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Titre :
La revue de Manon
Revue bimensuelle de littérature québécoise qui aborde aussi la musique, le cinéma, le théâtre, la mode et l'histoire. [...]

Revue bimensuelle de littérature québécoise qui s'inscrit dans le sillage des revues féminines de l'époque, qui proposent une vision conservatrice du rôle de la femme en société.

Fondée par la femme de lettres Emma Gendron, cette revue invite écrivains professionnels ou amateurs à lui faire parvenir leurs oeuvres sous forme de récits ou de nouvelles pour être publiés dans le but de favoriser l'épanouissement des lettres québécoises. Les autres sujets abordés sont la musique, le cinéma, le théâtre, la mode, l'histoire de Montréal. On y trouve aussi des extraits d'oeuvres d'écrivains français.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 6, p. 91-92.

LACASSE, Germain, « Écrire entre les lignes : Emma Gendron et le nouveau cinéma québécois des années 1920 », Nouvelles vues, no 12, printemps-été 2011, p. 12-30.

Éditeur :
  • Montréal :E. Gendron,1925-1931
Contenu spécifique :
dimanche 1 mai 1927
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
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Références

La revue de Manon, 1927-05, Collections de BAnQ.

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Revue Littéraire la plus Distinguée des Foyers Canadiens Montréal, 1er Mai 1927 Troisième année .tox*: • VV Ül v.v.-.v V.v xxx «xx.WIlpl «ni 1* .••SS' Sxx .V/.V xïx:ÿ::-':-x- « WêÈy ; •A*.' V.'iV.'.•x::::v.x v.v.y.#.' >v.w.\ .'v yxxvyx.xxx-ssvv v.w vvvv V.V xWSS: vv.\v X;X; vv.v mmïm % « il ti xxx •¦V.V • « • ;«* .••••••v ¦yy.y:-:-:-: ¦¦V.V .vXv V.V VVV ¦; v.v.v IvX'X1 • • • ¦il mm :x**x .v.-.V.V IfÉIIÉ v.;,v xx >.ÿy.Üi» ¦w; a* v.v.v Kv>: V.V.IPifi v.v •V.V ixx V.V.mm mm VA*.ini V.V.Êmmâ iililll mi -\W ••••V «il .pv 1»; •y.v.v.v X'XXvvv y » V XXX «JW -xx CXv .V.V aüs •VA «Xi**?.v.v mm mmm .’.'.'A' ftWÿSx XvX XX .xx xxvxvvv': .V.V.V.'.‘ .*.v.v.yXX ÿ.ÿXÿ x.r.xvx-yvvvXvv'-xX’Xvx-x-Xvvx-r .•.•.•.-X vv: : : :v v.;.:.;.;.;X-.- -.,.A-.-.;.; >:•:*>> xft:vxxx: XXX-vXXX VA' vvvXyXX X&x XXX: •.'.V.V iv.v.'.v.v.'.v.v.v.x-xxx- .l'.V.V.V.v.v iVA' SXXX XXv y v.y.v y.%' •;: - • ; •• V.- ¦¦ ¦•>.v X-v- Wï: : !.¦' •'l .¦ v • k * *¦ servante après les avoir débarrassés de leurs caoutchoucs et en les introduisant dans un salon qui sentait le renfermé.Us s’assirent.Il y avait là du velours d’Utrecht comme il devait y avoir du reps # dans les chambres Devant chaque fauteuil, un petit coussin rouge en forme de galette attendait les pieds des dames en visite.Sur la cheminée, sous trois globes, une pendule de marbre noir et deux chandeliers d’argent.Sur la pendule, un motif en bronze représentant un guerrier romain.De petits ronds de dentelles sur les meubles.Dans une vitrine, une grande quantité d’objets d’ivoire et d’écaille et un œuf d’autruche.“Ce qu’on doit s’amuser ici ! fit Jacques entre ses dents.— Surtout, répliqua Fanny, quand on a rêvé de devenir châtelaine de la Roseraie T •- - • • • • — C’est vrai, murmura Jacques.Il n’en faut pas davantage pour troubler la plus solide cervelle.” Ils se turent, car ils entendaient le frôlement d’une robe dans le corridor et la porte s’ouvrit.C’était Marthe.Elle était de plus en plus spectrale avec son peignoir blanc qui flottait autour de ses membres grêles, et sa figure de cire et ses grands yeux noirs qui brillaient d’un feu de plus en plus inquiétant.Vivement, elle leur tendit ses deux mains: • “Oh ! que je suis contente !.contente de vous voir.Si vous n’étiez pas venus, je n’aurais pas pu attendre à demain pour venir chez vous !.Je me serais encore échappée, car vous êtes des amis, n’est-ce pas ?.Le Dr Moutier me l’a dit.et puis, monsieur Jacques, il faut.chut !.attendez !.” Elle alla écouter près de la porte.puis revint près d’eux, un doigt sur les lèvres exsangues.“Méfions-nous!.Méfions-nous de la vieille servante.Mais je pourrai maintenant toujours sortir quand je voudrai.car j’ai découvert ce matin que la clef du cellier ouvrait la petite porte du jardin.Comme cela, je ne serai pas obligée de rester dans le kiosque, la nuit, perdant mon temps à lui tendre les bras, quand il vient.vous comprenez, j’irai le rejoindre.et il pourra me serrer dans ses bras, et peut-être m’emporter avec lui, chez les morts !.Je voudrais tant être morte maintenant qu’il est mort!.Oh! j’espère bien que je n’en ai plus pour longtemps.Je vous disais donc, monsieur Jacques, et certainement Mme de la Bossière sera de mon avis: “Il faut que vous vengiez votre frère !” - “L’assassin de votre frère ne peut pas continuer ainsi à se promener parmi les hommes sans que vous vous en occupiez un peu.Songez que je déjeune, que je dîne tous les jours avec lui, moi !.Je ne suis soutenue que par l’espoir, la certitude d’arriver à le confondre.c’est la prière que j’adresse à Dieu tous les soirs.et, la nuit, Dieu m’envoie André pour me donner les renseignements nécessaires.des renseignements, monsieur IMPRIMEUR Notre motto: “Promptitude et satù tion”, vous assure plein et entier contt ment.Nos prix sont raisonnables.Tel.Lancaster 1M7 133, bMkTari Saimt-Lairrat.MmtrfaL cMontréal, 1er 3\fail927 Page vingt-et-une Jacques, qui feront que nous saurons tout.tout.et cela bientôt.Déjà, cette nuit, il est revenu.chut!.j’entends la vieille servante qui rôde dans le corridor.Il faut se méfier de la vieille servante.elle est peut-être complice.tout est possible.Elle écoute aux portes ! ” Elle alla entr’ouvrir la porte et dit tout haut, avec une affectation de civilité qu’elle croyait naturelle: “La pluie a cessé!.Venez donc faire un tour dans le jardin.Sur le seuil du jardin, ils rencontrèrent la vieille servante qui avait une bonne figure.Cette Nathalie avait servi la première femme de M.Saint-Firmin et n’avait jamais martyrisé la seconde.Elle paraissait tout à fait insignifiante et surtout préoccupée de sa lessive qu’elle achevait dans le cellier.Cependant, elle connaissait “son monde”, car elle demanda si “ces messieurs et dames” voulaient qu’elle leur servît quelque chose.“Rien ! Rien !.s’écria vivement Marthe.N’acceptez rien!.les biscuits sont moisis ! Ah ! vous ne direz pas, Nathalie, que les biscuits ne sont pas moisis !.” Nathalie, derrière elle, haussa les épaules avec douleur et pitié et se frappa le front en murmurant: La pauvre dame!!!” Et Marthe entraînait les autres dans le jardin.“Sans compter continua-t-elle, qu’ils peuvent être empoisonnés.Est-ce qu’on sait jamais ?.Moi, j’en mange, je mange de tout ce qu’il m’offre dans l’espoir de mourir, n’est-ce pas ?.Mais vous, ça n’est pas la même chose.” Ils la suivaient.Elle avait mis ses petits pieds dans de grosses galoches et * ils s’en furent ainsi tous trois, par l’allée du milieu, bordée de buis, d’arbres fruitiers si vieux, que l’écorce blanchie en tombait toute seule.Dieu ! que ce jardin était triste !.La pluie avait cessé, mais de toutes ces pauvres branches tordues et de ces dernières feuilles, le jardin pleurait goutte à goutte sa jeunesse à jamais enfuie et que personne n’avait songé à renouveler.Marthe avait jeté un fichu sur ses épaules, et s’en enveloppait frileusement, en attendant que les deux visiteurs l’eussent rejointe.M.et Mme de la Bossière comprirent bientôt où elle les conduisait.Ils apercevaient à l’extrémité d’une double rangée de tilleuls, sur la gauche, le fameux kiosque où Marthe venait passer une partie de ses nuits.C’était une petite boîte rustique, toute moussue, et dont le toit pointu avait d’épaisses garnitures de lierre relevé en panache comme un chapeau démodé.Les marches par lesquelles on accédait à la plateforme étaient moisies, s’effritaient de vieillesse et d’humidité.Une rampe de bois vermoulue qui fléchissait sous la main bordait l’escalier.Marthe semblait impatiente.LA REVUE DE {MANON Quand ils furent tous trois dans le kiosque, elle dit tout de suite: “Nous serons bien là pour ce que j’ai à vous dire.on ne nous entendra pas et, de cet endroit, nous pourrons voir tout ce qui se passe.Tenez, ajouta-t-elle brusquement, en étendant le bras, c’est là qu’il vient !.” Par-dessus le mur, on apercevait devant soi, dans le crépuscule humide qui jetait déjà son voile sur la pâle coulée du fleuve, un chétif bouquet de saules au pied duquel était attachée une vieile nacelle.Sur ce coin désolé de la rive pesait encore l’ombre proche et gémissante du petit bois de trembles.“Oh ! que c’est triste, ici ! ne put s’empêcher de dire Mme de la Bossière.— Oui, mais si vous saviez comme c’e*t beau au clair de lune !.quand il vient flotter sur les eaux, comme Jésus.Il marche sur les eaux, je vous assure, et cela lui paraît si naturel.Il aborde au rivage.— Mais, ma petite, il doit venir sur ce vieux bachot ! exprima Jacques, et le bruit des chaînes que vous entendez, c’est le bruit de la chaîne du bachot.quand il l’attache au pied des saules.— Mais laisse donc Mme Saint-Firmin parler.Tu penses bien que si c’était aussi simple que ça, Mme Saint-Firmin s’en serait déjà bien aperçue.— Vous avez absolument raison, madame.je ne suis ni aveugle, ni sourde, ni folle, quoi qu’en dise mon mari.— Vers quelle heure vient-il f demanda Fanny.* — Ordinairement, vers quatre heures du matin, madame.Mais je me tiens prête à n’importe quelle heure, et je ne me lasse pas de l’attendre, maintenant que je sais qu’il vient ou qu’il peut venir.parce qu’il ne peut venir évidemment toutes les nuits.Qu’est-ce que je ¦vous disais donc ?Après avoir abordé à cet endroit, généralement, parce que quelquefois il apparaît sans que l’on sache d où il vient, simplement en se rendant visible tout d’un coup.Il vient en me tendant les bras.en silence.en silence.On n’entend pas le bruit de ses pas.on n’entend que le petit bruit de chaînes.dont s’accompagnent toujours, paraît-il, les pas des fantômes qui sont les captifs de la mort.— Ma pauvre enfant ! Ma pauvre enfant !.interrompit encore Jacques.Où avez-vous lu tout ça ?.Où avez-vous rêvé tout ça ?.— Mais laisse-donc, je t’en prie, Jacques !.fit encore Fanny avec humeur.— J’ai pu croire que je rêvais.Mais maintenant je suis sûre qu’il vient, qu’il m’attend, qu’il m’aime toujours.assura Marthe, avec d’angéliques hochements de tête.Elle est bien à plaindre la pauvre chère âme avec sa blessure rouge à la tempe !.C’est évidemment sur moi qu’elle compte pour la venger.mais je suis si faible.si faible., que je n’y arri- verai jamais si vous ne m’y aidez pas !.” Elle leur prit une main à tous les deux ec la leur serra avec une force nerveuse dont ils l’eussent cru incapable.“Dites-moi que vous m’aiderez, et je vous dirai ce qu’il m’a dit cette nuit.— Vous savez bien que nous vous aimons beaucoup, ma petite Marthe, dit Fanny.— Ce n’est pas cela que je veux entendre !.Dites-moi: “Je vous aiderai !” — Eh bien ! nous vous aiderons !.— C’est cela.merci !.Maintenant, je suis plus tranquille.C’est un grand secret qu’il m’a confié là.et qui va peut-être pouvoir nous aider beaucoup.Il m’a dit si douloureusement, si douloureusement.“Marthe ! Marthe ! je voudrais reposer en terre sainte.va chercher mon cadavre !.“Alors je lui ai demandé: “—Dites-moi, André, où est votre cadavre ?.“Et il m’a répondu: “—Eh bien, mais!.Il a caché mon cadavre dans la malle !.“Et là-dessus, il a disparu comme de la fumée.Qu’est-ce que vous dites de ça ?.Nous savons maintenant où est son cadavre.il faudrait savoir où est sa malle.ça sera peut-être très difficile.On a cherché parfois des cadavres dans des malles pendant des mois, des années.Rappelez-vous l’affaire dont nous a tant parlé le Dr Moutier, l’affaire Gouffé, je crois.Enfin, il faudra être bien prudent parce que Saint-Firmin a dû prendre ses précautions !.Et maintenant, descendons.descendons vite; revenons à la maison, car mon mari ne sera plus longtemps à rentrer.Je veux qu’il nous trouve bien sages, tous les trois dans le salon, et nous parlerons de la pluie sans avoir l’air de rien !.” Mais, rentrée dans la petite maison du LES JOLIS ROMANS D’AMOUR: 30c le- volume, 4 pour $1.00 ! Sur reception de 30c, nous expédierons s Un mensonge sublime—Malicet Baiser de mort—Maldague La Dame Blanche—Morphy Coeur rouge—Alain La belle chiffonnière—Maldague Le Petit Mécano—Boissière Forfaiture—Landay Les deux Michelines—Maldague Fleur d’amour—Landay Le bel Alfred—Fontbrune Paradis d’amour—Allain Le nid abandonné—Alary Coeur de père—Vincent La chaîne infernale—Zahori Le petit muet—Keroul Le crime du Docteur—Spirzmuller Librairie Pony 374 Ste-Catherine Est, Montréal Page vingt-deux LA REVUE BE SM A N O N (Montréal, 1er (Mai 1927 bord de l’eau, Fanny, en quelques mots, prit congé et ils se sauvèrent.On n’eût pu se servir d’un autre mot.Jacques était incapable de parler.Fanny avait à peine pu tirer une phrase de politesse hors de sa gorge desséchée.C’est elle qui, la première, eut reconquis un peu de sang-froid.“Il faut, dit-elle, savoir ce que tout cela veut dire.On a fini de rire avec cette petite.— Elle ne m’a jamais fait rire !.exprima Jacques, dont la pâleur effraya Fanny.— Remets-toi, lui dit-elle.Avant tout, il ne faut pas faire les enfants.— C’est épouvantable! murmura Jacques.quand elle a dit la chose.j’ai cru que j’allais m’abattre comme une masse.Cette petite a des visions !.je finirai par croire que Moutier n’a peut-être pas tout à fait tort de prétendre.— Tais-toi ! Moutier se moque de nous !.Tu ne vas pas devenir aussi fou que Marthe, hein ?.André n’est pour rien là-dedans!.Si André, réellement, lui apparaissait, si André pouvait quelque chose.il nous aurait déjà arraché ses enfants !.Or, il ne s’en occupe même pas.— C’est vrai ce que tu dis !.— Sais-tu ce que je pense ?.Je pense, moi, qu’elle voit réellement quelqu’un.et pas une ombre, pas un fantôme, quelqu’un de bien vivant, qui a peut-être.quand je dis peut-être.qui a dû assister à.à l’affaire.en tous cas, (et elle se penche à son oreille), qui t’aura vu dans la forêt, mettre le cadavre dans la malle !.Voilà ce que je pense.quelqu’un qui ne veut pas se compromettre, qui ne veut faire aucune dénonciation, mais qui connaît Marthe et son caractère mystique.et qui a trouvé ce moyen de la mettre sur la trace.Voilà ce que je crois, et c’est beaucoup plus grave que toutes vos histoires de fantômes.— Oh ! fit Jacques, qui s’arrêta et s’appuya contre un arbre, car il ne pouvait — Il faut savoir si nous en sommes là !.et dans ce cas.— Dans ce cas ?.— Agir.et agir sans perdre une minute.” Fanny le prit sous le bras, l’entraînant, essayant de lui passer un peu de son courage.Mais chez Jacques la volonté chancelait.XVII A QUATRE HEURES DU MATIN., -J A quatre heures du matin, deux ombres immobiles se dissimulaient derrière une clôture, à quelques pas de la petite maison du bord de l’eau.De l’endroit où elles se trouvaient, elles découvraient tout le coin de la rive jusqu’au bouquet de saules et, à gauche, le mur du jardin, puis, se perdant dans l’obscurité d’une nuit où la lune se montrait avare de ses rayons, le petit bois de trembles qui finissait là la forêt de Sénart.Dans le mur, il y avait une petite porte qui restait fermée.Dans le kiosque, on n’apercevait aucune silhouette accoudée sur la rampe rustique dans l’attente du mystère nocturne.“Ils ne se sont peut-être pas donné rendez-vous, ce soir.” souffla Jacques à l’oreille de Fanny.Mais Fanny lui mit la main sur la bouche.Et ils attendirent encore.patiemment, car ils voulaient savoir.savoir.Quatre heures et demie.Soudain, la petite porte s’entr’ouvre tout doucement, et une forme blanche apparaît sur le seuil.C’est Marthe.Elle est telle qu’ils l’ont vue l’après-midi, même, dans sa robe blanche, avec son châle sur ses épaules frissonnantes.Elle fait deux pas comme en un rêve.Sa démarche est lente, on dirait une somnambule.Elle étend les bras.Elle regarde autour d’elle, elle s’arrête devant l’ombre difforme et fantastique des saules et elle appelle d’une voix basse et passionnée: “André!.André!.” “Tu vois bien qu’elle rêve.” dit Jacques.Fanny lui serre la main à la briser.“Tais-toi donc !.Tu n'entends pas un bruit de chaînes ?.— Si, si, mais c’est là chaîne du bachot.— Attends donc !.— Mais Marthe va tomber à l’eau !.— Eh ! Après ?” répliqua la voix sèche de Fanny.Mais Marthe ne tomba pas à l’eau; elle marchait le long de la rive et se pencha sur le fleuve et tendit les bras dans les bras dans un équilibre inquiétant en répétant de sa tendre voix suppliante: “André!.André!.” Mais elle ne tomba pas.Un instant, elle resta tout à fait immobile, comme en extase, sembla parler à quelqu’un, lui adressa des signes.puis tout doucement, la tête appuyée sur l’épaule et les bras ballants, elle revint vers la porte, en pleurant.Afin de ne perdre aucun de ses mouvements, Fanny et Jacques étaient peu à peu sortis de leur cachette.Persuadés, du reste, qu’ils avaient affaire à une personne en état de somnambulisme, ils ne prenaient plus de grandes précautions.Fanny disait à Jacques: “Tu l’as vue ?Tu l’as entendue ?.Demain, elle nous racontera encore qu’elle a vu son mort et qu’elle lui a parlé !.— Ce qu’il y a de terrible, répliqua Jacques, c’est qu’elle nous dira peut-être, encore comme aujourd’hui, ce que le mort lui a répondu.” Il avait prononcé ces mots à voix très basse et cependant ils eurent l’effroi de voir tout à coup la forme blanche de Marthe suspendre sa marche hésitante, se retourner vers eux et leur dire: “Non ! non !.ce soir le mort ne m’a rien dit !.le mort n’est pas venu.et pourtant je l’ai bien appelé.je lui ai parlé, moi !.je lui ai dit tout ce que j’avais sur le cœur.mais il n’est pas venu !.que voulez-vous, ce sera pour une autre nuit.” Et elle essuya du doigt ses larmes, puis tranquillement, elle continua: “Quant à vous, mes amis, je vous attendais, oh ! je savais bien que vous viendrez !.Sitôt que Mme de la Bossière m’a demandé hier: “A quelle heure vient-il, votre fantôme ?” j’ai bien compris que vous viendriez !.Vous vouliez vous rendre compte.savoir si je ne rêvais pas tout éveillée.c’est assez naturel !.Le malheur est que justement aujourd’hui il ne soit pas venu ! car nous aurions pu causer tous les quatre !.” Ayant dit ces choses, non point dans le rêve, mais “dans la vie” et fort posé- plus marcher.si nous en sommes là ! K* * FlNSSt CANADIAN?m» f»«< («TiiUU ce t MONTaiAt.l—< Gin Canadien Melchers Croix d’or LA BOISSON LA PLUS SAINE (( Fabriqué à Berthierville, Qué., sous la surveillance du Gouvernement Fédéral, rectifié quatre fois et vieilli en entrepôt pendant des années.TROIS GRANDEURS DE FLACONS: Gros: Moyens: Petits: 40 onces 26 onces 10 onces $3.65 2.55 1.10 Melchers Distillery Co., Limited MONTREAL.% Î2 t"Montréal, 1er OA ai 1927 LA REVUE DE OA A N O N Page vingt-trois 1 -Montréal vmz AVEC CE DOLLAR À riNsnruïMriouE oüimbt FAITES1 UN DOLLAR EM ENVOYANT Vtf CLIENT Un dollar sera alloue au client porteur de ce billet sur J’achat d’un ïor&non o-u.lu-nette ajuste à S'a-vue.coupott-adrewe ci-attache ci venez écharpé* ce bille! pouf uti Dollar en aiÿeni si le client achèic un lofènon ott luîteÜe ajusté à sa vue S*i vous envoyé?un client gardez le Dollar à'économie et donnez le eoupoK-adres^e ci-attaché 9224 et du billet devront corr sWÏRBBK Mil HÉÉÉteÉÉI •A'*.' il msmm\ \\v».J'VAV ».WÆ mm W MipOLÏAR‘1 fMO’ECOKOMIE A GAGNER'^» '4 > V4^ VàTSyS mviWivei'i'iwri MST» ' ivâ m mhmi o »r* i’IYiïlï VA 3^ K&!k gu» UUUMUliUll.llllllf ifiL'l ifiiiiiaiiiniiii sïWW •*fri.T&éA UUM.I.U.Mmi iiiiiiniuuMaiai 't, mmmm 'wmm.Sï&f K9S« KHI W//ÆwÆfomi Coupon-adresse ro ** O W CO » */a to S f-ïJ !v)2S t-tf ÛJ ment, elle leur serra la main à tous deux comme à de bonnes vieilles connaissances o.u’elle était heureuse d'avoir rencontrées avant de rentrer chez elle, et elle rentra, en effet, chez elle, en refermant soigneusement la petite porte du jardin.“Ce qu’il y a d’extraordinaire, dit Fanny à Jacques, quand ils se retrouvèrent seuls.— C’est que nous soyons ici, répondit Jacques.Allons-nous-en!.— Je ne l’ai jamais vue aussi lucide!.Elle raisonne fort bien!.Et, tu vois, pas plus que nous, elle n’a aperçu le fantôme.— Allons-nous-en!.” Mais tout à coup, ils tressaillirent tou3 les deux, car ils venaient d’entendre à nouveau, dans la nuit, le bruit cle chaînes.Ils se dissimulèrent aussitôt derrière leurs planches, et avidement, regardèrent.Ils aperçurent alors une forme penchée qui glissait sur les eaux pâles, qui disparaissait un instant derrière les saules, qui faisait encore entendre un bruit de chaînes et qui réapparaissait sur la berge où elle se mettait à marcher avec des gestes bizarres.“Mais c’est Prosper le bancal!.fit Jacques.— Le sourd-muet!.dit Fanny.Tiens, il traîne, à l’une de ses béquilles un filet plein de poissons.—• Il revient de la maraude,expliqua Jacques.Il sera allé braconner avec le bachot.— Je parie que c’est lui qu’elle aperçoit, qu’elle voit!.exprima Fanny.— Les sourds-muets ne parlent pas, dit Jacques.— Est-on sûr qu’il soit sourd-muet, celui-là?” A cette question posée par sa femme et dont il appréciait, dans le moment toute l’importance, Jacques ne répondit pas.Et ils ne dirent plus rien, car ils s’étaient compris.Prosper, claudiquant, brinqueballant son filet dont les écailles d’argent brillaient de temps à autre sous la lune, s’éloignait très vite, s’enfonçait dans le bois de trembles, rejoignant la forêt dont il avait fait sa mystérieuse demeure.“Je crois que nous pouvons nous en aller, maintenant, dit Fanny.Il n’y a plus rien à voir ici.” Et ils rentrèrent à leur tour, chez eux, par le fond du parc et la petite poterne de la Tour d’Isabelle dont Jacques avait pris la clef.Les chiens n’aboyèrent même point.S’ils avaient été surpris, en bas, à une heure pareille, surveillant la petite demeure du bord de l’eau, ils avaient décidé de tout dire au vieux Saint-Firmin des lubies de sa femme, de façon à ce qu’il la surveillât mieux ou à ce qu’il la fit enfermer dans une maison où ses propos n’auraient plus aucune importance, et où elle aurait cessé d’être dangereuse pour tout le monde.Or, voilà que quelqu’un, un pauvre être qui passait pour idiot et que l’on croyait sourd et muet, et qui habitait un misérable trou de grotte, dans la forêt, les préoccupait davantage maintenant que Mme Saint-Firmin elle-même.XVIII LE DANGER SE RAPPROCHE.Le lendemain, Jacques resta toute la journée au château, incapable du moindre travail, depuis qu’il savait que le mort avait dit: “Il a caché mon cadavre dans la malle !” Cette phrase l’avait tenu en éveil toute la nuit, et l’avait poursuivi toute la journée, le reportant par la pensée dans le coin de cette cave où il avait enfoui le corps de son frère.Ou Marthe agissait et voyait et entendait comme une somnambule et, dans ce cas, le somnambulisme devenait étrangement dangereux, ou elle était renseignée réellement par quelqu’un; et alors, ils touchaient, peut-être, à une catastrophe.Quant à Fanny, elle appelait toutes les ressources de son intelligence pour prévenir le péril, pour le conjurer, pour le deviner.Prouvant une force de caractère peu ordinaire, elle vaqua à ses devoirs de maîtresse de maison avec une liberté d’esprit apparente, qui ne laissa point deviner un instant sa terrible préoccupation.Et cependant, elle ne pensait, elle aussi, qu’à ça !.Pour elle, il ne faisait point de doute que “quelqu’un savait”.Etait-ce le bancal ?le jeteur de sorts ?comme on l’appelait dans le pays ?.Le coup venait-il de cet idiot ?A la réflexion, elle ne pouvait y croire.L’être paraissait si insignifiant.et puis, encore une fois, il était bien connu comme sourd-muet.Tout à coup, comme elle se promettait de l’approcher dès qu’elle aurait été avertie de sa présence, soit à la Roseraie, soit à Héron où il venait souvent mendier, elle se rappela qu’elle avait aperçu Prosper à Héron même quelques instants seulement avant le retour de Jacques en au- Un Dollar pour Vous! No 9224 cMontréal, 1er £Atai 1927 Page vingt-quatre tomobile à Héron, le fameux matin sinistre.11 ne pouvait donc point avoir assisté “à la chose”, dans la forêt.Elle courut dire cela à Jacques qu’elle trouva prostré au fond dun fauteuil, devant son bureau., La sueur au front, il dut se rappeler exactement où la “chose s’était passée’’.D’une voix sourde, il expliqua quelle s’était passée, à plus d’une lieue de là, au rond-point de la Fresnaie.Ce souvenir et cette précision les rassurèrent en ce qui concernait Prosper.Du reste, un événement qui survint dans l’instant, devait les tranquilliser tout à fait à cet égard.Il était cinq heures environ; le jour touchait à sa fin quand un garde demanda à parler à Jacques et fut introduit.Ce garde expliqua qu’il avait trouvé des lacets de braconnier dans le bois, qu’il les avait surveillés et qu’il avait découvert le “fautif”.Ce n’était ni plus ni moins que le jeteur de sorts qui, en l’apercevant s’était enfui si malheureusement qu’il pouvait bien s’être cassé la jambe.“Et qu’est-ce que vous en avez fait?demanda Fanny.— Mon garçon et moi, nous l’avons ramené sur nos fusils et deux branches d’arbres.Il n’a pas cessé de gémir.Nous sommes bien embarrassés de lui, mais ce n’était pas chrétien de le laisser dans le bois dans ün état pareil.— Vous avez bien fait de le ramener, dit Fanny.C’ est un pauvre homme.Le Dr Moutier va aller voir ce qu’il a.Où l’avez-vous déposé?— Chez la concierge! -—J’y vais tout de suite.” Elle entraîna Jacques: “Darling, je vous prie, sortez de cet accablement.Soyez fort, continuez à commander à la fortune qui vous a chéri depuis cinq ans.et si quelqu'un sait.ne désespérez pas encore.car alors, il sait depuis cinq ans, et pendant cinq ans, il n’a rien dit.et peut-être aussi qu'on ne sait rien et qu'on désirerait savoir!." Mais Jacques secoua la tête.“Il ya dit-il, des choses là-dedans qui nous dépassent! — Taisez-vous, petit tchéri!.Il n’y a dans tout ceci qu’une folle qui doit se taire, ou qu’une petite fille très intelligente, qui fait la folle et qui, je vous le jure, se taira tout de même!." Il la vit devant lui, debout, admirable d’énergie.et si menaçante.qu’il en fut un peu rassuré.et qu’il eut honte de lui-même.“Allons voir notre sourd-muet”, décida-t-il.” Le Dr Moutier que l’on dérangea dans la rédaction d’un article sur “la suggestion dans l’emploi des vésicatoires” les suivit en bougonnant.Il aurait voulu avoir terminé cet article pour l’arrivée du professeur Jaluox.Le Dr Moutier était le seul qui restait alors au château de tous les hôtes de la Roseraie.Il profitait LA REVUE DE MANON avec acharnement de cette retraite pour mettre au point le premier fascicule de la Médecine astrale, sur lequel Jaloux, de l’Académie des Sciences, qu’il attendait d’un instant à l’autre, devait venir jeter le coup d’oeil du maître.Moutier regretta d’autant plus le temps qu’on lui faisait perdre qu’il se rendit compte tout de suite qu’on l’avait dérangé pour peu de choes.une simple foulure.très douloureuse, sans doute, car Prosper poussait des cris inarticulés dès qu’on le touchait, et il ne fallait pas être dégoûté pour le toucher, grognait le docteur en se relevant et en réclamant de l’eau et du savon pour se laver les mains.“Vous allez prendre une brosse de chiendent, du savon noir et de l’eau chaude et me nettoyer cette ordure”, dit-il au garde et au concierge en leur montrant le misérable qui essayait de se soulever sur ses coudes comme s’il voulait fuir, et dont les gestes désordonnés smblaint réclamer les béquilles qui avaient été jetées dans un coin.“Après, continua le père Moutier, je le panserai.et il pourra retourner au diable!” Jacques et Fanny n’avaient point cessé de dévisager l’idiot et de chercher à pénétrer un peu le mystère de son imbé-cilité; mais c’est en vain qu’ils avaient épié un lueur de raison, une intention quelconque dans son regard de bête.Un grognement perpétuel sortait de sa bouche tourmentée: “Han!.Han!.Han!.Han!.” Dans le moment qu’ils se détournaient de ce triste spectacle avec dégoût, mais rassurés, M.et Mme de la Bossière ne furent pas peu étonnés de voir accourir Mlle Hélier.Très pâle et extrêmement agitée, elle semblait avoir perdu la force de parler: “Oh! madame!.madame!.— Qu’y a-t-il, mademoiselle Hélier?.Voyons, parlez!.Mon Dieu! il n’est rien arrivé à Jacquot?.—Non, madame.non, pas à Jacquot, mais au petit François.— Ah! bien, vous m’avez fait une peur!.— Qu’est-il arrivé à François?demanda vivement M.de la Bossière.— Oh! rien de grave, monsieur, heureusement.— Alors, pourquoi êtes-vous dans cet état?.— C’est à cause de Mme Saint-Firmin.— Quoi?.Quoi?.Mme Saint-Firmin?.Qu’est-ce qu’elle a fait, Mme Saint-Firmin?.Fanny se plaça devant son mari qui tremblait déjà comme une feuille et répéta hostile: “Oui, qu’est-ce qu’elle a fait, Mme Saint-Firmin?— Elle est évanouie, madame! — Evanouie ?.Où ça ?.— Dans la chambre de madame!.— Dans ma chambre! Qu’est-ce que cela veut dire?.” Le docteur et Jacques couraient déjà en avant et Mlle Hélier donnait des explications à Fanny qui la harcelait de questions et qui aurait voulu comprendre et qui ne comprenait rien, rien à une pareille histoire.Voilà ce qui était arrivé: dans l’après-midi, le petit François s’était plaint de maux de tête et Mlle Hélier l'avait couché, se promettant d’avertir le docteur si l’enfant se plaignait encore.Mais il s’était endormi presque tout de suite et elle l’avait laissé reposer, persuadée que sa légère indisposition avait été causée par la fougue excessive avec laquelle le petit s’éait livré au jeu durant toute la matinée.L’institutrice s’était ensuite retirée dans la salle d’étude, certaine qu’elle entendrait le premier appel de l’enfant, et elle s’était mise à sa correspondance.iC’était jour de congé.Germaine et Jacquot étaient allés à la promenade avec Lydia.Rien ne venait troubler le grand silence du château, et il n‘y avait aucune raison pour que Mlle Hélier n’entendît pas le moindre bruit.La salle d’étude n’était séparée de la chambre de François que par le cabinet de toilette des enfants.Pour ne point troubler le repos du petit, Mlle Hélier avait fermé la porte de l’étude où elle travaillait, mais elle avait eu soin de laisser, grande ouvrte, celle qui faisait communiquer les deux autres pièces.Deux heures environ s’étaient écoulées ainsi.Surprise du sommeil prolongé du petit, Mlle Hélier s’était enfin levée, avait ouvert la porte du cabinet de toilette et toute de suite avait poussé un grand cri.Une terrible odeur de gaz la suffoquait! Elle n’écoutait cependant que son courage et se précipitait dans la chambre de l’enfant.Là, qu’elle n’était pas sa stupéfaction en constatant que l’enfant n’était plus dans son lit et que la fenêtre de la chambre était ouverte! Elle continuait alors sa course insensée, traversait ainsi l’appartement de Mme de la Bossière, arrivait dans la chambre, trouvait le petit qui se réveillait dans le lit de sa tante et, au pied du lit, Mme Saint-Firmin évanouie!.Elle l’était encore, du reste, car les soins de Mlle Hélier et ceux de la femme de chambre, accourue, n’avaient pu la faire revenir à elle.“Pour moi, conclut l’institutrice qui avait de la peine à suivre Mme de la Bossière, c’est Mme Saint-Firmin qui a sauvé le petit.Elle sera entré dans sa chambre, aura sentit le gaz, ouvert la fenêtre, transporté François jusque dans votre chambre et là, s’est évanouie!.— Possible! répartit entre ses dents Fanny qui courait, mais comment Mme Saint-Firmin s’est-elle trouvée justement là pour sauver le petit, à votre place !" — Oh! madame!.Mlle Hélier avait compris le reproche.Elle y fut sensible, et soupira: “Le père, de son vivant, qui connaissait mon dévouement, ne m’eût jamais dit une chose pa- c!Montréal, 1er SM ai 1927 LA REVUE DE SM A N O N Page vingt-cinq reille!.” Et elle se traîna derrière Fanny, les jambes brisées.Pour Mlle Hélier, le père maintenant était bien mort.Depuis que la table avait parlé, elle n’en doutait plus.Enfermée, le soir dans sa chambre de la Tour Isabelle, les mains sur son guéridon d’acajou, elle passait les nuits à l’appeler, à lui crier: “Esprit, es-tu là?” et à lui donner tout haut des renseignements circonstanciés sur le degré d’instruction des enfants.Quelquefois elle s’enfermait avec les enfants eux-mêmes et avec l’esprit, et il se passait alors des séances qui intriguaient fort Lydia, le fraülein dont elle se méfiait, du reste, comme du feu.Elle se consolait de ce que l’esprit ne lui répondait pas (car jj ne iuj répondait pasj en lui parlant jusqu’au petit jour.Elle enviait Mme Saint-Firmin qui paraissait en communication directe avec l’esprit d’André, et pour Mlle Hélier, il ne faisait point de doute que ce fût l’âme du défunt elle-même qui avait si miraculeusement conduit les pas de la femme du notaire jusque dans la chambre du petit, envahie par le gaz.Pourquoi était-il allé chercher Mme Saint-Firmin si loin, quand, elle, Mlle Hélier était si près! Mais l’institutrice n’en était plus, depuis qu’elle faisait du spiritisme, à compter le3 caprices des morts.Elle eût donné beaucoup pour tenir au moins de la bouche de Marthe, la confirmation de ses imaginations! Hélas, à sa grande confusion, elle se vit fermer la porte au nez, asse z brusquement, par Fanny.Alors, elle resta derrière la porte et écouta.Dans le moment, la pauvre petite Mme Saint-Firmin revenait à elle, grâce aux soins énergiques du docteur, et commen-ait à tenir des propos qui devaient, en effet, rempilr d’une joie sainte une spirite orthodoxe comme Mlle Hélier, mais qui inquiétèrent de plus en plus l’esprit positif de Mme de la Bossiôre, troublèrent jusqu’au fond d son obscure conscience l’âme tourmentée de Jacques, et donnèrent fort à réfléchir au Dr Môntier, lqeuel était toujours stupéfait de trouver sur son chemin des événements semblant donner quelque raison à ses théories astrales.Aprè3 s5être enquis d’abord de la santé de l’enfant, Marthe raconta l’étrangs histoire suivante: “A la tombée du jour, je faisais ma promenade ordinaire le long de la rive, lorsque, brusquement, sortit de la buée qui, déjà, enveloppait le fleuve, l’image ttoute proche d’André.— Il ya donc une heure à peine que cette image vous est apparue?interrompit Fanny.— Il devait être d’assez bonne heure, à peu prè3.oui, à cinq heures moins le quart, peut-être.— Continuez, mon enfant!.” et Fanny pensait: “Il ne peut donc s’agir du ban- cal qui était déjà dans les mains du garde et de son fils, depuis plus d’une heure,” et, pensant ainsi, Fanny nécessairement pensait juste.“Donc, je vis André, continuait Mme Saint-Firmin.Je ne fus pas autrement étonnée, bien qu’il ne fût pas dans ses habitudes de venir me voir si tôt, mais, l’ayant vainement attendu la nuit précédente, mon âme l’appelait avec une telle ferveur et une telle impatience que j’avais bien pensé qu’il n’aurait pas le courage de me résister plus longtemps.“C’est ce que je lui dis, du reste, immédiatement: “— André, je t’attendais, pourquoi n’es-tu pas venu la nuit dernière?Où étais-tu?Pourquoi n’es-tu pas toujours avec moi?Tu vois bien que ce m’est un supplice de vivre sans toi?Que fais-tu lorsque tu es loin de moi?“Alors, l’image, car dans la buée, il m’apparaissait telle une image transparente et si légère que je redoutais à chaque instant de la voir se dissiper comme la vapeur qui nous entourait, alors l’image me dit: “Marthe, il faut veiller sur les enfants!” “Et sa voix, en disant cela, était d’une tristesse infinie et me glaça le coeur, et, de cette minute, je commençai à appréhender qu’un malheur les menaçât.“— Mon Dieu! m’écriai-je, il ne leur est rien arrivé?.“André me répondit simplement: “— Viens!.car un mort ne peut pas toujours être là!.On ne me laisse i)as toujours faire ce que je veux! “— Tu es donc bien malheureux, André?“Alors, il me répliqua: “— C’est le mystère de la mort! On no peut rien dire!.Mais viens!.“— Où veux-tu que j’aille?“Mais il ne me répondit pas.Seulement, je sentis une main de marbre qui se posait sur mon poignet! Jamais! jamais je n'eusse pensé qu’une main de mort fut si lourde.“Et la mienne était si légère dans cette étreinte de pierre! “J’aurais voulu résister que je n’aurais pas pu.Il m’entraîna dans le petit bois de trembles et me conduisit jusqu’ici, à travers champs.“Seulement, son image blanche, à côté de moi, était devenue dans la nuit commençante, presque noire.Il ne me disait plus un mot.Il poussa la petite porte du parc et nous traversâmes le parc toujours en silence.PETITE POSTE Sous cette rubrique La Revue de Manon publiera des petites annonces au tarif de 4 sous le mot, nom et adresse compris.CONDITIONS 1.—Toute annonce devra être accompagnée du nom et adresse de l’annonceur.2.—Les annonces doivent nous parvenir le 10 ou le 20 de chaque mois.3.—La direction de La Revue de Manon se réserve le droit de refuser les annonces ou les modifier selon le cas, afin de ne pas dépasser la limite permise dans ce genre d’annonces.4.—Les annonces refusées seront retournées avec l’argent reçu, moins les frais de poste pour retour.Refusez toutes imitations Exigez les véritables j CHOCOLATS VERMIFUGES J ( DU DR.CHARLES} , - -#§£ Ces chocolats d’un effet certain, inoffensifs et très agréables, expulsent les vers et font disparaître la plupart des affections rencontrées chez les enfants, telles que Fièvre, Etat bilieux, Perte d’appétit, Maux d’estomac, Insomnie, Agitation durant le sommeil, Mauvaise humeur, Teint pâle.MARTINEAU-BOUCHER Pharmacien en gros 148 St-Maurice, Montréal En vente partout à 80 cts bientôt je n’aperçus plus l’image, mais je sentais toujours la main.“Les portes s’ouvraient devant nous, dans le noir.et se refermaient derrière nous.Je le3 entendais distinctement s’ouvrir et se refermer.“Nous sommes arrivés ainsi dans cette chambre où il faisait encore un peu jour.ohf à peine! mais suffisamment pour que l'în pût voir, dans le lit, le petit François qui reposait.L’ombre était redevenue visible.Elle me lâcha la main et je la vis se pencher au-dssus du lit.Alors, elle Roussa un long soupir et dit: “Veille sur lui!” “Chose extraordinaire, j’étais intriguée, mais je n’étais pas épouvantée.Je le plaignais seulement à cause de ce qu’il m’avait dit et je pensais en frissonnant que le malheureux avait dû être tué en état de péché mortel.“Nous ne rencontrâmes personne dans le parc, personne sur le perron, personne dans le vestibule.Lé .château était déjà à peu près plongé dans l’obscurité et “Puis je ne la vis plus.“Mais j’entendis la porte qui conduit dans l’appartement des enfants s’ouvrir et se refermer.“Comme si je n’étais soutenue que par la présence de l’esprit, je sentis, sitôt qu’il fut parti, mes forces m’abandonner et je glisrai sur le tapis.“Je suis vraiment si faible.si faible.je crois bien alors que j’existe plus qu’en Page vingt-six LA REVUE DE [MANON lMontréal, 1er [Mai 1927 sa présence.alors il vaudrait mieux que je fusse morte tout à fait!.Enfin, je vous ai dit tout ce que je sais, tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai entendu, pour que ce soit un avertissement pour vous!.André, en somme, vous avertit par ma bouche qu’un malheur menace les enfants.11 veut que je veille sur eux, mais je n’en ai pas la force et, moi non plus, je ne fais pas ce que je veux!.Mon mari va rentrer tout à l’heure de l’étude et me cherchera partout ! Il viendra ici.Il m’emportera.Promettez-moi de bien veiller sur les enfants.c’est la commission du mort!.Fanny n’avait pas attendu les dernières paroles de Mme Saint-Firmin pour aller poser des questions au petit François que l’on avait transporté dans la nursery.Mais l’enfant déclara qu’il ne s’était aperçu de rien! qu’il avait été trè3 étonné de se réveiller dans un lit qui n’était pas le sien.Alors, Fanny interrogea les domestiques, visita l’appartement et se rendit compte que dans le cabinet de toilette un tuyau en caoutchouc alimentant une cheminée à gaz avait sauté: quand elle revint, son opinion était faite.Elle interrompit les propos incohérents qui s’échangeaient entre le docteur, Jacques et Marthe.“Mon enfant, dit-elle à Marthe, qui lui avait abandonné des mains de fièvre.vous êtes très malade.Si votre mari ne vous fait pas soigner tout de suite, et loin d’ici.— Oh! madame, je ne demanderais pas mieux que de partir.je suis sûre qu’An-dré me suivra partout où j’irai.— Vous voulez dire: sa pensée.Vous vivez tellement avec sa pensée que vous ne faites plus un pas sans vous imaginer qu’î'Z vous accompagne.et vous ne vous rendez pas plus compte de vos gestes que si c’était une autre qui les accomplissait.Vous ne vous souvenez même plus que c’est vous qui venez de sauver le petit François d’un grand malheur!.— Moi, madame ! — Oui, vous!.Ecoutez, je vais vous dire, mol, ce que vous avez fait.Faites un effort sur vous-même.Voilà ce qui s’est passé.Vous êtes venue ici pour les mêmes raisons que ces jours derniers, travaillée par l’idée de revoir les lieux habités autrefois par André et poussée par le besoin de nous parler de lui.* — Oh! madame, et l’apparition?.— Laissez-moi donc tranquille avec l’apparition!.Toutes les personnes faibles comme vous ont des apparitions!.Donc, vous êtes venue au château.Vous n’v avez trouvé personne: nous étions en effet, à l’autre bout du parc, chez le concierge.Vous avez gravi l’escalier, espérant me trouver dans ma chambre.des portes étaient sans doute ouvertes.vous êtes entrée.vous m’avez appelée.vous avez dûentendre des gémissements qui venaient de la chambre de François.“L’enfant, en effet, à demi asphysié dans son sommeil, pouvait râler, n’est-ce pas, docteur?.Vous avez ouvert la porte de la chambre de François.Vous avez été suffoquée par l’odeur du gaz, mais vous vous êtes précipitée vers la fenêtre, vous l’avez ouverte, vous avez pris l’enfant dans vos bras, vous êtes revenue ici, vous l’avez déposée sur le lit et, au bout de votre effort, vous vous êtes évanouie!.— François a donc failli être victime d’un accident par le gaz! s’écria Marthe.— Mais vous le savez mieux que personne puisque c’est vous qui l’avez sauvé, reprit Fanny!.— Comment, pouvez-vous douter, maintenant que ce n’est pas André lui-même qui vient me voir!” continua la malheureuse au comble d’une exaltation qui la dressa, toute frémissante, au milieu de la chambre.et elle tourna sur elle-même, cherchant le petit François que la fraü-lein avait emporté.“Oh! veillez bien sur eux! Veillez bien sur eux!.C’est moi maintenant, qui en suis responsable!.Ce n’est pas pour rien qu’André m’a amenée ici,' avec sa main de marbre!.André'a dit: “Il est temps!’’ André avait déjà sauvé son enfant.Il était passé par là.les morts entendent les cris de leurs enfants!.François a dû l’appeler dans son, sommeil.et- André est accouru!.C'est Im qui a ouvert la fenêtre.C’est lui qui a porté l’enfant dans le lit.c’est lui qui est venu mei chercher et m’a conduite jusqu’ici en me disant: “Veille!’’.Le croyez-vous, maintenant?Le croyez-vous?.Si ce n’est pas André, qui est venu me chercher, qui donc est venu?.Qui?.Mais je sais bien que c’est lui, moi !.” Et elle retomba sur son siège, cependant que les larmes coulaient doucement sur son pâle et triste visage.“Bien sûr que c’est lui!.” se disait dans le même moment Mlle Hélier en quittant hâtivement son poste pour n’être point surprise et en retournant sans tarder à son guéridon d’acajou.Il était temps, un domestique arrivait.Il ouvrit la porte et annonça à Mme de la Bossière que M.Saint-Firmin était en bas.et demandait à être reçu.“Allons lui parler!.Venez docteur, dit Fanny.Il faut décider cet homme à faire soigner cette enfant !.Et, entraînant le Dr Moutier qui restait tout à fait perplexe devant un c~f aussi caractérisé de “suggestion par l’Au-delà,” elle lui disait : “Il doit y avoir des maisons pour soigner ces maladies-là.” Quant à Jacques, qui n’avait pas quitt' Marthe, il était presque aussi pâle, aussi défait qu’elle.Il la regardait sans prononcer un mot.Et il commençait réellement à avoir •une peur affreuse de cette femme qui voyait si souvent son frère.Soudain, elle se mit à parler tout haut comme à elle-même.comme s’il n’avait pas été là.“Moi, je sais bien que c’est toi, mon André ! disait-elle.Quand tu dois venir tu m’en avertis de si loin !.Je sens que tu es à l’autre bout du monde.à des milliards de lieues peut-être, mais “la pensée” accourt ! la pensée qui te précède et qui vient frapper à mon seuil.et qui me dit : “ouvre ta porte.je ’t’annonce qu’il va venir !.” et je fais ce que me dit “la pensée” et je ne pourrais pas rester tranquillement chez moi quand la pensée a parlé, la pensée qui accourt devant toi, mon André !.Je me lève, et je la suis, et je ne sens pas le froid du monde, car mon coeur brûle et m’étouffe à l’idée que tu accours de si loin, de si loin, pour me voir, pour me parler.“Mon coeur se gonfle à remplir tout mon être.et je sens qu’il vient jusqu’à ma gorge.oui, mon coeur monte jusqu’à ma gorge.je crois que mon coeur va sortir de moi et rouler devant toi, à tes pieds.quand tu apparais.quand je te vois soudain, avec tes yeux si tristes et ta blessure qui saigne, et tes lèvres pâles qui soupirent.“Comme je voudrais être morte pour soigner ta blessure !.pour essuyer le sang qui coule toujours !.pour l’arrêter avec mes lèvres, mon amour !.Tu souffres toujours de cette blessure qu’il t‘a faite, moi, je le sais ! je le sens.Je souffre de ta blessure.c’est comme si c’était moi qu’il avait frappée !” Elle parlait encore quand Fanny rentra dans la chambre.Cette fois, ce n’était point Marthe qu’elle trouvait évanouie, mais c’était Jacques qui avait roulé sur le tapis, sans connaissance.Elle renvoya Mme Saint-Firmin et donna seule des soins à Jacques.Elle eût pu, cependant, se faire aider de deux princes de la science: le Dr Moutier, et le professeur Jaloux qui venait d’arriver.XIX “Ne me quitte pas !.Ne me quitte pas !.” Minuit venait de sonner et Fanny avait eu un mouvement qui avait pu faire croire à Jacques que sa femme allait s’éloigner de son chevet.Il se sentait faible et peureux, mais peureux à un point que, si elle l’avait laissé seul, il n’aurait peut-être pu s’empêcher de crier ! La nuit et le silence l’épouvantaient.Il avait fait allumer toutes les lumières dans sa chambre, dans le boudoir, dans le cabinet de toilette, dans la chambre de sa femme.A la voix de Marthe, tout son crime était remonté du fond vaseux de sa conscience où il croupissait.Une angoisse folle lui avait serré le coeur et il avait fui jusque dans l’évanouissement l’évocation du fantôme d’André, avec sa plaie à la tempe ! Depuis le commencement de cette longue nuit où elle l’avait soigné comme un enfant, Fanny essayait en va n de le raisonner.Elle se heurtait à cet argument qu’il ne cessait de répéter : LE CRIME DE MELLE HELIER c?Montreal, 7^r
de

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