La revue de Manon, 1 septembre 1929, dimanche 1 septembre 1929
Revue littéraire la plus distinguée des Foyer Canadiens Montréal, 1er Septembre 1929 Cinquième Année — No 14 MYRNA LOY Petite Maison, Grand Bonheur Par Paul JUNKA NOTRE GRAND ROMAN D’AMOUI TAS-PAS a» Bar ET QUAND TU CONSTATES L'AIR OU •JEUNE PERSONNE, TU CROIS QU'IL VAUT MIEUX FILER QUE D'ESSUYER LES FEUX DE SA FUREUR— DEJA ROULE ACCIDENTELLEMENT DANS UNE FLAQUE D'EAU ET ÉCLABOUSSÉ ODIEUSEMENT LA TOILETTE D'UNE JOLIE PASSANTE— MAIS LE LENDEMAIN S0IR4 A UN BRIDGE, QUANO TON ÉPOUSE TF PRÉSENTE LA MEME OAME- T'AS-PAS DEJA ESSAYE UNE BLACK HORSE?IL N'Y A QUE ÇA POUR TIRER UN NOMME 0‘EMBARRAS dites simplement /3ië te s-v-p* 7 *§Ü£J*3U*3ü£Lb 'BÊJBÊt&UmXU.® Æ /jCVSâiSv££ LA REVUE DE MANON Revue littéraire la plus distinguée des Foyers Canadiens H so ABONNEMENT Canada: 1 an, $2.00; six mois, $1.25 Etats-Unis: 1 an $2.25; six mois.$1.50 Paraissant Bi-Mensuellement Emma Gendron et J.Arthur Homier Propriétaires-Editeurs Administration et Rédaction 756, rue Saint-Paul Ouest Tel.MArquette 4065 m, quand vous l’avez confiée à Mme Charlotte Fresnault?— Pas encore six ans, répondit Mi.d’Aureilhan, les prunelles humides dereconnaissance.Et il ajouta, traversé d’une joie douce: — Si vous soutenez de la sorte ma petite indépendante, tout ira bien, Stéphanie.— J’en suis certaine, mon ami, assura-t-elle avec son autorité souverain^.— Une folle, cette Charlotte Fresnault?questionna Mme Pranzac, qui devenait souple et flatteuse lorsqu’elle avait été battue par un adversaire de forte taille.Cette fois encore elle avait touché juste.Intérieurement charmé d’entendre énoncer bien haut son appréciation intime, Mme d’Aureilhan se fit condescendante.— Une déséquilibrée, tout au moins, dit-elle sans conviction.M.d’Aureilhan eut un faible geste de protestation.— Oh! chère amie!.Elle fixa sur lui son regard impérieux.— Eh bien! quoi, mon cher Hugues?N’avez-vous pas exprimé vingt fois des craintes relatives aux théories de Mme Fresnault, à ses opinions plutôt.avancées ?.— Je redoutais surtout, se hâta d’exprimer M.d’Aureilhan, que ma fille ne partageât les idées d’apostolat de cette femme très remarquable, dont le seul défaut me paraît être une générosité dépensée un peu à tort et à travers.Et ces appréhensions n’étaient pas vaines, puisque le grand désir d’Huguette, — ce qu’elle appelle sérieusement sa vocation — consistait à rester en qualité de professeur^ dans l’école que Mme Fresnaùlt a fondée et dirige, d’ailleurs, de façon supérieure.— En voilà une carrière, pour une d’Aureilhan! remarqua Léonie avec son aigre dédain.Aussi, quelle nécessité de se faire recevoir bachelière?— Comme si une fille bien née avait besoin de diplômes! acheva Mme Saint-Brès.cation féminine un concept atavique-lousie o ude méchanceté, ayant de l’éducation féminine un concept atavique-ment borné.Aucun écho de la formidable lutte moderne ne parvenait dans la solitude où elle vivait.Avec une entière sécurité, elle avait élevé ses filles ainsi qu’elle-même l’avait été, par la parole et par l’exemple, elle s’efforçait de leur inculquer les vertus ménagères, legs respectable et respecté d’une longue suite d’aieules, et elle n’imaginait pas que des notions nouvelles dussent enrichir ce bagage séculaire, ni qu’un autre mode de culture pût raisonnablement exister.— Mon Dieu! je crois qu’il est toujours bon d’avoir de l’instruction, opina avec simplicité la bonne tante Hortense qui avait oublié l’orthographe et ne connaissait au monde d’autre science que celle de ses fleurs, mais qui possédait la belle largeur d’esprit de s’incliner devant tout ce qu’elle ne savait pas.— D’autant, posa sentencieusement Mme de Lavardens, qu’il n’est pas donné à toutes les jeunes filles d’être bachelières.— Ni à tous les jeunes gens d’être bacheliers, plaça entre haut et bas la terrible langue de Léonie.Une gaieté silencieuse secoua les con- r c I 0 1 0 1 9 I e i e i i c ! — I 9 ! ! i Téléphone CALUMET 5908 ! TOUJOURS EN MAIN LE PLUS ! GRAND CHOIX DE j GATEAUX j Pâtisserie Canada A 367 rue De Castelnau ! Près de la rue Saint-Denis ! î Paye quatorze LA REVUE DE MANON Montréal, 1er Sept.1929 vives, aucun d’eux n’ignorant que le beau René avait été un cancre majestueux, incapble de décrocher le moindre parchemin._ Profondément vexée, sa mère feignit de ne point entendre et détourna sans affectation le regard accusateur dont elle désignait les Petites Bleues, — qui ne seraient jamais bachelières, les pauvres! Convaincues qu’on peut être quelqu’un de très intelligent sans avoir obtenu de succès d’examens, puisque tel était le cas du cousin éperdument admiré, celles-ci sentaient renaître la confiance en leur étoile.Elles relevèrent la tête, avec des yeux brillants, et la petite Françoise, qui était assise en face de l’une des fenêtres, s’écria de sa voix claire: — Tiens, une voiture dans l’avenue! Mme d’Aureilhan s’agita: — Tâche de nous renseignez, René, toi qui as une si bonne vue, dit Mme de Lavardens, laquelle ne perdait aucune occasion de mettre son fils en valeur.Il obéit, se dressant un peu sur son siège: — C’est, apprit-il, le somptueux équipage du père Gentinne, qui nous amène une dame.De la surprise flotta, la carriole du père Gentinne, le voiturier de Nogaro, le plus proche bourg, n’étant utilisée que par les paysans qui se rendaient aux marchés des environs, ou par les voyageurs qui arrivaient à l’improviste.— Vraiment, je ne soupçonne pas ce que c’est que cette visite?murmura M.d’Aureilhan, vaguement inquiet, comme tous les coeurs timides et impressionnables tout de suite oppressée de la crainte de quelque coup de la destinée.— Eh bien! tu vas le savoir! fit M.Gontaud avec sa forte assurance d’homme riche, que rien n’avait le pouvoir de troubler.Mme Pranzac souriait, d’un petit sourire supérieur.Elle croyait bien deviner.Tandis que ces rapides impressions s’échangeaient, le rustique véhicule, après s’être engagé dans les allées, contournait la demi-lune sablée précédant le perron.Le père Gentinne, vieux bonhomme vêtu d’une blouse bleue et coiffé d’un chapeau rond tout bosselé, n’avait pas encore arrêté son bidet rouan qu’une jeune personne élancée, à demi masquée jusque-là par l’épaisse carrure du voiturier, sauta lestement à terré, et bien que chargée d’une brassée de roses où s’enfouissait son visage, gravit les degrés avec une légèreté d’oiseau.Les hôtes de M.d’Aureilham n’avaient pas eu le temps de prononcer une parole la porte de la salle à manger s’ouvrit devant la nouvelle venue.Une seconde, elle s’immobilisa sur le à l l l ( ) * l ! I t i .«r Commander par téléphone, c’est Payer plus cher Venez choisir vous-mêmes pour éviter les frais de livraison BEURRE - OEUFS - EPICERIES PROVISIONS — SEPT MAGASINS — TOUSIGNANT & FRERES LIMITEE 6312, rue St-Hubert 880 Ste-Catherine Est 1279 et 2227 Ontario Est 630 et 2034 Mont-Royal Est.1897 rue Clark i * l l l t i * i l l t } seuil, fine et droite dans son imperméable de voyage ainsi qu’une svelte statuette d’argent, enveloppant l’assistance du regard lumineux de ses prunelles aux reflets changeants, qui spiritualisaient d’une suavité de rayon sa délicieuse figure à la carnation laiteuse.Elle était ravissante.Une brève stupeur paralysait les convives, tenus sous un charme d’apparition.La visiteuse fit un pas, adorable de tendresse malicieuse, un sourire détendit l’arc classique de sa bouche pure, et présentant d’un joli geste les fleurs qu’elle portait, elle s’exclama d’un organe mélodieux qui alla -éveiller des sonorités grêles parmi les cristaux: — Ah! bien, si c’est comme cela.qu’on me reçoit quand j’arrive pour souhaiter la fête à petit père! Un nom s’échappa de toutes les lèvres: — Huguette! Mlle d’Aureilhan salua gaiement.— Elle-même! M.d’Aureilhan s’était levé, très ému.— Ma fille! ma fille chérie!.Tu as voulu me revenir aujourd’hui ?Déjà Huguette était dans ses bras, répondant d’un élan aux caresses balbutiantes de ce père auquel la liait depuis l’enfance une affection qu’elle était étonnée de retrouver si puissante et si douce.— Oui, mon père.Puisqu’il me fallait quitter mes amies de là-bas, j’ai préféré avoir immédiatement le courage des adieux .et inaugurer, en vous embrassant, l’année que vous commencez par cette fête d’anniversaire et que nous allons vivre ensemble.Elle avait dit ces simples mots avec la grâce inimitable qu’on devinait lui être bien personnelle.M.d’Aureithan avait les paupièrefc humides.Il reprit les mains d’Huguette.— Merci, ma chérie, merci.Je n’oublierai pas.Elle le regarda, une question assombrie.au fond de ses prunelles étoilées.Puis, elle sourit de nouveau, rassurée.Quoi qu’il advint, elle aurait en Hugues d’Aureilhan un allié, tacite peut-être, mais loyal et fidèle.Huguette, maintenant, cherchait autour d’elle, se proposant sans doute de rendre ses devoirs à sa belle-mère.Mais elle avisa dans un coin Gçjjnain qui la contemplait, tremblant de joie, figé en une extase.D’un bond, elle fut à ses côtés et lui sauta au cou.— Mon vieux Grmain! Ah! je suis contente de te revoir, va! M.Gontaud battit des mains, absolument conquis.— Bravo, Huguette! Elle est crâne, ta fille, mon bon Hugues, elle a l’amitié tenace et le mouvement prompt.J’adore ces natures-là, moi! Mi.d’Aureilhan demeurait ravi, sa femme, cependant, réprimait un geste mortifié.Elle jugeait cette scène inconvenante, n’admettant point pareil oubli des distances.Tandis que le vieux Germain essuyait deux larmes qui coulaient lentement sur ses joues ridées, elle s’avança vers la jeune fille avec une raideur qu’elle s’efforçait en vain d’atténuer: — Et moi, Huguette ?Celle-ci s’excusa toute sa franche aisance envolée.' — Pardonnez-moi, Madame.J’ai tout oublié en reconnaissant Germain qui m’a servi de bonne d’enfant, dans le temps.Une hostilité à peine déguisée vibrait sous ce lambeau de phrase.“Dans le temps”, c’est-à-dire quand vous n’étiez pas entrée, vous, l’étrangère, dans cette maison qui m’appartient, quand vous n’étiez pas là pour ordonner d’une voix sèche et réfréner les mouvements du coeur.Mme d’Aureilhan comprit mais n’en laissa rien paraître.Seuls, ses sourcils impérieux se rapprochèrent imperceptiblement.Un doute lui venait.Serait-elle aussi facile à mâter que sa belle-mère y avait compté, cette fine créature blonde ?Par bonheur, cette impression fâcheuse se dissipa aussitôt, sous le magnétisme de la grâce d’Huguette.La jeune fille, en effet, recevait son baiser avec une correction qui pouvait tenir lien de cordialité, et ne sortait de cette étreinte officielle que pour retomber sur la poitrine rebondie, de Léonie Pranzac, laquelle l’attirait bruyamment, clamant en un de ces médiocres triomphes où elle se plaisait: — Ma belle mignonne, j’ai tout de suite deviné que c’était toi! Huguette remercia avec affabilité.Les présentations eurent lieu; exquise de simplicité affectueuse, Mlle d’Aureilhan renoua connaissance avec ces parents perdus de vue depuis l’âge de six ans, mais dont, en la rare mémoire du coeur qu’elle venait de prouver à l’endroit de Germain, elle conservait uïi souvenir étonnamment précis.La bonne tante Hortense fut touchée aux larmes, lorsque Huguette s’informa de ses cousins Maurice et Luc qui, ainsi qu’Antoinette Saint-Brès, l’aînée des “Petites Bleues”, avaient partagé ses premiers jeux.De son côté, M.Gontaud fut fort sensible au plaisir que la jeune fille montrait de le revoir, tant ce plaisir était joliment exprimé, et Jean Quéroy s’inclina profondément, atteint à la place frémissante de son âme, sous la politesse grave où il se renfermait, par la délicate allusion au père mort victime du devoir, obscure héros duquel il continuait le nom respecté.Enfin, avec un tact séduisant, cette manière morale qui lui était propre et ajoutait quelque chose de plus raffiné encore, d’intellectuellement supérieur à Varistocratie extérieure qu’elle tenait de son père, Huguette trouva le mot convenant à chacun et eut l’art de dispenser immédiatement autour d’elle une atmosphère d’intimité et d’entrain sans apprêt.v * v «$• •!- *1- v •v* *1- *1*%- *1* *!¦* *t1 v -î- *$?*5* *1" *1**1* *1* *1* v **• •§• v *•!* -h *v-*v* -I* *î» «5* v 4 4 ?t 4 4 * 4 V f 4 v Y 4 4 t 4 * Résidence No 6459 Rue Christophe Colomb Tél.HArbour 4118 4119 SALLUSTE LAVERY, B.C.L., C.R.De l’Etude Lavery & Demers AVOCATS PROCUREURS Avocats Conseils de la Fédération des Navigiteurs Canadiens Division du St Laurent No 29, RUE ST-JACQUES, EST MONTREAL * *!« *v* *!**!* •$* *!* -I- -î* *!« -I* -l- F ^ ?!- -I**!- * -F -F *£• -I- * +*1- +a.a.4 1 B X I 4 ?4 ?* * V * * 4 ?•F ?4 ?4 4 » • ?* *1* V edettes eras MÆrnmmmmm - ¦ i ¦ mm ^BB&H ixiiras V.-SS&M' up ****& mmt .,*.X(.^ îvS.VX & V1:#* v?\0 H-* > '.:.' ' A tfxXMS&Sm '^mm* WisM :t^?y^.*! $3 S&vCŸ* Sf.'Sÿ Is#,r,v « jsifc :«eSl:» mmmm H 1MI .Isa®.© 8ffc3&^âS8fc 8Épfew^‘ J':^ - -•- % ÆÜÏWB^-awsg r sk'-'^w- 'Si t'iSfr.£ «te* I: * Ü MR it K mim ¦.Av*A\¥r.r MARY McAllister Page trente-quatre LA REVUE DE MANON Montréal, 1er Sept.1929 comprenait nullement qui inquiétait si fort Mme d’Aureilhan.Quand elle apercevait Huguette étudiant gravement la place d’un meuble ou le pli d’un rideau ,elle se disait que sa belle-file n’agirait pas autrement s’il s’agissait de recevoir un fiancé, et une âcre colère montait sous son sourire.Toutefois, elle se gardait de faire part de ses folles angoisses à sa soeur et à son neveu.Ceux-ci ne savaient trop que penser et dissimulaient de leur mieux un dépit humilié.Jean Quéroy était peut-être le seul qui pénétrât parfaitement l’actuel état moral d’Huguette.Lui n’avait pas peur.Il sentait si bien qu’il était placé très, haut ,au-dessus de tout, le sentiment inexprimé qui fleurissait entre leurs deux coeurs.Mais comme un être qui aime s’abandonne malgré tout aux impressions frémissantes caractéristisant les tendresses profondes, il éprouva le besoin d’un mot qui lui permît la foi.C’est pourquoi il s’arrangea de façon à rencontrer Huguette, un jour qu’elle revenait du chalet en deuil des Petites Bleues, dont la vieille maison qu’il tenait de son père n’était pas éloignée.Comme de coutume elle conduisait son poney Mirliton, qu’elle arrêta d’une instinctive pression sur les rênes, lorsque le jeune ingénieur la salua au passage.— Alors, mademoiselle Huguette, votre parent, M.Maresquel, arrive la semaine prochaine?demanda Jean, les ordinaires préliminaires échangés.Les mouvantes prunelles de Mlle d’Au-reilhan s’irradièrent de plaisir.— Oui, je suis bien heureuse! Il la considéra avec un soupçon de tristesse.— Et nous?.Vos anciens amis, — pardon! je devrais dire vos nouveaux amis,—enfin, vos amis d’ici, compterons-nous encore un peu ?Huguette eut un faible sourire où un persiflage très doux se fondait en mélancolie: — Ai-je donc tant d’amis, ici ?— Vous en avez au moins un, dit-il, tout à coup grave, presque volontaire.Sans doute Huguette trouva-t-elle que l’entretien prenait une tournure embarrassante, cal elle essaya de le faire dévier.Elle leva un doigt, taquine: — Vous êtes injuste! Je m’en connais bien deux! M?Gontaud! Oubliez-vous ce bon M.Gontaud?A son tour, Jean sourit.— Ne nous occupons pas de lui poulie moment.D’ailleurs, je sais ce que je voulais savoir, et je vous remercie de tout mon coeur, tout mon coeur, mademoiselle Huguette.Elle sentit une flamme rose brûler ses joues.- -w.— Comment cela ?balbutia-t-elle.— Oui, expliqua le jeune homme d’un ton enjoué qui dissimulait l’importance des paroles prêtes à être prononcées, vous vous reconnaissez deux amis.L'un est M.Gontaud.Vous n’avez pas nommé l’autre.Mais, si ma mémoire est fidèle, je ne serai pas taxé de présomption en avançant que j’espère être celui-ci 9 Le souvenir de l’heure exquise où Jean avait réconforté sa solitude morale en lui offrant d’être son ami, trembla délicieusement dans l’âme d’Huguette.Elle le regarda bien en face.— Oui, dit-elle avec sa sincérité charmante, c’est de vous que j’entends parler.Emu, il se pencha sur le bord de la petite voiture, et, plus bas, d’une voix pénétrante : — Merci.Donc, vous vous.rappelez ?.—Je me rappelle! répondit-elle, sérieuse comme aux minutes capitales de la vie.— Et vous ne changerez pas?interrogea-t-il tendrement.Ni maintenant, ni plus tard ?— Je ne suis pas de celles qui changent.Quand j’ai donné ma confiance à quelqu’un qui la mérite, c’est pour toujours! Sans qu’elle eût conscience, son sourire était devenu d’une douceux ensor-lante, de magnifiques promesses illuminaient ses yeux incomparables.Jean fut ébloui.— Pour toujours! murmura-t-il d’un accent que le divin bouleversement brisait.Il lui prit la main et la baisa.Il n’y eut pas d’autres paroles échangées, pas de verbeux serments, aucune de ces formules officielles qui impriment leur marque banale aux plus pures félicités humaines.Tout de suite, Jean s’éloigna à grands pas, craignant de délirer de bonheur.Et Huguette s’en retourna ainsi que dans un rêve.Leurs coeurs étaient fiancés.* .* * — Huguette, dit Guillaume Maresquel quatre ou cinq jours après son arrivée, pourquoi donc n’ai-je pas encore vu les Petites Bleues?Je croyais leur habitation proche du château ?Mlle d’Aureilhan hésita.Par suite d’une sorte de réserve mentale qu’elle ne définissait pas bien, elle avait en effet, différé de présenter son parent à ses jeunes cousines.- Elle savait que le romanesque ne perdait jamais ses droits chez les Petites Bleues, et que, sous l’oppression de la catastrophe récente, les trois orphelines attendaient avec plus de ferveur encore qu’autrfois le libérateur de leur triste sort.Etait-il possible qu’il ne se rencontrât point de par le monde un galant chevalier, un beau jeune homme pourvu de tous les dons qui eût pitié de trois petites créatures ainsi abandonnées ?.Bien sûr, la Providence ne le permettrait pas.‘ Un radieux matin, surgirait d’un point quelconque de l’horison le Prince Charmant qui s’éprendrait de l’une d’elles, l’épouserait et l’emmènerait avec se^ deux soeurs en une résidence mondaine où le mariage des deux autres ne serait plus qu’un question de semaines.Sans aucun doute, Huguette redoutait, confusément que son camarade d’enfan ce, auréolé du double prestige du Paru sien et de l’artiste, n’incarnât aux yeux, de ces enfants ignorantes et pétries d’iH lusions, le personnage de rêve qu’elles espéraient ardemment.Le statuaire était bien fait pour tourner la tête aux admiratives Petites Bleues._ Grand, avec cete souplesse robuste qui dit la force, d’allures désinvoltes tempérées de bon goût, il avait en toute sa personne cette précision harmonieuse des mouvements propre à ceux qui sc sont consacrés corps et âme à l’étude de la beauté qu’ils s’assimilent inconsciemment, et sa physionomie ouverte dont les traits réguliers respiraient le courage, la franchise la gaieté attirait invinciblement la sympathie comme une sinthèse des caractères éminents de notre race.Une élégante moustache blonde ache' vait la ressemblance avec le type primitif ,et Huguette n’avait pas tout à fait tort en redoutant les ravages que ferait à son insu, chez les impressionnables Petites Bleues, ce beau et affectueux garçon qui prêtait aux étriqués vêtements modernes sa superbe prestance de guerrier gaulois.En l’amitié délicate qu’elle ressentait pour ses cousines, Mlle d’Aureilhan ne pouvait guère avouer que c’était la crainte d’infliger une déception nouvelle à ces enfants ayant déjà tant souffert, qui l’incitait à retarder la rencontre avec le sculpteur.Ce fut donc d’un ton d’embarras très différent de son habituelle spontanéité, qu’elle répondit au jeune homme étonné de son silence: — Que veux-tu, mon bon Guillaume, Il faut compter avec les sévères et, après tout, respectables coutumes de la province.Ces filettes sont seules, en grand deuil.\ — Guillaume s’apitoya: — C’est vrai! Pauvres Petites Bleues, les voilà tout en noir, maintenant! Huguette secoua la tête: — Non.Quand on porte une couleur par suite d’un voeu, on ne peut la quitter en aucun cas.Une des plus expresses recommandations que leur mère mourante adressa à mes jeunes cousines fut! précisément de ne pas abandonner la pieuse livrée pour les signes extérieurs du deuil, et de la conserver fidèlement5 jusqu’au terme fixé pour l’expiration de-ce voeu.' — Pauvre mère! fit Guillaume ému.Et, tu me l’as écrit, si je ne me trompe, ce n’est que par le mariage que les Petites Bleues seront affranchies de ce céleste uniforme.— Oui.Il y eut une pause.Dans l’esprit des deux amis d’enfance remuaient beaucoup de choses que, probablement, ils ne démêlaient pas très bien.Au bout d’un instant, Guillaume reprit: _ — Sont-elles absolument seules ?Elles ont bien des proches parents qui s’intéressent à elles, un tuteur ?Huguette haussa les épaules: (A suivre au prochain numéro) •{•h—un—nu—nu—un—nn—nu—on—nu~nn—bu—nu—un—« «J* Si =3 | CH AN CE UNIQUE } s = 1 Beaux cadrans en poudre J I de marbre veiné, dans les I I couleurs rose, vert et bleu.I I Jusqu’au 15 septembre I I $3.00 seulement | i Valant réellement $5.00 I I Ces cadrans feront un ! 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I I | “La Revue de Manon” } a • *¦-,, 5 î 756, rue Saint-Paul Ouest 1 3 , An • »: S Montréal = - 3 h—au—nu—un—mm—nu—nu—mt—un—hh—un—uu—un— Madame, Etes-vous GAIE?Une femme en BONNE SANTE est généralement gaie, enthousiaste, de société agréable.Elle est affectueuse et tendre pour son mari et ses enfants.Elle sait que lorsque le mari revient chez lui après une journée d’ouvrage, il ne désire pas rencontrer une femme grincheuse, fatiguée, malpropre sur elle et dans la maison.Si elle est pâle, faible, anémique, souvent découragée, sujette aux maux de tête, aux douleurs dans le dos, si elle souffre de périodes douloureuses et irrégulières, de douleurs internes, c’est le temps pour elle de renouveler sa VIGUEUR, d’arrêter l’ANEMIE, de soulager tous ces symptômes ennuyeux, de prévenir des maladies sérieuses et dispendieuses à l’aide des Pilules ROUGES, préparées spécialement pour les femmes de tout âge.•.S* X-.-.v.y.v.;.,v.V.g: v.v .•.y.:-:-:-:-: «Il» .¦.vX’Xv •.• • • VA S* i » “Quand j’étais jeune fille je travaillais dans une manufacture de conserves, les mains constamment dans le vinaigre chaud.L’odeur du vinaigre m’occasionna d’abord une mauvaise digestion qui provoqua des palpitations, des douleurs d’estomac, du foie, puis de l’hydropisie, un état de faiblesse générale, de débilité et d’excessive nervosité.Je n’avais pas d’appétit, je ne dormais pas et me mettais toutes sortes de craintes et de chimères dans la tête.Ma soeur qui avait pris des Pilules ROUGES et s’en était bien trouvée m’en acheta pour m’en faire prendre.Ce n’est qu’à la sixième boîte que je commençai à m’apercevoir d’un changement pour le mieux.Je mangeais avec plus de goût, je souffrais moins du foie, mes palpitations de coeur se calmaient petit à petit, je dormais mieux.J’avais essayé beaucoup de remèdes dispendieux et ils ne m’avaient rien fait.Les Pilules ROUGES m’ont considérablement soulagée et quand je ne me sens pas très bien je les prends de nouveau.” Mme Aristide Poiré, 1334, rue Notre-Dame Est, Montréal.w 8$ x-xv-x-x-x* •x;x>x i§Éll|fÉ .mBF HR •:x:xyX£:xv.v*x CONSULTATIONS MEDICALES GRATUITES.— Afin d’aider votre traitement vous pouvez consulter GRATUITEMENT à son bureau ou par correspondance notre Médecin qui vous indiquera toujours le meilleur régime à suivre.Dans les cas impossibles à traiter par correspondance ou requérant une intervention chirurgicale, notre Médecin vous dirigera aux meilleurs médecins et chirurgiens de votre localité.Les Pilules ROUGES sont fabriquées seulement par la Cie Chimique Franco-Américaine Ltée, 1570, rue St-Denis, Montréal.Traitement facile à suivre à la maison.au travail.en voyage.Impossible de vous traiter mieux et à meilleur marché.50c la boîte où 3 pour $1.25.PROTEGEZ-VOUS.REFUSEZ les SUBSTITUTIONS.EXIGEZ les VERITABLES PILULES Pour les Femmes Pâles et Faibles Enfants FORTS.“Il y a deux mois j’avais perdu tout esprit de sauver ma petite fille de dix-neuf mois, il n’y avait plus rien à faire pour elle, j’étais d é c o u r a gée, mais grâce à l’OVO-NOL que je lui ai donné, elle se rétablit vite, elle mange bien, a de bonnes couleurs et prends du poids tous les jours.” Mme William Dupuis, Grand Pabos, P.Q.MERES.désirez-vous que vos petits garçons deviennent des Hommes ROBUSTES et BIEN PORTANTS; vos fillettes de belles jeunes filles RESPLENDISSANTES de SANTE avant de devenir à leur tour des Mères de Famille! 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Prends Ton Fusil Grégoire \l I'** Lv\*.-v V, w ‘Trends ton fusil Qrégoire, et prends ta canne à pêche; Va chercher le dîner dans les bois d’alentours”.'Tort bien, la mère, et vois comme je me dépêche, Je t’aurai un lapin, qui sait, peut-être un ours”.Qrégoir’ se met en route et bientôt sous un chêne, Au bord d’une prairie tout émaillée de fleurs, Il se couche, s’endort et son rêve l’entraine, En des pays lointains, paradis des chasseurs.Il rêve que partout, autour de lui, sur l’herbe, Qambadent des lapins, frétillent des poissons, Cependant que vers lui, un orignal superbe, S’avance précédé d’un magnifique ourson.Il saisit son fusil,.mais il ne tire pas; Car ses hôtes nouveaux l’entourent pêle-mêle, Curieux, fascinés, riant tout bas, bien bas, Pendant que le nemrod boit sa Dow Old Stock Ale, % 'K * & "N® v /y O Ô2 W A\ »Y‘ Sr.,0 ï\ & V 1/ III V\ / PROPt^rv 0f DOW BRfWERY hOftTfcfc A L U o Stock Al Mûrie à Point Prime par la force et par la
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