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Titre :
Le pays laurentien
Éditeur :
  • Montréal :G. Malchelosse,1916-1918
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Petit canadien ,
  • Revue acadienne ,
  • Revue nationale
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Le pays laurentien, 1916-04, Collections de BAnQ.

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1ère ANNEE.—No.4.AVRIL 1916 LE PAYS LAURENT!EN LA PRIERE DE DIAKOS “Escalade, ô Mitros, ce mont jusqu’à sa cime “La plus haute, et sondant d’un œil d’aigle l’abîme, “Vigilant comme un lièvre, agile comme un cerf, “Place une sentinelle.Et pour n’être plus serf “Surveille l’ennemi, dont la nombreuse armée “S’avance en ce moment vers la Grèce alarmée.“Si tu vois, par milliers, cavaliers et soldats “Obéir au pacha Mechmet, n’interrompts pas “Pour si peu mon sommeil.Suspens alors ta course; “Combats seul; tu sauras vaincre ce coupe-bourse.“Si tu vois le coursier du pacha Vrionis “Caracoler devant tous les Turcs réunis “Elance-toi; Mitros, vole, accours et m’appelle.“Ma bénédiction te suit.Pars avec elle’’.Une sauvage joie illumina le front Du clephte dont la cape au vent voltige en rond Tandis que retentit un bruit clair d’amulette, Sous les rayons mourants du soleil qu’il reflète Mitros brille un instant et se perd dans la nuit: Telle une étoile file et meurt dès qu’elle a lui.Du regard un moment Diakos l’accompagne, Puis quand tout est silence au pied de la montagne, Il se laisse tomber sur la pierre à genoux: “Palikares amis, tous, agenouillons-nous: “Prions Dieu de donner aux nôtres la victoire.“L’univers n’est-il pas dans l’éclat de sa gloire “Un temple tout orné de magnifiques fleurs ?“Celui qui l’a bâti, qui créa leurs couleurs, “Habite à nos côtés pour que mieux on l’adore’’.C’est la nuit.Tout se tait en attendant l’aurore: Les monts et les vallons du Pinde au mont Athos Silencieusement écoutent Diakos; Les arbres et les fleurs, les fontaines, la brise, Le ciel, l’air sont muets d’agréable surprise.Casimir HEBERT.Traduction du Grec moderne (langue vulgaire) d’Aristote Valaoritis. — 86 — LA FLORE DU PAYS LAURENTIEN Ce n’est pas un technicien mais un amoureux irrésistiblement épris de cette terre splendide— la nôtre,— qui vient aujourd’hui causer avec les lecteurs de cette revue.D’autres diront à leur point de vue le charme de nos campagnes et enfermeront dans le réseau des phrases l’intense poésie qui flotte sur notre grand fleuve bleu, nimbe nos églises rustiques et les croix de nos chemins, et s’attache à nos gens eux-mêmes.Les amateurs d’histoires fouilleront nos annales lourdes de poussière et de gloire.Moi je viendrai de temps à autre promener le lecteur parmi la flore merveilleusement belle qui s’épanouit sous le regard de ce royal paysan qu’est l’habitant canadien-français.Ces causeries toutes simples, dénuées de prétentions scientifiques et littéraires, auront atteint leur but si quelques lecteurs y trouvent le germe d’une vocation sérieuse à l’aimable science de la botanique, si attrayante et pourtant si délaissée chez nous.Pour aujourd’hui et un peu au hasard, quelques traits généraux que quinze années d’observation et d’études m’ont rendu familiers.La flore laurentienne, ni arctique ni tropicale, est une flore tempérée caractérisée surtout par l’abondance des individus d’une même espèce d’arbres.Cependant, parce que le grand fleuve draine un bassin étonnemment vaste, des sols divers et d’histoire géologique compliquée, ce manteau végétal est loin d’être uniforme.Les dômes granitiques et les lacs innombrables' des Lauren-tides hébergent une flore vigoureuse et intéressante.Même sur les hauteurs, ce ne sont pas à proprement parler des plantes du type alpin, forcées par le froid à réduire leurs parties aériennes au profit des organes souterrains, et ne se permettant que le luxe des fleurs grandes, solitaires et brillamment colorées.Seuls, les hauts sommets de la Gaspésie, le Mont Albert, par exemple, et les falaises du Golfe Saint-Laurent nous présentent cette catégorie de plantes.Dans nos Lauren tides, l’épaisse couche de neige en protégeant le sol pendant la période critique permet aux plantes les plus délicates d’y parcourir le cycle de leur existence, en sorte que, sans quelques types nettement boréaux que l’on aperçoit ici ou là, il n’y aurait pas de différence essentielle entre la flore de ces montagnes et celle des basses terres boisées du Saint-Laurent. — 87 — Quelle est l’histoire de cette population végétale ?On ignore tout de ce qu’elle fut avant la période glaciaire.Nous savons, par la géologie, qu’à des époques fort anciennes le plateau laurentien, la plaine laurentienne elle-même ont été recouverts de sédiments puissants, qu’une intense érosion a pour la plupart lavés presque entièrement.A peine retrouve-t-on deci delà, sur les bords du plateau laurentien quelques lambeaux de ees calcaires et de ces grès qui couvrirent autrefois le pays.Quand de puissantes assises rocheuses ont ainsi disparu sans laisser de traces, on pense bien que les pauvres petites plantes d’un jour, voire même les arbres colossaux, ont été dissociées jusqu’à la dernière cellule.D’autre part, le cambrien et le silurien, les seuls terrains sédimentaires importants qui nous restent, ne contiennent pas de fossiles végétaux.L’épaisse calotte de glace qui, à plusieurs reprises durant la période quaternaire, envahit la vallée du Saint-Laurent et poussa jusque vers la .latitude de New-York, détruisit évidemment toute la végétation alors existante, et lorsque le glacier, cédant à de nouvelles conditions climatériques retraita vers le Nord, abandonnant d’énormes quantités de détritus, la flore boréale-alpine qui s’épanouit naturellement à la lisière de la glace fondante sur les hautes montagnes, dut suivre pied à pied sur toute la largeur du front,—immense armée de francs-tireurs marchant sur les pas du conquérant en déroute.La flore glaciaire qui, à cette époque; se développa graduellement sur toute la Laurentie, n’a pas, elle, disparu sans laisser de traces.Les moraines sans nombre, en modifiant le système hydrographique, en barrant les vallées, en causant la stagnation de l’eau dans les plaines, créèrent des conditions favorables au développement des tourbières, ou marais à Sphaignes.Lorsque les tourbières, comblant leurs bassins, ont atteint leur équilibre définitif, on les appelle chez nous terres noires, et leurs immenses étendues seront un jour notre ressource suprême lorsque sonnera pour le monde l’heure de l’épuisement du charbon.Or, chose curieuse, la flore des tourbières, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’est autre, dans ses grandes lignes que la flore glaciaire d’alors.A des conditions écologiques encore peu connues malgré de nombreux travaux scientifiques, elle doit de s’être conservée invariable à travers les modifications climatériques ou autres de siècles nombreux. — 88 — Mais il n’y a pas que dans les tourbières où la flore glaciaire ait persisté.Un observateur attentif peut parfois en relever des reliquats en certaines situations particulières.Ainsi, il me souvient de mon étonnement quand, arrivant pour la première fois au sommet du Mont Saint-Hilaire (Belœil), je trouvai dans les fissures de la roche granitoïde une jolie Rosacée blanche, la Potentille tridentée, (Potentilla tridentata Ait.) qui appartient manifestement à la flore arctique-alpine.Depuis, j’ai pu constater dans mes courses à travers le pays, que cette colonie de quelques pieds carrés est absolument isolée; il faut descendre de trois cents milles la vallée du Saint-Laurent pour retrouver sur les falaises témiscouatiennes, la fleurette oubliée là-haut par le glacier pléistocène, il y a combien de milliers d’années! Quand Cartier et Champlain abordèrent nos rives, tout le pays n’était qu’une forêt sans bornes.Les prairies naturelles si développées dans l’ouest de l’Amérique, n’existaient pas dans l’est, et chaque avance de la civilisation dut être une conquête sur la forêt.Notre domaine forestier, pillé et ravagé sans cesse par le feu, le commerce et l’industrie, ne peut aujourd’hui nous donner une idée adéquate de la splendeur de la nature primitive.Longfellow écrivant “Evangeline” l’a vue en rêve: This is the forest primeval.The murmuring pines [and the hemlocks, Bearded with moss, and in-garments green, indistinct in the twilight, Stand like Druids of old, with voices sad and pro- [phetic, vStand like harpers hoar, with beards that rest on [their bosoms.Nous en avons perdu jusqu’au souvenir.A peine trouve-t-on ici ou là, dans les Laurentides, quelque val profond et sans issue où le bois n’a pas été ruiné faute de rivière flottable.Et l’on s’arrête alors étonné devant ces générations de cèdres gigantesques, couchées les unes sur les autres, et les troupes de merisiers géants allant chercher à des hauteurs invraisemblables le pâle soleil du Nord.Quel ne dût pas être l’enchantement de Michel Sarrasin, de Louis Hébert, de Gaulthier, de Kalm, de Michaux, tous ces botanistes plus ou moins professionnels que le génie de Linnée avait 89 — intéressés à cette science encore naissante, lorsqu’ils prirent pour la première fois contact avec cette nature vierge.Pour l’apothicaire de Paris, pour le médecin québecquois, comme pour le savant suédois, tout était neuf en effet.Notre Pin blanc, nos Epinettes, notre Peuplier liard, nos splendides Erables leur apparaissaient comme de sauvages enfants de ce pays nouveau.Et la féérie étourdissante du printemps! C’est en effet l’une des caractéristiques de la flore laurentienne que la beauté et l’abondance des fleurs du sous-bois dès le premier réveil de la sève, quand les labours sont encore durs et les herbes des champs encore pincées par les gelées nocturnes.Je m’imagine l’étonnement de ces observateurs attentifs d’autrefois en voyant pointer l’étrange feuille tigrée de l’Erythrone dont la clochette d’or règne pendant un mois d’un bout du continent à l’autre.Puis ce furent nos admirables Trilles qui déroulèrent leurs gros bourgeons où se tapit une fleur si originalement jolie, ondulée et lavée de rose, ou bien rouge sombre, ou bien très grande et très blanche.Celle-là est superbe, et, sans doute pour narguer les humains, rosit avec l’âge.Tout récemment, René Bazin, l’éminent académicien, contant ses impressions canadiennes, écrivait: “Non, je n’ai jamais vu ces trois pétales charnus, pointus, d’un blanc parfait, ouverts à l’extrémité d’une tige fine et haute d’un pied” (1) Le plus novice des herborisants a reconnu tout de suite notre Trille à grandes fleurs (Trillium grandiflorum Salisb.) Puis parurent les fleurs-mocassins, les Cypripèdes, caprices du monde végétal, et l’énigme de la plante-cruche de nos savanes que Sarrazin envoya à Linnée et que celui-ci nomma en son honneur, Sarracénie (Sarracenia).Le Cornouiller du Canada était un indigène non moins remarquable.Sous l’ombre dense des forêts de cèdres, la collerette blanche de ses bractées florales, piquetait l’immense étendue de mousses opulentes jetées comme un suaire sur les peuples d’arbres morts.Je ne crois pas qu’aucune des fleurettes qui frappèrent les regards de nos pionniers ait complètement disparu, bien que certaines, le ginseng, pour une, soient devenues fort rares.Mais il est évident que trois siècles de défrichement ont fait reculer les chercheuses d’ombre et de fraîcheur, et qu’un siècle de commerce et de chemins de fer, a fait entrer en lice, avec des succès divers, de nouvelles venues, bien armées pour la concurrence vitale.(1) René Bazin, Nord-Sud, p.59. — 90 — Ces éléments nouveaux n’ont guère ajouté à la beauté de notre flore, pas plus que les gens dits “pratiques” n’ajoutent au capital esthétique d’une race et d’une culture.Je crois juste cependant de faire une exception pour le Jonc Fleuri (Butomus umbellatus L.) qui s’introduisit aux environs de Montréal à la barbe des botanistes il y a une vingtaine d’années peut-être, et qui déjà, d’Ottawa aux Trois-Rivières, égaie les rivages du Saint-Laurent et de ses tributaires, du rose tendre de ses innombrables ombelles, comme pour nous reposer du vert par trop monotone des Laiches, des Scirpes, des Zizanies et des Rubaniers.Après avoir vanté la luxuriance de notre printemps, je suis un peu embarrassé pour exprimer la beauté et la puissance de notre flore automnale.Et cependant, la passer sous silence serait comme si, ayant à louer un chanteur, on négligeait de parler de sa voix! Quand la plupart des plantes emploient déjà leur force vitale à mûrir leur fruit, les Composées, jusque-là dissimulées dans la verdure ambiante, se mettent tout-à-coup à fleurir.Et l’on voit alors la multitude de nos Verges d’Or, rutiler sous le ciel d’été.La Verge d’Or canadienne envahit bravement tout ce que, dans les champs la charrue oublie de toucher: lisières des bois et des taillis, pourtour des tas de pierres, talus des fossés.Au même moment la Verge d’Or rugueuse peuple les coins humides des bois et les bords des ruisseaux; la Verge d’Or des bois, malgré son nom, dresse dans les prés secs ses tiges rigides et pauvrement feuillées cependant que la Verge d’Or bleuâtre et la Verge d’Or raboteuse grimpent les pentes des montagnes, laissant à la Verge d’Or des vases le royaume des tourbières, et à la Verge d’Or toujours verte les rivages de l’Océan.Mais ce sont surtout les Astères qui couronnent et fleurissent la sérénité de notre automne canadien.Légions innombrables que l’on ne voit point venir et qui surgissent quand l’or des Verges s’en-cottonne et pâlit! Elles sont partout, les Astères, dans les prés, dans les bois, au bord des eaux.Pas de coin désolé qu’elles n’embellissent, pas de roc aride dont elles ne couvrent la nudité.Et il y en a pour tous les goûts depuis l’aristocratique Astère de la Nouvelle-Angleterre, violet et or.jusqu’à la traînante Astère multiflore qui couvre ses longs bras d’une myriade de minuscules étoiles.Du sol de nos forêts jaillissent à chaque pas l’Astère cor-difoliée et l’Astère à grandes feuilles portant toilette d’azur pâle et sur lesquelles pleuvent pendant des jours et des semaines — 91 l’or et la pourpre de nos Erables coquettes qui — vous le savez —-se mettent en beauté pour mourir.Et je ne crains pas de dire que cet ensemble, merveilleux de forme et de couleur, n’est surpassé en aucun pays du monde.Pourquoi donc, poètes et peintres, aller chercher si loin vos modèles et votre inspiration ?Faites donc tout simplement connaissance avec la nature de chez nous et donnez-nous donc au plus tôt, un art vraiment national.Fr.Marie-Victorin, Collège de Longueuil, des E.C.P.o.EN ATTENDANT Gentil boudoir, tableaux que j’aime, Je vous revois, toujours le même, Après les mois d’un long hiver.Ce cher divan! j’y vais m’étendre, C’est un ami fait pour m’attendre.Là, sur la table au tapis vert, Mes rimes dans l’album ouvert.La mandoline! Un gant de femme.Ce rosier nain qui me réclame.Un ruban.qui peut me lier.Doux souvenirs, venez en foule.Mais, cependant, l’heure s’écoule.Non! je ne suis point oublié: Un pas qui descend l’escalier.Benjamin SULTE.VERS L’OASIS Sur la terre blanche de givre, Combien d’âmes hautes ont froid Dans leur solitude qui croît! Elles ne demandaient qu’à vivre, Et leur prière allait tout droit Vers un idéal qui délivre. — 92 — Elles n’ont plus que le Passé, Plein de regrets et de tristesses; Et la coupe des petitesses, Dans le bagne vide et glacé, Epanche en elles ses détresses Comme un calice renversé.Elles poursuivent dans le rêve Une paix qui devait venir; Mais sans jamais pouvoir tenir La vision trompeuse et brève, Voient leur illusion finir Dans le nuage qui s’élève.Elles clament vers l’inconnu Pour élaguer la destinée, Mais la science n’est pas née Qui dit pourquoi le fil ténu Retient pendant une journée La vie au corps fragile et nu.L’amour, dans ces âmes hautaines, Espère en l’unique Beauté; Mais son aveuglante clarté Vient de régions si lointaines Qu’elle frappe de cécité Les aspirations humaines.Leur angoisse ne se plaint pas, Mais la Douleur les rend plus fières; Sur le chemin creusé d’ornières Elles ont seules, pas à pas, Cachant les blessures altières Dont elles se meurent tout bas.Puis quand elles sentent près d’elles Passer le flot mystérieux Grossi de larmes et d’adieux.Elles vont aux ères nouvelles, Déployant au jour radieux Tous leurs désirs, comme des ailes.Ottawa.Jules Tremblay. — 93 REMINISCENCES LITTERAIRES Parlons des écrivains de langue française du Canada, avant et après la confédération.C’est l’époque de mes débuts et ces temps me sont chers, comme tout ce qui rappelle la jeunesse.Voyons d’abord où en était notre littérature avant 1860, afin de nous reconnaître un peu dans ce passé déjà lointain.Mettant de côté le journal “politique, commercial, littéraire et d’annonces,” ainsi que les brochures de tous genres mais non littéraires qui ont paru de 1764 à 1820, nous n’avons guère de choses à mentionner.Passons.I La revue de Michel Bibaud, Bibliothèque canadienne, fondée en 1825, à Montréal, était un mélange bien choisi d’histoire, sciences, littérature, propre à ouvrir les yeux à nos compatriotes, leur faire entrevoir des idées nouvelles, en un mot commencer leur éducation littéraire et intellectuelle en général.Elle dura jusqu’à 1830, formant neuf volumes dont on pourrait tirer à présent une collection de curiosités pour faire comprendre en quoi cette publication pouvait avoir de la valeur à la date où elle circulait.De 1830 à 1831, Bibaud donna L’Observateur, composant deux volumes du même genre; puis, en 1832, le Magasin du Bas-Canada, deux volumes, suite des onze précédents.Il y distribuait par tranches son Histoire du Canada qui parut plus tard en volumes.Tout cela était du neuf.Il s’y formait des collaborateurs, tous engourdis dans un style arriéré pour la France d’alors, mais fort acceptables parmi nous: le bégaiement d’une école littéraire coloniale et rien de plus, mais chaude de patriotisme et assez travailleuse pour le temps.Cinq ou six publications éphémères virent le jour à Québec et à Montréal, de 1833 à 1838.Le Coin du Feu s’imprimait à Québec, de 1839 à 1841, non sans valeur, mais toutes ces éditions s’alimentaient de coupures empruntées à la France.C’était mieux que rien du tout, en attendant.De 1845 à 1847, la Revue Canadienne, de Montréal, fournit trois volumes intéressants et deux autres sous le titre d’Album.De nouveaux écrivains y figurent, plus souples, moins hésitants que les anciens.Il y avait progrès. / — 94 — La Ruche Littéraire, Montréal, 1853-1859, fit sensation, comparée aux revues antérieures, parce qu’elle donnait des romans où il y avait des choses canadiennes plus ou moins bien ajustées.Elle fit beaucoup pour développer le goût de la lecture dans notre population.En même temps le Canadien, le Courrier du Canada, le Journal de l’Instruction Publique, s’élevaient au-dessus des gazettes ordinaires en ouvrant leurs colonnes à des sujets d’étude en dehors de la politique et des nouvelles du jour.Il faut citer aussi l’Echo du cabinet de lecture, Montréal, qui a atteint quinze volumes bien faits et très répandus en leur temps.Le Répertoire National, en quatre volumes, est de 1848.On y trouve rassemblé à peu près tout ce que nous avons produit de meilleur jusqu’à cette date.Il a sauvé de l’oubli les premiers travaux de nos auteurs, qui, malgré tout, sont restés inconnus pour la plupart, car ces amateurs sans vanité aucune ne signaient pas toujours de leurs vrais noms.II De 1850 à 1860, avec une classe littéraire, mieux soignée, embrassant plus de sujets, se forme et ouvre une ère nouvelle.On rencontre Chauveau, l’abbé Eerland, Parent, Taché, Fabre, l’abbé Faillon, Lemoine, l’abbé Provancher, Crémazie, Stevens, Chevalier, et Joseph Lenoir, dont on annonce les “Poèmes Epars” comme devant paraître très prochainement vers le quinze avril.Cette période montre que l’élan était donné vers le goût des études et aussi l’art de bien dire.Les journaux subissaient cette influence et faisaient connaître nombre de compositions littéraires empruntées à la France et à des Canadiens, qui se répandaient de plus en plus en activant le désir de la lecture.La guerre de Crimée mettant Napoléon III sur un pied d’alliance avec la reine Victoria, il s’en suivit la visite de la Capricieuse au Canada, la nomination d’un consul français à Québec, et l’arrivée parmi nous de divers agents de livres qui s’en retournèrent après avoir établi des branches de leur négoce un peu partout.C’est la lecture de l’Histoire de Garneau qui avait induit l’empereur à tourner les yeux vers le Saint-Laurent; je tiens ce fait de M.Gauldrée-Boileau, le consul.Les livres de France ont prodigieusement aidé, vers 1860, à améliorer notre langue littéraire car elle était restée molle, vague dans l’expression, se traînant, lourde comme du plomb, gauche et — 95 verbeuse.On commença à y mettre de la clarté—je dirai même que ceci remonte avant 1850, mais ce n’était pas autant compris et admiré qu’après 1857 ou environ cette date, lorsque les ouvrages de Thiers, Lamartine et Veuillot amenèrent comme une soudaine réforme chez tous nos écrivains, jeunes et vieux.Le style allait naître chez nous; quelque chose de l’artiste s’introduisait dans les plumes; on voulait faire beau, tandis que, jusque là, on s’était contenté de vouloir faire bien.Aussi, lorsque les gens de la génération de 1860 disaient que nous avons commencé à écrire avec adresse en 1860, les hommes de 1840 et 1850 se rebiffaient, réclamant le mérite d’avoir imprimé le branle à la bonne littérature.J’enrégistre ici le protêt de ces derniers parce qu’ils sont morts et parce qu’ils avaient raison de soutenir leur cause.On peut dire que, de 1825 à 1850.la littérature canadienne parla comme un enfant, faute de modèles, faute d’exercice et d’expérience acquise, faute aussi de calme pour se livrer aux études nécessaires à cette profession.C’était l’époque des grandes luttes pour la liberté politique.Toute l’attention se portait sur cette nécessité première.Nos écrivains n’avaient pas le temps de polir les phrases ou plutôt d’apprendre à les construire et livrer à point, pas même le temps de chercher le mot juste, ce qui, d’ailleurs, n’était pas trop dans leurs habitudes.Allant du train des journalistes, ils gardaient les défauts de ce métier.Telle que venait la pensée ils la lançaient; le public n’en demandait pas davantage; les coups portaient tout de même.Avec 1850 la situation change, car les grandes questions d’ordre public étant résolues, les esprits se trouvaient moins agités et l’on se porta vers la réflexion.Il devint urgent pour chacun de peser ses paroles, de songer à écrire dans un style plus agréable que celui de la polémique à tout casser.Des champs encore inexposés s’offraient aux amateurs.On commença à les parcourir.La vieille langue du XVIIe siècle nous était restée, mais on la parlait sans soin et on l’écrivait avec une grande négligence; il fallait la relever, lui infuser le sang vigoureux que les réformes littéraires de la France avaient produit au cours d’un long siècle écoulé depuis notre séparation d’avec l’ancienne mère-patrie.C’est alors qu’une douzaine de nos hommes les mieux doués et les plus courageux se mirent à cultiver réellement les belles lettres avec l’espoir de fonder une littérature canadienne.Ils y réussirent, au moins dans la partie de la fondation. — 96 — C’est merveille aussi de voir avec quel enthousiasme leurs efforts furent secondés par l’approbation du public.Voilà une bonne note pour l’intelligence des Canadiens.Ceux-ci se rendaient compte, instinctivement, de la noblesse de ce nouvel engin—la plume qui propage l’instruction.En moins de dix années, des sujets d’étude qui n’avaient jamais été abordés parmi nous furent traités copieusement à la grande satisfaction des lecteurs.La langue se perfectionna, et les auteurs, faisant de mieux en mieux, la masse de ceux qui les lisaient manifestait son admiration, ou plutôt sa surprise, plus vivement qu’on ne le fait aujourd’hui.Il est à-propos de dire que notre peuple a toujours aimé la lecture depuis qu’il en a la permission.Oui, l’admiration, c’était le clair revenu des pionniers dans les lettres.Amateurs ils étaient, sans rechercher la monnaie courante et ils ne travaillaient point pour la gloire, mais pour la patrie.Leur petite compagnie, dont le public savait les noms, se faisait place à la manière d’un corps organisé qui entreprend quelque chose de nouveau.Désormais, les chefs de la politique n’étaient plus les seuls en vue, ni les seuls populaires.Les jeunes aspiraient à la renommée des lettres; ces intellectuels se dessinaient sur la te-bleau national à côté des anciens qui les accueillaient avec affection.Il faut voir qui étaient ces messieurs sur lesquels nos regards s’attachent en 1860, à l’aurore d’une autre période de dix ans qui va surtout appartenir aux jeunes:— Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, le plus aimable homme du monde, soigné dans sa personne et dans son style d’écrivain, ami des étudiants travailleurs, très convaincu que nous possédions les éléments d’une bonne littérature et les talents qu’elle exige, en attendant le génie.L’abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland, bon comme du pain, s’occupa de notre histoire et fut un professeur accompli.Etienne Parent, journaliste de première force, penseur, conseiller excellent, conférencier, lançant des mots qui portaient.Joseph-Charles Taché, patriote avant tout, sarcastique, plume facile, savant, attentif au mot juste, n’épargnant personne.Hector Fabre, délicat, plein d’esprit, écrivant avec une merveilleuse facilité et grand peintre de ridicules.L’abbé Etienne Michel Faillon, enfoncé dans les mystères des premiers temps de la colonie, historien, langue claire, abondance de renseignements. — 97 — J.M.LeMoine, fouillant le vieux Québec et ramenant au monde des personnages disparus depuis longtemps.L’abbé Léon Provancher, ornithologiste, botaniste, pionnier en ce genre d’étude et très renseigné.Octave Crémazie, la magie du vers, grand liseur, fier de sa race, roulant des idées les unes sur les autres et flottant comme un poète Paul Stevens, professeur, composant des fables et de la prose.Emile Chevalier, des romans très alertes.Grande vogue.Telle était la pléiade.Je ne parle pas de Garneau qui est à part et forme une école à lui seul.Les douze apôtres des lettres énumérés plus haut sont décédés.Je les ai tous connus.III Il est admis que la plus belle floraison des écrivains de langue française en Canada est celle de 1860 à 1870.On en compte plus de quarante durant ces dix années, s’appliquant à des études très variées, parmi lesquelles l’histoire tient le premier rang; ensuite viennent les biographies, les monographies sur toutes sortes de sujets enfin la poésie et le roman.La littérature de fantaisie devint à la mode.On eut une fièvre de conférences.N’oublions pas les travaux sur le droit, la philologie, l’instruction publique, l’agriculture, la colonisation, les sciences en général, la généalogie, les voyages, le théâtre—le tout formant une bibliothèque bien canadienne.Les livres canadiens n’étaient pas nombreux avant 1860.Nous avions l’Histoire du Canada de Joseph-François Perrault, 1831-1836.Les revues de Bibaud, son volume de vers 1830; aussi son Histoire du Canada, 1833.L’Histoire du Canada de F.-X.Garneau, 1845.Le Répertoire National 1848.Charles Guérin roman, par Chauveau, 1853.Les revues déjà mentionnées et encore très répandues à cette époque.Mais après 1860, les livres se mirent à paraître plus fréquemment, les revues devinrent mieux conduites, plus importantes, une jeunesse studieuse apparut sur tous les points de la province apportant à la presse une abondance de contributions mieux étudiées, plus correctement écrites, en général, que celles d’autrefois.J’ai déjà dit que le penchant des Canadiens pour la lecture s’était manifesté dès le début de l’imprimerie, et à mesure que les feuilles volantes, les brochures, les livres se multipliaient, le cercle — 98 — des lecteurs devenait plus grand, ce qui prouve que notre peuple n’était pas revêche aux choses de l’esprit.Avec l’élan de 1860 à 1870 ce développement se continua et c’est bien parce que le nombre des lecteurs augmentait si vite que la littérature alla de progrès en progrès.Il y avait dans l’air un souffle inspirateur qui remuait le peuple et fit éclore partout des écrivains attentifs à satisfaire les désirs d’une génération plus avancée, aussi plus difficile dans ses goûts que celles de l’ancien temps.De trois mois en cinq mois, durant une dizaine d’années, on vit apparaître une nouvelle plume qui stimulait l’ardeur du public public et faisait appel aux talents inconnus.On en vint bientôt à discuter journellement sur les articles de littérature qui se publiaient et les livres mis en vente depuis la veille.Cela ne s’était jamais vu en Canada.Je dis Canada puisque la population anglaise, ou des provinces maritimes ou du présent Ontario ne pouvait montrer rien de pareil.Nos amateurs, travaillant pour la patrie, sans rémunération, étaient en voie de prouver que, dans les lettres, comme toujours aussi dans la politique, notre rôle se plaçait au premier rang.La poésie fugitive, peu avancée jusqu’à Crémazie, devenait mieux comprise et promettait tout ce qu’elle a tenu.L’Histoire, mise en honneur par Garneau, ouvrit ses trésors aux chercheurs.Mille sujets nouveaux surgissaient pour nourrir l’esprit et battre en brèche ce qui restait de l’indifférence du passé.Voici des noms qui formeraient un long chapitre si l’on disait ce que chacun d’eux représente en particulier: Barnard, Bédard, de Beliefeuille, Bibaud jeune, Bois.Boucher, Boucherville, Bourassa, Buics, Casgrain, Cuoq, de Gaspé, Daniel, Dansereau, Darveau, Drapeau, Dunn, Faucher, Fiset, Fréchette, Gagnon, Gérin-Lajoie, Gélinas, Genand, Gingras, Labelle, Larue, Laverdière, Leclerc, Legendre, Le May, Marchand, Marmette, Maurault, Montigny, Pilote, Provencher, Prud’homme, Renault, Royal, Tanguay, Tassé, Trudel, Turcotte (1).De ce nombre, cinq sont encore vivants: de Bellefeuille, Bourassa, Dansereau, Le May, Prud’homme.Les revues marquantes de la période se bornent à trois ou quatre, mais leur qualités compensent ce chiffre restreint, d’ailleurs, la population française ne dépassait guère un demi million d’âmes.(I) Note de la rédaction.—Entre Royal et Tanguay il y a place pour le nom de l’auteur qui s’oublie bien qu’il puisse sans crainte d’exagération dire : Quorum pars ego magna fui.Mr.Suite a fourni une oeuvre très volumineuse.La simple nomenclature des livres, brochures, articles fournis aux revues et journeaux, couvrirait cent pages du Pays Laurentien. — 99 — Les Soirées Canadiennes, 1861, Québec.Ce fut un événement et les cinq volumes de la série, jusqu’à 1865, sont restés comme matière à lire pour tous ceux qui s’intéressent aux travaux intellectuels.Le Foyer Canadien,de Québec, dura de 1863 à 1866, avec non moins de succès, mais ces deux précieuses publications, mal administrées, tombèrent en dépit de l’encouragement du public.Le Journal de l’Instruction, tout officiel qu’il était, avait pris, entre les mains de M.Chauveau, la forme d’une revue littéraire très appréciée.Le premier numéro de la Revue Canadienne, Montréal, 1864, fut aussi un événement dans notre petit monde.Elle traite de tout.D’un propriétaire à l’autre, nous la voyons, depuis un demi-siècle, se maintenir et augmenter constamment notre bibliothèque où se voit aujourd’hui un si grand nombre de livres que j’en ai perdu le compte.L’Opinion Publique,va de 1870 à 1883, et c’est une publication littéraire, même scientifique, en dépit de son titre qui lui donne l’apparence d’un organe de parti.Ses illustrations sont remarquables pour l’époque où elles parurent.Au cours des années 1860 à 1870, il y eut des journaux lit-raires dans lesquels nos meilleures plumes ont fait paraître des articles dont la plupart ont ensuite pris la forme du livre.IV En proportion du nombre des canadiens-français dans la province de Québec, l’encouragement qu’ils ont donné aux choses de la littérature est plus que satisfaisant si l’on parcourt d’un coup d’œil l’ensemble du dix-neuvième siècle et je ne vois pas que l’on puisse y placer le reproche d’indifférence dont on parle quelque peu trop aujourd’hui.Je crois que l’œuvre si bien commencée toujours en se développant, mais les périodes de ralentissements sont inévitables, on doit s’y attendre.Ce qui a été si bien compris dans le passé ne sera pas méconnu dans l’avenir.Notre bibliothèque nationale est abondante et de sujets tous canadiens.Elle ferait tomber en extase Perrault, Crémazie Bibaud, Chauveau, Taché, Parent, Crémazie et tous les anciens, s’ils revenaient aux monde.Nous avons même des auteurs que l’on ne lit plus, tant les nouveaux ont assumé de l’importance.Les débuts sont déjà dans le lointain, et c’est tellement le cas que le — 100 présent article sera une révélation pour la foule de lecteurs.La littérature anglaise de ce pays est d’hier.La nôtre remonte à trois quarts de siècle au moins.En 1882, lors de la fondation de la Société Royale, nous étions tellement “les anciens ’ que notre section prit le No.1 sans un mot d’explication — les membres de langue anglaise se regardant comme appartenant surtout à la branche scientifique.Bon nombre d’ouvrages de notre production s’impriment avec goût et les autres ont généralement une apparence assez soignée.Les éditions dépassent rarement mille exemplaires et elles sont vendues assez promptement, de sorte qu’il est impossible de les trouver en magasin après un certain temps.Ce n’est pas encore une industrie payante, du moins pour les auteurs.Amateurs nous sommes, ainsi que l’étaient nos devanciers.Nous écrivons pour la patrie.Quant à ce qui est du caractère de notre littérature, il me paraît qu’elle est avant tout adonnée à l’histoire du Canada; en second lieu aux ressources du pays; en troisième ordre à la poésie fugitive.Cette dernière compte de nombreux adeptes à présent, mais, en ce genre, les productions de la France nous écrasent, tandis que pour parler de nos richesses peu connues et des événements historiques qui nous concernent, nous avons table rase, nous ne craignons personne et même nous n’imitons personne puisque “les autres’’ ne connaissent rien de tout cela.V L’art de bien dire en vers n’est pas encore introduit parmi nous et ne le sera point tant, que la bonne conversation n’y aura sa place marquée.Il faut savoir causer pour écrire dans un langage harmonieux.De plus, le vocabulaire reste pauvre chez ceux qui n’ont pour tout propos que les bagatelles de la porte.Le terre-à-terre des lieux communs n’est pas une école favorable.Les grâces du langage ne s’apprennent que dans une société qui connaît, aime, cultive les lettres et s’énonce avec art dans tout ce qu’elle dit.Le vide est là, je le signale.Le mérite d’une pièce de vers consiste dans la pensée qu’elle exprime.Ensuite on considère si l’expression est digne de la pensée, en supposant que celle-ci ait de la valeur.Donc il faut commencer par acquérir la matière solide.Un vrai poète doit être millionnaire d’idées.Ce que l’on conçoit bien se dit facilement. — 101 Le talent ne nous manque pas, mais il y a disette de pensée et pauvreté de langage dans nos vers.Alors, on imite.C’est maigre.' Prendre la substance d’un bon écrivain français et la remanier à la canadienne, c’est du pastichage.Plus! on prend un sujet de chanson et on le transforme en sonnet! Tapisserie des Gobelins vue par l’envers.En prose, il y a des Canadiens aujourd’hui qui se servent d’une langue châtiée, vivante, claire d’expression, cependant tous ont un vocabulaire assez restreint quand on les compare aux Français.La prose est la langue de l’histoire et comme nos meilleures qualités d’écrivain sont de cet ordre il s’ensuit que l’histoire chez nous prime les autres classes de production.L’impossibilité d’emprunter à la France sur ce chapitre donne une originalité particulière à nos écrits historiques.Nous sommes contrains de tirer tout de nous-même et de traiter ces questions nouvelles sous des formes que nous inventons et, par conséquent, c’est dans ce travail que nous valons quelque chose.Nous n’avons pas de critique, sauf certains cas d’exception.On ne saurait prendre au sérieux les éloges de la camaraderie ou le dénigrement de l’esprit de faction.VI Eh bien! c’est dans ce milieu que nous vivons, tous amateurs non rétribués mais faisant contre fortune bon cœur II y a cinquante ans, nous étions pleins d’ardeur, de beaux projets, d’illusions, de courage, de patriotisme et les anciens, encore sur la brèche, nous stimulaient par leur exemple, leur parole, que dis-je! leur admiration, car ils se sentaient revivre en nous.Ils disaient: “l’avenir est à vous.’’ Ce n’était qu’un “présent’’ qui devait s’éterniser, mais, si nous sommes restés tournant sur place, la littérature a bien changé et elle a fait du chemin—c’est le principal.Je ne pense jamais à ces jours d’autrefois sans un tressaillement de bonheur et les émotions des débuts reviennent avec une persistance étrange à la moindre occasion.Comment vous faire ressentir l’apparition des strophes de Crémazie en J.855 ou la surpx'ise causée, en 1863 par le recueil de poésies de Fréchette, ou l’attendrissement que chacun éprouva à la lecture de Jacques et Marie de Napoléon Bourassa! Il y avait de la fierté nationale, au fond des âmes en pensant que la poésie devenait une fleur canadienne et que l’on pouvait faire des — 102 — romans avec notre histoire.Le triomphe de chacun de nous était regardé comme un succès de famille.Comme il est loin ce temps de la jeunesse où nos amitiés étaient toutes entières dans l’échange et la communication réciproque de nos ambitions littéraires1 D’autres, probablement, sont dans la même situation aujourd’hui, mais ils sont arrivés après nous et n’ont pas vu se lever l’aurore du grand jour qui nous éclaire tous sans distinction.Il me semble maintenant qu’il y a de l’ancêtre en moi, vu que notre groupe ne descendait à peu près de personne, car, mêlés à nos rares prédécesseurs qui tenaient encore la plume à côté de nous, nous ne voyions presque rien en arrière—et l’avenir s’annonçait radieux.L’invocation de ces souvenirs est un rêve enchanteur de plus en plus intense à mesure que les années s’écoulent.Je revois nos écrits flamboyants (pour nous) et il me semble que je suis entouré de tous les disparus, mes compagnons de travail, de rêveries, la plupart prosateurs mais tous poètes et le cœur chaud.En ce temps-là, nous ne pouvions pas deviner comment les circonstances modifieraient nos projets, ni savoir quelle œuvre chacun de nous accomplirait.Maintenant que tout est fait et fini que “chaque astre a décrit son orbite”, je reste l’un des derniers dans le champ du travail et je contemple avec joie l’abondante récolte que nos semences ont produite.VII Le Canada français a-t-il une littérature nationale ?Les uns répondent oui, les autres non—je dis oui, mais cela ne comprend pas tout ce que nos gens écrivent ou impriment.Il faut savoir faire un triage.Chaque fois qu’une inspiration est canadienne et ne saurait se confondre avec un ouvrage de France nous faisons œuvre originale.La littérature belge est loin d’être autant qu’on le dit une imitation de celle de la France.Ce qui est tout-à-fait belge appartient à la Belgique.Ce qui est absolument canadien est la propriété du Canada.En Belgique comme ici on est français de langue, mais il y a autre chose à y voir.La Suisse française est dans même cas, et jusqu’à Saint-Domingue dont on peut invoquer l’exemple.Jersey aussi.Sachant bien que, dans ces pays divers, on écrit en langue française, chacun semble porté à croire que ce sont autant de fabriques de “copiage”, si le mot est accepté, mais les connaisseurs en 103 — savent plus long et ils se réjouissent de l’emploi que nous savons faire de la langue maîtresse de France pour exprimer des choses propres à notre milieu.Donc, ces hommes instruits admettent que nous possédons une littérature.Jean Rivard est la photographie de notre colon-défricheur.Allez en France chercher ce type.Les Anciens Canadiens n’ont rien emprunté au reste du monde.Forestiers et Voyageurs ne viennent ni de Bourgogne ni du Bordelais.Le Drapeau de Carillon m’a l’air plus canadien que toutes les chansons de France réunies.Les Voyages de Franchère ne viennent aucunement du Daupliné.Les livres de Laterrière, père et fils, ne respirent que le sentiment canadien.Jacques et Marie seraient du flambant neuf si on introduisait ce roman en France.Le Mississipi de Fréchette et nombre de pièces de lui et de Le May n’ont rien a faire avec la Loire ou les pâturages de la Provence.Garneau, Bibaud, Perrault, Ferland, Bédard, Turcotte, Faillon, Gagnon, Tassé, Casgrain, Richard, Decelles, Doutre, Roy, Myrand, Routhier, Chapais, David, Rouillard, Gérin, Lemieux, Lareau, Montpetit, Paquet, Rivard, Prud’homme, Poirier, Gosselin, pour les citer pêle-mêle, et tant d’autres qui ont écrit sur notre histoire, sont de toute originalité.Va-t-on nier l’existence de cette bibliothèque pour s’amuser à dire que nous copions Pierre, Jacques ou Jean ?Laissez dans leur insignifiance les productions qui ne méritent pas l’honneur d’appartenir à la veine nationale—et encore! je dirai que celles-ci ont contribué à répondre le goût des lettres—c’est quelque chose.Parfois, un sujet se présente qui est tout-à-fait du terroir, mais l’écrivain le traite à la française et alors sa littérature est de l’imitation.On voit cela surtout dans la poésie.Je veux bien admettre que, pesés au quintal, nos écrits sont, en majorité, de provenance exotique, mais à quoi bon s’occuper de ces compositions d’écolier ?Je m’en tiens à la bonne substance, celle qui est de nous et qui nous restera.Oui, nous avons une littérature, aveugle qui la nie. — 104 — Nous sommes entraînés, à cause de la langue, à prendre le moule français et souvent les idées; à imiter, pasticher, adopter, copier, mais un esprit créateur ne se laisse point séduire par tel ou tel genre ou manière d’être qui, après tout, ne nous avance à rien.Nous ne sommes pas aussi singes qu’on veut bien le dire.Quand même nous aurions dans l’ensemble dix pour cent de ces plagiaires sans malice.la France regorge de ceux-là, qui, trouvent plus commode de marcher dans un sentier battu que de se frayer un chemin dans la brousse.Jusqu’à Fenimore Cooper qui s’est cru obligé d’imiter les auteurs anglais parce qu’il écrivait en anglais, et, s’il n’avait pas emprunté sa matière à nos coureurs de bois— sans l’avouer—ses romans ne vaudraient pas le sou.VIII Pour savoir si nous avons une littérature à nous, il n’est pas besoin de le demander aux Français qui passent en courant à travers l’Amérique.Nous sommes mieux que les étrangers en état de juger la question.Ce qui est de nous est à nous—c’est le contraire du mot d’Horace.Pour un petit peuple, qui entre à peine dans le cercle des nations, ce que nous avons fait est déjà très beau et promet davantage.Ht qui donc n’a pas commencé par l’imitation ?Les Latins ont imité les Grecs.Les Français ont imité les Latins et les Grecs.Corneille, Racine sont tellement copistes que l’on peut les confondre avec l’antiquité.Il n’y a pas plus de cent ans que la littérature de France est française.Au Canada ne nous prendrons pas deux mille ans pour devenir nous-mêmes, soyez-en certain! Nous avons quelques pièces de théâtre arrangées dans le ton parisien ou charpentées à la Dumas, par exemple, mais le fond est canadien.Avec de la bonne étoffe du pays on a fait un habillement selon la mode étrangère, faute de connaître le métier, et en attendant un génie créateur capable d’utiliser les matériaux canadiens sous une forme canadienne.Il se dégagera un jour de ces tentatives infructueuses mais non pas désagréables, une facture appropriée et l’instinct de l’imitation disparaîtra.Ceux qui se trompent de route, par suite de leur faiblesse naturelle n’en font pas moins un travail avantageux, car ils préparent le public au goût des choses de l’esprit.C’est de cette manière que, depuis soixante ou quatre-vingts ans, nous avons acquis, ce que nous savons, et, en vérité, ce progrès est remarquable. — 105 — Ceux qui font des phrases sans mettre des idées dans leurs vers préparent le terrain pour une future génération de poètes qui penseront et qui sauront écrire parce que leurs aînés auront rendu la plume plus maniable.Un jour, nous regarderons dans notre voisinage, comme ont fait les Français après la grande querelle des “Anciens et des Modernes’’ et nous y découvrirons, comme eux, des richesses ignorées.Qu’importe que notre langue soit tirée de l’Europe, du moment où notre domaine d’observation est purement canadien.* Sous prétexte que nous écrivons en français, il ne faut pas nous regarder comme une queue ou un débris de la littérature française.Il ne s’agit point de coucher des lignes de mots sur le papier, cela est un simple exercice pour arriver à faire mieux.Nous sommes passablement avancés sous ce rapport.Viendront les écrivains savants, les penseurs, qui ramasseront autour d’eux tout ce que nous n’y voyons pas encore.Qu’ont fait les Américains plus que nous ?A venir jusque vers 1850 qu’ont-ils produit ?On leur reproche, même à présent, de n’avoir point de littérature.Cela vient de ce que, écrivant en anglais, ils sont les esclaves de leur ancienne mère-patrie en tout ce qui concerne les lettres.Chez eux, on voit, cinq ou six brillantes exceptions, puis tout le reste est pasticheur.Si les Canadiens ne tournent point à l’indifférence en matière de littérature, si les lecteurs parmi eux se maintiennent au chiffre du passé et du présent proportionnellement à la masse, tout ira bien et, en attendant qu’il naisse des chef-d’œuvres, on verra se continuer le travail actuel, qui n’est pas sans mérite, tout humble qu’il soit.Voyez donc, en France aujourd’hui, en Angleterre, sur cent livres qui paraissent il y en a un ou deux qui font une marque durable, parce que les créateurs sont toujours rares.Chez nous aussi ils sont rares mais, après tout ce n’est pas pire qu’en Europe ou aux Etats-Unis.Je ne parle pas d’Ontario où rien n’est encore national dans la littérature, sauf un commencement d’étude de l’histoire de cette province qui se dessine de place en place, ces années dernières.Les Canadiens ont intérêt à encourager la littérature puisqu’il ne s’est rien fait de grand ou d’utile, dans le monde sans le concours des écrivains.L’inspiration part de la foule et aussi du cerveau des penseurs plus éminents que le commun des mortels, mais elle est industrielle, éparpillée, insaisissable comme l’eau à la main, — 106 c’est l’homme de la plume qui l’arrête, la fixe, lui donne de la valeur en la concentrant et c’est lui qui la rend praticable.Alors que tout marche autour de nous, n’allons pas être assez étourdis pour nous endormir dans l’indifférence.Quoi! si nous n’avions pas eu d’écrivains, nous ne saurions même pas ce qu’étaient nos ancêtres! Benjamin SULTE CANADIENS, PARLONS FRANÇAIS î Mr.Pierre Héribert, Directeur du “Pays Laurentien’’.Cher Ami, Les lecteurs du “Pays Laurentien” ont eu le plaisir de lire, dans le numéro de mars, votre intéressant article intitulé Paulo majora canamus, dans lequel vous faites un énergique appel à tous les Canadiens-Français à protéger et à sauvegarder les droits de notre langue menacés dans la province d’Ontario et ailleurs.Vous avez raison, Monsieur le Directeur, de blâmer “cette majorité sotte qui ne comprend pas même ses propres intérêts;’’ mais, ne croyez-vous pas que le reproche serait tout aussi juste s’adressant à certains Canadiens-Français qui, sous prétexte de montrer leur capacité en matière de linguistique ou pour toute autre cause plus ou moins futile, négligent d’enseigner ou de parler cette belle langue française qui est le plus habile interprête de l’esprit et de la pensée humaine ?” Si, “douze cents délégués vont, à l’heure troublée où nous sommes, délibérer sur les moyens à prendre pour protéger nos droits”, n’est-ce pas un peu parce qu’une grande partie de nos Canadiens d’Ontario n’ont pas su faire respecter ces mêmes droits ?Vous allez penser peut-être que j’excuse ou que je protège la majorité adversaire; il n’en est rien.Je sais trop bien qu’elle cherche par tous les moyens possibles à nous écraser et à faire du Canada un pays essentiellement de langue anglaise.(Plaise à Dieu qu’elle n’y réussisse jamais.) Ce que je veux ici, c’est démontrer que nous n’avons pas déployé l’énergie suffisante pour assurer le respect ou la noble revendication des “droits acquis de la langue française”.Que servirait à nos poètes de “tracer d’immortelles chansons” si nous ne parlons pas toujours la langue maternelle, si nous la négligeons d’autre part, pour des raisons plus ou moins louables ? — 107 — Dieu merci, il est encore des Canadiens qui restent debout, qui n’ont pas peur de prouver que nous sommes vivants.Mais, les autres, les déserteurs de la langue, il est grandement temps qu’ils se réveillent et qu’ils fassent valoir comme nous, et avec nous, nos droits méprisés.Oui, Monsieur le Directeur, il y en a beaucoup, il y en a trop qui sans réfléchir peut-être abjurent tout de même leur langue, qui à propos de rien et à propos de tout, parlent l’anglais de préférence au français; et cela non-seulement dans la province d’Ontario, mais aussi dans notre province de Québec, si essentiellement Canadienne-française.A l’appui de ce que je viens de dire, voici un fait qui se passait l’automne dernier.Deux amis, G.et A.furent invités à une réunion intime de jeunes gens, chez un camarade, canadien-français comme eux.Ils arrivèrent un peu en retard.Musique, danse, partie de cartes, tout était commencé.La conversation se faisait.en anglais.et était des plus animée, je vous assure.Soit distraction, soit encore qu’il crût qu’ils se connaissaient tous, leur hôte, charmant garçon d’ailleurs, ne les présenta pas à ses invités premiers arrivés.G.les connaissait tous, mais A.se trouvait étranger, d’autant plus que de langue anglaise, il ne savait pas grand chose.Il comprenait bien quelques mots par-ci, par-là, mais impossible pour lui de soutenir une conversation.Naturellement, il fut obligé de parler un peu, mais il avait beau s’escrimer à mettre deux ou trois mots d’accord, à peine pouvait-il ajuster une toute petite phrase, et, les autres trop sots (passez-moi le mot) pour le mettre à l’aise en reprenant le discours en français, s’amusèrent à rire de son emballement.Jugez de son supplice et de son humiliation, qu’il ne fit pas trop voir cependant.Mais si cette soirée fut longue pour lui, inutile de le dire.Il devait blasphémer en secret et jurer qu’on ne l’y reprendrait plus.Enfin, chacun se retira.—Quelle bête d’idée ai-je eu d’aller à cette réunion, dit-il à son compagnon en sortant.J’aurais dû rester chez moi.Et pourtant, notre hôte savait bien que je ne parle pas l’anglais.Et il m’attire dans ce guêpier.Il me paiera bien cela, quelque jour.Où m’ont-ils donc connu aussi ces damnés anglais qui, cependant, m’appelaient par mon nom ?— Mais, mon cher, il n’y avait pas un seul Anglais parmi eux, répliqua l’autre, en éclatant de rire.Tu n’as donc pas reconnu les deux Melles M.que nous avons rencontrées l’hiver dernier ?Et J . — 108 — X, le commis de.Et A.Z, de la rue.Et un tel, et une telle de telle ou telle place ?—Bande de fous, bande de renégats, bande d’apostats, s’écria-t-il, en leur lançant une diatribe furieuse.Il n’en a pas encore le cœur net, pauvre A.ça lui restera là bien longtemps.Il en parlait encore dernièrement.Et bien, cher Monsieur Héribert, il y en a beaucoup de ces esprits fêlés dont la conduite accuse à un certain point l’apostasie de la langue nationale; et, ils sont d’autant plus coupables qu’ils s’amusent à fréquenter des Anglais, à s’habiller à l’anglaise, à s’occuper plutôt de “sports” anglais, et qui pis est, à parler anglais même dans des réunions des nôtres.Jeux de snobs et d’étourdis.r Pour conserver notre langue, il faut, oui, il faut l’employer * toujours et partout.Nous avons des malades parmi nous, il faut soigner leur snobisme, guérir leur étourderie; selon votre mot, cher ami, c’est aux journalistes et aux écrivains que cette tâche incombe; et si nous ne pouvons pas réussir à les guérir tous, essayons au moins d’empêcher la diffusion du mal.Parler inutilement un langage étranger, disait Alphonse Lusignan, c’est un manque de respect et un commencement de froideur pour la langue maternelle”.Le mot est profond, et me semble renfermer un grand averuissement.La langue française est un bel arbre: à nous de le maintenir droit et vivace, à nous de lui faire produire ses fruits.Cher ami, permettez-moi ces reproches d’un cœur franc et sincère, à l’adresse des Canadiens mes frères qui ont pu les mériter.Ils agissent, j’ose le croire, sans malice, faute d’avoir prévu les conséquences qui surgissent aujourd’hui.Loin de leur jeter la pierre sans retour, je veux les stimuler davantage à travailler maintenant avec plus de courage, à réparer leurs torts, à regagner le terrain perdu.Et avec votre permission, Monsieur le Directeur, je leur dirai avec toute la force dont je suis capable: Mes chers amis et frères, retrempez, au moment de la lutte, votre fierté nationale dans le patriotisme de vos pères; rappelez-vous les durs combats que nos ancêtres ont livrés pour la conservation de la langue qui les rattachait au sol natal; la langue française est un trésor; parlons-la chérissons-la, d’un œil jaloux veillons sur elle; et au besoin, défendons-la.au prix même des plus durs sacrifices.La Patrie compte sur nous.Sincèrement à vous, Gérard Malchelosse.Montréal, 10 mars 1916. 109 — NOTAIRE ET POETE Bien surpris et très honoré de me voir inscrit au nombre des collaborateurs du “PAYS LAURENTIEN” et présenté—domicilié sinon dûment qualifié—aux lecteurs de cette intéressante revue.NOTAIRE: En effet, j’aime qu’il soit noté, non-seulement au Tableau, pour mes enfants, (en loi ce terme s’applique à tous les descendants), que leur père et aïeul était notaire—et qu’il pratiqua comme tel, je ne sais encore combien d’années ici et près de trois décades durant, dans la paroisse voisine, son endroit natal.Souvenirs: Lorsque mon père, plus grave que d’habitude, avait mis ses chaussures françaises avant de partir pour le village et laissé longuement ma mère lui ajuster un haut col, c’est qu’il devait entrer chez monsieur le curé ou chez monsieur le notaire.Je tâchais alors d’obtenir la faveur de l’accompagner mais sous la condition chaque fois imposée, en recevant mon gilet des dimanches; “de faire les choses comme il faut, en petit garçon bien élevé.” Les quinzièmes, disaient-ils, sont toujours gâtés! Je me rappelle l’exquise politesse et l’accueil bienveillant de ces deux hommes aux cheveux blanchis toujours à leur grande table de travail chargée de livres et de paperasses.Un sourire perpétuel semblait régner sur la vénérable figure du curé cependant que celle du notaire me paraissait plus sévère.Je n’avais pas d’yeux assez grands pour voir d’aussi près ceux qui, le dimanche, chantaient ensemble la messe: le curé dans ses beaux ornements qui lui seyaient si bien à l’autel et le notaire que, malgré la défense faite de détourner la tête, je découvrais à l’autre bout de l’église, près du ciel, comme sur semaine, tout de noir habillé.Mais à un moment donné je trouvais l’entretien bien long, tant hâte j’avais de montrer la belle image de Mr.le curé et les gros sous de Mr.le notaire, à ma mère qui souriante me disait: “Si tu ne fais pas un curé, quand tu seras grand, tu feras un notaire.” J’appris ensuite que l’un et l’autre s’occupaient: le premier, de nos intérêts spirituels, le second, de nos biens temporels et l’on dit encore aujourd’hui que celui-là fut un saint et celui-ci un parfait notaire.Le vieux curé eut un digne successeur; du notaire je pris du moins la place.J’ai reçu les dernières volontés des vieillards qui ont souri — 110 à mes débuts, assuré aux lutteurs de la vie leurs épargnes et leurs établissements, souhaité à bien des couples le bonheur et la prospérité dans leurs futurs foyers, reçu des confidences et donné dans mes conseils, en maintes circonstances, le meilleur de moi-même; bref, si j’ai là, près de mon vieux clocher, vécu de ma vie une partie assez longue et bien belle en dépit du dicton “que personne n’est prophète en sa paroisse”, c’est qu’à l’instar de mon prédécesseur, ne manquant jamais de donner des sous aux petits qui entraient avec leurs papas, j’ai aussi toujours tenu à mes clients, comme il le fut à mon père, le chemin libre—entre mon étude et le presbytère.Le bon et digne curé qui durant ce temps y dépensa ses derniers jours chargés de mérites et qui fut toujours mon meilleur ami, dort aujourd’hui près de la grande croix du cimetière.Je ne sais pas ce qui en reste dans mon fuseau mais lorsqu’il sera dévidé, je voudrais reposer près de lui et de mon père, entre son vieux curé et l’ancien notaire.POETE:—Certes, il y a place dans la nef d’un temple vaste comme l’univers et dont la coupole s’élance aussi haut que peut monter la pensée; en le contemplant le plus humble mortel peut y découvrir des splendeurs éblouissantes en tous points de vue et ordres de choses qu’il y établisse.J’ai prêté une oreille attentive aux pontifes officiant dans ce temple; j’ai suivi avec attendrissement l’ascension vers les hauteurs des chantres du beau et de l’idéal, et Crémazie ayant entonné: “Il nous faut quelque chose en cette triste vie “Oui nous parlant de Dieu, d’art et de poésie “Nous élève au-dessus de la réalité;” de ma faible voix, dans une chapelle latérale, j’ai ajouté:— “Oui, chaque pas dans la vie “Demande un nouveau chant au pauvre pèlerin; “Qu’il soit triste ou joyeux, une douce harmonie “Abrégera toujours son trop rude chemin.” Alors par l’indulgence de quelques amis que le “PAYS LAURENTIEN” a dû rencontrer, j’ai pu donner, sur semaine, quelques timides soli à l’endroit du lutrin—j’allais dire, de mon vieux notaire.Les cartons de ceux-ci ne sont pas aussi remplis que ceux de mon greffe, car de même qu’en mon jeune âge, un maître de chapelle surmena trop la voix de l’enfant et me laissa aphone, mais dilettante — Ill — des accords de l’orphéon, ainsi j’ai craint, à l’âge mûr, non pas de “déjeuner d’un baiser d’abeille sur une feuille de rose’’ mais de jeter une voix discordante dans le concert continuel et toujours grandissant des chants canadiens, tout en leur gardant ma plus entière et sympathique attention.Et je suis redescendu dans la nef où, pour ne pas brûler la politesse au “PAYS EAURENTIEN’’ et encourager, à la suite de Casimir Hébert, notre bon canadien Massicotte, à poursuivre son œuvre, j’exhumerais une chanson: “LE BON VIEUX TEMPS’’.Mais j’y pense: ce ne serait pas de l’inédit, car je me rappelle l’avoir dédiée à B.Suite qui—entre nous—m’en dit alors de bonnes choses.Pour la première fois je me dédis.A la chaude suggestion de Pierre Héribert, le notaire poète préférerait bien s’il le pouvait, composer une bilingue marseillaise, voire “d’immortelles chansons” et occire, au figuré s’entend, tous les ennemis de sa langue, de sa race, et de sa patrie, et de son Dieu.Maximilien COUPAL.LE FONDATEUR DE LA SOCIETE DE SAINT-VINCENT DE PAUL EN CANADA J’ai lu avec un bien vif intérêt la biographie du jeune docteur Painchaud, reproduite du Canadien du 12 janvier 1859, par M.Casimir Hébert, dans Le Pays Laurentien de mars dernier.Au nom des conférences de Saint-Vincent de Paul du Canada, je remercie M.Hébert d’avoir tiré de l’oubli la belle page que le Canadien consacra naguère au fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada, société établie à Québec en novembre 1846, par les soins du jeune docteur Painchaud.M.Hébert dit, dans une note: “Le centenaire d’Ozanam est d’hier.Et, cependant, qui, parmi la génération actuelle, connaît le jeune Dr Painchaud, comme fondateur en Canada de la Société de Saint-Vincent de Paul ?M.Hébert sera heureux d’apprendre, sans doute, que le nom du docteur Painchaud est bien connu des membres de la Société de Saint-Vincent de Paul, qui vénèrent la mémoire de leur fondateur.En 1883, Mgr Têtu aumônier général de la Société de — 112 — Saint-Vincent de Paul, publia, à Québec, une notice sur la vie du jeune Dr.Painchaud (o) En 1897, à l’occasion des noces d’or de la Société de Saint-Vincent de Paul, qui avaient été célébrées à Québec, l’année précédente, je publiai, en collaboration avec Mgr Têtu, Les Noces de la Société de Saint-Vincent de Paul.Dans l’appendice de ce volume, Mgr Têtu reproduisit sa brochure de 1883 et l’augmenta de plusieurs lettres inédites de M.Painchaud.Enfin, dans le rapport annuel du Conseil supérieur de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada, pour 1913, et publié à Québec en 1914, j’ai publié de nouveau une notice, accompagnée d’un portrait, sur le fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada.C’était à l’occasion de l’établissement de la Société à Vancouver (1912).Je rappelai alors que c’est en voulant se rendre à Vancouver, où il désirait se consacrer au service de Mgr Demers, le grand missionnaire des côtes du Pacifique, que le jeune docteur Painchaud trouva la mort à Colima, Mexique, capitale de la province du même nom, en 1855.(*) Parmi les nombreux confrères des conférences de Saint-Vincent de Paul, le nom du Docteur Painchaud est donc bien connu.Mais, je n’en remercie pas moins M.Hébert d’avoir mis au jour l’intéressant article du Canadien, du 12 janvier 1859.Une dernière remarque:—Le Canadien dit que le jeune docteur Painchaud naquit en 1825.Mgr Têtu, qui a toujours eu le grand souci de l’exactitude des dates en histoire, donne 1819 comme date de la naissance du fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada, (a) C.J.MAGNAN, Président du Conseil Supérieur de la Société de Saint-Vincent de —Québec, 16 mars 1916.Paul, Canada.BIBLIOGRAPHIE Faute d’espace nous sommes forcés de remettre à mai la bibliographie que nous avions préparée pour ce numéro d’avril.(o)—Souvenir des Noces d’Or de la Soc.de S.-V.de Paul, célébrées à Québec, les 20, 21 et 22 mai.1883—Québec, chez C.Darveau, 1883.(a)—“M.Joseph Louis Painchaud naquit à Québec, le 12 juin 1819, de sieur Joseph Painchaud, médecin, et de dame Geneviève Parent.Il fut baptisé le lendemain par Monseigneur Plessis”.-—Les Noces d’Or de la Société de S.-Vincent de Paul, 1846-1896, Québec, 1897, chez Pruneau & Kirouac, éditeurs.(*)—Exactement c’est à Tonila, à quelque distance de Colima, que mourut le docteur Painchaud
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