Relations, 1 mars 1941, Mars
[" LE ROCHER DANS LA TEMPETE Joseph LEDIT LA MAISON QUI VIT FONCTION SOCIALE TUBERCULOSE ET TAUDIS J.A VIDAL EDUCATION ET SOCIETE DE DEMAIN Jacques COUSINEAU ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE Éditoriaux.57 Un peuple à genoux \u2014 L\u2019appel de la charité \u2014 La Revue du Barreau \u2014 Épargne \u2014 Autour d\u2019une loi nouvelle \u2014 Le Jour du Seigneur.Articles LITURGIE, FONCTION SOCIALE .\t.Alfred Bernier\t60 LA MAISON QUI VIT .\t.\t.Rina Lasnier\t62 ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ\t\t DE DEMAIN\tJacques Cousineau\t\t64 TUBERCULOSE\t\t ET TAUDIS\t\t.J.-A.Vidal\t67 Correspondance .\t\t68 Commentaires .\t\t70 Le corporatisme en marche\tau Québec \u2014\t Pertes catholiques aux États-Unis \u2014 Un Conseil supérieur de l\u2019Enseignement technique \u2014 Service d\u2019Urbanisme à Montréal \u2014 Le mouvement démographique aux États-Unis \u2014 L\u2019alcoolisme, tare de notre vie nationale.Chroniques LE ROCHER DANS LA TEMPÊTE.\t.Joseph Ledit\t72 ENFANTS ET LIVRES .\tJean-Paul Labelle\t74 ACADIE 1940 \t\t.Antoine Bernard\t76 FRIANDISES\t\t MUSICALES .\t.Jean Vallerand\t77 LA PRIÈRE\t\t EST UNE FORCE .\t.Reader\u2019s Digest\t78 HORIZON INTERNATIONAL .\t.\t.\t.\t79 Cité du Vatican \u2014 Mexique \u2014 France \u2014 Angleterre \u2014 Allemagne \u2014 URSS.Livres récents.Le saint Baptême.Louis Chagnon Kindly Light.Roderick McKenzie Comment préparer son Mariage?.J.Cousineau Le Crépuscule de la Civilisation Défense de VAmérique .Crédits et Recouvrements .Histoire de la province de Québec Dossier sur le Pacte fédératif .82 .J.Cousineau .Joseph Ledit Émile Bouvier .Charles Dubé Wilfrid Gariépy RELATIONS NOS COLLABORATEURS Le P.Alfred Bernier, s.j., docteur en Musique sacrée de l\u2019Institut pontifical de Rome, enseigne la liturgie au scolasticat de lTmmaculée-Conception.\u2014 La poésie canadienne vient d\u2019acquérir avec Images et Proses de Mlle Rina Lasnier un accent inconnu jusqu\u2019ici.\u2014 Le P.Jacques Cousineau, s.j., introduit une série d\u2019articles sur l\u2019éducation, du point de vue sociologique qui est le sien.\u2014 Chef de Service à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Cartierville, professeur agrégé à ^Université de Montréal et professeur de phtisiologie à l\u2019École d\u2019Hygiène sociale, le docteur J.-A.Vidal est une autorité reconnue en matière de tuberculose.\u2014 Les contacts nombreux maintenus au long de ses quatorze ans de séjour à Rome ont familiarisé le P.Joseph Ledit, s.j., avec l\u2019atmosphère de la Ville éternelle.\u2014 Divers problèmes de puériculture, entre autres celui des lectures chez les jeunes, intéressent le P.Jean-Paul Labelle, s.j., depuis son stage d\u2019enseignement au Collège Saint-Ignace de Montréal.\u2014 Le F.Antoine Bernard, c.s.v., licencié ès Lettres de l\u2019Institut catholique de Paris et docteur ès Lettres de l\u2019Université de Montréal, est professeur titulaire d\u2019histoire de l\u2019Acadie en cette dernière institution.\u2014 M.Jean Vallerand se meut à l\u2019aise en son domaine propre qui est la Musique.REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Joseph-Papin Archambault Joseph-H.Ledit, Jacques Cousineau Administrateur: Albert Bellemare \u2022 PRIX DE L\u2019ABONNEMENT :.$2.00 par année A l\u2019étranger: $2.50.Pour les étudiants: $1.50 L\u2019abonnement commence en janvier, avril, juillet et octobre \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel es» - Tél.: FR.1189 MONTRÉAL\tCANADA 1ère année, No 3 Ecole Sociale Populaire, Montréal Mars 1941 É D I T O Un peuple à genoux OUAND sir Eugène Fiset demanda à Son Éminence le cardinal Villeneuve d\u2019organiser la Messe solennelle du 9 février, il ne fit que remplir son devoir d\u2019homme d\u2019État chrétien.Dieu n\u2019a pas seulement droit au culte que lui rendent les individus; Il veut être honoré par les nations.Trop de pays ont oublié cette vérité élémentaire, mais pas le Québec catholique.Sachant que son pays était en danger, le Lieutenant-gouverneur de la Province voulut que tout le Québec, officiellement, implorât le secours divin.Aussi, le 9 février, toutes les autorités du pays, religieuses, civiles et militaires, prirent part, en leur nom individuel et au nom de tous leurs concitoyens, à cette liturgie solennelle.C\u2019est au nom de tous, aussi, que l\u2019hon.Ernest Lapointe récita la prière composée par Son Éminence le Cardinal.Ceux qui assistèrent à la messe de Notre-Dame garderont le souvenir d\u2019une vision sublime: tout un peuple à genoux devant Dieu.En ce jour, le Québec donna au monde entier une hère leçon d\u2019humilité chrétienne.Le Cardinal sut traduire en langage humain l\u2019émouvante splendeur de cette cérémonie.Il encouragea les humbles à la prière et au sacrifice.Aux soldats canadiens qui risquent leur vie sur les champs de bataille, sur la mer et dans le ciel, il donna les plus beaux motifs d\u2019héroïsme.Qu\u2019ils emportent avec eux le message de leur Cardinal; ils comprendront mieux la tâche que le pays leur a confiée; ils sauront pourquoi ils doivent lutter et s\u2019immoler jusqu\u2019au bout, et leur sacrifice en vaudra la peine.La dernière partie de l\u2019allocution s\u2019adresse à tous: aux chefs d\u2019État, aux classes dirigeantes, aux plus petits citoyens.Il faudra, après la guerre, lutter contre les abus qui ont corrompu notre société par l\u2019inobservance des lois divines.(( Nous avons confiance, nous aussi, que ces principes seront acceptés par les gouvernants et les hommes d\u2019État dans tout le Commonwealth des nations britanniques et reçus comme une base RIAUX solide sur laquelle une paix durable pourra s\u2019édifier.)) Cette parole du Cardinal n\u2019est pas seulement une exhortation; elle contient l\u2019avertissement que le chef spirituel de la nation devait donner au pays.Dieu ne bénira pas nos efforts de guerre si nous ne sommes pas tous résolus à édifier une paix chrétienne dans des nations chrétiennes.L\u2019appel de la charité DU 10 AU 19 MARS, la Fédération des Œuvres de charité canadiennes-françaises de Montréal fera appel pour la septième année, à la charité .pour la charité.Journées pleines d\u2019angoisses et d\u2019espoirs, pour les organisateurs et organisatrices au dévouement inlassable, pour les protégés innombrables de la Fédération, pour toute la population de Montréal qui connaît ou soupçonne au moins cette misère physique et morale chez elle .et qui doit être soulagée.Journées d\u2019angoisses en effet.L\u2019année qui vient de s\u2019écouler n\u2019a-t-elle pas été un appel ininterrompu à la charité pour des œuvres toutes plus importantes les unes que les autres, œuvres de paix, œuvres de guerre, en faveur des jeunes, des vieux, des pauvres et des malades, de tous les déshérités de la vie.On songe avec effroi aux répercussions sans fin sur chacune des œuvres fédérées et sur chacun de ceux qu\u2019elles protègent d\u2019une diminution des fruits de la campagne.Mais les espoirs sont encore plus grands que les craintes, car la charité, nous dit saint Paul, est plus forte que tout: Caritas omnia vincit.Elle vaincra les égoïsmes, les insouciances, les impossibilités trop facilement déclarées; elle inspirera les générosités et les largesses des humbles bourses comme des portefeuilles bien garnis.Montréal maintiendra cette année encore la réputation de sa générosité toujours en éveil et, malgré la guerre, à cause même de la guerre, assurera une nouvelle victoire de la charité chrétienne. La Revue du Barreau T A NAISSANCE ou la mort d\u2019un périodique peut être un fait divers à peine digne de mention ou constituer un événement dans la vie d\u2019un peuple.Dans cette deuxième catégorie, se rangent la disparition en 1939 de La Revue du Droit et la naissance en janvier 1941 de La Revue du Barreau de la Province de Québec.L\u2019Ordre des avocats de la Province vient de combler le vide inquiétant creusé dans la vie culturelle et professionnelle du Canada français par la disparition du périodique que dirigèrent pendant 17 ans avec tant de dévouement et d\u2019intelligence Me Eusèbe Belleau d\u2019abord, puis Me Léo Pelland.Le haut patronage sous lequel la nouvelle revue commence sa carrière devrait lui assurer succès et longue vie.La chose est d\u2019importance.Dans un monde où la violence étouffe de plus en plus les voix humaines, le Droit, symbole et défenseur naturel de la justice, demeure un des principaux remparts des libertés essentielles.Rien ne pourra autant aider le Droit à jouer son rôle dans la Cité qu\u2019une revue à la fois doctrinale et pratique.Outre les services indispensables qu\u2019une telle publication rendra aux avocats d\u2019une province où l\u2019étude et la pratique du Droit deviennent singulièrement compliquées, elle pourra par ses travaux de doctrine orienter dans le sens d\u2019une saine évolution notre société qui cherche un ordre nouveau.L\u2019article liminaire du premier numéro le reconnaît: (( Le Droit d\u2019un pays se forme, se développe; il change.Des idées doivent présider à son application, à ses modifications.Aux juristes revient la tâche d\u2019y travailler )).Tâche lourde et pleine de responsabilités.Le Canada français le sait d\u2019expérience.Le particularisme de sa vie juridique a constitué une force appréciable dans sa lutte légendaire pour la survivance française et catholique.Une haute autorité l\u2019affirmait récemment à la radio: notre droit est un un des rares secteurs de notre vie nationale qui ait jusqu\u2019ici victorieusement résisté aux influeuces quasi-irrésistibles de la civilisation américaine.La nouvelle revue vient défendre le patrimoine juridique du Canada français.Les noms qui composent son bureau de direction sont un gage que la tradition juridique française se maintiendra au Québec dans toute sa vigueur, voire qu\u2019elle s\u2019enrichira par des contacts plus intimes avec la sociologie et la morale.Ce fut le mérite des remarquables équipes de juristes catholiques français, groupés soit à Lyon autour de la Revue des Institutions, soit à Nancy autour du Droit social, que de chercher à opérer la synthèse de leur discipline particulière avec la sociologie chrétienne et de travailler ainsi à l\u2019élabora- tion d\u2019un monde meilleur dont Sa Sainteté Pie XI disait qu\u2019il devait (( se manifester par la création d\u2019un ordre juridique et social » nouveau.La Revue du Barreau de la Province de Québec ne pourrait s\u2019assigner, à côté de fins immédiates et pratiques, de plus noble mission.Epargne UNE GRANDE CAMPAGNE de publicité bat son plein actuellement pour engager la population canadienne à souscrire généreusement aux certificats d\u2019épargne de guerre.Il s\u2019agit de mettre à la disposition de notre gouvernement une source abondante de revenus, autre que celle de l\u2019impôt, pour l\u2019aider à poursuivre l\u2019effort de guerre de la nation.L\u2019argent, comme jamais, est le nerf de la guerre: on peut en vérité parler de la valeur militaire exceptionnelle de l\u2019épargne nationale ainsi canalisée et utilisée.Les sacrifices que s\u2019imposeront les Canadiens pour répondre à l\u2019invitation du gouvernement auront en même temps une haute portée sociale.Est-ce concevable que dans la triste conjoncture où nous vivons, « la société continue de s\u2019amuser, de gaspiller, de se corrompre )), malgré les tristes expériences de la dernière guerre ?Cette prospérité factice dont on ne sait profiter que pour jouir, nous conduira-t-elle encore à des lendemains de misère?L\u2019épargne pratiquée par choix constitue une bienfaisante auto-discipline dont on ne saurait exagérer l\u2019importance pour l\u2019individu d\u2019abord, pour sa famille et pour la société elle-même.L\u2019épargne a été le secret de l\u2019étonnante endurance, morale et matérielle, de certains peuples à travers les plus grandes calamités.Une pareille vigueur ne serait vraiment pas de trop pour le peuple canadien-français par les temps qui courent.Avec l\u2019élévation de pensée qui caractérise ses déclarations, S.Em.le cardinal Villeneuve allait plus loin dans un communiqué récent et dégageait la valeur chrétienne et surnaturelle de l\u2019économie qui peut devenir, selon la valeur des motifs qui l\u2019inspirent, une expression méritoire de la vertu de tempérance.Tel est le sens profond et la portée lointaine de l\u2019épargne de guerre, selon l\u2019esprit dans lequel chacun la pratique.Autour d\u2019une Loi nouvelle OUAND NOUS PARAITRONS, une loi aura sans doute rendu obligatoire dans la province de Québec le traitement des maladies vénériennes.Voilà la réponse officielle, positive, à un appel scienti- 58 RELATIONS fique autorisé.C\u2019est un point de départ sérieux pour mener une lutte victorieuse contre le fléau vénérien.Reste à faire, par une propagande appropriée, le principal: l\u2019éducation du peuple, premier bénéficiaire de cette loi, car on ne saurait réduire la lutte antivénérienne à une série de piqûres légalement imposées.Cette propagande populaire devrait se faire différemment selon qu\u2019elle s\u2019adresse directement aux contaminés eux-mêmes et à leur entourage, ou simplement à la population encore saine qu\u2019il faut préserver du mal.Dans le premier cas, on fait connaître la loi; on montre l\u2019accès facile des dispensaires, les espoirs de guérison et de réhabilitation, les dangers de laisser la maladie suivre son cours; on prévient, auprès de l\u2019entourage, les inquiétudes excessives qui font voir de la contagion partout.Dans le second cas, le procédé devrait être bien différent.Sans négliger de faire connaître les données exactes de la science, on mettra l\u2019accent sur la gravité du mal, sur les nécessaires précautions hygiéniques et morales auxquelles chacun doit s\u2019astreindre, sur les répercussions de la maladie, dût le patient en guérir assez rapidement lui-même, sur l\u2019individu, la famille et la société.Ainsi du point de vue familial, que de scènes pénibles dont on peut faire deviner l\u2019existence, et prévenir la multiplication.Les soupçons, les difficultés avant et après l\u2019aveu fatal de son mal par l\u2019un des conjoints.L\u2019intimité conjugale sérieusement compromise, parfois ruinée par cette continence rigoureuse imposée au nom de l\u2019hygiène.Cette réserve subite d\u2019un père vis-à-vis de ses enfants; ces précautions hygiéniques suspectes qui éveillent l\u2019attention des plus grands.A moins que ce ne soit le mal introduit et installé au foyer par ceux qui, par-dessus leur conscience et les avis du médecin, vont droit à la contagion directe de leur épouse ou de leurs enfants.Il n\u2019est pas jusqu\u2019à l\u2019argument économique qui ne puisse être judicieusement utilisé.Il en coûte cher à l\u2019individu qui peut payer, de se débarrasser de la syphilis ; il en coûte plus cher encore à la société.On écrivait ici-même le mois dernier que les frais du traitement gratuit des maladies vénériennes s\u2019élevaient\u2014dans Montréal seulement \u2014 à $355,000.par année.Que sera-ce quand tous les contaminés, au lieu de 10% seulement comme aujourd\u2019hui, se soumettront au traitement ! Si, pour compléter l\u2019information des autorités gouvernementales et donner plus d\u2019ampleur à l\u2019éducation populaire, on veut étudier les causes profondes de la dissémination syphilitique dans les classes pauvres surtout, on indiquera l\u2019alcoolisme, la débauche, la misère, la promiscuité des logements insalubres, le désœuvrement, le mariage forcément retardé pour cause de chômage, la baisse de la moralité MARS 1941 publique .La campagne antivénérienne ne doit ignorer aucun de ces facteurs, si elle veut vraiment compléter l\u2019œuvre d\u2019assainissement commencée par le traitement obligatoire des syphilitiques.Le jour du Seigneur I\"\\U 30 MARS AU 5 AVRIL, ce sera la Semaine du Dimanche.Toute une semaine d\u2019enseignement organisée par la Ligue du Dimanche avec des articles dans les revues et journaux, des prédications dans les églises, des causeries, des conférences.Toute une semaine de sérieuses réflexions, d\u2019examens de conscience faits par les chrétiens sur leur manière d\u2019observer le précepte du Seigneur : (( Les dimanches tu sanctifieras en servant Dieu dévotement )).Voilà ce qu\u2019est la Semaine du Dimanche.Et ce n\u2019est pas trop d\u2019une semaine pour en parler, pour y réfléchir.Notre dimanche chrétien et catholique, (( le Jour du Seigneur )), est sérieusement menacé.Une enquête faite l\u2019an dernier a révélé que dans la plupart des paroisses d\u2019une grande ville de la Province, au moins 10% de la population en âge d\u2019y aller ne va pas à la messe.Récemment deux enquêteurs montréalais, un dimanche après-midi, ont visité huit restaurants et grills, pris au hasard.Us ont pu s\u2019édifier sur la façon dont y sanctifiait le dimanche.Relations de janvier a cité le texte de leur rapport.Une autre ville de la province, jusqu\u2019à ces derniers temps, était envahie chaque dimanche par une moyenne de dix mille visiteurs.Il y avait là hôtels et restaurants avec salles à dîner pouvant recevoir jusqu\u2019à deux et trois mille convives.Il s\u2019y faisait une consommation-record de bière et de boisson.Les voyageurs qui parcourent la province sont unanimes à constater que les hôtels dans les campagnes sont envahis le dimanche par jeunes gens et jeunes filles qui ne vont pas là pour y dire leur chapelet.Qu\u2019une fois tous les 25 ans, au retour périodique des guerres mondiales modernes, tout un peuple, avec ses chefs civils en tête, un dimanche, lève les bras au ciel pour demander à un Dieu justement irrité de lui pardonner ses iniquités et de lui donner la victoire, c\u2019est très bien et c\u2019est beau.Mais que ce même peuple, sans que les autorités civiles s\u2019en émeuvent, prostitue « le Jour du Seigneur )) par ses beuveries, son commerce et son travail, c\u2019est moins bien et c\u2019est moins beau! Et ça revient plus souvent.La préservation de notre dimanche chrétien: voilà une bataille à gagner sur le front de l\u2019intérieur, et d\u2019abord une bataille qu\u2019il faut loyalement engager.L\u2019Écriture donne quelque part cet avertissement : (( Dieu n\u2019aime pas qu\u2019on se moque de Lui )).59 LITURGIE, FONCTION SOCIALE Alfred BERNIER, S.J.l\u2019HOMME n\u2019est pas un mystère pour son Créateur.j Dieu connaît l\u2019incapacité foncière de sa créature de choix d\u2019atteindre seule ses fins.Aussi, a-t-il infusé à l\u2019homme, en le créant, une tendance naturelle de s\u2019unir aux autres, afin de poursuivre ensemble des buts communs.Pli Ce besoin d\u2019une commune conspiration au bien de tous, essentielle à la fécondité des œuvres comme à notre propre survie, nous l\u2019éprouvons tous les jours.Vérité que l\u2019enfant pratique spontanément: toujours il recherche la compagnie, ne serait-ce que pour accroître l\u2019intérêt de ses jeux.L\u2019enfant sait que la société est un fait de nature.Point n\u2019est besoin de chercher ailleurs l\u2019origine de la société.Elle est née avec l\u2019homme, que définit Aristote (( un animal sociable )).La science comparée des religions prouverait à elle seule la sociabilité humaine.Car une religion proprement dite est un fait social.N\u2019est-ce pas le rôle de toute religion d\u2019unir les hommes dans un hommage commun rendu à l\u2019Être suprême?Et comme toutes les religions s\u2019expriment dans un culte, le culte se doit d\u2019être social.Ainsi, la liturgie de la vraie religion est-elle éminemment sociale.Sociale, parce qu\u2019elle s\u2019exerce par ou pour toute la communauté chrétienne.Sans doute, le Christ, seul Pontife, seul Prêtre de la nouvelle Alliance, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, est également le seul préposé à la fonction liturgique.Mais, puisqu\u2019il a voulu ne pas prolonger sur terre sa présence visible, Il a eu besoin de coadjuteurs, de successeurs.Voilà pourquoi il a doté son Église, société visible et parfaite, d\u2019un triple pouvoir, celui de conduire cette société (juridiction), celui d\u2019instruire les hommes (magistère), celui d\u2019administrer les sacrements (ordre).C\u2019est par ce dernier pouvoir que la hiérarchie, les chefs de l\u2019Église, s\u2019emploieront à organiser et à préciser, en ses détails secondaires, le culte divin spécifiquement constitué par le Christ dans ses éléments essentiels.C\u2019est par le pouvoir d\u2019ordre que s\u2019exerce la Liturgie dont la double mission est de glorifier Dieu et de sanctifier les âmes.On a défini la Liturgie de diverses manières.Les uns n\u2019y ont vu que la partie sensible et décorative, purement cérémonielle, qui entoure le culte catholique.D\u2019autres ne considèrent que les rubriques, les lois qui régissent l\u2019exécution des rites ou cérémonies.Ces définitions enlèvent à l\u2019idée liturgique ses traits essentiels.La Liturgie est le culte public et officiel que l\u2019Église rend à Dieu.C\u2019est (( l\u2019exercice extérieur et collectif de la vertu de religion, pratiqué par les membres de la société ecclésiastique sous la présidence d\u2019un représentant de la hiérarchie, qui opère en vertu de la mission sacerdotale dont il est revêtu et selon les normes d\u2019une discipline organisée d\u2019avance par Jésus-Christ ou par ses représentants )).Définition un peu longue, mais qui met en relief la fonction sociale de la Liturgie: culte collectif: l\u2019individu n\u2019est pas en cause, sauf comme partie intégrante de la grande collectivité chrétienne qui rend à Dieu son hommage; culte public: la prière privée ou purement intérieure ou qui n\u2019est pas faite au nom de l\u2019Église est exclue du concept du culte; culte officiel : l\u2019hommage rendu à Dieu en dehors des personnes légitimement députées n\u2019est pas liturgique au sens véritable.Groupement de personnes, symbole extérieur, hiérarchie : trois caractéristiques qui appellent l\u2019idée sociale.Ce culte rendu à Dieu n\u2019est autre, selon saint Thomas, que l\u2019honneur et la soumission manifestés à Dieu à cause de son excellence propre.Il se compose surtout de la Messe, des Sacrements, des Sacra-mentaux, des prières, chants et lectures de l\u2019Office canonique.Sont donc exclues de ce culte public et officiel, et partant de la Liturgie proprement dite, les prières privées, quelle que soit leur valeur sanctifiante, toutes les dévotions qui n\u2019ont pas l\u2019approbation officielle de l\u2019Église ou qui n\u2019ont pas une place officielle dans le culte public.L\u2019étymologie même du mot liturgie en marque bien le caractère social: les mots grecs leiton ergon signifient fonction, ministère public.Le mot liturgie s\u2019employait chez les Grecs anciens avec la même idée de participation collective et hiérarchique.Se charger d\u2019une liturgie, c\u2019était se charger d\u2019un service public, dont les citoyens prenaient la charge de gré ou de force, et à leurs frais, pour l\u2019armée, la marine, les jeux, les représentations dramatiques, les danses ou même pour les solennités des fêtes religieuses.Aujourd\u2019hui, ces liturgies civiles ou militaires n\u2019existent plus.Notons, en passant, que dans l\u2019Ancien et le Nouveau Testament la liturgie est un office religieux, rempli par les prêtres ou les lévites dans le temple, et surtout dans le sacrifice.Dans les églises orientales, le mot liturgie est réservé exclusivement à la Messe elle-même.La constatation à signaler, c\u2019est que partout et toujours, dans l\u2019étymologie du mot ou dans l\u2019histoire de la chose, l\u2019on rencontre ce triple élément social : un rite extérieur et visible, une hiérarchie, une communauté.60 RELATIONS Sous l\u2019effet de déplorables défections, du malheur des temps, des fausses mystiques du jansénisme, du quiétisme et surtout du protestantisme, le sens liturgique chez le peuple fidèle s\u2019est égaré.La décadence de l\u2019esprit paroissial et liturgique, l\u2019oubli de la notion sociale de la Liturgie ne furent que la conséquence logique du principe premier du protestantisme: aller à Dieu sans intermédiaire.Du coup, la hiérarchie est supprimée ou paralysée dans son action; l\u2019individu s\u2019arroge la fonction de la communauté; la prière publique n\u2019est plus la base essentielle des rapports officiels entre Dieu et l\u2019homme.Dès lors, les guerres de religion pourront détruire les églises, ces (( maisons de liturgie )) ; les églises elles-mêmes, se dépouiller de tout ce qui exprimait un symbole social; les orgues, cette voix une et multiple comme la voix de la communauté, se taire; les arts, ne plus traduire de leur façon discrète la collaboration de tous à la prière de tous.La Messe et le sacrifice qu\u2019elle contient, la Communion, le Baptême, la Pénitence, le Notre Père, le Bréviaire, le chant se sont vidés de leur sens plein.Des notions étrangères se sont infiltrées dans la vie liturgique.L\u2019âme collective s\u2019étiole, la vitalité chrétienne est diminuée.C\u2019est la mystique individuelle.La vérité est ailleurs.C\u2019est l\u2019œuvre du renouveau liturgique, commencé avec la fin du siècle dernier, d\u2019avoir redonné à la Liturgie son vrai visage, son sens pleinement social.La Liturgie est une œuvre de solidarité sociale, la solidarité de vingt siècles d\u2019un même culte qui incorpore non pas seulement les membres de l\u2019Église présente, mais tous les hommes de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les conditions, qui incorpore le monde passé, présent et futur.La Liturgie n\u2019est pas l\u2019œuvre d\u2019un seul, mais de toute la collectivité.C\u2019est elle qui, depuis le Christ, le premier-né entre les hommes, organise les relations officielles entre Dieu et l\u2019homme.C\u2019est par la Liturgie, par l\u2019ensemble de ses rites, que s\u2019expriment et se réalisent les rapports de l\u2019homme à Dieu et de Dieu à l\u2019homme.Pas l\u2019homme qui dit je, mais nous (sauf quand l\u2019action liturgique exige expressément le singulier).Pas l\u2019homme qui passe, mais l\u2019homme qui mourra avec le dernier humain.Collectivité, universalité, unité sociale,\u2014 c\u2019est toute l\u2019Église.C\u2019est toute la religion nouvelle qui se distingue par l\u2019économie nouvelle des rapports de l\u2019homme à Dieu.Sous l\u2019Ancienne Loi, Dieu n\u2019était pas un Père éommun.C\u2019était le Dieu fort, le Seigneur, le Maître.Un Maître sans intimité.La Loi de grâce a créé cette merveille: le Corps mystique du Christ.Le Christ, Fils du Père, frère de tous les hommes.Le Christ vivant en nous.La vie du Christ, donc la nôtre.MARS 1941 L\u2019incorporation au Christ, à son Corps.Une même vie, la vie divine animant le Christ total.Ce dogme, qui est la racine profonde de l\u2019aspect social de la liturgie, éclatera d\u2019une beauté et d\u2019une splendeur fulgurante dans le Sacrifice de la Messe et dans la sainte Communion qui consomme l\u2019union à Dieu.La sainte Liturgie n\u2019est rien moins.Elle est une tranche de vie divine.Elle rassemble dans le Christ les hommes dispersés, elle en fait une communion de pensées, de désirs, d\u2019actions.Avec le Christ, dans le Christ, par le Christ s\u2019élèvent de la communauté chrétienne l\u2019hommage et la soumission de tous les hommes.Un hommage et une soumission qui se traduisent depuis deux millénaires par les mêmes rites, les mêmes formules, les mêmes chants, un même culte, une même Liturgie.C\u2019est le même sang, la même vie qui coule à travers les siècles.(( Ut sint unum, qu\u2019ils soient un )), disait Notre-Seigneur dans la prière sacerdotale.A la Liturgie il incombe de continuer cette prière et cette mission sacerdotale du Christ par l\u2019union des cœurs et des corps dans le culte public rendu à la Divinité.Cette coalition des volontés dans le Christ et par le Christ sera la réalisation parfaite du commentaire de saint Jean: (( Notre société est avec le Père et son Fils )).C\u2019est dans la prière sociale qu\u2019on retrouvera l\u2019âme de la vie sociale.Cette coordination des activités surnaturelles, cette cohésion des buts communs coûtera des sacrifices personnels.L\u2019humilité et la charité, conditions premières de toute vie sociale, feront s\u2019effacer l\u2019individu dans le tout et pour le bien de l\u2019ensemble.La communauté religieuse exige encore le dévouement, la collaboration positive.La prière sociale \u2014 tous pour tous \u2014 sera large.Elle sera le levier des œuvres sociales.Apostolat et vie intérieure doivent s\u2019entr\u2019aider.L\u2019amour de Dieu et l\u2019amour du prochain ne font qu\u2019un.Si tu m\u2019aimes, fais du bien à mon Corps mystique: c\u2019est l\u2019invitation discrète de Notre-Seigneur à chacun de nous, membre de ce corps mystique.S\u2019unir à la grande prière commune de la collectivité chrétienne, s\u2019imprégner de la vie liturgique de l\u2019Église, s\u2019affectionner aux fonctions liturgiques par l\u2019intelligence des formules et des rites; consolider les assises de la vie et de l\u2019esprit paroissial, puiser dans cet aspect social de la liturgie le principe de notre action catholique, s\u2019employer à l\u2019effloraison continuelle du corps mystique du Christ, c\u2019est réaliser d\u2019un coup la double fin de toute existence humaine, la glorification de Dieu et la sanctification personnelle, c\u2019est la rencontre et l\u2019aboutissement normal des trois amours requis pour la vie éternelle: l\u2019amour de Dieu, l\u2019amour du prochain, l\u2019amour de soi-même.C\u2019est là toute la Loi.61 LA MAISON QUI VIT Rina LASNIER TOUTES les maisons serrées entre d\u2019autres maisons, les tristes maisons des villes qu\u2019effleurent à peine les dons distincts des saisons et les jeux de la lumière, sont des maisons mortes.Les maisons envahies par les bruits de la rue, les maisons sourdes au frisselis des feuilles, aux envolées des oisaux sont des maisons mortes.Les maisons en série, les maisons des villes ressemblent à une foule.Entassement de toits, fouillis de portes et d\u2019escaliers, pas de légendes, pas de grenier, pas de chansons, pas de silence! C\u2019est dans ces coquilles closes, que ne viendra jamais emplir et remuer doucement la grande vague de la vie minuscule des plantes et de la vie profuse des animaux, qu\u2019on demande à l\u2019enfance de s\u2019épanouir.C\u2019est dans ces abris, dont souvent pas une fenêtre n\u2019ouvre sur une cime verte ou sur un jardin, qu\u2019on demande à l\u2019enfance de reconnaître la beauté jusque dans le brin d\u2019herbe .Comme tant d\u2019enfants secrètement avides de soleil et d\u2019horizons qui bougent, j\u2019habitais une de ces maisons mortes.Chaque fois que grand\u2019mère venait nous visiter, elle ne manquait pas de dire à ma mère : (( On étouffe ici ».Puis apprenant que la maladie menaçait ma santé une fois de plus, elle me regardait avec son bon sourire rose et sans laisser à ma mère le temps de réfléchir elle commandait : (( Vite, fais ton paquet, je t\u2019emmène; tu iras à l\u2019école l\u2019an prochain».D\u2019abord j\u2019hésitais, partagée entre le chagrin de quitter ma sœur, ma seule compagne, et l\u2019allégresse de partir à l\u2019aventure.Je cachais soigneusement ces diverses réactions et quand ma mère commençait à rassembler mes nippes, très sage, je passais ma jolie robe de la messe dominicale.Maman ajoutait toujours après les adieux et les recommandations: ((Quand vous en serez fatiguée, renvoyez-la ».Cette phrase m\u2019humiliait, je me demandais si vraiment je pouvais embarrasser grand\u2019mère.Heureusement cette dernière répondait: ((Ne t\u2019inquiète pas, elle est très raisonnable, c\u2019est comme un petit chat dans la maison, on ne l\u2019entend pas ».C\u2019était juste.D\u2019ailleurs l\u2019enfance n\u2019est-elle pas toute sagesse et toute souplesse ?Elle voit les torts 62 des grandes personnes et ne les révèle pas.Elle se passe de tout ce qui lui est refusé sans se plaindre.Clairvoyante, elle évite de heurter sa faiblesse aux défauts de ceux qui la dirigent.Livrée à elle-même, elle appelle à son secours le royaume qu\u2019elle ne se lasse pas d\u2019explorer, d\u2019admirer, de conquérir, la nature! Sans cesse à l\u2019attention, elle décèle autour d\u2019elle tout ce qui peut l\u2019enchanter et la combler silencieusement.Du plus loin que je voyais fleurir dans le pur espace des champs la grande maison blanche de mes ancêtres, je sentais que, tel un oiseau mal apprivoisé, j\u2019avais gardé mes ailes sauvages et d\u2019un seul élan de bonheur je reprenais possession de ma liberté.Grand\u2019mère ne l\u2019entamait ni par des défenses, ni par des soins superflus, ni par des exigences à la fois tendres et tyranniques.Elle disait qu\u2019il suffisait de me transplanter en plein terroir, de laisser l\u2019air et le soleil me vivifier et me rendre forces et couleurs.L\u2019été, la maison, comme moi, mêlait à sa vie la plénitude de la saison.Comme une grève docile elle laissait déferler sur elle la chaude marée du soleil et les odeurs miellées du jardin.Elle devenait comme l\u2019écho de tous les bruits de l\u2019extérieur et il fallait avoir vécu plusieurs années sous son toit pour discerner sa chanson à elle.Quand l\u2019hiver me confinait à la maison, quand la page verte de la terre enluminée d\u2019or et de feu devenait une page blanche raturée d\u2019arbres noirs; quand j\u2019avais rempli mes yeux, ma tête d\u2019images, de parfums, je me mettais alors à écouter vivre la maison.Je passais de longs après-midi à écouter gronder le poêle.D\u2019un regard tranquille je suivais grand\u2019mère occupée à peler des pommes dans la fenêtre.Je me demandais si elle réussirait à accomplir ce savoureux périple sans briser le ruban rouge de la pelure déroulée sous son pouce.Mais j\u2019entendais surtout le feu pétiller, éclater brusquement sous les ronds.Parfois le vent venait jouer avec la flamme et l\u2019inquiéter.Alors elle se cachait sous le bois puis resurgissait folle et crépitante.J\u2019écoutais longuement, j\u2019écoutais les pas de grand\u2019mère et si le sommeil me surprenait je rêvais que grand\u2019maman portait des souliers de neige étoilée et qu\u2019elle tentait de peler la lune.RELATIONS Quand l\u2019heure du repos venu elle ramenait son chignon sur le sommet de sa tête et que sa chevelure faisait songer à une fleur refermée, je regagnais ma chambre.La première chose que la maison m\u2019avait apprise la nuit, c\u2019est que le silence n\u2019existe pas.Seuls se taisent les morts et les maisons mortes.Combien intensément vivait celle de mes grands\u2019parents! Elle vivait par tous ces bruits qu\u2019il fallait savoir reconnaître pour ne pas trembler de peur.Ainsi, quand le froid faisait geindre les murs et sauter la tête des clous, au lieu de m\u2019apeurer je constatais que le gel faisait craquer la maison comme le feu faisait craquer le bois.Qui frappe, qui veut entrer ?Est-ce la lune affolée qui là-haut essaie de conduire le troupeau des étoiles à travers les nuages ?Le vent joue donc avec les contrevents comme il joue avec la flamme .Le vent éveilleur de sons, de bruits, pourquoi sanglote-t-il autour de la maison?Quel message de nostalgie pousse-t-il sur la route?Cette fois la peur me gagne et je me couche au pied de mon lit pour avoir sur moi toute la lumière de la lune.Quelle fée vient d\u2019échapper son verre bleu, quel est ce bruit de verroterie ?Ces notes de cristal mais c\u2019est la musique des glaçons suspendus aux ajours de la galerie.Le doigt brutal du vent les a cassés un à un.Ce grand effondrement sourd comme le roulement d\u2019un torrent lointain, c\u2019est la première fois que je l\u2019entends .Je devine, c\u2019est la neige que le toit incliné secoue et repousse.Après toutes ces nuits d\u2019hiver les arbres ont retiré leurs gants blancs et de leurs jeunes callosités ils égratignent doucement le visage de la maison pour l\u2019avertir de se débarrasser de sa calotte feutrée, car l\u2019allégresse des feuillages mouvants et caressants approche .Qu\u2019imaginer par une journée pluvieuse de mai ?Il pleure à toutes les vitres et si je poussais la porte je verrais bien que de longues barres de pluie me tiennent prisonnière.SIGNES DES TEMPS COURAGE DEVANT L\u2019AVENIR Pour comprendre son temps et vivre avec ferveur, il faut savoir regarder en face avec sympathie et sang-froid l\u2019avenir qui vient.Dans les époques troublées ou fiévreuses, il est très difficile de ne pas se laisser aveugler par les passions que déchaîne un esprit de corps exaspéré, conscient ou inconscient.Il est malaisé aussi de ne pas glisser sur la pente des désespérances quand l\u2019avenir n\u2019inspire qu\u2019appréhension et crainte.Aussi l\u2019homme qui veut rester son maître et penser juste, en ces heures-là, doit-il rompre avec les foules moutonnières, qu\u2019elles crient victoire ou qu\u2019elles suent l\u2019angoisse.U doit, s\u2019il le faut, savoir quitter sa maison, son métier, ses habitudes MARS 1941 Grimpons au grenier et cherchons .L\u2019averse clapote, fait tinter ses bulles d\u2019argent sur le toit comme un nouveau riche.Elle raconte son abondance à la maison et bavarde .Peu à peu elle baisse le ton, le dégoulinement prend une telle douceur que je me demande si grand\u2019mère ne marche pas au-dessus de moi.La maison à force d\u2019écouter les allées et venues de grand\u2019mère, sait peut-être son pas, comme elle connaît la ronde des saisons ?Chaque fois que la haute demeure tressaille, soupire, bruit, c\u2019est qu\u2019elle apporte un mystérieux message de la terre ou du ciel.Pour le déchiffrer il faut s\u2019être longtemps tu au creux de ses chambres.Il faut avoir veillé, la nuit, sans lampe et sans crainte.Alors on a compris son amour discret et tenace, ses luttes contre le vent, l\u2019eau, le froid, le brouillard.On a compris qu\u2019elle s\u2019entourait d\u2019espace pour capter de plus loin les signes du temps, pour contenir plus de soleil, plus d\u2019air léger.Les barbes des graminées tintent-elles en dansant sur l\u2019azur?L\u2019éteule vide et l\u2019herbe tassée chantent-elles?La terre seule le sait pour avoir depuis toujours écouté .Ainsi, je n\u2019ai jamais douté de la vie de la maison de campagne pour avoir entendu tous les bruits familiers ou insolites.Je sais encore quand telle planche du parquet se mettra à craquer, comme je sais que le foin glissant sur le foin produisait le même bruissement que les jupons de taffetas de grand\u2019mère.La maison n\u2019imposait silence à ses voix multiples que pour se recueillir avec nous.L\u2019été quand le soleil décliné atténuait ses splendeurs derrière le sombre éventail du bois, quand agenouillés nous fermions nos paupières pour mieux ouvrir nos âmes; quand, la moisson rentrée, le Maître se penchait vers nous pour cueillir la moisson spirituelle que rien ne fanera, la maison, envahie par cette Présence et cette bénédiction venue de plus loin que les orages et les soleillées, la maison émue par cette surnaturelle beauté en elle épandue dérobait à la nuit montante un grand pan d\u2019ombre et se voilait la face .de vie, quitter jusqu\u2019au sanctuaire de ses vénérations, et se sentir capable de reconstruire ailleurs sa tente et autrement les cadences de ses jours.A ce prix seulement, il méritera la liberté et la vérité.Puisse-t-il le faire, non en jouant son personnage devant les autres ou devant soi, mais par une foi assurée en la valeur du monde qui se construit.Sinon, sa force deviendrait violence, et sa libération, évasion.[A chacun de s'efforcer d\u2019entrer dans ce dépouillement courageux où la vie se dégage de toute crainte parce qu\u2019elle vogue aérienne au-dessus de toutes les contingences capables de briser sa forme d\u2019aujourd\u2019hui; où la vie dépasse toute espérance particulière parce qu\u2019elle est Espérance.(La Communauté humaine)\tMarcel Légaut 63 EDUCATION ET SOCIETE DE DEMAIN Jacques COUSINEAU, S.J.D\u2019UN point de vue sociologique, on peut, à la manière durkheimienne, définir l\u2019éducation : l\u2019action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale.Elle a pour objet de susciter et de développer chez l\u2019enfant un certainnombred\u2019aptitudes physiques, intellectuelles et morales que réclament de lui et la société (temporelle et spirituelle) dans son ensemble, et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné.Il faut s\u2019établir dans cette perspective centrale pour juger tout système d\u2019enseignement, pour projeter une réforme d\u2019ensemble.En démocratie, une transformation éducative suppose d\u2019abord que la cité la permette et la désire, parce que les chefs d\u2019État reflètent l\u2019opinion publique et que les autorités scolaires reçoivent une délégation, implicite ou explicite, de la part des familles; l\u2019école n\u2019y saurait être que le fruit d\u2019une collaboration entre la famille et l\u2019État, et aussi l\u2019Église pour tout ce qui regarde l\u2019éducation morale.Orienter cette opinion et cette collaboration, voilà le rôle qu\u2019à sa façon intuitive M.Wilbois assignait au sociologue.Dans cette fabrique d\u2019hommes : l\u2019école, le produit fini à livrer à la société est l\u2019homme de demain qu\u2019il faut (( tout ensemble décider dans ce qu\u2019il a d\u2019irréductiblement nouveau et connaître dans ce qu\u2019il a de fatalement déterminé )), tâche qui d\u2019une part ressortit à l\u2019intuition qui ne s\u2019apprend pas, et d\u2019autre part à la sociologie positive, qui est une science tirée de l\u2019observation.Avant donc de poser dans son ensemble et ses aspects les plus importants le problème de l\u2019enseignement au Canada français, il importe de savoir vers quel horizon notre peuple se dirige et dans quelle atmosphère il vivra.L\u2019orientation d\u2019une société n\u2019est pensable que si l\u2019on tient compte du passé.Il faut plus d\u2019un point pour déterminer la direction d\u2019une ligne, surtout si la courbe en est compliquée; de même l\u2019étude du présent, point mathématique qui se déplace dans le temps, ne nous permet pas de nous représenter la trajectoire d\u2019une institution.Cette observation s\u2019applique particulièrement à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui en qui prédomine l\u2019homme d\u2019hier.Parce qu\u2019il est la partie inconsciente de nous-mêmes, nous ne le sentons pas, à moins que l\u2019habitude d\u2019analyser ses réflexes permette de saisir le jeu innombrable de ces déterminismes qui guident le sens de l\u2019action humaine.Mais par contre nous avons un sentiment très vif des acquisitions plus récentes de la civilisation, parce que, non encore organisées dans l\u2019inconscient, elles occupent le terrain de la conscience active.Cette différence entre l\u2019impression psychologique et la réalité ontologique conduit souvent à des erreurs d\u2019orientation.Parce que la chimie-physique constitue la grande nouveauté du siècle, d\u2019aucuns voient dans la science la base de toute culture.De là surgissent en pédagogie des conceptions fausses corrigées bientôt par d\u2019autres réformateurs rivés dans la même contemplation de l\u2019immédiat.Ces préliminaires posés, regardons.Nous assistons à la liquidation historique d\u2019un monde, et l\u2019issue de l\u2019immense conflit actuel n\u2019y changera rien.Aux xve et xvie siècles, ce monde aujourd\u2019hui à son déclin surgissait à la vie dans un vif élan de liberté.Dégagés de la contrainte féodale à l\u2019aide des connivences royales, les gens des bourgs accédaient à la culture avant d\u2019accéder peu à peu au pouvoir et d\u2019installer au xixe siècle le capitalisme bourgeois par le règne de l\u2019argent.La vague d\u2019enthousiasme partie de l\u2019Italie gagna la France de François 1er, comme l\u2019Allemagne d\u2019Érasme et l\u2019Angleterre de Thomas More ; les chroniques du temps décrivent avec de tels accents cette complaisance universelle pour la splendeur de la forme que les historiens postérieurs de trois siècles parlèrent à ce propos de Renaissance de l\u2019antiquité, oubliant la Renaissance autrement organique et profonde du xie siècle qui aboutit au xme siècle des cathédrales et de la Somme et nous légua la structure définitive de l\u2019enseignement dans la civilisation occidentale.L\u2019ère s\u2019ouvrait au progrès avec le développement du commerce, la découverte de l\u2019Amérique et la fondation des banques sur les ruines des Templiers.Mais individualiste par essence, elle naissait sous le signe d\u2019une liberté qui se révélait hérétique dès son apparition, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle introduisait le choix individuel dans l\u2019organisme social.Chacun se fait dès lors une vérité qui sépare, isole, et affaiblit d\u2019autant.(( Rien ne jette plus la vérité dans l\u2019ombre que l\u2019autorité )) disait Alberti.Aussi la clef de voûte disparue, le processus de désintégration devait s\u2019accentuer au cours des siècles.Luther n\u2019avait pas plus tôt émancipé le dogme de l\u2019autorité de l\u2019Église que la morale se détachait du dogme et s\u2019engageait dans une évolution où elle s\u2019évaporait, quand elle ne se confondait pas avec les règlements de police.Bientôt on sépara le droit, objet de contrainte sociale, de la morale, affaire de conscience; le droit naturel, terrain d\u2019accord sur lequel on crut pouvoir s\u2019entendre en dehors des préoccupations métaphysiques, fut évacué peu à peu pour le droit positif : on ne croyait plus à l\u2019homme.L\u2019humanisme anthropocentrique conduisait là.64 RELATIONS Toutes les sciences aspirèrent à pareille indépendance, puis chacune réclama de ses adeptes une attention séparée et prolongée; l\u2019on vit des institutions où, selon le Recteur de Fordham University, (( seul le professeur d\u2019orthographe sait écrire correctement, tout en ignorant évidemment le sens des mots, sinon il empiéterait sur le domaine de son collègue )).L\u2019aboutissement fut ce que de hautes autorités pédagogiques des États-Unis (Foerster, Hutchins, etc.) ne craignent pas d\u2019appeler le chaos.Cette atomisation progressive de la culture ne constitue qu\u2019un phénomène isolé dans le divorce général des réalités qui caractérise l\u2019époque.La vie privée divorce d\u2019avec la vie politique et professionnelle; la morale régit l\u2019une sans pénétrer les autres, et l\u2019homme d\u2019hier, ainsi compartimenté, manque de l\u2019essentielle unité, celle de l\u2019âme.L\u2019élite divorce d\u2019avec la masse qu\u2019elle ne veut plus servir et dont elle étouffe périodiquement les révoltes; et la nation n\u2019offre plus le spectacle d\u2019une communauté populaire.Les institutions les plus sociales récusent leurs fins propres; le mariage devient un contrat de bonheur individuel qu\u2019on peut résilier à volonté, le malthusiasisme étouffe l\u2019avenir dans le présent.Comme lien social, il ne reste que la peur organisée: la police constitue le ciment de la société libertaire.Sur le plan politique, les nations se constituèrent, se fortifièrent les unes contre les autres.Dans l\u2019Empire démembré par le travail de l\u2019hérésie, les vouloir-vivre collectifs multiplièrent leurs mutuels antagonismes.De petits États, comme la Prusse et le Piémont, polarisèrent des énergies éparses autour d\u2019eux et devinrent à leur tour des puissances avides.La lutte devint chronique.C\u2019est que l\u2019économie moderne, caractérisée par une concurrence dont la liberté ne connaît pas de limites, portait son fruit naturel, la concentration du pouvoir et des ressources aux mains d\u2019une poignée d\u2019hommes.Alors la course à la suprématie se déroule en trois temps (Piexi): « On combat d\u2019abord pour la maîtrise économique; on se dispute ensuite le pouvoir politique, dont on exploitera les ressources et la puissance dans la lutte économique; le conflit se porte enfin sur le terrain international.» où l\u2019on en vient bientôt aux armes.Un mot résume la fin de cette époque: confusion.Et la réaction s\u2019amorça pénible, lente, gagnant en étendue et en profondeur à mesure que l\u2019accélération de la décomposition sociale portait davantage préjudice aux masses humaines.Elle s\u2019organisa d\u2019abord sur le plan économique, parce que vivre reste l\u2019essentielle donnée, première et dernière, où l\u2019instinct joue directement.Vers le milieu du siècle dernier, les prolétaires mettant en commun leurs estomacs et leur pauvreté, fondèrent des coopératives de consommation et de crédit.Bientôt les syndicats d\u2019ouvriers surgirent, encouragés par Rerum Novarum.Le socialisme gagna les faveurs populaires.On parla peu à peu d\u2019organiser le chaos économique, de mettre MARS 1941 de l\u2019ordre dans la confusion politico-sociale.Après la Grande Guerre et surtout après la crise de 1929, les groupes économiques se constituèrent, comme aux Accords d\u2019Ottawa.Les Mages de la science économique à la London School of Economies, à YÉcole des Sciences Politiques de Paris et à la Graduate School of Business Administration de Harvard ne parlèrent plus du mécanisme auto-régulateur des lois naturelles, fondement du libéralisme manches-térien, mais bien de planned economy, d\u2019organisation professionnelle et de monopolistic competition.C\u2019est que les facteurs techniques dans la production industrielle ne jouent plus le rôle prépondérant; les problèmes économico-sociaux, comme celui des débouchés, de l\u2019équilibre entre la consommation et la production, préoccupent autrement les chefs d\u2019industrie.De là ces ententes entre producteurs nationaux ou internationaux, prodromes du mouvement corporatif.Les conventions collectives se généralisent en Angleterre, en France et aux États-Unis; le corporatisme s\u2019établit, avec des nuances, en Italie, en Allemagne et au Portugal.Les catholiques sociaux de partout, et particulièrement ceux des démocraties, suivent les directives de Quadragesimo anno sur la restauration sociale par l\u2019organisation professionnelle; les législations française et étatsunienne s\u2019orientent dans le même sens.Des corporations se fondent ici et là sous l\u2019œil encourageant de l\u2019État.Le pouvoir politique qui déjà gère beaucoup de services publics, tend, poussé par les foules impatientes de voir s\u2019établir et s\u2019orienter humainement l\u2019organisation de la grande production, à réserver à la collectivité certains biens qui (( viennent à conférer une puissance économique telle qu\u2019elle ne peut, sans danger pour le bien public, être laissée entre les mains des personnes privées )) (Pie XI).La socialisation nationale, provinciale ou municipale, avec toutes ses nuances, peut ne pas apporter que du bonheur à l\u2019humanité, mais elle est comme une force de la nature: il n\u2019y a qu\u2019à la diriger vers ce but.Pour comprendre cette convergence actuelle de la psychologie des masses, (( il est un fait )) à rappeler avec ce professeur d\u2019anthropologie, (( c\u2019est que la civilisation capitaliste et libérale a atrophié chez les individus l\u2019aptitude à sentir l\u2019âme d\u2019autrui et à vivre en étroite relation avec les états affectifs d\u2019autrui )) (de Greef).Voici que des événements à l\u2019échelle surhumaine: Grande Guerre, voici que des inventions à répercussion mondiale: la radio, voici que des conducteurs de peuples vont libérer ces puissances engourdies du mysticisme collectif.L\u2019ouvrier étatsunien quand il écoutait Roosevelt en janvier 1933 lui décrire ses mesures d\u2019urgence sur les banques, le sujet britannique quand il écoute Churchill lui résumer vigoureusement la situation militaire, quand des centaines de millions de chrétiens et d\u2019humains suivirent le couronnement de Pie XII 65 à Rome, tous ont l\u2019impression de participer ensemble à un mouvement extraordinaire.Phénomène nouveau, capital.L\u2019homme se sent frère.C\u2019est l\u2019ère de l\u2019organisation.Partout les cercles d\u2019études abordent en commun les problèmes les plus variés.On travaille désormais par équipe sur tous les plans.Les valeurs communautaires du mariage sont mieux appréciées.La notion de communauté populaire se répand.Jamais la théologie catholique n\u2019a tant parlé et écrit sur le Corps mystique du Christ, sur la fonction sociale de la Liturgie.On dirait que toute la pâte humaine lève d\u2019un seul mouvement fraternel sous l\u2019action du ferment de Dieu.Le sens communautaire sera le trait caractéristique et premier de l\u2019homme de demain; l\u2019homme d\u2019hier demeurera avec son culte personnaliste qui s\u2019insérera normalement et se développera à l\u2019aise dans ce nouveau climat psychologique.Mais l\u2019hérésie horizontale, qui consiste à séparer l\u2019homme de l\u2019homme, cette négation de la Charité, aura disparu.La cité harmonieuse pourra s\u2019établir.Et disparaîtra pareillement la seconde hérésie d\u2019hier, la négation de l\u2019Incarnation, l\u2019hérésie verticale qui consiste à séparer dans l\u2019homme l\u2019esprit de son corps et de ses racines terrestres.Le goût du travail manuel sera le trait second mais substantiel de la société future.Est-ce relent de paganisme, engouement pour le bien dire, impatience de la contrainte précise qu\u2019impose le labeur des mains, complexe d\u2019infériorité dans la civilisation des manipulations financières sur papier, jalousie à l\u2019égard des fonctionnaires assurés de leur traitement et des gens de bureau qui gardent propreté et fraîcheur?Ou n\u2019est-ce pas surtout qu\u2019en régime capitaliste (( la matière inerte sort ennoblie de l\u2019atelier, tandis que les hommes s\u2019y corrompent et s\u2019y dégradent )) (Pie XI) ?Toujours est-il que jeunes et vieux ont longtemps boudé le travail manuel et n\u2019en voulurent pas pour eux et leur fils.(( Après la dernière guerre, avoue M.Knudsen, chef de la production étatsunienne de guerre, bien placé placé pour savoir, nos jeunes gens semblèrent croire avilissant le labeur des mains.Plusieurs fréquentèrent le collège qui auraient profité davantage de l\u2019atelier.Il en résulta un certain amollissement dans toute la nation.)) On aspirait à (( monter dans l\u2019échelle sociale )).Je me rappelle à ce propos la leçon chrétienne que nous donna, à un confrère des États-Unis et à moi, un jeune chef ouvrier de la France catholique, cultivé, ouvert, familier avec les questions courantes de littérature, d\u2019économie et de politique.Mon confrère en arriva à lui demander pourquoi il restait ouvrier et n\u2019améliorait pas sa situation.(( Mais je suis ouvrier.Voilà ce que je veux être.C\u2019est ma vocation )).Réponse chrétienne, s\u2019il en fut.Ce jeune demeurait parmi les siens, malgré ses études, chef avec ses troupes pour les servir.Et je pensais aux déracinés de nos collèges classiques et surtout commerciaux, à tant de vocations techniques détournées.Mais les dures réalités ont disposé de la mentalité méprisante à l\u2019égard des ouvriers manuels: on ne gagne pas la guerre avec des opération^ de crédit.(( Je ne vois rien de dégradant dans le travail manuel, continue M.Knudsen.Il nous apprend à penser et à améliorer nos méthodes.Quelques-unes des plus grandes découvertes dans les arts mécaniques furent l\u2019œuvre d\u2019hommes qui pensaient mais qui faisaient le travail de leurs propres mains.» Partout on réclame des techniciens et, à voir s\u2019établir les écoles d\u2019arts et métiers et cours d\u2019apprentissage mécanique et s\u2019engouffrer nombreuse par leurs portes la jeunesse avide de discipliner son énergie par le jeu d\u2019un métier souple et précis, exigeant la loyauté d\u2019homme, on peut deviner que l\u2019avenir est là, dans cette technique organisée par des chefs.A ce monde nouveau d\u2019esprit communautaire et de vocation technique, il faudra donner une jeunesse nouvelle, aux disciplines intérieures, aux volontés de servir humainement, au sens de la responsabilité et à l\u2019esprit d\u2019équipe, au goût du concret et de la création personnelle.Il faudra surtout de jeunes chefs, qui puissent constituer et diriger les communautés de travail que seront les ateliers de production.Pour eux s\u2019imposera plus que jamais l\u2019entraînement spécial, rigoureux et précis, qu\u2019est la culture générale, donnée hors de la masse, mais sans perdre le sens de la masse à qui les dirigeants doivent retourner.Culture générale qui n\u2019est pas un ensemble de connaissances élégantes sans rapport avec la vie réelle, un (( ornement de l\u2019esprit )) genre façade Renaissance, mais tout autre chose.Un médecin doit apprendre à ausculter, un menuisier à manier le ciseau; ce sont des techniques spéciales utiles au praticien.Mais il est un autre ordre de techniques utiles à tous les hommes, quelle que soit leur profession; pour cette raison on les appelle générales.Ce sont les techniques qui utilisent l\u2019instrument humain comme tel pour agir sur le monde extérieur: savoir penser logiquement, trouver et analyser un problème, en voir tous les rapports, le poser en ses termes concrets et le résoudre, savoir parler, écrire.Techniques précieuses entre toutes et pratiques, mais qui ne sont pas innées dans l\u2019homme.Comme les techniques spéciales, elles s\u2019acquièrent par des disciplines que l\u2019homme a mis des siècles à découvrir.Si elles se sont ramollies, qu\u2019on réforme l\u2019instrument et le technicien qui en a perdu le sens.Cette éducation renouvelée résultera moins de la refonte des programmes que de l\u2019affermissement et de l\u2019enrichissement des méthodes, moins de celles-ci que de la meilleure orientation de l\u2019esprit directeur, moins de ce dernier que du redressement structural de l\u2019enseignement au Canada français.66 RELATIONS TUBERCULOSE ET TAUDIS J.-A.VIDAL IA tuberculose, par sa dissémination dans toutes .les classes de la société, déborde les cadres de la médecine et crée un immense problème social.Si la lutte antituberculeuse exige du médecin des connaissances approfondies, l'ampleur qu\u2019elle doit prendre pour faire face victorieusement au fléau impose des devoirs aux gouvernements, aux administrateurs municipaux, aux associations philanthropiques et à chaque citoyen.Personne n\u2019a le droit de se désintéresser d\u2019une situation dont les répercussions sont désastreuses et qui pose un véritable problème de justice sociale.Savons-nous que, dans notre province de Québec, 3,000 décès ont été causés par la tuberculose au cours des dix dernières années ?Savons-nous que, durant la grande guerre de 1914-18, la tuberculose a causé autant de morts au Canada parmi notre population non combattante que de décès enregistrés parmi nos soldats canadiens luttant sur le front européen?Savons-nous que, pour chaque tuberculeux dépisté dans un dispensaire, les statistiques admettent qu\u2019il y en a cinq à six qui, ignorant leur état de santé, continuent leur vie active ?En se basant sur la statistique récente des dispensaires antituberculeux, nous pouvons conclure qu\u2019environ 2,000 tuberculeux circulent parmi la population, dont le plus grand nombre, dans un avenir plus ou moins rapproché, seront à la charge de l\u2019Assistance publique.Savons-nous que, dans notre province de Québec, le taux de la mortalité par tuberculose est de 82 par 100,000 de population, tandis qu\u2019il n\u2019atteint, dans la province d\u2019Ontario, que 35 par 100,000?Je soumets ces quelques chiffres à la réflexion de ceux qui s\u2019intéressent au bien être de la santé publique, en particulier aux pouvoirs publics en les priant de leur accorder toute leur considération.« Voyons sans indulgence \u2014 L\u2019état de la conscience », disait le bon La Fontaine.Il faut l\u2019avouer, notre province est la dernière de toutes les provinces dans l\u2019organisation de la lutte contre la tuberculose.Nos statistiques en sont une preuve indiscutable.Les ravages causés par la tuberculose dans tous les comtés de notre province sont tels que les bonnes volontés individuelles ne réussiront jamais à les enrayer.Il faut une lutte organisée, méthodique et soutenue, qui pour conduire aux résultats espérés doit être généreusement subventionnée par les pouvoirs publics chargés de la santé et du bien-être social.Si l\u2019argent est le nerf vital de la guerre \u2014 ce MARS 1941 que nous commençons à apprendre \u2014, la lutte contre la tuberculose aussi réclame le même appui.Quant aux bonnes volontés, la population de notre province peut être assurée qu\u2019elles ne feront jamais défaut.Le problème tuberculeux est très complexe.Si le microbe est la cause essentielle et primordiale de la maladie, il y a bien d\u2019autres facteurs qui favorisent la maladie, d\u2019autres éléments qui facilitent, multiplient et aggravent la contagion.De tous ces facteurs, l\u2019habitation insalubre qu\u2019on appelle taudis mérite une attention particulière à cause de ses multiples répercussions dans la famille et chez l\u2019individu.Il faut bien constater que toutes les grandes villes ont leurs taudis.Montréal ne fait pas exception.Quoiqu\u2019il n\u2019existe pas de statistique précise sur le nombre de ces logements misérables dans la métropole canadienne, je crois demeurer dans le domaine de la vérité en la plaçant entre 2,000 et 2,500.Et nous ne disons rien de ces maisons qui, à cause de leur vétusté et de leur situation dans des fonds de cours, réalise bien la définition du logement insalubre.Enfin, depuis l\u2019extension du chômage dû à la crise, on trouve bien des logements surpeuplés qui, sans être à proprement parler des taudis, ne se rangent pas moins dans la catégorie des logements insalubres, à cause précisément du trop grand nombre de personnes qui y habitent.Si nous tentons d\u2019évaluer le nombre de ces logements d\u2019où le plus modeste confort est absent, il faut bien parler de 12,000 à 15,000 pour la ville de Montréal.Supposons logiquement que ces logements soient habités par au moins cinq à six personnes, nous pouvons conclure que 75,000 à 80,000 personnes vivent dans des logements où les lois de l\u2019hygiène sont méconnues, sinon d\u2019application très difficile.Cette population pauvre, vivant dans un mauvais logement, souffrant d\u2019une alimentation insuffisante, deviendra, par une préparation lente et sournoise, une proie facile pour toutes les infections, dont la tuberculose est la plus redoutable.C\u2019est parmi cette population débilitée et sans résistance que se recrute en grande partie la clientèle des sanatoriums.Comment pourrait-il en être autrement quand une pauvre famille ouvrière, vivant dans une maison froide, humide, mal ventilée, où le soleil pénètre moins souvent que la faim, s\u2019engouffre chaque matin dans une usine où les conditions de travail sont pénibles et trop souvent malsaines.Dans la promiscuité des travailleurs d\u2019usine, il suffira de côtoyer quotidiennement un cracheur de bacilles tuberculeux pour devenir candidat à cette longue et pénible 67 maladie.Voilà la lamentable histoire d\u2019un grand nombre de tuberculeux auxquels on ne s\u2019est pas intéressé à temps et qui aujourd\u2019hui grèvent lourdement le budget des pouvoirs publics.Actuellement, le comité provincial de défense contre la tuberculose conduit une lutte intense contre la peste blanche.Il s\u2019est donné comme programme: 1 \u2014 l\u2019éducation du peuple; 2 \u2014 l\u2019hospitalisation des tuberculeux contaminateurs.Voilà l\u2019urgence du problème actuel.Cette campagne, entreprise il y a trois ans, a donné des résultats indiscutables.Ils auraient été plus marqués si les généreux efforts avaient été mieux secondés.Dans cette lutte complexe et difficile, il ne faut pas s\u2019intéresser uniquement à la semence déjà gâtée; il faut à tout prix conserver aussi le bon grain.De concert avec la lutte directe contre le bacille de Koch, il faut travailler à maintenir la population dans un état de résistance suffisante par une alimentation saine et une habitation salubre.Dans le traitement scientifique actuel de la tuberculose, on recommande l\u2019alimentation rationnelle et le grand air.Ne serait-il pas logique d\u2019appliquer ce traitement pour prévenir la maladie?Pour que ces enseignements ne revêtent pas un caractère purement dogmatique, il faut qu\u2019ils soient d\u2019une réalisation facile.Comment peut-on satisfaire aux lois de l\u2019hygiène dans un taudis?Le premier devoir social qui s\u2019impose pour protéger et soulager ces malheureuses familles, c\u2019est de leur fournir le moyen de vivre dans un logement salubre.Les sommes dépensées à l\u2019amélioration du logement ouvrier auront pour résultat: l\u2019augmentation de la capacité de travail résultant de l\u2019amélioration de la santé de la famille ouvrière et la diminution des candidats à la tuberculose.Le docteur Groulx, directeur du Service de Santé de la ville de Montréal, a eu l\u2019excellente idée de démontrer le taux de mortalité par tuberculose par quartier ou par district.En étudiant cette carte, nous constatons que les quartiers du vieux Montréal qui longent le fleuve St-Laurent sont ceux qui fournissent le taux le plus élevé de mortalité par tuberculose.C\u2019est dans ces quartiers aussi que l\u2019on trouve le plus de logements surpeuplés, de vieilles constructions et de taudis.Sans en tirer une conclusion algébrique, il semble plausible d\u2019établir qu\u2019il y a relation de cause à effet.A la suite d\u2019une longue enquête poursuivie de 1894 à 1919, les autorités municipales de Paris déclarèrent dix-sept zones où la tuberculose se manifestait à des taux anormaux.Or ces zones se trouvaient être précisément celles où abondaient les logements insalubres.L\u2019Angleterre, pour des raisons d\u2019ordre sanitaire, a entrepris la démolition des taudis et la reconstruction de logements salubres.Au 31 mars 1937 les dépenses capitales encourues pour ces entreprises se chiffraient à environ 52 millions de livres.M\u2019inspirant des conclusions de M.Aimé Cousineau, ingénieur du Service de Santé de la ville de Montréal, dans un extrait de la Revue trimestrielle canadienne: L\u2019habitation en Europe et en Angleterre, je dois insister sur la nécessité d\u2019une action directe contre les maux du logement insalubre et du surpeuplement.Ce problème social, s\u2019il n\u2019est pas envisagé maintenant, ne pourra que s\u2019aggraver par la multiplication des zones insalubres, atteindre les proportions de ce même problème dans les vieux centres européens et produire des résultats aussi désastreux au point de vue économique, social et hygiénique.Espérons voir surgir, dans un avenir prochain, des initiatives fécondes destinées à apporter des solutions au problème du logement ouvrier.Souhaitons qu\u2019elles soient secondées par la puissance de l\u2019État, pour assurer leur succès.C\u2019est une nécessité sociale et nationale.CORRESPONDANCE La Rédaction, en publiant ces extraits de lettres, n\u2019en approuve pas nécessairement la teneur; elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux exprimés par ses correspondants.Voilà une collaboration fructueuse qu\u2019elle encourage et qu\u2019elle souhaite voir se développer.Problème vital T\u2019AI établi cinq enfants sur des terres; j\u2019ai actuellement ** trente-trois petits-enfants.Il m\u2019a semblé de mon devoir d\u2019aider le bon Samaritain de l\u2019expérience d\u2019un vieux terrien sur d\u2019autres causes de l\u2019exode des cultivateurs ou de leurs enfants.1 \u2014 Vous auriez dû dire que dans le bon vieux temps ça ne coûtait rien d\u2019élever un enfant à la campagne jusqu\u2019à 15 ans.Ce n\u2019est plus la même chose.Souvent, 68 même avant la naissance du bébé, la mère a besoin d\u2019aide pour ne pas tuer celui qu\u2019elle porte.Cela est dû aux exigences des toilettes portées par ceux qui vont à la classe.Autrefois, nous y allions pieds nus l\u2019été, habillés avec le linge usagé des père et mère, refait à notre taille.Les enfants des couvents sont costumés, et ceux de nos collèges mieux habillés que nous pour la messe, ou même pour notre première communion.Les maîtresses des rangs aussi font les exigeantes.Qui paie ?.RELATIONS 2\t\u2014 Autrefois la sage-femme ou une voisine assistait à la naissance de l\u2019enfant.Pour $2.00 elle aidait aussi au ménage.Ou encore le docteur réclamait $2.00.Actuellement le docteur exige de $8.00 à $15.00, et la fille engagée à peu près autant.Bref, $30.00 y passent.3\t\u2014 J\u2019ai été à la classe avec les livres laissés par la famille de mon père: arithmétique, Devoirs du chrétien, Manuscrit, psautier de David, etc.L\u2019on n\u2019agaçait pas la famille avec le changement continuel des livres.Les Sœurs sont arrivées, il fallait enseigner avec leurs manuels; les Frères en ont fait autant.Ceux qui vendaient les livres les ont perdus, et les enfants aussi.Qui a payé ?4\t\u2014 Notre école, qui avait coûté $600.il y a 70 ans pour deux classes, avec en plus le logement des institutrices, a été reconstruite pour environ $1600.00.Notie couvent, lui, a coûté $35,000.pour 5 classes, et le collège $25,000.pour 4 classes.Les enfants apprennent à jouer, jouer, jouer, à faire des fils à papa.6\t\u2014 Je n\u2019ai plus d\u2019enfants à la classe, et j\u2019ai payé $48.60 de taxe scolaire contre $16.00 quand j\u2019y envoyais 4 enfants.L\u2019on payait 50c par enfant; en 1940-41, mon garçon paie $10.00 pour sa fillette de 12 ans, $5.00 chacun pour deux autres et $3.00 pour les petits: soit $26.00 pour 5 enfants.7\t\u2014 Mon père m\u2019a souvent raconté que, quand il annonça à son vieux curé qu\u2019il voulait se marier et seulement une publication, le vieux curé sursauta: « Trois bans! As-tu fait un méchant coup?Ça ne presse pas tant que ça! Ménage ton argent pour établir tes enfants ».J\u2019ai payé $8.00; mon garçon a payé $50.00.Mon vieux père, le mieux marié des trois, avait payé $1.50, et reçu en plus une leçon d\u2019économie.8\t\u2014 Pour ceux qui ont pu mettre un peu d\u2019argent de côté pour établir leurs fils, y en a-t-il eu assez d\u2019argent de volé dans tous les milieux, dans les débentures, etc .?Je n\u2019aurais jamais cru vivre assez vieux pour voir un marché librement consenti mis de côté par ceux qui devraient donner le bon exemple.Le mot catholique qui devrait être honoré, qu\u2019en a-t-on fait ?L\u2019on a coupé les intérêts, renié sa signature, étiré ia date d\u2019échéance .J\u2019abrège, car ce que je dévoilerais est trop honteux.Bref, les commandements sont nuis.Ce qui manque pour rétablissement de nos fils, c\u2019est l\u2019argent.Et il est gaspillé par les gouvernants.Le mauvais exemple part d\u2019en haut, et le peuple suit, car c\u2019est bien plus facile de mal faire, que de faire son devoir.Rétablissons les vertus de nos pères: la sobriété, l\u2019honnêteté, la justice sociale.J\u2019ajouterai: l\u2019économie dans tous les milieux, et tout rentrera dans l\u2019ordre.Barré disait: (( Le cultivateur n\u2019est pas un déserteur, mais un martyr ».C\u2019est trop vrai.QUÉBEC\tj.d.Un jeune devant « Relations » 'C'N tant que jeune, permettez-moi de formuler le vœu et l\u2019espoir que votre revue sera celle que nous attendons et dont nous avons besoin.Non pas une revue technique et technologique, non pas une revue de spéculation stérile.Non pas une revue compilant les statistiques des expériences sociales belges ou anglaises ou d\u2019un autre genre touchant partiellement des questions secondaires.Mais une revue aidant à résoudre nos problèmes angoissants, calmant notre inquiétude essentiellement spirituelle.OTTAWA\tJ.G.Colonisation A UJOURD\u2019HUI, comme jamais, plus que jamais, nous avons besoin d\u2019un gros programme de colonisation, et ça presse ! Pourquoi pas puiser dans nos vieilles paroisses ?Ne pas recruter seulement chez les secourus, mais chez les fils de cultivateurs, les cadets, qui viendraient faire souche ici.Il ne faudrait pas mesquiner, il faudrait donner à ces gens les mêmes avantages qu\u2019aux autres, vous verriez de belles paroisses florissantes en peu d\u2019années.S\u2019il me fait peine de voir de nos braves gars partir pour la Rivière-la-Paix avant que nous soyons maîtres dans notre province, je ne suis pas sans approuver leur manière de recrutement.L\u2019on s\u2019efforce d\u2019emmener des gens avec quelque argent.ABITIBI\tJ.B.Logement \u2014 Colonisation T\u2019ESPÈRE que la question du logement sera aussi ** discutée dans votre revue.Ce problème est d\u2019une gravité sans égale à Montréal et à Québec surtout.Il ne s\u2019agit pas d\u2019établir arbitrairement que le loyer ne doit pas excéder le quart du salaire, il faut aussi se rendre compte de ce qu\u2019est le logement quand le coût n\u2019excède pas cette proportion du revenu.On a perdu de vue le sens de la maison.Un logement éclairé aux deux extrémités, au troisième étage, sur une rue sans arbres, est dit beau logement et sain, surtout lorsqu\u2019il y a des planchers dur et un réfrigérateur.Quand on élève des enfants, ou qu\u2019on devrait en élever, ce genre de logement s\u2019appelle taudis.Il faut rétablir le goût de la maison individuelle, la signification du mot foyer.Comme le Père Alexandre Dugré a raison d\u2019insister pour que la colonisation reste à l\u2019affiche, qu\u2019elle soit l\u2019objet de nos plus hautes préoccupations, qu\u2019elle ne soit pas uniquement la pitance offerte aux gueux.Il faut viser à ce que nos jeunes gens se fassent un avenir, et, pour reprendre une idée chère au cœur du Père Dugré et à tous ceux qui entrevoient l\u2019avenir, il faut, dis-je, que nos jeunes gens puissent se marier.C\u2019est simple comme conclusion.Il n\u2019est peut-être pas aussi facile d\u2019en trouver les moyens.Je sens que votre revue traitera de tout cela.QUÉBEC\tL.R.Bilinguisme /COMMENT remercier le R.P.Picard de ce qu\u2019il a ^ écrit ?Imaginez si cela a du poids de lire un Franco-albertain, victime ou bénéficiaire de l\u2019école primaire à peu près bilingue, qui a poursuivi des études supérieures, apporter .son témoignage sur cette question du problème bilingue! Le Père Picard l\u2019a la solution.La solution, elle réside en effet dans la reprise de notre indépendance économique, et c\u2019est là besogne de dirigeants, tâche de chefs .Il s\u2019ensuivrait que les ingénieurs, les comptables et maints employés pourraient être commandés selon des disciplines françaises, et l\u2019on cesserait d\u2019entendre l\u2019argument puéril que pour travailler à l\u2019Anglo-Pulp ou ailleurs, comme simple manœuvre, il faut savoir l\u2019anglais! QUÉBEC\tR.L.MARS 1941 69 LE CORPORATISME EN MARCHE AU QUÉBEC HPOUTES les déclarations des grandes personnalités A de l\u2019heure, qu\u2019il s\u2019agisse de M.Churchill ou des évêques catholiques et anglicans d\u2019Angleterre, du primat de l\u2019Église canadienne ou de Sa Sainteté Pie XII, comportent une nécessaire mention de l\u2019après-guerre mystérieux, qu\u2019il nous faut préparer, si nous ne voulons pas qu\u2019il soit le chaos où sombrera la victoire.Toutes ces personnalités s\u2019accordent pour réclamer un ordre nouveau, d\u2019où seront bannies autant que possible les laideurs morales et les injustices sociales qui ternissent aujourd\u2019hui le blason des démocraties et qui concrétisera dans ses institutions nos rêves d\u2019un véritable ordre social chrétien.Cet ordre nouveau à l\u2019établissement duquel il nous faut travailler de toute notre énergie, nos deux vénérés pontifes, S.S.Pie XI et S.S.Pie XII glorieusement régnant, nous l\u2019ont indiqué et nous l\u2019indiquent encore: c\u2019est, sur le plan économique et social, Vorganisation corporative de la société.Il fait bon constater que, dans notre province de Québec, l\u2019idée du corporatisme gagne chaque jour des amis influents et éclairés.C\u2019est ainsi qu\u2019au cours d\u2019un récent congrès tenu à Montréal, celui des maîtres-plombiers, tôliers et électriciens, la question du corporatisme fut à plusieurs reprises discutée et exposée.Au grand banquet donné à l\u2019hôtel Mont-Royal, à l\u2019issue du congrès, le président, M.Laurent Hirbour affirma que le « corporatisme est le seul moyen de régler les problèmes actuels du commerce.Nous le réclamons avec plus de vigueur que Van dernier.» L\u2019honorable Oscar Drouin, ministre du Commerce, de l\u2019Industrie et des Affaires municipales, invité d\u2019honneur, félicita cette association patronale de vouloir adhérer au corporatisme pour régler ses problèmes, car, leur dit-il, (( le corporatisme sera le véritable système économique de V après-guerre.Le corporatisme sera le complément de la démocratie; il faut Vétudier dès maintenant pour que, la victoire remportée, nous puissions en faire bénéficier notre population.)) Quelques jours plus tard, monsieur le sénateur Léon-Mercier Gouin faisait à un dîner-causerie de l\u2019Association patronale des Maîtres-imprimeurs, dont il était l\u2019hôte d\u2019honneur, d\u2019intéressantes déclarations : « Je tiens à répéter qu\u2019il s\u2019agit uniquement pour nous de corporatisme économique et social.(( La corporation a un rôle économique.Par la réglementation de la production et des échanges, la régularisation des prix, l\u2019adaptation des produits et des services aux besoins de la clientèle, la corporation tend à maintenir dans de justes bornes le jeu des lois économiques, tout en évitant les inconvénients de Véconomie dirigée.Elle coopère ainsi à ordonner la vie économique .(( La corporation a aussi un rôle social dans la profession.Elle concilie les droits des employeurs et ceux des employés.Elle organise des services sociaux: enseignement professionnel, placement, assurances, etc.Elle collabore avec les autres corporations au bien commun.Ainsi elle apaise la lutte des classes, remédie aux maux de V individualisme et inculque à tous le sens collectif .» Monsieur le sénateur Gouin a commenté longuement un projet de loi, fruit de l\u2019étude patiente et prolongée de VAction corporative, qui assurerait aux industries désireuses d\u2019en profiter les avantages de l\u2019organisation corporative.AVEC COMM PERTES CATHOLIQUES AUX ÉTATS-UNIS T E magnifique allant des catholiques américains, leur sens remarquable de l\u2019organisation, les sacrifices inouïs qu\u2019ils s\u2019imposent si généreusement pour maintenir en marge de l\u2019enseignement officiel et neutre tout un réseau d\u2019institutions catholiques, semblent impuissants à enrayer la déchristianisation progressive des masses américaines.Dans une déclaration récente rapportée par le News Service de la National Catholic Welfare Conference, S.Exc.Mgr Joseph F.Rummel, archevêque de la Nouvelle-Orléans, estimait à quatre millions le nombre des catholiques qui annuellement glissent dans l\u2019indifférence religieuse.Et pour compenser ces pertes effarantes, l\u2019Église ne peut revendiquer que soixante à soixante-dix mille conversions.Une des principales causes de cette situation désastreuse, selon Mgr Rummel, est l\u2019influence délétère de la littérature courante: livres, journaux, magazines.Il est heureux que la langue présente, pour les Canadiens français, une barrière de plus contre les envahissements massifs d\u2019une certaine littérature populaire.UN CONSEIL SUPÉRIEUR DE L\u2019ENSEIGNEMENT TECHNIQUE TTNE délégation de la Confédération des Travailleurs ^ catholiques du Canada a été reçue récemment par le gouvernement provincial.L\u2019honorable Hector Perrier, secrétaire de la Province, a profité de l\u2019occasion pour annoncer la création prochaine d\u2019un Conseil supérieur de VEnseignement technique.L\u2019orientation de notre jeunesse des villes vers des métiers spécialisés s\u2019impose de plus en plus.C\u2019est en effet parmi les manœuvres, les sans-métier surtout que se recrute l\u2019immense armée des chômeurs.Que les parents le comprennent en aidant leurs enfants à s\u2019adapter aux exigences de notre vie moderne industrialisée.Que les jeunes eux-mêmes réalisent qu\u2019ils tiennent leur sort dans leurs propres mains : en se soumettant au labeur de leur formation technique, ils s\u2019assureront des situations durant la guerre et seront mieux équipés pour faire face aux difficultés inévitables de l\u2019après-guerre.Notre pays est infiniment riche en matières premières, en énergie électrique favorisant à la fois le développement de la grande et de la petite industrie.Un enseignement technique plus généralisé et à base d\u2019orientation professionnelle préparera notre jeunesse, selon les propres paroles du premier ministre, à « se tailler une place dans la vie et à contribuer au progrès du pays ».Les déclarations récentes du secrétaire de la Province donnent à espérer que l\u2019on a saisi en haut lieu le rôle capital de l\u2019enseignement technique chez nous et que l\u2019on y prendra des mesures efficaces pour le développer selon les besoins deT\u2019heure.70 RELATIONS U SANS NTAI R ES UN SERVICE D\u2019URBANISME À MONTRÉAL IV/TONTRÉAL, grâce à son fleuve et à la montagne qui lui a donné son nom, pourrait être, selon l\u2019un des maîtres de l\u2019urbanisme moderne, M.Jacques Gréber, l\u2019une des plus belles villes du monde.Hélas! Pour s\u2019être développée au petit bonheur, en marge des principes les plus élémentaires de l\u2019urbanisme, elle est une des moins esthétiques, ce qui n\u2019est pas sans comporter de graves conséquences pour sa situation économique et sociale.On a tenté de temps à autre de remédier à cet état de choses.La Commission métropolitaine avait commencé un travail important et nécessaire d\u2019enquête et d\u2019étude; mais cet effort comme tant d\u2019autres n\u2019a pas abouti et la Commission elle-même a sombré misérablement.Une nouvelle récente redonne espérance: c\u2019est la déclaration du Comité exécutif de la métropole annonçant la création prochaine d\u2019un Service municipal d\u2019Urbanisme.L\u2019initiative est riche de promesses.Mais le nouveau service réalisera les espoirs qu\u2019il fait naître dans la mesure où il sera confié à des techniciens de valeur auxquels on assurera leur liberté d\u2019action.LE MOUVEMENT DÉMOGRAPHIQUE AUX ÉTATS-UNIS TL Y A quelques années, aux États-Unis, on reportait A volontiers à 70 ou 80 ans le moment fatidique où le mouvement de la population américaine serait renversé et commencerait à décroître.Or des études récentes obligent à beaucoup moins d\u2019optimisme.Un rapport préliminaire du Census Bureau de Washington, commentant le recensement de 1940, présente la situation démographique comme très grave.Si les indices de naissance et de mortalité de 1930 s\u2019étaient maintenus, déclare-t-il, la population américaine pouvait encore connaître un accroissement de 11% par génération.Mais de telles variations se sont produites, au cours des dix dernières années, dans le mouvement de la population, que l\u2019on constate avec étonnement un écart de 4% entre l\u2019indice prévu et celui que révèlent les dernières statistiques, soit seulement 7% d\u2019accroissement par génération au lieu de 11%.Dans son opuscule intitulé: \u201cThe Threat of American Decline\u201d, le R.P.Edgar Schmiedeler, o.s.b., directeur du Service de la Famille de la National Catholic Welfare Conference de Washington, écrit : (( Le tableau que nous offre l\u2019histoire de notre pays est pour ainsi dire fantastique.On y voit d\u2019abord un accroissement phénoménal de la population comme il ne s\u2019en est jamais vu dans l\u2019histoire d\u2019aucune nation.On y perçoit ensuite un ralentissement, puis les menaces grandissantes d\u2019une régression telle qu\u2019aucune nation non plus n\u2019en aura connu de semblable ».L\u2019ALCOOLISME, TARE DE NOTRE VIE NATIONALE ¦p\\ANS une circulaire à son clergé, datée de janvier dernier, S.Exc.Mgr Courchesne traite de la charité surnaturelle que chacun se doit à soi-même.Son Excellence a toujours dénoncé vigoureusement l\u2019intempérance.Elle y revient, car c\u2019est un vice directement opposé à cette charité personnelle qu\u2019il recommande.Notons quelques-unes de ses réflexions: « Notre peuple, dans la province, a bu pour trente millions de piastres d\u2019alcool, a fumé pour trente millions de cigarettes, a bu, en diverses espèces de lavasses, Kik, Coca-cola, etc., pour vingt millions de piastres.Cela en un an.« Or l\u2019instruction publique, toute la vie intellectuelle à son départ chez notre peuple, a coûté dans le même temps, aux municipalités de la province, vingt-sept millions de piastres, et au gouvernement de la province sept millions.Trente-quatre millions pour l\u2019esprit, quatre-vingts millions pour quoi?Je n\u2019ose pas le dire, mais ce n\u2019est au bénéfice ni de la santé, ni de la chasteté, ni de la justice, ni de cette vie économique dont tout le monde parle, sans penser qu\u2019il faudrait commencer par engager notre peuple à fermer ce robinet par où s\u2019écoulent ses pauvres ressources.A peu près toute la presse hebdomadaire chante le bonheur que donnent l\u2019alcool et l\u2019infecte bière inachevée qu\u2019on jette dans les reins de notre peuple.La presse quotidienne \u2014 sauf VAction catholique et Le Droit \u2014 en fait autant.Et on a la cruauté de nous dire que la tempérance est affaire d\u2019éducation.Nous savons qui paie pour fausser cette éducation et il nous faut bien constater quels sont ceux qui se font payer pour faire la besogne d\u2019endormir, sur cette question d\u2019hygiène physique et morale, à peu près tous nos dirigeants laïques.Et l\u2019on parle des trahisons de la 5e colonne! « Nous ne nous en tirerons pas par un simple appel à la modération.Nous savons maintenant où nous conduit cette modération devenue une petite lâcheté quotidienne.Il n\u2019était pas nécessaire d\u2019être prophète pour le prévoir quand on savait simplement la définition de l\u2019alcoolisme.Tous les motifs, naturels et surnaturels, devront conduire à l\u2019abstention.Rien n\u2019en souffrira que la finance des corrupteurs publics qui fabriquent les boissons et s\u2019enrichissent de la pauvreté de nos gens.Dans toute l\u2019espèce de littérature anglaise qui vante les bienfaits de l\u2019alcool, il reste une expression honnête.On dit encore intoxicating liquors: c\u2019est le seul mot vrai, et nous n\u2019avons même pas appris à le traduire en français.« Et dire qu\u2019il nous faut nous échanger ces propos quand on fait la levée de toute notre jeunesse pour l\u2019entraînement militaire.Elle doit le recevoir aux abords des villes de toute dimension où l\u2019alcool coule à flots, et où la régie officielle a des succursales ouvertes à toute heure, dans toutes les rues, au vu et au su de tous ceux que ces boucans intéressent.On ne sait plus où se réfugier, dans les trains, pour avoir un peu de tranquillité, à certains jours.« J\u2019ose encore penser que le mal n\u2019atteint pas plus que le quart de notre population.Ce que je sais bien, c\u2019est que c\u2019est une terrible tare dans notre vie nationale.Et cela fait autant de mauvais payeurs, qui font souffrir le reste de notre peuple, paient mal leurs contributions, augmentent les frais d\u2019hospitalisation, sans parler des agrandissements qu\u2019il faudra encore prévoir à nos immenses asiles d\u2019aliénés et à nos écoles pour enfants arriérés ou anormaux .» MARS 1941 71 ANNIVERSAIRES LE ROCHER DANS LA TEMPÊTE Joseph LEDIT, S.J.NOUS célébrerons, au mois de mars, le second anniversaire de l\u2019élection et du couronnement de Sa Sainteté Pie XII.Comme ces journées d\u2019allégresse semblent éloignées! Le soir du 2 mars, un peu après quatre heures de l\u2019après-midi, un coup de téléphone nous avertit que la fumée blanche avait été aperçue dans le crépuscule.Avec tout le monde, nous courûmes aussitôt vers la place Saint-Pierre où une foule immense était dans l\u2019attente depuis la veille.Radio-Vatican envoyait aux quatre coins du ciel son appel dramatique : (( Radio de tout l\u2019univers, unissez-vous à Radio-Vatican ».Il arriva ainsi que lorsque nous fûmes sur la place Saint-Pierre, nous étions en communion avec tout l\u2019univers catholique pour chanter le Te Deum.A leurs postes d\u2019écoute, les catholiques accompagnèrent de leur murmure ou de leur silence ému la mélodie familière que nous chantions à pleine gorge devant la gigantesque basilique.Dans cette prière universelle, grande comme le monde, les hommes se trouvèrent unis.Les rivalités nationales furent oubliées, les jalousies de race furent écartées, les haines de classes furent enterrées, pendant que tous les enfants de Dieu, chantant leur joie dans toutes les langues, s\u2019apprêtèrent à recevoir la première bénédiction du nouveau Pontife.Sur la fin du Te Deum, la frêle figure de Pie XII apparut sur le balcon de la loggia.On estima, plus tard, qu\u2019environ 400 millions de personnes étaient à l\u2019écoute.Le monde se mit à genoux, et la lumière de l\u2019unité catholique baigna les fidèles \u2014 et aussi les infidèles \u2014 qui tracèrent alors sur leurs fronts, dans l\u2019immense silence qui remplit la terre, le signe de la Croix.Dès le lendemain, le Pape se servit de Radio-Vatican pour adresser au monde un appel passionné en faveur de la paix.Le 12 mars suivant eut lieu le couronnement.La plupart des pays envoyèrent des missions spéciales pour assister aux fêtes; presque tous les souverains ou chefs d\u2019État du monde firent parvenir des messages de félicitations.Immédiatement après, dans une allocution aux Cardinaux qui l\u2019avaient élu, le Pape parla encore de la (( paix réconciliatrice », objets des soupirs de « toute la famille humaine ».En ce temps-là, à Rome et ailleurs, on commentait volontiers la devise familiale des Pacelli : Opus justitiae pax, et l\u2019on trouvait, à Rome, que le Pontife lui-même, avec sa grande figure d\u2019ascète vêtu de blanc, n\u2019était pas sans ressembler à la colombe de ses armoiries.Le Pape angélique, c\u2019est le sur- nom qu\u2019on lui donnait, grâce à la vieille prophétie de Malachie à laquelle personne ne croit mais que tout le monde cite quand même, offrait au monde le vieux rameau d\u2019olivier.Trois jours après, le 15 mars, cette allégresse fut arrêtée par un choc d\u2019une brutalité inouïe.Accompagnée du fracas de ses machines, l\u2019armée motorisée allemande envahit la Tchécoslovaquie \u2014 ce qui en restait depuis Munich \u2014 et ce malheureux pays cessa d\u2019être.Tandis que les missions envoyées aux fêtes du couronnement regagnèrent leurs pays en toute hâte, les journaux de tous les pays oublièrent le Pape pour ne parler que des nouveaux évènements.On ne peut imaginer un contraste plus violent que celui de ces deux dates: le 12 et le 15 mars.Le 12, le monde était en fête pour acclamer Pie XII, et tous parlaient de paix.Le 15, le monde fut plongé dans l\u2019épouvante, et tous parlèrent de guerre.Pie XII, même alors, ne se laissa pas décourager.Avant d\u2019entreprendre un grand effort diplomatique en vue de sauver la paix, à cette dernière extrémité, il commença par faire prier les enfants.Tel fut le but de sa lettre au Cardinal Maglione, en date du 20 avril.Puis, il mit ses nonces en mouvement.De tous les pays vinrent des lettres émouvantes d\u2019adhésion, et le Pape en fut très ému.Il eut confiance! Quand, à l\u2019occasion de la Sainte-Eugène, les Cardinaux vinrent lui souhaiter bonne fête, il leur fit un grand discours où il leur redit son espoir; il leur parla de la paix, de la justice nécessaire à la paix, de la charité surtout.Il rappela combien il était nécessaire de rester fidèle à la parole donnée, et il invita tout le monde à négocier dans un esprit d\u2019entente mutuelle.Beaucoup d\u2019hommes d\u2019État exprimèrent leur accord avec les propositions pontificales.Pas tous!.Puis, les évènements se précipitèrent.Pie XII en août 1939, se trouvait dans sa villa de Castelgan-dolfo, dans la paisible solitude embaumée des Castelli de Rome.Il se rendit compte que, cette fois, le moment suprême était arrivé où l\u2019on devait pouvoir juger de la sincérité des hommes responsables.Car, quoi qu\u2019on en dise, la guerre n\u2019était pas inévitable.Comme les individus, les hommes d\u2019État peuvent écouter ou mépriser la voix de leur conscience.Ils peuvent s\u2019adonner à la justice ou suivre la folie de grandeur qui les pousse à l\u2019iniquité.C\u2019était un dernier appel à cette conscience que Pie XII adressa le 24 août de Castelgandolfo.(( Nous voici donc avec vous tous qui portez en ces moments 72 RELATIONS le poids d\u2019une si grande responsabilité, afin qu\u2019à travers Notre voix, vous entendiez la voix de ce Christ, de qui le monde a appris la plus haute école de vie, et dans laquelle des millions et des millions d\u2019âmes mettent leur confiance, à l\u2019approche d\u2019un danger où il n\u2019y a que sa parole qui puisse dominer les bruits de la terre )>.C\u2019est dans ce discours que l\u2019on retrouve les phrases lapidaires suivantes: (( La politique affranchie de la morale trahit ceux-là mêmes qui la veulent ainsi.Rien n\u2019est perdu avec la paix.Tout peut l\u2019être par la guerre.Que les hommes recommencent à se comprendre, qu\u2019ils recommencent à traiter )).Traiter ?Beaucoup l\u2019eussent encore voulu, mais il fallait, pour cela, que toutes les parties en conflit montrassent un minimum de bonne volonté.Le 31 août, le Secrétaire d\u2019État de Pie XII remit aux Ambassadeurs de France, d\u2019Allemagne, d\u2019Italie, de Pologne et au Ministre du Roi d\u2019Angleterre auprès du Saint-Siège une note pontificale à transmettre à leurs gouvernements respectifs suppliant l\u2019Allemagne et la Pologne d\u2019éviter tout incident, et demandant à l\u2019Angleterre, à la France et à l\u2019Italie de s\u2019entremettre pour une solution juste et pacifique du conflit.Le Pape voulait gagner un peu de temps pour laisser les esprits surexcités se calmer.Sa généreuse initiative fut appuyée par de nombreux hommes d\u2019État: le Président Roosevelt, le Roi des Belges, la Reine de Hollande, le Chef du Gouvernement canadien.Les Gouvernements anglais et français donnèrent une adhésion de principe, mais dès le lendemain matin, 1er septembre, avant l\u2019aube, les troupes allemandes envahirent la Pologne sans déclaration de guerre.L\u2019Europe était en feu.On avait abandonné le droit pour la force.L\u2019humanité souffre aujourd\u2019hui d\u2019un abcès colossal.Il faut qu\u2019il mûrisse, qu\u2019il éclate, qu\u2019il se vide.Il est inutile de s\u2019attendre à la paix avant que le poison n\u2019ait été rejeté par l\u2019organisme malade, avant que les événements n\u2019aient suivi leur cours brutal.Avec son expérience deux fois millénaire le Saint-Siège le sait mieux que personne.Aussi, il attend.Mais quelle attente agissante ! Il fallait, tout d\u2019abord, rendre témoignage à la vérité, coûte que coûte, comme le fit Jésus-Christ le jour même où il fut cloué sur la Croix.Il fallait flétrir les fausses philosophies, les principes pervers, les actions malignes qui conduisirent l\u2019Europe au désastre.Cela, Pie XII le fit avec une rare énergie dans son encyclique Summi Pontificatus.N\u2019y cherchons pas des affirmations politiques; dans une heure aussi grave pour l\u2019humanité, le Pape s\u2019élève infiniment plus haut et rappelle simplement les principes de Celui dont il tient la place sur la terre.Aux nations d\u2019Europe, et pas seulement d\u2019Europe, il rappelle les funestes conséquences du laïcisme d\u2019État, de l\u2019agnosticisme; avec une angoisse terrible, il décrit (( les signes toujours plus clairs, MARS 1941 toujours plus distincts d\u2019un paganisme corrompu et corrupteur )) dans les (( régions d\u2019Europe où durant tant de siècles brillèrent les splendeurs de la civilisation chrétienne )).Point n\u2019était besoin d\u2019être plus précis, et si tous ont sur les lèvres le nom de la nation la plus coupable, qu\u2019ils n\u2019oublient point qu\u2019ail-leurs aussi les hommes ont cru pouvoir édifier la paix et le bonheur des peuples en chassant Dieu de la vie publique.Le Pape rappelle la doctrine de V unité du genre humain ; il cite le texte de saint Paul où il est affirmé au nom de Dieu que dans le Christ il n\u2019y a plus (( ni Grec ou Juif, ni circoncis ou incirconcis, ni barbare ou Scythe, ni esclave ou homme libre )).Quelle condamnation du racisme! Quelle formidable antithèse de (( l\u2019ordre nouveau )) que l\u2019on prétend introduire dans une société où il y aurait une différence essentielle entre Juif et non-Juif, entre civilisés et barbares, entre maîtres et esclaves.Il réprouve la déification de l\u2019État, car l\u2019État devenu dieu est une idole qui dévore les individus et les familles, corrompt la jeunesse, anéantit le droit naturel dans la conscience des hommes, empêche le droit divin d\u2019exercer son bienfaisant empire.A plusieurs reprises le Pape réaffirma la doctrine catholique sur la paix et la violation de la paix.Ce furent les discours de Noël 1939 et 1940.Il est émouvant de constater que la doctrine pontificale a été récemment adoptée par tous les leaders chrétiens de Grande-Bretagne, et fait l\u2019objet d\u2019études approfondies chez tous les chrétiens.En décembre 1939, Pie XII multiplia les démarches pour éviter l\u2019entrée de l\u2019Italie dans la guerre.Sa visite au roi Victor Emmanuel n\u2019avait guère d\u2019autre objet.Qui blâmera le Pontife de sa sollicitude aimante vis-à-vis du pays qui a Rome pour capitale ?.Mais le Pape se heurta à un échec.On ne voulait pas la paix! Je suis sûr qu\u2019aujourd\u2019hui, en Italie, beaucoup se prennent à murmurer: (( Rien n\u2019est perdu avec la paix.Tout peut l\u2019être par la guerre )).Si, dans ses affirmations doctrinales, le Pape évite avec le plus grand soin tout ce qui pourrait inutilement froisser des susceptibilités ombrageuses, s\u2019il se maintient rigoureusement dans son domaine qui est de condamner l\u2019erreur et de proclamer la vérité, c\u2019est qu\u2019il doit remplir un autre rôle traditionnel de la Papauté; il doit être le bon Samaritain qui verse l\u2019eau et le vin sur les blessures.Seuls ceux qui ont dû subir le désastre savent combien consolante est alors la parole du Vicaire de Jésus-Crist.Comme personne au monde, il peut dire aux nations aujourd\u2019hui prosternées qu\u2019elles revivront.Tant de fois on a cru que l\u2019Église était anéantie, mais elle a toujours fini par survivre à ses persécuteurs.Il en sera de même pour les nations si elles ne se laissent point décourager, si elles gardent leur confiance en Dieu, si elles se remettent à la besogne dans toutes les mesures du possible.Même si elles 73 sontTdispersées par la violence, Dieu réunira leurs enfants.Il faut surtout soulager les détresses immédiates.Ailleurs dans cette revue on pourra lire un compte rendu de l\u2019activité pontificale en faveur des réfugiés, des victimes de la guerre, des affamés, des prisonniers.Durant cette guerre, l\u2019activité bienfaisante du Saint-Siège est beaucoup plus entravée que par le passé.L\u2019argent arrive difficilement.La bonne République Argentine, qui a déjà rendu tant de services à l\u2019Église s\u2019est faite, plus que tout autre, semble-t-il, la marraine de l\u2019Europe.Dieu la bénisse! Et dans tout l\u2019univers, les nonces, les évêques, les prêtres s\u2019ingénient à suivre les consignes du Pape : construire la paix de demain en adoucissant le plus possible les angoisses d\u2019aujourd\u2019hui.Enfin, et surtout, le Pape prépare l\u2019avenir en mobilisant les forces spirituelles du monde.Œuvre cachée, d\u2019une divine lenteur, elle n\u2019en sera que plus efficace.Nous avons rappelé la croisade de prières recommandée aux enfants.Ce fut, l\u2019automne dernier, une nouvelle invitation adressée au monde.On prie, on se sacrifie.Dociles à l\u2019inspiration qui vient de la colline sacrée du Vatican, les évêques, un peu partout, invitent les fidèles à prier, à jeûner, à se purifier, à se sanctifier.Ainsi, peu à peu, dans la tourmente, c\u2019est un monde meilleur qui s\u2019organise.Mais le Pape donne l\u2019exemple.De temps à autre, une rumeur nous arrive du Vatican que le Pape prie plus que jamais, qu\u2019il jeûne.Sa figure ascétique semble s\u2019amincir davantage; son regard, doux et pénétrant, s\u2019illumine dans la contemplation de la Divinité.Ses traits augustes, de plus en plus, prennent la couleur des rochers éternels.Tu es Petrus.C\u2019est bien cela! Le Rocher s\u2019affermit au milieu de la tempête, et l\u2019on voit avec fierté que Pie XII demeure au milieu de son peuple.Il y a quelque temps, on disait qu\u2019il avait été invité par son entourage à se rendre à Castelgandolfo, où il serait moins exposé aux bombardements qui peuvent survenir dans Rome.Il répondit simplement qu\u2019il resterait au Vatican.La place de l\u2019évêque est au milieu de son peuple, surtout aux jours de tribulation.Or, le Pape est l\u2019évêque de Rome; donc, il reste.Plusieurs fois, dit-on, l\u2019alerte fut donnée dans la ville; on invita le Pontife à descendre dans l\u2019abri qui avait été aménagé pour lui, mais il resta paisiblement à sa table de travail.Il a la fixité du rocher sur lequel le Christ a bâti son Église.C\u2019est pourquoi il est un tel symbole de pérennité.Il peut mourir à son poste; cela, tout le monde le sait, mais il y aura toujours un Pape, dont la force la plus grande sera de rester à sa place dans un monde en délire.Les tempêtes peuvent se déchaîner; le cataclysme n\u2019aura pas de précédent dans l\u2019histoire ?Peu importe, la tempête s\u2019apaisera et les vagues viendront doucement baiser le pied du Rocher.Et alors, doucement, après avoir réparé les ruines accumulées par la folie humaine, on rebâtira l\u2019Église et, avec elle, la civilisation.DOCUMENTAIRES ENFANTS ET LIVRES Jean-Paul LABELLE, S.J.A UX dernières vacances de Noël, trois fillettes de huit à dix ans pénètrent dans une bibliothèque spécialisée.\u2014\t(( Est-ce qu\u2019on pourrait lire Mademoiselle ?» \u2014\t(( Cette bibliothèque n\u2019est pas pour les enfants.» Devant leur mine navrée, la demoiselle, pour une fois, brise la consigne et les installe, dans un coin, avec quelques illustrés de l\u2019Histoire de France.(En passant, quels beaux illustrés ne pourrait-on publier sur la géographie et l\u2019histoire du Canada français! Qui lancera cette collection?).Après une heure et demie d\u2019attentive lecture, elles replacent, d\u2019elles-mêmes, les volumes; puis, avec hésitation, l\u2019une d\u2019elles remercie la demoiselle et se risque: « Mademoiselle, est-ce qu\u2019on pourrait revenir ?.» Celle-ci l\u2019aurait bien voulu; elle dut refuser.Et trois têtes basses reprirent le chemin de la maison .A la Nativité d\u2019Hochelaga, une enfant de sept ou huit ans se présente, un peu gênée: \u2014\t« Mademoiselle, je suis en retard de cinq jours.» Cela signifie cinq sous d\u2019amende.\u2014\t« Oui, et pourquoi ?» \u2014¦ « Je vais vous dire .Nous sommes douze à la maison, et je suis la dernière!» Un troisième fait nous vient de la bibliothécaire-fondatrice de la Nativité: \u2014 (( Lorsque, en mai dernier, nous avons déménagé, j\u2019avertis les enfants de notre départ.Ils ne savaient pas encore où nous nous établirions.«Mademoiselle, qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire! » Alors, je leur dis de ne rien craindre: nous traversions simplement la rue, dans un endroit plus spacieux.A cette nouvelle, eux, d\u2019ordinaire si paisibles, se mirent à crier, à sauter, à chanter.Il fallut tout notre savoir-faire pour les calmer Cet enthousiasme des enfants pour la bibliothèque de la Nativité, comment l\u2019expliquer?Car les chiffres témoignent: en avril 1938, 910 enfants avaient pris 1273 livres, 14,141 fois; l\u2019année suivante, ils sont 1679, qui demandent 23,371 fois 2200 livres; enfin, en 1939-40, 2580 abonnés lisent 34,315 fois, 2600 livres.Succès incontestable.J\u2019ai vu, occupés à leur lecture ou au choix d\u2019un volume, plus de quatre-vingts marmots à la fois, dans un silence impressionnant; ils y mettaient une conscience, 74 RELATIONS un sérieux incroyables.Autant de galopins de moins, autant de studieux de plus.Comment les bibliothécaires sont-elles parvenues à ce résultat?Très simple: un dévouement total et sans salaire, une organisation méthodique, l\u2019utilisation d\u2019une psychologie de l\u2019enfant, attrayante, concrète.C\u2019est tout le secret.Petit Pierre, (ou sa sœur, Jacqueline), passe rue Sainte-Catherine, lorsqu\u2019il aperçoit dans une vitrine de savoureuses images.Il s\u2019arrête et lit: Bibliothèque des enfants.De fait, des enfants, le local en déborde.Intéressé, Pierre entre; le sourire rafraîchissant d\u2019une demoiselle aussitôt le met en confiance.« Je viens pour voir ».La demoiselle le conduit vers une table chargée d\u2019illustrés: il vient pour voir, il pourra se contenter! \u2014\t« Tu peux t\u2019asseoir et regarder tant que tu voudras.» \u2014\t« Merci, Mademoiselle.» Et Pierre se plonge le nez dans un livre.Combien de temps, il ne saurait vous le dire.Il se rappelle seulement que la demoiselle est venue le déranger: « Nous fermons, c\u2019est l\u2019heure.Avant de partir, veux-tu me donner ton nom et ton adresse?» Il le fait de bonne grâce.« Reviendras-tu ?» S\u2019il est revenu! .Maintenant, il apporte des livres à la maison, ne s\u2019intéresse plus seulement aux contes, mais aux biographies, aux récits de voyages, de géographie, d\u2019histoire.Lui qui d\u2019abord ne voulait que s\u2019amuser, l\u2019habile bibliothécaire, comme par la main, l\u2019a conduit de la fantaisie au sérieux.Grâce à cette technique, la moyenne de 65% fantaisie \u2014 35% sérieux des lectures s\u2019est transformée en 50% des deux.Nommez à ce Pierrot des auteurs comme Mme de Ségur, Mme Julie Lavergne, Jules Verne, les PP.Hublet, Finn et Svenson, vous le trouverez en pays connu; il en ajoutera même que vous ne connaissez pas.Quant aux collections les Bonnes Lectures, Albums de France, Pour Tous, la Bibliothèque Illustrée du Petit Français, elles lui sont familières.C\u2019est tout juste s\u2019il ne regrette pas la pénurie de livres du genre sur le Canada.Pour sûr que s\u2019il devient écrivain (il a confié à la bibliothécaire qu\u2019il voulait le devenir), il y verra, lui! Palper les couvertures si pimpantes, reluquer les titres blancs ou noirs, si nets, pour Pierre, quelle douce passion! Mais sait-il qu\u2019en arrière, dans l\u2019atelier, les bibliothécaires occupent leurs loisirs à la toilette des livres?E*t que, si leur apparence conserve une telle fraîcheur, c\u2019est qu\u2019on a eu la précaution d\u2019en acheter de bonnes réserves avant la guerre ?Pourquoi le saurait-il ?Ce n\u2019est pas son affaire .Une pièce qui garde un air de fête, c\u2019est la salle d\u2019études: table en beau bois naturel, confortables chaises à bras, étagères comblées d\u2019ouvrages de botanique, d\u2019entomologie, de chimie et de physique pour tous, d\u2019histoire, de géographie, d\u2019art, de dictionnaires quel matériel précieux pour l\u2019écolier! Comment ne pas y étudier?Aussi voit-on de fréquentes réunions de Jeunes Naturalistes, et Pierre est du nombre .Le brave enfant, se doute-t-il du travail accompli en lui par le livre, depuis qu\u2019il le fréquente?Un peu, sans doute, mais plus tard! .Ce petit être réceptif qui enrichit son expérience personnelle par les contacts quotidiens avec ses parents, ses camarades, les passants de toutes classes, il est en train de se construire sa vision du monde.Si je lui disais que, par le livre, il profite de l\u2019expérience d\u2019un poète ou d\u2019un savant, je bétonnerais.Pourtant, c\u2019est çà.L\u2019auteur lui communique son idéal, lui offre en partage ses états d\u2019âme, le guide dans ses voyages, le renseigne sur la beauté et le sens de la vie, sur son pays, le transporte par la poésie dans une réalité plus profonde qui enchante et purifie sa sensibilité.Petit Pierre, tu n\u2019as pas saisi toutes ces merveilles qui s\u2019opéraient en toi-même.On y a pensé pour toi .Les lectures d\u2019enfants ont pris, surtout depuis deux ans, un essor marqué au Canada français.Des bibliothèques indépendantes se sont fondées à Montréal (une centrale avec ses huit succursales), une à Québec, sous le patronage de l\u2019Institut canadien et de la Ligue catholique féminine.Les Trois-Rivières et Chicoutimi ouvriraient bientôt les leurs; d\u2019autres villes aussi.La Commission scolaire catholique de Montréal a déjà accompli et continue un fort beau travail, sous la direction de M.Joseph Brunet, bachelier en bibliothéconomie des universités McGill et Columbia (N.Y.), professeur à l\u2019Université de Montréal, et Mlle Laurette Toupin, également professeur à l\u2019Université de Montréal.La Commission possède actuellement 42 bibliothèques scolaires (50 à la fin de mars), disposant de 26,000 volumes pour 30,000 écoliers, avec une circulation de 70 à 80,000 depuis le début de l\u2019année.Enfin, les bibliothèques paroissiales vont ouvrir une section spéciale pour les enfants.Un mouvement d\u2019ensemble devrait coordonner ces efforts, en assurer la permanence et l\u2019efficacité.Verrons-nous bientôt cet organisme central, à la fois bureau d\u2019échange et coopérative d\u2019achat et de lumières, si utile aux bibliothèques elles-mêmes et, par elles, au relèvement de notre jeunesse, de notre peuple ?Ensemble donc: les livres aux enfants, et les enfants aux livres! SIGNES DES TEMPS LE SENS DE L\u2019HISTOIRE ACTUELLE Comme toute réalité un peu vaste, elle (la décadence de notre civilisation) ne se laisse pas réduire à de grandes définitions idéologiques.L\u2019esprit bourgeois en est le cœur, si ce mot désigne non pas tant un secteur social qu\u2019un état d\u2019âme, fait d\u2019avarice, d\u2019indifférence à autrui, d\u2019âpreté dans la revendication, de confort médiocre, avec des nuances nombreuses depuis les formes dures et agressives jusqu\u2019aux formes douillettes et familiales.L\u2019individualisme en est la racine, non pas le sens mesuré de la liberté, de la dignité des personnes, de la bigarrure des vocations, mais un isolement têtu de chacun dans son intérêt, dans ses goûts, dans ses ambitions, les rapports sociaux ramenés à la lutte pour la vie, à la surveillance mutuelle et à la bousculade.Le monde de l\u2019argent en est l\u2019instrument économique et social, avec ses classements bizarres des images de Dieu .par le nombre de cylindres d\u2019une machine bruyante et nauséabonde.En ce qui concernait la France, une certaine forme de démocratie parlementaire et libertaire venait, s\u2019il était besoin, finir de gâcher ce désordre par l\u2019incompétence, l\u2019irresponsabilité, le débraillé, tous maux éternels, mais un peu trop installés chez nous depuis quelques dizaines d\u2019années.La guerre qui secoue l\u2019Europe n\u2019est pas d\u2019abord une guerre impérialiste, c\u2019est d\u2019abord une guerre révolutionnaire.L\u2019Europe, divisée contre elle-même, s\u2019accouche d\u2019un ordre nouveau, elle en accouche peut-être le monde.Seule une révolution spirituelle et une révolution institutionnelle de même ampleur que la révolution fasciste eussent pu, peuvent encore sauver la France de la destruction.Les pays totalitaires donnent un visage frénétique à des lignes de civilisation dont nous devrons découvrir après eux, mieux qu\u2019eux, l\u2019âme profonde.\u2014 (Emmanuel Mounier, la Relève, décembre 1940.) MARS 1941 75 PROBLEMES MINORITAIRES 19 4 0 EN ACAD Antoine BERNARD, C.S.V.1 Cl A A, année de tristesse et d\u2019universelle inquiétude, ^ restera pourtant, dans les provinces de l\u2019Est canadien et particulièrement au Nouveau-Brunswick, la date heureuse d\u2019un progrès acadien bien marqué.Elle restera l\u2019année d\u2019une notable amélioration du système d\u2019enseignement primaire chez les quelques 150,000 Acadiens du Nouveau-Brunswick.Elle formera donc contraste avec la déplorable année 1871.Avant d\u2019exposer sommairement le fait de 1940, rappelons les grandes lignes de la situation imposée, il y a soixante-dix ans, aux 45,000 fils d\u2019Ëvangéline qui se raccrochaient à la vie et à l\u2019espérance, depuis Memramcook et Moncton jusqu\u2019au fond des forêts du Madawaska.L\u2019article 93 de la Constitution de 1867 avait réservé aux provinces canadiennes toute législation en matière scolaire.Fort de ce privilège, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, George King, fit voter par sa majorité, le 17 mai 1871, un projet de loi dit: « Acte des Ecoles de paroisses », fac-similé de la loi Tupper votée à Halifax en 1864, qui créait l\u2019école unique (c\u2019est-à-dire anglaise) et neutre, pour tous les citoyens.Seule, à l\u2019avenir, l\u2019école publique non confessionnelle recevra l\u2019aide des subsides du gouvernement de Fredericton.Dure alternative.S\u2019ils veulent continuer de faire instruire leurs enfants en catholiques français, les Acadiens, pauvres et chargés de nombreuses familles, paieront une double taxe, s\u2019arrangeront comme ils pourront de leur nouvelle condition de hors-la-loi qui rappelle trop facilement les misères d\u2019un passé qu\u2019ils croyaient à jamais éteint.L\u2019application de cette loi souleva une tempête de protestations, non seulement chez les Acadiens, mais aussi chez les Irlandais catholiques.Les trois députés catholiques que le Nouveau-Brunswick s\u2019était donnés à Ottawa, MM.John Costigan, W.Anglin et Auguste Renaud, en appelèrent à leurs collègues de la Chambre des Communes pour réparer cette flagrante injustice.Mais que faire contre le parti pris d\u2019une majorité toute-puissante ?Le gouvernement MacDonald refusa de désavouer la loi néfaste, ce qu\u2019il eût pu faire en usant de son droit de veto.Après la session de 1872, M.Renaud, député de Kent, en vue d\u2019un test case, interjeta appel à la Cour Suprême du Nouveau-Brunswick d\u2019une décision d\u2019un magistrat de son comté qui s\u2019appuyait sur la nouvelle loi scolaire.Le jugement, rendu en février 1873, ne reconnut aux Acadiens aucun « droit minoritaire » en la matière.Restait, comme dernière planche de salut, l\u2019appel au Conseil Privé de Londres.A grands frais on y recourut, bien inutilement.Ce Conseil n\u2019hésita pas à confirmer le jugement de la Cour Suprême du Nouveau-Brunswick.Blessés dans leur dignité d\u2019hommes et surtout, peut-être, dans leur conscience de catholiques, les Acadiens s\u2019émurent.Comment assister impassibles à la brutale saisie de leurs meubles, de leurs instruments aratoires, de leurs animaux domestiques, en paiement d\u2019une taxe scolaire qui les reléguait au rang des Micmacs de Tobique ou de Burnt Church ?Il y a limite à tout.Il y eut du sang versé à Caraquet, en 1875 .Au lendemain de cette alerte, une sorte de modus vivendi s\u2019établit, qui, sans rendre justice à la minorité française du Nouveau-Brunswick, desserra un peu la corde destinée à étrangler sa vie nationale.On toléra l\u2019existence, dans les paroisses acadiennes, d\u2019écoles dites acadiennes, comme on jette un os à gruger .Dans ces écoles spéciales, une institutrice de
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