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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1941-07, Collections de BAnQ.

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[" %-x£/ \u201e 'W< ^ Xs- \u2022 llMil ArtMr DUBOfS HI ?§&%%%&& Bill Louis-C.deLERY Bodolpk LAPLANTE |§|g|fg| Frédéric de BEUNAY '\t'./s.'.\t.-v.\ti ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE Éditoriaux.169 Vacances 1941 \u2014 Formation sociale \u2014 La Russie et nous.Articles LA FREQUENTATION SCOLAIRE OBLIGATOIRE.Arthur Dubois 172 LA FRANC-MAÇONNERIE ET LA CITE D\u2019UTOPIE .Louis-C.de Léry 175 L\u2019AVENIR DU MAGASIN INDEPENDANT.Rodolphe Laplante 177 LA FÊTE DU PRÉCIEUX SANG .Joseph Ledit 180 Commentaires .\t.\t.182 Les Jésuites et l\u2019éducation aux États-Unis \u2014 French-Canadian Fair Play \u2014 La métropole du Canada \u2014 Hommage au Sacré Cœur \u2014 L\u2019Education des adultes \u2014 Caisses populaires et coopératives.NOS COLLABORATEURS \u2022 Le P.Arthur Dubois, s.j., professeur de philosophie morale et de sociologie au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception, a déjà présenté un travail à la Semaine sociale d\u2019Ottawa en 1931 sur l\u2019État et l\u2019éducation; il reprend ici le thème en l\u2019appliquant à la situation actuelle.\u2014 C\u2019est un nouvel aspect de la Franc-Maçonnerie: son internationalisme, qu\u2019envisage aujourd\u2019hui le P.Louis-C.de Léry, s.j., professeur de droit canon à l\u2019Immaeulée-Conception.\u2014 Licencié de l\u2019École des Sciences sociales de Montréal, M.Rodolphe Laplante a été attaché pendant de nombreuses années au bureau-chef de la Banque Provinciale en qualité d\u2019économiste et de publiciste; il est maintenant secrétaire du Crédit agricole du Québec.\u2014 Le P.Joseph-H.Ledit, s.j., fait ici un commentaire liturgique plein d\u2019actualité.\u2014- Interrogé sur l\u2019avenir qu\u2019il entTevoit pour l\u2019École fédérale-provinciale d\u2019Avion-nerie de Cartierville, dont il est le directeur, M.Gaston Lavoisier nous fait parvenir ce mémoire tout en perpec-tives.\u2014 Relations est heureuse d\u2019accueillir ces notes pittoresques d\u2019un ancien collaborateur aux Études, le commandant Frédéric de Bélinay, s.j., qui fut longtemps aumônier militaire en Afrique.\u2014 M.le notaire Athanase Fréchette, l\u2019actif président de la Société Saint-Jean-Baptiste, était le commentateur tout désigné de notre dernière fête nationale.\u2014 La troisième exposition de l\u2019Artisanat nous vaut ce reportage artistique du P.Ernest Gagnon, s.j., qui sera, nous l\u2019espérons, suivi de plusieurs.\u2014 Promenant sa nostalgie d\u2019exilé sur l\u2019asphalte de New York, M.Youri L.Kazanskij vit un film soviétique à l\u2019affiche et nous envoie ses impressions.Chroniques CENTRE EDUCATIONNEL D\u2019AVIATION.Gaston Lavoisier 184 NOTES SUR LE TCHAD .F.de Bélinay 186 FAIRE AIMER LA CHARRUE .A.Fréchette 189 L\u2019EXPOSITION SUR LA MONTAGNE .Ernest Gagnon 190 VOLGA, VOLGA !.Youri L.Kazanskij 191 HORIZON INTERNATIONAL.193 Vatican \u2014 Etats-Unis \u2014 Espagne \u2014 Belgique.Livres récents.195 Le combat social.Louis Chagnon Art et catholicisme.Ernest Gagnon Les Opiniâtres.Louis Lalande Brochures diverses.RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Joseph-Papin Archambault Joseph-H.Ledit, Jacques Cousineau Administrateur: Albert Bellemare \u2022 PRIX DE L\u2019ABONNEMENT :.$2.00 par année A l\u2019étranger: $2.50, Pour les étudiants: $1.50 L\u2019abonnement commence en janvier, avril, juillet et octobre \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel est - Tél.: FR.1189 MONTRÉAL\tCANADA 1ère année, No 7\tEcole Sociale Populaire, Montréal\tJuillet 1941 É D I T O Vacances 1941 VOICI les vacances, les deuxièmes vacances de cette guerre.L\u2019an dernier, l\u2019effondrement de la France accablait les esprits et les cœurs, et la menace d\u2019invasion en Angleterre remplissait l\u2019atmosphère.Aujourd\u2019hui, le gros de l\u2019orage militaire se tourne vers l\u2019est sans que la bataille de l\u2019Atlantique se ralentisse.L\u2019effort industriel d\u2019armement du Canada s\u2019accélère, son emprunt de la Victoire a dépassé l\u2019objectif; ses jeunes hommes s\u2019en vont aux camps d\u2019entraînement et s\u2019enrôlent plus nombreux que jamais.Comment alors, dans ces circonstances, prendre des vacances, c\u2019est-à-dire faire le vide, se vider de ce qui nous étreint l\u2019âme?Peut-on, en toute conscience morale et patriotique, s\u2019abandonner aux exercices des vacances et dans quel esprit le faire?Question pratique et profonde, s\u2019il en est ?(( Quand un peuple de culture, écrivait Péguy en 1905, est menacé d\u2019une invasion militaire par un peuple barbare, .quand un peuple libre est .menacé d\u2019une invasion militaire par un peuple de servitude, le peuple de culture, le peuple libre n\u2019a qu\u2019à préparer parfaitement sa mobilisation militaire nationale, et sa mobilisation une fois préparée, il n\u2019a qu\u2019à continuer le plus tranquillement du monde, le plus aisément, et de son mieux, son existence de culture et de liberté; toute altération de cette existence par l\u2019introduction de quelque élément de peur .serait déjà un commencement de cette invasion .la plus dangereuse des invasions, l\u2019invasion qui entre en dedans, l\u2019invasion de la vie intérieure, infiniment plus dangereuse pour un peuple qu\u2019une invasion, qu\u2019une occupation territoriale )).Le Canada subit aujourd\u2019hui plus que le coup d\u2019Agadir, il est en pleine guerre.Le degré de sa participation, le rythme et le mode de sa mobilisation militaire (et industrielle) ont été comme décidés ou confirmés par des élections générales tenues après la déclaration des hostilités.Un mandat JUILLET 1941 RIAUX très clair a été confié à des chefs par un peuple, assez grand pour obéir.Mais qu\u2019on ne l\u2019énerve pas, qu\u2019on ne l\u2019empêche pas de travailler à l\u2019accomplissement calme de ses devoirs quotidiens, à sa place assignée: au camp, à l\u2019usine, aux champs, à la maison.Une place de peuple, parce que si tout le monde veut commander, ce sera la faillite.Us se trompent étrangement ceux qui, blâmant notre peuple de son héroïsme de santé, de son (( courage fait de calme, de clarté )), voudraient à force de discours, lui injecter la psychose de la peur, maladie contagieuse née de la guerre des nerfs et prodrome des déroutes collectives.On aimerait que soit mieux compris l\u2019exemple admirable de l\u2019Angleterre, ne rompant ni n\u2019altérant son métier ou sa vie ordinaire, continuant sous les bombardements, à exporter des tissus en Amérique du Sud où elle envoie ses plus beaux modèles exhiber les nouveaux costumes de bain, continuant à jouer et à manger le même breakfast copieux et varié.Comme un peuple de santé morale.Ils nous font un tort profond et nuisent considérablement à l\u2019effort de guerre ceux dont l\u2019incompréhension systématique menace l\u2019unité nationale, dont la pression indue sur les chefs d\u2019État rend la nation nerveuse sur l\u2019orientation de demain, ceux dont la politique de dénigrement ou de chantage au patriotisme tend à diminuer la confiance générale, ceux qui voudraient nous entraîner à l\u2019hystérie des gestes et des mots.Ils constituent les plus solides éléments de notre cinquième colonne; les (( conscrip-tionnistes )) se rangent parmi eux, comme les partisans du flagwaving enfantin, comme la mouche antinationale du coche québécois.Foch qui s\u2019y connaissait disait que (( la guerre est le département de la force morale )).Pour garder le secret de cette force, longtemps, jusqu\u2019à la victoire, chacun ne doit pas se tendre inhumainement, mais continuer son métier, son jeu, si ce jeu, si ce métier est sur lui la volonté actuelle de Dieu.Et conscrit du devoir, qu\u2019il travaille là pour la patrie.169 Un jour, saint Louis de Gonzague, novice, jouait avec ses compagnons, quand l\u2019un d\u2019eux posa la question: (( Si vous appreniez tout d\u2019un coup que la mort viendrait vous prendre dans un quart d\u2019heure, qu\u2019est-ce que vous feriez ?» Alors les uns imaginaient des prières, les autres courraient à la chapelle, au tribunal de la pénitence.Louis de Gonzague dit: (( Je continuerais à jouer )).En cette histoire, le socialiste Péguy, peu dévot et peu enclin envers le (( petit saint jésuite » reconnaissait (( un des symboles vraiment les plus rares et les plus pleins de sens, une formule incomparable pour tout ce qui tient à la règle de la vie et à l\u2019administration du devoir )).Quand chaque citoyen de ce pays où doit régner la confiance mutuelle (sans quoi il n\u2019y a pas de pays, mais des factions), quand chacun, au lieu de protester: (( Que fait donc le premier ministre?)), et d\u2019enquêter: ((Que font donc mes voisins?.» se sera demandé: (( Qu\u2019est-ce que je fais d\u2019efficace, moi, pour la victoire?» et qu\u2019après l\u2019avoir décidé dans sa conscience de Canadien, (librement, si rien ne lui est assigné), il s\u2019y tiendra fidèlement, joyeusement, alors tout ira bien et les valeurs de civilisation seront sauvées d\u2019abord chez nous.Il y aura donc vacances pour assurer ce rythme.Moins pour les uns que pour les autres.Mais pour tous ce sont des vacances de guerre.Quoiqu\u2019en pense Giono, les chrétiens ne peuvent (( traverser les batailles, une rose à la main ».Nous ne saurions nous livrer à la détente des vacances comme si des millions d\u2019hommes, nos frères, ne s\u2019entretuaient pas, comme si des millions d\u2019autres ne pourrissaient pas dans les camps de concentration, comme si des continents entiers ne vivaient pas sous la terreur et dans la faim.Qu\u2019on se renouvelle l\u2019esprit par l\u2019exercice physique dans l\u2019air, le soleil et l\u2019eau, d\u2019accord.Mais, pendant une guerre qui, selon S.S.Pie XII, doit aboutir à la victoire sur la haine, sur la défiance, sur la force brutale et sur l\u2019esprit d\u2019égoïsme, point de place pour des vacances de péché.Notre pays ne peut pas se payer le luxe des impréparations, de la pire de toutes, l\u2019impréparation morale.Une guerre ne se gagne pas par les seuls monstres d\u2019acier, mais par l\u2019esprit de sacrifice de la nation entière.L\u2019immodestie du vêtement, les profonds irrespects de la femme, l\u2019alanguissement des plages, les sauteries prolongées du samedi soir, le compagnonnage morbide du week end, les intoxications du verre et de la bouteille, tout cela sabotage du plan de Dieu et péché, tout cela aussi sabotage de notre victoire et de l\u2019après-guerre.Vacances oui, mais vacances de guerre, où la Croix devienne le sel qui conserve leur saveur aux joies humaines.Une saveur de chrétienté, gage de protection divine.Formation sociale PLUS que jamais les catholiques doivent contribuer à l\u2019établissement de l\u2019ordre social nouveau que réclame une époque nouvelle.On l\u2019a souvent répété: si cet ordre ne s\u2019établit pas avec eux, il s\u2019établira contre eux, contre tout ce qui leur est le plus cher.Mais cette restauration ne s\u2019improvise pas.Elle réclame des compétences, des hommes qui sachent diffuser dans les différents milieux la doctrine sociale catholique et en faire germer un ordre chrétien.Encore faut-il qu\u2019ils la connaissent.Or, le Souverain Pontife ne cesse de répéter qu\u2019elle est trop peu connue.Et de nombreux faits viennent confirmer ces paroles.Le corporatisme, par exemple, a-t-il été assez recommandé dans les encycliques et tout récemment dans la Lettre collective de notre épiscopat.Et cependant, que d\u2019incompréhensions encore, jusque chez nous, à l\u2019égard de la grande réforme économique et sociale prônée par Rome.Former des hommPs qui chasseront ces nuées et feront briller la vraie lumière de l\u2019enseignement catholique, tel est le but de l\u2019École de Formation sociale qu\u2019organise chaque été, depuis neuf ans, l\u2019École Sociale Populaire.La prochaine session se tiendra à Boucherville, du 1er au 7 août.Prêtres et laïcs y sont invités.La Russie et nous LE 22 juin, l\u2019Allemagne attaquait la Russie soviétique.Situation de fait qui pose un cas de conscience aux catholiques.Nous lisons en effet dans l\u2019encyclique Divini Redemptoris: (( Le communisme est intrinsèquement mauvais et l\u2019on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation ».L\u2019encyclique, parue en 1937 en pleine vogue de Fronts populaires, visait à mettre en garde les catholiques contre la nouvelle tactique du Komin-tern.Cette tactique visait, par le moyen d\u2019une collaboration établie entre communistes et non-communistes, à faire passer les masses sous la direction militante des communistes dans la lutte pour des objectifs déterminés par eux.On comprend que, dans ces circonstances, l\u2019encyclique dût condamner toute action concertée pour une offensive dirigée contre un ennemi commun.Mais elle n\u2019excluait pas le secours que pouvait porter, par motif de charité individuelle ou sociale, une organisation catholique à des individus victimes d\u2019agression sociale ou de misère économique, qui se trouvaient être des communistes.On aidait l\u2019homme, on ne collaborait aucunement avec le communiste.Ainsi quand Pie XI secourut les affamés de Russie, personne ne vit dans ce geste, malgré les inévitables contacts entre la mission pontificale et l\u2019administration soviétique une collaboration, avec le communisme qu\u2019il réprouva toujours de toute son énergie.170 RELATIONS Ainsi dans le cas actuel.Quand Hitler convoite le blé de l\u2019Ukraine, le charbon du Donetz, le pétrole du Caucase, le fer et le manganèse de l\u2019Oural, l\u2019or de la Sibérie, et que, pour acquérir ces richesses, qui ne lui appartiennent pas, il met des provinces entières à feu et à sang, il s\u2019agit de la patrie russe, objet d\u2019une injuste agression qui lui est commune avec les nations occidentales.L\u2019aide qu\u2019apporteront alors éventuellement à la Russie l\u2019Angleterre et ses Dominions, dont le Canada, ira à maintenir dans le monde la patrie russe qui a droit, quelque soit son régime politique, de subsister indépendante devant les desseins impérialistes de l\u2019Allemagne.Ce secours porté à la victime d\u2019une agression internationale,\u2014 association de fait imposée par les circonstances, \u2014 paraît donc licite, même s\u2019il comporte des dangers qui nous obligent à certaines réserves.Sans doute, comme M.Churchill l\u2019a insinué assez ouvertement, les dirigeants soviétiques victimes de cette aggression n\u2019ont qu\u2019eux-mêmes à blâmer pour la tournure qu\u2019ont prise les événements.Au vue Congrès de l\u2019Internationale communiste, ils ont misé sur une guerre mondiale dans laquelle ils resteraient neutres, afin de profiter ensuite de l\u2019écrasement général pour faire avancer la révolution universelle.Ils ont poignardé la France dans le dos par leurs grèves insensées de 1936 à 1937.Ils ont cherché à provoquer une guerre mondiale par leur intervention en Espagne.Par le pacte germano-soviétique ils se sont directement rendus responsables des guerres hitlériennes.Enfin, leur agression contre la Pologne meurtrie,\u2014 qu\u2019ils cherchent à justifier aujourd\u2019hui en affirmant qu\u2019ils voulaient la défendre contre l\u2019Allemagne,\u2014 n\u2019est comparable qu\u2019à l\u2019agression italienne contre la France le 10 juin 1940.Tout le calcul stalinien a été de fomenter la guerre chez les autres afin d\u2019en faire profiter son pays et la révolution.Ses combinaisons ont été déjouées.Defecerunt scrutantes scrutinio.Dans les émissions anglaises dirigées aux États-Unis, la radio soviétique continue de parler abondamment de la (( patrie socialiste )), du (( socialisme soviétique)), de ((la patrie des travailleurs)), etc.C\u2019est de la vieille propagande, avec cette circonstance aggravante qu\u2019elle se sert des cadavres des paysans russes pour faire avancer la cause de la révolution mondiale.Cela, nous ne pouvons le tolérer.Les dirigeants de l\u2019URSS doivent le savoir: ce machiavélisme infernal doit cesser.Nos propres dirigeants ne doivent pas, cédant à certaines suggestions déjà exprimées, relâcher leur vigilance autour du communisme, qui conserve toujours son caractère nocif.Il serait inadmissible que, sous prétexte d\u2019une attaque de la Russie par l\u2019Allemagne, les idées et les groupes communistes en deviennent plus acceptables au Canada.JUILLET 1941 Jusqu\u2019à cette date (28 juin 1941), en dehors de quelques bombardements aériens, cette nouvelle guerre s\u2019engage dans des territoires que l\u2019Union soviétique a acquis comme alliée de l\u2019Allemagne.Il est manifeste que l\u2019on ne peut reconnaître ces rapines.Cette acceptation, qui se ferait sur le cadavre de la Pologne martyrisée, serait déshonorante.En 1939, on refusa à l\u2019URSS le droit d\u2019occuper les pays baltes et la Pologne orientale.Il est impossible d\u2019accepter aujourd\u2019hui ce qui fut refusé alors.Le sang de la Pologne martyrisée crierait contre nous, comme il crie contre l\u2019Allemagne et l\u2019Union soviétique.Donc, toute aide à celle-ci doit être subordonnée au renoncement, de sa part, aux territoires volés à nos alliés de la première heure, restés toujours fidèles, les braves et incomparables Polonais.Pour justifier ses rapines, Hitler reparle d\u2019anti-bolchévisme, et, fidèle, Mussolini emboîte le pas.De 1933 à 1939, Pantibolchévisme naziste ne trompa pas la clairvoyance de Pie XI.Quand, en septembre 1936, le vieiix Pontife flétrit les horreurs commises par le bolchévisme en Espagne, il consacra la moitié de son discours à démasquer l\u2019hypocrisie de Pantibolchévisme hitlérien.En 1939, l\u2019union du bolchévisme et du national-socialisme se fit contre la Pologne, qui fut écrasée parce qu\u2019elle lutta pour sa nationalité et sa foi.Le martyre que subit depuis lors la Pologne ne peut être comparé qu\u2019à celui que subit l\u2019Espagne de 1936 à 1939.On parle de volontaires catholiques espagnols, partant en croisade contre l\u2019URSS sous le signe de la croix gammée.Cette nouvelle ne consolera pas les prêtres polonais, jetés dans les camps de concentration par les nazistes.Si les soldats espagnols, dirigés sur la Russie à travers la Pologne, veulent avoir une idée de ce que seront les sentiments des Polonais à leur égard, ils n\u2019auront qu\u2019à se souvenir de l\u2019amertume qu\u2019ils ressentirent eux-mêmes, durant leur guerre civile, quand certains catholiques étrangers, surtout français, ne rendirent pas aux souffrances et à l\u2019héroïsme espagnols l\u2019hommage qu\u2019ils méritaient.S\u2019ils passent, dans leur course vers l\u2019est, par la ville de Poznan, célèbre par son Congrès du Christ-Roi et au cours duquel, en juin 1937, les martyrs espagnols furent acclamés, qu\u2019ils se fassent montrer la Place des Martyrs.Là, la Pologne ressuscitée avait érigé un monument au Sacré Cœur dont elle était aussi fière que les Espagnols l\u2019étaient du Cerro de los Angeles.Les marxistes profanèrent le monument espagnol; les nazistes rasèrent au sol le monument polonais.En passant devant la place vide où jadis le Christ-Roi fut acclamé par ses enfants fidèles, que les soldats espagnols n\u2019oublient pas de redire, à voix basse cette fois pour ne pas troubler les morts, le cri que naguère ils lançaient victorieusement aux quatre vents de l\u2019Espagne: Viva Cristo Rey ! 171 FREQUENTATION SCOLAIRE OBLIGATOIRE Arthur DUBOIS, S.J.IE Canada français est préoccupé.Ses conditions j de vie évoluent rapidement et ses institutions sont en mal de rajustement.Dans ce travail ardu, ceux qui portent la responsabilité des adaptations nécessaires se rendent apparemment compte que le succès dépend avant tout de la valeur intellectuelle et morale des Canadiens français.C\u2019est le problème humain qui se pose chez nous, c\u2019est (( l\u2019homme )) que l\u2019on cherche, c\u2019est une qualité meilleure que l\u2019on veut voir s\u2019ajouter à notre nombre déjà respectable.Cette orientation des esprits est de bon augure.Une économie nationale ne se redresse que sous la poussée d\u2019une génération nouvelle mieux éclairée, mieux outillée, plus sûre de ses voies et moyens, plus ambitieuse aussi.(( L\u2019être prime l\u2019avoir )), c\u2019est vrai dans un sens absolu, c\u2019est vrai aussi quand il s\u2019agit, pour un groupe ethnique particulier, de revendiquer son lot de fortune, sa part d\u2019héritage.Nous constatons donc avec plaisir que nos chefs intellectuels et politiques ont compris la relation intime qui existe entre la prospérité générale d\u2019une part, et d\u2019autre part, la nécessité de faire plus et de faire mieux pour les nombreux enfants de chez nous.Parmi les signes, qui marquent, en nos milieux responsables, cette volonté d\u2019agir dans le domaine éducationnel, nous relevons l\u2019orientation nouvelle du cours classique annoncée par l\u2019Université Laval, la création de la société d\u2019administration de l\u2019Université de Montréal, les gratifications faites aux universités de la province, la création du Conseil supérieur de l\u2019Enseignement technique.Il serait encore question d\u2019un projet de loi visant à rendre obligatoire la fréquentation scolaire.Ce dernier projet, il va sans dire, mérite une attention particulière.Il touche en effet aux droits innés de la famille et de l\u2019Église sur l\u2019éducation, et atteint du même coup un principe fondamental du droit naturel.Qui dit ((toucher)), ((atteindre)), ne dit pas nécessairement ((heurter)), ((violenter)); tout de même, comme il s\u2019agit d\u2019établir un contact, de raccorder des droits superposés, il convient d\u2019y aller en douceur, avec prudence et circonspection.Le choc n\u2019est pas seulement brutal, il peut être destructeur.Le procédé de douceur, indiqué en la matière, nous paraît être un effort de compréhension mutuelle de la part de ces droits divers.Puissances morales d\u2019ordre intellectuel, créées précisément pour aider l\u2019enfant, par l\u2019exemple, par l\u2019amour et par l\u2019autorité à s\u2019élever du mal et de l\u2019ignorance au bien et à la conaissance du vrai, les droits de la famille, de l\u2019Église et de l\u2019État ne sauraient se connaître sans s\u2019accorder, pour mener à bien la tâche commune.Dans cet effort de compréhension, l\u2019Église a toujours fait large sa part.Elle reconnaît, et elle invite les familles à reconnaître avec elle, les droits de l\u2019État en matière d\u2019éducation.Ces droits réels, dont les uns se rattachent à la fin principale de la société, les autres, à sa fin secondaire, sont complaisamment énumérés dans l\u2019encyclique sur l\u2019éducation chrétienne de la jeunesse, publiée le 31 décembre 1929, par Sa Sainteté Pie XI.Nous citons en particulier le texte qui nous paraît reconnaître à l\u2019État le droit d\u2019exiger, sous certaines conditions, la fréquentation scolaire: (( En outre, lisons-nous dans l\u2019encyclique Rappresentanti in terra, l\u2019État peut exiger, et, dès lors faire en sorte que tous les citoyens aient la connaissance nécessaire de leurs devoirs civiques et nationaux, puis un certain degré de culture intellectuelle, morale et physique, qui, vu les conditions de notre temps, est vraiment requis par le bien commun.Toutefois il est clair que dans toutes ces manières de promouvoir l\u2019éducation et l\u2019instruction publique et privée, l\u2019État doit respecter les droits innés de l\u2019Église et de la famille sur l\u2019éducation )).D\u2019après ce texte, l\u2019État peut donc, c\u2019est-à-dire il a le droit d\u2019exiger un minimum d\u2019instruction et d\u2019entraînement moral; il peut encore, c\u2019est-à-dire il a le droit de faire en sorte que tous les citoyens atteignent ce minimum d\u2019instruction et de moralité jugée nécessaire.De là à dire que l\u2019État peut rendre obligatoire la fréquentation scolaire, le lien nous paraît nécessaire, du moins dans l\u2019hypothèse, où l\u2019enseignement libre aidé des subsides du gouvernement ne procure pas à tous ce (( certain degré de culture intellectuelle, morale et physique )) vraiment requis par le bien commun.Il serait en effet imprudent d\u2019affirmer que ce paragraphe de l\u2019encyclique ne comporte qu\u2019une allusion au droit, ou plutôt au devoir, qu\u2019a l\u2019État de pourvoir, par lui-même, à l\u2019éducation des enfants dont les parents font défaut.Le droit de l\u2019État sur l\u2019enfant délaissé existe depuis toujours, il ne justifie que les interventions exceptionnelles dans des cas particuliers, tandis que la prérogative, consignée dans ce texte, est d\u2019application générale et se justifie par (( les conditions particulières de notre é-poque )).172 RELATIONS Le contexte d\u2019ailleurs, et l\u2019ordre que suit la pensée du Pape, se développant sur un tracé d\u2019une logique impeccable, montrent bien qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un droit distinct de ceux énumérés antérieurement, au nombre desquels se trouve précisément le pouvoir qu\u2019a l\u2019État de protéger l\u2019enfant délaissé.Il est vrai que le Souverain Pontife ne dit pas quelles sont (( les conditions particulières de notre époque )) qui font que le bien commun requiert actuellement (( un certain degré de culture intellectuelle et morale )) exigible par l\u2019État.Mais ne suffit-il pas, pour saisir la pensée du Pape, de se reporter aux conditions caractéristiques du monde moderne ?Ces immenses progrès matériels, cette abondance de biens qu\u2019ils procurent, cette facilité merveilleuse de production, ces longues heures de loisir pour une main-d\u2019œuvre de moins en moins nombreuse, de plus en plus choisie, toutes ces caractéristiques de notre époque n\u2019exigent-elles pas une contre-partie dans l\u2019ordre intellectuel et moral?Il y a lieu sans doute de rehausser là aussi le niveau actuel.Il est bon de mettre les jeunes au courant des réalisations scientifiques les plus fascinantes, de leur révéler dans la nature des richesses jusqu\u2019à présent insoupçonnées, des forces susceptibles de leur procurer sans peine toute espèce de satisfactions d\u2019ordre sensible; à une condition cependant: c\u2019est qu\u2019en même temps, nous exaltions de plus en plus les puissances de compréhension qu\u2019il y a tout au fond du cœur de l\u2019homme et qui le font aspirer vers une perfection plus élevée, vers un ordre de choses meilleur, parce que régi par des principes spirituels et chrétiens.Sans ce contrepoids, nos jeunes perdront le sens de la hiérarchie des valeurs, et du même coup, l\u2019équilibre.Ils subiront les attraits de la matière, sans être retenus par les principes de moralité.Dès lors les pires cataclysmes politiques et sociaux sont à redouter.Les jeunesses hitlériennes, qui se lancent tête baissée à la conquête de la puissance, sans considération aucune pour les droits de leurs victimes, ne sont que les précurseurs des jeunesses mondiales, qui demain se lanceront dans des équipées plus compromettantes encore: A bas les institutions qui n\u2019ont pas su assurer la victoire! A bas les systèmes périmés qui prêchent le contrôle des appétits ! honnis les principes qui enseignent les vertus du sacrifice et n\u2019engendrent que la gêne! En un mot, le règne du matérialisme athée grandit, il se répand, subjugue les cœurs et les intelligences.Seul un souffle puissant de spiritualisme chrétien peut enrayer l\u2019expansion de cette mer de boue.Par spiritualisme, il faut entendre ici un spiritualisme vivant, entreprenant, éclairant de tous ses feux le vrai bonheur de l\u2019homme, sa véritable destinée, illustrant le rôle de moyen que JUILLET 1941 la matière est appelée à jouer, dans cette marche de l\u2019homme vers Dieu qu\u2019est la vie terrestre.Éducation pour amener l\u2019homme à connaître de plus en plus les forces de la nature, leur utilisation pratique, éducation, si l\u2019on veut, dans le sens de la ligne horizontale; mais éducation aussi en profondeur, pratiquée dans le sens de la verticale, de telle sorte que l\u2019homme n\u2019oublie jamais que tous ces trésors naturels doivent être ramenés à Dieu par l\u2019usage rationnel qu\u2019il doit en faire.Vraiment, point n\u2019est besoin de réfléchir longuement sur les conditions particulières à notre époque, pour découvrir la pensée qui dictait au Souverain Pontife ces paroles: « L\u2019État peut exiger et dès lors faire en sorte que tous les citoyens aient un certain degré de culture intellectuelle, morale et physique, qui, vu les conditions de notre temps, est vraiment requis par le bien commun )).L\u2019Église fait donc sa part dans^l\u2019effort de compréhension des droits de l\u2019État en matière d\u2019éducation.Elle ne peut cependant pas changer la nature des choses et faire que l\u2019éducation devienne une des fonctions régulières de l\u2019État.(( La fonction éducatrice, écrit justement Mgr Freppel, n\u2019entre nullement dans l\u2019idée de l\u2019État, qui est un pouvoir de gouvernement et non un pouvoir d\u2019enseignement.On a beau presser en tous sens les pouvoirs qui constituent l\u2019État, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire, jamais l\u2019on n\u2019en fera sortir la fonction éducatrice)).C\u2019est pourquoi, après avoir signalé le droit de l\u2019État d\u2019exiger un certain degré de culture, Pie XI ajoute immédiatement: (( Il est clair que dans toutes ces manières de promouvoir l\u2019éducation et l\u2019instruction publique et privée, l\u2019État doit respecter les droits innés de l\u2019Église et de la famille sur l\u2019éducation )).Cette dernière restriction est grosse de sens; trop même pour être commentée dans le présent article.Notons seulement qu\u2019elle porte la condamnation de ceux qui, à l\u2019abri du droit de l\u2019État d\u2019exiger un certain degré d\u2019instruction, poursuivent des buts étrangers aux fins réelles de l\u2019éducation.L\u2019attitude de ces faux apôtres de l\u2019instruction obligatoire n\u2019infirme en rien le droit de l\u2019État, tel que consigné dans l\u2019encyclique, mais elle pourrait bien expliquer le jugement réservé de certains catholiques de chez nous sur l\u2019opportunité d\u2019appliquer à nos milieux ces prérogatives réelles de l\u2019État.Tout n\u2019est pas dit cependant quand le droit est concédé.Il reste à vérifier les conditions prérequises à son exercice.Il ne faut pas en effet oublier que le droit, quel qu\u2019il soit, ne peut être appliqué avantageusement que dans des conditions concrètes de milieu bien définies.C\u2019est ainsi, par exemple, que les jeunes gens ont droit au mariage; il ne s\u2019en- 173 suit pas cependant qu\u2019ils doivent convoler sans une préparation convenable.A propos de conditions prérequises à l\u2019exercice du droit en question, on nous dit que les statistiques sur la fréquentation scolaire sont encore très imparfaites, qu\u2019elles n\u2019éclairent la situation de fait que d\u2019une manière fort confuse; on nous dit encore que 67% des familles de Montréal vivent sur un salaire qui n\u2019atteint pas mille dollars par année, alors que pour balancer un budget jugé convenable par les autorités compétentes, ces mêmes familles auraient besoin d\u2019une somme additionnelle de trois à quatre cents dollars; on nous dit de plus que nombre de commissions scolaires accusent un déficit substantiel dans leur budget: plus de huit millions par année.Par ailleurs, il est clair qu\u2019il va falloir de nouvelles écoles, de nouveaux professeurs, créer des organismes de contrôle, procurer le nécessaire aux enfants pauvres .Autant d\u2019indications qui sont troublantes, car tout se paye, et une loi, pour être vraiment loi, c\u2019est-à-dire lier les consciences, doit tout de même rester (( possible )), elle ne doit pas imposer aux sujets des sacrifices qui dépassent leurs moyens.Ce n\u2019est pas qu\u2019il faille renoncer définitivement au bienfait de donner à tous nos enfants le degré de culture exigé par les conditions de notre époque.Mais, on le voit, si le milieu doit réagir favorablement aux intentions du gouvernement, il convient de faire plus et mieux qu\u2019un décret-loi éclair.C\u2019est tout un corps de législation scolaire qui est à constituer.Il faut d\u2019abord songer à élargir la base de l\u2019impôt scolaire; il est par exemple anormal que des compagnies puissantes, dont les usines s\u2019étalent aux confins de nos grandes villes, encaissent sous forme de (( ristournes )) une part parfois notoire des impôts scolaires qui n\u2019ont pas été utilisés dans la petite localité où elles ont eu la précaution de s\u2019établir.Ces compagnies ne bénéficient-elles pas du service d\u2019employés nombreux dont l\u2019éducation reste à la charge de contribuables moins fortunés ?Ensuite il conviendrait, dans le partage des revenus de la province, lors de la votation du budget, de faire beaucoup plus large la part des gratifications pour fins scolaires.La province de Québec n\u2019a pas fourni, dans ce domaine, des sommes comparables aux déboursés des provinces-sœurs.Ne serait-il pas encore dans l\u2019esprit de nos institutions et de nos principes chrétiens, de faire distribuer ces subsides par le Conseil de l\u2019Instruction publique ?Nous y voyons un double avantage: épargne de fonds et de favoritisme.Les contrats concédés par les soins des ministères publics ont mauvaise réputation en pays démocratique.Il est enfin essentiel de prévoir la création de (( caisses d\u2019écoles )) en faveur des enfants pauvres.Nous irons plus loin, il nous faut entrevoir le jour où la législation scolaire sera elle-même intégrée dans un corps de législation sociale.Nous l\u2019avons dit, le budget familial est déficitaire; ce déficit est même la cause principale des négligences que nous déplorons en matière d\u2019éducation.Nous ne pouvons donc résoudre définitivement le problème scolaire, si nous négligeons cette donnée fondamentale: le courant des dépenses imposées aux familles ne saurait excéder la source des revenus.Nous avons déjà, me direz-vous, dans ce domaine de la législation sociale, la loi de protection contre les accidents du travail, les ordonnances de l\u2019office des salaires raisonnables, les conventions collectives, la loi sur la pension de vieillesse, l\u2019aide aux mères nécessiteuses, la pension des aveugles, l\u2019assistance publique, le service social, l\u2019assurance-chômage .que faut-il encore ?Nous sommes entrés, il est vrai, dans la voie de la législation sociale.Début tardif en vérité, timide et laborieux, mais, puisqu\u2019enfin nous y sommes, poursuivons notre route, sans regarder en arrière: établissons des caisses de compensation pour assurer le service des allocations familiales, dans les conventions collectives du travail prévoyons la clause qui rende mobile l\u2019échelle des salaires.Le prix de la vie varie assez rapidement en ces temps de guerre, le taux des salaires ne suit pas la même cadence.Poursuivons notre route aussi longtemps que nous n\u2019aurons pas atteint le but.Le but, c\u2019est l\u2019équilibre du budget familial, c\u2019est une meilleure distribution des richesses, c\u2019est la correction de ce qu\u2019il y a de spasmodique, d\u2019incertain dans l\u2019institution même des salaires.Alors que les dépenses sont continues comme le cours de la vie, le salaire, lui, est intermittent, il connaît les ralentissements, les périodes d\u2019arrêt.C\u2019est pourquoi il faut de toute nécessité encadrer cette institution du salaire de toutes espèces de correctifs qui sont précisément l\u2019objet de la législation sociale.On le voit, le projet de loi actuellement à l\u2019étude, implique tout un programme de réformes sociales; tant il est vrai que toutes les parties d\u2019une économie nationale sont solidaires les unes des autres, au point où l\u2019on ne saurait en redresser une sans mettre au point toutes les autres.Ce programme n\u2019est pas fait pour décourager nos hommes publics.Nombreuses sont les nations qui ont déjà accompli les réformes que nous prônons.La tâche est ardue, elle est délicate; mais elle ne dépasse ni la compétence ni le courage de nos législateurs.Ils se sont du reste compromis: qui veut la fin veut les moyens.Or ce serait faire un beau rêve que de décréter pour les nôtres (( un certain degré de culture intellectuelle et morale )) et de les laisser matériellement incapables d\u2019y atteindre.174 RELATIONS LA FRANC-MAÇONNERIE ET LA CITE D\u2019UTOPIE Louis-C.de LÉRY, S.J.(( Les maçons doivent obéir à la loi morale, déclarait la Constitution d\u2019Anderson (1723).On croit plus expédient, toutefois, de ne plus les obliger qu\u2019à la religion dans laquelle tous les hommes s\u2019accordent, en laissant à chacun ses opinions particulières; c\u2019est-à-dire que les maçons doivent être des hommes d\u2019honneur et de probité, par quelques convictions qu\u2019ils soient distincts.Par là la maçonnerie devient le centre d\u2019union et le moyen de constituer une véritable amitié entre les gens qui seraient forcément restés dans un perpétuel éloignement les uns des autres.» Plus on analyse ce texte, plus il est instructif.Les devoirs religieux y sont réduits à l'observation de la loi morale, laquelle se ramène aux règles de Y honneur et de la probité, sur quoi tous les hommes s\u2019accordent.Les divergences religieuses, nationales et sociales ne sont plus que des opinions particulières, que la maçonnerie, centre d\u2019union de tous les hommes, est appelée à supprimer graduellement.On a fondé la religion de l'humanité.Nous avons vu qu\u2019elle aboutit à la négation de Dieu.Tout aussi logiquement conduit-elle à la suppression de la patrie.Les orateurs des convents maçonniques aiment se gargariser de mots sonores: démocratie, liberté, égalité, fraternité, qu'ils escamotent à leur profit.Choisissons entre mille quelques déclarations ronflantes.Avec grandiloquence, ils évoquent l\u2019humanité future : (( Soyons desl.\u2019jréalisateurs d\u2019humanité totale.»\u2014 (( Nous avons établi un idéal qui n\u2019est pas Dieu, mais l\u2019humanité.»\u2014 (( Et s\u2019il est consolant pour certains de penser qu\u2019ils sont les fils de Dieu, qu\u2019il nous soit permis d\u2019être plus simplement les fils de l\u2019humanité.»\u2014« Nous poursuivons avec ténacité un important travail dans cette grande internationale maç:., prélude de la grande internationale humaine.» \u2014« La fraternité universelle naîtra de cet amour profond de l\u2019humanité qu\u2019elle aura su inspirer à tous ses membres et chacun d\u2019eux dira comme l\u2019immortel Térence: Je suis un homme et rien d\u2019humain ne doit m\u2019être étranger.» Dans cette humanité future la patrie sera absorbée : (( Nous confondons la patrie avec l\u2019humanité tout entière.» « L\u2019idée de patrie doit être détruite dans l\u2019esprit des enfants.» (Très bien.) \u2014 (( Entre nous, Francs-Maçons, nous oublions ces frontières géographiques, nous nous plaçons sur une hauteur d\u2019où nous pouvons voir notre idéal commun, la haute mission réservée à la F.: M.:» (Applaudissements.) Alors régnera la paix universelle, éternelle \u2014 mots qui sonnent étrangement à quelques années de distance: La Maç:.salue l\u2019aube (( de cette paix universelle qui jusqu\u2019à présent était une utopie, mais qui sera bientôt la réalité».((C\u2019est en développant la démocratie chez nous qui est l\u2019esprit de paix, de fraternité et de solidarité humaines dans toutes nos relations avec tous les peuples, que nous tuerons définitivement la guerre.» \u2014 « C\u2019est la F:.M:.qui peut et doit créer cette action internationale dont sortira la paix éternelle entre les peuples.» \u2014 Or « pour nous, Maçons, servir la paix, c\u2019est entraîner fraternellement les autres sur le chemin de la laïcité, de la liberté, du progrès, c\u2019est étendre à l\u2019humanité tout entière les liens qui unissent les Francs-Maçons entre eux.» \u2014 (( Au contraire, les Eglises, qu\u2019elles soient catholiques, orthodoxes, protestantes ou israélites, constituent inévitablement l\u2019unique obstacle à maîtriser, quand il s\u2019agit de rapprocher les peuples et de les faire vivre en paix.» A plusieurs reprises les convents préconisent encore (( l'organisation de la défense contre la guerre, le désarmement général, le droit à l'objection de conscience )).Les Loges ont donc cherché à réaliser leur paix maçonnique dans la négation de la foi et de la patrie.Là comme ailleurs on retrouve la Maçonnerie française à l'avant-garde.L'Anglais pratique a fondé la religion de l'humanité.Le Français logique a tiré de ce faux principe les conséquences normales.Et toutes les obédiences maçonniques du monde entier ont suivi avec un enthousiasme varié.La plus ancienne des Histoire de la Maçonnerie, publiée à Francfort en 1852, disait déjà: (( Le monde entier n\u2019est qu'une grande république, dont chaque nation est une famille et chaque particulier un enfant )).Les rêves idylliques de nos maçons, imaginant un monde idéal, où régnerait une paix éternelle, ont semblé prendre corps dans la Société des Nations.Notre intention n\u2019est pas de décrier tout ce qu'a fait ou omis de faire la S.D.N.\u2014 organisation en soi fort louable \u2014 mais de montrer que les Loges, en patronnant celle-ci, en lui insufflant leur esprit laïque, humanitaire et utopique, l\u2019ont vouée d\u2019avance à un échec inévitable.Les 28, 29 et 30 juin 1917, les Maçonneries des Nations alliées et neutres, au cours d\u2019un congrès tenu au G:.O:., 16, rue Cadet, Paris, jetaient les bases de la future Société des Nations.On y déclare vouloir (( que l'humanité future s\u2019établisse sur des bases absolument nouvelles.)) En 1789, on avait affirmé les Droits de l\u2019Homme.On proclame aujourd'hui (( le Droit des Peuples, qui imposera la paix aux plus rebelles.» Dans cette société aura place la seule (( religion laïque )), laquelle « se base sur la relation exacte, libre, spontanée, dépourvue de calculs, dë l\u2019homme avec l\u2019idéal ( ?) )) Nos rêveurs s\u2019en donnent à cœur joie pour élever dans les nuages leur Cité d\u2019Utopie.Dans leur plan initial \u2014 ils durent déchanter vite \u2014 les délégués à la S.D.N.auraient été les élus immédiats de chaque nation, et non les représentants des divers gouvernements.Ainsi croient-ils guérir tous les maux de la société dans leur foi naïve à la valeur mora- JUILLET 1941 175 lisatrice du suffrage universel et du parlementarisme.Hommes et femmes de soixante pays auraient élu leur cinq cents délégués à ce parlement international, vraie tour de Babel moderne, et une paix indestructible serait descendue sur la terre.On se sépare, après avoir adopté entre autres la motion (( que les principes éternels de la F:.M:.sont entièrement conformes à ceux proclamés par M.le président Wilson pour défendre la civilisation et la liberté des peuples.)) La S.D.N.une fois fondée, les Loges continuent de la couver jalousement.En 1Ù32, un membre du convent du G:.O:, croyait pouvoir dire: N\u2019e^t-ce pas du sein des Loges que jaillit l\u2019étincelle qui provoque l\u2019éclosion de la Société des Nations, du Bureau International du Travail, et de tous les organismes internationaux qui constituent l\u2019ébauche laborieuse mais féconde des Etats-Unis d\u2019Europe et peut-être du monde?Les convents de 1924, 1925, 1926 et 1928, pour ne citer que ceux-là, préconisent le désarmement international, une armée internationale, une langue internationale \u2014 l\u2019espéranto, pas le latin, précise-t-on \u2014 un tribunal international de presse, un parlement économique international avec code des nations, code pénal international, code de police mondial, code de législation international de travail.Grâce à tous ces organismes le monde jouira d\u2019une paix éternelle! En cas de désobéissance d\u2019une nation rebelle, on prévoit des sanctions .On n\u2019avait oublié qu\u2019une chose: la Providence.De cette société on a exclu Dieu: Il se venge, ou plutôt les événements se chargent de lui donner raison.Pas plus qu\u2019un code civil ou pénal n\u2019empêche tous les crimes, la S.D.N.et tous ses bureaux n\u2019écartent pas la guerre d\u2019un monde laïcisé.Dans notre univers désaxé, machinisé à l\u2019excès, où les progrès matériel et moral ne s\u2019équilibrent plus, il faudra autre chose que des codes, des polices et des armées pour ramener l\u2019ordre et la paix.Non contentes d\u2019envahir la S.D.N., dont le secrétaire fut longtemps le F:.Avenol, où les deux tiers des représentants de toutes les conférences internationales étaient régulièrement des maçons, de noyauter les organismes tributaires, les Loges fondent, au Convent Maç.\\ international de Genève (1921), l\u2019Association Maçonnique Internationale, ou A.M.I., avec siège à Genève.L\u2019A.M.I.était une union d\u2019obédiences maçonniques, ayant entre autres pour but d\u2019(( amener les peuples à la Société des Nations».L\u2019A.M.I.éditait une revue publique: la Paix, et une autre secrète: les Annales maçonniques universelles, toutes deux sous la direction d\u2019Edouard Plantagenet, de son vrai nom Engel, auteur maçonnique connu, qui par surcroît est juif.La Paix compta parmi ses collaborateurs Ramsay Macdonald, maçon, théosophe et pacifiste convaincu, le F:.Ed.Bénès, de Tchécoslovaquie, le F.Stresemann, A.de Monzie, le communiste Henri Barbusse, etc.Qu\u2019on réfléchisse un instant sur les effets possibles de cette collaboration maçonnique: Anatole de Monzie, socialiste français et ministre de l\u2019Éducation soi-disant nationale, Stresemann, qui savait mettre ses relations maçonniques au service de son pays, Ramsay Macdonald, dirigeant les destinées de l\u2019Angleterre, au temps où celle-ci donnait l\u2019exemple du désarmement .unilatéral et prêtait à l\u2019Allemagne de quoi réarmer, Bénès, premier ministre d\u2019un pays de majorité catholique, le moscoutaire Henri Barbusse, et pour cimenter ces amitiés internationales, Engel, un juif.Voilà qui ouvre des perspectives intéressantes sur l\u2019horizon international de l\u2019entre-deux-guerres.Ceci nous amène à dire quelques mots des relations de la maçonnerie avec les Juifs et les communistes.Nous ne faisons pas de l\u2019antisémitisme hitlérien ou autre.Le problème juif n\u2019a qu\u2019une solution, la conversion d\u2019Israël au catholicisme.Mais tout en hâtant cette solution par nos prières et nos efforts, il faut bien avec René Schwob, par exemple, un juif converti, noter (( les dangers que fait courir Israël aux peuples au milieu desquels il vit ».S\u2019il est ridicule de parler de conspiration judéo-maçonnique, comme s\u2019il existait un complot explicite entre Israël et les Loges, il reste vrai que le Juif, un international \u2014 on peut en dire autant du communiste \u2014 se trouve chez lui dans la maçonnerie, autre internationale: (( Le vrai idéal du judaïsme, écrivait le Jewish World, le 9 février 1883, n\u2019est pas que les Juifs se rassemblent un jour dans quelque coin de la terre pour des buts séparatistes, mais que le monde entier soit imbu de l\u2019enseignement juif et que dans une fraternité universelle des Nations \u2014 un plus grand Judaïsme en fait \u2014 toutes les races et religions disparaissent.» Voilà une déclaration qui rapproche singulièrement les Juifs des maçons, rêvant d\u2019humanité totale et de fraternité universelle.Il y a longtemps qu\u2019on se plaint, même à l\u2019intérieur des loges, de l\u2019influence juive.L\u2019Alliance Israélite Universelle est étroitement unie à la maçonnerie.La kabbale domine les loges secrètes; l\u2019esprit juif, les ateliers symboliques.Les Juifs sont nombreux dans les loges et surtout influents.Ils ont de plus une obédience maçonnique à eux, l\u2019Ordre Universel des Bnai Brith, fondé à New-York en 1843, dont le siège central est à Chicago, et qui possède une ou plusieurs loges à Montréal.Intelligent, débrouillard, remuant, le Juif se hisse aux premières places dans les Loges comme ailleurs; il y apporte son esprit inquiet, révolutionnaire.M.Jacques Maritain, qui n\u2019a jamais été taxé d\u2019antisémitisme, écrit excellemment: ((Un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, dès l\u2019instant qu\u2019il refuse le vrai Messie, 176 RELATIONS jouera fatalement un rôle de subversion, je ne dis pas en raison d\u2019un plan préconçu, mais en raison d\u2019une nécessité métaphysique, qui fait de l\u2019Espérance messianique et de la passion de la Justice absolue, lorsqu\u2019elles descendent du plan surnaturel et qu\u2019elles sont appliquées à faux, le plus actif ferment de révolution.» Nomades, sans patrie, égalitaires, les Juifs sont la facile proie de tout mouvement subversif, puisqu\u2019ils n\u2019ont rien à y perdre et tout à y gagner.Leur Messianisme laïcisé se meut donc à l\u2019aise dans ces deux internationales que sont la maçonnerie et le communisme.On peut trouver surprenant de voir la finance internationale, et juive pour une large part, faire bon ménage elle aussi avec la révolution communiste.C\u2019est peut-être que la haute finance n\u2019entend pas remplacer le capitalisme bourgeois par le communisme prolétarien, mais substituer au régime actuel, limité et facultatif, un pan-capitalisme d\u2019abord d\u2019État, et plus tard mondial.Et si la haute finance paraît flirter avec la révolution, c\u2019est qu\u2019elle compte la dominer un jour.Comme le nazisme a fait alliance avec le bolchevisme, en attendant de le mater, l\u2019internationale de l\u2019or s\u2019entend avec l\u2019internationale communiste, pour mieux la contrôler.En vain la Maçonnerie, et ses alliés partiels, Juifs et communistes, essaient de grouper les nations soi-disant civilisées.La Réforme protestante a brisé l\u2019unité de la chrétienté.Ce ne sera pas la Maçonnerie laïque ou athée qui pourra la refaire: (( Si le Seigneur lui-même ne bâtit la maison, ceux-là travaillent en vain qui prétendent la construire )).Issue du libre examen, proclamant les Droits de l\u2019Homme au mépris des Droits de Dieu, la Maçonnerie ne réussira jamais cette unité.A plus forte raison, le nazisme, qui repose sur l\u2019orgueil aryen et l\u2019esclavage du reste de l\u2019univers, échouera-t-il, car il est plus brutal et plus faux que l\u2019idéal humanitaire des Loges.L\u2019internationalisme collectiviste et laïque de la Maçonnerie a fatalement échoué.Le nationalisme exacerbé et raciste échouera de même.Seule l\u2019Église peut réussir, car seule elle nous propose la vraie formule, un internationalisme catholique, le christianisme tout court, ou, si l\u2019on veut, un supranationalisme, établi dans un plan surnaturel, respectant toutes les patries, petites et grandes, fortes ou faibles.Seule elle peut réaliser la Cité de Paix \u2014 paix relative, du reste \u2014 fondée sur la justice et la charité chrétiennes.L\u2019AVENIR DU MAGASIN INDÉPENDANT Rodolphe LAPLANTE ON a beaucoup écrit, en ces récentes années, sur le commerce de détail, sur l\u2019évolution dont il est l\u2019objet et à laquelle il participe lui-même délibérément, à cause de la concurrence qui l\u2019agite.On sait le rôle social du marchand indépendant: résident d\u2019une région bien déterminée, il participait à la vie religieuse de la population de son district, s'ympathisait avec elle, se constituait, aux jours de chômage, le dispensateur d\u2019un crédit raisonnable et tout pénétré de charité.Ce marchand réussissait, par son talent d\u2019ordre, parce qu\u2019il pratiquait la vertu féconde de l\u2019épargne, à se créer un petit capital.Généreux envers les œuvres de la paroisse, il s\u2019identifiait à sa vie religieuse, devenait le marguillier, l\u2019homme de confiance de son curé.Depuis vingt ans tout cela a bien changé.Le crédit est devenu moins sûr et le détaillant s\u2019en est ressenti.D\u2019un autre côté, les magasins en série tentent de s\u2019emparer du marché.Ce qui pose le problème de la survivance du magasin de détail.Plusieurs économistes se sont préoccupés du sujet.M.Gilles Normand en a traité longuement dans son volume les Entreprises modernes \u2014 le Grand commerce de détail.La question ne se présente pas en France sous le même angle qu\u2019ici où la puis- JUILLET 1941 sance économique se partage inégalement entre deux groupes ethniques.L\u2019auteur français dont nous parlons se réjouissait de l\u2019amélioration que les magasins en série pouvaient apporter au commerce de son pays: (( Ce qui fait la faiblesse du petit commerçant, disait Normand, c\u2019est qu\u2019il ést toujours forcé de passer par l\u2019intermédiaire d\u2019un grossiste et doit prélever sur le prix de revente de ses marchandises un pourcentage pour les frais généraux et un autre pour le bénéfice net .» « On est moderne, en commerce, non pas quand on a une grande façade et beaucoup de capitaux à utiliser, on est moderne quand on n\u2019est pas routinier et qu\u2019on applique, en affaires, des principes que ne connaissaient pas nos arrière-grands-pères.La base de tout, c\u2019est la coopération.Quiconque coopère est moderne .» Aux États-Unis, la School of Commerce and Administration affiliée à l\u2019Université de Chicago a chargé de traiter cette question, il y a quelques années, MM.Einar Bjorklund et James L.Palmer (.A Study of the Prices of Chain and Independent Grocers in Chicago).L\u2019enquête américaine, à cause de la similitude des conditions économiques qui prévalent dans les villes des États-Unis et dans celles du Canada, nous invite à nous arrêter à ses conclusions.177 Le professeur Palmer avait déjà compilé des chiffres, attestant que le consommateur d\u2019un endroit spécifique pouvait épargner plus de quatorze sous par dollar en achetant des magasins en série.Pour en arriver à cette conclusion, il s\u2019était cependant borné à établir des comparaisons entre des produits ((non standardisés)).D\u2019autre part, le professeur Alexander a prouvé que le consommateur ne pouvait effectuer d\u2019économies en s\u2019approvisionnant aux magasins en série.Mais celui-ci basa son enquête exclusivement sur les produits «standards».Voici là-dessus le jugement de MM.Bjorklund et Palmer: (( La conclusion principale que nous devons tirer de cette enquête (sur les prix des magasins indépendants et des magasins en série) c\u2019est que les épiceries en série, en ce qui concerne les produits \u201cstandards\u201d, donnent un meilleur service aux consommateurs de Chicago que la moyenne des marchands indépendants .(( Il est toutefois possible que plusieurs magasins indépendants qui se font concurrencer désavantageusement par les magasins en série sur les produits \u201cstandards\u201d compensent ces désavantages par un service supérieur ou par de meilleures valeurs sur des articles qui n\u2019ont pas servi de base à l\u2019enquête.Il est également possible que les bas prix des magasins en série soient dûs en partie à la pratique de la concurrence déloyale, ainsi que l\u2019ont allégué à plusieurs reprises leurs adversaires .(( Il y a plusieurs points sur lesquels les magasins en série peuvent être attaqués comme étant nuisibles à l\u2019intérêt public.Le fait qu\u2019ils font réaliser au consommateur dans l\u2019achat de produits \u201cstandards\u201d certaines économies n\u2019est pas une 'preuve patente de leur utilité à la société.Nous devons concéder toutefois que les résultats de cette enquête, du moins dans les limites que nous lui avons assignées, accordent l\u2019avantage aux chaînes et devraient inciter leurs concurrents à fournir d\u2019autres raisons à l\u2019effet d\u2019en limiter l\u2019expansion.Maints marchands indépendants, comme les magasins en série d\u2019ailleurs, reçoivent à la suite de cette enquête un hommage mérité (a clean bill of health).Ces marchands indépendants font victorieusement face à la concurrence en série et ne souffrent pas de manière sensible de la comparaison.)) Les auteurs terminent en disant qu\u2019il faut de toute nécessité induire les indépendants à améliorer continuellement leurs méthodes d\u2019achat et de vente.Voilà une enquête objective, désintéressée, impartiale, qui tire une conclusion comportant un aspect favorable et un aspect défavorable aux magasins indépendants.Somme toute, ces magasins bien organisés dans la République américaine, groupant leurs achats, réussissent souvent à vendre même à meilleur marché que les magasins en série.L\u2019évolution qui s\u2019est poursuivie a eu ceci d\u2019heureux: elle a incité beaucoup de nos épiciers, puisque c\u2019est surtout de l\u2019épicerie que nous parlons, à sortir de leur routine; un meilleur service s\u2019en est suivi; les boutiques ont été néttoyées; certains magasins indépendants ont aussi compris ce principe essentiel de pratiquer l\u2019achat en commun.J\u2019ai devant moi un extrait de la Financial Post du 23 juin 1934 intitulé \u201cChain Stores in Relation to Community Life\u201d.On sait le traditionalisme de cet hebdomadaire financier de Toronto.On y commente, dans un éditorial, une entrevue de M.Henry Ford, publiée par ce journal.La semaine précédente, Ford avait dit: (( Le fondement qui s\u2019impose à la vie nationale, c\u2019est la community.(Les Américains appellent ainsi le quartier, le village, la petite ville.) Nos chefs industriels et commerciaux devront reconnaître ce fait.La community, c\u2019est l\u2019endroit où la ville et la campagne, l\u2019usine et la ferme se rejoignent et à ce point de rencontre vous trouverez la sécurité en face de l\u2019avenir.)) Et la Post de faire l\u2019application à notre problème: « Comment le magasin en série deviendra-t-il partie intégrante de chacune des régions où il opère ?Il doit apporter son appoint à l\u2019expansion de son district local, parce que le bien-être économique et social de la nation exige partout le maintien de ces centres mi-urbains mi-ruraux.(( Et d\u2019un point de vue purement égoïste, les magasins en série devront deviser d\u2019un moyen de participer plus intensément à la vie de la collectivité, parce qu\u2019ils ne peuvent continuer d\u2019être considérés comme des étrangers ou des intrus et en même temps bénéficier de l\u2019encouragement des citoyens locaux.)) (( Le remède peut résider dans une latitude plus grande accordée aux gérants locaux afin de leur permettre d\u2019acheter localement, là où ils vendent, et d\u2019y contribuer aux œuvres de charité et autres, de participer, en un mot, à la vie du district.Un autre type de gérant sera cependant alors requis pour remplir efficacement ce poste.Le gérant à $25.00 par semaine ne peut être un dirigeant (leader) du patelin qu\u2019il habite, tandis que la formule suggérée permettrait aux gérants locaux de devenir coassociés des magasins qu\u2019ils dirigent.» Cette opinion vaut doublement parce qu\u2019elle provient d\u2019un journal qui n\u2019est pas canadien-français; elle n\u2019est pas l\u2019écho d\u2019un dirigeant de la Ligue de l\u2019Achat Chez Nous, ou d\u2019une ligue de défense; elle provient du plus grand journal financier du pays.Mais qu\u2019a-t-on fait de cette suggestion?Rien.Et les magasins en série et leurs gérants sont demeurés aussi indifférents à la vie de la région qu\u2019ils desservent.Il y a eu cependant quelques achats de légumes dans nos districts ruraux, mais si peu et, pour le reste, ce sont des comptoirs de vente sans plus; des caissiers, sans plus; des organismes étrangers à notre vie paroissiale.Il est indéniable que, dans le domaine du commerce, nos compatriotes ont cédé trop longtemps à une routine fatale, qu\u2019ils ont attendu le client au lieu d\u2019aller vers lui, qu\u2019ils se sont peu souciés de présentation, que les montres de leurs magasins ont souvent affiché un négligé pitoyable.La raison de la faveur des magasins en série et de certains autres magasins s\u2019explique parce que la marchandise y est bien présentée.Le magasin en série était à prévoir, mais on ne l\u2019a pas prévu.Sa concurrence est bienfaisante si 178 RELATIONS elle enseigne aux nôtres à remoderniser leur commerce, à lui donner de l\u2019allure, si elle excite les propriétaires de nos magasins et leurs employés à la tenue, au service, à l\u2019initiative.Les magasins en série existent chez nous à demeure, mais ce serait un malheur lamentable s\u2019ils devaient ébranler la structure même de notre vie paroissiale.Si nos amis de langue anglaise qui possèdent des capitaux importants s\u2019inquiètent des tentacules qu\u2019étend ce système de vente, eux dont l\u2019existence nationale n\u2019est pas en danger, qu\u2019est-ce à dire pour nous, Canadiens français, minorité dont la survivance nationale est liée dans une si forte mesure au maintien de nos positions économiques?Ce n\u2019est pas seulement un devoir qui s\u2019impose, mais un double devoir: celui du consommateur qui doit comparer, qui doit chercher, avant de porter ses dollars à des organisations qui affaiblissent notre armature économique; l\u2019autre incombe aux marchands qui nous restent.L\u2019individualisme farouche de nos gens peut être une cause de faiblesse ou même de défaite.Regardons comment s\u2019y prennent les races qui nous entourent, nouvelles venues sur le sol canadien.Elles pratiquent la coopération dans l\u2019achat.Il faudra donc, si nos magasins de détail doivent survivre, pratiquer le groupement par affinités, grouper nos achats de quincaillerie, d\u2019épicerie, enfin tous nos achats, afin d\u2019obtenir des manufacturiers et des fabricants des prix de vente plus avantageux, grouper aussi la publicité et parfois la distribution.Cessons de parler ae nos méthodes commerciales: nous n\u2019en avons pas; nous n\u2019en avons jamais eu.Tout y est improvisé.Jusqu\u2019à ces dernières années, le commerce de détail a pu nous être accessible, mais il le deviendra de moins en moins, si nous ne comprenons pas qu\u2019il faut de l\u2019instruction en affaires, que les principes d\u2019affaires ne sont pas bons exclusivement pour les autres, mais pour nous également.Le commerce de détail a été un grand facteur de notre émancipation, le point de départ de quelques grandes fortunes qui ont été édifiées chez nous.Ses misères sont celles de tout notre peuple.Nous ne pouvons nous en désintéresser Certains ont dit, constatant cette concurrence nouvelle, que le magasin isolé est chose du passé, qu\u2019on rétrograde en essayant de le maintenir.La formule que mentionne la Financial Post: propriétaires unis avec une organisation centrale d\u2019achat, de distribution et de publicité, voilà qui nous convient.Elle permet aux nôtres, en affaires, de subir victorieusement le coup de la concurrence ; elle respecte l\u2019individualisme de bon aloi de nos compatriotes en affaires et tient compte de l\u2019autonomie paroissiale.Le marchand indépendant s\u2019organisant avec mille confrères également libres, voilà une force JUILLET 1941 d\u2019achat, voilà un élément de prospérité économique, un facteur prépondérant de reconquête.Vu le caractère bi-ethnique de notre population, certains mouvements, certaines initiatives sont difficiles à lancer et à activer, en raison des frictions toujours possibles.La question que nous abordons aujourd\u2019hui est de celles-là.Nous constatons avec une vive satisfaction que nos compatriotes anglais en affaires corroborent notre point de vue: s\u2019ils ont l\u2019esprit paroissial moins développé que nous, ils n\u2019en ont pas moins un esprit d\u2019organisation locale (a community spirit) admirable.Or, nos compatriotes anglais s\u2019alarment de cette centralisation poussée à l\u2019excès, s\u2019inquiètent de sa portée économique, voire de sa portée sociale: voilà qui doit faire réfléchir et confirmer les Canadiens français hésitants, dans une politique d\u2019appui et d\u2019encouragement à leurs magasins à eux, et dans un rajeunissement des méthodes.Si les Canadiens de langue anglaise jugent opportun d\u2019énoncer certains principes de saine économie politique, d\u2019économie nationale, inspirée de bon sens, à plus forte raison, les Canadiens français, à qui échappent la grande industrie et la haute finance, doivent-ils mettre tout en œuvre pour infuser à leurs magasins de détail une vie nouvelle, inspirée de méthodes modernes.A ceux qui disent que tout est perdu, on me permettra de signaler en passant les magnifiques efforts de certains de nos magasins canadiens-fran-çais.Le public leur doit sympathie et encouragement.A ces pessimistes outrés il convient peut-être de dire qu\u2019il est possible d\u2019affaiblir le commerce indépendant, d\u2019amoindrir son rôle et son importance, mais de le faire disparaître, jamais.Le commerce de détail indépendant a sa place dans notre économie.Il doit être aménagé, attrayant, assurant à la clientèle service cordial et prix équitable.Et que dire alors de la coopérative de consommation ?Elle est le moyen expérimenté ailleurs et déjà adopté ici qui nous permettra de consolider notre struction économique.Mais le magasin coopératif et le magasin indépendant ne s\u2019excluent pas nécessairement ni sur tous les terrains.Restera à trouver la formule d\u2019aménagement qui nous permettra d\u2019être forts partout; des esprits sérieux se sont engagés de part et d\u2019autre à la chercher.Quoiqu\u2019il en soit, il faut réaffirmer l\u2019impérieuse nécessité de grouper nos énergies, dire à nos gens que l\u2019association est une force; que, de nos jours, les initiatives individuelles doivent être conjuguées.Notre magasin indépendant ne survivra (exception faite du grand magasin à rayons) que si les propriétaires groupent leurs achats par voie coopérative.Sinon, les beaux jours du petit détaillant seront bientôt du domaine de l\u2019histoire.179 LA FETE DU PRECIEUX SANG Joseph LEDIT, S.J.IA Fête-Dieu ou, pour employer le terme litur-j gique, la fête du Très-Saint-Corps du Christ, vient d\u2019être célébrée avec la solennité qui en fait une des fêtes les plus populaires de l\u2019année.Les rues pavoisées, les processions triomphales, les reposoirs ornés de fleurs, de lumières et de gracieux anges vivants, habillés et stylés avec un soin infini par les Sœurs, l\u2019immense foule recueillie, absorbée dans la prière et les chants, le passage du Sauveur à travers les rues et devant les foyers, \u2014 tout ce spectacle s\u2019est évanoui dans le passé, laissant dans les mémoires un parfum de fleurs, d\u2019encens et de souvenirs émus.Mais le complément naturel de la fête du Très-Saint-Corps du Christ est celle de son Précieux Sang qui tombe, chaque année, le premier juillet.Comme la Fête-Dieu, celle du Précieux Sang devait être une solennité joyeuse: (( Que les chemins résonnent de chants de fête; que la joie s\u2019étale sur le front des citadins! (( Que les vieillards et les jeunes gens, bien rangés, défilent en ordre, portant leurs torches allumées.)) Cette première strophe de l\u2019hymne de Vêpres que nous venons de citer évoque les processions romaines, auxquelles seuls les hommes et les jeunes gens sont invités à prendre part, tandis qu\u2019une immense foule recueillie s\u2019amasse sur le parcours.La procession commence tard dans l\u2019après-midi, alors que les chaleurs du jour s\u2019allègent et que la brise de l\u2019ouest, le ponentino, rafraîchit délicieusement l\u2019air de Rome.Et quand, à la nuit tombante, l\u2019immense foule se réunit devant quelqu\u2019une des basiliques où l\u2019on a érigé le dernier reposoir, et que les torches élevées par des dizaines de milliers de mains ont salué la dernière Bénédiction, c\u2019est un immense cri de joie qui salue la clôture des cérémonies: Festivis resonent compila vocibus.Tel fut, peut-être, le rêve que caressa Pie IX quand il étendit cette fête au monde catholique, en 1849.Jusqu\u2019à cette date, elle n\u2019avait été célébrée que par les prêtres du Précieux-Sang, une congrégation de prêtres séculiers fondée en 1814 par le bienheureux Gaspare del Bufalo.Quand, chassé par la révolution de 1848, Pie IX se réfugia à Gaète, il fut accompagné dans son exil par le troisième supérieur général de la jeune congrégation, Don Giovanni Merlini.Celui-ci suggéra au Pape d\u2019étendre cette fêteàtoute l\u2019Église dès qu\u2019il serait rentré dans Rome libérée.C\u2019était le samedi, 30 juin 1849.Ce jour même, l\u2019armée française entra dans Rome, dompta la révolution, rendit possible le retour du pape.Durant l\u2019année sainte de la Rédemption* célébrée à Rome du 2 avril 1933 au 2 avril 1934, la dévotion 180 au Précieux Sang prit un nouvel essor.Des foules innombrables vinrent à Rome et l\u2019on pria comme jamais dans les sanctuaires de la ville éternelle.En mémoire de cette année jubilaire, Pie XI éleva la fête du Précieux Sang au rang de double de première classe, le plus élevé dans la hiérarchie des fêtes liturgiques.Mais une autre coïncidence, imprévue celle-là, allait frapper l\u2019imagination populaire avec une force irrésistible.Entre le 6 février 1933, date d\u2019indiction du jubilé, et le 2 avril 1933 quand la porte sainte fut ouverte par Pie XI, des événements extraordinaires s\u2019étaient succédés en Allemagne avec une rapidité foudroyante: le 30 janvier 1933, Hitler fut appelé au pouvoir par le chancelier von Hindenburg sur la demande de von Papen; le 23 mars, Hitler obtint les pleins pouvoirs.Ainsi, le national-socialisme, avec sa doctrine infernale sur le sang et la race, avait obtenu droit de cité en Allemagne.C\u2019était la déification du sang allemand.Ce sang matériel devenait la source du droit et de la morale dans le nouvel État.Il justifiait l\u2019orgueil raciste, le carnage, la destruction des nations indépendantes de la vieille Europe, leur hiérarchisation d\u2019après leurs différences raciales, l\u2019établissement d\u2019un (( ordre nouveau )) basé sur l\u2019inégalité des races.D\u2019abord au-dessus de l\u2019Allemagne, pour rayonner ensuite sur le reste de l\u2019Europe, la croix gammée déplaçait la Croix rédemptrice.Rien de surprenant, en conséquence, que la doctrine sur le Précieux Sang, réplique catholique aux conceptions païennes qui entraient dans la législation du Ille Reich, ait été étudiée avec un soin nouveau par les théologiens catholiques.L\u2019archevêque de Malines, le cardinal van Roey, le fit avec une profonde splendeur dans un discours qu\u2019il adressa à ses prêtres au cours des retraites ecclésiastiques de 1938.Il n\u2019y a pas de meilleure étude sur le mystère du sang dans l\u2019économie du salut.Dans l\u2019Ancien Testament, le sang est considéré comme principe de vie.Par leurs péchés, les hommes avaient perdu le droit à la vie, car la mort est la punition du péché.Mais Dieu acceptait le sacrifice du sang des animaux à la place des vies humaines.Ainsi, le sang était le symbole de l\u2019expiation et de la purification.Il était aussi, par conséquent, un symbole de libération.Libération de la mort, de la servitude.Chaque année, le sacrifice de l\u2019agneau pascal devait rappeler aux Hébreux leur délivrance, symbole de celle de tout le genre humain par le Précieux Sang du Messie.Les sacrifices de l\u2019Ancien Testament dérivaient leur efficacité du grand sacrifice de Jésus.Ils ne prophétisaient pas seulement la rédemption des RELATIONS individus et leur libération des péchés personnels.Ils annonçaient aussi la rédemption de l\u2019humanité de la faute originelle.Il faut relire la page lumineuse dans laquelle le cardinal de Malines éclaire le mystère du péché originel: « Il doit y avoir dans la nature humaine quelque chose de très profond, un principe de solidarité, à la fois physique et moral, qui fait que tous les hommes ont pu pécher dans leur souche.Impossible de déterminer exactement ce principe d\u2019unité, sans quoi il n\u2019y aurait pas de mystère.Mais les plus grands docteurs, saint Thomas d\u2019Aquin comme saint Augustin, ont aperçu et maintenu la nécessité d\u2019une cohésion naturelle, unissant tous les hommes dans Adam et postulée par le péché originel.Pour autant qu\u2019on puisse apercevoir quelque lumière, cette solidarité s\u2019établit par un élément matériel, le sang, qui, se dissolvant en cellules vivantes, se transmet de génération en génération; c\u2019est là sans doute la continentia seminalis de saint Augustin, ou la corpu-lenta substantia de certains scholastiques.Mais comme il s\u2019agit de la transfusion d\u2019un péché, il semble bien que la solidarité naturelle doive inclure, en outre, un élément d\u2019ordre moral, un élément volontaire, une voluntas in natura, pour employer l\u2019expression du Docteur angélique.» Ainsi, la doctrine du péché originel suppose l\u2019unité du genre humain.Elle s\u2019oppose directement à la conception raciste suivant laquelle les races humaines, séparées et irréductibles, doivent leur diversité essentielle aux sangs différents qui les animent.Le sang d\u2019Adam donne son unité au genre humain,\u2014 l\u2019unité dans le péché.Le sang du Christ, par contre, donne à l\u2019humanité son unité dans la vie nouvelle de la grâce.Tous les hommes, quelle que soit la (( race )) à laquelle ils appartiennent, sont appelés à la Rédemption, à moins qu\u2019ils ne veulent s\u2019en exclure eux-mêmes.(( Vous avez été immolé, et vous nous avez rachetés pour Dieu, par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation.)) Aussi, Jésus est le chef de la nouvelle humanité, le nouvel Adam.Il avait emprunté à la Vierge Marie un peu de ce sang qui appartient au grand courant qui fait vivre l\u2019humanité toute entière.Ce sang très pur, uni à la Divinité, était le seul capable de racheter l\u2019humanité de sa déchéance.Aussi, après l\u2019avoir offert à la Cène pour la rémission des péchés, Jésus le répandit magnifiquement, jusqu\u2019à la dernière goutte, depuis le jardin de l\u2019agonie jusqu\u2019à la croix.Même après sa mort, Il nous donna ce qui restait encore de son sang, quand le centurion vint ouvrir le Sacré Coeur.C\u2019est pourquoi notre rédemption est surabondante, copiosa apud eum redemptio.A la Cène et sur la Croix, Jésus offrit son sacrifice en tant que chef de l\u2019humanité.Pour participer à la Rédemption, les hommes doivent s\u2019unir au sacrifice du Christ.Ainsi, le Précieux Sang devient l\u2019élément unificateur de l\u2019humanité régénérée, du Corps mystique, de l\u2019Église.Car (( le Seigneur a acquis l\u2019Église de Dieu par son propre sang.)) C\u2019est pourquoi l\u2019Église est (( glorieuse, sans tache, JUILLET 1941 sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée.)) L\u2019Église, composée des enfants de tous les peuples, de toutes les races, où il n\u2019y a ni Juif, ni gentil, ni Grec, ni barbare, mais où il n\u2019y a que les enfants de Dieu, rachetés et régénérés par le sang de Jésus.Or, une nouvelle coïncidence allait montrer combien le Précieux Sang du Christ pouvait fortifier et consoler l\u2019Église au milieu des épreuves qu\u2019elle traverse.En 1936, une persécution sans précédent éclata en Espagne.Prêtres et fidèles furent massacrés et souvent torturés comme jamais auparavant.On n\u2019a pas encore pu établir le chiffre exact \u2014 il dépasse probablement 10,000 \u2014 des prêtres tués par les (( loyalistes )) espagnols.Or, ces souffrances, ces martyres ne devaient pas être subis en vain.En unissant leur passion à celle du Christ, les catholiques espagnols régénéraient leur pays.C\u2019est pourquoi, quand les évêques d\u2019Espagne voulurent prendre l\u2019univers à témoin de ce qui se passait dans leur pays, ils publièrent leur célèbre Pastorale collective le jour même de la fête du Précieux Sang, le 1er juillet 1937.C\u2019était encourager leurs fidèles à l\u2019héroïsme, en leur montrant combien leurs souffrances, unies au Précieux Sang du Christ, avaient de valeur.Aujourd\u2019hui encore l\u2019Église est atrocement persécutée.Dans bien des pays submergés par le racisme, les évêques n\u2019ont même pas la consolation de pouvoir inviter leurs fidèles à unir leurs souffrances à la Passion du Christ.Tant d\u2019évêques polonais ont été envoyés dans les camps de concentration ! Peu importe.Les fidèles regarderont leurs crucifix.Ils offriront les blessures de leurs pays, de leurs familles, de leurs propres corps au sauveur Jésus, uniront leur sang à son Précieux Sang, prépareront une humanité plus chrétienne, plus sainte, plus pure, grâce à leur martyre.Au fond, la doctrine du Précieux Sang est la meilleure antithèse de la folie néo-païenne du sang et de la race.A ceux qui estiment que leur race est (( l\u2019image et la ressemblance de Dieu )), qu\u2019ils sont les (( nouveaux Prométhées de l\u2019humanité )),^ destinés à la re-civiliser après l\u2019avoir écrasée, l\u2019Église rappelle que tous les hommes sont tombés, par la chute d\u2019Adam, dans la même déchéance universelle.Le triomphe du sang ne consiste pas à répandre celui des faibles, c\u2019est d\u2019être offert en sacrifice, en victime expiatoire.Mise au service de l\u2019orgueil racial, la puissance matérielle qui exalte le sang matériel ne peut avoir que l\u2019éclat de l\u2019orgueil; elle ne peut qu\u2019accumuler des ruines.Nous attendons avec une foi inébranlable un (( ordre nouveau )) en Europe.Bâti sur les larmes des veuves et des orphelins, le sang des victimes innombrables répandu par la folie sacrilège du racisme, il participera au divin anéantissement du Fils de Dieu et à sa glorieuse exaltation.181 LES JÉSUITES ET L\u2019ÉDUCATION AUX ÉTATS-UNIS T E Jesuit Educational Quarterly nous apporte des ¦^statistiques intéressantes sur l\u2019effort fourni parla Compagnie de Jésus aux Etats-Unis en matière d\u2019éducation.Les Jésuites américains dirigent 34 High Schools, groupant 16,112 élèves.Sept de ces maisons reçoivent chacune plus de 700 élèves.Les Jésuites des Etats-Unis dirigent en outre 24 collèges ou universités.Le tableau suivant indique leur importance relative d\u2019après le nombre des inscriptions : Fordham University, New York.6,003 St.Louis University, St.Louis.4,830 Loyola, Chicago.4,760 Marquette University, Marquette.4,198 University of Detroit.3,493 Boston College.2,597 Georgetown University, Washington.2,562 Loyola, New Orleans.1,990 Creighton University, Omaha.1,520 Xavier, Cincinnati.\t1,418 Canisius College, Buffalo.1,213 Holy Cross College, Worcester.1,198 University of San Francisco.1,071 Gonzaga University, Spokane.1,059 Seattle College.1,042 John Carroll University.972 Rockhurst, Kansas City.894 Loyola, Los Angeles.771 University of Santa Clara.697 St.Peter\u2019s, Jersey City.665 Spring Hill College.567 St.Joseph\u2019s, Philadelphia.476 Loyola, Baltimore.410 Regis, Denver.229 44,635 Un autre tableau intéressant est celui du groupe des élèves par faculté: Arts et sciences.16,094 Education des adultes.7,244 Commerce.4,977 Etudes spéciales (Graduate).2,911 Droit.2,840 Médecine.1,883 Gardes-malades.1,813 Polytechnique.1,711 Enseignement.1,558 Art dentaire.1,186 Service diplomatique.601 Service social.588 Théologie.425 Enseignement ménager.387 Pharmacie.305 Journalisme.235 Musique.204 Elocution.32 Les High Schools, collèges et universités américaines sous la direction de la Compagnie de Jésus groupent une population estudiantine de 60,747 élèves.L\u2019Université de Georgetown, fondée en 1789, a l\u2019insigne honneur d\u2019être la plus vieille université catholique aux Etats-Unis.L\u2019Université Fordham, à New York, vient de célébrer son centenaire; à cette occasion, S.S.Pie XII a adressé à l\u2019Université, à son personnel et à ses anciens, une lettre personnelle où, après avoir rappelé le souvenir de la réception dont il fut l\u2019objet à Fordham lors de son voyage aux Etats-Unis il y a quelques années, le Saint-Père rappelle le glorieux passé de la vénérable institution: « .au cours de ses cent ans d'histoire, directeurs et professeurs de Fordham ont cultivé, avec un succès indéniable, les principes d'éducation chrétienne sur lesquels l'Université avait été établie et sans lesquels toute éducation devient stérile et même crée une menace pour la société aussi bien que pour l'individu .» AVEC COMM FRENCH-CANADIAN FAIR PLAY Ï A Commission scolaire catholique de Montréal avait charge au 30 septembre 1940 de 113,568 enfants.15,318 d\u2019entre eux, soit 13.4%, se trouvaient dans les écoles catholiques de langue anglaise; ils se répartissaient comme suit: 1.Irlandais: 4,506, Anglais: 2,787, Écossais: 521; soit 7,814 d\u2019origine britannique, ou 51.2% des enfants; 2.Canadiens français: 3,117, autres origines (25): 4,387 ; soit 7,504 d\u2019origine non-britannique, ou 48.8% des enfants.Les enfants d\u2019origine britannique constituaient seulement 6.8% de la population scolaire totale catholique, en 1940-1941.Or ils sont représentés à la Commission scolaire de 1941 par 3 commissaires sur 9, soit 33 1-3 %: Le French Canadian Fair Play ne se dément pas Morale: si au Canada le British fair play s\u2019approchait de ces hauteurs, les bruits ne courraient pas sur l\u2019anti-britannisme de plusieurs; tous se sentiraient prêts à mourir, s\u2019il le faut, pour le Canada où il ferait si bon vivre.LA MÉTROPOLE DU CANADA A^OICI quelques indications relatives à la métropole ^ canadienne que l\u2019on peut lire sur les panneaux de l\u2019exposition de l\u2019urbanisme de Montréal.Les unes sont simplement intéressantes, d\u2019autres évoquent quelques-uns des graves problèmes avec lesquels Montréal est aux prises: problèmes de la petite propriété, de l\u2019habitation, des terrains de jeux, etc.On estime à 900,000 âmes la population de la ville proprement dite, à 1,500,000 celle de toute l\u2019agglomération montréalaise (Greater Montreal); 84% de cette population sont des locataires et 16% seulement propriétaires; les trois quarts de cette population vivent dans des plain-pieds (flats).Les 223,900 habitations de la ville occupent un territoire de 50 milles carrés, sillonnés par 1,000 milles de rues.Il y a à Montréal 182,057 téléphones, 157,201 postes de T.S.F., 90,000 automobiles.Les marchands détaillants sont au nombre de 11,959.253 banques et succursales de banques font annuellement 5 milliards d\u2019affaires.Les Montréalais peuvent choisir, pour leur information, entre huit quotidiens.Montréal n\u2019est censé posséder que le tiers des terrains de jeux nécessaires à sa population enfantine et on estime que mille lits manquent dans ses hôpitaux pour recevoir tous ses tuberculeux.Par son importance économique et démographique, Montréal constitue le cœur de la province de Québec, mais hélas! un cœur hypertrophié qui compromet sérieusement la santé de tout l\u2019organisme.Aussi ne peut-on pas assez recommander le cas « Montréal » à l\u2019attention de nos dirigeants politiques, religieux et sociaux.182 RELATIONS A S CAISSES POPULAIRES ET COOPÉRATIVES U S N NTAI R ES L\u2019HOMMAGE AU SACRÉ COEUR piE XII terminait son allocution de la Pentecôte, transmise sur les ondes au monde entier, par une vibrante exhortation à la dévotion au Sacré Cœur.Les Canadiens français, qui n\u2019ont pas oublié combien cette dévotion était chère à leurs ancêtres, se sont empressés de répondre à l\u2019appel du Souverain Pontife.La fête du Sacré-Cœur a été célébrée partout.En plusieurs centres: Québec, Montréal, Trois-Rivières, Sherbrooke, Rivière-du-Loup, Chicoutimi, La Baie Saint-Paul, Hull, Sorel, Rouyn, Valleyfield, Beauce-ville \u2014 et nous en omettons \u2014 de grandes manifestations publiques ont eu lieu.Le premier ministre a consacré lui-même, en face du Parlement, la province au Sacré Cœur.Un tel hommage, prenant les allures d\u2019une manifestation nationale, ne peut qu\u2019attirer les bénédictions du Ciel sur notre patrie.Il nous reste à mettre pleinement notre conduite en accord avec ce geste, à vivre notre foi dans tous nos actes, tant publics que privés.L\u2019ÉDUCATION DES ADULTES JL vaut la peine pour plusieurs raisons de signaler le A franc succès du Ille Congrès général de la Société canadienne de l\u2019Enseignement postscolaire qui s\u2019est tenu récemment à Winnipeg.Le R.P.Lebel, S.J., rappelait dans la dernière livraison de Relations l\u2019importance capitale de l'éducation des adultes: comment ne pas se réjouir des progrès réalisés par un tel mouvement! Or le Congrès de Winnipeg a révélé qu\u2019un nombre croissant de citoyens canadiens se mettent, grâce à l\u2019éducation des adultes, à étudier leurs propres problèmes et à assumer leurs responsabilités : meilleur moyen d\u2019orienter sainement notre monde désaxé et de prévenir les catastrophes.Motif de plus pour nous réjouir: c\u2019est l\u2019intelligente « politique de présence et de participation » de l\u2019élément canadien-français au Congrès de Winnipeg.La délégation du Québec, par le nombre et la qualité de ses membres, ne le cédait à aucune autre.M.l\u2019abbé Maurice Baudoux et le R.P.Joseph Fortier, S.J., représentaient respectivement nos minorités de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta.Mais la politique de présence et de participation au Congrès fut pratiquée d\u2019une façon éminente par les Franco-manitobains.Curés en tête, des délégués nombreux de presque toutes les paroisses françaises de la province assistèrent au Congrès.Les séances de la section française furent particulièrement instructives et, dans les séances générales, plusieurs Canadiens français, en particulier M.l\u2019abbé A.D\u2019Eschambault, directeur de l\u2019Enseignement postscolaire de la province, et M.l\u2019abbé Couture, directeur des mouvements coopératifs du diocèse de Saint-Boniface, prirent une part importante.Le jeune mouvement coopératif franco-manitobain qui date de trois ans à peine et qui est en plein essor va prendre un élan nouveau à la suite de ce congrès.(\"}HEZ les coopérateurs des Etats-Unis, l\u2019idée de l\u2019unité du mouvement coopératif fait rapidement son chemin: les caisses populaires (Credit Unions) s\u2019intégrent de plus en plus étroitement dans l\u2019ensemble.Les coopératives d\u2019épargne et de crédit y avaient surtout été fondées pour mettre les cultivateurs, ouvriers et employés à l\u2019abri des usuriers, pour encourager l\u2019épargne chez les petits gagnants; elles se recrutaient parmi les gens qui ne songeaient pas à la coopération et se développèrent longtemps en marge du mouvement général.Depuis une dizaine d\u2019années, cela change.Nous commençons à voir de façon bien nette que dans le mouvement coopératif les caisses populaires devraient être établies en fonction d\u2019autres coopératives.Conduite dans cet esprit, une caisse populaire devient non seulement un centre que tous les coopérateurs peuvent atteindre facilement, mais elle sert à soulager la ou les coopératives du problème du crédit.On sait que les pionniers de Rochdale ne voulaient pas accorder de crédit aux membres des coopératives et l\u2019événement leur a donné raison, car une des causes les plus fréquentes des faillites en coopération a été l\u2019octroi de crédit.Une coopérative de vente, d\u2019achat, de transformation ou de distribution ne saurait être une banque; elle manipule des marchandises, voilà son affaire.Mais un double avantage résulte de la collaboration apportée par la caisse populaire à la coopérative.Celle-ci reçoit de l\u2019argent comptant pour sa marchandise et conserve ainsi son capital; la caisse populaire voit son recrutement assuré et ses prêts toujours remboursés.L\u2019expérience prouve que les gens sentent davantage leur devoir de rembourser le prêt d\u2019une caisse populaire que celui de payer un compte pour marchandise achetée à crédit.Un des premiers et des meilleurs exemples de caisse populaire étatsunienne conduite en fonction d\u2019une coopérative agricole paraît être la Omaha Farmers' Union Co-operative Credit Association, fondée en 1930.Depuis 1939, le mouvement gagne rapidement d\u2019autres États.Au Québec, l\u2019unité de l\u2019effort coopératif devient un problème dont s\u2019occupe le Conseil supérieur de la Coopération.L\u2019an dernier, au Congrès général des coopérateurs, qui portait sur « La coordination des forces coopératives dans le Québec », M.Charles Gagné a parlé des « Caisses Populaires dans le mouvement coopératif ».Son rapport équilibré se termine ainsi: « Pour faire donner à la caisse populaire son plein rendement au point de vue coopératif, dit-il, il nous faut non pas des coopérateurs épargnants, mais des coopérateurs tout court, c\u2019est-à-dire des personnes qui ne voient dans la caisse ou dans telle ou telle entreprise coopérative que des parties du grand tout coopératif.(( Ces coopérateurs, nous les aurons peut-être quand tous ceux qui chez nous parlent ou écrivent sur la coopération, à commencer par les membres du Conseil supérieur de la Coopération pour finir par le dernier des chefs d'équipe d'étude, parleront ou écriront comme des hommes qui visent non à faire d'abord la réclame de telle ou telle forme d'activité coopérative, mais qui veulent réaliser l\u2019idéal coopératif dans toute son intégrité.)) Cet qsprit fera trouver la formule qui intégrera tout le mouvement coopératif, et d\u2019abord les coopératives d\u2019épargne et de crédit.JUILLET 1941 183 CENTRE ÉDUCATIONNEL D'AVIATION Gaston LAVOISIER APRÈS plusieurs mois passés au milieu de la jeunesse canadienne pendant lesquels tous mes efforts ont été consacrés à la formation technique, à l\u2019initiation professionnelle de ces jeunes, à l\u2019observation de leur complexe psychologique comme à l\u2019étude de leur placement, j\u2019ai pu constater les immenses besoins de cette jeunesse, en même temps que ses incontestables ressources.Disposant pour la plupart d\u2019une culture générale assez sérieuse, ces jeunes hommes ne peuvent cependant entrer dans l\u2019industrie régionale, participer au développement industriel considérable d\u2019aujourd\u2019hui, ainsi qu\u2019à l\u2019effort de guerre de leur pays et en même temps trouver dans ces activités modernes un honnête gagne-pain, faute d\u2019avoir une initiation technique suffisante.Les emplois innombrables qui sont actuellement offerts leur sont fermés parce qu\u2019ils ne peuvent présenter la moindre référence technique, et l\u2019on assiste à ce spectacle étrange d\u2019un pays surchargé de besogne et de commandes et cependant encore encombré de chômeurs.Le premier souci du gouvernement a été de donner à cette jeunesse une initiation professionnelle lui permettant d\u2019accéder à l\u2019usine où, par l\u2019exercice du métier, ces jeunes hommes pourraient socialement se reclasser; le point de vue était juste et les chefs du gouvernement qui avaient soutenu cet effort en faveur de l\u2019initiation professionnelle de la jeunesse chômeuse ont eu la satisfaction de voir la belle réussite de leur projet.A l\u2019heure actuelle, par exemple, quatre mois seulement après son ouverture, l\u2019École fédérale-provinciale d\u2019Avion-nerie de Cartierville place chaque mois cent jeunes hommes, parfaitement équipés pour le travail de 1\u2019usine, dans l\u2019industrie aéronautique de la région.Mais ce succès, aussi satisfaisant et même surprenant qu\u2019il soit, est loin d\u2019être encore suffisant.Les jeunes chômeurs reçoivent, sous une direction technique vigilante, les bases essentielles de leur formation professionnelle; sortant de l\u2019École, après un entraînement pratique intensif de trois mois, ils sont capables de faire excellente figure devant un établi ou une machine-outil, mais des difficultés les attendent encore et faute d\u2019avoir reçu, en plus de leur initiation technique, une éducation complémentaire que l\u2019École, par son organisation actuelle, ne peut leur donner qu\u2019imparfaitement, ils risquent de perdre le fruit de trois mois d\u2019efforts sérieux et coûteux ou tout au moins de ne pas en tirer tout le profit qu\u2019ils pourraient en attendre pour eux-mêmes comme pour leur pays, et d\u2019aller encore vers de cruelles désillusions.Savoir travailler ne suffit pas; l\u2019habileté manuelle est bien insuffisante si elle n\u2019est contrôlée par une conscience professionnelle inflexible et commandée par une volonté réalisatrice indéfectible.La dextérité des-doigts ne donnera que peu de fruits si elle n\u2019est soutenue par la force physique du bras et l\u2019endurance de tout l\u2019organisme et d\u2019un corps robuste.L\u2019intelligence des techniques n\u2019est rien encore et peut même être néfaste, comme nous l\u2019avons vu en d\u2019autres pays, si elle n\u2019est éclairée à son tour par l\u2019intelligence du fait social, national et humain; l\u2019aptitude professionnelle sera très incomplète et parfois inutilisable si elle n\u2019est complétée par des habitudes d\u2019ordre, de méthode, d\u2019ardeur au travail et par des disciplines librement acceptées et devenues des réflexes de bonne camaraderie, d\u2019esprit d\u2019équipe, d\u2019entr\u2019aide et de service social; les ouvriers les plus experts pourront se voir refuser l\u2019entrée des usines lorsqu\u2019il sera connu qu\u2019ils ne savent pas respecter l\u2019outillage qui leur est confié et qu\u2019ils n\u2019ont pas le respect suffisant pour le bien commun; le pays tout entier pourra, un jour, déplorer d\u2019avoir constitué une classe ouvrière à grands frais, s\u2019il constate que ces hommes, faute de quelque enseignement éclairé et loyal, se laissent entraîner dans les formations de haine et de discorde qui guettent maintenant toute agglomération industrielle qui ne sait donner assez tôt le contre-poison nécessaire aux masses ainsi exposées.L\u2019initiation professionnelle suppose donc, pour être complète, une éducation professionnelle individuelle et collective très éclairée, et les vrais éducateurs, sincèrement soucieux de leur tâche et bien avertis des conditions contemporaines, sont profondément inquiets des conséquences que peut avoir leur effort qui consiste à mettre en circulation un nombre important d\u2019individus capables de constituer aussi bien une armée de mécontents, d\u2019insuffisants, de déracinés, d\u2019aigris sinon de destructeurs, ou bien une corporation constructive et productive, solidement organisée et largement avertie de ses responsabilités dans la nation, composée d\u2019individus instruits de leurs devoirs et entraînés aux plus fructueuses disciplines d\u2019hygiène, d\u2019entraînement physique, d\u2019esprit d\u2019équipe, d\u2019autorité, de respect du bien commun, d\u2019honneur et de dévouement à la chose publique sur laquelle la nation pourra fonder les plus sérieux espoirs.Ayant reçu la charge de créer et de diriger l\u2019École fédérale-provinciale d\u2019Avionnerie, j\u2019ai personnellement à cœur d\u2019embrasser la totalité de mes responsabilités et de poursuivre ma mission dans la voie qui sera la plus fructueuse et la plus profitable 184 RELATIONS pour le pays qui m\u2019a honoré de sa confiance.L\u2019appui indéfectible et les clairvoyants encouragements que j\u2019ai reçus jusqu\u2019à ce jour de mes chefs figurant parmi les hommes les plus éminents de la nation canadienne me font solidement croire à la possibilité de donner à cet effort ses plus souhaitables développements; la constatation des besoins de la jeunesse canadienne et de la nation tout entière ainsi que les innombrables demandes et délégations que j\u2019ai pu recevoir, montrent la possibilité immédiate et la nécessité impérative de faire de cette jeunesse une très belle génération.L\u2019École d\u2019Avionnerie, par le nombre imposant de jeunes qu\u2019elle peut former (2,000 par an) ainsi que par leur destination unique, constituera très vite, dans l\u2019industrie aéronautique locale, une masse qui peut devenir une belle corporation organisée ou rester au contraire un troupeau informe voué à toutes les difficultés et à tous les désordres.L\u2019importance de l\u2019aviation dans la défense du pays comme dans sa destinée économique d\u2019après-guerre, exige que ces ouvriers aient en plus de leurs qualifications techniques les meilleures qualifications dans l\u2019ordre de la conscience professionnelle et de l\u2019amour du travail bien fait; les exigences normales et les contrôles inflexibles que le gouvernement impose aux constructions aéronautiques donnent le meilleur appui à la direction de cette école d\u2019avion-nerie pour exiger des élèves la plus haute conscience de leurs devoirs et l\u2019exigente notion de leurs responsabilités; la participation aussi étroite que possible de ces jeufres à la vie dangereuse de leurs compagnons pilotes renforcerait cette notion et créerait les meilleures relations d\u2019avenir au milieu de cette corporation qui doit devenir un tout homogène.Mais l\u2019École, ne gardant ses jeunes hommes que pendant les heures du jour, voit son effort éducatif très limité par la rareté des contacts possibles pendant le jour entre -la direction et les élèves consacrés l\u2019un et l\u2019autre à la progression technique et les résultats, si faibles qu\u2019ils puissent être, sont encore dangereusement compromis par les quinze heures passées chaque jour par les élèves en dehors de l\u2019École.Si l\u2019inconvénient n\u2019est qu\u2019à demi discutable pour les jeunes habitant Montréal et rentrant chaque soir dans leur famille, l\u2019inconvénient est certain pour ceux qui viennent de l\u2019extérieur et que l\u2019École place chez des particuliers avec des charges importantes pour le Gouvernement, sans qu\u2019il résulte d\u2019avantage éducatif mais au contraire des dangers pour les jeunes restant sans contrôle.Les sommes ainsi dépensées permettraient de grouper ces jeunes dans un centre unique où ils recevraient en même temps que leur pension contrôlée et saine une formation complémentaire de celle de l\u2019École et jouiraient de tous les avantages d\u2019un milieu jeune, virilisant et parfaitement organisé pour les aider.La présence à l\u2019École de jeunes hommes toujours plus nombreux se destinant à l\u2019aviation militaire rend plus urgente encore la création de ce centre d\u2019hébergement qui serait en même temps centre éducationnel d\u2019aviation; ces futurs militaires n\u2019ont reçu jusqu\u2019à ce jour aucune formation prémilitaire et ignorent généralement tout des valeurs élémentaires de l\u2019armée qu\u2019ils seront obligés d\u2019acquérir seuls ou sous de mauvaises indications.La vie en groupe, la discipline d\u2019ensemble, l\u2019entraînement physique, la tenue et l\u2019attitude virile, la hiérarchie et le respect des supérieurs, l\u2019art de commander une faible section, la participation aux mouvements d\u2019ensemble comme la coopération à des efforts collectifs, la science élémentaire d\u2019un futur gradé comme les techniques d\u2019un futur chef responsable pour une part, aussi modeste qu\u2019elle soit, de l\u2019avenir de son pays, le respect de l\u2019heure, du travail bien fait, le goût du risque et des missions difficiles et dangereuses, la précision des manœuvres et le respect des règles de sécurité en travail aérien avec tout l\u2019énorme appoint éducatif qu\u2019apporte cette redoutable école de l\u2019homme qu\u2019est le travail aérien, et après les trois mois qu\u2019ils doivent passer à l\u2019École, les jeunes gens ayant également vécu dans ce centre éducationnel sortiraient enrichis par un entraînement intensif dirigé par une connaissance profonde et un amour sincère de la jeunesse.Pour avoir consacré depuis quinze années la totalité de mes instants disponibles à l\u2019éducation de cette forme, je sais ce que peut représenter de responsabilités, de soucis et de charges de toutes sortes la direction d\u2019un tel centre; pour avoir soutenu pendant cinq ans sans défaillance cet effort et pour avoir déjà réalisé des créations analogues où venait se former la plus belle jeunesse de France et que fréquentèrent aussi quelques jeunes Canadiens, je crois par expérience à la possibilité de sa réussite.Pour avoir mesuré les résultats sur des milliers de jeunes qui m\u2019ont été confiés par la direction nationale des Scouts de l\u2019air et par le Ministère de l\u2019Air, je crois à l\u2019extraordinaire puissance éducative de l\u2019aviation lorsqu\u2019elle est utilisée par des éducateurs connaissant bien le métier, capables d\u2019en faire aimer toutes les richesses et acceptant pour eux-mêmes les disciplines et les risques et les dévouements à la chose publique qu\u2019ils veulent faire apprécier et adopter par les jeunes.Utiliser cette force éducative et s\u2019en servir, ainsi que des plus fructueuses méthodes éprouvées par quinze ans de pratique en France, pour construire une belle jeunesse canadienne, participer à l\u2019effort considérable que le Canada entreprend actuellement et l\u2019aider à éviter de graves désordres intérieurs qui le menacent, sera pour moi une œuvre à laquelle, si l\u2019on veut m\u2019aider, je suis prêt à me consacrer de toutes mes forces.JUILLET 1941 185 NOTES SUR LE TCHAD Frédéric de BÉLINAY, S.J.SIX ANNÉES de séjour en Afrique centrale m\u2019ont permis de voir personnellement, ou d\u2019apprendre de témoins sûrs, certains faits curieux que voici: Mirage AU Tchad même, qui est pourtant le golfe oriental du Sahara, le mirage est assez rare; mais à travers le Sahara central, sur le plateau Ta-démaït, ou quand on suit la vallée fossile de l\u2019Igharghar ou du Tafassasset, le camion roule environné de mirages, comme une barque sur des lacs à contre-jour.Le phénomène du mirage est caractérisé par quatre éléments: illusion d\u2019eau, relèvement des objets, images en plein ciel d\u2019objets cachés par l\u2019horizon, déception devant l\u2019horizon vide.Il faut de la bonne volonté pour confondre un lac de mirage avec une surface d\u2019eau réelle.On distingue une apparence de brume nacrée, comme celle qui se forme le soir sur un marais.Quand on suit le pied d\u2019une falaise, ou qu\u2019on longe une série de collines noires à dessus plat (gara), on voit les plus voisines s\u2019enraciner dans le sol, tandis que les plus lointaines semblent se détacher, flotter, et s\u2019élever dans le ciel comme une route de montagne.Alors l\u2019étang de nacre vient s\u2019insinuer entre elles et le sol visible.Plus rarement apparaît à hauteur d\u2019une étoile, des images faciles à identifier: oasis, caravane .(J\u2019ai vu en Égypte la fumée d\u2019un train), d\u2019objets réels et caractéristiques du pays.Ce ne sont pas des chimères, car les sujets existent, mais au loin derrière la ligne d\u2019horizon.Tous les récits ont noté la déception du voyageur qui marche vers la trompeuse image, la perd de vue, et se trouve devant un désert aussi dénudé que l\u2019océan.L\u2019illustre savant Monge, fondateur de l\u2019École Polytechnique en France, qui avait suivi Bonaparte en Égypte (1798) et mérité par ses travaux le titre de comte de Péluse, était qualifié pour donner une théorie du mirage: depuis 143 ans, nos manuels de physique et dictionnaires encyclopédiques la recopient de confiance, et le baccalauréat s\u2019en contente .C\u2019est beaucoup, et je ne conseille à personne d\u2019en risquer une autre avant d\u2019avoir laissé aux examinateurs un délai convenable pour renoncer à la tradition.Et pourtant elle ne vaut rien, et c\u2019est un exemple du mal que peut faire, ou couvrir, un grand nom .Monge n\u2019aura vu que l\u2019apparence de lac.Il explique: au contact du sable très chaud (environ 170 Far., au soleil) la couche d\u2019air voisine s\u2019échauffe, se dilate, devient moins dense, et produit aux rayons rasants la réflexion totale.Bref, un miroir.Soit un palmier en avant de l\u2019horizon: il se reflète dans ce miroir, et vous apercevez son image à ses pieds.Ainsi, près d\u2019un étang, vous voyez dans l\u2019eau l\u2019image d\u2019un arbre situé sur l\u2019autre bord.Posez une glace à plat sur la table, et vous y voyez l\u2019image d\u2019une carte pendue au mur.Tout cela est parfaitement exact, mais insuffisant.L\u2019explication de Monge vaut pour l\u2019apparence de lac, qui est donnée par la réflexion du ciel sur le miroir au ras du sol.Seulement .l\u2019image de Monge est forcément au-dessous de son objet, alors que dans le mirage, elle est au-dessus.Le palmier de Monge est forcément en avant de la ligne d\u2019horizon; s\u2019il était au delà, comment un rayon parti de lui pourrait-il, après réflexion au sol, atteindre un œil situé presque au sol?Si la ligne droite de l\u2019œil au palmier heurte l\u2019horizon, comment une ligne brisée vers le bas, incurvée vers la terre, pourrait-elle le franchir?Et par conséquent le voyageur marchant vers le palmier devrait le rencontrer avant la courbe d\u2019horizon?Pas de déception explicable .Or, dans le mirage, l\u2019objet réel dont on aperçoit l\u2019image est en arrière de l\u2019horizon, et souvent très loin.Aussi, quand on marche vers lui éprouve-t-on la désillusion de constater que le désert est vide.On se décourage d\u2019ailleurs trop vite, car si on franchissait plusieurs cercles d\u2019horizon, on ne manquerait pas de le rencontrer.On trouve la théorie de Monge dans les dictionnaires Larousse, le dictionnaire encyclopédique Quilliet, le Dictionnaire des dictionnaires de Paul Guérin.Sa définition du mirage est excellente : (( Phénomène qui fait paraître au-dessus de l\u2019horizon les objets qui n\u2019y sont pas )).Malheureusement il ajoute: (( Si la surface de séparation (entre couches d\u2019air plus ou moins denses) est plane, un objet placé au milieu de la couche dense peut produire une image qui donne l\u2019illusion d\u2019une nappe d\u2019eau )).Un chameau dont l\u2019image donnerait l\u2019impression d\u2019une nappe d\u2019eau ?.Le Dictionnaire de l\u2019Académie française écrit: (( Mirage, n.m.Phénomène dû à l\u2019incurvation des rayons lumineux se réfléchissant sur les couches surchauffées de l\u2019atmosphère voisines du sol, et donnant souvent l\u2019impression d\u2019une réflexion sur une grande étendue d\u2019eau )).\u201cCambridge Encyclopedia\u201d énonce l\u2019hypothèse de Monge et ajoute de son cru: \u201cThus clouds may be reflected from a thin stratum of dense air on the 186 RELATIONS sands of deserts .C\u2019est sans doute une faute d\u2019impression, car si l\u2019air chaud réfléchit, c\u2019est justement parce qu\u2019il est moins dense que les couches au-dessus de lui.Mais alors, si la théorie de Monge ne nous suffit pas, qu\u2019allons-nous mettre à sa place ?Il est d\u2019abord évident qu\u2019un œil et un objet séparés par le dos de l\u2019horizon ne peuvent s\u2019apercevoir que par une ligne brisée (ou incurvée) vers le haut; c\u2019est-à-dire grâce à un rayon lumineux réfléchi totalement par un miroir situé dans le ciel, et tourné vers nous.C\u2019est encore de l\u2019air chaud qui va servir de couche réfléchissante.L\u2019air chaud de Monge, porté à 170 degrés Fahrenheit par contact avec le sable ensoleillé, ne va pas rester tranquille.Mettez une casserole sur le feu: l\u2019eau chauffée contre le fond va traverser en les bousculant les couches supérieures plus froides, et former des courants ascendants.Ceci bien avant la formation des bulles.De même l\u2019air au sol, échauffé, donc plus léger, se fait une voie à travers le matelas d\u2019air plus froid qui l\u2019emprisonne et monte en formant ces colonnes d\u2019air chaud qu\u2019utilisent les oiseaux planeurs et les fervents du vol à voile.Dès qu\u2019il atteint l\u2019altitude qui convient à sa densité, il s\u2019étale en nappe horizontale, qui se comporte en glace de plafond.Bref, un second miroir, mais tourné vers nous, qui, grâce à son altitude, peut renvoyer l\u2019image d\u2019objets situés très loin derrière la ligne d\u2019horizon.Notre œil est ainsi fait que nous ne voyons pas précisément les objets, mais la vibration lumineuse émise par eux.L\u2019étoile polaire est à quarante-six années et demie de lumière et pourrait avoir éclaté depuis quarante-six ans que nous la verrions encore pendant six mois.De plus, nous situons toujours l\u2019objet dans la direction du dernier élément du rayon qui nous arrive, ignorant invinciblement si son trajet fut courbe ou brisé.Ici, comme le rayon réfléchi nous vient d\u2019en haut, nous lisons l\u2019image dans son prolongement, c\u2019est-à-dire en plein ciel.Elle est symétrique de l\u2019objet par rapport au miroir aérien, égale et renversée.Égale ?ou agrandie par le flou, comme le disque solaire au ras de l\u2019horizon nous paraît plus large que sur nos têtes.Cette image répond aux exigences des faits du mirage, parce qu\u2019elle se montre au-dessus de l\u2019objet, et que celui-ci, poursuivi jusqu\u2019à la circonférence de l\u2019horizon, ne se montre pas.Elle relève donc en apparence les corps que la sphéricité de la terre cache au rayon visuel.On sait que deux miroirs parallèles se renvoient indéfiniment les images d\u2019un objet situé entre eux.Quand le mirage donne une image droite (non renversée) il faut que le miroir supérieur fournisse l\u2019image secondaire de l\u2019image renversée donnée par le miroir au ras du sol.Le rayon perçu décrirait une ligne brisée (ou encore, une sinusoïde) entre les deux miroirs.Ce miroir aérien que je propose comme cause nécessaire des faits observés, surface impondérable et mobile, vitre transparente et pourtant capable de reflets, comme celles de nos fenêtres et de nos magasins, s\u2019est un jour matérialisé à mes yeux.C\u2019était à Ismaïliah, sur le canal de Suez.Un pétrolier flambait sur le lac Timsah.La colonne de fumée, noire comme de l\u2019anthracite, montait, parce que très chaude, aussi verticale qu\u2019une cheminée d\u2019usine, dans un ciel d\u2019un bleu pur.A grande hauteur, peut-être un mille, atteignant des couches d\u2019égale densité elle s\u2019étalait, s\u2019aplatissait en nappe, mince comme une couche de pétrole irisé sur l\u2019eau, et sa noirceur mate rendait visible et comme palpable la zone transparente, mais miroitante, qui nous intéresse.D\u2019ailleurs les volcans offrent le même spectacle, quand il n\u2019y a pas de vent.(( La phase des explosions se manifeste subitement par l\u2019expulsion de débris et par l\u2019existence d\u2019une colonne de fumée caractéristique, colonne verticale et terminée à une hauteur souvent considérable par un panache en forme de parasol.)) (Dictionnaire Larousse, Art.Explosions.) Le capitaine Dio, des méharistes (groupe nomade du Tibesti) m\u2019a raconté le fait suivant : (( C\u2019était en Mauritanie.La nouvelle arrive qu\u2019un rezzou de pillards s\u2019est jeté sur une de nos tribus, tuant les hommes, emmenant femmes, enfants, troupeaux .Comme les points d\u2019eau sont à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, leur caravane devait nécessairement passer au puits nommé: la Kédia du Ksaïb.Il fallait y arriver avant eux.Nous avions deux jours de retard, mais leurs prises les retardaient.Nous faisons en hâte le plein d\u2019eau, et nous fonçons dans le désert.Au grand trot des chameaux, jour et nuit .par 170 degrés au soleil .Et voilà que le vent se lève, un furieux vent de sable .chaleur de four, mitraille de sable, horizon bouché .On n\u2019y voyait pas à quarante mètres.Le guide se perd .Pendant trois jours nous errons dans un chaos de hautes dunes croulantes .Le puits est si difficile à découvrir que les Maures ont construit, sur une basse falaise qui le domine, une sorte de pyramide en pierres sèches .Nous l\u2019avions manquée .Plus d\u2019eau .Les chameaux épuisés se couchent; deux hommes s\u2019étaient fait sauter la cervelle; d\u2019autres étaient devenus fous .Dans une sorte de vallon entre deux lignes de dunes plus hautes, la colonne s\u2019arrêta.Où aller ?C\u2019était la fin.Pour nous préparer à la mort, le lieutenant et moi, nous nous mîmes à prier .JUILLET 1941 187 Brusquement le vent cessa; le sable qu\u2019il maintenait en l\u2019air tomba; le ciel apparut d\u2019un bleu pur .Une longue clameur s\u2019éleva de la colonne: en plein ciel, à hauteur de l\u2019étoile polaire, on voyait, en mirage, l\u2019image de la pyramide tant cherchée, dans son cadre de vallée rocheuse .Tous avaient reconnu la Kédia du Ksaïb.A la boussole; nous prenons l\u2019angle de marche, et en route .Je n\u2019étais pas sans inquiétude: si le rezzou occupe le puits, nos hommes et nos chameaux, affolés par la soif, vont se débander, courir, se jeter à plat ventre pour boire, et se faire massacrer jusqu\u2019au dernier .Après une trentaine de kilomètres, voilà le puits .pas un coup de fusil! .pas une trace! .Le rezzou avait dû s\u2019égarer lui aussi.On boit, on organise la défense, on veille .les bandits apparurent le lendemain; on les reçut comme ils le méritaient: ils étaient 150.Le mirage nous avait sauvés.)) Une chute de glace au Tchad Si je raconte cette histoire, personne ne me croira.Cependant il faut la dire, parce que les faits naturels, faisant partie de l\u2019œuvre du Créateur, ont droit à être connus; et pour que, si ça recommence, on connaisse un précédent.Le 3 mai 1935, j\u2019arrivais à Abéché, en même temps que le commandant Marchand.Nous venions en camion de Fort-Lamy, heureux d\u2019avoir passé avant le déclanchement des tornades.C\u2019était l\u2019extrême limite de la saison sèche, et la température normale se tenait un peu au-dessus de 105 degrés Fahrenheit, à l\u2019ombre.Abéché ne parlait que du fait suivant: dans le Tama, région frontière du Soudan anglo-égyptien, un village indigène avait entendu un fracas effroyable.Us sortirent enfin, et à peu de distance, dans la savanne découvrirent un espace circulaire, (diamètre un demi-mille environ), jonché de glaçons énormes.Us n\u2019étaient pas en tas, mais isoles.Les plus gros et les plus serrés occupaient la région centrale.En approchant de la périphérie, les morceaux de glace étaient moindres et plus clairsemés.Leur surface était polie, et leur forme celle d\u2019obus ou de torpilles d\u2019avion.Chacun avait creusé en terre un trou profond et s\u2019y tenait debout.Le chef du village dépêcha un cavalier pour avertir le lieutenant Giovansily, qui commandait le poste de Biltine: malheureusement il était en tournée et ne put revenir à temps pour voir et photographier au moins les trous.Aussi son rapport officiel n\u2019a pu que donner l\u2019interrogatoire des témoins indigènes.Voici les points signalés: 1.\tLa terreur fut telle que les gens refluèrent dans leur village et se mirent à réciter tout ce qu\u2019ils savaient du Coran; 2.\tMalgré la chaleur les pains de glace mirent plusieurs jours à fondre; 3.\tLes villages des environs vinrent en pèlerinage recueillir l\u2019eau sacrée qu\u2019Allah leur envoyait.Elle formait des poches dans les coupes de percussion ; 4.\tL\u2019eau de fusion fut si abondante que le terrain, naturellement torréfié comme tous les environs en mai, fut transformé en fondrière.Le fils d\u2019un sultan voisin, venu pour voir cette merveille, poussa son cheval vers le centre, et s\u2019enlisa de telle sorte que ses gens durent entrer dans ce cloaque et le rapporter à bras .5.\tQuand on pressait les témoins de dire la grandeur des blocs de glace et que le lieutenant leur montrait divers objets pour servir de comparaison, ils s\u2019accordaient à désigner comme équivalent, en volume, le fauteuil du Tchad.C\u2019est le siège classique du pays: un vaste pliant, dont le siège est en cuir d\u2019antilope, ou de mouton, muni d\u2019un dossier formé de deux montants réunis par une large bande en cuir.Le volume correspond à celui d\u2019un fauteuil de bureau.A mon estime [?] ce volume, en glace massive, doit peser une centaine de kilos.D\u2019ailleurs la difficulté n\u2019est pas à dix kilos près.Je crus d\u2019abord que c\u2019était une farce d\u2019accueil au nouveau venu que j\u2019étais.Deux mois plus tard passèrent à Abéché les membres d\u2019une mission envoyée par le Museum de Paris pour étudier les mœurs et itinéraires des sauterelles.C\u2019était MM.Zolotarevski, Dupont et Murat.La météorologie n\u2019était pas leur spécialité, mais ils représentaient la science officielle.On leur fit lire le rapport du Lieutenant.Us ne nièrent pas la possibilité du fait.Zolotarevski disait: (( Il a pu se former brusquement, très haut dans le ciel, une couche de glace de cette épaisseur, qui s\u2019est brisée aussitôt, et dont les fragments ont pris cette forme par friction dans l\u2019air .)).Si des chutes semblables ont pu être observées, ce que j\u2019ignore, on serait gentil de le mentionner daritô cette revue.ÉLITE ET MASSE De même que le centre d\u2019un cercle n\u2019existe que par rapport à la circonférence qui le circonscrit, de même, l\u2019élite n\u2019existe que par rapport à la masse qCelle cherche à animer de son esprit.Chaque fois qu\u2019on dit à un groupement: Vous êtes une élite, sans lui indiquer la masse, le milieu auquel il se rapporte et par lequel il se définit comme élite, on fait fausse route.Chanoine Tiberghien RELATIONS 188 FAIRE AIMER LA CHARRUE Athanase FRECHETTE A peine sorti de la (( tourmente du vingt-quatre juin » comme il dit, et avec une fidélité méritoire, M.Fréchette s\u2019est acquitté de sa promesse de commenter pour Relations le thème du cortège historique de cette année, en nous adressant l\u2019intéressante lettre suivante.SOUFFREZ que je vous dise d\u2019abord comment m\u2019est venue l\u2019idée de donner à notre cortège historique ce thème: (( La famille paysanne canadienne-française».L\u2019été dernier, j\u2019étais invité à porter la parole à Saint-Placide, village natal de sir Adolphe Basile Routhier, dont on célébrait le centenaire de naissance.J\u2019ai entendu là de bien belles choses de la bouche d\u2019historiens, d\u2019écrivains, de députés et d\u2019un vénérable sénateur.Tous montaient en épingle les hautes qualités du poète, du magistrat, du politique, du professeur de droit.La foule immense, composée de ruraux, écoutait béatement et applaudissait mollement.De tous ces discours, une seule conclusion s\u2019imposait: si vous voulez atteindre à la grandeur, entrer dans la gloire, devenez avocat, puis magistrat, écrivain et professeur d\u2019université.Le cultivateur devait se dire: mon gars ne fera pas un \u2018 habitant \u2019.J\u2019eus la bonne fortune de parler le dernier.Sans bousculer personne \u2014 vous savez bien que telle n\u2019est pas mon habitude \u2014 j\u2019ai posé cette question: en quoi Routhier s\u2019est-il immortalisé ?Comme écrivain ?S\u2019il possède quelques belles pages, ses écrits sont pour la plupart médiocres.Comme politique?Il fut beaucoup plus et avant tout politicien.Comme magistrat ?D\u2019autres, meilleurs juristes que lui, n\u2019ont laissé sur le banc que l\u2019usure de leur toge.Comme professeur d\u2019université ?Depuis la fondation de nos universités, que de savants professeurs, beaucoup plus doctes que lui, sont morts, ne laissant après eux que le long sillage de l\u2019oubli sépulcral.Qu\u2019est-ce donc qui a fondé la gloire de Routhier?Une modeste chanson, conçue dans un grand amour pour sa patrie.Accomplir des choses petites dans le dessein d\u2019atteindre un but élevé, c\u2019est le secret de faire grand et de durer.La tâche obscure de l\u2019homme des champs qui tourne et retourne la glèbe revêt un caractère de grandeur quand il l\u2019accomplit avec amour pour les siens, pour sa patrie et l\u2019humanité.Sa gloire n\u2019est pas de passer à l\u2019immortalité, mais de travailler la terre.Il n\u2019écrit pas l\u2019histoire, il la crée.Il ne chante pas la patrie, il la fait.Quatorze maires des municipalités environnantes sont venus me congratuler.J\u2019avais, me disait-on, frappé la note juste.Comme on est heureux quand les gens nous donnent raison! A partir de ce moment, je me suis dit: nos cultivateurs ont surtout besoin qu\u2019on leur inspire la fierté de leur profession.Au lieu de leur citer en exemple des hommes qui se sont illustrés, après avoir quitté la terre, on ferait mieux de leur montrer la véritable grandeur des hommes qui lui sont restés fidèles, le courage de ceux qui l\u2019ont gardée intacte et l\u2019ont transmise de père en fils à la suite d\u2019une longue lignée d\u2019ancêtres.Il faudrait rechercher les raisons de leur ténacité, honorer leur entêtement à se raciner dans le sol, détruire cette funeste légende que seuls les ignorants, les inaptes et les imbéciles doivent se livrer à la culture.Pourquoi, après avoir terminé leurs humanités, un plus grand nombre de fils de cultivateurs ne retourneraient-ils pas à la terre ?Et puis, nous ne manquons pas d\u2019hommes d\u2019affaires que tente l\u2019esprit d\u2019aventure.S\u2019ils fondaient des entreprises nouvelles, connexes à l\u2019agriculture ?.On a beaucoup parlé d\u2019industrialiser l\u2019agriculture: on en est arrivé à la mécaniser de façon coûteuse pour le cultivateur.Il serait peut-être temps de songer à agriculturaliser l\u2019industrie: les produits de la terre y trouveraient de vastes débouchés et on rétablirait l\u2019équilibre entre la population rurale et la population urbaine.Je me faisais ces réflexion's au retour de Saint-Placide: le thème de notre cortège de 1941 était trouvé.Tous les directeurs généraux le saluèrent avec enthousiasme.La Saint-Jean-Baptiste n\u2019est pas uniquement la fête du vingt-quatre juin.C\u2019est tous les jours de l\u2019année qu\u2019elle exerce son action.Le thème de notre cortège, nous l\u2019exploiterons à fond dans notre propagande, notre publicité, nos manifestations extérieures, nos réclamations auprès des autorités publiques.Dans tous les domaines de l\u2019activité humaine, nous défendrons durant l\u2019année les intérêts de la famille paysanne,.Sans aucunement négliger nos autres œuvres \u2014 et Dieu sait si elles sont nombreuses \u2014 nous tâcherons d\u2019améliorer le sort du paysan.Le moment est.bien choisi: il faut préparer l\u2019après-guerre.Qui sait si, au lendemain des hostilités, la terre ne sera pas notre unique planche de salut ?En agissant ainsi nous avons la conviction d\u2019apporter notre contribution au règlement de la question sociale.Quand on aura fermé nos usines de guerre et démobilisé nos troupes, que ferons-nous de la marée montante des chômeurs affamés ?C\u2019est tout de suite qu\u2019il faut y penser.S\u2019il est impossible de faire d\u2019un urbain un rural, il faut éviter de faire de nos ruraux des urbains.Notre peuple est déjà trop prolétarisé.A l\u2019heure tragique où nous vivons, tous nos problèmes se mêlent et se confondent comme dans un embâcle.La terre ne serait-elle pas la cartouche de dynamite qui libère le cours de notre vie nationale ?Avant de clore cette missive, il me vient à l\u2019esprit le souvenir d\u2019une lecture de collège.Parmi tant de belles pages des Moines d\u2019Occident, Montalembert en a écrit une merveilleuse sur Théodule, ce grand seigneur devenu un saint moine.Après une vie laborieuse, consacrée à la culture du sol, il s\u2019éteignit en odeur de sainteté.On suspendit sa charrue en ex-voto dans l\u2019église paroissiale et Montalembert de conclure: « Noble et sainte relique, que je baiserais aussi volontiers que l\u2019épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet! » Et voilà, mon Père.La Société Saint-Jean-Baptiste veut faire aimer la charrue.Dans cette tâche à la fois si noble et si utile, je sais que Relations fera sa part, qu\u2019elle saura dénicher les plumes les plus aptes à servir les intérêts de la famille paysanne.JUILLET 1941 189 L'EXPOSITION DE LA MONTAGNE Ernest GAGNON, S.J.JE redescends de la montagne où, comme une offrande sur un haut-lieu, l\u2019artisanat exposait de robustes et belles œuvres canadiennes.Le nombre et la variété des pavillons, quelques noms lus au hasard témoignent tout d\u2019abord d\u2019un esprit de collaboration d\u2019un rare mérite.Les écoles des arts et métiers voisinent avec les écoles des beaux-arts.Québec fraternise avec Montréal.Les écoles ménagères rurales ont consenti à ne présenter chacune qu\u2019un aspect entre plusieurs de leur activité.Plusieurs bons artistes, jusqu\u2019ici inconnus dans la plaine, ont gravi la montagne et une certaine gloire.Variété, intérêt, trouvailles: chacun y trouve son gain et dans un progrès commun la récompense de son désintéressement initial.Les arts et métiers apprennent au contact des beaux-arts que dans les objets usuels de la vie, la beauté est plus qu\u2019ailleurs une nécessité.Et d\u2019autant plus que c\u2019est souvent la seule joie accessible aux pauvres.Les beaux-arts, au contact des arts paysans, de ce folklore plastique, je dirais, raviveront dans ce sang fort leurs formes et leurs couleurs.Ce sont les thèmes qu\u2019ils doivent transposer, et, à s\u2019en séparer, les belles choses perdent leur raison d\u2019être et disparaissent fatalement.C\u2019est donc une première joie que cette bonne entente.Le miracle serait-il que l\u2019Université elle-même, à qui nos artisans doivent de se sentir là, les premiers, chez eux, en bénéficie d\u2019abord.D\u2019autres joies nous attendent.Parmi les tissus, beaucoup de pièces sont magnifiques.Telle et telle courtine à grandes fleurs est d\u2019une belle richesse.Telle autre, rouge à carreaux, eût arrêté, je crois, par sa géométrie forte et simple Picasso lui-même.Notre catalogne est bien désormais une bergère devenue reine.La ceinture fléchée fait, à la ville, son entrée élégante.L\u2019ameublement offre des ensembles de tout premier ordre.Le grand bureau de l\u2019Ecole du Meuble est très bien.D\u2019autres réalisations répètent un peu ce qui se fait à l\u2019étranger.Certaines poteries ont vraiment belle panse, une simple et neuve décoration.C\u2019est là un art qui s\u2019épanouit ici et qui rivalise déjà avec maintes œuvres françaises.Je refuse de m\u2019arrêter devant tous les (( souvenirs » (quelles fadeurs!) ; et je viens à l\u2019art sacré qui vraiment m\u2019a conquis.Le clergé sait-il qu\u2019il se fait du vitrail aux verres éclatés et coulés dans le béton ?Technique assez récente en France et déjà réussie chez nous.Cela fait grand effet, je vous l\u2019assure.Auprès de ces accords vifs, tous les autres sont gris.Certaines sculptures de pierre des Beaux-Arts de Québec aux formes pleines, sobres, et nettement décoratives sont très intéressantes.Le style est déjà religieux, il n\u2019y manque que le sujet.Surtout le mobilier liturgique: autels, courtines, stalles, certains calices, les crucifix admirables de Fortin (un vrai primitif roman, celui-là), presque tout ce qu\u2019on avait exposé récemment à l\u2019Ecole du Meuble, est de bonne lignée.Ce sont là, je pense, d\u2019authentiques œuvres d\u2019art sacré et canadien.Cette apparition, marquons-la d\u2019une pierre blanche.Je souhaite que cette fois le clergé ait compris.Je ne veux ni décrire davantage ni répéter ce qui s\u2019est déjà dit.Je tiens seulement à avouer la fierté que j\u2019en garde.Il est certain qu\u2019un art canadien se forme sous nos yeux.Un art robuste, hardi, honnête, de belle santé.Et national.L\u2019art même de notre âme paysanne.Historiquement, cela est très important.Les grandes époques d\u2019art n\u2019ont pas eu d\u2019autres commencements.N\u2019a-t-il qu\u2019une valeur historique ?Cet art sans traditions, c\u2019est-à-dire sans maîtres sinon sans professeurs, pas très conscient de ce qu\u2019il a à dire, cet art encore sans grande psychologie aborde à peine dans son ensemble le plan décoratif.C\u2019est un péril que d\u2019en parler sur le plan esthétique où pourtant je m\u2019aventure.Car enfin il a déjà le mérite très grand d\u2019être né du sol.C\u2019est son plus ferme appui.Quelle merveille de voir la figure de chaque contrée façonner peu à peu les corps et les âmes qu\u2019elle nourrit.L\u2019homme doit s\u2019adapter à son coin de terre, à son climat, aux nourritures qu\u2019il en tire, rêver devant ses paysages particuliers qu\u2019il modifiera lui-même à son tour.Mystérieux échange! Ici la matière est canadienne : la terre, les bois, les argiles, les tissus et jusqu\u2019aux teintures, tout cela est d\u2019ici.Cette matière qu\u2019ils utilisent, a contraint nos gens à affronter des problèmes qu\u2019eux seuls pouvaient résoudre.Désormais, en plus de sa matière, la terre québecquoise leur offrira son âme, l\u2019ampleur onduleuse de ses paysages, ici douces et maternelles, là sauvages et comme excessives.Et chacun croira à force d\u2019y pénétrer que c\u2019est autour de son foyer que bat le cœur du monde.Et cet amour du sol impose la franchise.Cet art est intègre, honnête.Bien qui sente le musée.Une belle droiture pleine d\u2019honneur.Vertus d\u2019un art jeune qui a l\u2019audace de manifester ce qu\u2019il est.Il ne donne que ce qu\u2019il a, et d\u2019un geste entier.On l\u2019a bien vu à la section de l\u2019art sacré.Il n\u2019a à changer ni de matière ni de métier pour louer Dieu pleinement.Il n\u2019a fait que lui apporter les simples choses qui, à son foyer, entourent les chers objets de son plus grand amour.Mais là où je le sens devenir spirituel, c\u2019est lorsqu\u2019il est pauvre.L\u2019humilité des moyens et cet aveu éclatant du travail manuel le rendent déjà évangélique.Il n\u2019y a d\u2019art vraiment chrétien que celui-là.Tout le reste est orgueil, confort, travesti, complaisance.Ce dépouillement est le seul dont voulut s\u2019entourer le Fils du charpentier, l\u2019Amant des lys des champs, des oiseaux et des enfants.Et alors devant lui notre geste devient celui qui chez nous à la campagne porte chez un voisin un humble pain rond, tout chaud du four, et que dore un sourire silencieux.Souhaitons que ces splendides vertus lui gardent le goût de la difficulté.Elles vont aller se multipliant.L\u2019étape parcourue était la plus facile, la plus encourageante.Les réussites étaient relativement immédiates.Et ce nouveau langage des formes, le public l\u2019a compris, un peu parce qu\u2019il était encore extérieur.Mais les floraisons faciles sont brèves.Les inquiétudes de la croissance exigeront une intelligence toujours plus attentive à la nécessité d\u2019inventer, de renouveller sans cesse.Surtout d\u2019approfondir.Se créer une grammaire désormais complète de ce langage, une syntaxe plus souple, et puis méditer longuement la psychologie des couleurs.190 RELATIONS et des formes, c\u2019est là se faire une culture plastique dont la complexité conditionnera la portée plus humaine de nos œuvres, une force et une simplicité plus consciente.En un mot, non seulement plaire aux yeux mais parler davantage à l\u2019intelligence et au cœur.Un exemple: des œuvres interchangeables ne manquent-elles pas de personnalité?Est-ce que la sculpture sur bois ne devient pas chez quelques-uns trop exclusivement expressive d\u2019une ressemblance superficielle?Une technique cherche à mentir quand elle imite dans le bois les mollesses du moulage.Refaire de nouvelles Vierges du xvme siècle, répéter les excellents vieux maîtres Baillargé et Quevillon, c\u2019est tomber dans l\u2019archéologie.Ce lâchage est un défaut tellement canadien! La facilité nous a si souvent desservis! D\u2019autres écoles en sont mortes, la peinture anglaise, et avant eux maintes autres écoles.Et ce salutaire effort en profondeur échappera de plus en plus au public snob ou ignorant.Mais la terre est là, leur grand amour.Et ses horizons aux profondeurs immobiles.Ses lignes amples, imprévues, austères.Là est la réponse à tout.Je suis sûr d\u2019une victoire.Et j\u2019imaginais parcourant les salles, le rude Donatello, ou quelque artisan inconnu de Vézelay.J\u2019imaginais Cézanne, Gauguin, le Maillol tapissier, tous nos primitifs anciens ou contemporains, tous les réactionnaires contre le luxe, le raffiné, le mensonge (tous ces pèlerins se rencontrent aux mêmes carrefours), tous les tenants d\u2019un art sain et large.Je suis certain que leur sourire eût été fait d\u2019une bonne part de bienveillance.Car un art vivant garde toujours quelque chose de la force de ses origines.Et s\u2019il se renouvelle, c\u2019est qu\u2019il y revient.Moins fictive était la foule des enfants rassemblés devant cette belle leçon de choses qui orientait peut-être l\u2019avenir de plusieurs.Leurs yeux fixés, leurs lèvres attentives m\u2019assuraient, moi, de la faveur des anciens.Ces cœurs neufs ne possèdent-ils pas plus que nous, les grandes personnes, la franchise et la pauvreté originelles pour comprendre cet art qui lève du sol ?Quel doigt magicien m\u2019eût indiqué parmi eux tel grand nom de demain ?Je redescendais de la montagne me croyant le compatriote d\u2019un primitif imaginaire et génial.LE CIHËMA VOLGA, VOLGA ! Youri L.KAZANSKIJ A PRÈS UNE INTERRUPTION d\u2019environ un an, on recommence à montrer, depuis le début d\u2019avril, des films soviétiques à New York.La « brillante comédie musicale soviétique », Volga, Volgal, resta à l\u2019affiche environ six semaines.Elle n\u2019a rien à voir avec la célèbre romance où il est question du brigand cosaque Stenka Razine et de sa princesse persane.C\u2019est une chanson de l\u2019artiste soviétique Dunaievskij, écrite dans le style inimitable des vieilles cantilènes russes.Au lever du rideau, le vieux Volga légendaire; tiré par un câble, un chaland flotte, entraînant du foin, des cochons, des vaches, de beaux paysans russes.Une jeune fille, Strelka, et son ami (j\u2019ai oublié son nom, et je l\u2019appellerai simplement Ivan), échangent de douces paroles et des baisers plus touchants encore.Us parlent de musique, se querellent.Dans leur fantastique village, situé à une incroyable distance du chemin de fer et du télégraphe, tout le monde est artiste.Ivan, employé de bureau, a formé un orchestre symphonique qui joue les classiques.Strelka, facteur du village (étrange métier pour une demoiselle) a composé la chanson populaire Volga, Volga\\, qu\u2019elle chante à ravir.Elle aussi a formé une troupe: son oncle Kunya qui joue de la balalaika, un vieux cocher à barbe fluviale qui a une vraie voix de basse de diacre orthodoxe, des employés du restaurant qui ont formé un quatuor, des danseurs paysans, etc., etc.Le câble qui fait avancer le chaland craque.On n\u2019est pas pour rien en Russie, sur le vieux Volga.Strelka ne peut remettre un télégramme urgent au nouveau directeur de la petite industrie locale de l\u2019artisanat, camarade Byvalov, l\u2019invitant à se rendre immédiatement à Moscou avec une délégation d\u2019artistes locaux pour une grande olympiade artistique.Moscou \u2014 telle est du moins l\u2019idée qu\u2019on nous suggère \u2014 fait l\u2019impossible pour susciter et récompenser le talent qui créera JUILLET 1941 la « vie belle et joyeuse » dont la propagande soviétique nous entretient depuis plusieurs années.Byvalov est le type achevé du fonctionnaire soviétique.Incroyablement fat, grossier, il ne sait que faire des discours pour exalter son propre mérite, donner des ordres contradictoires, porter majestueusement sa serviette de cuir noir.Quand il parait sur l\u2019écran, il vient de barrer sa porte à tout le monde pour écouter, en buvant son thé, les compliments que lui adresse une secrétaire sycophante (elle aussi bien soviétique!) sur son (( immense capacité de travail ».Il lui confie qu\u2019il compte bientôt être appelé à Moscou.Le télégramme semble être une réponse à ce vœu, mais ce n\u2019est pas ce que Byvalov voulait.Aller à Moscou avec une délégation ?De talent local ?Quel talent peut-il y avoir dans ce trou perdu ?C\u2019est ce qu\u2019il confie à Strelka qui a fini par faire parvenir le télégramme, après des péripéties étourdissantes.Celle-ci se met en furie ?Pas de talent au village ?Tu vas voir.Elle donne ses ordres à un policier discret, et bientôt toute la population organisée en orchestres, fanfares, troupes de danseurs et de danseuses, quatuors et chorales est aux trousses de Byvalov qui ne sait où donner de la tête.C\u2019est d\u2019une gaieté irrésistible.C\u2019est une farandole fantastique; on se croirait dans la vieille Russie, lors des fêtes de septembre, après la moisson, sauf pour cet impossible Byvalov dont le désespoir est suprêmement cocasse.Mais dans toutes ces scènes d\u2019incroyable bonne humeur, rien de la (( vie soviétique », telle que les propagandistes nous l\u2019ont fait connaître.Pas une machine, sauf un téléphone local qui ne marche pas, pas d\u2019édifices modernes, de tracteurs, d\u2019automobiles, de stations électriques.C\u2019est le bon vieux village russe, délabré depuis vingt-quatre ans de soviétisme, mais 191 dont la population, avec son inépuisable bonne humeur, chante, danse,\u2018\u2018s\u2019amuse.Enfin, Byvalov se décide à partir pour Moscou, mais seulement avec l\u2019orchestre d\u2019Ivan.Laissée en arrière, Strelka mène sa troupe à travers marais et forêts, trois jours à pied, le reste sur des radeaux de bûcherons qui descendent un affluent du Volga jusqu\u2019à ce qu\u2019elle rencontre un voilier préhistorique.Et, animée par des chansons et de folles danses, la manœuvre s\u2019improvise.Enfin voilier et vapeur se rencontrent.Course effrénée, assaisonnée d\u2019incidents, qui se termine en catastrophe pour tout le monde.Le malheur réconcilie les deux musiciens.L\u2019orchestre accompagnera la mélodie de Strelka que celle-ci, dans sa jeune modestie d\u2019auteur, attribue à une problématique (( Dunya ».Et Strelka de dicter sa chanson.Les membres de l\u2019orchestre écrivent chacun leur part sur papier à entête de Byvalov.Soudain, une formidable tempête se lève, Pogoduchka nie malaia, comme on dit sur les bords du Volga.Naufrage! Le tourbillon emporte les feuillets sur lesquels on avait copié si laborieusement la chanson, et ceux-ci, quand revient le calme, flottent sur le fleuve, où ils sont ramassés par tous les autres bateaux qui passent.Ça ne fait rien! Sur le nouveau bateau \u2014 c\u2019est le quatrième ; tous les autres ont craqué en route ! \u2014 on reprend les répétitions, en se consolant à la pensée de présenter de l\u2019inédit à l\u2019Olympiade.Hélas! Ne voilà-t-il pas que le Volga s\u2019anime! Les autres troupes, qui se dirigent vers Moscou par le fleuve, ont recueilli la chanson, et tous la jouent.Fanfares, quatuors, solistes, orchestres, accordéons.De tous côtés montent les notes triomphales.Strelka avait donc été menteuse; ce n\u2019était pas de l\u2019inédit qu\u2019elle avait fait préparer.Comment expliquer que tout le monde joue sa pièce?Tandis qu\u2019elle est au désespoir, encore une fois brouillée avec Ivan, reniée par ses propres amis, la radio, moqueuse, lui apporte sa propre chanson.L\u2019honnêteté soviétique veille, heureusement! Le papier sur lequel on avait copié la chanson ne portait-il pas le nom de Byvalov?Celui-ci est amené à l\u2019Olympiade pour recevoir le premier prix.N\u2019est-il pas l\u2019auteur ?On le fête; on l\u2019invite au piano, à chanter.Hélas, après avoir dit d\u2019innombrables sottises, le bonhomme ne peut que chercher \u201cDunya\u201d.Il en racole au moins une douzaine qui, chacune, jouent leur pièce.Enfin il a un coup de foudre.Il faut trouver Strelka.Elle vient après d\u2019inénarrables aventures et autant de sauvetages.Elle revendique sa chanson, la chante, est proclamée gagnante du concours, au milieu d\u2019incidents plus abracadabrants les uns que les autres.Enfin, au complet, la troupe chante une glorieuse finale où le motif de la chanson revient, tandis qu\u2019on nous avertit, que des bureaucrates comme Byvalov empêchent la vie « belle et joyeuse )) de s\u2019épanouir.SîGKES DES TEMPS COMMUNISME ET CAPITALISME Both Communism and Capitalism agree in putting economic things first and in ordering society to an economic end, and consequently they are both far more opposed to Catholicism than they are to one another.Moreover, they help one another by their very opposition, for it is difficult to revolt against Capitalism without becoming the ally of Communism, or to revolt against Communism without becoming the ally of Capitalism.The fact is that European civilization has been on the wrong road for so long that it is impossible 192 Auprès du public superficiel, l\u2019impression restera que l\u2019on s\u2019amuse énormément dans la nouvelle Russie et que le travail soviétique est une joyeuse danse ininterrompue.Et que la critique populaire ne ménage pas les fonctionnaires soviétiques qui cherchent leur intérêt privé au lieu de l\u2019intérêt public.On remarque avec plaisir que les danses populaires sont délicieuses.Aucun déshabillé; aucune de ces petites ou grandes « cochonneries » qui salissent la plupart des films occidentaux, Mais voici d\u2019autres impressions : absolument rien dans toute cette comédie (en dehors de quelques scènes prises dans le voisinage de Moscou) n\u2019évoque la nouvelle Russie soviétique,\u2014 sauf cet impossible Byvalov.Sur le Volga, sur les chalands et les bateaux, c\u2019est la vieille vie russe, nonchalante, désordonnée, artiste, la « nature large ».Pas de machines modernes.Des bateaux qui s\u2019écroulent, des câbles qui craquent.Pour mener l\u2019eau au village, le vieux chariot.Pour transmettre des télégrammes, les cris de berge à berge ou la prosaïque bicyclette.Après vingt-quatre ans de bolchévisme! Mais on est joyeux, on chante, on s\u2019amuse,\u2014 tout au moins dans le film.Le communisme fait son apparition avec Byvalov qui en est à son vingtième poste de commande.Jamais, encore, il n\u2019a été écarté de ce pétillant désordre; son ascension vers Moscou n\u2019a pas été arrêtée.Et, toujours dans le film, Byvalov est roulé, berné, tourné en ridicule, paralysé par l\u2019esprit de la vieille Russie.Si ce film exprimait la vérité, il dirait simplement que la vie russe, le byt\u2019 propre à ses larges campagnes sourdes est quelque chose de très beau et d\u2019infiniment émouvant, mais que ce malheureux communisme n\u2019est là que pour l\u2019étouffer.Car Byvalov, le bureaucrate irremplaçable, c\u2019est précisément ce que Staline a donné, durant de longues années, à la pauvre Russie.Il a l\u2019air de vouloir s\u2019en repentir aujourd\u2019hui.On se demande si c\u2019est en parole ou en réalité.A qui fera-t-on croire que les fonctionnaires soviétiques, avec leurs camps de concentration et leur GPU, se laissent si joyeusement berner?A un moment, on aperçoit sur une colline au bord du fleuve, la coupole d\u2019une vieille église et, à côté, les bâtiments d\u2019un monastère: cela, c\u2019était l\u2019âme de la vieille Russie, de cette Russie que l\u2019on ressuscite aujourd\u2019hui lorsque l\u2019on veut redonner de l\u2019humanité au bolchévisme.Mais l\u2019église est vide, le monastère est délabré.C\u2019est cela, surtout, ce que Byvalov-Staline a détruit.Et quand l\u2019on aperçoit, au lointain, cette pauvre vieille église abandonnée, une inextinguible nostalgie vous serre le cœur.Et l\u2019on chante, en donnant aux vieilles paroles un sens nouveau, cette vieille mélopée des étudiants révolutionnaires, qui revêt, aujourd\u2019hui, une réalité sinistre: to set it right by any obvious kind of political or economic reform.Protestantism, Liberalism and Communism are the three successive stages by which our civilization has passed from Catholicism to complete secularism.The first eliminated the Church, the second eliminated Christianity, and the third eliminates the human soul.We cannot have a Christian society or a Christian economic life until our civilization has recovered its moral conscience, its faith in God and its membership of the Church.Christopher Dawson, Religion and the Modern State.RELATIONS Volga, Volga, aux grandes inondations printanières, Tu n'arrives pas à déborder tes rivages, Autant que notre terre est submergée Sous l'immense souffrance du peuple. HORIZON INTERNATIONAL VATICAN fïISCOURS DU PAPE.A trois re-prises, durant le mois de juin, Pie XII s\u2019adressa au monde catholique par l\u2019entremise de Radio-Vatican.Le 1er juin, dimanche de la Pentecôte, il commémora les anniversaires de Rerum Novarum et de Quadragesimo Anno; le 25 juin, il envoya un message au Congrès eucharistique national des Etats-Unis, réuni à Saint-Paul, Minnesota; le 29 juin, il parla à l\u2019occasion de la grande fête de Rome, celle des saints apôtres Pierre et Paul.Les agences, à l\u2019occasion de ces allocutions, avaient laissé prévoir des discours (( politiques ».Le Pape, père commun de tous les fidèles, doit s\u2019élever au-dessus des contingences, se maintenir dans une rigoureuse neutralité politique: il console ceux qui souffrent, déplore les ravages de la guerre, dont les victimes les plus éprouvées sont souvent les plus innocentes, encourage à l\u2019espoir en affirmant sa foi dans un monde meilleur.Commémoraison des Encycliques sociales.De tout l\u2019univers arrivent les échos de fêtes grandioses organisées pour commémorer les Encycliques sociales.A peu près partout il y eut des pastorales collectives de l\u2019épiscopat, de nombreux articles de presse, des réunions solennelles.Quelques détails plus typiques méritent d\u2019être relevés.En Espagne, la Confédération catholique nationale des Cultivateurs distribua 1,276 hectares de terre à 74 petits propriétaires.Pour dédommager les anciens propriétaires, on leur a versé à date la somme de 242,000 pesetas.- En Colombie, où les fêtes eurent une magnificence exceptionnelle, on organisa des séances gratuites de cinéma pour les pauvres et on distribua de larges aumônes aux familles nécessiteuses.- Au Chili, les grandes fêtes auront lieu en juillet, avec une Semaine sociale principale dans la capitale, du 14 au 20 juillet; des Semaines sociales moins importantes, mais avec un programme identique, dans chacun- des diocèses.Jamais on n\u2019avait discuté avec autant d\u2019ampleur la question sociale.- En Uruguay, une Semaine sociale eut lieu du 11 au 18 juin.La dernière session fut entièrement diffusée par radio.- Au Venezuela, on inaugura solennellement, le 15 mai, le poste émetteur catholique la Voix de la Patrie qui diffusera sur longueur d\u2019onde de 720 et 3430 kilocycles (ondes moyennes et ondes courtes).Le Gouvernement envoya ses félicitations les plus chaleureuses aux initiateurs de ce projet.Quand on songe dans quelle triste situation le Vénézuéla était plongé il y a quelques années, on reste émerveillé des progrès accomplis depuis l\u2019avènement à la présidence de M.Lopez Contreras, dont le mandat vient de finir.- Au Mexique, les ouvriers catholiques voulurent célébrer leur assemblée nationale du 22 au 24 mai; les ouvriers de la Confédération mexicaine du Travail et les autres « défenseurs de la liberté » s\u2019agitèrent.L\u2019assemblée fut interdite, car « le Secrétariat de l\u2019Intérieur n\u2019avait pas donné son autorisation à cette assemblée ».Le Parti communiste avait tenu son vine congrès du 16 au 19 mai.Aux processions, assemblées, réunions religieuses et autres qui marquèrent l\u2019anniversaire des Encycliques, on remarqua la présence non seulement du clergé et de l\u2019Action catholique, mais de nombreux sinarquistes (voir Relations, mai, p.136).-Aux Etats-Unis, les catholiques organisèrent un peu partout des messes d\u2019actions de grâces, des meetings, des émissions.Tout cela, accompagné d\u2019une intense publicité.On remarqua surtout l\u2019intérêt des non-catholiques pour les Encycliques sociales.L\u2019article qui parut dans Time fut particulièrement soigné.Le Gouverneur de l\u2019Etat industriel du Michigan, M.Murray van Wagoner, envoya le télégramme suivant à un meeting organisé par l\u2019Université de Détroit, VAssociation of Catholic Trade Unionists et l\u2019Institut archidiocésain du Travail: « Veuillez accepter les remerciements de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas catholique pour la puissante influence de l\u2019Eglise catholique sur ce qui a trait aux questions ouvrières, en ce moment critique pour le Michigan.Les Encycliques immortelles que vous commémorez sont la réponse la plus complète que l\u2019on peut donner au problème ouvrier, tel qu\u2019il existe dans notre civilisation industrielle.L\u2019Amérique ne trouvera jamais une formule meilleure pour résister aux ennemis \u2014 d\u2019ordre matériel et moral \u2014 qui s\u2019opposent à notre manière de vivre ».ÉTATS-UNIS J \u2019OPINION catholique américaine a été émue par les déclarations récentes de Mgr Joseph Hurley, évêque de Saint-Augustin, Floride, sur la persécution religieuse en Pologne.(( On a commencé une campagne systématique pour corrompre et séduire les restes de la nation polonaise.On déporte les jeunes gens en Allemagne, où on les pousse délibérément à l\u2019ivrognerie pour affaiblir leur caractère et leur moral.On arrache à leurs foyers les jeunes filles pour rassasier la luxure des soldats du Reich, aussi bien en Pologne qu\u2019en Allemagne.On connaît des cas où ces pauvres malheureuses ont été tuées quand elles sont devenues inutiles pour la corvée dégradante à laquelle on les avait destinées .On s\u2019est efforcé de tourner les Polonais contre celui qu\u2019ils doivent aimer le plus: le Saint-Père.On a répandu dans ce but la rumeur que le Pape est de connivence avec le terrorisme nazi.De cette façon s\u2019accomplissent les paroles de Pie XI: « Il ne s\u2019agit pas d\u2019un kulturkampf (lutte culturelle), mais d\u2019un vernichtungskampf (d\u2019une lutte d\u2019annihilation).» La Radio-Vatican, avec un courage héroïque, si l\u2019on songe aux représailles auxquelles elle s\u2019expose, a fait connaître au monde entier cette horrible histoire ».Telles furent les déclarations récentes de Mgr Hurley.Il en a fait d\u2019autres.Ce qui leur donne un poids singulier, c\u2019est que, jusqu\u2019à son élévation toute récente à l\u2019épiscopat, Mgr Hurley était employé à la Secrétairerie d\u2019Etat du Vatican.Il n\u2019est donc pas exagéré de considérer ces déclarations comme un reflet de ce que l\u2019on pense dans l\u2019entourage immédiat de Pie XII.Le Congrès Eucharistique national, célébré à Saint-Paul, Minnesota, du 23 au 26 juin, a été magnifique.Plus de 450,000 pèlerins, dont 15 archevêques, 61 évêques et environ 3,500 prêtres.A la messe de minuit, le 24 juin, 100 prêtres distribuèrent la sainte Communion.L\u2019organisation a été superbe.On avait même prévu des couvertures de cellophane pour les chapes en cas de pluie pour la procession.Le thème du Congrès fut: la glorification du Roi eucharistique par le sacrifice.Notre confrère America (28 juin) publie les intéressantes statistiques suivantes sur la 28e division de l\u2019armée américaine.Les 10,332 hommes de la division se répartissent ainsi: catholiques, 4,313; méthodistes, 1,509; presbytériens, 1,002; luthériens, 850; baptistes, 492; épiscopaliens, 345; Juifs, 332.Dans cette division JUILLET 1941 193 seule, les catholiques constituent presque 42% des effectifs.Les soldats catholiques sont 25% de l\u2019ensemble des forces armées américaines.Les catholiques constituent 16% de la population totale des Etats-Unis.ESPAGNE DOMINATION DES ÉVÊQUES.¦*- ~ Des détails précis sur l\u2019accord réalisé entre le Saint-Siège et le Gouvernement espagnol au sujet de la nomination des évêques ont été transmis par Mgr Pucci, correspondant Vatican du NCWC.Le Saint-Siège présente trois candidats pour chaque siège vacant.Le Gouvernement espagnol indique son candidat préféré lequel est alors nommé par le Saint-Siège.Le Saint-Siège conserve sa liberté; un privilège a été accordé au Gouvernement espagnol.Efforts de reconstruction.Grâce à une étroite collaboration des autorités religieuses et civiles, l\u2019Espagne, peu à peu, se relève de ses ruines.La vieille Université de Salamanque se réorganise comme université pontificale.Les facultés de théologie et de droit canon ont été ouvertes, et les professeurs ont été choisis parmi les Dominicains, les Jésuites, les Carmes et les membres du clergé séculier.Les élèves se recrutent dans toute l\u2019Espagne.Lors de l\u2019inauguration de l\u2019Université, qui eut lieu le 6 novembre 1940, il y avait déjà un groupe d\u2019élèves portugais.Le Gouvernement a créé des (( Bourses de la Victoire )) pour assister des séminaristes indigents d\u2019Amérique latine.On reconstitue les bibliothèques.Les livres, confisqués par les révolutionnaires et amoncelés à Valence, à Barcelone, à Genève, rentrent peu à peu dans leurs bibliothèques.On a déjà pu remettre en place 500,000 volumes; 400,000 attendent encore d\u2019être identifiés.Parmi les trésors recouvrés de Genève, on nomme le Poème du Cid, les Heures d\u2019Isabelle la Catholique, le manuscrit original de l\u2019autobiographie de sainte Thérèse.Un « Bloc social » s\u2019est formé pour travailler à faire disparaître l\u2019immoralité publique par la lutte contre la littérature obscène, les mauvais spectacles, le blasphème et la grossièreté.Une gigantesque mission a été prêchée à Barcelone durant le carême.Elle dura 23 jours.500 prédicateurs desservirent 203 centres.Les missions furent prêchées dans les églises, les casernes militaires, les usines.Une retraite fut donnée aux sourds-muets.A la fin de la mission eut lieu une procession qui dura cinq heures, au cours de laquelle le Maire de Barcelone consacra la ville au Christ de Lépante.En juin eut lieu le (( Congrès des Exercices spirituels», avec participation du Ministre de la Justice, du Gouverneur de la province et d\u2019innombrables personnalités.A la séance de clôture, à laquelle participèrent 6,000 personnes, Mgr Miguel de los Santos, le Ministre de la Justice et le Nonce prirent la parole.On proposa aux évêques d\u2019ouvrir dans chaque diocèse des « centres de prédicateurs » afin de former des prêtres capables de donner des retraites aux divers groupes de la population.BELGIQUE T>ASTORALE DU CARDINAL VAN ROEY.Dans la livraison du 31 mai de News from Belgium (630, Fifth Avenue, New York), nous lisons les extraits suivants de la pastorale de carême du cardinal Van Roey, archevêque de Malines.N\u2019en ayant pas le texte français ou flamand, nous sommes obligés de faire une traduction d\u2019une traduction.L\u2019importance du document mérite que nous en reproduisions, même imparfaitement, ces paragraphes i (( Au fur et à mesure que les journées, les semaines et les mois s\u2019allongent lentement, une écrasante épreuve s\u2019étend sur vous; loin de diminuer, les souffrances physiques et morales augmentent constamment.Les restrictions en tout et partout, les privations des choses nécessaires à la vie, les constantes angoisses au sujet de vos familles, l\u2019incertitude de ce que l\u2019avenir vous réserve rendent l\u2019atmosphère tous les jours plus lourde, sans parler des appréhensions de tous les nobles cœurs pour nos biens les plus élevés et les plus chers.« Tous ceux d\u2019entre vous qui avez vécu à travers la première guerre mondiale peuvent comprendre et dire que la situation présente, après dix mois d\u2019occupation, est aussi sombre que celle que nous avons connue en 1918 après plus de trois ans d\u2019occupation.Vous n\u2019avez pas perdu votre courage alors, mais, confiants dans la divine Providence et soutenus par votre espoir dans un avenir meilleur, vous avez supporté vos cruels malheurs avec patience et endurance.Qu\u2019il en soit de même dans la tribulation présente.Il est bien naturel que vous en sentiez la peine incessante, lancinante, mais il est nécessaire que vous redoubliez d\u2019énergie et que vous réagissiez contre la dépression morale.(( Sous aucun prétexte vous ne devez vous abandonner à un découragement qui ne ferait qu\u2019aggraver vos malheurs.Vous devez, au contraire, garder votre calme, votre sang-froid, votre confiance, votre espoir.Nous avons raison de croire et nous sommes très heureux de le faire qu\u2019en général vous êtes animés de ces sentiments.«.Des efforts méritoires se font pour remédier à la situation alarmante du ravitaillement public.Ceux d\u2019entre vous qui peuvent contribuer à cette œuvre sont tenus de le faire; nous adressons un appel pressant à la conscience de tous.Les fermiers et les marchands qui ont encore des stocks de comestibles dont ils n\u2019ont pas besoin sont obligés de les vendre à des prix raisonnables.L\u2019accaparement de comestibles ou d\u2019autres objets de nécessité vitale, comme l\u2019exaction pour ces mêmes marchandises de prix usuraires, est gravement contraire aux préceptes de la charité et de la stricte justice.Nous réprouvons sévèrement et nous condamnons ces pratiques.« Afin de secourir plus efficacement les masses immenses de malheureux et de coordonner les efforts parfois dispersés des organisations de secours, on a cru nécessaire de créer un nouvel organisme, le Secours d\u2019Hiver.Nous avons surveillé de près la naissance et l\u2019organisation de cette institution.Nous connaissons les intentions de son personnel et nous prions les catholiques de ne pas refuser leur sympathie à cette organisation, mais de coopérer avec elle afin qu\u2019elle puisse produire le plus grand bien.Suivant des déclarations réitérées et officielles, le Secours d\u2019Hiver accepte la collaboration des florissantes institutions catholiques, comme les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, les Sœurs de Charité, les Sœurs de la Miséricorde, et les autres organisations de secours mutuel et d\u2019assistance coordonnées dans les secrétariats paroissiaux de Caritas Catholica.«.Surtout, ayez pitié des enfants.Beaucoup, surtout dans les grandes villes, souffrent de la faim et tomberont bientôt victimes de maladie.Ne serait-il pas possible d\u2019en hospitaliser quelques-uns dans les paroisses rurales où il y a encore assez de nourriture ?Il nous semble que la chose peut se faire et nous avons décidé d\u2019ériger dans notre diocèse l\u2019œuvre du Bon Air pour les Enfants.)) 194 RELATIONS LIVRES RÉCENTS Abbé Léonce Boivin: Le Combat Social.Au théâtre de l\u2019Esprit.\u2014 Les Éboulements, s.éd., 1941.262 p., 20.3 cm.VOICI\tUNE ESQUISSE des principales erreurs modernes et des vérités fondamentales que l\u2019apostolat catholique doit leur opposer.Après avoir décrit le mécanisme psychologique de la pensée humaine, l\u2019auteur indique les solutions du problème de la connaissance; contre le réalisme orthodoxe se dresse l\u2019erreur idéaliste, particulièrement systématisée par la philosophie allemande.Les fausses doctrines philosophiques ont fait naître les idéologies néfastes qui désolenit aujourd\u2019hui le monde: racisme, communisme, libéralisme politique et économique.Pour combattre ces erreurs et lutter contre le désordre, il faut un apostolat méthodique et intensif, inspiré par un ardent amour de l\u2019Église, appuyé sur les principes de la philosophie chrétienne.Tel est, en résumé, le plan général de l\u2019ouvrage.L\u2019ampleur du sujet ne permettait pas une étude approfondie et technique des questions abordées au cours du volume.Pour réaliser un plan aussi vaste, M.Boivin a dû simplifier, schématiser; il nous présente une synthèse rapide, un essai de vulgarisation avec une vue panoramique des problèmes.Sur plusieurs points, on pourrait relever des affirmations trop sommaires ou pas assez nuancées.Ainsi le chapitre sur la psychologie de l\u2019Allemand semble trop sévère et trop pessimiste à l\u2019égard dü type germanique; c\u2019est un abus du procédé de généralisation que de regarder tous les Allemands à travers l\u2019hitlérisme ou le prussia-nisme.Il ne convient pas non plus de placer saint Thomas More dans la galerie des fondateurs du communisme, en compagnie de Babeuf, Fourier, Karl Marx et Lénine; s\u2019il est trop long d\u2019expliquer le vrai sens de son ouvrage, il vaut mieux omettre son nom.Cet ouvrage est apostolique et bienfaisant.On y trouve des explications substantielles sur beaucoup de problèmes, une exhortation vigoureuse à l\u2019Action catholique et au combat social, pour que le règne de Dieu arrive dans la justice et la charité.Immaculée-Conception\tLouis Chagnon Marie-Alain Couturier, O.P: Art et Catholicisme.\u2014 Montréal, Éditions de l\u2019Arbre, 1941.92 p., 19 cm., $0.60.CINQ CONFÉRENCES, ou articles, du père M.-A.Couturier, O.P.sont ici groupées dans un ouvrage des Éditions de l\u2019Arbre faisant suite au Crépuscule de la civilisation de Maritain; elles traitent de la Route royale de l\u2019Art, des Grecs, de Picasso et l\u2019Art chrétien, enfin de l\u2019Art sacré au Canada.Déjà connues en France ou publiées au Canada dans la Revue dominicaine, leur réunion ici est assez artificielle.Le renom de l\u2019auteur n\u2019en fait pourtant pas seul l\u2019unité.Chez lui, le point de fuite est souvent en dehors du tableau.Ces quelque cent pages prennent leur perspective dans sa vie de religieux et d\u2019artiste consacrée jusqu\u2019ici à rapprocher l\u2019Église et l\u2019Art.Comme Charlier et tant d\u2019autres, il ne porte pas légèrement de voir ces deux grandes amours se méconnaître aujourd\u2019hui et y perdre, la première un peu de son rayonnement, l\u2019autre sa vie même.C\u2019est ce que veut cerner sa première conférence sur la Route royale de l\u2019Art, de beaucoup la plus ample et la plus achevée.Mais le P.lui-même, dans une mise au point récente, en souligne la (( violence oratoire donc simpliste )).Calomnie évidente; mais le ton est d\u2019une t.'elle autorité que, même alors, je le|,crois sans peine.\tR& Le cas de Picasso est pour lui (et pour nous aussi, certes) particulièrement douloureux.C\u2019est là, sans JUILLET 1941 conteste, le plus robuste, le plus vaste talent de notre époque.Beaucoup de ses œuvres sont très grandes.Et ses puérilités d\u2019autant plus pénibles.Nous expliquera-t-on jamais pourquoi les gens d\u2019église n\u2019ont jamais utilisé des génies comme Renoir, Cézanne, Picasso, Maillol ?Ou encore Dorain ou Dufy?Cette situation nous jugera et les futures générations chrétiennes auront le droit d\u2019être sévères.Les remarques sur l\u2019art sacré au Canada sont justes.Tout esprit averti les partage déjà.Le sujet nous touche de si près que nous regrettons qu\u2019elles soient si hâtives et que quelque vivacité leur enlève leur poids.Mais l\u2019auteur est plus qu\u2019un critique.C\u2019est un artiste, un amant dont les sympathies comme les antipathies sont entières.Et comme le disait Joseph Prud\u2019homme (un esprit balancé comme je les aime!) « c\u2019est ce qui fait sa force en même temps que sa faiblesse ».Immaculée-Conception\tErnest Gagnon Léo-Paul Desrosiers: Les Opiniâtres.Roman.\u2014 Mont réal, 1941.222 p., 19.5 cm., $1.LES BONHEURS se font souvent attendre; deux parfois viennent ensemble.C\u2019est ce qui arrive en ce moment à M.D.Quelques jours après le succès de son dernier livre, il est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal.Le livre glorifie le talent de l\u2019écrivain; la nomination fait grand honneur aux qualités de l\u2019homme, à son érudition, à son caractère et à la dignité de sa vie.Les Opiniâtres furent accueillis par ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler une bonne presse.On s\u2019accorda à louer le fond, la substance du livre à la fois historique et romanesque.Les héros du roman sont deux amoureux de Saint-Malo, qui ne finissent pas par le mariage, mais qui commencent par là.Tous deux émigrés en Nouvelle-France, animés d\u2019un courage invincible, prêts à tous les sacrifices, d\u2019une grandeur d\u2019âme surhumaine, s\u2019aimant d\u2019un amour plus fort que la mort.Vingt ans de ménage, une famille élevée et grandie à l\u2019image des parents, un fils aîné même qui les dépasse en audace, épris du goût des aventures et de la revanche contre les Iroquois.Des revers, des deuils, de rudes labeurs, du défrichement sous la menace incessante, sournoise des sauvages.C\u2019est dans ce milieu, près du fort des Trois-Rivières, dans des essarts qu\u2019il a ouverts, fertilisés, que le ménage malouin s\u2019aime, travaille, se défend, vit, fait vivre et survivre les siens.Autour d\u2019eux se meuvent des personnages de pure fiction: des types intéressants et tels que nous les montre la légende de nos annales sous la domination française.Ils causent, délibèrent en toute vraisemblance avec des missionnaires jésuites, avec Pierre Boucher, Hertel, Nicolet.Et cela donne l\u2019illusion de lire de belles pages d\u2019histoire.Aussi bien, dans lequel de ses romans M.D.a-t-il oublié d\u2019associer à la fécondité de son imagination la réalité des faits historiques?C\u2019est un fait de l\u2019histoire que la négligence inexplicable de la France envers sa colonie du Canada.L\u2019attente des secours de France, si longtemps frustrée, revient vingt fois en expressions douloureuses sur les lèvres de Pierre de Comprendre; elle crie par la voix de son fils François, elle sort de la fiction et rentre dans l\u2019histoire avec le voyage de Pierre Boucher en France et son mémoire présenté à Louis XIV.Mais tandis qu\u2019on attend et que rien ne vient, que de souffrance dans la colonie abandonnée! que de colons tombés sous les flèches des Iroquois, scalpés et torturés, comme nos martyrs, dans la vallée de la Mohawk ! Ils ont tenu cependant.Leurs héritiers de la dixième génération vont se demander si ces récits de M.D.ont un fond de vérité.195 Nos défricheurs dans le nord du Québec, de l\u2019Ontario, de l\u2019Abitibi vont peut-être hésiter à faire la comparaison entre leur endurance et celle des Opiniâtres.Ceux qui nous sont revenus à la ville et ne peuvent supporter la solitude, l\u2019ennui, les privations et les fatigues du défrichement, ne goûteront peut-être pas, s\u2019ils le lisent, ce livre qui renferme pourtant un grand exemple, une belle leçon patriotique.Immaculée-Conception\tLouis Lalande Jean-Pierre Després : Coopératives d\u2019Épargne et de Crédit.\u2014 Brochure de 26 pages éditée par la Fédération des Caisses Populaires en collaboration avec le Conseil supérieur de la Coopération, Québec, 1941.10 sous.LES ARTICLES ainsi réunis mettent en relief quelques-uns des aspects importants qu\u2019offrent les Caisses Populaires, devenues un élément de l\u2019économie canadienne-française.A remarquer les idées justes sur la décentralisation de l\u2019épargne et la coordination des forces coopératives de notre province.Un excellent instrument de propagande.Le Bloc Universitaire: Doctrine.Constitution.Règlements.Bulletin d\u2019étude No 1.\u2014 Brochure de 70 pages.Les Editions du B.U., 8, côte de la Fabrique, Québec, 1941.25 sous.UNE RÉPONSE COMPLÈTE nous est donnée à la question: Qu\u2019est-ce que le Bloc Universitaire?Il est (( une association d\u2019universitaires qui a pour but le plein épanouissement de la nationalité canadienne-française », son affirmation humaine.Ce qui réjouit dans ce bulletin d\u2019un organisme d\u2019action, c\u2019est, au-dessus de sa technique poussée et de son histoire récente pleine d\u2019élan, le souci de doctrine partout manifeste et l\u2019exigence de culture.Cette jeunesse, sûre de ses positions, ira loin dans la conquête pacifique, si elle garde la primauté du spirituel.Biaise Orlier: Louis Francoeur, journaliste.\u2014 Brochure de 32 pages.Les Éditions du Droit, Ottawa, 1941.15 sous.Témoignage d\u2019admiration, cette esquisse biographique et cette courte synthèse des opinions et des positions du regretté journaliste rendra service à plusieurs en prolongeant auprès d\u2019eux la présence de cet esprit lucide, érudit et puissant, de ce cœur loyal et dévoué aux intérêts supérieurs de sa patrie.Il faut savoir lire Francœur qui se réservait comme les forts et ne disait pas toute sa pensée à tous.Viscount Maugham : Lies as Allies, or Hitler at War.\u2014 Brochure de 64 pages, Oxford University Press, Toronto, 1941.TEXTES ET FAITS démontrent l\u2019existence chez Hitler d\u2019une politique du mensonge, politique consciente, devenue un instrument d\u2019agression, pratiquée dans la guerre tant maritime qu\u2019aérienne, élevée à la dignité d\u2019un art.Lord Maugham n\u2019a pas eu de difficulté à constituer un dossier accablant sur les méthodes hitlériennes de propagande et sur la conception hitlérienne de Vordre nouveau allemand et européen; sa précision et sa disposition d\u2019une grande simplicité didactique rendront service aux conférenciers qui y trouveront un véritable arsenal d\u2019arguments.Maison fondée en 1848 LE COLLÈGE SAINTE-MARIE COURS CLASSIQUE 1180, RUE BLEURY MONTRÉAL Publications récentes Georges Pernot \u2014 Situation démographique de la France, 15 sous S.S.Pie XII \u2014 Les bases d'une paix juste, 15 sous Nos Evêques \u2014 Lettre sur la Restauration sociale, 15 sous E S P.\u2014 La Nouvelle loi des liqueurs.10 sous S.S.Pie XII \u2014 Aux jeunes mariés, Il.10 sous Ecole Sociale Populaire, Montréal LE COLLEGE DES JESUITES EXTERNAT CLASSIQUE RUE SAINT-CYRILLE\tQUÉBEC 196 RELATIONS Mil! 1 failli i.'u' ,j(5 , #*.a! ii*»*A'*.«i* M î | s'a I «ta fl fvi a iWrjl \u2022'in:-\u2019; COURS CLASSIQUE dirigé par les Pères Jésuites Les enfants qui ont terminé leur 3ème année d'école primaire sont admis aux classes spéciales, préparatoires au cours classique.On reçoit les enfants à partir de neuf ans.\u2022 COLLÈGE JEAN-DE-BREBEUF Construction moderne entièrement à l'épreuve du feu dans le site le plus beau et le plus sain de Montréal.Le Collège Brébeuf inaugure cette année l\u2019application du nouveau système d\u2019études qui prévoit, pour la classe de Belles-Lettres, une bifurcation vers une culture plus scientifique ou plus littéraire d\u2019après les aptitudes des enfants.Demandez renseignements au R.P.Recteur 3200, Chemin Sainte-Catherine, Montréal UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ÉCOLE POLYTECHNIQUE Le programme d'études prévoit la formation générale dans toutes les branches du Génie et l'orientation dans les quatre spécialités suivantes : TRAVAUX PUBLICS-BÂTIMENTS MÉCANIQUE- ÉLECTRICITÉ CHIMIE INDUSTRIELLE MINES-MÉTALLURGIE Les élèves reçoivent à la fin du cours les diplômes d'ingénieur et de Bachelier ès Sciences appliquées avec mention de l'option choisie.Laboratoires d'analyses, de recherches et d'essais \u2014 Laboratoire provincial des Mines.Prospectus et renseignements sur demande.ÉCOLE D\u2019INGÉNIEURS FONDÉE EN 1873 1430, rue SAINT-DENIS, Montréal COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Ha ê>aubeprbe Siège Social Montréal Contrats-vie sous toutes les formes \u2014 protection familiale \u2014 invalidité \u2014 double indemnité \u2014 pensions avec ou sans assurance \u2014 double protection \u2014 prime unique \u2014 rentes viagères, etc.ATTENTION AUX DÉTAILS Aucun détail dans la confection des vêtements FASHION-CRAFT n'est trop petit pour mériter la plus grande attention.Une coupe parfaite et un matériel choisi jouent un rôle dominant dans la fabrication des vêtements FASHION-CRAFT, c'est pour cette raison que les gens bien mis adoptent les vêtements FASHION-CRAFT.Quartiers généraux pour vêtements FASHION-CRAFT JeehaââeWi, limitée 974 Ste-Catherine O.281 Ste-Catherine E.276 St-Jacques \u2022 Un livre nouveau du Père Ledit VA PARAÎTRE POLITIQUE ET EDUCATION par le Rév.Père Joseph Ledit, S.J.\u2022 Vous trouverez dans ce livre révélateur à quelle école se sont formées les Jeunesses Totalitaires.Les Editions Beaucnemin Ouvrages de Mgr Toth Pour l'éducation de la jeunesse \u2022\tLe Caractère du jeune homme \u2022\tL'Education du jeune homme \u2022\tLa Chaste Adolescence \u2022\tDans la belle nature de Dieu Chaque volume in-8; $1.00, par la poste $1.10 _______________ \u2022 GRANGER FRÈRES, Limitée 54 ouest, rue Notre-Dame, Montréal LA 2171 Avec les compliments de la maison MONGEAU & ROBERT CIE LTÉE Charbon \u2014 Huile a chauffage 1600 est, rue Marie-Anne -\t- Montréal Imprimerie Populaire Limitée, 430, rue Notre-Dame Est, Montréal "]
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