La revue de Manon, 1 janvier 1928, dimanche 15 janvier 1928
PER LA pe CON Troisième année — No 23 Revue Littéraire la plus Distinguée des Foyers Canadiens ïontréal, 15 J m Wm Dans numéro : “MARATRE !” par PaulJunka LE GENDRE REVE” par Florian Parmentier ©llii ?iil i PU ’ ' 7.:® ¦: y ¦ • - • • : - i ¦Sm- % ;¦ • • • ¦ • ¦ .'y?¦ ¦.¦ • ' • ¦ ' • .’ ¦N : ¦ ¦ ¦ %i «S® 1 itMllilteïS '¦'WB-; illIlSIfS Madge Bellamy Egalement dans ce numéro : Notre Supplément Musical No 4 “TENDRE AMOUR” Fox-trot chanté Paroles et musique au complet pIwimmiimiumuniiiUHnitnL.^ >¦ ilfii.* fai.*4« NOTRE GRAND ROMAN D'AMOUR DELA COEUR PAR EDMOND COZ lOc À. LA REVUE DE (M A N ON iV’£VrSre?mm .V-i-'.'v-; 81#& wmM mm mmm s#® Wmmmmm WMÏÉi saiiwilli wmm ^•Vv-v*r.V wmm • • «• • ; .V';r^;iv Æ#.; : ¦ 11» SaVAWa*v.*\V-V.v .« V-.vAi'i’A'sAV «SS »•.• ,,!«,s„Æ.iias«i»ii ia®s»sfiiiiiï«*is« mHH I S- ,3f~ ' • V; • •••• ¦ •' vi ' -‘.' vv.’••À-AV- as® ¦ > .' V.ssÿ-.'ij: .-.¦ -., • ., • a « r/a-:-.av-a aa-^:v^v ïKŸ Ââ‘-V-?â-; 533 Rue Bonsecours, Montréal ETABLISSEMENTS M.A WOLLACKER Agence exclusive pour le Canada 'rr.-f'A wm £:S> mm ‘ssmmm mm •AAR- 3®Sg£ rfAr.v Î8&S& - .' - •¦ .7'* .r-jV ^vv-'Ar'r- s&Sæ MI '¦«3» ¦ .êss?« r.V;- -¦•'av-' W4& W- ->V "*' r.-v.mm wmm wmm W>'Ar-^c vAvx"-' aas&ssgss rvvv.v.-%^r füKâGgSS ggp&fe ;¦ V SS&35 :'%j'v .r'-v-wr.i'-'i»! S3 wmm .- .-.: ¦ • .fc*.®' ¦sc-n.vV- f?5« Si V'V.:a -;.î'r.Mlle Raque! Mellexydu Palace dit : “ Le Savon Cadum est » doux, qu’il convient aux épidermes les plus délicats La mousse abondante et crémeuse du Savon Cadum en pénétrant bien dans les pore», les dégage de toutes impuretés, entretient la peau en parfaite santé et conserve au teint sa beauté naturelle.¦ LA REVUE DE MANON Revue littéraire la plus distinguée des Foyers Canadiens Armand Homier Gérant de circulation ABONNEMENT Canada : 1 an, $2.00; six mois, $1.25 Etats-Unis : 1 an, 2.25; six mois, 130 ADRESSE ; 2035, rue Saint-Denis, Montréal.Tél.Est 5765 Paraissant Bi-Mensuellement Mlle Emma Gendron, directrice-propriétaire Résidence : Tél.Calumet 6760-J , Administration : M.J.-Arthur Homier Directeur-gérant Rés.: Calumet 0166-W Troisième année No 23 Montréal, 16 Janvier 1928 Le numéro : 10 sous RÉFLEXIONS DU DIMANCHE Les eaux de la rivière commencent par en creuser le lit, puis c’est le lit qui contient et dirige les eaux.L’homme se crée des habitudes, après quoi ce sont les habitudes qui dirigent et contrôlent l’homme.Cela paraît tout simple.Mais la question se pose: Pourquoi les eaux de la rivière ont-elles creusé le lit exactement à cet endroit et non pas à cinquante mètres, ou un kilomètre, à droite ou à gauche?La réponse est évidente: les eaux ont suivi la ligne de moindPe résistance, ont cherché tout le long de leur cours les plus basf.' Et si l’on se demande pourquoi un homme prend telles ou telles habitudes, la réponse est fort analogue.Si vous voulez bien réfléchir aux bonnes habitudes que vous vous flattez de posséder, vous constaterez que la plupart sont dues aux conditions dans lesquelles se sont écoulées vos premières années, et au fait que vous avez "choisi de bons parents", choix pour lequel vous n’avez vraiment nul mérite.Tout être qui pense, s’il regarde en arrière et contemple l’ensemble de sa vie, peut voir sans peine les points où son caractère même eût été modifié si des événements qui échappaient au contrôle de sa volonté avaient été différents.Le fait que nous ne sommes pas en prison est certainement dû à nos propres efforts, à partir d’un certain âge.Mais, précédemment, nous n’y étions pour rien.Je n’écris pas ceci pour excuser faiblesses et mauvais penchants, mais simplement pour faire observer que vous vous vantez singulièrement si vous vous attribuez tout le crédit de vos bonnes habitudes.Le fait que vous suivez une voie mieux tracée que tel ou tel de vos amis, ne prouve pas que vous valiez mieux que lui.Le critérium véritable de la valeur d’un homme n’est pas dans la comparaison de son mérite avec celui de son entourage.Pour en juger justement, il faut voir à quel point il a développé les éléments qu’il possédait en lui-même.S’il est parti avec de grands avantages, il est évident que l’on doit exiger de lui bien plus que d’un individu handicapé- dès le berceau par mille entraves.On ne peut même pas juger les autres avec exactitude en se basant uniquement sur leur mode actuel de vie.C’est Emerson qui a dit: "Rien ne peut expliquer un homme que son histoire tout entière ?" .Le caractère de l’homme est un composé de ses habitudes, mais à moins de connaître toute sa vie, vous ne pouvez savoir si ces habitudes représentent un progrès, une avance sur le point où il pourrait être, ou bien, au contraire, un recul, une descente.C’est moins le point où vous êtes arrivé qui importe que le fait de savoir si vous avez monté aussi haut que vous le pouviez.* * * Si vous m’aimez, dites-le moi.Ne me louez pas constamment.Surtout ne me dites pas des choses que vous ne pensez pas dans la seule intention de me plaire.Ne donnez pas à mon affection des stimulants artificiels ou empruntés.Mais si, par hasard, quelque chose en mol vous plaît, si vous avez un mouvement de tendresse motivé par un geste, une attitude, un mot, une idée venant de moi, ne manquez pas de me le confesser à la première occasion.Comme notre corps, de nourriture quotidienne, notre cœur a besoin de tendres compliments.Vous êtes peut-être timide, réservé, renfermé.Vous éprouvez, qui sait, une difficulté quasi insurmontable à exprimer une admiration généreuse qui voudrait cependant jaillir de vous.Toute personne qui voudra se procurer d’anciens numéros de “La Revue de Manon” pourra le faire en s’adressant aux bureaux de la Revue, 2035 Saint-Denis, ou en envoyant un mandat de poste.10 sous le numéro.A NOS LECTEURS Qui désirent se procurer de la musique, tels que Chansons, Valses et Fox-Trots chantés, etc., publiés dans "LA REVUE DE MANON" relativement à La Popular Music, sont priés de ne plus s’adresser à notre Revue, mais directement au gérant de la POPULAR MUSIC PUB.CO., 321 rue Ste-Catherine Est, Montréal.ERRATUM C’est par inadvertance que nous avons dans notre supplément musical précédent (numéro 1er janvier) attribué les paroles françaises de “Au bord des flots berceurs” à M.Hector Pellerin, et la musique à M.Millard G.Thomas.Nous aurions dû les attribuer à MM.R.Dupil et A.Paquin qui en sont respectivement les auteurs.Ou vous craignez de paraître hypocrite, flatteur.Vous avez peur d’être incompris.Qu’importe, essayez tout de même.Habituez-vous à dire franchement ce que vous pensez — si vous pensez des choses aimables.S’il vous arrive de cacher quelque chose, que ce soit les petits mouvements d’animosité, de recul que je provoque en vous.Ces sentiments hostiles sont inévitables, ils sont humains.Et, quand la vie sera finie — ce sera peut-être dans quelques années, qui sait, dans quelques jours —, ce seront précisément ces petits actes impondérables de bonté et d’amour qui parfumeront le souvenir de notre vie commune, lorsqu’un de nous restera seul."Ah ! s'exclamait Carlyle, sur le lit de mort de sa femme, si seulement je pouvais passer cinq minutes encore avec elle pour l’assurer que je l’ai aimée pendant tout ce temps!" Frank CRANE.NOS ROMANS COMPLETS , A NOS NOUVEAUX LECTEURS Voici la liste des romans complets déjà parus dans notre revue: "CENDRILLON AU BAL" par Guy Chantepleure, "PRES DU BONHEUR" par Henri Ardel, "PERILS D’AMOUR" par Daniel Lesueur, "LE MARI DE GISELE" par H.A.DOURLIAC, "MALGRE ELLE" par Eva Jouan, "PROFIL DE VEUVE" par Paul Bourget, de l’Académie française, "LE ROMAN DE LUCIEN" par Guy Vander, "PETITE MUSE" par Henry de Forges, "LA CHANSON DES ROSES" par René Poupon, "SON ROMAN D’AMOUR" par Michel Nour, "LA FIANCEE DU COMTE GUY" par Paul Junka, "MONETTE" par Mathilde Alanic, "EN SUIVANT L’ETOILE" par Florence Barclay, "LE FIANCE DE JOSETTE" par Paul Junka et “AU DELA DU COEUR” par Edmond Coz qui paraît dans le présent numéro.On pourra se procurer les romans déjà parus en écrivant ou en s’adressant à "La Revue de Manon", 2035 rue Saint-Denis, Montréal.Chaque roman se vend 10 cents et est expédié sans frais de poste. Page quatre LA REVUE DE {MANON cMontréal, 75 Janvier 1928 NOS BEAUX CONTES 1 Le Noël de Grand’mère par Henri DORIS ES ressorts rouil-lés fléchissant sous le poids d’une lourde malle d’autrefois, une berline de louage s’apprête à quitter le perron du château.La vieille dame en deuil qu’elle va emmener se penche une dernière fois à la portière, et d‘une voix presque éteinte : — Je voudrais bien embrasser encore le petit, demande-t-elle à son fils indécis, l’air honteux, auprès d’une jeune femme qui, les lèvres pincées et la physionomie froide, tourmente les bagues brillantes à ses doigts fins.— Jacques, va chercher Emmanuel, ordonne celle-ci d’un ton impérieux.Puis, plus bas, avec un regard vers les fenêtres de l’office, elle ajoute : — Vite, pas de scène devant les domestiques.Quelques instants après, Jacques revient portant sur sa poitrine un délicieux bébé aux boucles blondes papillotant autour de grands yeux bleus.Un sourire mouillé de larmes creuse aussitôt les rides de la vieille dame.Elle prend dans ses mains tremblantes le front de l’enfant, qui ’’enlace de toute la force de ses quatre ans.Elle l’embrasse, attendrie, tandis qu’il bégaye suppliant : — Mémé ! Mémé ! reviens, bonne mémé, je t’aime tant ! Sans pouvoir parler, la grand’mère, couvre les joues de baisers avides.La jeune femme impatiente a fait un signe.La voiture s’ébranle.L’enfant en pleurs lui envoie des caresses du bout de ses doigts roses, et quand elle disparaît dans le vide du portail béant, il jette un cri aigu : — Mémé ! Mémé ! Mais rien ne lui répond que le cri triste des courlis, traînant sur la berge de l’étang le regret du flot bleu des grèves.Jacques est rentré dans le salon, que le crépuscule d’octobre assombrit peu à peu.Il songe immobile, le cœur étreint d’un repentir sourd qui grandit.Quand sa jeune femme revient d’endormir l’enfant là-haut dans sa chambre de la tourelle, il lui prend les mains, et d’une voix que l’émotion étouffe : — Simone, dit-il, nous venons de commettre une mauvaise action.— Non, mon ami, répond la jeune femme affectant un ton enjoué; nous venons simplement de résoudre une situation pénible.Ta mère nous avait donné la Garaye par contrat de mariage.Je te prends à témoin qu’il n’y paraissait guère.Elle nous tenait en lisière.La vie devenait insupportable.Elle a fini par le comprendre.Je lui en sais gré.Dans sa petite maison de Plesguen elle vivra tranquille, maîtresse chez elle et nous chez nous.Ce n’est pas une séparation, d’ailleurs.Nous voisinerons.J’aime bien ma belle-mère, au fond.Nous irons la voir de temps à autre.Elle nous rendra nos visites.— Oh ! non, Simone, murmure Jacques.Et l’écho de ses paroles meurt lentement dans la pénombre.Non î II dit vrai, ce fils irrésolu qui peut aimer encore mais qui ne sait plus vouloir.Quand les enfants chassent leur mère de la maison où elle les a bercés, elle n’y peut revenir en visiteuse.Les mères ne vont pas quêter l’affection.Elles en ont trop dans le cœur.Et celle qui s’en va plus qu’aucune autre est tendre, car elle est veuve, vieille et grand’mère.Aussi, quand elle a fait arrêter la voiture en haut de l’avenue de sapins pour voir une dernière fois sa Garaye tant aimée, reflétant sur les eaux de l’étang voilé de feuilles mortes sa façade grise ensanglantée de vignes vierges, ses yeux caves et rougis l’ont embrassée d’un regard angoissé par la douleur de l’adieu.Un frisson l'a glacée tout entière.Elle s’est rejetée au fond de la berline et s’abandonne, à bout de forces, au cahotement du véhicule gémissant sur ses ressorts.A mesure qu’elle s’éloigne, il lui semble que sbn cœur se déchire, et sous le coup de la douleur, le passé assoupi se réveille.Une vision intense et cruelle ressuscite les trente années vécues sous ce toit disparu.C’est elle qui descend, jeune épousée, au bras de son mari, au seuil de la Garaye fraîche et fleurie alors, à son printemps.Une année de bonheur s’écoule; un enfant la couronne: le petit Jacques qu’elle a tant chéri, qu’elle aime encore malgré tout.Puis une tombe s’ouvre auprès de ce berceau; M.de la Garaye lui est enlevé en pleine jeunesse.Elle le pleure en élevant son fils.Le temps passe.Jacques prend avec les années la ressemblance de son père: nature simple et bonne comme la sienne, mais si faible ! Elle doit veiller sur lui, prévoir pour lui, vivre deux fois.Tout repose sur elle: sa santé, sa fortune, son bonheur.Elle en fait un beau garçon, assez riche pour choisir la femme qu’il lui plaira d’aimer.Il s’éprend d’une jolie fille qui, n’ayant pas de château, rêve d’en habiter un.Pour permettre à Jacques de suivre le penchant de son cœur, elle lui abandonne tout ce qu’elle possède: la Garaye même que ses longs efforts ont rendue la plus belle résidence du pays.Elle se dépouille de tous ses droits, sans hésiter, sans réfléchir qu’un jour entre elle et lui se glissera l’étrangère.Et cette étrangère vient, lui prend peu à peu la confiance ‘ et l’amour de son enfant, lui dispute l’autorité due à son âge et à son expérience, lui mesure même les caresses de son petit-fils ! A elle qui s’est dévouée toute sa vie, qui s’est donnée tout entière, on lui retire tout, on la délaisse, on l’offense jusqu'à lui insinuer un jour qu’elle est de trop sous ce toit qu’elle a fait si joli et si doux ! Ah ! la pauvre vieille mère ! Ce jour-là, tout ce qui la rattachait à la vie s’est brisé.Mais elle a caché sa douleur jusqu’à ce que le sacrifice se consomme.Maintenant qu’elle s’en va de la maison bénie où ses derniers jours devaient finir paisibles, où elle espérait mourir les yeux fermés par une caresse d’enfant, maintenant qu’elle se trouve seule, accablée sous le poids de la vieillesse et de la désillusion, des entrailles de son être ce cri monte comme la voix même du désespoir : — Oh ! mon ami, pourquoi t’ai-je survécu ! Puis, au fond de son cœur en détresse, une image blonde d’enfant se lève souriante et céleste; elle éclate en sanglots : — Pauvre petit L s’écrie-t-elle, pauvre petit, sauront-ils t’aimer comme moi ! Et dans cette plainte que ses lèvres répètent comme une litanie douloureuse, l'amertume de son chagrin s’exhale tant qu’enün épuisée, elle s'endort au branle de la berline qui l’emporte à travers la nuit d’automne.II L’hiver est accouru soufflant ses bises glaciales parmi les bois de la Garaye et jusqu’autour de la maisin.morose et refroidie.Dans les premiers temps qui suivirent le départ de sa belle-mère, Simone a voulu jouir de la liberté enfin conquise, exercer le gouvernement si longtemps convoité.Mais, embarrassée par le muet reproche des seviteurs et rebutée par les détails d’un intérieur qu’en sa vie frivole de jolie patricienne elle n’avait jamais appris à conduire, elle s’est vite lassée de son indépendance.Elle laisse flotter les rênes et le ménage marche à vau-l’eau d’un reste d’impulsion donnée par celle qui l’a quitté.Jacques promène son malaise et ses regrets en de longues chasses solitaires, et le soir, quand il se retrouve dans le salon auprès de sa jeune femme, il ne sait que dire si ce n’est s’informer de la santé du petit Emmanuel, qui ne rit plus jamais et devient languissant Aux questions de son mari, Simone répond évasivement : — Les dents, sans doute !.Mais elle-même ne croit point à ses paroles, car un jour elle a vu le petit grimpé sur une chaise, pleurer en embrassant le portrait de grand’mère, qu’il a bien fallu laisser là sur son chevalet, à cause du monde.Et la conversation tombe comme par peur d’un fantôme qui est là toujours entre eux.Les tisons de la grande cheminée fleurdelisée jettent des flammèches mélancoliques et dehors la plainte du vent se mêle au gémissement des courlis.Ce soir de Noël, Simone et Jacques sont accoudés au berceau d’Emmanuel plus pâle que de coutume.La jeune femme s’efforce de l’amuser, lui parle du petit Jésus qui va descendre par la cheminée pour remplir de jolis cadeaux les souliers roses qu’elle vient d’y mettre.L’enfant ne s’égaye point.— S’il t’apportait un beau polichinelle, serais-tu content ?demande la mère.Emmanuel secoue la tête.— Aimerais-tu mieux un tambour ?Le petit garçon ne répond rien; ses yeux bleus deviennent humides.— Des bonbons, je parie, des pralines, n'est-ce pas ?— Non, non, pas cela, soupire à grand -peine le bébé.— Eh bien, quoi, mon chéri, que vas-tu lui demander ?Alors l’enfant attire sur son cœur la tête brune de sa maman, et cherchant son oreille cachée sous les bandeaux : — Que mémé nous revienne, murmure- t-il en sanglotant.Jacques et Simone se regardent confus, avec les larmes.— J’irai la chercher demain, dit enfin Jacques d’une voix émue.— Oui, mon chéri, assure Simone en embrassant le petit, qui s’endort bientôt, confiant dans cette promesse.Quand le sommeil l’a tout à fait consolé, ses parents sortent de sa chambre où ne reste que la veilleuse mystérieuse et douce comme une lampe d’autel.Le silence enveloppe la Garaye dans ses voiles.Les heures passent.A l’entour c’est la nuit brumeuse.A travers le jardin du château, une ombre s’approche furtive.Elle marche vers la lueur filtrant à la fenêtre de la tourelle comme un regard d’étoile aux cils d’or.(Suite page 34) JMontréal, 1$ Janvier 19ti LA REVUE DE SM A N O N Rage cinq LE GENDRE RÊVÉ Par FLORIAN-PARMENTIER • ' i : |#i{ Dans la salle à manger, agrès déjeuner.La Mère Tatillon.— .Mon cher ami, vous êtes ridicule.Le Père Tatillon.— Ridicule ?parce que je veux que mon futur gendre ait du respect pour son beau-père ?La Mère Tatillon.— Non, ridicule, parce que vous avez des manies baroques, parce que vous êtes d’une minutie comique, parce que vous imposez à tous ceux qui vous approchent la torture de l’inquisition ! De tous les jeunes gens qui nous ont demandé la main de notre fille, il n’en est pas un dont vous n’ayez lassé la patience.D’ailleurs, je voudrais bien savoir pourquoi vous vous mêlez de vouloir marier notre Clémentine ?C’est moi, sa mère, que cela regarde.Vous feriez mieux de vendre vos machines à coudre ! Le Père Tatillon.— Ah ! ma femme, je vous ferai remarquer que vous passez singulièrement les bornes d’une discussion courtoise ! Et je me demande de quel droit vous voudriez usurper mes prérogatives de chef de famille ?.Quant à mes machines à coudre c’est grâce à elles que vous êtes Madame Tatillon, gros comme le bras.Et puis, si je devais vous attendre pour faire marcher mon commerce ! .La Mère Tatillon.— C’est bon.Je vous dis, moi, que jamais vous ne trouverez un prétendant qui ne vous rie au nez avant un quart d’heure d’entretien ! Le Père Tatillon.— Ah ! diantre ! c’est ce que nous verrons !.J’aimerais mieux ne jamais marier ma fille que me laisser railler par un jeune freluquet, pour sûr ! ' La Mère Tatillon.— Ça, par exemple, c’est du bel égoïsme ! Le Père Tatillon.— Mais non, ce n’est pas de l'égoïsme ! Si je laisse Clémentine épouser un malotru qui se permette de bafouer son beau-père avant les fiançailles, qu’est-ce que ce sera au bout d’un mois de mariage ?Tu n’y songes pas ?Mais cet animal battra sa femme ! La Mère Tatillon.— Non, mais là, sérieusement, tu ne crois pas, j’espère, qu’il soit besoin d’être un démon pour s'impatienter de tes fantaisies ?Un ange, mon cher ami, un ange, tu le ferais devenir enragé, quand tu t’y mets ! Ainsi, ce pauvre Marcel.Le Père Tatillon.— Encore ton Marcel ?.Ah ! parlons-en.Le bel oiseau!.La Mère Tatillon.— parfaitement, Marcel.Marcel, qui plaisait tant à notre Clémentine,, je ne sais ce que tu n’as pas imaginé pour le mettre à bout.Tu as commencé par lui demander si.avant de mourir, son bisaïeul ne s’était jamais enrhumé du cerveau !.Le Père Tatillon.— C’était façon de tâter le terrain, pour arriver à savoir s’il n’y avait pas eu de tuberculeux dans sa famille.Tu ne sais pas, toi, que c’est héréditaire, ces machins-là?Nous serions propres, hein ! si nous allions marier notre fille à un poitrinaire ?La Mère Tatillon.— Marcel avait bien l’air d’un poitrinaire ! Le Père Tatillon.— Estce que “l’air” est pour quelque chose là-dedans ! Tu ne te doutes pas que les mines les plus épanouies sont parfois les plus hypothéquées ?Ah ! les femmes ! les femmes ! est-ce que ça sait ?,.La Mère Tatillon.— Et puis, tu lui as encore demandé.\ Le Père Tatillon (se fâchant).— Ah ! tu sais, laisse-moi tranquille ! Je n’ai pas le temps d’écouter toutes ces sornettes.(Dépliant son journal).Je n’ai même pu encore lire mon journal, aujourd’hui.La Mère Tatillon.— C'est cela ! De cette façon, tu auras encore raison.Le Père Tatillon.— Il n’y a pas de façon qui tienne; j’ai toujours raison, moi.D’abord, en voilà assez.,.(Il parcourt le journal'en bredouillant les titres entre ses dents) : “La nouvelle loi militaire.bbeû, bbeû,.Prochaines négocia/-tions.,.Replâtrage ministériel.bbeû, bbeû, bbeû.Drame de la jalousie.Dernière heure.Théâtres.,., bbeû, bbeû.” (Haut.) Voyons les “Petites annonces”, c’est quelquefois intéressant.(Il parcourt.) “Offres d’emploi.Locations-Achats et ventes.Fonds de commerce.” (Haut.) Ah ! précisément voici les “Mariages”.La Mère Tatillon — Encore une de tes manies ! A-t-on jamais vu marier ses enfants d’après des “canards” de journaux.Le Père Tatillom.— Justement ! Personne n’y croit à ces prétendus “canards”, et peu de gens en font leur profit.Voilà pourquoi il y a là des occasions superbes, entendez-vous, Madame Tatillon: des gens fortunés mais sans relations, des orphelins, des timides, est-ce que je sais, moi ! Voyons.(Il lit.) “Jeune fille, 25 ans, meilleur monde.” Ça, ça m’est égal.“Jeune femme, bien sous tous rapports.” Ça aussi.Ah ! “Jeune homme, 29 ans, très distingué, brillante éducation, situation sérieuse, grosse fortune personnelle, épouserait fille d’industriels ou commerçants, à la seule condition qu’elle fût jolie.” Sapristi ! voilà qui ferait fameusement notre affaire.Jolie.jolie.Sûr qu’elle Test, ma Clémentine.Et même on aurait peine à en trouver deux comme ça dans l’arrondissement, pas vrai, la mère ?La Mère Tatillon.— Ah ! pour une fois, Tatillon, tu parles d’or.V Le Père Tatillon (relisant Vannonce).— .29 ans, très distingué, brillante éducation.En voilà un qui aurait assez de savoir-vivre pour ne pas ridiculiser son beau-père, au moins}.(Repliant soigneusement le journal.) Décidément, voilà ce qu’il me faut; ce sera le gendrt rêvé.Je vais l’inviter à déjeuner.par télégramme ! La Mère Tatillon (ahurie).— Tu es fou.Le père Tatillon.— Si, si, je vais lui télégraphier ! (Il sort précipitamment.La Mère Tatillon le regarde partir en jetant les bras au ciel.) II Le lendemain matin, vers onze heures, dans le petit salon.Le Père Tatillon.— (Se frottant les mains.) Ah! Je suis impatient de savoir quelle tête il a mon invité.J’ai le pressentiment qu’il sera tout à fait le gendre de mes rêves.La Bonne (entrant).— C’est un Monsieur qui demande à parler à Monsieur.Le Père Tatillon.— Est-il très.très comme il faut ?La Bonne.— Oh ! oui, Monsieur, c’est un monsieur tout ce qu’il y a de chic ! Le Père Tatillon (à part).— C’est lui! (A la bonne).Faites entrer.(La bonne sort et, un instant après, introduit un monsieur en smoking sous le pardessus demi-saison.) Le Père Tatillon (s'avançant).— Oh ! Monsieur, croyez que je suis ravi.(A part.) Rudement bien, ce jeime homme! (Haut.) Et.vous avez reçu mon petit mot ?Le Monsieur (un peu interloqué), — .En effet, j’ai reçu votre catalogue.Le Père Tatillon (à part.) — Mon catalogue?—.Il veut dire mon télégramme.c’est l’émotion.Le Monsieur, — Monsieur, vous pensez bien que ce n’est pas pour moi que je viens.Le Père Tatillon (désappointé).— Ah! ce n’est pas vous qui êtes.Le Monsieur.— Si, c’est moi qui suis le client.(Mouvement du Père Tatillon.) Mais je voulais dire.Au fait, monsieur, ces préliminaires sont bien superflus.Le Père Tatillon (û part).— Oui, je m’en doutais: c’est une manoeuvre.Il est très intelligent, mon futur gendrei.Le Monsieur.— Enfin, monsieur, je désirerais une “Béatrice” tout à fait jolie.Le Père Tatillon.— pardon, monsieur, le nom que nous lui avons donné est Clémentine.Le Monsieur.— Clémentine ?(A part).Je me trompe sans doute de fabricant.(Haut.) Et.elle est aussi bonne que l’autre ?Le Père Tatillon.— Evidemment, puisque c’est la même ! Le Monsieur.— Vous savez, je désirerais surtout que le maniement en fut très facile.Le Père Tatillon.— Oh ! monsieur, c'est la douceur même.Et soumise ! (à suivre page 34) JMontrial, 15 Janvier 1928 Page six LA RRYHE DE MANON SOYONS BELLES ! t*1.Rog*TS_ ui&m m Le démaquillage Voilà un important chapitre ! Se maquiller est bien; se démaquiller est mieux, si je puis m’exprimer ainsi.Car de la manière de se démaquiller dépend la conservation de la beauté.Se mettre de la poudre, du rouge, du noir, du bleu, du vert, de l’ocfe, du grisé, jouer adroitement de la palette précieuse des coquettes n’est point malsain en soi, si l’on choisit naturellement de bons produits qui aient fait leurs preuves, mais il faut que l’épiderme se repose, que la peau respire.Ce repos se produit la nuit.Il est donc nécessaire, chaque soir, de procéder à la toilette du visage.Les femmes qui se couchent sans s’être nettoyé le visage vieilliront plus vite que les autres parce que la nuit, elles demeurent pores bouchés, d’où congestion des glandes, mauvaise circulation, anémie des tissus.Les gens de théâtre se démaquillent soigneusement avant de quitter leur loge; du moins ils devraient le faire.Ceux qui La femme devant le miroir Secrets et recettes de beauté IHHIS ’tbl» omettent ce devoir ont grand tort.Mais il y en a peu, parce que tous ont le sage souci de leur jeunesse et de leurs charmes.Tout visage maquillé, fardé, a besoin d’être mis au net pour la nuit.Les acteurs pour se démaquiller rapidement et bien emploient la vaseline, pro- ^ cédé simple.Les corps, gras, en effet, enlèvent admirablement le fard, mais cette opération seule ne serait pas suffisante: les pores demeureraient en effet obstrués par le corps gras.Le lavage du visage à l’eau d’une bonne tiédeur, avec un excellent savon, réussira à beaucoup.Il est, pourtant, des personnes qui ne supportent pas le savon; qu’elles se lotionnent donc le visage à l’eau tiède où elles auront fait fondre une cuillerée de bicarbonate de soude par litre d’eau.D’autres se trouveront mieux d’une lotion à l’eau de Cologne allongée d’eau ou de lait, ou même d’eau de Cologne pure, si elles n'ont pas la peau trop sensible, et surtout, si l’alcool n’est pas trop généreux en degrés.Il existe dans le commerce de la parfumerie des lotions spéciales pour le nettoyage du visage le soir, des crèmes de démaquillage, rien ne coûte d’essayer et d’adopter si le traitement réussit.L’huile de vaseline démaquille admirablement mais graisse beaucoup.Les peaux trop sèches gagneraient à être nettoyées avec ce produit.On peut le mêler A de l'eau de Cologne ou à de la bonne eau-de-vie blanche.L’esprit-de-vin rectifié est aussi un excellent nettoyant.Certains laits également tout préparés réussissent à nombre de femmes qui les ont choisis, chacune est à même de juger ce qui lui sied et ce qui lui réussit, le visage qui est toujours d’une extrême sensibilité donne vite les preuves de son bien et de son mal.Psyché.MESDAMES et MESDEMOISELLES Nouvelle découverte infaillible pour engraisser, développer et raffermir les chairs sans danger.Envoyez timbre de 2 sous pour renseignements.Cie ELLEMAM EGYPTIENNE Boîte Postale “D”, Station “N”, Montréal.tel WËm H PS mm.PHl mm mm •vVY«- V*Tr£\r: Swii aëK$tg Sfr*J, MA pi •* LA CULTURE PHYSIQUE ET LA FEMME POUR MAIGRIR POUR VOUS CHAUFFER A BON MARCHE.Bois franc, croûtes, et tout autre bois de chauffage à des prix très bas.Livraison rapide.Appelez BELAIR 9418.M.GENDRON, 31 rue Pronovaux, Montréal.Il s’agit ici, non réellement de maigrir mais de ne pas engraisser, et de se maintenir telle que l’on est, ce qui représente déjà un succès sur l’ennemi ! Le mouvement de culture physique que je vais vous indiquer fera cependant diminuer les personnes adipeuses si elles l’accomplissent, dans certaines conditions, par exemple, couvertes d’un épais vêtement de laine: un pull-over, qui provoquera une légère sudation.Ce mouvement donne aux muscles l’excitation qui leur manque dans la vie de tous les jours et cela, à cause de l’exercice restreint demandé souvent par la profession.Les amateurs de la danse moderne auront le plaisir d’y trouver une ressemblance avec le charleston, peut-être ! La position de départ demande le corps droit, jambes et bras écartés.Au premier mouvement croiser bras et jambes d’ensemble, un petit saut est nécessaire sur place pour croiser les jambes.Au second mouvement croiser les jambes et les bras dans le sens contraire.Faire sans discontinuer croisements et sauts, sur place, nécessaires, une dizaine de fois.Un temps d’arrêt, quelques mouvements respiratoires.Recommencer d'abord deux, puis trois, puis quatre fois, ces séries afin d’arriver à quarante au total, pour chaque jour.Ne pas omettre les mouvements respiratoires entre chaque série et à la fin.L’exercice doit être accompli sans précipitation.Diane. IMontréal, 15 Janvier 1928 LA REVUE DE {MANON Page sept A Julien Berr de Turique.LES CONTES TENDRES un mou-d’aller à N sortant du palais, André Val-lery, le célèbre avocat, consulta sa montre.— Deux heures seulement ! s’exclama-t-il avec vement joyeux; j’ai le temps Yerres ! L’affaire qu’il plaidait ayant été appelée au début de l’audience, il se trouvait libre tout l’après-midi.Prompt comme un écolier ne vacances, il sauta dans un fiacre et se fit conduire à la gare de Lyon, où il prit le train pour Montgeron.Là, tenté par la beauté de ce clair jour d’été, il résolut de faire à pied le reste du chemin, au lieu de s’enfermer en compagnie de dix autres voyageurs dans le lourd omnibus qui traverse Yerres au trot paisible de ses vieux chevaux noirs.Allègrement, il s’engagea sur la route large, bordée d’arbres majestueux qui la couvraient d’ombre; de chaque côté s’étendaient des prairies coupées de bouquets de bois et d’eaux vives où de belles vaches brunes et blanches ruminaient doucement en regardant les rares passants de leurs gros yeux toujours étonnés.C’était un paysage d’une fraîcheur éclatante et d’un calme profond qui reposait l’âme en même temps que les yeux.On se fût cru là bien loin de Paris et de son tumulte d’océan.Une délicieuse impression de paix et de quiétude descendit au cœur du grand avocat.Il pressa le pas, oublieux de ses fatigues, de ses soucis professionnels, se disant que, dans ce cadre fait à souhait pour la douceur d’un rêve, il vivrait bientôt les meilleures journées de sa vie, — l’incomparable félicité quei goûte l’homme à réaliser, aux approches de la maturité, le songe d’amour de sa jeunesse.Un peu plus haut, de longs murs surmontés de plantes retombantes et de frondaisons touffues annonçaient d’importantes propriétés; au delà des grilles, on apercevait des massifs, des allées-sablées, d’immenses pelouses fleuries qui montraient au passage de merveilleuses broderies diaprées.André Vallery s’arrêta devant une de ces propriétés dont la muraille portait près de l’entrée, sur une modeste 'plaque bleu, cette indication: Les Tilleuls MARATRE par Paul JUNKA ayant reconnu votre coup de sonnette, mais je n’en crois pas mes yeux ! Qu’est-ce qui me vaut cette agréable surprise ?.Evidemment heureuse, elle lui tendait les deux mains, d’un geste adorable de confiance et d’affection ; il les prit et les serra longuement, expliquant avec un tendre sourire: — L’affaire que je devais plaider est venue au début de l’audience; c’est ce qui me rend la liberté, ma chère Adrienne ! Alors, bien vite, j’ai sauté dans un train pour passer cet après-midi près de vous.Rien ne m’empêchait de m’accorder cette joie.En outre, j’ai pensé, fort égoïstement, que je puiserais à vos côtés le courage nécessaire à certaine communication que nous ne pouvons vraiment différer davantage.Ce soir même, j’avertirai ma fille de notre prochain mariage.r * • i d’émail Il sonna vivement, en habitué pressé de se retrouver dans cet Eden; un jardinier vint ouvrir, et, en même temps, une jeune femme, que le bruit de la sonnette avait avertie, sortit avec empressement d’un bosquet.Elle était grande et svelte, avec une épaisse chevelure noire lustrée et un visage brun très doux, éclairé par de grands yeux de tendresse, sur lequel la trentaine et les mélancolies de l’existence avaient •écrit leur passage en traces fines, qui n’altéraient point son charme.A la vue du visiteur, elle jeta un cri de plaisir: — Vous, mon cher ami ! J’accours, Elle était grande et svelte.La physionomie expressive d’Adrienne Nangis s’était assombrie; elle soupira sans répondre.— Venez, dit-elle seulement.Elle avait glissé son bras sous celui de son ami et l’emmenait vers un couvert des arbres qui avaient donné leur nom à la propriété.Des fauteuils de jardin disséminés autour d’une table disaient que cet endroit tranquille était un séjour préféré.Les deux fiancés s’assirent l’un près de l’autre, rapprochés encore par la communauté d’un souci qu’ils ne s’avouaient pas dans toute sa cuisante intensité.Devant eux, une pelouse descendait en pente douce jusqu’à l’Yerres, qui semblait un long ruban de métal frissonnant entre ses berges vertes étoilées de fleurettes; amarré dans son garage au bas de la pente, une jolie barque se balançait mol- lement, pendant qu’une brise embaumée faisait bruire les feuillages.L’heure, exquise, invitait ces 1 ï deux êtres qui s’étaient choisis, ! S à se laisser aller à la douceur de vivre et à celle d’aimer.Mais une même pensée les possédait.— Ainsi, reprit Adrienne d’une voix mal assurée, vous redoutez une scène pénible ?.Il hocha la tête: — J’en ai peur.C’est probable.Elle s’agita un peu nerveusement: — Ah ! si la pauvre petite se rendait compte qu’elle m’est déjà chère parce qu’elle est vôtre.que je ferais tout au monde pour lui donner du bonheur ! — J’espère bien qu’elle s’en rendra compte plus tard, assura l’avocat, qui se mit d’instinct à plaider la cause de sa fille.Mais comprenez, mon amie, que, pour le moment, d’autres considérations primeront celles-là chez elle.Edmée avait deux ans à peine quand sa mère mourut.Elle en a près de dix-sept aujourd’hui; pendant ces quinze années, elle ne m’a pas quitté; elle m’a constamment vu occupé d’elle, de son éducation, de ses petits chagrins et de ses petites joies.Elle n’a jamais été en pension; depuis l’enfance, tout en recevant les leçons de ses professeurs, elle a joué à la maîtresse de maison.Elle va donc se trouver dépossédée à la fois et de l’autorité domestique qu’elle exerce avec une naïve fierté; et de ce droit d’affection unique qu’elle croit avoir sur moi.Soyez persuadée qu’elle éprouvera une surprise douloureuse et souffrira beaucoup en découvrant qu’elle ne me suffit pas, que j’ai arrangé ma vie en dehors d’elle.Car s’il est certain que les parents ne comprennent pas toujours les besoins moraux de leurs enfants, il est non moins certain que les enfants n’admettent point que les parents puissent songer à eux-mêmes.Je suis le bien, je suis la chose d’Edmée.— Et je vais lui apparaître comme une vulgaire voleuse ! jeta Adrienne avec un triste sourire.— Non, mon amie, dit-il d'un ton de pénétrante tendresse, mais vous allez lui apprendre que tout ne s’arrange pas comme nous l’avions ordonné dans notre volonté ingrate, et elle sera malheureuse ainsi qu’on l’est toujours en subissant les premiers et cruels enseignements de la vie.— Ah ! non, murmura Adrienne rêveuse, tout ne s’arrange pas comme nous l’avions ordonné !.Et tous deux restèrent un instant ii-lencieux, à regarder dans le passé.II Us se souvenaient.Lui évoquait sa jeunesse laborieuse d'étudiant pauvre, ses luttes, ses déboires, les heures d’indicible découragement qui marquent presque toujours les débuts du jeune avocat, immobilisé dans l’attente du client si rare, de la belle cause devant enfin le mettre en lumière.Puis, il se rappelait le mariage, contracté au premier sourire du succès avec une créature Page butt LA REVUE DE {MANON lMontréal, 15 Janvier 1928 jolie et fine, de laquelle il avait espéré cette douceur de vie intime que tout homme a le droit de souhaiter en fondant un foyer.Au lieu de cela, cette exquise Emmeline, douée de la grâce qui charme, de l’esprit qui éblouit, de l’âme délicate qui sait répandre du bonheur, ne lui avait dispensé qu’agitation et inquiétude, tant les nerfs chez elle dominaient l’intelligence et le cœur.Elle était morte après trois ans de mariage et de scènes douloureuses presque chaque jour renouvelées, laissant à son mari une adorable petite fille, Edmée, qui avait hérité de la beauté maternelle, mais aussi, hélas ! de sa complexion morale, de cette sensibilité maladive qui stérilise les meilleures qualités.Pour que la petite créature à ce point vibrante n’eût pas à souffrir d’une direction étrangère, le père, quoique très jeune, ne s’était pas remarié, afin de se consacrer mieux à elle; mais, aujourd’hui qu’Edmée atteignait l’âge de femme, il se considérait comme libéré de toute obligation aussi étroite à son égard et songeait à refaire sa vie avant que n’arrivât sa vieillesse.Il se disait que les enfants devenus grands s’envolent hors du nid, et qu’a-lors après s’être tant dévoués, les parents restent seuls ! La destinée, pour cette fois clémente, avait permis qu’il rencontrât cette bonne et parfaite Adrienne de qui la douceur, l’esprit élevé, la compréhension subtile et tendre constituaient son rêve vivant; c’était le bonheur, — mais le bonheur subordonné au caprice d’une fillette intolérante et absolue.De son côté, Adrienne revoyait sa jeunesse.Combien elle lui avait été lourde et triste, cette époque unique dans l’existence de chaque créature humaine ! Condamnée à toutes les privations secrètes de la médiocrité, rivée au chevet de parents âgés et malades qui ne concevaient pas son abnégation de tous les instants, elle n’avait pas connu, elle, les mirages d’espérance, les joies naïves, les délicieux petits romans dont s’enchantent les autres jeunes filles.Comme celles-ci, pourtant, elle rêvait d’amour et de mariage; elle eût souhaité, par les radieux après-midi de printemps ou les douces soirées d’été, s’en aller la main dans la main d’un fiancé qui eût formé avec elle de simples projets d’avenir.Mais personne ne la demandait parce qu’elle était pauvre, et les belles années s’enfuyaient à tire d’aile, en oiseaux éphémères qui apparaissent, s’envolent, et qu’on ne revoit plus.Puis, l’héritage considérable d’un parent éloigné était venu réparer un peu tard ces silencieuses tristesses.Avertie par la laçon du passé, Adrienne avait énergiquement décliné toutes les propositions de mariage qui affluèrent alors; et elle comptait finir solitairement sa vie dans cette superbe propriété d’Yerres, où elle s’était retirée.Le destin en avait décidé autrement.Le hasard d’un procès relatif à la succession de son parent lui donna pour avocat André Vallery.Il ne fallut pas longtemps à ces deux êtres d’élite pour se comprendre et s’apprécier; irrésistiblement, ils se choisirent, appelés l’un vers l’autre par cette sympathie très noble, basée sur des considérations toutes morales, dont on n’est capable qu’à un certain âge de l’âme.Hélas ! pourquoi fallait-il que cette félicité si précieuse et si rare fût dans la main ignorante d’une enfant ?Ainsi, les deux fiancés arrivaient sans *e le dire à la même conclusion.La première, Adrienne releva la tête: — Enfin, demanda-t:elle comme pour résumer sa méditation intime, quelles que soient les difficultés que nous aurons à traverser, vous me soutiendrez, vous m’aimerez, André ?Il la regarda, attendri.— Si je vous aimerai, chérie ! murmura-t-il très bas; mais je vous chérirai d’autant plus qu’il vous faudra, — je le crains tant ! — donner à ma pauvre chère enfant beaucoup de votre cœur sans rien recevoir en retour !.— Alors, acheva-t-elle avec un radieux sourire, je serai forte ! Il lui serra la main en un élan de gratitude infinie, et tous deux se turent de nouveau, regardant le jour décliner lentement sur la petite rivière au murmure berceur.III .* • Edmée Vallery attendait son père pour dîner en jetant un dernier coup d’œil à la table, dont le couvert luxueux témoignait d’un goût puéril et raffiné de très jeune maîtresse de maison.Le célèbre avocat était en retard et sa fille commençait à s’impatienter, en vraie petite reine de qui les moindres habitudes sont scrupuleusement respectées, lorsque, au coup de huit heures, M.Vallery parut enfin.— Tu n’étais pas inquiète, mignonne ?s’informa-t-il en embrassant la jeune fille qui le considérait d’un air de reproche.— Je ne savais que penser ! répondit-elle ; vous êtes si exact, d’ordinaire ! Elle continuait d’examiner la physionomie paternelle qui lui était connue jusqu’en ses expressions les plus fugaces; y découvrant la trace d’une absorbante préoccupation, elle ajouta, caressante: — Qu’est-ce que vous avez, petit père?.Ça a donc mal marché au Palais aujourd’hui ?— Mais non ! mais non ! fit-il avec distraction; j’ai gagné mon procès ! — Comme toujours ! remarqua-t-elle gentiment.Cette petite flatterie filiale passa inaperçue; d’un accent dénotant une importante communication, M.Vallery annonça: — J’ai à te parler, Edmée; tu viendras dans mon cabinet après le dîner.Les fins sourcils de la jeune fille se rapprochèrent; elle ne répondit pas.Le repas fut contraint et presque silencieux.Edmée gardait les yeux obstinément baissés sur son assiette, et, de temps à autre, le père regardait à la dérobée, avec une pitié navrée, cette enfant délicate et blonde, vivante image de la morte, à laquelle il allait porter un coup redoutable pour son organisme frêle.Quand M.Vallery se leva, la jeune fille le suivit sans mot dire, et, dans le cabinet de l’avocat, bien qu’il l’eût invitée en plaisantant à prendre le grand fauteuil réservé aux clients, elle se tint debout devant lui, les mains crispées et les traits tirés d’angoisse.* — Mon enfant, dit-il, je vois que tu pressens ce que je dois t’apprendre.Je compte donc que tu seras raisonnable.Oui, Edmée, je vais me remarier.Elle était devenue mortellement pâle; pourtant, elle ne bougea point et aucune protestation ne sortit de ses lèvres tremblantes.— Tu n*as, d’ailleurs, poursuivit M.Vallery, qu’à te réjouir de cette détermination.Celle que j’ai choisie veut être pour toi la plus tendre des amies.Du reste, tu la connais: c’est Mlle Nangis.Edmée releva le front; ses yeux étincelaient: — Cette intrigante ! cria-t-elle.Je l’aurais parié ! A son tour, le grand avocat avait pâli: — Je te défends, dit-il d’un accent d’inexprimable autorité, de t’exprimer en ces termes insultants sur le compte de la plus noble, de la plus désintéressée des femmes ! Mlle Nangis est beaucoup plus riche que moi, et c’est elle qui serait en droit de m’accuser de recherche cupide;’ mais son cœur est bien trop haut pour cela, et elle m’estime comme je l’estime.Quant à toi, tu auras à lui témoigner autant de respect qu’à moi-même, sinon, je t’en avertis, tu perdras ma confiance et mon affection ! Incapable de supporter la sévérité de ce père adoré qui lui parlait ainsi pour la première fois, la jeune fille éclata en sanglots.Il détourna la tête pour ne pas voir ses larmes.Alors, elle tendit vers lui des bras suppliants: — Père, implora-t-elle, père, vous ne ferez pas cela ! — Je le ferai, prononça-t-il fermement, pour ton bien et pour le mien !.Tu vas, l’hiver prochain, paraître dans le monde: il te faut le patronage d’une femme, et d’une femme d’éducation supérieure dont les conseils modifieront peu à peu tes allures d’enfant gâtée.Puis, sans reproches, ma fille, il n’est que temps de penser à moi.Jusqu’ici, je me suis consacré à ton éducation, mais dans deux ou trois ans tu te marieras, et je resterai seul, comme un aïeul.Or, j’ai à peine dépassé la quarantaine.Tu dois le comprendre: ma décision est nécessaire et irrévocable.Une intraduisible expression de douleur, de défi et d’orgueil décomposait maintenant les traits fins d’Edmée.— Je n’en veux pas, clama-t-elle, égarée, je n’en veux pas, des conseils de cette étrangère qui a la prétention de remplacer ma mère ! Je la hais, entendez-vous ?je la hais ! Et si vous persistez à me l’imposer, je lui ferai tout le mal que je pourrai ! Pour racheter ce que je souffre en ce moment, elle ne souffrira jamais assez ! Elle sortit en courant, soulevée par un accès de fureur sauvage, et tandis qu’elle s’enfermait dans sa chambre où quelque effroyable crise de larmes allait la rouler sur son lit, M.Vallery, se rappelant la touchante prière de sa fiancée, murmura avec un long soupir: — Ah ! Adrienne, comme il faudra vous aimer ! IV — Vous sortez, Edmée?La jeune fille leva la tête et aperçut sa belle-mère à une fenêtre du premier étage; contrariée d’être surprise dans son escapade matinale, elle répondit sèchement: — Oui.Sans se décourager, Adrienne reprit, souriante: v — Une petite partie de canot sur l’Yerres ?— Oui.— Eh bien ! bonne promenade ! — Merci.Depuis deux ans que son père avait épousé Adrienne Nangis, c’était toujours ainsi, par monosyllabes revêches, qu’Edmée s’entretenait avec celle que, haineusement, elle surnommait “la marâtre’’.Singulière marâtre, en vérité, que cette tendre Adrienne ! Sans cesse elle était occupée, avec mille ingéniosités charman- (à suivre page 33) LA REVUE DE £M A N 0 N Page neuf PROFITONS DÉ NOS LOISIRS POUR NOUS INSTRUIRE UN PEU \ En l’année 1846, le conclave éleva au trône pontifical Jean-Marie Mastaï-Fer-reti, qui était cardinal depuis 1840.Le nouveau pape était issu de la noblesse des Etats de l’Eglise, il avait été nommé évêque de Spolète à l’âge de trente-cinq ans.Son prédécesseur, Grégoire XVI, ayant combattu les libéraux avec l’aide de l’Autriche, Pie IX, que l’on savait hostile à l’Autriche, vit son élection accueillie dans la péninsule avec enthousiasme.En fait, les premières mesures qu’il prit furent empreintes d’un certain libéralisme.Il rappela des exilés, libéra des prisonniers politiques, donna à Rome une municipalité et aux Etats de l’Eglise une constitution, qui prévoyait deux chambres dont une élue.Après la révolution de 1848 et l’assassinat de son ministre Rossi, il s’enfuit de Rome, où les habitants proclamèrent la République.Pie IX, qui s’était retiré à Gaète, appela alors à son aide les puissances catholiques.Une armée française vint à bout, après un siège de deux mois, de Mazzini et Garibaldi, qui dirigeaient la résistance, et rétablit le Souverain Pontife sur son trône.Puis, afin que pareils faits ne se reproduisissent plus, le gouvernement français accepte d’entretenir dans Rome une armée d’occupation (1850).Etant ainsi assuré de la sauvegarde de son pouvoir temporel, Pie IX s’efforça de rétablir dans tout le monde chrétien le pouvoir spirituel de la papauté.En Angleterre, en Espagne et en Hollande, il parvint à obtenir de nouveaux concordats qui reconnaissaient, avant tout, l’origine divine du pouvoir de l’Eglise.Le 8 décembre 1854, Pie IX promulgua solennellement, dans la chapelle Sixtine, le dogme de l’immaculée Conception.Puis il réunit une commission, à laquelle il confia le soin de rédiger un exposé général de la doctrine catholique sur le i m « Le Pape Pie IX rôle de l’Eglise dans la société moderne.En 1859, le royaume de Sardaigne, vainqueur de l’Autriche, occupa deux Etats de l’Eglise; l’Ombrie et les Marches.La petite armée pontificale commandée par le général Lamoricière, fut écrasée à Castelfidardo.Pie IX rompit avec le gouvernement du nouveau royaume d’Italie, qu’il refusa de reconnaître.Quatre ans après, comme la France venait de signer la convention de septembre 1864, par laquelle elle annonçait un prochain rappel de ses troupes, il publia le fruit des travaux de sa commission:, l’encyclique “Quanta Cura’’ (8 décembre 1864), suivie d’un “Syllabus”, condamnant, comme des erreurs, quatre-vingts propositions réunies en dix paragraphes.Le 8 décembre 1869, il convoqua un concile œcuménique, qui, le 18 juillet 1870, publia le dogme de l’infaillibilité du pape.Mais la guerre éclatait entre la France et l’Allemagne; le gouvernement italien en profitait pour s’emparer de Rome, que l’armée d’occupation venait d’évacuer, et le Parlement italien votait la “Loi des garanties”, qui faisait du pape un souverain inviolable, ayant droit à l’indépendance de son pouvoir spirituel, à la jouissance du Vatican, de Sainte-Marie-Majeure et de Castel-Gandolfo, et recevant une donation annuelle de 3,225,000 francs.Pie IX refusa la donation et les honneurs qui l’attendaient dans Rome.On ne le vit plus sortir du Vatican.Ce fut de là qu’il dirigea la lutte, en Allemagne et en Suisse, contre le mouvement vieux catholique dressé contre le dogme de l’infaillibilité (Kulturkampf) ; en Autriche, contre les lois libérales en matière d’enseignement et de mariage; en Espagne, pour don Carlos.Il mourut en 1878, après trente-deux ans de pontificat, au cours desquels il avait, selon le programme qu’il s’était tracé, rendu à la civilisation catholique une partie de la puissance qu’elle avait eue au moyen âge.Nos poètes canadiens JHoulrn en ^tuer (inédit) Le ciel est triste et gris; blanche et légère mousse, La neige a recouvert le sol dur du chemin Sans assombrir l’azur du lac aux courbes douces.Deux vieilles à paniers cheminent vers le moulin.Et tout près de la tour, la lune pâle élève Son croissant embrumé, par-dessus le buisson.Sur le toit engivré, les grandes ailes rêvent, Et le rond bâtiment s’enroule d’un balcon.Jfleurette Jfanét Pauvre Mère, il n’est plus l’ange au visage rose ! La Mort vient de voiler l’éclat de ses beaux yeux ! Son gazouillis s’est tû, sa paupièrre s’est close, Son âme, vierge encor, est remontée aux deux ! Il est parti, joyeux, à peine à son aurore, Laissant derrière lui la douleur et le deuil; Dans son petit linceul il souriait encore Au baiser maternel effleurant le cercueil ! Les oiseaux, ses amis, ont délaissé la branche Et, dans le fond des bois, poussent des cris plaintifs La libellule a fui le glaïeul, la pervenche, Le vent, lugubrement, souffle dans les grands ifs î Non, il n’était pas né pour la bataille humaine ! La fange aurait terni son front candide et pur; Son coeur était trop bon, son âme trop sereine, L’ange s’est envolé vers le beau Ciel d’azur.Il y priera pour ceux qui l’ont aimé sur terre, Pour ceux qu’il a laissés pleurant sur son tombeau; Pour le foyer natal et pour sa tendre mère Dont l’amour si profond veilla sur son berceau ! • • Plus près sur le chemin, se dresse un toit champêtre Dont les vastes pignons s’ornent de lourds verglas.La clôture s’affaisse, entre les rudes hêttres.Réconfortante lueur, le carreau luit là-bas.François LALONDE, Pauvre Mère, pleurez l’ange au visage rose ! La Mort vient de voiler l’éclat de ses beaux yeux ! Son gazouillis s’est tû, sa paupière s’eest close, Son âme, vierge encor, est remontée aux Cieux ! î Louis DUPRIEZ. Page dix (Montréal, 15 Janvier 1928 LA REVUE DE éM A N 0 N ti^U|iiuiïiùiïii!)iriMÏiiiiÏHMÏiiMÏitiiïiiiiBiiiiiiiiiiïiiuiuiiiiîiiitÜH*iaMr>«iMiiiiiiBHiiâiiiiBiiiiii»iMifiu«ii&ia!Hi'»f>fr«ni>i»iMS*>« ¦> r CANADA TYPEWRITER EXCHANGE & SUPPLY CO., Reg’d.CLAV1GRAPHES ct Machines pour écrire et protéger les chèques, Neufs, reconstruits et d’occasion, De toutes les marques et prix.Chaque machine est garantie.Nous vendons, échangeons, louons, réparons n’importe quelle marque de clavi-graphes.Meilleurs rubans, Huile, Brosses, Papier Carbon et articles de bureaux.Spécialité de réparations et inspection mensuelle MADAME L.ROBERT PROFESSEUR .Est 1920-W Mandoline Ukulele, Guitare, Banjo Montréal GRATIS Un savon “Palmolive” à toute personne qui nous rapportera cette annonce avant le 21 janvier.Nous savons plaire aux goûts les plus exigeants par la qualité de nos marchandises.Nos prix sont les plus bas de toute la ville.J.E.BELANGER EPICIER 6201 SAINT-DENIS 366 DE CASTELNAU Commander par téléphone, c’est payer plus cher Venez choisir vous-mêmes pour éviter les frais de livraison BEURRE — OEUFS — EPICERIES PROVISIONS — SEPT MAGASINS — TOUSIGNANT tm™ 6312, rue St-Hubert 880 Ste-Catherine Est 1279 et 2227 Ontario Est 630 et 2034 Mont-Royal Est 1897 rue Clark Page trente LA REVUE DE {MANON lMontréal, 15 Janvier 1928 “—Ne faudrait-il pas transporter tout de suite mon mari dans son pays?” demandai-je au docteur que j’avais appelé.Il secoua la tête.Bientôt, lels syncopes succédèrent aux syncopes, la faiblesse augmentait.Alors, tout en essayant de faire revenir Aymard à la vie, je priais, avec la foi des désespérés qui crient haut le nom de Dieu â l’heure du naufrage.Tout allait finir!.Je restai immobile, agonisant moi-même, attendant la mort de ma suprême espérance!.Jérôme prodiguait à présent tous les soins indiqués.Tout à coup, il me dit, la voix rauque: “—Je vais chercher un prêtre.” Je me rapprochais du lit, lorsque Amy pleura au fond de son berceau.Je la pris, la calmai, l’apportai près d’Aymard, elle avait entouré mon cou de ses deux bras, posé sa joue contre ma joue, et un transport de matertnelle tendresse, durant cet instant, m’absorba toute.Les cris de l’enfant avaient arraché mon mari à sa torpeur; il releva les paupières, et, comme Amy était maintenant apaisée et souriante, lui aussi sourit; ses doigts amaigris se soulevèrent pour toucher une de ses boucles blondes,et je tressaillis en le voyant caresser ses cheveux semblables aux miens! Je cherchais son regard et je partageai avec ma fille le sourire de tendresse qu’il lui adressait pour la dernière fois! r-La douleur qui me déchirait fut traversée d’un élan de joie intense.Je crus que la porte d’une vie heureuse s’ouvrait enfin devant moi.Qu’Aymard m’aimerait, qu’il ne mourrait pas! "—Vous avez souffert pour moi! me dit-il.“—Je vous aime trop, lui dis-je, pour que toute peine prise pour vous ait été autre qu’une joie.” Il murmura: ”— Pauvre Ellen.” La tête retombait sur l’oreiller, les yeux ne semblaient plus voir.Jérôme arrivait avec le prêtre.Quelques instants plus tard, mon mari rendait le dernier soupir.Le lendemain, le curé reparut, guidé par sa compassion.Je lui contai la navrante histoire que vous venez d’entendre.Devant l’effroyable torture que j’éprouvais, il prononça ces mots sublimes: “—Votre mari connaît à présent bien mieux l’étendue de votre tendresse, qu’il n’eût pu la comprendre sur la terre.Vous croyez que la mort vous sépare: elle vient de renverser la barrière qui se dressait entre vos âmes!” A peine le prêtre était-il parti que Jérôme me remit un papier qu’il venait de découvrir et sur lequel Aymard avait tracé ces mots au crayon: “Je veux retourner, après mon trépas, là où je n’ai pu retourner vivant.Mais que nul ne sache qu'Aymard de Mora dort son dernier sommeil dans le cimetière de Sainte-Seune.Que l’on ne demande rien pour moi.Ne prévenez pas mon frère.Achetez le silence des fossoyeurs qui creuseront une tombe anonyme près du sépulcre de ma famille, et cueillez en passant des bruyères du parc des Rochères qui glisseront avec moi sous le sol natal qui me recouvrira jusqu’à la résurrection! Ce qu’Aymard avait voulu nous l’accomplîmes, et il est passé pour la dernière fois devant le château dont les illuminations éclairaient notre route funèbre! .Durant le grand silence qui suivit ces derniers mots, Marthe se leva et vint s’asseoir près de Mme Clare.— J’étais là, dit-elle à quelques pas de la route; j’ai vu Jérôme cueillir les bruyères.nos bruyères.Mais j’enviais vos voiles de veuve qui vous donnaient, en me les enlevant, tous les droits de pleurer celui que j’ai aimé avant vous! Le lendemain, j’ai cherché et j’ai découvert la tombe cachée, près de laquelle nous nous sommes devinées aujourd’hui.Et, dans ma solitude, j'ai versé ces larmes dont je ne pouvais révéler la cause.Elle se tut.Devant tous trois passait la vision d’Aymard.Mais la forme n’en était pas la même.élégante et robuste avec sa mâle et jeune beauté, dans le souvenir de Marthe et de Bertrand;.é?na-ciée, usée, douloureuse, dans la ménioire d’Ellen Clare.XII — Madame, prononça le capitaine de Frossac, il nous reste encore beaucoup à apprendre sur vous et sur votre fille.— Vous parler de moi.encore! dit Ellen, je n’en ai que trop parlé tout le long de ce récit! Mais il le faut! J’avais confié ma fille à la gouvernante du curé et je la repris au retour de mon horrible voyage.Je me décidai à rester à Bordeaux.Le digne prêtre m’aida à trouver des leçons, procura une occupation à Jérôme, et me fit installer dans une maison dont la propriétaire soignait Amy lorsque j’étais appelée au dehors.Je vécus deux années ainsi.Amy grandissait, marchait, parlait, avait pour moi de délicieuses caresses.Jérôme, qui venait chaque jour, était fou de la fille de son maître; j’avais peine à l’empêcher d’apporter sur ses gains quelque amélioration à la vie de l’enfant.Cette existence avait encore des douceurs, lorsque, tout à coup, elle cessa brusquement.Je fus atteinte d’un accès de fièvre pernicieuse, et, en peu de temps, je tombai gravement malade.Je n’osais plus embrasser ma fille et je guettais en elle, avec effroi, les moindres symptômes du mal.La gouvernante du curé m’offrit de la conduire chez sa soeur qui habitait un hameau très sain situé à peu de distance de la maison où travaillait Jérôme.J’acceptai.Peu à peu, mon cerveau se prit; je perdis la notion exacte des faits; je m’imaginai qu'on m’avait enlevé mon enfant, que je ne la reverrais pas; la fièvre augmenta.Dans mon délire, je me levais, je courais à la fenêtre, je voulais me jeter au dehors pour aller chercher Amy.Malgré les soins qui me furent prodigués, je perdis la raison; il fallut men-fermer dans un asile d’aliénés.J’y restai quinze ans.quinze siècles!.Ma folie était douce; les religieuses étaient très bonnes.Comme je n’avais pas de manies dangereuses, j’étais employée à des petits travaux divers qui me faisaient paraître les journées moins pénibles et favorisaient le sommeil.Je parlais constamment de ma fille; les soeurs m’en donnaient des nouvelles; on me promettait de me conduire vers -elle, le lendemain, toujours le lendemain!.• - Quand je fus guérie enfin, j’appris tout ce qui la concernait.Jérôme, pendant les premiers mois, avait payé l’entretien d’Amy; mais quand il sut par le médecin de l’hôpital que mon état se prolongerait pendant de longues années, il comprit que l’enfant, en grandissant, devait être remise entre les mains de personnes qui s’occuperaient de son éducation et pourraient assurer son avenir.Il avait appris le décès de la baronne Pierre de Mora! cause, il le savait, des malheur de mon mari! Il se décida à conduire l’enfant à son oncle; mais, sans doute, dans la crainte que la révélation de mon état mental nuisît à l’accueil qui serait fait à la fille d’Aymard, il avait simplement dit: “Elle n’a plus de mère.” Ce n’était qu’un demi-mensonge.Hélas! l’enfant, alors, n’avait pas de mère! Jérôme consigna tout ceci dans une lettre qui me fut remise après sa mort, et dans laquelle il affirmait n’avoir rien révélé à qui que ce fût au sujet de la sépulture d’Aymard.La lecture de cette missive acheva de me remettre en possession de mes idées.L’heure était venue, à laquelle je devais définitivement quitter l’asile.Lentement, je sortis, ma petite valise à la main.- J’étais sans ressources.Ecrire au frère de mon mari pour solliciter une aumône?A cette pensée, toute ma fierté se révolta, mais je voulais revoir mon enfant.Alors je songeai au vieux prêtre qui avait été si bon pour moi, je résolus d’aller le trouver et je me rendis à Bordeaux.J’étais étourdi par le bruit des voitures dont j’étais déshabituée,et, pourtant, il me semblait que je n’avais jamais cessé de vivre de la vie commune! Il se faisait en moi comme une rentrée dans l’existence qui avait précédé ma folie.Je me dirigeai, sans avoir besoin de demander mon chemin, vers la demeure du curé; je soulevai le marteau, et, comme personne ne venait m’ouvrir et que j’éprouvais une timidité à renouveler mon appel, je m’assis sur une borne.Je n’étais plus capable de faire de longues marches, mes genoux défaillaient.Au bout d’un temps très long, j’entendis un bruit de serrure, je me levai, le coeur tout palpitant; mais, au lieu du visage rond, très doux, des cheveux blancs de la vieille gouvernante qui avait veillé sur Amy, j’aperçus la physionomie allongée, maladive d’un jeune prêtre.Je demeurai interdite.Il me demanda ce que je voulais;.“— Parler à M.l’abbé Senan,” répondis-je.L’ecclésiastique se rangea et me fit entrer dans le petit parloir que je connaissais si bien.“—Veuillez me faire savoir, me dit-il, madame, l’objet de votre visite, je suis l’abbé Senan.” Une crainte s’emparra de moi.Etais-je redevenue folle?Il s’expliqua aussitôt, en observant l’expression égarée de mon visage.“—Vous avez sans doute connu mon oncle et vous ignoriez sa mort?” Une exclamation de douloureuse surprise, s’échappant de mes lèvres, excita la compassion du prêtre.“—Je devine votre déception,- reprit-il tristement.Soyez assurée, madame que rien ne me touche plus que de constater les regrets que mon oncle a laissée parmi ceux qui l’ont connu, et croyez que je fais tout ce que je peux pour leur rendre les services que lui-même leur aurait rendus.” Sans hésiter, je me confiai à ce jeune ecclésiastique qui semblait se dresser providentiellement sur ma route. Il m’écoutait, le front appuyé sur sa main, évoquant ses souvenirs.“—Oui, je me rappelle! Mon oncle a prononcé votre nom bien des fois, et, devenu infirme, a exprimé le regret de ne pouvoir aller vous voir.Je trouverai peut-être quelque indice dans ses papiers.” Je me levai pour me retirer, avec, au coeur, le morne désespoir de ceux qu’attendent, au tournant de la rue, la faim et l’isolement.Le prêtre devina ma détresse.Restez, je vous en prie, me dit-il, sans même m’interroger sur ma situation.Mon oncle ne vous eût pas laissée partir ainsi! Ma marraine avec laquelle je vis, aura soin de vous.” .Une sensation fortifiante et douce passa dans tout mon être, j’acceptai, me reposant sur cette charité chrétienne qui manifestait pour moi la Providence.A mes hôtes j’exposai mes doutesrmes craintes, mon immense désir de rejoindre ma fille.Que pouvais-je conclure des termes de la lettre de Jérôme?.Elle était écrite,' d'ailleurs, depuis si longtemps! Quelle existence Amy menait-elle dans cette famille de Mora pour laquelle, malgré le lien sacré qui nous unissait, je restais étrangère?Comment était-elle traitée ma blonde et frêle petite créature d’autrefois, dont la tendresse prenait tout mon coeur au point de me faire oublier par moments l’immense douleur de ma vie?La gardait-on par pitié La considérait-on comme un de ces parias que sont, hélas! trop souvent, les parents pauvres pour les familles riches?ou bien était-elle initiée, dans une intimité affectueuse, à cé luxe dont j’avais entrevu le rayonnement le soir fatal de la nuit de septembre, dans l’atroce contraste qu’il formait avec le pauvre char funèbre qui portait Aymard! Y aurait-il désormais entre ma bien-ai-mée fille et moi le double abîme de ma misère et de sa fortune?La femme enfermée pendant de longues années dans une maison de fous pouvait-elle réclamer au baron de Mora la fille de son frère?.Et, cependant, j’avais sur moi, car on m’avait remis tous mes papiers, la preuve incontestable - que cette enfant était la mienne.Irais-je arracher ma fille à une vie heureuse et large pour l’associer à ma sombre existence?.Je parlai de me mettre en route des le lendemain, à pied, pour Saint-Seune; je Voulais prier sur la tombe d’Aymard et revoir ma fille.On me fit retarder ce départ, afin que je pusse m’assurer quelques moyens de gagner ma vie sans compromettre mon indépendance! Là-bas, je ne trouverais pas de leçons à donner.Depuis longtemps j’étais occupée à la lingerie de l’asile avec des malades et une religieuse qui travaillaient admirablement.J’étais en mesure de gagner ma vie.Au bout de peu de jours, mes protecteurs m’avaient procuré suffisamment d’ouvrage et la promesse que, même éloignée de Bordeaux, on continuerait à m’employer.L’abbé Senan, sans me le dire, avait pris des informations en même temps qu’il observait mon état d’esprit.Un jour, sa marraine m’en avertit par ces mots: “—Votre fille est heureuse et traitée par son oncle comme sa propre enfant.” Vous l’avouerai-je?ma satisfaction se mêla d’une intense jalousie maternelle.Amy avait été élevée suivant le rang de son père.pourrait-elle encore être mienne?En exprimant ma reconnaissance, Je demandai quelques détails: ‘‘—La lettre que j’ai reçue de M.le curé de Saint-Seune est fort courte, me répondit l’abbé Senan.“—C’est lui, repris-je, que le vieux Jérôme alla chercher pendant la funèbre nuit de septembre et qui a béni la tombe mystérieuse de mon mari dans l’enclos de la sépulture des Mora! “— Non.Celui-là est mort depuis deux ans.Son successeur m’écrit: “Le baron “de Mora a près de lui une jeune fille, “sa nièce, qu’il aime comme s’il était “était son propre père et qui porte son nom.” , Je ne voulus rien laisser paraître du doute qui s’empara de moi.Je n’avais jamais entendu dire à Aymard qu’il eût eu d’autres frères, mais il me parlait rarement de sa famille.Il avait pu exister quelque proche parent du même nom qui eût laissé une orpheline et que le baron traitât comme sa nièce.Etait-ce réellement Amy qui habitait les Ro chères^ Si vraisemblable que fût la présence de ma fille auprès du frère de son père, je calculais que la lettre de Jérôme remontait à huit années.Quand je quittai Bordeaux, cette incertitude m’obsédait.Si Amy était morte ! Si celle dont parlait le curé était une de ses cousines! Le doute a cessé lorsque Mlle de Frossac m’introduisit près de ma fille.• ¦ .«.Je ne me suis pas trahie.Jacqueline ignorait tout, mais je vivais près d’elle, je vivais d’elle! Chose navrante sa blessure me redonnait l’existence! Sa guérison va me rejeter loin d’elle, dans le néant.Priez tous deux pour que mon courage ne m’abandonne pas.il est cruel de bâillonner ses lèvres quand elles vont s’entr’ouvrir pour appeler son enfant!.• • • • Mme Clare se tut et le grand silence se prolongea autour d’elle.Bertrand réfléchissait.Marthe s’abîmait dans sa souffrance, avivée par toutes les révélations successives des dernières années d’Aymard de Mora.N’était-ce pas Ellen Clare qui avait été le soutien, l’appui, la consolatrice?N’était-ce pas elle encore qui allait être, de nouveau, sacrifiée?.Du mariage et de la maternité, elle n’avait connu et ne connaîtrait que les douleurs!.Mme Clare, enfin, dirigea vers le capitaine de Frossac des yeux remplis d’une interrogation muette.• U se leva, vint à elle et lui serra la main.— Attendez, lui dit-il, l’heure de Dieu! Souvent, les circonstances qui nous la font atteindre ne laissent rien deviner à nos pauvres et obscures prévisions humaines! La guérison de Jacqueline progressait lentement.Mlle de Frossac la laissait plus souvent seule avec Mme Clare.* Une après-midi, en ouvrant la porte de la chambre de la blessée, Marthe se retourna pour adresser la parole à quelqu’un.Une voix mâle et cependant douce lui répondit.Ce timbre, chaudement sympathique, fit tressaillir Jacqueline et, sans réfléchir, elle demanda: — Qui donc est là?— Mon frère, répondit Marthe, laconique.DEBARRASSEZ-VOUS DE VOS BRONCHITES ! 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Voilà, Mesdames, l’avatage que vous offre LE MARCHE STE-CECILE (autrefois Marché Idéal) Viandes de choix, beurre, oeufs et toutes autres provisions de première qualité à des prix très économiques.Vous pouve également faire votre commande par téléphone et nous irons vous la porte sans charge.M.J.E.DUMOULIN propriétaire 363 De Castelnau ' Tél.CaL 1869 Page trente-deux - LA REVUE DE M AN 0 N I,a voix était redevenue affectueuse; le bras de Marthe soutint la taille de la jeune fille et elle la fit asseoir près d'elle sur un divan.— Tout à l’heure, je l’ai cru!.Marthe se redressa, tout en tenant Jacqueline serrée contre eUe., — Parce que je n’ai pas voulu que vous le vissiez?,.Vous n’êtes pas encore assez forte pour sortir de votre chambre et causer avec un étranger.— Un étranger?Votre frère peut-il être un étranger pour moi?N’est-ce pas lui qui m’a apportée tout ensanglantée sous votre toit, qui est aussi le sien?.Marthe pâlissait.Un martèlement lui battait les tempes en même temps qu’une idée surgissait.Une Mora! Un Frossac, la fatalité!.• 9 Le docteur, pressé de nouveau par le baron, avait enfin autorisé le retour de Jacqueline aux Rochères.Pierre ne vint pas la chercher; il recula devant les difficultés de sa situation en se disant que le meilleur moyen de témoigner sa reconnaissance à Mlle de Frossac était de ne pas se présenter devant elle de nouveau.Au moment de se séparer des deux femmes, Jacqueline seule versa des larmes.Il lui sembla que ses lèvres effleuraient des joues de marbre quand elle se jeta dans les bras des amies qui l’avaient si tendrement soignée.Marthe, droite, raide, le pas automatique, remonta dans sa chambre.Mme Clare, convulsée, alla chercher les vêtements qu’elle avait apportés, en fit un paquet, crayonna sur une feuille de papier quelques mots par lesquels elle prenait congé de Mlle de Frossac, une phrase banale que tous les yeux pouvaient lire sans que nul être pût deviner avec quel atroce serrement de coeur elle avait été tracée.Le départ du capitaine de Frossac la jetait dans un isolement plus complet.Son dernier mot avait été: “Attendez.” Mais il n’était pas là, peut-être, pour lui dire: “Agissez!” Elle quitta la maison dans un trouble indicible.Au lieu de prendre la route de Romans, qui la conduisait directement chez Catie, elle s’engagea dans un sentier agreste qui, elle le savait, la mènerait au même but par un long détour, en passant non loin du parc des Rochères; elle “voulait” se rapprocher de Jacqueline.De loin, elle apercevait la pente sur laquelle Jérôme avait cueilli les bruyères déposées dans la tombe d’Aymard et, quand elle fut plus près, elle distingua les plantes, desséchées, comme si le souffle âpre des brises d’automne les eût momifiées.“Ainsi s'est flétrie leur jeune amour!” dit-elle tout haut, et une jalousie la mordit au coeur de n’avoir pas été “celle” qui avait vécu ces triomphantes heures de joie! Absorbée par ses pensées, hâtant fièvreusement sa marche, Mme Clare glissa sur les feuilles humides qui cachaient les pierres roulantes et tomba sur le côté.Elle parvint à se relever, et, s’accrochant aux branches qui pendaient au-dessus du chemin, gagna la route.Mais elle fut obligée de s’asseoir de nouveau, se demandant comment il lui serait possible de rentrer dans sa pauvre demeure., < XIII James Graves, ayant jugé que le moment ôtait venu de préparer, par une tournée de visites, un accueil favorable aux invitations qu'il se proposait de lancer, en avertit son père.— Je vais donner l’ordre d’atteler; nous irons d’abord chez le baron de Mora.— Répétez, James! dit Thomas effaré; il n’est pas possible que nous commencions dès aujourd’hui nos visites.dans les châteaux! — Votre présente habitation n'a-t-elle pas un cachet assez aristocratique pour être ouverte à tous les châtelains du pays?— Je ferai comme il vous plaira! grommela le vieux Grave qui, jamais, n’opposait une longue résistance aux volontés de James.Vous savez mieux que moi ce qui est convenable.Il se leva, posa, avec un long geste de regret, sa pipe sur un meuble, secoua ses épaules et sortit de l’appartement.— Vous devriez le laisser tranquille et vous en aller tout seul faire le gentleman élégant! prononça, non sans quelque bon sens, William Grave.— Si mon père avait voulu me donner une honorable pension qui me permît de vivre sur un grand pied, soyez sûr que je vous eusse laissé tous les deux suivre vos goûts! — Et c’est pour cela que vous farcissez la tête du pauvre vieil homme d’un tas d’idées saugrenues afin qu’il se prenne pour un aussi beau gentleman que votre Seigneurie! William partit d’un éclat de rire qui retentit comme une trombe: appeler son frère “mon beau lord” ou “sa Seigneurie” était, trouvait-il, fort plaisant.— Silence! imposa James; ne vous habituez pas à ces manifestations d’une gaieté aussi intempestive que grossière! Il faut puisque vous en êtes incapables, que je règle vos deux existences! — En un mot, reprit William, il faut que vous soyez notre couvre laideur! L’innocente créature que je suis est capable de saisir vos intentions.Je ne demande pas grand’chose: ma pipe et mon wisky! Vous voiliez me faire habiller par un tailleur de Paris, qui déclarera à ses acolytes qu’il n’a jamais vu de client aussi mal tourné que votre serviteur!.Et, quand je serai revêtu de ces habits étriqués qui auront été faits pour moi, sans que j’aie jamais été fait pour eux, eh bien! vous imaginez-vous que je serai un partenaire présentable pour les belles dames qui daigneront venir jouer ici au tennis et au bridge!.James se vit dans la nécessité de capituler.— Vous venez de me prouvez, William, que vous n’êtes pas un sot! Montrez à autrui que vous n’êtes pas un rustre! Jouez votre rôle de personnage muet, mais avec une apparente conviction.Trois heures sonnèrent, ponctuant la fin de cette phrase.James se retourna vivement.— Il est temps de partir, s’écria-t-il, mon père n’en finit pas.Le beau gentleman monta précipitamment dans la chambre de son père; il le trouva en bras de chemise, assi en face d’une pétillante flambée de bois sec, et semblant jouir d’une félicité sans mélange.Il paraissait si hérissé, si rouge, que James ne put retenir une exclamation.— Mais vous allez être tout couperosé! — Est-ce que vous me voudriez rose et frais comme une jeune lady?— Hâtez-vous, je vous en prie.Vous devriez songer qu’il est déjà tard! — Oh! beaucoup trop tard! clama le patriarche.— Allons, soyez un bon père, n’entravez iMontréal, 15 Janvier 19£8 pas l'avenir de votre fils.— J’ai deux fils, mon beau lord! — De “vos” fils, habillez-vous je surveillerai votre mise.Un quart d’heure plus tard, Thomas père et Thomas junior partaient en charrette anglaise, malgré le froid.• Lorsque, après être descendus de voiture aux Rochères, ils furent introduits dans le château, le jeune homme eut beaucoup de peine à faire comprendre à son père qu’il devait passer le premier.— Mais je ne pourrai pas voir comment vous faites! murmura celui-ci dépité.— Ne vous inquiété de rien, je me placerai tout de suite à côté de vous! lui souffla James à l'oreille.L’entrée fut correcte.Le baron, un peu froid d’abord, se montra de plus en plus accueillant.James lui plut; il mettait assez adroitement les millions de son père en valeur, sans laisser tran-paraître le côté de “parvenu”, et faisait entrevoir quel profit la société du pays en pourrait tirer.C’était attaquer le baron par son côté faible.James s’aperçut assez vite qu’il gagnait du terrain.Il parla de la vie à la campagne, des distractions qu’on pouvait organiser suivant les saisons; il énonçait des plans qu’il soumettait avec adresse à Mora, le consultant avec discrétion, mêlant la phrase déférente à l’affirmation assurée, parlant à propos au nom de son père, en lui faisant donner son avis par une phrase toute faite qu’il lui suggérait de telle sorte que le “vieux gentleman” n’avait plus qu’à la répéter.Jugeant que la visite était assez longue, il l’en avisa par un regard expressif.Tous deux se levèrent; après l’échange d’adieux cordiaux, le baron leur fit traverser le petit salon.Le portrait de Jacqueline arrêta aussitôt le regard de James.— Mlle de Mora, dit simplement le baron.— Je croyais que vous n’aviez pas d’enfants?prononça Thomas.— Mlle de Mora est ma nièce, je la considère comme ma fille; sans elle je serais absolument seul dans la vie! James estima qu’il fallait éviter de faire un compliment banal; mais tandis qu’il reprenait les rênes des mains du groom, une idée pointa qui, peu à peu, faisait son chemin.Il avait entendu dire que la fortune personnelle du châtelain des Rochères était relativement médiocre et qu’il possédait seulement l’usufruit de l’énorme dot de sa femme; sans doute, l’orpheline, élevée dans le luxe et l’élégance, ayant peu de biens, se laisserait prendre à la séductions de ses millions.et des charmes qu’il s’attribuaient à lui-même.Là, pas de mère dont il eût à redouter la perspicacité.L’oncle avait fait un mariage d’argent, il ne s’opposerait pas à ce que sa nièce en fit autant, et, du premier coup, James prenait pied dans l’aristocratie.Le lendemain, Prunac, le garde, demanda à parler à M.Grave.Celui-ci se fit suppléer par James, comme toujours, d’ailleurs.— Et autrement, monsieur, débuta le brave Auvergnat, je voudrais connaître vos intentions au sujet de la lande des Mornès.— Qu’est-ce que la lande des Mornès?Edmond COZ.{Suite et fin au prochain numéro.) Page trente-trois t'Montréal, 75 Janvier 1928 LA REVUE DE MANON LA MARATRE -*¦ (Suite de la page 8) tes, à tenter d’apprivoiser ce jeune cœur rebelle.Mais rien ne faisait prévoir qu’elle pût jamais y réussir, en dépit des meilleurs efforts.Tout ce que la méchanceté la plus raffinée peut inventer pour froisser et meurtrir une créature abhorrée, Edmée Vallery, cette enfant naturellement bonne et sensible à l’excès, l’avait découvert sous l’influence de la malveillance et d’une injuste rancune.Il n’était pas de vexation qu’elle ne ménageât à sa belle-mère, pas de réplique brusque qu’elle ne lui décochât, quand M.Vallery se trouvait absent toutefois, car en présence du grand avocat elle se bornait à se renfermer dans un hargneux mutisme.Comprenant qu’elle blesserait le cœur du père en se plaignant de l’enfant quand même chérie, Adrienne supportait tout sans récriminer, et lorsque son mari la remerciait de sa douceur, il ne se doutait pas de tout ce que celle-ci représentait de générosité silencieuse.Désarmée par cette mansuétude qu’aucune attaque n’ébranlait, Edmée, parfois, se sentait bien envahie par un remords confus, mais le parti pris redevenait vite le plus fort, et la jeune fille se cantonnait de nouveau dans son attitude hostile.Les mauvais sentiments à l’égard d’Adrienne étaient chez elle tellement tyranniques qu’elle en voulait même à la seconde femme de son père des jouissances qu’elle lui devait, du confort, du plaisir de vivre que l’on éprouvait dans une belle propriété d’Yerres où la famille passait maintenant presque toute l’année, le voisinage de Paris permettant à M.Vallery de se rendre aisément à ses affaires.Longtemps elle s’était obstinée à se poser en étrangère dans l’élégante demeure, avec une offensante affectation à ne se servir d’aucun des objets qui ne lui appartenaient pas.Sa rigueur contre elle-même avait été d’abord jusqu’à se refuser l’innocente distraction des promenades sur la petite rivière, grâce à la jolie barque amarrée au bas du parc.Mais un charme bientôt rompit sa volonté d’abstention systématique, et elle n’eut plus le courage de bouder l’Yerres et le canot, lorsqu’un sympathique compagnon de canotage se fut présenté.Il s’appelait Maurice Nogal et était le fils unique d’un manufacturier plusieurs fois millionnaire, retiré dans un domaine voisin.Entre un jeune homme de vingt-trois ans et une jeune fille de dix-neuf ans, il est rare que l’on s’en tienne longtemps aux simples rapports de bon voisinage.Tandis que leurs deux barques voguaient de conserve sur l’eau paisible, Maurice aima Edmée, et elle s’attacha à lui de toute la puissance de ses tendresses refoulées.Maintenant, sa vie entière était concentrée dans ce sentiment qui la dédommageait du présent et incarnait l’avenir.ï Ce matin-là, en arrivant à l’Yerres, elle y trouva Maurice, qui l’avait précédée.— Eh bien ?demanda-t-elle aussitôt, d’un ton qui indiquait entre les jeunes gens une entente préalable.— Eh bien! répliqua-t-il, c’est décidé: mon père viendra solliciter votre main pour moi cet après-midi ! — Ah ! fit-elle simplement, que je suis heureuse ! Et ils s’en allèrent au fil de l’eau qui, pour les amoureux, est le fil du rêve.Au déjeuner, Adrienne annonça qu’elle comptait passer l’après-midi à Paris pour effectuer diverses emplettes, et sa belle-fille s’étant bien gardée de l’avertir, elle partit sans soupçonner l’importante démarche qui allait avoir lieu,.Peu après, M.Nogal père se présenta et fut introduit dans le cabinet de M.Vallery.Edmée était restée sous le couvert de tilleuls à guetter anxieusement la sortie du visiteur.L’entrevue fut courte; au bout de quelques minutes, elle vit son père reconduire M.Nogal jusqu’à la grille, où les deux hommes se séparèrent sur un salut cérémonieux.Agitée d’un pressentiment, elle courut vers M.Vallery: • — Alors, père, ce mariage ?— Il est impossible, mon enfant, répondit l’avocat sans bien soupçonner le coup qu’il lui portait».Les prunelles de la jeune fille s’élargirent d’angoisse: —impossible!.Pourquoi?.— Parce que je ne suis pas assez riche, ma pauvre chérie ! Je ne puis te donner que deux cent mille francs de dot.Or, M- Nogal — trompé par notre train luxueux, lequel est dû à la fortune personnelle de ta belle-mère, — M.Nogal croyait que tu aurais beaucoup plus.Il exige au moins cinq cent mille francs.N’y pensons plus, ma petite Edmée ! Elle ne répliqua point; tout tournait autour d’elle, et le père, effrayé, n’eut que le temps de la recevoir dans ses bras.Quand Adrienne rentra vers le soir, elle trouva la jeune fille livide, et les yeux fixes, étendue sur le canapé du salon, autour duquel tournaient les femmes de chambre affolées.Rapidement, son mari la mit au courant.• Elle ne dit rien, mais un céleste rayon brilla dans ses beaux yeux noirs; se penchant, elle mit un baiser sur le front d’ivoire d’Edmée muette de désespoir, et, sans un mot, alla sonner à la grille de la propriété voisine.Moins d’un quart d’heure après, elle reparaissait, souriante et calme comme toujours.Un domestique la suivait, qui remit à M.Vallery un billet de M.Nogal.Celui-ci y jeta les yeux, puis, couvrant d’un ineffable regard la jeune femme transfigurée, tendit la lettre à Edmée: — Tiens, lis toi-même, chérie !.Machinalement, Edmée obéit».En quelques lignes brèves d’homme d’affaires, M.Nogal se disait heureux d’apprendre que le malentendu de tantôt n’existait plus: Puisque Mlle Vallery avait cinq cent mille francs de dot, il s’estimait flatté de lui donner son fils.Edmée s’était dressée, ne comprenant plus.— J'ai cinq cent mille francs, moi ?répétait-elle, pressant son front à deux mains d’un geste de folie.PATISSERIE CANADA.Aussi gateaux de noces et un assortiment complet de pâtisseries de choix.Nos prix sont raisonnables.Patisserie Canada 367 De Castelnau.Montréal .Calumet 5908 Tél.Est 1301 Rés.1570 Amherst 1558, rue Amherst, Coin Demontigny Toujours de l'argent à prêter PR1ME-J.MARSAN Percepteur pour l'Eglise Sainte-Catherine NOTAIRE Montréal Nous allons chercher et livrons la marchandise TELEPHONE LANCASTER 7772 jCity Hall Taiior Shop HEBERT CHAMPEAU, prop.Habits faits sur commande Costumes de dames Nettoyage, Pressage et Réparages de toutes sortes Nettoyage français et Teintures 1446, Avenue de YHôtel-de-Ville MONTREAL Consultez Pour vos Réceptions — Pour vos Cadeaux à choisir — Chocolats, Bonbons fins, Boîtes fantaisies La Patisserie Parisienne 328 Ste-Catherine Est., Montréal Tél.Est 7676 Attention toute spéciale aux commandes de Pâtisseries.ABONNEZ-VOUS ’ à LA REVUE DE MANON $2.00 par année.“JEUNESSE ET FOLIES” Achetez au plus tôt ce livre passionnant que des milliers de personnes ont lu.Une troisième édition vient d’ètre mise en vente dans le public.Lisez ce livre extraordinaire destiné à ramener la femme moderne dans la voie de sa vraie destinée.“Jeunesse et Folies” est l’oeuvre de l’abbé F.A.Baillairgé, ptre, curé.a Ce livre se vend partout pour le prix modique de 25 sous. Page trente-quatre LA REVUE DE A N 0 N éMontréal, 15 Janvier 1928 — Oui, dit le père d’une voix tremblante.et regarde qui te les donne !.Sa main, qu’un frémissement secouait, désignait Adrienne.Edmée, suivant ce mouvement, regarda “la marâtre”, qui rayonnait à cet instant d’une beauté vraiment surhumaine.Et soudain, un voile se déchira dans son esprit.Quoi ! c’était là la vengeance de cette femme à laquelle sa haine n’avait épargné aucun affront, aucune souffrance ! Une dernière, une suprême révolte souleva la jeune fille; l’espace d’un éclair, elle eut l’envie sauvage de repousser un tel bienfait.Mais, au fond de son cœur, le pur amour cria ! Et quelque chose se fondit en elle, une grande douceur l’inonda.Aucune explication, aucune phrase, elle le sentait, ne rachèterait l’odieux passé.Elle se leva et, fléchissant le genou devant “la marâtre”, prononça deux mots de réparation divine: — Pardon, maman ! Paul JUNKA.-o- Le Noël de grand-mère (suite de page 4) Il semble que cette petite clarté l’appelle en tremblant.Elle pousse une porte basse qui s’entr’ouvre accueillante.A pas de loup elle monte dans l’escalier obscur.Une marche crie.L’ombre s’arrête le cœur battant, puis elle reprend sa course plus légère.Elle glisse jusqu’à la chambre d’Emmanuel et soulève le loquet dont le son métallique trouble la paix du corridor.Elle entre retenant son souffle, va droit au berceau, écarte les courtines et se penche.A la lueur de la veilleuse, elle voit l’enfant sourire comme au plus doux des rêves.Pourtant l’ombre a des cheveux gris, des rides profondes et des yeux rouges.Après un long regard, elle embrasse les boucles éparses sur l’oreiller, borde les couvertures et laisse retomber les rideaux.Elle va jusqu’à la cheminée, s’agenouille, y dépose un petit sac doré qu’elle tenait caché sous son manteau de fée.Elle aperçoit les petits souliers roses, elle les prend dans sa main, les couvre de larmes et de baisers.Tout à coup, la porte de la chambre s’ouvre.Une jeune femme en peignoir blanc apparaît.Deux cris étouffés se croisent.L’ombre se lève tremblante.— Pardcn, balbutie-t-elle humblement, je me suis permis.cette nuit.chez vous.c’est pour le petit.des pralines qu’il aime tant.— Ma mère ! Ma mère ! Que dites-vous là ?supplie la jeune femme d’une voix basse et vibrante, c’est le bon Dieu qui vous envoie ! Puis, montrant le berceau : — Il aurait peur, dit-elle, venez dans votre chambre, voulez-vous bien ?Et, doucement, les deux femmes, côte à côte, s’esquivent de la chambre, où l’enfant dort en souriant.Quand se leva l’aurore de Noël, tandis que les clochers carillonnaient par la campagne la naissance du divin Médiateur, trois têtes penchées sur le berceau guettaient le réveil d’Emmanuel.Bientôt le bébé ouvrit ses grands yeux bleus encore tout éblouis des visions angéliques, et croyant rêver : — Mémé ! murmure-t-il dans un appel ensommeillé.Avec un tendre sourire, le vieux visage s’approcha.Alors, poussant un cri de joie, le petit enlaça de ses bras le cou de sa grand’mère tant aimée, en s’écriant : — Mémé ! Mémé ! dit-il, quel bonheur ! Merci, petit Jésus.Tu vois bien, maman, qu’il m’a rendu nia mémé ! Oh ! viens que je t’embrasse aussi, toi.Comme il ne pouvait étreindre deux fronts à la fois, il prit dans ses menottes une mèche grise et une brune qu’il confondit sur ses lèvres, et dans cette caresse passa tout ce qu’il y a de pureté, d’apaisement et d’espérance en un baiser d’enfant.Henri DORIS.-o- LE GENDRE REVE ' (suite de la page 5) Le Monsieur (étonné), — Comment, soumise ?.(8e ravisant, avec un sourire.) Ah ! ah ! c’est une métaphore ! Le Père Tatillon (qui prend ce mot pour une épithète élogieuse à l'adresse de sa fille, avec conviction) : — Oh ! oui, c’est une métaphore ! • .* Le Monsieur.— Voyons.Précisons un peu.D’abord, est-elle à pédale, votre.Le Père Tatillon (mécontent qu'on lui demande si sa fille fait de la bicyclette).— Oh ! la pédale, vous savez, ça n’entre pas beaucoup dans nos principes.Le Monsieur.— Alors, elle est mue par un petit moteur ?Le Père Tatillon.— Oh ! non, elle ne fait pas davantage d’automobile.Nous ne sommes pas pour le progrès à outrance, ni pour l’éducation à l’américaine.Le Monsieur (distrait).— Vous avez peut-être raison.Au fond, les Américains ne sont pas si malins que ça.A propos, et le coffre ?Le Père Tatillon.— Oh ! le coffre est bon ! Je puis vous affirmer qu’elle n’a jamais été malade.Le Monsieur (à part).— Encore une métaphore.(Haut.) Et quel système pour la canette ?Le Père Tatillon.— La canette?.(A jmrt.) Cette fois, la mère Tatillon ne dira pas que c’est moi qui pose des questions stupides ! Le, Monsieur.— C’est que, vous savez, j’ai le défaut, ou la qualité — comme vous l’entendrez — d’être méticuleux, très méticuleux.Le Père Tatillon (lui serrant la main dans un élan).— C’est comme moi ! (A part.) Je vois que nous nous entendrons.Le Monsieur.— Je disais donc.Mais, au fait, je verrai cela moi-même.quand vous me montrerez l’article.Le père Tatillon (outré).— L’article !.Le Monsieuiv — Encore une question, pourtant.Et le pied de biche ?Le Père Tatillon.— Un pied de biche ! A ma fille ! ! ! La Bonne (entrant tout à coup).— C’est un autre Monsieur qui demande à parler à Monsieur.Le Père Tatillon (impatient).— Qu’est-ce que c’est encore ?Qu’on nous laisse donc la paix.III .Marcel (entrant en coup de vent).—-Ah ! monsieur Tatillon ! que je vous remercie de m’avoir pardonné ce petit.malentendu ! Le Père Tatillon (d'un air pincé.) — Moi ! Je ne vous ai rien pardonné du tout ! Marcel.— Vous ne m’avez pas.?Mais, alors, pourquoi m’invitez-vous à déjeuner ?„ Le Père Tatillon (avec dignité).— Vnus êtes trop peu civil, monsieur, pour que j’aie jamais songé à vous inviter.Marcel (lui tendant un petit bleu).— Et ce télégramme ?Le Père Tatillon (suffoqué).— Comment ! le jeune homme des petites annonces .c’est vous ! Marcel.— Parfaitement.Mais.Le Père Tatillon (à son premier visiteur).— Alors, vous, monsieur?Le Monsieur.— Moi ?Je viens vous acheter une machine à coudre pour ma fiancée.N’en êtes-vous pas marchand ?Le Père Tatillon.— Et moi qui vous prenais.(Subitement furieux.) Ah! non !.C’est trop fort ! Voilà encore des gens qui se paient ma tête !.(A la bonne, qui est restée là, et qui se tient à quatre, pour ne pas éclater) : Marie, flanquez-moi donc tout ça dehors !.(Il sort en faisant claquer les portes.) FLORIAN-pARMENTIER.(Reproduction recommandée aux Journaux ayant un traité avec la Société des Gens de Lettres.) ABONNEZ-VOUS A LA “Revue de Manon” $2.00 par année 24 numéros avec primes BULLETIN D’ABONNEMENT Veuillez m’inscrire pour un abonnement d’un an à partir de.Ci-inclus la somme de $2.00 en paiement.Nom et prénoms Adresse 192.Comté.Province.Adressez ce bulletin, écrit de façon très lisible, à “LA REVUE DE MANON’ , 2035 St-Denis, Montréal, Qué., en l’accompagnant d’un mandat de poste.Sur réception de ce bulletin rempli tel qu’indiqué, “La Revue de Manon’* sera envoyée pendant un an (24 numéros) sans Chaque abonné recevra gratis un beau roman d’amour, comme prime spéciale. PRETE à PLEURER Les organismes - délicats ne doivent pas être soumis à un traitement violent.Pour eux, le traitement le plus simple est toujours le meilleur et il ne semble pas y en avoir de plus approprié à l’organisme fragile de la femme que celui des PILULES ROUGES, recommandées dans les cas de : Anémie Chlorose Epuisement Troubles nerveux Faiblesse d’estomac Maux de tête Douleurs internes Irrégularités Troubles du retour d’âge “Pendant près de trois ans, ma santé ne fit que décliner.Je devins extrêmement faible et toujours prête à pleurer.Le peu de nourriture que je prenais digérait mal, ce qui me causait des pa'pitations de coeur, souventd^jpaux de tête et des douleuis dans tous les membres.Durant cette même époque, ma mère mourut et le chagrin que me efiflf^^^mort ne fit qu aggraver mon état.Les Pilules Rouges me furent recommandées et dès que j’en eus pris quelques boîtes je me suis trouvée mieux.Douze boîtes ramenèrent complètement mes forces et firent augmenter mon poids de quarante livres.Il y a de cela trois ans et ma santé se maintient parfaite.” Mme Marie Marain, Millinocket, Me.CONSULTATIONS MEDICALES.—Vous pouvez toujours consulter GRATUITEMENT notre médecin à son bureau, de 9 heures du matin à 8 heures du soir, tous les jours, ou par correspondance.A .Quand la maladie nécessite (’intervention du chirurgien ou si elle est trop sérieuse* pour être suivie par correspondance, il vous conseillera de vous adresser au meilleur médecin de votre localité.Impossible de* vous traiter plus sûrement et à meilleur marché.Exigez toujours les Compagnie Chimique Franco-Américaine Limitée — 1570, Saint-Denis — Montréal POUMONS durant L’HIVER Même si vous jouissez d’une benne santé, les microbes des Voies Respiratoires sont si virulents qu’il est prudent de faire l’hygiène préventive en usant de Gargarisme, de Lotion Dentifrice que vous préparerez chez vous au moyen des E Ceux qui sont Faibles des Bronches, les Tousseurs perpétuels se trouvent bien de ce produit Balsamique Volatil, très actif contre les microbes des Voies Respiratoires.Au premier symptôme d’un Rhume, etc., mettez-vous immédiatement sous leurs bons effets.Vous trouverez autour de chaque flacon une brochure qui vous indiquera comment préparer chez vous au moyen des Crésobène, aussi facilement qu’une infusion de thé, un "Sirop”, un "Gargarisme”, une "Lotion Dentifrice” ou comment en "inhaler” les Vapeurs Balsamiques.Vous ne pouvez traiter vos Poumons, vos Voies Respiratoires mieux et à meilleur marché.“Crésobène”, $1.00 le flacon.Standard Products Co., 1566, rue Saint-Denis, Montréal.GARÇON ou FILLE Hardi, Droit, au Franc Regard, devra bien un jour remercier ses parents pour le plus précieux des dens qu’un homme ou une femme puisse avoir: une Santé parfaite.Les parents qui, par indifférence, négligent la' santé de leurs enfants, ne remplissent pas leur devoir.Ces enfants avec raison, pourraient reprocher à leurs parents leur faillite dans la vie.L’ O V O TV O L est le médicament par excellence, spécialement préparé et dosé pour les enfants Scrofuleux et Rachitiques; il donne une vitalité plus grande aux éléments du sang et des tissus de l’organisme.Il ne contient pas d’alcool.- Demandez notre brochure Gratuite, “SANTE des ENFANTS”, veus y puiserez des renseignements remarquables qui permettront que l’on cesse de dire que nos mères canadiennes ne savent pas soigner leurs enfants.Sur réception du prix, à la demande des parents, nous expédions l’Ovonol aux enfants directement par l’entremise des supérieurs des collèges ou des couvents.$1.00 partout ou par la poste.Compagnie Chimique Franco-Américaine, Ltée.1570, rue St-Denis, Montréal. vniieMère/ v Vv.-"v r c- '"’Qna * J J 0" Ù Prime par la Force ef par la Qualité .v •N’.-J '?1
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