Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français
Éditeur :
  • Québec :[s.n.],1902-1918
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Parler français ,
  • Canada français
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1913-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LA NOUVELLE-FRANCE DÉCEMBRE 1913 TOME XII N° 12 LE MODERNISME I.—PERSISTANCE DES AGISSEMENTS MODERNISTES La grande erreur moderne, qui, depuis cent cinquante ans, fait d’immenses ravages dans toutes les nations, est, dit le Concile du Vatican, “ cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme, laquelle, contredisant universellement la religion chrétienne institution surnaturelle, travaille avec d’incroyables efforts à chasser Jésus-Christ, notre unique Seigneur et Sauveur, de l’esprit des hommes, de la vie et des mœurs des peuples, pour établir à la place ce que l’on appelle le règne de la raison ou de la nature 1 2." Mais “ on voit ordinairement apparaître, à la suite des erreurs extrêmes qui rejettent ouvertement le dogme catholique, des erreurs mitigées ou moyennes, qui sont comme des essais de conciliation entre les premières et la doctrine de l'Eglise.Tels furent autrefois, après l’hérésie arienne, le semi-arianisme, et après l’hérésie de Pélage, le semi-pélagianisme, ou plus récemment, après le protestantisme, les hérésies de Bains et de Jansé-nius a.” Depuis cent ans, une multitude d’erreurs sont venues se placer entre le rationalisme et l'Evangile pour tenter de les concilier l’un avec l’autre.Tels l’hermésianisme, l’américanisme et cent autres systèmes éclos au cours du XIXe siècle ou au commencement du XXe.Le plus récent, mais le plus avancé de ces systèmes de conciliation est le modernisme, signalé plusieurs fois par Léon XIII, condamné comme 1— Turn nata est et late nimis per orbem vagata ilia rationalismi seu natu-ralismi doctrina, quee religion! christianæ utpote supernatural! institute per omnia adversans, sumrno studio molitur ut Christo, qui solus Dominas et Salvator noster est, a mentibus humanis, a vita et moribus populorum excluso, mere quod vacant rationi» vel naturæ regnum stabiliatur.Gone.Vatic.Constit.de fide cath.Proœmium.2— Dom Benoit Lee Erreurs modernes, t.II, p.1. 530 LA NOUVELLE-FRANCE expressément et solennellement par Pie X dans l’Encyclique Pas-cencli, le 8 septembre 1907, et auparavant dans le Décret du Saint-Office Lamentabili, le 4 juillet 1907.Le grand Pontife a décrété, contre le modernisme, dans l’Encyclique elle-même Fascendi et, depuis, dans des décrets spéciaux, un ensemble de mesures répressives qui témoignent à la fois de la vigilance du Voyant d’Israël et de la puissance redoutable de cette erreur perfide.Mais condamnée énergiquement et poursuivie partout, l’erreur a continué sa propagande et ses ravages, à huis clos et en public, dans le clergé et parmi les laïques, dans les salons, dans les séminaires, dans les universités, dans les académies, par les tracts, par les journaux, par les revues, par les livres, toujours avec une incroyable dissimulation, en se couvrant de tous les masques et en jouant tous les rôles.Trois condamnations nouvelles viennent de frapper le modernisme : la déclaration du cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, appuyée d’un très grand nombre d’évêques, contre le Bulletin de la Semaine ; le décret de l’Index contre les Annales de la philosophie chrétienne, et contre la Sainte Chantal de l’abbé Brémond.Brémond, lettré subtil, honoré d’amitiés puissantes dans les sphères intellectuelles, s’était donné la mission de naturaliser, ou, si l’on veut, d’huma-niser la grande psychologie religieuse ; il a traité tour à tour par ce procédé nos classiques, nos saints et nos plus récents débats ; Fénelon, Tyrrel, saint François de Sales.11 collaborait naturellement aux Annales et au Bulletin.Le P.Laberthonièrc était, lui, à la tête d’une école de philosophie moins accessible, dont les chefs Leroy et ses pareils, par Tyrrel d’une part, par Boutroux et Bergson de l’autre, s’accointaient avec tous les grands courants de la pensée contemporaine.Fonsegrive, dans une série de livres trop répandus, avait habilement dosé quelque chose de leur esprit jusque dans le démocratisme, à l'usage du grand public ecclésiastique et religieux.Naturellement, tout ce monde là se retrouvait à la rédaction ou dans les sympathies du Bulletin de la Semaine.Et cette coalition avait réussi à s’imposer à l’estime de presque toute l’élite cultivée par un adroit maniement de l'éloge, des silences, des dénigrements systématiques, selon la méthode indiquée par Molière : Nul n’aura de l’esprit hors nous et nos amis '.Sans doute, Rome a parlé, des vaillants ont combattu.Mais qu’on mesure leur influence pratique, même aujourd’hui, à celle de l’adversaire, et on 1—A.I.R.Cité par la Revue catholique des Inst, et du Droit, juillet 1913, p.69. 631 LE MODERNISME s’expliquera bien des choses.Aux condamnés demeurent acquis tous les appuis humains, les bienveillances ou les précautions de tout un monde ; et les autres sont voués à la haine des uns, au lâchage des autres l 2.Cependant, cette coalition, dont le Bulletin de la Semaine est l’organe, atteinte d’une sentence doctrinale et disciplinaire, est désormais dans l’Eglise de France une condamnée de droit commun pour faits religieux ; il ne lui reste que de se soumettre vraiment ou de se révolter ouvertement.Elle ne fera ni l'un ni l’autre, car elle se suiciderait, elle qui est l’équivoque soi-disant catholique.Donc, il faut s’attendre à ce que.la séance continue.1 En face de cet acharnement et de cette hypocrisie, c’est le devoir des Revues catholiques de combattre la pernicieuse erreur.La Nouvelle-France est entrée en lice plusieurs fois par le passé ; elle le fait de nouveau.“ Comme la tactique des modernistes, dit Pie X, est de ne jamais exposer leurs doctrines méthodiquement et dans leur ensemble, mais de les fragmenter en quelque sorte et de les éparpiller çà et là, ce qui prête à les croire ondoyants et indécis, alors qu’au contraire leurs idées sont parfaitement arrêtées et consistantes” 3, la manière la plus efficace de les combattre est “ de présenter leurs erreurs dans l’ensemble de leurs principes et des principales conséquences, en les opposant aux dogmes catholiques.” C’est ce que nous allons faire, à la lumière de l’admirable Encyclique de Pie X et de ses sages décrets.II.—NOTION GÉNÉRALE DU MODERNISME Nous avons dit plus haut que le modernisme est un rationalisme mitigé ; ce serait plus exact de dire que c’est un rationalisme diguisi.On peut, en effet, véritablement le définir : le rationalisme proposé sous des formules catholiques.En premier lieu, le modernisme est le rationalisme même.Il ne conserve pas la foi ou la révélation, il les nie : “ Ce n’est point aux rameaux ou aux rejetons que les modernistes ont mis la cognée, dit Pie X, mais à la racine même, c’est-à-dire à la foi et d ses fibres les plus profondes.3 Ce n’est pas à une vérité du symbole qu’ils s’attaquent, ou à un petit nombre, c’est à toutes : “ Nulle partie 1— Ibid., p.71.2— Ibid., p.72.Z—Ibid. 532 LA NOUVELLE-FRANCE de la foi catholique qui reste à l’abri de leur main, nulle qu'ils ne fassent tout pour corrompre V’ Mais, en second lieu, le modernisme conserve la terminologie catholique.Il se dit croyant, vivant de la vie chrétienne, vivant de la vie de Jésus-Christ, admettant la révélation, demandant à la foi ses inspirations ; mais la révélation, la foi, la vie chrétienne sont entendues par le moderniste tout autrement que par l’Eglise catholique.Il exalte Jésus-Christ, il le reconnaît comme Dieu ; mais il a sur lui des théories pires que les ariens.Il admet tous les termes de la langue chrétienne ; mais il les vide de leur signification catholique.Il parle en catholique et pense en rationaliste.“ Ces artisans d'erreurs, dit le Voyant d’Israël, ne se rangent jamais parmi les ennemis déclarés ; ils se cachent—et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vive, dans le sein même et au cœur de l’Eglise, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement 2.” “ Amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, dit encore le grand Pape, ils le font avec un tel raffinement d’habileté qu’ils abusent facilement les esprits mal avertis 8.” Les modernistes ressemblent d’une part avec les manichéens et d’autre part avec les jansénistes.Ressemblance des modernistes avec les manichéens et avec les jansénistes Nous venons de dire que les modernistes emploient les termes catholiques, mais en les vidant de leur contenu : c’est précisément ce que faisaient les manichéens.Ils avaient continuellement à la bouche le nom du Christ ; mais ce Christ qu’ils nommaient si dévotement, c’était ou le soleil ou des objets infâmes.Ils exaltaient la charité ; mais la charité, sur leurs lèvres, désignait d’immondes passions.De même, pour toutes leurs autres erreurs.Ceux qui les entendaient croyaient entendre des catholiques ; mais les initiés reconnaissaient des doctrines toutes contraires à celles de l’Eglise.Ainsi les modernistes ont avec les manichéens ce caractère général d’exprimer leurs faux systèmes avec une phraséologie catholique, de célébrer la foi, les sacrements, les livres inspirés, l’Eglise, en entendant sous ces noms toute autre chose que ce qu’ils expriment pour ceux qui n’ont pas pénétré les artifices de leur langage.1—Encyc.Pascendi, 1ère Part.2—Ibid.3—Ibid. 533 LE MODERNISME D’autre part, disons-nous, les modernistes ressemblent aux jansénistes.Ceux-ci étaient d’accord avec les protestants pour le fond des doctrines.Mais tandis que les protestants avaient dès le principe jeté le masque et s’étaient séparés de l’Eglise, les jansénistes mettaient beaucoup d’obstination à conserver l’apparence de vrais catholiques et s’acharnaient malgré les condamnations à demeurer dans l’Eglise.Les jansénistes étaient des protestants, mais des protestants qui prétendaient ne pas être protestants, des protestants qui ne voulaient jamais rompre avec l’Eglise, des protestants dissimulés dans l’Eglise, cachés et vivant dans l’Eglise, greffés en quelque sorte sur l’Eglise pour lui infuser le protestantisme et la transformer en Eglise protestante.De même, les modernistes sont des rationalistes qui prétendent ne pas être rationalistes, mais veulent au contraire être les meilleurs des catholiques, qui affectent de mieux comprendre la doctrine de Jésus-Christ que l’Eglise, qui font du rationalisme la vraie doctrine de Jésus-Christ, une doctrine profonde que doit professer tout catholique élevé à une culture supérieure ; qui appellent le rationalisme de noms pompeux propres à le cacher et à séduire les catholiques, philosophie, critique, histoire, science, réforme, religion supérieure, sublime idéal ; qui entreprennent, au lieu de détruire l’Eglise, de la transformer en une société de rationalistes.“ Ennemis de l’Eglise, dit Pie X, certes ils le sont ” comme les jansénistes, “ et, à vrai dire, elle n’en a pas de pires.” “ Imprégnés jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, ils se cachent dans le sein et au cœur de l’Eglise.Ce n’est pas du dehors, c’est du dedans qu’ils trament sa ruine : le danger est aujourd’hui aux entrailles mêmes et aux veines de l’Eglise : leurs coups sont d’autant plus sûrs qu’ils savent mieux où la frapper, nistes, “ ils ont une vie toute d’activité, une ardeur singulière à tous les genres d’études, et des mœurs recommandables d’ordinaire pour leur sévérité 2.” Mais, comme les jansénistes, “ ils sont pleins d’opiniâtreté et d’orgueil, contempteurs de toute autorité,” alors même qu’ils la ménagent, “ impatients de tout frein, ” même quand ils affectent l’humilité et flattent le pouvoir.» 1 Puis, comme les jansé- 1— Encycl.Pasctndi, 1ère P.2— Ibid.**# 534 LA NOUVELLE-FRANCE Le nom du modernisme Ce sont les modernistes eux-mêmes qui se sont donné ce nom les premiers, comme un titre d’honneur : Pie X et les apologistes catholiques le leur ont laissé.“ Nous ne sommes pas gens du moyen âge, nous sommes de notre siècle ; nous n’appartenons pas au passé, nous sommes modernes.” “ Qu’on scrute les profondeurs de nos théories, c’est le dernier mot de la science, c’est la pensée moderne.” Et, en effet, l’erreur moderne, ainsi que le remarque le Concile du Vatican dès le commencement de ses travaux, ce n’est plus le protestantisme, c’est son fils naturel, le rationalisme.Le rationaliste est, dit-il, cette erreur funeste “ qui envahit effroyablement l’univers entier ” : qui trompe et séduit, dans les cinq parties du monde, tous les peuples modernes : Late nimis per orbem vagata.Eh bien, c’est cette erreur moderne du rationalisme qu’adoptent les modernistes, tout en affectant de conserver la langue anciefine de l’Eglise catholique.III.—LE PREMIER PRIE CIPE DU MODERNISME : L'AGNOSTICISME Le modernisme emprunte au rationalisme contemporain trois de ses formes principales et en fait ses trois grands principes, qui le renferment tout entier et d’où découlent toutes ses conclusions : l’agnosticisme, l’immanence vitale, l’évolutionnisme.* * L’agnosticisme L’agnosticisme ou positivisme distingue entre le phénomène et la cause ou le substratum du phénomène, c'est-à-dire l’absolu, l’infini, Dieu ; le phénomène est, dit-il, connu et connaissable ; l’absolu ou Dieu est inconnu et inconnaissable : le phénomène est atteint par la raison, par Y intelligence, par la science : ces termes sont synonymes dans la langue moderniste ; Dieu n’est point objet de science, d’intelligence, de raison. 535 LE MODERNISME En quel sens Dieu est ineffable Il faut bien distinguer : de trois manières Dieu est inconnaissable et ineffable ; mais il est connu d’une quatrième manière.1° Il ne peut être connu adéquatement par aucune créature, c’est-à-dire dans toute sa compréhension, tel qu’il est et dans tout ce qu’il est : car toute créature a une intelligence finie ; or une intelligence finie ne peut jamais comprendre parfaitement Yinfini.2° Dieu ne peut être connu intuitivement, “ face à face,” comme dit saint Paul, dans la vie présente ; car la vision intuitive de l’essence divine est cette vie éternelle promise comme récompense à ceux qui quittent le monde dans la foi et la charité.3° Dieu enfin ne peut être connu directement, immédiatement, en lui-même, par l’intelligence naturelle de la créature, ni par l’intelligence naturelle de l’homme, ni par l’intelligence naturelle de l’ange, par aucune intelligence naturelle, créée ou créable : car toute connaissance de Dieu en lui-même immédiatement, même la connaissance obscure et imparfaite de la foi, est essentiellement surnaturelle, c’est-à-dire elle est mise ou infuse en nous par un don gratuit de Dieu nous élevant par grâce à la participation de sa nature et nous rendant déif ormes.Mais Dieu, dès la vie présente, peut être connu avec certitude indirectement, médiatement, dans le spectacle de ses œuvres : ' Par la grandeur et la beauté des créatures, dit la Sagesse, leur Créateur peut être connu et aperçu \ ” L’intelligence naturelle, en effet, voit dans cet univers immense qui se déploie devant elle comme un miroir de son auteur, miroir très imparfait, il est vrai, mais qui le représente dans une ressemblance lointaine, comme dans un vestige ou même une image, ainsi que l’explique la théologie : elle arrive, à l’aide de ce miroir, très beau, quoique imparfait, à se faire une idée sublime, quoique inférieure, de sa puissance, de sa sagesse, de sa boulé, de sa justice, de son immutabilité, de son éternité, de son immensité, de son infinité, de sa vie, de sa providence ; elle le conçoit comme l’auteur et la fin de toutes choses, qui a donné l’être et la vertu à toutes les causes secondes, les gouverne et les consomme dans des fins dignes de sa bonté et de sa justice.Aussi le Concile du Vatican, résumant toute 1—A magniturlinc speciei et creaturœ cognoscibiliter poterit Creator eorum videri.Sap.XIII, 5 536 LA NOUVELLE-FRANCE la tradition, prononce anathème contre ceux qui disent que Dieu est naturellement inconnaissable : “ Si quelqu’un dit que le Dieu un et véritable, notre Créateur et Seigneur, ne peut, à l’aide des choses créées, être connu avec certitude par les lumières naturelles de la raison humaine : qu’il soit anathème 1 2 3.” L’agnosticisme des modernistes : Dieu n’est pas objet de connaissance Or, le moderniste professe comme premier principe Y agnosticisme.Selon lui, Dieu est inconnu et inconnaissable, universellement, absolument : “ La raison humaine, dit-il, est enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c’est-à-dire, des choses qui apparaissent et telles précisément qu’elles apparaissent.“ L’intelligence n’a ni la faculté, ni le droit d’en franchir les limites ” 8 : ce qui est au delà est une mer pour laquelle elle n’a ni barque ni voiles.“ Dieu n’est point objet de science, Dieu n’est point un personnage historique 4.” L’intelligence ne peut rien affirmer ontologiquement de Dieu.L’absolu c’est la nuit noire pour l’esprit.L’infini est universellement et absolument inconnaissable.” >* 2 Dieu est objet de sentiment Mais, ajoutent les modernistes, ce que l'intelligence ne peut attein-pre, le cœur le peut : Dieu est inconnaissable à la science, il se révèle au sentiment : toute issue est absolument fermée vers Dieu du côté de l’intelligence, les modernistes se font fort d’en ouvrir une du côté du sentiment et de l’action, la voie de la foi, ainsi que nous le verrons plus loin.Car, c’est important de le remarquer, les modernistes pervertissent la notion de la foi : la foi, pour eux, n’est pas une connaissance, comme pour les catholiques, mais un sentiment, elle n’est pas un acte de l’intelligence, mais un acte du cœur ou de la volonté.Théorie absolument fausse.Si Dieu était absolument et universellement inconnaissable, com- 1— Si quia diceret Deum unum et verum, Creatorem et Dominum nostrum, per ea quee facta aunt, natural! rationia humanæ lumine, certo cognosci non posse : anathema ait.De fide cath., can.1.2— Encyc.Paecendi, 1ère Part.3— Ibid.4— Ibid. 537 LE MODERNISME ment pourrait-il être l’objet du cœur et de la volonté ?En un sens, “ le cœur a ses intuitions,” c’est un proverbe ; la charité pénètre plus avant en Dieu que la foi.Mais, selon l’axiome des philosophes, pour aimer il faut connaître : Nihil volitum quin prœcognitum ; la volonté ne peut se porter à ce qui est totalement inconnu : Ignoti nulla cupido.Si donc Dieu ne peut être objet de connaissance, il ne peut être objet de sentiment.“ Qu’est-ce après tout, dit Pie X, que le sentiment, sinon une réaction de l’âme à l’action de l’intelligence ou des sens.” Donc, le sentiment suppose la connaissance, comme la réaction suppose l’action.Et puis, continue Pie X, “ ôtez l’intelligence ; l’homme, déjà si enclin à suivre les sens, en deviendra l’esclave.Et encore, toutes ces fantaisies sur le sentiment religieux n’aboliront pas le sens commun ; or, ce que dit le sens commun, c’est que l’émotion et tout ce qui captive l’âme, loin de favoriser la découverte de la vérité, l’entrave 1.” Voilà deux graves erreurs, pleines des conséquences les plus funestes pour la religion : Dieu n’est nullement objet de connaissance ; Dieu est exclusivement objet du sentiment.En voici d’autres plus graves peut-être encore.V.—LE SECOND PRINCIPE DU MODERNISME : L’iMMÀNENCE VITALE 1° Subjectivisme de Kant Le second principe des modernistes est emprunté à la philosophie de Kant, si chère aux rationalistes, qui a empoisonné la jeunesse studieuse de presque tous les pays, surtout de l’Allemagne et de la France.Kant a prétendu que les philosophes s’étaient égarés en cherchant un pont entre le sujet pensant et {’objet pensé : lui, à la suite d’Abélard et des conceptualistes du moyen âge, il identifie Vobjet pensé avec le sujet pensant.Selon le philosophe de Kœnigsberg, la pensée ne représente pas un objet, elle crée son objet, en sorte que Vobjet c’est la pensée même.A l’origine, nous dit la Genèse, la lumière n’était pas, Dieu dit : “ Que la lumière soit”, et la lumière fut; le soleil, la lune, les étoiles, n’étaient pas ; la terre, la mer n’étaient pas ; les plantes, les 1—Encyc.Paseendi, 1ère Part. 538 LA NOUVELLE-FRANCE oiseaux, les quadrupèdes, l’homme n’étaient pas : Dieu prononça une parole, et toutes choses furent.Selon Kant, le verbe créateur ce n’est pas le verbe de Dieu, c’est le verbe de l’homme : l’homme pense, l’objet est : tous les êtres sont des phénomènes qui jaillissent de la pensée, commencent, durent et finissent par la pensée.Le philosophe du subjectivisme soutient-il son système à l’égard des choses sensibles?Voilà un mur : ce mur est-il parce que je le conçois dans ma pensée î Je converse avec des hommes, ces hommes et leur conversation sont-ils des produits de ma pensée ?Pour Kant, Dieu n'a de réalité que dans le sujet Kant ne recule pas devant ces absurdités.Mais c’est surtout à l’égard des choses intelligibles qu’il affirme son principe : Dieu est parce qu’il est pensé et selon qu’il est pensé.En dehors de la pensée de l’homme, il y a l’absolu, le transcendental, Dieu ; mais l’absolu ou Dieu se concrète dans la pensée et par la pensée ; en sorte que l’absolu pensé est le sujet pensant : en sorte que le sujet est Dieu lui-même.En conséquence, le oui et le non, le bien et le mal, l’être et le non-être se rencontrent et s’identifient dans le transcendental, dans l’absolu, en Dieu, et se posent et se contreposent dans la pensée et le sujet pensant.Le s antinomies de Kant De là, la vérité de ce que le philosophe appelait les antinomies ; il est à la fois vrai, selon lui, que l’infini existe et n’existe pas ; il est à la fois vrai que l’espace est infini et n’est pas infini ; il est à la fois vrai que ce qui est n’est pas, ou, comme le dira audacieusement son disciple le plus fameux, que l’identique et le non identique sont identiques.La sophistique est érigée en philosophie Ce système pose donc à la base de la philosophie la négation du principe de contradiction : A n’est pas A, le oui et le non ont la même vérité : c’est-à-dire, il érige la contradiction en loi première de l’esprit et fait du principe même de la sophistique le fondement de la philosophie et de tout savoir humain.L’immanence vitale des modernistes Les modernistes admettent en substance le subjectivisme de Kant, 539 LE MODERNISME tout en exprimant les principes de leur maître sous des termes en partie nouveaux et en laissant dans une ombre discrète certaines de leurs conséquences les plus contraires au sens chrétien, spécialement le panthéisme et l’identité des contradictoires.Le subjectivisme de Kant s’appelle, dans leur langue, l'immanence vitale.L’homme vit par sa pensée et son sentiment, vivre est le besoin supérieur de sa nature, vivre est sa nature même.Mais cette vie jaillit d’elle-même, comme elle demeure elle-même : vivre, c’est penser, c’est sentir : je suis, donc je pense, donc je sens : je pense, je sens, parce que je suis ; je suis, parce que je pense et sens : mon être est ma pensée et mon sentiment, ma pensée et mon sentiment est mon être : ma vie, c’est moi, je suis ma vie ; ma nature c’est ma vie, ma vie c’est ma nature.Parce qu’en moi il n’y a que moi, en moi il n’y a que la nature, la nature qui se déroule elle-même en elle-même, qui est vie, qui est vie immanente.Voilà l’immanence vitale : la nature pensant et sentant, la pensée et le sentiment naturel, où il n’y a que la nature, où le sujet et l’objet sont identifiés.Mais, dans ce sujet pensant et sentant, on peut distinguer l’absolu et sa réalisation, ce qui est le substratum de la pensée et du sentiment et la pensée et le sentiment eux-mêmes.Ce substratum, les modernistes l’appellent la subconscience, parce qu’elle est au-dessous de la conscience ou de la pensée, parce qu’elle est l’absolu de la pensée, ou la conscience avant son acte.C’est le transcendental de Kant, ce qui dépasse les phénomènes et d’où jaillissent les phénomènes, l’inconnaissable, l’inconnu.Ensuite les modernistes insistent beaucoup, comme nous l’avons déjà vu, entre la science et le sentiment : la science ou l’intelligence a pour objet le phénomène, c’est-à-dire le connaissable; le sentiment a pour objet l’absolu ou Dieu, c’est-à-dire l’inconnaissable.Ce n’est point par l’intelligence—c’est, nous le répétons, un point capital de leur système,—que l’homme s’élève à Dieu, mais par la volonté ou le cœur : il a le sentiment de Dieu, et c’est par ce sentiment et dans ce sentiment qu’il l’atteint.Textes de Pie X “ La religion, disent-ils, a son explication dans l’homme : c’est dans l’homme que se trouve cette explication, et comme la religion est une forme de vie, c’est dans la vie même de l’homme.Voilà l’immanence religieuse, l’une des formes de l’imminence vitale.“ Or 540 LA NOUVELLE-FRANCE tout phénomène vital, et par conséquent la religion, a pour premier stimulant une nécessité, un besoin, pour première manifestation, ce mouvement du cœur appelé sentiment.Il s’ensuit, puisque l’objet de la religion est Dieu, que la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime, engendré lui-même par le besoin du divin V’ La religion et la foi sont des phénomènes qui jaillissent, sous l’empire du besoin, de leur substratum, de la subconscience, de l'absolu.Mais l’immanence vitale, tous ses actes, tous les objets de ses actes, sont, dans la doctrine de Kant et de ses disciples, les modernistes, quelque chose de purement subjectif.Or, observe Pie X, “ une vérité purement subjective, issue du sentiment et de l’action, si elle peut être bonne aux jongleries de mots, ne sert de rien à l’homme, à qui il importe surtout de savoir si, hors de lui, il existe an Dieu entre les mains de qui il tombera un jour, produit de l’immanence vitale, qui éclot du sentiment et s’identifie avec lui, est imaginaire ou est l’homme même : athéisme ou panthéisme.C’est ce que Pie X déclare à plusieurs reprises.“ L’objet de la science, pour les modernistes, dit-il, c’est la réalité du connaissable ; l’objet de la foi, la réalité de l’inconnaissable.Or ce qui fait l’inconnaissable, c’est sa disproportion avec l'intelligence, disproportion que rien au monde, même dans la doctrine des modernistes, ne peut faire disparaître.Par conséquent, l’inconnaissable reste et restera éternellement inconnaissable, autant au croyant qu’à l’homme de la science : ” Jamais donc on ne pourra savoir si Dieu existe : athéisme.D’autre part, “ la doctrine de l’immanence, au sens moderniste, tient et professe que tout phénomène de conscience est issu de l’homme en tant qu’homme : la conclusion rigoureuse c’est l’identité de l’homme et de Dieu, c’est-à-dire le panthéisme.On le voit, les modernistes sont entraînés par leur système jusqu’au panthéisme, comme à l'identité de l’identique et du non-identique.Cependant ils se défendent de ces conclusions tant qu’ils peuvent; s’ils ne les rejettent point franchement, ils y descendent spontanément, mais à la dérobée, et comme ayant peur d’être compris et pris au mot.2 » Le dieu des modernistes, 3 » f A suivre.) Paul Blondel, 1— Encyc.Paacendi, 1ère Part.2— Ibid.3— Ibid. 541 UN VOYAGE AU NORD-OUEST UN VOYAGE AU NORD-OUEbT Le monde en vieillissant perd décidément sa candeur.On ne croit plus aujourd’hui personne sur parole, et l’âge d’or est passé.C’est ainsi que, en mai dernier, lorsque, annonçant à mes amis mon prochain départ pour le Manitoba, j’insistais sur les fatigues d’un voyage que le devoir m’imposait, je constatai, non sans dépit, que personne ne me prit en pitié.Plusieurs, même, prétendirent que le sacrifice me coûtait peu, et que j’étais, au fond, reconnaissant à Monseigneur Langevin de son aimable invitation.Protester serait superflu.C’est pourquoi je vais, sans autre préambule, narrer au bienveillant lecteur mon voyage dans l’Ouest.* * Ce fut donc le 13 juin dernier, que je pris à Ottawa passage pour Winnipeg à bord du train nommé l’Imperial Limited.Que si vous me demandez le pourquoi de ce nom qui ne correspond à rien, je vous répondrai qu’un profane n’a point le droit de discuter les mystères du Pacifique Canadien.C’est une corvée mortellement ennuyeuse que ce voyage de deux jours au travers des Laurentides pendant lequel, sauf d’Ottawa jusqu’à Pembroke et dans le Nipissing, l’œil ne rencontre qu’un spectacle de perpétuelle désolation.Imaginez-vous un désert où manque la terre arable, une chaîne de montagnes sans armature et sans pics, des rochers jetés pêle-mêle, une muraille de granit effondrée, des vallées closes transformées en lacs et en marais, et, sur le sol crevassé, des mousses, des framboisiers, des fougères, des épinettes rachitiques, des bouleaux nains.Un voyageur venu de Chine comparait le Canada à ces corbeilles suspendues aux bouts d’un bâton que les jardiniers de là-bas portent sur leurs épaules.Les Laurentides sont le bâton.Quoi d’étonnant de voir les émigrants perdre courage en traversant ces lieux sauvages et se prendre à regretter leur patrie ! Est-ce à dire que rien, sur ce long parcours, ne soit digne d’intérêt ?Non.Les bords des Grands Lacs que l’on suit pendant six heures sont bien faits, au contraire, pour nous ravir d’admiration.Notre corniche canadienne peut, vraiment, rivaliser en beauté avec 542 LA NOUVELLE-FRANCE la fameuse Corniche de Provence, quoique les aspects de leur beauté varient.Sans doute on ne doit point chercher ici le charme incomparable de la Côte d’Azur, son air tiède, son ciel de feu, sa mer étincelante, ses villas, ses fleurs ; mais quelle sauvage grandeur dans nos falaises de granit, dans les flots d’un bleu intense, dans les îlots noirs de sapins, dans l’infini de la forêt, dans le silence de la nature ! Nulle trace d’humanité ne trouble ces solitudes, si ce n’est de-ci, de-là, la tente d’un chasseur indien, une station isolée entourée de cabanes.Le malheur est qu’un beau spectacle, quand il est monotone, lasse vite.C’est pourquoi lorsqu’on retrouve, en arrivant à Port-Arthur, la poussière des villes, la trompe des automobiles, le timbre des tramways, le sifflet des steamers, on éprouve, je l’avoue en rougissant, une impression de soulagement.Mais voici que notre train se replonge dans la montagne et que nous cherchons dans le sommeil un remède à l’ennui.Lorsque, le lendemain, le soleil nous éveilla, nous arrivions à Kenora.Ce nom nouveau est celui d’une charmante petite ville située sur les bords d’un lac d’une beauté merveilleuse, le lac des Bois.Ce lac est fameux dans l’histoire des Pays d’en Haut ; car c’est là, au Portage du Eat, que les voyageurs canadiens, remontant en canot les Grands Lacs, débouchaient pour se rendre au Fort Garry.Nous aussi nous approchons du Fort Garry.Il est sept heures, et à midi nous entrerons dans Winnipeg.Déjà l’aspect du pays change.La montagne s’humanise, le roc se cache sous l’humus, d’épais et jeunes taillis s’étendent à perte de vue.Puis le sol s’aplanit tout à fait, la forêt s’éclaircit et meurt, la prairie commence morne et marécageuse, l’horizon s’arrondit bas comme sur l’océan ; notre convoi rapide cherche vainement à rompre le cirque qui nous enserre.Cependant les signes de la présence de l’homme se multiplient.Les champs fumeux tranchent sur la savane, le grain pointe dans les guérets noirs, quelques maisons isolées se dressent, les élévateurs maussades entourent les gares.Il est midi, les colonnes de fumée annoncent Winnipeg.• * C’est la grâce spéciale du Canada qu’on soit le bienvenu dans toutes les demeures sacerdotales.J’étais donc assuré de trouver 543 UN VOYAGE AU NORD-OUEST auprès de Monseigneur Langevin le plus cordial et le plus paternel accueil.La maison épiscopale était alors remplie d’hôtes ; car de toutes les parties du diocèse les prêtres accouraient pour la réception de Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique qu’on attendait le lendemain.Cette heureuse coïncidence me permit, avant de commencer mes retraites, d’assister à de belles manifestations religieuses et d’entrer en contact avec le clergé.Comme les journaux ont raconté ces fêtes avec abondance de détails, je me contenterai de dire ici qu’elles furent vraiment imposantes et qu’elles impressionnèrent favorablement la population pourtant si fanatique de Winnipeg.Pendant cinq jours, Monseigneur Stagni, avec une grande simplicité et une patience inaltérable, se prêta à tout ce qu’on demandait de lui, visita toutes les institutions de la ville et des environs, et fit preuve d’une endurance physique qui me surprit.Mais je m’arrête, car je n’entends rien au métier de flatteur.Lorsque, le lundi 23 juin, le Délégué, poursuivant le cours de ses visites, prit le train de Regina, d’autres fêtes étaient commencées : la Saint-Jean-Baptiste, le Congrès de la Langue française, auquel Monsieur Henri Bourassa prit une part si brillante, et à la suite duquel des résolutions d’ordre pratique relatives à la colonisation furent votées.Mais le travail pour lequel j’étais appelé m’empêcha, à mon grand regret, d’assister à ces réunions.J’avais commencé chez les Sœurs de la Miséricorde de Winnipeg une série de retraites qui devait se prolonger pendant deux mois en diverses communautés.L’hôpital de la Miséricorde est situé dans l’un des plus élégants quartiers de Winnipeg.Lorsque, il y a quinze ans, les religieuses achetèrent pour quelques milliers de piastres un vaste terrain en pleine campagne, elles doutaient peu qu’elles faisaient là une spéculation des plus heu-Sur ce terrain, qui forme actuellement un bloc entier entouré de belles rues et desservi par les tramways, elles ont construit un édifice en briques blanches parfaitement adapté à l’objet de leur vocation.Elles opèrent un bien incalculable dont le public mal informé ne saurait se faire une idée, mais qu’apprécient Dieu, le clergé, les médecins, et les personnes qui ont recours à leur charité.Pour accroître les ressources nécessaires à leur œuvre et pour donner un emploi à leur trop vaste établissement, elles ont établi une clinique d’accouchement à l’usage du public qui est fort appréciée des familles les plus honorables.Mais, comme cette source de revenus demeure iusuffisante, ces femmes généreuses ne rougissent se reuses. 544 LA NOUVELLE-FRANCE pas d’aller de porte en porte demander l’aumône pour l’amour de Dieu.Il n’est que juste d’ajouter qu’elles reçoivent généralement un bon accueil des protestants aussi bien que de leurs coreligionnaires.Mais changeons de sujet.Un soir que j’étais allé, sur un frais que la brise naissante apportait, et que mes regards cherchaient vainement à découvrir, derrière le rideau vert des arbres et la vaste enceinte de la cité, quelque échappée sur la campagne, j’évoquai par l’imagination les spectacles du passé.Il me sembla, tout d’abord, contempler un vaste océan battant de ses vagues les puissantes assises des montagnes Rocheuses, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique.Puis, sous la poussée des forces souterraines, les fonds se soulevèrent et les flots précipités s’enfuirent en sens divers, les uns vers les mers du Nord, les autres au Sud par la dépression du Mississipi, d’autres à l’Est par les Grands Lacs et le Saint-Laurent.Ce mouvement n’est point arrêté puisque les lacs innombrables et les marais qui naguère encore couvraient le pays sont en voie rapide de dessèchement.Combien dura cette époque primitive ?On l’ignore ; mais l’épaisseur des sédiments qui constituent le sol des Prairies et l’uniformité de leur surface indiquent assez son importance.La couche de limon superficiel atteint fréquemment trente et quarante pieds.Un architecte, M.Sénécal, m’assure avoir amené à jour, en forant un puits artésien, un beau coquillage parfaitement conservé, d’un fond de cent quarante-sept pieds.Lorsque la croûte terrestre se fut affermie, une herbe grossière couvrit l’humus de ses touffes clairsemées, et l’ère des grands ruminants commença.D’immenses troupeaux transhumants passaient leur vie toujours en marche, du golfe du Mexique à la baie d’Hudson, en quête de frais pâturages, labourant le sol de leurs sabots, jonchant la plaine de leurs os.Nos vieux missionnaires, et parmi eux le Père Lacombe qui vit encore, ont connu le temps où, pour employer l’expression biblique, les bisons étaient nombreux au Nord-Ouest “ comme les étoiles du ciel et le sable de la mer.” L’imprévoyance des Sauvages, l’emploi des armes à feu, et surtout les progrès de la colonisation ont anéanti, ou à peu près, ces nobles animaux.Après les bêtes vinrent les hommes rouges, les Indiens qui durant des siècles vécurent de chasse et de pêche.balcon de l’hôpital, respirer l’air 545 UN VOYAGE AU NORD-OUEST Enfin, dans les dernières années du dix-huitième siècle, les blancs firent leur apparition.C’étaient, pour la plupart, des Ecossais et des Canadiens, chasseurs et voyageurs au service des Compagnies de traite.Ces intrépides aventuriers sont demeurés les héros de nos romances et de nos contes.Du mariage de ces hommes avec les Sauvagesses naquirent les Métis.L’Eglise mère toujours vigilante n’abandonna point ses fils vagabonds.Dès l’aube du siècle dernier, les évêques de Québec prirent l’habitude d’envoyer, chaque printemps, quelques jeunes prêtres faire mission dans cette partie perdue de leur immense diocèse.En 1818, Monseigneur Provencher fut nommé vicaire apostolique du Nord-Ouest, honneur chèrement payé puisqu’il comportait l’engagement de s’exiler au désert.Lord Selkirk, gouverneur de la Compagnie souveraine de la Baie d’Hudson, lui fit, en don de joyeux avènement, un cadeau splendide dont personne alors ne pouvait deviner la future importance.Il concéda à l’Eglise catholique un territoire de quatre milles de façade sur cinq milles de profondeur à quelques arpents de la rivière Eouge et de son affluent l’Assiniboine, non loin du fort Garry.Or c’est sur ce terrain que s’élève aujourd’hui une partie de la ville de Saint-Boniface et que se prolongeront sous peu d’années les immenses faubourgs de Winnipeg.La vie de Monseigneur Provencher fut un long et douloureux martyre.Les espoirs qu’il échafaudait obstinément s’écroulaient sans cesse.Les prêtres qu’il faisait venir de Québec se décourageaient presque tous ; les Sauvages étaient forcément abandonnés ; la colonisation jouait de malheur, car chaque année les gelées ou les inondations mettaient les récoltes en péril, si bien que la conviction s’établit fermement au Canada que le Nord-Ouest était incultivable.Le pauvre évêque comprit alors que l’unique moyen de sauvegarder son œuvre serait de la confier à une congrégation religieuse.On sait ce qu’il advint, comment il appela les Oblats à son aide, 1845, comment après s’être choisi, 1850, en Monseigneur Taché un coadjuteur digne de lui, il put enfin, 7 juin 1853, mourir en paix.Les Oblats travaillèrent dans ces immenses régions avec le zèle et le succès que chacun connaît.Ils écrivirent au Nord-Ouest la plus belle page, peut-être, de leur histoire ; et l’Eglise canadienne serait ingrate si elle oubliait jamais ce qu’elle leur doit.La Providence, d’ailleurs, n’a point manqué de les récompenser.Ces apôtres de l’Ouest, ces civilisateurs de barbares comptent, en effet, dans ces ter- 546 LA NOUVELLE-FRANCE ritoires naguère désolés six évêques et deux cent trente prêtres, avec une foule de Frères coadjuteurs et une légion de vaillantes Sœurs Grises, lesquelles, dès l’origine, ont collaboré à leurs travaux.Ils voient aujourd’hui la moisson semée dans les larmes mûrir merveilleusement, ils voient de nouveaux ouvriers accourir de tous les points de l’horizon pour les aider à engranger les gerbes ; et le spectacle de ce généreux concours les remplit d’une joie surnaturelle.Monseigneur Taché mourut à l’aurore des temps nouveaux.Lorsque, en 1894, il rendit son âme à Dieu, la colonisation ne faisait que de commencer, et il ne connut de la civilisation que les amertumes.La liberté de ses Ecoles lui avait été ravie, 1890.On comptait alors dans tout l’Ouest cinquante-cinq mille catholiques ; ils sont actuellement trois cent mille.Pour être juste, toutefois, il ne faut point oublier que le plus puissant facteur de la colonisation du Nord-Ouest fut le chemin de fer du Pacifique Canadien.Le voyage que nous accomplissons actuellement en quelques jours et presque sans fatigue était moralement impossible aux foules, puisqu’il fallait des mois aux voyageurs d’autrefois pour le mener à bonne fin.La nouvelle de l’ouverture de la voie ferrée, 1885, fut le signal de l’invasion pacifique des colons, invasion qui grandit chaque année au point d’alarmer plus d’un prévoyant patriote.Ill Mais, dira-t-on, que pensez-vous de Winnipeg ?Ce que j’en pense, c’est que l’histoire de Chicago se répète et que la métropole du Nord-Ouest peut aspirer sans présomption aux plus hautes destinées.Rien n’est plus décevant que de vouloir fixer les traits d’une ville dans sa période de formation ou d’évolution, car ou peut rester assuré que le tableau que l’on en trace aujourd’hui sera infidèle demain.C’est ainsi qu’un écrivain d’humeur maussade (il pleuvait quand il passa), faisait naguère de Winnipeg un portrait peu flatteur : cabanes mal alignées, hôtels énormes et laids, trottoirs en bois disjoints, rues démesurées, pleines d’une boue liquide où les piétons s’enlisaient.Quant à moi, j’ai contemplé avec admiration les plus superbes rues qui soient au monde, asphaltées, cimentées, et si longues que leur largeur ne choquait point.J’ai vu partout de beaux parcs, et, en bordure des maisons, des plantations d’ormes et d’érables Giguère. 547 UN VOYAGE AU NORD-OUEST Sans doute les résidences sont d’ordinaire assez vulgaires, et il s’en faut que Winnipeg ait la grâce d’Ottawa; mais ce qu’elle perd en élégance, elle le compense en grandeur.Quelques monuments, les gares surtout, sont magnifiques.Les automobiles pullulent au point que l’on ne voit presque plus de chevaux et que cette ville si active est silencieuse.La fièvre du progrès est si ardente que tout autour de la cité, en pleine campagne, les rues sont tracées et les terrains allotis.Qu’il y ait de la folie dans cette fièvre, on n’en saurait douter.Les taxes sont écrasantes ; les Anglais effrayés de l’énormité des emprunts municipaux ont serré les cordons de leur bourse, les ventes forcées se multiplient, les bureaux d’immeubles ferment leurs portes, les sans-travail abondent dans toutes les villes de l’Ouest.Après le boom le krach est venu.Mais qu’est-ce à dire et pourquoi s’étonner ?Il faut un estomac intrépide pour digérer chaque année quatre cent mille émigrants.Enfin, tant bien que mal, la digestion s’opère et le boom reprend.La chenille elle aussi a ses krachs et ses booms, le krach de la chrysalide avant le boom du papillon.Ah 1 ce n’est pas ainsi que l’on procède dans notre bon vieux Québec.On ne brûle point les étapes.Notre papillon, fixé dans sa beauté gothique, contemple impassible du haut de son roc le bateau du progrès qui monte.Retournons à Winnipeg et, puisque l’on affirme que les chiffres sont éloquents, recourons à cette éloquence.Population de Winnipeg en 1870, « “ “ 1885 « « « 1902 “ “ “ 1905 « “ “ 1912 215 habitants.19.000 56.000 101,000 200,000 Ce dernier chiffre, si j’en crois les gens de Saint-Boniface naturellement un peu jaloux, est exagéré d’un bon quart.Dans l’Ouest il faut toujours se méfier de l’inflation.Pauvres Gascons endormis dans votre gloire, ré veillez-vous ! L’Ouest est né, prenez garde à vos lauriers ! Que si l’on me demande ce que je pense de la physionomie des habitants de Winnipeg, je prendrai mon courage à deux mains, comme on dit, et je répondrai qu’ils m’ont paru un peu Ce à quoi les indigènes riposteront, non sans apparence de vérité, que les rustiques que je dédaigne sont des colons venus comme moi d’Europe rustiques., et j’aurai le bec fermé.* » 548 LA NOUVELLE-FRANCE Winnipeg s’étend sur la rive occidentale de la rivière Eouge, un d’eau de la taille de notre rivière Saint-Charles à marée haute.cours Sur l’autre bord s’étale le vaste territoire mal peuplé, mais percé de belles rues, de Saint-Boniface.J’avoue qu’en pénétrant dans la petite capitale des Français de l’Ouest j’éprouvai, non une déception, mais une agréable surprise.Je me figurais Saint-Boniface en face de sa puissante rivale sous l’humble forme de Hull, vis-à-vis de la superbe Ottawa.Grâce à Dieu il n’en est point ainsi, et la comparaison serait plus juste de Lévis et de Québec.Saint-Boniface est, dans l’Ouest, le château-fort de notre religion et de notre nationalité.Faisant front à la rivière, bien que cachés derrière d’épais rideaux de verdure, se dressent parallèlement l’archevêché, la cathédrale, l’hospice des Sœurs Grises, et, un peu plus loin, l’hôpital.Au second plan,d’autres édifices imposants complètent heureusement le groupe.Ce sont le petit séminaire, le collège des Jésuites, le juniorat des Oblats, le couvent des Sœurs de Jésus et de Marie, l’école das Frères Marianistes.Je devrais, pour être complet, faire mention des Carmélites et des Oblates, mais leurs maisons ne sont que temporaires.Saint-Boniface, qui a conscience de son rôle national, résiste bravement, avec ses sept mille habitants, aux séductions de Winnipeg qui voudrait l’annexer ; mais sera-t-elle capable de résister toujours ?Ce qui explique sa force de résistance, c’est son histoire et son antiquité.L’évêché et la cathédrale, en effet, malgré les incendies et les destructions dont ils furent victimes, sont demeurés au même lieu où les plaça Monseigneur Provencher.Quant aux colons canadiens, ils s’établirent surtout dans les comtés qui environnent la ville.La cathédrale de Satnt-Boniface, réplique de la cathédrale d’An-goulême où j’eus l’honneur d’être vicaire, est une imposante et massive construction à quoi rien dans l’Ouest ne saurait être comparé.Et cependant, malgré ses vastes proportions, elle se remplit deux fois chaque dimanche de pieux fidèles.Le petit séminaire, édifice tout neuf, ferait, comme la cathédrale, honneur aux plus grandes villes.Je rendrai le même témoignage d’admiration au magnifique hôpital des Sœurs Grises et au couvent de Jésus et de Marie.Le collège des Jésuites, assez vaste mais ancien, brille surtout par le personnel qui l’habite.Ses quatre cents élèves lui rendent témoignage.C’est là que se construit et s’entretient sous l’œil du premier pasteur l’édifice spirituel du catholicisme français. 549 UN VOYAGE AU NORD-OUEST Lorsque, après un séjour à Saint-Boniface, on se transporte à Winnipeg, l’impression se forme, bien nette, qu’on est passé dans un milieu étranger et même hostile.Deux édifices seulement font honneur à l’Eglise, le couvent de Jésus et de Marie, et l’hôpital de la Miséricorde.Le monastère du Bon-Pasteur, en dehors de la ville, sur le bord de la rivière, n’est qu’une habitation temporaire.Les écoles catholiques ont été mises au ban de l’Etat.Il faut pour les entretenir payer double taxe.Il est bien vrai que l’on trouve actuellement dans la ville neuf paroisses : quatre anglaises, une française, une allemande, une polonaise, une ruthène, une syrienne ; mais leur population réunie ne dépasse point vingt-trois mille âmes, et leur état de dispersion sur un immense territoire expose fatalement les fidèles à subir des influences dommageables à leur foi.IV Qu’est-ce à dire, et faut-il se décourager ?Non certes.Tout d’abord, je puis l’affirmer sans arrière-pensée de flatterie, j’ai rencontré dans l’Ouest un bon clergé, pauvre, laborieux, dévoué à ses chefs.La satisfaction unanime qu’il éprouvait de la nomination de Monseigneur Béliveau à la charge d’auxiliaire de Monseigneur de Saint-Boniface honore également le nouvel élu et ses anciens confrères.Ensuite j’ai constaté que les prêtres sont pleins de confiance dans l’avenir et s’accordent à déclarer que depuis dix ans la situation, au point de vue national et religieux, s’est améliorée sensiblement.Eeste la question des écoles.Il faut bien avouer à ce sujet que jusqu’ici justice ne nous a point été rendue, et que tous les politiciens, à quelque parti qu’ils appartiennent, nous ont trompés.Ce n’est pas qu’ils manquent à notre égard de ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé ; mais le moindre rugissement du lion orangiste les met hors d’eux-mêmes et leur fait oublier leurs engagements.Malheur aux faibles ! Pour être écoutés, soyons redoutés.Ajoutons, cependant, que la persécution ne se fait pas sentir ailleurs que dans les grandes villes, c’est-à-dire à Brandon et à Winnipeg, Dans les campagnes nous vivons sous le régime précaire de la tolérance.Quant à Monseigneur Langevin qui depuis tant d’années boit à l’amer calice, sa consolation est de se sentir appuyé par l’unanimité 550 LA NOUVELLE-FRANCE des siens.Ses bataillons lui restent fidèles.Et s’il meurt avant d’avoir contemplé le triomphe définitif du droit, son honneur sera d’être demeuré pur de toutes compromissions.Que dirai-je de la question ruthène ?Il faut bénir le Saint-Siège d’avoir donné aux Euthènes un évêque national.C’est dans des cas comme celui-ci que l’on constate sensiblement l’assistance divine qui ne manque jamais à l’Eglise dans ses crises.Mais, mon Dieu ! que la charge placée sur les épaules de Monseigneur Budka est pesante 1 Prions pour ce jeune et courageux évêque.Dieu fasse qu’il trouve dans sa patrie abondance d’apôtres, qu’il apprécie comme il convient les jeunes prêtres héroïques passés de notre rite au sien, que son peuple lui soit soumis, que l’homme ennemi ne ravage point son troupeau de cent cinquante mille émigrants désemparés.Ne nous contentons pas de prier pour lui, aidons-le de nos aumônes.Le Manitoba compte actuellement, pour une population de 445,000 habitants, 74,000 catholiques distribués entre les diverses races comme suit : Canadiens français et belges Italiens.Polonais.Anglais.Allemands.Indiens.Euthènes.33,453 972 12,310 9,485 2,062 2,000 14,000 Il convient d’observer que ce dernier chiffre est bien inférieur à la réalité.Les Euthènes, confondus dans le recensement officiel avec d’autres races, sont probablement au nombre de trente ou de quarante mille, ce qui accroît notablement la population catholique manitobaine.(A suivre.) fr.Alexis, cap. X QUAND LA FIN DU MONDE ?551 À QUAND LA FIN DU MONDE ?(3e article.) III PROPHÉTIES DE L'ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT Nous avons vu dans un précédent article que, humainement et scientifiquement parlant, il est possible, bien que peu probable, que le monde —notre monde terrestre—trouve la fin de son existence dans une catastrophe cosmique.Or si, quittant le terrain purement naturel et humain, nous nous plaçons au point de vue surnaturel et scripturaire, nous voyons que la fin du monde est prédite comme devant être amenée par un bouleversement général de la nature.Que l’on consulte les anciens Prophètes ou les auteurs du Nouveau Testament, c’est toujours la même note.Joël, Isaïe, Ezéchiel, Notre-Seigneur lui-même d’après les synoptiques, saint Pierre après la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, tous tiennent le même langage.Ecoutez Joël : “ La Terre tremble, les cieux sont ébranlés, le Soleil et la Lune sont enténébrés, les étoiles perdent leur éclat.Le Soleil se change en ténèbres et la Lune en sang 1.” 1—Joël, n, 10, 31 ; in.A facie ejus contremuit Terra, moti sunt Cceli, Sol et Luna obtenebrati sunt.Is.32, 10.Et dabo prodigia in Cœlo et in Terra, sanguinem, et ignem, et vaporem fumi.n, 30.Sol convertitur in tenebras, et Luna in sanguinem, antequam veniat dies Domini magnus et horribilis.n, 31.Sol et Luna obtenebrati sunt, et Stellæ retraxerunt splendorem suum.ni, 15. 552 LA NOUVELLE-FRANCE Isaïe n’est pas moins explicite : “ Les étoiles du Ciel ne répandront plus leur lumière ; le Soleil à son lever sera obscur et la Lune ne luira plus.Le Seigneur des armées, dans son indignation, bouleversera le Ciel ; la Terre sortira de son orbite (movebitur Terra de loco suo).Toute l’armée sidérale (militia cœlo-rum) disparaîtra (tabescet) et les deux se replieront, s’enrouleront (complicabuntur ), comme un livre 1, et toute leur armée s’effeuillera comme s’effeuille la vigne et le figuier (et omnis militia eorum defluct, sicut defluet folium de vinea et de fieu.Les deux se dissiperont comme une fumée, et la Terre sera rejetée comme un vieux vêtement (Terra sicut vestimentum atteretur) ” 2 3.Ezéchiel présente un tableau analogue : “Je fermerai le Ciel et rendrai noires ses étoiles ; je couvrirai le Soleil de nuages et la Lune ne donnera plus sa lumière.Je ferai pleurer (mœrere) sur toi tous les flambeaux du Ciel, et je répandrai les ténèbres sur la terre que tu occupes (super terram tuam)” s.Il est vrai que Joël s’adressait spécialement au peuple de Juda, qu’Isaïe fulminait contre Babylone, et Ezéchiel contre le pharaon d'Egypte.Mais il est généralement admis en herméneutique et exégèse que, en raison de l’unité du plan divin, il y a corrélation entre ce qui regarde le châtiment des peuples, à travers l’histoire, et la punition de tous les impies à la fin des temps 4.D’autre part, la prophétie “ est un tableau où les plans ne sont point distincts en apparence.Dieu place les événements comme sur une toile, de sorte que le présent touche au passé et à l’avenir.Isaïe 1— On sait que, dans l’antiqnité, les livres affectaient les formes de rouleaux de parchemin qu’on déroulait pour en prendre lecture, et qu’on refermait en les enroulant de nouveau.Cette belle comparaison se retrouve au verset 14 du Livre VI de l’Apocalypse : Et cœlurn récessif sicut liber involutes.Et omnis moris, et insulœ de locis stiis motce sunt.2— Isaïe, xiii, 13; xiv, 4 ; li, 6.3— Ezéchiel, xxxii, 7 et 8.4— Cf.l’abbé Fillion : La Sainte Bible commentée, Ezéchiel, XXX, 7, 8, ad notam.—Paris, Letouzey et Ané. X QUAND LA FIN DU MONDE ?553 parle de la ruine de Baby lone en même temps que du Jugement dernier ”1.Joël et Ezéchiel font de même à propos l’un de J uda, l’autre de l’Egypte.C’est ainsi que le langage des prophéties s’applique simultanément à plusieurs événements d’ordre différent.Les menaces exprimées par ces symboles violents, ces allégories sanglantes, seraient applicables à la fois à chacun des peuples qu’elles visent en particulier et, d’une manière plus générale, à l’humanité tout entière, au moins dans sa partie réprouvée, aux approches du Jugement dernier.Il en est de même, comme nous l’allons voir, des prophéties du Nouveau Testament.La plus importante, prononcée par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, concerne à la fois l’événement très prochain de la ruine de Jérusalem et, dans un lointain indéfini, celui de la fin des temps.Là aussi il est question de l’obscurcissement du Soleil et de la Lune 2, de signes dans le Ciel.Il est dit, en plus, que les étoiles tomberont3.Il y est parlé encore de la tribulation des peuples terrifiés par les convulsions de la mer et des flots (pressura gentium prœ confusione sonitus maris et fluctuum) comme par l’attente et la crainte de ce qui doit arriver au monde entier (quœ supervenient universo orbi i 5.Les vertus des cieux (virtutes, c’est-à-dire leurs puissances ou les lois qui les régissent) seront ébranlées, commovebuntur 6.“ Alors apparaîtra dans le Ciel le signe du Fils de l’Homme ; alors tous les peuples de la Terre seront dans la désolation ; alors ils verront le Fils de l’Homme venant sur les nuées du Ciel avec une grande puissance et une grande majesté : Tune videbunt Filium hominis venientem in nubibus cam virtate magna et gloria 6.1— Abbé Salmon : La Sainte Bible racontée et commentée.—Paris, Firmin' Didot.2— Math., xxiv, 29_Marc, xm, 29.3— Math., xxiv, 29.4— Luc, xxi, 29, 27.5— Math., xxiv, 29.6— Math., xxiv, 30 Marc, xm.26—Luc, xxi, 27. 554 LA NOUVELLE-FEAN CE Ces derniers termes de la prophétie de Notre-Seigneur paraissent parfaitement clairs, et il semble difficile de les interpréter dans un sens différent que leur application à la fin des temps et à l’inauguration, si l’on peut ainsi dire, du Jugement général et dernier.Les déclarations de saint Pierre, dans sa deuxième Epitre, confirment cette interprétation : “ Advemet dies Domini ut fur ; in quo cœli magno impetu TRANSIENT, ELEMENTA VERO GALORE 80LVENTUR, Terra autem et quœ in ipsa sunt opera exurentur.1 2 diem Domini per quem cœli ardentes solventur et elementa ignis ardore tabescent 3 * *.“ Comme un larron, arrivera le jour du Seigneur où les deux passeront avec un grand fracas 8, où les éléments seront dissodés par la chaleur, et la Terre avec tout ce qu’elle contient sera consumée., jour du Seigneur à cause duquel les deux enflammés seront dissous et les éléments fondus par l’ardeur du feu.Les menaces de Notre-Seigneur s’étendent davantage encore, comme on le voit notamment au chapitre XVII de l’Evangile selon saint Luc, aux versets 22 à 35.Saint Pierre, dans son discours adressé aux Juifs, après avoir reçu à la Pentecôte l’effusion du Saint-Esprit, reproduit, en partie textuellement, la vieille prophétie de Joël : Prodiges dans le Ciel et sur la Terre, du sang et du feu, des tourbillons de fumée, le Soleil changé en ténèbres et la Lune en sang.Act.Apost., chap.11, 17, 19, 20.A côté de ces présages sinistres, il n’est pas d’un minime intérêt de constater qu’il en est aussi de consolants.Isaïe, après avoir décrit le bouleversement de la nature entière aux derniers jours, fait entrevoir sa glorification qui doit suivre : “ La Lune brillera comme le Soleil, et la lumière du Soleil sera sept fois plus grande au jour où le Seigneur aura pansé la blessure de son peuple et aura guéri ses 1— II Petr., III, 10.2— Ibid., III, 12.3— Magno impetu, dit la Vulgate, traduisant ainsi le mot grec roïdédon qui signifie bruit strident (Cf.A.Fillion, La Ste Bible commentée, t.vin, p.71 3 ad not.) 555 X QUAND LA FIN DU MONDE ?plaies.Et erit lux Lunœ sicut lux Solis, et lux Solis erit septem-pliciter sicut lux septem dierum, in die qua, alligaverit Domi-nus vulnus populi sui, in percussuram plagœ ejus sanaverit.“ Magnifique tableau, dit l’abbé Pillion, de la glorification de la nature aux derniers jours du monde.Septempliciter.sicut lux septem dierum, le chiffre sept, chiffre de la perfection.In die qua alligaverit : vulnus.figure qui marque la cessation de tous les maux.Ailleurs,^le même prophète trouve encore des paroles d’encouragement et de confiance : “ Levez vos yeux au Ciel et voyez sous vos pieds la Terre : les deux s’évanouissent comme une fumée, la Terre est dédaignée comme un vêtement usé, et tout ce qui l’habite périra avec elle (cam hac, d’après la Vulgate, similiter d’après Arias Montanus 8).Mais mon salut sera éternel et ma justice ne faillira pas.” 1 2 3 4 5.C’est surtout sur la fin de son livre que le prophète fait entrevoir la régénération de la nature accompagnant celle de l’homme : “ Voici que je crée de nouveaux Cieux et une nouvelle Terre, et le monde ancien sera publié.Et de même que les nouveaux Cieux et la nouvelle Terre que je fais subsister devant moi, dit le Seigneur, ainsi votre race et votre nom subsisteront à jamais.6 C’est là, dit la Bible commentée, la description de l’âge d’or messia- » î » 2 1— Isaib, XXX, 26.2— Cf.Cl.Fili.ion, Bible commentée.3— Traduction littérale interlinéaire du texte hébreu, dans la Biblia hebraiea benedicti Arriæ Montant ; Antuerpia, 1584.4— Levate in coelum oculos vestros, et videte sub Terra deorsum ; quia cœli sicut fumus liquescent, et Terra sicut vestimentum atteretur (veterascet, traduit Montanus) ; et habitationes ejus sicut hæc interibunt ; salus autem mea in sempiternum erit, et justitia mea non deficiet (non conteretur d’après A.M.) Isaib, LI, 6.5— Ecce enim creo coelos novos et terram novam; et non erunt in memo-ria priora, et non ascendent super cor.Is.lxv, 17.Quia sicut cœli novi et terra nova quæ ego facio stare coram me, dicit Dominus, sic stabit semen vestrum et nomen vestrum.ls.lxti, 22. 556 LA NOUVELLE-FRANCE nique.La nature sera transformée comme les hommes.Le regard ravi d’Isaïe contemple, dans un même horizon, toutes les voies divines relatives au salut du monde, non seulement jusqu’à la fin des temps, mais durant l’éternité.Eternité soit du bonheur des justes, soit des supplices des méchants.Ces paroles de consolation et de reconfort, appliquables à ce qui suivra les derniers temps, trouvent leur confirmation dans le Nouveau Testament, et plus particulièrement dans deux textes, l’un de saint Pierre, l’autre de l’Apocalypse.Au chapitre III de sa seconde Epître, le prince des Apôtres s’exprime ainsi : “ Suivant la promesse du divin Maître (Ipsius), nous attendons de nouveaux Cieux et une Terre nouvelle où habitera la justice.” 1 2 Saint Jean ouvre le chapitre XXI de son Apocalypse par cette déclaration : “ Alors je vis un Ciel nouveau et une Terre nouvelle ; car le premier Ciel et la première Terre avaient disparu et la mer n’était plus.” C’est, dit l’abbé Fillion, la “ transformation de la nature entière, car tout sera renouvelé, transfiguré.De même que la nature a été humiliée pour les péchés des hommes, de même elle sera glorifiée avec eux.” 1 **# Mais tous ces oracles consolants se rapportent plutôt aux commencements des temps nouveaux qu’à la fin des temps actuels ; or ce sont ces derniers qui nous intéressent d’abord.Bien que, en soi, les autres soient pour nous tous d’un intérêt non moins palpitant, ils sont plus mystérieux encore et demanderaient à faire l’objet d’une étude spéciale.Bornons donc notre travail à rechercher comment et quand aura lieu la fin du monde.1— Cf.Cl.Fillion, La Sainte Bible commentée d'après la Vulgate.Tome V, pp.507, ad notam ; 513, ad not.2— Novos Coelos et novam Terrain, secundum promissa Ipsius expectamue, in quibus justitia habitet.II Petr., 111, 13.On lit aussi, au chapitre XXI de l’Apocalypse, v.1 : Et vidi coelum novum et terram novam ; primurn enim Cœlum et prima Terra abiit, et mare jam non est. X QUAND LA FIN DU MONDE ?557 Dang l’ordre scientifique et purement naturel, nous savons que, selon les plus grandes probabilités, l'extinction de la vie sur notre globe se fera peu à peu, en fonction de la dégénérescence des éléments, et suivant un nombre tellement grand de millions d’années qu’on en peut considérer la durée comme pratiquement indéfinie.Nous savons aussi qu’il n’y a pas, scientifiquement, impossibilité à ce que le sphéroïde terrestre soit, un jour ou l’autre, victime de quelque cataclysme cosmique ; et cette possibilité ramène aussitôt à notre esprit la pensée des prédictions, sinistres pour la plupart, contenues dans l’Ancien et le Nouveau Testament touchant la fin du monde.Or l’accomplissement de ces sombres oracles peut être réalisé par le Créateur, de l’une ou l’autre de ces deux manières.Ou bien au moyen d’une série de miracles, ne coûtant rien d’ailleurs à la Toute-Puissance divine ; ou bien par une disposition simplement providentielle, faisant concourir le jeu des agents naturels et des forces cosmiques (virtutes cœlorum) aux fins voulues par Elle.Cette seconde manière nous paraît la plus probable, attendu que Dieu ne fait pas de miracles inutiles et qu’il emploie toujours les moyens les plus simples pour arriver au but qu’il se propose.Ici se pose toujours la même question : En quels temps se produiront ces phénomènes, précurseurs immédiats de la Parou8Îe 11 On a bien, d’après les Ecritures, un certain nombre de données approximatives sur les symptômes auxquels on pourra reconnaître que la fin des temps est proche ; nous aurons à y revenir.Mais il paraît évident qu’il n’est pas entré dans les vues divines, dans les intentions de la Providence, de nous donner à cet égard aucune précision.Il ressort même, de la comparaison d’un grand nombre de textes, que sa Volonté bien explicite est que nous ne sachions rien de précis—autant dire rien du tout—sur cette époque.1—Du grec Parousia, arrivée, avènement.C’est, dans le langage de l’Eglise, le second avènement sensible du Christ, à la tin des temps, pour rendre le Jugement général et dernier. 558 LA NOUVELLE-FRANCE Quand, s’adressant à ses disciples, Notre-Seigneur leur annonça les catastrophes qui signaleront l’approche de la fin, consummatio, il a soin d’ajouter : “ Quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, ni le Fils, si ce n’est le Père seul.de Dieu, au moins en tant qu’homme, ne connaît la date de la fin.Plus tard, après la Résurrection et peu d’instants avant l’Ascension glorieuse du Fils de l’homme, ceux des disciples qui étaient présents lui demandèrent si ce n’était pas le moment où il allait “ rétablir le royaume d’Israël ” 1 2 3 ; car, dans leur concept étroit encore de la Rédemption, la restauration d’Israël, o’est-à-dire, pour eux, sa domination sur le reste des hommes, devait amener aussitôt l’instauration de la Jérusalem céleste et correspondre par conséquent à la fin des temps.Et Notre-Seigneur de leur répondre : “ Il ne vous appartient pas, ou ce n’est point à vous, de connaître les temps et les moments que le Père a fixés dans sa toute-puissance : Non est vestrum nosse tempora vel momenta quœ Pater posait in sua potestate.N’était-ce pas une manière bienveillante et polie de leur dire : “ Cela ne vous regarde pas ?” Et le motif de cette volonté immuable est indiqué en un grand nombre de points des textes sacrés ; c’est afin que l’humanité, considérée surtout individuellement en chaque personne, et indirectement en son ensemble, soit stimulée à se tenir toujours prête à répondre au Souverain Juge.“ Le jour du Seigneur viendra comme un voleur,” dit saint Pierre 4.Saint Paul, s’adressant aux Thessaloniciens, tient un langage analogue : “ Quant aux temps et aux moments, vous n’avez pas besoin que nous vous en écrivions, car vous savez très bien Ainsi personne, ni les anges du ciel, ni même le Fils » î ” s 1— De die ilia vel hac, nemo soit, neque Angeli in coelo, neque Filins, nisi Pater.Marc, XIII, 32.De die autem ilia et hac nemo soit, neque angeli cœlorum, neque Filius, nisi solus Pater.Matth.XXIV, 36.2— Si, in tempore hoc, restitues regnum Israël.Act., I, 6.3— Act., I, 7.4— Adveniet autem dies Domini ut fur.11 Petr., c.Ill, t> .10. À QUAND LA FIN DU MONDE ?559 vous-mêmes que le Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit.Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur.» 1 IV LA PROPHÉTIE DE SAINT MALACHIE Il serait facile de multiplier les citations de passages du Nouveau Testament où se reproduit cette recommandation aux hommes de se tenir toujours prêts à affronter le jugement de Dieu.Et en effet, la mort vient surprendre l’humanité à tous les âges, souvent à l’impro-viste ; et c’est à l’improviste aussi qu’apparaîtra Notre-Seigneur à son dernier avènement.Mais tout cela ne nous renseigne en rien sur l’époque où aura lieu celui-ci.Au contraire, il l’entoure plutôt d’obscurité, d’une obscurité voulue, semble-t-il.Cependant, il y a certains symptômes auxquels on pourra reconnaître, dans une mesure relative, l’approche des derniers temps.Saint Mathieu, saint Marc et saint Luc, respectivement aux chapitres xxiv, xm et xxi, donnent, comme signe immédiat de la venue visible du Christ, les catastrophes physiques énumérées au commencement du chapitre précédent.Ces catastrophes seront elles-mêmes précédées de bouleversements sociaux, de calamités morales inouïes.“ Il y aura alors, dit saint Mathieu, une si grande affliction qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde, et qu’il n’y en aura jamais.Et si ces jours n’avaient été abrégés, nulle chair n’aurait été sauvée, mais à cause des élus ils seront abrégés 1 2.” 1— De temporibus autem et momentis, fratres, non indigetis ut scribemus vobis ; ipsi enirn diligentes scitis quia dies Domini, sicut fur in noete, ita veniet.—Vos autem, fratres, non estis in tenebris, ut vos dies ilia tanquam fur comprehendat__I Thess., V, 2, 4.2— Matth., xxiv, 21 et 22.Erit enim tune tribulatio magna, qualis non fuit ab initio mundi usque modo, neque fiet.Et nisi breviati fuerint dies illi, non fieret salva omnis caro ; sed propter electos breviabuntur dies illi. 560 LA NOUVELLE-FRANCE Dans ce même discours de Notre-Seigneur, il est parlé de guerres de révolutions, de pestes, de famines, d’excès d’iniquités, de refroidissement de la charité, 1 toutes choses qui doivent aussi précéder et accompagner la consommation des temps.Cette époque finale doit-elle arriver bientôt à échéance ?Quelques-uns le pensent ; ils appuient leur opinion sur des considérations de divers ordres : il en est qui sont plausibles et défendables, d’autres semblent plus discutables, d’autres enfin paraissent puériles.Nous examinerons d’abord quelques-unes de ces dernières pour n’avoir plus à y revenir.—Les unes et les autres sont abondamment développées dans un volume in-12 d’environ 300 pages publié à Saint-Brieux, en 1909, et que nous croyons peu répandu 2.L’auteur s’appuyant, entre autres, sur Dom Calmet et le P.de Carrières 3, admet que l’humanité était âgée seulement de quatre mille ans environ, lorsque Jésus-Christ a fait son apparition sur la Terre.Puis, considérant que Notre-Seigneur, après avoir terminé tous ses discours, fit observer à ses disciples que la Pâque devait se célébrer dans deux jours 4, l’auteur estime que cette parole doit être prise au sens symbolique autant qu’au sens littéral : la Pâque terrestre était la figure de la Pâque céleste que le Fils de l’Homme ]—Loc.cit., v.7 et 12.2— La Fin du monde est proche.Démonstration de cette vérité par des témoignages tirés de la Sainte Ecriture, des Pères de V Eglise, des doctrines du moyen âge, de la vie des Saints, etc., etc., etc., par Raphael Part_Bayeux, imprimerie Prudhomme.3— Le P.de Carrières est mort en 1717, Dom Calmet en 1757.Cuvier, le fondateur de la paléontologie, naquit en 1769.Aux temps de Carrières et de Dom Calmet, la géologie n’existait pas, l'on n'avait aucune idée de la durée des temps anciens, ni aucun motif de ne pas prendre au pied de la lettre les six jours de la Genèse et les chronologies, d’ailleurs variables, que jes commentateurs avaient tirées plus ou moins heureusement des chiffres donnés dans les premiers chapitres de la Genèse.L’autorité des deux célè bres exégètes est donc nulle sur ce point.4— Cf.Matth., XXVI, 1-2.—Marc, XIV, 1. 561 A QUAND LA FIN DU MONDE ?célébrera avec tous ses disciples et tous les élus dans le royaume des Cieux ; et les deux jours, qui ont précédé la Pâque annoncée par Notre-Seigneur, étaient la figure, le symbole des deux mille ans qui devaient suivre.Or “ le Rédempteur est venu ; il a ressuscité l’humanité, et après deux jours, e’est-à-dire après deux mille ans, il célébrera avec elle, dans son royaume céleste, la Pâque éternelle : Post biduum Pascha fiet.Donc la fin du monde arrivera aux environs de l’an 2000.Nous ne croyons pas qu’il y ait lieu de nous étendre sur une considération de cette nature.Il en est une autre qui devra nous arrêter durant quelques instants.Elle s’appuie sur une certaine “ prophétie ”, publiée pour la première fois en 1595 par le moine bénédictin Arnold de Wion, et attribuée assez arbitrairement à saint Malachie, évêque d’Armagh, en Irlande, contemporain et ami de saint Bernard, et mort en 1148.On sait que cette “ prophétie ” représente la série des papes par une suite de devises ou légendes applicables respectivement à chacun d’eux.Au règne de Pie IX correspondait la légende Crux de cruce, la croix venant de la croix ; et l’on justifiait ladite légende par ce fait que Pie IX était persécuté, et comme mis sur la croix, par la Croix de Savoie, écusson de la maison régnante en Italie.A Pie IX a succédé Léon XIII, auquel correspondait la devise Lumen in cœlo, une lumière dans le Ciel; et il se trouve que,dans un angle du haut des armoiries sur fond d’azur du nouveau Pontife, est représentée une comète : “ Voilà la lumière dans le ciel ! ” s’écrièrent aussitôt les partisans de la prophétie.Au pontificat de Pie X est attribuée la légende Ignis ardens, Feu ardent, dont la signification n’apparaît pas clairement jusqu’ici.Mais ce qui est plus intéressant, dans le cas qui nous occupe, c’est de savoir que, à la suite de la devise censée représentative du pontificat de Pie X, la liste ne comprend plus que huit nouvelles légendes ; et à la suite de la dernière est écrit ce texte : “ In perfections * extrema » 1 Matth., XXVI, 2.1— La Fin du monde ett proche, p.52 à 54.2— /» persecutione, suivant une autre version. 562 LA NOUVELLE-FRANCE romance Ecclesiœ sedebit Petrus romanus, qui pascet oves in multis tribulationibu8, quibus transactis, civitas septicollis diruetur, et Judex tremendus judicabit populum.Au terme extrême ou dans la dernière persécution de l’Eglise siégera Pierre de Rome, qui gardera les brebis en de nombreuses tribulations ; celles-ci passées, la ville aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera le peuple ”, c’est-à-dire l’humanité.Nous aurions donc encore devant nous neuf papes, y compris le dernier qui serait ou saint Pierre lui-même ou un pape du même nom, Pierre Romain qui n’a pas de devise, soit dix papes en comptant Sa Sainteté Pie X.Si nous admettons 10 ans comme durée moyenne de chacun de ces dix pontificats, cela donnerait à l’humanité cent ans encore d’existence à partir de l’intronisation de Pie X, laquelle eut lieu en 1903, ou deux cents ans dans l’hypothèse moins probable d’une durée moyenne de 20 ans.Et de cette manière la fin du monde arriverait en l’an 2003, ce qui correspondrait exactement avec l’évaluation précédente (ou 2103).L’auteur, il est vrai, ne regarde pas cette prédiction comme absolument certaine, mais il la tient au moins pour très probable.Il reconnaît bien que son authenticité n’est pas encore formellement établie, “ du moins pas autant qu’il serait à désirer qu' “ il n’est pas il y a même de sérieuses raisons pour croire qu’elle l’est réellement et qu’on doit lui reconnaître un caractère surnaturel et divin.Nous aurons le regret d’enlever à M.Raphaël Pary l’illusion qui parait lui être chère.Les lecteurs assidus de la Nouvelle-France se rappellent sans doute un lumineux article paru dans le n° de janvier 1904 sur la prophétie de Malachie (c’est-à-dire de saint Malachie), et dû à M.l’abbé Bourassa.Cet auteur fait remarquer notamment que, 447 années s’étant écoulées entre la mort du saint évêque d’Armagh et la première publication de sa prétendue prophétie, sans que jamais il .» 1 mais il ajoute non plus établi, il s’en faut (sic), qu’elle ne le fût pas ; » a 1— Op.cit., p.85.2— Ibid. 563 LE MICROBE DE LA RAGE en eût été parlé auparavant, cela seul suffit à faire naître un doute formidable quant à son authenticité.Saint Bernard, qui avait été l’ami de saint Malachie et qui en a écrit la vie après avoir prononcé son éloge funèbre aux deux premiers anniversaires de sa mort, saint Bernard ne fait aucune mention de cette oeuvre prétendue de l’évêque d’Armagh, laquelle, inconnue pendant quatre siècles et demi, n'a vu le jour qu’après ce laps de temps.Ainsi, d’une part aucune preuve n’est fournie de l’authenticité de ce document, et d’autre part une présomption extrême existe contre la possibilité de cette même authenticité.Il y a ainsi toute présomption que le document est apocryphe ; il n’inspire donc aucune confiance et ne peut fournir un argument acceptable.Nous n’insisterons pas davantage.A ceux qui désireraient de plus amples développements, nous ne pouvons que les renvoyer à l’étude savante et documentée de M.l’abbé Bourassa et aux autorités sur lesquelles il s’appuie.Jean d’Estienne.(A suivre.) LE MICROBE DE LA RAGE Le Rockefeller Institute, fondé à New-York pour faciliter aux savants toutes les recherches expérimentales ayant pour but les progrès de la médecine, vient d’être le théâtre d’une belle et intéressante découverte.Après les remarquables travaux d’Alexis Carrel sur la chirurgie des viscères, la transplantation des tissus, la survie des organes enlevés de l’organisme dont ils faisaient partie, voici qu’on annonce que dans un des laboratoires de l’établissement le microbe de la rage, qui exerce depuis tant d’années la sagacité des observateurs, a enfin été trouvé.Les microbes sont en général, pris individuellement, des êtres d’une extrême petitesse : de là les difficultés de leur étude.Cependant un certain nombre de leurs espèces atteignent une taille assez forte pour qu’on puisse, à l’aide des instruments perfectionnés que 564 LA NOUVELLE-FBA NCE l’optique moderne a su construire, reconnaître leur forme, leurs caractères, et les apercevoir dans le milieu où ils exercent leurs méfaits.Ainsi les bactéries du charbon, du tétanos, du choléra, de la fièvre typhoïde, de la peste, de la tuberculose, peuvent parfaitement être observées sous le microscope.D’autres, au contraire, sont si ténus que notre œil, même armé des lentilles grossissantes les plus puissantes, ne réussit pas à les distinguer.Ceux-là n’existent aux yeux de la science, pour ainsi parler, que par hypothèse ; leur présence et leur nature sont révélées, non point directement, mais seulement par leurs effets et leurs réactions.Ces moyens de les connaître et de les identifier ne sont pas d’ailleurs sans valeur : car il est bien évident que si une maladie revêt les symptômes et la contagiosité que nous savons par expérience être la conséquence ordinaire de la végétation d’un microbe, et se montre évitable ou curable par les méthodes de prophylaxie ou de guérison que l’on oppose normalement aux infections microbiennes, nous serons en droit, par analogie, de supposer un microbe à la base de cette maladie.C’est sur des considérations de ce genre que l’illustre Pasteur avait établi la nature microbienne de la rage ; mais ses yeux n’ont jamais vu l’être microscopique et terriblement malfaisant dont il a triomphé par une magistrale victoire, point de départ de tant de découvertes si éminemment utiles à la santé humaine.Personne jusqu’ici n’avait été plus heureux que Pasteur dans la recherche visuelle de l’infime ennemi.Le microbe rabique—assez communément dénommé virus, peut-être pour éviter une confusion avec les microbes visuellement connus, et ayant par suite un état civil mieux établi—se classe (ou plutôt se classait) dans la catégorie des microbes dits invisibles ou filtrants.La première de ces deux épithètes n’a pas besoin d’être expliquée ; quant à la seconde, elle fait allusion à cette particularité que les micro-organismes auxquels elle s’applique sont si petits, si exigus, qu’ils franchissent aisément des filtres très serrés, barrière invincible pour la plupart des bactéries.Ces microbes invisibles ou filtrants, en dépit de leur extrême petitesse, n’en sont pas moins terriblement actifs.On en peut juger si l’on veut bien considérer que parmi eux se rangent, en outre du virus rabique, toujours mortel si son incubation n’est pas entravée, les agents pathogènes de la fièvre aphteuse, de la fièvre jaune, de la variole, de la rougeole, de la scarlatine.Une expérience de Eemlinger a montré à la fois l’exiguïté du 565 LE MICROBE DE LA RAGE microbe de la rage, et la limite au-dessous de laquelle il faut chercher l’évaluation de sa taille.Cet observateur, ayant broyé avec de l’eau le cerveau d’un lapin enragé, et ayant versé ce mélange sur différents filtres poreux à pâte plus ou moins serrée, constata que les filtrats ainsi obtenus n’avaient plus tous les mêmes propriétés.Les uns étaient totalement privés de leur virulence, et, inoculés à des animaux susceptibles de prendre la rage, demeuraient sans effet ; l’inoculation des autres, au contraire, était suivie de l’apparition des accidents de la maladie.Les filtrats devenus inoffensifs provenaient des filtres les plus fins, qui avaient bien laissé passer l’eau, mais que le microbe n’avait pu franchir.Celui-ci cependant, bien que l’on eût pu réaliser une barrière capable de l’arrêter, barrière dont la finesse même eût été difficile à apprécier, n’en restait pas moins invisible.Différentes tentatives avaient été faites pour reconnaître visuellement son existence, sa forme, ses caractères : mais elles étaient demeurées jusqu’ici sans succès.Deux observateurs, Negri et Babès, avaient bien aperçu dans la substance nerveuse d’animaux rabiques des granulations de nature douteuse, et hypothétiquement rapporté ces granulations au microbe de la rage : mais il a été démontré qu’elles n’ont en réalité rien de commun avec le terrible virus.Il y avait donc là dans la science une lacune regrettable non seulement au point de vue purement spéculatif, mais aussi au point de vue pratique.D’après une information qui a fait un bruit légitime dans le monde médical, cette lacune vient d’être comblée par un savant japonais, le professeur Itideyo Noguchi, dont la découverte est le fruit de patients travaux poursuivis au Rockefeller Institute.Aux termes de cette information, M.Noguchi a réussi à cultiver le redoutable micro-organisme et à le voir se multiplier in vitro, c’est-à-dire dans les conditions expérimentales du laboratoire et hors du milieu vivant dans lequel il végète normalement, et où il exerce habituellement son redoutable parasitisme.Le microbe rabique est d’une extrême ténuité, et sa plus grande taille ne dépasse pas un millième de millimètre.Il revêt l’aspect d’un corpuscule en forme d’œuf ou de sphère, possédant une membrane d’enveloppe et à l’intérieur un noyau.Ce n’est pas, comme la généralité des microbes (peste, tuberculose, choléra, etc.), une bactérie, et par suite il ne se range pas dans le règne végétal ; sa nature est animale : c’est un protozoaire, et il appartient au même groupe zoologique que divers agents de contagions très funestes : paludisme, maladie du sommeil et autres trypanosomoses.Ses plus étroites affinités paraissent être avec les spirochètes et les tréponèmes, et la 566 LA NOUVELLE-FRANCE connaissance de cette parenté est précieuse, parce qu’elle permet l’espoir d’une application à la rage de la méthode défensive employée contre ces protozoaires.Dans son laboratoire du Rockefeller Institute, le professeur Noguchi a réalisé, avec succès, les expériences de contrôle nécessaires pour prouver que le microbe découvert est bien l’agent spécifique de la rage.Les expériences ont été faites sur des mammifères : chiens, lapins, cobayes ; ces animaux, ayant reçu par inoculation des cultures du microbe, n’ont pas tardé à manifester les symptômes caractéristiques de la rage.Le doute ne semble donc pas possible : et voilà la personnalité de l’ennemi percée à jour ; en résultera-t-il, comme cela serait très désirable, une modification avantageuse dans la technique de la lutte contre la rage, technique qui est encore sensiblement la même que celle que Pasteur avait instituée lui-même d’après ses observations ?Un savant d’une compétence indiscutable en la matière, le professeur Metchnikoff, a indiqué dans quelle voie doit se poursuivre ce résultat, à la suite des belles recherches de Noguchi.Actuellement, la pratique de la vaccination antirabique est encore basée sur les propriétés d'atténuation de la virulence du microbe telles que Pasteur les a déjà fait connaître.Lorsqu’une personne est mordue par un animal enragé, on commence par lui inoculer une certaine quantité d’une moelle rabique très peu virulente, qui sert de vaccin et confère l’immunité contre une autre un peu plus virulente ; ensuite vient l’inoculation de cette seconde moelle moins atténuée, puis d’une autre d’un degré de virulence plus élevé.Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on inocule enfin la moelle prélevée fraîchement sur un animal enragé, et qui vaccine le patient contre le microbe en pleine virulence.Ce procédé, un peu tortueux, comporte divers inconvénients, que les praticiens seraient heureux de voir disparaître.D’abord, le traitement complet exige la succession d’au moins une vingtaine de piqûres, qui toutes sont fort douloureuses.En second lieu, il est lent, en raison de l’intervalle que l’on doit nécessairement laisser entre les injections de virulence progressivement plus forte, afin de donner à l’immunisation le temps de s’établir.Or, des cas peuvent se présenter où il est nécessaire d’intervenir très rapidement.Le microbe rabique, en effet, introduit par morsure dans le corps d’un homme ou d’un animal, se propage en suivant les trajets nerveux, et la rage éclate dès qu’il a gagné le cerveau. 567 LE MICROBE DE LA RAGE Dans notre espèce, si la morsure a eu lieu sur un membre, un intervalle de cinq ou six semaines peut s’écouler entre l’inoculation et l’apparition du mal ; on a par suite tout le temps d’effectuer avec les intervalles utiles toute la série des injections réglementaires.Mais si la blessure a été faite en un point très rapproché des centres nerveux, par exemple au cou ou à la tête, le délai entre l’introduction du microbe dans la plaie et le moment où il gagne le cerveau peut être très réduit.La durée d’incubation de la maladie est donc liée à la longueur du chemin que le microbe doit parcourir dans sa conquête progressive de la substance nerveuse.On cite des cas particulièrement urgents, dans lesquels les habiles opérateurs de l’Institut Pasteur de Paris ont pu pratiquer avec succès toute la série des vaccinations en moins de quatre jours.Mais normalement la durée du traitement ne saurait être ainsi réduite sans compromettre les résultats.Enfin, autre inconvénient de la technique actuelle, elle est exclusivement prophylactique, et sans aucune, valeur curative.Autrement dit, les vaccinations, qui donnent presque cent pour cent de succès si elles sont faites avant que le mal ne soit déclaré, sont d’une désolante inutilité si on ne peut intervenir que lorsque le microbe a gagné les centres nerveux, et quand se sont manifestés les premiers symptômes de l’infection rabique.En pareil cas le médecin ne peut entraver le mal, aux progrès duquel il doit assister navré et impuissant ; tout ce qui lui est permis alors, c’est d’atténuer par des injections de morphine ou de quelque autre stupéfiant les douloureuses angoisses du patient, qui généralement conserve sa lucidité jusqu’au bout, entre les accès, et demeure conscient de sa terrible agonie.La découverte de la nature précise du microbe rabique fait concevoir l’espoir que, dans un avenir plus ou moins rapproché, la vaccination actuelle, trop lente, douloureuse et seulement prophylactique, sera remplacée par un traitement ne présentant plus aucun de ces inconvénients.Il est assez logique de penser, en effet, que la connaissance exacte de l’adversaire fournira des armes contre lui : par exemple, en s’inspirant des méthodes qui permettent de combattre les spirochètes et les tréponèmes, ses proches parents.C’est vraisemblablement dans cette voie que s’orienteront maintenant les efforts des chercheurs, et peut-être ceux de M.Noguchi lui-même, qui devrait bien donner à sa belle découverte ce complément utilitaire si désirable.A.Acloque. 568 LA NOUVELLE-FRANCE PAGES ROMAINES NOCES D’ARGENT DU COLLÈGE CANADIEN.— CENTENAIRE DE LOUIS VEUILLOT A ROME.Lambert et Turcotte.Chœur des élèves.P.J.Latour.Piano.Lambert.R.P.Janvier.• M.le juge Routhier.Chœur final.Piano.L’Orphéon en voyage, O Carillon .Airs canadiens.Causerie.Réponse à la causerie Deuxième réponse.O Canada.Tel est le programme qui composa la soirée strictement intime du vingt-cinquième anniversaire de la fondation à Rome du Collège canadien.Le régent et les principaux professeurs du Collège angélique, dont les membres du Collège canadien fréquentent les cours, le R.Père Janvier, le procureur général de Saint-Sulpice, Monsieur Lindsay, le R.Père Gonthier, M.Routhier, Mgr Mettre, deux ou trois autres amis de la maison, assistèrent à cette fête dont le charme fut d’autant plus grand qu’elle fut toute faite de souvenirs intimes évoqués dans le cercle des plus sincères amitiés.Quand, il y a 25 ans, le Collège canadien ouvrit ses portes aux générations sacerdotales qui, venant d’outre-mer, avaient jusqu’alors demandé l’hospitalité au séminaire français, il le fit si discrètement que les chroniques romaines n’en parlèrent point.La rubrique Canada relatait alors, chez elles, l'encyclique pontificale : Affari vos, publiée quelque temps auparavant, les diverses phases de la question des Ecoles du Manitoba, du modus vivendi accepté par l’épiscopat, etc., mais en vain chercherait t on dans les articles bi mensuels de la Civiltà cattolica, intitulés : cost romane, la moindre allusion à l’ouverture du Collège canadien.Le 11 novembre 1913 ramenant donc le vingt-cinquième anniversaire de ces portes s’ouvrant sans bruit, la fête qui en rappelait l’heureuse date n'a pas dépassé le caractère de l’intimité.Aux agapes de midi, à huis-clos, le doyen des élèves exprima au vénéré supérieur de la maison, Monsieur l’abbé Perrin, la reconnaissance, le respect, l’attachement de tous ceux qui vivant sous sa direction paternelle n’avaient qu’à le regarder pour apprendre à pratiquer, sans nulle défaillance, toutes les vertus sacerdotales.Le soir, à 8 heures, la famille canadienne du Collège s’était accrue de quelques invités qui, pendant une heure, ne cessèrent d'applaudir aux chants, aux harmonies, aux causeries pétillantes d’esprit, débordantes de cœur, de M.l’abbé Lambert qui parla au nom des élèves, du R.Père Janvier, de M.Routhier, qui répondirent avec tout leur talent, leur grande autorité, et ce dernier avec son ardent patriotisme.Analyser le discours de M, Lambert est chose impossible ; on n’analyse point un esprit qui jette ses pensées en véritables fusées, ni un cœur qui 669 PAGES ROMAINES présente ses souvenirs enchâssés dans les sentiments les plus délicats.On applaudit et l’on regrette qu’il cesse trop tôt de parler.M.l’abbé Lambert possède l’art cinématographique.En quelques pages, toutes les générations sacerdotales qui ont habité le Collège y vécurent devant nous, et notre œil fasciné par la sympathie les suivit dans leur dispersion là-bas, au Canada.Puis, au deuxième acte, ce fut le défilé des professeurs du Collège angélique, et quel défilé de savants 1 Après, ce fut le tour des invités ; ceux qui représentaient la Nouvelle-France furent trop aimablement salués pour que le chroniqueur de ces Pages romaines ne fasse pas mention du salut particulier qui leur fut adressé.« 11 est, dans la Nouvelle-France, une revue qui s’appelle la Nouvelle-France.De l’aveu des critiques, elle a une rédaction de premier ordre.Par une de ces coïncidences que la Providence nous ménage quelquefois, nous avons l’honneur de posséder parmi nous l’exécutif de cette revue.L’âme de l'œuvre, celui qui préside à ses destinées depuis longtemps, est le vénérable Monsieur Lindsay, notre hôte et notre ami.Raphaël Servais, écrivain que nous connaissons tous, qui avec un atticisme de forme et une grande vigueur de pensee a combattu erreurs et préjugés, doit être salué en la personne de.Je ne vous apprends rien de nouveau, Messieurs, en divulguant leurs noms ; votre sympathie les avait pressentis, et il n'y a rien de perspicace et de fécond comme les perquisitions de l’amitié.Je tenais tout de même à saluer ces chevaliers de la plume, comme je ne veux pas omettre le légitime tribut d’hommage dû à ce chevalier de la parole qu’est le R.P.Janvier.» L’éloge le plus exquis du grand orateur se termina par ces mots : « Lætabor ego super eloquia tua.» Enfin, ce fut un salut enthousiaste adressé à Sir A.-B.Routhier, à qui les lettres canadiennes et la littérature biblique sont redevables de tant d’ouvrages, et ce furent des applaudissements répétés qui clôturèrent la brillante causerie, et furent comme un prélude de joie à l’improvisation si éloquente du R.Père Janvier qui d’un bond entraîna les esprits vers les grandeurs de l'apostolat venant prendre à Rome toutes les merveilles de la foi pour aller ensuite en enrichir le peuple canadien.Ce fut Sir Routhier qui, aux accents si religieux du R.P.Janvier, ajouta ceux du patriotisme auxquels aussitôt tous Les cœurs firent écho en chantant : 0 Canada ! * % * Quel est le lecteur de la Nouvelle-France qui n’ait lu avec le plus vif intérêt les remarquables articles que Raphaël Gervais a publiés, ici-même, “ A propos du centenaire de Louis Veuillot ”, et en lesquels, évoquant la mémoire du grand écrivain, et rappelant les services immenses qu’il rendit à l’Eglise et aux catholiques de France, il s’est applaudi que la solennelle célébration du centenaire de sa naissance devînt la réparation d’une longue injustice de ses compatriotes et de l’ingratitude d’un bon nombre I Quel est le lecteur de ces articles qui ne se réjouira d’en retrouver les pensées sous la plume de celui dont les écrits émeuvent toujours le monde ?En retour de l’hommage qu’il avait reçu de la dernière partie de la Vie de 570 LA NOUVELLE-FRANCE Louis Veuillot, le 22 octobre dernier, Pie X adressait à Monsieur François Veuillot un bref qu’il suffit de lire pour affirmer que Louis Veuillot est à jamais vengé de toutes les attaques, de toutes les injustices, de toutes les persécutions dont il fut l’objet.Qu’on en juge par ces quelques lignes extraites du bref.“ A l’exemple des deux Papes qui Nous ont précédé sur ce iège apostolique, et principalement de Pie IX, de sainte mémoire, il Nous est agréable de rendre témoignage à ce grand homme de bien, défenseur irréductible des dioits de Dieu et de l’Eglise.Avec la flamme de son zèle d’a; être, il entra dans la lice, orné des dons précieux qui font l’écrivain, l'artiste et le penseur de génie, par lesquels il a égalé et surpassé les maîtres les plus illustres ; car, dans les saintes batailles de la défense des principes sacrés, sa plume était à la fois un glaive tranchant et un lumineux flambeau.Ce qui entraînait la vigueur d- son esprit, ce qui l’enveloppait de lumière, ce qui en centupl ât l’énergie, c’étaient, avec sa foi profonde, l’amour de l’Eizlise dont il désirait le triomphe, et l’amour de sa patrie qu’il voulait fidèle à Dieu.“ Guidé par cette foi, inspiré par ce double amour, il sut repousser comme une impiété toute diminution de la souveraineté de J.C., et toute renonciation aux enseignements de la Chaire apostolique, “ Il comprit que la force des sociétés est dans la reconnaissance pleine et entière de la royauté sociale de N.-S.et dans l’acceptation sans réserve de la suprématie doctrinale de son Eglise.Avec quelle âme droite et fière, avec quel cœur indomptable il fit entendre sur ces questions fondamentales les proclamations les plus courageuses confessant sans hésitation, et sans atténuation, la vérité catholique, ne voulant jamais distinguer entre les droits que le monde moderne a Imet et ceux qu’il prétend proscrire ! Avec quelle généreuse franchise il sut démasquer les théories libérales, aux déductions si funestes, dans les sophismes dissimulés sous le nom de liberté ! “ Convaincu que la nation qui porte à travers les siècles le nom de Fille Aînée de l’Eglise doit à sa foi, à son génie, à la logique de son histoire, de reconnaître dans leur plénitude les droits du Saint-Siège et l’autorité du P ntife romain, il s’appliqua avec toute l’ardeur de son âme à dissiper les préjugés et les équivoques du gallicanisme, et fut d’une aide puissante dans le grand mouvement vers le Siège apostolique qui signala son époque.Nul n’ignore la persévérance avec laquelle il s'éleva toujours contre les esprits pervertis qui s’attaquaient aux sources vives des traditions chié tiennes, force et gloire de sa patrie.” A une époque où, plus encore qu’en d’autres, nombreux smt ceux qui essayent de diminuer la taille divine de la Vérité, pour qu’elle ne soit plus jalousée par 1 erreur, et traitent d’imprudents et d impudents ceux qui ne les imitent point, la Lettre pontificale qui loue si superbement la fière intransigeance de Louis Veuillot est un puissant encouragement à l’imiter dans la défense de la pure doctrine.Quelques jours après le bref de Pie X, le dimanche 26 octobre ramenait le centième anniversaire du baptême de Louis Veuillot.Quelle belle date pour rendre grâces à Dieu de cette foi ardente qui inspira le génie du grand polémiste I Ce jour-là, à la demande de monsieur V.Tournav, président de la corporation des Publicistes chrétiens, le R.Père Janvier, prédicateur de Notre-Dame de Paris et aumônier de la Corporation, célébra une messe de 571 PAGES ROMAINES reconnaissance à l’autel de la Vierge à.Sainte-Marie-Majeure, là-même où Louis Veuillot, ramené à la foi de son baptême par les splendeurs de Rome, fit sa première vraie communion ; l’autre, celle qu’il avait faite en son enfance, ne lui ayant laissé que de pénibles souvenirs.Une nombreuse assistance unissait sa vive gratitude à la gratitude du célébrant qui, pour l’offrir à Dieu, la confiait à son divin Fils : PerDoifiinum Nostrum Jesnm Christum.C’était le merci du retour d’un jeune prodigue, c’était le merci de l’accueil fait au prodigue, c’était le merci des ascensions ménagées à la foi du prodigue, c’était le merci de l’apostolat de la loi du prodigue, c’était le merci des combats sans trêve soutenus par le prodigue pour défendre la foi.Le Père Janvier, en un superbe discours, raconta la vocation de lutte que Dieu donna à Louis Veuillot quand il l’eut terrassé, non sur le chemin de Damas, mais en pleine Rome, aux pieds du successeur de Pierre.Ainsi se termina cette fête qui ne fut pas celle des croyances diminuées, affaiblies ou dissimulées, mais celle du vieux Credo catholique, professé et défendu au grand jour.La gloire de Louis Veuillot n’avait pas cependant attendu ce jour-là pour rayonner dans Rome.Quelques années après sa mort, en dépit d’une véritable conjuration du libéralisme, sa figure si caractéristique, sculptée dans le marbre, fut posée comme en ex-voto dans la chapelle qui fait face à la Vierge miraculeuse du R.Père Ratisbonne, à Saint-André delle Fratte.Cette église avait été sa paroisse pendant l’un ou plusieurs de ses séjours à Rome.Sous ses voûtes, mêlé à la foule, agenouillé devant la célèbre Madone, il avait bien souvent prié, remercié Dieu de sa foi rendue, et demandé qu’elle lui fut accrue.On pensa à immortaliser sa mémoire là où il s’était fait humble.Et quelle belle inscription évoque son souvenir : Ludovicus.Veuillot Cujus.nomen.postérités.admiratur Impi obi.reformidant Non.sibi.se.solum, natum.duxit Sed.rei.christianæ.et.publicæ Mentem.aerem.celeriter.multa.arripientem Eloquentiæ.armis.instruxit Romanæ.Sedis.jura, obterentes.protivit Ejus.eloquii.pressi.vehementis.ubertas Nec.potentium.minis, nec.plebis.clamore Nec.temporum.acerbitate.exarent Opes, voluptates.dignité tes.humana.omnia infra, se.censuit Pietatis.quam.coluit.laborum Quos.invicto.animo.exhausit Præmium.a.Deo.tulit.VII.idus.April es A.MDCCCLXXXIII.A.N.P.N.LXX Natale, ilii.solum.Vastinium Lutetia, domus.et.sepulerum Qui.religion!, tuendæ.se.in.Gallia, devoverunt Civi.buo.et.Magistro.P.Cette inscription porte la signature du célèbre Père jésuite Antonio Ange-lini, le plus remarquable épigraphiste de la seconde moitié du XIXe siècle.Si élogieuse soit-elle, elle ne peut être taxée d’exagération, tant fut belle la vie de ce Louis Veuillot si décrié et que la Civiltà cattolica appelait, dans l’un de ses articles de l’année 1884 : Campione instancabile del più puro cattolicismo.Don Paolo-Agosto. 572 LA NOUVELLE-FRANC! BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Madame Saincie Anne et son culte au Moyen Age, par Paul-V.Chablaud, des Frères Prêcheurs, tome II, grand in-8.A Paris, chez Picard & Fils.1913.Le R.P.Charland vient de mener à terme le grand ouvrage qu’il entreprit il y a plus de quinze ans sur sainte Anne.Le premier volume, publié en 1898, traitait de la légende hagiographique de notre thaumaturge.Ce premier volume contenait à la fois le récit et le commentaire de la vie de sainte Anne ; il témoignait d’une patiente érudition, attestait déjà que l'auteur ne reculerait pas devant les plus minutieux labeurs pour assurer à son œuvre une grande valeur scientifique.Mais un travail aussi consciencieux demandait du temps.Le Père Charland prit tout le temps nécessaire.En 1911, il publiait son second volume, le premier, en réalité, du sujet qu’il épuise aujourd’hui : Madame Saincte Anne et son culte au Moyen Age.C’est l’étude de la légende historique ou liturgique, et de la légende artistique que commençait alors l’auteur.Dans ce second volume, l’on racontait le culte de sainte Anne en Orient.La matière, abondante, déborda le livre.Elle se prolonge et s'achève dans le volume qui vient de paraître.Ce volume troisième, qui est le tome deuxième et dernier du « Culte de sainte Anne au Moyen Age », nous offre donc encore plus de cent pages qui sont consacrées à l’Orient.Pour mieux marquer qu’il complète, sur ce sujet du culte oriental, le volume précédent, l’auteur a cru devoir y continuer la pagination de ce volume précédent, et celui qu’on nous présente aujourd’hui commence donc avec la page 355.Le procédé nous paraît assez bizarre, et achève de donner à l’ensemble de l’ouvrage cette apparence d’érudition impitoyable et austère dont il se recouvre et s’honore.On lit même, en première page, ou plutôt en trois cent cinquante-cinquième page, ce titre général et mystérieux : Suite de l'article précédent.Or, cet article précédent, c'est l’article deuxième du tome I, article qui a pour titre : Fites et liturgie.Sans vouloir ici chicaner l’auteur sur cette question secondaire de la distribution des tomes et de la matière de l'œuvre, il me semble qu’il eût mieux valu faire les deux volumes assez indépendants l’un de l’autre pour que le deuxième ne commençât pas par la continuation du dernier chapitre du premier.Mais la science grande du Père Charland a fait éclater les cadres où il la voulait contenir ; elle s’est répandue peut-être plus abondamment qu’il n’avait prévu, et nous ne nous en plaindrons pas autrement.Comme il est intéressant, en effet, de retourner en Orient, avec ce livre nouveau, et d’y suivre l’auteur aux endroits où sainte Anne est honorée ! Les pèlerinages aux religiosa loca, Jérusalem, Saînt-Sabas, Kouziba, Nazareth, Trébizonde, Constantinople, le Mont-Athos, nous procurent le double plaisir de l’histoire et de la piété.L’article iconographique qui termine l'étude nous fait connaître de façon précise comment l'art servit le culte, et l’auteur nous décrit alors les ivoires, les miniatures, les mosaïques, les fresques où s’exprime la dévotion de l’Orient pour sainte Anne.Le Père Charland étudie ensuite le culte de sainte Anne en Occident.L’intérêt des récits semble s’accroître à mesure qu'ils se rapprochent de nous.Après un préambule où l’auteur rappelle les relations pieuses de l’Oooi- 573 BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE dent et de l'Orient, il fait la revue des monuments littéraires qui se rapportent au culte de sainte Anne, puis il nous fait connaître, dans des articles successifs, le culte liturgique, les lieux consacrés au culte, et l’iconographie de cette sainte, décrivant les bas reliefs, les orfèvreries, les ivoires, les fresques qui ont illustré la piété des fidèles.L'auteur a divisé en deux parties cette étude du culte de sainte Anne en Occident : la première conduit les faits et les récits jusqu’au treizième siècle ; la seconde est consacrée aux treizième et quatorzième siècles.La même méthode, excellente, précise, se retrouve dans les deux parties.Le Père Charland poussera-1-il plus loin son travail, et suivra-t-il pendant les âges moderne et contemporain le développement du culte de sainte Anne ?Nous le souhaitons.Son œuvre serait l’un des plus beaux et des plus vastes monuments qui aient été élevés à la gloire de notre sainte.Je ne fais que rappeler ici les qualités littéraires que l’on aimera rencontrer dans l’ouvrage que nous présentons au lecteur.Cette œuvre d'érudition, qui paraît d’abord un peu touffue, est palpitante de vie ; elle est quelquefois éloquente, et se hausse même en certaines pages jusqu’à la poésie.L'auteur ne recherche pas l'effet littéraire.Il ne le dédaigne pas non plus.En quoi l'érudit se montre très avisé.Camille Rot, ptre.BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE Un père.—Roman, par Henry Gaillard de Champris.Un vol.in-12, 3 fr.50.P.Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris (6e).C'est un roman qui commence par un divorce prononcé « aux torts du mari »; lequel mari, pour se faire pardonner, devient un héros dans sa vie publique, et l’est encore dans sa vie privée.Malgré son héroïsme à jet continu, il ne peut regagner le cœur de sa femme dont l’orgueilleuse jalousie lui fait perdre, par surcroît, le cœur et l’esprit de l’enfant sur lequel s’étalent concentrés ses affections et ses efforts.Ce roman est certainement en dehors de ceux que notre Revue a coutume de recommander.Cependant, pour guider nos lecteurs, nous leur dirons que, s’ils ont de l’âge et de l’expérience.P.P.A.de Musset.—Les Meilleures Pages.Introduction d’EüGÈNE Evrard.Chez Am at, Paris.Sans être absolument considérable, l’œuvre de Musset touche à presque tous les genres littéraires soit en poésie, soit en prose : dans tous les genres, le libertinage a la place d’honneur ; et quels que soient les termes poignants par lesquels il peint les suites lamentables de la passion, même quand il prétend la flétrir, il apparaît vite que le remède est pire que le mal.Nos lecteurs n'attendent pas de nous une recommandation qui englobe la production entière : nous nous respectons trop pour cela.et nous avons pour eux le même respect.Sans doute, on peut extraire, du tout, de bonnes pages ; mais pour en former un volume aussi compact il a fallu sacrifier bien souvent à la valeur littéraire, si inégale chez Musset.La collection Les Meilleures Pages n’y a rien gagné.P.P- 574 LA NOUVELLE-FRANCE LA NOUVELLE-FRANCE TABLE DES MATIÈRES DU TOME XII.—1913 SOMMAIRE DE CHAQUE LIVRAISON MENSUELLE JANVIER R.P.Ceslas Côté, O.P.La grâce capitale du Christ, p.5____R.P.J.Riganlt, M.S.C.Un converti danois, Johannes Jorgensen, p.20____ R.P.Hugolin.O.F.M.Victoires et chansons.I.La Mononga-héla, p.31_L’abbé Ad.Garneau.La chapelle intérieure du Séminaire de Québec, p.38_Don Paolo-Agosto.Pages romaines : Le refus de Vexequatur pour l’archevêque de Gênes_Le discours pontifical du 18 novembre, p.42__P.P., C.Bibliographie française, p.45____ L.L.Bibliographie canadienne, p.47.FEVRIER R.P.Ceslas côté, O.P.La grâce capitale du Christ (Deuxième article), p.49_____Jean dn Sol.La traite des pelleteries et la colonisation de la Nouvelle-France {Suite), p.62_R.P.Ilngolin.O.F.M.Victoires et chansons.I.La Monongahéla {Suite), p.70___Rév.A.- S.Renaud.Au pays des troglodytes améric dns, p.76_________R.P.Pascal, O.M.C.Lettre d’Abyssinie, p.85___Don Paolo-Agos to.Pages romaines : L’achèvement de la basilique Saint-Paul, p.88_La Direction.La Catholic Encyclopedia, tome XVe et dernier, p.92____ L’abbé J.-A.Damonrs.Bibliographie française.Le nègre aux Etats-Unis, p.92—C.R.Bibliographie franco-américaine.Le Citoyen, p.95__L.L.Bibliographie canadienne, p.96.MARS R.P.Ceslas Côté, O.P.La grâce capitale du Christ {Troisième article), p.97—L’abbé J.MacMillan.Histoire de l’Eglise dans Pile du Prince-Edouard, p.Ill—R.P.Ilngolin, O.F.Mi.Victoires et chansons, II.Chouaguen, p.121__L L Bibliographie.Histoire de l'Eglise catholique dans l'Ouest canadien, p.135___Don Paolo- Agoslo.Pages romaines : La politique religieuse du gouvernement italien —La mort de Mademoiselle Rosa Sarto, p.137.—R.G.; l’abbé Camille Roy.Bibliographie française, p.140____L.L.Bibliographie canadienne, p.143.AVRIL R !*• Ceslas Côté, O.P.La grâce capitale du Christ (.Fin), p, 145_ L’abbé Camille Roy.Causerie littéraire : Nos amis les Canadiens, TABLE DES MATIÈRES 575 p.153__B.F.Hugolin, O.F.JH.Victoires et chansons.IL Chouaguen (Suite), p.D'7—L’abbë J.-A.Damours.Etude critique: Droit public de VEglise.Vorganisation religieuse et le pouvoir civil, p.175_M.Saint-Louis Frédéric Ozanam.Actualité de son apostolat, p.181—Rév.A.-S.Renaud.Au pays des troglodytes américains (Suite), p.183—Don Faolo-Agosto.Pages romaines : Le cardinal Respighi et les cardinaux vicaires—Réforme de la Garde noble, p.188.—L.L Bibliographie canadienne, p.191_P.P.Biblio- graphie française, p.191.MAI La Redaction.Noces d’argent de S.G.Monseigneur Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, p.193.— Mgr L A Paquet.Le jubilé épiscopal de Monseigneur Bégin, p.194—P.Blondel.L’évêque, p.198___Jean du Sol.La traite des pelleteries et la colonisation de la Nouvelle-France (Suite), p.222—l»on Paolo-Agosto.Pages romaines : La maladie de Pie X—L'autel papal de Saint-Jean de Latran et de Saint-Pierre, p.234.—La Direction.Monseigneur Joseph-Alfred Archambeault, p.238—Id.Joseph-Edmond Roy, p.238______ C.R.et P.P.Bibliographie française, p.239.JTJIN R.P.M.Tamisier, S.J.L’idé» révolutionnaire et le romantisme, p.241__Raphaël (Servais.A propos du Centenaire de Louis Veuillot ( Premier article), p.258—R.P.Hugolin, O.F.M.Victoires et chansons.III.William Henry, p.26 î—B P AIE».Il il n tse 11, S.J.L’action sociale cathoique aux Etats-Unis, p, 269.— *Stev.A .-S.Renaud.Au pays des troglodytes américains (Suite et fi"), p.275_ Don Paolo-Agosto.Pages romaines: Le Te Deum de remerciement de la guérison de Pie X_Les cataco ubes Ad decimum_Un légat à Paris, p.279 —P.P.; H.(J.Bibliographie française, p.282.—L’abbé Camille Roy.Bibliographie canadienne, p.285—R M.B.Bibliographie théologique, p.286—L L.Bibliographie sino anglaise, p.287__L’Administration.Notre « supplément », p.288.JUILLET Raphaël (Servais.A propos du Centenaire de Louis Veuillot, II, p.289_______Mgr Joseph Mettre.Rapports historiques des peuples bal- kaniques avec le Saint-Siège (Premier article), p.3u0—L’abbé H.Simard.Chronique scientifique.Les conquêtes du spectroscope, p.313.__R.P.Hugolin, O.F.M.Victoires et chansons (Suite et fin).IV.Carillon, p.320.- Don Paoio Agosto.Pages romaines : Sacre épiscopal au Collège canadien.—Willy Ferreros—Agitations et grèves___Vicariat apostolique de la Libye—Les îles détenues par l’Italie, p.331__T.D G.Bibliographie théologique, p.334.—C.R Bibliographie française, p.335.—L.L.Ouvrages reçus, p.336. 576 LA NOUVELLE-FRANCK AOUT l>a Direction.Monseigneur Arthur Béliveau, p.337—Raphael Ger-vaiN.A propos du Centenaire de Louis Veuillot, II (Suite), p.338— Mgr Joseph Meffre.Rapports historiques des peuples balkaniques avec le Saint-Siège (Second article), p.348—Jean d’Estienne.A quand la fin du monde ?I.Les commencements de la Création, p.365.—R.H.Hugolin, O.F.M.L’adieu du missionnaire, p.373.— Don Paolo-Agosto.Pages romaines : Vêles, p.379—Fa Direction.In memoriam.Mgr Thomas Etienne Hamel, p.383—P.Blondel.Bibliographie canadienne, p.383.SEPTEMBRE Raphaël Gervais.A propos du Centenaire de Louis Veuillot, III,p.385.—Jean d’Estienne.A quand la fin du monde 7 (Deuxième article), p.398_F’abbé F -A.Groulx.Ceux qui viennent, p.406—Rri- daine.La presse catholique, p.419_Don Paolo-Ago#to.Pages romaines : Statistique des universités italiennes—Le Père Guglielmotti, p.427,—Fa Rédaction.La Catholic Encyclopedia, p.431—P.P Bibliographie française, p.431_F.F.Bibliographie canadienne, p.432.OCTORRE Raphaël Gervais.A propos du Centenaire de Louis Veuillot, III (Suite), p.433_A.Acloque.Les mauvais yeux, p.448______K.P.M.Tamisier, S, J.L’idée révolutionnaire et le Sillonnisme, p.455____ Fa Rédaction.Le Docteur Georges Surbled, p.472______Don Paolo- Agosto.Pages romaines : Le cardinal Vives y Tu to et la Diaconie de Saint-Adrien___Manifestations anticléricales, p.474_P.P.Bibliographie française, p.477—F.F.Bibliographie canadienne, p.479_______ Ouvrages reçus, p.480.NOVEMBRE Raphaël Gervais.A propos du Centenaire de Louis Veuillot IV, p.481,—P.P.L’apologétique chrétienne, p.496—Abbé E.Chartier.En territoire franco-américain, p.5U7._ Bug.Kouillard.Les noms géographiques dans Québec, p.515.—J.-E.Prince.Au Palais législatif (tableau de M.C.Huot), p.521_A.C.Les Expositions, p.524________________________________Don Paolo-Agosto.Pages romaines ; Italie_Entre alliés.—Entre électeurs, p.526.* DECEMBRE Panl Blondel.Le modernisme, p.529__R.P Alexis.Un voyage au Nord Ouest, p.541_Jean d’Estienne.A quand la tin du monde ?(Troisième article), p.551_A.A cloque.Le microbe de la rage, p.563—Don Paolo-Agosto.Pages romaines : Noces d’argent du Collège canadien—Centenaire de Louis Veuillot à Rome, p.568._ E’abbé Camille Roy.Bibliographie canadienne, p.573_P.P.Bibliographie française, p.574.Le Directeur-propriétaire, Imprimé par la Cie do I’Evénbmbnt, 30, rue de la Fabrique, Québec.L’abbé L.Lindsay.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.