Le couvent : publication mensuelle à l'usage des jeunes filles, 1 mai 1899, Mai - Juin
\ '1 ECOUTENT Publication mensuelle à l’usage des jeunes fdles.14ème année.-No 9 — Mai et Juin 1899.Abonnement : 25 contins par an.Les abonnements datent (In 1er septembre.—s’adresser :i F.-A.Baillaiiigé, prêtre, curé, Saint-Hubert, (Chambly), P.Q.Le COUVENT cesse de paraître, ie rédacteur n’ayant plus de loisir a lui consacrer.Le mois do juin s’est écoulé, la moitié près, et le Couvant de mai n’a pas encore paru ! Les loisirs me font défaut.J’ai du reste en vue, et sur le métier déjà, diverses brochures qui pourront être plus utiles.J’ai donc résolu de discontinuer la publication du Couvent.Cette revue a quatorze ans d’existence, et elle ¦est chère à mon cœur.Plusieurs aussi me pressent de la maintenir.Tout bien considéré, il est plus sage, je crois, de la sacrifier à un plus grand bien.Donc, ce numéro du Couvent est le dernier.Le Couvent dormira donc à l’avenir, à côté de { V —— 166 —¦ ses aînés : l'Etudiant, le Bon Combat et la Famille.La circulation du Couvent s’est étendue de 1,000 à 1,800 copies par livraison.Merci aux amis de cette publication.F.A.Baillaiugé, ptre Saint-Hubert, 15 juin 1899.Arrerages Les jeunes filles qui n’ont pas encore payé leur abonnement an Couvent sont priées de s’exécuter.Je parle pour 98-99, car pour ce qui regarde les années précédentes, je fais grâce h tous les retardataires.F.-A, 11.•* ^ La jeune fille susceptible Notre pauvre humanité traîne avec elle unlong cortège d’inperfections diverses, de travers fâcheux.Ces imperfections, ces travers, sont souvent des défauts.Ces défauts deviennent souvent des péchés.* 16 7 —¦La susceptibilité tient mie place d'honneur dans celte 1 unille de petits monstres.$ * La susceptibilité 1 qui n'en a pas souffert ?* * Qui est-ce donc que la susceptibilité, chez la jeune 111 le, en particulier ?C’est un état d’âme qui fait que Von se blesse, que Von se chagrine 'pour rien.*¦ * Dans un moment où.le ciel est serein pour tous, il devient sombre tout à coup pour la jeune fille susceptible.Regardez-la.Elle cesse de vous regarder.Elle ne parle plus.Elle ne sait plus sourire.Mademoiselle s’est armée de l’arme des âmes faibles : elle boude ! Demauduz-lui la raison do cette metamorphose ?Elle ne vous répondra pas, ou bien elle dira : “ Je n’ai rien.” % * D’où vient la susceptibilité ?De l’amour propre blessé.Les âmes susceptibles ne sont pas humbles. —*— 168 —- Elles sont travaillées par un orgueil dont elles n’ont pas conscience, dont elles ne se rendent pas compte.La preuve en est qu’une jeune fille susceptible reçoit mal un avis, une correction.La susceptibilité se trouve chez les jeunes filles, même pieuses.Elle n'en est que plus mal édifiante.* La susceptibilité rend la jeune fille ridicule.Pourquoi se blesse-t-elle ?Pour des riens, pour des niaiseries.Elle se blesse pour un mot dit en badinant.Elle se blesse pour une préférence qui n’est pas tombée sur elle.Très souvent l’entourage de la jeune fille susceptible ignore absolument la cause de son chagrin, ae qui montre combien légère est cette cause.La jeune fille susceptible n’est pas aimable.Elle gâte en un jour le fruit d’un mois de bons offices.On ne peut pas aimer une personne qui est un nuage pour la maison, et une cause de déplaisir pour tous. — 169 — La susceptibilité engendre souvent le jugement téméraire.L’âme susceptible s’imagine foule de choses qui ne sont pas et qui sont guère honorables pour ceux auxquels elle les attribue.une ne C’est ainsi que ce travers devient la d’une foule de péchés contre la charité.cause * * * On évite le commerce de la jeune fille ceptible : c’est sa punition ; et les conséquences sont sérieuses pour l’avenir.sus- * * * Bref : “ De la faim, de la peste et du la fille susceptible, délivrez nous, Seigneur.F.-A.B.LE MONDE DES NOUVELLES *4 Les amis de la paix universelle sont en conférence à la Haye.Le président McKinley permet l’établissement d’une chapelle catholique sur la réserve de West l’oint. — iyo — Aux Philippines, toujours la guerre.Les juifs sont expulsés de Saint-Pétersbourg.Le système Ducretet pour la télégraphie sans fil attire l’attention des spécialistes.Chute du ministère italien à propos des affaires de Chine.Les évêques de Bavière ajoutent une année d’études au cours actuel de théologie, dans leurs séminaires.L’Allemagne compte — statistique récente — 18,348 prêtres séculiers et 936 réguliers.Décès du cardinal Krementy archevêque de Goto- gill).Mataafa, qui fait tant do bruit à Samoa, est un catholique.Sans les intrigues d’une société protestante, il y a longtemps qu'il serait arrivé au pouvoir, La France a toujours, sur les bras l’affaire Dreyfus.Le commandant Marchand est attendu, eu France.La monarchie italienne perd du terrain tous les jours, au profit du Saint Siège.Les pèlerinages augmentent, d’année en année, à Lourdes.On parle de 40,0U0 malades présents dans ces derniers temps.2?s % MM.Cadi eux et Demme ont eu la bonne idée de rééditer les Mélanges Religieux publiés de 1840 à 1854.Le 3 mai, installation de Mgr O’Connor, archevê.que de Toronto.M.Grcenway, le manitobain sectaire, commence il récolter le fruit de ses œuvres.M.de Montigny, recorder a donné sa démission — 171 — pour cause de maladie.Ce magistrat exemplaire dont 1 action secondait si bien celle du clergé, a rendu plus de 100,000 jugements.Le nombre des votants, nu Canada, est de 1,230,410 L’Angleterre compte 31,000,000 d’habitants.L’honorable Barthélemy Juliette aura bientôt un monument, dans Juliette.Des milliers de Donkhobors sont maintenant établis Canada.Cette importation a plus ou moins de valeur.mi Avez-vous acheté : “ Le Règne de Jésus par Marie ” “ Le Scapulaire do N.-l).du Mont-Carmel ”, Ou il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave.(Bossuet).VARIETES (Pour lo Couvent).NAÏVETÉS, BONS MOTS, CALEMBOURGS, Etc.Le comble de la dyspepsie : ne pouvoir digérer un affront.Facetus.— “ L’air de l’Irlande est très bon ” disait jour lady Carteret à Swift.— “ De grâce, Madame, répondit-il, ne le dites pas en Angleterre, car on frapperait d'un impôt l’air de l’Irlande.un — IJ2 — Après s’être donné toutes les peines du monde pour expliquer le mot “ collision ”, un maîtie dé-cole dit à l’un de ses élèves : Supposons que tu viennes heurter très violemment ton camarade dans la rue, que s’ensuivrait-il ?De bons coups de poings, je vous l’assure, répond imperturbablement le gamin._ “ Bravo, mon ami, dit un médecin à un malade — “ Alors, je vais guérir ! ” — “ Oh ! non, non.Mais votre cas est nouveau et vous aurez la gloire de donner votre nom à cette maladie lorsque l’autopsie aura confirmé nos ¦ prévisions ! ” Le malade pâlit et trépasse sur l’heure.Pourquoi tant de gens dorment-ils au sermon ?C’est, disent les philosophes, que l’on entend mieux en fermant les yeux.Médisants, ne jugez soporifique, ni les au- donc plus le prédicateur diteurs paresseux, lorsque vous verrez beaucoup d’yeux fermés au sermon.Pourquoi ne faut-il jamais monter en omnibus pendant l’orage ?Parce qu’il faut alors se défier des conducteurs.Quelle différence entre un homme cruel et un vieux cheval ?Aucun : tous sont fort rosses ( féroces ).Depuis quelle époque le commerce des salaisons est-il interrompu avec l’Allemagne ?Depuis qu’elle refuse des passe-^m.Quelle fraction décimale voit-on au moment où le dey d’Alger monte sur son trône ?On voit le dey s’y mettre ( décimètre ). — 173- Quel est l’industriel qui fait concurrence aux Pompes Funèbres ?Le brasseur, car il est fabricant de bières.Comment un gendre peut-il convertir sa belle-mère ?En l’envoyant à la Sorbonne, car il peut dire : “ ma belle mère en Sorbonne ( sort bonne ).Quel est le musicien le plus séduisant ?Celui qui ne chante pas vite, car il est, lent chanteur ( l’enchanteur ).En quoi se ressemblent un homme frileux et une femme qui lit le journal P C’est que tous deux recherchent l’effet d’hiver ' ( les faits divers ).Quelle différence entre deux intimes et deux cribles ?Aucune : tous les quatre sont amis ( tamis ).En quelle province de France se trouve celui qui n’a pas manqué sa vocation ! En sa voie ( Savoie ).De quoi s’accuse celui qui se cache ?D’obstination, car il se dit six mules (|dissimule )_ Coquille typographique : La plus grande “ femme." du monde.Elle se trouve dans la Louisiane et ne mesure pas moins de ioo milles du nord au sud sur 24 d’est en ouest.Elle est exploitée par un syndicat de capitalistes.Après avoir essayé plusieurs chapeaux, un client en trouve un qui lui sied à ravir.Prenez celui-là, monsieur, lui dit le marchand ; il nous chausse comme un gant- — 174 — — Vous m’avez dit, je crois, docteur, que toute émotion me serait funeste ?— Oui, sans doute, elle ne peut que vous faire du mal.— Eh bien alors, au nom du ciel, pourquoi m’avez-vous envoyé hier votre note ?On prêche — Deux assistants, le mari et la femme, jasent à qui mieux mieux au fond du temple.“ Je vais me taire, dit à haute voix, le ministre jusqu’à ce que le silence se rétablisse.” Mais le couple est si absorbé par sa causerie qu’il n’a pas entendu l’abjuration du pasteur.Celui-ci la répète : “ Non, non, mon révérend, vous ne nous gênez pas ! Continuez, je vous prie : lui répond le mari.” Quels sont les gens les plus déçus ?Les vignerons, car leur espoir est toujours vin.Comment peut-on appeler un dentiste en chambre et un autre installé sur la place publique ?Le premier, arracheur dedans et le second arracheur dehors.Un collégien va voir une tante quelque temps avant la distribution, et lui dit en la quittant : “ Ma tante, je ne viendrai plus te voir maintenant qu’avec me s prix.” “ Oh ! lu peux rester chez toi, mon garçon, lui répond la tante d'un air piqué ! Un enfant terrible.— La maman de Rosette complimente son petit frère qui mange bien sa soupe en lui disant qu’il deviendra un bel homme.— “ Et moi, maman, qui ai mangé deux fois de la soupe ?dit Rosette, jalouse des lauriers d’André.” —175 — — “ Eh bien ! tu deviendras aussi une belle petite fille ! ” Rosette, après quelques moments de réflexion et d’un petit air futé : “ Alors, maman, je crois bien que tu n’as pas mangé de soupe, toi 1 ” Chose plus curieuse encore que ce mot, il est authentique / Au théâtre.— Un monsieur se lève furieux et dit à une dame placée devant lui : “ Maman, baissez donc, je vous prie, cette ombrelle rouge qui cache toute la scène.— “ Mais, mon ami, lui dit sa femme en le faisant rasseoir, ce n’est pas une ombrelle, c’est un chapeau d’été nouvelle mode.” Excès de franchise.— Un médecin a dernièrement signé son nom dans la colonne du permis d’inhumer intitulée : Cause du décès.On a bien ri de cet aveu “ dénué d’artifice ”.Un passant demande à un agent de police s’il est bien à mi-chemin de la rue X.Dites-moi d’abord, lui répond ce dernier d’où vous êtes parti.Monsieur est en train de lire son journal au coin du feu : “ Qui donc fait ce bruit infernal, dit-il, avec colère ?” Madame entrant tout effarée : “ C’est notre petit Paul qui vient de tomber en bas des escaliers ! ” — “ Eh sapristi ! ma bonne, s’il ne sait pas tomber sans faire de bruit, ne le laisse plus recommencer ! ” — 176 — Un célèbre médecin a dit : “ Si l’enfant ne s'accommode pas du lait froid, faites-/*?bouillir.” Pardon, monsieur le Docteur, est-ce l’enfant ou le lait qu’il faut faire bouillir ?, A railleur railleur et demi.— Un commis-voyageur se trouve eu chemin de fer à côté d’un prêtre d’embonpoint respectable.“ Si, comme le dit l’Ecriture,toute chair n’est que de l’herbe, insinue malicieusement le commis-voyageur à son voisin, il faut avouer que voilà une jolie botte de foin.” — “ Et appétissante donc, répartit l’abbé, “ Gascon, d’autres disent Normand ” puisqu’elle allèche si bien les ânes ! Un décrotteur installé sur la voie "publique voit passer un nègre pendant une pluie torrentielle : — “ Faites cirer vos bottes, bourgeois ! Ce n’est que deux sous et je vous revernirai par dessus le marché ! ” Recettes domestiques : Pour dégraisser un habit : Couper le morceau où se trouve la tache.Pour se préserver du froid aux pieds : se faire mettre des jambes de bois.Au Club.— Le Candidat.— Oui, citoyens, je vois déjà luire l'aurore du jour où nous serons tous égaux, où un homme vaudra autant qu’un autre citoyen, ce jour-là, je n’aurai pas de peine à vous montrer que je vaux mieux que vous ! Dans un dîner de famille.— Le père : Quel poulet coriace ! Notre couteau à découper est pourtant tout frais repassé.La mère : Mon ami, c’est que la bête provient sans doute d’un œuf, à moitié cuit à la coque avant d’avoir été couvé ! — *77 — MADAME MARIE du SACRE-CŒUR C’est l’auteur d’un livre qui a fait du bruit et qui a soulevé bien des discussions.Elle était au couvent de Clermont.Elle énonça ses idées en matières d'éducation.Désapprouvée pat' sa supérieure et par Vévéque diocésain, elle se retira au couvent de Cavaillon, diocèse d’Avignon.Elle désirait entre autres choses la fondation d’une grande école normale pour les religieuses enseignantes- Son Em.le cardinal Vanutilli, préfet de la Congrégation des Evêques, vient d’annoncer aux évêques de Eran ce, que cette congrégation n’approuve point, les projets de sœur Marie du Sacré-Cœur.Ce jugement venge les congrégations enseignantes de bien des reproches reçus à l’occasion du livre de sœur M.du S.-U.Madame Marie du Sacré-Cœur s’est soumise.CURIOSITE ET INDISCRÉTION r — “ Ma chère Eudoxic, emmène avec toi la petite Clara dans le cabinet de ton père, tu lui montreras les tableaux et les estampes, tandis que je vais causer d’affaires avec sa maman.Va, va, ma fille.” En prononçant ces paroles, Mme Savigny indiquait aux enfants la porte du cabinet, et, par une légère ondulation horizontale de la main droite, décidait la marche irrésolue d'Eudoxie, qui visiblement quittait à regret le salon.— “ Va, va, ma fille ! c’est-à-dire, pensait Eudoxie# nous no voulons pas quo tu entendes ce que nous allons dire.J’ai pourtant treize ans passés ; il me semble qu’à cet âge.Mais les parents sont mystérieux !.Viens, Clara.— “ Ah 1 qu’il est joli, le cabinet de ton papa î montre-moi, montre-moi, explique-moi tout bien en détail, ” s’écria, en entrant la petite Clara.Eudoxie voulut commencer méthodiquement ses explications.— “ Voici d’abord une vue du Mont-Blanc 1 — C’est bien nommé, dit Clara ; que de neige IAh ! voici une montagne de feu à présent I qu’est ce que c’est — donc ?— Comme tu sautes d’un objet à un autre, Clara ! allons par ordre, je te prie.” — Clara.“ Non, non, la montagne de feu avant tout ! ” — Eudoxie.C’est une éruption du Vésuve, peinte à la gouache par un artiste italien.On raconte que Pline, le naturaliste.” — Clara.“ Ah ! les jolis enfants, qui lisent sur la cheminée ! En quoi sont ils faits ?— Eu-doxie.“ En bronze, c’est un métal.” — Clara.“ Comment appelles-tu ce gros meuble bombé ?— Eudoxie.“ C’est un secrétaire à cylindre.” - Clara.“ Ah !.cylindre ! qu’est-ce que c’est ?” — Eudoxie, “ Un cylindre, c’est un.une.c'est difficile à t’expliquer : un cylindre, c’est.Clara.“ A quoi servent les petits serpents dorés qui allongent le col ?” — Eudoxie.“ A soulever le cylindre, ou plutôt le demi cylindre, pour ouvrir le secrétaire.comme cela.Àh ! mon Dieu ! papa ne l’a pas fermé à clef ; c’est la première fois qu’il l’oublie.” — Clara.“ Oh ! il ne faut pas y toucher ! ferme, ferme, Eudoxie, le secrétaire de ton papa, car maman dit qu’il ne faut jamais toucher à un secrétaire.” Eudoxie rougit du conseil de Clara.; sa main tressaillit, et elle ferma précipitamment le meuble.Nous ne suivrons pas d’avantage les deux enfants dans l’examen du cabinet ; seulement nous en ferons la remarque, les descriptions d’Eudoxie devinrent tout-à-coup si brèves, que la petite Clara, malgré sa vivacité n’eut plus une seule occasion de l’interrompre.Eudoxie, au contraire, coupa court aux questions de sa jeune amie, qui lui demandait l’explication d’un baromètre, en s’écriant : — " Attends, ma chèic, on nous appelle ; viens, Clara, nos ont fini.” — Soit en effet que les mamans eussent rappelé leurs filles, soit que le retour des enfants abrégeât la visite, la mère de Clara prit congé de Mme Savigny.Cependant Eudoxie se met an piano, mais elle presse la mesure, fait de fausses notes, saute deux ou trois variations de son air, et trouve bientôt un prétexte pour entrer seule dans le cabinet de son père, qui ne doit revenir que le soir.Coupable Eudoxie 1 mamans Sa conscience murmure, ses jambes tremblent/ soi! cœur bat avec force ; elle approche du secrétaire, s’éloigne, revient, lève le cylindre, le referme, l’ouvre encore, hésite un moment.Mais la curiosité l’emporte, Ëudo.xie succombe tiroir où se trouvent plusieurs manuscrits.Le premier qui frappe scs regards, porte ces mots en titre : A ma fille/ que n’y avait-il : Ah ! ma tille i cette exclamation, sans doute, eût emprunté, de la conscience d’Eudoxie, un accent de reproche capable de la rappeler au devoir; mais,hélas ! quand la voix du devoir sc tait, la voix menteuse de la passion murmure des excuses : " A ma fille ! cet écrit est pour moi, mon père me le destine ; un peu plus tôt, un peu plus tard, qu’importe ?” Eudoxie saisit le cahier, et commence à lire ce qui suit : — “ Voici, chère enfant, les derniers conseils que tu recevras do ton père, car j’ai peu de temps à vivre.J’ai consulté les gens de l’art, la cause do mes palpitations est un anévrisme au cœur ; cotte maladie ne pardonne pas j mes jours sont donc comptés.Puis-je en faire un meilleur usage que de causer avec toi sur ton bonheur à venir ?Du moment que tu vis le jour, ma fille, tu devins l’intérêt de ma vie, l'objet de mes pensées, le but de mes espérances ; tu rajeunis mes goûts, tu ravivas ma ferveur ; je priai?r'n'"-f,,: fiM" -'e-1 mandais à Dieu pour mo s, Elle vient de tirer un c est-a-tiire, ues vertus de leur recompense, je comptais cultiver.” Euduxie n’en peut lire davantage ; ses pleurs, ses sanglots lui troublent la vue; le manuscrit tombe do ses mains : “ Mon père ! mon bon père ! Ah ! grand Dieu 1 ” Elle a peine à se soutenir.Cependant elle songe à sa mère ; — “ Oh ! qu’elle ignore le terrible secret ! ” Vite, Eudoxie ramasse et replace l’écrit douloureux, elle referme le secrétaire avec angoisse, avec remords, et monte dans sa chambre pour pleurer et travailler à cacher ses larmes, afin do dérober son désespoir à sa mère.A partir de ce moment, Eudoxie ne connaît plus que la douleur ; ses regards inquiets ne peuvent se porter sur son père sans que ses larmes soient prêtes \ ^ —— î Bo —** à flou 1er.La douce sécurité de sa mère a pour elle quelque chose de déchirant.Un sourire, une caresse de son père lui brise le cœur.Il faut étouffer ses soupirs, cacher ses mortels alarmes.Tant de contrainte est au-dessus de ses forces ; elle tombe malade.Le médecin conseille la distraction ; mais, hélas ! quand l’âme est profondément affligée, la joie revient-elle par ordonnance ?Un soir qu’Eudoxie paraissait plus triste et plus souffrante qu’à l’ordinaire, M.Savigny s’avisa de lui proposer une lecture pour la distraire.— Autrefois, dit-il, tu écoutais avec plaisir des contes et des petites comédies que je faisais pour toi.J’ai dans mon secrétaire quelques manuscrits que tu ne .connais pas ; je vais les chercher.A ces mots, Eudoxie pâlit et fut prête à se trouver mal.3a mère lui fit respirer un flacon de vinaigre ; les couleurs lui revinrent.M.Savigny alla chercher dans son cabinet plusieurs petits cahiers.—> Voyons, dit-il, ce que nous allons lire : Histoire de deux Orphelines.je t’ai déjà lu cela.La Curie- site punie.passons, ce conte ne t’amuserait pas.Testament d’un pitre à sa fille.Tu ne connais pas cette nouvelle; j’espère qu’elle t’intéressera, j’en ai puisé le sujet dans un ouvrage allemand.Le début en est triste ; mais rassure-toi, le dénoûment te fera plaisir.Hum ! hum ! Vcimar, 10 octobre 1782.“ Voici, chère enfant, les derniers conseils que tu recevra de.” .— Oh 1 papa, ce n’est donc pas vous ! s’écria Eu-doxie en s’élançant dans les bras de son père, ce n’est donc pas vous, que je suis heureuse ! c’est un roman.Oh ! bonheur ! je fus bien coupable, j’ai ouvert votre secrétaire, j’ai voulu lire vos papiers ; mais en grâce, ne me grondez pas, j’en ai été si cruellement punie 1 M.et Mme Savigny embrassèrent tendrement leur fille dont la santé revint vite, tandis que l'indiscrétion, la curiosité ne revinrent jamais.
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