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Titre :
Le terroir : revue de l'École littéraire
Revue littéraire mensuelle fondée par l'École littéraire de Montréal. Elle accorde une place importante à la poésie. [...]

Le Terroir ne connut que 10 livraisons. La première parut au mois de janvier 1909 et la dernière, groupant trois numéros, en décembre de la même année.

C'est à la séance du 28 octobre 1908 que l'École littéraire de Montréal propose de publier une revue sous sa haute direction. Le comité de rédaction est formé le 20 novembre. Charles Gill, membre éminent de l'École, est chargé de rédiger le liminaire.

Chaque numéro contient une quinzaine de textes en vers ou en prose, à l'exception des numéros de juin et d'octobre-novembre-décembre, qui en contiennent davantage.

Les promoteurs veulent définir « une âme canadienne-française », comme il y a une âme française ou une âme russe. Cependant, le régionalisme occupe une place somme toute bien modeste dans les textes de cette revue, qui révèle un cénacle aux idées esthétiques diversifiées, parfois traditionnelles, parfois plus audacieuses. On y trouve, bien sûr, des poèmes « terroiristes », mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils ne constituent pas la majorité des textes retenus.

En effet, la revue, qui représente un moment de la vie de l'École littéraire de Montréal, offre un contenu assez éclectique ou universel, malgré son nom et son option pour le régionalisme. Si certains des collaborateurs, comme Albert Ferland, appartiennent réellement à l'école du terroir, d'autres, par contre, tels Charles Gill et Émile Nelligan, sont d'un autre tempérament et accordent la primauté à l'universel plutôt qu'au particulier.

Le Terroir est, en principe, ouvert à tous. Dans la pratique, 153 des 160 textes publiés proviennent des membres de l'École. Seulement 6 des 25 écrivains qu'on retrouve dans l'index n'en font pas partie. En fait, la revue présente surtout les résultats des séances de l'École. Les membres se réunissent principalement pour lire leurs nouvelles oeuvres à leurs pairs. Les oeuvres jugées intéressantes sont « réservées » pour le prochain numéro du Terroir.

Parmi les collaborateurs les plus connus, mentionnons, outre Charles Gill, Émile Nelligan et Albert Ferland, Gonzalve Desaulniers, Louis Dantin, Edouard-Zotique Massicotte et Albert Lozeau.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, tome 4, p. 300-301.

COUTURE, François, « La liberté niche-t-elle ailleurs? L'École littéraire de Montréal, Le Terroir de 1909 et le régionalisme », Voix et images, vol. 24, no 3, 1999, p. 573-585.

Éditeur :
  • Montréal :Arbour & Dupont,1909
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Le terroir : revue de l'École littéraire, 1909-08, Collections de BAnQ.

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» ?% m i : -V S v F /¦ w : 6 A .i ; iA jMm f HO 8 uméro : 20 sous./ y ; •v ?AOUT 1909 r M ?' ^ Aft ë ! « r; • ME m > !(# 26 - I i *'# I iA im Ml *.y# vr Lft 'X 'U I if « m (lif I, I#*,* km n sV A Vi ¦ 4 ¦ -* /-‘A 9| REVUE MENSUELLE K jj]* ho J u m , : ,%/ A At l'ÉCOLE LITTÉRAIRE * I 4f*Jm Ptabliee par MB ; I• • V^.y • I m .PREMIÈRE ANNÉE obi » ?S8 m UU,; M nr SOlVnVLAIIRÆ 1 I IE® : / I 111 1AQ AtvUl 'l3 I'«¦ 316 Alphonse Beauregard.— Réflexions.; J.-H.Roy.— ta Flûte «TEbêne.Jules Tremblay.— Le Colysée.VERS 3Ï7 inAit « \u>' 318 289 Charbonneau.— Incantation Tremblay, — Lnmen t Tremblay.—L’Ossnaire des Plaines 296 üllil I r„ „„ « .jHH J.-A, Lapointe.— Les Chenilles.EBERT Gallèze.— L’Erreur.[ONSE Beauregard.— Les Joncs If » J > ^ .f % I • 1 ¦ ¦¦ ¦ M -IMÉB ti 1 • 4 AM 291 IÜJ>i P PROSE I loi n nvv’J lii Germain Beaulieu.— Un Sixième Sens.292 Ernest Tremblay.— Un Broyé politique.801 Jules Tremblay.— Mirage » ¦ 'j g ÿ* • .i k\ •, - JLi i •*'* > ' i V ' • Jr ‘ '# ^ ' > • * f» v y i* ,1 If.Alphonse Beauregard, — Page d’Histoire contemporaine.Vespérale.ointe.— Les Arbres .300 306 tlfl lUV» i 1 311 307 h ,ini» «UVv ¦ :.t f II 308 Jil M I '• II 318 310 •Il*•••*•• li A « i r y i- à-rM V 7 V ¦ 4.î i .! Secrétaire de la Rédaction : Germain Beaulieu b 1: o > - < > •• MONTREAL % tVA.i t r Wffî: V.-t * H$ç v 4 A •r « / il y&-, V I .t \ X •;k M ?» s«> H Mx> VX- L’ÉCOLE LITTÉRAIRE * > 'M t i : -t#/ X m (Fondée en 1895) : JM * •*» > /¦ «If foi ;; ¦ # GABRIEL HANOTAUX, de l’Académie française, PRÉSIDENT D’HONNEUR, GERMAIN BEAULIEU, ALP.BEAUREGARD, JEAN CHARBONNÉAU, vice-président, GUSTAVE COMTE, HECTOR DEMERS, GONZALVE DESAULNIERS, L.-J.DOUCET, TRÉSORIER, G.A.DUMONT, président, ALBERT FRRLÀNp, CHARLES GILL, ALBERT LABERGE, J.A.LAPOINTE, |p LIONEL LEVEILLÉ (Englebert Gallèze), ALBERT MAILLÉ (Dreux), E.Z.MASSICOTTE, EMILE NELLI GAN, f| ERNEST TREMBLAY.JULES TREMBLAY, secrétaire, % \ i \ i m m m .’\ï; ' Xk S */ & V * u- }> V i m i v ÏM A s m o * A ?r.1 HHbï L’abonnement au Terroir est de $2*00 par année pour le Canada et les Etats-Unis, et de 12 francs pour les pays d'Europe.L'année commence avec le numéro de janvier.WJ % H m ' \ • Toute communication concernant la revue doit être adressée au secrétaire de la a# i.r\ r rédaction.-A ,W '[ ARBOUR & DUPONT, imprimeurs-éditeurs, 419 et 421, rue Saint-Paul.% wm mmi m V > > X wà « rr'A 4 :V rffHf8l5 • t m •i -1 BIU 289 INCANTATION r r Rayons purs du soleil qui réchauffez les fleurs Que d’espoirs à la vie effeuillez-vous dans l’âme ! De vos ors chatoyants aux multiples couleurs Plus bienfaisants pour nous qu’un sourire de femme Surgissent les torrents, les ruisseaux rafraîchis La douceur de l’aurore et son parfum qui grise ; Et les arbres, l’hiver, graves et réfléchis, Dont les branches pleuraient dans le froid et la bise Redressent maintenant leurs fronts vers les sommets.Oui, vous rajeunissez les espérances mortes, Rayons purs qui semblez faire éclore à jamais L’odorante senteur des roses à nos portes.y y y y \ % y C’est l’exquise saison des lilas dans les champs, C’est le réveil troublant des frêles marguerites L’envol par les grands bois des oiseaux et des chants Qui, dans les feuilles font joyeusement leurs gîtes.C’est l’éblouissement des terrestres beautés ; C’est l’harmonie aux sons de miel, aux bruits de lyre La splendeur radieuse et douce des étés.Vous êtes tout cela, rayons purs de tendresse, Et vous nous prodiguez dans des coupes d’or fin Avec l’enivrement, l’inépuisable ivresse De l’amour enchanteur et des rêves sans fin.ITJ ?A».i.: ; ; v-.Y •N , J ) / Rayons purs du Soleil qui redonnez au monde Le charme des saisons et leur sérénité, Qui retrouvez pour nous la semence féconde Et qui donnez à tous la joie et la clarté ; Rayons dont la chaleur fortifiera les sèves Et qui ferez géants les chênes des forêts ; » H * * 290 *• Qui ferez reverdir les vieux ans de nos rêves Tout autant que les blés abondants des guérêts ; Purs rayons qui peignez en des apothéoses Les décors enchantés qui nous charment les yeux ; Qui refaites la vie à l’être ainsi qu’aux choses Et qui nous révélez la majesté des deux ; ) Rayons qui dissipez le noir ennui de vivre Et qui savez si bien effacer le passé ; O vous que nos espoirs s’acharnent à poursuivre Dans la tranquillité du soir, le cœur lassé ; Rayons qui remplissez les profondeurs sacrées Dissipant, le matin, tous les doutes pervers ; Vous qui vîtes grandir les races exécrées Et qui contemplerez la fin de l’univers ; O vous, dont la lumière éblouissante et sure Détermine le cours des lointains océans ; Rayons qui commandez à toute la nature Qui pouvez révéler la noirceur des néants ; â ) ) Rayons purs du Soleil qui couronnez les cimes Et qui pouvez apprendre aux hommes à penser ; Versez-moi votre ivresse et vos clartés sublimes Envahissez mon âme et daignez l’embraser.Faites que pour chanter votre gloire infinie, Mes strophes aient le souffle exalté de l’amour Et l’inspiration profonde du génie ; Faites que pour écrire en lettres d’or, un jour, Un poème laissant d’indélébiles traces, Je puisse comme vous, contre les coups des ans, Mépriser dans mon cœur les morsures du Temps Et comme toi, Soleil, dominer les espaces ! 5 / Jean Charbonneau.* « * % f * « 291 LUMEN Ill Le rythme sans repos des innombrables mondes Traverse l’infini du profond firmament ; Planète, nébuleuse, étoile, aveuglément Roulent dans l’inconnu des orbes et des ondes.Nautoniers et pasteurs, depuis les millénaires Interrogent en vain l’immensité sans bords Maelstrom insondable où vont les peuples morts Se perdre dans les flots d’astres embryonnaires.1 Si la pensée humaine, en écartant son voile S’obstine à rechercher le mot mystérieux De l’espace et du nombre, au sein des vastes cieux, A l’heure où l’horizon s’assombrit et s’étoile ; 5 X Et si, lorsque le soir se répand sur le globe, Le sceptique réclame au gouffre sidéral Le secret de la vie ou du pair sépulcral L’Invisible, toujours, à l’esprit se dérobe.> Et les vieilles erreurs aux lentes agonies Ont longtemps défié les progrès du Savoir, Jusqu’au pinacle altier qu’il laissait entrevoir En appuyant l’essor et l’espoir des génies.% # Si, la nuit, le devin qui guette les augures Au dédale éthéré des constellations, Epuise le secours des vagues notions Ou la naïveté des sciences obscures ; 292 Si l’astrologue voit la plaine lumineuse Avec les instruments qui sondent les soleils.Leurs âpres passions ont de sombres réveils : L’impuissance a brisé la tâche ténébreuse.Les rêveurs ont scruté dans le lourd météore L’arcane du grand-œuvre où Rhazès a pâli.Mais les métaux fondaient dans le creuset rempli Comme une goutte d’eau que la brise évapore.La lumière se cache au fond de l’Empyrée.Et tout dans l’univers, la manifeste au jour.Et les parfums des fleurs et le vol de l’autour Enseignent aux vivants la doctrine inspirée.Sans cesse elle luira, la divine étincelle : Dans les astres, là-haut ; dans les cœurs, ici-bas.Mais les Sages, vaincus, ne la comprendront pas.Aux simples, seuls, Dieu dit sa grandeur éternelle.Jules Tremblay.UN SIXIÈME SENS Dans un article très intéressant, M.Gaston Bonnier, de l’Académie des Sciences, annonce la découverte d’un sixième sens chez les animaux, celui de la direction.Jusqu’ici, on n’avait encore reconnu, chez les animaux même les mieux organisés, que ces cinq sens, que tout le monde connaît : le toucher, la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût.A l’aide de ces sens, l’animal rattachant étroitement à toute la série et j’inclus l’homme dans cette désignation, son corps le perçoit les objets extérieurs, éprouve des sensations et manifeste des réactions qui se traduisent par des mouvements volontaires.Comme le dit très bien M.Gaston Bonnier, “ les pensées, les raisonnements, les actes résultant de l’intelligence ou de l’instinct, l’idée même que nous nous faisons de tout ce qui nous entoure, utii •uuiri'îîi- ' W/iYÀ tu r.t nm ft AI # 293 toutes nos manifestations vitales résultent des impressions que nous fournissent les cinq sens Or, se basant sur certaines expériences qui lui paraissent concluantes, M.Gaston Bonnier croit avoir découvert, chez les animaux, un sens qui n’existe pas chez l’homme sens que certaines espèces, entre autres les abeilles et les fourmis, chez les insectes, les pigeons et les hirondelles, chez les oiseaux, possèdent à un haut degré et qui donne à ces animaux la faculté de pouvoir revenir directement au nid, lorsqu’on les en a éloignés.A ce sixième sens, il donne naturellement le nom de sens de la direction.“ Si, dit-il, la faculté de se diriger en ligne droite vers sa ruche, à n’importe quelle distance pouvant atteindre ou dépasser deux kilomètres, ne dépend d’aucun des cinq sens que nous cou- # naissons, c’est donc que l’abeille possède un sixième sens, le sens de la direction Il me semble que c’est conclure un peu vite.D’abord, il faudrait qu’il fut bien prouvé que cette faculté ne repose sur aucun des sens connus.Qui peut affirmer que la vue ou l’odorat n’aient rien à faire ici ?Ensuite il ne faut pas oublier qu’un sens suppose un organe, sans lequel il ne pourrait exister.Or comme les organes des sens sont les portes d’entrée des impressions matérielles, il en résulte que la nature a voulu que ces organes soient situés convenablement pour recevoir ces impressions et les transmettre au cerveau ; ce qui fait que l’on peut toujours facilement localiser ces organes.N’est-il pas imprudent d’annoncer la découverte d’un sens avant d’en avoir trouvé l’organe ?Leverrier a pu annoncer l’existence de Neptune, sans avoir vu cette planète ; là, tout reposait sur une question de chiffres : il n’en est pas ainsi dans le cas présent, et, certes, les expériences de M.Gaston Bonnier ne me semblent pas aussi implacables que les calculs de Leverrier.Donc, il faut un organe pour établir un sens : que peut bien être l’organe du sens de la direction ?où est-il chez l’insecte, chez l’oiseau ?Il est malheureux que M.Gaston Bonnier ne nous le fasse pas connaître.Il nous dit bien que, d’après certaines expériences, ce sens pourrait résider en une région de la masse nerveuse, située dans la tête de l’insecte ; mais tout cela est bien vague, et peut-être eut-il fait mieux de poursuivre ses recherches dans le cerveau du pigeon voyageur, qui est doué à un si haut degré de sens de la direction.> 4 ce 9 « ’.i |£ t 294 Ce qui m’étonne, c’est que M.Gaston Bonnier affirme carrément que ce sens de la direction n’existe point chez l’homme.Qu’en sait-il ?Sur quoi peut-il établir son assertion ?Si ce sens existe chez les êtres inférieurs en organisation, pour quelle raison n’existerait-il pas chez ceux dout l’organisation est plus complexe et, partant, plus parfaite ?Nul n’ignore que l’intelligence est, jusqu’à un certain point l’ennemie de l’instinct.Et, soit dit en passant, si la faculté de la direction est un sens, est-ce que l’instinct n’en pourrait pas être un # autre ?Or, de cet instinct, qui est d’autant plus développé chez la bête, que la bête est dépourvue d’intelligence, l’homme n’est pas complètement privé.Que d’actes nous commettons continuellement A • qui ont pour point de départ, non notre intelligence, dont nous sommes orgueilleux, mais bien notre instinct, qui nous donne avec la bête un si puissant trait de ressemblance ! Est-ce que ce n’est pas par instinct, tout à fait machinalement et — qui sait ?— peut-être guidé par le sens de la direction, que l’homme, absorbé dans une pensée dominante, se dirige chez lui, tout droit, sans dévier un seul instant de la route qu’il doit suivre ?On me dira que c’est question d’habitude : ne pourrait-on pas répondre de la même manière quant à ces abeilles sur lesquelles a expérimenté M.Gaston Bonnier ?Ne serait-ce pas par habitude qu’elles reviennent directement au rucher, constamment affairées qu’elles sont d’aller butiner dans les champs voisins ?N’est-ce pas par habitude que le cheval s’en I m la mf y % revient de lui-même directement à son écurie, après la journée de labeur ?L’habitude est si forte ne l’a-t-on pas appelée une que j’ai connu des gens qui, distraitement, s’en retournaient, ainsi que le bon cheval après son labeur, au logis qu’ils habitaient quelques jours auparavant, oubliant que, depuis, ils avaient changé de domicile.M.Gaston Bonnier prétend que la faculté des abeilles de se diriger directement vers leur ruche ne dépend d’aucun des sens que nous connaissons.Il ajoute qu’il ne peut être, là, question de vue ou d’odorat.Pourquoi pas ?Chacun sait comme il est curieux de voir arriver de toutes parts les insectes nécrophiles vers le cadavre du pauvre petit animai tombé dans la lutte pour l’existence.D’où viennent-ils ?nul ne sait.Qu’est-ce qui, de loin, leur révèle subitement l’existence de cette nouvelle pâture ?Nul ne sait.Dira-t-on que c’est le sens de la direction ?N’est-ce qu’un simple instinct ?seconde nature ?.1 É 295 N’est-ce pas plutôt un odorat plus facilement impressionnable chez ces petits êtres que chez les autres animaux ?C’est mon opinion.Pour mieux établir l’existence de ce sixième sens, M.Gaston Bonnier affirme, assez gratuitement, il faut le reconnaître, qu’il trouve chez les animaux des sens que nous n’avons pas.Sans doute, il ne m’est pas permis de nier, car, dans le champ de l’inconnu, il est aussi imprudent de nier que d’affirmer ; mais, par exemple, il m’est bien permis de douter.S’il nous disait que, ne connaissant pas encore à perfection la machine admirable qu’est le corps de l’animal, il nous est permis de croire que l’animal a peut-être plus d’un sens qui a jusqu’ici échappé à nos observations, peut-être me rallierais-je à son opinion.Mais je suis d’avis que l’homme, dans la série des êtres, est le plus parfait, et que son organisme ne le cède en rien à celui d’aucun autre animal ; et c’est parce qu’il est le plus parfait des animaux qu’il doit nécessairement réunir les qualités physiques des espèces inférieures.Bien plus, ses sens offrent en général un perfectionnement plus grand que ceux des autres animaux, par ce fait surtout que l’intelligence vient suppléer à la faiblesse inhérente à la matière.Dans l’ensemble, aucun animal ne donne autant de perfection ; et chez les espèces où l’un des sens paraît mieux exercé que chez l’homme, il y a plus que compensation à cause de la déplorable imperfection de certains autres sens.Donc, je ne crois pas au sixième sens de M.Gaston Bonnier.Loin d’arriver à la découverte de nouveau sens, il est tout probable que des observations plus suivies ramèneront tous les sens à un seul, le toucher.L’odorat comme la vue, comme l’ouïe, comme le goût ne sont en somme que des modifications du toucher : tout se résume à la sensation qui est transmise au cerveau par les organes qui mettent lame humaine et lame animale en communication avec le monde extérieur.se C’est le grand tort de la science moderne de vouloir étayer des théories nouvelles sur des observations faites à la légère ou mal contrôlées.Rien ne devrait être nié, rien ne devrait être affirmé qui ne soit démontré de façon péremptoire.C’est peut-être ce qui fait que les partisans de l’évolutionisme et ceux de la théorie de l’immuabilité de l’espèce seront toujours des ennemis irréconciliables.Germain Beaulieu. 296 RIRE ET PLEURER # Toute la journée on a dansé sur la tombe des héros des plaines d7 Abraham.Les marins français, qui avaient eu le cœur broyé par ce sacrilège, firent, le soir, pour les morts un concert héroïque.26 juin 1908.'Vi r.(Les journaux).L’OSSUAIRE DES PLAINES Sur le plateau voisin des deux Ensevelis au champ de gloire Les rudes soldats, nos aïeux, Dorment en rêvant de victoire.y ri- mi- Et, trompant le lointain réveil, Près de la falaise géante, Pour bercer leur dernier sommeil Depuis trois cents ans la mer chante.Le vent, pour eux, se fait charmeur Rythmant d’étranges liturgies Et quand il cesse sa clameur La brise dit des élégies.5 > Des sources, sous les floraisons Chantonnent en leur cours tacite Comme un murmure d’oraisons Que tout bas dans l’ombre on récite.J $ V f \ 297 Ce sol, qu’ils croyaient un berceau Quand ils abordèrent la plage, On le leur donna pour tombeau Et le cap se fit sarcophage.Il ne faut pas moins de grandeur Pour tout soldat héros qui tombe ; Dieu s’est chargé de la splendeur En leur donnant ce mont pour tombe Parfois, des voiles du pays Pour calmer leur désespérance Et réparer les vieux oublis Apportent des parfums de France.y A ) Mais qui vient troubler leur repos ?Que veut ce flot carnavalesque ?Ce déploiement, à quel propos Et pourquoi cette soldatesque ?.rfi C’est la fête battant son plein Où la foule va, l’air ravie Singer les hauts faits de Champlain Et ce qui lui coûta la vie.) Ils vont par groupes débraillés, Gauches en leur rôle servile, Traînant les drapeaux mitraillés Qui flottent sur ce vaudeville.Panaché, portant beau, coquet On voit un farceur Henri Quatre Se pavaner en freluquet, Lui, qui ne savait que se battre.I ' 298 Tous ceux qui sur un monument Devraient rappeler notre histoire Reposent dans l’isolement Oubliés sur le promontoire.) Des Monts et monsieur de Tracy Près d’un Frontenac qui ronchonne Enlèvent un Montmorency En une danse folichonne.On s’émeut à profusion, En vain on tente une harangue, Babel ! c’est la confusion Nul ne parle la même langue.g# I * _• i» Quand le crépuscule mourant Sur la terre eut jeté ses ombres Que tout le peuple délirant De ses jeux laissa les décombres, Jju il ".vUVyv Zi iw * • rJNÎJ : Du vieux champ d’honneur profané On put voir l’aspect pitoyable ; Le flot joyeux a tout fané ; C’est flétri, morne, lamentable ! Mais à cet affront insensé Les dormeurs du lieu solitaire Eux, sur qui le peuple a dansé, Surgissent soudain hors de terre.n O terreur ! comme ils sont nombreux 1 Ils remplissent la vaste plaine Soldats, laboureurs, tous ces preux ; L’estrade géante en est pleine.ufftiuyv f*î 7 • •' 4 _ îvn.* •'rit •; j î e> Mill'S *.Dflfl f Il «ifff • • * r.:.rv • .* I#ïw4 Ii| • t% "A * 1> Laissons partir notre âme, en vol de libellule Vers les étoiles d’or aux rayons déliés Où sont allés les chers serments inoubliés Dans le pays du rêve, en la divine Thule Tous les baisers défunts en vol de libellule.J Et là, pour ne plus voir les tares d’ici-bas Loin des foules, du bruit et de l’ignominie, Nous nous enivrerons de sublime folie Aux constellations, et quand nous seront las, Nous nous reposerons dans les astres, là-bas.) ! Albert Dreux.é *• i m 301 UN BROYE POLITIQUE / Aux heures de lassitude, j’éprouve une indéfinissable sensation de plaisir, à rester les yeux mi-clos, regardant les capricieuses spirales de la petite fumée bleutée, monter de ma cigarette.Il semble alors que le nuage odorant n’est plus qu’une gaze transparente, voilant imparfaitement, tout juste pour en atténuer les contours, les tableaux où s’agitent mélancoliquement les êtres connus aux heures de mon aventureuse et pénible jeunesse.Parmi ces visions fugitives, il en est une qui revient, plus familière, à l’appel de mes souvenirs.C’est l’histoire de la vie d’un pauvre broyé de la politique.Il s’appelait X.Il n’était pas beau.La rudesse apparente de son caractère ne lui avait gagné que de lointaines amitiés ; pourtant il était tendre et bon.Encore adolescent il se jeta avec frénésie dans la vie publique (juste appellation pour une existence qu’on donne aux autres) et, l’engrenage le prenant, il ne parvint plus à s’arracher alors qu’il était temps de se sauver.Au cours d’une campagne politique, il prit le germe d’une maladie qui devait rapidement le conduire au tombeau.Malade, il fut déserté de tous.Je me rappelle encore le pauvre logis où il passait ses jours eu écoutant l’horloge égrener monotone-ment les heures, comme s’il guettait sur le cercle numéroté, un signal indiquant la dernière pour lui Il gardait l’attitude morne du poitrinaire.Ses mains longues et blanches, ossifiées sous le derme, tombaient sur ses genoux dans un déliement morbide.% Plusieurs fois je le surpris, alimentant le feu de l’âtre avec des brochures politiques.Un jour, s’emparant d’un recueil des discours d’Honoré Mercier, il le lança contre un cadre dont la gravure représentait le ministère et les élus du Parti National.— Tas d’ingrats ! râla-t-il.rfCi f.fJl at r $ 4 t r 302 Il s’effondra sur le vieux divan et sanglota comme un enfant pendant qu’à ses pieds, le volume mutilé agitait ses feuillets, avec un bruit de battement d’ailes, quelque chose comme l’écho lointain, l’écho affaibli des applaudissements que l’éloquence avait arraché aux hommes.Du pied, il repoussa le livre.— Tas d’ingrats ! Je voulus le consoler.Il me prit la main et dit : — Toi, tu as ma nature ; je voudrais vivre pour t’indiquer les aspérités qui m’ont fait tomber.— Mais qu’avez-vous donc ?Alors il me racontait sa vie politique, sa vie donnée aux autres, l’oubli et l’ingratitude humaine.Trista est mea vita, murmurait-il.) 1 Je compris toute la délicatesse de cette pauvre âme malade, un jour que des jeunes filles étaient venues à la maison.Refoulant au fond de lui-même toutes ses amertumes, et voulant offrir aux fraîches beautés quelques vers quelles sollicitaient de lui, il s’enferma et revint peu après, souriant tristement, avec à la main, trois feuillets couverts d’une écriture tremblée.Le soir tombait, un soir de novembre gris et pleureur.Avez-vous jamais remarqué comme il règne autour d’un poitrinaire une atmosphère toute spéciale ?Pour l’égayer, souvent la joie est fausse, on étouffe tous les bruits, la vie est calfeutrée comme si on craignait qu’un peu du malade ne parte trop tôt, par les ouvertures du logis.C’était tel ce soir-là.S’asseyant dans un grand fauteuil propice aux paresses maladives, il lut, dans le clair obscur du soir envahisseur, ce que son cœur avait dicté pour nous, qui commencions la vie, alors qu’il sentait la sienne lentement s’en aller.Il avait intitulé sa pièce de vers : “ Le temps qui passe ”, / t - > » Jin»?& V‘ t.« • ?% 303 Laissez passer les flots du Temps Sur vos têtes de dix-sept ans, O jeunes filles ! Laissez le noir fleuve couler Sans pour cela cesser d’aller Sous les charmilles.Sur vos cheveux d’ébène ou d’or Laissez les ailes de la Mort Passer dans l’ombre.Pour vous est le jour radieux, Pour nous, mornes et soucieux, Est la nuit sombre.% Cueillez sur les bords du chemin La marguerite et le jasmin Les fleurs sont vôtres ; Cueillez, sans vous inquiéter Si ce qu’on en peut convoiter Succède à d’autres.J Vous avez droit de les cueillir, Prenez et tâchez de choisir Les plus nouvelles ; Vous savez, les plus jeunes fleurs Sont comme les plus jeunes sœurs, # ¦ Toujours plus belles.% Sur vos fronts jamais obcurcis, Que les peines et les soucis Passent rapides, Car ce n’est que pour nous que sont Les chagrins, qui sur notre front Tracent des rides.» • » '4 « I" * « «• • * 304 Pour vous le papillon vermeil ! Pour vous l’azur et le soleil Et l’espérance ! Pour nous le mal et le remords.Pour nous les mauvais coups du sort Et la souffrance ! •'V-V'.w % t Pour vous tous les plaisirs du cœur ! Pour vous la paix et le bonheur ! Pour vous la vie.L’Oubli pour nous, pour nous l’Ennui, Et ce mal pire qûe l’Oubli, Pour nous l’Envie ! Pourtant, n’abusons pas, enfants, De tous ces espoirs chatoyants, Candides âmes ! Vous m’en voudrez, si par hasard Vous devenez, un peu plus tard % De vieilles femmes.» i*« ) Que sont devenus, direz-vous, Les beaux rêves qu’a faits pour nous Ce lourd poète ?Et vous irez par le chemin Un bâtun noueux, à la main, Branlant la tête ! z y, • • • La pauvre voix cassée, qui haletait plutôt qu’elle ne parlait, s’était depuis quelques instants arrêtée, que nous écoutions tous encore dans un attendrissement recueilli.La poésie qui aux mots prête des ailes, avait peuplé l’appartement d’oiseaux invisibles, et dans la douceur extatique où nos âmes étaient plongées, il semblait que nous entendions le vol léger, la musique berceuse des mots ailés.à un i » .#i • i • •.!• r f t é u f ^ # i rj/'.n % % 305 Epuisé, le malade avait fermé les yeux dont la meurtrissure bleutée s’élargissait vers les joues qu’une légère rougeur colorait.Les jeunes filles, l’âme lourde, avaient les traits empreints de la douce et navrante mélancolie du chagrin qui ne veut pas pleurer.Il faisait triste dans tous les cœurs.— Chantez-moi quelque chose, supplia la voix du malade.L’une d’elles se mit au clavier et détailla une calme mélodie.La voix chantait cette ode admirable de Lamartime : Le soir ramène le silence.Assis sur ce rocher désert Je suis dans le vague des airs, Le char de la nuit qui s’avance « i Cela finissait par les mots : Doux reflet d’un globe de flamme.Charmant rayon que me veux-tu ?Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon âme ?p Viens-tu dévoiler l’avenir Au coeur fatigué qui t’implore, Rayon divin es-tu l’aurore Du jour qui ne doit pas finir ?IV Wh: J: ' f* • »* •» * 1 * v,*: 1 La voix douce et lente allait profondément pincer les fibres les plus endormies du cœur.“ Merci ! dit le malade, le jour qui pour moi ne doit pas finir, est déjà commencé.”.Pauvre X ! quelques jours après son âme s’en était allée la chute de la feuillée.# ri avec 306 La politique l’a tué et il valait mieux que vous tous, ses compagnons d’alors, qui le reconnaissez sous les traits que je viens d’esquisser, mais.I .ah ! cela suffit !.Car je sens des mots amers, des mots barbelés me venir aux lèvres.Voilà pourquoi aux heures de lassitude, j’éprouve une indéfinissable sensation de tristesse — tristesse que j’aime — à rester les I yeux mi-clos, regardant les capricieuses spirales de la fumée bleutée qui monte de ma cigarette.On y voit tant de choses ! Ernest Tremblay.LES ARBRES Les arbres, las de voir l’humanité souffrir D’entendre le sanglot des choses, de couvrir De leur ombrage épais, tant de désespérances ; > n Les arbres, bien qu’ils soient de francs et fiers amis Dans le rêve nocturne se sont endormis Sans vouloir plus longtemps gémir de nos navrances.) ) Ils se sont endormis, graves et solennels Avec le dernier chant et le dernier murmure Et la froide clarté des astres éternels Coule, vague d’argent, à travers leur ramure.J ÜVO.:.- ri Sur mes amours jetés au combat sans armure Sur mes remords muets, sur mes désirs charnels Sur le charme flétri de ma jeunesse mûre, Ils se sont endormis, les arbres fraternels.5 y J.-A.Lapointe. 307 LES CHENILLES Quoi ! vous avez peur des chenilles ! Madame, c’est déconcertant.Ces petites bêtes gentilles Jamais ne vous mordront, pourtant.- Quoi ! vous avez peur des chenilles ! Madame, regardez-les donc Avec vos doux yeux de pervenche.Quelle grâce ! quel abandon ! Tenez, au bout de cette branche, Madame, regardez-les donc.Elles sont quatre, elles sont quatre Oui s’étonnent de vos beautés.Sentez-vous leurs menus cœurs battre Sous les déclinantes clartés ?— Elles sont quatre, elles sont quatre.Non, vous ne les haïssez pas ; Vous vous penchez un peu vers elles Et, c’est sûr, vous pensez tout bas : Vraiment, les chenilles sont belles ! Non, vous ne les haïsssez pas.Voyez le bleu de leur corsage.— C’est beaucoup le bleu de vos yeux.Bleu délicat, bleu pur, bleu sage, Bleu des rêves délicieux, Voyez le bleu de leur corsage. Madame, expliquez-vous enfin.Que reprochez-vous aux chenilles ?Comme vous et moi d’avoir faim ?De trouver bonnes vos charmilles ?Madame, expliquez-vous enfin.Bravo ! vous gardez le silence.J’ai gagné, je crois, mon procès, Et, vieux rimeur sans éloquence Je veux dire à tous mon succès.Brave ! vous gardez le silence.) Maintenant, voulez-vous, rentrons : La nuit n’est plus qu’à quelques lieues.Ensemble nous composerons Une aubade aux chenilles bleues.— Maintenant, voulez-vous, rentrons.J.-A.Lapointe.KJtt L’ERREUR » L’erreur c’est nous : mélanges d’ombre et de lumière ; Bonté sainte en l’instinct bestial prisonnière ; Volonté mue au gré de sens capricieux ; Justice tâtonnante, un bandeau sur les yeux ; Somnambule qui parle et s’émeut dans un songe ; Vérité qu’assombrit un voile de mensonge.L’erreur, c’est d’être, ainsi qu’un dieu dans un enfer, Une âme de clarté murée en de la chair, Et d’aller, sans repos, d’une course inféconde Recherchant l’infini, partout, en ce bas-monde.il; m -* .u f 4 J » # oo O CO scs ’ : ; 309 Pour reculer sa borne, éloigner l’horizon Notre âme frappe en vain aux murs de sa prison ; Et, de son long effort la récompense amère C’est d’entrer plus avant, toujours, dans le mystère.Qu’importe d’établir, en de clairs exposés Que d’atomes divers les corps sont composés ?D’avoir sondé la mer et dénombré les astres ; D’en avoir observé le cours et les désastres ?Qu’importe d’avoir pu dompter les éléments ?Assoiffés d’infini, Philosophes ! Savants ! Que nous ont découvert vos systèmes célèbres ?Sinon un mur toujours plus épais de ténèbres.Et qu’avez-vous appris, dans le mal ou le bien Au delà de l’aveu que vous ne savez rien ?.La vérité, pourtant, c’est notre fin suprême Et l’unique beauté vraiment digne qu’on l’aime.C’est elle seule en qui l’âme peut s’apaiser Et, comme en un bon lit de fraîcheur, reposer.5 y y Allez ! rêveurs épris d’une tâche sublime Gravissez vos sentiers vers l’invisible cime.Sans craindre la fatigue et sans compter les jours Dans la brume des deux, montez, montez toujours.Allez ! penseurs ardents, à la matière en butte — Le triomphe est plus grand d’une plus âpre lutte — Et, quand vos pieds lassés, soudains, n’en pourront plus, Courage ! le malheur désigne les élus.Marchez ! c’est là .l’endroit où tout espoir succombe.Le vrai soleil de Dieu luira sur votre tombe.5 i Englebert Gallèze.I • 310 Z LES JONCS Les joncs frémissent à peine Sous le doux vent échappé Des champs de trèfle coupé Dans les lointains escarpés.Calmes sous la pure haleine, Les joncs frémissent à peine.fl s-: Les joncs penchent mollement Leur tige au-dessus de l’onde Qui chante, la vagabonde Les pleurs et le deuil du monde.Quel morne gazouillement Berce les joncs mollement ! > « h Les joncs regardent la lune Qui d’un charme les endort.Plus d’odeur de trèfle mort, Les ondes cessent l’accord Dont la tristesse importune Les joncs tout droits sous la lune.Alphonse Beauregard I •,#m * i • #* ' ?% a * » « .Vtf * • f!ZV ¦> 6 311 niRAGE Pour ma part, je n’avais jamais cru aux manifestations surnaturelles qu’on attribue au citoyen d’Outre-tombe.Je niais, ayant toujours été d’une complète indifférence pour ce qui touche, de près ou de loin, aux mystères de l’occultisme.Aussi, lorsque notre ami commun, Janvier Bordeau, rédacteur des dépêches à la Lumière, voulut, un soir, exprimer ses théories sur l’Au-delà, et nous faire admettre la fréquence des “ avertissements ” et des apparitions, j’accordai mes suffrages aux rieurs et avec eux, je criblai l’excellent Janvier de sarcasmes, que je croyais alors fort spirituels.Allons donc, réclama Jean Descaves, tu sais bien qu’il n’y a rien de surnaturel.De l’extraordinaire, tout au plus, décida Jacques Lémery.Tout ce qui arrive est possible, pontifia un troisième ; c’est notre ignorance qui nous fait voir du miracle dans ce qui est naturel, mais incompréhensible.Une discussion assez vive s’était engagée entre Bordeau et les quatre ou cinq journalistes.On avait parlé des légendes de la Veillée des Morts et, enfin, des aventures inexplicables qui mettent parfois les vivants en communication avec les trépassés.Les opinions les plus bizarres, les plus drôles, comme les plus pro* fondes, s’étaient suivies dans cette dissertation tapageuse.On récusait, on admettait, de part et d’autre.Jamais cacophonie semblable de réparties ne s’était fait entendre dans le sanctum de la rédaction.Bordeau tenait bon contre l’avalanche des contradictions et, sans abdiquer en rien ses croyances, il demanda aux camarades : “ Ainsi, vous ne convenez pas du surnaturel, dans certaines circonstances ?Non, cent fois non, hurla le chœur des protestataires.Parfait.Ecoutez moi.Vous savez qu’avant d’entrer au service du journal, j’étais télégraphiste de nuit à Shepley, petite gare en V ) tv a ‘ifl î-J • •»‘r 312 plein bois, à cinquante railles de la capitale du Montana, Helena.C’fest dire que j’avais des loisirs.De neuf heures du soir à six heures du matin, je passais, journellement, huit heures seul, et six à ne rien faire.“ Shepley était alors un point assez important du “ Montana and Coast ”.Les convois de marchandises s’y garaient en attendant le passage des rapides et des express.Pour vous donner une idée du trafic qui s’y faisait, j’ajouterai que, plusieurs fois, j’avais dû remplir les deux voies de garage, les voies de remisage et les voies blanches de fourgons chargés, afin de permettre aux trains de voyageurs de continuer leur route.“ La voie s’étendait droite, à l’ouest de la gare, sur un parcours de deux milles, puis bifurquait brusquement dans les bois, pour gravir la montagne qui conduisait vers Hélèna et vers l’embranchement du parc national américain de Yellowstone, au sud.A une distance de dix milles, a peu près, se trouvait la Cave de la Mort, ainsi nommée à cause des collisions et déraillements qui s’y produisaient fréquemment.“ Figurez-vous une pente de cinquante pieds au mille, sur un parcours de trois quarts de mille, dans une courbe faisant demi cercle complet, en contournant le pan granitique de la montagne.L’intérieur de cette courbe s’allongeait vers la base dans un précipice d’eau bouillonnante.“ Cet endroit, devenu célèbre, pour ainsi dire, par des souvenirs terribles de désastres, inspirait les histoires superstitieuses des cantonniers.“ Toutes les nuits, à minuit et demie, le rapide de San Francisco passait à Shepley.En même temps, le train de marchandises No 3 se garait, puis repartait cinq minutes après le passage du rapide, vers les districts miniers de l’est montanais.“ Le conducteur Seymour et le serre-frein Crowley, du train No 3, étaient les seuls camarades que j’eusse admis dans mon intimité, à cause de leur franche bonhomie et de leurs connaissances variées.J’attendais toujours leur arrivée avec impatience, car leur courte visite était pour moi l’occasion d’une agréable causerie.“ Or, le soir du 31 octobre 1898, trois mois après mon entrée en service, il m’advint, au sujet de cette Cave de la Mort, une aventure dont je me souviendrai toujours.: u J.-lïrïfir :* il 3Hî K m i r • % I ï'.n ¦i «fi > Et tiens incessamment la flûte dans ta main Pour la porter riante â ta lèvre jolie Pour la porter pleurante à ta lèvre pâlie.y y Tu chanteras ainsi tout le long du chemin.Car d’étranges concours font que le cœur humain, Qui s’en va sanglotant sur la route suivie Peut également rire aux choses de la vie.O y t J.-H.Roy.I % •r.r rr.j 318 LE C0LY5ÉE % Le colosse flavien survit aux millénaires.L’aigle victorieuse y posa son cachet.L’amphithéâtre altier où Rome s’épanchait Déconcerta l’assaut des hordes mercenaires.Le travertin jauni que le marbre cachait Quand Titus ordonna ses fêtes sanguinaires, Vit passer les tribuns, les vieux légionnaires Et les Chrétiens taillant les dalles, sous l’archet.> ) 5 D’innombrables martyrs tombèrent dans l’arène.Pour le Christ, ils mouraient en regardant les deux, Et leur sublime foi souffletait les faux dieux.,-MG La ruine est debout, son ombre souveraine S’allonge sur la terre ; et son immensité Ecrasera César dans la postérité.Rome, 1908.Jules Tremblay.II - Jjaî PAGE D’HISTOIRE CONTEMPORAINE Le comité d’organisation des fêtes du tri-centenaire de la fondation de Québec a décidé d’affecter la balance de ses fonds à l’édition d’une histoire officielle de la célébration.J’ai grand’hâte de savoir si l’incroyable réception faite à Champlain y sera mentionnée, et en cas d’oubli de certains détails significatifs, dans le livre projeté, je m’inscris pour le chapitre suivant : % •N't* f*M| L i TCI f .Sè 4 ;r.I WM * >i, ü\vf&\ if 'H®:: mu s • » « i rl itT ¦ it* •il il Rf t ' f- » r:.r',y;vf 1 + ¦¦ o /-f 319 \ Arrivée de Samuel de Champlain, Le jeudi, 23 juillet 1908 Entouré des pirogues sauvages, escorté de tous les yachts eu disponibilité, des bateaux du gouvernement, et même, par hasard, de quelques steamers marchands, le “ Don de Dieu ”, tout or et blanc, remonte le Saint-Laurent, voiles gonflées.Barbarie, l7me siècle et 20me siècle se mélangent ; la vapeur crie dans cent sifflets accordés sur tous les tons de l’aigu cacophonique, les hélices brassent le fleuve comme une cuve, les indiens, bruns et nus, pagaient à même allure que la goélette, et par dessus tout, un immense ciel bleu s’étale et tombe loin, loin par delà l’ile d’Orléans.Le “ Don de Dieu ” amarre.Des quais jusqu’aux Plaines d’Abraham, les rues sont remplies d’une masse humaine incessamment refluée, en longues ondulations, à tous les points du compas.Il y a dans la ville douze mille soldats, je ne sais combien de batteries et de corps de musique.En face de la citadelle dorment une demi-douzaine de cuirassés couverts de pavillons et de banderolles.Le débarquement de Champlain va déchaîner tous les tonnerres, précipiter le vent dans les cuivres, fouetter la peau bandée des tambours.Une délégation de dignitaires, prince de Galles en tête, va recevoir le héros dans “ l’Abitation ”, sinon au débarcadère.L’heure avance.Pas un coup de canon.C’est à penser que remparts et cuirassés se craignent, hésitent, ne sachant qui fera feu le premier.De clairons, point ; de délégation, nulle trace.Les rues de la basse ville deviennent un purgatoire tant le soleil s’est mis de la fête, et, dans la poussière, la foule avance, recule, indécise, maintenue en mouvement par les tramways qui rappellent des charrues de locomotives attaquant une plaine de neige.On a si souvent entendu les mots : “ V’ià Champlain ! ” que c’est à n’y pas croire quand, plus d’une heure après son arrivée, la figure bien connue du hardi marin émerge avec sa suite.L’explorateur fait son chemin à coups de coude comme n’importe qui, la mince ligne de faux soldats aux hallebardes et fusils tout en bois ne parvenant pas à contenir le peuple curieux trop à l’étroit.Quand j’aperçus les pionniers, un tombereau de fumier traversait leur ligne.Le Champlain véritable frayant, hache en main, sa route à travers la forêt, avait certes moins de difficulté.% f *t •/ ' 9 I + I • ?I «I* r* s 320 Maintenant la foule connaît son but et s’y pousse d’un seul bloc.C’est “ l’Abitation ” pleine de sauvages, où les prospectus annoncent une fastueuse réception à la troupe.Si la forteresse ne fut pas prise d’assaut, ce n’est certainement pas sa garnison d’indiens accablés de chaleur et d’allure débonnaire qui la sauvèrent, mais le désappointement de la cohue qui, à ce point, lasse de voir à peine, de n’entendre ni musique ni canons, débordait dans les petites rues, escaladait la haute ville afin de s’installer pour voir passer la procession complète, préparée par sections.m La terrasse est envahie depuis le matin.La Côte de la Montagne offre un tangage de corps, un roulis de chapeaux.Tout à coup, venant de la Grande Allée, parmi le flux des'spec-tateurs s’étageant de l’asphalte aux faîtes des arbres, on entend un lourd claquement de galop.Chacun se rue où son physique tiendra le moins d’air cube possible, les galeries s’emplissent d’hôtes non invités, désireux de sauvegarder leurs os, et la garde du prince de Galles chevaux bruns tous hommes de haute taille montés sur de puissants débouche à toute vitesse ; puis le prince lui-même, dans le large sillon creusé par cette charge de cavalerie, passe rouge, raide et compassé, dans son carosse, et va prendre sa place sur l’estrade où l’attendent les ministres, les autorités de la ville, les consuls, les belles dames, les cinématographes et l’adoration des gogos.Plus bas, dans quelque étroite rue encombrée, Samuel de Champlain, fondateur de Québec, père de la Nouvelle-France, étouffé par la poussière, suant à grosses gouttes, joue de tout son corps pour se percer une route.Alphonse Beauregard i'tîr/.t “ i* ( • - /'» I* [- V4 '« i'UL • M f l • * • t 1 Bibliothèque et Archives nationales E9 E9 Q E3 Québec Le Terroir Pages non paginées manquantes
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