La revue de Manon, 1 mai 1928, mardi 15 mai 1928
Montréal, 15 Mai 1928 Revue Littéraire la plus Distinguée des Foyers Canadiens Quatrième année — No 7 mmm •xÿrÿx-xx W0& 'S®®® — MIMi « xx-x-:**:*®*® •x-xxx-xx x-xvx- ®Pi®i®j: mm ®®::::::®®:®&®:®g mmmmm .:: :: : ?i®!&:®$x ®x®>x :W:WS Pi®:-:®: iilllliiüllll ®:®:®:®::::®:®::::x:::x.xxx hll ill x ! ;:®:®S;®®3®®-x®®: ¦¦pr , : -X- > : ¦ f* ¦ ¦, .¦ :MêmÊËÊÈÈÈ?j ISMMP «il I ¦ Y : ¦ .'•• : W0 i ^nmn : .- xxxx*: :;:::;x;x- M;$s: ®®& vm-XA xxx® xx-x-x:- « :®:i©®£ ®;:;®j®î®: ®;®;®i® ®»;W* ftftW: &®®® mmmm W,.v.v.v,vv,v :W:¥:?;::: «illllii* Siilliül S®&: «pip mmm Sxxxxx II! ®®® ®w®:swskî:; x;:::::;:vX-:::: &:;®:®®Ji:®®®:® lillilllll TOjÿÿftîSÿÿSWÿSÎS: É$83$pM ¦feSï Ï-: jVX xWxWA*®: MSgiî: PPi PP$ ¦tfSW::*:*.i®:®:®*®*'® ÎPPÎPP P®::&®:®£ HH iSSi-Si-iSi;®: W®!® mm WffîŒMmm .mm® illilllliliiil® Ü m IvXvXv! :g:®:®:®:®: pi®® ®$H$®: ^ *«1111111 ®:::®!®:®:®:;:iÿ:®x5S®S!:S^ mmmmmmrn mm •.V.V '®®:®:® Iss •¦- : billing ®¥i®¥®:®!®$®:®:; fri;®*®* ®:®j® qmmtm |i;i:S®®$ MSy ¦ilPPP P®:®:-:®:® >xj:¥x*> îg!;®;®:®: :®:S®: illi Wmmm mmm lÉliP® 1811111 rnrnmmmm ill* MW mmrnrnmmmmmmmmmmmmé • ¦ ¦ I iM0*i ïmmsm : illill .; :®*®X ®mmMMm mmmmm H liii§ IIIII lisi tt®®:®;® pgplp; ip»s«l wmmmmmz Sill xxxxxxxxxx ®:®$S!$®?®;!®®i ®W lllii illllii ¦i mm* :>X;X::::: ft®®® •vX'X*X* pli x:i:;:i:;x;: •iiüiiiiiip •x-x-x-x :»®ii mmmm i» mmm mm i gipSip iillli : 3ÿ:W • a x:;:®:®:® ¦:-xx:-: :X;:;X;X mmmm i®®:®®::®:®:®:®®® :ÿÿfi¥:W ®:®i® mm ¦¦i:®®;®;® .x::::-x:; HELENE COSTELLO (Warner Bros.) NOTRE GRAND ROMAN D'AMOUR Par Yvonne SCHULTZ QfU ¦XXX-: .V.*.mm mm 4.^-_ .j?.mmm mm mmmmm mmmmmm x:::x;:v ;X;X;X‘ LA REVUE DE {MANON H® Grossir, c’est se déformer Se déformer, ’est Vieillir L’Obésité vaincue par le ! Ce qu’est l’Obésité L’obésité consiste en une exagération de l’embonpoint: les gens obèses se reconnaissent à ce que leurs formes sont empâtées par l’accumulation considérable du tissu graisseux qui s’est formé sous leur peau.Il en résulte pour eux un aspect ou moins lourd ou ridicule, et une gêne plus ou moins considérable dans leurs mouvements.L’embonpoint, tout comme l’obésité, dont il n’est d’ailleurs que le premier degré, est justiciable du traitement par le THE DES CARMELITES, car ces deux états qui rendent si difformes ceux qui en sont les victimes.PROVIENNENT D’UN TROUBLE PROFOND Des fonctions physiologiques qui fait que la graisse introduite dans l’organisme par l’alimentation se dépose dans les divers points du corps, sous la peau, au lieu d’être brûlée dans les organes et transformée en muscles, en chair et en énergie.LES RECENTS TRAVAUX SCIENTIFIQUES de Hagedorn et autres, ont démontré que l’obésité est caractérisée par une tendance anormale, chez les obèses à transformer les hydrocarbures de l’alimentation en graisse.LE THE DES CARMELITES provoque l’amaigrissement sans rien changer au régime alimentaire ni à ses occupations journalières.Le THE DES CARMELITES modifie profondément les échanges nutritifs, provoque chez les malades qui en font usage, un accroissement de la quantité d’azote, et principalement de la quantité d’urée élimininée par les urines.Cette constatation est le signe d’une désassimilation exagérée des substances albuminoïdes et explique comment le THE DES CARMELITES agit contre l’embonpoint.On peut dire qu’avec le THE DES CARMELITES, l’amaigrissement se produit TOUJOURS parce qu’il augmente les oxydations organiques et que la graisse est brûlée par suite de l’accroissement des oxydations.Cette médication suffira amplement, sans changer en rien aux habitudes, au régime, aux heures de travail, pour accroître suffisamment les combustions organiques défectueuses, brûler la réserve trop grande de graisse et empêcher celle-ci de s’accumuler de nouveau dans les tissus.Le THE DES CARMELITES doit également être recommandé aux personnes qui souffrent de maux de tête, bourdonnement d’oreilles, battements de coeur, oppression, maux de reins, symptômes d’une dégénérescence graisseuse, qui influe sur les fonctions du coeur, du foie, des reins et de l’estomac.La suppression de l’obésité et de l’embonpoint est le triomphe du THE DES CARMELITES.Sa popularité est aujourd’hui considérable, et elle la mérite entièrement.$1.25 la demi-boîte, $2.00 la boîte.Expédié franco par la malle, sur réception du prix.Se trouve dans toutes les bonnes pharmacies.Agence spéciale PHARMACIES MODELES GOYER # 184 et 682 Ste-Catherine Est, MONTREAL • •O* « ( ).-O* '« ¦O* ’« ¦O* >< ¦O* •o« •O* •O* -(>« >()• o- ¦ 15 (Mai 1928 LA REVUE DE (MANON Page treize M A Dernières Nouvelles des Studios Patsy Ruth Miller is#® mm# ÿf ff& WM mm I ¦a** mm :;-i Le dernier film de Laura LaPlante s’intitule : “HOME JAMES”, il est dirigé par William Beaudine.Charles Delaney, Aileen Manning, Joan Standing, George Pearce, Arthur Hoyt et Sidney Bracy font partie de la distribution.Sept de ces films sont passés du studio à l’atelier de découpage au cours de la semaine dernière.On compte parmi ceux-là : “A TRICK OP HEARTS”, le dernier film de Hoot Gibson; “MEET THE PRINCE”, la nouvelle comédie de Glenn Tryon; “THE FOREIGN LEGION”, nouveau film de Norman Kerry; “FINDERS KEEPERS”, comédie de Laura LaPlante tirée du roman de Mary Roberts Rinehart; “HOT HEELS”, un autre film de Glenn Tryon; “THOROUGHBREDS”, avec Maran Nixon et Richard Walling; et “HONEYMOON FLATS”, film de Earl Derr Biggers, réalisé avec George Lewis et Dorothy Gulliver.Le troisième film d’Hoot Gibson pour la prochaine saison, “Clearing the Trail” par Charles Maigne, a été entrepris à Universal City la semaine dernière sous la direction de Reaves Eason.La distribution comprend : Dorothy Gulliver, Fred Gilman, Cap Anderson, Philo McCullough, Andy Waldron et Duke R.Lee.« La compagnie Universal vient d’annoncer officiellement que Mary Philbin jouera le rôle-titre dans “The Girl on the Barge”, par Rupert Hughes.Edward Sloman, qui a dirigé “The Heart of a Nation” (We Americans) et “The Foreign Legion” dirigera ce film; il est possible que le directeur et sa vedette tournent plusieurs de leurs scèns sur le canal Erié.Voici les titres de quatre films que Reginald Denny réalisera la saison prochaine.Ce sont : “The Night Bird”, “Red Hot Speed”, “His Lucky Day” et “Partners for the Night”.Ce sera Fred Newmeyer qui dirigera officiellement tous ces films pour le compte de Denny.“HOT HEEL” suit les traces de “Painting the Town” et de “A Hero for a Night”, les deux films de Glenn Tryon qui ont obtenu du succès au cours de ces derniers mois.Dans “FINDERS KEEPERS”, Laura LaPlante aurait l’un des rôles les plus comiques qu’elle aie jamais eus.A la suite de la représentation triomphale que l’on a donnée de “LA CASE DE L’ONCLE TOM”, (Uncle Tom’s Cabin) à Barcelone, le roi d’Espagne a commandé une représentation privée de ce film au palais royal.La petite Lois Hardwick, étoile de l’écran, vient d’être engagée par les Frères Stern pour jouer le rôle de Mary Jane dans les nouvelles comédies de Buster Brown, projetées pour la saison prochaine.On a déjà vu cette jeune artiste dans plusieurs films tels que “Seventh Heaven”, “The Enemy”, “The Crowd”, “Lilac Time” et autres.La compagnie Universal a l’intention de reprendre dans un nouveau film pour la prochaine saison tous les éléments qui ont fait de “THE CAT AND THE CANARY” un si grand succès.L’intrigue mystérieuse qu’on a choisie est “THE LAST WARNING” (Le dernier avertissement).Laura LaPlante sera l’étoile et Paul Leni, le directeur.C’est Alfred A.Colin qui a écrit l’adaptation de cette oeuvre et qui en a fait le scénario.Laura LapIante mm amm !v.‘,.’v.,v.vXv mm s#**: WïmM llllliilll mm ilMm SvXv .y.j yl'.w: MMÏ: • v « • « • • .• « W.’.V, Page quatorze lMontréal, 15 SM ai 1928 LA REVUE DE SM A N O N o- BON SAVOI par LE VIEUX CHERCHEUR î I LES BOISSONS D’ETE LES COCKTAILS Délaissant bourgeoisement les bars chic et les cafés pour le fumoir et la salie à manger, le cocktail s’est introduit dans nos moeurs, et vous serez, madame, réputée très “up-to-date” si à l’heure de l’accueil aimable de vos invités, au moment des bienvenues et des anecdotes, avant de passer à table, vous offrez “le rose”, “le bijou”, “l’opale” ou “l’oeil de chat” ou bien encore “le diable”, “la perle”, etc.Pour mêler les liqueurs entre elles, servez-vous donc simplement du bâtonnet à fouetter le champagne.Roulez la tige du bâtonnet entre vos paumes ce,la suffira à brasser les liquides divers.Le gobelet à frapper, que vous trouverez dans le commerce, vous sera aussi très utile Les cocktails doivent être bus glacés.Si vous n’avez pas de gobelet à frapper faites les mélanges et brassez dans un grand verre à demi empli de morceaux de glace point trop réduits.Pour assurer votre gloire d’échansonne, faites votre profit des quelques recettes qui suivent : _ Port flip.Pour chaque verre un jaune d’oeuf, un verre de porto, une pincée de noix de muscade et du sucre en poudre, frapper, bien malaxer, servir avec une tranche de citron.I Bijou.Pour chaque verre, deux cuillerées de Chartreuse, quatre de vermouth, deux de gin, quelques gouttes de bitter; frapper, malaxer, servir avec une cerise à l’eau-de-vie ou une olive dans le verre.Rose.4.Frapper un verre de gin, deux de quinquina rouge, une cuillerée d’angostura.une de bitter; malaxer.Servir avec une cerise à l’eau-de-vie et une tranche de citron dans le verre.Diable.Frapper un verre de vermouth italien, un demi-verre de gin, un demi de curaçao, un demi de triple-sec.Passez les verres au bitter d’orange et servez après avoir bien brassé.* * * LES COUPES Les coupes, elles aussi, sont à la mode, c’est une fantaisie amusante et très américaine.On les compose avec tous les vins de France et particulièrement avec le champagne.Elles se servent au dessert ou avec l’entremets, souvent aussi au buffet, lorsqu’on' donne une soirée, que le repos est suivi d’une sauterie, ou^dans un lunch, un goûter-réception, que l’on dit “impromptu”.Pour le souper avec les huîtres.Une demi-bouteille de stout mêlée avec une bouteille de champagne frappé.Champagne cup Mettez dans un broc de cristal un verre à liqueur de cognac, une tasse à thé de sucre en poudre, quelques tranches d’orange, de citron, d’ananas, des cerises à l’eau-de-vie.Malaxez.Mettez à glacer durant une heure.Au moment de servir ajoutez une bouteille de champagne frappé.Remuez avec la baguette à brasser.* Fancy cup.Dans un broc mêler des morceaux d’ananas, d’orange, de citron, de pomme, des grains de raisin, ajoutez un verre de liqueur d’abricot, un demiard de fine champagne, un demiard de sauternes.Brassez.Mettez à la glace dix heures.Au moment de servir ajoutez de la glace en menus morceaux, un demi-siphon d’eau de seltz, une bouteille de champagne frappé.Ornez les coupes servies avec les petits fruits que vous aurez pu vous procurer._ _ Champs-Elysées cnp.Dans un broc mêlez tranches de citron, d’orange, six clous de girofle, grains de raisin, cerises, feuilles de menthe.Versez sur l’ensemble un verre à liqueur de cognac.Mettez à la glace une heure après avoir bien malaxé.Au moment de servir, ajoutez une demi-bouteille de soda, des filets d’écorce de concombre, de l’écorce d’orange, de la glace et une bouteille de champagne frappé.* * * Vous pouvez également composer des coupes avec les vins de Bordeaux (Sau- ternes), du Rhin, de Xérès.Elles se combinent toutes de la même façon.Voici, par exemple, la composition de la coupe au Xérès : Xérès cnp.Mettez dans un broc des bâtons de sucre de pomme, du sirop de menthe, une écorce de banane, plusieurs écorces d’orange, des tranches de citron, des fruits à l’eau de vin : prunes ou cerises Ajoutez un verre de cognac.Laissez infuser plusieurs heures.Retirez les écorces de fruits.Au moment de servir ajoutez du sucre en poudre et une bouteille de Xérès, puis de l’eau de seltz.Pour agrémenter le buffet.Voici, à cette fin, quelques boissons et liqueurs originales.Night cup.§ Trois jaunes d’oeufs, deux verres d’ani-sette, deux verres de curaçao, un verre de cognac.Red tiger.Jus de plusieurs citrons, sirop de grenadine un verre de Cognac, sucre en poudre, Servir avec de la glace, des pailles et orner de cerises â l’eau-de-vie.Téléphone Calumet 5908 Le plus grand choix de Gâteaux à Montréal Pâtisserie Canada 367 rue De Castelnau Près de la rue Saint-Denis The Breuvage of the Queen Mettre de la glace dans un grand gobelet, ajouter, une cuillerée à bouche de curaçao, uen de chartreuse, une d’ani-sette, deux de porto, une cuillerée à café de sucre en poudre, emplir le reste du verre avec du Cognac.Frapper et servir.Julep à la Menthe.Mettez dans un verre du sirop de menthe, du cognac, de la chartreuse, du rhum, un jus de citron.Finissez avec de l’eau.Servez sur de la glace pilée avec des fruits à la nage et des chalumeaux.Oranges à l’eau-de-vie.Prenez de belles oranges de Provence, épluchez-les, piquez-les et jetez-les dans l’eau fraîche; mettez-les à blanchir à feu doux et plonge.z-les encore une fois à l’eau froide.Faites un sirop de sucre, assez pour que les oranges placées dans une bassine soient couvertes par le sirop.Donnez un bouillon.Laissez reposer jusqu’au lendemain, puis recommencez le bouillon de sirop, par deux fois avec un arrêt et un refroidissement en intervalle.Après le troisième bouillon, retirez les fruits, égouttez et mettez en bocaux.Pendant ces opérations, laissez le sirop sur le feu quelques minutes et laissez bouillir.Après refroidissement, ajoutez deux tiers de son volume d’eau-de-vie à 65°, filtrez et versez sur les fruits qu’ils soient bien couverts.Bouchez hermétiquement.Cette liqueur est délicieuse.Liqueur (l’orange au pendu.Ayez un bocal d’au moins 2 ou 3 pintes de contenance.Placez-y une pinte d’eau- de-vie à 50°; une demi-livre de sucre concassé.Fermez hermétiquement avec un bouchon de liège auquel est suspendue une orange bien mûre et très parfumée.L’orange doit pendre dans l’intérieur du bocal, mais le fruit ne doit pas toucher le liquide.Mettez le bocal dans un placard au sec et au chaud.Dans deux mois, l’orange sera devenue sèche et dure, elle aura donné son suc et son parfum à la préparation.Pour suspendre l’orange on la perce d’un fil de soie nouée au bas, ce fil passe le bouchon et y tient par un noeud que l’on fixe et obture à la cire à cacheter. cMontréal, /5 IM ai 1928 Page quinze LA REVUE DE ÜVl A N 0 N NOTRE ROMAN “LE MARI DE VIVIANE” par Yvonne SCHULTZ ' PREMIERE PARTIE LE REVE I A la recherche d'une comtesse d'Yrgil.La route de Saint-Etienne, au Puy, est une des plus belles de France.Sauvage ou [gracieuse^ molle commue une blonde écharpe ou jugulée par les rocs d’une vallée, souvent étroite comme une gorge, la route suit la Loire, et la Loire l’accompagne du chant de ses eaux roulant sur les cailloux.Peu de villages, mais beaucoup d’arbres descendant en rangs pressés du sommet des monts jusqu’au fleuve.Parfois, la vallée s’élargit, des pâturages surgissent, limités par ces anciens volcans, aux silhouettes convulsées, sur les flancs desquels paissent des troupeaux pacifiques.Pendant l’été, les lointains sont bleus commue dans les tableaux du Poussin, et cette vapeur azurée atténue les lignes trop précises des cratères, enveloppe de sa romantique poésie les villages et les châteaux gothiques, postés comme des burgs au sommet de rocs en remparts de citadelles.Pourtant, à Pont-sur-Loire, à quatorze kilomètres du Puy, le château des comtes d’Yrgil, les premiers propriétaires du pays, n’a ni donjon, ni échauguettes, ni douves remplies de ruisseaux, verts de cresson.C’est une aimable et galante demeure de l’époque Louis XVI, avec de hautes fenêtres cintrées et un toit à balustres où se déroule la frise vivante des géraniums.Le grand soleil entre à profusion dans ces pièces claires et, cette après-midi-là, il dorait les cheveux blancs de la comtesse douairière d’Yrgil.Elle tricotait d’un mouvement rapide et machinal, quand Ludivine, sa femme de chambre, frappa à la porte.—’Entrez! cria Mme d’Yrgil.Ludivine parut.La comtesse était assise dans une ample bergère de velours d’Utrecht.Elle leva la tête en entendant la porte s’ouvrir.— Un monsieur vient d’arriver, qui demande à voir madame la comtesse, dit Ludivine.Mme d’Yrgil fronça les sourcils: cette femme de chambre mal stylée l’agaçait continuellement.— Eh bien ! quel est le nom de ce monsieur?demanda-t-elle impatiemment.— Ah! j’lui ai pas demandé! balbutia Ludivine en devenant rouge.Et, comme la comtesse posait sur elle son regard surpris, elle ajouta: — D’abord, il a dit comme ça que madame la comtesse saurait que c’était lui.La vieille dame allait hausser les épaules quand, soudain, une pensée traversa son esprit.D’un bond, elle se leva, toute pâle, en répétant: — Lui, oh! mon Dieu, lui! Elle s’appuya pendant une minute sur une console, comme si l’émotion l’eût paralysée.Puis, elle murmura, en se redressant: — Arriver ainsi sans me prévenir! toujours le même, le brigand! Et, lestement, portée par la joie, elle gagna le hall et criait déjà, en soulevant une portière: — Toi, Olivier! Quand un petit vieillard, debout devant un portrait de la douairière dans sa vingtième année, se retourna, souriant aimablement: — Comment, baron, ce n’est que vous! s’écria la comtesse, en se elaissant tomber sur une chaise avec une expression de si vive déception, que le baron des Hourettes remarqua, mi-souriant, mi-fâché: — Quel accueil, ma chère amie.Tourmentez donc votre goutte, cueillez les plus belles roses du jardin pour venir vous souhaitez votre fête, et être reçu de cette façon! —Que n’avez-vous dit votre nom! riposta Mme Yrgil, en tendant sa main.Allons, venez dans le salon, mon cher ami, bien que le hall soit l’endroit le plus frais du château.Vos roses sont magnifiques.ce sont des “Willowmere”, n’est-ce pas?Ce ton coq-de-roche eût ravi le Titien et m’enchante.Ne trouvez-vous pas que certaines fleurs devraient être impérissables, comme des objets d’art?— Je transmettrai vos louanges à mon rosiériste, qui a failli pleurer en me voyant dépouiller l’arbre! C’est un tyran.Mais, vous ne m'avez pas dit qui vous attendiez, pour me recevoir aussi mal.Vous flirtez, comtesse! et vous ne pensez pas à moi, pour cela! — Mon cher baron, figuriez-vous que j’ai cru que c'était Olivier qui arrivait.— Votre petit-fils?— Mon diable de petit-fils, parfaitement.A propos, je viens de faire agrandir un de ses portraits.Regardez, au-dessus de la- cheminée.Est-il assez beau, mon jeune comte d’Yrgil?Le vieillard se leva, ajusta son lor- gnon et considéra pendant quelques minutes le portrait d’Olivier d’Yrgil.Très bien, en vérité, ce jeune homme de vingt-six ans: de la race, des yeux ardents et un air de grand seigneur épandu sur toute sa personne svelte.Le baron hocha la tête: — Vous dites l’attendre.Je le croyais en Tasmanie, très occupé d’explorations?— Parfaitement, mais j’ai reçu, il y a deux mois, une lettre me disant qu’il serait de retour pour nia fête.Ma foi, il était temps qu’il revînt.C’est le dernier Yrgil et il doit assurer sa race.Surtout avec un métier périlleux comme le sien: des marches forcées, des ascensions, des naturels féroces, la perpétuelle menace d’être dévoré par une bête ou un anthropophage! Je ne vis pas! Le baron sourit.Car Mme d’Yrgil, bien qu’elle ne “vécut pas”, se portait à merveille.Forte, mais très droite, le teint clair, toute la bonne humeur provençale dans ses yeux noirs, c’était un beau typ|e d’Arlésienne.Des Méridionaux, elle avait aussi le verbe abondant et l’imagination de feu.Elle reprit: — Quand vous êtes arrivé, je crus presque que c’était lui, surgissant en surprise.Et cependant, c’est inconcevable.Olivier ne m’a pas dit sur quel vapeur il s’embarquait.Pas un télégramme envoyé d’une de ses escales! Dois-je croire qu’une petite congaï le retient quelque part?Le baron hochait la tête, quand Ludivine entra et tendit à la douairière une lettre sur un plateau.— Mais, s’écria Mme d’Yrgil en examinant le timbre, voici un mot de lui et cela est daté de Melbourne! Il est donc encore en Australie?Serait-il malade?Vous permettez, baron?— Ma chère amie, je serais heureux d’avoir des nouvellles d’Olivier.La comtesse décacheta la lettre et la parcourut rapidement.Soudain, ses sourcils se froncèrent terriblement, elle froissa la lettre et, finalement, éclata: — Ah! l’ingrat, le perfide! Tenez, baron, n’ayez jamais d’enfants.Tous les mêmes ! Elle s’arrêta, à bout de souffle.M.des Hourettes, intrigué, lui saisissant une main; lui tapota la paume.— Ma chère amie, vous m’effrayez! que se passe-t-il?Olivier serait-il malade, ou dément, ou.— Plût à Dieu qu’il fût dément! Au moins, j’exigerais qu’on l’enfermât ici! interrompit Mme d’Yrgil, avec ce ton de badinage altier qu’elle avait emprunté aux grandes dames du XVIIIe siècle.IMPRIMEUR Notre motto : “Promptitude et satisfaction ', vous assure plein et entier contentement.— Nos prix sont raisonnables.— Tél.Lancaster 1907 987, boulevard Saint-Laurent, Montréal. Page sei^e LA REVUE DE {MANON iMontréal 15 {Mai 1928 Ah! reprit-elle, plus sérieuse, j’ai été trop faible avec lui.Enfant, il était mon petit roi, et j’ai cédé alors à beaucoup de ses caprices.Puis, il a voulu partir, et maintenant que je lui demande de revenir en France pour se marier et fonder un foyer, voici ce qu’il m’écrit: “Melbourne, mai 19.“Ma chère grand’mère, “Je crains beaucoup que cette lettre te parvienne en retard.J’en serais désolé, car je désire que les voeux de ton petit-fils figurent parmi les bouquets que tu recevras pour ta fête, chère bonne-maman qui fus le seul appui de mon enfance orpheline.— Il écrit avec délicatesse, interrompit le baron, ému.— Oh! reconnut Mme d’Yrgil, c’est un coeur excellent, mais une volonté d’acier.Bref, je passe sur les souhaits de fête.Ah! voici le passage intéressant: “Je n’ai pu, comme tu me le demandais, partir pour l’Europe, car Lemarquoy, le capitaine qui dirige nos expéditions, entreprend la traversée du pôle Sud.Nous partirons de la Tasmanie et, en passant par le pôle, nous irons jusqu’aux îles Falkland, au large de la Terre de Feu.L’expédition va bientôt quitter Melbourne, je suis lieutenant en second et serai de retour en France d’ici deux ans environ.” — Voilà ce qu’il m’annonce, s’écria la comtesse, aussi simplmeent qu’il me dirait! “Je vais déjeuner au Puy et serai peut-être en retard d’un quart d’heure pour le dîner!” — Le fait est.commença le baron.— Et le plus grave, reprit Mme d’Yrgil.Mais elle s’interrompit, car Mme Plère, une de ses amies, châtelaine des Ormeaux, venait d’entrer dans le salon.C’était une femme petite, au visage fin, avec un air de ruse et de curiosité qui la faisait ressembler aux Changeurs de Quentin Metzys qu’on voit au musée du Louvre.Elle sourit dans la direction du baron qui se levait pour la saluer; puis, apercevant Mme d’Yrgil dans son déshabillé de voile noir, elle redressa ses mains sèches, gantes de suède, en s’écriant: — Comment, chère amie, vous n’êtes pas encore habillée pour sortir?vous avez donc oublié que je vous emmène au Puy! — Au Puy, et, pourquoi cela?interrogea Mme d’Yrgil qui semblait, en effet, avoir oublié.— Il y a vente de charité au pensionnat Frémière où est Jeanne, ma nièce, et vous m’aviez promis de venir acheter à son comptoir, expliqua Mme Plère.— C’est vrai, cela m’était sorti de la mémoire, reconnut Mme d’Yrgil en souriant.— Et moi, je vais me retirer, dit M.des Hourettes en se levant, je suis du reste attendu à la Cure.J’espère, continua-t-il en s’adressant à la comtesse, que vous aurez l’occasion de revoir Olivier avant le délai qu’il indique et, d’ici là, cherchez-lui une fiancée.— Hélas! ce n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire! dit la douairière.Et, comme Mme Plère la regardait, elle ajouta: — Je vais vous expliquer ce qui m’arrive, ma chère amie.Le baron se retira.Mme Plère demeura seule dans le salon lumineux et, quelques instants plus tard, Mme d’Yrgil, assise près d’elle dans l’auto, franchissait les quatorze kilomètres qui séparent le joli village de Pont-sur-Loire de la ville du Puy.Resserrée entre des montagnes, où les rocs fauves ont des allures de géants, la route en corniche côtoyait la Loire écu-meuse.Et, au-dessus de ces défilés d’une rudesse guerrière, riait un ciel bleu, fleuri de nuages roses d’une grâce toute latine.Mais la comtesse ne contemplait pas le paysage féodal et idyllique à la fois.Les sourcils froncés, elle relatait à son amie ses ennuis d’aïeule, soucieuse de la continuité de sa race.— Imaginez-vous cela?disait-elle.Deux ans d’absence, des périls inimaginables, et, pas de foyer derrière lui, pas d’enfants! Notre nom risque de s’éteindre.Il faut absolument qu’il revienne et je le marierai de gré ou de force! — En attendant, comme disait le baron, il faudrait lui trouver une fiancée, dit Mme Plère.— Eh bien, ma chère, là précisément réside la difficulté, dit Mme d’Yrgil.Et, comme son interlocutrice paraissait surprise, la comtesse développa sa pensée : —* Il est très difficile de lui trouver quelqu’un.Ce beau garçon riche, porteur d’un grand nom, ne tente guère les jeunes filles de son monde et de sa situation, car, pour les autres, il n’aurait alors que l’embarras du choix.Mais, pour les héritières, comnfent accepter d’épouser un homme qui explore trois années sur quatre?Ainsi, parmi mes amis de Paris, j’avais pensé à la petite Blanche de Parles.Elle n’en a pas voulu, cette enfant! — N’y a-t-il pas Andrée Rosel qui, je crois, consentirait.suggéra Mme Plère.— Andrée Rosel?une parvenue! je ne veux pas de cela pour Olivier.Charlotte de Blécourt serait idéale: beauté, titre, fortune, mais elle n’est pas assez sérieuse, et songez que son mari serait toujours absent! Quant à sa cousine, Madeleine de Gers, qui est veuve, elle est horriblement coquette! — Ne connaissiez-vous pas une nommée Jacqueline d’Arémont?— Pas un sou de dot.et, cependant, reprit la douairière après quelques instants de réflexion, je crois que je finirai par ne pas faire grande attention à la dot! Je demanderais plutôt à la future comtesse d’Yrgil de la santé, un beau nom et un peu d’austérité! Que diable, je ne peux pourtant pas exiger pour ce coureur d’océans et de pampas une femme ayant à la fois noblesse, richesse et charme! Mais où trouver la comtesse d’Yrgil de mes rêves?Je vous avoue que dans toutes mes connaissances, je n’en vois pas une seule répondant à mes désirs! Tout au moins, celles qui me plairaient déclineraient l’honneur d’être de simili-veuves! — Ma chère amie, dit Mme Plère qui réfléchissait profondément depuis un moment, vous dites que vous demanderiez à votre belle-fille: santé, jeunesse et titre.et que vous passeriez sur la dot?Eh bien! je connais quelqu’un qui pourrait vous plaire.— Vraiment?s’écria Mme d’Yrgil.Cela m)e rendrait un immense service, car, faire revenir Olivier sans avoir, au moins, une personne à lui présenter m’ennuirait énormément.Vous connaissez une telle perle?Habite-t-elle Paris ou le Puy?comment a-t-elle été élevée?—- C’est une orpheline de grande famille ruinée, élevée depuis sa petite enfance au pensionnat Frémière, le meilleur de la région et où je vous conduis ' en ce moment.— Je pourrais donc la voir?demanda la douairière dans un éveil de toute son impatience de Méridionale.— Oui, à moins qu’elle ne soit justement absente, ce qui m’étonnerait.Elle doit tenir un comptoir à la vente.— Son nom, dites-moi au moins son nom interrogea la comtesse, avide de savoir comment s’appelait cette jeune fille.— C’est la fille du défunt marquis d’Ar-tenay.Elle se nomme Viviane.— Viviane d’Artenay?répéta Mme d’Yrgil lentement.Je connais ce nom et cette famille, originaire de la Touraine, je crois.vous pensez que cette jeune personne souhaiterait se marier?— Vous jugerez par vous-même.Du reste, nous serons bientôt arrivées.En effet, l’auto était sortie des gorges de la Loire et courait dans la vallée.L’étrange ville du Puy se tassait dans le cirque des collines et, sous le ciel bleu, dressait ses rochers étonnants, blocs énormes dont l’un supporte une église et l’autre la colossale statue de Notre-Dame de France.La voiture traversait la ville, propre et gaie, puis, comme le pensionnat était situé près de la cathédrale et que les rues y accédant directement étaient si roides qu’on les avait aménagées en escalier, l’auto gravit la pente par des voies détournées, suivant d’antiques ruelles bordées de vieux hôtels sombres et verrouillés comme des geôles et recélant dans leur ombre hautaine des meubles anciens, des tapisseries, des décors inconnus à éblouir un antiquaire.Enfin, la voiture s’arrêta devant le pensionnat Frémière, ancien couvent laïcisé.Il y avait beaucoup de monde dans la cour.On traversait le pensionnat pour déboucher dans le jardin en terrasse qui dominait la ville et les environs.Là, sous les arbres, et frais des ventes de charité.Empourprées de plaisir, les jeunes filles rivalisaient d’amabilité pour faire recette.Très vite, Mme Plère aperçut Jeanne, sa nièce, une enfant de quinze ans, encore dans l’âge ingrat, dégingandée comme un poulain.— Ma tante, dit-elle, excuse-moi de ne pas aller à ta rencontre, je ne puis quitter mon comptoir de sucres d’oi*ges, car tu penses, si je serais pillée! — Et Mlle d’Artenay, quel comptoir tient-elle?demanda Mme d’Yrgil impatiente de voir la jeune fille.Abonnez-vous à “LA REVUE DE MANON” 2.00 PAR ANNEE AVEC UNE PRIME DE 6 JOLIS ROMANS D’AMOUR.24 NUMEROS. I"Montréal, 15 Mai 1928 LA REVUE DE MANON Page dix-sept Jeanne regarda la douairière en disant, surprise : — Vous connaissez donc Viviane, Madame?Elle n’a pas de comptoir et vend des bouquets en se promenant.On se les arrache.— Ma petite Jeanne, pourrais-tu me dire où elle est?— Ma foi non, ma tante.Mais, vous la trouverez sans peine.Ah! madame, acheva la fillette en regardant la douairière, vous épuisez mes stocks! cela va encore renchérir la vie! la vie chère! En effet, Mme d’Yrgil, achetant une quantité de sucres d’orges, en distribuait autour d’elle sans se presser de marcher vers Mlle d’Artenay qui, lui disait-on, était là-bas, derrière le platane.Elle redoutait presque cette première entrevue et se répétait, en vain, que cela ne l’engageait à rien.Au fond, le nom des Artenay lui plaisant, elle désirait de toute son âme que la jeune fille lui plût également.Comment allait-elle être?elle ne voulait ni d’une écervelée, ni d’une hypocrite, et retardait le moment de voir celle qui serait peut-être un jour la com,-tesse d’Yrgil.Elle s’amusait donc à distribuer des bonbons aux enfants quand l’un d’eux s’écria: ^ — Oh! Viviane, donnez un bouquet à Mme d’Yrgil.La comtesse tourna la tête.Viviane d’Artenay était à dix pas d’elle.Occupée à disposer ses bouquets dans une corbeille, elle demeurait les yeux baissés et la douairière la vit à loisir.Assez grande, le teint d’une rose de Bengale sous une lourde couronne de cheveux blonds, elle avait dans sa robe blanche la fraîcheur, la jeunesse d’Hébé.Cependant, en entendant répéter le nom de Mme d’Yrgil, la jeune fille leva les paupières vivement et la douairière tressaillit.Les yeux baissés, elle était charmante.Maintenant, elle était mieux que jolie, car ils étaient remarquables, ses yeux d’un bleu qui, dans l’ombre, paraissait violet.C’étaient des prunelles humides et veloutées, profondes et moirées d’or sous l’Ombre des cils recourbés, de ces yeux où rit la jeunesse, où l’amour semble refléter son tendre et passionné visage.—• Mademoiselle, dit la comtesse avec émotion, je voudrais ces roses pour vous les offrir.Elle lui désignait un bouquet dans la corbeille et tendait un billet.—'Oh Madame, vous me comblez! dit la jeune fille souriant en regardant la douairière avec une attention particulière.Mais déjà d’autres acheteuses accaparaient Mlle d’Artenay, des vendeuses entouraient la comtesse.Elle tarda un peu à leur échapper.— Eh bien?interrogea Mme Plère triomphante, qu’en dites-vous?— Je dis, répliqua la comtesse, qu’il devrait être interdit de détenir une aussi jolie personne dans un pensionnat, loin des épouseurs! ' — Le fait est que, fière et sans fortune, c’est le couvent qui l’attend, cette petite.A moins que.Mme d’Yrgil n’acheva pas la phrase de Mme Plère, mais, se dirigeant vers Mlle d’Artenay, elle dit à son amie: — Présentez-moi donc cette jeune fille.— Ma chère Viviane, dit Mme Plère, je suis persuadée que vous avez entendu parler de Roche-Yrgil?—< Oui, madame, répondit Mlle d’Artenay.Je sais que c’est le château le mieux situé de toute la région.— Mademoiselle, dit la douairière en souriant, Roche-Yrgil manque de charmes en ce moment, car il n’est habité que par une vieille femme: moi! — Oh! madame! protesta Viviane avec conviction.—'Mais je serais heureuse que vous le rajeunissiez un peu en venant me voir avec Mme Plère.C’est possible, sans doute ?— Très possible, Mme Frémière, ma tutrice, ne me refusera pas ce plaisir.Mais, je suis confuse.Et sa confusion s’exprimait sans gaucherie.Cette grâce élégante enthousiasma la douairière et, chez elle, l’enthousiasme était un véritable incendie.Elle dit: — Il y a sans doute longtemps que vous êtes pensionnaire?— Oui, madame.Treize ans et j’en ai dix-huit.' Je suis vieille.— Oh! fraîche vieillesse! s’écria Mme d’Yrgil, amusée par cette petite mala- dresse de pensionnaire.Dix-huit ans! Puis, brusquement, la douairière reprit: — Au fait, vous avez raison.Toute vieillesse est relative.A votre âge il y avait déjà un an que j’étais mariée.On s’occupait de cela très tôt autrefois.Je gage que vous y pensez aussi?— Mon Dieu, madame.comme toutes les jeunes filles, répondit Viviane.Elle était devenue très rose, cette fois, effeuillant machinalement un bouton de marguerite dans sa corbeille de fleurs.Puis, une ombre glissa sur son visage et elle ajouta, mélancolique: — Mais il est plus sage de ne jamais y songer.et je veux être sage! acheva-t-elle avec une énergie soudaine.— Chut! je suis persuadée que les prétendants ne manqueront pas! Viviane eut un regard circulaire désignant les hauts murs entourant le jardin et qui semblait dire: “Comment voulez-vous qu’ils viennent?” et la comtesse s’éloigna, séparée de la jeune fille par des arrivants.Elle en savait assez.Mlle d’Artenay était jolie, bien élevée, de bonne famille, elle désirait se marier et, à sa soudaine mélancolie, Mme d’Yrgil devinait qu’elle était sans amour.une joie tumultueuse envahissait cette vive Méridionale.Elle serrait avec effusion les mains de Mme Plère.-iMa chère amie, il me semble que vous m'avez aidée à sortir un diamant de sa gangue.Vraiment cette jeune fille m’enthousiasme et, s’il est possible que Mme Frémière confirme mon excellente impression.je crois que mon coquin de petit-fils pourrait être le plus heureux des hommes! — Eh bien! voici Mme Frémière.Elle est, je crois, tutrice de Mlle d’Artenay, le tuteur est à Paris.Si vous voulez vous entretenir avec elle?Mme Frémière était une femem petite, obèse, mais extrêmement distingué.Elle était née de Blignac, une des plus a?i-ciennes famille du Velay et Mme d Yrgil pouvait se fier à son jugement.Avec la franchise des Méridionaux la douairière lui fit ex abrupto part de ses intentions.Mme Frémière connaissait Viviane comme sa fille.Personne ne LftOTBE $385 .00 “L’Orthophonie” Victrola L'entendre, c'est se convaincre quil est le meilleur NOUS AVONS TOUS LES MODELES TERMES FACILES, SI DESIRE Pianos — Automatiques — Radios — Records Musique en feuilles — Instruments de Musique 610 Mont-Royal Est Cherrier 6272 LA SENSATION DU JOUR Page dix-bmt lMontréal 15 ÜAai 1928 pouvait mieux que la directrice vanter son élégance morale, et sans doute la comtesse fut-elle suffisamment édifiée, car, le soir même, elle s’arrêtait à la grande poste pour envoyer le télégramme suivant qui, colporté par la suite, mit en effervescence toutes les filles à marier du Puy: “Olivier d’Yrgil, hôtel Britannique, Melbourne.— Je t’interdis formellement de partir pour le pôle et te prie de revenir sans délai à Pont-sür-Loire pour te marier.— Gisèle d’Yrgil.” Et, quelques jours après, la comtesse, enfoncée dans sa bergère de velours d’Utrcht, abattait la cent soixante-douzième maille de son tricot, quand Ludi-vine vint lui apporter une dépêche.Rapidement la douairière l’ouvrit et lut.“Impossible revenir, perspective projet m’assomme, respectueuses tendresses.— Olivier.” Mme d’Yrgil bondit: “Cela l’assomme! pensait-elle furieuse, cela l’assomme.Respectueuses tendresses Respectueuses! hum! En tout cas le voilà prêt à partir et il compte, le brigand, qu’il me sera difficile de le poursuivre dans les glaces polaires! Mais, que faire pour le retenir?Je ne suis pourtant pas affréter un yacht pour voler à sa poursuite! Je suis impuissante, impuissante!” Elle se répétait cela en soulevant Tune après l’autre les longues aiguilles d’ivoire posées sur la table en face d’elle.Non, personne ne connaissait aussi bien qu’elle l’orgueilleux entêtement de son petit-fils.Toutes les vertus et tous les défauts passionnés de la race revivaient en lui.L’obstination d’Albion se mêlait dans ses veines à la générosité, à l’enthousiasme français, car d’antiques aïeux, venus d’Angleterre, lui insufflaient son opiniâtreté.En effet, la famille d’Yrgil était de souche anglaise.Les premiers comtes d’Yrgil chassaient et bataillaient dans le Northumberland avant de suivre en France le Prince Noir qui, pendant la guerre de Cent ans, se flattait de conquérir la terre des Lys.Et Ralph d’Yrgil s’était installé dans les environs du Puy; quand le Prince Noir retourna en Angleterre, Ralph demeura dans son manoir de Roche-Yrgil, retenu là par sa femme, la belle Aude de Saint-Paulien, qui ne voulait pas quitter sa terre natale.Dès lors, les fils du comte d’Yrgil servirent la France et s’attachèrent à leur nouvelle patrie.Un d’Yrgil était mort à Agnadel, aux côtés du preux et beau Gaston de Foix; un autre avait été le compagnon de jeunesse de Louis XIV et le sang des d’Yrgil teintait alors tous les champs de bataille où la France s’illustrait.Enfin, en 1870, le mari de la comtesse d’Yrgil, le grand-père d’Olivier, jeune et fougueux, avait combattu dans les zouaves pontificaux et était mort pour son pays.LA REVUE DE £M A N O N Et cette ardeur combattive se retrouvait dans l’héritier actuel.Capable des plus belles pasions, sachant souffrir volontairement pour gagner des terres nouvelles à la France, bon, généreux, chevaleresque et même câlin, il pouvait cependant, si son orgueil était en jeu, devenir le plus froid et le plus dur des gentilhommes! Etant enfant, pendant toute une année il s’était refusé de monter à cheval — sport qu’il adorait — parce qu’il avait dit un jour: “Je ne monterai pas ce cheval bai” et, bien que l’animal fût beau et parfait., il s’était privé d’équitation plutôt que de céder à la volonté de son aïeule, elle aussi incapable de plier.A ce souvenir, Mme d’Yrgil soupira et, entendant un bruit de roues sur le gravier du jardin, elle regarda par la fenêtre.C’était Mme plère qui, très intéressée maintenant par ce mariage amorcé par elle, venait aux “nouvelles”.— Elles sont désastreuses! dit Mm^ d’Yrgil en lui tendant le télégramme d’Olivier.Mme Plère était consternée par la désinvolture du jeune homme.Elle réfléchit et dit: — Il n’y aurait sans doute qu’un moyen de faire pression ;sur ce rebelle: par l’argent.Mais, cela vous est-il possible?— C’est vrai, dit Mme d’Yrgil, j’ai le moyen de le tenir en laisse par les fonds, car Olivier n’a hérité que de peu de chose du chef de ses parents, son père ayant dilapidé sa fortune et celle de sa femme.C’est moi qui lui fais une rente.Mme Plère hochait la tête.La fortune de Mme d’Yrgil était considérable.Elle subvenait d’ailleurs sans embarras aux frais occasionnés par les explorations d’Olivier.Mme Plère dit lentement: — Eh bien! coupez-lui les vivres.—'Cela ne suffira pas! rétorqua Mme d’Yrgil.D’abord, Lemarquoy l’apprécie beaucoup et serait capable, pour l’emmener avec lui, de payer ses dépenses.Non, il faut mieux que cela.Car je connais Olivier: un coeur excellent mais une tête dure comme le diamant! un être exécrable! C’est tout à fait moi, du reste, il • est charmant.Bref, il faut que je frappe un coup décisif.et, ma foi, j’ai mon idée! — Ah! ah! qu’est-ce que c’est, si je ne suis pas indiscrète.—-Tout simplement ceci: je le menace de le déshériter au profit de Madeleine de Gers, sa petite-cousine, et ma foi, s’il s’obstine à son tour, je le ferai, répéta la comtesse avec emportement.Son opiniâtreté se heurtera à la mienne, il cédera de gré ou de force! — Mon Dieu! s’iécria Mme Plère sincèrement efrayée, s’il est contraint, ne craignez-vous pas qu’il prenne sa femme en aversion avant de la connaître?— Tiens, je n’y avais pas pensé, dit naïvement Mme d’Yrgil.Puis, se mettant à rire avec l’optimisme indomptable de certaines natures, elle ajouta: — Allons donc! comment sa mauvaise humeur tiendrait-elle devant cette jolie comtesse?Je suis persuadée qu’il l’adorera.Ma chère amie, voulez-vous me rendre un grand service?Mettez en partant ce télégramme à la poste.Et la douairière rédigea la dépêche suivante: 4 “Reviens, sinon je suspends ta pension et, de mon vivant, je fais don de ma fortune à ta cousine Madeleine de Gers.Ma décision est irrévocable, j’attends la tienne.— Gisèle d’Yrgil.” —'Ne craignez-vous pas les indiscrétions?demanda Mme Plère.— Non, remettez ceci à la directrice de la poste, elle est mon obligée, je suis sûre d’elle, acheva la comtesse en souriant.II Le retour de Daniel.Dans un palace de Melbourne, les officiers d’un régiment anglais offraient à déjeuner à l’expédition Lemarquoy qui devait, sous peu, cingler vers le pôle antarctique.Tous les hommes réunis là, jeunes ou dans la force de l’âge, étaient beaux d’énergie et de gaieté.Le repas avait été choisi, les vins de France riaient dans les verres et l’esprit vif pétillait de groupe en groupe.Au seuil de toutes les grandes randonnées, on aime à se remémorer les périls passés, comme si l’on voulait en tirer la preuve que l’on doit toujours échapper au danger, et on écoutait le récit un peu fantastique d’un nommé Castagnac, un Gascon: — Figurez-vous, disait-il, que j’étajs alors dans les monts Atlas.Je suivais un sentier en corniche; d’un côté un précipice, de l’autre le flanc abrupt de la montagne.Brusquement, à un coude, que vois-je?un bloc tombé du sommet obstruait le sentier! Retourner sur mes pas, impossible, j’avais dix lieues à faire pour trouver un campement et je mourais de faim.J’allais, en prenant le roc à bras-le-corps, le contourner quand j’entends un rugissement.En face de moi, de l’autre côté du rocher, un lion s’avançait à ma rencontre sur Détroit chemin, subodorant ma présence.L’obstacle l’arrêta comme moi; j’étais à la fois sauvé et perdu.Quand, tout à coup, je remarquai qu’un des blocs, tout pesant qu’il fût, vacillait sur sa base et pouvait être un peu écarté du flanc de la montagne.Tout de suite mon plan fut tracé; écartant l’énorme pierre, je fis quelque bruit et, bientôt, le lion passa sa tête par l’ouverture ainsi ménagée.Mais, au même instant je laissai retombai le roc.— Et l’animal fut écrasé?— Pas du tout.Il fut simplement garrotté par le cou.Impossible, par l’orifice redevenu étroit de retirer sa tête! Alors je contournai le bloc, me garai d’un coup de griffe possible et gagnai la vallée, FAITES LIRE LA REVUE DE MANON” A VOS AMIS.Aidez-nous à la faire connaître davantage.Achetez au plus tôt ce livre passionnant que des milliers de personnes ont lu.Une troisième édition vient d’être mise en vente dans le public.Lisez ce livre extraordinaire destiné à ramener la famme moderne dans la voie de sa vraie destinée.“Jeunesse et Folies” est l’oeuvre de l’abbé F.A.Baillairgé, ptre, curé.Ce livre se vend partout pour le prix modique de 25 sous.o o éMontréal, 15 OA ai 1928 LA REVUE DE OA A N 0 N Page dix-neuf laissant le lion prisonnier.Il a dû mourir de faim! ' Les Anglais souriaient, sceptiques; les Français se moquaient franchement du Gascon qui protestait.Ce n’était plus que lazzis et bons mots échangés, les visages devenaient rouges, le ton des voix montait et, seul, un des jeunes gens semblait conserver toute sa lucidité.Un peu renversé sur sa chaise, chassant d’un geste distrait les colutes de fumée de son cigare, le comte Olivier d’Yrgil souriait des yeux aux facéties de ses camarades sans cesser de rester maître de lui.On ne parlait plus maintenant que de la future expédition et, soudain, le Gascon, brave homme un peu fruste, s’écria: — Oui, dans un mois on sera partis, n’est-ce pas, Yrgil?à moins que votre mère-grand ne vous rappelle encore, eh! Il rit très fort à cette boutade, mais le comte fronça les sourcils et répondit froidement: —-De qui parlez-vous donc, Castagnac?— De votre mère-grand.— Vous pourriez dire: Mme d’Yrgil, riposta sèchement le gentilhomme.En tout cas, ajouta-t-il, se tournant vers ses autres camarades, je crois avoir à cette égard doublé le cap des Tempêtes.Ma grand’mère doit être en possession de mon dernier télégramme, je suis libre et, si je l’osais, je vous offrirais de boire du moët et chandon à ma liberté! .—Offrez, offrez toujours, Yrgil.Et le sommelier apportait de nouvelles bouteilles.Le vin célèbre bouillait dans les coupes.* Olivier, plus excité qu’il ne l’avait étié jusque-là, leva sa coupe quand on lui toucha le coude.Surpris, il se retourna.C’était un maître d’hôtel qui lui apportait une dépêche.Reposant sa coupe sur la table sans y toucher, le jeune homme tressaillit et, maîtrisant son impatience, demanda la permission de prendre connaissance du message.Naturellement, on lui accorda et il fit sauter le cachet: “Reviens, sinon je suspends ta pension et, de mon vivant, je fais don de ma fortune à Madeleine de Gers.Ma décision est irrévocable, j’attends la tienne.— Yrgil.’’ Le comte étouffa une exclamation de fureur.Il blêmit; ses mains froissèrent nerveusement le papier et, seule, la présence des officiers anglais si maîtres d’eux dans les plus violentes occasions l’aida à se contenir.Son amour-propre se révoltait devant cete injonction formelle et, se tournant vers l’assistance, il dit: — Permettez-moi de me retirer, messieurs, j’ai à prendre une décision importante.— Si vous le voulez, allez dans le fumoir, Yrgil dit Lemarquoy, le chef de l’expédition.— Je vous remercie.Je vais y aller.D’un pas saccadé, il se dirigea vers le fumoir, se laissa tomber dans un des profonds fauteuils de cuir et saisit son front dans ses mains.Plus encore peut-être que le fait de renoncer à la prochaine expédition, l’obligation de céder à la volonté de son aïeule l’irritait.Eh bien! non, il ne céderait pas.Il refusait de se marier et partirait quand même.Certes Lemarquoy appréciait trop ses services pour ne pas l’emmener.Il redressa la tête, découvrit son visage où les yeux sombres brûlaient d’orgueil.On imaginait facilement à sa ressemblance un Lucifer irréductible et passionné.Debout près de lui, Germain Laufre, son meilleur ami, le regardait.— Tu te doutes de ce qui se passe n’est-ce pas, lui dit vivement Olivier Tiens, lis ce télégramme.Mais je per siste dans mon projet d’expédition de vrais-je y perdre ma fortune.Tu entends Germain, rien ne me fera revenir sur ma décision! Le jeune homme hocha la tête.Il considérait la dépêche, puis demanda: — Crois-tu que, vraiment, Mme.d’Yrgil te déposséderait comme elle t’en menace?— J’en suis persuadé, répliqua nettement le comte.Dût-elle ensuite le regretter, elle le ferait.Oh! ajoutat-il en riant nerveusement, nous sommes bien du même sang, de la même race, cette race qui a pour devise: “Ni Dieu, ni diable, ni roy ne me plient; ma dame est Volonté’’, et je prouverai que je n’ai pas d’autre dame, en effet, que ma fantaisie.D’ailleurs, c’est inconcevable, reprit-il plus ardent, de quel droit entraver mes travaux?Car je ne cours pas vers les plaisirs, je suppose! je risque ma vie! — C’est pourquoi Mme d’Yrgil veut que tu reviennes.— Un soldat doit-il céder à la prière de son aïeule?— Tu n’es pas absolument un soldat et tu te dois à ta race, à cette race dont tu es si fier.Ensuite, réfléchis.Tu n’as pas, je le sais, l’intention d’explorer toujours sous les ordres de Lemarquoy.Tu veux de la gloire pour ton nom seul et, comment réaliser tes projets si tu es dépossédé?Vas-tu, dans un mouvement impulsif, compromettre tout ton avenir?Laisse-toi marier.Ensuite, ton foyer fondé, ton nom assuré de ne pas s’éteindre tu nous rejoindras, ou bien tu acquerras de la célébrité pour ton compte personnel.N’est-ce pas, capitaine, que j’ai raison ?* Lemarquoy arrivait en effet et, mis au courant, lui aussi pressa Yrgil de céder à la volonté de sa grand’m,ère.En somme ils approuvaient l’aïeule et devaient engager Olivier à obéir.Il y allait, non plus d’une expédition au pôle Sud, mais de toutes les explorations de sa vie.Les sourcils froncés, rejetant d’un mouvement nerveux les mèches noirs qui tombaient sur ses yeux, Olivier écoutait impatiemment les conseils.Il était de ceux que le joug irrite jusqu'à la frénésie s’ils ne l’ont pas tout de suite suite accepté bénévolement.Comme son aïeule, il était susceptible de ces emportements irraisonnés qui ressemblent à de tragiques enfantillages.Cependant, il sentait que ses amis lui donnaient tort et, se levant brusquement, il dit, sèchement: — Soit, je vais partir.Je me marierai puisqu’il le faut.—-Et vous serez très heureux, dit Le-m(arquqy.Je suis persuadé que Mme d’Yrgil a en vue pour vous une délicieuse partenaire! Olivier pâlit.Ces paroles augmentaient son irritation.Trop attaché à la douairière pour la prendre en aversion, il fallait que quelqu’un d’autre supportât le poids de sa cruelle déconvenue.Il riposta, cassant: —• Je ne serai pas heureux.On ne rend pas un homme heureux malgré lui et je suis contraint à ce mariage.Je ne puis éprouver que de d’hostilité pour celle qui, si mal à propos, a déterminé ma grand’mère à me rappeler, car, si elle n’avait personne en vue, sans doute le ton serait-il moins impérieux.Enfin, ne parlons plus de cela.Je ne souhaite qu’une chose, c’est que ma fiancée ne cherche ni à me plaire, ni à prendre de l’empire sur moi.Germain, accompagne-moi à la poste, car je serais capable de changer d’avis en route.Les deux jeunes gens quittèrent le palace où ils étaient entrés si joyeusement et s’engagèrent dans les larges rues de Melbourne.Le temps était exquis; le vent semblait apporter de l’archipel malais le parfum des girofliers, de toutes les végétations étranges et somptueuses des îles océaniennes.Us longeaient des boutiques achalandées, des vitrines de fleuristes encombrées de gerbes d’orchidées.Yrgil ne voyait rien.Une aversion violente croissait en lui contre CELLE qui représentait l’invisible lien qui le rappelait en France et, pâle, il rédigea sa réponse télégraphique: “Je vais revenir par s.s.Queen Alexandra, choisissez fiancée, qu’elle soit sportive.Olivier.’’ Mme Plère visitait son verger, le plus fertile de la contrée, et elle admirait l’embrasement des cerisiers, rouges de Incomparable POUR TARTES ! w ! ! i i î î i i w I \ _ | ¦ HcadowSweet lemon pie FILLING PREPARATION i5** la boite -suffisant pour 4 Tartes Refuse3 ; toutes imitations ïlJY GUARANIS Garniture deïarte s (Pie Fillings) SUS* “Meadow-Sweet” CITRON, ANANAS,FRAI5E5, FRAMBOISES, 0RANGESVC;ERI5ES.Fabriqué Par Meadow-Sweet Cheese Mfq.Co.Limited,Montreal.I i w i i a W I - I I I i a î i î i i s* i i ? Page vingt LA REVUE DE OA A N 0 N lMontréal, 15 OA ai 1928 fruits, quand, dans une allée, la comtesse d’Yrgil surgit, se hâtant vers elle.— Ma chère amie, lui dit-elle, dès qu’elle fut à portée de la voix, j’ai gagné la partie.Olivier revient, Olivier va revenir, et il accepte, les yeux fermés, celle que j’aurai choisie.Je suis bien heureuse.Mme Plère félicita chaudement la douairière qui, en effet, exultait: Les succès sont difficiles au commerçant qui trouve la publicité difficile.Si vous voulez de bons résultats, annoncez dans “ LA REVUE DE MANON ” Commander par téléphone, c’est payer plus cher Venez choisir vous-mêmes pour éviter les frais de livraison BEURRE — OEUFS — EPICERIES PROVISIONS — SEPT MAGASINS — & FRERES LIMITEE TOUSIGNANT 6312, rue St-Hubert 880 Ste-Catherine Est 1279 et 2227 Ontario Est 630 et 2034 Mont-Royal Est 1897 rue Clark Tél.MAIN 2202 J.T.ARMAND, Fondé en 1917 Prop.64, rue Saint-Jacques, Montréal CANADA TYPEWRITER EXCHANGE & SUPPLY CO., Reg’d.CLAVIGRAPHES et Machines pour écrire et protéger les chèques, Neufs, reconstruits et d’occasion, De toutes les marques et prix.Chaque machine est garantie.Nous vendons, échangeons, louons, réparons n’importe quelle marque de clavi-graphes.Meilleurs rubans, Huile, Brosses, Papier Carbon et articles de bureaux.Spécialité de réparations et inspection mensuelle Nous allons chercher et livrons la marchandise TELEPHONE LANCASTER 7772 (City Hall Taiior Shop HEBERT CHAMPEAU, prop.Habits faits sur commande Costumes de dames Nettoyage, Pressage et Réparages de toutes sortes Nettoyage français et Teintures 1446, Avenue de F Hôtel-de-Ville MONTREAL — Dès demain, reprit Mme d’Yrgil, je vais aller au Puy et je verrai Mme Frémière.— Marier Viviane était son grand souci, dit Mme Plère, et elle va vous accueillir avec enthousiasme.Quant à Viviane, je suppose qu’elle acceptera.Mme Plère souriait embarrassée; la douairière comprit sa pensée: — En effet, dit-elle, cette jeune fille sera toute surprise par cette demande en mariage; peut-être même ignore-t-elle que j’ai un petit-fils! Tout cela est fort délicat, mais il est impossible qu’Olivier, d’après sa photographie, ne lui plaise pas.11 est si bien, mon Olivier! —• Certes, acquiesça Mme Plère, il a toute la mâle élégance qui fait rêver les jeunes filles.Cependant, ma chère amie, laissezmoi vous dire que Melle d’Artenay est moderne, c’est-à-dire qu’elle répugnerait vivement à la pensée d’être acceptée par votre petit-fils seulement sous la menace d’un déshéritement.— Il ne faut pas qu’elle le sache non plus! protesta vivement la douairière.J’ai été jeune, je sais combien on peut être romanesque et j’estime qu’il faut de la poésie autour des fiançailles.Mlle d’Artenay ignorera comment son mariage s’est amorcé.— Cependant, je ne vois pas bien.dit pensivement Mme Plère.Les deux vieilles dames suivirent les allées du verger, indifférentes aux succulentes promesses des arbres frugescents, gloire de la châtelaine.Soudain, la douairière releva la tête: — Mon plan est arrêté, dit-elle, un vrai chef-d’oeuvre.Puisque Olivier doit être bientôt le plus heureux des hommes, je veux que Mlle d’Artenay soit folle de mon petit-fils.Quel joli roman sentimental je vais échafauder! je voudrais déjà être au Puy.— Prenez garde, dit Mme Plère qui connaissait l’imagination indomptée de la vive douairière, ne brodez pas trop, de crainte de surcharger! — Çoyez tranquille.Allons, voilà du bonheur en perspective et Viviane ne se doutera jamais de la façon dont ses fiançailles se seront faites! En effet, Viviane ne se doutait pas que des télégrammes la concernant volaient du Puy aux antipodes.Et, cependant, sa courte entrevue avec la douairière l’avait laissée pensive.Tandis que Mme d’Yrgil projetait d’aller demander sa main pour son petit-fils, la jeune fille, seule sur la terarsse du pensionnat, rêvait mélancoliquement.Elle apercevait au-dessous d’elle toute la campagne vellave, blonde de soleil; de fines buées, comme des fumées, estompaient légèrement les lignes, et le vent, chargé d’un parfum de tilleul, passait sur son visage.?• .< » i Dix-huit ans plus tôt, elle naissait dans un château des bords de la Loire, en Touraine, là où le fleuve s’étale câlinement sur un lit de sable couleur de miel.Et les eaux immobiles reflétaient les tourelles légères, les fenêtres à meneaux, le toit et sa lanterne Renaissance, ajourée comme une pièce d’orfèvrerie.Les premiers regards de Viviane avaient rencontré les horizons charmants de la plus douce province de France.Son père voyageait alors en Arabie avec un cousin, Roger Marty, qui s’occupait de médecine en amateur, mais avec un intérêt passionné, étudiant les diverses affections des Orientaux.Et, avant d’être revenu en Touraine, avant d’avoir baisé le front de sa première-née, le jeune marquis mourut à Jérusalem d’une attaque de choléra.Quelques années après, Mme d’Artenay fut enlevée par une pneumonie.Mme Frémière, son amie, étant sur place, fut nommée tutrice et emmena l’enfant dans sa propre famille, au Puy-en-Velay.Possédant ce délicieux castel Renaissance et des fermes importantes, Viviane eût été très riche.sans Me Charme.Me Charme! Ce nom, comme un maléfice, avait résonné à ses oreilles d’enfant.Me Charme, flattant la prodigalité de la défunte marquise, lui avait avancé de fortes sommes contre hypothèques dont il exigea, soudain, le remboursement.Eloignant habilement tous les acquéreurs, Me Charme rendit les propriétés invendables.puis les racheta au dixième de leur valeur! Quand le docteur revint en France, il était trop tard pour sauver la fortune de l’enfant et le notaire indélicat, revendant le château avec un bénéfice considérable, s’en alla, riche et honoré, jouir du bien mal acquis en Artois, son pays natal, où il habitait le manoir des Aulnes.Viviane se souvenait vtaguement du château d’Artenay, revu à l’âge de quatre ans, et des salles, aux blanches statues, où, aurait-elle pu dire comme Mignon exilée: “des hommes de marbre m’appellent dans la nuit en me tendant les bras!” Nulle famille, hormis le docteur Marty et son fils Daniel, médecin amateur aussi, se penchant sur les pires souffrances physiques.Certes, Mme Frémière avait été une mère pour elle, mais très austère d’une sévérité qui repoussait toutes les expansions, elle n’avait jamais contenté ce besoin d’affection qui emplissait le coeur tendre de Viviane.Accoudée au parapet de pierre, la jeune fille soupira.Depuis treize ans elle habitait ce pensionnat et, pendant longtemps, elle avait promené sous les arbres touffus de la terrasse son front limpide et insoucieux.Comme il suffisait peu de chose pour la rendre contente! Puis, sans qu’elle sût pourquoi, elle avait cessé de trouver la vie si belle.Une tristesse sourde s’était emparée de Viviane et s’accroissait par les soirs d’été quand elle s’accoudait à la terrasse et que, non loin d’elle, un rossignol essayait ses premières notes malhabiles et déjà brûlantes_____Alors, des larmes emplissaient ses yeux aux reflets d’améthyste et elle ne savait pas ce qu’elle pleurait., Puis, peu à peu, elle le sut.Autour d’elle, des amies [aimaient, étaient aimées, se fiançaient.C’était pendant quelque temps l’exaltation charmante des amoureuses, les félicitations, l’étalage du trousseau.Enfin, elles se mariaient, disparaissaient.Certes, Viviane était encore bien jeune pour douter de l’avenir; mais, sans famille, qui donc s’inquiéterait de son établissement?Comment viendrait-on la chercher dans ce pensionnat presque cloîtré?Le malheur voulait que, lorsqu’elle sortait, allait chez des amies de pension, celles-ci étaient des filles uniques.Enfin, on la savait sans dot et cela refroidissait le zèle des jeunes gens.Le désintéressement, l’amour spontané n’existaient donc pas?Puis, elle réagissait, et par ce bel après-midi de juin, elle s’efforçait de ne pas espérer de toute son âme quelque prince charmant comme dans les contes bleus.Elle voulait être sage, comme elle l’avait dit à cette bonne Mme d’Yrgil.— Viviane, où êtes-vous?Mlle d’Artenay se redressa.Une maîtresse la cherchait.— Je suis ici, madame, répondit-elle. c"Montréal, 15 (Mai 1928 LA REVUE DE {MANON Page vingt-et-une — Mon enfant, on vous demande au parloir des roses.Cette appellation désignait avec plus de poésie que d’exactitude un étroit jardin fleuri de rosiers maigres.C’était le parloir d’été.Surprise, Mlle d’Artenay se dirigeait vers le parloir.Surprise, en effet, car il était bien étonnant qu’on vînt lui rendre visite, un jour de semaine, en dehors des heures réglementaires.Et puis, elle connaissait si peu de monde! Elle parut dans le parloir et poussa une exclamation: — Vous mon cousin, vous Daniel! vous êtes donc revenus de terre sainte.Que je suis contente de vous revoir! Avez-vous fait bon voyage?Elle tendait son visage au baiser rugueux de son vieux cousin Marty et offrit ses mains à Daniel qui, devenu tout pâle en l’apercevant, la dévisageait avidement.— Je croyais que vous ne reviendriez qu’en septembre.Mais, quel séjour vous avez fait en Palestine! J’ai ;reçu vos carts postales de Jérusalem.C’est beau là-bas, n’est-ce pas?— Non, dit rondement Marty, la terre sainte n’est pas belle; que de fois même elle est désespérément banale de lignes! Mais, tant de souvenirs l’ont sculptée qu’elle est toute entière éloquente et pathétique.— Je suis sûre que Daniel a fait là-bas d’admirables aquarelles?—'Daniel?répondit le père moitié bourru, moitié admiratif, il rêve de fonder des léproseries, puis de passer aux Indes régénérer les parias! .—'Vous avez toujours eu des idées d’apôtre! dit Viviane au jeune homme avec une nuance de respect dans la voix.Daniel rougit légèrement, troublé par les paroles de la jeune fille, et balbultia:* —• Oh! je ne retournerais là-bas que s’il m’était • impossible de fonder ici le foyer que je souhaite.Viviane ne parut pas comprendre le sous-entendu.Daniel Marty était grand et d’une maigreur exagérée, ascétique comme si de trop longues années d’études l’eussent empêché de se développer.Passionné de philanthropie un peu fébrile, on le sentait tourmenté comme un homme qui n’a pas encore trouvé sa voie et à qui fut promis un destin spécial.Assise près de lui, Viviane interrogeait M.Marty sur la Judée, la Galilée, les ruines romantiques de Baalbeck et Daniel ne la quittait pas des yeux.s.Depuis deux ans qu’il ne l’avait pas vue, il la trouvait très changée.De l’enfant était née une adolescente élégante, au visage si clair qu’il semblait irradier de la lumière.Cette Viviane n’avait jamais cessé d’être jolie! Involontairement, Daniel, avec un trouble grandissant, se rappelait sa première rencontre avec la fillette.Venu passer les vacances à Ussac, aux environs du Puy, son père, un jour, avait invité cette petite-cousine d’Artenay.Mon Dieu, comme cette visite, en empêchant une excursion projetée, l’avait ennuyé! Et puis, Viviane était apparue, bouclée, adorable et sérieuse comme Y Ange Gardien du tableau du Dominiquin.Et l’adolescent de dix-huit ans avait senti battre son coeur.Ils avaient couru ensemble dans le jardin et, finelement, vers le soir, comme on la reconduisait en voiture; Viviane fatiguée par tant de courses s’était endormie sur l’épaule de Daniel.Le souvenir de cette haleine d’enfant effleurant son visage n’était jamais sorti de sa mémoire.Oui, mais, à cette époque-là il pouvait comme les autres espérer plaire, se répétait-il, tandis que de- puis, par suite d’une chute de cheval, il boitait.Il se sentait déchu, amoindri, et il pâlit soudain parce que Viviane, en s’informant simplement de sa santé générale, lui rappelait son infirmité.— Je vais bien, répondit-il nerveusement.Naturellement je ne suis pas toujours ingambe, je suis infirme! Elle fut attristée par ce ton et dit avec une spontanéité charmante: — Oh! mon cousin, ça ne se voit pas! — Vraiment?balbutia-t-il, infiniment heureux.A propos, je vous ai rapporté des albums de vues et aussi un chapelet taillé dans le bois des oliviers sacrés, les oliviers vénérables comme des sanctuaires et qui ont versé leur ombre sur le front du Christ.— Oh! Daniel, rien ne pouvait me toucher davantage! fit-elle, émue.Elle sortit le chapelet de son écrin, puis dit: / — Mon Dieu, que je suis contente de vous voir! vous ne pouvez pas vous imaginer combien je m’ennuyais! Allez-vous retournez à Paris ou vous fixez-vous à Ussac?‘ — Nous restons à Ussac, répondit M.Marty; et il faudra que vous veniez nous voir.— Avec plaisir, mon cousin, avec grand plaisir! — Nous ne regagnerons Paris qu’à l’automne après un séjour à Pau.Nous avons à étudier les plans du dispensaire que nous projetons de fonder à Jérusalem d’ici peu.— Oh! dit Viviane, comme ce sera intéressant.N’avez-vous pas besoin d’une infirmière?— Nous aurons comme infirmière en chef Zulimé Callistian, une jeune Arménienne orpheline, étudiante en médecine, et que nous avons amenée à Paris où elle achève ses études médicales.— Eh bien, reprit Viviane, ne pourriez-vous m’emmener avec Mlle Zulimé?Je ne peux pas toute ma vie rester inutile dans un pensionnat, acheva-t-elle avec une certaine tristesse.—-Nous verrons cela, dit gaiement M.Marty, pendant que Daniel rougissait de joie.Mais l’heure avance, il faut que nous nous retirions.A bientôt, Viviane.— Oh! vous partez déjà! dit-elle avec une spontanéité qui troubla Daniel, j’aurais encore tant de détails à vous demander sur Jésuralem et la mer Morte,! je serais si curieuse de voir la mer Morte! Mais M.Marty se levait pour partir et Daniel devait s’incliner, sortir lui aussi.Maintenant ils quittaient le couvent.Mlle d’Artenay ne les voyait plus, mais sa mélancolie avait été chassée par cette visite inattendue des seuls parents qui lui restaient.Alors, seule sur la terrasse, elle se rappela cette entrevue et la fa- çon constante dont l’avait regardée Daniel.Est-ce que?.Subitement la pensée lui venait que peut-être- ce jeune homme l’aimait, qu’il était celui qui viendrait la chercher pour la faire vivre comme les autres.Et à cette idée son coeur ne bondit pas.Un étonnement doux lui venait et, très tranquille, Viviane se demandait en regardant la campagne vel-lave sous le crépuscule vieux rose: Si je l’épousais, ce bon Daniel, serais-je heureuse avec lui?- Puis, elle soupira, se rappelant que, deux ans plus tôt, elle avait fait un autre rêve.Mais à quoi bon y songer?III La fiancée Le plan de la comtesse d’Yrgil était simple.Il s’agissait uniquement que Viviane d’Artenay ignorât dans quelles conditions peu flatteuses pour elle se nouaient ses fiançailles et qu’Olivier ne l’acceptait que “contraint et forcé’’.Or’ l’idée lui vint de dire que le jeune comte connaissait de vue l’adolescente.il l’aurait remarquée lors de1 son dernier séjour au Puy, deux ans plus tôt, et, n’en ayant pas perdu le souvenir, il aurait dmandé à sa grand’mère si elle consentirait à devenir sa femme.Mlle d’Artenay ne pourrait qu’être touchée de la constance du jeune homme et lui vouerait une reconnaissance attendrie qui, à la seule vue d’Olivier, pensait la comtesse, se transformerait en un sentiment plus tendre.Les gens du Nord, logiques et rigoureux, seront choqués par ce plan: tromperie! diront-ils.Galéjade, excellent stratagème, répondront les Méridionaux à l’imagination vive.Mme d’Yrgil, animée d’excellentes intentions, rêvant uniquement de faire le bonheur d’une enfant sans fortune et d’un petit-fils rempli de qualités, s’absolvait__ et se louait de cette ruse.Mais, sauf à Mme Plère, elle n’en parla à personne et quand elle alla voir Mme Frémière pour l’entretenir de ses projets matrimoniaux, elle lui dit sérieusement “que c’était Olivier qui expressément demandait la main de Mlle d’Artenay’’.Mme Frémière écoutait, éblouie, ravie.Viviane, sa Viviane, presque sa fille, ne resterait pas oubliée dans ce pensionnat.On l’avait remarquée, elle était chérie d’un jeune homme de son rang.Viviane allait se marier avec ce gentilhomme de qui Mme d’Yrgil lui montrait la photographie; elle deviendrait une des premières propriétaires du pays et aurait son hôtel à Paris, rue de Varenne.La directrice adorait Mlle d’Artenay.Elle estimait que sa beauté, sa vraie Anémiés du sang et des nerfs sans force et sans courage, suivez le nouveau traitement des CHARTREUX de HURBON qui, associant le dépuratif au tonique, produit des cures surprenantes.Tisane des Chartreux de Durbon—$1.25 Au suc des plantes des Alpes, selon la formule des anciens moines.Pilules supertoniques des Chartreux—$0.75 Pour personnes pâles, anémiques, faibles des nerfs, sans courage, sans appétit.Baume des Chartreux—$1.00 Pour maladies de la peau.EN VENTE DANS TOUTES LES PHARMACIES Si votre pharmacien ne peut vous procurer ces produits, téléphonez à HARBOUR 0373 PRODUITS DES CHARTREUX 204, EUE CHEERIER, MONTREAL "1 Page vingt-deux l"Montréal, 15 (Mai 192S LA REVUE DE CM A N 0 N bonté méritaient tous les triomphes; mais, celui-là dépassait encore ses prévisions.Une joie maternelle faisait exulter Mme Frémière.— Madame, dit-elle à la, comtesse, à la mort de la marquise d’Artenay, la mère de Viviane, ses plus proches parents, les cousins Marty, étaient en Asie pour une période indéterminée.Un tuteur légal fut donc nommé et, par la même occasion on m’accorda d’être tutrice.En mon nom personnel, je me hâte de dire que je suis très honorée de la proposition que vous venez de me faire.Il faut maintenant que je corresponde avec Me Soudrier.le tuteur, et je vais le faire immédiatement.Enfin, je vais parler de tout ceci à Viviane Je suis persuadée qu’elle est loin de songer à ce qui lui arrive et que, sans doute, au premier abord, la pensée d’épouser ce jeune homme va l’effaroucher un peu.— Je l’aimerais moins s’il en était autrement, dit Mme d'Yrgil, et, bien que je sois assez impatiente de connaître la décision de cette jeune fille, je ne veux pas brusquer son consentement.Voulez-vous venir avec elle à Roche-Yrgil, vendredi?nous pourrions parler plus librement.Enfin elle ferait connaissance avec sa future propriété d’été.Mme Frémière accepta, un peu abasourdie mais profondément séduite, et, le vendredi matin, elle alla elle-même à la recherche de Viviane qui s’était chargée de faire répéter aux petites un choeur destiné à la prochaine distribution des prix.La jeune fille avait une voix simple mais juste.Pour soulager le professeur de musique,! très occupée en cette fin d’année scolaire, elle venait de proposer d’“exercer” les pensionnaires de la petite classe et, emmenant ses élèvs dans le jardin, à l’ombre des châtaigniers, elle les disposa, puis battit la mesure.Toutes les petites voix acidulées et pleines de bonne volonté entonnèrent sur un rythme allègre: En avant, en avant, Amazones! Intrépides Belloncs, etc., Mlle d’Artenay les stimula en riant: — P'us vite, plus fougueux! Songez que vous êtes des Amazones, des Bellones, des guerrières enfin! A part deux ou trois, plus turbulentes que les autres, les fillettes se sentaient assez peu “guerrières”, mais, de tout leur coeur, elles enflèrent leur voix et, au-dessus d’elles, les moineaux, furieux de cette concurrence, s’égosillaient éperdument.Mme Frémière s’arrêta à contempler sa “fille”.Allait-elle la marier?Certes la proposition de la comtesse d’Yrgil la séduisait; mais, comment aborder avec Viviane la question mariage.avec un inconnu?— Viviane, dit la directrice en profitant d’une pause, nous allons déjeuner un peu plus tôt vous et moi aujourd’hui, car, cette après-midi, nous irons à Pont-sur-Loire, chez Mme d’Yrgil.— Chez Mme d’Yrgil! dit la jeune fille.Que je suis contente! — Cela vous fait tant de plaisir?s’étonna Mme Frémière.En somme, vous connaissez fort peu cette dame.— C’est vrai.mais.j’ai entendu dire que le château est très intéressant.La directrice posa son clair regard sur la jeune fille.Mlle d’Artenay détournait les yeux.Que se passait-il?Qu’est-ce donc qui pouvait l’attirer à Pont-sur-Loire.puisqu’elle ignorait les projets de la douairière?Sans hésiter davantage, Mme Frémière poursuivit: — Je suis très heureuse que la comtesse s’intéresse à vous, car vous n’avez pas de relations, tandis que Mme d’Yrgil connaît énormément de monde.Si elle s’attache à vous, elle vous mariera.Vous mettrez votre robe bleue cette après-midi.C’est ainsi que, quelques heures plus tard, une voiture emportait à Roche Yrgil Mile d’Artenay et la directrice.—11 fait un temps superbe, dit Mme Frémière.Vous allez voir Roche-Yrgil sous son plus bel aspect.La jeune fille demanda en rougissant un peu : - — Y aura-t-il beaucoup de monde au château ?— Mais, je ne crois pas.je pense qu’il n’y aura que nous.— Ah! dit Viviane avec un léger accent de désappointement.— La comtesse recevrait sans doute beaucoup si son petit fils était là; mais, en son absence, elle vit assez retirée, du moins à Pont-sur-Loire, car, à Paris, c’est une mondaine.—-Et.le jeune comte d’Yrgil est toujours en voyage?interrogea Mlle d’Arte nay en regardant obstinément devant elle.* — Oui.Il est actuellement en Australie, mais il va revenir.— Ah! Il s’appelle Olivier, je crois, dit Viviane.— Oh! oh! comme vous êtes renseignée, dit la directrice, souriante et intriguée.Elle remarquait que Viviane était devenue très rouge.Celle-ci reprit, devinant l’étonnement de sa tutrice: — On a beaucoup parlé de lui au Puy, voici deux ans.Ne vous rappelez-vous pas, madame?—'Non, du tout, à quelle occasion?— Quand on a organisé au Puy des courses de chevaux.Les meilleurs cavaliers de la région ont couru et le gagnant fut le comte Oliver d’Yrgil.La lumière se fit dans la mémoire de Mme Frémière.— Vous avez raison, dit-elle, et je me souviens parfaitement de tout ceci.Du reste, à ce moment-là, Mme Plère, qui a toujours été liée avec Mme d’Yrgil, m’avait parlé du jeune homme.— J’assistais aux courses avec les Val-mont, reprit Viviane avec un peu d’ardeur, et je me rappelle fort bien M.d’Yrgil.Un grand brun, pâle, les yeux noirs, un air à la fois impérieux et glacé.— Qu’elle mémoire! dit Mme Frémière très intéressée.— Il a gagné la troisième course, précisa Viviane en s’animant, bien qu’au dernier moment son cheval eût mal pris la banquette irlandaise.On avait craint une chute.Après la course il a pris le thé à la Régence.Sa table touchait celle où j’étais avec Marguerite de Valmont et sa famille.Croiriez-vous qu’à un moment, comme il disait avoir égaré la fleur de sa boutonnière, cette folle de Marguerite a pris un oeillet à ma ceinture, un oeillet aurore et le lui a offert! —'Pas de votre part, j’imagine! dit Mme Frémière scandalisée rétrospectivement.— Oh! non, certainement.Viviane se tut, contrariée maintenant d’en avoir tant dit, convaincue que Mme Frémière connaissait désormais le cher secret gardé jalousement depuis deux ans: le secret de son déraisonable penchant pour le comte d’Yrgil.Certes oui, déraisonnable.Car le comte d’Yrgil, bien qu’il eût remercié Marguerite et elle-même avec la grâce aimable d’un jeune homme qui sait vivre, ne l'avait sans doute pas remarquée et il lui avait fallu faire appel à toute sa volonté pour s’empêcher de rêver à l’infini à des choses impossibles; depuis ce jour des Courses, tous ses songes d’amour avaient eu le visage d’Olivier.C’est pourquoi elle éprouvait une véritable émotion à la pensée de connaître ce château de Roche-Yrgil où le jeune homme avait passé son enfance.• Viviane ne se trompait pas en supposant que Mme Frémière avait deviné son secret.C’était donc là le motif du ble qui avait envahi sa “fille’ quand elle avait parlé de l’invitation de la comtesse! Elle connaissait Olivier.Voyez-vous ces petites cachottières! La directrice n’insista pas, enchantée que Mlle d’Artenay sût qui était le comte.Ce n’était pas un inconnu pour elle.Cela simplifierait singulièrement les choses.Pont-sur-Loire, enchâssé de trois côtés par les montagnes vêtues de feuillages, apparut à un coude, traversé par l’éclair d’argent de la Loire et, bientôt, Roche-Yrgil sur son rocher ensoleillé surgit aux yeux de Viviane.De la base du roc au large plateau terminal où s’érigeait le château, ce n'étaient que terrasses, taillées dans la pierre vive, irrégulières, drapées de lierre, de plantes grimpantes et fleuries.Et, sur ces terrasses, l’heureuse opulence des arbres fruitiers, les poiriers lourds, • les pêchers roses, les pesants espaliers de pampres, toute la fraîche gloire des vergers.La voiture s’engagea dans l’avenue montante qui conduisait au château et Viviane admirait, se tournant de droite et de gauche pour voir les chambres de verdure ou les chauds massifs de sapins qui cernaient la route.Enfin la voiture tourna devant le château et Mme d’Yrgil, sur le perron soutenu par des collonnes, les accuellit en souriant.— Ah! que c’est joli, ici! dit spontanément la jeune fille.— Entrez vous reposer, dit la douairière.Après le soleil du trajet c’était exquis de pénétrer dans l’ombre de ce hall, très haut, autour duquel les étages supérieurs couraient en galerie.Et, sur les murs, baignant dans le pénombre dorée, des tableaux élégants et soyeux, non pas les pastels Louis XVI dont Viviane avait déjà vu des collections dans d’autres demeures, mais une série de Winterhalter, le peintre des crinolines et des amples robes, des bandeaux lisses et brillants au-dessus de visages d’une incroyable finesse de traits.En pénétrant dans le salon elle tressaillit en apercevant, à droite, occupant tout un panneau, un portrait en pied d’Olivier, en costume de chasse, un lévrier assis près de lui, aussi racés et fiers l’un de l’autre.— C’est lui! dit-elle furtivement.Mais elle se tut, confuse de sa spontanéité et, tout en regardant par la baie le paysage aux liontains bleutés disposés, eût-on dit, pour le plaisir des yeux, elle jetait parfois un coup d’oeil au portrait qui, du reste, semblait, où qu’elle se plaçât, fixer sur elle ses yeux noirs, doux et sérieux à la fois.Tandis qu’elle quittait le château pour visiter le jardin, Mme Frémière, en arrière avec la comtesse, lui dit que Viviane connaissat le jeune homme, l’ayant aperçu deux ans plus tôt aux Courses du Puy.La douairière se promit de profiter de ce renseignement.De pelouse en pelouse, les trois femmes venaient d’atteindre une éminence, à pic au-dessus de la route et commandant un tMontréal, 15 DA ai 1928 LA REVUE DE DA A N O N Page vingt-trois cirque de montagnes, feuillues ou sèches, amplement arrondies ou abruptes comme les pics pyrénéens.Viviane demeurait immobile, rose telle une églantine sous sa grande capeline.Mme d’Yrgil contempla sa grâce printanière et, enfin: — C’est ici le point du parc préféré par Olivier, dit-elle à Mme Frémière.Que de fois, d’en bas, en escaladant les rocs, il est monté jusqu’ici! Ai-je assez tremblé pour lui! Puis, je me suis aguerrie.En Europe, il passe son temps à gravir des montagnes hostiles; loin d’ici il souffre la soif dans le désert, il rêve de gagner de nouvelles colonies à la France.C’est un casse-cou enfin! — Non, madame, c’est un grand patriote! dit Mme Frémière sincèrement.Mlle d/Artenay hocha légèrement la tête comme pour approuver sa tutrice.Elle écoutait, très intéressée, les yeux vifs.Cela lui semblait admirable ce jeune homme qui, riche, souffrait et pâtissait pour gagner des colonies à la France.Et, tandis que Mme d’Yrgil, d’un air négligent, et sans regarder une seule fois la jeune fille, continuait d’exalter son petit-fils, Viviane revoyait l’altière silhouette du gagnant du Puy, puis le portrait du salon, le beau visage ovale, coupé par une fine moustache noire.— S’il était un peu plus prudent, je serais tranquille, acheva la comtesse, mais il est de ceux qui ont: L'âme d'airain pareille à la Victoire antique.comme dirait Mme Odette de Comminges, notre poétesse nationale.La connaissez-vous?demanda-t-elle à la jeune fille.— Oui, madame, répondit Viviane, j’ai lu d’elle: Le Parfum des Jours.Alors la comtesse, voulant savoir si, par delà ce front clair et ces yeux profonds, ne se cachait qu’un cerveau de poupée, interrogea: —’Et que pensez-vous de ce style si abondant?gênée à la pensée de donner son avis, puis répondit franchement: — Madame, j’ai l’impression d’un coloris éclatant, des trouvailles “à la Titien” sur un dessin imparfait.La comtesse tressaillit, frappée par la justesse de l’appréciation qui résumait si bien ce style aux métaphores splendides.et souvent inexactes.Elle reprit en souriant: * — Elle a ciselé des sonnets incomparables sur l’Italie, c’est la meilleure partie de son oeuvre.Sans doute, comme toutes les jeunes filles rêvez-vous de Venise, Florence, Rome?— Oh! Venise, Florence, Rome, reprit la jeune fille, me tentent moins que les petites villes ignorées.Il me semble que toutes les émotions doivent être cataloguées pour les cités célèbres et que le guide doit indiquer: “Devant telle statue: trois battements de coeur.Devant ce tableau: une larme est d’usage!” Non, acheva-t-elle en riant, je préférerais San Gimignano et ses tours, Amalfi et la Sicile qui me fait l’effet d’une corbeille de fruits d’or! Elle se tut brusquement; positivement confuse d’avoir tant parlé d’elle.Mme d’Yrgil souriait toujours.Quelle délicieuse hôtesse pourrait faire cette adolescente qui, lorsqu’elle sortait de sa timidité, manifestait l’esprit le plus original, retenu par un goût délicat.Elle s’apparentait à une Catherine de Vivonne et, renseignée, sans poursuivre l’entretien sur ce sujet, Mme d’Yrgil reprit: — Mon petit-fils a, comme vous, une préférences pour les sites inconnus, mais il n’est de périls qu’il n’affronte! Il est de ceux qui trouvent la terre trop petite pour eux.S’il y avait encore un continent à découvrir, certainement il y parviendrait.Mais, que de dangers le guettent! Les indigènes, les fauves, les fièvres! Je me l’imagine toujours, étendu sur jjn misérable lit de camp, malade et seul.Enfin, ne parlons plus de tout cela, allons goûter.Elles revinrent vers le château.Viviane ne parlait pas, se représentant involontairement le jeune héros brûlé de fièvre, délirant, et son coeur s’émouvait.N’avait-il pas personne pour le soigner dans un tel cas?elle n’osait le demander.Mais, on longeait un “court” de tennis et Mme d’Yrgil lui dit: — Ah! si mon petit-fils était ici, il vous ferait jouer au tennis.Car, ajouta-t-elle (y se souvenant de la requête d’Olivier et voulant maintenant éclaircir le côté sportif, vous devez adorer les sports?— Mon Dieu, madame.— Ne jouez-vous pas au tennis?demanda Mme d’Yrgil.— Non, madame, dit la jeune fille, je ne joue jamais! — Comment! s’écria la comtesse avec une désolation comique, vous n’êtes pas forte au tennis! Il n’y en a donc pas au pensionnat?— J’en avais fait installer un, dit Mme Frémière, mais, toujours, on envoyait les balles hors de la terasse; elles tombaient dans les champs, trente mètres plus bas, et il devenait difficile de les ravoir.On a donc supprimé le tennis.— Je joue très bien au croquet, dit Viviane.— Ah! le croquet! fit Mme d’Yrgil en faisant la moue.Evidemment, le croquet ne représente pas un sport tumultueux; il n’entraîne pas à escalader l’Himalaya ou à franchir le pôle.Elle demanda: — Et la marche, êtes-vous bonne marcheuse?— Je fais vingt-cinq kilomètres sans me plaindre, répondit Mlle d’Artenay.— Vraiment?vingt-cinq kilomètres! c’est admirable, s’écra Mme d’Yrgil ravie et émerveillée, car elle avait toujours marché.en voiture.Puis, d’un air spontané, la comtesse ajouta: — Eh bien! c’est curieux, Olivier l’avait deviné en vous voyant circuler, il y a deux ans, au Puy, le jour des courses.Je l’entends encore me dire: “Voici une personne qui doit avoir beaucoup d’endurance a la marche.” L’effet fut immédiat.Viviane palpita.— M.d’Yrgil m’a.Elle n’osait dire: “Il m’a remarquée à ce point”, mais ses yeux se posèrent dans une interrogation ardente sur Mme d’Yrgil.Cependant, celle-ci estimait avoir suffisamment stimulé la curiosité de la jeune fille et, sans répondre à sa muette question, lui dit: — Regardez donc cette curieuse photographie, qu’Olivier vient de m’envoyer.Cela représentait la Fern Tree Valley, toute jonchée de fougères arborescentes, une dépression aux environs de Melbourne Au premier plan, devant un groupe d’indigènes, se tenait Olivier lui-même, élancé et mâle.— Il faut rentrer, la journée s’avance, dit Mme Frémière en se levant.Mme d’Yrgil repoussa la photo que lui tendait Viviane: — Si vous la trouvez curieuse, gardez-la.J’ai ici des milliers de vues du même genre.Vous montrerez ce paysage à vos amis.Bureau MAIN 8760 34 Notre-Dame Est AVOCAT Tel.LAncaster 7301 Dr AIME HANDFIELD 1247 De BULLION MONTREAL (Auparavant 5955 rue St-Denis) Office Hours : 10 A.M.à 12 A.M.Tel.AMherst 8522 Heures de Bureau 9 A.M.à 9 P.M.Dr PAUL E.PERREAULT CHIRURGIEN-DENTISTE * Extractions et Traitements sans Douleurs.973, ONTARIO EST, Montréal Près de Papineau.La santé de votre enfant est-elle bonne ?Faites-lui prendre les CHOCOLATS VERMIFUGE» 3T7 OU DR.CHARLES! 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Viviane devint très pâle et la tête lui tourna.Mme d’Yrgil, sans avoir l’air de s’en apercevoir, se mit à parler des différentes stations thermales de l’Auvergne, mais elle guettait la jeune fille et son trouble la renseignait.Mlle d’Artenay songeait: “Je dois rêver.et, pourtant?Penserait-elle vraiment à m,oi pour Olivier?Hélas, je n’ai pas de fortune, madame, ne me parlez pas ainsi, car si, apprenant ma situation, vous vous retiriez, je perdrais le courage de vivre!” Elle se débattait dans une angoisse délicieuse.Depuis sa première visite à Roche-Yrgil, la pensée du jeune homme ne la quittait pas.Elle le revoyait toujours aux courses, campé sur son lezan vif.Ou bien au thé de la Régence, disant galamment en acceptant l’oeillet aurore: “Je suis un heureux mortel puisque les Grâces me fleurissent.” Toute cette journée-là elle souffrit et fut presque soulagée quand elle quitta Roche-Yrgil.Mais en rentrant au pensionnat, Mme Frémière l’entraîna dans son cabinet de travail et, posant ses mains sur les épaules de Viviane, elle lui dit, émue: — Mon enfant, j’ai à vous parler très sérieusement de la part de Mme d’Yrgil.Et Viviane apprit, tandis que la nuit d’été tombait autour d’elle comme une pluie de parfums, qu’Olivier l’aimait.depuis deux ans.et désirait en faire sa femme.Elle! Lui! Moment radieux qui l’inonda d’une félicité sans bornes.Quoi, ensevelie au fond d’un pensionnat de province, voici qu’un homme séduisant, fier, courageux, digne d’épouser la plus charmante des héritières, la recherchait et de si loin écrivait pour demander sa main! Alors qu’elle se croyait seule sur terre, M.Jos.Liberio M.Chas.Laforce invite tous ceux qui n’ont pas été satisfaits de leurs derniers complet et pardessus de venir essayer le plus grand dessinateur italien Jos.Liberio chez Chas.Laforce & Cie.Limitée 37 Sainte-Catherine Est.Tél.Lancaster 5303 LES PLUS GRANDS TAILLEURS A LA MAIN A MONTREAL CHAS LAFORCE, Président JOS.LIBERIO, Dessinateur Page vingt-cinq l'Montréal, 15 £Mai 1928 là-bas, aux antipodes de l’univers, quelqu’un pensait tendrement à elle! C’était le prince charmant des légendes à qui le don de son coeur et de sa jeunesse était bien peu de chose à offrir.Ce fervent amour émut Mme Frémière et la douairière pleura de joie.Savoir que son petit-fils serait adoré la comblait de bonheur.Comme elle allait gâter Viviane! Et la jeune fille radieuse, sûre de l’amour d’Olivier, marchait confiante vers l’avenir.IV Le 'bonheur des uns.Le bonheur de Viviane occupait la ville entière.Dans toutes les familles où des jeunes filles souhaitaient à la fois l’amour et la fortune, où les parents .regardaient avec des yeux de rapaces tout homme susceptible de donner à leurs enfants la situation qu’ils rêvaient pour elles en secret, la nouvelle parut comme un brillant météore et les éblouit.' Et, selon la bonté des coeurs ou la force des ambitions, elle suscita des commérages passionnés.Quoi! ce comte d’Yrgil, le petit-fils de la plus grande propriétaire du pays, se décidait à se marier et qui épousait-il?une personne sans fortune destinée au couvent, qui, sans doute, eût même accepté cette éventualité et qui tout d’un coup se trouvait arrachée à cet avenir, couronnée par la richesse et l’amour.Mais, une constatation abaissait ce premier sursaut de surprise : l’élue était belle et peu de mères pouvaient penser en regardant leur fille: ' — Mon enfant était mieux qu’elle.et il ne l’a pas remarquée! Enfin, la poésie de cet amour qui distinguait cette Viviane hier encore inconnue charmait involontairement et l’on se répétait, dans les réunions élégantes où se font et de défont les réputations: , — Quelle chance elle a, cette Mlle d’Ar-tenay! Et nul en effet ne pouvait contester cela.— Elle aura tout, disaient ses compagnes, en mêlant un soupir à leur sourire, elle aura le parfait bonheur! — Oh! le parfait bonheur, niaient certaines autres, cela n’est pas sûr! S’entendront-ils?’ — Elle est si séduisante! — C’est bien romanesque, ce mariage, disaient de vieilles personnes d’un ton presque scandalisé, et le romanesque est bien rarement un gage de félicité! — Oui, passée la lune de miel, que deviendra ce bel amour?— Il y a des bonheurs intenses et fugitifs: j’ai l’impression que celui de Mlle d’Artenay sera de ceux-là! — Je ne le crois pas, disaient d’autres, elle saura changer en une tendre amitié la grande flamme du début.Et personne n’admettait, ne pouvait deviner que ce “bel amour” ne fût qu’une fable.Cependant, lors d’un thé, Gabrielle Mairet dit un jour, en'montrant dans un éclat de rire bref ses jolies dents aiguës de louve: — Etes-vous sûres, mesdames, qu’il l’aime encore?Et comme en se récriait, surpris, elle ajouta: — Il tarde beaucoup à revenir en tout cas pour un fiancé pressé! Peut-être en cours de route a-t-il rencontré quelque autre personne qui cherche avec succès à le retenir et regrette-t-il sa décision?Ces paroles soulevèrent l’auditoire de curiosité____ Le roman sentimental se rehaussait, il était du reste notoire qu’Oli- L A REVUE DE {MANON vier prolongeait indéfiniment ses escales.— Savez-vous quelque chose?que vous a-t-on dit?Mais en vérité Mlle Mairet ne savait rien d’autre que ceci: Olivier d’Yrgil allongeait son voyage- N’était-ce pas suffisant?— Il ne sera peut-être pas de longue durée, ce merveilleux bonheur! soupira quelqu’un.— Il y en a qui ne durent qu’un jour! dit la voix grave d’une douairière.Mais, l’impression produite par ces paroles ne dura pas.La destinée de Mlle d’Artenay, le luxe qui commençait à l’en-turer comme une marée montante de choses raffinées, émerveillait et, quand elle passait dans l’automobile de Mme d’Yrgil, suivant les rues mornes du Puy, on soulevait les rideaux de tulles des fenêtres et les jeunes filles, en se mordant un peu les lèvres, enviaient son sort et rêvaient au bonheur de Viviane.Et cependant, bien qu’elle fût déjà fiancée depuis quinze jours, ses coussins Marty n’étaient pas au courant! Au moment de le3 prévenir, une sorte de gêne s’était emparée d’elle.Elle devinait-que cette nouvelle apporterait un chagrin à Ussac et elle reculait devant la nécessité de contrister ses cousins.Elle décida de leur annoncer cela de vive voix, car, vivant très enfermés, sans châtelains dans le voisinage pour les renseigner, ils ignoraient tout en effet et l’attendaient ce jour-là.Le docteur ayant appuyé sur un bouton, une porte s’ouvrit et: — Monsieur m’a sonné?demanda le domestique en entrant dans la bibliothèque du château d’Ussac.— Oui, répondit M.Marty.Je voulais vous demander si on a trouvé des fraises des bois pour le goûter?— Oui, monsieur, il y en a un plein panier; la fermière a apporté aussi de la crème.La cuisinière prépare des gâteaux.• — C’est bien.Dites à Marie de servir le tout à quatre heures et demie.Le domestique se retira et M.Marty, jetant un coup d’oeil sur la pendule, murmura: , — Deux heures.Viviane et son institutrice ne vont pas tarder à arriver.— Peut-être n’est-elle pas pressée d’être ici.dit Daniel qui, installé devant la verrière de la bibliothèque, faisait de Pâquarelle.— Pourquoi dis-tu cela?interrogea M.Marty en regardant affectueusement son fils qui continuait de travailler, la tête penchée.— Viviane doit être reçue dans des endroits plus séduisants qu’Ussac.— Corbleu! s’exclama M.Marty.Certes, Ussac est sombre comme un donjon féodal, mais je trouve que cela ne manque pas d’allure et je suis persuadé que la jeune cousine est de mon avis.Rappelle-toi comme, lorsqu’elle était enfant, elle aimait venir ici.Vous couriez comme des lévriers dans les corridors.— Les temps ont bien changé.Ma cousine saurait toujours s’élancer sans doute, mais moi.— Pourquoi dis-tu cela?interrompit tristement le père en allant s’asseoir près de son fils Pourquoi toujours songer à ton accident?Et d’ailleurs,^ cela ne se voit pas tant que cela, elle-même te l’a dit l’autre jour.— Simple formule de politesse! répondit Daniel, et, dans son visage pâle, ses yeux bleus s’emplissaient d’ombre.Puis, se levant brusquement, le jeune homme ajouta: — Je vais sortir.Oui, il est inutile que Tel.Est 1301 Rés.1570 Amherst PRIME-J.MARSAN NOTAIRE Percepteur pour l’Eglise Sainte-Catherine “Toujours de l’argent à prêter” 1558, rue Amherst, Montréal Coin Demontigny • • « ¦.•••• ••• •• •• *• >¦ ».2*ï?•••• Une vue parfaite donne une santé parfaite ! 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M.Marty saisit les mains de son fils et l’attirant près de lui: —-Daniel, tu l’aimes, n’est-ce pas?Le jeune homme fronça les sourcils, rejeta sa tête en arrière comme si un aveu était une torture pour lui.Le père poursuivit doucement: — Je l’ai toujours su, et pourquoi Viviane ne te rendrait-elle pas cette tendresse?qui sait si vous n’êtes pas faits Tun pour l’autre?— Viviane doit être très recherchée, murmura Daniel.— Cependant, quand nous sommes allés la voir au pensionnat, Mme Frémière ne nous a pas caché que sa pupille était toujours libre.Alors, pourquoi ne parlerais-tu pas à Viviane?qui sait si, déjà, elle n’a pas songé à toi! son existence de pensionnaire doit commencer à lui sembler vide et je crois que la perspective d’en sortir, surtout en t’épousant, lui serait très agréable.Vraiment, père, tu crois qu’elle accepterait un boiteux?— Mais qu’as-tu donc à me parler toujours de cela?D’abord quand tu es assis ça ne se voit pas! Et puis tu as ton intelligence, et même ton visage.Une jeune fille, quoi, qu’on en dise, n’est jamais indifférente au physique d’un fiancé.Eh bien! il serait fort qu’elle ne te trouvât pas bien! Et le bon M.Marty s’emballait, devenu cramoisi; mais Daniel sourit mélancoliquement: 4 J «.* — Cher père, dit-il, tu me vois à la fois avec les yeux de la plus tendre des mamans que tu fus pour moi et avec la partialité d’un ami.Car tu es mon meilleur mon unique ami.Nous avons toujours vécu ensemble comme peu de pères et de fils le font.Aussi, je le répète, ton jugement est affreusement partial.Cependant, je veux espérer.Si belle que soit Viviane, elle n’a pas de fortune et peut manquer de prétendants.Moi, à défaut de titre nobilière, je possède des propriétés dont elle serait la souveraine.— Une souveraine délicieuse, affirma M.Marty.Mais j’entends la cloche de la porte d’entrée.Sans doute qu’elles arrivent.J’ai bon espoir, moi, que la petite cousine accepte tes hommages.A toi de savoir choisir des termes captivants! N’a-t-elle pas dit, du reste, qu’elle partirait volontiers pour Jérusalem avec nous?Et les deux hommes sortirent de la rombre bibliothèque.Le château d’Ussac, ancien pavillon de chasse dépendant du domaine féodal de Polignac, aujourd’hui en ruines, avait l’aspect sévère des bâtiments de cette époque qui’ même quand ils étaient réputés “lieux de plaisance”, étaient cependant flanqués de tours, de bastions, d’échauguettes.Des douves profondes entouraient le parc, mais sur les vieilles pierres de la demeure, la vigne vierge avait étalé sa frissonnante fourrure de feuilles vert tendre.Une voiture s’engageait entre les platanes de l’allée centrale et s’arrêtait devant le perron où Marty et son fils attendaient les voyageuses.— Mon cousin! s’écria Viviane en sautant sur le sol sans attendre l’aide de Daniel, comme je suis heureuse de revoir Ussac! Il me semble que je rajeunis! — Oh! dit M.Marty, vous n’êtes pas encore à l’âge où l’on s’attendrit sur les souvenirs d’enfance.Pour vous l’avenir doit sembler tellement plus beau que le passé! — L’avenir! dit-elle, en devenant pourpre, oui, certes, l’avenir est parfois enchanteur.Elle s’asseyait dans un fauteuil d’osier, devenue subitement pensive et agitée à la fois comme si les simples mots de M.Marty l’eussent troublée.Daniel disait: — Bien que venue en voiture, vous êtes peut-être un peu lasse?— Moi?oh! je ne suis jamais fatiguée, répliqua la jeune fille.Mais Mlle Cordier, qui m’accompagne, a souffert du soleil pendant le trajet.Ah! voici le vieux Vincent qui apporte des rafraîchissements.Reprenez courage, chère demoiselle.Le domestique, grave comme un prophète, déposa le plateau sur la table; Mlle d’Artenay sourit.— Vous ne me reconnaissez donc pas.Vincent?quand j’étais fillette et que je venais ici, vous m’installiez des balançoires dans les arbres.— Oh! je me “remets” très bien mademoiselle, mais mademoiselle est tellement, embellie! répondit le serviteur avec un regard extasié.La jeune fille se mit à rire.Elle regarda autour d’elle et murmura: — Cher vieil Ussac, il ne change pas, lui, et à chaque printemps il a toujours la même housse de jeune vigne vierge! — Oui, il ne change pas, dit Daniel, mais il n’a pas comme vous l’avantage de pouvoir embellir.9 Mlle d’Artenay ne parut pas entendre le madrigal.Elle ne semblait pas pressée de revisiter les lieux de ses vacances d’enfant et demeurait enfoncée dans le rocking-chair, le regard perdu, les lèvres Ménagères D’ACHETER VOS PROVISIONS CHEZ TOUSIGNANT & FRERES LIMITEE i î i i I I ! 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nul magicien ne pouvait lui faire voir, à travers la distance, Olivier, sombre et contraint, revenant en France en maudissant le destin, et Viviane, par ce bel après-midi en visite chez ses cousins, souriait, un peu gênée pourtant.Soigneusement tout en parlant, elle roulait son écharpe autour de sa main gauche afin qu’on ne vit pas tout de suite le diamant de sa bague de fiançailles.—'Mon cousin, dit-elle pendant une pause où sa gêne augmentait, vous m’avez promis de me montrer vos croquis d’Orient, je suis très curieuse de les voir.Daniel alla les chercher, passant derrière le fauteuil de Viviane afin qu’elle ne le vît pas marcher — sa claudication était pour lui une perpétuelle souffrance morale, surtout devant cette adolescente — et, bientôt, il revint un carton sous le bras.Alors elle s’extasia, prise à l’enchantement de ces croquis teintés, qui, bien que succints, rendaient le style rugueux des terres judaïques et syriaques.Le temps passait, on servit le goûter dans la salle à manger féodale, fraîche .comme un souterrain, et l’on revenait sur la terrasse quand M.Marty dit à Mlle Cordier: — Regardez donc, il y a ici une antique inscription sur le mur.Et, laissant les deux cousins ensemble, il allait s’éloigner de quelques pas quand Viviane le retint doucement: — Mon cousin, je voudrais vous parler.Son ton était un peu mystérieux et Daniel, le coeur battant sans s’expliquer pourquoi, se pencha sur ses esquisses pour se donner une contenance.- —J’ai une très grande nouvelle à vous apprendre, commença la jeune fille.Mais, d’abord, connaissez-vous la comtesse d’Yr-gil?— De nom.Je sais qu’elle habite à Pont-sur-Loire.Daniel, penché sur l’esquisse, ne bougeait pas et son immobilité même rassura Viviane qui poursuivit: —- Elle a un petit-fils, oui, un jeune homme de vingt-six ans qui est explorateur.Elle s’arrêta.Daniel, toujours incliné, demeurait immobile.Pas un muscle de son visage ne tressaillait.Il devait comprendre cependant.Eh bien, pensa-t-elle, elle s’était trompée, son cousin ne l’aimait pas et, dans la bonté de son coeur dénué de coquetterie, Viviane en éprouva un véritable soulagement.Alors elle reprit plus vite: — Le comte Olivier d’Yrgil m’avait remarquée il y a deux ans au Puy et il vient de demander ma main.J’ai accepté avec l’approbation de mes tuteurs et je suis fiancée.Je me marierai les premiers jours d’octobre prochain.Elle tendait sa main où irradiait le diamant des fiançailles.M.Marty, maître de lui, disait, devenu un peu pâle: — Je croyais que ce jeune homme était en Océanie.qu’il faisait partie d’une prochaine expédition polaire?— Il y a renoncé pour moi, répondit ingénument la jeune fille.— Ma chère enfant, si vous avez accepté la demande de M.d’Yrgil, c’est que vous l’aimez sans doute?—• Il m’est très cher, dit-elle avec une voix caressante, et toute la lumière de ce beau jour sembla se concentrer sur son front clair.Puis, gênée de sa spontanéité même, elle baissa la tête.— Eh bien, laissez-moi vous féliciter et vous embrasser.—¦ Et moi aussi je vous félicite, ma chère cousine, dit Daniel d’un ton calme en s’approchant d’elle.Je suis très heureux de votre bonheur.Et Viviane, lui tendant la main, s’écria, candide: — Ah! comme je suis contente que cela vous fasse plaisir! Il n’était plus question d’aller à Jérusalem, au dispensaire, avec Zulimé Callis-tan, une autre destinée l’appelait! Quelques instants plus tard, la voiture repartait vers le Puy, emportant Mlle d’Artenay et l’institutrice, et, quand la porte du domaine d’Ussac se fut refermée, Marty, se retournant vers son fils, debout, accoté au chambranle d’une fenêtre, lui dit simplement: — Tu es un homme, Daniel.J’en connais peu qui auraient eu ta force.Daniel secoua la tête.On eût dit qu’il n avait plus le courage de prononcer une parole et qu’il avait usé toute son énergie à l’effort douloureux de paraître insensible devant le bonheur de Viviane.— Mon enfant, murmura M.Marty bouleversé par l’expression déchirante de son fils, ne te désespère pas; voyons, ce mariage n’est pas encore fait.Tu as toute la vie devant toi.— Oui, pour la regretter ! murmura amèrement le jeune homme.Non pour espérer.Souvent ceux qui paraissent à jamais séparés sont réunis.1 Qui sait! Crois en ton avenir.— Mon avenir, dit sourdement le jeune homme, le voici: je fonderai une léproserie à Jérusalem, je ferai un peu de bien pour oublier le mal que la vie me fait! — Voyons, tu ne veux pas partir maintenant?s’écria le père.— Si tout de suite.Je ne veux pas voir ce mariage! — Non, Daniel, ne pars pas.Qui sait si elle sera heureuse en ménage.Elle connaît bien peu son fiancé.Peut-être, un jour, aura-t-elle besoin de toi.— Tu crois?s’écria Daniel.Puis, après une moment de réflexion, il dit: — C’est bien.Je resterai.MARIEES DE MAI ! Un élégant bouquet soulignera le chic de votrè toilette ! 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Pape vingt-huit DEUXIEME PARTIE LA REALITE I Le grand jour.L’heure sonna à la petite pendule d’émail ancien et, brusquement, Viviane d’Artenay se redressa sur son lit en ouvrant les yeux.Elle vit autour d’elle sa chambre blanche de pensionnaire.Au travers des rideaux de toile claire, un peu de jour perlait et, sautant sur le tapis, la jeune fille songea soudain: ' — Mon Dieu! qu’elle heure est-il?aurait-on oublié de me réveiller! Elle jeta un regard sur la pendule et sourit rassurée: six heures.Elle s’approcha de la fenêtre, écarta les rideaux.L’aube incertaine errait dans le ciel et de grandes vagues roses commençaient de refouler l'amoncellement des vapeurs grises qui suivent la pleine nuit.La rosée se formait sur les plantes; les arbres de la terrasse en dessous d’elle étalaient leur sombre parterre et les douces montagnes, qui cernent le Puy, semblaient formées par les nuages tant elles paraissaient légères.— Il va faire beau, songea Viviane en souriant.Très doucement, elle ouvrit les rideaux pour mieux voir le cher pays de son enfance, puis, se retournant, elle jeta un regard circulaire dans sa chambre.C’était une pièce très simple, un petit lit blanc comme les murs, mais il sem- TULIPE NOIRE AUX BEAUTES ! AUX ELEGANTES ! 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Elle le trouvait un peu distant, mais charmant.Puis il se mit à parler avec Mme Frémière de ses expéditions et, oubliant ce que représentaient les fleurs qu’il venait de cueillir à la taille de sa fiancée, il les déchiquetait en parlant, arrachant machinalement les pétales.Viviane ne se doutait pas que c’était le symbole de son ménage, ces pâquerettes candides démantelées par ces doigts nerveux et indifférents, et que c’était son âme, fleurie d’illusions, qu’ils allaient effeuiller.• L’entrevue, en somme, avait été courte au grand regret de Viviane.Elle ne put cacher sa déception à Mme Frémière.Mais ia directrice protesta.Le comte, disait-elle, avait été “ce qu’il devait être”: infiniment respectueux.Il eût été de mauvais goût, assurait-elle, qu’il fût autrement.Au contraire, son atttitude attes- tait son attachement profond, un peu grave.Viviane fut convaincue.La froideur relative de son fiancé, pendant les autres visites, lui parut naturelle et protocolaire.Ce n’était qu’après le mariage qu’il de vait se montrer plus tendre et, impatiemment, elle attendait ce jour où, enfin, Olivier la regarderait avec douceur en la serrant dans ses bras.En somme, ils s’étaient peu vus, Olivier ayant été plusieurs fois à Paris.Il lui avait parlé de ses voyages et, discrètement interrogé par elle, de ses projets d’avenir.Il ne s’agissait que de randonnées extra-européennes.Viviane n’osait lui avouer qu’elle souhaitait l’accompagner.Cette jeune fille, confiante dans la vie courante, devenait subitement timide en présence de ce jeune homme, et elle levait de beaux yeux craintifs et soumis vers ce fiancé qui ne la regardait jamais avec abandon.Enfin, puisque cela devait être ainsi! Elevée en pension, Viviane n’avait jamais vu de fiancés ensemble; elle ignorait quel degré de tendresse peut exister entre eux et croyait enfin que l’atttitude du comte était motivée par son respect.D’ailleurs, tout le monde autour d’elle le trouvait beau, séduisant, parfait.Il n’y avait rien à dire, mais elle était heureuse que le jour de son mariage fût enfin venu.L’or pâle du matin entrait dans sa chambre, le soleil jetait des moirures sur le tissu de la robe nuptiale, on frappa à la porte de la jeune fille.Elle cria: “Entrez.” Une femme de chambre parut, bientôt suivie de Jeanne Plère et de Marguerite de Valmont, la meilleure amie de Viviane.— Chérie, nous venons aider à vous habiller, s’écria Marguerite en embrassant son amie.C’est moi qui vous mettrai votre voile, on dit que cela porte bonheur et qu’on se marie dans Tannée.Mlle d’Artenay sourit tandis que Marguerite lui chuchotait à l’oreille: — Pendant la messe, tu demanderas une grâce pour moi, n’est-ce pas?— O brune Marguerite, répondit Viviane en riant, je sais bien ce qu’il faut demander! ; — Que j’épouse Paul.Dis bien son nom surtout, que le bon Dieu, par distraction, ne me fasse pas épouser Roger! Elles s’embrassèrent de nouveau, troublées à la pensée qu’un jeune homme, presque un inconnu, allait les séparer bientôt.Viviane sentait combien elle le chérissait, ce pensionnat claustral, ses maîtresses, ses compagnes et, malgré elle, son sourire était perlé de larmes qui s’arrêtaient au bord des longs cils.Pendant qu’elle se préparait, Olivier d’Yrgil déjeunait à côté de sa grand’mère clans la salle à manger de Roche-Yrgil.La douairière, un peu inquiète au fond, examinait son fils et ce visage hermétique glacial, la désolait.Ainsi, même la vue de cette belle jeune fille ne l’avait pas adouci ! Il demeurait aussi hostile qu’au premier jour.Et elle qui avait tant dit à Viviane qu’il l’aimait, qu’allait-elle penser?Pendant les fiançailles on pouvait mettre l’extrême réserve du jeune homme sur le compte des usages, mais, après le mariage?Mme d’Yrgil commençait à s’effrayer d’avoir tant embelli la vérité et elle ne pouvait pas encore se douter de toutes les conséquences que devaient avoir ses imprudentes affirmations.( La douairière n’y tint plus et dit soudain : — Olivier! — Que veux-tu, grand’mère?interrogea le jeune homme en fixant sur elle ses yeux sombres. ZMontréal, 15 DA ai 1928 LA REVUE DE ZM A N 0 N Page vingt-neuf — J’espère que ce soir, quand ta femme sera ici, assise à ma place et combien plus séduisante que moi, tu auras un visage plus aimable.— Je n’ai pas envie d’être aimable, riposta le comte en fronçant les sourcils.— Tu es ridicule, mon petit! éclata la douairière en froissant sa serviette.Comment, tu vas épouser une jolie femme et tu fais une mine de croque-mort?ah! ton père n’était pas ainsi, lui! — Mon père^épliquafOlivier, d’une voix subitement tremblante, mon père ne rêvait rien de mieux dans la vie que le bonheur.Mu, j’ai reçu ce matin un sans-fil de mes compagnons de voyage.Ils me félicitent et pendant qu’ils s’en vont vers la gloire, qu’ils vont connaître des terres que je désirais visiter par-dessus tout, je me marie, moi, je me marie avec une jolie femme, c’est entendu, mais une femme que je n’aime pas, que je n’aimerai jamais! Il s’était levé, sortant de sa poche le fâcheux télégramme qui, envoyé d’un point de l’océan antarctique, lui rappelait tous ses rêves détruits.Mme d’Yrgil baissa la tête et une grosse peine gonfla son coeur.Elle avait tant souhaité faire le bonheur des deux jeunes gens! Des larmes emplirent ses paupières.Olivier s’en aperçut.— Grand’mère, dit-il avec un trouble subit.— Laisse-moi, dit-elle, trop fière pour pleurer devant son petit-fills.Mais il s’était agenouillé devant elle et, prenant les mains de la douairière, il les baisait en répétant: — Pardonnez-moi.non, ne pleurez pas, ne pleurez pas, cela me fait trop de mal.Tranquillise-toi, tu vois, je me calme, je suis calmé.Ne crains rien.Tu sais que je suis un galant homme; je serai avec ma fiancée comme il faut que je sois.Il l’embrassa et Mme d’Yrgil, prompte à l’optinisme, crut tout arrangé.Mais Olivier avait trop présumé de sa force d’âme en promettant d’être aimable.Son hostilité contre Mlle d’Artenay était trop vive, il avait trop de préventions contre elle pour être aimable.Redevenu froid, la bouche amère, les yeux ailleurs, il se présenta peu après devant Viviane.La pension possédait une chapelle blanche.Par les claires verrières, le soleil atténué de cette fin de cette saison entrait en torrents d’or et l’orgue versait dans la nef sa foule de sonorités.Le suisse frappa le dallage de sa canne et un frôlement courut sur le tapis.Viviane d’Artenay, la plus ancienne pensionnaire, s’avançait en mariée au bras de M.Marty, son seul parent, qui la conduisait à l’autel.Son voile cachait son visage pâle et elle crispait un peu sa main gantée sur le bras de son cousin.Cette chapelle, elle y avait fait sa première communion; les joies candides de sa religieuse enfance l’avaient eue pour cadre.Elle y avait connu de purs bonheurs, profondément confiants, et voici qu’elle y venait maintenant, envahie d’une joie craintive.Elle s’agenouilla sur le prie-Dieu et regarda l’autel.Il était fleuri de roses comme le jour de sa première communion .des buissons de cierges brasil-laient et cette chasuble du prêtre, son confesseur, avait été en partie brodée par elle.Puis, tout à coup s’éleva un choeur, frais comme le jaillissement d’une source: les voix de ses compagnes qui depuis quelque temps, en grand secret, avaient appris des chants nouveaux.Olivier s’était agenouillé près d’elle.Priait-il?elle n’osait le regarder.Mais, voici que le prêtre s’adressait à eux et 11 lui semblait qu’elle allait mal prononcer le “oui” sacramentel, trop haut ou trop bas.Très difficile à dire le “oui”, si encore on ajoutait “mon père”, ce serait un point d’appui pour la voix et cela faciliterait beaucoup.L’abbé Hamel interroge le comte d’Yrgil: — Consentez-vous à prendre Viviane-Thérèse- Louise d’Artenay pour épouse?-—Oui répondit le jeune homme d’un ton tranquille qui ne décelait pas la plus petite émotion.Elle aussi acquiesça et, se dégantant, elle tendit sa main qui tem-blait.Toujours maître de lui, sans cette gaucherie que donne parfois le bonheur, Olivier glissa l’anneau au doigt de la jeune fille, puis, selon le rite, il garda sa main dans la sienne.Et il la tenait comme il eût tenu un Objet quelconque, sans valeur ou sans intérêt.A ce moment solennel, toute jeune fille, émue par le grand engagement qui lie sa vie, aime que son compagnon, par une tendre pression de main, lui fasse comprendre qu’il sera un protecteur, un ami passionné.Mais Olivier ne paraissait pas comprendre le trouble de sa jeune femme et, quand la messe commença, il demeura debout, regardant droit devant lui.Sans doute était-ce encore l’usage.Maintenant Viviane se raccrochait éperdument à cet espoir.Elle refoulait ses larmes.Enfin, elle leva les yeux vers celui qui était désormais son seigneur et maître.Mais Olivier, grave, très pâle, n’abaissa pas son regard vers celle qui l’arrachait à la fiancée que son orgueil avait élue: la Gloire! Acause d’elle, il ne ferait pas parti des conquérants du Pôle! Et son front se creusait d’une ride amère que Viviane ne lui connaissait pas jusqu’alors.Quelqu’un dans l’assitance étudiait l’attitude du comte.C’était Daniel Marty.Puisqu’il avait si bien su cacher son amour à la jeune fille, il n’avait pu se dispenser d’assister à son mariage.Lui aussi comme tout le monde croyait que, depuis des années, le comte d’Yrgil soupirait pour Mlle d’Artenay.Stupéfait, il rgeardait ce jeune homme froid qui jamais ne s’inclinait vers sa femme.Et Daniel groupait dans sa mémoire les divers jugements formulés sur Yrgil.On ne disait de lui que du bien, vantant ses prouesses avec Lemarquoy.De tous les compagnons du grand explorateur, il était celui qui risquait sa vie avec le plus de mépris.Mais, si dédaigneux de sa propre existence, que pèserait pour lui le coeur d’une jeune femme?On lui décernait les épithètes de fougueux, audacieux, n’avait-il pas les défauts de ses qualités mêmes?La fougue est souvent de la violence et l’audace de la dureté.Non, il ne ’sexpa-trierait pas avant de savoir si Viviane était heureuse.La messe était terminée.Dans un brouillard d’encens, le comte d’Yrgil quittaient la chapelle.Pendant la réception qui suivit le lunch.Yrgil se révéla brusquement aimable, brillant, complimentant les femmes, sans du reste s’occuper de la sienne.Mais Viviane ne l’avait jamais vu aussi anjôleur.Elle reprit courage.Pourtant, elle sanglota, éperdue d’une angoisse inavouée, quand elle dit adieu à Mme Frémière et qu’elle dut s’en aller vers l’inconnu avec cet Olivier, redevenu taciturne et de qui, malgré elle, elle avait un peu peur.- Pourtant, il pouvait être bon! elle l’avait vu, en partant, baiser au front sa grand,-mère avec une douceur câline qui l’émeut.Sans doute que, bientôt aussi, il aurait avec elle cette même tendresse réchauffant son coeur transi! Les invités se dispersaient.Mme d’Yrgil prenait le soir même le rapide pour Paris et les jeunes gens allaient passer quelques jours à Roche-Yrgil avant de gagner Florence.— Prenez garde, madame, vous allez vous faire prendre la main dans la portière! C’était son mari qui la prévenait en s’asseyant près d’elle, dans la limousine.Vivement elle retira ses doigts et sourit en ripostant: —Je suis très étourdie! — Toutes les femmes le sont *un peu, répliqua Olivier.Voulez-vous que je remonte la glace?' — Non, je ne crains pas le vent.J’adore même les tempêtes.Il ne répondit pas.Elle n’osa poursuivre.La voiture traversait la ville, dépassait les dernières maisons, s’engageait dans le défilé où seules la Loire tumultueuse et la route trouvent passage entre les monts solitaires.Olivier d’abord ne dit rien.Puis, désignant un ».-v* r tp: r5*"' Véritable spécifique contre Rhumes, Bronchites».Pneumonie, la Grippe* Catarrhe Pulmonaire et la Coqueluche.« • • * f 4 Vente en Gros MARTINEAU-BOUCHER 143 Saint-Maurice — Montréal 116-Mn barrage qui retenait les eaux du fleuve, il parla de la houille blanche, des entreprises électriques, des travaux à effectuer.Un vrai marivaudage, enfin! Et, toujours ce regard distant! Viviane se sentait horriblement seule et triste.Par la portière de l’automobile elle aperçut enfin Roche-Yrgil, sur son rocher feuillu, et, comme ils ralentissaient pour pénétrer dans la propriété, Olivier s’anima soudain: — Aimez-vous le château?demanda-t-il à sa femme.—¦ Beaucoup répondit-elle spontanément.Et elle se force à parler des pelouses et du verger quand elle s’aperçoit qu’il ne l’écoute pas.Alors elle se tait, tandis que l’automobile gravit lentement la forte rampe qui, en lacets, atteint le château.Il n’y a pas très longtemps qu’elle venait pour la première fois dans ce parc, et comme son coeur était léger alors! Puis, la blanche demeure apparaît avec la frise écarlate de ses géraniums enroulés autour des balustres du toit.Olivier souriait un peu, subitement adouci.Enfin, les “usages”, ces féroces usages allaient être relégués dans le passé.Il n’était peut-être pas impossible qu’elle trouvât le mari, le tendre compagnon promis à son coeur. Page trente LA REVUE DE (MANON cMontréal, 15 (Mai 1928 Devant le perron, Olivier sauta légèrement à terre et lui tendit la main pour quelle descendît.Puis, il entra dans le hall, cette pièce démesurément haute que les étages supérieures entouraient en formant une galerie.Tous les tableaux parurent accueillir Viviane d’un sourire: et les grandes dames de Winterhalter, et les aïeules anglaises, assez nombreuses, car, en souvenir de leur origine, longtemps les comtes d’Yrgil avaient pris femme en Angleterre.Olivier désigna les belles ancêtres enpanachées, emperlées, fraîches comme des gerbes de fleurs, et dit d’un ton mi-aimable, mi-ironique: — Il faudra que bientôt votre portrait vienne prendre sa place dans cette galerie.Mais, laissez-moi vous conduire à votre appartement.Au premier étage, il ouvrit une porte et, en s’effaçant pour la laisser entrer: — Me permettez-vous de venir vous chercher pour le dîner dans une heure d’ici?demanda-t-il.— Mais oui, répondit-elle avec un sourire contraint.Il était parti.Elle demeura seule dans ce boudoir d’un charme vieillot et se laissa tomber sur la cahise longue, accablée par le poids de son coeur.Comme elle se sentait isolée! Non, elle devait réagir, refouler ses larmes.Viviane s’en rendait compte, peu à peu: Olivier n’était certainement pas aussi épris d’elle qu’on s’iétait plu à le lui représenter.Peut-être, après l’avoir si expressément demandée en mariage, avait-il changée d’avis.Alors, c’était à elle à le ramener par sa grâce, son dévouement, son amour.On frappa à la porte du boudoir.Le coeur battant, elle répondit: — Entrez.C’était Dora, la femme de chambre, qui venait lui offrir ses services.Evidemment, elle n’allait pas se présenter au dîner en costume tailleur et, vivement, désireuse de plaire, elle passa dans son cabinet de toilette.Quelques instants plus tard, Dora, se reculant de deux pas en apercevant sa maîtresse dans la glace, s’écriait, sincère: — Mon Dieu, que madame la comtesse est belle! Viviane tressaillit de plaisir.Mieux que la robe de mariée, son déshabillé d’un rose doux et chaud avivait la flamme bleue de son regard.Inconsciemment elle se sourit, heureuse d’être belle.à cause d’Olivier.Ne serait-il pas séduit en la contemplant, tentante comme un arbre fleuri?La confiance l’envahit: bientôtô, il se pencherait amoureusement sur elle, accueillant d’un sourire sa beauté de fleur et de fruit.Mais elle entendit son mari qui, passant devant son boudoir sans s’y arrêter, descendait dans le hall.Avait-elle mal compris?ne devait-il pas venir la chercher?Sans bruit, car le tapis amortissait le bruit de ses pas, la comtesse quitta le boudoir.Un bruit de voix lui parvint.Quelqu’un parlait dans le hall.Surprise, elle se pencha au-dessus de la balustrade et aperçut un inconnu qui causait avec Olivier.A quelques mots, saisis au passage, elle reconnut qu’il s’agissait d’un ami intime et elle allait se retirer quand une phrase l’atteignit comme un soufflet.Oubliant, sans^ doute, que le hall n’était pas plafonné et que, des étages supérieurs, on pouvait facilement entendre, Olivier disait: — Moi, un mariage d’amour! moi, épris comme un jouvenceau, dis-tu?Ai-je l’air d’un homme amoureux, par hasard?II La vérité.Germain Laufre, le compagnon d’exploration du comte d’Yrgil, avait un frère: Jean.Et ce Jean Laufre était un des meilleurs amis d’Olivier.Us s’étaient connus fortuitement chez Lemarquoy et, tout de suite, une amitié réciproque était née entre eux par suite d’une grande parité d’inclinations.Jean était alpiniste; les jeux de la mort lui étaient familiers, il les domptait avec un sourire égal qui plaisait à Yrgil, plus impulsif et le regrettant.Or, Jean avait appris le retour de son ami et ses fiançailles.Olivier lui avait écrit, l’informant que son mariage était avancé d’une huitaine.Mais, cette lettre avait vainement pourusivi Jean, d’Inter-laken à Andermatt, de Brigues à Zermatt.Elle n’était pas encore en sa possession quand se dirigeant sur les Pyrénées, il passa par Pont-sur-Loire.Quand il arriva au château, le maître d’hôtel, surpris et mystérieux, lui annonça que monsieur le comte ne pourrait peut-être pas le recevoir.En effet, l’heure était tardive, mais Jean, fort de son intimité avec Olivier, insistait pour le voir quand le domestique ajouta: “.à cause des événements, Monsieur peut comprendre.— Quels événements?demanda le jeune homme.Quelqu’un serait-il malade au château ?—' Comment, Monsieur ignore donc?Monsieur le comte s’est marié ce matin et vient de rentrer avec Madame la comtesse.Confus, d’arriver si mal à propos, Jean allait se retirer quand Olivier, attiré par le bruit des voix, parut dans le hall.— Toi, mon vieux! s’écria-t-il.C’est ce matin que je t’attendais.Enfin, sois le bienvenu.Tu as bien reçu ma dernière lettre?—• Je n’ai rien reçu du tout, mais, pardonne-moi tout de même de venir si maladroitement troubler votre intimité.Je me retire en te félicitant, car la renommée m’a appris que tu fais un délicieux et poétique mariage d’amour! Hein, toi qui jurais si bien que ta grand’mère ne parviendrais pas à ce but.Je vois qu’elle a eu raison de persister et que l’Amour t’a pris à son piège comme un jouvenceau! Laufre riait.Le domestique s’était retiré.Aucun bruit ne parvenait dés étages supérieurs et, trompé par ce silence, oubliant la traitrise de ce hall ouvert à tant d’oreilles, le jeune homme répliqua ironiquement: — Alors, toi aussi tu as cru dans la fable du mariage d’amour! Moi, un mariage d’inclination, moi épris comme un jouvenceau, dis-tu! Ai-je l’air d’un homme amoureux par hasard?C’était cette phrase-là que Viviane, sortant de son boudoir, avait reçue en plein visage et en plein coeur.Stupéfait, Jean Laufre regardait son ami et les traits durcis d’Olivier, sa bouche amère l’avertirent de son erreur.Il balbutia: — En effet, tu n’as pas l’air enchanté.Cependant j’avais entendu dire que depuis deux ans.— Je connaissais cette jeune fille, n’est-ce pas?Depuis deux ans je soupirais après elle?Absurdités que tout cela! J’ai vu Mlle d’Artenay pour la première fois voici trois semaines et, avant, je ne soupçonnais pas son existence.Voici la vérité, ma lettre te disait cela du reste.— Alors, je ne comprends plus avoua Laufre désemparé.— C’est très simple, riposta Olivier, avec une irritation qu’il ne parvenait plus à maîtriser.Ma grand’mère, romanesque comme toutes les femmes, répugnait à un simple mariage de convenances.Autour d’une union à laquelle je ne consentais qu’avec colère, elle a éprouvé le regrettable besoin de créer une fable poétique! La fable d’un amour contenu dpeuis deux années! La fable que - je suis obligé de maintenir et qui m’exaspère! — Mais, dit Laufre ahuri, Mme d’Yrgil en agissant ainsi voulait peut-être obtenir le consentement de Mlle d’Artenay qui, sans doute, eût repoussé un mariage de convenance.— Elle?Oliviereu t un éclat de rire nerveux, puis, plus bas, avec une réelle amertume, il reprit: — Cette ruse était bien inutile, car Mlle d’Artenay est une ambitieuse.— Tu crois?— J’en suis persuadé.Est-ce qu’on accepte ainsi un homme sans le connaître.Oh! je l’ai jugée immédiatement, je suis assez physionomiste du reste! — Il n’est physionomiste qui ne se trompe.— C’est ma femme, elle porte mon nom, dit le comte, par conséquent pour tout le monde c’est une créature d’élite; je te prie même de le répéter.Mais à toi, mon plus sûr ami, je puis bien le dire, je suis certain que c’est une habile petite fille qui a su, sans avoir l’air d’y toucher, arriver à ses fins! —On la dit très jolie, dit timidement Laufre.— Plus que jolie, mon cher, une jeune souveraine.Mais une beauté qui m’agace par son insinuante douceur.', je sens qu’elle veut à tout prix me séduire et que son aparence ingénue cache une ténacité qui me met hors de moi! Oh! non, qu’elle n’espère pas faire ma conquête! J’ai horreur de ces femmes qui savent indéfiniment courber le front, accepter les affronts sans se rebeller, tout, pourvu qu’elles arrivent à leur but! Sans doute rêve-t-elle de m’ensorceler?ajouta Olivier avec un cas, malgré ma froideur blessante depuis nervosisme qui étonna Laufre.En tout que nous nous connaissons, elle a conservé cette même attitude soumise.Il étouffait de colère contenue.Non, certes, il ne se doutait pas que Viviane l’aimait; il ne croyait pas qu’une jeune fille pût s’éprendre éperdument d’un homme qui ne lui a jamais parlé; s’éprendre par cet immense besoin d’aimer qui remplit un coeur de dix-huit ans.Olivier reprit : — En somme, je représentais un beau parti pour cette pensionnaire sans fortune, appelée à prendre le voile, sans doute, POUR VOUS CHAUFFER A BON MARCHE.Bois franc, croûtes, et tout autre bois de chauffage à des prix très bas.Livraison rapide.Appelez BELAIR 9418.M.GENDRON, 31 rue Pronovaux, Montréal. IMontréal, 15 Mai 1928 Page trente-eUunt LA REVUE DE MANON faute de trouver un épouseur de son rang.Cela valait bien quelques artifices.Ma grand’mère, si loyale, elle, s’y est laissé prendre! Mon mariage est une captation.— Tu t’emballes! dit Laufre désolé, et je sais que, lorsque tu es en colère, tu exagères les choses.— Ah! s’écria le conite, pouvoir enfin dire ce que je pense! T’imagines-tu ce qu’est ma vie depuis trois semaines?Ne voir que des gens qui me félicitent de mon “bonheur” et à qui je dois répondre par des sourires! Cela me soulage de parler en toute confiance.car j’ai ta parole, n’est-ce pas, que tout ceci est strictement entre nous?Je suis un galant homme et j’ai 1 intention d’avoir, vis-à-vis de ma femme.de la courtoisie, sinon de la tendresse.Tiens, quittons ce sujet.Je 'suis marié,, c’est irrévocable.Passons.Et toi, que deviens-tu?J’ai quitté Germain en bonne sonté.' Les deux jeunes gens causèrent quelques instants, mais leurs pensées étaient ailleurs.Laufre songeait à la confidence de son ami; et déjà Olivier s’étonnait d’avoir ainsi confié— fût-ce à son meilleur ami — l’opinion désobligeante qu’il avait sur celle qui portait son nom.Sa nervosité était évidente.Laufre le remarqua et se leva pour partir.Sans le retenir, Olivier lui dit aussitôt: — Je vais t’acompagner jusqu’à la grille! l’air me fera du bien.Et les deux jeunes gens sortirent.Très lentement, s’appuyant au mur, Viviane d’Yrgil rentra dans son boudoir et tomba sur la chaise longue.Une si atroce souffrance morale l’envahissait qu’elle en ressentait un malaise physique.Elle suffoquait, balbutiant des mots sans suite.La vérité, elle connaissait la vérité! Voilà donc en quelle réalité s’était transformé son beau rêve ver- meil! Et, comme des soufflets, certaines paroles d’Olivier revenaient la frapper: il ne s’était marié qu’avec répugnance?la fable de l’amour! sa timidité de jeune fille éprise taxée d’attitude doucereuse, elle accusée de ne l’avoir épousé que par ambition, accusée de vouloir le séduire à tout prix! La tête renversée, les mains tombées, elle gémissait, accablée.Le beau songe mutilé de ses fiançailles pesait sur elle et elle espérait mourir d’émotion.Pendant ce temps, es jeunes gehs descendaient le parc.Ils ne parlaient plus, sauf quelques remarques indifférentes sur le temps et la saison.Olivier, détendu par sa récente explosion, regrettait d’avoir tant parlé, et, cherchant un moyen d’effacer ses paroles, il dit: — Tu sais, il faut en prendre et en laisser dans tout ce que je t’ai dit.J’étais hors de moi tout à l’heure; sa vue a le don de m’exaspérer! — Elle est donc, bien que jolie, déplaisante à apercevoir?— Oh! non! protesta Olivier avec une telle vivacité que son ami le regarda.Mais le comte d’Yrgil ajouta nerveusement: .— Il commence à pleuvoir! eh bien, mon vieux, c’est contrariant, car, maintenant, il n’y a plus de train pour le Puy avant plusieurs heures.Je vais te donner mon automobile.— Ma foi, cela me rendra service, répondit Laufre.Alors, je te quitte.J’espère que je te retrouverai de meilleure humeur quand tu me présentera à Paris, à la comtesse d’Yrgil.Olivier eut un fugitif sourire et, après avoir installé son ami dans l’auto, il remonta hâtivement au château sous la pluie commençante.En quelques minutes, il gagna le hall, puis le boudoir de sa femme.La porte était entr’ouverte.Il la poussa sans bruit et aperçut Viviane.Elle était immobile dans sa longue robe couleur d’aube et de soleil et semblait somnoler, les yeux mi-clos.Mais une expression si pathétique était répandue sur ce visage, que le comte tressaillit.Jamais, non plus, il ne l’avait vue si touchante.Les longs cils projetaient une ombre veloutée sur les joues blanches, la bouche s’entr’ouvrait douloureusement sur les dents comme dans l’exhalaison d’une plainte.Olivier ne comprenait pas ce qui déterminait cette attitude et il était troublé par la vue de cette toute jeune femme, sa femme.Une grande partie de sa mauvaise humeur s’en était allée avec sa confidence.Il fit quelques pas sur le tapis.Elle ouvrit des yeux effarés en se redressant : — Oh ! dit-il, souriant pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, vous avez emprunté à la candide Aurore la plus suave de ses robes ! , Elle ne paraissait pas comprendre le madrigal, ses grands yeux devenus positivement épouvantés.Un peu interdit, il dit en avançant: — Je viens vous chercher pour le dîner, Viviane.— Ne me touchez pas ! dit-elle haletante en reculant vivement.(Suite et fin au prochain numéro) AVIS Pour des raisons d'intérêt capital, nous avons différé de publier “Le Secret du Destin” par Dyvonne.Nous prions nos lecteurs de nous excuser; nous pouvons leur assurer ue “Le mari de Viviane” ne sera en rien inférieur au roman que nous avions premièrement choisi.LA REDACTION.î BEAUX ROMANS D’AMOUR donnés gratis en prime à tout nouvel abonné UNE BELLE PRIME Offerte Gratuitement Dans le but bien légitime de mieux faire connaître notre Revue, et de ce fait recruter de nouveaux et nombreux abonnés, “La Revue de Manon” donnera ABSOLUMENT GRATIS, à toute personne qui s’abonnera dès maintenant, une BELLE PRIME de 6 Romans complets.Ces romans sont écrits par les meilleurs romanciers français et peuvent être lus sans aucune crainte pour la morale.BULLETIN D’ABONNEMENT Veuillez m’inscrire pour un abonnement d’un an à partir de.Ci-inclus la somme de $2.00 en paiement.192 Nom et prénoms Adresse.Comté.Province Adressez ce bulletin, écrit de façon très lisible, à “LA REVUE DE MANON”, 2035 St-Denis, Montréal, Qué., en l’accompagnant d’un mandat de poste.Sur réception de ce bulletin rempli tel qu’indiqué, “La Revue de Manon” sera envoyée pendant un an (24 numéros) sans frais additionnels.Chaque abonné recevra gratis 6 beaux romans d’amour, comme prime spéciale.ABONNEZ-VOUS A La seule qui paraît deux fois le mois (le 1er et le 15) et publie les plus beaux romans, nouvelles, musique, etc.$2.00 par année—24 numéros I «¦»< î I \ \ î i i Page trente-deux LA REVUE DE SM A N 0 N SMontrêal, 15 SM ai 1928 LES ROSIERS DE L’ABBE CYRILLE (Suite de la page 4) der la Pauline; priez-la, au contraire, de coudre votre nom dans votre casquette neuve.Ça vous apprendra à ne la perdre que là où on pourrait la ramasser sans danger.J’ai lu quelque part un proverbe que je m’en vais vous dire: “Si tu ne veux pas qu’on le sache.ne le fais pas !” Voilà qui est vrai.Quand les hommes ne nous voient pas, mon enfant, Dieu nous voit.et c’est bien plus grave ! Le pas de Chabonneau s’éloignait, sonore, sur la grande route.Un peu plus distrait qu’auparavant, l’abbé Cyrille reprit son arrosoir; mais il était dit que les rosiers du presbytère ne boiraient pas en paix, par cette beile soirée.Un roulement sourd se fit entendre, et, bientôt, dans un nuage de poussière,y une voiture s’arrêta devant la petite porte.C’était la victoria de M.Léon Minoussier, maire des Fontanette.Un homme déjà grisonnant, mais encore robuste en sa haute taille fière, correct, élégant même, et portant à la boutonnière, en attendant le ruban rouge, la petite violette de l’instruction publique, franchit le marchepied et se découvrit respectueusement pour entrer dans le jardin du presbytère.— Bonsoir, monsieur le curé, fit-il, la bouche riante et la main ouverte.On m’a dit que vous étiez monté au château, ce matin, et, comme cette visite me laisse espérer que vous allez enfin me procurer le plaisir de vous être agréable, je me suis empessé de vous éviter l’ennui d’une seconde course.Tout joyeux pour Chabonneau de cette belle humeur et de cette bienveillance, le curé conduisit M.Minoussier dans sa chambre.Elle était bien exiguëe, peu meublée et complètement dépourvue d’objets d’art; mais un grand crucifix d’ivoire semblait en protéger l’étroite couchette, et, de-ci, de-là, des bouquets de fleurs s’épanouissaient dans des vases de grès, parant d’un air de fête les murs lambrissés de noyer.Dès que le maire fut installé dans l’unique fauteuil de la maison, l’abbé Cyrille hâta bravement l’attaque.— Monsieur le maire, dit-il, je vous suis d’autant plus reconnaissant de votre bon vouloir et de la peine que vous avez prise, que j’ai, en effet, une grande faveur à implorer de votre clémence.J’ai vu, tout désolé et bien misérable, le père Chabonneau, qui vous a gravement offensé, et qui.En une seconde l’expression amène qu’avait revêtue le rude visage du maire s’assombrit.D’un geste bref, M.Minoussier figea sur les lèvres de son pieux interlocuteur la phrase commencée.— N’achevez pas, je vous en conjure, fit-il, — et cette prière ressemblait fort à un ordre.— Je suis arrivé ici avec un désir sincère de vous obliger, monsieur le curé; mais, voyez-vous, quand “celui-ci” lui-même, — et de la main droite îl désignait irrévérencieusement le crucifix de l’alcôve, — quand “celui-ci” lui-même s’animerait pour m’adresser la demande qui est dans votre pensée, ma réponse ne varierait pas d’un mot.Il y a assez longtemps que Chabonneau dépeuple mes bois et que je l’avertis de se tenir.Je l’ai attrapé en flagrant délit, cette fois : tant pis pour lui ! Un peu interdit, d’abord, blessé surtout jusqu’au fond du coeur par le terme méprisant de “celui-ci” dont le maire s’était servi pour nommer son bien-aimé Sau- veur, l’abbé Cyrille contint, cependant, l’expression de son indignation.— Je sais aussi bien que vous, monsieur le maire, objecta-t-il très doucement, que Chabonneau est fautif; je l’ai vertement tancé ce matin même, et le chapitrerai de nouveau, soyez-en certain! Mais il m’a promis et vous promettra d’être dorénavant respectueux de votre propriété; et songez qu’il est pauvre, plus tenté peut-être qu’un autre, songez qu’il a une femme et deux petits enfants.A ces mots, le maire éclata de rire, de ce rire silencieux qui épouvantait Chabonneau.— Allons, monsieur le curé, dit-il, cette antienne ne sied pas à une bouche comme la vôtre.Ah ! sapristi, je la connais celle-là ! La femme, les enfants.quand ce n’est pas la mère aveugle, le père impotent et tout ce qui s’ensuit ! Non, voyez-vous, monsieur le curé, je suis un trop vieux lapin, moi.il ne faut me la faire ! Comme le curé, tout à fait interloqué cette fois, se taisait, Minoussier se cala plus confortablement dans son fauteuil; puis, avec une courtoisie où perçait une sorte d’ironie froide, il ajouta : — Monsieur le curé, si désintéressé des oeuvres de ce monde que vous viviez ici depuis plusieurs années, vous n’avez pas été cependant sans entendre parler d’ün homme nommé Charles Darwin et d’un livre intitulé l“Origine des espèces”.Je ne me pique point d’être un savant, encore moins un philosophe, et je vous avoue que, de tout ce fatras du physiologiste anglais, je n’ai retenu qu’unp formule; mais elle vaut, appliquée aux besoins de la vie pratique, toute une fortune : “Tue-moi, ou je t’extermine.” Telle est ma devise.Apprenez-la à Chabonneau qui en profitera peut-être.Quant à moi.vous voyez que jusqu’à présent on ne m’a pas tué.Ce cynisme causait au pauvre curé, en même temps qu’une profonde peine, une sorte d’embarras.Comme un moment auparavant, aux paroles de Chabonneau, ses fins doigts blancs s’entrelacèrent en une prière muette.— On ne vous a pas tué, mais vous n’avez exterminé personne ! Ah ! monsieur le maire, s’écria-t-il, ne vous faites donc pas gloire d’un principe si cruel, si complètement inhumain ! Je pourrais jurer que vous êtes meilleur que vous ne le pensez vous-même, et.— Vous auriez tort, monsieur le curé, vous auriez tort, riposta le maire avec le même calme poli et imperceptiblement sarcastique.Car si, cette fois, et en ce qui concerne Chabonneau, je n’agis après tout que selon mon droit strict, il serait possible que j’eusse appliqué ma science de Darwin dans un cas plus discutable.Tenez, monsieur le curé, continua-t-il en approchant légèrement son siège de la table où s’appuyait l’abbé Cyrille, ne me demandez pas de vous démontrer pourquoi, mais vous m’avez toujours inspiré une confiance extraordinaire, une confiance telle que, si vous me disiez à moi, qui suis un mécréant, vous le savez : “Je vous donne ma parole que Dieu est!” je serais presque tenté de vous croire.Aussi bien, laissons cela.Ce que je veux ajouter, c’est que j’ai envie de vous accorder une preuve singulière de cette confiance, en vous faisant, non pas une confession, car le mot impliquerait l’idée d’un repentir que je n’éprouve pas, mais une confidence qui vous édifiera sur mon compte.Le curé secoua la tête d’un air ennuyé.— Vraiment, monsieur, dit-il, tous ces propos me semblent bien oiseux, et je ne vois pas.— Je serai bref, trancha M.Minoussier de son ton péremptoire, en avançant encore son fauteuil de quelques centimètres, et aussitôt il entama la confidence annoncée : — Monsieur le curé, lorsque j’étais jeune, j’étais un bien petit personnage, et si pauvre que, déjà marié, père de deux enfants et gagnant un salaire modeste dans une maison de commissions, à Paris où j’espérais marcher plus vite qu’en province, je me trouvais forcé de laisser ma femme et mes fils dans l’Yonne, aux soins de ma belle-mère, et d’attendre des temps meilleurs pour les rappeler auprès de moi.Le travail ne m’effrayait pas, je vous prie de le croire, et je me sentais capable d’arriver à la fortune; ce n’était qu’une question d’années.Mais un jour, — il serait trop long de vous raconter par quel concours de circonstances, — je me vis acculé, près d’être jeté à la mer pour une misérable somme.Il me fallait à tout prix quelques dizaines de louis.Oh ! mon Dieu, je ne vous dirai pas que, pour les avoir, j’aurais assassiné un passant.Cependant quand, entrant dans un bureau où je n’avais pas affaire d’habitude pour mon service et m’y trouvant seul, je vis au fond d’un tiroir resté ouvert deux billets de cinq cents francs que rien ne protégeait.je n’hésitai pas une seconde, je les pris.Ici le maire s’arrêta et respira fortement, suffoqué malgé lui pa l’évocation de cette heure; mais il ne remarqua pas que le curé était devenu très pâle et le regardait tout à coup avec une étrange insistance.— Je vous ai dit, reprit M.Minoussier, que, pour accomplir cette action décisive, je m’étais cru seul; je m’étais trompé.Dans l’ombre d’un rideau, d’un meuble, je ne sais, — le jour baissait, et la vision des choses ne pouvait être bien nette, — quelqu’un — un solliciteur qui attendait mon patron et qu’on avait fait entrer là, m’avait certainement observé.mais il n’avait rien dit, il ne s’était pas montré, et de l’extérieur, personne ne m’avait vu ni pénétrer dans la pièce ni en sortir.Le soir venu, on chercha en vain les mille francs que j’avais déjà mis à l’abri, et ce ne fut pas moi, ce fut cet inconnu, ce solliciteur dont le directeur avait remarqué la pâleur, le trouble, qu’on rendit responsable de leur disparition.Tout me favorisait d’ailleurs; dans l’enquête qui fut faite, on n’eut pas même l’idée de m’interroger, tant je semblais étranger à ce qui s’était passé.Quant au pauvre, bonhomme, il ne possédait aucune preuve de son innocence, aucun indice de ma culpabilité, et je pense qu’il dût se défendre fort maladroitement.Toujours est-il que — sans les craintes du patron, qui détestait le scandale et préféra étouffer une affaire dont le bruit lui eût paru fâcheux pour sa maison — il eut été coffré comme le dernier des filous.On lui cracha à la face tout le mépris qu’il inspirait, en lui enjoignant de quitter Paris.Moi j’étais sauvé.Depuis, vingt-cinq ans se sont écoulés, et je puis vous jurer qu’en ces vingt-cinq ans, je n’ai pas commis un acte dont je pourrais avoir à rougir.si je rougissais.J’avais conquis désormais le moyen d’être honnête, je le fus.Aujourd’hui je suis riche, et il y a longtemps que j’ai retourné à la banque, sous forme de restitution anonyme, les mille francs que je lui avais.volés.Je suis, de plus, unanimement estimé, sinon très aimé; enfin me voici maire de ma commune, et il y a de grandes chances pour qu’aux élections prochaines, je m’éveille un beau matin député de mon arrondissement.Où en serais-je, aujourd’hui, je vous prie, si l’homme qui fut inculpé à ma place, et que je me gardai de justifier, avait eu contre moi le moindre avantage ?La c"Montreal, 15 {Mai 1928 LA REVUE DE {MANON fatalité ne lui accorda, pas la possibilité de me perdre.et je le perdis.“.Je ne sais pas, conclut l’ancien employé en étendant la main d’un geste d’ignorance insouciante, ce qu’a pu devenir ce malheureux.Le maire des Fontanettes n’avait pas vu blêmir le* visage émacié de l’abbé Cyrille; mais, quand il eut ainsi clos son récit, il regarda instinctivement celui qui l’avait écouté avec tant de patience, et il fut frappé de la grandeur sereine de son vnsage.Même un instant, comme le prêtre baissait la tête, il éprouva, le croyant accablé par la révélation si tranquille d’une vilenie, un remords d’avoir souillé de la lie de ses souvenirs personnels, la limpidité d’une âme très pure — remords auquel se mêlait toutefois, la satisfaction orgueilleuse et malsaine d’avoir étonné, saisi jusqu’à l’horreur cet être ingénu qui avait volontairement fui les maux et les combats de l’existence humaine.L’abbé Cyrille fixait toujours sans mot dire le parquet, où dansaient les dernières lueurs du soleil.Soudain, il se redressa, et, d’une voix grave, d’une voix altérée que le maire ne lui avait jamais entendue, à son tour il parla : — Monsieur le maire, dit-il, le ministère d’un prêtre lui fournit l’occasion d’approcher beaucoup de gens et de savoir beaucoup de choses.Ce malheureux dont le sort vous est resté obscur, je l’ai connu, et votre récit qui corrobore scrupuleusement celui que j’ai recueilli de sa bouche, ne m’apprend que le nom du coupable.Un détail cependant a été omis par vous.Au moment où, dans la précipitation de la terreur, vous prîtes votre portefeuille pour y enfouir les deux billets de cinq cents francs, un papier tomba de votre poche, sans que vous vous en aperçussiez, je suppose.C’était, sur une demi-feuille, la fin d’une lettre reçue le matin.Demeuré seul, l’homme qui, paralysé par une invincible stupeur, avait été le témoin muet de votre faiblesse, ramassa ce papier et eut l’indiscrétion de le lire.Il l’a remis entre mes mains, et, puisque l’occasion s’en présente, je vais vous le rendre.Lentement, péniblement, comme si les années lui avaient tout à coup semblé plus lourdes à porter, le curé se leva, ouvrit un soffret, en sortit un papier où se dessinaient encore, pâlies par le temps, les lignes légères d’une écriture de femme et le tendit au maire.C’était, en effet, la dernière partie d’une lettre.“.Adieu donc, mon cher mari, disaient les petits caractères pâles, ou plutôt au revoir.Ah ! combien il me tarde de t’embrasser ! Vois-tu, j’ai peur de ce grand Paris, peur de tout ce que j’en sais, peur de tout ce que j’en ignore.Et tu n’y connais personne ! N’y est-on pas malveillant pour les étrangers, pour ces pauvres provinciaux, dont les Parisiens se raillent souvent ?Oh ! puisses-tu y rencontrer un ami, un frère, qui t’aide et te soutienne ! Chaque soir, mon Léon, je fais agenouiller les enfants auprès de moi, et nous demandons au bon Dieu qu’il te préserve de tous périls et te rende bientôt à nous.C’est que nous t’aimons tant ! * “Ta femme, “GABRIELLE.“Les petits t’embrassent.“Chéroy, 15 avril 18.” ' Un grand tremblement agitait les mains de M.Minoussier, la lettre s’envola jusqu’à terre ; des yeux, agrandis par une expression d’égarement, interrogèrent le prêtre.Debout près de la table, livide sous ses cheveux blancs, d’une lividité diaphane qui accusait l’extrême fragilité de son être, celui-ci croisa un moment le ragard éperdu qui cherchait le sien.— Monsieur le maire, reprit-il encore, le pauvre solliciteur que l'opinion condamnait à votre place, n’avait jamais lu “L’Origine des espèces” et ignorait ce qu’à écrit Darwin; mais il avait lu les “Evangiles” et il savait qu’un certain Jésus de Nazareth a dit : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même !” D’ailleurs, ce garçon était sans nul doute très jeune et un peu niais; car, loin de le faire rire, cette lettre de la pauvre femme qui parlait des petits enfants, lui donna une grande envie de fondre en larmes.Et il se dit : “Qui sait ?peut-être cet homme est-il moins mauvais qu’on ne le croirait.Qui sait ?les circonstances ont pu rendre pour lui la tentation bien forte.Et sa femme est à coup sûr bonne et pieuse, et ses enfants sont petits, et tout ce monde prie pour le père absent.Avec cette lettre qui établirait l’identité du coupable, il me serait facile de me décharger de tous les ennuis possibles de cette affaire; mais j’enverrais ce mari, ce père, en prison où il se trouverait avec de méchantes gens qui achèverait de le corrompre.et la jeune femme et les petits pleureraient !” Oui, Vraiment il se dit tout cela, et tant de choses encore, le pauvre sot, qu’il se garda de montrer la lettre.Sans qu’il vous fût permis de vous en douter, il essaya ainsi d’être l’ami, le frère que votre femme avait demandé au ciel pour vous.Une prière vous sauva, vous qui ne croyez pas en Dieu ! On soupçonna ce naïf, on le traita comme un misérable; il protesta de son innocence, mais on n’obtint de lui aucun mot de défense, aucun renseignement, aucun indice susceptible de guider les recherches et de désigner le coupable.dé “vous” désigner.C’est qu’il se rappe-* lait que “celui-ci”, .comme vous dites, monsieur, a expiré dans l'ignominie, en portant, Lui, le Fils de Dieu, les péchés de l’humanité tout entière.Alors, il avait pensé qu’un pauvre fils d’Adam pouvait bien trouver la force de porter la faute d’un seul de ses frères et de vivre comme son Sauveur était mort.Il souffrit beaucoup.Puis Dieu daigna l’exaucer et lui envoyer la paix.Il se fit prêtre., Le maire avait baissé les yeux; et, peu à peu, tout son corps avait suivi la même impulsion; il s’était courbé, plié en deux, le front vers la terre, dans une suprême humiliation.— Pardon ! murmura-t-il.Il essaya d’en dire plus, d’exprimer ce qu’il éprouvait tout à coup au tréfonds de son être de violent, de confus, cette soif inconnue de quelque chose qu’il n’analysait pas, ce désir d’échapper à lui-même, de se perdre dans un infini où disparaîtrait sa personnalité mesquine, cette admiration exaltée qui lui semblait à la fois le grandir à ses propres yeux et l’accabler du sentiment de sa misère; puis, dans un élan plus fort que la volonté, avant que le prêtre eût pu s’y opposer,' il prit la main d’ascète qui pendait le long de la soutane et y appuya ses lèvres.— Monsieur le curé, balbutia-t-il, je ne suis pas digne de votre pardon; il faut le mériter par le bien que je ferai, par la charité.Il s’interrompit, une sorte de râle secoua sa robuste poitrine.— Je ne crois pas, continua-t-il enfin; mais je vénère une foi qui vous a fait ce que vous êtes.Monsieur le curé, voulez-vous prier pour moi ?Page trente-trois — Soyez béni, mon frère, pour cette demande, répondit l’abbé Cyrille avec une grande bonté.Si j’ai réveillé le passé, c’est pour vous rapprocher de Dieu.Puisse-t-il vous envoyer la lumière, et vous pardonner comme je vous ai pardonné depuis longtemps ! Puis très simplement il s’agenouilla, et lente, douce, consolatrice, s’adressant aù Dieu qui a permis que fût réconforté le brigand crucifié et absoute la femme pécheresse, sa voix s’éleva dans la petite chambre devenue obscure : — Notre Père qui êtes aux cieux.Le soleil avait disparu derrière les collines et les premières étoiles scintillaient dans l’azur foncé du soir, quand l’abbé Cyrille put arroser son jardin.Il était tès pâle encore et tout tremblant d’émotion, mais il se sentait heureux; voyant une rose merveilleuse de blancheur qui s’était ouverte inopinément pendant l’après-midi sur un plant chétif, il pensait que certaines âmes sont comme certaines corolles, qu’elles s’épanouissent parfois en une admirable floraison, au moment où l’on s’y attend le moins.Dans sa gratitude, le bon curé se pencha pour respirer la rose nouvelle, et deux grosses larmes roulèrent sur des feuilles.J’imagine qu’au temps des miracles, le rosier se fût couvert de fleurs sous ces larmes-là ! Guy CHANTEPLEURE.-o- QUAND CHATEAUBRIAND S’APPELAIT LE PETIT FRANCHIN , (Suite de la page 5) fourches patibulaires de la Seigneurie du Plessis-Bertrand, des mouettes se posent comme des flocons blancs.L’océan déroule sans fin ses houles d’émeraude.Un brick s’en va sous petite toile vers les grandes Indes ou les Amériques.Le brick est bien heureux.Le soir tombe.—• Il faut rentrer, Franchin, tout à l’heure les fées de la Hoguette danseront sur la dune.Pensif, les yeux pleins d’espace, l’enfant chemine la main dans la main de sa chère Villeneuve.La Sainte-Ouine s’est tue.Le crépuscule étouffe la cité grise.Les rues étroites: la rue de La-Pie-qui-Boit, la rue du Chat-qui-Danse, se renfrognent.Au cabaret du Tambour-Défoncé, les équipages en bordée braillent à pleine gorge.Franchin chuchote à l’oreille de la servante: — Ma fi, quand je serai grand, j’irai moi aussi dans les Amériques ! Et, très tard dans la nuit, il ne peut dormir.Il voit des forêts-vierges, des Indiens, des savanes.Toutes sortes de mots, d’idées, de vagues désirs lui montent à la tête.Et cela fait une musique très douce, cela le jette dans un étrange vertige qui lui brûle le sang.Patiente, la Villeneuve le dorlote.Elle l’apaise en murmurant la berceuse que les mamans fredonnent sur les notes du carillon de Vendôôme, aux futurs capitaines de Saint-Malo: Le Grand Bé, le P'tit Bé, L’île Harbour et la Couchée, Cézembre, Cézembre.Franchin, quand vous êtes devenu un vieil enchanteur enrhumé au coin du feu de l’Abbaye-au-Bois, vous êtes-vous rappelé la berceuse de votre enfance en écrivant dans vos célèbres Mémoires: “J’ai bien choisi mon tombeau; le Grand Bé, en breton signifie grande tombe.Je reposerai donc au bord de la mer que j’ai tant aimée.” .Thérèse HERPIN. Page trente-quatre LA REVUE DE (MANON (Montréal, 15 (Mai 1928 LA TRANSFUSION DU SANG (Suite de la page 9) J’admire le soldat qui dans la mort s’élance, Fier, debout, plein du bruit des clairons éclatants, De quelle race es-tu toi qui, seul, en silence, Te baisses pour mourir, et sais mourir longtemps?L’opération est délicate.Elle est surtout angoissante pour les assistants.Deux tables parallèles sont placées à deux pieds environ l’une de l’autre et destinées aux deux patients.L’opérateur se tient au milieu, dans l’intervalle libre, avec, à sa portée de la main, tout l’outillage dont il aura besoin.Cet outillage est simple: peu d’instruments, mais de quelle ténuité, quelle précision et combien inquiétante dans leur finesse qui proclame d’avance la délicate structure des organes en jeu.Des pinces d’acier très menues, pour mettre à nu et isoler les vaisseaux, des pinces hémostatiques pour comprimer de façon graduelle en réglant à volonté le passage du sang, des aiguilles courbes, pour exécuter avec une soie spéciale les fines sutures qui joindront l’artère du donneur à la veine du preneur, un mince tube de caoutchouc, terminé à ses deux extrémités par des canules de verre, et intérieurement enduit d’une couche légère de paraffine.Tout cela a été vérifié, aseptisé avec un soin absolu.Quant au chirurgien et à ses aides, ils ont pris les plus méticuleuses précautions, tant est redoutable le danger des contaminations.Les deux patients, préalablement préparés eux-mêmes, et propres au sens chirurgical du terme, sont introduits dans la salle et placés chacun sur une table, mais en sens inverse, c’est-à-dire de manière que les pieds de l’un correspondent à la tête de l’autre.D’ordinaire, c’est pas les vaisseaux du bras qu’est opérée la transfusion; quelques opérateurs cependant et parmi eux le professeur Tuffier, préfèrent mettre en rapport L’artère radiale du donneur, c’est-à-dire l’artère du pouls, avec une grosse veine du pied — la veine saphène interne — du preneur.Les membres choisis reposent sur une petite table volante intermédiaire.Ils sont tout d’abord insensibilisés par une anesthésie locale obtenue au moyen d’une piqûre de novocaïhe, de façons à éviter autant que possible les mouvements involontaires de l’un ou de l’autre patient au début de l’opération.Cela fait, le chirurgien incise l’avant-bras du donneur, écarte les tissus, dissèque et libère l’artère radiale sur une longueur de quelques centimètres, puis place une ligature sur la partie du vaisseau ainsi dénudé qui est la plus éloignée de la racine du membre et une pince à pression douce à quelques centimètres plus haut; il réalise ainsi l’occlusion du vaisseau qu’il enveloppe immédiatement d’une compresse imbibée de sérum artificiel, afin d’en prévenir l’assèchement.Cela fait, d’un couP de ciseaux, il fait à l’artère une ouverture en forme de V, entre la ligature et la pince qui, toutes deux, arrêtent le cours du sang.Il éverse alors avec des pinces fines les lèvres de la'plaie triangulaire qu’il a faite et introduit avec précaution l’une des canules de verre dans la lumière du vaisseau.Une compresse humide recouvre aussitôt, tout le territoire de l’intervention ainsi réalisée.S’occupant alors du preneur, le chirur-bien dénude la veine choisie et lie avec soin toutes les petites veines collatérales qui l’accompagnent.Il fait approcher le donneur, jusqu’à ce que les deux vaisseaux qui vont être abouchés soient presque au contact l’un de l’autre.Il ne lui reste plus qu’à lier la veine à sa partie inférieure, à la sectionner complètement au-dessus de la ligature, puis, après l’avoir lavée, à introduire en elle la seconde canule de verre réunie par un tube de caoutchouc très court à celle qui prolonge en quelque sorte l’artère du donneur et à la maintenir en place par une ligature.Dès que la pince à pression douce qui serre l’artère du donneur est enlevée, le sang passe, la veine du preneur se gonfle et on sent à son niveau des battements identiques à ceux du pouls.Bientôt, le miracle anxieusement attendu s’opère, et le malade exsangue, qui ne respirait plus et ne vivait qu’à peine, se réchauffe, se colore et renaît.C'est maintenant que le chirurgien a besoin de toute son attention.Sans cesse, il explore et mesure du doigt la tension sanguine des deux vaisseaux réunis et son regard ne quitte ni le preneur qui se ranime, ni le donneur qui s’affaiblit, pâlit et s’affaisse au fur et à mesure que son sang coule.Une faute, une négligence, un oubli, seraient fatals au brave qui est là, confiant et calme, mais qui est à la merci d’une syncope, et qui ne l’ignore pas.Depuis le début de la guerre, nous avons tous et toutes vécu, dans les hôpitaux militaires et dans ceux de la Croix-Rouge, des heures terriblement angoissantes: nous avons vu d’admirables exemples d’énergie chez de grands blessés raidis contre la souffrance, et supportant avec un calme stoïque des douleurs atroces; mais rien n’est plus émouvant, rien n’est plus grand, rien n’est plus beau, que le Qlair regard tranquille d’un donneur de sang qui sent la vie fuir goutte à goutte de ses artères, qui entrevoit la mort menaçante et qui, malgré tout, concentre toute sa volonté dans le sourire confiant qu’il adresse à l’infirmière chargée de veiller sur son pouls.Le blessé, cependant, revient à lui: son souffle s’est régularisé, ses lèvres ont repris lentement leur coloration normale; les globes de ses yeux ont perdu leur teinte vitreuse, ses artères se sont remises à battre.Il est sauvé.Le chirurgien jette un coup d’œil sur le chronomètre posé près de lui.La transfusion est finie.Il serre doucement la pince qui maintient béante l’artère du donneur de sang dont le sublime martyre est consommé, et pose une ligature sur la veine du ressuscité.Il ne reste qu’à séparer les deux patients, à recoudre et à panser les plaies ouvertes, à calmer d’une piqûre cocaïnée la souffrance de celui qui s’est volontairement sacrifié et à placer les deux patients dans les lits voisins où leur seront donnés les soins attentifs dont ils ont besoin.Avant la guerre, la transfusion avait eu ses héros, dont on répétait les noms avec respect: Garnier et Vincent, par exemple, ces deux jeunes internes de Lyon qui tous deux, ont failli payer de leur vie le dévouement avec lequel ils ont donné leur sang à leurs malades, ou encore Maurice Raynaud et Nussbaum, ces chirurgiens qui, se trouvant seuls, et dans des cas effroyablement urgents, en présence d’opérés en pleine agonie, n’ont pas hésité à s’ouvrir eux-mêmes les veines pour les sauver.Depuis la guerre, on ne cite plus les noms des héros qui acceptèrent le rôle périlleux de “donneurs”.Vraiment ils sont trop et la liste qu’il en faudrait dresser serait démesurément longue.Leur de ces innombrables soldats qui sont morts pour sauver la Patrie et nous préparer, après la Victoire, une France plus grande.Le sourire aux lèvres, l’orgueil aux yeux, sans regret, sans faiblesse, sans une tristesse, ils sont tombés,, et parfois, dans un dernier sursaut d’énergie, ils ont murmuré des mots que, plus tard, on ne répétera qu’avec un respect attendri.La blague, la bonne et saine blague farnçaise ne perd jamais ses droits, même dans les circonstances les plus tragiques et les plus douloureuses.Du sauveur au sauvé, elle chôme rarement.— Dis donc, vieux, disait un jour un “donneur”, originaire des environs de Lannion, à un Rérigourdin qui lui devait la vie; dis donc quand tu vas retourner dans ton Midi avec du sang de Breton dans les veines, savoir si ut auras toujours ton accent de Gascogne ?Mais ce qui, peut-être, est plus touchant encore que la reconnaissance du transfusé pour son sauveur, c’est la sollicitude dont celui-ci se plaît à l’entourer jusqu’à ce que sa guérison soit complète.Pour lui, cette guérison est presque une affaire d’amour-propre, sinon même d’honneur professionnel.— Je t’ai donné du sang épatant, tâche de ne pas le gâcher ! Il semble que ce dont il est le plus fier, le brave et bon garçon, ce n’est pas de la grandeur de son acte, c’est de la qualité et de la valeur même de son sang.Vanité puérile, peut-être, ostentation d’indifférence et de scepticisme, gouaillerie sentimentale ou mauvais caractère souvent: tout ça c’est le dehors, c’est la surface.Mais au fond, ce qu’il faut voir, et ce qui émeut jusqu’aux larmes, c’est tanée qui s’ignore, toute la générosité chevaleresque, tout l’héroïsme inconscient qui ont fait, au cours de cette terrible guerre, la grandeur admirable des soldats de France.A.RICHALET.“Le Pain de Chez Nous” I.CARON Ltée.BOULANGER 401 BELLECHASSE Tél.Cal.0186 Tel.Rés.Amherst 3586 En toute occasion appelez: IBERVILLE TAXI STAND Coin Iberville et Ontario Demandez ALBERT PIERCE ARROW — PACKARD LIMOUSINE DE LUXE Pour Mariage, Baptême, Promenade, Enterrement.SERVICE JOUR ET NUIT Albert Daudelin - - 2038 FRONTENAC MONTREAL 1 A LA REVUE DE LM A N O N Qu’attendez-vous des remèdes?w.•.v.v.v.L * * I •.V.•V.• m t V.*, .• • * • • • V.*.• • • .t A A A .• •.•.• ’ w w w w w w .••••••• i WWW.• • • • • ' w w w w w .• ••••• •y#y ' WW" • • • • • • • • • • • • • .L .¦ V.’.LAAAAAAA.• • • • • V* V.*.•.V, •y.• • • •y.1 •A*.• • • •y.VA K-S5S: • VA-.VA •VAV •.v.v.' — W w w .• • • • • •AV r w — wwww.ww.• • • • • • • • • • l a w .AV.•VA .•.’.•.•.•.A A'.V.• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •••••• • • • • • • • • • • • • M # • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • v.y • •••••• • • • • • • • •••••• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • M • • • • • • • • • • • • • M M • • • • • • • • • • # # • • • • • • • • • • ••••• • • • • • • • VA M • • • • • • • • • ?• • • • • • • • • • • • • • • • • • •••••• • • • • • • • • • • • • • • • • • » • • • ••••• • • • • # • • • • • • • • • • • • • • • X&%V.Vi 1, v.y • • • • • O.Wi • • • • • • • •• • • ¦ • • i ¦ • «• ¦ • » • •T# • • J* • • • • • • • • • ?••••%», » • • w#y • • % • • ••••« *.v w • • « • • • • « • • • • « • • • • A a ¦ Basa m “J’ai fait usage des Pilules Rouges il y a plusieurs années et depuis ce temps je jouis d’une parfaite santé.Auparavant j’étais d’une constitution délicate, souffrant continuellement de faiblesse, de douleurs au foie et aux reins.Après avoir pris beaucoup de remèdes sans résultat, j’ai eu recours aux Pilules rouges.Aussitôt que j’en eus commencé l’usage, je me suis sentie grandement soulagée.Un traitement d’environ six mois a amené mon complet rétablissement.’’ Mme A.Rodrigue, 200, rue Parc, Lewiston, Me.Le soulagement complet, n’est-ce pas ?Si les remèdes que vous prenez vous font du bien, vous vous garderez bien de* les changer et vous y reviendrez toutes les fois que le besoin se fera sentir.La ténacité avec laquelle les femmes qui ont une fois pris les Pilules ROUGES, la constance avec laquelle elles y ont recours aussitôt qu’elles se sentent faibles ou malades, l’empressement avec lequel elles les recommandent aux autres femmes sont les meilleurs témoignages que nous puissions donner de leur efficacité et de leurs vertus.Deux femmes disent leur satisfaction : “J’avais un jeune bébé qui réclamait toute mon attention et aussi toutes mes forces.Mon épuisement était tel que tout travail m’était interdit.Je ne pouvais manger parce que tous les aliments me dégoûtaient; ma digestion était mauvaise et je souffrais affreusement de maux de tête.J’étais triste, mon état était lamentable et je ne savais comment le changer.Une de mes soeurs qui venait souvent m’aider et m’encourager, me suggéra d’employer les Pilules Rouges auxquelles elle-même devait sa bonne santé.Immédiatement je me suis procuré quelques boîtes de ces bonnes pilules et bientôt j’ai constaté qu’elles relevaient mon appétit, activaient ma digestion^ augmentaient mon endurance.J’ai continué l’emploi pendant un certain temps, ma santé s’est bien rétablie et depuis s’est bien conservée.Mme J.Lahaie, 69, rue Laviolette, Trois-Rivières, P.Q.CONSULTATIONS MEDICALES.— Afin d’aider votre traitement, vous pouvez consulter GRATUITEMENT à son bureau ou par correspondance, notre médecin qui vous indiquera toujours le meilleur régime à suivre.Dans les cas requérant l’intervention chirurgicale, il vous dirigera au meilleur chirurgien de votre localité.Pilules Rouges par la poste, 3 boîtes, $1.25.Pilules UGES Cie Chimique Franco-Américaine Ltée, 1570, rue St-Denis, Montréal.SANTE des POUMONS Les DELICATS des POUMONS sont toujours sujets au RHUME, TOUSSENT, CRACHENT fréquemment sans y prêter attention; ils remarquent alors que la toux devient plus violente et que les QUINTES se rapprochent.L’état général devient moins bon; ils manquent de résistance; au commencement de la mauvaise saison, ils se disent fortement enrhumés.Les voici à la merci de la GRIPPE ou de la PNEUMONIE.Ces atteints des poumons devraient se mettre tout de suite sous les bons effets des CRESOBENE CAPSULES BALSAMIQUES VOLATILES, très actives contre toute affection des VOIES RESPIRATOIRES, fortement ANTISEPTIQUES et GERMICIDES, détruisent les microbes infectieux qui pénètrent dans le système par la bouche ou le nez.Si vous êtes ENRHUMES, si vous CRAIGNEZ LA GRIPPE, vous trouverez autour de chaque flacon une brochure qui vous indiquera comment préparer chez vous, au moyen des CRESOBENE, aussi facilement qu’une infusion de thé, un “SIROP”, un “GARGARISME”, une “LOTION DENTIFRICE” ou comment en “INHALER” les Vapeurs Balsamiques.Vous ne pouvez traiter vos POUMONS, vos VOIES RESPIRATOIRES mieux et à meilleur marché.Crésobène, $1.00 le flacon.Standard Products Co«, 1566, St-Denis, Montréal.AUGMENTEZ le POIDS de vos enfants qui sont Maigres, Chétifs, Nerveux, parce qu’ils souffrent des malaises de la Croissance.- Rendez-les Forts, Vigoureux, assurez-leur le succès dans leurs études, au jeu et plus tard dans la voie qu’ils se choisiront.Faites-leur suivre un traitement à 1’ O V O N O L à base d’Extrait de Foie de Morue, de Jaunes d’Oeufs, d’iode, d’Hypophosphites composés, etc., (sans alcool).Au moindre signe de maladie: Maux de Tête, Fatigue, Amaigrissement, Sommeil Agité, Manque d’Appétlt, Pâleur, Tristesse, Indolence, n’hésitez pas à les mettre sous les merveilleux effets de l’Ovonol.L’Ovonol est aussi un fortifiant rapide après une attaque de Grippe, de Pneumonie, de Coqueluche, de Rougeole, de Scarlatine, de Fièvre Typhoïde, etc.Essayez ce Gland Tonique pour les Enfants.$1.00 partout ou par la poste.himique Franco-Américaine, Ltée, 1570, rue St-Denis, Montréal. 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