La revue de Manon, 1 janvier 1927, samedi 1 janvier 1927
Bibliothèque et Archives nationales Québec Revue de Manon Pages 1 à 2 manquantes I PER R -•A.QU La Revue de Manon CON Revue littéraire et cinématographique bi-mensuelle ABONNEMENT Canada : 1 an, $2.00; six mois, $1.26 Etats-Unis t 1 an, 2.25; six mois, 1.59 Hile Emma Gendron, directrice-propriétaire*.CHANGEMENT D'ADRESSE Tout avis de changement d’adresse doit nous parvenir avant le premier du mois, accompagné de l’ancienne adresse.ADRESSE: 12la, rue St-Christophe, Montréal.Tél.Est 8172-M.Deuxième année — No 22 Montréal 1er Janvier 1927 Le numéro: 10 sous tA tous mes lecteurs et lectrices ainsi qu’à mes annonceurs, je souhaite que Vannée 19 27 soit entre toutes, la plus belle, la plus féconde en bonheurs de toute sorte.Je profite aussi de cette occasion pour remercier tout le monde du constant encouragement que Von me témoigne.Jap?J’espère que l’avenir n’aura pas à regretter le passé.et alors soye^ sûrs que je saurai récompenser votre sympathie en m’efforçant de rendre ‘ La Revue de Manon” la plus intéressante et la plus inédite.A tous donc, mes vœux de bonheur pour 1927.Mademoiselle EMMA GENDRON Directrice-propriétaire de “La Revue de Manon EMMA GENDRO\ mm mm.ivrviï 'iVTV,.mm fi» Page quatre LA REVUE DE {MANON {Montréal, 1er Janvier 1927 >/• /.•-v.*/ S;//// Sr/*//.*//.rV-/.*/.** ÿvv/ÿXvv; V'vV’V .nC**W /.¦/.•//.VV-V.•••••V WtfüiïA W/'j 'mym A*V •v>* yy.-// •v/.y/.v'.v: vv WffîW'i mm v v ••v/x vy;v//v/.v V alentmo Amoureuse Par Edouard Ramon No 3 (suite) C'est là qu'il avait vu, ou plutôt revu Bettina, mais la toute petite fille de Castellaneta s'était métamorphosée, épanouie délicieusement, comme une fleur de grenade.Pour parler du “pays" avec le père — en fait pour retrouver la jeune fille, Rodolfo était revenu, passant là “par hasard" au début, puis venant tout simplement, ensuite, sans éprouver davantage le besoin d’expliquer sa visite.Il était revenu et peu à peu une intimité était née qui avait fait de Rodolfo une manière de grand frère aîné, tendre, toujours plus tendre pour sa jolie amie.Les dimanches il obtenait de l'emmener promener, de l'inviter à danser.Et c'était, le long des quais, à travers les canaux, jusque vers le Lido, des promenades enivrées, ou, dans des trattorias discrètes, de longues haltes où l’effervescence d'un amour naissant s'entre- mêlait aux bavardages enfantins de la jeunesse.La fièvre un peu folle du Carnaval agit sur cette idylle comme la chaleur d’une serre sur une fleur précoce.La fin du premier bal les trouva réfugiés dans l'ombre propice du porche d’un palazzo désert: lèvres à lèvres ils s'abandonnaient aux promesses des premières étreintes.Les mois s'écoulèrent pour Rodolfo dans une atmosphère de rêve éveillé: ses facultés de vivre semblaient décuplées.Il travaillait intensément, puis, à peine sa journée d'étude achevée, se plongeait dans une frénésie d'évocations, d'espoirs et de projets.Il en était ainsi chaque jour, Bettina, de son côté, subissait sans nul effort pour le combattre, sans remords, le croissant ascendant de l'amour de Rodolfo.Elle sentait, elle savait qu'elle courait à une sottise, que son bel amoureux représentait pour elle un rêve insaisissable, que la différence de leurs situations sociales, que la vie se chargerait inéluctablement de les séparer.N'importe.Elle se livrait sans réserve à ce qui était pour elle la raison même de vivre.En elle-même, au cours de ses songeries presque subconscientes, elle s'était vouée, elle s'était donnée à Rodolfo.Un pieux serment jusqu'alors l'avait retenue.Pas pour longtemps: l'inévitable approchait.Au début de cet amour, elle avait prononcé un vœu qui la liait à elle-même — et à la Madonna de Santa Maria Mag-giore.Mais l’heure sonnerait bientôt où elle se trouverait libre, délivrée de son ultime scrupule, de la contrainte des préjugés, délivrée de tout afin de mieux s'asservir au joug de son amour.Le soir même de ses seize ans — la date fatidique — qui tombait un doux dimanche de printemps, elle avait obtenu d'aller seule avec Rodolfo jusqu'au Lido, contempler de loin la splendeur illuminée d'une fête nautique organisée par les snobs cosmopolites de l'hotet Excelsior.’ En vérité, la fête, elle n'était point dans le tournoiement de couples inconnus sous des guirlandes de lanternes vénitiennes, dans l'envol des fusées doublant la course de leurs lueurs phosphorescentes au-dessus des eaux calmes de la plage, non plus que dans le brouhaha élégant d'une foule où scintillaient les mille feux des bracelets de diamants.La fête, ils la portaient en eux-mêmes, dans leur cœur bondissant, dans leurs lèvres tremblantes, dans la fièvre de leurs corps promis.Enlacés au fond d'une gondole que Rodolfo avait fait la petite folie de louer pour eux seuls, ils revenaient vers Venise, sûrs d'être tout à l'heure l'un à l'autre.Un orage subit.Une trombe d'eau aveuglant le gondolier, menaçant, dans la rafale, de couler leur embarcation.Bettina affolée, saisie de quelle crainte superstitieuse, puis bientôt trem- Rodolphe Valentino et son dangereux petit favori ("léopard ) IMontréal, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE A N U N Page cinq ,V; / Miïm Wmm sa?y.vvv/.v'.vv ••¦.••V' V/SV SS#*®*: ÿ/vvV •>V*W ¦vV/.-y.£v'-ra .-¦**• v.-vXv: •vw •WV2i 'W pée par la chute incessante de l'eau, grelottante d'énervement, de déception, de froid.Et le retour hâté, fébrile, vers le pauvre logis où la mamma se désolait d'inquiétude à la pensée de sa fille errant sous ce déluge dont le dolman de Rodolfo jeté sur ses épaules avait été impuissant à la protéger.Le lendemain une pleurésie se déclarait.Des jours d'atroce angoisse passèrent, avec l'alternance de leurs espoirs frêles et de leurs rechûtes.Au bout d'un mois cependant, où Rodolfo vécut dans les pires transes qu'il eût connues jusqu’alors, Bettina pouvait asseoir, devant la fenêtre de sa pauvre maison, sa grâce convalescente et chercher du regard, entre la double rangée étroite de toits, une mince découpure de ciel bleu.Rodolfo renaissait au bonheur.Brève accalmie.Quinze jours plus tard, comme juillet approchait, le père de Bettina annonça une résolution prise: les derniers jours de juin le verraient partir à bord d’un cargo à destination des Etats-Unis.Mais il n'en partirait pas seul, suivant ainsi le chemin parcouru par tant d'émigrants italiens: il emmènerait avec soi tous les siens, et Bettina d'abord.Il ne restait plus à Rodolfo et à la jeune fille qu'à pleurer leur rêve d'amour: enfermé dans son collège, Rodolfo obtint à grand'peine de courir jusqu’à la gare étreindre celle qui avait incarné pour lui, dans la sublime fraîcheur du printemps de sa vie, la Femme, le Désir, l'Amour, celle dont, toute sa vie, il poursuivrait l'impossible recherche — celle aussi qui l'avait aimé bien que tout le séparât d'elle.Touchant symbole de ce que devaient être, à des années de distance,, la foule innombrable des jeunes filles, des femms, qui sous toutes les latitudes, dans tous les pays, rêveraient de Rudolph et l'aimeraient, pour avoir vu, sur l'écran, sa silhouette impalpable et charmante.VII IVRESSE DE VENISE Ce ne devait pas être la seule déception de son été.A quelques jours de distance, un rude coup l'attendait: la commission médicale chargée d'examiner les candidats à l'Ecole navale le déclara inapte au service dans la marine royale.Inapte ! Ce grand corps alerte et musclé, trop tôt grandi peut-être, trop vite, mais si robuste en sa grâce élancée !.La décision était irrévocable comme peut l’être une décision administrative basée sur l’étroite interprétation de règlements rigides.Rodolfo Guglielmi n'avait pas présenté à l’œil attentif et aux instruments de mensuration de MM.les examinateurs le périmètre de poitrine rigoureusement exigé par les lois.Et voilà comment le firmament cinématographique devrait, plus tard, une fière.étoile au rigorisme d'obscurs fonctionnaires !.Cette pensée, par la suite, ne manqua jamais d'égayer Rudolph: “Un centimètre de plus, disait-il, et j'aurais eu l'immense honneur de végéter dix ans sous les galons d'enseigne, à quelque quinze mille lires par an !" N'importe.Sur l'instant la déconvenue fut sévère.L'avenir apparut sombre, la vie gâchée, le travail accompli totalement vain.Un sombre désespoir envahit Rodolfo qui s'y abandonna avec la fougue entière de sa jeunesse et de sa race, avec ces manifestations d'une sensibilité nerveuse qui lui étaient propres.Pour le distraire, sa mère lui avait permis de demeurer quelques jours à Venise.Sollicitude qui faillit rester vaine, qui le serait restée sans un brusque sursaut de la volonté de Rodolfo, soudain roidi contre ces coups redoublés de la mauvaise fortune.Une réaction brutale survint, volontaire presque, non sans danger d'ailleurs.Rodolfo résolut de tout oublier, de s'étourdir.Une occasion s'offrait sans la contrainte inévitable imposée à un écolier, à un étudiant, de participer librement à la fête du Rédempteur.Le 18 juillet, chaque année, Venise arbore ses airs de Carnaval.Tout comme, en d'autres villes latines, on sort les masques et les confettis la veille des Rameaux, ce jour-là, la piété vénitienne trouve bon, en mémoire d'une peste terrible dont ils la délivrèrent jadis dans la nuit des temps de célébrer ses saints à l'aide de bombes, de feux d'artifices, de serpentins et non sans que les flons-flons des bals masqués ne s'accompagnent de ripailles bien senties.(Suite à la page 30) Rodolphe Valentino et Doris Kenyon dans “Monsieur Beaucaire" Page six LA REVUE DE SM A N OS {Montréal, 1er janvier 1927 Rodolphe Valentino INTIME Quelques Anecdotes Quelle triste chose que d’être un héros, fût-ce de cinéma ! Haussé sur le piédestal de la gloire et de la popularité, le demi-dieu perd peu à peu figure humaine pour ne plus être qu’une idole figée dont on ignore si elle vit de la même façon que le reste des humains.Combien de fois Rodolphe ne déplora-t-il pas cet état de choses qui, parallèlement aux campagnes de publicité telles que le conçoit la presse américaine, faussait l'idée que l’on aurait pu avoir de l’être si délicatement simple qu’il était.Qu’il nous soit permis de raconter quelques anecdotes qui — trop tard, hélas! — feront connaître le vrai “Ruddy”.4 “Une des choses qui me plaisent, me disait-il, dans mon malheureux destin qui me condamne à être inéluctablement beau dans tous mes films, c’est que peu de gens me reconnaissent sans le maquillage qui a stéréotypé, d’une façon presque conventionnelle et stylisée, mes traits dans leur mémoire.Une fois pourtant, à Coney Island, le grand parc d’attractions de New-York, je fus presque reconnu.Deux petites sténo-dactylos en rupture de machine à écrire, qui mâchaient de la “gum”, repassaient avec insistance devant moi.J’allais me sauver précipitamment, lorsque, à mon grand amusement, j’entendis une réflexion qui me rassura: “Regarde, disait l’aînée des deux “girls”, avec cet air de dédain royal que savent si bien prendre les “flappers”, ce “sucker” (imbécile) qui a voulu se faire la tête de Valentino”! Rodolphe Valentino était naturellement fastueux.L’argent qu’il gagnait si vite— grâce aux salaires fabuleux qu’on le priait d'accepter—s’en allait aussi rapidement quil était venu.Un jour, entre deux scènes, il interpelle un figurant tout DANS NOTRE PROCHAIN NUMERO (15 Janvier) Nous publierons une photographie inédite de Rodolphe Valentino, celle qu’il affectionnait le plus.Ne manquez pas de vous la procurer en achetant le prochain numéro de “La Revue de Manon”.jeune, qu’il avait remarqué pour sa bonne allure et son extrême correction naturelle : — Ce que vous avez dans votre poche contre ce qu’il y a dans la mienne, à pile ou face ! Il perd et, heureux, remet cinq cents dollars à son partenaire qui n’en revient plus.S Chose curieuse.Cet homme, qui avait tant de succès sur l’écran, était tellement simple dans la vie courante qu’il décevait ses admiratrices admises à le rencontrer en dehors du studio.Il n’était pas du tout “homme à femmes” et était assez timide.Il eut souvent de grandes affections pour des femmes qui le considéraient uniquement en camarade et auxquelles il n’osa jamais avouer la nature de ses sentiments.Mais, à la base de cette indifférence voulue, il y avait une grande pudeur.— Si je n’étais pas le Valentino de l’écran, disait-il, je pourrais dire ce que je pense et croire ce qu’on me répond.Mais ce n’est pas moi qu’on croit aimer, c’est le pantin du cinéma.4 C’était un Latin, dans toute l’acception du mot, exigeant la fidélité, comme il s’y engageait lui-même, en amitié comme en amour.— Ce dont je rêve, c’est d’un foyer où j’aurais une femme aimante, qui ne fasse pas de cinéma, et qui m’accueille chaque soir, encadrée de mes enfants ! 4 — Si je me marie encore, je voudrais que ce soit avec une jeune fille simple et pure, pour qui je ferai tout afin de la rendre heureuse.Je ne voudrais pas qu’elle eut d’autres soucis que ceux de son foyer et de sa famille.Mais existe-t-il encore de telles épouses, pour un malheureux “Sheik” de cinéma ?4 Il faut dire que, dans son courrier, sur cent lettres, vingt étaient des demandes d’argent plus ou moins déguisées.Un jour il m’en montra une: “Je sais, disait le signataire dont elle émanait, que réellement vous vous nommez Rudolphe ê Rodolphe Valentino dans “L’Aigle Noir” Meyer, et je viens vous prier, à titre de coreligionnaire, de m’accorder quelques subsides.” — Que voulez-vous, me dit Valentino, j'étais désarmé; je lui ai adressé cent dollars.JEAN BERTIN. iMontréal, 1er Janvier 1927 Nouvelle Sentimentale Par Georges de Peyrebrune Inu lii Ptfg* sept h / i “Je vais dire un conte.” Tout la salle battit des mains.“Accourez, vous autres, asseyez-vous et ne bougez plus, marraine va raconter ! ” Un froufrou, comme un grand bruit d’ailes, un pépiement aigu, comme la dispute des moineaux, un trépignement de petits pieds, comme une galopée de souris à travers Ta chambre; et tout le monde s’installa.Et c’était bien tout un monde, car il y avait des bébés en sarraux et des fillettes avec leurs cheveux en nappes sur le dos, et de longues demoiselles comme on en fait aujourd’hui, au long buste très mince, aux longues jupes, aux longs yeux encore allongés d’un trait furtif de crayon noir.Les collégiens en vacances se groupaient derrière: les uns encore petits, gras et frais; les autres, dont la taille dégingandée dépassait de partout les habits trop courts, déjà ! Alors marraine commença: “J’ai connu, autrefois, une fillette qui s’appelait.” Mais aussitôt chacune de crier son nom pour baptiser l’héroïne.Même ces messieurs envoyèrent des vocables qui, peut-êêtre, secrètement leur plaisaient.Après avoir attendu, la conteuse, malicieusement, répondit: “Pas du tout, elle s’appelait Margot.Et encore la nommait-on Mlle de la Mar-gellière.Elle n’était pas jolie, jolie.” Il y eut un murmure désapprobateur.“Mais.si vous saviez comme elle était charmante !.— Ah ! soupira le choeur.— Et bonne, et spirituelle, et fine ! Une très intelligente fille, vraiment ! Et ces dons lui procurèrent ce qu’une impeccable et banale beauté ne lui aurait jamais pu donner.“Car Mlle de la Margellière n’était pas riche.Pas riche et pas jolie.Hein ?vous la voyez d’ici destinée à vieillir dans la monotonie du célibat ! Mais comme on fait son nid.Et notre Margot s’était promis de faire le sien.“Cette décision fut arrêtée lorsqu’elle eut compris qu’elle devait compter en toutes choses sur son initiative et son intelligence personnelles.“On disait, ce qui était vrai d’ailleurs, qu’lele avait pris, à elle seule, tout l’esprit de la famille.Son père, un très brave homme, s’était sottement ruiné; sa mère, une admirable nourrisseuse, s’entendait comme personne à mettre au monde une quantité de beaux enfants et à les entretenir frais et roses, bien lavés, bien gorgés, bien bordés dans leurs couchettes.Mais son ingéniosité ne dépassait pas les limites de la nursery.Mme de la Margellière, comme toutes les femmes peu sensées, avait beaucoup d’orgueil.Et cet orgueil fut la principale cause de leur ruine.Par ses récriminations perpétuelles — ces gouttes de fiel qui creusent de leur incessante tombée les caractères les plus solides et les désagrègent — elle obligea son mari à vendre le domaine qui avait été sa minime dot, pour tenter de hasardeuses spéculations.Et l’argent, ainsi jeté sur la roulette des combinaisons financières, eut bientôt disparu.Heureusement, de par son nom et ses relations de famille, M.de la Margellière obtint à Paris un emploi administratif suffisamment rétribué pour faire vivre sa couvée; mais, au bout de l’année, pas un sou vaillant ne lui restait pui pût être mis de côté, en cas d’événement.Et ses filles poussaient, toutes fort belles sauf notre Margot, sans la moindre espérance d’une dot quelconque.“Cependant, si l’on avait voulu, peut-être !.Car il y a une grand’mère dans notre histoire, la douairière de la Margellière, une vieille têtue, je vous l’accorde, et qui se montrait impitoyable pour son fils marié contre son gré.Toutefois, si l’on eût essayé, si l’on eût investi la citadelle où ce vieux coeur froissé se tenait renfermé, si l’on eût fait donner toute la jeune troupe fraîche et blonde, endiablée, terrible à l’assaut ! Hé ! hé.qui sait ?“On a vu des bastions plus imprenables et qui se rendent, n’est-ce pas, les garçons ?Mais, voilà: madame la.bru n’entendait pas de cette oreille; repoussée par sa belle-mère, elle déclara se le tenir pour dit, une fois pour toutes, et jura de ne jamais poser le bout de son pied hautain sur ce terrain ennemi.Ce qui fut fait.En bon mari, trop faible sans doute, M.de la Margellière emboîta le pas à sa femme dans cette retraite désastreuse; et la douairière demeura seule, avec sa fortune, ses rancoeurs et sa haine, celle-ci peu à peu grandie à la hauteur d’une muraille énorme qui la séparait à tout jamais de celui qui jadis avait été son cher petit enfant.“On disait même qu’elle avait converti ses richesses en bonnes valeurs de portefeuille, faciles à faire disparaître comme une muscade au jour de son décès, et, toutes précautions prises, afin que pas un traître liard n’en revînt aux enfants issus de cette union par elle maudite.“Donc, Mlles Lucie, Rosette, Thérèse, Angélique, Annonciade et même Margot ne devaient compter que sur elles-mêmes pour leur existence future, aussi bien que MM Lionel, Archange, Patrice et Robert, leurs frères.Les hommes arrivent toujours à tirer leur épingle du jeu, ne fût-ce qu’en se faisant marins ou soldats, mais les filles pauvres, ce qu’il leur faut d’intelligence, d’adresse, de courage, de volonté, de résignation pour arriver à ne pas mourir de faim ! Ah ! mes petites, si vous le saviez ! Et quant à se dénicher un mari, dans ces conditions-là, c’est le tour de force le plus admirable qu’il soit donné à la diplomatie féminine d’accomplir.“Revenons à notre histoire.“Lorsqu’elle eut passé ses quinze ans, Marguerite de la Margellière, que l’on nommait en famille Margot, commença de réfléchir sur ce problème de la dot absente et du mariage obligatoire.Ses deux aînées, Rosette et Lucie, l’une de seize et l’autre dix-sept ans, se sachant très jolies, ne s’inquiétaient pas précisément; mais elle, avec son nez incorrect, sa bouche trop grande, n’était pas rassurée.Elle avait beau s’accorder les yeux les plus charmants, bruns, doux et vifs, de ces yeux dont on fait ce qu’on veut quand on sait s’y prendre, et un rire d’une malice et d’un éclat très capables de donner des éblouissements, et une peau fraîche qui sent la fleur d’églantier, et des cheveux ni blonds, ni bruns, ni noirs, ce qui vous fait ressembler à tout le monde, mais qu’on eût dit filés par des fées, avec toutes ces couleurs réunies et plus semblables à un pelage fauve et doux qu’à une chevelure docile à l’entortillement d’une coiffure; avec tout cela, et bien d’autres choses encore, que son esthétique l’obligait à se concéder, Margot 11e trouvait pas son compte, et hochait la tête en se regardant d’un air de dire: “Toi, tu n’as pas le droit de te reposer sur ta seule beauté pour conquérir un mari.Donc!.” “Et l’esprit de Margot trottait.Or, un soir que l’on babillait au coin du feu, et que les aînées faisaient les belles en pre-nantt des airs conquérants, la conversation tourna, tout naturellement, sur le mariage.Chacune avouait son goût, non pour celui-ci ou pour celui-là, car, hélas! nul soupirant encore ne s’était présenté, mais, éventuellement, selon les attractions ou les rêves.Aussi l’on discutait les situations préférées, et ces demoiselles ne choisissaient pas, bien entendu, les plus infimes.Tant qu’à faire, n’est-ce pas?“Telle parlait favorablement d’un ambassadeur; telle autre aurait daigné se contenter d’un grand artiste, mais riche et célèbre, bien entendu! “Notre Margot, très sérieuse, ne disait rien.Alors quelqu’une lui demanda, mais comme par jeu, car il n’était pas admissible que cette laideron rencontrât jamais un mari: — “Et toi, Margot, si tu pouvais te marier, qui donc choisirais-tu?“Alors, elle, tranquille, résolue, répondit d’un ton net: — “Moi, j’épouserais le cousin Georges.— “Lui.” “Et l’on se mit à rire si fort que personne ne s’ntndait plus. Page huit LA À B V O B DM IM A N ON {Montréal, 1er janvier 1921 “C'est que ce cousin Georges ôtait.“Mais il se fait tard, mes enfants, et mon histoire est un peu longuette, nous la continuerons demain.” Il y eut bien quelques protestations, car c’est vraiment une tricherie que de s’en aller juste au moment où l’on intéresse.Cependant c’est du plaisir encore de savoir que l’on en aura demain.II “Le cousin Georges, recommença la conteuse, après qu’elle eut ramassé autour de ses jupes ses auditeurs de la veille, était de la parenté de Mme de la Margellière, sans fortune, ou à peu près, et officier, par aggravation: car il n’y a pas de pire misère que celle qui doit se cacher sous des galons d’or.Lui aussi comptait sur sa bonne mine et son nom, il se nommait de Ponchor, pour faire un brillant mariage.Et comme il était très intime avec tous ses cousins et cousines de la Margellière, il ne se gênait point pour raconter, en .famille, ses projets, t J’Apprendrai l’Anglais!” «T ‘Je peux faire ce que d autres ont fait avec '’aide des International Correspondence Schools”.La connaissance de la langue anglaise me rendra plus utile à la compagnie qui m’emploie et augmentera mes chances d’avancement.Les hommes d’affaires les plus prospères de la Province savent l’anglais, tout comme le français, et nombre d’entre eux sont redevables de cette supériorité au Cours d’Anglais “I.C.S.”.Je peux en faire autant.” La Méthode Linguistique “I.C.S.” occupe, depuis près d’un quart de siècle, une place importante dans l'enseignement du français et de l’anglais.Décidez-vous dès main-tenant—au j ourd’hu ' même—à apprendre l’anglais.Rien n'est plus facile.Mettez un disque anglais “I.C.S,” sur votre phonographe—aye2 votre livre en main—et écoutez.Vous entendrez—une fois ou cent fois, à votre gré—des mots et des phrases prononcés dans un anglais très pur.En lisant ces mêmes mots et ces mêmes phrases dans votre livre, vous apprenez par là à parler, lire, et écrire l’anglais.Sur demande, nous nous empresserons de vous envoyer notre brochure intitulée: “L’Etude de l’Anglais Simplifiée”.International Correspondence Schools Canadian, Limited Ecole de Langues, Dêpt.161 389, rue Mountain, Montréal, Carx.da.Messieurs: Envoyez-moi tous les détails concernant votre méthode d'enseignement de l’anglais.-1 Nom tir Rue et No Ville.— I ses rêves d’avenir.On l’approuvait.Pour toute cette belle jeunesse-là, orgueilleuse et pauvre, il n’y avait pas de plus doux songe, de plus troublante rêverie que la conquête suprême des richesses.Oh! être riche!.“On entendait que cela, les soirs de printemps, dans ce groupe de belles filles aux formes exquises et de beaux jeunes gens aux fines moustaches ébouriffées.“La senteur des sèves, l’éclosion des lilas, le murmure des nids, tout le renouveau qui pousse aux aveux tendres, n’éveillaient en eux qu’un même désir âpre: Etr riche! “Vous pensez si l’on riait de cette Margot qui venait de dire; “Moi, j’épou-“serais le cousin Georges!” “Comme on la savait très sensée, on crut à une plaisanterie, très plaisante vraiment; et l’on se promit de la raconter au cousin à sa première visite.“Il venait souvent, sa caserne de la Pépinière étant assez proche du logis où perchait la si nombreuse famille: toute une maison en haut des Batignolles.Il y dînait le dimanche, et, fréquemment, le soir, pour faire l’économie du café, il montait passer la soirée.“Donc, dès qu’il arriva, ce fut un vacarme autour du jeune lieutenant; toutes les fillettes parlaient à la fois, et se disputaient à celle qu’il écouterait, d’abord.“Elles paraissaient danser une ronde, lui au milieu, virant de-ci de-là, comme s’il s’apprêtait, suivant le jeu, à enbrasser “celle qui lui plairait”, tandis que retentissait, comme un refrain, le nom sonore de Margot; et des rires fusaient.— Eh bien, criait-il, après?quoi?Margot?” “Cela fit qu’il la chercha des yeux, par la salle à manger, vaste comme un ou-vroir, où, d’habitude, toute la famille se réunissait.“Mais elle n’était pas là; et il l’aperçut tout à coup qui rentrait, venant de la cuisine, un petit plateau dans les mains et lui portant son café.“Elle s’arrêta, tranquille et souriante, un peu rose, toutefois, levant les épaules d’un joli geste indulgent, et bien posée, non de profil, mais d’un trois quarts qui lui seyait tout particulièrement.Son oeil s’y affilait et l’éclair de son rire partait en flèche.“Toutes les autres jacassant de plus belle, Georges comprit enfin le mot “épouser” et s’imagina qu’il s’agissait d’un mariage pour Marguerite.“Alors, intéressé, il écarta les bavardes, s’élança gaiment vers Margot: — ‘C’est vrai?c’est vrai?tu te maries, Margot?— “Les folles! répondit simplement la jeune fille, en souriant.Ne les écoute pas, et prends ton café.” “A ce moment la bande cria: — “Vivent les fiancés!.” — “A qui en ont-elles?demanda le lieutenant un peu surpris.— Eh! le sais-je?Elles s’amusent; mais prends vite, il froidirait.Ce serait dommage: il est comme tu l’aime, un peu fort.— “Non, non.Je veux que tu m’expliques.Il y a quelque chose.Tu rougis, Margot.Je veux savoir.” “Il lui saisit les mains pour l’empêcher de s’éloigner, car elle se détournait, sans trouble, très calme toujours; et voilà qu’il s’aperçut, pour la première fois, que ces mains qui le servaient si gentiment toujours, étaient merveilleusement fines et douces.Mais elles glssèrent dans les siennes, et Margot, levant l’épaule, le quitta pour continuer près de père et mère qui, tout bourgeoisement, jouaient au piquet das le retrait de la fenêtre, son service de petite ménagère élégante et empressée.“Aussitôt les fringantes et moqueuses beautés s’abattirent près de lui, et, le secouant, car il leur paraissait bien sérieux crièrent toutes ensemble: — Eh bien ! qu’en dis-tu ?Est-elle assez amusante, cette Margot, quand elle s’y met?Tu ne ris pas?— “Mais sapristi! dites moi donc ce qui vous fait rire?“s’écria le jeune homme impatienté.“Et l’une d’elles, enfin, pouffa: — “Tu n’as pas compris?Elle nous a déclaré hier que si jamais elle se mariait, elle épouserait.— “Qui?— “Tu ne devines pas?” “Et l’une des jeunes filles lui allongeait dans la figure ses deux doigts pointus.— “Non,” fit-il ingénument.“Alors deux, le saisissant chacune par un bras, le tirèrent vers une glace et, le poussant en avant: — “Eh! regarde-le donc, celui que Margot a choisi! a Moi!.yy “Il se retourna d’un trait.Mais Margot n’était plus là; il se mit à rire aussi, doucement, en murmurant: .— “Très drôle, très drôle!.III “La première fois que Georges se retrouva près de Margot, c’était plusieurs jours plus tard; car une gêne singulière l’avait empêché de revenir pendant quelques soirs, qu’il avait passés au café, s’y ennuyant beaucoup et s’apercevant d’autant mieux du charme de la maison familiale.“Malgré lui, il s’était complu à songer à l’étrange fille qui, seule parmi ses charmantes soeurs, avait pensé que le cousin Georges pourrait être souhaité pour mari, encore qu’il ne fût qu’un officier sans fortune.Et cette idée le touchait profondément.Certes cette petite Margot n’était point banale, ni intéressée, comme Lucie et comme Rosette, qui ne rêvaient que d’ambassadeurs.Il lui découvrit même un coeur tendre, capable d’ardente affection.Et des souvenirs se précisaient de Margot em pressée, prévenante, soucieuse du bien-être de ceux qui lui étaient chers, ne pensant à elle que lorsque les autres n’avaient plus besoin de ses soins.Et pas si laide, vraiment, qu’on voulait bien le dire ! Laide ! En vérité, il les trouvait plaisantes, toutes ces demoiselles de la Margellière, qui voulaient absolument gratifier Margot de l’épithète de laideron ! Comme si pas une pouvait se vanter d’avoir les yeux plus beaux, le sourire plus fin, les mains plus douces que cette charmante, oui, morbleu ! charmante, et même très adorable Margot ! “Il y avait bien un peu de fatuité dans un si rapide enthousiasme, mais il y avait aussi une certaine dose d’attendrissement, car cette pensée l’attristait:' “Et dire “qu’avec tous - ces dons, elle demeurera vieille fille, étant sans fortune.Pauvre Margot !” “Donc, la première fois qu’il la revit et s’imaginant la trouver confuse, peut-être même un peu troublée, Georges fut surpris par son attitude calme, absolument tranquille.Ses cousines se seraient-elles moquées de lui ?pensa-t-il.Et il devint de très méchante humeur, avec une forte envie de partir, morose, comme si on l’avait fâché.Car cette pointe de sentiment avait amorcé sa sensibilité, elle le berçait dans une mélancolie suave (à suivre page 25) a i i .V.‘.V.-' isp: .w.v V.’.V/.:•>:+:.Rêve Gothique Nouvelle Inédite Par MARION GILBERT llllfllltllllllllllll .iiifimtiïiiiifiHil l.llllllllllllIllIllllliÎHiïiu ^ruiuiuuit- îiiiiiiilïïïriiiiiiiiiinHiiiniiiiiHiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiuiiiniiiitiiiiitiiiiini^iiiinimmuiiinnii)iiniiiiinniinimniiiiiiiiiiiiiUiinimaiiiiuiiiii!iuii!>vv ; v Page dix-huit LA REVUE DE LM A N O N [Montréal> 1er Janvier 1927 M.RogtrS- • • *"«•%••• HM « «tu La femme devant le miroir Secrets et recettes de beauté mm s * •-1 LES YEUX Des femmes coquettes se laissent volontiers glisser dans les yeux une substance (atropine ou autre) dont le privilège est de dilater la pupille.L’effet n’est pas aussi magnifique qu’on voudrait bien le croire; en tous cas il dure peu et la fréquence de ce traitement peut le rendre dangereux pour la vue.CERNURE DES YEUX Quand le cerne qui entoure les yeux d’un demi-cercle noir n’est pa3 trop prononcé, il ajoute parfois à leur velouté et à la morbidezza du regard.Il arrive pourtant .que cettte cernure en s’exagérant compromet l’harmonie du visage.A ce moment il est toujours prudent de s’examiner sérieusement, car ce signe dénote parfois un état maladif partiel ou général.Mais si rien dans l’organisme ne semble motiver cette apparition il faudra soigner la cernure avec des lotions bi ou tri-quotidiennes.Celle-ci donne d’excellents résultats : Eau de roses .50 grammes Eau de bluet.50 grammes Les mélanger et les faire bouillir une demi-minute: Employer en lotions tièdes.Une autre lotion est également efficace: Eau de bluet.50 grammes Eau de mélilot .50 grammes Acide borique .1 gramme Employer en compresses avant de se coucher.INFLAMMATION DES PAUPIERES Dans le cas où les paupières seraient rougies par des veilles réitérées ou par le travail à la lumière, il faudrait s’efforcer de passer quelques minutes dans un endroit complètement sombre.Si l’appartement que l’on habite n’en comporte pas, on attendra la chute du jour et après une heure de travail à la lampe, on ira passer un demi quart d’heure dans une chambre non éclairée.On dira peut-être que la nuit suffit pour ce traitement puisque ce sont des heures et non des minutes qu’on passe dans l’obscurité.A cela on répondra que le temps indiqué par ce traitement spécial ne porte aucun préjudice à la durée de la nuit.Mais le repos pris en dormant n’a pas la même efficacité que l’isolement volontaire et journalier qui interrompt la fatigue et donne des forces aux yeux fatigués pour supporter leur ennemie: la lumière.' Si cependant l’inflammation des paupières s’accentuait il serait bon de se garder de tout travail et de toute lecture pendant 2 ou 3 jours, qu’on emploierait à se soigner de la façon suivante : Imbiber un bandeau d’eau de camomille dans laquelle on a versé de l’extrait de saturne à la dose de deux gouttes pour un verre d’eau; s’appliquer ce bandeau sur les yeux en ayant soin de le recouvrir de toile gommée pour empêcher l’évaporation, le garder dix minutes, poudrer légèrement les paupières à l’amidon et rester dans le demi-jour pendant deux heures.Au bout de ce temps renouveler la compresse, qui doit toujours être appliquée tiède.Lotionner les paupières matin et soir avec de l’eau de camomille aussi chaude qu’on la peut endurer.LES SOURCILS, LES CILS.L’arc des sourcils fut toujours regardé comme un principe de beauté.Il faut convenir que s’il se développe moins souvent qu’on ne voudrait en harmonieuse courbe, c’est que la plupart des femmes négligent les soins qui sont nécessaires à la beauté de cet ornement.Nous parlerons d’abord de ceux auxquels il faut se livrer quotidiennement et qui consistent surtout à les laver soigneusement lorsque 1 es ablutions sont terminées.La raison de cette minutie est que, pendant cette partie de la toilette, un peu de savon ou des bribes de crème ou de poudre peuvent y rester cachés et déterminer des pellicules qui amèneraient la chute des poils.Accessoires de Barbiers, Coiffeurs Fabricants du célèbre Parfum Salons Beauté ROSE ALPES Parfumerie ALBERT BELLEFONTAINE Téléphone: Lancaster 1108-1109 1670 St-Denis MONTREAL Pour être joyeux.11 n’y a rien comme l’orchestre RIALTO, affiliée de l’Amicale Belief ontaine.Cet orchestre est toujours prêt pour Soirées Dansantes, Euchres, Dîners, Mariages, etc.Pour engagements, s’adresser par Téléphone à Belair 5814-J. cMontréal, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE A N O N Page dix-neuf I LE SOUCI DE L’ÉLÉGANCE I Les robes décolletées sont toujours assez particulières il est vrai.Elles suivent la ligne des toilettes d’après-midi, mais gardent cependant jalousement leurs caractéristiques.C’est ainsi que même à l’époque des jupes super-fourreaux celles des robes à danser gardaient une certaine souplesse.Il faut avoir un peu d’ampleur, pour pouvoir “tanguer” harmonieusement.Les tissus employés pour ce genre de toilette se prêtent d’ailleurs volontiers à de telles façons: les soieries, les dentelles, les mousselines, commandent le flou.Or, on porte précisément beaucoup de mousseline de soie, cet hiver.Celle-ci prend d’adorables coloris.Les ophélias et les fushias, déjà à la mode cet été, triomphent plus que jamais.On fait aussi beaucoup de mousselines imprimées.Celle qui imite la peau de lézard est d’une adorable originalité.Mais on voit surtout du noir!.Après une vogue insensée, il était retombé dans l’oubli deux saisons durant.Pendant ce temps la couture fit une véritable débauche de couleurs crues, qui par un miracle de lumière ne juraient cependant pas entre elles.Mais voici que les petites robes noires reviennent à l’horizon.Tout le monde les accueillera avec joie.Elles sont si commodes.Songez donc, grâce à leur neutralité, à leur discrétion, à leur distinction aussi, elles restent toujours à la page.Passant, sobres et gentilles, elles ne “marquent” pas, on peut les porter deux ans de suite, sans se faire remarquer.Elles ne sont pas salissantes.Enfin, il est rare qu’une robe noire ne semble pas plaisante.Voici donc fait leur procès.Elles l’ont gagné.Toute le monde aura cet hiver sa petite robe noire! Mais il me faut vous parler aussi des robes perlées!.Si l’on porte moins de dentelles métalliques — pourtant luxueuses et charmantes — on fait énormément de broderies de perles.D’un dessin très léger, elles scintillent fort joliment au bas des jupes en mousseline.En cette période de bijoux à outrance, la robe perlée qui ressemble parfois à une parure de diamants ne pouvait pas ne point être en vogue.Nous en avons noté d’exquises dans les collections de demi-saison.La broderie se met surtout sur la jupe, le haut du corsage se composant généralement d’une mousseline ou d’une dentelle noire posée à clair sur la peau.On voile en effet, volontiers, les décolletés, surtout par devant.Le dos, apparaît, au contraire, nu jusqu’à la ceinture et découvert en pointe.Pour sauvegarder un peu la décence, on voile ce dos par d’innombrables colliers.Il est de mode actuellement de porter un collier le chien, se terminant en chute de sautoir, qu’on noue négligemment sur la nuque, et qui coule, tel un ruisseau miraculeux, dans la vallée, des deux omoplates.Car loin de s’éteindre, la vogue des bijoux d'imitation prend chaque jour plus d’importance.Les joailliers se mettent à vendre des diamants bouchons de carafe à côté des pierres précieuses ! Les couturiers offrent tous à leur clientèle, des colliers et des bracelets assortis aux robes et aux manteaux : enfin les femmes persistent à vendre de plus belle leurs petits bijoux “vrais”, pour en acheter de gros “faux” ! Rien à faire contre cela : il faut que folie se passe.Aujourd’hui, une élégante qui se respecte doit posséder au moins une demi-douzaine de sautoirs, deux ou douzaines de bracelets, cinq ou six broches monumentales.On orne même maintenant les robes de boucles volumineuses ! Il est permis de se demander jusqu’où ira, cette folie de la parure ! * * * En vous parlant des robes du soir, je ne vous ai pas signalé, le rôle considérable joué par les ceintures.En effet, il n’est guère de robes de mousseline, qui ne possèdent un beau drapé de tissu, noué serré autour des hanches à la mode bayadère et venant former une grosse bouclette sur la hanche gauche.Cette fantaisie convient évidemment gurtout aux femmes très minces, mais elle est infiniment plaisante.* * * Ces robes, floues, et riches, ne peuvent bien entendu que s’accompagner de souliers très recherchés.Ceux-ci sont généralement en lam-bariolé ou bien en drap d’or ou d’argent uni.On les pique de bijoux posés en barettes, en boutong, en pendentifs; on les dote de talons entièrement composés de diamants posés côte à côte.Bref, les petits pieds d’une femme moderne élégante représentent une véritable fortune.D’autant qu’il y a, en plus, les bas dont la finesse devient si invraisemblable qu’il faut renoncer à la décrire.En vérité, on se demande comment un mari pauvre parvient à vêtir aujourd’hui sa femme ! Nous qui sommes du bon côté de la barricade, ne nous plaignons pas ! Laissons-nous aduler, adorer, couvrir de riches parures, c’est le rôle de toutes les femmes en général, mais c’est encore bien plus celui des Parisiennes en particulier ! C’est de Paris que part, en effet, la mode; c’est de chez nous qu’elle s’envole pour conquérir le monde.Il faut donc lui permettre toutes les originalités, tous les luxes.Jamais elle ne sera trop jolie, jamais elle ne paraîtra trop folle.Portez donc, mesdames, des robes qui ressemblent à des contes de mille et une nuits.Apportez un soin jaloux à vos parures.Soyez jolies enfin.C’est votre mission la plus chère ici-bas ! Juliette LANCRET.h Entièrement faite en satin noir, cette robe n’est brodée que sous le bras gauche. 0 Page vingt LA REVUE DE DA A N O N (Montréal, 1er Janvier 1927 FEUILLETON DE “LA REVUE DE MANON" LINEIDELE par DELLY RESUME DES CHAPITRES PARUS — Après dix mois de parfait bonheur, le marquis Silvio' Orceüa avait perdu sa femme qu'il adorait, la blonde et charmante Hélène, morte sans laisser d'enfant.Farouchement inconsolable, Silvio consentit enfin à se remarier: par égard pour son père et pour sa race, il devait perpétuer son nom.La comtesse Riesini lui présenta alors Ginevra Cdmpestri, dont la famille, la beauté et le caractère étaient dignes des Orceüa.Loyalement, la jeune fille fut prévenue qu'elle ne devrait attendre nid amour de son mari, seule une sériuse et solide affection pleine d'égards serait son partage.Ginevra n'était pas gâtée par la vie.Son père, absorbé par ses études historiques, avait laissé péricliter leur fortune, elle vivait dans la gêne, se multipliant pour les siens, sans que sa belle-mère, la sèche et autoritaire donna Maria, lui en sût aucun gré.Raisonnablement, elle accepte donc ce mariage inespéré et devient marquise Orceüa.La jeune femme aime profondément son mari et souffre de l'indifférence courtoise qu'il lui témoigne; elle ne supposait pas qu'une morte pût être une aussi terrible rivale.Silvio n'est pourtant pas insensible au charme de Ginevra, qui va bientôt combler ses désirs en lui donnant un héritier, mais il lutte; ayant juré de rester fidèle à son premier amour.Il part alors en France, revoit les lieux où il connut Hélène et s'attarde dam le petit hôtel qui abrita leur bonheur.3 (Suite) Mais si tôt, son erreur lui était apparue ! Et maintenant, c’était fini.Elle ne serait toujours pour lui que “celle qui avait remplacé Hélène”.Une larme glissa le long de la joue mate et tomba sur- l’alliance qui entourait le doigt de la jeune femme.• * VIII Vers la fin de l’hiver, une pneumonie emporta le chevalier Campestri.Sa veuve et sa fille restaient sans ressources.Silvio se montra extrêmement généreux en cette circonstance.Après avoir, avec sa femme, assisté avec le plus grand dévouement don Alberto à son lit de mort, il pourvut largement aux besoins de donna Maria et de Cecca et leur demanda de continuer d’habiter la maison, qu’il rachetait.Ginevra put apprécier, une fois de plus, cette bonté discrète dont’ il avait déjà donné des preuves.Et elle savait que tout cela, — don Paolo le lui avait laissé comprendre, — il le faisait pour elle, parce qu’il n’ignorait pas combien elle aimait sa jeune soeur.Comme, un jour, elle lui en exprimait sa reconnaissance, il l’interrompit vivement : — Oh! je vous en prie !.Je voudrais faire plus.beaucoup plus.Ils étaient debout dans le cabinet du dfunt, où tous deux venaient de faire le classement des papiers.Ginevra, dans sa robe de deuil, était admirablement belle.La lumière du couchant l’enveloppait d’une clarté pâle, sous laquelle palpitait l’épiderme ambré, à peine teinté de rose.Les a» paupières s’abaissaient légèrement et les cils longs battaient sur les yeux émus, où tant de vie profonde se révélait depuis quelque temps.La jeune femme ne releva pas les paroles de Silvio.Elle n’y vit que la confirmation de ce qu’elle croyait déjà, c’est-à-dire qu’il l’entourait de soins, d’attentions, pour compenser l’amour qu’il ne pouvait lui donner.Et sa bonté pour la famille de sa femme venait encore du même secret désir de réparation.Ottavio, le frère de Ginevra, qui occupait au ministère des finances un modeste emploi, avait reçu récemment un avancement inespéré, grâce à la recommandation de son beau-frère.Pour Cecca, Silvio avait laissé entendre un jour qu’il ferait au moment voulu tout le nécessaire, pécuniairement, pour faciliter son mariage.Ainsi, Ginevra se trouvait amenée à lui être profondément reconnaissante.Et son amour pour lui s’augmentait de toute l’estime que lui inspirait cette nature élevée, d’une si haute droiture Car elle ne pouvait lui reprocher son infidélité à son égard.Lui-même avait voulu que la comtesse Riesini la prévînt qu’il n’aimerait jamais une autre femme qu’Hélène.Elle avait accepté en connaissance de cause.L’erreur ne devait être imputée qu’à elle seule, qui ne se doutait pas, à ce moment, des consé- quences pouvant sortir de cet état de choses.Un soir de mai, Silvio, en finissant la lecture de poèmes français qu’il faisait à sa femme, dans le petit salon de l’appartement de Ginevra, dit tranquillement: — Je vais me décider, je crois, à répondre à l’invitation de mon ami Serveuil, en allant passer chez lui une quinzaine de jours.Le long crochet d’ivoire que maniaient les doigts agiles de la jeune femme fut arrêté dans son mouvement; des yeux surpris se levèrent sur le marquis Orcella.— Vous voulez aller en France ?— Oui, j’aime mieux faire ce voyage maintenant que plus tard.Votre santé est bonne en ce moment, celle de mon père traverse une meilleure phase.D’autre part, Serveuil m’a déjà invité à plusieurs reprises et j’ai toujours répondu par un refus.Cette fois, il prend pour prétexte la première communion de son fils, dont je suis le parrain.Il est difficile de refuser, n’est-ce pas ?— Un peu difficile, en effet.Les doigts effilés s’agitaient autour du crochet, le regard mélancolique se baissa sur l’ouvrage de laine blanche, qui commençait à prendre la forme d’une petite brassière.Ginevra pensa : “Il sera délivré de ma présence, et il va retrouver là-bas tous ses chers souvenirs.” Quelques minutes de silence passèrent.La main nerveuse de Silvio feuilletait ma- n IMPRIMEUR Notre motto: “Promptitude et satisfaction", vous assure plein et entier contentement.Nos prix sont raisonnables.Tel.Lancaster 1917 133, bonlevard Saint-Laarent, Montréal SMontréal, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE [MA NON Page vingt-et-une chinalement le volume qu’elle avait refermé tout à l’heure.Ginevra recommençait de manier son crochet, lentement, comme si une fatigue s’était abattue sur elle, tout à coup.Puis Silvio dit avec douceur, en hésitant un peu : — Cependant, si ce voyage vous déplaisait en ce moment, je suis tout prêt à le remettre à une autre date.Il faut me le dire franchement, Ginevra.Elle répondit, sans interrompre son travail : — Mais non,, mon ami, ne changez rien à vos projets.Certes, votre absence me semblera toujours longue; mais vous avez raison, il vaut mieux que vous la fassiez maintenant,-de toutes façons.— Eh bien, je m’arrangerai ’pour partir dans trois jours.Elle allait dire: “Si tôt!” Mais elle retint ces mots.Elle voulait s’habituer à son indifférence et essayer de l’imiter.Après tout, il devait être très possible de vivre ensemble sans amour.Il suffisait d’avoir l’un pour l’autre beaucoup d’estime, de la sympathie, même un peu d’affection, que fortifierait l’habitude.Ils pourraient avec cela se trouver très heureux, en comparaison de tant d’autres ménages où l’amour avait si vite fait place à la désunion, et quelquefois à la haine.En dépit de ce raisonnement, Ginevra ne dormit pas, la nuit qui précéda le départ de Silvio.Quand il prit congé d’elle, dans la matinée, il remarqua aussitôt sa mine fatiguée, l’éclat fiévreux de son regard.— Qu’avez-vous?Etes-vous souffrante?Il attachait sur la jeune femme un regard où se discernait une inquiétude qui cherchait à se contenir.Elle essaya de sourire en répondant : — Mais non, une mauvaise nuit seulement.Demain après quelques heures de bon sommeil, il n’y paraîtra plus.— Soignez-vous bien, surtout ! Dites-moi dans vos lettres comment vous vous trouvez.r Son bras entoura les épaules de Ginevra, ses lèvres effleurèrent le front penché, puis s’y appuyèrent, plus longuement que jamais encore elles ne l’avaient fait.— .Et si, pour une raison ou pour une autre, vous désiriez que je revienne plus tôt, ne craignez pas de me le dire.Elle frissonna entre ses bras.Son visage était glacé.Mais elle tenait ses paupières baissées, pour qu’il ne vît pas la supplication de son regard, le grand amour douloureux qui devait s’y refléter.Ea voix de Silvio ajouta, plus bas, avec une hésitation marquée : — Si vous aimez mieux que je ne parte pas.En même temps ses lèvres s’éloignaient du front de la jeune femme, et son bras retomba.Ginevra dit d’un ton assourdi : — Mais si, partez.Cela vous distraira, vous fera du bien.Mais ne tardez pas trop à revenir.Ses paupières se levaient.Elle rencontra le regard de Silvio', où semblait demeurer le reflet d’une grande lueur ardente, maintenant presque éteinte, ou voilée par l’habituelle froideur.Car sa voix avait repris le ton accoutumé quand il dit en serrant une dernière fois la main de Ginevra, avant de monter en automobile : — Quinze jours, au maxirpum.Et je vous donnerai souvent de mes nouvelles.Ginevra regarda s’éloigner la voiture.Toute l’amertume de sa souffrance lui remonta au coeur, en cette minute.Elle avait l’impression qu’il la fuyait.Ainsi, elle lui était odieuse à ce point?Cette courtoise amabilité de gentilhomme, cet empressement à satisfaire ses désirs avant qu’ils fussent exprimés n’étaient bien qu’un masque, chez cet homme tout épris d’une autre — un masque qu’il voulait enlever, de temps à autre, loin de celle qui avait remplacé son Hélène bien-aimée.A pas lents, Ginevra remonta vers son appartement.Elle s’assit dans son petit salon, en jetant un coup d’oeil mélancolique sur le fauteuil où chaque soir, depuis quelque temps, Silvio s’essayait pour lui faire la lecture.En apparence, ils présentaient l’image de l’union conjugale la plus complète.Personne ne voyait celle qui était entre eux, qui volait à Ginevra l’amour de Silvio.Qui eût pensé, vraiment, que cette morte pût être une rivale dangereuse pour la belle jeune femme que tous les hommes enviaient au marquis Orcella?Cela était, cependant, Ginevra savait que son mari continuait de se rendre chaque matin à la chapelle, où lui-même disposait les roses que le jardinier avait ordre de déposer au dehors.Elle savait que le portrait d’Hélène était toujours là, avec son offrande de fleurs, dans la chambre close où Silvio conservait le parfum préféré et sans doute tous les souvenirs de sa première femme.Elle était certaine aussi qu’il allait revivre en France son court bonheur, se repaître de la joie terrible des réminiscences, dans les lieux où ils avaient vécu ensemble, où ils s’étaient aimés.Et cette pensée déchirait le coeur de Ginevra.Elle déjeuna seule avec son beau-père.Don Paolo semblait fort mécontent du départ de son fils, dont, comme Ginevra, il craignait de deviner la véritable raison.Il se montra plus que jamais paternellement bon à l’égard de la jeune femme et essaya de la distraire, mais vainement.Après le repas, il prit son bras et tous deux passèrent sur la terrasse.Ginevra approcha du fauteuil de son beau-père la petite table où se trouvait son service de fumeur et s’assit près de lui.Don Paolo, tout en allumant un cigare, suivait des yeux le mouvement alangui des jolies mains aristocratiques, qui cherchait un ouvrage dans une corbeille.Il dit avec douceur : — Ma chère enfant, vous semblez vraiment fatiguée aujourd’hui.A mon avis, vous devriez vous reposer sur votre chaise longue.— Oh! c’est inutile! Je suis très bien ici et une bonne nuit me remettra tout à fait.Tout en parlant elle sortait de la corbeille une broderie sur tulle et l’étendait sur ses genoux.— Oui, à la condition que ce soit vraiment une bonne nuit.Mais je crains que vous vous tourmentiez beaucoup.Il se pencha et prit la main de la jeune femme en attachant sur le visage pâli son regard pénétrant, tout attendri par une affectueuse compassion.— Je ne vous ai jamais parlé de cela, Ginevra.Il est toujours délicat de se mettre en tiers dans un jeune ménage, et puis je pensais que vous auriez vite fait de lui enlever le souvenir de l’autre.Mais je me doute que vous souffrez.qu’il vous fait souffrir, sans le savoir, oh ! bien certainement! Mais cette Hélène.il ne l’oublie pas, et vous le sentez, n’est-ce pas?Ees lèvres de Ginevra tremblèrent en répondant : — Oui, je le sens.Et je souffre, vous dites bien.je souffre tant! Elle ferma un instant les paupières, mais don Paolo avait eu le temps de voir passer dans son regard l’expression d’une douleur ardente et résignée.% — Pauvre petite! Pauvre petite! Ses doigts pressaient la main qui était froide, en dépit de la tiédeur de l’air.Ginevra murmura : — Vous êtes très bon.Votre affection m’aide beaucoup, je vous assure, à supporter cette épreuve.— Une épreuve qui ne durera pas toujours, Ginevra ! Vous verrez qu’un jour, Silvio sera tout à vous.Elle secoua la tête.MM.LES ANNONCEURS, Vous trouverez dans “LA REVUE DE MANON” le médium le plus profitable pour vos annonces qui seront lues, à chaque numéro, par plus de 15,000 lecteurs de cette Revue soit 30,000 par mois.Annoncer dans la “Revue de Manon”, c’est faire connaître vos produits à ce nombre considérable de lecteurs et lectrices, se recrutant parmi toutes les classes de la société.Téléphonez ou écrivez-nous et notre représentant passera immédiatement vous voir et discuter avec vous le tarif de nos annonces.Appelez Est 8172-M. Page vingt-deux {Montréal, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE {MANON — Non, je ne l’espère plus.Il m’en veut d’être celle qui remplace son Hélène, il supporte ma présence avec une impatience secrète, qu’il ne m’a jamais montrée, mais que je devine trop bien.— Ginevra, vous exagérez.— Non pas.Et je suis certaine que c’est là aussi votre idée.Il nia faiblement.Au fond, il craignait qu’elle eût raison.L’attitude de son fils le déroutait.Si tendrement que lui-même eût aimé sa femme, il ne comprenait pas que Silvio restât insensible au charme rare de Ginevra et qu’il ne pût concilier le souvenir ému gardé à sa première épouse avec l’amour pour la seconde.— Je ne sais vraiment à quoi il pense, Ginevra ! Cette morte le tient encore, c’est vrai.Ils se sont beaucoup aimés, et mon pauvre enfant a souffert atrocement quand cette petite Hélène lui fut enlevée.Elle avait une nature séduisante, très gaie, tendre, un peu coquette.J’ai toujours pensé qu’elle n’avait pas de qualités bien profondes et que Silvio, après les premières années d’enivrement, aurait eu quelques désillusions.Mais il n’a connu d’elle que son charme, que son amour.Et sans doute, après qu’elle eût disparu, l'a-t-il auréolée encore de toutes les vertus, de toutes les beautés idéales, ainsi que nous en avons coutume, parfois, à l’égard de nos morts.Hélène était son premier amour.Et mon fils est de ceux qui se donnent difficilement, mais jamais à demi.Les doigts de Ginevra frôlaient machinalement le tulle qui glissait sur le lainage noir de sa robe.La tête brune se penchait, comme accablée.Don Paolo reprit, après un court silence: — Ce mariage m’avait déplu; je n’accordai mon consentement qu’à contre-coeur.Mlle Duvivier n’appartenait pas à notre monde.Je dois reconnaître qu’elle était bien élevée, quoique toutefois d’allures un peu émancipées.Il est vrai que je suis d’un autre temps.Comme elle semblait fort éprise de Silvio, il aurait peut-être changé ce charmant oiseau rieur, cette élégante petite mondaine en une femme sérieuse, simple et pieuse, telle que le fut ma chère Bianca.Oui, peut-être.Il eut un jeu de physionomie qui signifiait clairement: “Mais je n’y comptais guère.” Le regard de Ginevra suivait machinalement les ébats d’un couple de merles, dans la lumière ombrée d’une allée.La jeune femme se taisait, en écoutant la voix émue qui parlait de “l’autre”, qui la montrait si banale, en somme: une jolie femme, mondaine, coquette, gentiment tendre, sans doute, et que l’amour de Silvio avait parée de qualités idéales qu’elle ne possédait pas.Ginevra songea tout haut : — Elle était très charmeuse, on le voit dans son portrait.Sa beauté devait être remarquable.— Pas plus que la vôtre.Mais elle était toute différente.Don Paolo ajouta, en posant ses doigts sur la main de sa belle-fille : — Elle n’avait pas ce signe de race, par exemple, ces attaches délicates qui attestent votre origine patricienne.Ginevra eut un léger mouvement d’épaules, en murmurant avec un sourire mélancolique : — Silvio n’a probablement pas même remarqué cela.— Détrompez-vous.Il m’a dit un jour : “Ginevra a des mains admirables.” Croyez-moi, mon enfant, il vous rendra justice, il comprendra combien vous êtes infiniment supérieure à cette pauvre Hélène, non pas seulement au point de vue physique, mais surtout pour l’élévation morale, pour l’intelligence, pour tout.De nouveau, elle secoua la tête.— Non, je ne crois pas.Je sens que je lui suis à charge.Pendant quinze jours, il va se trouver plus à l’aise.Il pourra revoir tous ces lieux où ils ont passé ensemble, s’enivrer de tous ces souvenirs, oublier pendant quelques instants qu’il s’est uni à moi.Puis il reviendra, l’esprit et le coeur plus remplis que jamais de “son” image.Et il faudra que je vois encore ses yeux se détourner de moi, comme ils le faisaient si souvent, depuis quelque temps.Il faudra que je supporte ses visites quotidiennes à cette tombe, où il va sans doute “lui” crier les mots d'amour qu’il ne m’a jamais dits, à moi, sa femme vivante.Elle parlait à mi-voix, d’un ton de douleur profonde, passionnée.Sa souffrance cachée se montrait enfin, s’échappait, irrésistiblement, en cette minute d’expansion.Le bleu foncé de ses yeux s’éclairait d’une lueur ardente qui frappa don Paolo, qui lui fit penser aussitôt: “Mais elle aime passionnément son mari, cette pauvre enfant! Elle l’aime bien plus que je ne le croyais!” Ginevra continuait de la même voix basse qui se brisait un peu : — Je comprends les souffrances d’une épouse trahie.J’en éprouve quelque chose.Moi, on me délaisse pour une morte.Mais je n’ai rien à dire : j’ai été prévenue, loyalement.Aussi ne puis-je lui- adresser aucun reproche.C’était à moi de refuser.J’ai accepté en connaissance de cause, et lui a rempli tous les engagements qu’il avait pris.Elle se tut, en croisant ses mains sur le tulle qu’elles venaient de froisser nerveusement.Ses yeux tristes et résignés regardaient droit devant eux, dans la lumière chaude où s’agitait l’ombre des feuillages.Une brise toute parfumée de la senteur des roses passait sur la terrasse, effleurait le crâne dégarni de don Paolo, les cheveux bruns de Ginevra.La jeune femme dé- Gin Canadien Pour le jour de l’an Melchers Croix d’or Fabriqué à Berthierville, Qué.t sous la surveillance du Gouvernement Fédéral, rectifié quatre fois et viei en entrepôt pendant des années.TKOIS GRANDEURS DE FLACONS* il?Gros: Moyens : Petits: 40 onces 26 onces 10 onces $3.65 2.55 1.10 Melchers Distillery Co., Limited, Montréal.Une paire de souliers de fantaisie, une pantoufle chaude, ou une paire de pardessus sont des suggestions très heureuses à l’occasion des fêtes de Noël et du Jour de l'An.A nos nombreux clients, nous souhaitons une bonne et heureuse année ! 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Ginevra n’avait pas cette séduction.Certes, son sourire était charmant.et même Silvio s’av’ouait sincèrement qu’il n’en avait jamais connu de plus attirant.Mais ce n’était pas le rire d’Hélène.Non, ce n’était pas cela du tout.Il continuait de longer la grille, et il arrivait devant le logis.Le front appuyé aux barreaux, il regardait.A cette heure, les fenêtres s’éclairaient.Il voyait les deux salons, qui se faisaient suite, avec la salle de billard au bout.Des ombres passaient.Des rires s’élevaient.Au piano, quelqu’un jouait une gavotte de Rameau.Tout était comme autrefois.Dans le second salon.Silvio entrevoyait, par l’ouverture de la fenêtre le petit canapé de coin où Hélène et lui aimaient à s’asseoir.Quelles heures merveilleuses lui rappelait ce joli meuble Louis XV ! C’était là qu’un soir elle avait dit à son fiancée : “Vous savez, cher Silvio, je vous permets de m’embrasser.” Comme il se souvenait de la douceur de ce premier baiser! Ah! les belles heures d’amour, les belles heures où il frissonnait de joie en écoutant rire Hélène, qu’elles étaient loin aujourd’hui.Il meurtrissait son front à la grille que ses doigts serraient nerveusement.Avec une âpre jouissance, il se remémorait tout son bonheur, et la grâce séduisante d’Hélène, et leur tendresse réciproque que rien n’était venu altérer, pendant ces dix mois.Non, rien pas même quelques petites désillusions dont Silvio avait furtivement souffert.Qu’était-ce que cela?Il aurait peu à peu amené la jeune femme qui l’aimait à une conception plus sérieuse de la vie.Et vraiment, en cette courte union, Hélène l’avait rendu aussi heureux qu’on peut l’être sur la terre.Après une dizaine de jours passés chez les Serveuil, le marquis Orcella partit pour Paris.Il avait conservé, à Passy, le petit hôtel où il s’était installé après son mariage.Tout y était resté tel qu’au moment où la mort, en vingt-quatre heures, avait emporté Hélène.Chaque année, Silvio venait y faire son pèlerinage douloureux.Cette fois il eut, en y pénétrant, une impression nouvelle qui se mêla à son émo- • tion poignante et la domina presque : c’était le sentiment de commettre une faute, presque une trahison, à l’égard d’un être cher.Mais il ne voulut pas s’y arrêter.Lentement, le coeur serré par la douleur du souvenir, il revit les jolies pièces coquettes, où “elle” avait vécu.Dans le petit salon bleu et gris, sur une table, demeurait le volume qu’elle lisait quand elle avait dit, un soir: Je ne me sens pas très bien.Je crois qu’il vaut mieux me coucher.” Et elle n’était plus redescendue.Silvio s’approcha, prit le livre dont la couverture jaune avait pâli.Une liseuse de vermeil ciselé marquait la page où s’était arrêtée la jeune femme.Silvio eut un léger mouvement nerveux et reposa le volume sur la table.Ce roman, morbide et malsain, avait été cause d’une discussion entre Hélène et lui, précisément le matin de ce jour où devait commencer sa foudroyante maladie.Il avait voulu l’empêcher de le lire.Mais elle s’était obstinée, en déclarant : “Toutes mes amies le connaissent.Il n’y aurait que moi.Ce serait trop sot.Et puis, tu es d’une sévérité excessive, Silvio.C’est très ennuyeux.Ne t’occupe plus de mes lectures, je t’en prie.” Il avait alors • parlé un peu sèchement, Hélène s’était froissée, il y avait eu quel* * que froideur entre eux, toute la journée.Comme il s’était reproché amèrement cette scène, ensuite ! Dans la violence de sa douleur, il s’était accusé d’injustice, de dureté, il avait crié à la morte : “Pardon! pardon de t’avoir fait pleurer!” Ét ce regret l’avait poursuivi, chaque fois qu’il pensait à ce dernier jour — le dernier de leur bonheur, où il avait fait souffrir Hélène.Mais aujourd’hui, d’autre réflexions lui venaient devant ce volume qui se fanait doucement, dans la pénombre du salon clos.Il pensait : “Pauvre chérie, elle n’était pas très sérieuse.J’aurais eu besoin de la diriger, bien doucement.Mais elle m’aimait tant que j’y serais sans doute parvenu.” Il fit quelques pas en avant, puis se détourna, regarda le volume.Le titre, le nom de l’auteur se détachaient en caractères très nets, sur le papier pâli.Qu’était-ce donc, au juste, que ce roman?Il ne se souvenait plus bien.Il se rapprocha de la table, reprit le livre.Il lut une page, puis une autre, au hasard.Maintenant, tout le reste lui revenait à la mémoire.Cette élucubration d'un esprit malade et dévergondé avait eu son heure de célébrité, quatre ans auparavant.Aujourd’hui, on n’en parlait plus.Mais elle avait certainement fait beaucoup de mal.Et c’était cela qu’Hélène lisait, qu’elle tenait tant à lire.Il restait là, immobile, le livre entre les doigts.Il songeait : “Mieux vaudrait que je ne laisse pas ici.Ma pauvre petite Hélène.On la jugerait peut-être sur cela, si jamais un jour quelqu’un le voyait, et ce serait faux.Elle était profondément honnête, mais comme beaucoup de jeunes femmes, elle jouait un peu avec le feu.” Il s’approcha de la cheminée, leva le tablier.Une hésitation l’arrêta encore.Ce livre était le dernier qu’“elle eût tenu entre ses mains.Il lui était pénible de s’en séparer.Le volume s’était ouvert de lui-même, à la page marquée par la liseuse de vermeil.Les yeux de Silvio tombèrent sur quelques lignes dont la perversité troublante fit monter un peu de rougeur à ses joues, car il pensait aussitôt : “Elle a lu cela.Elle ne m’a pas écouté, quand je lui défendais de continuer, en lui assurant que cette lec- LISEZ DANS NOTRE PROCHAIN NUMERO Le 15 Janvier LA VIE AMOUREUSE DE RODOLPHE VALENTDÏO Par Edouard Ramon Retenez d’avance chez votre marchand de journaux votre exemplaire, car plusieurs de nos lecteurs ne peuvent se procurer leur exemplaire à chaque issue s’ils négligent de la retenir d’avance.“La Revue de Manon” est en vente dans tous les dépôts, gares et sur les trains de chemins de fer.Prix, 10 cents. Page vingt-quatre ^Montréal, 1er Janvier 1921 fure était dangereuse, coupable, indigne d’une femme honnête.” Il se pencha, déchira les feuillets, les froissa dans l’âtre et y mit le feu.Les flammes s’élevèrent autour du papier, qui s’affaissait avec un léger bruit.Le regard de Silvio s’attachait à elles, machinalement.Sa pensée n’était plus ici.Elle s’en allait vers un salon aux boiseries claires et sculptées, aux meubles anciens, où une jeune femme brune aux grands yeux profonds lisait les oeuvres des maîtres de la pensée, les oeuvres où s’exaltaient les nobles sentiments qui étaient les siens, qu’elle mettait en pratique dans sa vie de chaque jour.Silvio se redressa, en un brusque mouvement d’irritation.Comment pouvait-il penser à Ginevra dans cette demeure consacrée au culte du souvenir d’Hélène?Et quelle habitude intolérable il avait prise, dès le début de sa seconde union, de comparer ces deux femmes, si dissemblables?Chacune d’elles avait ses qualités et ses défauts.S’il préférait Hélène à Ginevra, il ne s’ensuivait pas qu’il ne reconnut sur certains points la supériorité de celle-ci.Moralement et intellectuellement, surtout.Ginevra avait une âme très belle, elle était certainement capable de toutes les vertus, de tous les dévouements.Il avait pour el'e la plus grande estime, il l’admirait beaucoup — et très probablement il l’eût aimée, profondément aimée, si jamais Hélène n’était entrée dans sa vie.D’un pas lent, que l’émotion alourdissait, il montait maintenant l’escalier couvert d’un tapis épa:s.Sous sa main tremblante, une porte s’ouvrit.Il était dans la chambre d’Hélène.Le parfum habituel de la jeune femme traînait dans l’air renfermé.La robe d’intérieur en molle soie blanche, qu’elle portait la veille de sa mort, se trouvait jetée sur un fauteuil.Déjà, elle était 1111 peu jaunie, comme les petits souliers de peau de daim posés sur le tapis.La teinte rose des tentures pâlissait dans la pénombre.Sur le lit aux ciselures superbes, la broderie de la courtepointe se fanait.Mais les volets clos maintenaient la pièce dans une demi-obscurité favorables à toutes ces pauvres choses qui se flétrissaient lentement, dans l’ombre silencieuse.Silvio entra à pas feutrés, comme en un sanctuaire.Il s’arrêta près du lit.Alors, avec une netteté terrible, il la revit là, mourant, morte.Ces beaux yeux qui demandaient la vie.et puis ces paupières closes, froides, sur lesquelles se glaçaient les baisers! Comme tout lui était présent! L’instant terrible où le médecin avait dit : “Elle est perdue”, les derniers sacrements, qui avaient répandu sur la fin de cette jeune vie frivole une grandeur surnaturelle, l’agonie, douce, sans effroi, les mains qui se glaçaient dans celles de l’époux, et ce soupir léger, que Silvio seul avait entendu.Et tout, tout ce qui avait suivi! Il se laissa glisser à genoux contre le lit.Ses mains s’étendirent sur la courtepointe fyrodée, froissèrent le satin rose, comme autrefois, en un geste de folle douleur, elles LA REVUE DE CM A N O N avaient froissé le drap sous lequel reposait la jeune morte.Mais n’était-elle pas là encore?Oui, il voyait son visage si blanc, immobile, entre la masse blonde de ses cheveux étendus sur l’oreiller.Ses mains étaient jointes, soutenant le crucifix.Et des fleurs partout.des fleurs qui répandaient dans cette pièce un parfum trop fort, que Silvio croyait respirer encore, qui lui alourdissait le cerveau.Il appuya son front contre le satin rose.La poignante douleur de cette évocation le terrassait un instant.Il revivait toutes ces heures atroces, sa révolte, son désespoir, les jours, les nuits qui avaient suivi la mort d’Hélène.Il s’étonnait d’avoir survécu à tant de souffrance.Machinalement, il avait repris son existence de garçon, près de son père.Il ne savait plus ce qu’il avait pensé, alors, ce qu’il avait fait.Cette période de sa vie restait dans le vague.Il avaft seulement l’impression d’avoir passé des mois dans la nuit, dans le froid.Et puis la sensation d’exister lui était revenue.Il avait pris conscience de sa souffrance et il en avait fait la compagne de sa vie.Car il savait bien que jamais plus il ne serait heureux — jamais plus un seul jour! D’ailleurs, il ne le voulait pas, il ne le pouvait pas.Hélène avait emporté son amour dans sa tombe : Il murmura passionnément : — Oui, ma chérie, je suis toujours à toi, à toi seule! Je n’aimerai jamais une autre femme.Tu vois, je reviens, je quitte pour toi celle qui est là-bas, qui a pris ta place, mais que je n’aime pas, Hélène, que je n’aimerai jamais! Je te reste fidèle, mon amour, même dans la mort, comme je te l’ai promis.Il se leva lentement et sortit de la pièce.Son valet de chambre ,qui montait, lui présenta un plateau sur lequel se trouvait sa correspondance.Il prit lettres et journaux et entra dans sa chambre.Sur une enveloppe se détachait l’écriture large de son père.Il la prit et la décacheta rapidement, en s’approchant de la fenêtre, car le jour baissait.“J’espère que tu vas nous revenir bientôt, mon cher enfant,” écrivait don Paolo.“Ginevra vient d’être très souffrante.Le docteur Pinelli ne témoigne d’aucune inquiétude, je dois m’empresser de le dire, et notre chère Gina va beaucoup mieux aujourd’hui.(à suivre) Pluies GALEGINES CHOCOLATS VERMIFUGES -T DU DR.CHARLES'! 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Voilà que Georges commençait à subir l’impérieuse suggestion de Margot, et que nulle objection ne lui venait sur la folie d’un tel projet, irréalisable cependant.“Le moyen de répondre à ce3 beaux yeux, si divinement purs et tendres: “Je “ne veux pas de vous !” D’ailleurs, il ne le pensait pas, au contraire.Tout à fait au contraire, maintenant, car il lui semblait qu’une multitude de fils doux et fins, comme des fils de la Vierge, flottant autour de Margot, ainsi qu’un nimbe, s’allongeaient jusqu a lui et s’enroulaient, s’enroulaient, l’enveloppant d’un réseau inextricable.Et il demeurait, béatement docile, dans ce filet.“Alors Margot, levant doucement l’épaule, apitoyée presque, lui dit.” Mais la maligne conteuse se tut, en montrant du doigt l’horloge.L’heure était passée.IV “Elle lui dit ?.” cria toute la bande, dès le lendemain, en tournant vers marraine, comme des fleurettes qui se tendent vers le soleil, tout un bouquet de petites faces rosées, luisantes et épanouies.“Elle lui dit simplement: — “Pauvre Georges ! ” “Puis, appuyant ses deux mignons doigts, si pointus, sur la manche galonnée, ce qui parut au lieutenant la mise en contact de son bras avec une pile électrique, elle ajouta, mystérieuse: — “Ce qui doit être sera ! ” “Cependant, étranglant un peu, il balbutia: — “Ah ! certes, si j’étais riche ! Mais voilà ! Et toi ! Pas même la dot réglementaire ! Sans quoi !.— “Oh ! reprit-elle, je sais bien que tu ne te contenterais pas de cela!.C’est si peu, si peu !.” “Et elle souriait ! “Ah ! mes enfants, l’on ne saura jamais tout ce qui tient d’absolu dans le sourire d’une femme.Si le bon Dieu n’avait pas fait le monde, une femme l’aurait pu créer, rien qu’avec un sourire.Ne vous étonnez donc pas si Georges répondit d’un élan: — “Oui, si peu, avec une autre; mais un trésor avec toi, Margot !.” “Hé ! hé ! que vous en semble du charme de notre laideron ?Il faut être juste et ajouter qu’en ce moment Margot resplendissait.“C’est ainsi; la femme contient toute la beauté et la poésie de la nature, triste et endeuillée quand la morosité du ciel l’envoile, flambante et rayonnante quand le soleil baigne dans ses flots d’or sa chair de fleur nacrée.Or, il existe une cosmographie psychique qui dote notre Univers de deux soleils également féconds, dont l’un se nomme: l’amour.“Qu’allait-elle répondre, Margot, lorsque le3 brillants demoiselles de la Mar-gellière se précipitèrent vers eux ?Georges n’eut pas le temps de le savoir; les railleries joyeuses fusaient, d’autant plus vives qu’ils semblaient l’un et l’autre embarrassés et mécontents d’être interrompus.“A la fin, Margot s’impatienta, et, comme on lui chantait, en y mêlant son nom, des ritournelles sentimentales, elle finit par dire: — “Voilà bien des sottises pour une aussi simple histoire ! — “Quelle histoire, Margot ?— “Celle de mon futur mariage avec le cousin Georges, répondit-elle.— “Comment, encore ?Mais tu parles sérieusement, en vérité !” “Cette fiois, les rires tombèrent et un grand silence se fit.“L’on savait bien, au fond, que ce projet chimérique n’était, ne pouvait être qu’un jeu; mais les joueurs paraissaient si convaincus, qu’ils causèrent, comme de bons acteurs, une émotion prodigieuse.Et dans tous ces beaux yeux qui les contemplaient, s’allumaient, peu à peu, d’étranges rêveries.“Or, à quelques jours de là, Margot, qui, en sa qualité de personne entnedue, conduisait au cours les plus petites de ses soeurs, comme l’on retournait au logis, i TT OVONOL TOLERANCE PARFAITE GOUT EXQUIS indication Scrofule, Rachitisme, formation des Os, Maux de Tête, Oreilles, Gorge, Pâleur, Amaigrissement, Eruptions, Palpi* tâtions, Rhumes, Bronchites, Convalescence de la Scarlatine, Typhoide, Diphtérie, Rougeole.Recommandé aux MERES et FUTURES MERES Composition Extrait de Foies do Morues, Iode, Lécithine 'jaune* d'oeuh).Sirop d’Hypophosphites composé, etc.If,.*»IX: il.00 ,MNt0 umu C XII AO A r.! 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C’est bizarre !.Et je ne sais vraiment si cela me fera plus de joie que de peine d’avoir ces cheveux-là sous les yeux, tous les jours.Hé ! ne vous chagrinez pas, on verra !.on verra ! .L’on m’a dit beaucoup de bien de vous, ma petite; mais je vous croyais plus âgée ?Quel âge avez-vous, au juste ?— “J’aurai bientôt dix-huit ans.— “Trédame ! murmura la douairière en frissonnant, où avez-vous pris cette voix ?.Il y a bien longtemps que je n’ai ouï celle que vous me rappeléz !.Voilà une drôle d’histoire.J’en suis tout interloquée ! Et plus je vous regarde.Tenez, passez-moi donc cette miniature, là, sur la cheminée, un cadre en.C’est cela, précisément, vous êtes fort intelligente.” “Et ce portrait que Mme de la Margellière contemplait avec une tristesse attendrie, était celui de son fils quand il avait seize ans, et qu’il était encore rose et joli comme une femme.“Mais bientôt elle reporta les yeux sur Margot, et maintenant ses regards vaguaient de l’image au visage troublé de la jeune fille, et une émotion croissait en elle, imprécise encore.“Cependant, une douleur, une colère peut-être, agita la vieille femme, dont toute la grâce s’effaça.“Elle posa brusquement près d’elle le portrait, et dit sèchement: — “J’ai besoin de calme.Tout cela me blesserait.Vous me voyez au regret, mademoiselle, mais je ne puis accepter vos services.Vous trouverez ailleurs, certainement, l’emploi de compagnie que vous sollicitez ici.Je vous y aiderai même volontiers.Ne m’en veuillez pas, je suis une vieille femme très malheureuse.J’avais un fils que j’adorais, et auquel, par un hasard oruel, vous ressemblez étranglent; vous me rappelleriez, à chaque minute, que je l’ai perdu, et.Vous pleurez?Qu’est-ce à dire?.Voilà une sensibilité un peu bien surprenante.” “Puis la douairière se redressa, subitement éclairée ! — Votre nom, mademoiselle?— “Marguerite.soupira Margot suffoquée par des larmes sincères.— “Ah! vous vous nommez aussi comme moi ?c’est parfait.Et, par hasard, n’auriez-vous pas encore l’audace de vous appeler de la Margellière ?” “Margot glissa sur ses genoux et enfouit violemment son visage dans les jupes maternelles, se cramponnant aux mains, devenues dures, qui la repoussaient.— “Assez! assez de comédie! criait la douairière,.retirez-vous, impudente fille, avant que je ne vous fasse chasser.” “Notre Margot avait sa part d’orgueil et ne la cédait à personne.Elle se redressa, comme une petite poupée à ressort, et, d’un geste rageur, ramassa sa chevelure épandue, la faisant voler autour d’elle en la tordant à pleins poings.Elle était toute rouge, et mordillait ses lèvres, avec de gros soupirs, se retenant de pleurer, encore que de grosses larmes d’enfant lui ruisselassent par la figure.“La douairière, stupéfaite, la regardait, intéressée quand même par la fierté et la joliesse de ses mouvements.On voyait bien qu’elle pensait: “Tout comme j’étais !.” encore qu’elle n’en voulût rien laisser paraître.“Cependant une envie folle la prenait de faire parler Margot, d’entendre, une dernière fois, ce timbre de voix qui lui était cher.“Et comme la petite, étant rajustée, se campait crânement, dans son respect, pour une révérence finale, la douairière ne put s’empêcher de gronder: — “Vous pourrez dire à votre mère que sa tentative tardive a échoué, et que rien désormais ne saurait.” “Mais Margot, secouant le menton d’un air avisé, l’interrompit: ' — “Ah ! pour sûr non, je ne parlerai de rien à maman ! Si elle savait ce que je viens de faire là ! ah ! bien !.— “Comment ?s’écria Mme de la Margellière, votre mère ne sait pas ?.C’est mon.c’est votre père, alors, qui ?.— “Papa non plus; pas même mes petites soeurs qui sont en bas dans la voiture, et à qui j’ai raconté une histoire pour m’échapper et venir.C’était bien a peine ! soupira joliment Margot.— “Ah ! mais cela change la situation !” pensa la grand’mère, qu iaurait bien voulu savoir, maintenant, le mobile de cette audacieuse démarche.Mais elle semblait si fort effarouchée et comme montée sur ses ergots, la fillette, avec sa moue boudeuse, que la douairière s’inquiéta de ne pouvoir la faire parler.Elle toussota avec des hum ! hum ! qui devenaient encourageants, et faisait vaguement le geste de pousser devant elle, du bout de son pied, le tabouret d’où Margot s’était enlevée, tout à l’heure, comme une oiselle qui s’envole.Mais rien n’y faisait, la petite gardait la mine de prendre congé et tapotait ses jupes, en reculant peu à peu vers la porte.“II fallait bien que Mme de la Margellière se décidât.— “Venez çà,” dit-elle, d’un grand air d’aïeule qui ordonne.CRESOBENE CAPSULES indication Grippe, Rhume, Toux, Bronchite, Laryngyte, Maux de Gorge, Extinction de Voix, Oppression,Asthme.(?o tnposi tion Produit Balsamique à l’état naissant, Créosote, j Eucalyptol, Térc-bène, Cinnamon, Pins Maritimes.! 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Oh! dites! aimer bien quelqu’un et devoir s’en séparer à jamais ! — “Oui-da ! quelle est cette chanson, mademoiselle ?Vous aimez quelqu’un et vous osez !.— “Oui, grand’mère ! oh ! je ne l’ai dit à personne, personne au monde ! Je n’oserais pas !.C’est pour cela que je suis venue me confier à vous ! •— “A moi que vous n’aviez encore jamais vue ?hum ! — “Que vous dirai-je, grand’mère ?Il y a des élans inexplicables ! D’ailleurs, lorsqu’on souffre on a besoin de le dire; et mes soeurs, charmantes, mais peu sérieuses au fond, ne m’inspirent pas la confiance nécessaire à de semblables aveux.• — Mais vos parents, ma fille ?” “Margot baissa la tête sans répondre, et ce silence intrigua la douairière, qui renouvela sa question.Alors, très bas, Margot murmura: • — “Oh ! ils nous ont répété si souvent que les enfants ne devaient se permettre aucune inclination contraire à l’avis de leur famille, que les plus profondes douleurs en pouvaient résulter, que l’on demeurait ensuite en proie au remords, à la désolation des séparations cruelles, que jamais, non, jamais, je ne consentirais à raviver leur chagrin en leur parlant de mes désirs personnels !.— “Ouais ! gronda la douairière à mi-voix triomphante, je suis donc regrettée par là! Eh bien mais, reprit-elle .aussitôt, la leçon que vous avez sous les yeux ne saurait-elle vous rendre sage ?— “Je suis très sage, trè3 résignée, ma bonne grand’mère, gémit notre Margot; mais cela ne m’empêche point d’être bien malheureuse, au contraire ! — “Ça, voyons, contez-moi ça.Il s’a- git d’une amourette, à ce que je pressens ?.— “Non pas, grand’mère; mais d’une sérieuse affection, partagée, et d’un mariage impossible.— “Pourquoi impossible ?Est-ce que, par hasard, une demoiselle de la Margellière aurait pu faire un choix indigne d’elle ?« — “Oh ! grand’mère ! — “Alors quoi ! Il a un nom ?— “Oui, grand’mère.— “Une situation ?— “Officier.— “De la fortune ?— “Hélas ! — “Ah! ah!.Et c’est pour cette raison qu’on lui refuse votre main ?L’histoire est assez piquante, car, s’il m’en souvient, ce fut pour une raison de cet ordre que ma prévoyance refusa à votre LA RE V U E DE A N ON père l’autorisation.de laquelle il s’est passé d’ailleurs.— “C’est bien pour cela, soupira Margot, qu’il vous rend aujourd’hui si pleinement justice.— “Un peu tard ! mais votre mère devrait vous soutenir, elle qui bénéficia de la désobéissance de mon fils.— “Ma mère ?.Ah ! bien oui ! s’écria d’un accent superbe notre Margot.Mais elle vous admire, ma mère, elle vous adore, elle ne rêve que de marcher sur vos traces, en tout et pour tout !.Ah ! c’est là mon malheur, grand’mère, car, pour vous imiter, elle refusera sans pitié son consentement.” “La douairière frottait tout doucement ses fines mains l’une sur l’autre, et sa tête dodelinait d’un air de satisfaction profonde.— “Dans ce cas, dit-elle, au bout d’un instant, elle doit avoir raison, madame votre mère.Que puis-je à cela ?— “Je ne sais pas,” prononça Margot, avec un long soupir, comme si elle allait perdre l’âme.“Mme de la Margellière rêvait.“Soudain elle tressauta.— “Mais vous me contez là une drôle d’histoire, ma mie, fit-elle d’un ton sec.Où prenez-vous donc que je sois pour quelque chose dans l’empêchement de vos désirs ?Je le crois certes bien, que vos parents refusent votre main à cet officier; mais ce ne pourrait être pour sa pauvreté, que cela serait évidemment à cause de la vôtre: avez-vous oublié que vous ne posséderez pas la moindre dot, pas même la dot réglementaire ?— “Oh! répondit ingénieusement Margot, cela n’empêcherait rien, car M.Georges de Ponchor, si pauvre soit-il, n’est pas sans posséder les quelque mille francs exigés par l’Etat, et c’est bien volontairement qu’il les fournirait lui-même.— “Jour de Dieu ! cria la douairière, seriez-vôus capable d’accepter une telle humiliation, mademoiselle ?— “Dame ! minauda Margot en essayant un demi sourire, ce serait encore moins dur que de rester vieille fille, et moins humiliant, peut-être, que de le demeurer parce qu’on est pauvre ! — “Oh ! oh ! je vous vois donc venir, maintenant ! exclama, tout encolérée, Mme de la Margellière, c’est une dot que vous me demandez, sous couleur de confidence ?” “Margot se mit à rire: — “Mais puisque Georges la fournirait, vous voyez bien que je n’en ai pas besoin ! — “Et si je ne veux pas, moi, que ce monsieur se permette de vous reconnaître une somme que vous n’aurez pas apportée, songerez-vous à me désobéir ?— “Bien sûr non, grand’mère, se reprit à gémir Margot, mais il faudra donc que je meure de chagrin, oh ! Dieu !.” “Et d’un air lamentable elle leva au ciel ses beaux yeux désolés.— “Chanson !” cria la grand’mère, pour se réconforter, car une extraordinaire faiblesse la prenait pour cette petite qui lui ressemblait si fort, et aussi, peut-être, parce que son vieux coeur, las d’avoir tant souffert, regrettant, qui sait ?les rigueurs de jadis, ne se sentait pas le courage de recommencer une lutte cruelle; mais plutôt se sentait-elle couler à un • éperdu besoin de refaire de la joie, du bonheur autour d’elle.“Ah ! comme cette Margot avait deviné l’heure et le moment où la citadelle ne demandait quà se rendre, et sans condition.”‘La grand’mère commença: — “Peut-être serait-il convenablé, d’abord, de me présenter ce beau chevalier, si généreux ! Hein ?Je ne serais pas fâchée de lui dire son fait.Et pui*.— “Et puis ?répéta anxieusement Margot.— “Eh bien, s’il me plaisait, hum ! l’on pourrait voir.— “Oh! grand’mère!.s’écria Margot en se précipitant vers la douairière et lui baisant les mains follement.— “e n’ai rien promis ! ” “Mais la petite continuait: — “Dites seulement à papa et à maman que vous voulez que l’on m’accorde à Georges, et ils vous obéiront, grand’mère, ils vous obéiront.Et comme ils.seront heureux de vous obéir, de se faire pardonner !.— “Tu crois ?” murmura la grand’mère, délicieusement émue et se laissant aller, enfin, vers l’enfant dont tout l’être charmant l’attirait, lui rappelait le bien-aimé fils jamais oublié.“Ses mains tremblantes cherchèrent la chevelure fauve, ses lèvres se posèrent sur le front lumineux, et toutes les deux, bien heureuses, pleurèrent exquisement.” Ici, la conteuse aurait voulu s’arrêter, mais on ne le lui permit pas; d’ailleurs le conte était fini, ou presque.Alors elle l’acheva ainsi: “Qui fut bien surpris ?ce fut le beau lieutenant, lorsque Margot lui glissa la première fois qu’elle le revit: — “Courez chez grand’mère qui vous attend.” * “Et sa surprise fut encore plus violente lorsqu’il sut que Margot avait avoué leur immense amour, leurs projets, leurs désespoirs, desquels jusqu’ici il s’était à peine douté.• “Mais il dut se rendre à l’évidence quand Mme la douairière de la Margellière lui annonça, solennellement, qu’elle daignait lui accorder la main de sa petite-fille, avec trois cent mille francs de dot.“Georges découvrit tout à coup qu’il aimait furieusement sa cousine, et que la crainte seule de ne pouvoir l’épouser l’avait empêché de s’en apercevoir plus tôt.Mais, heureusement, notre Margot avait su pénétrer les choses ! “Que vous dirai-je encore ?Tout le monde eut sa part de bonheur, car le contrat fut signé chez la grand’mère au milieu de toute la famille réunie et réconciliée; et tout le monde s’embrassait avec des élans de tendresse et de joie.“Lorsqu’elle eut signé, Margot ne put s’empêcher de dire à ses soeurs: — "Eh bien! fallait-il donc rire si bruyamment quand je vous disais que j’épouserais le cousin Georges ?.Mais, voyez-vous, mes petites, si j’avais été aussi belle que vous, je n’aurais compté que sur ma seule beauté.et nous serions toutes restées vieilles filles.” “La beauté, c’est fort bien, ajouta, pour finir, la conteuse; mais l’intelligence vaut mieux.“Ce n’est pas l’amour, c’est l’esprit qui mène le monde.” Georges de PEYREBRUNE.Remarquez les cheveux que récolte votre peigne avant l’usage du PETROLE ROGIER Quinine, Cantharide, Pilocarpine et Moelle de boeuf Faites la même observation un mois après et JUGEZ de la réelle valeur du “Pétrole Rogier” CONTRE LA CHUTE DES CHEVEUX Le pétrole Rogier ne contient pas d’eau.Il brûle jusqu’à la dernière goutte.$1.25 le flacon Page vingt-huit lMontréal, 1er janvier 1927 RÊVE GOTHIQUE (suite) — Les mains vides ! — Mais oui, répéta-t-il.Je n’épouserai qu’une femme pauvre.Bile le regarda profondément comme lorsqu'on cherche à comprendre plus loin que les mots, et il reprit : — Oui, et si j’aimais une femme riche, je lui dirais.— Quoi ?— Donnez tout, je ne veux que vous.Elle se mit à rire, libérée tout à coup d’une angoisse.— Vous êtes plus gothique encore que votre maison.Il ne répondit rien, comme s’il savait que ses paroles ne gagneraient rien, mais quand elle eut dit tout ce que le bon sens et la tradition, et l’habitude, et les précédents, et la courante morale peuvent dicter contre le paradoxe, il prononça doucement : — C’est ainsi pour moi et rien ne me fera agir autrement.Elle fit un geste d’insouciance et sauta sur le mur de ronde qui terminait là le jardin, ainsi que tous ceux des vieilles demeures du bourg historique.Des giro-r.éJS lui faisaient une couronne de pourpre.Elle se retourna, s’adossant au parapet.Leurs dernières paroles restaient entre eux.Elle dit enfin.— C’est un devoir de garder ce qu’on a.Une fortune, c’est un levier.11 sourit avec un peu d’amertume.— Un levier pour le mal plus souvent que le bien.Une vraie fortune ici gâterait tout.Elle le brava.— Vous ne savez pas vivre.Ici, il faudrait.— L’amour, l’amour et c’est tout.Sa voix frémissait et elle se sentit plus émue que s’il l’eût prise dans ses bras ou seulement regardée, car il fixait la plaine.Tout à coup, il dit : — Voyez.Vous ne savez pas même voir.Elle v.nt docilement s’accouder au parapet à côté de lui.Au-dessus des vieux ormes poudrés de leur premier feuillage, le pays salin dévalait jusqu’à la mer.Et tous les petits carrés des marais luisaient, bleus comme des vieilles fenêtres qui laissent voir le ciel.Et, graves, les sept clochers des villes franches fermaient l’horizon.Elle dit.— Oui, c’est beau, mais vous êtes envoûté par ce pays et ce passé.Il faut faire quelque chose de sa vie.Il sourit : — Les courses, le golf, le cercle ?Elle s’irrita : — Pourquoi ?Il y a autre chose.L’entreprise, la lutte, le risque.— Se diminuer, se salir, ruser, mentir.Non j’ai bâti mon rêve autrement.— Pourtant, vous ne vivez pas que pour vous ?Il se pencha : — Le mariage fièrement vécu est un but.Frappée, elle ne répondit rien.Ce langage était si différent de celui qu’elle entendait tous les jours.Elle sentit qu’il fallait se débattre.— Et votre position est suffisante ?— On est encore riche ici avec cela.Il désignait les marais salants.— Entre ce clocher là-bas et ce fossé, tout est à moi.Elle haussa les épaules — Du sel ! — Du sel, oui, la gabelle, comme sous Philippe-Auguste.Cette fois, le rire s’étrangla dans sa gorge.Quelque chose ici défendait de LA REVUE DE SM A N ON rire.Pourtant, Jacques souriait.Il reprit : — Vous verriez, ce serait si facile dans ce logis, dans ce pays de remonter le cours des siècles.Les cuisines sont immenses.J’ai gardé la cheminée.On rôtirait quelquefois un mouton.Jacqueline, qu’une côtelette saignante dégoûtait à quitter la table, dit seulement: — Qui est-ce qui le mangerait ?— Mais nous ! — il se mordit les lèvres — et puis ceux qui dépendent du château, et puis les paludiers et puis les pauvres.Vous connaîtrez ces villages des paludes.Rien n’y a bougé.Les meubles espagnols de chêne massif peints en rouge, les lits à quatre colonnes, les buffets, les armoires où sont rangées les costumes qu’on revêt aux jours de cérémonie.Ah ! le jour de la fête de Notre-Dame du Mûrier, vous oublierez le jour, l’année et le siècle ! 11 était debout, beau, frémissant d’une sorte de ferveur.Tout à coup, il se pencha, lui prit la main : — Venez voir la chapelle.Ils suivirent l’allée fleurie, gagnèrent par-dessus des tombes verdies, la oorte basse.Une bouffée d’air glacé chargé d’une odeur d’encens refroidi les prit à la face.D’un pur gothique, les colonnettes remontaient vers le choeur de bois sculpté.Des vitraux donnaient au jour des tor.s oubliés.Jacques dit à mi-voix.— C/est ici, à minuit, qu’aura lieu le mariage.Elle ne put rien dire.Il lui semblait qu’un prophète, à côté d’elle, fixait sa vie.Elle l’écoutait.Auparavant, ma fiancée, si elle est riche, aura disposé de sa fortune.Elle dit faiblement : — Ce n’est pas si facile.Il sourit d’un sourire que le vitrail fit bleu.— Mais si, j’ai fait du droit, c’est très faisable, je vous l’affirme.Cela ne l’étonna même plus.Un engourdissement lui venait.Etait-ce l’influence de ces vieux murs pénétrés d’autrefois ?ou plutôt la rencontre de cette volonté dans un temps où l’on n’en rencontre pas ?Sans bien savoir si elle acceptait, elle fut un instant l’héroïne de ce songe, la femme au hennin et à l’hermine qui, auprès de ce seigneur, mènerait l’existence qui va de l’oratoire à la tombe où l’on dort en effigie de pierre.Elle vit tout à coup qu’ils étaient dehors.Le soir d’avril tombait sur la cour d’honneur.Jacques, debout à côté de son cheval que tenait le vieux domestique, la regardait avec une question au fond de ses yeux sombres.Elle allait y répondre, quand l’instinct de conservation parla en elle et, comme un nageur qui coule donne un coup de pied au fond, elle revint à la surface de son égarement.Les yeux qui allaient se prendre ss manquèrent, un courant qui s’établissait se rompit, ce fut assez.Elle sauta en selle encore tremblante.Déjà, elle n’é ait plus au niveau redoutable de l’enchanteur.Il dit : — Je crois que vous reviendrez.Elle répondit : — J’ai été heureuse, heureuse! J’ai vécu ma vie.Un éclair passa dans les yeux noirs.Jacques saisit la bride.— Vous reviendrez ! Elle secoua sa tête que le soleil, au ras de l’horizon, nimbait et toute la jeunesse parut sortir en elle de la triste cour morte.Elle n'était pas encore désenvoûté, pourtant, car elle se retourna et à sa monture, sensible à ses gestes et pres-qu’à ses désirs, céda et hésita.Jacques le front découvert, la regardait partir avec, sur sa belle figure, toute la bonté, toute la douceur, tout le respect, tout l’amour.Elle songea : “Mais c’est le bonheur que je laisse !” Et puis, comme on fait toujours, elle chassa la pensée vraie, ferma les yeux devant l’éclair qui illumine la nuit de nos destinées et le cheval, la devinant, reprit son pas, franchit le portail et joignit la route au trot.Ce soir-là, il y eut un grand branle-bas à la villa sur la mer.Quand Jacqueline y rentra sur son cheval trempé de sueur, tous les familiers s’en retournèrent consternés.Partir, elle voulait partir, comme cela sans attendre même le jour ! A tout, elle répondait que le pays la fatiguait et lui donnait le spleen et qu’elle ne le supporterait pas un jour de plus.Elle ne respira que lorsqu’elle fut dans le train de nuit et qu’elle vit fuir la plaine aux sept clochers, la plaine miroitante aussi étoilée que le ciel.Demain, Jacquese serait devant sa maison abandonnée sans comprendre — puisqu’un homme ne comprend jamais “tout à fait” une femme — sans deviner qu’elle le fuyait comme un rêve trop délicieux dont elle craignait de se réveiller, tandis qu’elle voulait l’emporter et le garder toujours à l’abri des réalisations, qu’elle le fuyait parce qu’elle sentait en elle quelque chose de trop dangereux, de trop consentant, répondre à ce goût du passé, à ce goût de la mort et qu’elle voulait vivre, vivre, vivre ! Marion GILBERT.LES MUSCATS Suite core assez ingambe ! Cette vieille folle se doit coucher de bonne heure, et ce soir, vers le3 dix heures.Et, vers les dix heures, le soir, alors que la route de Saint-Cloudounat était déserte et silencieuse et que tout semblait dormir dans la maison de Mlle Chicorée, comme un gosse, sa gourmandise le rendant maraudeur, ce bon M.Viédaze franchissait le mur du jardinet afin de voler quelques-uns de ces muscats qu’il appé-tait si passionnément.Malheureusement, Mlle Chicorée n’était pas couchée.Au bruit, elle sortit, vit un homme sautant par-dessus son mur et se mit à crier: “Au voleur !” Les voisins accoururent et quelle ne fut pas la confusion de Mlle Chicorée en reconnaissant M.Viédaze dans ce nocturne bandit.— Comment ! C’était vous ?Mais il fallait sonner simplement, à la grille !.Avec quel plaisir je vous aurais ouvert ! Nous n’avons plus l’âge de jouer à Roméo et Juliette !.Que voulez-vous que je vous dise ! Les voisins colportèrent la chose, le lendemain ce ne fut qu’une risée dans le pays, et force fut bien à ce pauvre M.Viédaze de rendre à Mlle Chicorée cet honneur que, certes, il n’avait jamais eu l’intention de lui ravir.Et voilà comment, par la faute de sa gourmandise, le pauvre homme dut abandonner ce célibat qui avait pour lui tant de charmes, et épouser cette pécore de Mlle Chicorée, tant il est vrai que le vice est toujours puni.Rodolphe BRINGER. £V/ ont ré al, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE SM A N ON Page vingt-neuf Notre Concours de Photographier d’Artistes du Cinéma NOTRE CONCOURS DE PHOTOGRAPHIES D'ARTISTES DU CINEMA Faute d’espace, nous publions qu’une liste partielle des noms de nos nombreux concurrents qui se sont inscrits à notre Concours de Photographies d’Artistes du Cinéma.Plus bas, on trouvera la liste des heureux gagnants de ce concours que nous continuons encore, en invitant ceux de nos lecteurs et lectrices de continuer à s’inscrire et courir ainsi la chance de gagner une jolie photographie d’artiste de cinéma, photographie qui vaut la peine d’être encadrée et qui à notre avis ornera avantageusement leur demeure.Concurrents de Montréal: Mlle Berthe Lalonde, 143 De Villiers; M.Dieudonné Raymond, 1909 St-Germain; Mlle Jeannette Berger, 598 Dufresne; Mlle Juliette de Picardie, 6403 Boyer; Mlle Cécile Robillard, 4543 Fabre; Mlle Régina Camarchiola, 8931 Drolet; Mlle Marie-Anne Poissant, 6244 Chateaubriand; M.Paul Hérard, 1432 Logan; Mlle Octavie Fortier, 16 Victor Hugo; M.Yvon Dompière, 230 Notre Dame E.; Mlle Rosette Hébert, 7135 Chateaubriand; Mlle C.Bé-lair, 4673 Bréboeuf; Mlle Paule Tessier, 1280 Azilda; Mlle Ga-brielle Limoges, 6098 St-Hubert; Mlle Marguerite Vincent, 4837 Delanaudière; M.Alexandre Bourassa, 4645 Chabot; Mlle Roméa St-Onge, 941 De Pontbriand; Mlle Hélène Stander, 3872 St-André; Mme Thomas Lavallée, 2695 Hochelaga; Mlle Simonne Huot, 3896 St-Hubert; M.Eugène Savard, 4428 Papineau; Mlle Simonne Barrette, 2344 Dorion; Mlle E.Archambault, 283 Querbes, Outremont; Mlle Germaine Bissonnette, 995 St-André; Mlle Berthe Catz, 1872 Préfontaine; Mlle Jeanne Spada, 126 Rachel; Mlle Simonne St-Armand, 6795 Alma; Mlle Mimi Spada, 126 Rachel; Mme G.Boutin, 8323 Chateaubriand; Mlle Marcelle D’Aragon, 3153 Adam; Mlle Pierrette Leblanc, 1492 Nicolet; Mlle Cécile Legault, 5524 St-Denis; Mlle Norma Tousley, 4642 Ste-Catherine O.; Mme Johnston, 2430 Blvd Pie IX; Mlle Annette Desnoyers, 1826 Bourbonnière; Mlle C.Côté,- 512 Parc Lafontaine; Mlle Hélène Auclair, 140 Vinet; Mlle Angélina Thé-rien, 1427 Champlain; Mlle Berthe Laquerre, 5329 Des Erables; M.Georges Viens, 860 Dorchester E.; Mlle Albertine Carrière, 615 Plessis; M.Lucien Cyr, 1094 St-Timothée; Mlle Albertine Lefebvre, 5322 4ième Ave, Rosemont; M.A.T.Parent, 5011 Papineau; Mlle Géraldine Lusignan, 589 Aylwin; Mlle Léona Vé-zina, 792 Mont-Royal E., Apt 2; Mlle Lucienne Baigne, 584 Jo-liette; Mlle Jeannette Galarneau, 6514 St-Hubert; M.Elzéar Viens, 860 Dorchester E.; M.Robert Paul, 2206 Adam; Mlle Antoinette Forget, 568 William-David; Mlle Mabel Paul, 2206 Adam; Mme J.Cloutier, 4124 Des Erables; M.Willie Fortin, 46 Archambault; Mie Irma Ethier, 1841 Cartier; Mlle Anna Bélanger, 342 Des Seigneurs; Mlle Marie-Anne Lescarbeau, 1826 Champlain; Mlle Rollande Limoges, 6598 St-Hubert; M.Z.Evrard, 2456 Ontario E.; Mlle Isabelle Blanchardin, 7767 St-André; Mlle L.Baigné, 584 Joliette; Mlle Emiliène Valenté, 66 Marie-Anne; Mlle Laura Bergeron, 1 Joly, Apt 1; Mlle L.Elist, 2129 St-Timothée; Mme Ovila Lavoie, 70a Ste-Emélie; Mlle Germaine Desrosiers, 6780 Christophe-Colomb; Mlle Georgette Bilodeau, 807 Laurier E.; Mlle Annette Groulx, 135 Coursol; M.Emmanuel Loranger, 4289 Messier; Mlle Marguerite Morineau, 1650 Joliette; Mlle Ida Dupuis, 331 Angers; Mlle L.Drouin, 1837 Notre-Dame O.; Mlle Irma Verhegge, 451 Dorchester E.: M.Paul Gosselin, 4674 Parthe-nais; Mlle Berthe Thériault, 158 Ste-Catherine E.; M.Jean.Berchmans Trudeau, 5055 Chabot; Mlle Renée Larose, 5061 De Laroche; Mlle T.Bouthillier, 1440 Davidson; Mlle Cécile Gar-ceau, 1130 Desormeaux; Mlle Jane Caron, 6690 Molson; M.Edgar Richelieu, 4450 Parthenais; Mlle Alice Maher, 103 Beaugrand; Mlle M.Coulombe, 1606 Aylwin; Mlle Elmira Fiorito, 8233 Berri; Mlle Marie-Jeanne Roy, 154 St-Charles; Mlle Simonne Dubé, 4517 Chabot; Mlle Marguerite Flanagan, 1450 St-Zotique; Mlle L.Huguet, 5348 llième Ave, Rosemont; M.Paul Emile Rousseau, 3524 Bordeaux; M.J.A.Jalbert, 7191 St-Denis; Mlle Lita Barbier, 6296 St-Laurent; M.Georges A.Côté, 473 Demontigny E.; Mlle Blanche Descôtes, 3452 St-André; Mlle Simonne Villemaire, 75 Rose-de-Lima; Mme Arthur Gagné, 211 Murray; Mlle Germaine Séguin, 7333 Henri-Julien; Mlle Gloria Rochon, 1499 Notre Dame; Mlle Angéline Sécatelli, 4248 Berri; Mlle Aline Lagueux, 4478 Berri; M.René Pelletier, 2208 Dorion; Mme E.Larose, 839 Laurier E.; Mlle Jeanne d’Aigle, 9672 Cartier; Mme Hector Corbeil, 5177 Fabre; Mlle Iris Fantacci, 1289 St-Dominique; Mlle Alice Dufresne, 7938 St-Gérard; Mlle Berthe Dugal, 1123 Papineau; Mlle Albertine Gauthier, 1695 Jeanne d’Arc; Mlle Pauline Lebrun, 5203 St-Denis; Mlle Aurore Fournier, 5536 3ième Ave, Rosemont; Mlle M.Jeanne Bergeron, 4446 St-André; Mlle Manon Cortez, 2334 St-Jacques; Mme E.Nadeau, 2532 Blvd Rosemont; Mlle Adrienne Lachapelle, 1787 Notre-Dame E.; Mlle Ida Lanno, 6224 St-André; Mlle Annette DePietro, 1726 Maisonneuve; Mlle Jeanne oMrency, 1198 Labelle; Mlle Bernadette Garneau, 1837 Des Jardins; Mlle Laurette Savaria, 1343 Logan; M.Alphonse Costantino, 115 Bernard; Mlle Thérèse Patenaude, 343 Ch.Ste-Catherine, Outremont; Mlle Iole De Frescos, 6961 De St-Valier; Mille Marguerite Juneau, 4680 Garnier; Mme Eva Laurence, 3917 Berri; M.J.Grenier, 7734 St-Hubert; Mlle Antoinette St-Pierre, 360 Sherbrooke E.; Mlle Jeanne Desroches, 546 Sherbrooke E., Apt 16; Mlle Simonne Goulet, 7462 Chambord; Mlle Valentina Filibert, 7820 St-Denis; Mlle C.Legault, 5524 St-Denis; Mlle Béatrice Goyer, 5782 Chabot; Mlle Laurette Alarie, 6874 De Laroche; Mlle Yvette Boisseau, 6556 Chateaubriand; Mlle Nilta Daigneault, 5075 Charlemagne; Mlle Laurette Goyette, 4337 Christophe-Colomb; M.Harry Raufman, 209 Stanley; Mlle Pauline Dupuis, 125 1ère Ave, Verdun; Mlle Alexina Poitras, 31 Ave Notre Grand Concours “La Revue de Manon” continuera son Grand Concours de Bébés jusqu’au mois de mars 1927 dans le but de découvrir LES DIX PLUS BEAUX BEBES de ce pays.A cette occasion, “La Revue de Manon” invite toutes les mamans de faire participer leurs jolis bébés à ce grand concours.La seule condition est d'envoyer une photographie qui sera publiée dans cette Revue.Le Concours se divise en cinq catégories : Bébés âgés de 6 mois à 1 un.Bébés de 1 an à 2 ans.Bébés de 2 ans à 3 ans.‘ Bébés de 3 ans à 4 ans.Bébés de 4 ans à 5 ans.Nous publierons la quatrième série des portraits de bébés dans notre prochain numéro.Coupon d’inscription au Concours de Bébés Nom de l’enfant Age.Poids Couleur des cheveux Noms et prénoms des parents Adresse Remplir ce coupon et le coller au dos de la photographie du.Bébé et l’adresser à “La Revue de Manon”, Concours des Bébé*, 1219 rue Saint-Christophe, Montréal, Qué.(Les photographies seront retournées après le concourt).DE NOMBREUX PRIX FORMANT UN TOTAL DE $250.00, SERONT DECERNES au dix plus beaux Bébés (garçons et filles).En outre de ces dix premiers prix, il y aura plusieurs prix supplémentaires et nous invitons les mamans d’inscrire leurs jolis bébés immédiatement en se servant du coupon ci-haut Page trente lMontréal, 1er Janvier 1927 LA REVUE DE ÜVt A N ON Renfrew, Westmount; Mlle Lucille Cadieux, 1775 St-Hubert; Mlle Marguerite Décarie, 4264 Des Erables; Mlle A.Allard, 4411 Berri; Mme R.Venne, 1287 Bélanger; Mlle Eva Plante, 2130 Frontenac; Mlle M.Lord, 4132 Chabot; Mlle Alice Lachapelle, 1336 Marie-Anna; Mlle Florida Plouffe, 327 DeFleurimont; Mlle T.Leboeuf, 5131a St-Denis; M.Armand Charbonneau, 7517 Chateaubriand; Mlle F.Latour, 2944 Masson; Mlle Rachel Larivée, 6303 St-Denis; Mlle Germaine Chabot, 1488 Darling; Mlle Lucienne Gates, 7513 Berri; Mme H.Lapierre, 4422 Rivard; Mlle Jerry Brisebois, 129 Blvd Monk.Nos concurrents en dehors de Montréal: Mlle Annette Bourdeau, 102 1ère Ave, Ville St-Pierre, Qué.; Mlle Gaby Préfontaine, 179 St-Thomas, Longueuil, Qué.; Mlle Cécile Léger, Como, Qué.; M.P.Lefebvre, St-Sauveur des Monts, Que.; Mlle Gabrielle Lefebvre, 63 15ème Ave, Lachine, Qué.; Mlle Colombe Tourangeau,4 Alexandria, Ont.; M.René Desormeaux, Mont-Rolland, Qué.; Mlle Hélène Auclair, 940 Viel, Bordeaux, Que.; Mme Ls Dufresne, St-Lambert, Qué.; M.Alcidas J.Grimard, 44a Champflour, Trois-Rivières, Qué.; M.L.P.Mon-tambault, 129 St-Paul, Québec, Qué.; Mlle Blanche Thérien, B.P.97, Terrebonne, Qué.; Mlle Louise Fortin, 44 Blvd Des Prairies, Pont Viau, Que.; Mlle Simonne Salmon, 2358 Blvd Gouin, Cartier-ville, Que.; M.L.P.Monette, casier 428, Valleyfield, Qué.; Mlle Lucienne Hamel, 89 de la Rivière, Québec, Qué.; Mlle Jeannette Richard, 335 Laviolette, Trois-Rivières, Qué.; Mlle Gabrielle Dos-tée, 329 Laviolette, Trois-Rivières, Qué.; Mlle Marcelle Jeantil, St.Margaret’s Convent, Alexandria; Ont.; Mlle Rina Lasnier, casier 285, St-Jean, Qué.; Mme J.A.Bouchard, Caughnawaga, Qué.; Mlle Odile Archambault, casier 864 St-Jean, Qué.; M, Lucien Chagnon, 43 rue St-Hyacinthe, St-Hyacinthe, Qué.; Mlle Simonne Renaud, 135 Bourgogne, Chambly Bassin, Qué.; Mlle Claire Léveillé, St-Jérôme, Chute Wilson, Qué.; Mlle Thérèse Ferland, 56 Duplessis-Bochard, Trois-Rivières, Qué.; M.Luc Logan, 65 Ste-Julie, Trois-Rivières, Qué.; Mlle Laura Robert, 272 St-Alexandre, Longueuil, Qué.; Mlle Jeanne Denis, Otterburn Park, Qué.; Le tirage au sort a donné le résultat suivant et ces personnes ont droit à une jolie photographie, 8 x 10 pouces, sur papier émaillé, qu’elles recevront incessamment par la poste, sans aucun frais de leur part.LES HEUREUX GAGNANTS lo— Mlle Marguerite Vincent, 4837 De Lanaudière: Une photo Mary Brian.2o.Mlle Rosette Hébert, 7135 Chateaubriand: Une photo Evelyn Brent.3o—Mlle Marcelle Barrette, 2344 Dorion: Une photo Colleen Moore.4o.—Mlle Pierrette Leblanc, 1492 Nicolet: Une photo Mary Astor.5o.—Mlle C.Côté, 512 Parc Lafontaine: Une photo Mary Philbin.¦6o.—M.Robert Paul, 2206 Adam: Une photo Anna Q.Neilson.7o.—Mlle Aline Lagueux, 4478 Berri: Une photo Corinne Griffith-8o.—Mlle Béatrice Goyer, 5782 Chabot: Une photo Laura La-plante.9o.—Mlle Blanche Thérien, B.P.97, Terrebonne, Qué : Une photo Marie Prévost.lOo.—Mlle Pauline Dupuis, 125 1ère Ave., Verdun: Une photo Irene Rich.Ho.—Mlle Rachel Larivée, 6303 St-Denis: Une photo Raymond G-riffith.12o.—Mlle Jeannette Galarneau, 6514 St-Hubert: Une photo Monte Blue.13o.—Mlle Léona Vézina, 792 Mont-Royal E.: Une photo Harold Lloyd.14o—Mlle Laura Robert, 272 rue St-Alexandre, Longueuil: Une photo Lew Cody et Norma Shearer.15o.—Mme G.Boutin, 8323 Chateaubriand: Une photo Constance Talmadge.Nos sincères félicitations aux heureux gagnants.Nous invitons tous nos lecteurs, sans exception, de participer à notre quatrième concours, qui commencera avec le prochain numéro de “La Revue de Manon” Prenez part au tirage de ces belles photographies d’artistes du Cinéma.Elles en valent la peine.Encore une fois merci à tous.’ ii Toute personne qui voudra se procurer d’anciens numéros de La Revue de Manon” pourra le (aire en s’adressant aux bureaux de la Revue, 1219 St-Christophe, ou en envoyant un de poste.10 sous le numéro.andat LA VIE AMOUREUSE DE VALENTINO (Suite de la page 5) Il eût fallu, pour résister à rentraînement de cette atmosphère de gaieté collective, une nature moins ouverte que celle de Rodolfo.Aussi bien, puisqu’il était décidé à ne pas sombrer dans l’océan sans fin du désespoir, autant aborder au plus tôt au hâvre de joie que lui promettait généreusement la nuit du Rédempteur., , De fait, elle commença assez gaiement par un dîner nombreux chez son correspondant, le digne Signor Galliano.Simple prélude.Car Rodolfo avait promis d’aller rejoindre ceux de ses condisciples qui, plus heureux que lui, avaient été déclarés “bons pour le service” et qui fêtaient ce soir-là leur entrée dans la carrière navale avec toute l’expansion turbulente et.humide de tous les conscrits du monde.Les trattorias, les caffés, voire les bars à l’usage des touristes étrangers les avaient vus défiler à leurs tables ou à leurs comptoirs, prompts à rire, à folâtrer, à faire sonner haut le récit de leurs prouesses futures, et à regarder les femmes.Ma parole ! ce fut peut-être bien ce soir-là que la plupart d’entre eux firent connaissance — mais une connaissance approfondie — avec certains Manhattan et autres gin-cocktails qu’il était, en ces temps heureux, convenu d’appeler américains.Vers minuit, que pouvait bien trouver, dans une ville comme Venise, une telle bande de jeunes fous en guise de distraction?.Eh! parbleu! se précipiter dans la première embarcation imprudemment abandonnée le long d’un quai et — n’est-on pas élèves à l’Ecole navale de la marine royale, per Bacco! — de se griser de vitesse sur la Canale Grande, d’aller semer la perturbation dans le lent glissement des gondoles qui emportent vers le Lido des couples chuchottants ?L’occasion s’offrit, trop propice pour que les jeunes fous ne la saisissent point.Un canot à vapeur montra son étrave, sa minuscule cabine, son pont net.Il fut envahi d’un bond, les manettes manoeuvrées.Un jet de vapeur.un gazouillis d’eau qui court le long de la coque.Le halètement du moteur.dans sa course déréglée le motoscaff emporta son équipage en folie.Il n’alla pas loin.La Ca d’Oro à peine dépassée, sans que nul ait songé à honorer d’un regard admiratif la caresse de la lune sur la dentelle de marbre ornant la façade du merveilleux palais des Contarini, au coin du Rio des Saints Apôtres, le canot, lancé en bolide, ne put, en dépit d’un prompt redressement, éviter une gondole.Ce fut l’accident inévitable : la barque frêle chavirée dans un concert de jurons, d’imprécations, de cris aigus.(La suite au prochain numéro) MADAME LAURE Le plus fort Médium d’Europe AUTO-SUGGESTION Vous dira votre nom et votre âge.Réunit les séparés! facilite les affaires! ramène les amitiés perdues.Cosultations: 9 am à 9 pm 373 avenue Duluth entre Berri et St-Hubert Les tramways St-Denis-Windsor vous y conduisent.Pomérauiens à vendre iVii; WM Bibliothèque et Archives nationales Québec Revue de Manon Pages 31 à 32 manquantes
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