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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1941-06, Collections de BAnQ.

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[" \u2014 LA BEAUHARNOIS : ENTREPRISE EXCELLENTE Ernest ROBITAILLE LA PLACE DE LA mill Oskar HALECKI Émile BOUVIER SJ.lion LALANDE miiüi ,, .* \u2022'\t\u2022 \u2022 \u2022 \u2022'\t\u2019 v Henri-C BOIS «¦lllii ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE Éditoriaux.141 Espace vital et famille \u2014 Pour un ordre nouveau \u2014 Aujourd\u2019hui, hier et demain \u2014 Simples réflexions.Articles LA BEAUHARNOIS: ENTREPRISE EXCELLENTE.Ernest Robitaille 143 LA PLACE DE LA POLOGNE DANS LE MONDE CHRÉTIEN .Oskar Halecki 146 SYNDICALISME ET ACTION CATHOLIQUE .J.-B.Gingras 149 EN CAUSANT AVEC BRÜNING.Émile Bouvier 150 LA COOPÉRATION PAR L\u2019ÉDUCATION DES ADULTES .Léon Lebel 152 Commentaires.154 Le mouvement (( The S word of the Spirit » \u2014 Logement et famille nombreuse \u2014 Ralliement des « Nouveaux Canadiens » catholiques \u2014 Orientation et baseball \u2014 Congrès de prédicateurs \u2014 Notre Dame des Nations.NOS COLLABORATEURS \u2022 M.Ernest Robitaille, comptable publie licencié, s\u2019est intéressé de très près au problème de l\u2019électricité dans la province avant comme après l\u2019enquête Lapointe où il apporté un témoignage remarqué.\u2014 L\u2019article de M.Oskar Halecki, professeur d\u2019histoire à l\u2019université de Varsovie et président de l\u2019Association Kosciuszko, prolonge le souvenir qu\u2019ont laissé au Canada français ses émouvantes conférences de savant et de chrétien.\u2014 M.l\u2019abbé Jules-Bernard Gingras est l\u2019aumônier général de la Jeunesse Technique Catholique (J.T.C.).\u2014 Le Père Emile Bouvier, s.j., étudie actuellement la science économique à la School of Public Administration de Harvard.\u2014 L\u2019idée coopérative ne connaît pas de plus original et plus zélé propagandiste que le P.Léon Lebel, s.j., aumônier général de l\u2019Union Catholique des Cultivateurs (U.C.C.).\u2014 Un récent voyage d\u2019affaires a permis à M.Léon Lalande, avocat, secrétaire de la section de Montréal du Canadian Institute for International Affairs, de prendre un contact rapide par avion avec l\u2019Amérique du Sud.\u2014 M.Henri-C.Bois, président de la Corporation des Agronomes, consacre ses efforts depuis longtemps aux problèmes professionnels et techniques de la classe agricole.\u2014 Après des années d\u2019études pratiques et théoriques en Europe sur le syndicalisme et le corporatisme, le P.J.-d\u2019Auteuil Richard, s.j., est devenu le directeur de Relations.\u2014 M.Marcel Parizeau, architecte, ancien élève de l\u2019École des Beaux-Arts de Paris, est membre de la Commission d\u2019Urbanisme de la ville de Montréal.\u2014 Des séjours dans divers sanatoria de la province ont permis au P.Albert Plante, s.j., de se rendre compte des problèmes moraux et psychologiques que pose la tuberculose.Chroniques RETOUR D\u2019AMÉRIQUE LATINE .L.Lalande 156 AGRONOMES ET CORPORATISME .H.-C.Bois 158 L\u2019ENSEIGNEMENT SOCIAL DANS LA C.T.C.C.J.-d\u2019Auteuil Richard 160 UNE EXPOSITION D\u2019URBANISME.Marcel Parizeau 162 L\u2019ASSOCIATION DE LA CROIX DE LORRAINE .Albert Plante 163 HORIZON INTERNATIONAL.164 Cuba \u2014 Mexique \u2014 États-Unis \u2014 Colombie \u2014 Espagne \u2014 Pologne.CINÉMA.Jean Vallerand 166 The Great Lie \u2014 Knock \u2014 So Ends Our Night.Livres récents.167 Rapport 1939-1940 de la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Église catholique.Léon Pouliot La Vie de l\u2019Esprit au Canada français .P.L\u2019Allier Hasard et Moi.Robert Bernier RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Joseph-Papin Archambault Joseph-H.Ledit, Jacques Cousineau Administrateur: Albert Bellemare \u2022 PRIX DE L\u2019ABONNEMENT :.$2.00 par année A l\u2019étranger: $2.50.Pour les étudiants: $1.50 L\u2019abonnement commence en janvier, avril, juillet et octobre Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rechel eat - Tél.: FR.1189 MONTRÉAL\tCANADA 1ère année, No 6 Ecole Sociale Populaire, Montréal Juin 1941 É D I T O Espace vital et famille L\u2019ENCYCLIQUE INAUGURALE Summi Ponti-ficatus, l\u2019encyclique Sertum Laetitiae adressée à l\u2019épiscopat des États-Unis, les nombreuses et délicates allocutions sur le mariage données au cours des audiences pour jeunes ménages, ont déjà valu à S.S.Pie XII le titre de Pape de la famille, tant l\u2019insistance est particulière et profonde la sollicitude.Aussi quand le cinquantenaire de RerumNo-varum lui donne l\u2019occasion de parler à Radio-Vatican, il réaffirme contre les empiètements de l\u2019État les droits et les devoirs de la famille, en laquelle (( une nation trouve la racine naturelle et féconde de sa grandeur et de sa puissance )).Il y pose la question fondamentale et actuelle: (( Si aujourd\u2019hui le concept de la création d\u2019espaces vitaux est le pivot des buts politiques et sociaux, pourquoi ne penserait-on pas, avant tout, à l\u2019espace vital de la famille, pour la libérer de sa condition actuelle, qui ne lui permet même pas de formuler l\u2019idée d\u2019un foyer bien à elle ?)) Un foyer bien à elle, voilà l\u2019espace vital fondamental que toute politique humaine, même celle de guerre, ne devrait pas perdre de vue.L\u2019incidence des taxes indirectes, l\u2019exemption trop peu généreuse pour charge d\u2019enfants et.le rappel des clauses les plus libérales dans la loi du logement constituent autant d\u2019oublis graves de ces fins de guerre.La devise des Romains qui combattaient pro aris et focis, pour l\u2019autel et le foyer, devrait nous enseigner la sagesse.Le sens religieux et le sens familial sont des moteurs d\u2019énergie, d\u2019énergie guerrière aussi bien; les mesures législatives qui favorisent l\u2019accès à la petite propriété et combattent l\u2019immoralité nous acheminent efficacement vers la victoire.Si les prolétaires du Québec et d\u2019ailleurs avaient l\u2019impression bien nette que s\u2019ils n\u2019ont pas eu l\u2019espace vital nécessaire à leurs familles, ils l\u2019auront sûrement dans l\u2019après-guerre, avec combien plus d\u2019entrain ne verraient-ils pas partir, à défaut d\u2019argent qu\u2019ils n\u2019ont pas, les enfants de leur cœur pour défendre un pays enfin reconnaissant aux pères et mères de famille ! RIAUX Pour un ordre nouveau LA lettre pastorale collective que l\u2019épiscopat de la province de Québec vient de publier constitue un événement important.Elle manifeste l\u2019intérêt que l\u2019Église du Canada, fidèle aux enseignements du Saint-Siège, porte à la restauration de l\u2019ordre social et tout particulièrement au relèvement du prolétariat.Elle trace surtout un programme d\u2019action constructive dont devraient s\u2019inspirer les catholiques soucieux du bien-être de leur pays.Le temps est venu d\u2019oublier, sur les problèmes essentiels, les divisions de parti et d\u2019unir toutes les forces saines dans un vigoureux effort de reconstruction sociale.Il fallait un programme qui ne fût pas l\u2019affaire d\u2019un groupe politique plutôt que d\u2019un autre.Les évêques nous donnent les grandes lignes de ce programme.Us entrent même sur quelques points plus importants dans des détails et des précisions d\u2019une grande opportunité.Aux laïcs maintenant d\u2019exploiter cette riche mine et d\u2019en tirer les matériaux de l\u2019ordre nouveau canadien.La première chose à entreprendre, c\u2019est de diffuser cette Lettre, de la faire pénétrer dans le plus grand nombre de foyers possible, d\u2019amener nos hommes publics, nos chefs d\u2019associations professionnelles, nos éducateurs, à la lire et à la méditer.L\u2019École Sociale Populaire a déjà publié ce document dans sa collection de brochures mensuelles.L\u2019Action catholique de Québec en a aussi fait une édition à bon marché.Ce n\u2019est pas tout.Il faudrait faciliter, organiser même l\u2019étude de ce texte, riche de doctrine, d\u2019observations judicieuses, d\u2019applications pratiques.Il faudrait aussi en favoriser l\u2019explication au peuple, en préparer un commentaire approprié.La Lettre est simple et claire.On a voulu qu\u2019elle fût à la portée de tous.Il a fallu par ailleurs ramasser en quelques lignes des vérités susceptibles d\u2019amples développements, se contenter d\u2019énumérer des œuvres, alors qu\u2019on aurait pu exposer leur nature et leurs avantages, et ainsi du reste. L\u2019École Sociale Populaire veut contribuer pour sa part à la diffusion et à l\u2019étude de cet important document.Elle en fera la matière des cours qui seront donnés cet été à son École de formation sociale.Elle est prête à organiser sur ce sujet des soirées et des journées sociales.Elle prépare des plans détaillés pour les cercles d\u2019études.Bref, elle s\u2019emploiera à aider tous ceux qui veulent mieux comprendre cet enseignement et le faire pénétrer dans nos institutions et nos lois.Aujourd'hui, hier et demain DEPUIS l\u2019entrée en guerre de la Grande-Bretagne, suivie bientôt de la nôtre, nos gouvernants donnent le spectacle d\u2019une activité débordante, omniprésente.En moins de deux ans, elle a entraîné un pays anémié par une longue crise à fournir un effort de guerre formidable.La preuve en est écrite en chiffres irrécusables dans le dernier budget de guerre présenté le 29 avril dernier par le ministre des Finances: $1,450,000,000 ! Cet effort, qui classe le Canada d\u2019emblée en première place après la Grande Bretagne parmi les nations du Commonwealth pour leur contribution à la défense de l\u2019Empire, a été dûment constaté et admiré par les plus hautes autorités britanniques et américaines.Le Canadien peut, à bon droit, y voir un gage de victoire.Cependant devant cette activité, il ne peut pas ne pas se rappeler, avec une pointe au cœur, l\u2019espèce de paralysie, qui naguère au temps de la crise, semblait avoir frappé tous ses dirigeants.La situation était pourtant grave.La dignité de la personne humaine et de la famille était en péril chez des centaines de milliers de Canadiens.L\u2019ennemi alors n\u2019était pas Hitler et ses soldats, ni sa doctrine païenne, c\u2019était la misère sans issue, le chômage généralisé, l\u2019esclavage du prolétaire, avec leur accompagnement sourd de jalousie, de haine et de révolte.Les bases de la civilisation étaient minées chez nous, sous nos propres yeux.Les dénonciations les plus précises de situations intolérables ou d\u2019abus innommables, faites jusque sur le parquet de la Chambre ou consignées dans les rapports d\u2019enquêtes royales, restaient sans écho.Nos gouvernants, aujourd\u2019hui si ingénieux à mobiliser les forces vives de la nation contre les ennemis de l\u2019extérieur, ne surent trouver contre les ennemis du dedans que la lamentable pitance des secours directs.L\u2019après-guerre nous réserve des tâches immenses de réaménagement social et industriel et promet bien des batailles à gagner.Demain, le peuple ne tolérera pas que le pays retombe dans le marasme d\u2019avant-guerre; il se tournera vers ses chefs et exigera d\u2019eux qu\u2019ils mettent à l\u2019organisation de la paix la même ardeur et la même compétence qui auront assuré la victoire.Simples réflexions OUAND dans la presse étrangère quelque grave illettré vient répéter que le Canada français est hitlérien, ou peu s\u2019en faut, on sait immédiatement quelle sera la réaction de la plupart des journalistes de langue anglaise.Au lieu d\u2019expliquer à l\u2019intrus qu\u2019il ferait beaucoup mieux de se mêler de ses affaires, ils montent solennellement sur leur trône et mettent les Canadiens français en demeure de faire de nouvelles déclarations de loyauté.Arrivera-t-on jamais à faire comprendre à ces gentlemen que c\u2019est là l\u2019attitude la plus insultante qu\u2019ils puissent prendre vis-à-vis de leurs compatriotes de langue française ?Les innombrables erreurs de psychologie commises par ces pauvres journalistes, incapables de comprendre que la mentalité canadienne catholique et latine n\u2019est pas celle d\u2019ulstériens orangistes, auraient depuis longtemps découragé les Canadiens français si ces derniers n\u2019avaient pas leurs raisons à eux de travailler comme tous les autres à la victoire commune.L\u2019Angleterre a depuis longtemps surmonté cette mentalité de mesquineries d\u2019un groupe envers les autres.Au début, un groupe crut qu\u2019il ferait cette guerre à sa guise et dans ses intérêts.Cela ne prit pas.Les travailleurs, les masses laborieuses entrèrent dans le cabinet avec M.Aneurin Bevin, et il fut établi bien clairement que l\u2019Angleterre victorieuse ne serait pas la propriété de quelqiies capitalistes.Les intérêts financiers sont respectables; ils ne sont pas les seuls qu\u2019il faille défendre à l\u2019heure de l\u2019effort suprême.Les catholiques ne furent pas découragés ou insultés ou mis en demeure d\u2019affirmer leur loyauté à chaque instant.Leur initiative du Sword, of the Spirit, qui surnaturalise merveilleusement leur effort de guerre, fut acceptée par les protestants.Le 21 décembre 1940, quand tous les chefs religieux d\u2019Angleterre se sont mis d\u2019accord sur les principes énoncés par Pie XII, marque une date dans l\u2019histoire anglaise.Ainsi, tous se rendent compte que la lutte se fait pour quelque chose de généreux et d\u2019immense.M.Churchill a eu la grandeur d\u2019âme pour comprendre ces aspirations diverses.Il s\u2019en est fait l\u2019interprète et le champion.Il a donné confiance.La menace qui pèse sur le pays et sur le monde est trop grave pour que l\u2019on puisse se payer le luxe de divisions inutiles.Nous suggérons respectueusement à nos confrères de langue anglaise de faire un effort considérable de compréhension.Qu\u2019ils choisissent, pour rédiger leurs articles sur le Québec (et même sur la France) des hommes qui savent le français et qui se font un point d\u2019honneur d\u2019étudier consciencieusement les points de vue canadiens-français ou français.142 RELATIONS LA BEAUHARNOIS: ENTREPRISE EXCELLENTE Ernest ROBITAILLE BEAUHARNOIS sera donc, d\u2019ici quelques an- j nées \u2014 le plus tôt possible espérons-nous \u2014 sous la régie d\u2019État.Il y a lieu de nous en réjouir, car ce devrait être pour la province une entreprise excellente.Dès maintenant on peut l\u2019établir.Il n\u2019est, en effet, que de nous rappeler l\u2019expérience faite en cette voie par l\u2019Ontario depuis plus de trente ans : les résultats sautent aux yeux.Sait-on par exemple que l\u2019éclairage commercial se détaille en vingt-six municipalités ontariennes de 10.000\tâmes et plus au prix moyen de 1.61 cent le k.w.h., dans cinquante-sept autres, de 2,000 à 10,000 âmes, à 1.9 cent le k.w.h., enfin dans 221, de moins de 2.000\tâmes, au prix moyen de 2.46 cents le k.w.h.Ce qui fait donc 304 municipalités à obtenir au taux moyen de 1.7 cent le k.w.h.l\u2019éclairage commercial.(Cf.Bulletin de l\u2019Hydro ontarienne, sept.1938.) Ce sont là des prix que Montréal pourrait envier, car malgré ses 900,000 âmes, au pays même de l\u2019électricité, à deux pas de la Beauharnois, elle paie cet éclairage au prix moyen de 2.67 cents le k.w.h.C\u2019est qu\u2019ici même, ne l\u2019oublions jamais, les taux assurent, chaque année, un revenu de $5,825,511 à un bloc de 3,883,674 actions qui ne représentent aucune mise de fonds et gonflent d\u2019énormes réserves pour dépréciation, jugées déjà excessives lors de l\u2019enquête Lapointe (1934), et qui depuis se sont encore accrues.La nationalisation de la Beauharnois devrait un jour, par la concurrence, nous affranchir de ce tribut.Qu\u2019on ne croie pas que ces taux alléchants sont l\u2019appât d\u2019une gestion douteuse de l\u2019hydro ontarienne.La progression ou la régression des actifs, passifs, dette nette, établissent la saine administration de l\u2019entreprise.En 1913 on comptait quarante-cinq municipalités à se pourvoir à l\u2019hydro; en 1933, elles étaient 282, en 1939, 293.(Rapport de l\u2019Hydro ontarienne, 1939.) Voici l\u2019évolution de l\u2019actif et du passif : Actif 1913.$\t11,907,286 1933.135,703,252 1939.173,522,878 Passif 10,468,351 49,920,753 34,241,490 Et l\u2019accélération dans les profits a été telle que, de 1933 à 1939, ce groupe de municipalités augmentait ses actifs de $38,000,000, diminuait ses passifs de $15,000,000, en un mot réalisait, en six ans, un bénéfice de $53,000,000.La dette nette elle-même par rapport à l\u2019actif, au cours de ces mêmes six années, tombait de 21%, en sorte qu\u2019elle ne reste plus qu\u2019à 19.3%.Elle sera, à cette allure, amortie dans cinq ou six ans et dès lors \u2014 nos industriels du Québec doivent y songer \u2014 le coût de distribution de l\u2019électricité tombera, en Ontario, de 60%.Ce qui veut dire pour la clientèle, réduction nouvelle, aménagements nouveaux, tous à son avantage.Et ces villes, peu populeuses parfois, qui se sont donné un réseau de distribution, comme Toronto, Hamilton, London et Kitchener, non seulement servent leurs contribuables à meilleur compte que Montréal \u2014 parfois à un prix inférieur de la moitié, voire des deux tiers, mais en outre, se trouvent propriétaires de belles installations presque entièrement acquittées.Voici en tableau la situation de quelques-unes : Toronto.Hamilton.London.Kitchener Actif 75,937,533 12,752,178 6,949,546 2,944,027 Passif 20,178,455 3,167^266 802,716 294,816 (Ces actifs englobent leur quote-part dans le réseau provincial.) Montréal, cependant, paie cher et toujours cher; si d\u2019aventure on lui annonce des taux réduits, attendez la note qui d\u2019ordinaire montera au lieu de baisser.Telle consommation mensuelle\u2019|de 31,860 k.w.h., avec une demande de 115 k.w.coûtait à l\u2019ancien tarif $726.55; au tarif établi par la Régie de l\u2019Électricité, le 31 janvier 1939, elle coûta $746.10.Dans les villes ontariennes mentionnées plus haut, moins populeuses pourtant, les prix eussent été les suivants : Toronto.Hamilton.London.Kitchener 648,309 âmes 153,527\t\u201d 74,281\t\u201d 32,550\t\u201d $\t407.58 282.98 311.25 322.70 Les avantages ontariens sont réels et substantiels.Il n\u2019y a donc pas lieu d\u2019hésiter.L\u2019achat de la Beauharnois est une affaire excellente qui peut être, on l\u2019écrivait ici même, (( l\u2019aube de notre redressement économique)) ; l\u2019exemple de l\u2019Hydro ontarienne pourrait convaincre les plus aveugles.Encore faudra-t-il ne verser que le juste prix.Arrêtons-nous à l\u2019établir.Faut-il accepter de confiance les chiffres élevés qui circulent ici et là et qu\u2019on a même cités en Chambre ?L\u2019achat de la Beauharnois coûterait $80,-000,000?Sans pouvoir fixer le chiffre précis, faute de pièces complètes accessibles au public, on peut assurer que le coût ne devrait guère dépasser les $50,000,000.On l\u2019établit surtout par l\u2019étude des JUIN 1941 143 bilans; des informations sommaires mais sûres y ont révélé plusieurs postes excessifs; une enquête complète s\u2019impose.On imagine en effet que la reprise par l\u2019État de cette entreprise se fera de l\u2019une ou l\u2019autre façon que voici: on achètera la centrale avec lignes de transmission et droits acquis, etc.et on laissera aux anciens propriétaires le soin de liquider les obligations, billets et actions.En ce cas il nous faut surveiller au bilan le poste (( propriété )) ; il doit livrer le prix coûtant de l\u2019entreprise.Ou bien la province se chargera elle-même des redevances de l\u2019entreprise envers les obligataires, porteurs de billets et actionnaires.Cette fois, c\u2019est le détail de ces titres qui appelle un examen sérieux.Qu\u2019on nous permette de citer, si austère soit-il, le bilan consolidé des années 1938, 1939 et 1940; il appuiera notre avancé.Nous l\u2019empruntons au Financial Post Corporation Service, du 15 février 1941.Nous faisons grâce aux lecteurs du détail des nombreuses réorganisations qu\u2019a connues l\u2019entreprise.Les chiffres de l\u2019année 1940 sont ceux du bilan consolidé de la Beauharnois Light, Heat and Power Co.et de ses filiales; ceux des années 1938 et 1939 donnent le bilan consolidé de la Beauharnois Power Corp.et de ses filiales, y compris la Beauharnois Light, Heat and Power Co.BILAN CONSOLIDÉ AU 31 DÉCEMBRE ACTIF Caisse.Comptes recevables.Prêt à demande (Montreal L.H.& P.Cons.) 1.Dépôts en garantie.Frais différés.Immobilisations : Propriété, usine, droits, développement pour force motrice, etc.au prix coûtant 2; aussi, escompte sur obligations et frais de finance.Déficit.PASSIF Comptes payables.Réserves pour taxes.Intérêt accrû sur obligations.Obligations Beauharnois L.H.«V P.Co.Première hypothèque, 4hé%, 1963.Première hypothèque, 4Vi%, 1973.Deuxième hypothèque, 5%, 1978.Billets convertibles 5%.Billets, 5%, 1960, non garantis.Billets, 5%, 1960, garantis.Capital-actions (ordinaires) Beauharnois L.H.& P.Co.1940\t1939\t1938 $\t$\t$ 926,098\t1,620,187\t1,194,394 542,556\t475,658\t447,461 2,574,000\t4,611,000\t5,593,000 18,425\t18,425\t42,42 4,061,079\t6,725,270\t7,277,280 121,985\t120,971\t111,067 77,639,893\t72,518,499\t72,002,007 116,973\t298,038\t273,147 81,939,930\t79,662,778\t79,662,501 542,317\t70,176\t91,765 \t82,693\t60,827 1,441,713\t1,754,008\t1,754,008 1,984,030\t1,906,877\t1,906,600 18,000,000\t18,000,000\t18,000,000 39,955,900\t39,955,900\t39,955,900 \t16,200,000\t16,200,000 12,000,000 6,000,000\t1,800,000\t1,800,000 4.000,000\t1,800,001\t1,800,001 $\t81,939,930\t79,662,778\t79,662,501 1.\tRecevable suivant les besoins pour construction.Toute somme non requise pour construction avant le 1er janvier 1947 sera affectée au remboursement des obligations, première hypothèque, intérêt4J^%, 1973.2.\tAprès dépréciation de $1,932,600 en 1940, $1,594,580 en 1939, $1,314,580 en 1938.Si donc la province, selon la première hypothèse, achète centrale, lignes de transmission et droits, le poste (( propriété )) doit nous retenir.Il porte la somme de $77,639,893.Serait-ce là le coût de l\u2019entreprise?Non.Car celle-ci a reçu beaucoup moins.Sous ce chiffre se cachent des sommes \u2014 plus de $17,000,000 \u2014 qui n\u2019ont nullement servi à l\u2019acquisition de droits, creusage, constructions, etc.En voici le détail: 144 1.L\u2019escompte de 10% sur l\u2019émission de $30.000,000 d\u2019obligations à gage subsidiaire (Collateral Trust Bonds) faite en 1929, soit.$ 3,000,000 2.\tLa plus-value attribuée à ces obligations à gage subsidiaire lors de la réorganisation, en 1933, soit.6,000,000 3.\tL\u2019escompte de 7.55% sur l\u2019émission de 38,155,000 d\u2019obligations, première hypothèque, soit.2,880,770 4.\tLe bénéfice payé aux promoteurs.3,189,000 RELATIONS 5.\tLa plus-value du capital-actions créée en 1940 et qui ne représente aucune mise de fonds.2,199,999 6.\tLa diminution du déficit de $298,038 à $116,973; ce qui correspond à l\u2019ajustement de valeur de toutes les actions de la Beauharnois L.H.& P.Co.181,065 $\t17,450,834 Il est donc évident que la Beauharnois n\u2019a pas coûté plus de $60,189,059 et le juste prix ne saurait dépasser cette somme.Si l\u2019on se rappelle que le gouvernement fédéral versera à la province, pour cet achat, $7,972,500 le coût s\u2019abaisse à environ $52,216,559.L\u2019entreprise à ce prix, nous le verrons plus bas, fera ses frais.Prendrons-nous plutôt nous-mêmes, avec l\u2019actif, toutes les redevances ?Il faudrait alors, nous l\u2019avons dit, passer au crible, le paquet d\u2019obligations, billets et actions, pour ne payer aux propriétaires actuels que les argents qu\u2019ils ont eux-mêmes déboursés.Cette somme ne s\u2019élève pas aux $80,000,000 qu\u2019indique le bilan; tant s\u2019en faut.Une enquête s\u2019impose, que le gouvernement devrait mener sans faiblesse.Songe-t-on un peu que le détenteur actuel de la Beauharnois \u2014 la Montreal Light, H.& P.Cons.\u2014 a déjà fait payer par ses taux à la population de la région de Montréal, de 1927 à 1940, sur un capital fictif, la somme de $76,624,887; ce qui couvre au prix fort, le coût de la Beauharnois ?Nous lui avons donc payé une fois le prix de la Beauharnois ; si nous la payons une seconde fois, ce devra être au juste prix.Le bilan porte un total de redevances de $80,-000,000 pour obligations, billets et actions.De cette somme, nous avons vu qu\u2019il faudrait soustraire $11,880,770 d\u2019escomptes et plus-value relatifs aux premières émissions d\u2019obligations; plus $2,574,000, chiffre d\u2019une créance de la Montreal Light, H.& P.Cons.à la Beauharnois, sa propriété; nous voilà déjà à $14,454,770.Le prix des obligations, en outre, devrait s\u2019alléger; car telles obligations, remplacées aujourd\u2019hui par de nouveaux titres, ne furent pas acquises au pair.Les obligations, hypothèque générale, 5%, 1973, vendues d\u2019abord à 90 se transigeaient, de janvier à mai 1936, entre $25.et $28.; et à la même période, les obligations, première hypothèque, 53^%, 1973, vendues à $92.45, se négociaient à un prix variant de 80 à 83.Quel prix la Montreal Light, H.& P.Cons.a-t-elle payé ces valeurs?Une enquête sérieuse le dirait.Le prix des actions aussi, $4,000,000 doit être dégonflé puisqu\u2019elles sont estimées par la Beauharnois Power Corp.à $1,618,937.(Bilan 31 décembre 1939, Financial Post Corporation Service, 15 février 1941, page 10.) Et du bloc d\u2019actions actuel JUIN 1941 (715,779 sans valeur nominale) la Montreal Light, H.& P.Cons.possède ou contrôle 527,221, en ayant eu la très grosse part à titre de boni, lorsqu\u2019elle souscrivait aux émissions d\u2019obligations.Le prix de rachat de ces actions ne devrait pas être élevé.Et les autres 188,558 actions sont en diverses mains sans qu\u2019on puisse dire si elles furent acquises à titre onéreux ou gratuit.D\u2019ailleurs, que peuvent bien valoir toutes ces actions puisque $12,000,000 de billets, intérêt 5%, ayant sur elles priorité, ne sont, selon le Financial Post Corporation Service, nullement garantis ?On le voit, de toute façon, de partout, cèdent ces chiffres et il faut qu\u2019une enquête aux livres de la Montreal Light, H.& P.Cons.fixe d\u2019abord ce que fut pour elle le prix d\u2019achat des divers titres.Ainsi seulement paierons-nous le juste prix.Reste une dernière question; la Beauharnois, aux mains de l\u2019État, ferait-elle ses frais?Certainement.Et si nous le voulons, elle pourrait être extrêmement florissante.Il est permis, dès maintenant, de s\u2019en assurer.Nous avons, en effet, grâce au Financial Post Corporation Service, 15 février 1941, le compte d\u2019opérations de la Beauharnois pour ces dernières années : 1940\t1939\t1938 \tû>\t $>\t$\tnP Revenu brut d\u2019opérations 4,337,831\t3,920,352\t3,614,185 Autre revenu.23,676\t18,017 4,337,831\t3,944,028\t3,632,202 Dépenses.694,815\t667,596\t587,372 Revenu net.3,643,016\t3,276,432\t3,044,830 Charges fixes.3,304,996\t3,022,323\t2,669,034 Bénéfice d\u2019opérations.\t338,020\t254,109\t375,796 Moins dépréciation.\t338,020\t280,000\t450,000 Déficit pour l\u2019année.25,891\t74,204 Plus déficit précédent.272,147\t197,943 Déficit reporté1.$\t116,973 $\t298,038 $\t272,147 1.Le rapport annuel ne donne aucun détail du compte déficit pour 1940.La diminution du déficit, je l\u2019ai noté plus haut, de $298,038 au 31 décembre 1939, à $116,973 en 1940 correspond à un ajustement de la valeur des actions de la Beauharnois L.H.& P.Co.Le rapport des vérificateurs pour les années 1938 et suivantes constate que la réserve pour dépréciation n\u2019a pas été suffisante.On constatera d\u2019abord que les revenus ont crû dans une proportion supérieure aux dépenses (de $720,000 contre $107,000 en deux ans); sans doute on n\u2019assure point une somme suffisante pour dépréciation, mais déjà l\u2019entreprise fait ses frais.Surtout, elle pourrait être bonifiée très rapidement, aux mains de la province.On cesserait, j\u2019imagine, de payer revenu sur $18,000,000 de billets, détenus par la Montreal Light, H.& P.Cons., et qui n\u2019ont aucune valeur de garantie.Qu\u2019on y songe; c\u2019est un tribut 145 de $900,000 par année qu\u2019on verse ainsi à une entreprise qui nous a déjà trop exploités.Cette somme pourvoirait largement aux dépréciations nécessaires et laisserait de larges réserves, peut-être $500,000 pour développements futurs.En outre, la province, reprenant l\u2019entreprise, pourrait bien imiter la Montreal Light, H.& P.Cons.et lui donner des obligations de la province à 33^%, en échange des obligations de la Beauharnois Light, H.& P.Co., 43^2%, 1963 et 1973 qu\u2019elle détient.La Montreal Light, H.& P.Cons.ayant pratiqué semblable échange de valeurs, en 1936 (obligations 3^% contre obligations 53^%) ne pourrait le récuser.Ce serait pour la province, au chapitre des intérêts, une économie annuelle de $579,559.Nous voilà, après avoir pourvu à de larges dépréciations, avec plus d\u2019un million de réserve, chaque année, ne tablant cependant que sur les contrats actuels.Or la Beauharnois pourra d\u2019ici longtemps multiplier les contrats avantageux.C\u2019est ainsi que Montréal, qui est à deux pas, devra sans doute, à l\u2019exemple des villes ontariennes, municipaliser ses services d\u2019éclairage, etc., pour réduire ses frais.La Beauharnois, capable de quadrupler son débit actuel, pourra y pourvoir.Il conviendrait de plus de signaler l\u2019avantage national que constituera la Beauharnois comme noyau d\u2019une hydro provinciale.Nos hommes d\u2019État ont vu juste certes et doivent mener à bien leur dessein.Mais ils sont encore à pied d\u2019œuvre, ils devront s\u2019entêter pour imposer, malgré les appétits, la victoire du bien commun, dans l\u2019opération même de l\u2019étatisation comme plus tard dans le fonctionnement de l\u2019entreprise étatisée.LA POLOGNE DANS LE MONDE CHRÉTIEN Oskar HALECKI IES événements de l\u2019heure présente sont d\u2019une j telle gravité qu\u2019il semble presque puéril de commémorer aujourd\u2019hui des anniversaires historiques.C\u2019est pourquoi il n\u2019y a rien d\u2019étonnant que le septième centenaire d\u2019une bataille mentionnée dans tous les manuels d\u2019histoire passe inaperçu en cette année de 1941.Cependant, si l\u2019on veut se rendre compte de la place que la Pologne occupe depuis ses origines dans le monde chrétien, le souvenir du combat livré en 1241 sur les champs de Lignica mérite d\u2019être évoqué, actuellement plus que jamais.Ce fut une défaite, mais glorieuse comme celle des Thermopyles, ou plutôt celles des Thermo-pyles \u2014 au pluriel \u2014 comme il convient de dire maintenant puisque, dans ce cas, comme dans celui de la Pologne chrétienne, le présent semble se confondre avec un passé lointain.Comme au temps des guerres médiques, il s\u2019agissait en 1241 de défendre l\u2019Europe et sa liberté contre une invasion asiatique, et ceux qui s\u2019immolèrent en un sacrifice suprême ne le firent pas en vain; bien que vainqueurs dans une dernière rencontre, les Tartares durent s\u2019arrêter; l\u2019Europe occidentale qui en ce xme siècle voyait s\u2019épanouir avec tant d\u2019éclat la civilisation chrétienne et latine, se trouva délivrée à jamais de tout danger de leur part; et les envahisseurs qui, pour plusieurs siècles, s\u2019étaient soumis la Russie, durent renoncer à la conquête de la Pologne, bien que celle-ci eût à repousser, dans son effort continué jusqu\u2019au temps de Sobieski, encore environ deux cents invasions du même genre! Elle le fit, presque toujours abandonnée à ses propres forces, sinon menacée en même temps par ses voisins occidentaux.Certes, en 1241, après un combat livré à Chmielnik, près de Cracovie, par les Polonais seuls, ceux-ci luttèrent à Lignica, en une Silésie alors polonaise dans sa totalité, avec le concours d\u2019un certain nombre de chevaliers allemands.Mais en même temps d\u2019autres chevaliers teutoniques s\u2019installaient en Prusse, se préparant à couper à la Pologne l\u2019accès à la mer, et à la suite de la dévastation des terres polonaises par les Tartares, un flot de colons allemands y pénétrait, apportant, avec certains éléments de progrès économique, une menace dès lors perpétuelle à la vie nationale du pays qui les recevait.A cette époque, au moyen âge, les Allemands appartenaient eux aussi à la même communauté de foi et de culture, dont la Pologne défendait les confins orientaux.Dès le début de l\u2019ère moderne, la situation s\u2019aggrava du fait que la Pologne, toujours en danger du côté de l\u2019islam tartare et turque, restée catholique dans une Europe de plus en plus divisée, se trouva placée entre l\u2019orthodoxie de Moscou \u2014 troisième Rome encore plus hostile à la première que ne l\u2019avait été la deuxième, byzantine \u2014 et une Allemagne devenue protestante justement dans sa partie voisine.Mais que signifiaient au fond toutes les questions litigieuses qui séparaient alors, et séparent encore, les catholiques des orthodoxes et des protestants, si on les compare 146 RELATIONS au véritable abîme qui s\u2019est creusé entre la civilisation chrétienne et les deux doctrines, plus qu\u2019hérétiques, de notre temps, doctrines que symbolisent, d\u2019une part, le marteau et la faucille et, d\u2019autre part, cette croix si nettement opposée à celle du Christ qu\u2019on a pu la nommer à juste titre une croix païenne ! Or, jusqu\u2019au mois de septembre 1939, les vastes empires, soumis à ces deux doctrines, étaient séparés par une Pologne, plus petite, certes, qu\u2019avant les partages qu\u2019Allemands et Russes lui avaient fait subir à la fin du xvme siècle, mais quand même, avec ses 35 millions d\u2019habitants, un des plus grands États de l\u2019Europe; une Pologne de race slave, mais toujours fidèle à la foi romaine et à la civilisation latine; une Pologne, enfin, qui, malgré toutes les erreurs qu\u2019elle a pu commettre dans sa politique intérieure et extérieure, recherchait patiemment l\u2019idéal de la cité chrétienne, et comme, à la veille des anciens partages, avançait incontestablement sur la voie du progrès.La tentative d\u2019un nouveau partage, entreprise par les mêmes adversaires implacables, mais représentant cette fois-ci des idéologies encore bien plus dangereuses que celle des (( despotes )) éclairés d\u2019autrefois, n\u2019a pas manqué d\u2019émouvoir l\u2019opinion publique du monde entier.Mais cette opinion fut bientôt absorbée par les tragédies successives de tant d\u2019autres nations, et l\u2019opinion catholique \u2014 il faut bien le dire \u2014 ne s\u2019est pas suffisamment rendu compte de ce que signifiait la disparition, même momentanée, de la Pologne pour le monde chrétien en général et pour le catholicisme en particulier.Et pourtant il y a là un aspect de l\u2019éternel problème polonais qui aurait dû frapper tous les catholiques, même dans les pays dont l\u2019orientation politique est différente, et à plus forte raison dans ceux qui prétendent rester non-belligérants ou neutres.Depuis la catastrophe de septembre 1939, le soi-disant espace vital du national-socialisme et du communisme, devenus alliés précisément par leur complicité dans la destruction de la Pologne, s\u2019étend, compact et ininterrompu, de l\u2019océan Pacifique jusqu\u2019au Rhin, réussissant bientôt à atteindre l\u2019Atlantique et, grâce à l\u2019alliance avec le fascisme, la Méditerranée.Rien de plus caractéristique que le fait que peu de temps après la Pologne, les trois petites républiques baltiques qui, avec elle, avaient séparé, ne fût-ce que sur un territoire limité, l\u2019Allemagne et la Russie, purent être (( liquidées )) à leur tour; ou que la Roumanie qui avait prolongé jusqu\u2019à la mer Noire ce qu\u2019on pouvait considérer comme une barrière de sécurité, subit un sort presque aussi cruel et encore plus humiliant.Les Lithuaniens, catholiques comme les Polonais, les Lettons et Estoniens protestants, les Roumains en majorité orthodoxes, tous partagent un sort analogue.Et que dire du rôle actuel de pays si légitimement fiers de leur caractère catholique, comme la Slovaquie, la Hongrie, la Croatie ?Bien entendu, la crise du catholicisme européen ne se limite pas à la Pologne seule ni même aux pays de son voisinage.Pour l\u2019entrevoir dans toute son angoissante ampleur, il faudrait remonter jusqu\u2019à l\u2019absorption de l\u2019Autriche de Schuschnigg par l\u2019Allemagne de Hitler, voire à la guerre civile espagnole et méditer finalement sur la (( grande misère )) des églises de France, y compris celles qui ont échappé au bombardement.Mais ce qui est particulier au cas de la Pologne, ce ne sont pas seulement les conséquences frappantes de sa situation géographique.C\u2019est d\u2019abord l\u2019avertissement qui se dégage de son expérience plus nettement que de celle de n\u2019importe quel autre pays, l\u2019avertissement que, pour nous autres catholiques, il ne s\u2019agit pas de choisir entre les deux systèmes totalitaires, mais de s\u2019opposer résolument à l\u2019un comme à l\u2019autre, sans aucun compromis possible.C\u2019est ensuite le fait incontesté que comme la persécution en général, celle aussi dirigée contre la religion et notamment contre la religion catholique, est infiniment plus violente et plus systématique en Pologne que dans les autres pays occupés.Ces deux constatations sont en rapport étroit l\u2019une avec l\u2019autre.Seul le catholicisme polonais souffre à la fois d\u2019une persécution national-socialiste et d\u2019une persécution communiste.Elles ont chacune leur méthode suffisamment connue pour qu\u2019il soit inutile de les décrire ici.Inutile également d\u2019en rappeler les détails effrayants qui, malgré la clôture hermétique des frontières, parviennent jusqu\u2019au Saint-Siège, et, dûment vérifiés, sont portés à la connaissance du monde civilisé par la radio et la presse vaticanes.Faut-il s\u2019étonner qu\u2019au milieu de toutes les autres horreurs de la guerre, ces tristes nouvelles passent souvent inaperçues sans soulever la protestation unanime de tous les catholiques?Raison de plus pour insister sur d\u2019autres aspects du problème, plus intéressants peut-être d\u2019un point de vue général.Car ils permettront de constater ce que signifie le martyre des catholiques polonais non pas pour ceux qui le subissent, ni pour leurs compatriotes dispersés dans le monde, mais pour l\u2019Église comme telle.A cet effet, il convient de distinguer, moins entre les méthodes employées par les deux envahisseurs, qu\u2019entre les territoires qu\u2019ils occupent.Dans la partie conquise par les Allemands, purement polonaise au point de vue ethnographique, toute la population est catholique de rite latin, sauf naturellement la minorité juive et un nombre insignifiant de protestants.Elle l\u2019est depuis presque mille ans et on peut dire sans exagération que nulle part au monde la foi n\u2019est plus vivante, l\u2019attachement JUIN 1941 147 à l\u2019Église plus sincère, la piété plus profonde ni plus générale.Nulle part également le développement social et intellectuel de la vie catholique \u2014 l\u2019Action catholique telle que l\u2019avait recommandée le grand pape Pie XI \u2014 n\u2019a fait de progrès plus marqués, notamment parmi la jeune génération.Or, c\u2019est précisément à ce foyer millénaire d\u2019esprit chrétien, hier encore en plein renouveau, que les occupants s\u2019attaquent avec acharnement, infligeant ainsi non seulement à la Pologne, mais à l\u2019Église romaine des pertes quotidiennes, souvent irréparables.Rien ne saurait remplacer d\u2019autre part le rayonnement missionnaire du catholicisme polonais vers l\u2019est.Et ceci nous amène à l\u2019occupation soviétique.S\u2019il est faux de prétendre qu\u2019elle soit limitée à des territoires habités par des populations ukrainiennes et blancrussiennes, il est bien vrai qu\u2019en dehors de districts entiers et d\u2019agglomérations urbaines de caractère entièrement polonais, elle comprend également des régions que la Pologne a gagnées surtout, depuis six cents ans d\u2019ailleurs, par l\u2019influence de sa civilisation qui n\u2019était autre chose que la civilisation chrétienne dans une de ses formes catholiques et latines.On a parfois reproché à la Pologne contemporaine d\u2019y avoir trop peu encouragé l\u2019union des Églises, basée sur la conservation du rite oriental.Aujourd\u2019hui ces reproches, même dans la mesure où ils pouvaient être justifiés, semblent singulièrement vains, puisque dans ces régions contestées depuis si longtemps entre l\u2019Occident et l\u2019Orient, le catholicisme de tous les rites est menacé une fois de plus, sans que cette fois-ci l\u2019orthodoxie, persécutée elle-même, puisse en profiter.Mais comme sous tous les régimes russes, c\u2019est l\u2019Église uniate qui souffre plus particulièrement.Et ceux qui voyaient en son développement aux confins orientaux de la Pologne un point de départ pour l\u2019expansion du catholicisme en Russie même, doivent être spécialement déçus.En tout cas, l\u2019action missionnaire du catholicisme en Europe orientale est en train de subir le recul le plus funeste qu\u2019elle ait connu dans l\u2019histoire, tandis que le communisme athée peut déclencher une offensive presque inespérée.Bien entendu, elle est dirigée également contre la Lithuanie, foncièrement catholique comme la Pologne depuis sa conversion par l\u2019intermédiaire de celle-ci au xive siècle, et qui, après s\u2019être fait donner par les Soviets la ville de Wilno qu\u2019elle contestait à la Pologne, est tombée toute entière sous la domination de Moscou.Mentionnant Wilno, on songe tout naturellement au célèbre sanctuaire de Notre-Dame-d\u2019Ostra-brama, qui, comme celui, encore plus illustre, de Czestochowa, était un des grands centres du catholicisme polonais.Savoir ces deux capitales terrestres de la Reine des cieux qui y était vénérée en même temps comme Reine de la couronne de Pologne, à la merci des forces hostiles au Christ et à sa Mère, ceci devrait être une douleur commune aux catholiques de tous les pays.Il est à peine moins symbolique qu\u2019à mi-chemin entre les deux, à Lublin, la seule université catholique de toute l\u2019Europe centrale et orientale ait disparu après vingt ans d\u2019essor remarquable, dû à l\u2019indépendance de la Pologne.Et que dire du sort de cette antique cathédrale de Wawel où saint Stanislas repose au milieu de nos rois, cathédrale où la messe ne peut plus se dire qu\u2019à huis-clos et au-dessus de laquelle flotte la croix gammée.Certes, en imposant aux Polonais cette humiliation comme tant d\u2019autres, l\u2019ennemi vise à la fois leur religion et leur nationalité.Il se rend très bien compte qu\u2019ici ces deux choses se confondent.Par conséquent la violence toute spéciale de la lutte contre le catholicisme s\u2019y explique dans une large mesure par la certitude que frappant l\u2019Église on brise un des principaux soutiens d\u2019une nation condamnée à disparaître.Le prêtre polonais partage ainsi le sort du professeur, de l\u2019écrivain, de l\u2019intellectuel polonais en général.Mais même cet aspect de la situation ne devrait pas laisser indifférents les catholiques des autres pays.Un des titres de grandeur de la civilisation chrétienne est son caractère à la fois un et divers.Chaque nation a sa place providentielle dans cette vaste communauté, chacune l\u2019enrichit de son apport particulier.Même si la place de la Pologne n\u2019était pas aussi importante qu\u2019elle se révèle à la lumière de l\u2019histoire, même s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un peuple moins nombreux et qui aurait moins contribué à l\u2019avancement des sciences, des lettres et des arts, ce serait un précédent extrêmement dangereux du point de vue catholique que de refuser purement et simplement le droit à l\u2019existence à une nation quelconque.Ceux qui l\u2019avaient tenté une première fois lors des partages d\u2019il y a cent cinquante ans, ont profité de ce siècle et demi pour propager dans le monde entier la thèse suivant laquelle, parmi tous les peuples, seuls les Polonais étaient incapables de se gouverner eux-mêmes dans un État indépendant, voire n\u2019avaient pas de civilisation propre.L\u2019épanouissement de la civilisation polonaise, même sous le joug étranger, et les succès de la Pologne restaurée pendant les vingt ans de paix qui lui furent accordés, ont opposé à cette prétention le plus éloquent démenti.Reprise avec encore plus de passion, avec la volonté ferme de la rendre vraie par la destruction systématique de tous les témoignages de vie et de civilisation nationales, cette thèse antipolonaise, contraire à la vérité comme à la charité chrétiennes, n\u2019est elle-même qu\u2019un triste témoignage combien le (( nouvel ordre européen )) dont elle est une des conditions essentielles, est véritablement antichrétien.148 RELATIONS SYNDICALISME ET ACTION CATHOLIQUE Jules-Bernard GINGRAS, ptre IA pénurie de compétences a eu pour doublure j chez nous la pénurie de chefs dans le domaine social et professionnel.Les conséquences d\u2019une pareille situation sont particulièrement graves dans notre siècle d\u2019hyperindustrialisation où les excès contraires du capitalisme et du socialisme opposent presque inévitablement en groupes farouchement antagonistes les agents de la production.C\u2019est trop souvent dans cette atmosphère trouble de lutte qu\u2019est né le syndicalisme patronal et surtout ouvrier dans la plupart des pays.L\u2019association professionnelle dans l\u2019industrie en est restée marquée et la paix sociale, impossible sans collaboration, est d\u2019autant plus difficile à établir.Que penser de notre organisation du travail, telle qu\u2019elle se présente au Canada et dans la province de Québec?Nous sommes peut-être le seul groupe ethnique au monde, qui consente à recevoir, sur ce terrain vital, ses directives de meneurs étrangers.La majorité de nos ouvriers sont enrôlés sous le signe de l\u2019Internationale, c\u2019est-à-dire font effectivement partie d\u2019organismes professionnels, dont la tête est à New York ou ailleurs.Ainsi ce sont des étrangers qui font la loi dans notre monde ouvrier.Cet état de choses est révélateur.Il concrétise notre asservissement financier et manifeste notre carence de chefs ouvriers.Sans doute, en avons-nous quelques-uns qui, dans nos syndicats catholiques et nationaux, tiennent le coup contre la formidable opposition des intérêts adverses, des jalousies internes, des propagandes de toutes sortes.D\u2019où auraient dû sortir nos chefs ouvriers, sinon de nos grandes écoles industrielles ou techniques?Je ne veux pas rééditer ici les articles que je publiais l\u2019an dernier sur l\u2019inaptitude de ces écoles à nous préparer des dirigeants, non pas qu\u2019elles aient manqué de professeurs compétents ou d\u2019outillage moderne, mais parce qu\u2019elles n\u2019ont pas assez songé à la formation morale et à l\u2019éducation sociale.Empêcher le nazisme d\u2019étendre sa domination sur les peuples libres est un devoir sacré.Donner des chefs ouvriers au pays en est un autre.Toutes les forces spirituelles de la nation devraient être mobilisées pour y atteindre, car eussions-nous sur l\u2019ennemi du dehors la victoire la plus éclatante, il est certain qu\u2019aucun de ses fruits de paix ne mûrira, si nous ne l\u2019emportons pas sur les ennemis du dedans.La justice immanente est maintenant à l\u2019œuvre et agit d\u2019une façon terrible.Sera-t-elle inopérante contre les structures pourries de notre économie et de certaines de nos institutions?Nos cadres politiques et même familiaux ont-ils au pays la solidité que l\u2019on veut bien leur prêter?Que vaut la masse de notre jeunesse?Notre foi en la valeur spirituelle de l\u2019homme, en sa destinée surnaturelle est-elle viable?Avons-nous vraiment une manière chrétienne de vivre en société ?une manière chrétienne d\u2019organiser le travail?des relations chrétiennes du capital au travail et du travail au capital?Tout cela ne peut être réalisé sans chefs ouvriers d\u2019âme chrétienne.Leur formation pourrait-elle se passer impunément, au moment historique que nous traversons, du concours de l\u2019action catholique ?Dans le sens catholique, cette formation se peut-elle faire par le dehors seulement ?Ne suppose-t-elle pas une conquête intérieure ?N\u2019est-ce pas par là qu\u2019elle se différencie de toute autre, je veux dire, par une doctrine morale sûre et indiscutable, comme le dogme sur lequel elle se fonde ?D\u2019autre part, ce n\u2019est pas sortir de sa sphère propre que de parler de syndicalisme à propos d\u2019action catholique.Il n\u2019est point d\u2019action spirituelle désincarnée.On ne conçoit pas une action catholique se désintéressant de la profession?Il incombe donc comme une tâche essentielle aux mouvements qui travaillent spirituellement l\u2019élite et la masse ouvrière, en particulier la Jeunesse ouvrière catholique (J.O.C.) et la Jeunesse technique catholique (J.T.C.) de préparer une génération de syndiqués logiques, c\u2019est-à-dire catholiques et nationaux.Arrêter l\u2019exode des nôtres vers les groupements internationaux, c\u2019est empêcher qu\u2019ils ne se trahissent eux-mêmes, en trahissant leurs frères, leur foi et leur race.Dans cette intention, la J.T.C.\u2014 pour ne parler que de celle-ci,\u2014 organise chaque année des semaines d\u2019études sociales: ce qu\u2019elle appelle son (( École des Chefs )).Plutôt que de déplorer, comme on le fait trop souvent, la multiplicité de ces écoles et de ces cours, il faudrait aider à les multiplier.C\u2019est le désespoir de certains esprits par trop simplificateurs, de ne pouvoir tout fusionner, mais nous n\u2019y pouvons rien.Les schémas sont beaux sur le papier, mais parfois décevants .dans la réalité.Une des lois de la vie, de la vie qui se moque des plus beaux plans et devis, nous fait une obligation de diversifier et de spécialiser.Il faut varier et diffuser ces sortes d\u2019initiatives, afin que tous les esprits, toutes les tendances et tous les milieux y trouvent leur compte, réservant à l\u2019Esprit-Saint d\u2019unifier tout ce qui est fait pour la gloire de Dieu et le bien de l\u2019humanité, sur le même plan chrétien.La coordination et l\u2019orientation commune sont les bases d\u2019une unité autrement haute et logique.Qu\u2019il nous soit donc permis, malgré les angoisses de l\u2019heure, de beaucoup espérer de cette action interne sur les âmes, de la considérer comme la pierre d\u2019angle de notre syndicalisme canadien ! JUIN 1941 149 UNE LEÇON DE HAUTE POLITIQUE EN CAUSANT AVEC BRÜNING Emile BOUVIER, S.J.OUI ne connaît de réputation M.Heinrich Brüning, ce grand catholique allemand, chancelier du Reich aux années les plus tragiques de l\u2019après-guerre, et que l\u2019arrivée au pouvoir du nazisme a chassé de son pays?Avec une simplicité paternelle et un dévouement inlassable, il consacre maintenant sa vie, son temps et sa riche expérience du gouvernement à la jeunesse universitaire en qualité de professeur de Sciences politiques à l\u2019École d\u2019Administration publique de Harvard.Voici une leçon de haute politique chrétienne recueillie à travers cours et conversations avec le maître et que, grâce à son aimable consentement, je puis offrir à la réflexion du public canadien.Naïf serait celui qui prétendrait attribuer l\u2019origine de l\u2019idée totalitaire à une cause isolée d\u2019ordre économique, politique ou social.La vie des nations, comme celle des individus, n\u2019est pas simple: particulièrement de nos jours, où le chaos des idées et des émotions populaires déroute l\u2019esprit humain dans son travail d\u2019analyse et de recherche.Certains écrivains rendent à l\u2019histoire un mauvais service en consacrant leur talent littéraire à simplifier et à dramatiser les événements contemporains.Ils laissent l\u2019observateur averti dans le doute et le dégoût devant une interprétation aussi hâtive et superficielle des événements.A tel point qu\u2019il se demande si ces imprudents ne font pas le jeu de la propagande totalitaire.Il se peut bien que l\u2019époque que nous traversons paraisse à beaucoup comme la plus fascinante et la plus féconde de l\u2019histoire, si on en juge par le nombre et l\u2019ingéniosité des plans présentés pour l\u2019organisation économique du monde, la prévention de la guerre et la sécurité internationale.Mais ces plans ambitieux restent tous à l\u2019état de projets et les historiens de l\u2019avenir souriront sans doute devant l\u2019étalage immense de schémas économiques et de plans de réorganisation politique du monde.Mon expérience personnelle me convainc que de plus en plus l\u2019on juge de l\u2019équilibre et de la stabilité d\u2019une nation au nombre de ses lois.Or, des lois qui changent à tout propos et qui se multiplient à vue d\u2019œil indiquent qu\u2019un pays se porte mal: un organisme sain n\u2019a pas tant besoin de remèdes et de soins médicaux.Il faut plutôt se méfier de cette multiplication continuelle des lois humaines et ne pas trop attendre d\u2019une législation sociale parfaite.Je n\u2019ai qu\u2019à regarder les soixante dernières années de législation sociale de mon pays: aucun pays d\u2019Europe n\u2019avait connu des réformes aussi nombreuses, et cependant l\u2019Allemagne, depuis la Grande Guerre, sauf pour les années 1926\u201429, était sans cesse guettée par la révolution.Il faut tenir compte, il est vrai, des conditions du traité de Versailles, de l\u2019insuffisance des solutions apportées aux problèmes internationaux et de la réaction psychologique du peuple allemand.Mais la législation sociale des vingt-cinq dernières années n\u2019a pas suffi à assurer la sécurité nationale.Et voici pourquoi?Dans l\u2019Europe d\u2019après-guerre et spécialement en Allemagne, on comptait beaucoup trop sur l\u2019État pour vivre.On oubliait un détail d\u2019ordre psychologique d\u2019une extrême importance, car il devait changer l\u2019attitude politique des électeurs.On en était venu à croire que le gouvernement était le médecin national de toutes les misères.Dès lors le parti politique qui distribuait des subsides avec le plus d\u2019abondance, devenait le parti le plus populaire.Comme le gouvernement ne pouvait jamais trouver les fonds suffisants pour faire face aux dépenses publiques, l\u2019incertitude s\u2019infiltrait partout.C\u2019est précisément cette attitude généralisée qui préparait le succès de cet homme qui promettait de restaurer un jour, grâce à l\u2019État tout-puissant, l\u2019ordre social parfait, où il n\u2019y a plus de chômage, où tout est planifié et réglementé par le gouvernement.Voilà l\u2019aboutissement fatal d\u2019un peuple habitué à trop compter sur l\u2019État pour son salut.Pas besoin d\u2019insister longtemps sur les dangers de pareilles tendances.Une psychologie populaire se développe: on en vient au goût du neuf, à la manie des réformes, des changements, des lois nouvelles et l\u2019on oublie de penser ses problèmes, d\u2019analyser ses ressources, de peser ses responsabilités, de conserver leur place aux valeurs morales et religieuses qui ne doivent pas dépendre des expériences techniques, sociales ou économiques.Les valeurs spirituelles doivent passer avant les expériences politiques, et elles doivent dominer la vie publique comme la vie privée.Or, malheureusement, le citoyen d\u2019aujourd\u2019hui a peur de la solitude et de la réflexion.Il cherche la dissipation: il attend de la radio les nouvelles à sensation, il aime les cris de la foule, il dévore les manchettes des journaux.Il se fuit lui-même.Aussi longtemps que tout va bien, l\u2019état de choses se maintient.Mais advienne par exemple une perturbation économique inattendue, la nation aussitôt 150 RELATIONS s\u2019affole et se cherche un nouveau gouvernement qui lui promette le salut et la vie.Pareille attitude d\u2019esprit change la base de la véritable démocratie.On ne gouverne plus avec la raison, mais on gouverne avec les passions populaires.La technique moderne de la propagande à grand fracas et les haut-parleurs conduisent et dirigent l\u2019opinion.Les hommes d\u2019élite les plus conservateurs et les plus conscients de leurs responsabilités se laissent gagner par cette griserie populaire et n\u2019ont pas le courage de faire face à une politique de réalisations et de sacrifices.Les émotions populaires ne sauraient conduire un peuple à bonne fin; il faut le regard d\u2019un chef qui distingue la personne de la masse, et la masse de la société elle-même.Sans doute, les constitutions politiques ne manquent pas de garanties et de protections contre l\u2019égarement et l\u2019irresponsabilité des foules; mais les constitutions manquent de souplesse pour faire face aux périodes de crise.La Constitution de Weimar restera célèbre par le nombre de ses statuts et de ses clauses.Ses auteurs n\u2019avaient cherché malheureusement qu\u2019à prévenir deux dangers: la restauration de la monarchie et la révolution communiste.Ils ne semblaient pas avoir soupçonné que le vrai danger pouvait venir d\u2019ailleurs.Ainsi en est-il de ces constitutions modernes qui tout en respectant la liberté et les coutumes établies canonisent l\u2019omnipotence de l\u2019État en matière de réformes sociales et économiques.Si l\u2019on me demande pourquoi certains pays d\u2019Europe, en dépit du respect qu\u2019ils professaient pour leurs traditions, se sont laissé gagner aux idées totalitaires, je réponds qu\u2019il faut en chercher la cause dans l\u2019insécurité économique et morale trop prolongée de la nation.Sans un minimum de sécurité, une nation perd sa vitalité.Pour l\u2019Allemagne, un régime dictatorial restait la seule porte de sortie.Ajoutez à cela la terrifiante incertitude d\u2019un peuple qui ne sait plus où il va.Le professeur Huizinger de l\u2019Université de Leyden a expliqué les répercussions psychologiques désastreuses de ce déséquilibre.Le Canada n\u2019a pas connu cette instabilité économique et financière: c\u2019est pourquoi ce facteur n\u2019est peut-être pas facile à apprécier.Mais ajoutez dépréciation sur dépréciation, c\u2019est l\u2019expropriation de l\u2019honnête épargnant, c\u2019est la révolution sociale, c\u2019est le bouleversement des lois qui changent de sens sans changer de forme.Pareil désastre décourage profondément un peuple, il entraîne à la ruine sa constitution et sa législation.Si l\u2019Allemagne n\u2019était pas passée par cette épreuve, le nazisme aurait échoué.Ne soyons pas trop fiers de nos constitutions et de nos lois.Leurs imperfections qui mettent en relief les faiblesses de notre démocratie moderne, doivent nous humilier et nous stimuler à la fois.JUIN 1941 Nous humilier, parce que l\u2019existence d\u2019un régime démocratique, quelles que soient sa constitution et ses lois, ne suffit pas par elle-même à restaurer l\u2019ordre social.Nous stimuler, parce que c\u2019est surtout en dehors des lois qu\u2019il faut chercher les facteurs du nouvel ordre.Il nous faut reprendre les principes de la vieille démocratie européenne d\u2019avant la Révolution française, qui ne croyait pas naïvement à la perfection des hommes et qui reconnaissait entre l\u2019individu et l\u2019État le groupement et l\u2019association.Cette démocratie (( vieux genre )) avait le mérite de connaître ses limites dans la sphère politique et de poser comme assises de sa constitution les valeurs spirituelles et morales.Sans cette base, l\u2019édifice finit par crouler.Malheureusement, nos constitutions modernes considèrent l\u2019individu uniquement comme un être politique et non comme une personne morale.Chaque gouvernement afin de conserver sa popularité promet monts et merveilles; il fait croire au peuple que chaque innovation, que chaque expérience sociale rélève nécessairement son niveau de vie, augmente le revenu national, développe les ressources naturelles.En somme que fait-on?On détruit l\u2019initiative du citoyen, on lui enlève le sens de ses responsabilités personnelles et la confiance en sa valeur.Le budget de l\u2019État devient la clé de toutes les solutions; on recourt au budget pour les devoirs les plus sacrés de la charité; même le clergé se voit obligé de quémander de ce dieu impitoyable les ressources nécessaires à ses œuvres et à ses institutions.Ainsi s\u2019énervent petit à petit la valeur et la richesse morale d\u2019une nation.En temps normal, on ne s\u2019aperçoit pas de cet affaiblissement intérieur; mais quand vient la crise, le peuple se divise en deux camps: d\u2019une part les réalistes pour qui la démocratie, tout en étant la sauvegarde de l\u2019ordre, ne saurait remplacer la foi ni les valeurs morales, d\u2019autre part les intoxiqués de la démocratie matérialiste.Ces derniers se trouvent désemparés devant la catastrophe; c\u2019est ce qui explique la crise finale de la démocratie moderne en Europe.La France vient d\u2019en donner une preuve tragique.Devant une crise, un peuple a besoin de toute sa tête et de toute sa force morale, il a besoin de mesure et de modération.Ces deux vertus sont plus importantes que des constitutions et des lois.Sans elles, un arriviste sans conscience et sans scrupule, après deux élections, peut lancer un pays à sa perte .Une démocratie qui n\u2019a pas de base religieuse, je le répète, aura beaucoup de peine à survivre.Serons-nous assez humbles pour accepter cette leçon?En politique, comme dans toute vie humaine, Dieu doit avoir sa place, Dieu doit avoir le dernier mot ! 151 LA COOPERATION PAR L'EDUCATION DES ADULTES Léon LEBEL, S.J.POUR beaucoup de gens et même pour des éducateurs avertis, l\u2019idée d\u2019un mouvement d\u2019éducation des adultes pourra paraître, au premier abord, comme un projet conçu par des gens bien intentionnés, sans doute, mais dépourvus de sens pratique.L\u2019on est tellement habitué à regarder l\u2019enfance et la jeunesse comme le seul temps où l\u2019homme est susceptible de s\u2019instruire, que l\u2019on est exposé à accueillir avec un sourire sceptique la proposition d\u2019étendre les bienfaits de l\u2019éducation à des gens partis de l\u2019école depuis longtemps et déjà aux prises avec les luttes de la vie.Et pourtant le peuple, le peuple des adultes est éducable.A preuve, le magnifique mouvement qui se poursuit depuis des dizaines d\u2019années dans plusieurs pays d\u2019Europe: en Angleterre, en Hollande, en Belgique, au Danemark et dans les autres pays Scandinaves, y compris la Finlande.Les résultats déjà atteints dans ces pays \u2014 relèvement du niveau intellectuel des masses, libération de la classe des travailleurs du joug de la dictature économique par le moyen de la coopération \u2014 démontrent que l\u2019éducation des adultes non seulement n\u2019est pas une utopie mais qu\u2019il est de nature à produire des effets bienfaisants pour la paix sociale et le bonheur des peuples.Depuis quelques années, le mouvement a atteint l\u2019Amérique et s\u2019y est développé avec une singulière rapidité.Ce qui caractérise le développement de l\u2019éducation des adultes aux États-Unis et au Canada, c\u2019est la part importante prise, dans la diffusion du mouvement, par les institutions d\u2019enseignement supérieur et particulièrement par les universités.La plupart de nos grandes universités canadiennes \u2014 McGill, Toronto, Vancouver, etc.\u2014 ont aujourd\u2019hui leur Extension Department, qui a pour mission de répandre l\u2019instruction parmi les classes populaires.Deux raisons surtout ont déterminé les dirigeants des universités nord-américaines à donner leur concours au mouvement.C\u2019est d\u2019abord la situation pénible où se débat la classe des travailleurs depuis que le capitalisme moderne a établi sa dictature sur le monde.La concentration des affaires et des capitaux a permis aux financiers et aux magnats des monopoles de prendre la direction presqu\u2019absolue du commerce et de la plus grande partie des moyens de production.Les ouvriers et les agriculteurs n\u2019exercent pratiquement plus aucun contrôle sur le régime économique.Le nombre des propriétaires va sans cesse en diminuant d\u2019une façon alarmante dans les campagnes aussi bien que dans les villes.L\u2019Amérique, qui se targue d\u2019être le pays par excellence de la liberté et de la démocratie et qui abhorre toute dictature dans le domaine politique, est menacée de devenir un pays de prolétaires livrés sans défense à la merci d\u2019une dictature économique impitoyable et sans âme.Il appartient aux institutions d\u2019enseignement supérieur, créées pour le bien général des peuples, de rentrer dans ce rôle, plus ou moins oublié au profit d\u2019élites trop étroites, et de le vivre pleinement en allant au peuple, puisque le peuple ne peut aller à elles.L\u2019université lui apprendra à étudier lui-même ses problèmes et à en démêler la trame compliquée où il se perd faute de guide ; elle lui communiquera les lumières dont il a besoin pour se libérer du joug qui pèse sur lui; elle aidera à mettre sur pied les organisations financières et économiques qui lui redonneront un légitime contrôle sur la vie économique et assureront son fonctionnement dans l\u2019intérêt commun et non à l\u2019avantage d\u2019un petit groupe de profiteurs.Tel est le premier but poursuivi par les propagandistes de l\u2019éducation des adultes.Le second, qui n\u2019est pas de moindre importance, c\u2019est d\u2019élever suffisamment le niveau intellectuel du peuple pour qu\u2019il puisse avoir accès aux trésors que nous ont légués les générations passées.En effet, l\u2019homme du peuple, aussi bien que le riche, a droit de jouir de l\u2019héritage que la civilisation a amassé au cours des siècles : littérature, poésie, chefs-d\u2019œuvre de l\u2019art, sciences, philosophie, etc., rien ne lui est étranger; tout lui appartient à titre de membre de l\u2019humanité.Dans les conditions présentes, deux obstacles empêchent l\u2019homme du peuple de goûter aux joies supérieures que donne la communion de l\u2019esprit avec les génies du passé: le manque d\u2019instruction et l\u2019exiguité des ressources dont il dispose.Il n\u2019a reçu qu\u2019une instruction rudimentaire et il est perpétuellement accaparé par la préoccupation du pain quotidien.Les tenants de l\u2019éducation des adultes croient que les institutions d\u2019enseignement supérieur peuvent et doivent contribuer à faire disparaître ces deux obstacles en travaillant à parfaire l\u2019éducation de gens du peuple et en assurant une plus équitable répartition des richesses grâce à l\u2019organisation systématique et solide de la coopération.Au Canada, le mouvement de l\u2019éducation des adultes a été prôné jusqu\u2019ici surtout dans les milieux anglais et protestants.152 RELATIONS Parmi les institutions catholiques d\u2019enseignement, il n\u2019y a guère que l\u2019université d\u2019Antigonish, en Nouvelle-Écosse, et le collège St.Dunstan, dans PIle-du-Prince-Edouard, qui se soient lancés résolument dans le mouvement en créant d\u2019une façon officielle un service d\u2019enseignement extra micros pour les adultes.Il est à remarquer que la méthode suivie par l\u2019université Saint-François-Xavier d\u2019Antigonish diffère de celle qui a été adoptée par les autres universités du Canada.Alors que celles-ci virent à donner dès l\u2019abord un programme général embrassant même les matières d\u2019ordre académique et classique, les dirigeants d\u2019Antigonish, pour de multiples raisons qu\u2019il serait trop long d\u2019exposer ici, préférèrent aborder l\u2019éducation des adultes par l\u2019économique.Voilà pourquoi l\u2019éducation et l\u2019organisation coopérative a fait jusqu\u2019ici l\u2019objet principal de leurs efforts et les résultats déjà acquis démontrent que les pionniers avaient vu juste.En dix ans, cette institution, dont le personnel est inférieur à celui du plus petit de nos collèges, a fait un travail admirable de régénération parmi les pêcheurs, les mineurs et les cultivateurs; elle est en train de relever le niveau économique et social de trois provinces.De toutes les parties de l\u2019Amérique et même de l\u2019Europe, les sociologues viennent chaque année faire enquête sur l\u2019œuvre accomplie et sur les méthodes employées par les dirigeants du mouvement.Quelques mois avant sa mort, le pape Pie XI saluait l\u2019œuvre régénératrice commencée par les éducateurs d\u2019Antigonish comme « l\u2019aube d\u2019une ère meilleure qui se lève sur l\u2019humanité )) ; il exprimait le souhait que les méthodes qui ont produit des résultats si extraordinaires et en si peu de temps soient mises en œuvre ailleurs et que (( les promoteurs du mouvement d\u2019Antigonish trouvent de nombreux imitateurs )).Il est évident que, lorsqu\u2019il parlait (( d\u2019imitateurs )), Pie XI avait en vue surtout les institutions similaires à Saint-François-Xavier: nos universités catholiques et nos collèges classiques.Jusqu\u2019ici cependant, les institutions catholiques de langue française ont hésité à entrer dans le mouvement.A part l\u2019École des Sciences sociales de l\u2019université Laval, qui possède depuis trois ans une chaire de Coopération, et l\u2019École supérieure d\u2019Agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, qui a organisé, il y a quelques années, un service officiel d\u2019enseignement pour les adultes, aucune de nos grandes institutions n\u2019a encore osé se lancer dans cette voie.Pourtant les mêmes raisons qui ont déclenché ailleurs le magnifique mouvement de l\u2019éducation des adultes existent chez nous.La dictature économique pèse sur notre province au moins aussi lourde- J UIN 1941 ment que partout ailleurs et elle a déterminé une dégringolade dont tout le monde déplore les conséquences menaçantes pour notre avenir.Nous avons la réputation d\u2019être la province où les familles sont les plus nombreuses et où les salaires sont les moins élevés.Notre problème de l\u2019établissement des jeunes est peut-être plus aigu qu\u2019en aucun autre pays au monde.Quant à notre enseignement, on vient d\u2019en souligner de nouveau les déficiences dans nos écoles, surtout dans celles des centres ruraux.Tous nos sociologues clairvoyants répètent que c\u2019est la coopération dans tous les domaines qui assurera notre relèvement économique.Mais un mouvement de coopération pour être solide et efficace doit être précédé et soutenu par un mouvement parallèle d\u2019éducation et celui-ci ne peut se faire efficacement qu\u2019au moyen des cercles d\u2019étude.Or, jusqu\u2019à présent, le mouvement d\u2019éducation coopérative est paralysé dans les villes comme dans les campagnes, parce que nous manquons de chefs entraînés pour diriger les cercles d\u2019étude, pour organiser et gérer les entreprises économiques que l\u2019on met sur pied.Les dirigeants d\u2019Antigonish se sont heurtés au même obstacle que nous dans les débuts.Ils ont piétiné sur place pendant quelques années, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient décidé d\u2019organiser des cours spéciaux pour l\u2019entraînement des chefs dont ils avaient besoin.Depuis 1933, chaque année, on donne trois séries de cours, variant de quatre à six semaines, pour des groupes choisis de jeunes gens de 20 à 35 ans.Le programme de ces cours comporte l\u2019étude de notions de sociologie pratique, de la coopération sous tous ses aspects et de la technique des cercles d\u2019étude et de discussion.Dans son livre : Maîtres de leur propre destin, l\u2019abbé Coady qui est l\u2019âme du mouvement d\u2019Antigonish affirme que cette école d\u2019entraînement a été la clé du succès obtenu par l\u2019université dans sa campagne d\u2019éducation et de coopération.Que ne pourrait-on pas faire dans la province de Québec si nous pouvions mettre en œuvre les éléments nombreux dont nous disposons : nous avons trois grandes universités, deux douzaines et demie de collèges classiques et une douzaine d\u2019écoles d\u2019agriculture.C\u2019est là une énergie potentielle colossale.Si toutes ces institutions, chacune selon ses possibilités, veulent faire leur part dans la tâche immense mais indispensable de l\u2019entraînement de chefs ruraux ou ouvriers, nous pourrons en dix ans mettre sur pied un des plus beaux mouvements coopératifs du monde entier! Pour nous aussi se lèvera (( l\u2019aube d\u2019une ère meilleure », où notre survivance, assise sur les bases d\u2019une économie redressée et vigoureuse, sera définitivement assurée.153 LE MOUVEMENT « THE SWORD OF THE SPIRIT » A T^EPUIS le début de la guerre, les catholiques anglais ont fait tous leurs efforts pour la maintenir ce qu\u2019elle doit être: une lutte pour libérer l\u2019humanité des pseudo-mysticismes totalitaires, le nazisme, le communisme, etc.Leur réalisation la plus originale a été le mouvement The Sword of the Spirit.Celui-ci fut inauguré le 1er août 1940, après la chute de la France, par son président le cardinal Hinsley en personne.Une permanence fut établie à Gloucester Place, 108, Londres; vice-président: Christopher Dawson; secrétaire: Miss Barbara Ward.Il se propagea d\u2019abord parmi les aviateurs de la R.A.F.qui, à cette époque, durent supporter le choc le plus dur de la bataille.Quand les bombardements se multiplièrent et que toute la population civile se trouva être au front, de nombreux meetings furent organisés pour elle aussi; le recrutement se fit avec une rapidité vertigineuse.L\u2019emblème du mouvement est une croix.Plus de 300,000 de ces insignes ont déjà été distribués en Angleterre.Au début de 1941, au cours d\u2019un meeting public auquel assistait le cardinal Hinsley, le général de Gaulle engagea les forces libres de France dans le Sword of the Spirit.Les Polonais, résidant en Angleterre et en Ecosse, ont fondé à leur tour le Gladius Spiritus, qui est leur organisation la plus militante.Les autres groupes: belge, autrichien, allemand, réfugiés en Angleterre, commencent eux aussi à propager le mouvement; la population protestante commence à prendre place à son tour dans le Sword of the Spirit.Enfin, une section a été établie à Antigonish, Nouvelle-Écosse, d\u2019où sont déjà parties tant d\u2019heureuses initiatives.Le « Glaive de l\u2019Esprit » voudrait faire réaliser à tous ses membres la devise de saint Paul: « Prenez le casque du salut et le glaive de l\u2019Esprit qui est la parole de Dieu » (Eph.6, 17).Pour la gouverne des conférenciers et orateurs, le mouvement a établi les principes suivants: 1.\tLe mouvement repose sur les principes du christianisme et de la loi naturelle; 2.\tL\u2019opposition au nazisme et aux autres systèmes totalitaires vient de ce qu\u2019ils nient ces principes; 3.\tL\u2019appui à la cause nationale repose sur cette base positive; 4.\tLa paix conclue après la guerre doit s\u2019établir sur ces principes; 5.\tLe mouvement \u2014 pour la victoire préparatoire à la paix \u2014 est un mouvement national que ses initiateurs catholiques proposent à tous les citoyens.Le mouvement a adopté la Déclaration faite par les Eglises d\u2019Angleterre le 21 décembre 1940.Celle-ci, à son tour, repose sur les cinq points proposés par Pie XII dans son discours du 24 décembre 1939.Ainsi, les préjugés qui ont opposé les catholiques et les protestants, en Angleterre, semblent être en voie de disparaître.Aussi, la création du Sword of the Spirit marque la date la plus importante de l\u2019histoire religieuse d\u2019Angleterre depuis la Réforme.La mystique totalitaire inspire aux Allemands un tel esprit de sacrifice et un tel dédain de la mort qu\u2019elle ne pourra être surmontée que par une vertu plus grande, une abnégation plus surhumaine.A elles seules, les forces matérielles ne nous donneront pas la victoire.Celle-ci sera l\u2019œuvre du glaive de l\u2019Esprit.V E C COMM LOGEMENT ET FAMILLE NOMBREUSE T A presse, en France occupée, s\u2019est faite l\u2019écho des difficultés à se loger que rencontraient trop souvent les familles nombreuses.Des propriétaires, profitant de la crise du logement créée par la présence de nombreux réfugiés, écartaient impitoyablement les familles chargées de trop d\u2019enfants.Les protestations contre ces agissements opposés aux plus élémentaires devoirs de la solidarité sociale n\u2019ont pas été vains.Le gouvernement, fidèle à sa politique de protection et d\u2019aide à la famille, est intervenu: désormais tout propriétaire, convaincu d\u2019avoir refusé un local à un locataire, en raison de ses charges de famille, sera passible de poursuites devant les tribunaux correctionnels.La crise du logement depuis quelques années grandit dans nos villes québécoises.Elle crée peu à peu, chez nous aussi, une classe de propriétaires au coeur dur et étroit dont la première et invariable question au locataire éventuel est la suivante: « Y a-t-il des enfants?» et qui, dans l'affirmative, n\u2019ont jamais de locaux en disponibilité! Voilà comment la famille nombreuse, à qui la société est tellement redevable, est une fois de plus punie d\u2019être ce qu\u2019elle est.RALLIEMENT DES « NOUVEAUX CANADIENS» CATHOLIQUES \"TVE nombreuses manifestations ont marqué au Canada U l\u2019anniversaire des encycliques Rerum Novarum et Quadragesimo Anno.Une des plus émouvantes aura été le ralliement des catholiques de langues étrangères, tenu au Monument National, dans la grande salle de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Montréal.Ces nouveaux Canadiens sont nombreux dans la métropole.La plupart ont leur paroisse respective avec des curés de leur propre nationalité.Les circonstances les ont trop tenus à l\u2019écart jusqu\u2019ici de la vie catholique générale.Un mouvement se dessine depuis quelque temps pour qu\u2019ils y participent davantage.La Société Saint-Jean-Baptiste et le Comité des Œuvres catholiques de Montréal s\u2019y emploient tout particulièrement.La Semaine des encycliques offrait une bonne occasion de pratiquer cette participation.Les «Nouveaux Canadiens » répondirent à l\u2019appel des organisateurs et offrirent, le 18 mai au soir, un hommage collectif aux deux grands Papes.Tour à tour, un Chinois, un Allemand, un Hollandais, un Hongrois, un Italien, un Lithuanien, un Polonais, un Slovaque, un Syrien et un Ukranien dirent quelques mots dans leur langue.Présentés en français et en anglais, les orateurs furent remerciés par le représentant de S.Exc.Mgr l\u2019Archevêque de Montréal, Mgr Philippe Perrier.Ce fut une réunion vraiment émouvante qui manifesta la catholicité de l\u2019Eglise et contribuera à rendre plus étroite et plus agissante l\u2019union si désirable entre tous lesjcatho-liques de la métropole.154 RELATIONS U SANS NTAI R ES ORIENTATION ET BASEBALL 'C' N 1933, le baseball se mourait aux Etats-Unis.Le renouvellement des joueurs était coupé à sa source: les lozanges disparaissaient partout.La jeunesse se tournait vers d\u2019autres sports.Aussi en 1935, le gérant des Cincinnati Reds déclassés conçut et réalisa l\u2019idée d\u2019une école d\u2019entraînement pour aspirants; en 1940, le championnat mondial passait à son équipe, dont six joueurs sortaient de cette première session.Voici comment on procède partout maintenant chez nos voisins, comment on a procédé pour 750,000 jeunes gens en 1940.Vous écrivez au club de votre choix, disons les Cubs de Chicago, et recevez bientôt l\u2019avis de vous rendre à Wrigley Field.Là tests, épreuves de la course, du lancer, au bâton et sur le champ, devant les Cubs qui prennent des notes.Puis une lettre arrive qui vous convoque à l\u2019école d\u2019entraînement, avec 200 compagnons de votre âge.Là, chaque jour, conférence avec tableau noir et projections, puis deux heures de pratique, assistance aux exercices des Cubs, conversations, et à la fin des onze semaines, tournois entre équipes.Si votre dossier est bon, on vous offre un contrat dans les ligues mineures: votre carrière commence.Voici de l\u2019orientation professionnelle originale.Qui veut la fin, prend les moyens.UN CONGRÈS DE PRÉDICATEURS T^URANT deux jours, les 22 et 23 avril 1941, environ U 400 prêtres polonais se réunirent à l\u2019hôtel Book-Cadillac, de Détroit, pour un Congrès de prédication.Ces 400 prêtres, venus des quatre coins de l\u2019Union étoilée, représentaient 700 paroisses et environ 2,000 prêtres polonais qui travaillent aux Etats-Unis.Ce Congrès avait été décidé l\u2019an dernier au Congrès du Clergé polonais qui eut lieu à Pittsburg.Le programme fut assurément bien rempli.Il y eut 22 communications durant ces deux jours: onze par jour.Chacune fut suivie d\u2019une discussion.Les congressistes s\u2019étaient partagés en deux sections.Trois séminaires polonais établis aux États-Unis collaborèrent à la préparation du Congrès.Le général Sikorski, chef du Gouvernement polonais en exil, vint adresser la parole aux congressistes, et son discours fut exactement celui qu\u2019on attendait d\u2019un chef d\u2019Etat polonais et catholique.Deux évêques polonais assistèrent au congrès, Mgr Woznicki, évêque auxiliaire de Détroit et Mgr Plagens, ordinaire de Grand Rapids.L\u2019archevêque de Détroit approuva le congrès par une lettre, p\tOn décida de fonder une revue Kazalnica (la Chaire), et un Institut homélitique dont le but sera de former de bons prédicateurs.Nous attendons avec curiorité le premier numéro de cette revue.Depuis l\u2019époque du P.Skarga, l\u2019éloquence sacrée a été une des gloires de la Pologne.Il est émouvant de constater qu\u2019au moment où les prédicateurs de Pologne sont presque entièrement réduits au silence, ces traditions de haute culture sont maintenues dans le libre Nouveau Monde.NOTRE DAME DES NATIONS ÏL fallait, puisque ce numéro paraît durant l\u2019octave -*¦ de la Pentecôte, imprimer une page toute fraîche venue de France.Il fallait montrer la vieille nation missionnaire, meurtrie et affreusement mutilée, aux pieds de la Vierge Marie, rêvant encore d\u2019un apostolat pacifique, immense comme le monde.Il y a une grandeur indicible dans cette page du P.Raoul Plus, s.j., que nous apporte La Croix.C\u2019est que la France, quoi qu\u2019on en dise, n\u2019est pas prisonnière.Elle a été conduite dans le cénacle où elle attend avec confiance la venue de l\u2019Esprit.Au dehors, gonflés par leurs triomphes récents, ses ennemis ricanent avec brutalité.Soit! Plus que jamais, Notre Dame visite la France.Elle berce la douleur de ses enfants en leur disant que, demain, le monde aura plus que jamais besoin d\u2019une mère et que ce sont eux, les enfants de France, qui iront apporter cette bonne nouvelle à tout l\u2019univers.« N\u2019est-ce pas une pitié de voir les peuples,\u2014 et dans la partie du monde qui comprend le plus de baptisés! \u2014 se déchirer et s\u2019entre-tuer avec une rage sans exemple, au point que l\u2019on se demande ce que la civilisation va devenir ?« Quel personnage de la terre pourrait s\u2019avérer assez puissant pour calmer les belligérants, oser parler de tractations pacifiques, inviter à une détente?Tout appel ne risque-t-il pas de résonner dans le désert, dans un désert où sévit la terreur et la mort.« Il faut regarder plus haut que la terre.« N\u2019y a-t-il pas quelqu\u2019un de tout désigné pour obtenir \u2014 à condition qu\u2019on le lui demande \u2014 ce que personne, actuellement, sur la planète, ne peut donner au monde: la paix, un esprit fraternel retrouvé?Qui est ce quelqu\u2019un?Marie, Notre Dame des Nations.« Tous les peuples invoquent la sainte Vierge.Ne parlons pas de la France .Mais l\u2019Allemagne n\u2019a-t-elle pas ses sanctuaires innombrables?L\u2019Angleterre, ancienne « île des saints », se glorifie de combien de cathédrales élevées jadis à l\u2019honneur de la Vierge! En Italie, qui peut dire le foisonnement des madones?La Belgique a Montaigu et Oostacker.La Pologne a Czestochowa.N\u2019est-ce point à Pérouse qu\u2019il y a cette Vierge si touchante, prenant dans ses deux mains les bords de son manteau et cherchant à l\u2019étendre indéfiniment pour englober dans son orbite aux dimensions du monde la plus large grappe d\u2019humains réunis?Tous se pressent les uns contre les autres, heureux d\u2019être abrités sous la maternelle égide.« Qu\u2019il serait beau de voir, non seulement des groupes amoncelés d\u2019individus, mais la collectivité des peuples venir demander à la Vierge la permission de se réunir sous son aile! Notre Dame des Nations! « Il y a tant de vocables, déjà, en l\u2019honneur de la divine Mère! Mais, comme il serait à propos celui que nous avons pris pour titre et qui inspire cet article! « Une Vierge, non seulement pour s\u2019intéresser, dans chaque pays, aux affaires de chaque pays; mais une Vierge ayant une appellation de caractère international \u2014 nous avons un meilleur mot: catholique \u2014 pour aider à régler les différends internationaux.« Notre Dame des Nations! « Qu\u2019à défaut des gouvernants de chaque pays, auxquels il ne nous appartient pas de donner de conseils ou qui n\u2019auront cure de nos propos, les fidèles fassent leur le beau vocable.Tout catholique aime Marie; ce sera l\u2019aimer catholiquement que de propager la dévotion à Notre Dame des Nations.» JUIN 1941 155 RETOUR D'AMERIQUE LATINE Léon LALANDE I\u2019AMÉRIQUE LATINE est trop vaste et trop diverse pour qu\u2019il soit possible d\u2019en parler pertinemment après l\u2019avoir visitée, comme je l\u2019ai fait, entre les étapes successives, mais trop brèves, des avions qui la parcourent.Je ne rapporte donc qu\u2019un aperçu de cet immense cadre physique.Depuis le Rio Grande jusqu\u2019au cap Horn, à l\u2019extrémité de la Terre-de-Feu, s\u2019étendent 7,000 milles de terre variée : le plateau sombre du Mexique, l\u2019échine dans laquelle s\u2019articulent les pays de l\u2019Amérique Centrale, puis l\u2019immense masse triangulaire de l\u2019Amérique du Sud, faite des terres basses amazoniennes et des vastes plaines de l\u2019Argentine et de l\u2019Uruguay avec l\u2019encadrement des pics de la côte brésilienne et de la féerie à grand spectacle que présente la longue chaîne andine dominant toute la côte occidentale du continent.Dans la mer des Caraïbes miroitent les grandes Antilles : Cuba, Hispaniola que se partagent Haïti et Saint-Domingue, et Puerto Rico, et toute la série des petites Antilles.Pourtant, les 13,900 milles du grand circuit qui part de Brownsville, sur la frontière mexicaine, pour finir à Miami, en passant par Santiago et Buenos Aires, nous les avons parcourus en 75 heures.Il faut remarquer que la masse terrestre de l\u2019Amérique du Sud proprement dite se trouve autant à l\u2019est qu\u2019au sud de l\u2019Amérique du Nord.En effet, tout le continent se place à l\u2019est de la ligne qu\u2019on tirerait directement vers le sud en partant de la ville de Détroit.Ainsi, les ports de la côte du Pacifique, au Pérou par exemple, sont plus près de New York, grâce au canal de Panama, que ceux du Brésil comme Recife (Pernambuco), pourtant à 4 degrés de latitude plus au nord; et Rio de Janeiro est à 4,190 milles de Lisbonne, et à 4,748 milles de New York.C\u2019est que le Brésil, pays plus grand que les États-Unis, fait saillie vers l\u2019Afrique et rejoindrait presque les colonies françaises de la côte africaine si les deux bosses étaient au même degré de latitude.Pour les deux tiers, ce continent est situé dans la zone tropicale, mais son climat dépend plutôt de la topographie que de la latitude.Ainsi, à Quito, capitale de l\u2019Ecuador, situé pratiquement sur l\u2019équateur, mais à plus de 9,000 pieds, le climat est tempéré tandis qu\u2019à 3,000 milles plus au nord, Vera Cruz, au niveau du golfe du Mexique, souffre d\u2019une température lourde, humide, celle des tropiques.Dans cette grande étendue vivent 125 millions d\u2019habitants: des blancs, descendants des premiers occupants espagnols et portugais et qui sont, somme toute, une petite minorité; des Indiens et des Métis, qui composent le fond de la population du Mexique, de la Colombie, du Venezuela, du Pérou, de l\u2019Ecua- dor, de la Bolivie et du Paraguay; des Noirs, descendants des 12 millions d\u2019esclaves introduits surtout au Brésil; et le reliquat de l\u2019immigration européenne qui commença vers 1850, et qui constitue le gros de la population de l\u2019Argentine et de l\u2019Uruguay et une partie importante de celle du Brésil.Les vingt républiques de l\u2019Amérique latine sont loin d\u2019être toutes semblables; l\u2019on y trouve, au contraire, une diversité étonnante dans l\u2019ordre économique et social.L\u2019Ecuador et le Pérou sont aussi différents de l\u2019Argentine que le Portugal l\u2019est de la France ou de la Belgique.Au point de vue politique, sous une forme républicaine les gouvernements sont pourtant bien éloignés de la pratique de la démocratie parlementaire que nous connaissons en Amérique du Nord.Il y a longtemps que tous ces pays sont habitués au rythme des dictatures personnelles et d\u2019une certaine anarchie dans l\u2019ordre public.Pour comprendre comment il se fait que les pays de langue espagnole soient si nombreux, il faut se rappeler que ces colonies s\u2019émancipèrent à la même époque et que les républiques qui en sortirent se multiplièrent pour ainsi dire à souhait sous la politique de protection que le président des États-Unis, Monroe proclama en 1823.Le Brésil cependant resta empire jusqu\u2019en 1889.L\u2019Angleterre, qui pratiquait le libre échange, avait fondé sa politique et sa force sur la liberté des mers, garantie de relations commerciales libres.Doctrine Monroe, liberté des mers, ce fut dans ce sol fertile que se multiplièrent les nations indépendantes de l\u2019immense continent, neuf et riche.Le jeu du libéralisme économique, manifesté dans le phénomène du prix libre fixé suivant la loi de l\u2019offre et de la demande, dépassait les frontières politiques; celles-ci n\u2019avaient guère d\u2019importance (sauf dans leur valeur culturelle et historique) dans un monde où l\u2019activité économique se déployait sur le plan international.Quel est l\u2019avenir de ces pays dans un monde qui de plus en plus tend à se partager en vastes blocs économiques ?Trouveront-ils asile dans la conception hardie du président Roosevelt qui voudrait réaliser la solidarité de tous les pays de l\u2019hémisphère occidental, tant sur le plan économique que sur celui de la défense militaire et politique?Ce ne peut être qu\u2019une seconde corde ou un pis-aller que ce programme d\u2019autarcie pour les deux continents d\u2019Amérique, car il faut souhaiter qu\u2019après la mise à raison des ambitions allemandes, l\u2019Europe trouvera son équilibre politique et que les matières premières et les produits agricoles du Nouveau Monde prendront à nouveau le chemin de l\u2019Europe.156 RELATIONS Le surplus annuel d\u2019exportation que produisait l\u2019hémisphère occidental se chiffrait dans les 2 milliards avant la guerre: 1 milliard pour l\u2019Amérique latine, 300 millions pour le Canada et 730 millions pour les États-Unis (Hemisphere Solidarity par Alvin H.Hansen, dans Foreign Affairs, octobre 1940, pp.12, 21) est d\u2019importance vitale pour le Canada car il représente presque le tiers de sa production totale nette; il l\u2019est davantage encore pour l\u2019Amérique latine.Quant aux États-Unis, disons que ce surplus ne représente que 10% de sa production globale nette et qu\u2019ils sont par conséquent moins sensibles à la perte de leurs marchés étrangers.Il faut se représenter ce que signifie pour les pays d\u2019Amérique latine une Europe fermée.En 1938, l\u2019Europe prenait 54.4% de leurs exportations en leur fournissant 43.6% de leurs produits importés.Depuis l\u2019été dernier, le blocus britannique a dû s\u2019étendre à toute l\u2019Europe continentale et infliger à l\u2019Amérique du Sud et à l\u2019Amérique Centrale une perte de clientèle qui s\u2019élève annuellement à 500 millions de dollars.Cette situation cause donc de graves perturbations dans l\u2019économie des grands pays exportateurs du sud comme l\u2019Argentine, l\u2019Uruguay et le Chili, et, à un moindre degré, dans celle du Brésil.Il est curieux de constater comme ces pays font peu de commerce entre eux: pour $252,000,000 ou 8% du total en l\u2019année 1938.Il faut voir là l\u2019effet de plusieurs facteurs, l\u2019absence de voies de communications et de transport intérieures et de vieilles habitudes imposées sous le régime colonial, alors que l\u2019Espagne avait défendu aux colonies de nouer des relations commerciales entre elles.Quant à la politique que les États-Unis ont pratiquée en Amérique latine depuis la déclaration Monroe, elle n\u2019a pas toujours été heureuse.C\u2019est la hardiesse et le sans-gêne, rarement le tact et la souplesse, qui ont caractérisé les relations de nos voisins avec les pays d\u2019Amérique latine.Ils s\u2019y étaient créé des inimitiés profondes, ils avaient fait naître bien des susceptibilités par leurs interventions armées à Cuba, au Nicaragua et en Haïti.Les financiers américains ont souvent pris figure de corrupteurs de gouvernants.Avant le régime actuel, le (( big stick )) du président Théodore Roosevelt et la diplomatie du dollar pratiquée par Wall Street avaient fait aux États-Unis figure de colosse malfaisant, qu\u2019on devait craindre et dont il fallait se méfier.Déjà sous M.Hoover, cependant, Washington assouplissait ses méthodes et inaugurait la politique dite du (( Good Neighbour )) à laquelle M.Franklin Roosevelt a depuis donné tant d\u2019élan.Dans l\u2019ensemble, les États-Unis n\u2019ont jamais été pour l\u2019Amérique latine un débouché aussi important que l\u2019Europe continentale et l\u2019Angleterre.JUIN 1941 En 1938, ils prirent 30% de leurs exportations et leur fournirent 34% de leurs importations.Encore il faut dire que le gros du commerce américain se fait avec la région dite des Caraïbes, c\u2019est-à-dire avec le Mexique, les Antilles, les républiques d\u2019Amérique Centrale et les deux pays sud-américains que baigne la mer des Antilles :1a Colombie et le Venezuela.L\u2019administration de Washington a bien vite compris que la perturbation économique, conséquence de la fermeture de l\u2019Europe, jouerait vite dans le domaine politique.Les Allemands y sont nombreux et actifs et ils ont depuis longtemps l\u2019expérience des situations troublées.Ils n\u2019auraient pas manqué d\u2019aggraver les difficultés et d\u2019y faire surgir des gouvernements que l\u2019Allemagne aurait vite influencés à son profit.Le gouvernement de Washington a tout de suite compris la situation et il est déjà passé à l\u2019action efficace, mais notons qu\u2019il a commencé par mettre à la disposition d\u2019un comité présidé par M.Nelson Rockefeller une somme de $3,500,000 pour défrayer le coût d\u2019une enquête sérieuse sur les relations culturelles et commerciales entre les républiques américaines.En cherchant à connaître d\u2019abord les éléments culturels, ils font un effort sérieux pour comprendre une mentalité si différente de la leur.C\u2019est de bon augure.Quant aux relations commerciales du Canada avec l\u2019Amérique latine, disons qu\u2019elles se sont accrues considérablement en 1940, alors que nous avons exporté là-bas pour $26,869,000 de marchandises, soit une augmentation de 51.5% sur l\u2019année 1938.Ceci n\u2019est cependant que 2.25% de nos exportations globales, bien peu de place dans notre commerce extérieur.Ce sont nos exportations de papier à journal qui sont la cause de cette hausse; elles sont passées de $2,425,000 en 1938 à $9,162,000 en 1940, aux dépens des fournisseurs Scandinaves surtout.Trois facteurs mettent actuellement des entraves à notre commerce avec l\u2019Amérique du Sud: la mobilisation de notre économie dans le sens d\u2019un effort maximum de guerre; la rareté des cales; et enfin, la nécessité où se trouvent ces pays de restreindre leurs importations pour conserver leurs devises.Jusqu\u2019ici nous n\u2019avons guère parlé que de politique économique.L\u2019espace et la compétence nous manquent pour mettre en lumière un autre point de vue particulièrement intéressant pour nous.Car un Canadien français qui visite, même rapidement, le continent ibéro-américain y observe plus d\u2019une ressemblance d\u2019ordre culturel et religieux avec le vieux Québec.Sans doute y a-t-il des différences considérables entre Yhispanité et notre culture française.Mais toutes deux sont catholiques et latines.Il jaillit de ce fait une réelle communauté de culture et d\u2019intérêts, qu\u2019il serait avantageux de part et d\u2019autre de cultiver.157 AGRONOMES ET CORPORATISME Henri-C.BOIS T A Corporation des Agronomes du Québec est formée ¦L' de techniciens agricoles diplômés en agriculture (B.S.A.)> de langue française et anglaise, de la province de Québec.Ces diplômes ès agriculture sont octroyés par l\u2019Ecole supérieure d\u2019Agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, par l\u2019Institut agricole d\u2019Oka et par le collège Macdonald.La fondation de ces écoles remonte à 1908.Dès le début, ces institutions, délaissant la vieille formule d\u2019enseignement agricole qui avait été à l\u2019honneur jusque-là, organisèrent, sous la surveillance plus ou moins directe des universités, un programme élaboré couvrant un cycle de quatre années.Aujourd\u2019hui, le cours universitaire agronomique comporte l\u2019étude des sciences de base: mathématiques, physique, chimie, physiologie des plantes et des animaux, botanique, cytologie, et de plus une étude avancée de la géologie, de la pédologie, de la biochimie, de la biophysique, de la génétique, de la zootechnie, de l\u2019alimentation, de l\u2019assainissement et de l\u2019engraissement des sols, de la pathologie des plantes et des animaux, de la mécanique agricole, du génie rural, de la technologie laitière, de la microbiologie du sol, de la comptabilité agricole, de l\u2019agro-logie, de l\u2019horticulture, de la biométrie, de la statistique, de l\u2019économie sociale, de l\u2019économie rurale et du droit rural.En quatrième année, l\u2019aspirant agronome peut étudier spécialement les problèmes de biométrie, de génétique, de sociologie, d\u2019économie, de zootechnie, de botanique ou de pédologie.On nous pardonnera cette longue énumération qui pourrait être pédante s\u2019il n\u2019était nécessaire de mettre en relief aux yeux du lecteur l\u2019ampleur des études universitaires que doit faire l\u2019agronome et qui lui donne droit assurément de prendre le titre de professionnel.Après ces quatre années d\u2019études, auxquelles on ne peut être admis que si l\u2019on détient un diplôme d\u2019études secondaires ou son équivalent, l\u2019agronome peut obtenir des grades universitaires plus élevés que celui du baccalauréat agronomique, en entreprenant des études universitaires spéciales qui le conduiront soit à la maîtrise, soit au doctorat ès sciences agricoles.Une forte proportion des membres de la Corporation des Agronomes ont couronné de la sorte, leurs études professionnelles.Les premiers bacheliers ès sciences agricoles furent diplômés en 1913.C\u2019est en 1913 aussi que furent nommés les cinq premiers agronomes de district.Depuis, le corps agronomique a considérablement grandi.Pas moins de 700 agronomes ont fait leurs études dans la province de Québec.Ils se sont engagés dans des voies très diverses, soit dans le Québec, soit dans les autres provinces, soit à l\u2019étranger: technique agricole, pratique agricole, transport, commerce, industrie, finance, assurance.Ils sont officiers des gouvernements provincial et fédéral, ingénieurs forestiers, vétérinaires, politiques, professeurs, explorateurs, scientistes, cultivateurs, secrétaires de coopératives, colons, journalistes, prêtres, religieux, etc.Près du tiers des agronomes diplômés de nos écoles sont engagés aujourd\u2019hui dans des fonctions qui ne relèvent pas de l\u2019Etat.Les esprits chagrins ont donc bien tort de définir l\u2019agronome par le mot de fonctionnaire.D\u2019ailleurs, que l\u2019Etat ait un grand nombre d\u2019agronomes parmi ses fonctionnaires, il serait bien malin de vouloir tirer de ce fait que la profession agronomique soit étatisée.Elle ne l\u2019est pas plus que ne le sont le génie forestier, le génie civil, la médecine vétérinaire, dont plusieurs membres sont aussi des employés de l\u2019Etat.D\u2019ailleurs, la tendance générale, de même que l\u2019orientation des études sous l\u2019influence des circonstances économiques et des chefs les plus clairvoyants, dirige définitivement le corps agronomique vers des fonctions autonomes.Quant aux motifs qui ont inspiré ces techniciens dans le choix de leur carrière, l\u2019on peut affirmer que la majorité avait en vue, non pas une carrière facile, mais bien, tout simplement, le relèvement de la classe agricole.Il ne faut pas oublier que les agronomes sont les successeurs des Bernhart, des Chapais, des Nagant, des Grignon, des Dallaire, des Marsan, etc., qui tous se sont dévoués au bien-être de la classe agricole dans la mesure de leurs moyfens, sans en espérer quelque avantage personnel.Il appartenait à l\u2019honorable Joseph-Edouard Caron de mettre de l\u2019ordre dans l\u2019organisation du ministère de l\u2019Agriculture.C\u2019est à lui que nous devons les nominations dont il a été mention plus haut.Il avait compris que les conférenciers officiels auxquels avait été dévolu jusque-là le rôle de dirigeants de notre agriculture ne pouvaient suffire.Depuis, les agronomes ont pris à cœur de perfectionner sans cesse leur savoir et leur action.Nos écoles d\u2019agriculture ont endossé ce mouvement; elles ont rivalisé d\u2019ambition pour donner à la province des techniciens bien préparés.Ce sont ces techniciens, dont nous avons esquissé le portrait, qui forment la Corporation des Agronomes du Québec.Sans doute, lorsqu\u2019ils ont formé cette corporation, avaient-ils en vue la protection de leurs intérêts, mais quoi de plus légitime ?Ils n\u2019ont ni à s\u2019en défendre, ni à s\u2019en justifier aux yeux de qui que ce soit.L\u2019association professionnelle est destinée d\u2019abord à protéger l\u2019intérêt de ceux qui en font partie.C\u2019est son mobile premier, sa raison d\u2019être.Il ne faudrait pas croire, toutefois, que les membres de la Corporation des Agronomes ont une compréhension étroite de leurs intérêts.Ils savent que ces intérêts sont étroitement liés à ceux de la classe agricole et à ceux de la société en général.Ils ont assez d\u2019intelligence pour s\u2019apercevoir que ce qui est contre l\u2019intérêt de la classe agricole est aussi contre le leur.Us sont les serviteurs de l\u2019agriculture québécoise.Leur sort est étroitement lié à celui du cultivateur québécois.L\u2019agronome ne peut donc que désirer l\u2019avancement de la science agronomique, avancement dont dépend le bien-être des cultivateurs.S\u2019il s\u2019arrête à réfléchir, une question lui vient immédiatement à l\u2019esprit: l\u2019agriculture québécoise sera-t-elle mieux servie par des hommes désunis, s\u2019ignorant les uns les autres, isolés matériellement, intellectuellement et moralement, ou par des techniciens compétents, disciplinés, unis par l\u2019intérêt, le cœur et l\u2019esprit, ayant le culte du savoir, de la probité et de l\u2019honneur professionnels?Les fondateurs de la corporation se posèrent cette question.Us y répondirent, il y a trois ans, en formant une association dont le développement ultime permettra aux techniciens agricoles d\u2019exercer leur profession avec toutes les garanties dont ils ont besoin et en prenant dans la société le rang auquel 158 RELATIONS ils ont droit, tout en servant la classe agricole comme elle doit être servie.Une vérité demeure, et nous la proclamons sans crainte et sans fausse honte: la fondation de la Corporation des Agronomes du Québec procède d\u2019une pensée altruiste et chrétienne.Les agronomes ont compris que, dans une période d\u2019incertitude et, pour tout dire, d\u2019anarchie, comme celle que nous traversons, le devoir leur incombait de participer à la reconstruction de la cité.Us ont entendu la grande voix de l\u2019Eglise, enseignant le corporatisme chrétien.Ils ont opté pour l\u2019ordre, et avant d\u2019aller prêcher le voisin, ils ont commencé par instaurer cet ordre dans leur maison.La corporation, nous le répétons, désire servir l\u2019agriculture le mieux possible et rendre à la société les services que celle-ci doit légitimement en attendre.Servir est son mot d\u2019ordre.Le programme de la corporation découle de ce principe et nous en trouvons les éléments dans l\u2019acte d\u2019incorporation de la société.La corporation a pour but: 1.\tLe développement et l\u2019expansion de la science agronomique et des autres sciences s\u2019y rattachant; 2.\tLa propagande et la vulgarisation de toutes données scientifiques en rapport avec l\u2019agronomie, l\u2019organisation et la tenue de conférences publiques, d\u2019initiatives agronomiques et de cours de perfectionnement ; 3.\tL\u2019étude et la discussion de toutes questions d\u2019ordre agronomique; 4.\tL\u2019encouragement et l\u2019aide aux recherches propres à contribuer à l\u2019avancement de la science agronomique ou des sciences qui s\u2019y rattachent; 5.\tL\u2019organisation de concours, l\u2019octroi de prix et de bourses d\u2019études pour en promouvoir le développement; 6.\tLa préparation et la présentation de thèses et de mémoires, l\u2019exposé et la publication de travaux s\u2019y rattachant; 7.\tL\u2019administration, aux fins d\u2019avancement de la science agronomique et des sciences qui s\u2019y rattachent, de fondations et de subventions; 8.\tLa collaboration avec les associations similaires et l\u2019affiliation à toute société ou groupement qui a pour but l\u2019avancement des sciences, aux conditions jugées convenables par les parties intéressées; 9.\tL\u2019exercice de toutes autres activités propres au développement, à l\u2019expansion, à l\u2019avancement et à l\u2019application de la science agronomique ainsi que les sciences qui s\u2019y rattachent; 10.\tLa protection de ses membres par la reconnaissance légale de leurs droits exclusifs à l\u2019exercice de la profession.Les activités de la corporation s\u2019exercent donc soit directement par l\u2019intermédiaire du Conseil général qui, dépositaire du bien commun et cerveau de cet organisme, s\u2019efforce de faire entendre partout et en tout temps la voix de la science et du bon sens terrien, soit indirectement par l\u2019intermédiaire de ses membres qui, soucieux de l\u2019honneur professionnel et de leur dignité d\u2019hommes, se perfectionnent par l\u2019étude et apportent à leur tâche quotidienne un zèle sans cesse renouvelé.Le Conseil général s\u2019efforce de relever le niveau professionnel, de compléter la formation des membres par l\u2019étude, de développer chez eux l\u2019amour de la pro-fession^ le sens de la solidarité et de la responsabilité professionnelle.C\u2019est la tâche du président, des conseillers et du secrétaire général.Elle se poursuit quotidiennement et particulièrement lors de la tenue des assemblées des filiales et des congrès généraux.D\u2019une façon générale, la corporation s\u2019efforce de procurer à ses membres le bien-être matériel, intellectuel et moral, par l\u2019étude et la pratique de la charité.A cet effet, elle a confié à l\u2019Institut psychologique de Montréal une étude documentaire et statistique dont les résultats devraient permettre aux dirigeants de la profession de l\u2019orienter suivant ses meilleurs intérêts.Elle a établi un système d\u2019assurance collective pour ses membres.Elle s\u2019efforce d\u2019obtenir l\u2019extension de la pension du Service civil aux employés du service extérieur.Elle s\u2019occupe de placer les agronomes sans emploi.Elle cherche à améliorer le sort des agronomes-colons, etc.La corporation s\u2019est aussi donné pour mission de répandre les saines données de la science agricole.Tous ses efforts tendent vers le relèvement de l\u2019agriculture québédoise, soit qu\u2019elle fasse elle-même entendre ses avis dans les conseils de l\u2019Etat, soit que ses membres participent à la direction de sociétés agricoles, soit qu\u2019elle enseigne à l\u2019université, soit encore qu\u2019elle emploie les moyens habituels de la propagande, le journal, la revue, les conférences et la radio.Elle travaille, depuis quelques années, à l\u2019élaboration d\u2019un programme agricole constructif et qui sera sans doute publié bientôt.La corporation a plusieurs autres projets en vue, toujours dans la même pensée d\u2019être utile et de servir.D\u2019autre part, elle est prête à appuyer toute initiative sensée et généreuse.C\u2019est ainsi qu\u2019elle a octroyé à plusieurs organismes sociaux des subventions substantielles.C\u2019est cette Corporation des Agronomes, avec ses défauts et ses qualités, qui cherche à obtenir la reconnaissance légale de la profession, c\u2019est-à-dire le droit pour ses membres à l\u2019exercice exclusif des fonctions agronomiques.Ce projet de la corporation ne comporte aucun esprit d\u2019animosité contre personne.Les dirigeants sont uniquement animés par un désir de collaboration avec toutes les professions qui concourent au bien-être de la classe agricole.Mais il existe chez nous un désir général de définition précise et de protection du titre professionnel.C\u2019est ensuite le vœu qu\u2019il soit interdit à un agronome de sortir des limites normales de ses attributions.C\u2019est le vœu, d\u2019autre part, d\u2019établir chez les membres de la profession une étiquette professionnelle à laquelle personne ne devra porter atteinte sans qu\u2019il lui en coûte.C\u2019est enfin, et d\u2019une façon générale, la volonté de moraliser la profession, d\u2019en assurer la dignité et le bon renom, d\u2019éliminer les incapables et les indignes, d\u2019organiser une solide et complète formation des jeunes.Comme les professionnels français, les agronomes désirent s\u2019unir et s\u2019organiser pour faciliter l\u2019accomplissement des devoirs et le respect des droits, pour travailler à leur perfectionnement moral et pour rechercher l\u2019intérêt général.La Corporation des Agronomes fait donc appel à toutes les professions légalement organisées dans la province de Québec: Collège des Médecins, Barreau, Notariat, Génie civil, Génie forestier.Elle s\u2019adresse à l\u2019Union catholique des Cultivateurs, aux membres de la Ligue d\u2019Action corporative, aux sociologues cana-diens-français, aux politiques canadiens-français, à quelque parti qu\u2019ils appartiennent, à nos prêtres, à nos évêques et à tous les membres du clergé.Tous, elle les prie de bien vouloir appuyer sa demande auprès de l\u2019Etat afin que celui-ci constitue le corps agronomique en profession organisée.Tous peuvent être convaincus que la gratitude des agronomes leur sera acquise et qu\u2019ils auront contribué, ce faisant, à mettre de l\u2019ordre et de la charité dans notre société qui en ressent un besoin si pressant.JUIN 1941 159 documentaires L'ENSEIGNEMENT SOCIAL DANS LA C.T.C.C.J.-d\u2019Auteuil RICHARD, S.J.E syndicalisme a une essentielle mission éducatrice: former ses chefs, instruire la masse de ses membres et l\u2019entraîner à la poursuite de son idéal particulier.Qu\u2019est-ce qu\u2019il se fait comme enseignement social dans la Confédération des Travailleurs catholiques du Canada (C.T.C.C.) ?A l\u2019occasion de l\u2019anniversaire de Rerum Novarum et de Quadragesimo Anno, Relations s\u2019est posé la question.Les divers syndicats l\u2019ont aimablement aidée à formuler sa réponse qu\u2019elle livre à ses lecteurs dans ce documentaire.Cercles d\u2019étude.L\u2019enseignement social pour les chefs et les syndiqués destinés à le devenir se donne surtout par le cercle d\u2019étude.A sa naissance en 1921, la C.T.C.C.trouva en activité une dizaine de cercles d\u2019étude.Ces cercles, auxquels d\u2019autres s\u2019ajoutèrent, ont eu généralement une histoire féconde.Les plus anciens qu\u2019on nous signale sont les cercles Léon XIII de Montréal et Benoît XV de Hull, tous deux fondés en 1918.La loi de 1934 sur les conventions collectives de travail, en accaparant les dirigeants pour des tâches immédiates d\u2019organisation, a porté un rude coup au développement des cercles d\u2019étude.Mais on s\u2019est peu à peu rendu compte de la nécessité absolue, pour assurer l\u2019avenir, de former de nouveaux cadres.En vue de donner un nouvel essor aux cercles d\u2019étude, on les a fédérés en 1937, mais sans grand succès ni progrès.Ils étaient alors une vingtaine.Depuis 1939 et surtout en 1940, il y a eu une recrudescence d\u2019intérêt dans la plupart des syndicats pour les cercles d\u2019étude.Plusieurs se sont fondés.Le problème a été posé et discuté avec vigueur au congrès de Victoria-ville (sept.1940), où la création d\u2019un service d\u2019étude fut décidée.Quelques mois plus tard, paraissait le Syndicaliste, bulletin mensuel destiné spécialement à la formation et à l\u2019instruction des dirigeants.Afin de multiplier les cercles et atteindre un plus grand nombre de syndiqués, on note une tendance intéressante à implanter un cercle d\u2019étude par syndicat.« Outre le cercle-noyau du Conseil central qui réunit un ou deux membres de chacun de nos syndicats .deux syndicats ont maintenant leur propre cercle.De plus, la chose est décidée: tous les syndicats en auront un ».(Saint-Hyacinthe) « Avec la venue du Bulletin de la C.T.C.C., nous changeons de système.Pour atteindre un plus grand nombre de syndiqués et surtout arriver à des résultats efficaces, nous tentons d\u2019organiser un cercle d\u2019étude par syndicat, et pour commencer nous y invitons les officiers.Nous avons ici dix syndicats, qui groupent environ 600 membres.Avec l\u2019ancienne manière, nous n\u2019atteignions qu\u2019une vingtaine de syndiqués.En procédant par syndicat, nous atteindrons, nous l\u2019espérons, une soixantaine d\u2019officiers ».(Hull) Méthode.Jusqu\u2019à ces dernières années, les réunions des cercles étaient centrées autour d\u2019une conférence ou causerie.On évolue partout heureusement vers une méthode plus active, avec discussion et échanges de vues.« Méthode jociste » (Joliette).\u2014 « Avec l\u2019an- cienne méthode, les membres étaient trop passifs et se contentaient d\u2019écouter.En procédant par échanges de vues comme actuellement, nos gens sont plus actifs et il est plus facile de voir comment ils réagissent ».(Hull) \u2014 « Méthode de travail en équipes, par échanges de vues dirigés par un président, chacun des membres ayant en main un manuel (qu\u2019il a étudié autant que possible avant la séance) qui était celui du P.Arès, maintenant remplacé par le Bulletin de la C.T.C.C.» (Saint-Grégoire-de-Montmorency.) \u2014¦ « Un des membres du cercle expose un sujet désigné à l\u2019avance et connu des membres.Les auditeurs ont la permission de demander des précisions au cours de l\u2019exposé, mais le débat n\u2019a lieu qu\u2019après .Pour notre milieu, ces échanges de vues paraissent plaire le plus, nous le jugeons par le grand nombre de ceux qui débattent intelligemment certains sujets .Depuis que nous avons adopté cette façon de procéder, nous connaissons nombre de membres qui arrivent très bien préparés pour discuter le sujet au programme ».(Sherbrooke) Plusieurs cercles suivent dans leurs réunions le nouveau Bulletin d\u2019étude de la C.T.C.C., le Syndicaliste.Fréquence et durée.La plupart des cercles tiennent deux fois par mois des réunions qui durent habituellement une heure et demie, souvent davantage.(( Réunion tous les quinze jours; durée: en principe, une heure, en pratique deux heures ».(Fonctionnaires municipaux, Montréal.) \u2014 (( Réunion régulière tous les deux dimanches, de 1 h.p.m.à 2 h.30.Une des causes du succès de ces réunions est qu\u2019elles commencent et se terminent à l\u2019heure ».(Sherbrooke.) \u2014 Granby, Saint-Marc-des-Carrières, Saint-Grégoire-de-Montmorency, Drummondville, Saint-Hyacinthe signalent des réunions hebdomadaires, d\u2019une heure (en principe).\u2014\t« Les réunions pour le cercle-noyau ont lieu chaque semaine; pour les autres cercles chaque mois ».(Saint-Hyacinthe.) Assistance.Elle varie considérablement selon que le cercle est réservé aux seuls officiers de syndicats ou qu\u2019il accueille aussi les simples syndiqués.La moyenne dans le premier cas est d\u2019une douzaine de membres.\u2014\t« Par principe nous n\u2019admettons qu\u2019une dizaine de membres.Nous multiplions les cercles plutôt ».(Saint-Hyacinthe.) Dans le deuxième cas, l\u2019assistance sera plus nombreuse, toujours composée en majorité de dirigeants.(Moyenne de 25 à Sorel, de 40 à Sherbrooke.) Matière étudiée.Dans tous les cercles, la doctrine sociale de l\u2019Eglise constitue la substance de l\u2019enseignement.A leurs débuts, les cercles commencent généralement leur travail par l\u2019étude des grandes encycliques sociales Rerum Novarum et Quadragesimo Anno.Les cercles plus anciens, plus avancés, en approfondissent des points particuliers: le salariat, le droit d\u2019association, etc.\u2014 Partout, dans les discussions et échanges de vues, on réfère continuellement à la doctrine sociale de l\u2019Eglise.En deuxième lieu, le sujet le plus étudié est, comme on le pense bien, la législation ouvrière; surtout les lois des syndicats professionnels et des conventions collectives.On discute leurs applications 160 RELATIONS concrètes, les amendements à y apporter que l\u2019on propose au Bureau confédéral de la C.T.C.C.sous forme de résolutions à présenter aux gouvernements.Autres sujets indiqués: problèmes familiaux (Québec, Asbestos), la coopération (Saint-Grégoire-de-Montmo-rency, Drummondville), histoire sociale et ouvrière (Joliette), problèmes techniques industriels (Thetford Mines, Sherbrooke), logement (Saint-Grégoire-de-Mont-morency).\u2014 Chronique syndicale (Asbestos, Thetford Mines).\u2014 « A chacune de nos réunions, nous réservons un quart d\u2019heure à l\u2019étude d\u2019un sujet général d\u2019actualité: le problème des maladies vénériennes, canalisation du Saint-Laurent, etc.» D\u2019une façon générale, on préfère les sujets plutôt « pratiques que théoriques » (Joliette), « les sujets dont les membres ont une connaissance personnelle et pratique, par exemple les conventions collectives de travail ».(Sherbrooke) Thetford Mines, Sherbrooke, Saint-Hyacinthe accordent un quart d\u2019heure par réunion à l\u2019étude formelle de la religion, de la vie chrétienne, ou de l\u2019Évangile.Difficultés.Presque toutes les communications signalent en premier lieu le manque de temps de l\u2019aumônier et des officiers, toujours absorbés par les tâches courantes d\u2019organisation, etc.; ensuite, le manque de chefs déjà formés pour diriger la formation des autres.\u2014\tA peu près partout, il faut lutter contre l\u2019apathie de la masse, souvent contre l\u2019apathie des dirigeants eux-mêmes.\u2014 « Indépendance d\u2019esprit et manque de discipline aux réunions».\u2014 On souligne, dans deux réponses, l\u2019hostilité active de professionnels ou d\u2019industriels à toute activité syndicale.Le recrutement du cercle en est affecté, « ce qui prive d\u2019autant la classe ouvrière de l\u2019enseignement de la doctrine catholique ».\u2014\tIl y a parfois des difficultés propres à certains syndicats, ainsi l\u2019irrégularité des heures de service rend difficile pour le syndicat des garçons et filles de table de Montréal la création de leur cercle d\u2019étude.Résultats.Tous reconnaissent que le cercle donne d\u2019excellents résultats pour la formation et l\u2019instruction des chefs.Deux signalent: « résultats moyens ».\u2014 « A formé 4 ou 5 chefs solides comme le roc ».\u2014 « Les chefs prennent conscience de leur besoin d\u2019étude et de l\u2019importance de savoir quelque chose ».(Saint-Marc-des-Carrières.) \u2014 « Meilleure collaboration entre les membres.Esprit coopératif: trois caisses populaires et trois coopératives de consommation sont nées de ces études ».(Drummondville.) \u2014 « On sent le besoin d\u2019étudier.» (Syndicat des fonctionnaires, Montréal.) \u2014\t« Esprit coopératif ».(Asbestos, Saint-Grégoire-de-Montmorency.) \u2014 « Mentalité syndicale et sens des responsabilités».(Joliette, Sherbrooke.) \u2014 « Les syndiqués sont plus en mesure de discuter et de défendre le point de vue chrétien, de propager leurs idées syndicales ».(Sherbrooke.) \u2014 « Le syndicat a été pour tous l\u2019occasion de constater beaucoup de problèmes et a fait découvrir la possibilité de les solutionner entre eux.Le cercle d\u2019étude a formé la mentalité syndicale et sociale des chefs, n\u2019a pas peu contribué à en faire des compétences, relativement à la masse du moins ».(Saint-Grégoire-de-Montmorency.) Journées syndicales.Particulièrement fructueuses pour la diffusion de la doctrine sociale et la formation des chefs sont les journées syndicales.Montréal, Sherbrooke, Saint-Hyacinthe et Hull en signalent la tenue.« Deux fois par année, les officiers et les membres de nos cercles sont invités à une journée de recueillement qui est mi-récollection, mi-journée d\u2019étude: messe, communion, conférences sur la doctrine sociale de l\u2019Eglise.Nous passons la journée ensemble, nous prenons les repas ensemble, nous discutons entre les conférences: journées très goûtées et précieuses aussi par l\u2019esprit fraternel qu\u2019elles créent entre les chefs de nos mouvements ouvriers ».(Saint-Hyacinthe.) \u2014 « Nos syndicats organisent chaque année depuis 1926 deux journées sociales où le spirituel et le social sont également à l\u2019honneur .Elles s\u2019adressent aux dirigeants ainsi qu\u2019aux syndiqués qui veulent y assister.L\u2019assistance varie entre 50 et 60.Ces journées sont fort goûtées et font du bien à nos gens ».(Hull) Enseignement social pour la masse.Par ses dirigeants formés en cercles d\u2019étude, la C.T.C.C.rayonne la doctrine sociale de l\u2019Église sur les simples membres et indirectement sur le public en général.Elle le fait encore par d\u2019autres moyens plus directs.D\u2019abord le journal: il y en a quatre (trois à Montréal, un à Québec) et le bulletin d\u2019études le Syndicaliste.D\u2019autres fournissent aux journaux de l\u2019endroit nouvelles syndicales et points de vue sociaux catholiques.Sherbrooke a dans le Messager de Saint-Michel sa page hebdomadaire, Saint-Hyacinthe collabore chaque semaine aux deux hebdomadaires de la ville.Québec, Montréal et Sherbrooke ont présenté à diverses occasions des causeries sociales et syndicales à la radio.« De 1936 à 1939, nous avons eu chaque semaine un quart d\u2019heure à la radio.Ces causeries étaient bien suivies».(Hull) D\u2019autres initiatives pour la diffusion de la doctrine sociale ont été prises par les syndicats ou du moins en liaison avec eux.Granby signale à côté du cercle proprement syndical un autre cercle, groupant une vingtaine de personnes: « Comme ces gens viennent des différents milieux et de différentes organisations, les idées émises et discutées au cercle pénètrent les autres organisations ».Un cercle de même genre fonctionne à Saint-Hyacinthe.Joliette donne des cours d\u2019Action catholique et sociale.Drnmmondville a fondé une véritable école de formation sociale.Un moyen important de porter l\u2019enseignement social jusqu\u2019à la masse des syndiqués et du public est la conférence ouverte à tous, la manifestation populaire à l\u2019occasion d\u2019une fête ou d\u2019un anniversaire.Ainsi récemment, les syndicats de Québec et Montréal ont fêté Rerum Novarum et Quadragesimo Anno par de magnifiques démonstrations.Chaque année, à Montréal, le Conseil central prend une part prépondérante à la manifestation de la Fête du Travail à l\u2019Oratoire Saint-Joseph.Hull termine toujours ses deux journées syndicales annuelles, depuis 1926, par une soirée publique, avec conférence, film, etc.Les soirées familiales (Jonquière, Syndicat Dupuis Frères de Montréal) sont une heureuse et féconde initiative, qui intéresse la femme et les enfants à la vie syndicale du chef de famille.A la lumière de ce documentaire forcément incomplet (quelques syndicats n\u2019ayant pas été atteints par notre questionnaire et quelques réponses nous faisant défaut), il ne semblera pas exagéré de dire: malgré ses déficiences et ses faiblesses, le syndicalisme catholique national est chez nous la plus effective « courroie de transmission » de la doctrine sociale de l\u2019Église dans les masses populaires.C\u2019est son grand mérite.C\u2019est aussi l\u2019explication du rôle considérable joué par la C.T.C.C.dans l\u2019heureuse évolution sociale du Québec au cours du dernier quart de siècle, évolution que l\u2019épiscopat de notre province s\u2019est plu à reconnaître dans sa lettre collective du 15 mai dernier.JUIN 1941 161 UNE EXPOSITION D\u2019URBANISME Marcel PARIZEAU TL ee tient actuellement à Montréal une exposition A d\u2019urbanisme, fruit de l\u2019initiative féconde de quelques jeunes architectes: Architectural Research Group.Annoncée avec beaucoup d\u2019éclat, l\u2019exposition tient ses promesses.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019en faire la description.Le lecteur doit y aller voir lui-même.Il s\u2019apercevra très vite que ce groupe de chercheurs a pensé à lui dès le début.En effet, il ne s\u2019agit pas là de faire triompher une théorie.Beaucoup imaginent à priori que parler d\u2019urbanisme c\u2019est proposer une solution immédiate et savante; s\u2019il en était ainsi, et depuis le temps qu\u2019on parle, tout irait déjà pour le mieux et il faudrait se résoudre à se taire.On n\u2019a pas pensé qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019imposer au public la conception particulière d\u2019un groupe de personnes même si elles ont quelques titres à être écoutées.Le public verra simplement qu\u2019il a affaire à des gens humains qui, comme lui, prennent souci de leur ville.Par la simple observation, comme le premier venu peut le faire, ils ont enregistré les déficiences, la laideur, la malfaçon, les embarras de la circulation, les manquements à l\u2019hygiène, enfin tous les abus, les erreurs coupables qui crèvent la vue, et ils ont tâché d\u2019en faire un tableau saisissant qui parle très simplement, de la façon la plus convaincante qui soit: par l\u2019image et par le texte.La première réaction du public ne sera peut-être pas de surprise; depuis quelques années, journaux et orateurs parlent souvent d\u2019urbanisme.Ils ont déjà un peu défraîchi le sujet, et, d\u2019en avoir tant entendu, le public est enclin à croire, puisque rien ne change, qu\u2019il est aussi bien de changer de sujet de conversation.Un moment de réflexion! Ici l\u2019on n\u2019a pas affaire à des spéculateurs, des politiciens.Aucun intérêt immédiat n\u2019est en jeu.Il est raisonnable de se dire que si toutes ces personnes consacrent un temps précieux à cette sorte d\u2019occupation dont on voit sur les murs le résultat, c\u2019est qu\u2019elles ont dans l\u2019intérêt commun une sorte de foi, c\u2019est qu\u2019elles ambitionnent un résultat qui dépasse l\u2019intérêt particulier.C\u2019est donc, pour elles, faire œuvre sociale que de mettre sous les yeux de leurs concitoyens cet avertissement précis, démonstratif, irritant, qui leur a demandé beaucoup de peine à mettre sur pied.L\u2019œuvre sociale sera la grande vertu de notre époque qui commet de si grands crimes.Vu sous cet aspect, l\u2019urbanisme sort de la convention et devient une nécessité vivante.Dans une ville comme la nôtre où toutes les initiatives acceptables ont été presque uniquement le fait de l\u2019action individuelle, cette nouveauté risque de faire scandale et de trouver plus d\u2019incrédules que de dévôts.Il faut encore demander un moment de réflexion.Au tournant où nous sommes, l\u2019initiative privée a donné tout ce qu\u2019elle pouvait.Déjà on sent que les bons éléments de la population tendent à s\u2019unir dans une intention commune de mieux faire.Sans doute est-ce à ce fait psychologique que nous devons si aisément la naissance récente du service d\u2019urbanisme de la cité de Montréal.L\u2019exposition de l\u2019Architectural Research Group sert de commentaire parlé.Cette coïncidence donne beaucoup de force aux initiatives qu\u2019il faudra bien que ce service prenne.Mais, pour l\u2019instant, là n\u2019est pas le rôle essentiel qu\u2019elle doit jouer.Si on l\u2019a préparée avec tant de soin, c\u2019est qu\u2019on a voulu donner au public le 162 sentiment qu\u2019il n\u2019était plus seul, et en même temps lui rappeler d\u2019une façon condensée ce que la vie quotidienne finit par lui faire oublier: c\u2019est qu\u2019au premier chef, chaque citoyen est partie agissante et intéressée à la vie de toute la ville; c\u2019est qu\u2019il a droit à une plus juste distribution des avantages raisonnables à tout être humain; c\u2019est qu\u2019il a sa part de responsabilités quand tout va à la diable, et quand la chose publique est mal administrée; c\u2019est qu\u2019il peut user de son pouvoir, ajouté à la volonté d\u2019autrui, dans l\u2019intérêt de tous.Enfin, si chacun manifeste sa fierté de citoyen, les plus grands espoirs surgissent: les hommes publics qui forcément tiennent compte de ce qu\u2019exige l\u2019opinion, souhaiteront se montrer dignes de leur mandat en poussant à la suppression des taudis, à la construction de meilleurs logements à bon marché, à l\u2019embellissement des parcs, à la multiplication des terrains de jeux, à l\u2019organisation des loisirs et du travail rendu plus facile et plus sain.Jusqu\u2019ici ces idées généreuses, qui sont ailleurs mises en pratique, n\u2019ont atteint qu\u2019un nombre restreint de montréalais: ceux qui voyagent, ceux qui peuvent lire, ceux à qui l\u2019occasion permet de comparer; mais l\u2019immense foule n\u2019est pas atteinte.Or, c\u2019est elle qui doit parler efficacement; c\u2019est elle que l\u2019on veut donc atteindre, dans un but honorable puisqu\u2019il s\u2019agit, en mettant plus d\u2019ordre dans les choses de la vie quotidienne, de hausser la dignité et la qualité de cette vie.Dans cette intention, l\u2019exposition fera bientôt un tour complet de la cité, de quartier en quartier.Nous souhaitons qu\u2019elle soulève sur son passage un intérêt immense, qu\u2019elle amène à la compréhension, à l\u2019action.Car l\u2019heure est sonnée et il ne faut pas remettre la tâche.Il faut rebâtir et recommencer sur des bases solides et nouvelles.Il faut prévoir ce que jamais on n\u2019a voulu envisager.Et notre temps ne rend la prévision possible que si l\u2019on tient compte de la communauté, un compte scrupuleux.Je crois que Y A.R.G.fait bien comprendre les promesses de ce fait nouveau vers lequel le monde est en marche depuis que sur cette terre un homme nous a dit : Aimez-vous les uns les autres.SIGHES DES TEMPS RELIGION COMMUNAUTAIRE A mon avis, il n\u2019y a rien de plus ridicule que l\u2019individualisme, que ee soit en matière économique, politique ou religieuse.Je ne vois pas du tout pourquoi je devrais avoir ma propre religion individuelle plus que ma propre astronomie individuelle ou mes propres mathématiques.Je ne vois même pas pourquoi le Tout-Puissant s\u2019intéresserait à ma prière individuelle ou même à mon sacrifice individuel, car me montrer de l\u2019intérêt à l\u2019exclusion de mon prochain serait pécher contre une loi de charité élémentaire.J\u2019aime mon prochain, et plus particulièrement les vaincus, les déshérités de la société, ceux qu\u2019a dépouillés l\u2019économique.Voilà pourquoi je m\u2019intéresse au syndicalisme et aux conventions collectives.Ainsi je veux une religion qui ait un aspect social.Si donc je puis prendre ma prière individuelle et la faire une avec la prière de millions d\u2019autres qui prient et croient comme moi, et si je puis prendre ce sacrifice individuel que je fais et le rattacher au sacrifice de millions d\u2019autres, pour en faire une grande prière corporative, un sacrifice corporatif, qui fassent sentir leur influence sur ceux qui sont à la bordure de cette corporation, c\u2019est alors que je sentirai que ma prière et mon sacrifice individuels plaisent à Dieu.Heywood Broun RELATIONS L\u2019ASSOCIATION DE LA CROIX DE LORRAINE Albert PLANTE, S.J.FN janvier 1940, une Amicale d\u2019anciens malades \u2022L/ du sanatorium du lac Edouard était fondée à Montréal.Les amis auxquels on devait cette initiative espéraient établir un jour une association générale des anciens tuberculeux de la province.Dès le mois de juillet de la même année, en raison du nombre des adhésions, l\u2019Amicale élargissait ses cadres et devenait l\u2019Association de la Croix de Lorraine.Le désir des fondateurs de l\u2019A.C.L.est de grouper, par région, les anciens pulmonaires de tous les sanatoria de la province.Ce sont les associés actifs, les membres principaux de l\u2019Association qui collaborent à l\u2019amélioration de leur condition.On recruterait une deuxième classe de membres parmi les malades hospitalisés au sanatorium ou retenus à la maison.La charité des associés actifs s\u2019intéresserait au sort de ces frères malades.Ceux-ci, guéris, deviendraient à leur tour membres actifs, mettant au service de la grande famille des tuberculeux leurs souffrances, leurs réactions, leurs observations, leur joie de vivre.Les buts de l\u2019Association sont multiples.Réhabilitation morale de l\u2019ancien malade.Réadaptation au travail.Les travailleurs adonnés avant leur maladie à une besogne plutôt dure, peuvent difficilement la reprendre.Il s\u2019agirait d\u2019intéresser à ce fait les corps sociaux, capables de leur trouver un nouvel emploi.Diffusion parmi les associés actifs de renseignements et de conseils qui leur permettront d\u2019éviter les rechutes.Secours aux malades indigents des sanatoria.Arrêtons-nous aujourd\u2019hui à la réhabilitation morale.« Quel sens donnez-vous à cette expression » ?ai-je demandé à l\u2019un des fondateurs.« C\u2019est très simple.Nous souhaitons une meilleure compréhension de la tuberculose chez les gens en santé et plus spécialement chez les employeurs.Nous voulons combattre chez eux le microbe de la peur qui paralyse les activités des anciens malades.» Question délicate.Beaucoup de gens considèrent la tuberculose comme une maladie contagieuse pres-qu\u2019aussi dangereuse que la lèpre.On soupçonne les réactions possibles en présence d\u2019un tuberculeux.C\u2019est la crainte, suivie d\u2019une tendance à la fuite protectrice.La science médicale ne confirme pas, en ce domaine, les données fort pessimistes du vulgaire.Que dit-elle?La tuberculose est contagieuse.Les règles de la prophylaxie, observées tant par le malade que par son entourage, éloignent cependant le danger de contagion.Affirmation plutôt rassurante, n\u2019est-ce pas?L\u2019opinion publique a besoin de notions précises sur ce sujet.Les publicistes doivent se garder du style hyperbolique qui fait peur aux malades comme aux bien portants.Je me rappelle certain communiqué aux journaux d\u2019une brutalité un peu effarouchante pour ceux qui déjà ont la hantise du microbe de la tuberculose.Il faut éviter de propager le microbe de la peur en combattant le bacille de Koch.Le microbe de la peur existe.On me citait le cas d\u2019une secrétaire, obligée de passer quelque temps au sanatorium pour une cure plutôt préventive.Elle en sort avec un certificat du médecin.Capable de reprendre son travail, elle se présente à son ancien gérant.Une grève éclate chez les vingt-cinq autres employés.On a peur de l\u2019ancienne secrétaire.Elle ne doit pas rentrer au bureau.La grève réussit.Un incident semblable se produit au retour d\u2019un instituteur parfaitement guéri.Ses confrères menacent de faire la grève.L\u2019instituteur est refusé et s\u2019astreint, pour gagner sa vie, à un travail de mercenaire.Ces deux faits,\u2014 une enquête les multiplierait fort probablement \u2014 aident à comprendre le premier but de l\u2019A.C.L., la réhabilitation morale de ses membres.Cette réhabilitation, d\u2019ailleurs, n\u2019est qu\u2019un aspect du problème psychologique de la tuberculose.Entendons par problème psychologique l\u2019ensemble des états d\u2019âme du malade, depuis le diagnostic positif jusqu\u2019à la guérison ou l\u2019attente sans espoir.La tuberculose est une maladie à long terme.Quelques mois si le médecin est consulté dès le début, un an ou deux, parfois plus si les ravages sont trop étendus.Cela pour ceux qui sortent sains et saufs de la bourrasque, car il y a les cas incurables.Tous les âges, tous les emplois, toutes les carrières ont leurs victimes.L\u2019hospitalisation amène la séparation.D\u2019où souffrances du cœur.Le malade a besoin de distractions.La direction de tous les sanatoria s\u2019ingénie à aménager de temps en temps des heures agréables.De temps en temps seulement, et l\u2019on comprend pourquoi.Le repos du poumon, repos aidé ou non par un traitement, reste le principal moyen de guérison.Ce repos, le lit ou la chaise longue le procure, mais en laissant le malade seul en face de ses préoccupations, de ses projets d\u2019avenir, des réflexions et des sentiments provoqués par ses fréquentations ou ses lectures.Heures de cure, heures de méditation, consciente ou inconsciente, moments de rêve où alternent les ciels clairs et les brouillards.(( Dans tout immobilisé, affirmait une jeune malade, il y a une âme d\u2019enfant qu\u2019il faut quelquefois bercer de paroles caressantes, que les longues heures de solitude et de silence rendent d\u2019une sensibilité surprenante, d\u2019une observation aiguë, saisissant les moindres nuances, les couleurs les plus ténues, les sons les plus divers, les tout petits riens et même les mots que l\u2019on ne prononce pas devant eux.» (« La joie de vivre », dans Y Étoile du San, lac Edouard, avril 1941.) Pour tous ces immobilisés, la jeune malade voulait être l\u2019apôtre de la joie de vivre et du sourire.Les fondateurs de l\u2019A.C.L.ont le même idéal, car ils connaissent à fond, par leur expérience personnelle, la psychologie du pulmonaire.Pour un bon nombre de leurs frères et sœurs malades, c\u2019est après de longs mois d\u2019inaction, la victoire, le retour à leurs relations sociales, à leurs occupations.Ce retour est pénible si l\u2019on rencontre de la défiance, résultat du microbe de la peur.Aussi désirent-ils multiplier les milieux \u2014 il y en a déjà \u2014 où la délicatesse du cœur unie à la foi au verdict de guérison du médecin, donne à l\u2019ancien malade l\u2019impression qu\u2019il n\u2019a jamais été porteur de bacilles.(( S\u2019unir pour survivre », telle est la devise de leur Association.Survivance dans la confiance qui stimule la joie de vivre et facilite la reprise de la vie normale.JUIN 1941 163 HORIZON INTERNATIONAL CUBA T \u2019ENSEIGNEMENT PRIVÉ sous un chef communiste.Une tempête éclata au Cuba durant le mois d\u2019avril.Un communiste notoire, Jean Marinello, fut nommé président de la Commission de l\u2019Enseignement privé au Conseil national de l\u2019Éducation et de la Culture.Peu auparavant, Marinello s\u2019était mis à la tête d\u2019un mouvement pour faire supprimer tous les centres d\u2019enseignement privé, aussi bien religieux que laïques, et pour soumettre toutes les écoles du pays au monopole d\u2019État.La présence de ce camarade à la tête de l\u2019enseignement privé fut considérée comme une grave menace à la liberté d\u2019enseignement, reconnue par la Constitution de 1901 et demeurée inviolable depuis lors.Les protestations d\u2019éclater aussitôt.Le 20 avril, environ deux mille pères de familles se réunirent pour envoyer au ministère de l\u2019Éducation une protestation contre la « surveillance de personnes, manuels scolaires, horaires, locaux et méthodes pédagogiques » que l\u2019on s\u2019efforçait d\u2019introduire en dépit de la Constitution.Le 28 avril, une délégation de représentants de l\u2019enseignement privé se présenta chez le Ministre pour lui expliquer que la présence de Marinello à la présidence de cette commission « est aussi nuisible à la liberté d\u2019enseignement que le serait la nomination d\u2019un chef totalitaire (Hitler par exemple) à la tête d\u2019une démocratie ».MEXIQUE pOUR LA LIBERTÉ D\u2019ENSEI-GNEMENT.La campagne pour faire modifier l\u2019article 3 de la Constitution sur l\u2019enseignement continue à prendre de plus en plus d\u2019envergure.La Croisade nationale des Femmes vient d\u2019envoyer une lettre au Président de la République où elle proteste contre la tyrannie sur l\u2019enseignement créé par l\u2019article 3.Le 27 avril eut lieu une manifestation de quinze mille personnes dans la ville même de Mexico, sous les auspices du Parti autonomiste national.On défila par les rues principales; on s\u2019arrêta devant la Chambre des Députés, où les orateurs firent leurs discours.Joel Torres, président de la Confédération des Partis indépendants, déclara que « pour un gouvernement tel que celui du général Avila Camacho, c\u2019était un outrage que de maintenir un communiste comme Sanchez Ponton à la tête de l\u2019Éducation nationale.Jamais le drapeau tricolore ne pourra flotter librement, si on ne chasse pas du gouvernement Sanchez Ponton et Betancourt Pérez ».Antinazisme.Dans son numéro du 17 mai, le grand hebdomadaire mexicain Hoy publie un long article du chef communiste Herman Laborde sur le socialisme nazi.On nous dit dans la présentation que Laborde s\u2019est séparé de l\u2019organisation qu\u2019il dirigea durant de nombreuses années à la suite de (( circonstances intérieures du parti ».Plus tard, on nous avertit qu\u2019il est « membre du parti communiste, et de la section 16 du syndicat des cheminots, affilié à la Confédération des Travailleurs mexicains ».En tous cas, son article respire le plus bel amour de l\u2019URSS et une touchante candeur marxiste.Laborde explique aux lecteurs de Hoy que Hitler, malgré ses affirmations, n\u2019a rien d\u2019un socialiste.« On veut démontrer que Stalin et Hitler sont jumeaux, que la prétendue alliance (en réalité, uniquement 164 pacte de non-agression) entre l\u2019URSS et l\u2019Allemagne exprime une identification de principes et de régimes et que, si le gouvernement de Moscou est aussi exécrable que celui de Berlin, il doit être détruit lui aussi.« Au fond, Churchill et Hitler, Roosevelt, le Mikado et Mussolini savent aussi bien les uns que les autres que l\u2019unique socialisme authentique se trouve dans l\u2019URSS, et qu\u2019il vaudrait mieux pour eux de s\u2019entendre \u2014 si leurs contradictions interimpérialistes ne les en empêchaient point \u2014 pour pointer toutes leurs batteries unifiées contre le véritable ennemi qui est au Kremlin ».Laborde est anti-naziste, c\u2019est entendu.Hitler s\u2019appuie sur la haute finance, il écrase aussi bien le prolétariat que les « petit-bourgeois ».Laborde estime que l\u2019on peut difficilement trouver quelqu\u2019un aujourd\u2019hui pour nier « le caractère guerrier et déprédateur de l\u2019impérialisme britannique ».L\u2019Allemagne, puissance impérialiste et capitaliste, est en lutte contre les impérialismes rivaux (« démocratiques ») pour (( étendre la domination des capitalistes allemands à tous les pays d\u2019Europe et du monde ».En somme, l\u2019article de Laborde n\u2019est que de la propagande communiste de type assez commun.Il acquiert une certaine importance du fait qu\u2019il est imprimé par la revue la plus importante du Mexique.Nouvelle application de la doctrine de Monroe.Dans ce même numéro de Hoy, un collaborateur anonyme publie en double page une grande carte d\u2019Amérique sur laquelle ont été indiquées les « colonies » européennes.Une courte note explique que celles-ci constituent une menace pour la paix de l\u2019Amérique et que, par conséquent, elles doivent être proclamées indépendantes.Elles sont: le Canada, les Honduras britanniques, les Guyanes, les Bermudes, la Jamaïque, les Antilles, les Iles Malvin et le Groenland.« Si le continent américain devient le siège des droits humains, il est indispensable d\u2019extirper tous les restes de colonialisme politique et économique dans ce continent ».De plus, « les ' Européens détiennent divers monopoles: le Danemark a le monopole du passage par le Groenland; l\u2019Angleterre détient celui du sucre, du café, du cacao, du tabac, de la banane, du rhum et du coton; la France détient les mêmes, avec en plus ceux de l\u2019or, de l\u2019argent et du fer.Enfin, les Noirs, les Métis et les Indiens dans ces régions sont pratiquement des esclaves ».Une solution unique s\u2019impose: toutes les colonies européennes dans le continent américain doivent être déclarées indépendantes.Ce travail est présenté sans nom d\u2019auteur.Il semble donc engager la direction même de la revue.ETATS-UNIS SERVICE DE PRESSE pour ^ l\u2019Amérique latine.Le 2 mai 1941 parut le premier numéro de Noticias Catolicas, préparé par le National Catholic Welfare Conference pour les journaux catholiques d\u2019Amérique du Sud.Celui qui en est chargé est un jeune catholique du Salvador, fondateur de l\u2019hebdomadaire catholique d\u2019Amérique Centrale Criterio et du bulletin de nouvelles publié en espagnol par le bureau des Lettres de Rome sous le titre de Sda.Le nouveau service donne des nouvelles de tout l\u2019univers.Ses informations vaticanes sont particulièrement excellentes.RELATIONS COLOMBIE COLIDARITÉ AMERICAINE.^ L\u2019éditeur de Revista Javeriana, le P.Francisco Javier Gonzalez, S.J., étudie dans le numéro d\u2019avril de sa revue, les obstacles principaux qu\u2019il faudrait arriver à surmonter avant d\u2019établir une solidarité américaine qu\u2019il désire, d\u2019ailleurs, de tout son cœur.Il relève brièvement quelques plaintes malheureusement trop familières sur l\u2019exploitation économique des paysans et des mineurs colombiens par le capitalisme étranger.L\u2019ensemble de son article a surtout trait à la propagande protestante dans l\u2019Amérique du Sud.Pour plus d\u2019efficacité, il met ses griefs dans la bouche de Mgr Francis K.Kelly, auteur d\u2019un livre célèbre sur le Mexique.« Messieurs du septième jour, j\u2019ai eu la curiosité de feuilleter El Centinela, la Senal de los Tiempos, El Atalaya, El Mensajero de la Verdad, et je suis stupéfait de voir combien de dollars américains sont dépensés à répandre cette culture.« La majorité des habitants de ce pays considère vos sueurs comme l\u2019assaut le plus direct à l\u2019unité nationale, car elles préparent dans un avenir lointain une lutte sur le terrain religieux, le plus terrible de tous.Ils savent qu\u2019en 1929 le Président du Pérou interdit dans les écoles et collèges de son pays l\u2019enseignement d\u2019une religion qui ne serait pas professée par la majorité des citoyens, afin d\u2019éviter l\u2019effondrement de la patrie.
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