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Titre :
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français
Éditeur :
  • Québec :[s.n.],1902-1918
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Parler français ,
  • Canada français
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La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1903-07, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE-FRANCE REVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS Tome II N° 7 JUILLET 1903 QUESTIONS D’APOLOGETIQUE l’apologétique et le surnaturel (Suite) Cette vérité de l’existence d’un tel Dieu est la seule, pensons-nous, que suppose et à laquelle soit subordonnée la possibilité du surnaturel.On l’a voulu quelquefois prouver par l’existence des mystères proprement dits, par le pouvoir du côté de Dieu de les faire connaître et la faculté du côté de l’homme d’en saisir quelque chose, supposé qu’ils lui soient révélés.Certainement la preuve est bonne et convaincante, dans la mesure surtout où elle sous-entend l’existence du Dieu personnel, intelligent, libre, capable de descendre au niveau de l’homme, de se mettre à sa portée, et de l’élever jusqu’aux régions divines.Mais nous estimons qu’elle n’est point nécessaire.Elle a même, à nos yeux, le double tort de tendre et de parvenir au but par un trop long circuit, et de paraître restreindre implicitement le domaine du surnaturel en deçà de ses limites véritables.Nous croyons que la révélation des 20 306 LA NOUVELLE - FRANCE mystères n’est nullement essentielle à la réalisation du surnaturel dans l’humanité.Assurément une communication entre Dieu et une créature raisonnable, une union entre Dieu et l’homme serait excessivement imparfaite et bornée, serait à peine divino-humaine, si Dieu ne daignait parler à l’homme.Mais Dieu pourrait parler à l’homme sans lui révéler aucun mystère.Il pourrait pousser la condescendance à l’égard de la créature dont il se fait l’ami jusqu’à venir s’entretenir avec elle, se promener avec elle sous les ombrages d’un Paradis terrestre, et ne lui parler que de la beauté du ciel bleu, de la douceur du vent dans l’après-midi, ad auram post meridiem, du parfum des fleurs, (nous dirions volontiers, de la pluie et du beau temps, si nous ne craignions de tomber dans la vulgarité), et cette condescendance devrait être appelée une faveur surnaturelle : oui surnaturelle au sens propre du mot, parce qu’il n’est dans la nature d’aucun être créé possible de voir ainsi Dieu descendre à son niveau.La révélation des mystères est seulement un degré du surnaturel.Nous avouerons volontiers qu’elle est assez dans la logique des faits.Si Dieu descend jusqu’à la familiarité avec sa créature, il est logique qu’il se fasse plus intimement connaître d’elle, et lui révèle quelque secret.Toutefois, nous le répétons, cela n’est pas absolument nécessaire.Lors même que, par impossible, il n’y aurait point de mystère, lors même que l’homme serait une créature connaissant par elle-même tout ce que Dieu connaît, ou bien lors même que Dieu ne jugerait pas à propos de lui révéler, de lui montrer rien de caché, rien qui le dépasse, il y aurait encore place pour le surnaturel.* Le surnaturel, on ne devrait jamais l’oublier, n’a nullement pour but de compléter la nature, de suppléer à ses insuffisances.Il a sa raison d’être en lui-même, c’est-à-dire dans la bonté infinie de Dieu, qui trouve ses délices à aimer ses créatures intelligentes, à être aimé d’elles en retour, à vivre, dans une certaine mesure, QUESTIONS D’APOLOGÉTIQUE 307 de leur vie, et à les associer à la sienne propre.Dans l’hypothèse même où l’être créé serait d’une nature infinie, où par conséquent il se suffirait pleinement, surabondamment, le surnaturel aurait encore sa place.Il resterait encore à l’être créé, supposé infini, de voir ses auteurs descendre jusqu’à lui, s’unir à lui dans la communion d’une même vie individuelle, ce qui serait une faveur dépassant sa nature, comme celle de tout être créé.Pour cela nous avons une certaine défiance pour les preuves qui visent à rendre le fait surnaturel vraisemblable et plausible, eu arguant de l’impuissance où est la nature de se suffire dans son propre domaine.Elles ont l’inconvénient de présenter le surnaturel comme une sorte d’annexe de la nature, comme le moyen ordonné par Dieu et qui s’imposait pour ainsi dire à lui pour rendre l’homme capable de remplir sa destinée 'terrestre, et d’obéir aux lois de sa vie morale, intellectuelle, sociale, etc.; en un mot, elles paraissent subordonner le surnaturel à la nature, comme le moyen est subordonné à sa fin.Elles ont besoin d’être bien comprises et d’être maintenues soigneusement sur leur propre terrain.Nous inclinons fortement à croire que plusieurs d’entre elles, mises en avant par les plus hautes autorités, ont été insensiblement déplacées, transportées du terrain de la thèse supernaturaliste sur celui de l’hypothèse naturaliste, à la faveur de l’équivoque créée par la ressemblance des termes.Nous cite-comme exemple de ces termes équivoques, celui de nature rons humaine, qui comme nous le montrerons plus tard, peut avoir un double sens : il peut signifier ou bien la nature spécifique universelle de l’humanité abstraite, ou bien la nature particulière de l’humanité existante, considérée comme race surnaturelle.Il est fort possible que telle preuve, tendant à prouver la nécessité de quelque don ou secours surnaturel, qui s’appuyait primitivement les exigences de la nature humaine entendue dans le second sens, qui partait uniquement de la notion propre à l’humanité actuelle surnaturalisée, ait glissé peu à peu et à l’insu de ceux qui la faisaient valoir sur le terrain de la nature proprement sur 308 LA NOUVELLE-FRANCE dite, ait été étendue ensuite, soit à l’humanité possible, abstraite, soit à l’humanité terrestre et existante, supposée, à tort, dans quelque période de son existence, réduite à l’état de nature pure, ou purement déchue.Ainsi en est-il, croyons-nous, des preuves classiques formulées par saint Thomas, répétées après lui par tous les théologiens, adoptées et reproduites par le Concile du Vatican, qui ont pour but de montrer que l’homme a besoin d’une révélation divine, partant surnaturelle, s’étendant même à certaines vérités de l’ordre rationnel.Ces preuves nous semblent concerner l’humanité de fait, race surnaturelle, comme nous l’avons remarqué : sur ce terrain elles sont apodictiques.C’est à l’homme existant et non point à l’homme purement nature que'peuvent s’appliquer les paroles de saint Thomas : veritas deDeo.a cujus cognitione dependet tota hominis salus quæ inDeoest ', «la vérité sur Dieu de la connaissance de laquelle dépend totalement le salut de l’homme, qui est en Dieu.» Le mot de salus dans le langage théologique est le terme propre pour exprimer la béatitude surnaturelle à laquelle l’homme actuel est ordonné.Incontestablement l’homme existant, dont la fin est de vivre en société immédiate avec son Dieu, auquel, dans ce but, de vrais mystères sont manifestés dès la vie présente, et dont il a été dit : hœc est vita alterna ut cognoscant Deum verum.ne peut se passer de la connaissance de Dieu qui n’est pas totalement inaccessible à sa raison ; et comme s’il était laissé à ses seules forces naturelles,—veritas de Deo per rationcm investigata a paucis et per longum tempus et cum admixtione multorum errorum homini proveniret, ce sont les paroles de saint Thomas, «la vérité sur Dieu duo aux investigations de la raison ne parviendrait qu’à un petit nombre d’hommes, après de longues recherches, et avec le mélange de beaucoup d’erreurs, »—ou en conclut légitimement à la nécessité morale, même de ce chef, d’une révélation.Ut igitur 1 — 1" q.1 art.1. QUESTIONS D’APOLOGÉTIQUE 309 salus hominibus et convenientius et certius proveniret, necessa-riumfu.it quod de divinis per divinam revelationem instrueretur, «pour rendre aux hommes le salut plus commode et plus assuré il fut nécessaire qu’une révélation divine vînt les instruire des choses divines.» Il s’agit toujours du salut proprement dit.Il semble bien évident que saint Thomas parle uniquement de l’homme appelé à la béatitude de la vision divine.Quant à l’homme nature, dans l’hypothèse de son existence, au cas vraisemblable où ses ressources pour atteindre au vrai ne l’emporteraient point sur celles de l’humanité présente, comme il aurait Dieu pour fin dernière en un sens bien différent de celui qu’éveillent ces expressions en notre esprit habitué aux idées surnaturelles, et d’une manière dont la claire notion nous échappe, ne peut-on pas supposer qu’une longue et assez générale ignorance de la veritas de Deo, et l’alliage de nombreuses erreurs à la faible connaissance qu’il finirait par en acquérir, n’auraient pas pour lui les mêmes inconvénients que pour notre race, ne seraient pas en contradiction avec son état et ses relations vis-à-vis du Créateur ?L’état de nature pure, si le fait surnaturel tel qu’il est compris par le catholicisme est une réalité, l’état de nature pure dans l’humanité ne peut être pour nous qu’une sorte d’énigme sur laquelle nous n’avons guère que des conjectures à hasarder.Il manque à nos déductions tirées de l’analogie la confirmation de l’expérience, et nous sommes toujours exposés à voir cet état hypothétique à travers nos conceptions de l’état où nous sommes.(À suivre.) Alex.Mercier, O.P. LE PREMIER PRÊTRE ACADIEN l’abbé josepii-mathurin bourg I Joseph-Mathurin Bourg naquit à la Rivière-aux-Canards, paroisse Saint-Joseph, le 9 juin 1744, de Michel Bourg et d’Anne Hébert.Il était petit-fils d’Alexandre Bourg, notaire royal aux Mines, mort à Richihouctou eu 1760.Cet Alexandre descendait lui-même de l’un des compagnons d’Aulnay et peut-être de Razilly, venus en Acadie, à Port-Royal, en 1632, dans le but de relever cette place et de la fortifier contre les invasions des Anglais de la Nouvelle-Angleterre.C’est sous l’administration de M.de Razilly que les familles européennes commencèrent à émigrer vers l’Acadie.Elles formèrent ce petit noyau devenu, dans la suite, malgré la persécution, les désastres et la déportation, la grande, l’énergique famille acadienne actuelle.Chacun des compagnons d’Aulnay et de Razilly fit souche ; c’est à eux qu’il faut remonter pour trouver l’origine du peuple acadien.La Rivière-aux-Canards, aux Mines, fut fondée par des colons venus de Port-Royal en 1680.Pierre Melanson et Pierre Terriau étaient à leur tête.Il est probable que l’ancêtre de l’abbé Bourg était du nombre de ces vaillants colons.Ce sont eux qui ouvrirent à la colonisation cette riche région devenue, par la suite, le centre acadien le plus populeux, le plus riche, le plus prospère.Lors de la naissance de l’abbé Bourg, l’avenir était sombre, plein d’incertitude.Chaque jour, les Anglais suscitaient Acadiens de nouvelles tracasseries.Devenus maîtres de Port-Royal et de toute l’ancienne Acadie, les Anglais exigeaient cesse le renouvellement du serment d’allégeance à la Couronne aux sans LE PREMIER PRÊTRE ACADIEN 31 i «l’Angleterre : et chaque fois, les Acadiens protestaient énergiquement quand ce serment contenait des outrages à leur foi, des conditions contraires aux privilèges concédés par la reine Anne touchant le libre exercice de leur religion, la liberté pour eux de s’en aller, avec leurs biens meubles, dans le pays de leur choix.Trompé parles astucieux agissements de l’ennemi, les Acadiens vivaient dans une fausse sécurité.Mais un jour, le gouverneur Lawrence, d’ignoble mémoire, s’étant concerté avec ses satellites, exécuta ce coup de main horrible et sans précédent dans l’histoire des nations : la déportation en masse de tout le peuple acadien.Michel Bourg 1, père de l’abbé Bourg, avait pu échapper à la déportation eu se réfugiant, avec un grand nombre d’autres Acadiens, à l’île Saint-Jean où il se crut à l’abri des Anglais.Mais en 1758, tous furent pris par un ennemi acharné contre ce peuple malheureux.On les entassa dans des navires dont quelques-uns n’arrivèrent jamais à destination.Celui qui portait la famille de Michel Bourg fut assez heureux pour atteindre les côtes du nord de la France, où les épaves de ce pauvre peuple furent recueillies et établies à Saint-Malo, à Belle-Be-en-Mer, sur le littoral de la Bretagne, et ailleurs, grâce aux soins de l’abbé de l’Isle-Bieu, vicaire général de l’évêque de Québec, résidant à Paris, et du célèbre abbé LeLoutre, ancien missionnaire en Acadie, victime, lui aussi, de la persécution de l’Anglais.L’abbé de l’Isle-Dieu, qui s’intéressait tant à l’église du Canada, et qui avait réussi à établir soixante-dix-huit familles canadiennes dans le seul diocèse de Vannes, sut distinguer parmi ces réfugiés quatre enfants dont les talents remarquables et la tendre piété faisaient présager déjà des sujets précieux pour le clergé de Québec.Ces quatre jeunes gens étaient : Jean Bro et Joseph Mathurin Bourg, nés à la Rivière-aux-Canards ; Pierre Bourg et Isaac Hébert, nés aux Mines, paroisse de Copequid.1 — D’après H.P.P.Gaudet. 312 LA NOUVELLE-FRANCE Les prenant sous sa protection, il leur fit faire leurs humanités au petit séminaire de Saint-Malo et entretint une correspondance suivie à leur sujet avec le cardinal préfet de la Propagande à Rome, dans le but de les faire adopter par cette Congrégation.Puis, lorsqu’ils eurent terminé leurs études philosophiques et théologiques, il réussit à faire agréer les deux premiers par l’évêque de Québec qui les fit venir au Canada en 1772.L’abbé Bro s’employa, après son ordination, à recueillir ses compatriotes exilés dans la Nouvelle-Angleterre et à les fixer sur des terres généreusement concédées par les Messieurs de Saint-Sulpiee à Montréal et ailleurs dans le même district.Ils y formèrent plusieurs paroisses où sont encore leurs descendants.L'abbé Jean Bro décéda à Saint-Jacques de l’Achigan, le 12 janvier 1824, âgé de quatre-vingts ans et demi.Il fut inhumé dans cette paroisse dont il avait été curé de 1796 à 1814.II L’abbé Bourg fut ordonné à Montréal en septembre 1772, par Mgl Briand, évêque de Québec.Ce fut le premier prêtre acadien.Après un an de vicariat il fut chargé, en 1773, des missions de l’Acadie, y compris la Gaspésie et la baie des Chaleurs.Il devait faire sa résidence à Tracadièche (aujourd’hui Carleton, baie des Chaleurs).Il arriva à Tracadièche en septembre 1773, chargé par son évêque de parcourir toute l’Acadie, d’y relever le courage des pauvres Acadiens qui, après la tempête, revenaient au pays à travers les bois, au prix des plus rudes épreuves.Presque chaque jour, durant ce douloureux voyage, ces malheureux voyaient diminuer leur nombre par suite de la fatigue et des inénarrables souffrances de la faim.Mais revoir leur patrie, objet du culte de leur cœur !.Ceux qui l’atteignirent se fixèrent dans des régions encore inexplorées où ils fondèrent des établissements nouveaux. 313 LE PREMIER PRÊTRE ACADIEN Au nom de l’évêque de Québec, qui leur portait un vif intérêt, l’abbé Bourg promit qu’il s’efforcerait de leur procurer, le plus tôt possible, les secours religieux dont ils étaient privés depuis si longtemps par les malheurs de la guerre.Son premier soin en arrivant à Tracadièche fut de s’aménager un logement dans la sacristie de la petite chapelle bâtie par le Père de la Brosse, célèbre missionnaire jésuite, qui fit deux missions en Gaspésie et à la baie des Chaleurs, l’une en 1771 et l’autre en 1772.M.Bourg trouva en cet endroit un groupe de quarante familles acadiennes, formant une population de deux cents âmes, se livrant à la pêche et à la chasse, quelques-uns à la culture du Bol.Tracadièche 1, ainsi nommé par les sauvages, avait reçu ses premiers habitants vers 1755.Sept familles acadiennes, après mille dangers, réussirent à échapper à la fureur des Anglais.Parties de Beaubassin, elles se réfugièrent dans les bois, emportant les objets les plus indispensables i\ la vie.Elles s’étalent enfuies dès la première annonce du danger qui les menaçait, et elles furent assez heureuses pour atteindre la baie Verte sans être inquiétées.Ces sept familles étaient celles de François Comeau, Charles Dugas, Benjamin LeBlanc, Joseph LeBlanc, Claude Landry, Raymond LeBlanc et J.-Blu LeBlanc.Après avoir erré durant quelque temps sans oser se fixer, par la crainte des Anglais, ces familles arrivèrent à la baie des Chaleurs qu’elles traversèrent, pour s’arrêter enfin à une petite presqu’île, ou plutôt un barrage (désigné par les habitants de ces contrées sous le nom de barachois), le barrage de Tracadièche.Ce barrage est formé par un banc de sable de près de deux milles de long, joignant la terre ferme à l’est à un cap qui s’avance à un mille dans le golfe, fermé à l’ouest par un autre banc de 1___Tracadièche signifie : Endroit où il y a beaucoup de hérons. 314 LA NOUVELLE - FRANCE sable qui court de la terre ferme nord et sud jusqu’à plus d’un mille au large, ne laissant qu’un goulet étroit et profond pour la décharge de ce vaste étang au reflux de la marée.Ces deux bancs, se rencontrant—sauf le goulet—presque à angle droit, étaient alors couverts d’épaisses forêts offrant une retraite sure.Aussi les malheureux exilés établirent-ils leur campement dans une petite île, boisée également, qui se trouve au centre du barrage.Ils y passèrent l’hiver de 1756, vivant de la chasse.Trois ou quatre d’entre eux moururent et y furent enterrés.Ce furent là les fondateurs de la belle paroisse actuelle de Carleton.Quelques temps après, ils y furent rejoints par d’autres familles acadiennes qui étaient venues se mettre sous la protection du fort de Ristigoucheet de la flotte française commandée par M.de Dan-jac, qui fut détruite par les Anglais dans un combat naval, peu après la prise de Québec.M.Bourg passa l’hiver de 1773-1774 auprès de ses ouailles de la baie des Chaleurs, et alla faire une mission chez les sauvages de Ristigouchc dont il apprit à fond la langue en peu de temps.A peine le printemps de 1774 s’annonçait-il que M.Bourg partait pour les lointaines missions de l’Acadie.Il tardait à son cœur d’apôtre et d’Acadien de revoir, après les épreuves de la dispersion dont il était une des victimes, le sol natal resté si cher à son âme.Accompagné de deux sauvages, il se dirigea à travers la forêt sur la rivière Saint-Jean, passant par la Madawaska.Il y trouva un grand nombre de sauvages et quelques établissements nouveaux formés par les Acadiens revenus des côtes de la Nouvel le-Angleterre où la persécution les avait jetés.M.Bourg resta plusieursjours sur la rivière Saint-Jean, donnant la mission à tous les postes français et sauvages.Qu’ils furent heureux ces pauvres Acadiens de voir au milieu d’eux un prêtre de leur race, comme eux victime de la barbarie anglaise, comme eux attaché à sa foi ! Cette fidélitité même 315 LE PREMIER PRÊRTE ACADIEN n’avait-ellc pas été la cause principale de leurs malheurs?Quel fut leur bonheur d’entendre la parole de Dieu dont ils avaient été privés si longtemps et dont ils étaient si avides ; de recevoir les secours religieux dont ils avaient si grand besoin dans leur profonde détresse ! Mais combien pénibles étaient ces missions pour le missionnaire ! A chaque petit bourg, à chaque station même, au milieu d’un petit groupe de familles, quelquefois dans la misérable cabane d’un pêcheur au bord de la mer, ou au fond des forêts sous la tente d’un sauvage, il fallait dresser un autel, consacrer les mariages par les bénédictions de l’Eglise —mariages souvent contractés déjà devant un notable de la place ou le chef du campement —, suppléer aux cérémonies du baptême, catéchiser les enfants, donner la première communion, enfin couronner la mission par une retraite de deux ou trois jours et confesser tout le monde ; car tous accouraient à la mission et la suivaient religieusement.Et après s’être réconciliés avec leur Dieu, ils s’en retournaient, plus forts contre les épreuves à venir, consolés de leurs souffrances actuelles.A la nouvelle de la venue du missionnaire, on s’empressait de se rendre à l’habitation la plus vaste qui lui servait alors de chapelle et de résidence.Des familles entières faisaient cinq à six lieues et quelquefois davantage, par des chemins difficiles, à travers la forêt, ou en barques conduites par de vigoureux jeunes gens.On campait autour de l’habitation du missionnaire.On y restait tout le temps de son séjour, tant on était heureux de sa présence, désireux de la parole de Dieu et des secours de la religion.Avec la piété et le recueillement des chrétiens des temps apostoliques, on assistait à tous les offices qui duraient presque des journées entières.Spectacle singulièrement émouvant, s’écrie M.Rameau de St-Père, que celui de cette affluence agreste et enthousiaste autour de ce visiteur étrange, isolé, presque misérable I Quand il survenait à travers les bois, accompagné d’un ou deux sauvages, sa simplicité, son dénûment même n’étaient pas sans 316 LA NOUVELLE - FRANCE grandeur.Mais on comprend difficilement comment un homme pouvait suffire à une telle besogne.Les stations étaient plus fatigantes encore que les parcours ; il faut réellement que dans ces réunions où se reflétait tant de puissance morale, les missionnaires aient puisé des joies intérieures et des consolations religieuses qui seules pouvaient compenser les fatigues et l’épuisement du corps.Après un assez long séjour consacré aux missions de la rivière Saint-Jean, il visita ie fort Quanabéquéchis \ où il fit plusieurs baptêmes et un mariage ; puis il continua sa route en visitant tous les postes français.Il fit une mission de quelques jours à Petitcoudiac et à Memramcook.De là il ee rendit au village de la baie Sainte-Marie, N.-E., créé récemment par les proscrits de 1755 revenus dans leur patrie.M.Bourg y demeura quelques semaines.Il y baptisa un grand nombre d’enfants, et même d’adultes de quatorze et seize ans qui, faute de prêtres, n’avaient pas encore reçu la grâce du baptême.Il continua dès lors droit sur Halifax.Au retour, il visita Cocagne et y passa quelque temps.Il y fit plusieurs baptêmes, bénit les fosses de ceux qui étaient morts durant l’absence du missionnaire et consacra des mariages.Il donna ensuite une mission à Miramichi où se trouvait un groupe considérable d’Acadiens et un grand nombre de sauvages ; puis, se rendit à Miscou et finit sa tournée par Caraquet pour de là rentrer à Tracadièche, lieu de sa résidence.Il fit à l’évêque de Québec un rapport du succès de cette première mission si fructueuse pour le salut des âmes de ces pauvres Acadiens si longtemps abandonnés.Mgr Hubert, alors évêque de Québec, en fut si satisfait, qu’il conféra à M.Bourg les litres et la juridiction de grand-vicaire pour toute l’Acadie et autres missions, tant en Gaspésie que sur 1 — On écrit Kennebecasis.Ce fort est situé à environ 15 milles de Saint-Jean, N.-B., et s’appelle maintenant French Village (Rev.W.-O.Raymond). LE PREMIER PRÊTRE ACADIEN 317 les deux rives de la baie des Chaleurs.Eu lui octroyant ces pouvoirs, MEr Hubert s’exprima ainsi : Le zèle qui vous fit abandonner l’Europe pour vous sacrifier au salut de vos frères, plus chers à votre cœur par les sentiments de la religion que par ceux de la nature, ne trouve point d’obstacles insurmontables dès qu'il s’agit de gagner des âmes à Jésus-Christ.La difficulté des chemins, la mauvaise humeur des peuples, que nous ne vous avons pas laissé ignorer et qui ne vous a pas épouvanté, l’incertitude du succès, rien de tout cela ne ralentit votre zèle ; à toutes ces représentations quo notre affection autant que notre devoir nous obligeait de vous faire, vous ne nous avez donné que des réponses dignes d’un ministre de Jésus-Christ.» Je ne suis venu, avez vous dit, que pour les âmes abandonnées de secours.• De si beaux sentiments ne pouvaient que nous plaire infiniment; ils ont en effet pénétré jusqu’au tendre et au plus intime de notre cœur.Et pour entrer dans toutes vos saintes et pieuses intentions, seconder votre piété et votre esprit apostolique, nous vous avons revêtu et vous revêtons, par les présentes, de tous nos pouvoirs.Durant les trois années qui suivirent, M.Bourg visita la Gas-pésie et la baie des Chaleurs jusqu’à Miscou.Il faut remarquer qu’il était le seul missionnaire eu ces parages, et qu’il avait plus de quatre cents lieues à parcourir par terre et par mer.(A suivre).L’abbé E.-P.Chouinard, Curé de Saint-Paul de la Croix. L’ANARCHIE GRAMMATICALE EF LITTÉRAIRE ( Suite ) 1828 marque le second stade de notre grand poète : il mue.A plusieurs reprises il revient sur l’influence des révolutions sur la littérature, qui doit les refléter, pour y applaudir, ou pour en combattre les erreurs et en flétrir les excès.Cette influence il la subit à son tour, pour son malheur.Les dernières années de la Restauration furent orageuses : 1830 se préparait dans l’ombre.La révolution grondait déjà dans son âme avant d’éclater dans ses œuvres.Les orientales, qui portaient encore la marque du maître, semblent être une transition dans l’évolution de son génie Le grand retentissement qui les accompagna ne les sauva pas de la critique.Leur défense fut l’occasion d’une nouvelle déclaration de principes : Hors de là la critique n'a pas de raison à demander ; le poète n’a pas de compte à rendre.L’art n’a que faire des lisières, des menottes, des baillons ; il vous dit : Va, et il vous lâche dans ce grand jardin de poésie où il n’y a pas de fruit défendu.L’espace et le temps sont au poète.Que le poète donc aille ou il veut en faisant ce qui lui plaît : c’est la loi.Et ailleurs : » Les étranges caprices que vous avez là ! » A quoi il a toujours fermement répondu que ces caprices étaient ses caprices ; qu’il ne savait pas en quoi étaient faites les limites de l’art ; que de géographie précise du monde intellectuel il n’eu connaissait pas, etc.Et encore : A quoi rime l’Orient?Il répondra qu’il n’en sait rien, que c’est une idée qui lui a pris, et qui lui a pris d’une façon assez ridicule, l'été passé, en allant voir coucher le soleil.1 1 — Préface des Orientales, 1829. l’ANARCHIE GRAMMATICALE ET LITTÉRAIRE 319 Ce sans-façon trahit un orgueil immense, qui désormais va s’étager comme la tour de Babel en menaçant le ciel ; frappé de la foudre, il ne se rendra pas, et il mourra dans son obstination.A cette date Victor Hugo esquissait un programme qui ferait présager l’avenir.Il tint parole.Désormais sa Muse devient une Némésis qui promène sa torche incendiaire à travers toutes les choses saintes qutl avait vénérées et chantées, la religion, la royauté et l’art.Cette entreprise sacrilège sera menée pendant cinquante ans sans défaillance, et plutôt avec une ardeur que les évènemeunts ne font qu’enflammer.No parlons ici que de l’art.Après avoir rédigé sa doctrine révolutionnaire en prose, il la mit en vers.Son « cheval, » qui dépasse de cent longueurs le Pégase fourbu des anciens, en est le symbole ébouriflié.Il n’est docile, il n’est propice Qu’à celui qui, la lyre en main, Le pousse dans le précipice Au delà de l'esprit humain.Sans patience et sans clémence Il laissa, en son vol effréné, Derrière sa ruade immense, Malebranehe désarçonné.Son flanc ruisselant d’étincelles Porte le reste du lien Qu’ont tâché de lui mettre aux ailes Despréaux et Quintilien '.Le cheval était fait pour le cavalier : tous les deux firent du chemin.S’adressant à son propre esprit, genio libri, il lui tient les propos suivants : 0 toi qui dans mon âme vibres, 0 mon cher Esprit familier, Les espaces sont clairs et libres ; J’y consens, défais ton collier.1 — Chansons des mes et des bois. 320 LA NOUVELLE - FRANCE Trouble La Harpe, ce coq d’Inde, Et Boileau dans leurs sanhédrins, Saccage tout, jonche le Pinde De césures d’alexandrins Le volume auquel j’emprunte ces citations parut en 1866.L’auteur avait passé la soixantaine, et son sang ne s’était pas refroidi.Plus jeune, il avait fait sa profession de foi avec le même enthousiasme sauvage.Il faut lire eu entier la pièce intitulée : Réponse à un acte d'accusation.Je n’en citerai que quelques vers : Oui de l'ancien régime ils ont fait tables rases, Et j’ai battu des mains, buveur du sang des phrases, Quand j’ai vu par la strophe écumante et disant Les choses dans un style énorme et rugissant L’art poétique pris au collet dans la rue ; Et quand j’ai vu, parmi la foule qui se rue, Pendre par tous les mots que le bon goût proscrit La lettre aristocrate à la lanterne esprit.Oui, je suis ce Danton.Je suis ce Robespierre -.On peut suivre dans la même pièce l’abattage de toutes les règles classiques sur la rime, le rythme, le mot, la périphrase, la strophe, la césure, la métrique en général.Le caprice, poussé aux dernières limites, y déploie ses audaces et ses défis dans des titres vaporeux, étranges, fantasques, cherchés, quand un point d’interrogation n’en tient pas lieu.La rivalité y sort de repoussoir au sublime, et des mots qui n’ont pas cours en bonne compagnie sont sertis comme des perles dans des vers admirables.Les mots y sont coupés en deux, la première syllabe rime à la fin du vers, la seconde rejetée au vers suivant.L’orgueil du poète outrage la tradition et les gloires les plus pures.Escomptant l’avenir, sûr de son règne, le sublime égaré chante son triomphe dont il jouit d’avance : scs œuvres en prose et eu vers, ses romans, 1 — Ibidem.2—Les Contemplations. l’anarchie grammaticale et littéraire 321 son théâtre portent l’empreinte de sa mentalité.Il ne respecte rien, ni la religion, ni la morale, ni la pudeur, ni les femmes dont il adore l’écorce, ni le prêtre, ni le moine, ni le chevalier, quoiqu’il appelle le moyen-âge « un océan de poésie, » ni l’histoire, ni les souvenirs de la vieille patrie française.On peut glaner dans ses poésies des vers qui contredisent ses assertions sans les détruire.Il ne varia qu’une fois, mais ce fut pour tout de bon.La seconde moitié de son existence orageuse, et la plus longue, est d’une seule pièce.Si l’unité était le critérium de la grandeur dans tout ordre de choses, il faudrait accorder à cet homme la grandeur sinistre du mal.Cependant à travers les ruines qu’il a amoncelées, dans ces compositions d’une architecture confuse, que de beautés de premier ordre, quelle fécondité de conceptions, même quand elles sont bizarres, quelle variété de tons, qui épuisent la gamme humaine, que de pensées délicates, quels délicieux passages, quelle richesse de couleurs, quelles fraîches peintures, que de mots heureux, que de vers bien frappés, sonores comme l’airain ! Quand ce Titan redevient père, quand il quitte le forum pour le foyer, quand il caresse ses petits-enfants, quels accents il trouve dans son âme pour dire qu’il les aime ! Comme il pleure sur les tombeaux ; l’amour et la douleur lui rendent l’espérance ; il regarde le ciel qu’il narguait la veille ; il invoque un Dieu auquel il avait cessé de croire.Etrange organisation, faite d’ombre et de lumière, de haine et d’amour, d’ascensions radieuses et de chutes lamentables, ange et démon, qui fascine et qui repousse, qui provoque l’enthousiasme et l’horreur, presque le mépris, malgré tout étonnant par la puissance des facultés dont il abusa.Mais il a laissé après lui, avec la gloire qu’il a conquise, la révolution dans l’art.L’école romantique dont Victor Hugo est le chef le plus illustre, et qui marque peut-être une étape vers la décadence de notre 21 322 LA NOUVELLE - FRANCE langue, restera une date dans l’histoire de la littérature française.Ses excès sont rachetés par des œuvres d’une incontestable beauté.C’est ce mélange de grandeur et de misère qui explique pourquoi elle a des partisans résolus et des détracteurs irréconciliables.Des critiques autorisés et peu suspects de complaisance reconnaissent loyalement les magnificences que contiennent les poèmes de Victor Hugo et de ceux qui l’ont suivi.Ces magnificences semblent être une objection contre la vieille esthétique dont ils restent les avocats.Ils ont répondu que lorsque les romantiques présentent des compositions qui s’imposent à l’admiration dis bons juges, ils ne sont pas romantiques: ils sont classiques.Une étude détaillée des œuvres de Victor Hugo démontrerait cette thèse jusqu’à l’évidence.Les odes et ballades sont des œuvres classiques ou néo-classiques, à la manière de Chateaubriand ; dans ses autres compositions, les meilleurs morceaux ont ce caractère.Mais à notre époque on ne sait pas s’arrêter.Le romantisme fit du bruit pendant quarante ans, et a laissé dans notre littérature une empreinte qui ne s’est pas effacée.Pour le dire en passant, cette empreinte est plus profonde dans la poésie que dans la prose.La prose a une gravité naturelle, qui contient les écrivains dans les règles du style ; elle est d’ailleurs employée pour des sujets sérieux où l’idée occupe plus de place que la forme.S’il faut ici faire une exception, c’est pour le roman genre idéaliste ou plutôt fantaisiste, qui jette les écrivains en dehors de la réalité, à moins qu’il ne soit réaliste, et provoque des frais d’imagination et de sentimentalité, quelquefois aux dépens des règles de l’art.Autour de Victor Hugo, Lamartine, Musset, Alfred de V’gny> Delavigne, et les nombreux prosateurs que l’on sait, fondirent dans leur genre le classicisme et le romantisme, empruntant aux deux esthétiques ce qu’elles avaient de bon ; sans égaler le maître, resté hors de pair, par la puissance de la conception, la richesse et la splendeur du jet, ils furent plus français que lui.Louis Veuillot, qui s’y entendait, a dit de Musset : « C’est le plus français de tous.» l’anarchie grammaticale et littéraire 323 Quand cette pléiade, qui avait illustré le XIXe siècle, disparut delà scène, les Parnassiens parurent.Je confesse ne pas comprendre entièrement comment ils se distinguent des classiques romantiques, ni par quels traits ils justifient leur prétention d’être une école : je vois un mot nouveau pour dire une chose qui n’est pas neuve.Lecomte de Lille, Thieuret, Sully-Prudhomme, de Hérédia, do Burnier, Rostan ont chacun leur petite caractéristique ; tous ont fait leurs preuves, et conquis leur place dans l’opinion et à l’Académie qui en est l’interprète.Ils n’ont pas créé un genre, et il faut les en féliciter : éviter l’imitation servile, qui étouffe le génie et les extravagances de l’originalité qui n’enfante que des monstres, c’est entre ces deux extrêmes qu’il faut rester.(à suivre).P.At, Prêtre du Sacré-Cœur. AU PAYS DU SPHINX Les souvenirs du Sphinx (Suite et jin) LE SPHINX Après avoir subi tour à tour le joug de la Perse et de la Grèce, l'Egypte était tombée sous la domination romaine, et l’empereur Auguste en était devenu le pharaon.Les yeux toujours fixés sur l’Orient, je vois venir un jour, par ce même chemin du désert arabique qu’Abraham, Jacob et Moïse avaient suivi, un voyageur appuyé sur un long bâton, et conduisant un âne qui portait une jeune femme tenant son enfant dans ses bras.Il me rappela Moïse venant de la terre de Madian.Car c’est sous le même aspect de pauvreté et d’impuissance que j’avais vu rentrer dans son pays natal le grand Libérateur d’Israël.MOI Et qui étaient ces humbles émigrants ?LE SPHINX Je l’ignorais.Mais je ne sais quel vague pressentiment m’avertit qu’ils étaient de nouveaux envoyés de Jéhovah, venant de la terre d’Israël.MOI Quelque signe précurseur avait-il attiré votre attention auparavant ?LE SPHINX Oui.Dans ma veille de la nuit précédente, j’avais remarqué dans le firmament, du côté de l’Orient, une nouvelle étoile, très brillante, qui s’approchait lentement, dans la direction d’Hélio- 325 AU PAYS DU SPHINX polis ; et je m’étais dit que ce nouvel astre annonçait peut-être l’arrivée de quelque personnage extraordinaire.Or, le lendemain, j’appris qu’un fait prodigieux s’était accompli à Héliopolis.Les trois cent soixante-cinq idoles, représentant les 365 jours de l’année solaire, qui décoraient le somptueux temple du Soleil avaient été soudainement renversées et brisées, sans qu’on eût constaté aucune secousse de tremblement de terre.Les prêtres du Soleil épouvantés s’étaient précipités hors du temple, et ils avaient vainement cherché la cause du phénomène 1 Héliopolis était alors une ville presque déserte ; et ils n’avaient vu passer auprès du temple que les humbles voyageurs que j’avais moi-même aperçus.MOI Les avez vous revus bientôt après?LE SPHINX Pendant deux ans, je n’entendis plus parler d’eux.Mais, un soir d’orage, je les vis arriver au pied du rocher qui me sert de couche 2.Ils paraissaient venir de Memphis, et avoir l’intention de traverser le Nil.C’était à l’époque de la crue des eaux, et le Khamsyn faisait rage.La pauvre famille n’aurait pu trouver un logement dans ce lieu désert que j’habite, et elle se servit de moi pour s’abriter.Grâce aux monceaux de sable qui m’entouraient, la jeune femme put grimper jusqu’à mon poitrail, eu tenant par la main son enfant, qui avait alors deux ans, et qui marchait très lestement.Tous les deux se couchèrent à demi entre mes pattes, et mon large menton les couvrit comme un toit et les protégea contre la pluie.L’homme se dépouilla de son manteau, et les enveloppa avec 1 — Ce fait n’a d’autre origine qu’une ancienne tradition, qu’on trouve dans quelques écrits des saints Pères et dans les vieux livres coptes.2 — Cette visite de la sainte Famille au Sphinx est légendaire. 326 LA NOUVELLE - FRANCE le plus grand soin.Puis il descendit auprès de son âne, resté au pied du rocher.Du bout de son bâton il fit uu trou dans le sable, et il en jaillit une source d’eau vive.Il en puisa dans un vase et la porta à la jeune mère et à l’enfant, avec du pain et quelques fruits, pendant que l’âne s’abreuvait lui-même, et cherchait quelques herbes à manger.L’homme passa la nuit debout, faisant la garde.Mais moi aussi je veillais, et j’avais, cette nuit-là, de graves raisons de ne pas dormir.Jusque dans les profondeurs de mon être de pierre je sentais des tressaillements jusqu’alors inconnus.Le contact de l’enfant me donnait comme des chocs électriques, et ses yeux lançaient des éclairs qui faisaient pâlir l’auréole de son front.J’aurais voulu lui parler, mais je n’osais.Son regard me ravissait et m’effrayait en même temps.Tout à coup sa voix douce me dit : — Qui donc es-tu, grand Sphinx ?— Je suis, répondis-je en tremblant, le symbole du Soleil-Levant.— Et qui est le Soleil-Levant ?Le connais-tu ?— Hélas ! non ; je connais bien l’astre que je vois se lever chaque matin.Mais je sais que tous les peuples en attendent un autre qui sera le vrai Soleil-Levant, et qui éclairera les intelligences et les âmes.Il y a trois mille ans que je guette son lever sur le monde, et deux fois j’ai cru à sa venue.Mais je me suis trompé.Joseph et Moïse étaient bien les hommes les plus extraordinaires que l’Egypte et le monde aient connus.Mais ils n’ont pas dissipé la nuit qui enveloppe l’humanité.— Eh bien ! grand Sphinx, tu pourras dire enfin que tu l’as vu lever Celui dont tu crois être le symbole.Car son jour est venu, et bientôt sa lumière illuminera le monde des âmes.Abraham et Jacob sont mes ancêtres.Joseph et Moïse ont été mes précurseurs.La Loi ancienne que Moïse a donnée au monde 327 AU PAYS DU SPHINX venait de Dieu.Mais j’apporte la Loi nouvelle, et je viens rétablir sur la terre le règne de Dieu et sa Justice.— Ces paroles me jetèrent dans la stupéfaction, et je m’écriai : Mais toi, prodigieux enfant, qui donc es-tu ?— Je suis le Verbe.— Le Verbe?— Oui, le Verbe, la Parole qui a tout créé.Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.— La Vie ?— Oui, la Vio et la Résurrection.— Pendant mes trente siècles d’existence je n’ai jamais entendu être humain prononcer de telles paroles.ISPest-tu donc pas un enfant des hommes?Et cette femme n’est-elle pas ta mère?— Oui, cette femme est ma mère.Mais mon père est aux cieux.Il est Dieu, et je suis semblable à Lui.— Je suis l’Homme-Dieu, et les hommes me nommeront Jésus, le Christ.— Je n’interrogeai plus, et je restai plongé dans un étonnement qui me rendit muet.L’enfant s’endormit alors dans les bras de sa mère.MOI Vous en saviez assez, ô Sphinx.Mais, plus tard, avez-vous appris quelque chose sur le compte de cet enfant ?LE SPHINX Oui, certes.Quelques années s'étalent à peine écoulées qu’on ne parlait plus que de Jésus en Egypte.Le bruit de ses miracles, de ses discours qui étaient d’autres miracles, de sa mort tragique et de sa résurrection arriva jusqu’à mes oreilles ; et bientôt je vis venir Marc et quelques autres de ses disciples parcourir la vallée du Nil, et prêcher l’Evangile de Jésus-Christ.La nouvelle religion se propagea dans tout le Delta avec une grande rapidité.Les solitudes du désert se peuplèrent d’anachorètes.Des temples chrétiens s’élevèrent partout ; et l’Egypte compta bientôt dans ses thébaïdes environ 200,000 moines. 328 LA NOUVELLE - FRANCE MOI Vous avez dû être convaincu que vous aviez vu, cette fois, le vrai Soleil-Levant, dont vous êtes le symbole, et vous n’en attendez pas d’autre ?LE SPHINX Non, mais j’attends son retour.Puisqu’il s’est proclamé la Résurrection et la Vie, il faut bien qu’il revienne rendre la vie aux innombrables victimes de la mort.Souvenez-vous que je suis le Veilleur du plus vaste et du plus ancien cimetière du monde.Ces longues collines, que vous avez sous les yeux, et qui s’étendent de Grizeh à Memphis, sont pleines de tombeaux, et tous ces morts attendent avec moi qu’une aurore nouvelle vienne dissiper leur nuit.Il faut donc que le Soleil-Levant reparaisse un jour à l’horizon terrestre, et réveille ces multitudes endormies.Alors seulement ma veille sera terminée, et je retomberai dans la poussière d’où j’ai été tiré.Car je suis un corps sans âme, et malgré mon existence tant de fois séculaire je n’ai rien d’immortel en moi.MOI Et quand s’accomplira ce nouvel avènement?LE SPHINX Allahou Alcan ! MOI Que veulent dire ces mots ?Je ne sais pas l’arabe.LE SPHINX Cela veut dire : « Dieu est plus savant ! » J’ai vu et je vois bien des choses ; mais je ne vois pas demain.Je veille, je regarde, j’écoute ; mais je ne connais que le présent.Et.je ne parle jamais—excepté au vrai Soleil-Levant.et A, ceux qui rêvent. 329 AU PAYS DU SPHINX Cette dernière parole m’éveilla de mon sommeil hypnotique.Je me tirai des pattes du sphinx, et je repris la route du Caire.Le lendemain, j’allai visiter Matarieh, qui, d’après la tradition la plus constante et la plus ancienne, aurait été le séjour de la sainte Famille en Egypte.C’est un petit village arabe à 7 ou 8 milles au nord-ouest du Caire tout près des ruines d’Héliopolis.Je n’avais pas de guide, et je ne savais quelle direction prendre, une fois arrivé au village.Mais je n’eus qu’à demander au premier petit arabe que je rencontrai : Sitti Mariam (Madame Marie) ?Et il m’indiqua complaisamment l’endroit que je cherchais.Après cinq minutes de marche, j’arrivai au célèbre lieu de pèlerinage que tant de voyageurs chrétiens ont visité depuis des siècles.J’y reconnus les objets vénérés que les pèlerins des XIIIe, XIVe et XVe siècles ont décrits dans leurs récits : le jardin de Baume, l’arbre de la Vierge, qui s’ouvrit, dit-on, pour faire un abri à la Mère de Dieu, et la Sakyeh, ou source qui jaillit miraculeusement du sol pour abreuver la sainte Famille.Le terrain appartient au Khédive, et les Jésuites qui ont bâti tout à côté une petite chupelle, lui ont proposé de l’acheter.Lui-même serait bien disposé à le leur vendre.Mais les Arabes s’y opposent ; car ils ont en grande vénération ce petit coin de terre qu’ils croient eux-mêmes avoir été habité par la Vierge et l’enfant Jésus.L’arbre de la Vierge est un sycomore, ou figuier de Pharaon, vieux de plusieurs siècles et de proportions énormes.Il serait le rejeton de celui qui abrita la sainte Vierge ; et son tronc cave forme une espèce de niche.Voici comment le décrit en prose rimée un pèlerin de 1487 : “ Là fut montré un grand figuier large et spacieux Et bien semblait qu’il était vieux.Le tronc avait grant concavure Où fut logée la Vierge pure 330 LA NOUVELLE - FRANCE Avec Jésus ; car quand logis Joseph ne put trouver En ce lieu voulut reposer Près du figuier lequel s’ouvrit Par tel prouût Que logis fit Au Créateur Et à sa mère.Noble repaire, Et de valeur 1 ” 1 A quelle époque remonte l’arbre actuel ?On ne le sait pas exactement ; mais ou peut penser que les racines (le l’arbre primitif n’ont pas péri, et que celui d’aujourd’hui est un rejeton de l’ancienne souche.Ce qui est certain, c’est que les manuscrits les plus anciens, s'appuyant sur une tradition séculaire, et même l’évangile apocryphe de « L’Enfance du Sauveur, » qui fut écrit dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, font mention de cet arbre vénéré.Jean Wessling, protestant, et le docteur Sepp croient qu’il était en vénération dès le second siècle.Je jardin du Baume n’a plus de baumiers; mais les pèlerins du XVe siècle en comptèrent environ cinq cents.Quelle fut L'origine de ces arbustes?Elle est entourée de légendes, et la croyance générale était jadis qu’il fallait les arroser avec l’eau de la fontaine miraculeuse pour leur faire produire du baume.Quant à la source elle-même, le miracle de son origine est affirmée par des écrivains de la plus haute antiquité, et par la plus constante tradition.Le R.P.Julien cite les anciens livres liturgiques des Coptes, le Synaxaire, le Dipnarion et l’évangile apocryphe de «l’Enfance du Sauveur.» Les musulmans, les Coptes et les Grecs schismatiques vénèrent cette source aussi bien que les chrétiens.1—.J’extrais ce naïf récit d’une broeliurc publiée pur le R.P.Julien, du collège des Jésuites, au Caire, sur le voyage de la Sainte-Famille en Egypte.J’y ai trouvé les renseignements qui suivent, et j’ai acquis en la lisant la conviction que c’est bien à Matarieli que la sainte Famille add séjourner en Egypte. 331 AU PAYS DU SPHINX L’eau en est douce et pure, et l’on s’étonne qu’elle ne soit pas salée comme celles des sakiehs voisines.En définitive, il nous paraît bien démontré que Matarieh fut le séjour de la sainte Famille pendant son exil en Egypte.Le voisinage d’Héliopolis semblait d’ailleurs bien choisi.La ville consacrée au culte du Soleil devait attirer Celui qui était le vrai Soleil de Justice.C’était le grand centre du culte des idoles que Jésus venait détruire.C’était la ville où le patriarche Joseph, figure du Christ, avait épousé la fille du grand-prêtre.C’était là que, selon la fable antique, le phénix se brûlait lui même sur l’autel du temple du Soleil, et renaissait trois jours après de ses cendres.C’était en même temps un centre scientifique, et Moïse y avait étudié les hautes sciences.Enfin, c’était avant l’exode d’Israël, une ville en grande partie juive, et l’on y parlait ’a langue de Chanaan.A l’époque où la sainte Famille y vint, près d’un million de Juifs habitaient encore l’Egypte, et se groupaient surtout aux environs d’Héliopolis.Joseph était doue sûr d’y rencontrer des compatriotes, et de s’y créer pendant son exil un genre de vie convenable pour la famille confiée à ses soins.Quelle maison habita-t-il à Matarieh ?Ce fut sans doute une humble construction en briques crues, ou en limon séché au soleil, comme sont encore toutes les maisons des fellahs égyptiens.La tradition veut encore que la sainte Famille ait habité quelque temps dans ce qu’on appelle aujourd’hui le vieux Caire, et qui s’appela d’abord Babylone.Mais il est probable qu’elle ne fit que s’y arrêter en passant.Il y a là, dans une antique église copte schismatique, une crypte très vénérée, que j’ai visitée, et qui réunit un grand nombre de témoignages attestant que la sainte Famille a sanctifié ce lieu.Quoi qu’il en soit, et selon toutes les probabilités, c’est à Matarieh que fut l’habitation de la sainte Famille ; et c’est un pèlerinage qui repose agréablement le voyageur, quand il a visité les ruines d’Héliopolis.A.-B.Routhier. IMMENSITÉS SIDÉRALES LE SOLEIL ET SON CORTÈGE APERÇU SOMMAIRE Par comparaison avec la stature humaine, le globe qui nous porte paraît immense.En faire le tour est un évènement dans la vie d’un homme.Et malgré la fréquence et la rapidité des communications singulièrement accrues depuis un demi-siècle, c’est déjà quelque chose, pour un grand nombre, d’avoir fait seulement la traversée de l’Atlantique.LA TERRE En fait, le diamètre moyen du sphéroïde terrestre n’est pas inférieur à 12,735 kilomètres ou 3,181 lieues, correspondant à un volume de 1,083,260 kilomètres cubes et à une surface de 510,082,000 kilomètres carrés.Le tour de ce globe immense, mesuré sur la ligne équatoriale, est de plus de 10 mille lieues 1.En imaginant un chemin de fer idéal parcourant dans son entier le cercle équatorial, un train rapide marchant sans interruption avec une vitesse de cent kilomètres à l’heure, mettrait à faire ce circuit, 109 jours, 18 heures et 57 minutes, soit tout près de 110 jours ou trois mois et trois semaines.Et cependant, que sont ces longueurs, ces distances, ces nombres, comparativement à ceux qui règlent les mouvements, l’équilibre, la stabilité do ce même sphéroïde au sein de l’immensité des espaces célestes ?1—Tous les chiffres donnés dans cette étude ont été établis d’après VAnnuaire du Bureau des Longitudes et I’Annuairb astronomique de la Société astronomique de France. LE SOLEIL ET SON CORTEGE 333 Le Soleil, ce globe de feu qui nous chauffe et nous éclaire, entretient la vie sur notre sphéroïde et le retient dans son cercle d’attraction.Et celui-ci pivotant sur lui-même d’occident en orient, en 24 heures et demie environ—ce qui implique que chaque point de l’équateur parcourt ses dix mille dix-neuf lieues et demie en cet espace de temps—exécute eu outre sa révolution autour de l’astre central en 365 jours et un quart, parcourant ainsi, dans ce mouvement de translation, un cercle, ou plutôt une ellipse sensiblement circulaire, de 936 millions de kilomètres (ou 234 millions de lieues) de circonférence, et entraînant dans sa course son satellite, la Lune, qui gravite autour d’elle.Cela représente une vitesse de 30 kilomètres par seconde de temps.Le rayon moyen de cette vaste orbite est, en nombre rond, de 1.0 millions de kilomètres ou 37 millions et demi de lieues.Telle est la distance qui nous sépare du Soleil.Que nous voilà loin déjà des 1,592 lieues du demi-diamètre ou rayon intérieur du sphéroïde et des six mille lieues de son équateur ! Il est vrai qu’il ne s’agit ici que d’une circonférence idéale, l’ellipse très voisine d’un cercle que décrit la Terre dans son mouvement de translation autour du Soleil.LE SOLEIL Et du Soleil lui-même, quelles sont les dimensions ?Le volume de la Terre tel que nous le connaissons (plus d’un million de kilomètres cubes) étant pris pour unité, le volume du Soleil est représenté par le nombre 1,283,720.Ce qui signifie que si, par la pensée abstraite, on réunissait 1,283,720 sphères de volume égal à celui de la sphère terrestre et qu’on les pétrît ensemble pour n’en plus former qu’une seule, celle-ci aurait un volume égal à celui du Soleil.Cela ne veut pas dire qu’il y ait, dans le Soleil, plus de douze cent mille fois autant de matière que dans notre planète.La masse de celle-ci, c’est-à-dire la quantité de matière qu’elle contient, étant prise pour unité, la masse du Soleil ne sera que de 334 LA NOUVELLE - FRANCE 324,439 fois plus considérable, ce qui ne laisse pas que d’être encore un assez joli chiffre.C’est que la densité de la matière solaire, c’est-à-dire la quantité de matière sous l’unité de volume, n’est guère que 25 p.cent de la densité moyenne de la Terre.Ainsi en comparant un mètre cube de matière supposée prise dans le Soleil avec un mètre cube de matière terrestre, le premier ne comprendrait que les 25 centièmes (exactement, 0.253) de la matière comprise dans le second.Cette dernière, comparée à l’eau, devient 5.50 comme densité, ce qui ramènerait la densité du Soleil relativement à celle de l’eau, au chiffre de 1.39.MERCURE, VÉNUS ET MARS ISToub parlions tout à l’heure du rayon de l’orbite terrestre dont la longueur moyenne est de 37,500,000 lieues.Mais tout le monde sait que la Terre est fort loin d’être la seule planète à se mouvoir autour du Soleil.Tout près de l’astre central —relativement, s’entend — c’est-à-dire à 58 millions de kilomètres ou 14,500,000 lieues, se meut autour de lui en 88 jours la planète Mercure, petit astre dont le volume n’est que le vingtième de celui de la Terre, mais dont la densité un peu plus forte (1.173) lui fait une masse égale à TÇ de celle do notre globe.La révolution de Mercure s’accomplit sur un plan qui diffère quelque peu — d’un angle de 7J.0'.8"— du plan de l’orbite terrestre ou écliptique.C’est, de toutes les planètes, celle dont le plan de révolution s’écarte le plus de celui du globe terrestre.L’écart, pour les autres, varie, comme nous le verrons, de f de degré ou 0°.46' (Uranus) à 3".23' (Vénus).A une distance du Soleil qui n’est pas tout à fait double de celle de Mercure, ou, pour préciser, à 108 millions de kilomètres ou 27 millions de lieues, la planète Vénus, presque aussi volumineuse que la Terre (97.5 p.cent) exécute ou 225 de nos jours LE SOLEIL ET SON CORTEGE 335 sa révolution autour du Soleil.Le plan de cette orbite n’est incliné, comme il vient d’être dit, que de 3".23' sur l’écliptique.La masse de la planète est proportionnellement plus faible que celle de la Terre, n’en étant que les 787 millièmes, ce qui, rapporté à son volume, établit sa densité à 81 pour cent, environ.Sur le mode de rotation de ces deux planètes autour de leur axe, les astronomes ne sont pas encore bien fixés.On le soupçonne analogue à celui des satellites dont nous parlerons plus loin.Mercure et Vénus sont dites planètes inférieures ou intérieures, parce qu’elles se meuvent sur des orbites contenues dans celle de la Terre.Par opposition, les planètes dont il nous reste à parler et dont les orbites contiennent toutes celle de notre globe, sont dites supérieures ou extérieures.Parmi celles-ci, la plus voisine de nous 1 s’appelle Mars, comme le dieu guerrier de mythologique mémoire.Son orbite n’est distante de la nôtre que de dix-neuf millions de lieues.Plus volumineux que Mercure, Mars compte cependant comme petite planète, ne correspondant qu’à |e du volume de la terre (exactement les 147 millièmes).Sa densité est de 71 p.cent, de celle de notre globe ; elle se rapproche de la densité de Vénus.Mais sa masse, vu sa faible grosseur, n’est que de 105 millièmes (10.5 p.cent).Mars effectue sa révolution en 687 jours sur une orbite dont le plan n’est incliné relativement à l’écliptique, que de moins de deux degrés (1°.51').De même que la Terre retient dans sa sphère d’attraction un satellite que nous appelons Lune, tournant autour d’elle en 29 1—Mentionnons, à titre d’exception et seulement pour mémoire, une toute petite planète, Eres, visible à l’aide d’un fort télescope et découverte en août 1898 par M.Witt : elle circule sur une orbite très voisine de celle de Mars, mais intérieure à celle-ci.La distance de la Terre au Soleil étant prise pour unité, celle de Mars est 1.524, et celle d’Eros, de 1.400.D’après ces données, l’intervalle entre les orbites de ces deux planètes ne serait que de 2,400,000 lieues. 336 LA NOUVELLE - FRANCE jours et demi et dont nous nous occupons plus loin, Mars en possède deux : Phobos et Deimos.Il en sera parlé également.A l’œil nu, Mercure peut s’apercevoir à certaines époques, bien qu’avec quelque difficulté à cause de l’irradiation solaire dans laquelle il est comme plongé, vu son faible éloignement de l’astre central.Tout le monde a vu maintes fois Vénus poétiquement qualifiée d’étoile du berger ou du matin et d’étoile du soir, suivant qu’elle précède le Soleil à son lever ou le suit à son coucher.Mars se reconnaît aisément à la teinte rougeâtre de la lumière.JUPITER, SATURNE, URANUS ET NEPTUNE La planète facilement visible à l’œil nu qui vient après Mars, est Jupiter, vaste sphère dont le volume n’est pas moins de 1279 fois plus gros que celui de la Terre, et qui circule à 775 millions de kilomètres ou 193,750 millions 750 mille lieues du Soleil, mettant, à accomplir sa révolution, 11 de nos années et 315 de nos jours, autant dire douze ans.Nonobstant son énorme volume, Jupiter ne possède pas une masse comparable ; elle n’est que 310 fois celle de la Terre ; aussi sa densité est-elle à peine le quart de la densité terrestre, 24 p.cent.C’est une question de savoir si cette volumineuse planète n’en est pas encore à la période liquide de son évolution.Mais c’est là un ordre d’idées que nous ne pouvons aborder aujourd’hui.L’inclinaison de l’immense orbite sur le plan de l’écliptique est encore plus faible que celle de Mars, et ne dépasse pas 1".19'.Autour de l’immense globe jovien ne circulent pas moins, à distances diverses, de cinq lunes ou satellites.Nous en reparlerons.Mais remarquons eu passant que le système jovien, avec son globe central considérable et les cinq satellites gravitant autour de lui, nous offre une reproduction en plus petit du système solaire lui-même.Reculons encore dans les profondeurs des espaces.Avançons, par la pensée, de 64G nouveaux millions de kilomètres au-delà LE SOLEIL ET SON CORTEGE 337 de l’orbite de Jupiter.Noua voilà à plus de 355 millions de lieues (1421 millions de kilomètres) du centre du Soleil, à l’orbite de la planète Saturne.Moins énorme que la précédente, mais 719 fois encore plus grosse que la Terre, cette planète n’en a, comme densité, que les 13 centièmes, et, comme masse, que 92 unités.Mais la planète offre cette particularité unique, que, outre ses satellites, au nombre de huit et intérieurement à toutes leurs orbites, elle est environnée d’un double anneau tournant également autour d’elle.Elle met à parcourir, d’un même point à un même point du ciel, son immense orbite, 29 ans et 5 mois et demi.L’inclinaison de cette orbite sur l’écliptique, sans être bien sensible, est cependant de 2°.30', presque le double de celle de l’orbite jovienne.Que l’on se représente un cercle dont le diamètre serait donné par une droite de 2 milliards 842 millions de kilomètres, ou si, pour de telles grandeurs, l’évaluation en lieues parle mieux à l’esprit, 710,500,000 lieues ! En prenant pour unité la distance du Soleil à la Terre, on a, pour celle du Soleil à Saturne, 9.54, ce qui signifie que cette distance est neuf fois et demie la première ; et le diamètre moyen de l’orbite saturnienne est représenté par plus de 19 fois cette unité.C’est peu de chose encore.Du Soleil à Uranus, la planète suivante, la distance est double : elle dépasse le diamètre même de l’orbite de Saturne ; de telle sorte que le diamètre de l’orbite d’Uranus est au rayon de l’orbite terrestre comme 38,36 est à 1.Cela fait en kilomètres, pour ce diamètre, le nombre de 5,716 000,000, et pour le rayon, 2,858,000,000.A parcourir l’orbite correspondante, la planète emploie 84 ans et 7 jours.Quatre satellites l’accompagnent dans ce voyage quasi-séculaire.Quant à son volume il n’est guère que le 10e de celui de Saturne qui, lui-même, ne dépasse pas de beaucoup la moitié du volume de Jupiter.Si réduit soit-il, ce volume représente encore 69 fois > 22 338 LA NOUVELLE - FRANCE celui de notre globe, aa masse 14 fois la masse de ce dernier, et sa densité un peu moins des deux dixièmes (0.195).Comme on l’a vu plus haut, l’inclinaison de l’orbite uranienne sur l’écliptique est presque nulle : elle ne dépasse pas 46 minutes d’arc.Sommes-nous au terme de ce voyage interplanétaire de la pensée ?Pas encore.Il nous faut reculer de onze fois de plus le rayon de l’orbite terrestre, d’arriver à trente fois la distance au Soleil qu’il représente.C’est la bagatelle de 4 milliards 478 millions de kilomètres, ou si l’on préfère, un rayon ou demi-diamètre de 1119 millions et demi de lieues, qui nous amène à l’orbite de Heptune; cette planète la parcourt en 164 ans et 280 jours, tout près de 165 ans.Un peu moins volumineux qu’Uranus, Neptune est encore 55 fois plus gros que notre Terre ; mais sa masse dépasse un peu celle d’Uranus, étant de 16 par rapport à la masse terrestre.Aussi sa densité dépasse-t-elle d’un bon tiers celle d’Uranus : elle est des 3 dixièmes de celle de notre sphéroïde.L’inclinaison de l’orbite sur l’écliptique est de U.47'.Comme nous, les habitants (?) de Neptune — s’ils existent ils doivent y voir bien peu clair et avoir terriblement froid — ne sont accompagnés que d’une seule lune, d’un seul satellite, qu’on a nommé Triton, dénomination assez seyante au compagnon du dieu de l’océan spatial.LES PLANÈTES TELESCOPIQUES Exietcrait-i], au-delà de Neptune, d’autres planètes retenues, elles aussi, dans la sphère d’attraction du Soleil ?On l’ignore jusqu’à présent ; mais la chose n’a rien d’impossible.Quoi qu’il en soit, il ne faudrait pas croire que les huit planètes, Terre comprise, énumérées ci-dessus, sont les seules qui figurent dans notre système solaire.Il en est des centaines d’autres ; chaque année on en découvre de nouvelles, et au 31 octobre 1902, leur nombre dépassait 520.Leurs dimensions et leurs masses sont, il est vrai, LE SOLEIL ET SON CORTEGE 339 extrêmement faibles.Elles circulent dans le large espace annulaire de 198 millions de kilomètres compris entre les orbites de Mars et de Jupiter, et semblent provenir soit d’une planète formée qui aurait été brisée en une multitude de fragments, soit des éléments d’une planète en formation que l’influence perturbatrice de la puissante masse jovienne aurait empêchés de se réunir et de se grouper en un seul astre.Elles ne sont visibles qu’à l’aide de puissants instruments ; d’où leur nom.INCLINAISON DES PLANETES SUR LEURS ORBITES La Terre, dans son double mouvement d’occident en orient, tant de rotation sur elle-même que de translation autour du Soleil, n’a pas le plan de son équateur en coïncidence avec le plan de son orbite.S’il en était ainsi, nous n’aurions ni saisons ni inégalités de durée entre les jours et les nuits.Mais le plan de l’équateur terrestre est incliné de 23".27' sur l’écliptique.C’est ainsi que du 21 mars au 24 septembre notre globe présente son pôle nord aux ardeurs du Soleil tandis que son pôle austral reste dans la nuit, et que du 24 septembre au 21 ou 22 mars suivant, c’est au contraire le pôle boréal qui reste dans l’ombre alors que le pôle sud reçoit en plein les radiations solaires.Il en est ainsi plus ou moins de toutes les planètes.Cependant on n’est pas encore fixé quant à l’inclinaison de Mercure et de Vénus sur leurs orbites respectives.Mais celle de Mars est très analogue à celle de la Terre : elle est de 24".52'.Pour Jupiter sou inclinaison est sinon nulle du moins très faible et ne dépasse pas 3°.4'.Ses jours, d’ailleurs très courts, atteignent à peine 10 heures (9h.55m.37‘), s’y partageant également, sauf des différences insignifiantes, la lumière et la nuit ; et la variation des saisons y doit être inconnue.Saturne, dont les jours ne sont guère plus longs (10h.14m.24"), s’incline sur le plan de son orbite, de 26".49' ; les saisons y doivent donc être très accusées.Pour Uranus, c’est bien autre chose.Son inclinaison dépasse de 8 degrés le quart de la circonférence ; elle est de 98", et sa 340 LA NOUVELLE - FRANCE rotation en devient rétrograde, s’effectuant d’orient en occident.D’autre part cette inclinaison, supérieure, mais de peu, à un angle droit, implique que l’axe de rotation de la planète soit comme couché (à 8" près) sur le plan de son orbite.En sorte que pendant la moitié de son année — c’est-à-dire pendant 42 ans — elle présente au Soleil non pas seulement un pôle mais bien un hémisphère tout entier, l’autre lui étant opposé pendant le même temps.Il en va autrement de Neptune qui est incliné de 122° sur son orbite, ce qui porte le plan do son équateur à 32' audessous de celle-ci.Aussi le sens rétrograde de son mouvement de rotation y est-il bien plus nettement accusé que sur Uranus.La variation des saisons y serait plus normale, si toutefois il peut être question de saisons à de pareilles distances du Soleil.Cet astre si chaud et si éclatant pour nous, ne doit offrir là-bas que le froid aspect d’une étoile un peu plus brillante que les autres.LA LUNE ET LES AUTRES SATELLITES Ne quittons pas cette vue sommaire de notre système cosmographique sans dire un mot des satellites.Le nôtre, la Lune, moyennement distante de nous de 96,000 lieues, accomplit sa révolution autour de la Terre en 29 jours et 12 heures Son volume est le jY de celui de notre globe, sa masse en est le et sa densité en dépasse G p.cent (6.15%).Son orbite est inclinée d’un peu plus de 5" sur l’écliptique.Le mouvement de rotation de la Lune sur son axe s’accomplit dans le même temps que sa révolution autour de la Terre, en sorte qu’elle nous présente toujours le même hémisphère, l’autre nous restant à jamais inconnu.C’est comme un cheval de cirque qui montre toujours le même flanc au dresseur stationnant au centre du cercle décrit par la piste.Ce mode de mouvement paraît être commun à tous les satellites ; et l'on soupçonne qu’il anime également les deux planètes inférieures. LE SOLEIL ET SON CORTEGE 341 Mars a deux petits satellites : Phobos le plus rapproché, qui accomplit sa révolution autour de sa planète en 7 heures 40 minutes, et Deimos qui l’exécute en 1 jour, 6 heures et 18 minutes.Ils n’ont été découverts qu’en 1877.Autour de Jupiter gravitent cinq satellites dont quatre sont bien connus depuis l’année 1610, et dont le dernier— ou plutôt le premier, car il est, et de beaucoup, le plus rapproché de la planète— n’a été découvert qu’en 1892.On ne lui a pas encore, que nous sachions, donné de nom.Il met à peine 12 heures (llh.57m) à contourner sa grosse planète dont il n’est distant que de deux fois et demie son demi-diamètre.Les quatre autres, Io, Europe, Ganymede et Callisto, respectivement distantes de la planète de 6 fois, 9 fois, 15 fois et 26 fois son demi-diamètre ou rayon, accomplissent leur révolution, Io en lJ.18'\27m, Europe en 3j.13h.13', G any mè de en 7J.3h.42', et enfin Callisto en 16’.16''.32'.— On se figurera avec quelle rapidité se meuvent ces satellites en remarquant que deux fois et demie (exactement 2.55) le demi-diamètre de Jupiter équivalent à 41,856 lieues.C’est donc un cercle de ce rayon que le nouveau satellite de Jupiter parcourt en moins de douze heures ; et Callisto, la «lune» la plus lointaine, ne met que seize jours à décrire une orbite dont le rayon est de 1,865,000 kilomètres.Nous avons dit, en parlant de Saturne, que cette planète est entourée, à l’intérieur de toutes les orbites de ses satellites, d’un double anneau évoluant autour d’elle.Sa durée et sa rotation est, d’après Herschell, de 10''.32™.15% different peu de celle de l’astre lui-même (10h.14m.24s).Les deux parties de cet anneau sont séparées par un espace étroit qui n’est que la 22e partie (plus exactement les 0.046) du rayon équatorial de la planète.Celui-ci étant pris pour unité, le rayon ou demi-diamètre de la circonférence extérieure de l’anneau extérieur serait environ de (exactement 2,229), et le demi-diamètre intérieur de l’anneau intérieur, de près de IJ (1,182), la largeur totale de l’ensemble des deux anneaux, y compris l’intervalle qui 342 LA NOUVELLE-FRANCE les sépare, étant de 0.747.La masse de cet ensemble n’est, d’après M.Tisserand, que ^?J° de celle de Saturne, laquelle n’est, nonobstant les vastes dimensions de l’astre, que 92 par rapport à celle de la Terre prise pour unité.Des huit satellites, le plus rapproché, Mimas, est distant, du centre de la planète, de 3 fois environ le demi-diamètre de celle-ci (3.07)1 et ne met que 22 heures et demie (22h.37m.58) à accomplir sa révolution circumplanétaire.Le suivant, Encelade, exécute son tour en un jour, 8 heures et 53 minutes sur une orbite qui n’est distante de celle de Mimas que de 0.87 du demi-diamètre de Saturne (distance au" centre : 3.94).Tétiiys vient ensuite à près de 5 fois (4.87) le rayon équatorial de la planète, dont il fait le tour en l'.21h.18"’.La quatrième Satellite est Dioné, à six fois (exactement 6.25) la longueur du rayon planétaire, et aecomplisasnt sa révolution en 2'.17h.41m.— Puis viennent Rhéa, distance 8.73, révolution 4'.12ll.25m ; Titan, le plus brillant de tous, mais beaucoup plus éloigné, distance 20.22, révolution 15'.22h.41m ; Hyperion qui exécute son tour en 21 jours et 6 heures J à une distance de 24.49; enfin Iapet, distant de la planète de 59 fois (58.91) le rayon équatorial de celle-ci, et mettant près de trois mois (79'.7''.56'") à revenir à son point de départ.On voit combien le système saturnien est compliqué.Plus encore que le système jovien il offre une image du système solaire avec, en plus, un élément resté stable jusqu’ici (les anneaux) de sa formation probable.Restent les deux systèmes uranien et neptunien.On a vu que la rotation d’Uranus est légèrement et celle de Neptune nettement rétrograde.Les satellites suivent cette orientation et tournent autour de leurs planètes suivant la direction est-ouest.I—La circonférence extérieure de l’anneau étant 2,229, on voit que l'orbite de Mimas n'en est distante que de 0.841. LE SOLEIL ET SON CORTEGE 343 Ariel, Umbriel, Titania et Oberon, les quatre lunes d’TJranus, sont distantes respectueusement de 7.0(1 — 9.91—16.11 et 21.54 du centre de leur planète, le demi-diamètre de celle-ci étant pris pour unité.Elles exécutent leurs révolutions dans les durées suivantes : 2j.12“\ — 4'.Bhi - 8'.17“ —13j.11“.L’unique satellite de Neptune, découvert par Lassel en 1846, n’a pas encore reçu, que nous sachions, de dénomination spéciale.Il est distant du centre de sa planète de près de 15 fois (14.75) le rayon de celle-ci, et accomplit sa révolution en 5 jours et 21 heures (en négligeant les minutes et les secondes).# Tel est, très sommairement tracé, le tableau des principales pièces du mécanisme solaire et planétaire.Les données en sont plutôt approximatives que partout rigoureuses, et sont d’ailleurs loin d’être complètes.Nous n’avons parlé ni des comètes, ni des aérolithés, bolides, étoiles filantes, etc.A peine avons-nous mentionné l’ellipticité des orbites planétaires.Aux phénomènes de nutation, de précession des équinoxes, de déplacement de la ligne des apsides, de rotation et de translation du globe solaire lui-même, et autres, il n’a été fait aucune allusion.L’exposé de toutes ces merveilles de l’admirable machine céleste demanderait plusieurs autres entretiens.Celui qui s’achève suffit déjà à faire ressortir, au regard de la petitesse relative de l’homme, la grandiose magnificence des œuvres du Créateur.Cœli enarrant gloriain Dei.Jean d’Estienne. A PROPOS DE LOBLAT DE M.JORIS-KARL HUYSMANS Peu de figures contemporaines sont plus intéressantes — ou plus curieuses — que celle de M.Joris-Karl Huysmans.Monté comme Brunetière et Coppée, Drumont et Bourget, du scepticisme à la foi, ITuysmans diffère radicalement de tous ceux-ci, et par son tempérament intellectuel et par les voies qui l’ont amené à la croyance.L’évolution fut radicale et complète: sous le rond-de-cuir artiste, que n’effrayait aucun sujet et qui traduisait avec une effrayante énergie le vide et la laideur de tout, s’est lentement éveillé un moine des vieux âges, épris de symbolique et de liturgie, admirant à travers la Création le jeu des forces spirituelles : prière, douleur, action divine.Mais, dans la transformation religieuse qui élargissait et haussait son horizon moral, l’artiste passionnément épris de son art, curieux du mot neuf, du fait précis, de la couleur brillante, est resté lui-même.Il a scruté, avec une même conscience, avec un égal souci d’exactitude, les sujets nouveaux que cherchait son talent.Les portraits do moines, de curés, que nous offre, par exemple, L’Oblat, sont d’un réalisme aussi complet, que les figures les plus nettement arrêtées de ses livres antérieurs.*** L’Oblat est le troisième tableau d’un triptyque dont les volets premiers sont constitués par En Route et La Cathédrale.Revenu du satanisme, de la magie et des messes noires de Là-Bas, Durtal cherche la vérité religieuse, le plan où s’établiront définitivement une intelligence et une sensibilité inespérées X PROPOS DE « L’OBLAT » 345 du néant de la vie, et qui tendent avec une sorte de violence à la pleine possession de la Lumière et de la Beauté.En Route raconte cette tragique et douloureuse ascension.La Cathédrale est plus apaisée.Durtal cherche encore sa voie, mais la foi retrouvée emplit son cœur d’une indicible joie.La passion de l’art religieux le tient, et c’est, à travers les quatre cents pages de ce gros volume, un défilé constant d’études sur la symbolique, la liturgie, le plain-chant, coupé d’analyses aiguës et de poignantes crises d’âme.Le converti est fasciné par la splendeur de la vie monastique, par la superbe élévation et l’incomparable idéalisme de ce rêve d’âmes se perdant en Dieu, hors du terre à terre et du vulgaire de la vie présente.Il s’essaie à combiner l’essentiel de ce mode de vie spirituelle avec son tempérament et ses habitudes, et L’Oblat nous apporte le récit de cette très curieuse expérience.L’oblat, au sens d’IIuysmans, est un type spécial, mi-religieux mi-laïque, qui continue les reclus d’autrefois.Il tient à la famille monastique par des engagements spéciaux, par la participation à certains offices, mais conserve une dose de liberté suffisante à la réalisation de grands travaux littéraires ou artistiques.Il est à son gré dans le cloître ou aux alentours.Durtal passe ainsi quelques mois près de l’abbaye bénédictine du Val des Saints, prenant sa part des offices, fouillant le passé de l’Ordre, s’enivrant de liturgie et de musique sacrée.Il étudie les nobles et les paysans de la région, pousse de temps à autre une pointe vers Dijon, dont il fouille les vieilles légendes et décrit les antiques monuments.Puis, un jour sombre, les lois iniques dont il a suivi le contre-coup dans l'âme naïve des moines, ruinent l’abbaye et le chassent vers Paris.— C’est le récit de cette année de prière et de labeur qui fait le fond du dernier livre de M.Huysmans.De prime abord, L’Oblat semble un peu désarticulé, plutôt fait de pièces et de morceaux sans attaches communes.Mais si l’on y regarde de plus près, les études de liturgie, d’art, d’histoire 346 LA NOUVELLE - FRANCE religieuse qui lui donnent parfois l’allure d’une anthologie, se relient logiquement au sujet principal : elles servent toutes à caractériser l’évolution de Durtal et le milieu où il se réalise.Au reste, ce volume résume le talent d’IIuysmans.Les terribles examens de conscience qui font le charme angoissant d’En Boule y sont moins fréquents, mais offrent le même fouillé, le même accent criant de vérité.Les études d’art sont marquées par une analyse puissante et un dogmatisme exclusif, traduites dans une langue pittoresque, d’une grâce et parfois d’une outrance prodigieuses.Les scènes de la vie quotidienne sont peintes par le meilleur Iluysmans — l’observateur patient dont l’œil scrute à la fois les âmes et les corps, et qui ne dessine ni des auges ni des brutes.Chose singulière, l’écrivain ne paraît guère posséder le sens de la grande nature, l’amour des vastes horizons, du soleil et des grands arbres.Il brossera de ci de là un paysage, mais plutôt à la façon du curieux qui analyse des effets de couleur qu’à la manière du poète qui communie avec l’âme des choses.Il voit dans telle allée profonde, dans tel sous-bois plein de soleil et d’ombre, non pas le tremplin qui lance dans l’infini, mais le coin tranquille où l’on peut en liberté songer d’art ou fouiller sa conscience.Il conviendrait peut-être de retrouver en cette caractéristique la trace d’une double influence : celle des peintres hollandais qui furent ses pères et de Paris où il a grandi.Le style est unique, drapant la pensée de phrases si éclatantes, si nerveuses, qu’il eu apparaît certaines fois caricatural et tourmenté.Un peu fatigant par la recherche du mot neuf, de l’expression rare, par le besoin de traduire dans une image matérielle toutes les sensations et toutes les pensées, il n’a pas le charme enveloppant de Daudet ou de Lemaître, ni l’harmonieux lyrisme de certaines pages de Coppée ; mais il enferme une extraordinaire puissance d’expression et de coloris.Etonnamment souple et ductile sous son allure quelque peu étrange, il se X PROPOS DE « l’oBLAT )) 347 fait tour à tour émouvant ou grandiose, atteint avec la meme facilité au lyrisme le plus élevé et à la satire la plus aiguë.Ou n’a guère écrit en français de plus belles pages que celles où Durtal chante l’épopée de la Douleur.Mais l’intérêt principal de L’Oblat réside dans la peinture du monde monastique, et sa beauté supérieure, dans le rappel à la réalité de certaines forces, à la vérité de la conception religieuse du monde et de la vie.Dans une période de grand progrès matériel, on se laisse facilement prendre à ne voir d’activité réelle que dans le mouvement extérieur des agents physiques.L’Oblat rappelle qu’il y a autre chose dans le monde : des énergies spirituelles dont l’action est aussi claire que celle de l’électricité ou de l’éther et que la souffrance et la prière comptent dans le jeu des forces universelles.A l’œuvre du naturaliste qui sonda avec un si désolant pessimisme, avec de telles nausées, la vauité de l’effort humain, la brutale opacité de l’existence sans horizon sur l’infini, il apporte comme couronnement une admirable conception de la Vie — celle qui, haussant avec l’Idéal la besogne quotidienne, l’illumine des clartés de l’Au-delà, la présente comme un passage, une épreuve, comme l’aube de la Vérité et de la Justice.Cette haute et consolante philosophie, cette resplendissante vision font la beauté dernière du livre de Huysmans.Omer Héroux. Pages Romaines A LA VILLA MÉDICIS_____MoüVEMEMTS IRRÉDENTISTES_______VICTOR-EMMANUEL X Paris____M.Loubet X Rome____Dons américains au Pape— Maier Boni Consilii___Les préparatifs du cinquantenaire de l’Lmmaculée-Conception_____La constitution Actum prœclare de Cuba.Il y a peu de temps, la France célébrait à Rome le centenaire de la translation de son académie nationale des Beaux-Arts du palais Mancini à la villa Médicis.Œuvre de Louis XIV, inspirée par Colbert et par Le Brun, l’école française fondée en 1605 sous le pontificat d’Alexandre Vil fut d’abord installée dans le palais Valle devenu plus tard le théâtre Valle.En 1725, Louis XV la transféra au Corso, dans le palais Mancini des ducs de Nevers qu'il venait d’acquérir.Elle y resta jusqu’aux premières années du XIX" siècle—A cette époque, avec les négociations de Cacault, à Rome, et de Clarcke, ministre de France à Florence, le palais Mancini fut échangé contre la Villa Médicis, 14 août 1802___Quelques mois plus tard (18 mai 1803), l’école prenait pos- session de sa nouvelle demeure, l’une des plus belles de la Ville éternelle.C'est sur l’emplacement d’un ancien temple du soleil, que dans le XVIe siècle, le Cardinal Jean Ricci de Montepulciano fit construire cette villa dont le plan fut tracé par Alexandre Lippi, et dont la façade septentrionale est attribuée à Michel-Ange.Acquise, en 1579, par le Cardinal Ferdinand de Médicis qui devait, plus tard, devenir grand-duc de Toscane, elle fut considérablement embellie par lui.Avant de ceindre la tiare sous le nom de Léon XI, Alexandre de Médicis en fit souvent sa résidence.Galilée y fut l’hôte de l’ambassadeur de Toscane sous Urbain VIII, et quand la maison de Ilalsbourg-Lorraine régna sur Florence, la villa reçut dans ses murs les pri de cette famille.Le grand-duc Léopold I, frère de Joseph IL y séjourna avec trois archiduchesses d’Autriche à chacune desquelles Pie VI envoya la rose d'or.Sous la Restauration, à l'occasion du sacre de Charles X, le duc de Laval-Montmorency, ambassadeur de France, y donna des fêtes merveilleuses.A l’occasion du centenaire de la prise de possession de.cette villa, la France a fêté cette grande institution de la vieille monarchie, l’Ecole française.Quand à la fin du règne de Louis XIV, la France traversa cette crise • terrible qui se termina dans les cris de victoire de Denain, on raclait litté- ¦ râlement les cofïres-forts vidés par la guerre pour envoyer aux pension- ¦ naires du Roi de quoi subsister.Les directeurs étaient au bout de leurs * avances ; l'étranger se réjouissait déjà de voir disparaître cette institution ’ qui grandissait l’influence française.Le duc d’Autin s'efforçait de relever 1 les courages, affirmant que la fortune des armes allait nous revenir.• L’école française vécut et ses annales ont enregistré avec orgueil une pléiade de noms tels que Natoire, Vanloo, Boucher, Fragonard, Restout, David, Drouais, Gérard, Girodet, Guérin, Horace Vernet, Ingres, Schnetz, Robert Fleury, Hébert, Helm, Flan d ri n, Cabanel, Lenepveu, Bouguereau, Baudry, Delaunay, Henner, Gounod, pour n'en citer que quelques-uns, et ces quoiqu'il ns à eux seuls constituent un patrimoine dont une nation a le droit d’être tière.ne es # 340 PAGES ROMAINES Une nouvelle explosion de sentiments irrédentistes vient d’affirmer, une fois de plus, que le traité d’alliance qui lie l’Italie à l’Autriche, pour être écrit par la diplomatie des deux pays, n’est nullement sanctionné par le sentiment populaire des deux nations.La vieille histoire des Guelfes et des Gibelins se continue en des luttes qui, probablement, ne finiront jamais.En ces temps où l’on parle toujours de supprimer les frontières pour mieux réunir les hommes dans une même popularité, il est curieux de voir comment la nature des races se réveille en de violentes manifestations contraires.Sous le prétexte que l’Autriche comprime le sentiment italien dans ses sujets du Tyrol, en ne cédant pas à des injonctions qui ne tiendraient ni plus ni moins qu'à disloquer les provinces de Trente et Trieste do l’empire, chaque résistance de l’Autriche provoque des colères dans toute la Péninsule.Le Tyrol réclame une université purement italienne à Trente ou à Trieste; l'Autriche se contente de maintenir des chaires italiennes à l'université d’Innsbrück.Les étudiants des deux langues manifestent leur animosité réciproque à Innsbrück ; il suffit de cela pour que Rome, Bologne, Modène, Vérone, Pavie, Catane, Palermo, Messine voient leurs facultés devenir des foyers d’agitation si intenses que la troupe doit assurer la tranquillité des rues, et la censure défendre la représentation de « l’Aiglon • sur les théâtres, dans la crainte qu’on en profite pour outrager publiquement l’Autriche.Il y a sans doute beaucoup de fanfaronnades dans toutes ces manifestations tumultueuses ; elles n’en indiquent pas moins la fragilité de l’alliance diplomatique des deux peuples.Ce n’est plus de la satisfaction, ce n’est plus de la joie, c’est du délire.Toute la presse, depuis la Tribuna de feu Crispi, jusqu’à.VAvanti du Jaurès italien Enrico Ferri, applaudit, trépigne, en parlant du futur voyage du roi Victor-Emmanuel à Paris.La Palria dit que ce n’est pas le roi qui va serrer la main de M.Loubet, c’est l’Italie, qui se jette au cou de la France pour lui dire : - Ma soeur.Ma sœur, oublions notre brouille ! » Le journal italien attribue celle-ci, en grande partie, au prince de Bismarck.» Ne pensons plus, ajoute-t-il, qu’à l’avenir.» La Perseveranza déclare que le voyage du roi a une importance extraordinaire.La Lombardia prêche l’alliance des deux grandes sœurs latines, etc., etc.Enfin, la Tribuna, jusqu’ici francophobe, aujourd'hui francophile, voulant persuader à ses lecteurs que la France entière est dans l’enthousiasme de recevoir Victor-Emmanuel, affirme qu'à l’occasion de son arrivée à Paris, des journaux extraordinaires, illustrés, seront tirés, l’un à 100,01)0, l’autre à 5l‘0,U0U exemplaires pour être distribués gratuitement.Ce délire serait du pur comique s’il n’était la révélation d’un nouveau succès des loges maçonniques.Victor-Emmanuel, en provoquant, lui-même, l’invitation qu’on lui a faite de se rendre à Paris, n’a agi de la sorte que pour forcer M.Loubet à venir à Rome.Si peu sympathique que soit le personnage qui signe avec une si grande résignation les nombreux décrets de persécution religieuse qu’il plaît à M.Combes de rédiger, il n’en est pas moins le premier magistrat d’une nation qui s’était constituée la gardienne du patrimoine de saint Pierre.Depuis le jour où l’armée piémontaise, profitant des désastres delà France, s’empara de Rome, les chefs des puissances catholiques, s’ils entretenaient des relations avec le roi d’Italie, se refusèrent cependant, toujours à venir les saluer dans la Rome des Papes.La visite que le roi Humbert fit, au 350 LA NOUVELLE-FRANCE début de son règne, à l’empereur d’Autriche, ne fut jamais restituée, l’Italie voulant qu’elle fût rendue à Rome, François-Joseph se refusant à sanctionner par sa présence dans la capitale de la chrétienté les faits accomplis.Malgré ses liens de parenté avec la famille royale de Savoie, le roi actuel du Portugal suivit la même ligne de conduite.Au reste, en suprême protestation, la papauté avait érigé en principe l’impossibilité où elle serait d’accueillir, même le meilleur de ses tils, si venant à Rome, il voulait être à la fois ou successivement l’hôte du vainqueur et du vaincu.Elle ne ht exception que pour les princes protestants ou schismatiques (l’hérésie, le schisme, ne réconnaissant pas dans le pape le père de leur foi, on ne pouvait leur imposer les mêmes conditions qu’aux catholiques) ; pour eux d’ailleurs, tout désir de voir, de saluer le pape était un acte de vénération à l’égard du vicaire du Christ.M.Loubet venant à Rome, en qualité de chef d'Etat et y devenant l’hôte du spoliateur de la Papauté, c’est la sanction donnée par la France officielle à l’invasion sacrilège du 20 septembre 1870, et la reconnaissance par elle des faits accomplis.Dès lors, si M.Loubet est reçu au Vatican, c’est la dernière protestation qui disparait ; s’il n’est pas admis, ce sera fort probablement la rupture entre l’Eglise et la France ; dans l’un et l’autre cas c'est le triomphe de la franc-maçonnerie, et voilà pourquoi l'enthousiasme devance Victor-Emmanuel à Paris, pour l’y accueillir, et le jeter dans les bras de M.Loubet.* **"* A signaler deux dons faits dernièrement au Saint-Père.L’un consiste en dix splendides volumes renfermant la collection des messages, des lettres officielles des présidents des Etats-Unis par ordre chronologique : Washington élu en 1789, Adams 1797, Jefferson 1801, Madison 1809, Monroe 1817, Quincy Adams 1825, Jackson 1829, Van-Bureu 1837, Harrison 1841, Tyler 1841, Polk 1845, Taylor 1849, Pierce 1853, Buchanan 1257, Lincoln 1861, Johnson 1863, Grant 1869, Hayes 1877, Garfield 1881, Arthur 1881, Cleveland.1885, Harrison 1889, Cleveland 1893-1897.Ces noms qui forment les differentes divisions de cet ouvrage, en évoquant des personnalités disparues, marquent les étapes de la nation aux destinées de laquelle ils présidaient.Cette histoire d’un nouveau genre que l’on n’écoute que dans les seuls échos des remerciements, des proclamations, des avertissements des chefs, sans entendre directement la réponse des peuples, à de réelles grandeurs, quand tout à coup au changement d’accent de la voix qui parle, on devine qu’une crise violente, l’inconstance populaire, un crime ont brusquement écarté ou fait disparaître le premier magistrat.Le don portait cette dédicace autographe : - Avec ses congratulations les plus cordiales, Théodore Roosevelt, président des Etats-Unis, offre ce présent à Sa Sainteté Léon XIII, à l’occasion de son jubilé pontifical, par l’intermédiaire de S.E.le Cardinal Gibbons.Washington 1903.'—Le R.P.Jean-Baptiste, passioniste, avait été délégué à son tour par l’archevêque de Baltimore, et c’est lui qui a présenté la magnifique collection—Le second présent qu’a reçu le Pape, lui était offert par quelques prêtres américains qui accompagnèrent le représentant du Cardinal Gibbons.C’est un album dans lequel vingt-cinq mille membres de la société de la bonne presse des Etats de l’Union ont apposé leur signature en hommage de vénération envers le siège apostolique. 351 PAGES ROMAINES Le décret de la Congrégation des Rites qui ordonne l’insertion de l’invocation Mater boni consitii, dans les litanies de Lorette, est la sanction officielle du culte qui, depuis 1407, honore la Vierge sous ce titre, dans la petite ville de Genazzano, (diocèse de Palestrina).Sans préjuger, par la moindre critique, les origines de l’image si vénérée et si vénérable de Notre-Dame du Bon Conseil confiée à la garde des Pères Augustins, on ne peut contester que depuis le XVe siècle, elle n’ait cessé de voir se prosterner devant elle des foules extraordinaires de pèlerins.Les Papes, en tout temps, lui témoignèrent une particulière dévotion__Paul II étudia scrupuleusement les prodiges de l’apparition de l’image ; Sixte IV en confirma la garde aux Pères Augustins ; en 16:10, Urbain VIII, accompagné de divers cardinaux et de plusieurs princes, se rendit en pèlerinage à Genazzano afin d’obtenir que Rome lut préservée de la peste qui désolait l’Italie ; en 1082, Innocent XI accorda à Notre-Dame du Bon Conseil les honneurs du couronnement ; Grégoire XIII, Innocent XII, Clément XI, Clément XII, Clément XIV, Benoît XIII, dotèrent son sanctuaire d’une foule de privilèges.En 1753, Benoît XIV approuva, par lettre apostolique, la pieuse union de Notre-Dame du Bon Conseil et voulut que son nom fût inscrit en tête de la liste des associés ; en 1777, Pie VI concéda l’office propre de l’apparition.Pie IX, qui avait célébré sa première messe sur un autel surmonté de l’image de la vierge du Genazzano, lui voua une dévotion spéciale tout le reste de ses jours.Devenu Pape, il mit sur sa table de travail Notre-Dame du Bon Conseil, se fit inscrire sur la liste des confrères de la pieuse union, enrichit le sanctuaire de la Madone de nouvelles et nombreuses indulgences, et le 15 août 1.864, accompagné par une partie de sa cour, il se rendit de Castel Gandolfo, où il était en villégiature, à Genazzano, pour y vénérer la sainte Image et lui faire don d’un riche diadème tout étincelant de diamants.Rivalisant de zèle avec son prédécesseur, Léon XIII créait, il y a quelques années, le scapulaire de la Madone du Bon Conseil, puis associait le monde entier au culte de la Vierge de Genazzano par son invocation dans les litanies de Lorette.Ce culte était cependant loin de se limiter jusqu’à ce jour au diocèse de Palestrina: dans les églises de la Madeleine, de Saint-Laurent in Lucina, de Saint-Marc, de Saint-Augustin, de la Minerve, de Saint-Adrien, de Sainte-Marie du peuple, de Saint Charles, de Saint-Jacques,de Saint-André, etc.dans la ville de Rome, Notre-Dame du Bon Conseil de Genazzano était particulièrement vénérée ; dans la chapelle Pauline, au Vatican, son image était exposée sur un magnifique autel que Pie IX fit restaurer; dans l’Argovie occidentale, pas une seule église qui n’ait son image de la Madone du Bon Conseil.En grande vénération dans les Indes, au Japon, dans les îles Philippines, au Brésil, au Mexique, au Pérou, elle l’est encore dans la plupart des pays d’Europe.L’invocation nouvelle, ex-voto du jubilé papal de Léon XIII, n’est donc que la consécration papale d’une prière que ne cessaient de redire les dévots de Marie.# A la suite de la lettre que Léon XIII adressait le 26 mai dernier aux cardinaux Vincent Vanutelli, Rampolla, Ferrata, Vives, pour leur confier la préparation du premier cinquantenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception, un premier programme arrêté par la commission cardinalice a déjà été publié_Il comprend V des cérémonies solennelles à Sainte-Marie Majeure et surtout à Saint-Pierre, où fut dogmatiquement con- 352 LA NOUVELLE - FRANCE filmée la croyance en l'immaculée Conception, 2° un congrès marial universel dans la ville de Rome, 3° la formation d’une bibliothèque exclusivement composée d’ouvrages à la gloire de la Vierge, 4° des missions données à l’occasion des fêtes de Marie, 5° des pèlerinages aux sanctuaires de toutes les Madones, 6° des exercices de piété les 8 de chaque mois, 7° des services solennels en faveur des âmes du purgatoire qui furent les plus dévots à la Vierge, 8° un service funèbre tous les mois à Saint-Laurent où reposent les restes de Pie IX, 9° des témoignages particuliers de dévotion envers les premières images de la Vierge qui se trouvent dans les catacombes.Sous le haut patronage des cardinaux désignés par le Saint-Père s’est constituée une commission exécutive ; un comité central lui est adjoint, et un bulletin périodique ayant pour titre l'Immaculée aidera puissamment à divulguer leurs travaux.A la suite des changements politiques survenus dans Vile de Cuba, la constitution apostolique Actum prœclare a modifié l’ordre des choses au point de vue de la hiérarchie ecclésiastique.Au diocèse de Saint-Jacques de Cuba érigé par Léon X, à celui de Saint Christophore de la Havane créé par Pie VI, sont ajoutés deux nouveaux diocèses, l’un à Pinar del Rio, l’autre à Cien-fuegos par des territoires enlevés aux deux précédents.Saint-Jacques reste la métropole de Vile avec Saint-Christophore, Pinar del Rio et Cienfuegos pour sufl'ragants, tandis que Portorico, détaché de Saint-Jacques, sera immédiatement soumis au Saint-Siège.Les décrets du Concile de l'Amérique latine tenu à Rome en 1899 auront force de loi dans Vile de Cuba dont le premier concile provincial devra se tenir sous la présidence de Msr Chapelle, archevêque de Nouvelle-Orléans et délégué apostolique.Don Paolo-Agosto.LIVRES RECOMMANDÉS 1 LIBRAIRIE P.TÉQUI (ancienne maison Ch.Douniol) Les vertus morales, Instructions pour le Carême, par S.E.le cardinal Penaud, évêque d’Autun, membre de l’Académie française.Vol.in-12, prix : 2 1rs.Le Prédicateur des Retraites de Première Communion.Contenant des retraites variées de chacune sept instructions, suivis de vingt-cinq instructions pour le jour même de la iête, par deux Missionnaires.Un vol.in 8°.Prix : 4 fr.50.Nos Enfants, lettres d’un jésuite, proscrit par la loi de 1901, à un jeune professeur.In-12.Prix: 3 fr.50.Les Idées de Matutinaud, par l’abbé Duplessy, vicaire de Neuilly-sur-Seine.Un vol.petit in-8 avec nombreuses gravures.Prix : 2 fr.50.Evangile et Evolution.Simples remarques sur le livre de M.Loisy, VEvangile el VEglise, par l’abbé G.Oger, ancien directeur au grand séminaire de Boissons.Un vol.in-12 de XXI1-48 pages.1—Prière de s’adresser, pour l’achat de ces livres, il la librairie-J.-P.Carneau, Québec, ou à celle de la Uie Odieux et Heroine, Montréal.
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