon âme est méchante Assez pour irriter le ciel ?l 4 4 X J I ft il :r « » • • / 243 Irl}\t • ' Qui que tu sois, l’ange ou le maître, Crois-moi, je suis assez puni D’avoir été forcé de naître Avec un rêve d’infini ; Je suis méchant, mais me pardonne, Car, après tout, je t’appartiens ; Pourquoi t’en prendre à ma personne ?Ce que tu crées, tu le soutiens.Le vieil Adam fut notre père Et c’était toi qui l’avais fait : En héritant de sa misère, Nous devons croire à ton bienfait.J L’homme est de boue, il est maroufle, Mais créé par ta volonté Et puisque l’anima ton souffle Fais qu’on espère en ta bonté ! 5 > De rien tu rénovas deux choses : C’étaient le ciel et l’être humain Et ces deux riens dont tu disposes Vont au seul signe de ta main.) J Et je fis ma prière aux astres Pleins de mystère et de secret Et dont mon cœur tient ses désastres Inscrits en le divin décret : X Astres des deux, ô divines prunelles Clignant vers nous votre immense clarté, Qui peut compter les lames éternelles Que vous versez au gouffre éternité ?» r 244 * Astres des cieux qui voguez dans l’espace Que cherchez-vous sur vos chemins d’azur ?Et vers quel but, comme l’homme qui passe Tend votre espoir, vers quel bonheur futur ?) ) Beautés des nuits, lumières inconnues Qui parsemez de vos gloires le Temps, Vers votre exil de par delà les nues Mon rêve obscur brûle de vos printemps ! ?Vous qui brillez au fond des solitudes Comme des blés dans les ors du couchant Moissons des Temps, divines multitudes Ignorez-vous nos plaintes et nos chants ?J ) Aux soirs très doux, pleins d’espérances brèves Lorsqu’une voix a gémi dans nos cœurs Quand vos rayons ont envahi la grève Qu’éclairez-vous de nos destins vainqueurs ?« t Astres des cieux qui cheminez sans trêve, Eperdument, en l’espace éternel Que j’aimerais en vous finir mon rêve Vous qui savez où commence le ciel ” 1 Le vent du soir berça les feuilles vertes » Au doux parfum des lilas printaniers ; D’un pan de ciel l’onde s’était couverte Pleurant toujours ses regrets coutumiers ! ) J Vent du soir, vent du soir qui souffles dans les branches, Pourquoi donc souffles-tu ?pourquoi donc gémis-tu ?Quand tu montes des flots vers les étoiles blanches, Où tend le grand regret de mon cœur abattu ?O O r> Louis-Joseph Doucet. 245 HÉDECIN DE CHinÈRES * Je suis médecin de chimères A l’hôpital du Désespoir, Où maints succès imaginaires Rendent hommage à mon savoir.Je fais des cures merveilleuses Prodiguant mes secours zélés Aux tristesses contagieuses Aux abattements isolés.J ) Espoirs fous, naïve croyance En la beauté qui ne ment pas : Doux mensonges dont la Science A prédit le prochain trépas ; Chimères sanglantes et nues Que poussent les durs lendemains, De toute la hauteur des nues, Sur la fatigue des chemins • • • Je fais ce prodige pour elles : Perçant l’énigme de leur maux, Aux rêves d’or je rends des ailes Et l’essor des espoirs nouveaux.> Tout le secret de ma prudence Qu’Hippocrate n’enseigne pas C’est du rythme et de la cadence Un peu, beaucoup.suivant les cas ; f r j y f 246 Des mots mystiques dont on forme Un refrain léger et berceur O Pour que l’amer chagrin s’endorme Comme un enfant dans la douceur.C’est, pour les amantes moroses En proie à d’obstinés sanglots # ij Kf Refaire des jardins de roses Avec des strophes et des mots ; > Du sombre oubli rompant les voiles Par des artifices savants Rallumer d’antiques étoiles « Au fond de lointains firmaments.> Je suis la disserte romance Qui vers les troubles avenirs Aide l’envol de l’espérance Au vent meilleur du souvenir.Englebert Gallèze.UN PEU D’ART ! I Nous avons la réputation, aux yeux des gens d’Ontario et des provinces de l’ouest, et ce sont leurs journaux, dont le “ Collier ” édition de Toronto, tout le premier, qui nous l’apprennent, d’être nous, les Canadiens français de la province de Québec, une race, sinon d’orateurs dans tout le sens démosthénique du mot, du moins de “ parleurs ”, c’est-à-dire une race composée d’individualités aimant à pérorer et profitant de la moindre circonstance pour “ faire des discours — Le reproche — si tant est que ce soit un défaut d’aimer à défiler tout haut des périodes et des phrases plus J J 1 0 m ,4 .#1 ^ * J (dffenH r.Kw" » * & f kl/lKr.247 fUUir, ou moins sonores et correctes n’est pas à vrai dire, une affaire d’état ; Latins d’origine, il va de soi que nous devons être plus impressionnables, et partant plus communicatifs que nos concitoyens de descendance anglo-saxonne.Seulement, étant donné que nous sommes de tels semeurs d’idées attendu que l’assemblage de quelques mots suffit pour former une idée, question de valeur mise de côté comment se fait-il que par la force du contact, nous n’ayions pas pris de nos concitoyens anglo-saxons, gens pratiques et moins parleurs que nous, le tour de réaliser toutes ces idées et d’en faire autant d’applications dans la vie réelle, au point de vue de l’amélioration morale de la race ou de la nationalité ?Tel est le problème qu’à l’occasion de la fête nationale surtout il est peut-être important d’étudier et de concrétiser par des faits.Il est même probable que Baptiste, dont le gros bons sens est légendaire, n’a jamais cru dire si vrai en stigmatisant ainsi ceux qui sont atteints de la manie des discours : “ Grands parleurs, petits faiseurs ” Grands parleurs nous dirigent, au gouvernement comme à la Cité, à l’intérieur comme à l’extérieur, à l’association Saint-Jean-Baptiste comme dans le plus humble de nos clubs politiques ou sociaux ! Nos ministres et nos députés pérorent à la veille des urnes.C’est avec des tremblements d’émotion dans la voix, qu’ils se déclarent en faveur du relèvement intellectuel de la race : “ Le peuple, s’écrient-ils, ne doit plus croupir dans l’ignorance ; il faut des réformes ”.Mais, une fois élus, ils ne songent plus que les salaires des institutrices sont dérisoires, que l’instruction devrait être obligatoire et les livres uniformes, de par la loi.Peut-être, à force de s’être trop engagés en face de l’électorat, crééront-ils quelques rares écoles techniques qu’ils confieront à une commission dont le président se distinguera surtout par son créténisme et son ignorance ! Peut-être jetteront-ils comme un os à un chien, une maigre pitance à un conservatoire quelconque, croyant avoir tout fait pour la cause éducationnelle ! Ah ! il faut des réformes ! va-t-en voir si elles viennent ?Que le peuple s’instruise comme il pourra ! Quant à former des artistes, on n’a pas besoin de ça ; il y a bien d’autres choses à décider ! Mensonges et discours d’élections ! Quant à nos échevins, ils crient moins fort à l’instruction de la ) toute la clique de ceux qui ô combien ! % ¦ > » r - f • • 1 .i l * fW®tn:ly?S :r sle i ,• .r . I 248 masse, mais ils savent aussi refuser à leurs électeurs les bibliothèques Carnegie et l’encouragement aux beaux arts ! Ils n’ont pas trop de temps pour se chamailler à propos de patronage, tandis que leur propre Hôtel de ville, à part une couple de croûtes, n’offre aucune toile, aucune statue artistiques à l’œil de l’étranger.Le peuple réclame en vain de la musique dans ses squares, et les associations artistiques ont oublié le chemin de l’Hôtel de ville à force de se voir refuser de modestes subsides.t 111 X / En attendant, artistes, mes amis, payez les taxes et payez-les bien, car on vous prendra par la famine en vous privant d’eau ! Nos édifices publics, nos églises et nos maisons d’éducations se payent parfois le luxe d’œuvres d’art.Seulement, voyez les signatures, et neuf fois sur dix, vous trouverez un nom étranger.Protégeons les arts ! Encourageons les nôtres ! Nos journaux — je parle des quotidiens — ont faussé le goût des lecteurs par l’abus des superlatifs, et il ne leur est plus possible de faire la distinction entre une œuvre et une entreprise artistique et le fait du charlatanisme.Cela ne les trouble guère cependant, puisqu’ils préfèrent placer en vedette la lamentable histoire d’un chien écrasé, et noyer parmi les annonces une appréciation d’art.Relevons la mentalité de la masse ! Et, le jour de la fête nationale, les dignitaires de notre Association Saint-Jean-Baptiste, se balladant processionnellement par nos rues, chamarrés de colliers de cuivres et de feuilles d’érables, escortés de “ cowboys ” à cheval( de blonds chérubins nus et de moutons symboliques ; et le soir, sous de maigres feux d’artifices, ils déclament sous les étoiles, à la foule paisible, des phrases cent fois répétées, célébrant la valeur des ancêtres et exhortant le peuple au patriotisme.Et, le peuple qui est de bonne humeur parcequ’on est en juin, qu’il fait beau, que la nuit est douce et pleine de griserie, bénévolement, gobe toutes ces fadaises, sans se donner la peine de songer que le lendemain il n’en sera plus question, et que tout ça, c’est de la frime ! I K tu: a' ft 0 Ce n’est guère la première fois que je me montre aussi pessimiste au sujet de notre manière d’entendre le patriotisme et d’encourager les arts, et l’on m’en faisait dernièrement un reproche assez amer.rmî t vy.•.•• • »* :.i •V # # «GrvfHfi 249 — “Nous avons construit un Monument national, me disait un dignitaire de la Saint-Jean-Baptiste, que les jeunes qui ne sont jamais satisfaits en fassent autant Il me semble pourtant que parcequ’on a construit un Monument national, la plupart du temps occupé par des Juifs, ce n’est pas une raison pour se croiser les bras et ne rien faire de plus ; et si l'on se trouvait réellement à court d’idées nouvelles quant aux moyens à prendre pour aider aux artistes canadiens, je me permettrais tout simplement de citer en exemple à mes compatriotes, les jeunes gens de la Young Men Christian Association qui, sans perdre leur temps en d’interminables discours, ont réussi à recueillir en quinze jours seulement l’énorme souscription de $300,000.00.Et je conclurais en disant qu’il serait au moins possible à mes concitoyens de percevoir la centième partie de cette somme, annuellement, à seule fin de transformer la célébration de notre fête nationale en ft.: : accordant à l’art et aux artistes l’encouragement qu’on leur a toujours refusé jusqu’ici.Je ne veux pas encore croire que nous manquons de patriotisme.Il se peut que nous ayions été apathiques et endormis, mais il est grandement temps de nous réveiller.Moins de discours et des actes ! Gustave Comte.STROPHES A LA FILLETTE A mes.fi lies Germaine, Liliane, Gaétane et Pau le.Tendre fillette, brune ou blonde, Enfant, dont le regard si pur Ressemble au pan de ciel que l’onde Emprunte de l’azur, / Brune ou blonde, étrangère encore Aux sombres tourments d’ici-bas Calme, tu contemples l’aurore, Qui brille sous tes pas.’Mil 250 Lorsque tu passes, les bras s’ouvrent Vers ton front se penchent les fronts, Les cœurs battent, les yeux te couvrent De regards doux et bons : y r.i C’est que ton être s’harmonise De fraîcheur et de pureté C’est que ton être idéalise La vertu, la beauté.> 4 Tu vois nos visages sourire A ton babillage enfantin : Ta voix est un écho de lyre Un fragment de matin.J 1 Tu ne saurais douter qu’on t’aime : Qu’il est beau le front incliné One couronne le diadème Du bonheur d’être aimé ! 1 • • • Et cependant, fillette, laisse Ton regard scruter l’avenir : Etant une aube, ta jeunesse Doit tôt s’évanouir.L’illusion berce, perfide Les cœurs ; et sans cesse, et toujours Ils tombent au gouffre du vide Comme les blés, nos jours : J J Si tu savais comme on regrette, Enfant, ton âge insoucieux Lorsque le temps, sur notre tête Sème de blancs cheveux ! / 5 % pr, Tant pis !.Fillette brune ou blonde Ange terrestre, ton cœur pur Ressemble au pan du ciel que l’onde Emprunte de l’azur.J I Germain Beaulieu.» i 9 m, : :> • nr ê t Wi< tfey tâf / ass /* Vv vrv: 251 LA riORT DE CHAMPLAIN Sur un rocher neigeux, dans un pays perdu Que le grand fleuve mire à ses eaux solitaires Le héros, l’œil hanté de visions austères, S'endort, comme accablé de son labeur ardu.Quelques soldats obscurs environnent sa couche, Braves qu’avait gagnés son rêve conquérant Et ces fils éperdus recueillent en pleurant Les syllabes d’espoir qui tombent de sa bouche.Nulle femme ne lui murmure un cher adieu ; Aucun baiser d’épouse ou de fille ou d’amante N’attendrit son instant suprême, que tourmente La seule passion de la Lrance et de Dieu.' 4 Gl Comme un gage de paix pour l’heure redoutée, Un prêtre, compagnon d’œuvres et de combat, Au chevalier pieux offre, sur son grabat, Cette croix qu’en ce sol naguère il a plantée.La stupeur se répand sur la bourgade en deuil ; Dans les cœurs atterrés l’effroi plane en silence Est-ce notre existence Que cet homme en mourant va clouer au cercueil ?” ) Et chacun se demande : 4 t 4 4 4 t Autour, la forêt vierge et les savanes bleues Où glissent le Mohawk et le Tsonnontouan ; Puis, les déserts sans fin, puis, le morne Océan : La France est par delà, si loin, à mille lieues !.-* .t •I . A 252 Et le calme héros expire sans renom Sans une voix chantant sa pénible épopée Sans savoir si quelqu’un reprendra son épée Sans laisser même un fils pour porter son grand nom.5 ; ?Mais qu’importe l’oubli lorsque l’œuvre demeure Et qu’au Christ, à la France, un royaume est acquis ?Mais, au soir des combats, sur le tertre conquis Quand flotte le drapeau, qu’importe que l’on meure ?Peut-être à ses yeux clos brille alors le secret Des triomphes futurs, des grandes destinées D’une gloire qui vient par delà les années Et comme sans remords, il tombe sans regret.J ) i N , A cette heure, bien mieux que le bronze ou la pierre, L’avenir, ô Champlain, te prépare un autel : Vois ! après trois cents ans, tout un peuple immortel Germe sur ton cercueil et vit de ta poussière.IV # Louis Dantin.4 • f (4!» Lw ## r.rÜiJV^ MiF 4}» » U* ;r.» * * « * •Iff ï'.f rilg « f • • # * t n I f 253 DÉSESPÉRANCE 1 r En ce premier anniversaire de la mort de Louis Fréchette, " Le Terroir ” veut rendre hommage à la mémoire du grand poète en reproduisant ce cri de profond découragement d’une voix amie, devant l’indifférence de tout un peuple à l’égard de celui qui, par son talent et par l’immense amour qu’il portait aux siens, a fait plus pour l’élévation de l’âme canadienne française que toutes les démonstrations barnumesques et tapageuses du jour de la Saint-J eau-Baptiste.Ah ! pourquoi faut-il que tant de cris de désespérance qui devraient avoir leur écho dans tous les cœurs bien nés, pourquoi faut-il qu’ils s’éteignent dans la lourde atmosphère de l’indifférence coupable ! Je suis revenu des funérailles de Louis Fréchette, infiniment triste, dans un tel état de dépression morale, que ces lendemains glorieux qu’on promet à notre race, les jours de Saint-Jean-Baptiste, m’apparaissent à cette heure douloureuse comme des plaisanteries amères.Douleur d’avoir vu disparaître, si soudainement, un ami très cher, un maître très admiré ; oui, mais aussi tristesse profonde de constater l’indifférence sans excuse de notre race envers ce grand disparu qui a tant fait pour elle.Pourtant ne devions-nous pas nous attendre à cela ?c’étaient les funérailles d’un poète, c’est-à-dire les funérailles de l’Art et de la Poésie, de l’Idéal.Est-ce que cela pouvait émouvoir nos gens ?Qu’une voix s’élève sur les tréteaux d’un husting pour jeter au vent quelquefois des paroles de discorde, la foule s’amasse et applaudit.Mais la voix qui chante tout ce qu’il y a de beau dans la vie, tout ce qui console, élève, rend meilleur ; la voix qui se hausse parfois jusqu’à sembler même la voix de la Patrie, celle-là, c’est à peine si quelques-uns l’entendent.Et lorsque cette voix se tait, le peuple ne perçoit pas le grand silence, l’irréparable silence qui, tout à coup, s’est fait.Quand Victor Hugo mourut, la France lui fit des funérailles telles que le monde n’en avait jamais vues encore ; quand Tennyson mourut, tout un peuple s’inclina devant son cercueil ; quand Car-ducci descendit dans la tombe, la nation italienne vint en longs cor- « *•< i.¦ 254 tèges rendre un hommage suprême à son génie.Il y a à peine quelques jours, plus de cinquante mille personnes suivirent le charriot funèbre qui portait à sa dernière demeure le doux poète des humbles et des petits, François Coppée.C’est qu’en France, en Angleterre, en Italie, l’âme des foules est en communion avec l’âme des poètes, c’est que cette lampe divine qui brûle dans le cerveau des penseurs, comme la flamme sans cesse renouvelée des sanctuaires, éclaire ces humanités pétries d’idéal.Jeudi matin, aux obsèques de Louis Fréchette, nous n’étions 1 *0 \ % que quelques centaines d’amis et d’admirateurs.Deux institutions seulement, étaient représentées par des délégations dans le cortège : le Mont Saint-Louis et je lui offre l’hommage de ma gratitude— avait envoyé un groupe d’élèves, et l’École littéraire de Montréal, ainsi que le Conseil Législatif et l’Association Saint-Jean-Baptiste avaient offert un tribut de fleurs funéraires ; la première, une lyre brisée, symbole doublement vrai dans les circonstances.De l’État, de la ville de Montréal, des grands corps constitués de la Province, des universités, rien, pas même une violette pour marquer leur part, si minime fut-elle, aux funérailles d’un homme qui vivra éternellement.O consolante antithèse des mots ! De grâce, laissons de côté, un instant, les comparaisons pour ne nous souvenir que d’une chose : c’est que nous nous glorifions avec emphase d’être une nation, et que celui qui vient de mourir était notre poète national, consacré tel sens populaire, qui ne se trompe jamais.Notre poète national, c’est-à-dire l’artiste au cœur de patriote qui a su fixer en la forme pure des beaux vers, les légendes et les exploits de notre âge héroïque, exprimer mieux qu’aucun autre les sentiments, les rêves et les idéals de l’âme canadienne.d r\ i ki « U 1 r, n v » Cl par l’Etat, mais par le non D j m a •*.s V Je n’entreprendrai pas d’analyser, dans cet article jailli de ma légitime indignation, l’œuvre de Fréchette.Tous ceux qui liront ces lignes avec quelque sympathie, la connaissent.Ce que je rappellerai, c’est que ce fut Fréchette qui révéla le Canada français intellectuel à nos compatriotes de langue anglaise et à nos frères de là-bas.Son œuvre releva notre race méconnue aux yeux des premiers ; aux autres elle apprit que les roses de France pouvaient s’épanouir encore, après tant d’années, dans le jardin boréal si dédaigneusement abandonné.Je veux dire aussi que Fréchette fut, selon le mot «i 1 i i A B % h r P et il m • •• TM f it fr | fUlf, « I I * • • *•/ n *ê • 9 .r z # f • » • ' -.» z* *< z * f i * » • % • • • 255 de Barrés, un professeur d’énergie.Il le fut en prouvant aux siens que dans cette Province, malgré l’épais matérialisme des âmes — qu’on me passe le mot, il est, hélas ! trop juste, — malgré surtout la coupable indifférence, pour ne pas dire le mépris de notre monde officiel, pour les rares hommes de lettres qui sacrifient leurs jours à leur famille et leurs nuits à l’Art, malgré la politique dévorante et quelquefois dégradante, malgré tous les Zoïles, malgré toutes les excuses, malgré tous les prétextes, le bon travail littéraire est possible à qui a reçu le don, et veut et peut travailler.D’autres nous ont donné quelques œuvres, Fréchette nous a donné une œuvre.C’est peut-être le seul Canadien Français, à de très rares exceptions, dont on peut dire cela avec exactitude.Et c’est cet homme qu’on a laissé s’en aller à sa dernière demeure, sans lui rendre au moins les hommages qu’on accorde à un politicien adroit ou à un Arlequin de husting.Fréchette avait demandé des obsèques humbles, mais la reconnaissance et l’admiration d’un peuple ont le devoir d’ignorer la modestie des grands morts lorsqu’il s’agit de les honorer ! Est-ce qu’on n’aurait pas dû de partout, dans cette Nouvelle-France, organiser une souscription pour envoyer une couronne à celui dont les vers ont éveillé, chez chaque écolier, le sens de la Beauté et accru l’Amour du pays natal ?Ne s’imposait-il pas à chacune de ces asso- g dations qui cavalcadent et processionnent aux jours de fêtes nationales, de désigner quelques délégués pour les représenter en ce jour de deuil profond pour nous ?Ne pouvait-on voter quelques milliers de dollars donner au moins aux poètes morts ce qu’on - pour les funérailles d’un homme en qui se sont incarnées depuis quarante ans toutes nos aspirations ?Est-ce que sa dépouille mortelle n’aurait pas dû être exposée à l’Hôtel de ville, aux derniers hommages de la foule ?Est-ce que le 65ème n’aurait pas dû former une garde d’honneur autour du cercueil de celui qui chanta les soldats de notre épopée ?N’aurait-on pas pu faire pour le plus grand de nos penseurs ce que l’on fait pour le plus humble de nos pompiers ?On n’a rien fait de tout cela, et ce qu’il y a de plus triste, peut-être, c’est ceci, qu’on n’y a pas songé.Pourtant ces honneurs “ rendus ” refuse aux vivants et ici le mot est doublement exact à un poète qui a honoré notre race et notre pays, n’eussent pas été vains.Du spec- I .p.f'J f 4 • ¦ # 9 -L V 256 tacle émouvant de funérailles nationales faites à un écrivain can a- dien français, seulement, uniquement parce qu’il avait écrit de beaux livres, il se serait dégagé, je crois, une impression salutaire pour un peuple trop absorbé jusque-là par la poursuite exclusive de la prospérité matérielle.Mais chez nous i et Fréchette le savait mieux que personne, lui qui avait, au prix de tant d’efforts, organisé, avec moi et quelques autres, la réparation du Canada français à Crémazie est essentiel d’être mort depuis longtemps pour obtenir de la foule indifférente l’expression d’une admiration qui vient trop tard.il Dors en paix, mon vieux maître : ton peuple, ce peuple que tu as chanté, que tu as glorifié dans tes vers et par tes vers, n’a pas cru devoir te faire les suprêmes adieux qu’il te devait, mais l’avenir — je veux le croire pour ne pas désespérer méconnue ; tu as passé, mais ton œuvre demeure, elle apparaîtra plus méritoire et plus belle encore dans le recul du temps, elle restera comme un modèle et un stimulant pour les esprits de ta race et aussi pour ceux qui t’ont oublié hier, comme une cause de bon remords.Ce que tu as fait pour Crémazie, d’autres le feront pour toi, et en un jour de fête dont je vois déjà poindre l’aube, la foule aussi t’offrira la réparation en acclamant ton œuvre et ton nom environnés désormais de la majesté de la mort.te paiera cette dette * Gonzalve Desaulniers.Mai 1908.: VVV.it nhisnto 4 H « H .IPf™ , »• ,• .« «4 f.4 4- •
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