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Titre :
La revue de Manon
Revue bimensuelle de littérature québécoise qui aborde aussi la musique, le cinéma, le théâtre, la mode et l'histoire. [...]

Revue bimensuelle de littérature québécoise qui s'inscrit dans le sillage des revues féminines de l'époque, qui proposent une vision conservatrice du rôle de la femme en société.

Fondée par la femme de lettres Emma Gendron, cette revue invite écrivains professionnels ou amateurs à lui faire parvenir leurs oeuvres sous forme de récits ou de nouvelles pour être publiés dans le but de favoriser l'épanouissement des lettres québécoises. Les autres sujets abordés sont la musique, le cinéma, le théâtre, la mode, l'histoire de Montréal. On y trouve aussi des extraits d'oeuvres d'écrivains français.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 6, p. 91-92.

LACASSE, Germain, « Écrire entre les lignes : Emma Gendron et le nouveau cinéma québécois des années 1920 », Nouvelles vues, no 12, printemps-été 2011, p. 12-30.

Éditeur :
  • Montréal :E. Gendron,1925-1931
Contenu spécifique :
mardi 15 février 1927
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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Références

La revue de Manon, 1927-02, Collections de BAnQ.

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jVient de Icommencei CACHE Voir page 29 Wm mm mem .•Sr-Av.Vv yyy.' mm mmm v.;.v .V.‘ »v« sismtx ÿ+y.ï mm mm mm v.y, Mm mm mmm •*.v, ssgsss •.V.v ïâfcÇSS '•V.v >V.\V mm mm® mm :v:v*: vX-.\ v.v wm ;¥:ŸS:: mm>mm^ mmmm Xv.-y-vX-x-x-x: :-S¥?S¥ V •* ¦X-V.V a«£3* **y v •••V.¦v.v: v.-v; jXxx-: iV’.v an-.mai mmm **.v wp xvv « y.y.;>w m.m- mm •-;.v r V.V.x^v.vx; \X-.V .-.v.v;-:-:-; ;.v.y :xv:- x-x-v-: v.v.Troisième année — No 1 Revue Littéraire la plus Distinguée des Foyers Canadiens Montréal, 15 Février 1927 r- mmmm êmmmm Sx-' :x- ® ••••» -m P» ; | V M I ¦¦:¦¦¦ v .v; mmmmm '¦ y m » >Mm .SV> « «Vi .v Il»» ¦ \ mÆ Iv V.v.V ip >-X mmmmm ¦ymmm-y.v.v.ran lx -.1» vx-x lb.:-Pl m mm ».v,V,y.W, Ü t'-f-'-r'iv.vM LES DUPES par Frédéric Boutet L’INFIDELE par Delly LA VIE AMOUREUSE de Rodolphe Valentino par Edouard Ramon Notre Grand Concours LE NOM TULLIO CARMINATI et CONSTANCE TALMADGE Dans ce Numéro NOUVEAU FEUILLETON par Mathilde Alanic .Et l’Amour Dispose lOc • >> LA REVUE DE SM A N ON 1 mmm m mmmm wmm % à': « *gmm mm !Vr.V\.,3 Mlle Antoinette Giroux, no£re talentueuse artiste canadienne, boursière du Gouvernement dans Vart dramatique.dit: “Rien ne surpasse le savon Cadum now redonner et conserver au teint son velouté et sa fraîcheur Af«ic« exclusive pour le Canada: ETABLISSEMENTS M.À.WOLLACKER, Ltée, 533 Rne Bonseconrs, MontréaL Revue de Manon Canada : Etats-Unis : ABONNEMENT 1 an, $2.00; six mois, $1.25 1 an.2.25; six mois, 1.50 Revue littéraire la plus distinguée des Foyers Canadiens Paraissant Bi-Mensuellement * Mlle Emma Gendron, directrice-propriétaire CHANGEMENT D’ADRESSE Tout avis de changement d’adresse doit nous parvenir avant le premier du mois, accompagné de l’ancienne adresse.ADRESSE : 1219, rue Saint-Christophe, Montréal.Tel.Est 8172-M.Troisième année No 1 Montréal, 15 Février 1927 Le numéro: 10 sous Au fil NOTRE TROISIEME ANNIVERSAIRE Avec le présent numéro, “La Revue de Manon” entre dans sa troisième année d’existence.Nous profitons de cette heureuse circonstance pour remercier nos nombreux lecteurs de leur fidélité à notre revue et leur assurer que nous avons élaboré un programme très choisi d’améliorations diverses pour l’année 1927.Chaque numéro contiendra une nouveauté, et dès le prochain nous publierons deux feuilletons: “.Et l’Amour dispose”, grand roman d’amour (en cours de publication dans le présent numéro” par le délicat auteur Mathilde Alanic, et “L’Homme qui Revient de Loin”, grand roman mystérieux et passionnant par Gaston Leroux, auteur des grands romans sensationnels “Le Fantôme de l’Opéra”, “Le Mystère de la Chambre Jaune”, “Le Fauteuil Hanté”.Nous voulons faire de “La Revue de Manon” la plus aimée, la plus populaire de toutes les revues canadiennes-françaises, et, pour atteindre ce but, nous demandons à tous nos lecteurs de recommander notre revue à leurs amis.Emma GENDRON (Manon).o POURQUOI, LA PROVIDENCE Tout est drame dans la vie: drame est le baiser qui finit, drame est la minute qui agonise, l’instant qui entre dans l’éternité, la goutte d’eau qui court à la mer, la feuille qui tombe, la rose qui se fane, le papillon qui meurt ! Chaque chose représente une vie, des illusions, et c’est un drame que l’achèvement de tout cela ! On se plaint parfois de la brièveté du bonheur, de la longueur de nos épreuves et l’on dit: “Pourquoi la Providence assiste-t-elle impassible à nos misères, à notre fin ?Pourquoi choses et êtres sont-ils inexorablement toujours poussés vers l’insondable abîme ?pourquoi l’homme est-il poussé sans cesse vers le sombre inconnu sans pouvoir soustraire à la loi du sort, à la loi implacable de la mort, un geste, un regard ?Pourquoi, dès qu’il dit un mot ou fait un pas, un étrange génie le dépossède-t-il toujours, lui signifiant que la mort met le sceau sur chacun de ses ma plume mouvements, de ses soupirs, de ses jours, spectres qui se détachent de lui-même et vont l’attendre dans l’éternité ?Pourquoi ?Cette question du terrien me fait penser à cette scène vécue lorsque j’étais enfant.Elle m’est toujours restée dans la mémoire.Autrefois je la regardais sans comprendre, émue seulement par.des choses vagues qu’elle remuait en moi; mon esprit enregistrait des impressions desquelles, aujourd’hui, je tire cette conclusion comparative: Quelques personnes âgées, un soir d’été, étaient réunies autour d’une table sur laquelle brûlait une lampe à pétrole.Un abat-jour en papier rose était posé sur la cheminée projetant la clarté en cercle sur la table.Ces gens lisaient.Soudain, un léger bruit leur fit tourner la tête: quelque chose s’agitait dans les rideaux de dentelles de la fenêtre.un beau papillon aux ailes chamarrées venait d’entrer.La flamme de la lampe attirait l’intrus, c’était visible ! mais ébloui, palpitant, il demeurait collé aux rideaux de déntelles.On eut dit qu’il avait peur de la beauté de cette lumière, que quelque chose d’obscur en lui l’avertissait d’un danger.Une minute durant, il demeura là, inerte, parlementant avec son destin.Puis le charme triompha, et il s’approcha sans bruit à petits coups d’ailes.Et brusquement, refoulant du coup toutes ses craintes, il descendit sur la table, s’introduisit entre l’abat-jour et la cheminée, heurtant ses yeux fascinés sur le verre chaud.Tous les liseurs devinaient le drame qui se déroulait dans l’âme du papillon, et ils suivaient passionnément son manège, angoissés, et l’haleine en suspend.La jolie bestiole redescendit de nouveau sur la table, se promena un instant dans le cercle de lumière et remonta en demi vol, plana, s’éloigna, revint et soudain ! d’un grand élan, elle prit son essor et monta droit .au plafond ! (suite à la page 11) Toute personne qui voudra se procurer d’ancLus numéros de “La Revue de Manon” pourra le faire en s’adressant au^ bureaux de la Revue, 1219 St-Christophe, ou en envoyant un mandat de poste.10 sous le numéro. iMontréal, 15 Février 1927 REVUE DE CM A N 0 N F Age quati e Amoureuse Par Edouard Ramon î : l MW ¦ ¦< .i Mit Wf&r Sfl ».¦a *W9 No 6 (suite) VIII EMIGRANT Amer voyage que celui d’un émigrant.En dépit de sa couchette de seconde classe et des quatre mille dollars qui lui garnissaient la poche, Rudolfo, à -bord du paquebot de la Hamburg Amerika, n’était rien qu’un émigrant.Il fallait bien, en vérité, toute sa flamme intérieure pour ne pas rendre neurasthénique le jeune homme qui, sur un océan houleux et voilé de brume jaunâtre, embarquait avec soi son ambition illimitée.La vie, sur le “Cleveland”, était aussi drôle qu’on pouvait l’espérer sur un vapeur germanique: discipline rigoureuse de l’équipage, service certes irréprochable, repas ou collations incessantes aux plats innom- Rodolphe Valentino et sa seconde femme Natacha Rambova (et son chien favori “Kabar”) devant leur maison à Hollywood.brables, où trônaient tous les delikatessen de la charcuterie allemande — et seul le vieux Dieu sait combien l’appétit d’outre-Rhin peut en inventer.Mais hormis la possibilité de prouesses gastronomiques, le “Cleveland” eût grandement manqué de divertissements — du moins dans les secondes classes — sans la juvénile ardeur de Rodolfo.Bousculant la tenace, l’obsédante application des joueurs de bridge, condamnés par leur manie à d’interminables parties hachées seulement par les heures des repas ou du sommeil, Rodolfo recrutait un violoniste ici, un mandoliniste là, des danseuses ailleurs.Incomparable impresario, c’est à lui que l’inévitable, la traditionnelle fête de charité de la traversée dut de briller d’un exceptionnel éclat.Dans le salon qui tenait lieu de salle de spectacle, insouciant du roulis, du tangage, du vent glacé qui fouettait les hublots, de la brume qui semblait peser aux vitres de tout le poids de son ennui, accompagné de quelque guitare, il chanta.Alors, c’en fût fait de l’hiver, des rigueurs de la traversée, du regret de tout ce qu’on laissait derrière soi, des affres de l’avenir.On eût dit que ses auditeurs, du plus douloureux au plus calme, avaient pris place à bord sans nul bagage de souvenir ou de crainte.Rodolfo chanta les sérénades qui bercent la flânerie des lazzaroni sur les quais ensoleillés de Naples ou les môles de Bari.Et, sur ce bateau sombre fuyant sous le panache de sa fumée noire, passa comme un parfum d’orangeraie dans l’allégresse du ciel bleu.Peu à peu, le cercle des auditeurs de Rodolfo sétait élargi, renforcé.Des silhouettes inconnues jusqu’ici s’étaient glissées derrière les visages déjà familiers des passagers de seconde.Des gentlemen en smoking montraient l’éclat de leur plastron, des épaules poudrées jetaient une lueur fraîche dans le salon banal.Au bruit de la fête spontanée épayée d’éclats de rire sans contrainte, au son des guitares qui avaient scandé le fandango d’une émigrante sévillane, au chant surtout des mélopées de Rodolfo, les passagers de première classe ou des appartements de luxe avaient déserté les pseudo-réjouissances trop protocolaires du grand hall.Ils étaient venus chercher là le spectacle d’épanchements sincères et d’une gaieté point guindée: ravis, ils écoutaient Rodolfo.Quand il se tut enfin, malgré les rappels, malgré les “bis”, l’atmosphère était transformée.Une sensualité nostalgique flottait dans l’air, du rêve embuait les regards.Les musiciens entamèrent une valse.Le salon ne fut plus qu’un tournoiement.La valse apaisée, le piano résonna de nouveau, mais cette fois sous la cadence alerte d’un “one-step”.Quelques couples s’élancèrent.Every body is doing it.*.Rodolfo demeurait hésitant.Jamais encore il n’avait dansé le one-step.Mais, par l’invitation dun sourire, aimable, une passagère s’offrait à conduire ses pas.Rodolfo accepta, et reconnut la cavalière qu’il avait entraînée dans la griserie de la valse et qui, tout à l’heure, les yeux mi- Montréal, 15 Février 1927 LA REVUE DE MANON & h Page cinq v.-V'V V.tt.vV ;*.V-\\V.V r&wy *•• w «S® % Rodolphe Valentino avec Rose Rosanova dans “Blood and Sand” clos, livrait son extase aux mots inconnus que chantait la voix sonore de Rodolfo.Il dansa beaucoup ce soir-là avec la belle inconnue qui, cependant, dut, après un ultime sourire, aller rejoindre quelque vague smoking apparu à la porte du salon.Rodolfo eût été bien empêché d’user d’une autre éloquence que celle de ses regards ou de sa grâce souple: son vocabulaire anglais était utnt dire nul à cette époque.Il se consola de ne plus revoir la belle créature qui s’était instituée, à l’impromptu, le plus gracieux des professeurs de one-steps.Il se consola, ou plutôt d’autres -pensées l’absorbèrent: une famille d’émi-grants de quatrième classe — maigre troupeau recroquevillé dans ses haillons parmi les colis encombrant un obscur entrepont — s’affolait devant la maladie soudaine qui assaillait l’un de ses siens.Rodolfo avait reconnu des compatriotes.Dès lors, il se prodigua, organisant une quête, coopérant aux soins — écornant en faveur de ces malheureux une part de son viatique de quatre mille dollars, comme s’il avait détenu là quelque trésor sans fin.28 décembre 1913.Il fait un terrible froid gris.Sous un ciel sinistre, le Cleveland est .entré dans les eaux américaines.Chacun, à bord, oublie presque instantanément la sorte de solidarité qui, quelques jours, a uni tous les passagers.Sympathies, amitiés naissantes, tout cela se refroidit subitement: chacun redevient soi-même à l’heure de rassembler ses bagages.Rodolfo se sent plus seul que jamais.Au son de sa sirène, le Cleveland fendant le flot d’une allure alentie, défile sous le regard fixe du bronze immense de Bartholdi.La Liberté éclairant le monde.La liberté, va-t-il la trouver sur cette terre nouvelle ?La liberté ?Le bonheur ?Ou bien.l’asservissement à de dures besognes, la souffrance dans la solitude ?.Une angoisse l’étreint, que chasse vite sa volonté.Il va subir sans impatience les formalités de l’arrivée, le contrôle des services d’émigration, l’examen des papiers.Là, .dans les bâtiments du port, où la file disciplinée des émigrants attend que lui soient enfin ouvertes les portes de la jeune Amérique, il médite.Quel titre se donner, quelle profession déclarer sur les fiches que lui tendrait tout à l’heure, d’un geste automatique et sévère, l’employé de l’Immigration ?.Rodolfo a procédé à un bref inventaire de son passé, de ses études, de ses capacités.Rodolfo a procédé à un bref inventaire de son passé, de ses études, de ses capacités.Sur la feuille, son écriture a tracé ce mot: Agriculturist.Agriculteur.L’émigrant Rodolfo Guglielmi s’est souvenu des décisions du conseil de famille tenu à Castellaneta, du voeu de sa mère, des connaissances insensiblement acquises au contact des paysans de chez lui, de son séjour à Gênes, de son diplôme d’agronome.Agriculturist !.C’est fini; les formalités sont achevées.Les Etats-Unis comptent un agriculturist de plus.Longtemps, il ne va cultiver que l’aventure.ERRANCE Rodolfo, en cette matinée glaciale de décembre, subit, sans que rien vînt l’amortir, le choc du contact que réserve à un Latin romanesque de dix-neuf ans la trépidation vertigineuse de New-York.La hâte d’une foule qui va, comme poussée par quelque dieu despotique, le mur abrupt des “buildings” lorgnant les passants-pygmées de toutes les fenêtres de leurs vingt ou trente étages, le kaléidoscope des enseignes démesurées, luttant de laideur, l’implacable activité de ces rues impersonnelles, d’où la motion de ce passé est bannie, de ces rues, de ces monuments sans histoire — l’histoire, ce n’est pas business.Rodolfo ne put retenir un frisson d’étourdissement.Il n’arrivait, heureusement, pas totalement isolé dans cette Babel frénétique.Sa mère, un parent de son père lui avaient remis des lettres d’introduction auprès de deux vieux amis de la famille de Guglielmi, depuis des années émigrés aux Etats-Unis, et pourvus l’un et l’autre de situation enviables.Leur aide devait — dona Valentina en était persuadée — grandement faciliter les débuts de son fils au pays de la Bannière étoilée.Plus pénétré encore de la promptitude et de l’efficacité de leur appui, Rodolfo, par ailleurs, entendait affronter le rude “struggle for life”, la lutte pour la vie en recourant aux méthodes que sa connaissance, peut-être sommaire, du monde attribuait d’autorité aux hommes d’affaires américains.Le bluff, pensait-il, était de règle dans la partie de poker qu’il engageait contre le destin.Soit.Il serait beau joueur.« •• ¦ Page six LA REVUE DE A NON ^Montréal, 15 Février 1927 LES ELLES Nouvelle Inédite par Frédéric BOUTET S/ & Y Dès que son mari fut parti pour, du fond de Plaisance, gagner par le métro le quartier des Termes où deux matins par semaine il donnait des leçons de peinture dans un cours de jeunes filles Marie-Denise Mourtier se mit courageusement à l’ouvrage.Elle n’avait même plus de femme de ménage : les affaires allaient mal; la peinture d’Antoine ne se vendait pas; il n’était pas assez moderne pour certains, il l’é-ait trop pour d’autres.Marie-Denise ne doutait pas de lui : il avait tant de talent : il percerait.Elle affectionnait cette expression qui, dans son esprit de petite bourgeoise, encore un peu épouvantée, après trois années de mariage, d’avoir épousé un artiste sans fortune signifiait qu’Antoine Mourtier parviendrait indubitablement à la célébrité et à la fortune.Eh attendant, de la faible dot qu’elle avait apportée, il ne restait plus rien et les cours des Ternes, qui exaspéraient comme une fastidieuse corvée le peintre, étaient à peu près leur unique ressource.“Heureusement que le prix de la vie semble un peu baisser, mais je n'ai plus de bas et il faudrait faire ressemeler les souliers d’Antoine”, se disait Marie-Denise, en balayant l’atelier qui constituait le rez-de-chaussée du pavillon.Enclose des pieds à la tête dans un sarrau de toile qui, sans qu’elle y pensât; soulignait agréablement les formes pleines et sveltes de son corps souple, coiffée d’une serviette nouée en turban qui protégeait ses courts cheveux châtains et accentuait la régularité charmante de son virage où, dans la blancheur du teint sans fard, ressortaient la fine ligne soyeuse des sourcils au-dessus des yeux bleus et la voluptueuse ligne - flexueuse de la bouche rouge, elle travaillait diligemment, soucieuse de propreté parfaite pour leur modeste intérieur qui lui avait paru, quand elle y était entrée après ses noces, un si beau domaine.mais dont à présent elle appréhendait un peu, chaque jour de nettoyage, l’étendue.Elle eut fini vers dix heures, fit sa toilette, alla aux provisions avec son grand sac discret de toile cirée.Puis, de retour, elle prépara le repas de midi.Antoine ne rentrait pas; une inquiétude saisit Marie-Denise : jamais il n’était en retard.Un accident?Involontairement elle se demanda ce qu’elle deviendrait s’il disparaissait soudainement, cet homme qui partageait et occupait sa vie, qu’elle aimait, qu’elle admirait.un peu moins peut-être qu’au début de leur union car elle n’était pas, au fond d’elle-même, insensible à l’insuccès.Mais elle n’eût pas le temps de se répondre car le bruit de la clef dans la serrure de la porte d’entrée la rassura.* * ?Antoine Mourtier parut, surexité, rejeta le chapeau mou aux larges ailes qui coiffait sa maigre tête qu’une barbe désuète allongeait et s’écria : — Ça y est î Ma chérie, ça y est enfin ! Ah ! tout de même je m’impose !.Mon art triomphe ! .Ah ! je suis bien content !.Tu auras enfin la récompense de ton dévouement.Oui, oui, je sais ce que je dis : de ton dévouement, ma pauvre enfant ! Au cours, j'ai trouvé une lettre d’un de mes anciens camarades de collège: Brétillon.oui, oui, Xavier Brétillon, le fils du Brétillon des automobiles.Tu n’es pas au courant, pauvre chérie, ça ne fait rien.Il vient d’hériter des usines, il est archi-million-na.re, il me dit qu il sait que je fais de l’art et qu’il veut une toile de moi.Alors, tu penses.quelle veine.Il paiera le gros prix.Enfin, je veux dire ce qui est pour moi un gros prix.trois, quatre mille peut-être.Son père avait une galerie et il veut la continuer, la moderniser.Et ça me lancera.Ah ! je suis bien content !.Il doit venir après-demain, l’après-midi, à trois heures.Alors lien! soignons le décor.Du reste, si le quartier n’est pas chic, un pavillon fait toujours bien.Que je suis content !.Tu es contente ?.— Ah ! oui ! Ils s’étreignirent et le déjeuner différé fut composé de harengs un peu carbonisés.Mais la satisfaction du ménage était si grande que ce détail passa inaperçu.De nombreux projets furent échafaudé 3 pour employer l’argent que produirait l’aubaine.Une toile vendue.deux toiles peut-être à l’opulent Xavier Brétillon.— Comment est-il ?interrogeait Marie-Denise, surexitée.Il t’achètera, tu en es sûr ?Il est assez intelligent pour ça ?— Oui, affirma Anto.ne, avec sérénité.Il est très intelligent.Il comprendra ma peinture.Et c’est un garçon de mon âge, bien entendu, puisque nous sommes amis de collège — dans les trente-quatre, trente-cinq — très chic, grand, solide, rasé, snob évidemment.mais très gentil.— Dis donc Antoine, reprit Marie-Denise qui, absorbée, n’écoutait plus la réponse, combien d’argent cela fera-t-il?.Oui, s^il te prend une toile.ou s’il en prend deux ?— Eh bien, écoute, une toile.voyons, je te l’ai dit tout à l’heure.Je peux lui demander dans les trois mille.pour ne pas être trop gourmand.Mettons quatre mille en allant fort.Deux toiles.six milles.à la rigueur sept mille.— Non! nous aurions d’un seul coup sept mille francs !.— Oui, dès après-demain.Brétillon fixera son choix et me signera sûrement le chèque aussitôt.» A — Non ! sept mille francs qui nous tomberaient comme cela!.C’est trop beau !.Ça n’arrivera pas.— Ne me décourage pas ! Tu trouves que je ne mérite pa d’avoir enfin un peu de chance ?.— Si, si, mon chéri, dit Marie-Denise.Et pour la première fois, pensant à elle-même, à ses privations de coquetteries, à son labeur assidu de ménagère, elle songea qu’elle-même aussi méritait une heureuse chance.Elle s’occupa, dès après le déjeuner, de préparer le décor de leur humble intérieur, pour qu’il soit digne de recevoir l’homme riche.Elle n’avait pas trop de la fin de la journée et de toute la journée du lendemain pour tout mettre en ordre.Antoine ouvrirait la porte lui-même, c’était très admissible.Il faudrait des fleurs dans les vases de cuivre.une bouteille de porto pour en offrir au visiteur.— Ma petite enfant, ne te tourmentes pas ainsi, il vient pour ma peinture, disait Antoine avec un sourire paternel et satisfait.L’admiration de ses contemporains ne l’avait pas jusque-là comblé.enfin, on lui rendait justice.* * * Le soir même, un télégramme arriva, qui parût contrarier leurs rêves.Il provenait de la mère d’Antoine.La vieille femme, une dsmi-paysane qui yivait dans la campagne avoisinant Aix-en-Provence, faisait, par une voisine, prévenir son fils qu’elle se trouvait très malade; elle réclamait sa présence immédiate auprès d’elle.' Je vais partir, dit Antoine, boule- versé.Seul.oui, ma chérie.Nous n’avons pas de quoi payer ton voyage.Et même comment payer le mien avec la dernière augmentation des tarifs.Le ménage établit ses ressources.Marie-Denise pour compléter le prix du billet de chemin de fer, donna, en disant qu’elle les empruntait, 80 francs pris sur une personnelle réserve d’argent, économisée sou à sou et qu’Antoine ignorait.Antoine écrivit un pneumatique adressé à M.Brétillon, et, à la gare de Lyon, avant de monter dans son compartiment de troisième classe, le confia à sa femme en lui recommandant de le mettre à la poste sans retard.Marie-Denise, ayant quitté son mari après de tendres adieux, revint vers la vie de Paris.Le pneumatique était dans son sac.Elle ne le mit pas à la poste.Elle avait entre temps réfléchi.* * * Le lendemain, elle se tenait, un peu fardée avec délicatesse, aussi jolie que possible et très intimidée de son audace, dans l’atelier du pavillon de Plaisance quand il y eut un coup de sonnette.M t £Montréal, 75 Février 1927 LA REVUE DE MANON Page sept Le coeur battant, elle alla ouvrir.Elle vit contre le trottoir, (levant la porte, une puissante automobile et, debout, sur le seuil, un homme jeune, solide, glabre, élégant : M.Brétillon, selon la description faite par Antoine.— M.Mourtier ?demanda le visiteur avec un regard d’admiration contenue vers la charmante femme, fine et séduisante, qui lui ouvrait.— Mon mari a dû soudainement partir pour le Midi afin de voir sa mère gravement malade, dit-Marie-Denise.Il est désolée, Monsieur, mais n’a pas eu le temps de vous prévenir.Il était très ému, vous le comprendrez et l’excuserez.— Oui, certes, Madame, mais, peut-être, — M.Brétillon, ne semblait pas disposé à s’en aller — peut-être pourriez-vous me permettre de voir les toiles parmi lesquelles je dois faire mon choix.Je m’excuse, Madame, de vous demander cela.Mais je suis si pris par mes affaires.J’avais réservé cet après-midi à ma visite à votre mari.Je serais heureux de voir ses oeuvres si intéressantes.— Mon Dieu, Monsieur, il m’est facile de vcus les montrer.— Je vous en serai très obligé, Madame.Nous pourrions peut-être traiter l’affaire sans lui si son absence doit, comme il semble d’après ce que vous me dites, se prolonger.J’ai hâte de posséder dans ma collection les toiles d’un artiste que j'admire.— Eh* bien ! veuillez me suivre, Monsieur.M.Xavier Brétillon, sur les pas de la jeune femme, alla vers l’atelier.Là, il regarda moins les toiles suspendues aux murs que la charmante personne qui les lui montrait.Marie-Denise se rendait pleinement compte de cette admiration, mais n’en laissait rien paraître.Paisible, lointaine, en même temps que poliment cordiale, elle indiquait avec certitude et discrétion les mérites des toiles de son mari.Le visiteur, poli lui aussi, dissimulait de son mieux l’admiration qu’il avait pour le chef-d’oeuvre humain qu’elle était, admiration bien plus grande que celle qui lui était inspirée par les productions picturales de son ancien camarade.Il semblait rêveur et cette rêverie avait pour unique objet la recherche d’un prétexte lui permettant de revoir très vite l’exquise créature, qui, inexplicablement, avait uni sa vie à celle de ce raté d’Antoine Mourtier.% Ainsi songeait Xavier Brétillon et il dit avec feu, désignant deux tableaux qui révoltaient sa raison.— J’aime beaucoup ces deux toiles.Oui, celle-ci : “La Jeune Fille Automotrice”, et celle-ci : “Au Fil du Rêve en Losanges”.Il faut que je prenne les mesures.La place dans ma galerie est restreinte.Puis-je, Madame, revenir demain à cette même heure?.Nous pourrons causer utilement.Le prix je m’excuse de vous parler argent, est de.?*— Mon mari me laisse diriger ses affaires, dit Marie-Denise.Il est tout disposé, je le sais, à céder au meilleur compte à un ancien camarade comme vous.Monsieur, quelques-unes de ses oeuvres.Elle n’avait pas préparé cette phrase qui, pourtant, fut plus habile que toute autre, en cela qu’elle offensa la vanité de M.Brétillon.Il était fier d’être très riche : l’idée de paraître pingre envers un artiste et surtout en présence d’une aussi jolie femme, le mortifia cruellement.— Madame, je ne souhaite aucune faveur.Oui, en effet, votre mari est pour moi un vieil ami.C’est une raison pour que je n’aie pas l’intention d’en profiter en abusant de cette camaraderie.Ici, je suis seulement collectionneur.Je sais la valeur des oeuvres d’un véritable créateur qui ne sacrifie pas son art.Et il songeait : “C’est hideux et incompréhensible ce qu’il peint, ce pauvre type.Pourquoi ses nus sont-ils inhumains ?.A-t-on jamais vu des femmes faites comme ça?.Enfin, tant pis.J’admire et j’achète.Ça vaut ça.La petite femme vivante est bigrement jolie.¦Ce qu’elle doit s’ennuyer avec cet idiot prétentieux.” — Vous me permettez, Madame, de revenir demain, dit-il tout haut, avec un regard luisant.— Mais oui, Monsieur, répondit la jeune femme, les paupières baissées.Et elle se disait, avec un mépris naissant, qu’Antoine, son mari, ne soupçonnerait en rien pour quels motifs inavoués ses deux tableaux, si elle faisait l’affaire, se seraient vendus à un prix aussi élevé.Le lendemain M.Xavier Brétillon reparut.Marie-Denise l’accueillit avec aisance, tandis que lui paraissait troublé.Sollicitée de dire le prix des toiles, elle répondit d’abord évasivement : elle avait réfléchi; elle craignait de mécontenter son mari, elle ne savait pas si, par hasard, il n’avait pas déjà pris des engagements à l’égard des deux tableaux que désirait M.Brétillon.Ce dernier ne parut pas mécontent de ces atermoiements, qui lui parurent des prétextes.Il crut que la jeune femme désirait le revoir; il désirait passionnément, lui, la revoir.Il le lui dit d’une façon voilée, mais tout de même suffisamment nette.Il ne sut pas si elle avait pénétré ses intentions.Avec un parfait naturel, elle consentit à ce qu’il revint encore, le jor suivant, sous couleur d’examiner d’autres créations picturales (lesquelles étaient au grenier) (l’Antoine.-K- * * .M.Brétillon revint donc le jour suivant; puis il revint chaque jour.“Quelle maîtresse charmante ferait cette petite, comme elle me changerait des poules de dancing.il y aurait tout à lui apprendre.Ce pauvre type de Mourtier n’a pas dû être épatant.Elle m’adorerait.” se disait M.Brétillon.“Combien lui demander pour ces deux toiles d’Antoine.se disait Marie-Denise, en retournant, après son départ, dans l’atelier.Dix mille.Ce serait gros.Bah ï il est millionnaire et il va sûrement espérer profiter de son argent pour me séduire.Je puis bien le faire un peu marcher.C’est sans conséquence.Antoine n’en saura rien.Et lui.(c’était M.Brétillon) n’aura rien de moi.” Elle rit, surexitée par l’intrigue qui se créait, qu’elle créait.Elle y pensa pendant le reste de l’après-midi; pendant son dîner frugal et solitaire.Elle escomptait l’emploi de la somme, très importante pour son modeste budget, que M.Brétillon allait peut-être verser.Elle haïssait un peu celui-ci à cause de l’influence qu’il avait sur elle, de par l’argent qu’il possédait; elle se disait, avec un petit rire intérieur, fanfaron et vaguement effaré : “Comme c’est aisé à duper un homme.Celui-là me désire, c’est évident.Pour obtenir ce que je ne lui donnerai jamais, ce que j’aimerais mieux mourir que de lui donner il achètera le?deux toiles d’Antoine qu’il n’aime nas.et il a raison ! au prix excessif que je lui fixerai.” * * * Elle réfléchit: peu experte en dissimulation, peu sûre d’elle-même; “Les achè- tera-t-il ?.C’est une grosse somme, même pour lui qui est comblé d’argent.Et si, avant de faire le marché, il me demande des arrhes pour l’autre marché.Oui.pour le marché qui reste entre lui et moi, secret, informulé?.Que ferais-je ?Comment éluder cela ?.Les grues ont des moyens commodes pour évincer les hommes en leur prenant de l’argent sans rien leur accorder.Oui, c’est certain, elles ont de l’expérience, elles savent comment s’y prendre.Les hommes avec elles s’attendent à cela.Mais moi, on ne s’y attend pas.Moi, je ne sais pas.Je fais de mon mieux, voilà tout.” Avec ingénuité elle étudia les attitudes, les phrases, les silences de M.Brétillon et conclut que cet homme riche, dans l’espoir fallacieux de la conquérir, souscrirait à tout ce qu’elle demanderait.Oui.Mais alors un autre problème redoutable se posait : Antoine, son mari, était jaloux.Il le lui avait prouvé en des scènes violentes et déraisonnables, au cours desquelles elle avait dû se disculper, fournir des preuves, établir des impossibilités manifestes.Que dirait Antoine lorsque, à son retour, elle lui annoncerait le prix inespéré donné par M.Brétillon de deux de sas toiles, si peu demandées sur le marché artistique?.Quels soupçons n’aurait-il pas?.Que lui dirait-il?.Elle secoua la tête.Elle ne voulait pas se tourmenter davantage.Ce qui arriverait arriverait.* Tant pis !.Elle faisait son devoir d’épouse en secondant de son mieux dans sa carrière, son mari.Et puis, vraiment, elle avait besoin de quelques accessoires de toilette.Tout de même une jolie femme a des droits.Ces considérations la tourmentèrent au cours de la nuit.Elle avait un peu honte de sa duplicité; elle songeait que cette situation où elle se trouvait était exceptionnelle.* * * Ayant bien réfléchi elle formula un chiffre : douze mille, quand M.Brétillon fut en sa présence.L’ayant dit, elle resta stupéfaite de son audace, mais l’industriel ne sourcilla pas.Il signa tout de suite un chèque, le prix des deux tableaux, le tendit à la jeune femme en la regardant dans les yeux, d’un air propitiatoire et langoureux.Elle frémit de joie quand elle tint cette preuve de l’amour qu’avait pour elle cet homme jeune, séduisant en somme, et qui détenait ce pouvoir moderne absolu : l’argent.__ — Je vous aime, chuchota M.Brétillon, en lui tenant les deux mains — dans l’une se trouvait le chèque plié, dont le seul contact ravissait Marie-Denise.Je vous aime, vous le savez n’est-ce pas, je vous aime.C’est pour vous que j’achète ces toiles.Ce pauvre Mourtier n’a aucun talent.Mais il m’est odieux qu’une créature aussi adorable que vous manque de.— Je ne manque de rien, Monsieur, protesta Marie-Denise, avec un air de reine outragée et si c’est pour cela.— J’ai dit une bêtise.une maladresse.Oui.excusez-moi.L’amour que j’ai pour vous me rend stupide.Dites quand pourrais-je vous revoir lorsque votre mari sera revenu ?.Vous me le ferez savoir, n’est-ce pas ?.Vous ne m’oublierez pas.Je vous aime tant.Pardonnez-moi, mais vous êtes si séduisante, si.je vous aime tant !.Ouand vous reverrai-je ?.— Rien tôt, je pense.Oui, bientôt.mon ami.(Suite à la page 15) Page huit LA REVUE DE {MANON {Montréal, 15 Février 1927 I ra •••é, 4 W.-* •% • La femme devant le miroir Secrets et recettes de beauté Parfumerie ALBERT BELLEFONTAINE Téléphone: Lancaster 1108-1109 1670 St-Denis MONTREAL Fabricants dn célèbre Parfum ROSE DES ALPES Un bouquet dans chaque goutte NOUVELLE CREATION “Je t’aime” Le parfum que vous aimerez Aussi charmant que son nom BEAUTE I)E LA CHEVELURE Le Coloris Il faut noter ceci : à l’encontre de toutes les teintures, le henné est un fortifiant et un régénérateur de la chevelure.Lorsqu’on ne le garde pas plus d’une demi-heure, il n’a que peu d’action sur la coloration définitive et c’est en même temps un remède souverain contre les pellicules, partant de là contre la chute des cheveux.Après l’application, on lave soigneusement la chevelure et on la brosse à diverses reprises lorsqu’elle est sèche, car la poudre de henné se dissimule facilement dans la masse chevelue.Un autre avantage de cette plante, c’est de favoriser l’ondulation naturelle et d’aider au maintient de la frisure artificielle.LES POMMADES ET LES HUILES On doit être très circonspect dans l’emploi des pommades, des cosmétiques ou des huiles; la perte des cheveux n’est souvent pas due à autre chose qu’à l’emploi d’un ingrédient nocif.Voici quelques recettes de pommades bienfaisantes : 30 grammes — moëlle de boeuf 10 grammes — huile muscade 2 grammes — essence de roses On emploie aussi : 30 grammes—huile d’amandes amères 10 grammes—quinine 1 gramme —essence de violettes.COUTUMES ETRANGERES Les américaines brûlent l’extrémité fine des cheveux pour éviter ce qu’on appelle: la fourche.C’est-à-dire que, parvenu à une certaine longueur, le cheveu se divise et laisse échapper la sève.Cette déperdition a lieu fatalement lors de la coupe des cheveux, c’est pourquoi les américaines préfèrent les brûler, car l’extrémité se rétracte, et prête adent-elles, garde la substance vitale au lieu de la laisser échapper.D’un autre côté, nous voyons, dans certains cantons de la Suisse, des femmes avoir de magnifiques nattes flottantes sur les épaules; leur secret, disent-elles réside en la coutume qu’elles ont d’égaliser leurs cheveux à l’aide des ciseaux, dans la première nuit de chaque nouvelle lune.En Croatie les femmes du peuple qui sont généralement douées d’une chevelure magnifique, assurent qu’elles doivent cette profusion à l’habitude de brosser leurs cheveux tous les matins, pendant la saison, avec une poignée de foin fraîchement coupé.Toutes ces recettes, si différentes, et pourtant efficaces l’une comme l’autre, prouvent abondamment qu’il en est des cheveux comme du champ de la fable, où le père de famille prétendait avoir enfoui un trésor.Il n’avait d’autre but en faisant cette déclaration mensongère que de contraindre ses fils à bêcher profondément la terre et à la retourner en tous sens afin de la rendre productive.Ces divers conseils pour obtenir la beauté de la chevelure ont également un bon côté; ils indiquent l’importance que, dans tous pays, on attache à cet ornement et atteignent presque toujours leur but, en créant une préoccupation d’hygiène et de soins journaliers, qui en maintiennent la beauté.LE SOIN DES MAINS Il n’est pas de situation, si modeste soit-elle, qui puisse servir d’excuse à une femme, pour éviter de se soigner les mains.Il est bien certain qu’une ménagère, s’occupant personnellement des soins de la maison, ne peut posséder une main aussi délicate que la femme qui se trouve dispensée de ces travaux; elle n'est cependant pas excusable si elle ne consacre pas quelques minutes par jour à l’entretien de ses ongles et à celui de ses mains.J’ai bien dit : quelques minutes; il n’en faut pas davantage pendant la semaine; on trouvera un quart d’heure le dimanche pour se livrer à cette occupation et tous les mois, on y dédiera une demi-heure.Il n’est pas de femme dont la vie soit assez remplie, pour qu’il lui soit impossible de distraire ces quelques minutes du temps pris par ses devoirs journaliers et elle en sera largement récompensée par le plaisir que lui donnera la vue de ses mains nettes et pures de toutes déformations.Accessoires de Barbiers, Coiffeurs Salons Beauté 3" (Montréal, 15 Février 1927 LA KÉ V U B DE (M A N ON R R E U V Par J.H.ROSNY, aîné, de l’Académie Goncourt.Ali ça ! mais vous le soignez comme un frère ! s’écria la petite baronne de Sarre-ville, qui venait de surprendre Camille Seignes, dans l’isba, en train de médicamenter le vieux chien terre-neuve.— Vous l’avez dit.comme un frère.ou du moins comme le plus ancien et le plus sûr de mes amis.Dans toute sa vie de chien, ce brave Annibal n’a pas un seul tort à se reprocher envers ses maîtres.Et puis, c’est mon sauveur.Sans lui.ah ! sans lui !.Camille tourna ses yeux charmants vers la grande pelouse et vers les soies froissées, fripées, des dahlias et des roses d’automne.— Oui.sans lui, ma vie était positivement perdue ! — Il vous a repêchée ?demanda la petite Sarreville.— Mieux que ça.Annibal m’a sauvée de moi-même.il m’a assurée la vie franche, la vie fière.hors de laquelle tout ne m’eût été que nausée et détresse.Et passant sa petite main sur la grosse tête d’Annibal, que tourmentait la fièvre : — Ce serait un des quatre-vingt-dix-neuf contes du chanoine Schmidt, ma chère.s’il ne roulait sur un sujet proscrit dans cette anthologie morale.Cela remonte à douze ans, presque tout juste.par un jour comme celui-ci, un jour où l’orage ne veut pas éclater, où une buée molle et chaude fond la chair et remplit l’âme de voluptés lâches.- i * J’étais une petite épouse au moment critique.au moment où le mari montre ses défauts, et où, par surcroît, il a une crise de nostalgie.la nostalgie de la fête et des amours nomades.Pas d’enfant après quatre ans de mariage.je ne sais vraiment pour quelle cause, puisqu’il en devait venir si facilement plus tard.Souvent seule, presque délaissée, lectrice trop naïve de ces romans dits chastes, qui sont pleins de poison, de tendresse perfide, de mensonge tiède, je soupirais plus souvent qu’à mon tour.Surtout cet été de 1886 fut terrible.Jacques me lâchait à chaque moment pour des courses inquiétantes.me laissait seule, dans ce château construit par un architecte à l’imagination idyllique.Ah ! ma chère, que les fleurs me parfumaient follement ! que les pollens me racontaient d’histoires émouvantes ! quelle haleine équivoque montait, le soir, de la pelouse, et quelle légende merveilleuse se déroulait avec les constellations héroïques : Persée, Andromède, le Cygne!.Puis, l’occasion me frôlait, me tentait, chaque jour m’offrait ses beaux cheveux d’or.Sur l’autre colline, là-bas, au château des Freux, habitait le Jason, le Thésée, celui qui sille vers le Jardin des Hespérides ou celui qui enlève l’Ariane soupirante.Toutes ces phrases, ma belle, pour vous dire que Marcel de Vrièze rôdait' autour de moi, qu’il était joli, leste, adroit, astucieux et sans scrupules.Il avait ses grandes entrées chez nous.Jacques, avec l’aveuglement si fréquent chez les hommes sagaces, lorsqu’il s’agit de leur épouse légitime, encourageait les visites de Marcel, et Marcel venait en tout temps, que mon seigneur et maître y fût ou n’y fût point.Il me faisait une cour parfaite, j’entends merveilleusement adaptée à mon caractère et à ma candeur ! Sur les pelouses, dans les allées, ma vertu courait la poste.Marcel menait à grande allure vers un but que je n’appréhendais pas, que je croyais à une distance infinie.Les signes ne me manquaient pas, cependant, mais j’étais comme ces gens qui regardent tourner des phares au bord de la mer ou des disques sur les voies ferrées, sans connaître le sens de ces lumineux hiéroglyphes.Un après-midi, nous nous engageâmes dans le parc.C’était, je vous l’ai dit, un jour humide et tiède, un jour où l’on respire vite et mal.L’orage était dans les nues et ne s’en dégageait point.Les fleurs avaient des parfums de fièvre ; les feuilles semblaient reverdir; nous marchions d’un pas languide, chavirés de tendresse, imbibée du vouloir rusé des choses.Nous parvînmes ainsi dans une clairière, et là, Marcel mit un genou en terre, baisant le bas de ma jupe, me criant son amour.J’avais encore de la force et de la vanité : il le sentit, il ne commit aucune maladresse brutale.Cette discrétion me troubla plus profondément , et lorsque nous reprîmes notre chemin, j’étais plus faible, ensorcelée, envoûtée.Nous fîmes une deuxième halte devant le bois de Guilde, auprès d’une maison de garde abandonnée.D’abord assis auprès de la fontaine, nous causâmes de choses imprécises; lorsque nous commençâmes à parler d’amour, ce fut si lentement et si sournoisement amené que c’est à peine si je m’en aperçus tout d’abord.Marcel fut mélancolique respectueux; il s’attacha surtout à m’attendrir.Puis il Page neuf montra la vie incertaine et fragile, l’amour seule réalité; il sut, d’un trait léger, souligner mon abandon.Je fus saisie d’une étrange tristesse.Ma solitude m’apparut tragique, étouffante; elle se prolongeait dans toute mon existence future; elle me menait, sans une joie, sans une douceur, dans la creuse vieillesse et dans la mort.J’eus une élan infini vers la vie : mon coeur palpita pour l’amour comme un prisonnier pour sa délivrance.Alors, Marcel devint plus pratique, son éloquence se fit ardente.Je perdais complètement la tête; l’orage était dans ma chair comme dans le ciel ; mes pensées tourbillonnaient comme les grands nuages de houille et d’argent.Et l’autre, faisant sa partie d’amant en virtuose, m’entraînait sans secousse vers la perfide maison abandonnée, me faisait franchir , en me soulevant à demi, le seuil branlant.Tout soudain, sa bouche trouvait la mienne.Mon être s’écroulait; je n’avais plus le sens d’aucune réalité, sinon celle qui me grisait de l’immense griserie amoureuse.J’étais enfin à cette heure où l’ironique hasard peut vaincre 1 es plus fières; ma défaite ne pouvait plus être évitée par moi-même.Mais elle pouvait être évitée par un autre ! Au momeni suprême, une forme trapue bondit dans- la maison du garde, une voix grondante s’éleva.et le bon Annibal, qui avait par hasard rencontré nos traces, se dressait devant nous.A sa vue, j’eus un geste de fuite.Marcel me retint, et sans doute il pouvait triompher encore, faire chasser la bête importune, mais il me serra trop fort, il mit trop de mouvement à me retenir, si bien qu’Annibal, se persuadant qu’on me faisait quelque violence, sauta à la gorge de Âlarcel.Et ce fut tout juste si, en unissant les forces du jeune homme et mes caresses, nous pûmes éviter un étranglement en règle.Quand Annibal put enfin être persuadé que Vrièze ne me voulait aucun mal, il était trop tard, j’avais repris possession de moi-même — et pour jamais ! De ce jour, poursuivit Mme Seignes, j’ai été à l’abri des aventures, d’abord parce que toute surprise devint impossible, ensuite parce que je me trouvai de moins en moins chagrine, et de plus en plus décidée à mener vaillamment la vie.L’année suivante, mon premier enfant vint au monde : c’est alors surtout que je connus quel dégoût j’aurais eu de moi-même si j’avais cédé à la misérable tentation.Et, peu à peu, le bonheur, dont je désespérais, vint s’asseoir à mon foyer, un bonheur clair, net, robuste, le seul bonheur, ma petite, qui vaille pour la femme, quand cette femme est plus mère qu’amante ! J.H.ROSNY, aîné.NE MANQUEZ PAS DE LIRE Dans notre prochain numéro (1er Mars) L’HOMME QUI REVIENT LOIN” Par GASTON LEROUX le célèbre auteur des grands romans sensationnels: “Le Fantôme de l’Opéra”, “Le Mystère de la Chambre Jaune”, “Le Fauteuil Hanté”.N’oubliez pas de lire ce mystérieux et captivant roman, qui vous angoissera dès la première ligne jusqu’à la dernière.Retenez d’avance un exemplaire de “LA REVUE DE MANON” chez votre marchand de journaux. Page dix iMontréal, 15 Février 1927 LA REVUE DE (MANON femme qui travaille beaucoup, il lui faut chaque jour se faire de nouvelles forces “Je prends chaque année des Pilules Rouges, et cela depuis quinze ans; jamais je n’ai employé d’autres remèdes; elles sont pour moi le meilleur.Avant de les connaître, je croyais ma santé à jamais épuisée, n’ayant jamais été bien forte et ayant à prendre soin d’uné nombreuse famille, j’en étais venue à ne presque plus rien digérer; j’étais nerveuse et continuellement souffrante.Tantôt, c’était un cuisant mal de tête, des gaz qui m’étouffaient et surtout des douleurs dans les reins et les jambes.Je me sentais si lasse tout le temps que j’étais toujours assez découragée pour pleurer; mon caractère n’était plus le même, j’étais songeuse et triste.Je n’avais pas pris trois boîtes de Pilules Rouges qu’un heureux changement s’était produit.C’était presque une transformation.J’éprouvais une vigueur inaccoutumée, sentant courir dans mes veines un sang chaud.Les quelques boîtes que j'ai prises cette fois ont parfaitement rétabli ma santé.Je suis maintenant grasse et forte, je dors bien, j’ai bon appétit et je fais tout mon ouvrage sans éprouver de fatigue.Je les recommande k toutes les femmes malades, car les Pilules Rouges sont le remède qui ne désappointe jamais.” Mme L.Nolin, Trois-Rivières, P.Q.“Un travail pénible, bien a-dessus de mes forces, que je faisais à la manufacture, m’avait occasionné de violents maux de reins et rendue bien malade.L’odeur du chocolat que je respirais toute la journée avait délabré mon estomac, je n’avais plus d’appétit, digérais difficilement le peu de nourriture que je prenais et le mal de tête me faisait aussi beaucoup souffrir.Je parlai de mon état à un pharmacien, ami de la famille, qui me recommanda hautement les Pilules Rouges; il m’en donna d’abord une boîte et m’indiqua comment les prendre pour en retirer le plus de profit possible.Je suivis fidèlement les conseils qui m’avaient été donnés et me procurai trois autres boîtes de Pilule Rouges, lesquelles suffirent pour me remettre sur pied.Je ne me sens plus du tout de mon mal de reins, j’ai repris appétit, ma digestion se fait bien et mes maux de tête ont complètement disparu.Je puis dire que ma santé en général s’est améliorée sous l’effet de ce puissant tonique que je n’oublieraie jamais et que je recommande à toutes femmes et jeunes filles malades.” Mme Art.Larochelle, 2095, rue Panet, Montréal.Quand une femme travaille au delà de ses forces, elle ne doit pas se contenter d’un régime de vie ordinaire.Le sommeil •t la nourriture de tous les jours ne lui suffisent pas.Son organisme tout entier a besoin d’être soutenu.Pour se maintenir en état de continuer sa besogne journalière, pour refaire ses FORCES, conserver ses NERFS et empêcher des accidents de.toute nature, il faut à la travailleuse qui expose tous les jours sa santé un aliment spécial qui puisse répandre dans tout son être une nourriture propre à lui faire du sang généreux.Seules les ILU ROUGES peuvent donner ce résultat.Impossible de se traiter mieux, plus sûrement et à meilleur marché qu’avec les Pilules Rouges, aidées, au besoin, des conseils GRATUITS de nos médecins, soit par correspondance ou à leurs bureaux, 1570, rue St-Denis, de 9 heures du matin à 8 heures du soir.Exigez toujours les Pilules Rouges de la Compagnie Chimique Franco-Américaine; chez les pharmaciens ou par la poste, 50 sous la boîte, trois boîtes pour $1.25, six boîtes pour $2.50.Compagnie Chimique Franco-Américaine, Ltée, 1570, rue St-Denis, Montréal.I Rendez la SANTE à vos enfants.Qu’ils soient Forts, Vigoureux, pleins d’Entrain, Fort» à l’Etnde, aux Examens, pleins d’Entrain au Jen, L’ O V O IV O L à base de Foie de Morue, Jaune d’oeufs, d’iode, des Hypophos-phites composés, etc., (sans alcool) a pour but de protéger les ENFANTS contre les assauts des MALADIES de la CROISSANCE.Mères de Famille, qui aimez vos enfants, si vous voulez qu’ils soient Forts et Heureux toute leur vie, au moindre indice de MAUX de TETE, de FATIGUE, d’AMAIGRISSEMENT, s’ils sont couverts de BOUTONS, s’ils sont PLEURARDS, MOUS, PARESSEUX, CHETIFS, ARRIERES, s’ils manquent d’APPETIT, n’hésitez pas à leur faire prendre l’OVONOL, qui aura vite fait de les ramener à leur état normal.Demandez-nous notre brochure illustrée GRATUITE 66 SANTE des ENFANTS” vous y trouverez des renseignements précieux, qui permettront que l’on cesse de dire que nos mères canadiennes ne savent pas soigner leurs enfants.Sur réception du prix, à la demande des parents, nous expédions l’OVONOL aux enfants directement par l’entremise des Supérieurs des Collèges ou des Couvents.$1.00 partout ou par ht po»tt.Compagnie Chimique Franco-Américaine, Lté©, 1570, me flt-Denis, Montréal.Maladie de Poitrine Les Bronchites, les Congestions Pulmonaires, etc., font mourir chaque année des milliers de malades.Bien des médicaments ont été essayés pour combattre les maladies de poitrine et enrayer leurs suites fâcheuses.Les CRESOBENE médicaments d’une efficacité incontestable, de composition Balsamique et Volatile k l’état naissant, sont des plus actives dans les cas de Rhumes, Toux Rebelles, etc.Si vous êtes Faibles de la Poitrine, vous devez vous mettre immédiatement sous leurs bons effets et nous demander tout de suite notre brochure Gratuite.66 SANTE de s POUMONS” Vous y trouverez comment préparer chez vous, au moyen des CRESOBENE, aussi facilement qu’une infusion de thé, un Sirop* un Gargarisme, une Lotion Dentifrice et comment en Inhaler les Vapeurs BALSAMIQUES.Vous ne pouvez traiter vos POUMONS, vos VOIES RESPIRATOIRES mieux et à meilleur marché.$1.00 chez tous les pharmaciens ou par la po»te.Standard Products Co., 1566, rue St-Denis, Montréal. IA R P V 11 F DP A N O N Page on^e ^Montréal, 15 Février 1927 ' W: iW: Wj y*/.* ty*/: !.',^-1 ysy »rw j j\* Une page sanglante de notre Histoire L’Insurrection Nord-Ouest (Suit*) une récompense de $100 à qui ramènerait, sains et saufs au camp du général, les sept prisonniers qu’on savait aux mains de Riel.Les seuls renseignements dignes de foi qu’on n’avait reçus de Prince Albert depuis quelque temps étaient contenus dans un message apporté par Frank Hourie, le fils de l’interprète du gouvernement, un jeune brave qui s’est distingué dans cette campagne par ses actes d’audace.au colonel Irvine.Le lundi 30, il arriva à la la Traverse de Il partit de Humboldt le 28 mars avec un message du général au colonel Irvine.Le lundi 30, il arriva à la Traverse de Clarke où il vit que la débâcle avait commencé sur la rivière.Il essaya de traverser à la nage, se frayant un chemin à travers les bancs de glace flottante dont la rivière était pleine, mais il dut rebrousser chemin et faillit se noyer avant d’atteindre la rive.Il renouvela sa tentative le soir et cette fois il réussit.Ayant laissé son cheval sur la rive sud.il dut marcher jusqu’à Prince Albert, où il arriva le jeudi et remit ses dépêches.Il trouva le colonel Irvine réfugié en sûreté dans un fort fait de billots, ayant sous ses ordres un corps de huit cents hommes dont la moité bien armés.Les colons du voisinage s’étaient réfugiés à Prince Albert, de sorte que, avec l’augmentation des bouches à nourrir, les vivres commençaient à s’épuiser.Ce furent ces renseignements, qui lui furent communiqués aux montagnes du Tondre, qui décidèrent le général à pousser de l’avant.En dépit de tous les efforts, cependant, il ne fut pas possible à la colonne de s’ébranler avant le 22 avril.Dans l’intervalle, les divers corps de l’est subséquemment appelés en service étaient un à un arrivés à Winnipeg par la route au nord du lac Supérieure après avoir enduré leur part de fatigues et de misères.Le bataillon Midland arriva à Winnipeg le 14 avril et fut dirigé presque aussitôt vers qu’Appelle.Le bataillon de York-Simcoe le suivit et le 9me de Québec, sous les ordres du colonel Amyot, était envoyé en garnison à Fort McLeod et Gleichen dans le district de Calgary.Le bataillon du colonel Scot, le 91me de Winnipeg, fut envoyé à Fort qu’Appelle le 16 avril, afin d’intimider les Sauvages et les Métis de cette vallée et de protéger la ligne de communication avec le fort.Les gardes du corps du gouverneur-général et l’école de cavalerie de Québec, les premiers corps de cavalerie mobilisés arrivèrent aussi à Winnipeg, le 20 avril et avec la cavalerie de Winnipeg furent formés en brigade, forte de deux cents hommes à cheval.On s’aperçut qu’il était presque impossible de transporter suffisamment de vivres à la Traverse de Clarke par la route des prairies et la Saskatchewan du sud étant maintenant libre de glaces, on décida de transporter la base des approvisionnements à Swift Current et d’utiliser les vapeurs pour descendre les approvisionnements par la voie de la Saskatchewan du sud et du débarquement au nord de Swift Current à la Traverse de Clarke.Le vapeur “Northcote” arriva à Saskatchewan Landing le port de Swift Current, le 14 avril et l’on se mit aussitôt en frais de l’équiper pour son voyage en bas de la rivière.Vers ce temps arrivaient à Swift Current deux mitrailleuses Gatling, commandées à la Gatling Arms Company,.de New Haven, Conn., et envoyées sous la charge du lieutenant Howard, de la milice du Connecticut, qui devait se distinguer dans cette campagne.CHAPITRE VII.DERNIERE COLONNE.— MARCHE DU COLONEL OTTER.Nous avons dit que le commandement de la dernière colonne était échu au colonel W.D.Otter à qui était assignée la tâche de dégager Battleford.C’était la première fois qu’il exerçait le commandement des troupes en activité de service et il prenait ce commandement avec le précieux avantage d’être connu et admiré par la plus grande partie de ses troupes auxquelles ils inspiraient la plus grande confiance.On verra qu’il en était -digne.Le premier mouvement en avant de cette seconde colonne -eut lieu le 12 avril, de Swift Current, la station du chemin de fer du Pacifique qu’on avait choisie comme base de cette expédition.A cette date un détachement de quarante-cinq hommes de la police à cheval sous le commandement du colonel Herch- mer s’avança à Saskatchewan Landing.Durant la courte période écoulée entre l’arrivée des troupes formant cette colonne et le premier ébranlement, on avait fait une somme énorme de travail en organisant un service de transport.Le 13 au matin, la colonne se mit en route et commença sa marche.La colonne se composait comme suit: La compagnie C, forte de 43 hommes sous les ordres du lieutenant Wadmore; la batterie B, major Short, 112 hommes avec deux canons de neuf et deux mitrailleuses à la charge du lieutenant Howard, de la milice de Connecticut, les tirailleurs d’Ottawa, capitaine Todd, 50 hommes; les Queen’s Own, lieutenant-colonel Miller, 285 hommes.Le 14 avril au soir, la colonne était arrivée au sommet d’une haute colline surplombant une plaine ondulée et accidentée, où coulaient les eaux profondes de la branche sud de la Saskatchewan dont le courant se rapprochait de la rive nord.On aperçut le vapeur “Northcote” qu’attendait les troupes et une dépêche fut reçue du général Middleton ordonnant au lieutenant Howard d’accompagner avec l’une de ses mitrailleuses Gatling le voyage du “Northcote” en bas de la rivière jusqu’à la Traverse de Clarke, pour se rallier ensuite à la première colonne.Grâce à un fort vent et à d’autres causes, il fallut trois jours pour traverser les troupes et provisions sur la rive opposée et ce n’est que le 18 qu’elles purent s’avancer du côté nord.A partir de ce moment, il n’y eut plus de retard.On avait rassemblé cent cinquante attelages et les fantassins prirent places dans des wagons afin qu’au moment de la bataille ils ne fussent pas épuisés par de longues marches.Sur un parcours de plusieurs milles, la route traversait une magnifique plaine dépouillée d’arbres et la marche ne fut marquée par aucun incident.Le soir, on formait un carré avec les wagons qu’on attachaient les uns aux autres par des cordes.On attachait les chevaux à l’intérieur du carré et l’on dressait les tentes en dehors, de sorte qu’on évitait par ce moyen tout danger que les chevaux effrayés ne prissent la fuite.Le bois était si rare dans cette partie du pays qu’il fallait en emporter avec les autres articles indispensables, et un soir, la provision étant épuisé, les hommes durent se coucher sans feu et souffrir de froid.On envoya des wagons avec une escorte à une anse située à quelque distance en avant pour en rapporter des peupliers, qui, dans la prairie, ne croissent que sur les bords des cours d’eau.(à suivre) POURQUOI, LA PROVIDENCE.(suite de la page 3) Elle y voltigea avec affolement, regarda en bas le foyer lumineux de la lampe puis, lentement^ ailes largement ouvertes, le joli papillon descendit, descendit.sans rebellion cette fois il se laissa choir dans la fascinante flamme ! Le frêle petit corps grésilla, ses belles ailles se carbonisèrent.la flamme eut quelques palpitements.une légère fumée comme un fin voile de deuil obscurcit la cheminée et le drame fut consommé ! Pourquoi alors, ces humains qui pouvaient sauver le papillon ne l’ont-ils pas fait ?Pourquoi ?Peut-être parce qu’ils n’attachaient pas assez d’importance à cette infime vie de bestiole ou peut-être sentaient-ils, obscurément, qu’ils ne devaient pas le faire.» Quoi qu’il en soit, pour moi je les compare à des dieux, regardant en silence évoluer l’être humain.Ils demeurent impassibles en apparence, mais ils savent, esprits initiés, que Dieu le veut ainsi, et que cela, plus tard, lui sera profitable.Voilà pour moi l’explication de la conduite de la Providence envers nous, et la réponse à la question angoissée et comme accusatrice du terrien.Emma GENDRON. Page dou^e iWontrèaX, 15 février 1027 LA REVUE DE ÙA A N O N Causons j Cuisine % n n m I MENUS DE 1 REVUE DE MANON DEJEUNER i Rillettes cl’oies.Poireaux confits.Rizzoto à la tomate.Bitoques polonais aux salsifis frits Salade sans vinaigre.Soufflés à l’orange.DINER Potage Windsor.Beignets vaudois.Rôti de morue aux haricots.Salade de betterave et d’endives.Pommes au beurre.RECETTES Rillettes d’oie (hors-d’oeuvre) Pour 6 livres d’oie (une vieille oie fera très bien l’affaire) avoir trois livres de chair de porc, filet ou échine et une livre de panne.Désosser soigneusement l’oie et retirer minutieusement la peau.Réduire l’oie ainsi préparée, le porc et la panne en fin hachis.Bien assaisonner; mettre le tout dans une cocotte en fonte avec un bouquet de persil.Faire cuire pendant deux heures et demie, c’est-à-dire jusqu’à parfaite cuisson en tournant sinon toujours, du moins très fréquemment.Mettre en pots de grès et laisser doucement refroidir.Se conserve très bien, surtout si l’on a soin de couler un peu de graisse de porc sur le dessus du pot.Rizzoto à la tomate Hacher un oignon et le faire revenir doucement avec du beurre jusqu’à ce qu’il soit doré; y ajouter une livre de riz et de l'eau à mesure de la cuisson afin que le riz ne se délète pas.D’autre part, préparer de la purée de tomate soit avec des tomates fraîches, soit avec de la pulpe de tomates.Ajouter du sel, du poivre, un oignon haché, un bouquet garni et une pointe de piment de Cayenne.Dans une autre casserole mettre du beurre avec une cuillerée de farine, lier avec une cuiller de bois et y incorporer la purée de tomates.Servir séparément le riz et la purée de tomates, chacun se servant à sa guise de l’un et de l'autre.Bitoques polonais aux salsifis frits * • • .t Hacher une livre de tranche de boeuf ou de gîte de boeuf.Hacher à part une tête d’ail et deux oignons moyens.Ajouter moitié mie de pain trempée dans du lait et écrasée, un oeuf battu, sel et poivre.Former avec ce hachis des croquettes plates en forme de côtelettes, dorer au jaune d’oeuf après les avoir enveloppées de farine et faire frire à la poêle.D’autre part, faire un roux mouillé de bouillon ou de vin blanc, assaisonner et mettre à cuire dans cette sauce des champignons secs préalablement trempés pendant une heure à l’eau tiède.Servir en disposant les bitoques en couronne sur un plat, verser la sauce aux champignons au milieu et servir en même temps un plat de salsifis frits.Poireaux confits (liors-d’oeuvre) Choisir de beaux poireaux gros et blancs; les blanchir à l’eau bouillante salée après en avoir juste retiré la partie verte.Bien les égoutter; les coucher en entiers dans un ravier, les uns à côté des autres.Les assaisonner d’un peu d’huile, vinaigre, poivre et sel et les laisser mariner jusqu’au lendemain ou au surlendemain.Au moment du déjeuner, verser dessus, sans les déranger, une sauce mayonnaise ou une sauce à la moutarde.Excellent.Salade sans vinaigre Délayer le sel et le poivre avec trois cuillerées à bouche de très bonne huile d’olive; ajouter des fines herbes hachées et des câpres, le jus d’un citron, un grand verre de vin blanc et, si l’on en peut disposer : une petite cuillerée à café d’absinthe.Rôti de morue aux haricots 9 Prendre un beau filet de morue, le faire dessaler, puis le couvrir de bardes de lard.Le mettre au four.Arroser ce rôti avec quelques cuillerées d’eau mises au fond du plat.Lorsqu’il est cuit, le servir sur un plat de haricots blancs dans lesquels on aura laissé une petite partie de leur bouillon de cuisson.En mettant à cuire les haricots il ne faudra pas oublier de saler l’eau.Soufflés à l’orange Préparer avec une pinte de lait et de la farine de froment tamisée, quatre cuillerées à bouche pour une pinte, une bouillie sans grumeaux et bien sucrée; quand elle est cuite, y râper et mélanger deux zestes d’oranges, puis y incorporer trois jaunes d’oeufs et trois blancs battus en neige.Répartir cette préparation dans de petites caisses à soufflés en porcelaine pendant vingt minutes, servir de suite.Il ne faut remplir les caissettes qu’aux trois quarts et l’on compte une ou deux caissettes par personne.Il est essentiel.de bien sucrer la bouillie.Potage Fermière.Dans un bouillon de haricots, jeter une poignée de persil préalablement revenue dans du beurre puis une cuillère à dessert de riz par personne.Quand le riz est cuit verser dans la soupière sur du cerfeuil haché.On peut remplacer le riz par de petits croûtons frits dans le beurre.Râble de lièvre à la crème • Enveloppez les pattes du râble avec du papier graissé afin d’éviter les brûlures puis mettez le gibier au four avec l’assaisonnement habituel et laissez cuire pendant une heure et demie environ.Arrosez souvent pendant la cuisson et, une demi-heure avant de servir, ajoutez au jus une demi-tasse à café de crème aigre.Dressez le râble sur un plat avec un entourage de petites pommes de terre rondes frites et servez la sauce à part dans la saucière.Le râble sera plus tendre, plus savoureux si, après l’avoir piqué de fins lardons, vous le mettez à macérer un jour dans l’huile d’olive avant de procéder à sa cuisson.Boeuf rôti Préparez votre viande en étendant un peu de farine et assaisonnez de sel et de poivre, mettez au feu et arrosez fréquemment pendant la cuisson; laissez cuire un quart d’heure pour chaque livre de viande si vous l’aimez saignante, et plus longtemps, si vous l’aimez bien cuite.Servez avec une sauce provenant du jus recueilli dans le chaudron; ajou-tez-y une cuillerée à table de sauce Harver ou Worcestershire; et une cuille* rée à table de sauce aux tomates (catsup).TANTE JEANNE. Montréal, 15 Février 1927 LA REVUE DE SM A NON F*ge treize a La situation était embarrassante: il UNE FAMEUSE PELLE Monsieur Fatourle demeurait à deux kilomètres de Mondragon, sur la route d’Orange, tout juste en face de la chapelle de Saint-Loup.Une superbe propriété, abritée du mistral par un immense rideau de peupliers, et narguant les canicules à l’ombre de ses micocouliers géants.M.Fatourle eût été certainement l’homme le plus heureux de tout le Com-t.at, s’il eût pu trouver un mari pour sa fille Mariette que, dans l’intimité, on appelait plus familièrement Miette.Ce n’était point chose facile ! Non point que Miette fût laide, contrefaite, ou d’un caractère impossible ! Miette était jolie comme une brave fille de Provence qu’elle était, et, pour le caractère, c’était un vrai mouton.Mais elle aurait cent mille francs le jour de la noce et son père ne voulait pas la donner au premier venu.Or, comme le bon M.Fatourle vivait en sauvage dans sa propriété, qu’il ne voyait jamais personne, les épouseurs, ignorant qu’en face de la chapelle de Saint-Loup gisait une si belle héritière, ne se présentaient point, et Miette restait fille.Mais voici que cette situation allait prendre fin.Une amie de la famille, Mme Goudou-live, laquelle demeurait en Avignon, venait d’écrire qu’elle avait enfin découvert l’oiseau rare destiné à faire le bonheur de Miette, et cet oiseau rare n’était autre que son propre neveu, le fringant Thé-mistocle Goudoulive, dont l’éloge suivait en six pages d’écriture serrée.D’ailleurs, on jugerait de visu ! Thémistocle Goudoulive passerait le lendemain devant la chapelle de Saint-Loup, à bicyclette, et là, afin de n’avoir l’air de rien, simulerait un accident à sa machine et viendrait demander l’hospitalité à M.Fatourle, qui pourrait le juger sans que cela l’engageât en rien ! Bien entendu, le bon M.Fatourle, se hâta de mettre Miette au courant de ce qui se passait, lui enjoignant d’avoir à faire un bout de toilette, et, le lendemain matin, dès la première heure, chacun attendit sous les armes ! Il était bien onze heures et demi, quand un cri retentit sur la route.— C’est lui, fit M.Fatourle.Il simule l’accident de machine ! Précipitons-nous, mais n'ayons l’air de rien ! Et l’on se précipita î Hélas ! ce n’était pas un accident de machine, mais bien un bel accident de personne ! Sur la route, juste en face de la chapelle de Saint-Loup, un cycliste était étendu sans vie sur le rebord du chemin.Il ne pouvait y avoir l’ombre d’un doute ! Ce ne pouvait être que Thémistocle, le fringant neveu de Mme Goudoulive ! Seulement il devait mal avoir cal- culé la portée de son accident, et il s’était tué, pechôre ! On le transporta à la maison, et, par acquit de conscience, on fit venir un médecin.L’homme de l’art hocha la tête: — Il n’est pas mort, mais il n’en vaut guère mieux ! Enfin, on va faire l’impossible ! En tous les cas, s’il revenait à lui, veillez bien à ce qu’il ne parle pas ! Le moindre effort cérébral le tuerait ! Et, surtout, pas d’émotion ! Pas d’émotion ! Et M.Fatourle qui se préparait à télégraphier à Mme Goudoulive ! Il valait mieux ne rien dire du tout, ou, du moins, attendre la dernière extrémité.• Le malade demeura trois jours dans le coma, et, le quatrième, ouvrant les yeux, il voulut dire: — Où suis-je ?Mais on lui ferma la bouche : — Chut! Vous êtes blessé! Ne parlez pas ! Le docteur le défend.Force lui fut d’obéir.De longs jours se passèrent ainsi, durant lesquels on le dorlota véritablement comme un enfant de la maison.Peu à peu, il se rétablit, la parole lui fut rendue, et, ce jour-là, il voulut tout d’abord remercier son hôte et généreux garde-malade.— C’est bon ! C’est bon, mon gendre, fit M.Fatourle, ne vous eût-il pas fallu mettre à l’hôpital ?L’autre sursauta: — Votre gendre ! Comment pourrais-je l’être ?— Mais en épousant Miette ! — En épousant Miette ?— Voyons ! L’accident vous aurait-il fait perdre la mémoire ?Souvenez-vous que Mme Goudoulive, votre tante, vous a recommandé de passer par ici, de feindre un accident devant la chapelle de Saint-Loup, et ce, afin de pouvoir épouser ma fille Miette ! — Mais il y a maldonne, cria l’autre.Je ne suis pas le neveu de Mme Goudoulive ! Je ne viens pas épouser votre fille ! Je n’ai pas feint, malheureusement, de ramasser une pelle ! Je m’appelle Gaston des Cigalières et je voyage pour mon agrément, si j'ose m’exprimer ainsi, après ce qui m’est advenu ! M.Fatourle fut consterné.— Ma foi, fit-il enfin, j’avoue que nos soins ne s’adressaient pas à vous ! Mais qu’importe ! On ne vous aurait pas laissé à la rue, n’est-ce pas ?Bien que vous ne soyez pas celui que nous attendions, vous resterez ici jusqu’à complète guérison ! ' Mais, en lui-même, M.Fatourle pensait: — Et l’autre, alors, qu’est-il devenu ?Voilà plus d’une semaine qu’il devrait être là ! Une lettre de Mme Goudoulive vint lui expliquer la chose: Son gredin de neveu n’avait pas encore quitté Avignon: le lendemain, elle l’amènerait elle-même ! était temps d’avertir Miette de l’erreur.M.Fatourle fit comparoir sa fille, par devers lui, et lui dit: — Miette, je ne sais ce que tu penses du jeune homme que nous abritons depuis huit jours sous notre toit ?Si je me suis trompé sur son compte, je suis persuadé que ton coeur y a vu clair ! — Mais, papa.— Je suis persuadé que ton coeur t’a dit: Ce jeune homme n’est pas celui que j’attends ! — Mais non, papa, dit Miette.Mon coeur ne m’a pas dit cela ! — Comment ?rugit M.Fatourle.L’aimerais-tu ?— Mais il me semble que oui.— Tout est perdu ! clama le pauvre père, en s’arrachant une poignée de cheveux.Et, à grands renforts de gestes, il lui expliqua comme quoi son fiancé, le vrai, arriverait le lendemain; que le jeune homme malade s’appelait des Cigalières et non Goudoulive, et qu’au surplus il n’avait pas du tout, mais pas du tout l’intention de l’épouser ! Miette ne voulut pas en entendre davantage; elle se sauva dans sa chambre, où de longues heures elle sanglota.Ah ! ce fut une belle scène, le lendemain, quand, vers les onze heures, une voiture s’arrêta devant la porte, déposant Mme Goudoulive et son neveu ! L’explication fut pénible ! — Que voulez-vous, madame ! disait le bon M.Fatourle.Ce que femme veut.Mais pourquoi diable votre neveu n’arrive-t-il pas au jour annoncé ?Dix minutes après, sans même avoir pris la peine de se refraîchir, Mme Goudoulive retournait en Avignon, furieuse ! Mais ce n’était pas tout ! Maintenant que le mariage était rompu, des Cigalières voudrait-il épouser Miette ?Le bon M.Fatourle n’y alla pas par quatre chemins.— Voilà la situation, fit-il à son hôte et malade.Vous venez, sans le vouloir, de rompre le mariage de ma fille ! Vous prenant pour le fiancé annoncé, elle s’est mise à vous aimer comme une petite bécasse qu’elle est ! Elle refuse l’autre ! Oui ou non ?Voulez-vous l’épouser ?Des Cigalières réfléchit trois minutes environ, qui parurent un siècle au bon J\L Fatourle.Enfin, il dit: — Monsieur Fatourle, j’ai vingt-huit ans et trente mille francs de rente ! Je suis orphelin et libre de mes actes ! J’ai l’honneur de vous demander la main de mademoiselle votre fille ! Et c’est ainsi que, à la suite d’une pelle malheureuse qui faillit lui coûter la vie, le vicomte Gaston de Cigalières épousa Mlle Mariette Fatourle ! Ils furent trè3 heureux et eurent beaucoup d’enfants.Rodolphe BRINGER. Pagt fttaterx* LA REVUE DE 9rtA N 0N ffvi entré al, 15 Février 1927 CAUSERIE MÉDICALE Les retards de formation chez la jeune fille par le Dr E.Monin Les mères savent toutes que cette période critique de la formation réclame une surveillance attentive.C’est à la puberté que s’installe la chlorose, ou mal virginal, qui empoisonne souvent, pour toute l’existence, la santé de la femme.Or, la chlorose est toujours liée à des perturbations dans les fonctions utérines, qui dominent, de si haut, toute la pathologie du sexe faible.Dans la chlorose, la fluidité du liquide sanguin se trouve augmentée, et ses globules rouges, qui confèrent à notre “chair coulante” ses vertus régénératrices, apparaissent frappés de déchéance dans leur nombre, leur volume, leurs qualités chimiques.Le teint de la chlorotique devient jaune-verdâtre; ses muqueuses, décolorées, revêtent une apparence cireuse.Les yeux sont ternes et cernés; l’expression du visage est languide et bouffie.La moindre fatigue physique, la plus légère émotion morale développent des battements de coeur violents et préci-putés.Ces battements se transmettent, parfois, aux artères du cou, ce qui nous rend compte de ces troubles vaso-moteurs étranges, alternatives de rougeur vive et de pâleur mate, etc.Les symptômes de la chlorose sont d’autant plus accentués que l’orage du sang a, chez la fillette, subi plus de retard.Or, il faut bien dire que notre vie moderne et ce régime idiot de claustration scolaire et de surmenage intellectuel (imposé à de futures mères de famille par notre barbarie éclairée à l’électricité) sont peu faits pour hâter l’installation de la crise formatrice, exonération naturelle et facile, lorsque l’éducation bien comprise se rapproche de la nature et de l’hygiène vraie ! Cependant, l’époque escomptée n’arrive point; mais l’appétit se perd, l’estomac se pervertit, les digestions sont mauvaises; le sommeil lui-même est troublé.Les crampes d’estomac et la constipation sont presque constantes: la jeune fille a des étourdissements, des vertiges, des syncopes: elle se plaint d’un mal de tête permanent, avec bluettes devant les yeux et bruissements dans les oreilles.Elle accuse aussi des points intercostaux névralgiques, accompagnés de toux sèche et d’oppression, symptômes fréquemment confondus avec le début de la phtisie.Ce tableau morbide s’accentue et se noircit, insidieusement, si un traitement approprié n’arrive à dénouer la crise formatrice.Contre l’état mélancolique lié à la menstruation, j’ai souvent prescrit, avec succès, le matin, trois milligrammes d’ar-séniate d’antimoine; le soir, un gramme de bromure de potassium avec dix gouttes de teinture de cannabis, dans du sirop de safran.C’est de douze à dix-sept ans, dans nos climats, à quatorze ans, en moyenne, que s’opère (ainsi que je l’ai déjà dit) la formation de la jeune fille.Chez les sujets bien portants, elle survient sans douleur, et même fréquemment, à l’im-proviste.Chez les affaiblies, elle s’accompagne de coliques spéciales, avec douleurs lancinantes dans les reins et le bas-ventre, gonflement pénible des seins, chaleurs dans les membres inférieurs, etc.Ce cortège de souffrances réapparaît à chaque époque, plus ou moins régulièrement; lorsque les symptômes sont assez marqués pour nécessiter le repos, on leur donne le nom de “dysménorrhée” (règles difficiles).L’“aménorrhée” est l’absence totale de flux menstruel; elle est fréquente chez les jeunes filles obèses, chez les tuberculeuses.Elle reconnaît, parfois aussi, certaines anomalies locales, qu’il faut trancher chirurgicalement.Disons, en passant, que la quantité normale des règles chez la femme, ne doit pas dépasser 120 grammes pour toute la période menstruelle.Fréquemment, chez les jeunes filles pubères, on observe, chaque mois, des troubles oculaires, des éruptions herpé-tiqües, des inflammations de la gorge.Toutes les chanteuses savent combien la voix perd de sa force et de son timbre à certaines époques.Il n’est pas rare, vous le savez, de voir les fonctions basses retentir sur les fonctions les plus élevées ! Aussi la crise pubérale est-elle féconde en troubles psychiques.On constate surtout: l’agitation, la loquacité, les visions partielles hallucinantes; plus fréquemment encore, la migraine, les bizarreries de caractère, la tendance à la contradiction et aux querelles, l’exaltation sentimentale, l’érotomanie, la jalousie.Même chez les mieux portantes, existe toujours un état visible de dépression mélancolique, d’aspect timoré, d’irritabilité nerveuse avec inertie de la volonté et hébétude peu ordinaire.C’est à la puberté que la femme se trouve surtout prédisposée aux éruptions acnéiques, qui guérissent si aisément par la cure de la constipation et de la dysménorrhée.C’est alors, aussi, que la taille se dévie et prend des attitudes vicieuses, par un défaut d’harmonie dans l’activité de la force musculaire.Il importe, dès le début, d’appeler à l’aide l’orthopédie et la gymnastique, afin de triompher de ces déviations de la taille, qui entraîneront, bientôt, des vices de conformation du bassin, gros de dangers sérieux pour une maternité ultérieure ! Disons enfin qu’une puberté indécise ou retardée est également susceptible d’engendrer le goitre: j’en possède, par devers moi, trois observations, recueillies en dix-huit années de pratique.Il importe d’éviter à la jeune fille tout ce qui peut exalter sa sensibilité et débiliter son corps; d’annihiler, par une éducation bien comprise, la surexcitation nerveuse; de combattre, enfin, de bonne heure, la constipation et les caprices de l’estomac.On lui épargnera, le plus possible, l’absurde course aux brevets, de même que les fatigues mondaines et le surmenage de plaisirs, plus mauvais encore que celui des études.Le mieux est, pour la chlorotique, de fuir les villes pour la campagne, la montagne ou la mer.J’ai remarqué que, souvent, un changement de climat, du nord au midi, précipite l’échéance naturelle du “nisus formati-vus”.Parmi les exercices physiques, je recommanderai surtout l’équitation et le jardinage: mais il faut bien savoir que certaines fillettes ont besoin, au con- traire, d’un repos complet pléalable, avec alimentation tonique et fortifiante (viande crue et lait), escortée de toute la gamme des remèdes reconstituants : amers, martiaux, iode, phosphore, etc.Les médicaments capables d’influencer directement la fonction utérine sont classiques: chacun connaît le safran, l’apiol des Drs Joret et Homolle, la tisane d’armoise, le grog au gin des Anglais, etc.Il est aussi d’autres remèdes nouveaux, que nous pouvons signaler ici.Le viburnum (10 à 20 gouttes en teinture) arrête les contractions utérines douloureuses: c’est un excellent sédatif de la dysménorrhée, auquel j’ajoute habituellement le piscidia (mêmes doses), antinévralgique et calmant des tranchées.Je recommande vivement aussi les frictions chaudes d’alcool camphré, sur les reins et sur le ventre.En cas d’hémorrhagie trop forte, c’est l’hydrastis que m’a rendu le plus de services.Les bromures et la valériane calmeront le système nerveux exalté.Ne craignez pas l’emploi de ces agents à l’époque mensuelle.Il n'y a que les bains et lotions froides qui sont à redouter: les émotions et l’impression du froid sont, en effet, les seuls agents perturbateurs de la fonction.Toutefois, pour ne pas avoir à heurter certains préjugés vivaces, capables d’impressionner déplorablement les malades timorées, on fera sagement d’éviter l’inauguration d’un traitement quelconque pendant la période cataméniale.La femme dans le mariage L’âge fixé par la loi pour l’aptitude à contracter mariage est de quinze ans pour la femme française.C'est beaucoup trop jeune.Avant l’âge de vingt et un ans, le développement physique, qui ne s’achève guère qu’à vingt-cinq, est notoirement insuffisant.Il y a défaut de cette puissance assimilatrice, “animali-sante” en quelque sorte, d’où résulte l’équilibre de la nutrition.La erase du sang et des humeurs possède, à cet âge tendre, des tendances marquées à la dépravation facile.Il est évident que la condition physiologique indispensable, à la femme comme à l’homme, pour contracter mariage, réside dans une bonne constitution.Les fonctions digestives et d’absorption doivent s’exécuter avec plénitude; la cage thoracique et les poumons doivent être bien conformés, le coeur bien réglé et peu irritable.L’organisme ne doit pas présenter de point faible ou de moindre résistance.Le tempérament doit être capable, à un moment donné, de contrebalancer les causes de débilité et de maladie.Bien que la sagesse des nations déclare qu’on pot fêlé dure parfois plus qu’un neuf, il est certain que les avantages d’une constitution débile (si avantages il y a réellement) n’éclatent guère dans le mariage.Enfin, une condition indispensable à la femme pour remplir le but que la nature lui assigne par l’union conjugale, c’est de présenter une force.génératrice dûment développée: “sani est venerem appetere” (Gregory).Dr E.MONIN. 9Montréal, 15 Février 1927 Fmge fmnçe LA REVUE DE «MANON L’ETRANGE SACRIFICE Conte inédit par Jane SANDELION Elle ne vivait que pour cette petite soeur infirme et maladive, qu'elle adorait et qui lui rendait sa tendresse avec une passion jalouse.Dactylographe dans une étude de notaire, chaque soir la ramenait auprès de l’enfant qui, le plus souvent allongée sur la chaise longue, trompait sa solitude avec de menus ouvrages, légers à ses doigts fragiles, avec des journaux, des livres, et vivait la pensée fixée sur cette aînée chérie, sur l’heure de son retour.Son visage trop grave alors s’épanouissait, riait de toutes ses fossettes ; elle tendait ses bras jaloux : — Qu’as-tu fait aujourd’hui, ma grande?Et blottie contre la maternelle épaule, elle se faisait conter par le menu les moindres incidents de la journée.Marthe n’avait pas d’autre confidente et n’en eût pu trouver de meilleure que cette petite fille, approfondie par l’isolement, la souffrance et l’amour.Seule, sa douloureuse jalousie était inquiétante.Le mot le plus innocent parfois lui faisait quitter le giron de l’aînée et se détourner avec une moue de tristesse boudeuse.Marthe s’en affolait, sans comprendre d’abord, et finissait par découvrir dans la banalité du propos un motif ténu d’inquiétude.— Petite folle, disait-elle, en caressant le tendre front, et se promettant de se surveiller mieux, de filtrer ses nouvelles.Chose bien difficile, car, d’autre part, la petite exigeait qu’on lui dit tout, la moindre réticence l’eût alarmée davantage, et puis, elle était d’une clairvoyance pénétrante et elle eût tout deviné dans le regard de sa soeur.„ D’ailleurs, Marthe n’avait rien à cacher.Cette grande fille grave menait sa vie droite et claire, hors de toute intrigue, partagée entre le travail et la petite soeur-enfant, les menus plaisirs qu’elles prenaient ensemble.Elle ne désirait et ne rêvait rien au delà.Son extérieur insignifiant, son détachement d’elle-même, sa sagesse peinte sur ses traits écartaient d’elle toute approche amoureuse.Elle les eût éloignées, s’étant vouée au célibat pour le bonheur de sa cadette.Mais un jour.Ce soir-là, elle eut une légère, une imperceptible hésitation devant l’interrogation coutumière, puis elle passa outre et dit bravement, avec un enjouement extrême : — Aujourd’hui, un événement ! Il est arrivé un nouveau clerc.Depuis le temps qu’on attendait un remplaçant pour M.Du-zier ! — Ah! jeta Odette, d’une voix brusque.Et Comment est-il ?— Il est beau.Marthe se demanda avec épouvante si c’était bien elle qui venait d’articuler ces trois mots.Elle l’avait fait simplement, mais sans surveiller son intonation qui lui parut avoir pris une douceur grave, profonde.Elle eut peur du silence qui suivit, de l’ombre qui envahissait le bleu regard d’Odette, de sa bouche qui semblait meurtrie.Elle connaissait bien cette transformation soudaine du cher visage, elle eut envie de le prendre dans ses mains et de le baiser au front.Mais cela avait alors un air de rassurer, et mieux valait, tant qu’odette ne dirait rien, paraître ignorer qu’une angoisse naissait dans ce petit coeur, d’une phrase si simple.Odette ne dit plus rien.Ce ne fut qu’au moment du coucher que, brusquement, et cachant sa honte de questionner dans le baiser d’adieu, elle demanda : — Est-ce qu’il est jeune, dis, ton clerc ?Marthe, ici n’hésita pas.Vieillir le personnage, c’était mentir et Odette, qui pouvait tôt ou tard être exactement renseignée, ne le lui eût pas pardonné.Et d’ailleurs, elle sentit que sa franchise allait la servir, et tout pacifier : — Mon clerc ! Es-tu enfant l Mais oui, très jeune, beaucoup plus jeune que moi.Elle insista : — Presque un baby comme toi ! Et cela avec un grand rire si bon, si maternel, que la petite, se laissant border, se sentit toute rassurée.Car les fillettes de seize ans, qui ne sanraient aimer leurs cadets, croient naïvement que ces questions d’âge sont de même importance pour tout le monde.Allons, sa soeur ne risquait pas d’aimer un homme plus jeune qu’elle, non, non, .Odette dormit en paix.“Presque un baby.” Et pendant ce temps, Marthe se mettait à chérir ce baby.Il avait vingt-cinq ans, elle trente-deux.Elle était à l’âge douloureux et suprême pour qui n’a pas aimé.Le coeur, l’être tout entier qui ne s’est pas épanoui s’accorde, enfin, pour peu que l’occasion lui en soit donnée, une permission enivrante.Marthe, qui connaissait l’amitié la plus ineffable, la plus sûre, qui était pleine de son dévouement maternel» se jetait dans la passion, qui fait mal, avec aveuglement, avec délire.Cette personne grave, ponctuelle, irréprochable, aimait ce presque adolescent qui ensoleillait et scandalisait l’étude de ses fantaisies d’enfant terrible.Envoûtée,, elle ne s’avouait pas que souvent il choquait en elle quelque chose, ses fibres les plus délicates.Amoureuse éperdue, rien ne faisait douter sa foi, rien ne lui diminuait son dieu.“Il est beau.” Pour obtenir un de ses sourires d’archange, elle eût fait des bassesses.i Le soir, elle étreignait sa petite soeur avec une • tendresse plus violente, comme pour rafraîchir son coeur brûlant à cette source pure.Et Odette fut prompte à discerner tant de trouble, après quelques jours confiants.Elle retrouvait le limpide regard de son aînée, oui ; mais qu’était, tout au fond, cette goutte d’eau trouble, cette opacité secrète qui se dérobait à son étincelant soudage?Il y avait, au coeur de ce regard, quelque chose qui se refusait, se fermait, disait : — Tout — mais pas cela.Et Odette, par une sorte de pudeur, n’osa pas une fois dire : • — Tu me caches quelque chose.Elle se mit à souffrir en silence, se tortura : Je ne suis plus la seule aimée de ma soeur.Elle savait bien que Marthe ne la quitterait jamais, mais qu’elle aimât en dehors d’elle, suffisait à ravager ce petit coeur farouche.“J’aime mieux mourir.” Elle n’ignorait rien.Celui que sa soeur aimait, c’était cet homme qu’elle avait redouté le premier jour.(suite à la page 20) LES DUPES (Suite de la page 7) Marie-Denise dit ces mots à mi-voix, eut un rire léger et tendre, un long regard appuyé, caressant, et abandonna ses deux mains aux mains qui empiétaient amoureusement sur les bras, M.Brétillon partit plein d’espoir dans une prochaine rencontre, qui couronnerait ses voeux.“Comme c’est facile, se dit ensuite la jeune femme, lorsqu’elle se trouva seule.Pourvu qu’Antoine ne prenne pas l’alarme .ne croit pas sa vanité d’homme en jeu.Il est si naïf, si direct.* Antoine Mourtier rentra le soir môme.Sa mère allait mieux.Marie-Denise lui rendit compte, avec une habile discrétion, des visites de M.Brétillon.Elle éprouvait une assez vive inquiétude, mais son mari à l’entendre s’épanouit.Il regarda et palpa le chèque avec une allégresse sans mélange.• — Je savais bien que je m’imposerai, dit-il, avec une fierté contenue mais évidente, à Marie-Denise.Au fond, avec l'air de jouer au mécène, il fait une très bonne affaire, ce vieux Brétillon.Ce n’est pas un naïf : s’il m’achète à ce prix-là, c’est qu’il sait bien que je vais avoir la cote et que dans un an ou deux, il me revendra pour une somme triple.Tu sais, ma petite, tu ne lui as pas demandé assez cher.Douze mille.peuh !.Il en aurait donné vingt.Le bourgeois estampe toujours l’artiste.Enfin, je te pardonne, tu es d’une naïveté charmante.Il en a profité.Ça va.Silencieuse, crispée, Marie-Denise regardait ce mari qui avait, devant l’événement inespéré, une réaction si décevante dans sa vanité crédule.“Ah ! mais non, ah ! mais non, songeait-elle.Ce n'est pas moi qui suis naïve : C’est lui qui est naïf.lui qui a cru qu’il achetait non ses tableaux, mais moi, qu’il n’aura jamais; c’est toi aussi qui crois que Brétillon a payé 12,000 francs tes croûte» invendables.Je vous ai dupés.Oui, tous les deux, je vous ai dupés, si facilement.si facilement.” — A quoi penses-tu ?demanda tout à coup Antoine.Elle ne répondit rien.Elle sourit, d’un sourire un peu ambigu, un peu triste.— Tout de même, je suis bien content.Je m’affirme, conclut Antoine Mourtier, avec un orgueil .d’artiste qui se voit, apprécié.Frédéric BOUTET.o HYGIENE ALIMENTAIRE La pomme contient un plus grand percentage de phosphore que tous nos autres fruits.C’est pour cette raison qu’elle constitue une des nourritures les plus saines, pour la bonne raison que le phosphore est essentiel au renouvellement des forces du cerveau et de l’épine dorsale.Beaucoup ignorent que le sel est aussi nécessaire à notre constitution, que le sucre à notre palais.On devrait en manger fréquemment; ce qu’il y en a dans notre nourriture quotidienne, n’est pas suffisante.Beaucoup d’animaux font de grandes distances pour obtenir une nourriture plus saline.Ceci démontre que le sel est nécessaire à la vie animale. Page seife LA REVUE DE SM A N O N SMontréal, 15 Février 1927 SM* mm .y A-.; V' 1W1 ¦ : ¦ tvSfljV >>>>:•>: Dolores Costello (Warner Bros.) n’ont pas toujours les mêmes raisons que nous de faire vite et bien.— Ne craignez-vous pas d’être parfois gêné vis-à-vis des autres interprètes et des personnes présentes, lorsque, dans une scène, vous dirigez Mme Gil-Clary ?— Nullement, l'emploi de ma femme dans mon travail de mise en scène me gêne beaucoup moins que parfois certains visiteurs, venus pour assister, en spectateurs, à une prise de vue.— Ne vous a-t-on jamais reproché d’avantager le rôle de votre femme ou de la favoriser par les éclairages ?— Je suis certain que, derrière moi, certaines gens le disent, mais je déclare que, me flattant d’une parfaite honnêteté dans l’exécution de mon travail, je n’ai mis ma femme en valeur aux dépens de ses partenaires, et qu’au contraire, dans la crainte d’être taxé de partialité, il m’est arrivé de la sacrifier à ses camarades.J’ajouterai simplement que le talent et la souplesse de Gil-Clary sont pour moi d’un grand CINÉMA Dernières Nouvelles des Studios Jane Winton (Warner Bros.) ON TOURNE EN EUROPE Ceux qui font “tourner” leur femme: M.Roger Lion Roger Lion est en train d’examiner, à l’aide d’une loupe, les petits rectangles de pellicules qu’il épingle bout à bout.— Comme auteur et metteur en scène,, dit-il, j’ai eu l’occasion de diriger le travail de ma femme dans plusieurs films.Sans aucun accord préalable passé entre nous deux, nous oublions, au studio, les liens intimes qui nous unissent.Ma femme devient la plus souple des interprètes, et moi-même, ne voyant en elle que l’artiste, je ne manque pas de la considérer comme telle, c’est-à-dire qu’il m’arrive fréquemment d’intervenir avec sévérité et, disons le mot, parfois avec rudesse.C’est que notre métier, particulièrement pénible, nous oblige à une constante élévation de la voix pour animer les nombreux collaborateurs, qui {Montréal, 15 Février 1927 Page dix-sept LA REVUE D £• DA A N ON secours, et que, toute autre considération mise à part, ces raisons suffisent pour me faire désirer ardemment de l’avoir souvent comme interprète.A ce même moment, Mme Gil-Clary entre dans la pièce.— Aimez-vous travailler sous la direction de votre mari, et trouvez-vous qu’il est un bon metteur en scène ?Quelle indiscrète question ! Ne craignez-vous pas qu’elle occasionne une scène de ménage ?Si ma réponse allait être défavorable, voyez-vous les conséquences incalculables de votre demande ?Heureusement, ce n’est pas le cas, et je n’ai eu, jusqu’ici, qu’à me louer de mon travail avec un tel metteur en scène.Etant en parfaite communion d’idée avec mon mari, ce m’est toujours un plaisir de travailler avec lui.L’attrait en est augmenté par la possibilité, pour moi, de discuter, dans l’intimité, de mon rôle et d’exposer à mon mari comment je le conçois; j’ajouterai avec plaisir que Roger Lion, nullement obstiné, tient souvent compte de mes observations.N’allez pas dire: “Ce que femme veut ! le metteur en scène le veut.” “Nos discussions restent entièrement dans le cadre artistique, et mon mari ne cède que bien convaincu de la justesse de mes suggestions.Lorsque je tourne, j’oublie que mon metteur en scène est mon mari, j’obéis passivement à ses volontés.quitte à me rattraper, à la maison, dans d’autres circonstances.” Jacques Feyder va porter à l’écran la nouvelle oeuvre de Pierre Benoît: le Roi lépreux.Il tournera en Indochine et aux ruines d’Angkor, et le metteur en scène de Carmen s’est embarqué le 30 décembre pour l’Extrême-Orient, afin d’étudier sur place les possibilités de réalisation.Et, sans doute, nous reverrons Jacques Feyder avec le casque colonial, qu’il portait déjà lorsqu’il tourna l’Atlantide aux confins du Sahara.* * * ! i ‘ C’était pendant la réalisation de la Femme nue.Léonce Perret, qui n’est pas seulement un grand réalisateur, mais un peintre de talent, s’était amusé, pendant les rares instants de repos, à peindre les magnifiques paysages qui s’offraient à ses yeux.L’oeuvre terminée, sur la demande de ses colla-dorateurs, elle fut mise aux enchères au cours d’une soirée de bienfaisance organisée au Négresco.Elle atteignit le prix de 12.000 francs, que Perret s’empressa de verser aux bonnes oeuvres du pays.Le Jouer d'échecs, ce grand film français auquel Raymond Bernard a consacré, pendant de longs mois, toute son activité et tout son talent, a été terminé, suivant engagement pris, le mois dernier.A peine avait-il mené à bien — à très bien, disent les initiés — ses dernières scènes, dites des automates, que le réalisateur du roman d’Henri Dupuy-Mazuel a commencé le montage de la bande.CE QUI SE PASSE DANS LES STUDIOS AMERICAINS Il est rumeur aue Madge Bellamy, la charmante petite étoile de la Cie Fox, et qui vient d’arriver d’un voyage en Europe, joindra prochainement la pléiade d’artistes de la Cie Paramount.On dit que le premier rôle étoile qu’elle tiendra sera celui de l’héroïne dans la grande production “An American Tragedy”, que la Paramount doit commencer prochainement.E.A.Dupont, le directeur européen qui a dirigé avec tant de succès “Variety”, et qui avait été importé par la Cie Universal, vient de se quereller avec cette dernière et est retourné en Europe.On dit qu’il vient de signer un contrat avec une compagnie anglaise, la British National, ayant un capital de $1,500,000.On dit aussi que Dorothy Gish sera la première étoile qu’il dirigera.Ernst Lubitsh, ancien directeur pour la Cie Warner Bros., qui avait laissé cette dernière, pour entrer au service de la Metro-Goldwyn-Mayer, ne dirigera qu’une seule production pour cette dernière compagnie.Cette unique production sera “Old Heidelberg” avec Ramon Navarro et Norma Shearer, comme “costars”.On ne connaît rien des intentions futur du grand directeur.La Cie Famous Players Lasky produira prochainement “Underworld” d’après le scénario de Ben Hecht.Seront de la distribution: Ricardo Cortez, George Bancroft et Evelyn Brent.Le directeur de cette production sera Arthur Rosson.Arlette Marchai est de retour à Paris depuis une semaine, après avoir séjournée en Amérique, à Hollywood, où elle a fourni un travail énorme.Elle est enchantée de son retour à Paris, qu’elle quittera dans un mois pour retourner à Hollywood, reprendre son travail.Edwin Justs, l’auteur de “The Firebrand”, vient de terminer un nouveau scénario pour Reginald Denny qui le produira sous le nom de “The Best Quality”.* Chuck Reisner, l’un des meilleurs directeur pour la Cie Warner Bros, et qui a dirigé plusieurs fois Sid Chaplin dans ses films à succès, dirigera bientôt Patsy Ruth Miller dans une production originale: “What Every Girl Should Know”.¦xvx-xxxv WÈsmÊÊSËÊÊÊ mmsÊBÊÊm ï MHniilHIi lililiil mm w$M mm ¦ lllliiü :w:«: 'XvXv'.v; MÈmm :x:x::;x:x •.v.*>.vx- m ¦.v.'.v.v.vX’.vXv?vX-X v'.SW.WV.V ES® SES®: lifli vx-:- «mm vXvXv vXXv **-*.vy V.W- ¦wv: Xv.-XvX-X-XX '.WAV .V.V ¦w lllfli :*¥•»»; x-XvX-axXv .*.*.*.mm ••v.;.; vX-xo: mm vxx •.V.'.V.' •.V.'.’.V v.*.SW» '.'.’.•.v m m ¦x::->x
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