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Titre :
Le terroir : revue de l'École littéraire
Revue littéraire mensuelle fondée par l'École littéraire de Montréal. Elle accorde une place importante à la poésie. [...]

Le Terroir ne connut que 10 livraisons. La première parut au mois de janvier 1909 et la dernière, groupant trois numéros, en décembre de la même année.

C'est à la séance du 28 octobre 1908 que l'École littéraire de Montréal propose de publier une revue sous sa haute direction. Le comité de rédaction est formé le 20 novembre. Charles Gill, membre éminent de l'École, est chargé de rédiger le liminaire.

Chaque numéro contient une quinzaine de textes en vers ou en prose, à l'exception des numéros de juin et d'octobre-novembre-décembre, qui en contiennent davantage.

Les promoteurs veulent définir « une âme canadienne-française », comme il y a une âme française ou une âme russe. Cependant, le régionalisme occupe une place somme toute bien modeste dans les textes de cette revue, qui révèle un cénacle aux idées esthétiques diversifiées, parfois traditionnelles, parfois plus audacieuses. On y trouve, bien sûr, des poèmes « terroiristes », mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils ne constituent pas la majorité des textes retenus.

En effet, la revue, qui représente un moment de la vie de l'École littéraire de Montréal, offre un contenu assez éclectique ou universel, malgré son nom et son option pour le régionalisme. Si certains des collaborateurs, comme Albert Ferland, appartiennent réellement à l'école du terroir, d'autres, par contre, tels Charles Gill et Émile Nelligan, sont d'un autre tempérament et accordent la primauté à l'universel plutôt qu'au particulier.

Le Terroir est, en principe, ouvert à tous. Dans la pratique, 153 des 160 textes publiés proviennent des membres de l'École. Seulement 6 des 25 écrivains qu'on retrouve dans l'index n'en font pas partie. En fait, la revue présente surtout les résultats des séances de l'École. Les membres se réunissent principalement pour lire leurs nouvelles oeuvres à leurs pairs. Les oeuvres jugées intéressantes sont « réservées » pour le prochain numéro du Terroir.

Parmi les collaborateurs les plus connus, mentionnons, outre Charles Gill, Émile Nelligan et Albert Ferland, Gonzalve Desaulniers, Louis Dantin, Edouard-Zotique Massicotte et Albert Lozeau.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, tome 4, p. 300-301.

COUTURE, François, « La liberté niche-t-elle ailleurs? L'École littéraire de Montréal, Le Terroir de 1909 et le régionalisme », Voix et images, vol. 24, no 3, 1999, p. 573-585.

Éditeur :
  • Montréal :Arbour & Dupont,1909
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Le terroir : revue de l'École littéraire, 1909-07, Collections de BAnQ.

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No 7.Le Numéro : 20 sous.V ï.JUILLET 1909 Di de I >r * ure ¦ îve I /» 1 ne i tel- fi il ule I Lorsque avril aux bourgeons ajoutait la dentelle Les voyageurs du ciel, au sein de l’arbre aimé Y construisaient leurs nids pleins d’oiseaux en tutelle Et c’est là qu’on chantait le mieux, au mois de mai.5 5 J Pour le repos du soir, à l’heure monotone Le vieil arbre berceur, les bras chargés d’enfants Devenait un aïeul qui dans l’ombre chantonne, Pendant qu’au loin, le vent sonnait ses olifants.J 4 y._ % 258 Quand la nuit épandait son calme salutaire, J’aimais aller m’asseoir au revers du chemin, Auprès de mon ami, de mon cher solitaire, Recueilli, l’écouter, et le front dans la main.» t *1 Et j’entendais monter de cette cime altière Le rythme austère et lent d’un poème pieux Si bien qu’on semblait dire une grave prière Qu’un vol d’anges cachés emportaient vers les deux.- ) y Qui sait, si, dans le soir où flottent ces murmures, Tous les preux réveillés au fond du souvenir, Courbés à deux genoux, sous les vieilles ramures, Ne pleurent pas tout bas en lisant l’avenir ?Jadis, il fut témoin de sanglantes batailles Et son torse noueux, criblé dans les combats, Montre aux enfants du sol de profondes entailles Comme en peuvent montrer ceux qui furent soldats.5 Aux lueurs du matin s’éveillait le feuillage Dont le tremblant rideau tamisait le soleil, Et les dormeurs ailés, dans un gai babillage Entonnaient sans tarder, l’hymne clair du réveil.J C’était un doux concert, presque une confidence Faite aux gars matineux dont s’allégeaient les pas ; Ils chantaient les amours, ils chantaient l’abondance, Et l'homme qui passait ne les effrayait pas.Puis, un jour, de très loin, je vis sa place vide : J’approchai lentement, le cœur serré, tordu Il était mort, frappé par la colère avide ; Le bon géant dormait, sur la terre étendu.î m ê ê # ) » * t /».;rw f % V 259 i Il portait à son flanc de très larges blessures, Et ses membres cassés, broyés, saignaient encor ; La lutte s’attestait par tant de meurtrissures Qu’il répandait partout des flots vermeils et d’or.I Des oiseaux dénichés la troupe fugitive Frissonnant, zébraient l’air en un vol éperdu, Et venaient moduler une stance plaintive Une dernière fois, près de l’ami perdu.% % Songeais-tu, bûcheron, en frappant mon érable A l’âge centenaire et monarque impuissant Qu’au jour du renouveau, cet arbre vénérable Donna pour te nourrir le plus pur de son sang ?y y Pour rajeunir ton cœur avec sa vieille sève Combien de fois a-t-il, pareil au pélican Sans se lasser jamais, sans un désir de trêve Laissé le fer aigu lui déchirer le flanc ! y y Tristement je pleurai l’ami de mes nuits blanches Qui ne cacherait plus les tendres amoureux ; Plus d’ombre au chemineau, plus d’oiseaux dans ses branches Le soir n’entendra plus la prière des preux.Le jour tombe ; c’est l’heure où le bois s’enténèbre Et le vieil arbre mort gît sur l’étroit chemin.Un merle siffle au loin son oraison funèbre : Tout rentre dans l’oubli, profond, banal.humain.) Ernest Tremblay.' / \ 260 LA VIE SOCIALE CHEZ GOETHE V r / Le plus grand service que Gabriel Hanotaux et ses amis aient rendu à la France, c’est, à mon sens, de lui avoir inculqué la notion constante du sérieux qu'il faut s’attacher à voir dans la vie au milieu du tintamarre des lanceurs d’illusions.Aujourd’hui que nous entrons dans la zone du centenaire de Goethe (c’est en effet en 1809 que Goethe écrivait Poésie et Vérité et que date aussi sa fameuse rencontre avec Napoléon) l’esprit français se met à l’étude approfondie de cet écrivain sincère qui fut en même temps le plus sérieux des poètes.A la date de la publication du Terroir de mai où j’eus l’honneur de publier un article sur Goethe, la Revue hebdomadaire des Débats contenait un article de Sellière où l’auteur, confirmant bien l’interprétation que j’ai donnée, il y a quelques années, nous dit que le poète allemand avant quarante ans, affirmait qu’il n’était pas fait pour notre monde misérable, et à quatre-vingts ans, il n’hésitait pas à se reconnaître parfaitement heureux, ce qui tend à démontrer que la vie est vraiment bonne après que, sorti des erreurs de la jeunesse, l’homme entre en possession de l’héritage d’expérience et de maturité laissée par les siècles.Je me permettrai d’ouvrir une courte parenthèse, et d’attirer l’attention en passant sur une phrase parue en même temps dans ces deux numéros des Débats et du Terroir où je relève une curieuse coincidence.% Voici la phrase de Sellière : “ Or, les perspectives chaque jour agrandies de l’histoire, nous montrent le mensonge comme “ l’attitude initiale ” de l’esprit humain.” Je disais un peu dans le même sens : “ l’objectivisme n’est qu’un point de départ, une “ attitude initiale ”, et l’on ne fait après tout que demander à l’artiste de cultiver.les seules puissances de l’esprit humain.” C’est heureusement, vu la logique des dates, plutôt un cas de télépathie que de réminiscence.Paul Bourget a fait une remarque fort goûtée sur Goethe.mix K * f H r.« k H-.fl \ N or *\wm .' f WM 11 i .It v'vi îIhÜ 1 ?S r 261 11 Bourdeau, ce profond lettré qui sert à la Revue des Débats, les mets les plus savoureux de la philosophie contemporaine, a cité cette phrase sans entreprendre de déguiser combien elle lui plaisait.Toute la morale de Goethe consiste à “ s’adapter ”, aurait dit Bourget.Voilà une de ces bonnes idées parisiennes, bien justes et bien profondes qui sont sûres de faire leur chemin de par le monde.Vous savez l’animosité qui faillit éclater entre Goethe et Shiller.Shiller l’idéaliste ne pouvait penser au positivisme de Gæthe sans frémir d’indignation.Il ne comprenait pas, il ne pouvait comprendre le sage de Weimar.Ce fut ce dernier qui sut rétablir les relations et sortir son ami de l’enfer de la haine et de l’incompréhension, pour l’élever sur les hauteurs de l’amitié et de l’entente.Pourrait-on croire que ce malentendu ait jamais existé, quand on entend Goethe s’écrier : “ Shiller semble toujours maître de sa sublime nature.A table, il est aussi grand qu’au conseil d’Etat.Rien ne paralyse l’essor de ses pensées.Il donne cours à ses vues élevées avec autant de courage que de liberté.Voilà un homme véritable et un modèle pour nous tous.Nous autres souffrons toujours d’un sentiment de gêne.Tout nous influence, notre milieu, les personnes que nous rencontrons.Si nos cueillers de table sont faites d’un métal plutôt que d’un autre, c’est déjà assez pour déranger notre sérénité, et ainsi paralysés par mille circonstances, nous ne pouvons exprimer ce qui en nous vaut la peine d’être exprimé.” Dans ce “ Te Deum ” à l’idéalisme, je ne sais vraiment pas ce qu’il faut le plus admirer, de l’élévation de Shiller ou de la modestie de Gæthe.Il est certain que Shiller ne pouvait repousser l’amitié d’un homme qui savait si bien le comprendre.Comme la passion, la générosité est aussi contagieuse.Gæthe nous dit que si nous nous mettions à la place de ceux que nous haïssons, l’envie et la haine qu’ils nous inspirent s’évanouiraient : et que si nous les mettions à notre place, notre vanité ne subsisterait pas.C’est que notre poète n’est pas exigeant pour.ses amis.Il prend pitié de ces jeunes gens sans expérience qui veulent faire des “ alter ego ” de leurs amis.Il n’a jamais fait cela, il n’embarasse personne de ce qui le concerne ; ce qui l’occupe chez ses amis, ce ne sont ni .! % V -i 'v.•* A •* 'J 4* f I ¦* 1,3 262 leurs paroles, ni leurs pensées, il ne cherche qu’à se mettre de niveau avec leurs actions, “ c’est ce qui est fait qui compte ; ” quant aux idées personnelles, il en fait généreusement la part et est toujours content de les respecter, “ car il est pour jamais impossible d’arriver à une conformité d’opinion “ L’Intrusion ” est bien le grand crime dans la morale de Goethe.Il fait si bon vivre comme des fleurs qui mêlent leurs parfums mais dont les racines restent éloignées et secrètes.Si l’on savait combien peu l’on se comprend tous ensemble, dit-il nous nous parlerions beaucoup moins souvent.En effet c’est objectivement et non subjectivement qu’il faut apprendre à juger les hommes.L’ancienne manière de juger les autres d’après soi-même est encore une infirmité de l’esprit humain.L’envie est si commune et l’émulation si rare aux yeux de notre poète, que nous n’apprenons rien ou presque rien de notre commerce avec des hommes de valeur.L’intrusion, soit par intérêt, soit par sentimentalité, a causé des divisions qui, dans les complications sociales qui les enveniment, se sont souvent transmises de père en fils, durant plusieurs générations.Une parole lancée à la légère peut avoir des répercussions à l’infini.Ce sont les légers qui perdent le monde, et qui d’entre nous leur lancera la première pierre ?L’on ne rencontre pas très souvent de ces gœthéens qui, conscients et avertis de leurs limites, s’aventurent sur terrain pertinent, toujours préoccupés des droits incessants de la société où tout ce qu’ils font est compté, critiqué avec quelle malice, s’écriait Goethe.Si nous savions seulement cesser de tant désirer ce que nous n’avons pas, pour apprécier à leur juste valeur toutes les choses que la civilisation a mises à la disposition du plus dénué d’entre nous, l’humanité entrerait enfin dans la voie de progrès et d’idéal, que des rêveurs la poussent à chercher en vain dans des élans dangereux vers l’inconnu et l’inaccessible.Mais faisons trêve de considérations moralistes.Je me sens prêt à ajouter une légère variante au mot de Paul Bourget, et dire, en usant cette fois d’un mot que Goethe a connu et employé largement, c’est que toute la morale consiste à se limiter.Combien de fois ne dit-il pas que nous faisons fausse route parce que nous sortons du compréhensible, de l’accessible ! Que ce soit lorsqu’il envie le sort de l’ouvrier qui fait sa journée comme l’oiseau JW*' Hl« m ) ) [im »« 11 11* '* f* -* ' » :• .J ,** ! I,S t v>*.m *xjGi * I '* • * r .• • :üT r tir.2G3 son nid, sans se creuser la tête, ou qu’il répète qu’il ne se sent vraiment à l’aise qu’avec un homme averti et conscient de ses limites, ou qu’il prêche l’abandon et la confiance dans les relations amicales, ou même qu’il va jusqu’à envier le sort des sauvages des îles de la Mer du Sud, il est toujours préoccupé de cette vérité fondamentale pour lui, c’est qu’après s’être élevé à un certain degré de culture, il faut se laisser limiter par notre milieu, nos circonstances, le but que cherche l’humanité autour de nous.L’homme, après avoir cherché les hauts sommets et s’être grisé d’aspirations ambitieuses justifiées par sa jeunesse et son inexpérience, doit enfin penser à s’oublier et à devenir utile à l’humanité dont il suit, bon gré mal gré, la marche vers ses destinées, mystérieuses et étranges à nos yeux parce que nous sommes entraînés par elle “ comme dans une gigantesque périphérie Il conseille d’entrer courageusement en contact avec les hommes afin de prendre la mesure exacte de nos forces.Quelquefois ce qui nous vexe chez notre voisin nous apprendra un point que nous n’aurions jamais connu sans cela, “ car la société apprend à vivre, comme les indigènes d’une langue en sont en même temps les meilleurs professeurs ”.L’homme qui sait s’adapter trouvera toujours son rôle et sa place, l’humanité fut-elle mille fois plus nombreuse, et la destinée autant de fois plus arbitraire.Si l’on se pénétrait bien de l’idée que dans toute société et par la nature même des choses, la ruse est très commune et la volonté très rare, on se guérirait d’une foule d’emportements outrés qui sont la cause qu’un grand nombre de gens n’apprennent jamais rien que par une succession douloureuse de surprises indignées contre l’indifférence des hommes et des choses.M.Sellière, que j’ai cité au commencement de cet article, dit que le mensonge est l’attitude initiale de l’esprit humain, et c’est être vraiment injuste que d’être trop exigeant pour la société où tant d’intérêts viennent continuellement en jeu.On ne connaît peut-être pas assez ces lignes de P.Janet : “ Dans le monde des idées, des sentiments et des rêves, l’espace est presque libre devant nous : mais dans le monde réel, notre volonté rencontre à chaque pas des choses ou des personnes qui lui font obstacle : écarter ces résistances, non par une violence brutale r,f f; f ' « » « • • 11*.• • i « »*l* »' • ¦ • 4 iil if.'; •- tlf # I % 264 mais par un emploi judicieux et raisonné de notre activité, opposer à chaque résistance le juste degré d’efforts qu’il faut, c’est là une chose vraiment difficile, et, quand elle réussit, tout-à-fait digne d’admiration.Brunetière écrivait que la question sociale est une question morale; on pourrait ajouter que la vie réelle est une question morale.Æ: Que deviendrais-je, s’écriait Goethe, si je n’étais restreint par la contrainte sociale.M.Janet écrivait encore dernièrement que la neurasthénie et la névrose ne sont que des défauts d’adaptation d’un sujet aux circonstances.Le névrosé est un hypocondriaque qui, au lieu d’observer les choses extérieures, descend en lui armé de sa balance méticuleuse d’orfèvre, pour y pratiquer cet examen illusoire que Goethe condamne si énergiquement, quand il dit de laisser là cette inspection intérieure et d’examiner notre conduite à l’égard du monde extérieur et notre capacité de répondre aux appels du devoir, puisque ce n’est que par nos actions et nos résultats que nous pourrons voir ce qu’il y a en nous.Goethe était trop peu romantique pour substituer les caprices du moment au devoir de chaque instant.Les fantaisies romantiques se complaisent dans tout ce qui cadre avec les mélancoliques crépuscules et les nostalgiques clairs de lune, mais notre poète aime la lumière du seul astre qui, lorsqu’il s’allume au fond du cœur humain, ne s’éteint et ne disparaît jamais, je veux dire le devoir.Il n’est pas même celui qui conseille la recherche du bonheur.Son Wilhelm Meister tranche nettement la question entre le bonheur et le devoir, et je n’ai pas besoin de dire en faveur duquel des deux.En effet le bonheur ne semble-t-il pas sonner faux sur le fond sérieux de la vie le sentiment de cette dissonnance, et sous l’apparence de n’être jamais content, il semble se reprocher son bonheur comme une chose non fondée dans la nature humaine, tandis que l’homme de devoir se sent la joie d’une parfaite adaptation.C’est parce que Goethe sut si bien s’adapter, c’est parce qu’il comprit si bien toutes choses, que l’on est tenté de renoncer à son propre sens pour vivre de la contemplation de son beau génie, jtii rj % ipoijZp 6U.' •V?* l’homme que l’on dit heureux, a lui-même s i*î; ij«V É - 'V,r.( • I ggg >( Hr fi r A N » »• li5l#i ff / : #1 •ÿiôOir» f.i 4 fINji ÎWW r,-.*4# '* < • "J* rift» 2G9 Il n’y a qu’un moyen à prendre si nous voulons atteindre à la dignité qui nous est due, comme à tout groupement ethnique civilisé : briser le lien colonial, proclamer l’indépendance.Oh ! j’ai bien dans les oreilles le doucereux refrain des discours officiels: la fidélité due à la couronne, les institutions, la liberté et les lois britanniques, les capitaux anglais, la solidarité, la protection accordée par l’empire, etc.Que nous importe à nous, descendants de latins, l’empire britannique, et quel lien de sympathie existe-t-il entre les Canadiens, les Australiens et les Hindous, à part celui d’être pareillement quantité négligeable dans la liste des peuples ?Institutions et lois appartiennent à l’humanité ; il n’y a qu’à les étudier et les adapter à ses besoins.Nous ne sommes pas des barbares, et nous pouvons sans secours d’Europe forger, sur les modèles connus, notre propre législation.Quant aux capitaux, je ne sache pas que les financiers tablent jamais sur le sentiment.S’ils placent leur argent au Canada, c’est que leur intérêt les y pousse.D’autres industriels étrangers que les Anglais s’établissent ici.La fidélité jurée ! Depuis la plus haute antiquité, une promesse extorquée de force est illégale et nulle.En échange de nos professions de foi, l’Angleterre nous accorda l’autonomie, ce dont je la remercie de tout cœur ; mais, voyant l’Irlande et les Indes, je ne m’extasie pas sur son esprit de charité.L’autonomie, nous la devons à l’influence de nos puissants voisins.Clairvoyants, les hommes d’Etat anglais comprirent que l’irritation de leurs sujets d’Amérique ferait opter ceux-ci pour le drapeau étoilé.D’où leur magnanimité.Mais l’Irlande, elle, étant très près de l’Angleterre, crie en vain, à chaque session du Parlement : “ Home Rule ! ” Collée au flanc de l’Inde, s’engraisse une sangsue, l’Angleterre.L’étudiant hindou qui, la semaine dernière, taa deux officiers anglais, accusa le régime britannique du meurtre de quatre-vingt millions de ses compatriotes.Une futilité, des peaux brunies dont les voisins jusqu’à présent n’affichent pas d’intentions belliqueuses.Nous ne devons à l’Angleterre que le respect dû à un pays civilisé.et des coups de canon.Il reste encore la protection que nous assure l’empire, cette scie criarde des humbles, des résignés, d’une foule anonyme d’ambitieux, S.t » 7 • • / ? >' * 270 des délégués à la conférence de la Presse, et des impérialistes.Pourquoi donc ces derniers s’acharnent-ils autant à nous faire mettre en état de défense, à nous armor fortement ?Tous ceux qui ont étudié la question le temps d’allumer une cigarette, savent que c’est pour les besoins offensifs et défensifs de l’Angleterre, que hante un conflit européen et qui clame : “ Canada ” et “ Empire, ” quand elle devrait dire “ moi Autrement dit, le régime où nous allons à grande allure nous fera suer notre or afin de nous mieux mettre en condition de verser notre sang pour le bonheur de rester une colonie.Chose presque certaine, le Canada n’encourra pas de guerre ; il y a cent chances contre une pour qu’elle éclate en Europe plutôt qu’ici, et nos cartouches brûleront là-bas.Proposition renversée : le Canada court tout risque de devenir un appui pour l’Angleterre, au lieu pour cette dernière de devenir protectrice du Canada.Et même, ce très pauvre placement de nos capitaux, fait pour conserver le Canada à l’état déprimant de colonie, n’empêcherait peut-être pas la fortune de tourner le dos à notre pseudo-soutien, et alors où en serions-nous ?Vite, en paiement d’une guerre malheureuse, l’Angleterre nous jetterait comme un sac de guinées, dans les mains de son vainqueur, s’il en faisait la demande.Epuisé, le Canada ne pourrait protester, et, forgeron de sa propre chaîne, il recommencerait à exercer des régiments pour le compte d’un nouveau patron.On me dira : La Grande-Bretagne soutiendra fermement le choc.Je ne dis pas que l’Angleterre tombera annihilée ; mais l’histoire des derniers cinq cents ans donne à réfléchir sur le destin des empires.La prépondérance au 15ème siècle fut à l’Espagne.La France s’adjugea le 17ème et quelques années du 19ème.La balance du 19ème appartint à l’Angleterre.Avec l’Allemagne grandissante le 20ème siècle mine fort de ressembler au IGème et au 18ème siècles, alors que les forces se contrebalançaient.Que sera le 21ème siècle ?Allemand ?peut-être.Question secondaire, après tout, au Canada : si, avec une population dépassant dix millions, notre pays n’aura pas eu le courage de proclamer sa liberté, c’est que ses habitants mériteront l’épithète de veules, et, à des âmes d’esclaves, la marque de fabrique du joug importe peu.m 4 i\i i jULi ) * * * m Kü 'K-'dlW: 4 • » 271 L’effort des Canadiens qui rêvent d’une patrie autre que le pion qu’on sacrifiera sur l’échiquier européen, doit donc tendre vers l’autonomie absolue, sans laquelle jamais peuple n’a donné la mesure de son énergie, de ses capacités, de son génie.Je sais que la chose est impossible à présent, mais il tant se rendre digne de l’indépendance avant de l’obtenir.Ne serait il pas temps, pour préparer les cœurs à un destin plus fier, de supprimer dans l’enseignement la débilitante doctrine de la soumission passive à l’autorité établie, doctrine productrice d’une humilité contraire à la lutte pour l’existence ?Que les instituteurs proclament l’orgueuil des races, le droit à la liberté, l’épanouissement de la vie chez les nations maîtresses d’elles-mêmes, mais non cette molle acceptation du fait politique accompli, s’il n’est pas le plus haut point où l’homme puisse atteindre.L’autorité établie, ce fétiche de nos institutions scolaires, est tout simplement la loi du plus fort, et la main y touche sans sacrilège.La soumission à toutes les règles prêchées dans le monde a pu faire des saints, jamais une nation.Plutôt que professer un contentement moutonnier, nos écrivains doivent aussi s’imposer le but d’indiquer aux foules la médiocrité de notre situation actuelle et ses dangers, suivant un haut idéal, pour l’existence de la race.Le relèvement de l’instruction, en éveillant l’ambition des * \ f r.-T, consciences, produira des effets semblables à ceux de l’éducation virile : et les deux forces, marchant de pair, amèneront, quand surviendra l’opportunité de faire du Canada un pays indépendant, une éclosion patriotique assez forte pour que nous en profitions.Probablement, alors, les provinces anglaises, lasses d’être exploitées par l’empire, c’est-à-dire l’Angleterre, se refuseront à servir les intérêts d’outre-mer, soit pour une guerre européenne, soit pour de honteuses besognes comme l’asservissement du Transvaal ; dans un mouvement dangereux mais non désespéré, elles se joindront à Québec ; car les jalousies des grandes nations protègent les petites.Encadrée de trois puissances, la Suisse vit en liberté ; pourquoi pas le Canada, avec son seul voisin, dont la constitution anti-impérialiste vient d’affranchir Cuba, et laisse le Mexique prospérer dans la paix ?Le danger d’anglicisation disparaîtrait par l’orgueil de la liberté conquise.La race française en Amérique, forte de sa participation au bien commun, repousserait les influences tant extérieu- tu 272 res qu’intérieures, menaçantes pour sa langue ; et les provinces sœurs respecteraient son attitude.Plus tard, dans un lointain éloigné, Québec, avec l’accroissement normal de sa population, pourrait à son tour dresser l’acte d’indépendance.Mais avant d’envisager ce rêve hautain, il faut, par une éducation virile, nous préparer à sa première phase.Alors, s’il faut s’armer, c’est nous qui seront bénéficiaires, et non pas un pays étranger.En attendant, ayons une milice, c’est très bien ; mais pas d’armements gigantesques.Alphonse Beauregard.« 4» RECUEILLEMENT Comme la nuit est douce en l’ombre du vieux temple ! Il fait calme et silence ainsi qu’en un désert ; Le trouble de mon âme avec lenteur se perd, Et j’éprouve un bonheur mystique, je contemple.J’ai l’étrange désir d’être seul, de n’avoir Pour aspiration, en mon cœur solitaire Que ce rayon qui tremble au fond du sanctuaire Mystérieux et loin, en la douceur du soir.î > \ Albert Dreux.* y NiV i - r < m Mf "/ .r'nAff i' •• v 11 'iff*., 1* rtif * r * *f i#:'' » » / 'Mi • HI N II • «I M r ‘ i .il; *•# ' • f f * " f i.I ' « 273 SOIR DES CHAUMES L’Etoile du berger, au bord du firmament, Filtrait ses rayons d’or au cœur de la savane.Des outardes fuyaient vers l’horizon dormant Dans le songe du soir, comme une caravane.5 * n Et des meules de foin, des cèdres rabougris Humblement s’estompaient le long de la rivière Qui coule, avec lenteur, vers le grand fleuve gris Sur un lit noir, fangeux, orné de quelques pierres.J > Un ouaouaron grognant son pantoum enrhumé, Lugubrement, brusquait la bonté du silence.Un demi-rond de lune, en un voile fumé, Poétisait la nuit dans sa langueur immense.# Plus haut, la folle avoine, au bout du trait carré A la brise s’émeut ; près du chemin de ligne, Le feu Saint-Lime tombe et s’en vient éclairer Le pied du noyer vert que caresse une vigne.î Quelque chose a passé dans l’ombre, avec frayeur : C’était l’affolement d’une brebis qui bêle : Un troupeau dans le champ, aux élans tapageurs.Une blanche, une noire.et toutes se révèlent.Houp là ! Houp là ! luron, les moutons vont passer, Les moutons vont passer dans le sentier des souches !.Un loup-cervier guettait sur un chicot dressé : Il court à la plus jeune, il l’étrangle, farouche !. Btiï .• • • / \ i .*, 274 Et la lune se cache au front des pins dormeurs Retire son rayon de la source moirée.Songeons que tout s’éteint, songeons que tout se meurt, Triste est la nuit, une brebis est dévorée ! ) .i ' Louis-Joseph Doucet.* DEUX ROSE5 Après des heures heureuses, Elle retournait vers la vaste maison, vide de joie et de tristesse, la même tous les jours, toujours.Et le calme se faisait en la ville aux plus rares passants, cependant que les étoiles de ce soir de printemps emplissaient lame d’une immense volupté.Le rêve, divin compagnon, cheminait avec elle comme son ombre.Tous les lilas, tous les pommiers fleuris des autres printemps ressuscitaient à l’appel irrésistible de l’amour.Au jardin du cœur germaient les illusions, et l’Aimé, idéalisé lui apparaissait lointainement comme un jeune dieu, ainsi qu’aux chapelles des cimes, les statues auréolées, cause d’extase des foules.Sur sa route, dans la grande nuit, une haute fenêtre, retraite perdue, trouait l’ombre d’un rayon de clarté.Une lumière blanche et douce, caressante,baignait deux roses mourantes d’amour en une délicate coupe d’argent ; deux roses de race patricienne, différentes, aux nuances rares, pâles, éteintes, indéfinies.Un grand émoi la fît vibrer toute, et ses lèvres murmurèrent le nom de l’Aimé dont le regard d’adoration et de ferveur faisait revivre à son automne, avec les lilas et les pommiers fleuris des jours enfuis, ses illusions envolées et les années de ses vingt ans.I Albert Laberge.% : IN f t * X w.i irf •Jy il / # # - # # « i X f 275 NE DITES PAS Ne dites pas que la vie est un bien.Pour avoir vu, de temps en temps Rire la rose et chanter le printemps, Ne dites pas que la vie est un bien : Nul n’en sait rien.5 Le printemps passe et la rose se fane Paupière d’enfant qui se ferme ; Le printemps passe et la rose se fane Et tous, poussés par la mort qui les vanne Vont les humains, en longue caravane Vers le tombeau, leur terme.J y y F ' y Ne dites pas que la vie est un mal.Pour avoir vu couler des pleurs Et sur les fronts se crisper les douleurs Ne dites pas que la vie est un mal : Ce serait mal.y Les pleurs brûlants sont des gouttes d’aurore La clarté des matins s’y joue ; Les pleurs brûlants sont des gouttes d’aurore Qu’un peu d’amour, comme un astre, évapore, Ou qu’un baiser fiévreusement dévore En passant sur la joue.y Non ; dites-vous que la vie ici-bas Est un grand fleuve tour à tour Calme, agité, muet, plein de fracas ; Et dites-vous que la vie ici-bas N’est que d’un jour. 276 Et dites-vous que mourir Dans une éternelle demeure ; Et dites-vous que mourir Dans un printemps sans brouillard et sans givre Où le cœur bat, librement, toujours ivre D’un amour qui demeure.c’est revivre ) c’est revivre } Germain Beaulieu.LE REGNE DU SILENCE Contemple sans parler la majesté des choses : L’heure crépusculaire argente les ruisseaux ; Et les lis inclinés sur le miroir des eaux Baignent dans le flot bleu leurs corolles mi-closes.J L’air promène au sentier le cher parfum des roses : Dans les buissons s’éteint la chanson des oiseaux.La lune est apparue ; et parmi les roseaux, Le songe resplendit en ses apothéoses.Il passe autour de nous un doux apaisement ; Dans les arbres pensifs, pas un tressaillement : On croirait que la nuit s’est recueillie et pense.Ouvrez votre âme au soir, ô rêves endormeurs : Le bruit universel a cessé ses rumeurs Et cède son empire au règne du silence.Jean Charbonneau.% f.'.f • f 277 RIRE ET PLEURER O LES BONNES POIRES ! (Imité de Henri Mar et.) L’autre jour, comme je m’ennuyais fort, qu’un ciel torride mollissait les alphates et les Toole s spécial de deux pouces et demi, je songeai à me rafraîchir dans des flots de Pilsner blonde et de me distraire en rêvassant.Confortablement assis dans un fauteuil propice aux siestes post-gastronomiques, je fermai les yeux, et bientôt le cinéma de mon imagination fit passer devant moi la sympathique figure des bons riches ; par association d’idée, je me vis assis avec tous les forçats de la noble profession que j’exerce (le journalisme), à un banquet auquel les bons riches nous avaient conviés.Mon imagination est un Eden charmant et je voudrais vivre dans ses mirages.Nous étions dans une sorte de jardin suspendu, comme ceux de mademoiselle Sémiramis.La table était encore chargée de mets, et pourtant nous avions passé là plus de deux heures.Les discours commençaient, Soudain, j’entendis la voix autorisée de l’un de nos plus faméliques confrères.Comme il avait de l’esprit, nous l’écoutâmes, tout en savourant un délicieux sorbet composé avec de la glace de Venise et des poires d’automobile triturées et trempées d’ambroisie, le whisky blanc des dieux.Justus disait, s’adressant aux bons riches et aux confrères : " Chers philapoires et chers poiradelphes,.il convient à l’aridité de notre profession qu’on l’arrose ainsi, une fois de temps à autre.Tout s’arrose ici-bas.Les plates-bandes, pour y faire épanouir des fleurs superbes, les incendies pour y faire fleurir des primes d’assurance ; on arrose les échevins qui nous égayent des fleurs de rhétorique les plus rares, et les échevins arrosent le trésor « /•' 278 1 pour faire fleurir le pot-aux-roses ; le M.L.H.& P.arrose ses capitaux pour faire fleurir les gogos, ce fruit charmant que seuls, les esprits roublards savent récolter.“ Les philapoires, c’est-à-dire les bons riches, c’est-à-dire les capitalistes aiment la compagnie des poiradelphes, ou journalistes : ils nous arrosent.Car, après tout, si on nous cultive, c’est que dans ce grand poirier de l’opinion public, nous sommes les fleurs qui indiquent la présence du fruit : le gogo, la plus succulente des poires.> “ Et voyez le paradoxe maintenant ; nous annonçons la présence des poires et c’est nous qui poirotons.“ Ah ! c’est bien le moins que de temps en temps l’on nous arrose et que l’on garde pour nous quelques bonnes petites poires pour la soif.“ M’en voudrez-vous de dire que nous sommes des poires, car nous en sommes et d’indécente façon ! Vous ne faites pas état de cette appellation, car un grand homme a dit tout récemment “ qu’ici-bas tous les honnêtes gens sont des poires ”.Mais je crois rencontrer ici l’assentiment général, en émettant le vœu que, dans le grand verger humain, nous devrions nous laisser cueillir moins souvent, sans cependant refuser de nous laisser arroser.“ Ah ! si nous pouvions,nous,du règne végétal,nous organiser en union et décider de ne laisser aux lèvres qui nous sucent et aux dents qui mordent notre chair savoureuse, que le goût acide des verjus, il est bien moins de jardiniers et bien moins de philapoires qui nous exploiteraient comme produit.“ Mais comment voulez-vous que des poires se forment en union, quand les journalistes n’y parviennent pas ?Aussi, grâce à nous la saison des poires dure toute l’année, depuis longtemps et menace d’exister toujours.“ En attendant, mes chers poiradelphes, laissons-nous arroser et soyons reconnaissants envers nos jardiniers, autant que la ville doit l’être pour les sympathiques arroseurs de Saint-Eloi ”.et ce fut tout.Il dit, Je m’éveillai et rédigeai aussitôt sous la dictée du souvenir cet admirable discours de mon ami Justus.Ernest Tremblay. ,1 ' f 279 \ LES CANADIENS DES VIEUX PAYS A M.l’abbé Lebel.X Loin de notre rive fleurie Qu’un sang généreux féconda, Quand vous reverrez la patrie Chère aux Français du Canada, Vous direz à Jacques Bonhomme Au nez des badauds ébahis Que Jean-Baptiste le surnomme Le Canadien des Vieux Pays.” > 4 4 L’idée a bien cinq ou six lustres.Elle eut pour père un député.Nous en avons, des plus illustres, Dont chaque mot est répété.Je n’invente rien ; mais j’admire Ces cinq mots qui, du cœur jaillis, Feront rêver, s’ils font sourire Les Canadiens des Vieux Pays.A vos frères, qui sont les nôtres Dites que, loin de pactiser Avec'le clan des faux apôtres Qui voudraient nous défranciser Nous résistons comme un seul homme Peuple cédé, mais non conquis Parlant encor le français, comme Les Canadiens des Vieux Pays.V . 280 Dites-leur que l’âme française Survit près du fleuve géant ; Qu’elle s’épanouit à l’aise Dans le bassin du Saint-Laurent ; Que nous avons, honneur insigne Cent fois par le destin trahis Fait preuve d’un courage digne Des Canadiens des Vieux Pays.5 1 < ,.v Nous regretterons votre absence.Nous voudrions suivre vos pas Revoir le beau pays de France Dont le souvenir ne meurt pas.A nos séances fraternelles Vous reviendrez, comme jadis Et nous donnerez des nouvelles Des Canadiens des Vieux Pays.) Vos soldats, commandés naguère Par un illustre général Donnaient â ce foudre de guerre Le nom de “ Petit Caporal ”.Par la tendresse fraternelle J’ai l’âme et le cœur envahis En dédiant ma ritournelle Aux Canadiens des Vieux Pavs.* »77B j s* II • i- r rHa ;* *:, r.rr> ?r I-, Rémi Tremblay.X I'V, Æsm • « * ' fly r,ti ' " < - ! F L a m KriKK • ' •»< /- rrKH/V 281 AU JARDIN M # Je feuilletais un livre, un livre négateur, Dont les phrases sapaient l’œuvre du Créateur.Le jour fuyait déjà vers l’abîme des ombres Et mes regards montaient des mots, des lignes sombres Jusqu’au ciel sans nuage où l’astre flamboyait.Le limpide horizon, au lointain, rougeoyait.Les murmures du vent bruissant dans les arbres # Les eaux de la fontaine égouttant sur les marbres, Les fleurs et les parfums, les oiseaux et les voix Redisaient l’hosanna des ondes et des bois.Le temple, le palais, la ferme et la chaumière Tout rendait gloire à Dieu, tout devenait prière.ï 5 1 5 r f'/: > Le livre niait l’âme et l’immortalité L’espérance et l’amour, ces rayons de clarté ; Il niait l’existence et la bonté du Maître En qui tout se repose, en qui tout doit renaître ; Asservissant l’esprit au joug matériel Il écrivait : Nature ! où le pâtre voit : Ciel ! Et l’ombre, lentement, tombait sur la vesprée.y y \ La luciole ouvrit son aile diaprée Et s’éleva vers moi dans un rayonnement.Elle vint sur le livre.Ainsi qu’un truchement Qui cache au voyageur la misère des villes Pour voiler à mes yeux les notions stériles, Elle fit scintiller ses stigmates de feu O Partout, sur le feuillet, où vibrait le mot : Dieu ! Il VJ ti ) Jules Tremblay.Monte Pincio, 1908.e • » 4 282 SAINT JOSEPH Saint Joseph, le bon charpentier Connaissait si bien son métier Oue l’on vantait fort son adresse.Tout dans ses mains devenait beau Et sa varlope ou son rabot Jamais ne faisaient la paresse.> # 5 Quand il mourut, le ciel s’ouvrit Et, pour le recevoir, Dieu prit Un air tout plein de déférence ; Devant lui les anges passant En long cortège éblouissant Tirèrent une révérence.) Alors les chœurs mélodieux Du vaste séjour radieux Dirent l’hymne de bienvenue.Saint Joseph, ému, se troublait ; Une larme, souvent, coulait Dans sa longue barbe chenue.Quant le chant idéal cessa, Le roi des azurs prononça De sa grande voix attendrie Un discours qu’en songe, ici-bas Entendit et n’oublia pas Madame la Vierge Marie.J ) Y éfl • I % 'i 283 i Ce discours créa de l’émoi Mais je ne suis pas digne, moi D’oser vous le traduire en rimes ; Sachez que la péroraison Finissait de cette façon : Tous les ouvriers sont sublimes ! 5 ) »¦ Sachez aussi qu’à ce moment, Se fit un bouleversement Au fond de l’éternel empire.Une fête splendide eut lieu, Où maintes fois, au nez de Dieu Sonnèrent des éclats de rire.> X Enfin, pour couper au plus court Saint Joseph fut, pendant un jour, Le héros des divins domaines.C’était pour le bon charpentier Qui connut si bien son métier Le prix de ses vertus humaines.5 1 Aujourd’hui, parmi les élus, Saint Joseph ne travaille plus Le bois, comme jadis, sur terre ; Mais, â son céleste établi Patiemment il accomplit Une tâche aussi salutaire.•: A- Servi par les blonds Séraphins Avec les rabots les plus fins Et des varlopes bien trempées, Il polit et polit encor Les rythmes de cristal et d’or Des odes et des épopées.* ' 284 Ainsi, jusqu’à la fin des temps, Penché sur ses labeurs constants Près du Prophète des prophètes L’auguste saint Joseph sera — Et cet honneur lui suffira — Le seul charpentier des poètes.> J J.-A.Lapointe.Si ETUDE HISTORIQUE II / En prenant possession du Canada, les Anglais imposèrent d’abord le régime militaire, régime qui ne fut pas aussi sévère qu’il aurait pu l’être, les premiers administrateurs, règle générale, s’étant montrés modérés.De plus, les lois françaises furent remplacées par le droit anglais.Les gouverneurs, aidés d’un conseil dont les membres étaient nommés par eux, prirent en mains les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.Comme les catholiques refusaient de prêter le serment du test (1), ils furent exclus de ce conseil.Les gouverneurs avaient été autorisés, aussitôt que la position du pays le permettrait, à établir une assemblée législative, mais elle ne fut pas fondée.Les Canadiens français, en raison de l’état qui leur était imposé par leurs vainqueurs, commencèrent alors une lutte qui / « (1) Serment auquel étaient tenus les fonctionnaires anglais et dans lequel ils déclaraient qu’ils ne croyaient pas à la transsubstantiation et regardaient, comme une idolâtrie le culte de la Vierge et des saints.(Bescherelle).# "" •* ' 7 iT-f: f:fW7 ( » >‘r‘Æ » • F ;r,rt • * * f ' 'I)?.rv r r .r ‘ n t * ' ¦ V »' f in; ! • f • * * » I ¦ »% IS •T fifrlH r»»."HW CI ri t\r/*V/' 'i f y • Mil c * '« «K- » ru it 'Jt'.fiî • ' # I # • e 285 devait durer plusieurs années, lutte grande et belle, où l’on voit en elle, dans l’arène politique, un petit peuple contre la toute puissance d’une grande nation.La révolution américaine eut un heureux effet pour le Canada.Dans la crainte de voir les Canadiens prendre parti pour les Américains, le gouvernement anglais fit adopter, en 1774, une loi constitutionnelle désignée vulgairement sous le nom d’Acte de Québec, reconnaissant aux catholiques le libre exercice de leur culte et les dispensant de prononcer le serment du test ; de plus, elle définissait les limites de la province de Québec, rétablissait les lois françaises, dont l’usage avait été suspendu, et elle créait en même temps un nouveau conseil législatif qui ne devait se réunir, pour la première fois, que trois ans plus tard.A la promulgation de cette loi, les Canadiens prirent plus de confiance en leurs nouveaux maîtres envers lesquels ils s’étaient montrés jusque là très réservés.Ils en donnèrent une preuve en refusant de s’allier aux Américains qui se soulevèrent, l’année suivante, contre l’Angleterre, et en défendant bravement le territoire, sous les ordres de sir Guy Carleton.En agissant ainsi, les Canadiens prouvèrent leur reconnaissance envers l’Angleterre, qui venait de leur accorder une loi très équitable sous plus d’un rapport.Mais, au point de vue économique, ils commirent une faute.En effet, si le Canada, au lieu de soutenir la Grande-Bretagne, avait écouté les appels des Américains, il serait devenu parti intégrante de la grande république et aurait progressé tout aussi bien que les divers États qui forment actuellement l’Union américaine.C’est indéniable, une colonie, quelque libre soit-elle, est toujours entravée par le gouvernement du pays dont elle dépend.Les bons effets de la loi constitutionnelle de 1774 furent gênés par la conduite arbitraire de lord Haldimand, nommé gouverneur général en 1778.Les Canadiens furent plus heureux avec son successeur, sir Guy Carleton qui se montra un administrateur clément et juste.g % A la suite de la rébellion des Etats-Unis et de la conquête de leur indépendance, un grand nombre de loyalistes anglais quittèrent le sol de la nouvelle république et vinrent habiter le Canada, surtout cette partie du pays qui devait former plus tard la province d’Ontario.Ces Anglais, réunis à ceux qui émigrèrent directe- r t * » 4 I 28G ment d’Angleterre, commencèrent à former le noyau d’une nouvelle population qui ne tarda pas à entrer en difficultés avec les premiers habitants du pays.Et ils furent aidés ouvertement, dans cette lutte, par plusieurs représentants de la Grande-Bretagne.En face de cette animosité entre les deux factions de la population canadienne, le cabinet anglais craignant de perdre la possession du Canada de même qu’il avait perdu celle des Etats-Unis, crut devoir intervenir, en 1791, en accordant une constitution plus libérale que la précédente.Par cette nouvelle constitution, le Canada était doté d’un gouvernement constitutionnel, calqué sur celui de l’Angleterre, et elle divisait le pays en deux parties : le haut et le bas.Les deux provinces avaient droit chacune à un conseil législatif et à une chambre de députés élus par le peuple-Les lois anglaises étaient maintenues, sauf pour la province de Québec où le droit français était implicitement reconnu ainsi que l’usage de la langue française.Dans le Haut-Canada, les francs-tenanciers pouvaient devenir propriétaires de leurs terres, tandis que dans le Bas-Canada la tenure seigneuriale était maintenue, mais seulement pour les terres déjà concédées.Le clergé catholique, souvent méconnu, vit ses droits protégés ; le clergé protestant, de son côté, reçut un septième des terres publiques.Mais, le gouvernement anglais se réservait le droit de créer des lois pour régulariser le commerce et la vente des terres publiques, ainsi que celui de nommer les conseillers législatifs ; en même temps, il déclarait ces derniers irresponsables envers la chambre populaire.Ces restrictions des plus dangereuses devaient amener, dans la suite, les soulèvements de 1837 et 1838, qui eurent lieu dans les deux provinces, ainsi que nous le verrons plus loin.Les gouverneurs, dépositaires de l’autorité anglaise, nommèrent donc les conseillers législatifs, et ces conseillers, pour la plupart, furent choisis parmi des hommes on ne peut plus mal disposés envers les habitants du pays.Soutenus par les gouverneurs, ils s’érigèrent en maîtres, voulurent tout conduire à leur guise et refusèrent, en plus d’une circonstance, de redresser les griefs dont les Canadiens se plaignaient, et de rendre compte de leur conduite à l’assemblée législative.La gestion des finances fut surtout la principale cause qui divisa les deux chambres.En face de cette hostilité, les habitants du pays, Anglais comme 1 X * r, U U r.i » % \' 4j r.r nr/MJ l,(A u,r,t #- t » • # rm %;:!! 287 4 Français, s’organisèrent pour la lutte.Tous réclamèrent le droit de dire leur mot dans le choix des conseillers et, en même temps, de forcer ces derniers à faire connaître l’emploi des deniers publics.Quelques-uns des gouverneurs soutinrent leurs conseillers avec toute la force dont ils pouvaient disposer.Sir John H.Craig alla jusqu’à suspendre le Canadien et à faire emprisonner son rédacteur, qui avait déployé, suivant lui, trop d’ardeur dans la discussion.Heureusement qu’il s’en trouva qui se montrèrent plus conciliants, tels que sir Georges Prévost et sir John Sherbrooke.Pendant que ces débats avait lieu avec le gouvernement d’une part et les Canadiens de l’autre, une guerre éclata entre l’Angleterre et les Etats-Unis (1812).Cette guerre fut provoquée par la Grande-Bretagne qui, sous prétexte de chercher des matelots déserteurs à bord des vaisseaux américains, ne craignit pas de canonner plusieurs vaisseaux, notamment le Chesapeake à bord duquel elle fit quatre prisonniers.En raison de ces outrages, le Congrès avait déclaré la guerre.Les Américains envahirent le Canada sur divers points.Devant ce péril que courait la colonie, sir Georges Prévost demanda de l’aide aux Canadiens pour repousser l’ennemi.Les Canadiens, de même qu’en 1775, répondirent à l’appel et, par des prodiges de valeur, ils repoussèrent les envahisseurs.Le traité de Gaud, signé le 24 décembre 1814, mit un terme aux hostilités.A la fin de cette campagne, le Canada était fort épuisé.Cependant, il paya toutes les dettes, vota des pensions aux soldats invalides, aux veuves et aux enfants des soldats tués sur les champs de bataille.Le relèvement du pays fut retardé, malheureusement, par une grande famine causée par de mauvaises récoltes et encore par une épidémie de choléra qui jeta le deuil dans un grand nombre de familles.Malgré ces terribles épreuves, le pays progressa quand même.D’importants travaux publics furent faits.L’exploitation des forêts se développa.De plus, des milliers d’immigrants arrivèrent.De sorte que, à la fin de cette période, la population du Bas-Canada, qui était, en 1810, de 200,000 habitants, s’élevait alors à 650,000 ; celle du Haut-Canada, de 80,000 habitants, à la même époque, avait atteint le chiffre de 400,000 âmes.Les services rendus, en 1812, à la couronne britannique, ne tardèrent pas à être oubliés, de même que ceux de 1775.Dans le : > 288 Bas-Canada, on eut raison de se plaindre des Anglais qui excluaient les Canadiens français des charges publiques, gênaient l’exercice du culte catholique et l’usage de la langue française.On eut également raison de se plaindre de la réserve des terres publiques faite en faveur du clergé protestant, de l’absence du gouvernement responsable, de la nomination des membres du conseil législatif par la couronne et du conseil exécutif par le gouverneur, du contrôle de la vente des terres publiques et du revenu des douanes.Dans le Haut-Canada, on était mécontent de voir que le haut personnel des bureaux publics était formé par les membres de certaines familles, une sorte d’oligarchie.Et les querelles s’envenimèrent à tel point, qu’un premier mouvement séditieux se produisit dans la province de Québec, d’abord en 1837 et ensuite l’année suivante.En 1838, la province d’Ontario se joignit à celle de Québec.Parmi les insurgés, on vit des Anglais et des Français, entr’autres, dans le Haut-Canada, William-Lyon MacKenzie et, dans le Bas-Canada, Louis-Joseph Papineau.Sir John Colborne, qui tenait alors les rênes du pouvoir, suspendit la constitution de 1791, et forma un conseil administratif composé de vingt-deux membres, dont onze Canadiens.Il dirigea divers corps d’armée sur les insurgés et, les ayant défaits, il en fit emprisonner un grand nombre.Plusieurs moururent sur l’échafaud, les autres furent exilés.Lord Durham, qui succéda à sir John Colborne, remania le conseil administratif et y fit entrer presqu’entièrement de ses créatures.Ce gouverneur se rendit impopulaire chez les Canadiens français, vu qu’il s’efforça de les angliciser et qu’il travailla à l’abolition de la constitution de 1791 et à l’union des deux Canadas.r ruthJIiJt * j J I.' ’ U:i r.I» Il s’attira, cependant, les sympathies des Canadiens lorsqu’il amnistia la plupart des patriotes de 1837 retenus en prison, moins vingt-quatre d’entre eux, et lorsqu’il conseilla au gouvernement anglais de rendre le conseil exécutif responsable à la Chambre, recommandation qui ne fut pas acceptée, et qui lui attira, dit-on, son rappel en Angleterre.m * •< G.-A.Dumont.,./ Bibliothèque et Archives nationales E9 E9 Q E3 Québec Le Terroir Pages non paginées manquantes
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