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Titre :
Le pays laurentien
Éditeur :
  • Montréal :G. Malchelosse,1916-1918
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Petit canadien ,
  • Revue acadienne ,
  • Revue nationale
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Le pays laurentien, 1917-05, Collections de BAnQ.

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2ème ANNEE.—No.5.MAI 1917 LE PAYS LAURENTIEN g! LE PARLEMNT FEDERAL P liSiBiBlM mwmmmmmmmmmmm J’ai vu construire un monument gothique Sur ce plateau.Temple ou palais, élégant, poétique, Immense et beau.Un demi-siècle a subi son empire, Puis, tout à coup, Une allumette a suffi pour détruire Sa grâce et tout.Bah ! l’édifice est en train de renaître, Plus grand, plus fier, Chacun de nous pourra le reconnaître Tout comme hier.Mais le premier emporte dans ses flammes Les jours anciens.Sur ses débris je vois flotter des âmes : Je me souviens.Car je suis seul, oui, seul à leur survivre (1) Mes compagnons, Et l’incendie ayant fermé le livre Je sais leurs noms.Un demi-siècle, ah ! c’est loin en arrière Si vous comptez.Les souvenirs s’en vont dans la poussière Des murs croulés.(1) De tous les employés du parlement en 1867, M.Suite se compte pour le dernier survivant. — 66 COMBAT DU LAC DES DEUX-MONTAGNES —1689 — Dollard et ses dix-sept héros ne sont pas seuls à mériter l’admiration et la gratitude des Canadiens.Un autre fait d’armes s’est passé, non loin du Uong-Sault, vingt-neuf ans .plus tard, et dont la gloire est à peu près aussi grande, tout en offrant des détails à considérer bien différents de l’aventure de 1660.Dans la première lutte pour sauver la colonie, tous les défenseurs ont succombé.Dans la seconde, tous échappèrent à la-mort.Au Long-Sault, nos gens agissaient sans expérience.Au lac des Deux-Montagnes, le chef et chacun de ses hommes connaissaient le métier.Etant donné la nature des Iroquois-—et aussi des Hurons et des Algonquins—il importait peu, dans un cas ou dans l’autre, de voir le gros de l’ennemi debout après le combat, l’essentiel c’était de lui tuer du monde.Ce sont les hommes jetés à terre en 1660 qui ont fait décider la retraite des Iroquois.Quant à ceux de 1689, les deux tiers ont péri, mais en supposant qu’il en serait resté des centaines, la retraite aurait eu lieu pareillement parce que, à la suite d’un échec, ces bandes ne résistaient jamais et, pour elles, la campagne était terminée.D’état de siège dans lequel la colonie s’était vue, de 1650 à 1660, avait été général depuis l’île d’Orléans jusqu’à Ville-Marie et menaçait de finir par la dispersion ou destruction de l’élément français lorsque, soudain, l’affaire du Dong-Sault ramena la quiétude en éloignant les Iroquois.Pareille situation se reproduisait en 1689 et un autre coup de tonnerre éclaircissait l’horizon, mais cette fois la victoire se trouva toute de notre côté, sans perte de bataille, comme dans le premier cas.Voyons un peu où nous en étions en ce moment décisif où le péril n’était pas moins grand pour le district de Montréal qu’en 1660, mais où, cette fois, les districts des Trois-Rivières et de Québec couraient moins de danger, attendu que, la population étant plus nombreuse qu’autrefois, l’ennemi n’osait plus étendre ses entreprises au-delà du lac Saint-Pierre.Voilà la différence notable.De Canada n’était plus en péril sur tout le parcours du fleuve, mais Montréal et ses territoires ne tenaient qu’à un fil, — 67 — La Providence suscita, juste à la minute critique, Daniel Greysolon Duluth qui arrivait d’un grand voyage, pour sauver la situation compromise par l’incurie d’un gouvernement aveugle et incapable.Les Iroquois avaient à se venger non seulement des tracasseries que les ramasseurs de peaux de castor leur faisaient subir depuis longtemps mais encore de la campagne militaire menée contre eux en 1684, et surtout de la trahison de 1687 qui dépassait toutes les autres perfidies.En 1689 ils pouvaient compter sur l’aide des colonies anglaises, par suite de la rupture de la paix entre Louis XIV et Guillaume d’Orange, le nouveau roi d’Angleterre, aussi leurs courses dans le district de Montréal devenaient-elles plus fréquentes et plus désastreuses chaque jour, et leur système de guerre faisait qu’ils échappaient aux patrouilles de nos petites compagnies de soldats réguliers aussi bien qu’à celles des miliciens lancés à leur poursuite.La guerre des Iroquois, c’était le jeu de dix ou douze bandes de dix, quinze ou vingt hommes chacune, marchant à la sourdine, se cachant le jour dans le voisinage des habitations et frappant coup la nuit, puis s’évadant dans les bois pour aller recommencer ailleurs d’autres assassinats.On apprenait où ils étaient mais on ne les surprenaient jamais à cet endroit, parce qu’ils étaient déjà rendus dans un autre canton où ils semaient la terreur et la mort.De les rencontrer à découvert et de les combattre il n’y avait nulle espérance, car ils s’enfuyaient à l’approche de ceux qui les cherchaient.Comme les Allemands d’aujourd’hui, ils refusaient toute bataille rangée et poursuivaient un même et unique plan de dévastation par surprises, sur tous les points du pays à la fois.En 1689 ils atteignaient Berthier et la Baie-du-Febvre par incursions, restant insaisissables et par là même toujours vainqueurs.Toutes les chances étant de leur côté, ils pouvaient prévoir le jour où les Français demanderaient grâce et renonceraient à reprendre le Haut-Canada, comme aussi d’envoyer les traiteurs au lac Supérieur ou au Wisconsin par la rivière Ottawa dont ils étaient maîtres absolus.C’était une guerre où les troupes de France, officiers et soldats, n’entendaient rien, mais les “voyageurs” et la plupart des miliciens y déployaient une adresse “à la sauvage” qui les rendait redoutables aux yeux des Iroquois.En un mot, c’était la science de la chasse appliquée à la recherche et la poursuite de la bête hu- — 68 — maine au lieu de la bête des bois, et comme tous les Canadiens étaient chasseurs, on juge de leur supériorité sur les militaires de l’Europe.Ee seul procédé praticable pour faire tenir les Iroquois tranquilles eut consisté à se rendre en force dans leurs villages des bords du lac Ontario et tout détruire, mais il parait que ce genre d’opération dépassait ou les moyens de Ea Barre et Denonville ou leur intelligence.Il est vrai que ces deux gouverneurs, en 1684 et 1686, avaient tenté d’agir de la sorte mais pour échouer misérablement, ce qui avait redoublé l’ardeur des Iroquois dans leurs ravages à travers la région de Montréal.Une remarque faite dès 1636 par les Français trouve sa place ici et elle s’explique durant tout le cours du demi-siècle en question par la nature même des courses de ces Sauvages.Plus ils étaient certains de réussir dans les assauts isolés et d’en sortir avec succès sans perdre un homme, plus un échec les décontenançait, et s’il survenait une rencontre qui leur tuait trois ou quatre guerriers, le plan de campagne s’arrêtait—ils rentraient chez eux pour pleurer les morts, quitte à reprendre le sentier de la guerre l’année suivante.Ee grand désir des Canadiens, qui connaissaient cette coutume de l’ennemi, était donc de les voir en face et de leur infliger des pertes qui les forceraient à la retraite pour un temps plus ou moins long, mais là aussi était la difficulté puisque 1’Iroquois ne portait que des coups assurés, autrement il s’abstenait de paraître ou de se mettre au blanc d’une manière quelconque.Ee camp de Verdun, tout près de Lachine,n’empêcha point le massacre du 5 août 1689 où périrent à peu près quatre-vingts personnes—et non pas trois cents comme on le dit.Ee résultat fut une panique plus grande que jamais.On se rappelait 1660 et l’exploit de Dollard qui avait sauvé tout le pays, d’après le principe iroquois qu’il fallait abandonner l’attaque ou la résistance à la suite d’une perte de guerriers.Où prendre un autre Dollard ?Durant les deux mois qui suivirent la catastrophe de Ea-chine, chaque habitation, en dehors de la petite ville de Montréal, se tint dans l’expectative d’un siège et tout le monde vivait les armes à la main, l’oreille et l’œil au guet, patrouillant ici et là, attendant des secours qui n’arrivaient point et recueillant des nouvelles de tous côtés qui devenaient de plus en plus pénibles, de moins en moins rassurantes.Ea destruction générale du district ou son abandon par les habitants pour se retirer sur les Trois-Rivières et — 69 Québec paraissait inévitable et prochaine, surtout quand on songeait à l’hiver, car les Iroquois ne s’arrêtaient en aucune saison, et attendre les mois des neiges dans des demeures perdues au milieu des défrichements, c’était se vouer à une mort certaine de la main d’un adversaire qui ne manquerait pas de mettre ses avantages à profit.La grande crise, l’heure suprême s’annoncait.Le Canada tout entier ne dépassait guère douze mille âmes françaises.Les Iroquois étaient plus nombreux dans leur pays et le genre d’hostilités auquel ils s’adonnaient ne les obérait en aucune façon, tandis que les cultivateurs des bords du Saint-Laurent avaient à se tenir sur la défensive et ne pouvaient qu’épuiser leurs ressources à ce régime désespérant.Il eut été possible de lever deux mille hommes et de les conduire au nord de la province de New-York contre les agresseurs, mais où prendre un chef capable de mener à bien ce projet, et comment ce chef aurait-il pu traîner avec lui assez de provisions de bouche pour nourrir sa troupe ?On n’y songeait que pour prononcer le mot fatal : impossible.Le salut vint sous une autre forme tout-à-fait inespérée.Duluth était dans l’ouest achetant des Sauvages des pelleteries qu’il comptait apporter à Montréal, selon sa coutume, et les vendre aux marchands qui se réunissaient en ce lieu, chaque été, pour faire ce commerce.La Hontan, que l’on voit partout sur les grands lacs à cette époque, nous dit que, le 8 juin 1689, il s’embarqua à Michillimakinac pour Montréal, avec douze Outaouas sur deux canots et que, le 23, à la rivière Creuse qui se décharge dans l’Ottawa près de Matawan, il rejoignit Duluth avec des voyageurs revenant de l’ouest.Duluth proposa de ne faire qu’une seule troupe, à cause des Iroquois, je suppose, mais La Hontan, en apparence allège et plus pressé, refusa l’invitation, de sorte qu’il prit les devants, mais, rendu au Long-Sault, comme on signalait l’ennemi, la peur gagna les Outaouas qui voulurent se sauver dans la forêt.Après des pourparlers, on se remit en route et l’arrivée à Montréal, sans encombre, eut lieu le 9 juillet.Dans cette descente, La Hontan avait rencontré, à la rivière du Lièvre (Papineauville),vLeMoyne de Sainte-Hélène à la tête d’un gros parti de coureurs de bois qui lui avaient annoncé la révolution d’Angleterre et l’avènement au trône de Guillaume d’Orange pour remplacer Jacques II en fuite et réfugié en France, et par suite la guerre toute prochaine entre les deux puissances.Duluth dut apprendre cette nouvelle de la même source quelques jours plus tard, — 70 — dans le voisinage d’Ottawa, aujourd’hui, et il arrivait à Montréal le 24 juillet où il trouvait le gouverneur Denonville que la guerre et aussi la traite avaient amené à cet endroit.Des députés iroquois, nommés par trois de leurs cantons, se promenaient avec suffisance, pailant de paix, pour tromper les Français et se procurer le temps de préparer de nouvelles attaques, comme de coutume.Kondiaronk, fameux chef huron surnommé le Rat, en était aussi et se montrait fièrement tout comme “s’il n’avait pas été fait mention de potence ni de pendaison” à son sujet, observe LaHontan, car c’était un fourbe reconnu.Des ravages des bandes iroquoises ne cessaient point pour tout cela.Des autorités françaises baissaient le front et se lamentaient.Duluth fut le sauveur inattendu comme on va le voir.Au lieu de fondre mes renseignements dans une narration qui m’appartiendrait, je préfère passer la plume à d’autres qui seront probablement mieux reçus du lecteur, car ils vivaient en ce temps-là.M.l’abbé de Belmont, du séminaire Saint-Sulpice de Montréal, qui tenait une espèce de registre des événements de l’époque en question, note ceci : “De 16 octobre, MM.Duluth et Mantet donnèrent le plus beau combat qui se soit donné de cette guerre.Vingt-sept Tsonnontuans (du voisinage du Niagara) contre environ autant de Français s’étant découverts et rencontrés dans le lac des Deux-Montagnes, M.Duluth fit mettre ses canots à la queue l’un de l’autre et eut l’adresse de mettre le soleil aux yeux des Iroquois et commanda à ses gens d’essuyer le feu ennemi.Ils (les Iroquois) ne blessèrent personne.Alors M.Duluth commanda de prendre chacun le sien, se mettant en travers et en flanc, ce qui s’exécuta si heureusement que tous tombèrent dans le lac, blessés, hors deux, dont un fut brûlé sur le champ par les Algonquins, l’autre à la montagne de Montréal par ordre de M.Denonville.” Des Algonquins ne paraissent point ici comme combattants, mais ils pouvaient servir de réserve.Quant à “la montagne de Montréal” cela veut dire bourgade de sauvages chrétiens formée par les autorités de la colonie et l’aide du séminaire Saint-Sulpice.M.l’abbé Ferland analyse comme suit les documents qu’il a vus à ce sujet : “Vingt-huit coureurs de bois canadiens étaient conduits par les sieurs Duluth et De Gardeur de Mantet.Envoyés à la découverte dans le lac des Deux-Montagnes, ces braves dé- — 71 — couvrirent quelques canots portant un nombre à peu près égal de Tsonnontouans qu’ils attaquèrent avec tant de vigueur que dix-huit de ces barbares furent tués et les autres faits prisonniers.” M.Ferland dit qu’il utilise une lettre de Frontenac.Ce gouverneur était arrivé de France à Québec la veille du combat et devait être bien renseigné, néanmoins ces chiffres ne paraissent point s’accorder partout avec ceux de M.de Belmont ni avec ceux de M.de Catalogne dont voici le texte : ‘‘M.de Callières, gouverneur de Montréal, envoya un parti au lac des Deux-Montagnes commandé par M.Duluth et, comme il n’y avait ordinairement que deux ou trois hommes pour exploiter chaque canot de voyageurs, il voulut tromper ^’ennemi sous ce rapport.En partant du bout de l’île de Montréal avec trois canots de dix hommes chacun, il en fit coucher huit dans chaque, ne faisant paraître que deux hommes par canot pour nager.” Ainsi, les canots étaient littéralement chargés comme avec des paquets de pelleteries et ils devaient enfoncer dans l’eau en conséquence, ce qui permettait de ne montrer que deux nageurs, selon la pratique ordinaire des canots portant marchandises.Catalogne continue : ‘‘Lorsqu’il eut traversé le lac, qu’il fut dans le détroit de la rivière, il vit venir à lui quatre canots ennemis, de sept à huit hommes chacun, pour les engager au large.Il fit semblant de fuir.Comme il n’y avait que deux hommes qui nageaient et que les ennemis étaient nombreux (plus d’avirons, plus de vitesse), ils (les Iroquois) les eurent bientôt rejoints.Lorsqu’ils furent à portée de pistolet, tous les Français se levèrent.L’ennemi fit sa décharge (le soleil dans les yeux)' sans tuer personne et se mit à fuir, mais nos Français les eurent bientôt rejoints et culbutés dans l’eau.Ceux qui ne furent pas tués furent faits prisonniers.Un de leurs canots, qui ne s’était pas assez approché, gagna terre et les hommes se sauvèrent.Les prisonniers furent amenés à Montréal et toute la population et les sauvages domiciliés demandèrent, par droit de repressailles, qu’ils fussent brûlés.Ainsi ils furent attachés au poteau et brûlés les uns après les autres.Cet exemple fit changer la conduite des ennemis puisque, par la suite, quoiqu’ils prissent des Français prisonniers, ils n’en faisaient plus brûler.” Il semble clair que dix-huit Iroquois des trois canots engagés dans la lutte périrent sous le feu ou dans l’eau; que deux hom- — 72 — mes de ces canots, capturés, blessés ou non, subirent le supplice du bûcher, et que les sept ou huit hommes du quatrième canot se sauvèrent n’ayant pas été sous le feu.C’en fut assez- pour interdire les Iroquois, car les Tsonnon-touans étaient les meilleurs guerriers des Cinq-Cantons et les plus nombreux.On pouvait s’attendre toutefois à les voir reparaître au printemps de 1690—mais Frontenac était arrivé.Benjamin SULTE.PREMIERE NEIGE “Oh ! comme la neige à neigé V’ Emile NEEEIGAN.Voici que ce matin la terre est toute blanche ; De fins flocons d’ouate enveloppent les branches Des vieux sapins rêveurs dont la cime se penche.“La neige !” disons-nous, attristés et surpris.Pourtant, depuis deux mois, les arbres rabougris S’effeuillaient jour par jour sous le ciel morne et gris ; Plus d’un matin, le froid fit tremblotter nos membres Et mit une buée aux vitres de nos chambres ; “La neige !” disons-nous, et pourtant, c’est novembre !.II Ainsi dans les réseaux de la vie enlacés Et dans la folle ardeur des espoirs caressés, Nous oublions parfois ceux qui nous ont bercés.Puis, quand pour eux aussi vient l’hiver de la vie Et qu’ils s’arrêtent las de la route suivie, De la lutte éternelle au devoir asservie, Désolés de les voir si vieillis, si tremblants, Soudain, nous sommes pris d’un regret accablant En voyant sur leurs fronts les premiers cheveux blancs ! Emile CODERRE. — 73 DE LA GRACE D’ETAT A LA DISCRETION ESSAI Supposons un instant que vous êtes patron.Passant sur vos chantiers vous choisissez parmi les équipes le premier terrassier venu et lui dites : “Je te nomme contremaître, prends dix hommes et creuse une tranchée jusqu’au mur là-bas; fais vite et bien.” Instantanément votre terrassier se transforme.Il travaillait lentement peut-être, et mal, sans ardeur à la besogne.Il se découvre du nerf, une voix de commandement, et si vous avez bien choisi votre sujet, un œil qui sait mesurer les distances, les diffipultés à surmonter.Le travail qu’il faisait machinalement il en perçoit la portée et le but.La grâce d’état déjà le touche.Comme n’importe qui il avait innée la certitude de son mérite, et la promotion reçue confirme sa foi en lui-même, élargit l’horizon de sa pensée.Désormais il se sentira plus rapproché du patron, de connivence avec lui par le but à atteindre.Il vient aussi de signer avec lui un pacte d’alliance contre les journaliers, ses ex-congénères.Envers eux ses manières changeront ; dans la rue, aux assemblées ouvrières, instinctivement le nouveau contremaître se joindra à ses égaux et ensemble ils discuteront d’un point de vue théorique et pratique les ordres reçus, se diront tout bas la façon de conduire une équipe.La grâce d’état agit sur votre ouvrier d’une autre manière, l’engage maintenant à la discrétion.Celui qui, digne de l’habit militaire le vêt, entend une voix intérieure clamer : Patrie, Honneur, Devoir ! Abstraits peut-être auparavant, ces mots deviennent en lui vivants; s’ils ne lui étaient pas étrangers, ils prennent une signification plus belle et plus forte, et précise, lui étant adressés.Dans une émeute il tirera sur ses amis, parce que pèse sur sa tête le devenir de milliers d’êtres inconnus pourtant, mais devenus sympathiques par la confiance témoignée, et leur besoin de paix qu’il comprend.Du mot devoir il a extrait la substance: grandeur de la patrie par l’ordre, et protection des faibles.Avec le vêtement militaire il a reçu une grâce spéciale.Certains sujets se pénètrent tellement de leur devoir qu’ils l’outrepassent, tels ces gardiens de la paix qui voient partout des crimes et arrêtent les gens pour des peccadilles qui ne demandaient qu’un avertissement.Le constable qui, devant le tribunal, accuse son prisonnier avec une joie féroce, de même que le juge qui dans son 74 — désir de guérir l’humanité rend des sentences effroyables en comparaison des délits à punir, sont des hommes sur lesquels la grâce d’état agit si fortement qu’ils deviennent les jansénistes du code pénal.A chaque profession ou métier sa grâce particulière qui fait accepter la responsabilité et l’honorer, d’où découlent un état d’esprit adéquat au milieu, qui s’impose comme nécessaire, une conduite à tenir pour en remplir les charges.Des vertus visibles en naissent.Tel homme porté à s’enivrer, parvenant à une certaine prééminence passera la journée, au moins, sobre, de crainte, si l’on veut, de ruiner sa position matérielle, mais aussi par respect de soi-même vis-à-vis ses inférieurs et les étrangers.Il se corrigera même totalement s’il a, comme dit Gebhart parlant de l’impératrice Théo-dora, le culte de sa propre grandeur.Je ne connais guère d’exemple plus frappant des effets de la grâce d’état que celui de Briand qui auparavant radical et socialiste, apparemment prêt à bouleverser tout l’ordre établi, dira, devenu président de la Chambre, que l’Etat doit être sauvé contre les grévistes, même s’il faut aller jusqu’à l’illégalité.Après avoir donné la définition religieuse de la grâce d’état: Don de Dieu, etc., -Larousse dit: “En langage ordinaire, certaines circonstances qui permettent d’accomplir avec facilité ce qu’on est chargé de faire”.Ne pourrait-on pas ajouter que seule la reçoit la personne dont les aptitudes auparavant ignorées trouvent soudain, joyeusement, à se développer dans des circonstances favorables vu qu’elle agit évidemment en mesure directe de l’intelligence et des facultés du sujet.A la comprendre ainsi, tant de cas existent ou ont existé de son action que la série des exemples concrets par laquelle j’ai commencé pourrait s’allonger jusqu’à l’infini, car tous les changements heureux de pensée et de conduite y passeraient.Je restreindrai donc maintenant l’examen de la grâce d’état à une autre de ses manifestations, la discrétion.*** Nul métier, nulle profession, nulle catégorie qui n’ait ses secrets fermés à tous les autres, ses labyrinthes connus des seuls adeptes.Sociétés et clubs portent un masque, cachent autant qu’ils peuvent leurs vices d’organisation, leurs faiblesses.Les gens d’un métier cèlent soigneusement les déboires qui attendent 75 — l’apprenti.Ainsi se forment par l’intérêt mutuel, fils légitime de l’intérêt personnel—une infinité de cercles ésotiques chacun avec ses règles de vie, ses secrets professionnels que par orgueil, par instinct de conservation, on tient verrouillés.Les secrets honorables, on les cache par esprit de caste, les autres, par pudeur.Heureusement pour le curieux qu’il y ait des transfuges dans tous les cercles, des traîtres par mépris ou légèreté; sans eux, chaque corporation, chaque classe sociale, chaque profession seraient des compartiments étanches.Mais les transfuges sont justement ceux qui ne possédaient pas la grâce d’état, qui n’aimaient pas leur travail, leur société, n’y avaient pas découvert une amélioration à leur vie, ni surtout l’essentiel, savoir: à développer harmonieusement leurs facultés.N’aimant ou ne respectant pas le milieu dans lequel ils furent, ils font beau jeu des secrets qu’ils ont pu s’approprier, dénigrent ce milieu et montrent à qui veut les voir les points de son armure.Mais encore vont-ils jusqu’au bout de la médisance?Pas souvent, autant que j’ai pu juger, car même ayant le mépris de certains métiers exercés, de telles sociétés dont ils se sont enfuis, ils en gardent un peu de la peinture et sur tout ne veulent pas par vanité, trop décrier leur ancienne condition, ce qui rejaillirait sur eux.J’ai connu un barbier qui tout en employant, parlant de son stage à la chaise tournante, un langage ressemblant à celui des brigands de Schiller, répugnait indéniablement à tout dévoiler.Il n’avait pu se débarrasser tout-à-fait de l’esprit de métier, de toute la grâce d’état qui s’y attache, et il se taisait.De toutes les cellules d’où presque rien ne s’échappe, auxquelles appartenir engage à des devoirs stricts, surtout à la discrétion, la plus hermétique est certes la famille.“Un homme va introduire à son foyer une étrangère, dit Fustel de Coulanges, avec elle il fera les cérémonies mystérieuses de son culte, il lui révélera les rites et les formules qui sont le patrimoine de sa famille.” La cérémonie n’existe plus, mais son esprit demeure, les enfants comprennent très bien à quoi les oblige le milieu où ils sont nés.Jeunes, ils considéreront leurs parents comme des êtres supérieurs, et ils ressentiront—grâce d’état de leur condition—l’orgueil d’être nés d’eux plutôt que d’autres.Plus tard, si ce sentiment s’atténue, ils comprendront le pacte qui unit les personnes du même sang et ils continueront à respecter, par la solidarité, les secrets du foyer.La maison faite pour la famille, la symbolise bien; l’étranger qui la visite n’en voit jamais tous les recoins. Entre tous ces secrets on passe ignorant.Ici, l’église dont les rites ne sont compréhensibles qu’aux seuls initiés, là, les maisons, les bureaux d’affaires, les clubs, les appartements des sociétés de toutes sortes, les ateliers.Au dedans de ces murs sont des personnes chacune solidaire pour les autres, entrées là par hasard ou volonté, qui se sentent des obligations, et sinon la force de toujours les accomplir du moins le devoir envers soi-même—cette partie de la grâce d’état—de se taire.Et l’on se promène parmi des énigmes.Alphonse Beauregard.CHANTE ! A Alphonse Désilets, agronome et poète.Lorsque luiront les jours que le printemps ramène, Sur les champs dépouillés de leur manteau d’hiver, Que le soleil plus chaud, la brise plus amène, Feront chaque aujourd’hui plus doux que chaque hier ; Quand tu verras éclore une aube opalescente Sur la terre natale où gisent tes guérêts, Appelant, ô semeur, et ta main bénissante, Et les blés anxieux qu’attirent leurs secrets ; Lors, verse à tes sillons, dans l’aurore sereine, L’humble semence avec tes beaux gestes de roi ; Puis, le soir, prends ton luth, et, faveur souverain^, Chante-nous,—car il faut que notre doute apprenne,-^ Au Terroir de “chez nous” un long psaume de FOI.Et lorsqu’à ta richesse en la glèbe cachée, Bien amoureusement, tu jetteras les yeux, Il te semblera voir, bien avant la fauchée, Les lentes houles d’or de ses blés merveilleux.Ils naîtront, les épis, couchés dans les fins voiles De leurs tigelles, sous les yeux du firmament, Où vibre la chanson divine des étoiles, Qui, berçant leur sommeil, te charme infiniment.Sur tes prés revêtus de moire perse et grise, Quand tu verras les dons des cieux cléments pleuvoir, Prends ta lyre, et devant l’avenir qui s’irise, Poète, chante encor, dans un rythme qui grise A notre “terre aimée” un doux hymne d’ESPOIR. Plus tard, lorsque l’été, dans ses folles largesses, Aura doré ta plaine, empourpré tes forêts Dont s’approche l’automne, avide de richesses, Pour ravir à nos yeux leurs captivants attraits, Auprès des lourds épis que la brise balance, Apporte la ferveur puissante de tes bras, Car les blés de tes champs, las, dans leur opulence, Veulent aller dormir dans tes granges là-bas.Puis, reviens, Moissonneur, dans la royale voie Que t’a faite le chaume attendant le labour, Et pour remercier Dieu de ces biens qu’il t’envoie, Chante, poète, chante en tressaillant de joie, A nos champs paternels un cantique d’AMOUR.Rome, 1916 Frère GILLES, o.f.m.LE SOUFFLE DU PASSE Vous êtes-vous levés de vos cryptes de pierre, Chevaliers d’autrefois, Montcalm, Levis, Vaudr^uil ?.Du haut des vieux remparts qu’une race vénère, On croit ouir vos voix jeter un cri d’orgueil ! Voyez-vous, par delà l’antique citadelle, A l’appel du clairon partir, tambour-battant, Comme les anciens preux, la phalange nouvelle ?Enviez-vous le sort du jeune combattant ?.Trois siècles sont passés, nous gardons souvenance, Et, franchissant les mers, nos soldats canadiens, Sur ton sol envahi sont accourus, oh! France, Prêts à mourir pour toi fiers comme des Troyens ! Car le souffle immortel du passé les anime, L’âme des vieux guerriers à la leur vient s’unir ; Au fond des noirs tombeaux leur cendre se ranime, Glorieux, ils se sont levés pour les bénir! Alfred DESGARRIES. 78 — UN NOUVEAU-M LAURENTini PAR NOS CHAMPS ET NOS RIVES .de Blanche Lamontagne Le prêtre et poète qui a écrit la préface de ce nouveau recueil de poèmes a découvert l’âme de l’auteur avec son cœur et son esprit d’artiste et de mystique.Sachant que “toute beauté créée n’est qu’une vibration de l’harmonie infinie’’ il a dit de la poétesse gaspésienne que “toute contemplation terrestre lui devient motif à élévation spirituelle” Et il a ainsi donné la vraie définition de la poésie, telle que l’ont réalisée à nos yeux catholiques, les Artistes croyants que furent Mistral, Vermenouze et Louis Mercier.L’auteur de “Par nos champ et nos rives’’ s’est fait une place bien justifiable dans notre galerie laurentienne.Après Pamphile LeMay, Adolphe Poisson, Nérée Beauchemin, Albert Ferland, Lionel Léveillé et autres, mademoiselle Lamontagne aura contribué à nous rendre plus épris de la grande âme de la Patrie, parce-qu’elle aura su la faire mieux vibrer et la faire mieux connaître à ceux qui vivent d’elle sans paraître s’en douter.vS’il est vrai que l’orateur et l’écrivain interprètent aux yeux du monde le cœur et la pensée de la patrie qu’ils représentent, les œuvres de la plupart de nos poètes, consciemment ou non, révèlent à notre honneur les vertus morales les plus hautes et les plus belles dont une nation puisse être fière.Or, cette prêtresse de l’idéal, qui monte à l’autel du Beau pour la deuxième fois, immole à notre soif d’émotion exquise et pure les sentiments les plus intimes et les plus sacrés dont son âme est remplie.Elle nous rémémore la dignité des traditions anciennes, les grands signes de croix sur l’entame du pain, le culte vénérable des berceaux et des tombes, la simplicité candide dont les mœurs régionales et champêtres ont gardé le parfum.Son œuvre entière est un rappel vers la douceur apaisante de la vie rurale, vers la bonne terre qui nous convie en ces temps difficiles, plus que jamais, vers laquelle elle se tourne en disant : "Et, jamais tu ne nous repousses ; "Mais pour calmer notre douleur, "Tu nous dis des paroles douces "Et tu nous endors sur ton cœur !” 79 — Son sens poétique a donc inspiré à mademoiselle Lamontagne de splendides élans.Cependant nous devons ajouter qu’elle n’a pas répondu à l’entité de notre attente.Nous aurions mieux goûté une sélection de ses poèmes sous un moindre volume; nous lui aurions fait grâce des clichés prosaïques qui déparent de jolis thèmes; et nous aurions souhaité plus de méthode dans l’assemblage de ses idées.Quelques pièces sont enchevêtrées de départs et de retours auxquels on ne s’attendait pas, et qui en allourdissent la marche.La maison, les arbres, la lampe, le vent, les routes, l’ancêtre, ont inspiré à Louis Mercier dés pages d’une émouvante intensité, qu’il a su déployer sous nos yeux en ascendantes théories d’une gradation normale.Cette fois, le rapprochement nous désenchante un peu.Il n’en est pas ainsi du “Christ,” du “Vieux fournil,” du “Ber”, du “Signe de croix,” qui sont bien de chez nous et dont l’inspiration révèle chez l’auteur une compréhension parfaite de l’âme laurentienne dans ce qu’elle a gardé d’ingénu et de touchante simplicité.Mademoiselle Lamontagne nous plaît chaque fois qu’elle chante pour ses compatriotes.Mais sa chanson nous ravirait / bien plus encore si elle daignait nous apporter ce que son âme de gaspésienne doit enfermer de vibrations inouïes, elle qui fut pétrie aux eaux salines du plus beau golfe, à la magie des ciels profonds, des lointains transparents, et des horizons constamment nuancés.I -o- Que de beautés uniques au monde; que de scènes pittoresques; que d’attraits pour l’artiste en ce petit pays ! C’est un peu la Bretagne de chez nous.De Capucins au cap Rosiers, et de la baie de Gaspé à La Nouvelle, la nature la plus variée offre des aspects inattendus.Comme des lames de sabres gigantesques, des tranches de roc chenu coupent la verdoyance des forêts vierges et trempent leurs pointes dans la mer.Les barachois profonds et les cavernes sombres répercutent l’éternel clapotis de la vague.La légende du braillard drape encore la Madeleine des frissons de la solitude.La croix de Jac- — 80 ques-Cartier se dresse au fond de la Baie tranquille.Le rocher Percé est tout coiffé d’ailes blanches.Les plages de St-Godfroi, de Paspébiac, de Bonaventure et de Carleton sont garnies d’embarcations et les barges voilières qui sont mouillées au large, déploient encore leurs ailes grises au jour levant, alors que les pêcheurs, rudes un peu, mais toujours gais, pointent vers l’Ile de Miscou.Parfois, sous la marée montante, des épaves mystérieuses viennent s’échouer sur les côtes.Oui nous dira les drames inconnus dont la mer garde le secret, et que d’énormes débris vermoulus commémorent depuis des années sur les plages rocheuses comme autant d’anonymes mausolées ?Les villages riverains ont leurs physionomies respectives.Les croix de pierre et les calvaires aux christs de bronze, les maisons multicolores blotties autour des clochers d’étain, les quais et les magasins qu’entourent des claies où sèche la morue, offrent au voyageur d’innombrables motifs à son étonnement et à son admiration.Sui la baie des Chaleurs, l’atmosphère est légère, transparente, d’une teinte bleuissante et qui met de la couleur sur toutes choses.Ce serait le pays par excellence du peintre coloriste.Et, par un phénomène physiologique remarquable, les nuances de la mer et du ciel confondues s’impriment sur la prunelle des petits enfants de la côte et leur donnent un reflet d’insaisissable mélancolie.On dirait que les mères, en endormant ces bébés-là sur leurs genoux, n’ont chanté que des berceuses endeuillées où la vague parlait des marins qu’elle engloutit, et où le ciel déversait l’espérance des suprêmes retours.Toutes ces beautés nous ont ému un jour.Nous avons entrevu les Muses inspiratrices de cette petite patrie qui est celle de Blanche Lamontagne.Et nous nous sommes dit : “Oh ! quelle source pure et féconde de poésie !’’ Que cette poétesse privilégiée se fasse un jour l’écho vibrant de l’âme gaspésienne; qu’elle nous traduise ces beautés, qu’elle nous exprime ses ravissements, et la poésie régionaliste, qui nous manque toujours trop, enrichira notre littérature d’émotions nouvelles, plus savoureuses, plus graves et plus sincères.Alphonse DESILETS.
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