Le pays laurentien, 1 avril 1918, Avril
3ème ANNEE.—No.4 AVRIL 1918 PAYS LAURENT1EN L’hiver des arbres • / Les Arbres, savez-vous qu'en sa hâte d’oiseau La corneille tournoie au ciel clair du coteau.Son cri passe et revient sur votre front sévère Pour vous dissuader de bouder la lumière.On sent venir Avril, sa jeunesse, et pourtant Vous faites grise mine à ce cher bleu Printemps : Vous êtes là, figés le long des Laurentides, Lents à chasser l'Hiver de vos branches rigides.Pour vous ressusciter de l'hivernal sommeil, Triomphant, sort de l’aube un amoureux soleil.Connaissez sa douceur, et sa subtile force Fera sourdre la sève au secret de l'écorce.A mettre un jeune vert aux penchants de chez nous Vous pressent la corneille et mon rêve et l’air doux : C’est l'attente de l’homme et de l'oiseau sauvage, Refaites au Pays sa robe de feuillage.9i = r?W Albert FERLAND. — 62 Washington et le Canada D’où est parti, en 1775, l’idée d’envahir )e Bas-Canada, seule partie habitée de ce que nous appelons l’ancienne colonie ?De Boston, et on peut dire que John Adams fut l’âme du mouvement.La résistance contre certains abus du gouvernement de Londres était commencée dans la Virginie mais n’allait pas jusqu’à la révolte ni surtout au désir d’une guerre de conquête.La Pennsylvanie et les autres provinces, en remontant au nord, ne s’étaient prononcées en rien.Boston et son entourage demandaient une prise d’armes et l’attaque du Canada pour avoir débouché à la mer par le Saint-Laurent, se rendre maîtres des pêcheries du golfe, chasser les Anglais de partout, même de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Cap-Breton.Le Congrès se formait de députés élus par eux-mêmes, ne se sentant aucune autorité et n’osant proclamer l’indépendance, mais les gens de Boston l’entraînèrent à suivre leurs plans.Ce fut une affaire d’enthousiasme, irréfléchie et mal conduite.Washington et Jefferson qui étaient avec Adams les fortes têtes de l’assemblée improvisée ne paraissent pas avoir mis obstacle aux menées d’Adams et de ses amis.L’élan était tout du nord et ne répondait qu’au seul désir de cette région.Les militaires croyaient la campagne facile en l’absence des troupes britanniques et parce qu’ils comptaient sur l’aide des Canadiens, tout en commettant la gaucherie de réprouver l’Acte dit de Québec qui favorisait les aspirations de ces derniers.En 1776, l’échec de l’armée américaine portait à la réflexion.Des escarmouches,' combats, batailles avaient lieu dans le Massachusetts.Le Congrès renouvelé était un peu plus solidement constitué, mais peu ou point reconnu des provinces et il manquait d’argent, de soldats, de tout.Cependant, les bavards de l’année précédente avaient disparus par suite du sentiment général qui s’était manifesté contre eux.Ce Congrès prétendait avoir été nommé pour voir à procurer une entente avec Londres.La guerre n’était plus à l’ordre du jour.N’est-il pas singulier que ce corps, soi-disant pacifique, ait choisi le moment pour déclarer l’indépendance ?Ce fut une surprise, et il s’écoula trois, quatre, cinq années avant que de voir les provinces se ranger sous le drapeau de la révolte.La France y fut pour sa bonne part d’insinuation, mais tardivement. — 63 — La Fayette, arrivé au milieu de ees démêlés, n’eut rien de plus pressé que de faire savoir aux Canadiens qu’il s’occupait de leur délivrance.Les agents de Louis XVI qui étaient venus avant lui, affirmèrent devant le Congrès que le gouvernement de Versailles n’entendait pas de cette oreille.La noblesse, la cour, la bourgeoisie, les publicistes en France répugnaient à reprendre des colonies et ils conseillaient aux Américains de s’occuper de leurs provinces avant que de songer aux agrandissements territoriaux, mais il y avait un parti militaire agissant qui voulait, coûte que coûte, se signaler par des exploits et La Fayette se mit de ce côté.Les troupes du roi George se montraient.Il fallait se défendre.Washington tâchait de créer des régiments.Des zélateurs français envoyaient des armes et des habillements, mais la situation était précaire.On ne parla plus du Canada.La détresse de Washington faisait prévoir l’écrasement des insurgés.C’est à cette .heure que le cabinet de Versailles, sous l’influence de Franklin, signa un pacte d’amitié avec le Congrès.L’Angleterre ouvrit de suite les hostilités.Vergennes, premier ministre de Louis XVI, était tout pour la guerre, comptant humilier la Grande-Bretagne mais ne voulant de conquête du Canada ni pour les Américains ni pour la France.La Fayette et son parti se réveillèrent.Le Congrès, ne sachant que dire, passa ses propositions à Washington.La Luzerne avertit Louis XVI de tout cela et probablement lui envoya copie du rapport du général américain qui disait en substance : N’avons-nous pas assez souffert du voisinage des Français, depuis 1690 à 1760?Voilà dix-sept ans que nous sommes débarrassés d’eux et vous voulez recommencer ce régime de misères, de massacres et de désolation ! Ne sommes-nous pas tous les jours à la veille de plier sous les coups des Anglais ?et vous parlez de conquêtes ! M.de La Fayette propose de prendre le Canada pour: 1° le donner à la France ; je viens de dire non.2° en former un quatorzième État pour nous.Attendons que nous soyons plus sûrs de nos propres affaires.3° affranchir les Canadiens et leur procurer l’indépendance.Avez-vous la preuve que les Canadiens veulent aller à vous ou venir à nous ?Quel moyen avez-vous de garantir cette indépendance ?Vous en feriez des victimes de votre ambition, voilà tout.— — 64 — Cette lettre, très belle et absolument raisonnable, arrêta le Congrès qui se laissait mener par les gens de Boston et le parti français de l’entourage de La Fayette.Roehambeau arriva avec une armée.Il était temps ! Cette longue guerre allait finir.Washington consentit, sans bonne grâce, à marcher vers le sud, et bientôt la capitulation d’Yorktown annonça au nord son triomphe complet.L’Angleterre, obérée dans ses finances, ne pouvait indemniser les Américains qu’en cédant des territoires.Franklin et Adams, à Versailles, demandaient le Canada.Louis XVI répondit qu’il ne voulait pas déranger les Anglais de ce pays.Washington insista dans le même but, disant que les Anglais étaient des amis et que le commerce des Américains reprendrait avec eux au grand a\mntage des deux nations.Mais l’imprévu survint, comme au théâtre.La Virginie, les Carolines, la Géorgie, le sud enfin, réclamèrent tout-à-coup l’espace de terre situé à l’ouest de leurs provinces jusqu’au Missis-sipi et l’Angleterre topa.Au dernier jour, à la,signature du traité, Franklin protestait encore et demandait le Saint-Laurent.Adams ne parlait plus.Le parti du nord, avec les officiers français du groupe de Washington, avait eu ce général contre eux et les raisons qu’il invoquait étaient valables.Jusqu’à quel point, lui, l’homme de la Virginie, avait-il connaissance du projet qui s’élaborait en silence dans son pays et qui l’emporta sur celui du nord au dernier acte du drame ?Benjamin SU LTE Un Soir de novembre.L’abat-jour conique de ma lampe répand sur mes papiers un cercle de blancheur; l’ombre brune couvre les murs et le plafond; la solitude et le silence régnent autour de moi; je regarde mourir dans la nuit, la vie languissante des choses.Ma fenêtre entr’ouverte laisse pénétrer les bruits de la rue; roulement des tramways, cloche impatiente, piaffement des sabots de chevaux, mélange de mille autres bruits, monotone, endormant.Un clairon inexpérimenté hurle “Pour être militaire.’’, et je crois voir les pauvres joues gonflées du hurleur et son odieux — 65 — instrument en cuivre jaune.“J’aime le son du cor, le soir’’.oui, mais, “au fond des bois.” Ici, calme complet; ma montre seule s’acharne à jaser sur ma table de travail.Vers l’est, je vois un grand morceau du ciel.Le firmament bleu très sombre produit sur moi un sentiment de mélancolie grave.A mi-chemin vers le zénith, Jupiter brille, sphère géante, à demi embrasée, et qui paraît un tout petit lumignon paisible.Tout près, s’étale en pointe, la constellation du Taureau dont l’œil fulgurant, la rouge Aldébaram, palpite ardemment.Ht ce nom “Aldébaram” éveille une image imprécise de l’Arabie aux déserts immenses.des nomades se couchant le soir, sous la voûte étoilée .des grands chameaux muets, hideux, se reposant à genoux, buvant la fraîcheur de la nuit.Un peu plus bas, monte Orion, la splendeur du ciel d’hiver, la merveille du firmament; je ne vois que deux de ses étoiles, et déjà mon enfance a jailli à mon souvenir: j’aimais Orion aux trois étoiles en ligne droite, aux points d’or dessinant vaguement un ostensoir sublime.Vers le nord s’étale le Cocher, guidé dans sa course par Capella, la belle.Près du Taureau scintillent les piqûres brillantes des Pléiades, essaim sans nombre de mondes enflammés.Plus haut encore, éclate Persée et Algol, la changeante ! Et les vapeurs poussiéreuses qui montent de la ville me cachent l’horizon.Les bords de la coupole céleste semblent flotter dans un brouillard lumineux, vaguement.et sous les feux des étoiles, les choses de la terre s’étalent, dignes de pitié: maisons sombres, masses confuses, percées ça et là par des fenêtre jaunes, luisantes; une pâle lampe électrique brille au coin de la rue; là-bas, montant sur le ciel, plus haut qu’Orion, se profile l’ombre conique du clocher, et je crois entrevoir la silhouette imprécise du coq noir, éternel observateur des toits; un peu partout, d’autres clochers, des maisons monstrueuses se détachant en noir épais, d’autres, embrasées de lumière.* > * * La vie s’endort tandis que montent en scintillant les constellations splendides; il fait froid, je ferme ma fenêtre.et je reste plongé dans le silence impressionnant, où je n’entends plus que le tic-tac de ma montre et le crissement de ma plume sur le papier inondé de lumière.Onésime, — 66 — Poètes improvisés du bon vieux temps Les Canadiens ont toujours aimé la chanson.Si l’on a pu dire d’eux qu’ils sont nés voyageurs, on peut ajouter avec raison qu’ils sont aussi nés poètes.Dans les longues courses qu’ils entreprenaient au milieu des bois, sur les lacs, le grand fleuve ou les rivières, ils aimaient à chanter les ballades, romances et chansons qu’ils avaient apportées du beau pays de France.Il y eut encore, de tout temps, parmi nos coureurs de bois et nos hardis navigateurs des poètes improvisés.Le spectacle de la grande nature qu’ils contemplaient chaque jour, les forêts immenses qu’ils traversaient, la majestueuse beauté qu’offraient à leurs regards les montagnes, les lacs et les rivières, leur inspiraient des pensées, des sentiments, qu’ils avaient le don d’exprimer en un langage rythmé.La tradition nous a légué quelques-unes de ces poésies que l’on doit à l’un ou l’autre de ces voyageurs inconnus qui, un jour, se sentit inspiré à traduire les sentiments de son cœur dans la langue de Pégase.Ces poètes improvisés faisaient sans doute peu de cas des règles de l’art, mais à cette prose rimée, ils adaptaient un air gai ou mélancolique en rapport avec le sujet traité.Nous devons beaucoup de reconnaissance à M.Philippe Aubert de Gaspé qui a recueilli quelques-unes de ces vieilles chansons que nos dignes ancêtres aimaient à chanter dans leurs fêtes et leurs soirées.Oue n’en a-t-il publié davantage ! ¦ Si, à la vérité, au point de vue de l’art, la perte de ces vieilles chansons ne semblent pas très importante, elle l’est pourtant au point de vue historique et canadien.Depuis quelques années il se fait un mouvement plus accentué encore dans le monde des lettres pour sauver de l’oubli les bribes de cette prose rimée qui nous révèle bien des choses que taisent les vieux parchemins sur la vie intime, les us et coutumes de nos ancêtres.Il y a donc lieu d’encourager ce mouvement.Les Canadiens'du bon vieux temps, ceux surtout du commencement du siècle dernier, avaient une grande prédilection pour les réceptions et les soirées de familles, auxquelles assistaient les parents et les amis.Le maître des céans se piquait de recevoir ses convives d’une façon princière.Souventes fois, il égayait — 67 — ses amis par des mots, des saillies pleines d’esprit et de bon sens, ou par quelque chanson que toute la société répétait en chœur Nous avons trouvé par hasard, dans les papiers de la famille Johnson, de Sorel, une de ees chansons, qui fut composée par le célèbre médecin Pierre-Martial Bardy, lors du départ de Boucherville, du Docteur J.-D.Nelson.Le souper eut lieu le 3 septembre 1825.Mademoiselle Bardy chanta d’abord une chanson immédiatement avant les couplets qui lui furent adressés par chacun des convives.CHANSON DE DELLE BARDY.Sur l’air : C’est donc ici qu’elle demeure.1 Le sort cruel, inexorable Qui va mener John loin d’ici, Causera la douleur durable De son tendre et fidèle ami.— REFRAIN — Qu’en ton chemin croissent les roses Te prodiguent leur douce odeur ; Que les Zéphyrs, que toutes choses, Opèrent toujours ton bonheur.2 Que la tempête et que l’orage De toi s’éloignent à jamais ; Que tout soit calme en ton passage, Tels sont en cqjour mes souhaits.3 Mais le vœu le plus désirable Qu’aujourd’hui je puisse former, C’est que le destin favorable Puisse vers moi te ramener.4 O vous que son départ attriste Daignez prendre part à mes vœux, Et permettez encor que j’insiste, Que vous lui disiez pour adieu : (Refrain).Voici maintenant les couplets chantés par les hôtes de M.et Mme Pierre-Martial Bardy; c’étaient le major Weilbrenner, son épouse, le colonel de Labruère, M.et Mme Lacoste, le Dr Weilbrenner, Delle Boucher de Grosbois, M.E.Bardy, Delle Bardy. — 68 — Sur l’air : Partant pour la Syrie: Mme Bardv : 1 Le plaisir ineffable Que j’éprouve aujourd’hui, De t’avoir à ma table, Est pour moi d’un grand prix — REFRAIN — Mais ton départ m’afflige Et déchire mon cœur, Qui sans cesse s’oblige A vouloir ton bonheur.Major Weilbrenner : 2 Tu quittes Boucherville Pour notre déplaisir ; Que dans une autre ville, Tu trouves du plaisir.3 Mme Weilbrenner : Je défends aux nuages D’obscurcir ton chemin ; Et j’ordonne aux orages De s’éloigner grand train.4 Le Colonel de la Bruère: C’est un plaisir sensible De t’avoir près de soi; Il me serait pénible De vivre loin de toi.Mme Lacoste : 5 Assise sur l’herbette Mon aimable Berger, Me nomma Bergerette Sous l’orme du verger.6 Dr Weilbrenner : Que de la Providence Tu ressentes les soins ; Que par sa bienfaisance Elle écarte les besoins.Delle de Grosbois : 7 Tu m’appelles ta Reine Je t’appelle mon Roi ;1 Si j’étais souveraine Tu vivrais avec moi.M.Lacoste, N.P.8 Qu’un pilote fidèle Par le plus heureux sort, Conduise ta nacelle Pour qu’elle arrive au port. 69 — Mme de Labruère : M.E.Bardy : Delle Bardy Le Dr Bardy : Le Dr Nelson 9 Comme il faut que je chante Que te dire à mon tour ; Qu’il n’est rien qui m’enchante Plus que ton prompt retour.19 Tu feras disparaître Le plaisir pour nous tous ; Pour le faire renaître Reviens donc parmi nous.11 Trêve de toutes peines Pour t’exprimer mes vœux ; Sur des rives lointaines Sois donc toujours heureux.12 Quand ton âme saisie Du plus mortel effroi, Regrettera la vie Cher ami, pense à moi.13 S’il m’est désagréable De quitter mes amis ; Qu’une amitié durable Toujours nous rende unis : — REFRAIN — Que ce départ m’afflige Et déchire mon cœur, Puisque chacun s’oblige A vouloir mon bonheur.ENVOI DU Dr BARDY l Reçois cette copie De mes vrais sentiments ; Durant toute ma vie, Ils seront très constants.— REFRAIN — Si jamais je t’oublie Je veux qu’à mon palais, Cette langue affaiblie S’attache à jamais.2 Rien ne plaît davantage Que de pouvoir prouver, Qu’on ressent l’avantage De toujours s’estimer.— REFRAIN — Et se faire connaître Pour ton fidèle ami, C’est ce qu’ose se permettre Pierre-Martial Bardy.Pour copie conforme : Abbé A.Couillard Després. — 70 — M.Damase Potvin.' Un littérateur bien connu ayant lu la série complète du Pays laurentien, nous adressait dernièrement une longue lettre d’encouragement, accompagnée d’appréciations sur nos collaborateurs.“Les articles de Jérôme Coignard, écrivait-il à propos de M.Potvin, m’ont vivement intéressé.Doué d’un rare talent, observateur délicat, écrivain sobre et distingué, il sait raconter un genre désirable et peu exploité.Il est excellent toujours.J’aime sa manière.” Devant cette flatteuse appréciation, c’est avec une certaine crainte que nous avons entrepris de biographier M.Potvin, car nous nous sentions incapable d’en parler à son juste mérite.Nous avons tout récemment connu M.Potvin, mais avant l’homme, nous avions admiré le journaliste, l’écrivain et le conférencier.Nous espérons, toutefois, que les notes biographiques ci-après intéresseront nos lecteurs; si elles provoquent ce résultat, elles n’auront pas été perdues.* , * * M.Damase Potvin est né le 16 octobre, 1882, à la Baie des Lia! Ha! Saguenay.Il suivit ses études commerciales et classiques au séminaire de Chicoutimi où il fit ses débuts littéraires en donnant pendant trois ans une “Chronique écolière” dans Y Oiseau-Mouche, un petit journal de collège qui eut ses heures de célébrité, grâce à ses polémiques avec les grands journaux de Montréal et de Québec.Depuis cette époque, M.Potvin n’a pas cessé défaire du journalisme.Aussitôt ses études terminées, notre collaborateur embrassa la carrière qu’il avait rêvée sur les bancs du collège, en fondant le Travailleur, de Chicoutimi; puis, il dirigea pendant un an le Progrès du Saguenay.Il vint ensuite à Québec où il fut tour-à-tour assistant-rédacteur à la Semaine Commerciale, à la Vérité et, enfin, rédacteur en chef du Quotidien, de Lévis.Puis, il fonda le Petit Québécois qui, pendant deux ans, eut, à Québec et dans ses environs, la plus grande vogue.¦ .- ' — 71 En 1909, M.Potvin vint à Montréal et entra à la rédaction du Devoir lors de la fondation de ce journal.Pendant son séjour dans la métropole canadienne il fonda, avec M.Pierre Bilaudeau, une revue intitulée Je Vois Tout, et collabora en même temps au Samedi et à la Revue Populaire, avec MM.Pierre Voyer et E.-Z.Massicotte.Il fut reçu membre de l’École littéraire de Montréal en 1910, alors que M.Germain Beaulieu était président de cette institution.M.Damase Potvin retourna à Québec deux ans plus tard pour entrer à la rédaction de /’Evènement où il occupe depuis quelques années le poste d’assistant-rédacteur.C’est dans ce journal qu’il publie chaque jour, depuis sept ans, un billet du soir, toujours spirituel, sous le pseudonyme de Graindesel.M.Potvin a collaboré, principalement sous les pseudonymes de Jérôme Coignard, Graindesel et de Jean Sainte-Foy, à presque toutes les revues qui ont paru depuis dix ou douze ans à Québec et à Montréal, et aussi à plusieurs revues américaines.En un mot, M.Potvin est un véritable intellectuel.Le jour, il travaille pour gagner sa subsistance; le soir, il fournit sa part à notre littérature canadienne-française en composant des romans de mœurs, des récits historiques et des relations de voyages qui s’entassent continuellement et forment déjà une importante collection.Mentionnons ses ouvrages.Restons chez nous (in-16, 244 pages.Québec, 1908), est un roman du terroir canadien qui eut un grand succès d’estime et de librairie et qui est aujourd’hui donné en prix dans les écoles.C’est la condamnation sous une forme tragique de ce désastreux exode de nos jeunes gens des campagnes vers les Etats-Unis.Restons chez nous a mérité des éloges sans restriction; de superbes articles ont été écrits sur ce volume, entr’àutres par le distingué critique québécois, l’abbé Camille Roy.Ajoutons que Restons chez nous a été publié en feuilleton dans un journal eanadien-français d’Ontario, le Moniteur de Hawkesbury.M.Potvin a aussi publié, sous son pseudonyme de Graindesel, un roman de mœurs ' politiques intitulé le Membre (in-12, 158 pages.Québec, 1916), qui eut son tour de notoriété.Notre sympathique collaborateur vient de terminer la composition d’un grand roman canadien intitulé le Retour à la Terre et dont la scène se passe au Saguenay et à Montréal.Il n’attend qu’une occasion favorable pour éditer cet ouvrage dont on peut — 72 dire, à l’avance, qu’il sera l’un des ehef-d’œuvres de la littérature du terroir.M.Potvin est un de ceux qui prêchent avec une ardeur patriotique le besoin du retour à la terre.Nous invitons tous nos lecteurs à se procurer ce livre oui leur fera passer des heures agréai.Vr.Le même auteur est à préparer actuellement le Tour du Saguenay historique, légendaire et descriptif.Ce volume eontien-tra des descriptions, des précis d’histoire sur tous les principaux endroits de la côte nord du fleuve èt du Saguenay, de Québec à Chicoutimi, et, en particulier, une foule d’intéressantes légendes typiques médites.Nul, parmi nos compatriotes, ne pouvait mieux que notre collaborateur entreprendre et réussir ce travail car M.Potvin est familier avec tous les coins et recoins de son cher pays natal, et son histoire n’a pas, à vrai dire, de secret pour lui.Cet ouvrage devait être publié en français et en anglais au cours de l’été prochain, avec la collaboration de M.W.-P.Osborne, 'ancien rédacteur en chef du Chronicle de Québec, mais la mort tragique récente de ce dernier retardera la publication de ce volume.M.Potvin collabore depuis le printemps 1917, en société avec M.Edmond Chassé, autrefois de la Patrie, à une petite revue humoristique, le Cri, dont nous avons dit quelques mots dans notre numéro d’octobre dernier.M.Potvin a abordé le théâtre avec succès par un drame en cinq actes fait avec Alex-Villandry -— feu le major L.-A.Plante-et intitulé les Deux Aventuriers, et qui fut joué au Théâtre Populaire de Québec, en 1911.En collaboration avec M.Alonzo Cinq-Mars, il fera prochainement représenter à Montréal et à Québec, une pièce en cinq actes tiré du fameux roman de Louis Ilémon, Maria Chapdelaine.Notre collaborateur fut l’un des membres fondateur de la vSociété des Arts, Sciences et Lettres, qui vient de se former à Québec, et dont il est le premier secrétaire.Il fut nommé président, en 1915, de la Galerie de la Presse à la Législature; il est aussi depuis trois ans, président de la Presse Associée de Québec.Il a gagné une mention honorable dans le premier concours littéraire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le troisième prix du deuxième concours et le deuxième prix du troisième concours.Ces jours derniers, M.Potvin marquait à Québec l’inauguration des séances publiques de la vSociété des Arts, Sciences et Lettres par une conférence intitulée: “Mon Pèlerinage au pays de Maria Chapdelaine’’ et qui est, nous dit-on, une des meilleures pièces de littérature du terroir qui aient jamais parues ici.M.Potvin est un observateur scrupuleusement attentif des choses de la campagne.Quand il porte ses observations sur les gens et les choses de la ville, il devient facilement et avec succès pince-sans-rire et ironiste redoutable.Plusieurs de ses billets du soir sont des petits tableaux d’humour presque parfait.Comme on peut en juger, la carrière littéraire de M.Damase Potvin est bien remplie et il doit être considéré comme l’un de nos plus tenaces travailleurs.vSon goût raffiné et ses peintures vécues et exactes, l’adresse avec laquelle il charpente ses livres, son style sobre et châtié, son amour pour notre “pays laurentien”, tout, en un mot, en a fait un écrivain local et essentiellement de chez nous.Ses écrits peuvent être lancés en France; ils ne manqueraient pas d’y attirer l’attention.Après la Chanson du Passant et la Jonchée Nouvelle, Doucet nous a donné Palais d’Argile, les Grimoires, Au bord de la Clairière, Près de la Source, Au Vent qui passe, d’autres livres encore.* On pourrait marquer quelque surprise aujourd’hui, de voir se renouveler le poète pour nous offrir dans le bruit de la guerre, un nouveau livre fleurant le terroir: Campagnards de La Noraye.Avec Doucet on est le plus souvent dans l’intimité paisible des champs et du semeur.Son dernier livre, Campagnards de La Noraye, nous rapproche, nous semble-t-il, plus étroitement, plus tendrement encore de la bonne Terre.Dans ces pages intentionnellement naïves et familières, et parfois si attendries de rêve et d’extase, le poète vide sa mémoire de tout ce qu’elle a retenu de l’âme, des couleurs et des voix du village aboli.Les anciens s’y dressent dans leur simplicité un peu rude, avec les mêmes mots envolés de leurs lèvres sans ruse et entendus de Doucet au- temps lointain où il était petit et heureux de les regarder vivre.Trois vies y déroulent leur simple et brève histoire.Hommes, nature, maisons, champs et rivière, horizons d’âme, horizons de pays, tout, s’évoquent avec une attachante sincérité, avec un savoureux réalisme.Toi aussi, ô La Noraye, on peut te louer d’avoir ton poète.Ton fils Doucet a cueilli pour lui et pour nous la fleur de ton terroir.Gérard MALCHELOSSE.Campagnards de La Norayi par Louis-Joseph Doucet Albert FERLA ND, — 74 Souvenirs d’Antan.“La Fraternelle” C’était en 1880.J’étais depuis un an rédacteur en chef du Courrier de Montréal, journal quotidien fondé par feu Denis Duvernay.J’y poursuivais assez rondement une campagne de revendications nationales, et j’avais la satisfaction de voir la plupart des journaux ministériels de langue française se départir un peu de leur habituelle intransigeance, pour emboîter successivement le pas derrière l’étendard indépendant, fièrement déployé par le Courrier.Je crois avoir, dans le temps, écrit bien des choses que tout le monde pensait mais que nul ne songeait à exprimer publiquement.J’en vois la preuve, non dans le succès du Courrier, dont l’existence a été éphémère en dépit de sa popularité, mais dans le fait que certaines idées, alors jugées audacieuses, sont aujourd’hui généralement admises.J’avous bien humblement que mes écrits n’étaient pas des modèles d’obséquiosité envers les hommes publics.Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, le Courrier exerçait une influence politique qui n’était pas à dédaigner.J’avais conservé avec soin tous mes articles parus dans le Courrier de Montréal.Les rats qui les ont dévorés depuis ont admis que c’était d’excellente prose.Un certain nombre d’amis du journal avaient l’habitude de se réunir, le soir, dans nos bureaux, pour y discuter les faits du jour.L’idée me vint d’enrégistrer toutes ces bonnes volontés dans l’intérêt de la cause nationale.Nous étions tous catholiques, et nul d’entre nous n’aurait voulu s’affilier à une des sociétés secrètes condamnées par l’Église.Cependant, nous ne voyions aucun inconvénient à nous constituer en un cercle restreint dont les membres, unis par de communes tendances politiques et sociales, s’engageraient sur l’honneur à ne divulguer ni le but, ni l’existence de l’association.Cette association, fondée sous le nom de “La Fraternelle’’ est dissoute depuis assez longtemps pour que je me considère comme délié de cette promesse, du moins en ce qui concerne le fait que l’association a existée.Elle n’a jamais compté plus d’une trentaine de membres, tous disparus depuis, moins deux ou trois. — 75 — Parmi les morts, deux ont été ministres de la Couronne; un seul est mort millionnaire; d’autres sont devenus députés; quelques-uns ont été candidats battus; plusieurs étaient ou sont devenus avocats; le service civil a pris le reste.Je n’ai pas consulté les survivants avant de raconter eeei.Le secret de l’existence de “La Fraternelle’’ a été si bien gardé que nul profane ne l’a jamais soupçonnée.Si j’en parle aujourd’hui, c’est que le temps me paraît arrivé de verser un pleur sur les restes inanimés de cette institution morte en bas âge, et dont les mânes, depuis bientôt quarante ans, ont été muets comme la tombe.J’ai assisté plus ou moins impassible à son agonie.Je me rappelle parfaitement l’heure où l’on aurait pu dire d’elle: “Madame se meurt, madame est morte”; mais il est un peu tard pour faire son oraison funèbre, et Bossuet lui-même ne l’entreprendrait pas.Qu’il me suffise de dire qu’elle est tombée dans le coma lors de mon premier départ du Courrier de Montréal en 1881.Mon retour à ce journal, en 1882, l’avait quelque peu galvanisée, mais elle a trépassé en même temps aue le Courrier, en 1883.En 188.1, j’avais abandonné la rédaction du Courrier, parceque des membres de “La Fraternelle”, après avoir approuvé d’avance un article que j’avais écrit, s’étaient, pendant mon absence, permis de modifier cet article de façon à lui faire dire le contraire de ce qui était convenu.Ils sont tous morts: Paix à leurs cendres ! Pour rester fidèle à mes convictions, je renonçais à un emploi dont j’avais besoin pour faire vivre ma famille.Si vous croyez qu’on m’en a su gré, votre erreur est profonde.Cet acte d’abnégation me semblait méritoire.Je savais bien que cela ne suffirait pas à me faire statufier de mon vivant, encore moins après ma mort, et je ne comptais pas sur une récompense.Seulement, ce qui me paraissait souverainement injuste, c’étaient les reproches que m’adressaient parfois les positivistes, pour qui le journaliste est une simple machine à écrire, qui ne doit pas avoir d’opinion, et dont le rôle doit se borner à exprimer les idées de ceux qui n’en ont pas.Il y a bien longtemps de cela, et pourtant je n’ai pas encore appris à comprendre de cette manière le rôle de l’écrivain.Ce serait à recommencer que, sur les questions de principe, je me montrerais aussi intraitable qu’au temps jadis. — 76 — A part cela, je n’ai eu qu’à me louer des bons procédés des membres de “La Fraternelle” à mon égard, et je m’unis aux rares survivants de cette association défunte pour crier: “Fa Fraternelle est morte, vive “Fa Fraternelle.” Rémi TREMBLAY.IL ME SOUVIENT Il me souvient d’avoir dormi sous un vieil orme, Au jour de ma jeunesse où tout était joyeux.Ma pensée et l’oiseau s’élançaient vers les cieux.Je regardais errer les nuages difformes.J’escaladais l’azur qui brillait sur les champs; Ft je rêvais d’amour, de gloire et de mystère; Je croyais à la vie, à la mort, à la terre.Dans mon âme passaient des rayons et des chants.Les gazons étaient verts et mon cœur était jeune.Les rameaux gazouillaient.Plus grand que l’horizon, L’espoir éternisait la divine saison.L’été nous absorbait comme après un long jeûne.L’arbre étendait sur moi ses nids et ses rameaux; L’ombrage doux et bon s’ouvrait à la lumière.J’y dormais en rêvant au bord de la clairière.Ft mes beaux jours passaient comme des jours jumeaux * * * Il me souvient d’avoir pleuré sous un vieil arbre, Le soir étant venu comme un brigand sur moi.Sous les nids endormis chaudement, sans émoi, Mon cœur se remplissait des froidures de marbre; Car je me retrouvais dans la belle saison, Mais dans le passé mort des clartés et des ombres, A travers les rameaux, j’ai vu les adieux sombres Des voix qui ne sont plus dont j’aimais la chanson.Ft le marbre des croix qu’on plante au cimetière Refroidissait l’espoir qui nourrissait mon corps.Passons notre chemin, c’est le chemin des morts; Toute ombre qui grandit s’étend sur un calvaire ! Louis-Joseph DOUCET. La soirée du Pays laurentien Le dimanche soir, 17 février dernier, avait lieu dans la salle Saint-Sulpiee la soirée littéraire et musicale organisée par le Pays laurentien.Cette soirée, présidée par M.Victor Morin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, et au programme de laquelle était une conférence par M.Benjamin Suite, a rapporté un joli succès.La salle, sans être comble, était cependant occupée par un auditoire satisfaisant pour le temps, et surtout par une classe d’élite qui comprend et s’intéresse au développement de notre littérature eanadienne-française.M.Morin présenta le conférencier en des termes chaleureux.Il dit avec raison que M.Suite est un de nos travailleurs les plus ardents et que son nom est universellement connu.La preuve, c’est qu’un jour une lettre adressée simplement “M.Suite, Canada”, est parvenue sans trouble à son destinataire.M.Suite, ajoute M.Morin, se fait un plaisir de donner cette conférence pour le Pays laurentien vu les sympathies qui existent entre lui et M.Malchelosse.M.Suite nous fait ensuite sa conférence sur les débuts de notre littérature et sur ses réminiscences personnelles.Avec son talent coutumier de narrateur, il nous retrace nos origines littéraires qui datent particulièrement de 1812 avec le nom, trop oublié, de François Perreault, qui écrivit une histoire du Canada pour les enfants, ce qui fut le point de départ d’autres ouvrages plus complets.Puis, il rappela le souvenir de Bibaud, de Carneau; de Gagnon, pour la poésie, en 1830, de Crémazie, en 1850, et de Fréchette, dix ans après.Il parla des livres français importés ici de France lors de la venue de ‘‘La Capricieuse”.C’est à la lecture de ces livres que les Canadiens s’intéressèrent à la littérature et qu’ils commencent à faire des vers français, mais toujours sur des sujets du terroir.AI.Suite fait remarquer que c’est grâce à ces écrivains de la première heure que ceux de la seconde furent plus habiies et réussirent davantage. — 78 — Les grands journaux Quotidiens de Montréal ayant déjà fait un bon rapport de cette conférence, nous nous contentons d’en faire ici une courte énumération, étant certains que ceux qui nous liront connaissent d’avance ce qu’est M.Suite comme fin causeur, et érudit historien.Son éloge n’est plus à faire, d’ailleurs./ La partie musicale de la soirée fut très bien remplie par Mlle Gilberte Bisaillon, pianiste, lauréate de l’Académie de Québec, qui rendit avec succès quelques compositions choisies des grands maîtres.M.Achille Bellavance, baryton-lyrique, charma l’auditoire par sa voix chaude et sympathique, en interprétant avec beaucoup de talent, “la Chanson des Roses”, et “la Fermière”.M.Oscar Barcelo jeune violoniste distingué, captiva aussi l’attention, en jouant avec une grande habilité quelques extraits de “Thaïs”.Ils méritèrent tons trois les honneurs du rappel.M.Morin, au cours de son discours, parla aussi du Pays latirentien et dit quelques mots de louange et d’encouragement à l’adresse de M.Gérard Malchelosse qui, quoique d’âge où généralement on ne pense qu’à s’amuser, sacrifie ses heures de loisirs pour le maintien et l’avancement de cette revue qui, en somme, est son oeuvre.M.Malchelosse, tout en remerciant M.Morin de ses paroles flatteuses et réconfortantes veut, pour mettre les choses à point, proclamer qu’il n’a pas été seul à faire naître et à soutenir le Pays laurentien.D’abord, M.Casimir Hébert, consul du Pérou, fut son conseiller et son premier appui, et plus tard, M.Émile Coderre fit aussi sa part dans la direction de cette publication.M.Malchelosse prie donc ces messieurs d’accepter, avant et avec lui, les paroles bienveillantes du distingué président, M.Victor Morin; et il profite de la même occasion pour remercier cordialement les dévoués collaborateurs qui'l’ont si généreusement aidé dans cette œuvre.D’ailleurs, l’allocution de M.Malchelosse qui clôtura la soirée le dit clairement et nous croyons convenable de la reproduire vu qu’elle s’adresse, non-seulement à ceux qui étaient présents à cette réunion, mais à tous ceux qui, de près ou de loin, se sont intéressés jusqu’ici au Pays laurentien. Monsieur le president, Mesdames, messieurs.Après les éloquents orateurs que nous venons d’entendre et que nous avons si bien goûtés, il semble téméraire de ma part d’oser prendre la parole, Mon âge, mes faibles ressources littéraires, mon inexpérience dans l’art oratoire, sont autant de raisons qui devraient m’en empêcher.D’un autre côté, cependant, je crois qu’il est de mon devoir d’offrir,au nom du Payslaurentien,des remerciements à ceux qui ont contribué à l’organisation et au succès de cette soirée.Mais avant d’entrer en matière, j’implore la bienveillance de mon auditoire, espérant qu’il ne considérera que le bon sentiment qui me fait agir.Le Pays laurentien, mesdames et messieurs, (il faut bien en parler puisque cette soirée est pour lui), le Pays laurentien, dis-je, est né dans un temps critique; ses débuts furent pénibles; il a fallu lutter courageusement pour qu’il vive et nous le publierons aussi longtemps qu’il nous sera possible, car nous espérons qu’étant plus connu, il sera davantage encouragé à l’avenir.Si nous avons réussi à le maintenir, il faut avouer que nous le devons surtout aux généreux collaborateurs qui l’ont alimenté, sans rétribution, et aux bons amis qui nous ont soutenus, convaincus qu’ils étaient d’aider une œuvre patriotique et méritante.Parmi ces bienfaiteurs et amis, citons en première ligne, notre distingué conférencier de ce soir, M.Benjamin Suite, dont on peut dire à bon droit "qu’il a été comme le germe fécond et l’alimentation principale de cette revue naissante.” Non content de cela, il a voulu de plus se prêter généreusement ce soir et nous intéresser par une conférence aussi amusante qu’instructive.Nous sommes donc heureux de lui témoigner publiquement notre gratitude en lui offrant nos remerciements les plus sincères.Nous remercions aussi M.Victor Morin, le digne président de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui a bien voulu présider notre soirée.M.Morin et quelques autres membres de la société méritent notre vive reconnaissance pour l’intérêt qu’ils nous ont porté et les bons conseils qu’ils nous ont donnés en maintes circonstances.Nous remercions de tout cœur Mlle Gilberte Bisaillon, M.Achille Bellavance et M.Oscar Barcelo pour leur bienveillant concours; tous trois ont su, par leur talent respectif, donner une note de charmante gaieté au programme de cette fête, en se chargeant de la partie artistique musicale.Nous remercions, enfin, tous ceux qui nous ont honorés de leur présence ici ce soir, et nous ne doutons pas que ce premier succès sera le prélude d’un avenir plus brillant pour notre cher Pays laurentien.Mesdames et messieurs, merci.* * * Tous ceux qui ont assisté à cette première soirée du Pays latirentien en ont paru très satisfaits, et ils en garderont certainement un bon souvenir.Un TEMOIN — 80 Les livres de chez nous.W.-A.Baker, C.R.— Nouvelles Rêveries.Poésies et sonnets.Deuxième édition, revue et augmentée.Un volume in-12, 40 pages, sur papier de luxe.Montréal, 1918; le Pays laurentien, éditeur.Des huit ou dix publications déjà parues du Pays laurentien, ce livre est peut-être le plus difficile à apprécier parceque son auteur semble y concentrer toutes les diversités de penser, de croire et de pratiquer qui sont départies à l’humanité.N’étant et ne voulant pas être critique, nous n’envisagerons que le côté psychologique de cet ouvrage.Nourri dans l’étude des grands maîtres de la pensée moderne, M.Baker exerce dans son genre une inspiration profonde et une séduisante originalité qui le classent comme une unité distincte de nos autres poètes laurentiens.Son talent fortifié par l’étude et la méditation, recherche en la vie des traditions idéales qu’il chante avec amour.A l’expression de ses sentiments propres, il donne, en les détachant, pour ainsi dire, de sa personnalité, une valeur et une portée philosophiques générales.Des traits principaux qui caractérisent l’œuvre de M.Baker sont l’exactitude des tableaux, le culte de l’art vrai, la méditation grave et réfléchie.Des vers nous laissent pensifs, bien qu’ils reflètent toujours la sérénité d’âme du poète.Quant à la perfection de la facture, M.Baker ne la pousse pas à l’excès la considérant comme secondaire, mais ce qui frappe c’est cette union de l’ampleur avec la rectitude, de la magnificence avec la précision des images.Des Nouvelles Rêveries intéresseront surtout les amateurs de la haute littérature.Cette édition, comme la première, contient une belle préface de M.Albert Ferland qui est considéré comme un de nos meilleurs stylistes canadiens.-o- Fleurs de Lys.—Troisième concours littéraire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Un volume in-8, 160 pages, contenant neuf illustrations sur papier hors-texte.Montréal, 1918.Prix: 60 sous.Rien de plus intéressant et de plus digne de mention que Fleur de Lys.Le Pays laurention aime trop passionnément les choses de “chez nous” pour ne pas applandir de tout cœur à ce nouveau recueil dans lequel figurent les huit meilleures compositions du dernier concours littéraire lancé par notre confrère le Petit Canadien.Avec la Croix du Chemin et la Corvée qui eurent un grand succès, Fleur de Lys devrait se trouver dans toute les familles canadiennes.C’est un excellent livre du terroir qui, par la variété des récits et les souvenirs historiques qu’il contient, saura plaire à tous.Ba Société St-Jean-Baptiste de Montréal mérite des louanges pour l’encouragement qu’elle donne à notre littérature canadienne en organisant de tels concours.Nous constatons avec plaisir qu’au nombre des heureux vainqueurs se trouvent trois de nos fidèles collaborateurs ; ce sont: M.Damase Potvin, Frère Blie et Frère Robert.Nous offrons à ces messieurs, ainsi qu’aux autres concurrents, nos chaleureuses félicitations.Gérard MALCHELOSSE
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