Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1941-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" ' ¦¦¦I Émile GERVAIS lllll lllil Jacques COUSINEAU É WÆÊM.Pli |||\t| - SOUS LES BOMBES Adétaid DUGRÉ ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1 SOMMAIRE NOVEMBRE 1941 Éditoriaux.281 Le Père Léonidas Hüdon \u2014 Organisation professionnelle \u2014 \u201cA Revolution in Education\u201d Articles L\u2019« INSTRUCTION OBLIGATOIRE » DANS LE PASSÉ .Louis-C.de Léry 283 LES PÊCHEURS ET LA COOPÉRATION .A.-J.Boudreau 286 UN PÈRE DÉFEND SES ENFANTS.Émile Gervais 288 COMMISSION SCOLAIRE ET JARDIN BOTANIQUE .Jacques Cousineau 292 Commentaires.294 Histoire de l\u2019Église du Canada \u2014 Peuple mal logé L\u2019incident King en Angleterre \u2014 L\u2019appel des morts.NOS COLLABORATEURS Le P.Louis-C.de Léry, S.J., était tout préparé par ses études antérieures à nous livrer sur la question toujours débattue de l\u2019instruction obligatoire cette rétrospective intéressante qu\u2019un récent discours imposait de faire.\u2014 M.Alexandre-J.Boudreau, comme secrétaire du Service social-économique de l\u2019Ecole supérieure des Pêcheries à Sainte-Anne de la Pocatière, fut l\u2019animateur du mouvement coopératif en Gaspésie.\u2014 Ses divers stages d\u2019enseignement au collège de Sudbury ont permis au P.Émile Gervais, S.J., de prendre un contact fréquent avec l\u2019Association canadienne-française d\u2019Éducation d\u2019Ontario et d\u2019observer de près la vie mouvementée de la famille Dionne.\u2014 Le P.Jacques Cousineau, SX, a trouvé dans l\u2019incident qui opposa la Commission des Écoles catholiques de Montréal et le Jardin Botanique un signe de l\u2019incoordination de notre enseignement qu\u2019il a déjà décrite.\u2014 La guerre a forcé le P.Adélard Dugré, S.J., autrefois directeur de l\u2019École Sociale Populaire et maintenant assistant du T.R.P.Général de la Compagnie de Jésus à Rome, à se réfugier dans les environs de Londres d\u2019où il dirige les diverses provinces jésuites du Commonwealth qui forment l\u2019Assistance d\u2019Angleterre.\u2014 Le P.J.F.Mac-Caffrey, S.J., attaché pendant l\u2019été au sanctuaire des Martyrs à Midland, Ont., a pu suivre le progrès des fouilles au vieux fort Sainte-Marie.\u2014 M.J.-A.Brunet, bachelier en bibliothéconomie,^ est directeur des bibliothèques de la Commission des Écoles catholiques de Montréal.\u2014 M.Jean Vallerand, maintenant chroniqueur musical au Canada, nous continue sa précieuse collaboration.Chroniques UNE ANNÉE SOUS LES BOMBES .Adélard Dugré 296 LES FOUILLES AU FORT SAINTE-MARIE .J.F.McCaffrey 299 BIBLIOTHÈQUES SCOLAIRES .J.-A.Brunet 301 CINÉMA.Jean Vallerand 302 HORIZON INTERNATIONAL.303 Correspondance.305 Livres récents.306 Catholiques d\u2019aujourd\u2019hui .Jacques Cousineau Quand Dieu invite.Jean Laramée Les réformes de l\u2019Enseignement primaire .Jacques Cousineau Au service de VAgriculture.Léon Lebel Union Policies and Industrial Management .Émile Bouvier The Quints have a Family.Émile Gervais Histoire de la Province de Québec (T.vi) .Gérard Hébert RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Emile Bouvier, Jacques Cousineau Alexandre Dugré, Joseph-H.Ledit.Administrateur: Albert Bellemare \u2022 PRIX DE L\u2019ABONNEMENT :.$2.00 par année A l\u2019étranger: $2.50.Pour les étudiants: $1.50 L\u2019abonnement commence en janvier, avril, juillet et octobre Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel est - Tel.: FR.1189 MONTRÉAL\tCANADA 1ère année, No 11\tEcole Sociale Populaire, Montréal\tNovembre 1941 É D I T O Le Père Lêonidas Hudon LE 19 OCTOBRE, un religieux à la tête blanche, au regard simple comme celui d\u2019un enfant, allait pieusement à sa récompense éternelle.Le silence avait entouré ses dernières années de travail comme d\u2019ailleurs un peu toute sa carrière, mais l\u2019École Sociale Populaire, qui est son enfant, doit au grand apôtre que fut le père Lêonidas Hudon, S.J., un hommage et un souvenir particulier.Lors du vingt-cinquième anniversaire de l\u2019É.S.P., M.Arthur Saint-Pierre, premier secrétaire de l\u2019œuvre et collaborateur intime du Père, lui rendait ce témoignage autorisé autant que désintéressé: « L\u2019E.S.P.a été l\u2019œuvre longuement méditée, prudemment mûrie, soigneusement préparée d\u2019un homme, un religieux qui, du fond de sa cellule ou de son bureau, promenait son regard singulièrement clairvoyant sur la vie économique et sociale de son pays )).Cette création nous paraîtra en effet toute simple et facile, à nous qui vivons dans une société où les œuvres sociales ne se comptent plus.Pour mesurer la taille de ce travailleur, il faut se rappeler qu\u2019il fut un pionnier, l\u2019âme d\u2019une équipe de pionniers.C\u2019est quand (( l\u2019état d\u2019inconscience était quasi absolue à l\u2019égard du problème social )) dans notre province que le père Hudon fut le créateur de l\u2019É.S.P., (( dont le rôle dans l\u2019éveil de la conscience sociale chez nous ne saurait être exagéré.Et il a réussi par un prodige de modestie .à passer à peu près inaperçu et à rester ignoré de presque tout le monde.» Pas aux yeux de Dieu assurément qui l\u2019aura accueilli comme un bon et fidèle serviteur, ni aux regards de ses anciens collaborateurs et de ses successeurs pour qui le souvenir du père Hudon demeurera chargé d\u2019inspiration apostolique.Organisation professionnelle LA DÉMOBILISATION des armées et de l\u2019industrie va soumettre à une épreuve formidable notre structure sociale ébranlée par dix NOVEMBRE 1941 RIAUX ans de crise suivis d\u2019une guerre.D\u2019aucuns entrevoient une catastrophe: effondrement des vieux cadres et reconstruction faite à l\u2019aventure sur les bases de quelque totalitarisme de gauche ou de droite.Le meilleur espoir de sauver ce qui, de notre société, mérite de vivre est l\u2019organisation professionnelle: syndicalisme agricole, ouvrier, patronal, comités paritaires industriels, groupements corporatifs.Elle est l\u2019armature qui conserve du vieil édifice les pièces encore solides et utilisables, et s\u2019adapte aux exigences nouvelles de la vie économique et sociale.A favoriser son essor devrait s\u2019appliquer d\u2019une façon spéciale notre préparation de l\u2019après-guerre.D\u2019aucuns semblent incapables de le comprendre.La Gazette du 5 novembre nous en fournit un exemple.Je résume la proposition et l\u2019argumentation d\u2019un de ses rédacteurs, M.Abel Vineberg: les deux lois québécoises des Conventions collectives et des Salaires raisonnables, adoptées au creux de la crise, visaient à relever les salaires ouvriers.Or la politique de guerre d\u2019Ottawa veut au contraire stabiliser les salaires afin de prévenir l\u2019inflation.La législation québécoise s\u2019avère donc inutile, sinon préjudiciable à l\u2019effort de guerre du pays.La conclusion s\u2019impose : écarter \u2014 temporairement \u2014 cette législation et se confier à Ottawa.La suggestion, lancée sans doute comme ballon d\u2019essai, constitue à notre avis, une tentative à peine déguisée de sabotage de notre législation sociale.La simplification de M.Vineberg est aussi intéressée que fausse.La loi des Conventions collectives en particulier, pièce juridique remarquable, déborde largement la réglementation des salaires et renferme des éléments nombreux d\u2019organisation professionnelle destinée à discipliner la vie industrielle de la province et à l\u2019ordonner dans le sens du bien commun.Voilà ce qu\u2019en certains milieux on ne lui pardonne pas.L\u2019occasion semble bonne pendant la guerre de la torpiller.C\u2019est encore une tentative de restreindre toujours un peu plus l\u2019autonomie provinciale au profit du gouvernement central.Sans doute la mise au 281 rancart de la législation québécoise n\u2019est-elle suggérée que comme mesure temporaire.Nous sommes payés au Québec pour savoir que les pouvoirs et l\u2019influence qui passent à Ottawa perdent infailliblement le chemin du retour.Que notre législation sociale doive s\u2019adapter aux exigences essentielles de l\u2019effort de guerre du pays, d\u2019accord.Le gouvernement et le syndicalisme ouvrier de cette province ont prouvé suffisamment depuis le commencement de la guerre qu\u2019ils étaient d\u2019accommodement facile.Qu\u2019on s\u2019entende avec eux.Mais supprimer \u2014 ou faire supprimer \u2014 tout de go cette législation, c\u2019est autre chose.Ce serait porter un coup dangereux à l\u2019organisation professionnelle qui s\u2019ébauche et qui demain sera la meilleure sauvegarde contre l\u2019anarchie.S\u2019obstinera-t-on à ne pas comprendre la leçon d\u2019Arvida où il est apparu clairement que si les relations industrielles entre patrons et ouvriers eussent été convenablement organisées, cette désastreuse grève n\u2019aurait pas eu lieu.A revolution in education (( T TNE véritable révolution paraît s\u2019amorcer en ^ Ontario, dans le domaine de l\u2019éducation \u2014 révolution qui gagnera sans doute les autres provinces et influencera profondément la génération présente et celles qui suivront.)) Ainsi débute un article au titre suggestif \u2014\u2022 \u201cA Revolution in Education\u201d \u2014 que nous apporte la dernière livraison de l\u2019hebdomadaire torontois, le Saturday Night.De quoi s\u2019agit-il ?De méthodes nouvelles d\u2019enseignement?De laboratoires?De culture physique?De manuels et de bibliothèques?De préparation des professeurs ?L\u2019auteur, M.F.D.L.Smith, décrit un phénomène qui dépasse les techniques pédagogiques et atteint au cœur même de la mission de l\u2019école dans la nation : (( Il n\u2019y a pas eu de place dans les écoles publiques de l\u2019Ontario pour l\u2019enseignement de la religion .Cet article raconte l\u2019effort tenté actuellement pour enlever cette tache (this blot); nos enfants pourront alors s\u2019instruire davantage des principes sur lesquels repose notre civilisation et plus tard travailler à la rendre meilleure )).Révolution en effet.Une des idées les plus courtisées de la Civilisation moderne: la neutralité scolaire vient d\u2019être reconnue comme un faux dieu.Depuis quelques années, les meilleurs esprits parmi nos compatriotes protestants s\u2019alarment des résultats néfastes de l\u2019école neutre: triomphe de l\u2019égoïsme chez l\u2019individu, déchéance de la famille, vigueur morale de la nation compromise.(( En quelques années, par une éducation systématique, les Nazis ont formé une génération de jeunes païens en vue de réaliser leurs rêves de violence.)) L\u2019école neutre de nos pays démocratiques, avec plus de 282 lenteur, mais non moins d\u2019efficacité, est en voie de paganiser la plus grande partie de notre jeunesse canadienne, de la nation.L\u2019anomalie est grande d\u2019assumer le rôle de défenseurs de la civilisation chrétienne en Europe et d\u2019en être chez nous les fossoyeurs.Un nombre croissant de personnalités et de sociétés protestantes de l\u2019Ontario, ramenées brutalement à la réalité par le spectacle du monde livré à la violence, s\u2019essaient loyalement à mettre d\u2019accord leurs actes et leurs paroles.Leur premier geste est de tenter de ramener à l\u2019école l\u2019enseignement de la religion, qui est \u201cabsolutely fundamental to the preservation of civilization\u201d.La chose sera-t-elle aussi facile que se l\u2019imagine M.Smith?Sans doute la collaboration du département de l\u2019Éducation, acquise, paraît-il, au mouvement, aplanira les difficultés d\u2019ordre administratif, mais il reste le problème doctrinal, créé par la multiplicité des sectes protestantes.L\u2019auteur estime qu\u2019avec de la bonne volonté les ministres des diverses religions pourraient en venir à des ententes pratiques en vue d\u2019assurer à la jeunesse un minimum d\u2019enseignement chrétien.Cela se ferait déjà avec succès dans certaines écoles de l\u2019Ontario.Quoi que les catholiques doivent penser de ces compromis, témoignage de la faiblesse doctrinale du protestantisme, ils se réjouiront sans réserve du mouvement qui se dessine dans la province voisine et en suivront avec sympathie les progrès.Cette rentrée à l\u2019école de la religion et de la Bible ne peut que raffermir la santé morale du pays.Il faut souhaiter ardemment que la (( révolution )) ontarienne s\u2019étende, selon la prédiction de l\u2019auteur, à toutes les provinces du Canada.Seul le vieux Québec ne pourra suivre l\u2019exemple de l\u2019Ontario, et pour cause .Depuis le jour, il y a trois cents ans, où madame de la Peltrie à Québec et Marguerite Bourgeoys à Montréal ont ouvert les premières écoles du Canada français jusqu\u2019à l\u2019année de grâce 1941, l\u2019enseignement de la religion a toujours tenu, dans son système d\u2019enseignement, la place d\u2019honneur qui lui revient.Pour s\u2019être entêté à ne pas suivre aveuglément les (( conquêtes )) de l\u2019esprit moderne, Québec se trouve une fois de plus à battre la marche des réformes qui s\u2019annoncent; lui, le retardataire nivétéré (si on le lui a dit!), il devient, par un juste retour des choses, chef de file et modèle .Plus heureux que l\u2019Ontario, notre enseignement officiel n\u2019a pas à se réadapter péniblement à une matière oubliée.Notre problème, dans le Québec, en est un de méthode et d\u2019esprit surtout.Mettre toutes les ressources de la pédagogie au service de l\u2019enseignement religieux, pour le renouveler, le rendre plus suggestif et plus mordant.Faire comprendre que le christianisme n\u2019est pas qu\u2019un code de défenses, mais surtout doctrine de vie.RELATIONS L'«INSTRUCTION OBLIGATOIRE» DANS LE PASSE Louis-C.de LÉRY, SJ.((\"1W \"TON SEULEMENT il nous faut l\u2019instruc-tion obligatoire, il nous faut l\u2019instruction ^ gratuite.Et si je ne craignais pas d\u2019aller trop loin, j\u2019ajouterais que notre système d\u2019éducation devrait être le même dans toutes les provinces et sous une direction unique et commune )), écrivait M.Paul-Gédéon Martineau dans la Patrie en 1882.Ce ((système d\u2019éducation, le même dans toutes les provinces et sous une direction unique et commune » n\u2019aurait pas été catholique, mais neutre.En effet, M.Martineau allait un peu loin.En ce temps-là le directeur de la Patrie s\u2019appelait Honoré Beaugrand.Le 26 janvier 1878, Beaugrand avait déclaré dans son journal, la République de Fall River: (( Nous sommes franc-maçon, et même franc-maçon très avancé .Nous sommes l\u2019admirateur enthousiaste des principes de la Révolution française et partisan de la Déclaration des Droits de l\u2019homme .Nous sommes admirateur et partisan des principes politiques de MM.Grévy, Simon et Gambetta.)) Les catholiques de Fall-River ne goûtant guère ce programme, M.Beaugrand s\u2019en alla fonder à Ottawa le Fédéral qui vécut cinq mois, puis s\u2019en vint à Montréal, où il prenait la direction de la Patrie, organe du parti réformiste.Là, tout en omettant sa profession de foi maçonnique, il prônait le laïcisme et vantait le crochetage des couvents des Ferry et Gambetta.Robert Rumilly, dans son Mercier, signale (( le républicanisme échevelé d\u2019Ho-noré Beaugrand, de Fréchette et de leur jeune ami, Raoul Dandurand )).Nous assistons alors à la première campagne en faveur de l\u2019instruction obligatoire.Beaugrand et Martineau en sont les champions.Les futurs partisans de cette mesure feront grand état d\u2019une déclaration d\u2019Honoré Mercier favorable à l\u2019instruction obligatoire (1881).A l\u2019occasion d\u2019une demande de subvention en faveur des Frères des Écoles chrétiennes, M.Chapleau, premier ministre, proposa de leur voter mille dollars.M.Mercier, premier lieutenant de M.Joly de Lotbinière, approuva la proposition et, dans un éloquent discours sur l\u2019instruction publique, il se déclara incidemment favorable au principe de l\u2019école obligatoire.Quelques-uns des nôtres ne mesuraient pas la portée des lois laïques que Gambetta, Paul Bert et Jules Ferry forgeaient en ces années 1880-1882.Mercier, alors, n\u2019avait pu lire ces déclarations des convents du G.O.de France: (( Le G.O., avant les pouvoirs publics, décidait que l\u2019enseignement devait être gratuit, laïque et obligatoire» (1893).((C\u2019est la Franc-Maçonnerie qui a fait passer dans la législation de la Ille République les lois militaires et scolaires» (1897).En outre Mercier, en 1880, avait ouvert une étude avec Cléophas Beausoleil et Paul-G.Martineau.Associé de Martineau depuis un an, grand ami de son voisin, Fréchette, Mercier, dans son discours de 1881, reflète leurs idées.Devenu chef de parti, puis premier ministre, Mercier, assagi par l\u2019expérience, ne parla plus d\u2019instruction obligatoire.En 1902, M.Paul-G.Martineau est devenu représentant du gouvernement Marchand à la Commission scolaire catholique et membre de la Ligue de l\u2019Enseignement.Celle-ci avait été fondée le 9 octobre de cette même année à Montréal par MM.Godfroy Langlois, Arthur Beauchesne, les docteurs Louis Laberge, Adelstan de Martigny, Gaston Maillet, etc.La Ligue de l\u2019Enseignement était fille de la Loge l\u2019Émancipation, comme la Ligue de l\u2019Enseignement française était fille du Grand Orient de France.Le 25 décembre 1895, M.Godfroy Langlois recevait la lumière dans la Loge des Cœurs-Unis, rattachée à la Grande Loge de Québec, des Ancient Free and Accepted Masons, de rite écossais.Bientôt il en sortait, en claquant les portes, parce qu\u2019il n\u2019y aurait pas trouvé assez de zèle anticlérical et, le 18 mai 1896, il fondait l\u2019Émancipation, relevant directement du G.O.de France.Celui-ci, s\u2019était vu excommunier par l\u2019Écossisme après 1877, et usant de représailles, il ouvrait des ateliers de son obédience dans les territoires soumis aux autres GG.LL.L\u2019Émancipation cachait son existence: l\u2019annuaire du G.O., après avoir publié son nom, cessa bientôt de le faire.Elle accomplissait en silence sa besogne de recrutement, de conquête des places, d\u2019attaque sourde contre nos institutions.En 1902, L\u2019Émancipation fondait la Ligue de l\u2019Enseignement, affiliée à sa sœur française et calquée sur elle.Le Bulletin trimestriel de la Ligue française de l\u2019Enseignement, xxue année, No 204, 1903, annonçait qu\u2019à la séance du conseil général de la Ligue, tenue le 18 décembre 1902, l\u2019adhésion du cercle de la Ligue de l\u2019Enseignement de Montréal (Canada), portant le No 2890, avait été acceptée.Et la Correspondance hebdomadaire de la Ligue se réjouissait en ces termes: (( C\u2019est grâce aux démarches de M.Herbette,\u2014 ceux qui dépassent quarante-cinq ans se rappellent le fameux oncle,\u2014 membre du conseil général, qu\u2019un cercle de la Ligue a pu être constitué à Montréal.Nous nous félicitons de cette création, et nous sommes convaincus que la section canadienne obtiendra bientôt d\u2019excellents résultats.» NOVEMBRE 1941 283 Fondée en 1865, en Belgique, par les Loges, la Ligue de l\u2019Enseignement était établie en France l\u2019année suivante par Jean Macé, franc-maçon rusé et actif.En 1885, au cinquième congrès de la Ligue à Lille, Jean Macé disait : (( Autrefois nous affirmions que la Ligue de l\u2019Enseignement n\u2019était pas une institution politique religieuse.Aujourd\u2019hui, il faut affirmer que la Ligue est une institution maçonnique.La Ligue est une maçonnerie extérieure.Je l\u2019ai dit cent fois dans les Loges.)) Et le F:.Lecocq, au convent du G.O.de 1900, répétait: (( Nous ne devons pas oublier qu\u2019à côté de la Franc-Maçonnerie, il y a la fille de la Franc-Maçonnerie, la Ligue de l\u2019Enseignement.)) Et le convent du G.O.de 1929 confirmait: (( La Ligue française de l\u2019Enseignement, aidée presque partout par les maçons de nos divers Orients.prépare des hommes comprenant leurs devoirs, elle les arrache à l\u2019influence du prêtre.» La Ligue canadienne se modelait sur son aînée française.L\u2019art.1er des statuts de la Ligue française disait: (( La Ligue de l\u2019Enseignement a pour but de provoquer par toute la France l\u2019initiative individuelle au profit du développement de l\u2019instruction publique.)) Et l\u2019article 1er des statuts de sa sœur cadette répétait: (( Il est fondé à Montréal, sous le nom de (( La Ligue de l\u2019Enseignement )), une association dont le but est de provoquer dans la province de Québec, par tous les moyens possibles, l\u2019initiative individuelle au profit du développement de l\u2019instruction publique.)) Dans The Year Book of Education de 1938, publié à Londres, on lit à la page 892: \u201cIn Quebec the French Catholic majority was dominated by the Church and until quite recently there was no secularist party.In 1902, however, the French lodges of Grand Orient founded the Ligue d\u2019Ensei-gnement on the model of the French Ligue, founded by Jean Macé, and started a campaign for undenominational schools\u201d.Les partisans les plus enthousiastes de la Ligue étaient son vice-président, Godfroy Langlois, rédac-teur-en-chef de la Patrie, plus tard directeur du Canada, député de Saint-Louis, enfin représentant de la Province à Bruxelles, et son secrétaire, Arthur Beauchesne, rédacteur-en-chef du Journal.La Patrie faisait une ardente réclame à la Ligue.On y lisait, en date du 22 novembre 1902: (( L\u2019honorable M.Tarte, l\u2019honorable M.Dandurand, l\u2019honorable M.Brodeur, le maire Cochrane, l\u2019honorable M.Rainville, plusieurs députés et échevins se sont empressés de se faire inscrire comme membres.» Mais l\u2019abbé Henri Bernard, qui démasqua la Ligue dans sa brochure La Ligue de VEnseignement, lui porta un coup mortel.Le concile plénier de Québec (1909) rappelle les excommunications portées contre la Maçonnerie et la Ligue de l\u2019Enseignement.Restait l\u2019Émancipation.A l\u2019occasion du Congrès eucha- ristique international de Montréal (1910), elle projeta de compromettre des prêtres étrangers, en les logeant dans des maisons mal famées.Le complot fut éventé et dévoilé en plein conseil municipal et l\u2019Émancipation sombra dans le mépris.Les révélations de noms et de faits par M.A.-J.Lemieux, dans sa brochurette de 1910, La loge l\u2019Émancipation, achevèrent de la discréditer.Il y a eu trois débats à la législature sur l\u2019instruction obligatoire: 1901, 1912, 1919.En 1901, le docteur Tancrède Boucher de Grosbois, député de Shefïord, qui \u201cwas not afraid, nor ashamed of radicalism\u201d, écrit M.Vincent dans The Right Track, publié à Toronto en 1920, en faveur de l\u2019instruction obligatoire, M.de Grosbois, dis-je, proposa un projet qui obligerait sous peine d\u2019amende les parents à envoyer leurs enfants de 8 à 13 ans à l\u2019école de leur municipalité, au moins pendant seize semaines.L\u2019honorable Adélard Turgeon, secrétaire de la Province, admit le principe de l\u2019instruction obligatoire, mais s\u2019opposa au bill, parce que, surtout, il n\u2019avait pas été soumis au conseil de l\u2019Instruction publique, dont les membres étaient qualifiés pour juger de l\u2019opportunité d\u2019une mesure aussi grave.M.Weir (Argenteuil) se montra favorable, l\u2019honorable M.Duffy, trésorier provincial, déclara qu\u2019on ne pouvait voter l\u2019instruction obligatoire sans assurer à tous la gratuité de l\u2019enseignement, et l\u2019honorable M.Flynn, chef de l\u2019Opposition, fut également opposé à la loi, qui fut rejetée par un vote de 55 contre, 7 pour.Onze ans plus tard, le docteur Finnie (Saint-Laurent, Montréal) proposa un nouveau bill qui astreignait les seuls protestants à l\u2019obligation scolaire, sous peine d\u2019amende ou d\u2019emprisonnement.Le député de Saint-Louis, M.Langlois, avait mené depuis nombre d\u2019années dans le Pays, condamné à juste titre par les autorités ecclésiastiques, une ronflante campagne en faveur de l\u2019école gratuite et obligatoire, de l\u2019uniformité des livres et d\u2019un ministère de l\u2019Instruction publique.Il appuya chaleureusement le projet en chambre.M.Bullock, protestant, le combattit.MM.Lavergne et Cousineau votèrent pour l\u2019amendement de M.Smart, protestant, qui référait le bill au conseil de l\u2019Instruction publique.M.Bouchard parla fortement en faveur de la loi, mais peu après vota contre.Le député de Lotbinière, M.Francœur, dit sagement qu\u2019il n\u2019appuierait un tel projet que si la Chambre était convaincue de l\u2019urgence d\u2019une telle mesure et que si les autres remèdes s\u2019étaient avérés inefficaces.Sir Mathias Tellier, chef de l\u2019Opposition, prouva, à l\u2019aide des statistiques officielles, que la loi était inopportune.Sir Lomer Gouin, premier ministre, prononça un des plus vigoureux discours de sa carrière parlementaire.Ce bill Finnie, observait-il, étant une loi 284 RELATIONS pénale, il convenait de ne Tédicter qu\u2019en cas de nécessité.C\u2019était aussi une loi d\u2019exception: on enlevait aux parents protestants une liberté qu\u2019on laissait aux catholiques.Or la population protestante ne semblait pas réclamer cette mesure.Plusieurs députés protestants s\u2019y étaient déclarés opposés.Le Herald l\u2019avait critiquée.Le Witness avait constaté que la loi ontarienne, sur laquelle ce bill était calqué, avait été inefficace dans environ 200 districts, à cause de l\u2019indifférence de la population, et que les devoirs des gendarmes scolaires, ajoutés à ceux des policiers municipaux, n\u2019ont jamais été pris au sérieux.Et sir Lomer concluait: (( A ceux qui sans cesse élèvent les deux mains pour protester contre le système actuel, je dis: baissez-en donc une au niveau de votre cœur et portez l\u2019autre à votre gousset pour aider le pauvre et le déshérité à profiter librement des bienfaits de l\u2019éducation; alors vous serez certains de rencontrer dans tous les foyers le concours des bonnes volontés.)) Soixante-deux députés votèrent contre le bill; six pour.L\u2019instruction obligatoire revient à l\u2019ordre du jour en 1918.M.Bouchard, le nouveau croisé de l\u2019instruction gratuite et obligatoire, de l\u2019uniformité des livres, bataille dans le Clairon.En chambre, M.Décarie, secrétaire provincial, se prononce contre le projet.Tous les députés y sont opposés et M.Bouchard reste seul sur le parquet.M.Taschereau, qui s\u2019apprête à succéder à sir Lomer, déclare en janvier 1919: (( Nous nous opposons à la coercition dans tous les domaines.)) Une requête en faveur de la contrainte scolaire, appuyée de cent signatures, est présentée, le 18 janvier 1919, à Mgr Bruchési par le sénateur Dandurand et quelques autres.(( On nous a affirmé, à Montréal, écrit M.Magnan, inspecteur général des Écoles catholiques, dans Éclairons la route, que plusieurs des signataires de la requête avaient apposé leur nom, les uns pour plaire à des amis, les autres croyant sincèrement à l\u2019étendue du mal signalé.)) A ce moment deux opinions concernant l\u2019instruction obligatoire s\u2019affrontent chez les catholiques: l\u2019une nie à l\u2019État tout droit direct de cœrcition, hors le cas où le salut public, la moralité ou le bien de la religion l\u2019auraient exigée; l\u2019autre lui reconnaît ce droit en vue du bien commun dans les conditions présentes de la société.Mgr Paquet (1909, 1916), Mgr Philippe Perrier (1912) et le père Hermas Lalande (1919) exposent les deux opinions, avec diverses nuances, et optent pour la première.Pie XI déclare dans son encyclique sur l\u2019Éducation du 31 décembre 1929: (( L\u2019État peut exiger .que tous les citoyens aient .un certain degré de culture intellectuelle, morale et physique qui, vu les conditions de notre temps, est vraiment requis par le bien commun.Toutefois .l\u2019État doit respecter les NOVEMBRE 1941 droits innés de l\u2019Église et de la famille sur l\u2019éducation chrétienne et observer, en outre, la justice distributive.Est donc injuste et illicite tout monopole de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement, qui oblige physiquement ou moralement les familles à envoyer leurs enfants dans les écoles de l\u2019État contrairement aux obligations de la conscience chrétienne ou même à leurs légitimes préférences.)) Ce degré obligatoire d\u2019instruction n\u2019exige donc pas un monopole d\u2019État, mais peut être obtenu dans des institutions soit publiques, soit privées, soit même en de rares cas à la maison.Obligation d\u2019acquérir tel degré d\u2019instruction n\u2019est pas nécessité de fréquenter l\u2019école publique officielle.Nos partisans de l\u2019instruction obligatoire et gratuite, avec uniformité des livres, que l\u2019on rencontre en 1882, 1901, 1912 et même 1919, donnaient-ils l\u2019assurance que les conditions énoncées par Pie XI seraient observées ?On retrouve parmi ces partisans de 1919 et jusque parmi les signataires de la requête présentée à Mgr Bruchési, d\u2019anciens membres de l\u2019Émancipation et de la Ligue de l\u2019Enseignement.Concernant l\u2019opinion du père Lalande, nous n\u2019acceptons certainement pas l\u2019interprétation que M.le sénateur Dandurand en a donnée récemment.Une telle interprétation, en effet, ne tient pas compte de la concession pourtant fort significative que le père Lalande fait sur la question de droit considéré en soi.Une loi d\u2019instruction obligatoire n\u2019est pas quelque chose d\u2019intrinsèquement mauvais en soi, admet-il.Cette interprétation ne dit pas non plus que le père Lalande reconnaît à l\u2019État le droit d\u2019exiger la fréquentation scolaire dans certaines conditions concrètes.Quoi qu\u2019il en soit de l\u2019opinion du père Lalande sur un point alors libre de doctrine, il n\u2019a pas eu tort en fait de combattre un projet qui ne présentait pas de garanties suffisantes et parut inopportun à toute la députation de ce temps.Les adversaires passés de l\u2019instruction obligatoire se sont toujours défiés de mesures qui ressemblaient trop aux lois scolaires françaises.L\u2019instruction gratuite, laïque et obligatoire, qui a donné à la France une jeunesse irréligieuse et penchant toujours plus à gauche, n\u2019aura pas peu contribué à son effondrement actuel.Ajoutons que la loi de fréquentation scolaire ne semble pas avoir produit les effets espérés.M.Athanase David, secrétaire provincial, à son retour d\u2019Europe (1921), affirmait à M.Magnan: (( L\u2019on peut dire, je crois, que la loi de contrainte scolaire de 1882 a fait lamentablement faillite, du moins, c\u2019est ce que l\u2019on dit en France.)) A plusieurs l\u2019instruction obligatoire apparaît la panacée, la formule magique, commode, qui dispense de réfléchir.Le problème de l\u2019éducation est autrement vaste et complexe.Il présente des difficultés insoupçonnées du profane.Ceux-là en savent quelque chose, qui s\u2019emploient actuellement à le résoudre.285 LES PÉCHEURS ET LA COOPÉRATION A.-J.BOUDREAU IA COOPÉRATION est à*V l\u2019ordre du jour.j Dans une époque difficile comme celle que nous traversons à l\u2019heure actuelle, elle prend de plus en plus d\u2019importance.Recommandée hautement par les autorités religieuses, elle est approuvée par nos plus éminents sociologues.Elle compte, parmi ses apôtres et ses défenseurs, des grands et des petits, des professionnels et des ouvriers, des hommes d\u2019État et des cultivateurs.Quelques-uns, dont les moyens d\u2019action sont plus grands, travaillent en pleine lumière; d\u2019autres, et c\u2019est le grand nombre, ont moins de rayonnement, mais dans l\u2019obscurité, dans leur petit coin, participent quand même au mouvement d\u2019ensemble coopératif.C\u2019est un travail lent et difficile, mais les effets sont visibles partout, et le but à atteindre, qui n\u2019est rien moins que la restauration de la justice sociale, vaut bien la peine qu\u2019on y mette le temps.Cet article s\u2019adresse particulièrement à ceux qui seraient portés à se décourager devant l\u2019énormité de la tâche, ou qui sous-estimeraient les possibilités de l\u2019action coopérative.Afin de lui donner plus de poids, j\u2019irai chercher un exemple de réalisation coopérative chez les pêcheurs gaspésiens.Si je mentionne la Gaspésie, ce n\u2019est pas dans le but de vanter le travail d\u2019éducation accompli par le Service social-économique de l\u2019École supérieure des Pêcheries de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, mais c\u2019est surtout dans l\u2019espoir de donner un regain de courage aux nombreux travailleurs dans le champ de la coopération par toute la province.Il y a à peine trois ans que les pêcheurs gaspésiens se sont mis à étudier sérieusement leurs problèmes.Durant cette période, ils ont fondé des centaines de cercles d\u2019étude, ils ont organisé des coopératives locales, et celles-ci à leur tour se sont fédérées pour mieux assurer leur survivance.Les Pêcheurs-Unis de Québec: c\u2019est le nom de la fédération des coopératives de pêcheurs de la Gaspésie.Cette organisation fut fondée en 1939.Elle groupe actuellement quatorze coopératives locales, avec un total de 1,899 membres.En 1940, son chiffre d\u2019affaires dépassait l|e quart de million de dollars, et pour l\u2019année en cours, on s\u2019attend de dépasser ce chiffre d\u2019au moins cent mille dollars.Si on analyse les résultats obtenus par ce groupe de pêcheurs organisés, il est facile d\u2019en tirer quelques conclusions qui pourraient peut-être profiter aux sceptiques, non seulement en Gaspésie, mais dans toute la province et chez toutes les professions.Étudions d\u2019abord les résultats au point de vue purement économique.Il s\u2019agit pour cela de jeter 286 un coup d\u2019œil sur le bilan de l\u2019année fiscale 1940.Ici, pas n\u2019est besoin d\u2019arguments; les chiffres parlent par eux-mêmes.Les coopératives ont payé aux pêcheurs pendant l\u2019année le même prix que les commerçants.A la fermeture des livres, en fin d\u2019année, après avoir mis de côté les fonds de réserve et les sommes destinées à l\u2019éducation tel que prévu par leurs règlements, elles distribuaient en ristourne aux pêcheurs au-delà de trente mille dollars.Un pêcheur de l\u2019Anse-aux-Gascons recevait pour sa part une ristourne de près de deux cents cinquante dollars.Ce vieux loup de mer, père de dix enfants, répétait à qui voulait l\u2019entendre: (( C\u2019est le premier hiver de ma vie que je pourrai passer sans avoir à m\u2019inquiéter pour la farine.)) Mais on ne juge pas la valeur d\u2019une coopérative uniquement d\u2019après son bilan.Les dollars et les sous, c\u2019est ce qui saute d\u2019abord aux yeux.Il y a cependant une foule d\u2019autres résultats, moins facilement saisissables ceux-là, parce qu\u2019ils ne s\u2019établissent pas exactement par des chiffres.Il n\u2019en sont pas moins importants.Il y a, par exemple, le côté éducatif, si bien compris par ce vieux coopérateur de Gaspé qui disait: (( La coopération, c\u2019est toute une école!)) C\u2019est bien ça! La coopération c\u2019est une^f^pspjj école éminemment pratique, parce que ses élèves sont toujours immédiatement en contact avec la dure réalité.Il n\u2019y a rien de livresque.C\u2019est à la fois une école de commerce, une école professionnelle, une école de philosophie et même une école de sciences sociales, morales et religieuses.La coopérative: une école de commerce, pour les pêcheurs.Voilà bien une phrase à faire bondir certains adeptes intéressés de la théorie qui voudrait que le pêcheur n\u2019ait pas besoin de savoir lire.Les coopératives gaspésiennes ont prouvé une fois de plus que le pêcheur peut s\u2019intéresser avec avantage au commerce de son poisson.Bien plus, le pêcheur discute très intelligemment là-dessus lorsqu\u2019on lui fournit les connaissances élémentaires.Il faut assister à une réunion de leurs bureaux de direction pour s\u2019en rendre compte.Ces travailleurs de la mer, à qui l\u2019on refusait jadis le droit de connaître les allées et venues de leur poisson après son arrivée au quai, s\u2019occupent maintenant de questions d\u2019emballage, de transport, d\u2019entreposage, de change international, de vente au détail, etc., avec un aplomb surprenant.La coopérative: une école professionnelle.Il faut d\u2019abord admettre que la profession de pêcheur ne se résume pas à tirer le poisson de la mer, ce qui serait un peu trop la simplifier.La coopérative, parce RELATIONS qu\u2019elle laisse au pêcheur la responsabilité de son poisson jusqu\u2019à la vente finale, l\u2019encourage par le fait même à améliorer ses méthodes, à se perfectionner dans sa profession.Ici encore, les Pêcheurs-Unis de Québec en ont la preuve.Il est beaucoup plus facile d\u2019introduire des méthodes nouvelles, des améliorations dans une usine coopérative, ou dans la barque d\u2019un coopérateur que dans celle d\u2019un autre pêcheur.L\u2019expérience n\u2019est plus à faire.La coopérative: une école de philosophie.Il faut avoir visité les pêcheurs avant et après l\u2019organisation d\u2019une coopérative pour se rendre compte du changement dans leur façon d\u2019envisager la vie.Dans bon nombre de paroisses, le pêcheur gaspésien versait dans le défaitisme, quand il n\u2019affichait pas un fatalisme déconcertant.La pêche ne payait pas; il vivotait en mangeant d\u2019avance des secours directs; il ne se sentait responsable de rien, et petit à petit il s\u2019habituait à cette existence.On a vu des pêcheurs dans certaines paroisses refuser de (( pousser )) leur barque au printemps.Ce n\u2019était pas de la paresse, mais du découragement.Il faut revoir ces gens-là après deux ans de coopération et de cercles d\u2019étude.Ils se reprennent à vivre; ils ont conscience de leur importance, et surtout ils ont cessé de maugréer contre tout le monde et de blâmer les autres pour une situation qu\u2019ils ont décidé d\u2019améliorer eux-mêmes en relevant leurs marchés.On peut prouver ces avancés avec des chiffres, puisque dans une seule paroisse, le nombre de pêcheurs a doublé depuis la fondation de la coopérative.La coopérative : une école de sciences sociales, morales et religieuses.Le pêcheur est humain.Or, l\u2019homme est ainsi fait que, à part de très rares exceptions, sa vie sociale, sa vie morale et sa vie religieuse dépendront largement de sa vie économique.Sitôt que celle-ci s\u2019améliore, avec l\u2019éducation, il est facile de rehausser le niveau des autres.Saint Thomas d\u2019Aquin ne se trompait pas lorsqu\u2019il disait: (( Il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu.)) Au point de vue social, il est évident que le frottement des coudes occasionné par les fréquentes réunions, et surtout la réalisation d\u2019intérêts communs et l\u2019esprit de fraternité qu\u2019établit une coopérative, ne peuvent qu\u2019améliorer et embellir les relations.SIGHES DES TEMPS FRANCE CONTINUE .LA plus dangereuse erreur est de croire que le passé d\u2019une institution, si sainte soit-elle, assure automatiquement sa grandeur et son avenir; de croire qu\u2019un titre, parce qu\u2019il est ancien, demeure vénérable; de croire qu\u2019une formule hier heureuse et féconde résout encore les problèmes d\u2019aujourd\u2019hui.Tout ce qui est du temps est emporté avec lui: tout être doit sans cesse mourir et renaître s\u2019il prétend compter parmi les vivants.Toute vérité doit être chaque jour repensée.Toute incarnation même du Divin doit chaque jour se renouveler dans les âmes jeunes et vives.Il faut qu\u2019une nation, si elle ne veut pas disparaître parmi les mortes, trouve en elle- NOVEMBRE 1941 Quant à la morale, je laisse la parole à un curé gaspésien qui disait: ((Je ne sais pourquoi, ni comment, mais je sais que la contrebande par mes pêcheurs a diminué d\u2019au moins 75% depuis qu\u2019ils ont leur coopérative.» Par ailleurs, les curés de paroisses coopératives se félicitent de l\u2019augmentation des recettes à l\u2019église.Ce que je viens de dire s\u2019applique, il va sans dire, à ces coopératives où l\u2019éducation se poursuit activement.Sans l\u2019éducation, on n\u2019a pas le droit d\u2019attendre des résultats, mais avec elle, tout est possible.C\u2019est parce que les coopératives des pêcheurs sont sorties des cercles d\u2019étude qu\u2019elles justifient les plus belles espérances.L\u2019œuvre accomplie par les Pêcheurs-Unis de Québec ne peut pas et ne doit pas être comparée aux services payés rendus par les commerçants ou compagnies de poisson.Les commerçants eux-mêmes admettent qu\u2019ils (( ne peuvent arriver avec les coopératives )).Et cependant, ils considèrent simplement la question du revenu du pêcheur.Les Pêcheurs-Unis de Québec ont un programme bien plus vaste: c\u2019est non seulement l\u2019augmentation sensible des revenus, mais aussi la mobilisation complète des forces intellectuelles de tous les pêcheurs et, partant, une renaissance morale et sociale de la Gaspésie! Il va sans dire que la situation du pêcheur gaspésien n\u2019est pas encore très brillante.Tout est à refaire, à reprendre dans une région qui a été soumise, pendant des générations, au pire système de démoralisation et d\u2019exploitation jamais inventé.Cependant, les débuts sont prometteurs et, quand on regarde le chemin parcouru en trois ans, on a le droit d\u2019attendre de magnifiques résultats dans l\u2019avenir.Ce que des pêcheurs ont réussi à faire, dans les pires conditions possible, grâce à l\u2019aide tout à fait justifiable des pouvoirs publics, toutes les autres classes de la société peuvent l\u2019imiter.Le travail sera plus ou moins long et difficile selon la préparation coopérative dans une région donnée (en Gaspésie, on y préparait le terrain depuis près de vingt ans), mais les résultats ne manqueront pas de récompenser les efforts persévérants.même le courage de revivre perpétuellement son passé, d\u2019incarner à nouveau son âme et son génie dans des œuvres jaillissantes.Et comme elle doit sans cesse produire ses nouveaux fils, conquérir sa terre et la féconder à chaque saison, découvrir de nouvelles richesses, renouveler son industrie, s\u2019assurer de nouveaux marchés, elle doit pardessus tout, dans un effort incessant, mériter la confiance du monde par les services qu\u2019elle ne cesse de lui apporter.Un être vivant est une lutte sans arrêt contre la mort.C\u2019est une création perpétuée par un vouloir-vivre qui n\u2019admet pas de défaillance.Il faut savoir si nous sommes capables de ce gigantesque effort de qui dépend notre existence demain.Paul Doncoeur [La Cité nouvelle] 287 LES PIOHHE UN PÈRE DÉFEND SES ENFANTS Emile GERVAIS, S.J.EN JUIN 1939, je remplaçais le curé de Corbeil à la pouponnière Dionne pour la messe hebdomadaire aux jumelles et à leurs parents.Au déjeuner en famille, servi gentiment par les deux aînées, Rose et Thérèse, nous causions évidemment des petites.Le papa souriait de cet air mystérieux qui dissimule des pensées intimes.La mère, plus loquace, s\u2019arrête tout à coup, et regardant vers la pouponnière, dit cette parole que je n\u2019oublierai jamais:\u2014 Mon Père, je ne serai heureuse que le jour où j\u2019aurai mes petites avec moi et à moi.Cette parole me revint l\u2019autre jour quand je lus le fait divers: \u2018Les jumelles Dionne rendues à leurs parents\u2019.Dieu soit béni! Maman Dionne possède enfin ses chères petites avec elle et à elle .L\u2019histoire des jumelles a fait l\u2019objet de bien des légendes et commentaires, leur naissance en particulier.Les faits sont simples.Le 27 mai 1934, madame Dionne veille seule à la maison; les enfants sont couchés, et son mari est à la recherche d\u2019une servante pour aider sa femme.Tard dans la nuit, elle ressent les (( grandes douleurs )).Enfin voilà M.Dionne! Il court chercher Mme Legros d\u2019abord, Mme Lebel ensuite.Ces deux témoins de l\u2019événement vont nous renseigner.Dès leur arrivée elles s\u2019empressent autour de la mère.C\u2019est elles qui l\u2019assistent pour les trois premières jumelles: Yvonne, Annette, Cécile; le docteur Dafoe arrive pour les deux dernières, Emilie et Marie.Les bébés respirent à peine et sont si petites.Les sages-femmes les baptisent et les maintiennent en vie au prix de soins infinis.Vivront-elles une journée seulement ?Dans l\u2019histoire de la médecine, on ne connaît que 65 cas de quintuplés qui aient vécu, et quelques heures seulement la plupart du temps.(( Mme Lebel, note Mme Legros dans son témoignage, demande au docteur, si nous devions enduire de nouveau les bébés d\u2019huile d\u2019olive chaude?)) Il répondit: «Faites comme bon vous semblera.Ce n\u2019est guère nécessaire, car tous les bébés vont mourir .)) Il ajouta par la suite que le premier bébé, Yvonne, vivrait peut-être, mais que les autres mourraient .« Je me base sur des cas précédents de ce genre.Jamais les bébés n\u2019ont vécu.)) Après son départ, nous continuâmes de donner nos soins aux bébés.)) A la mère aussi, qui passa par des crises mortelles.Et ainsi jusqu\u2019à l\u2019arrivée, vers cinq heures du soir, de la garde Leroux, qui prit la direction de tout.Voilà comment les jumelles sont nées et comment elles furent sauvées, ainsi que leur mère, par la 288 ténacité de deux mamans de chez-nous.Événement qui rend les Dionne célèbres dans le monde entier.Événement aussi qui les jette dans une lutte, commencée pour de bon avec la loi Croll.En mars 1935, un membre du cabinet ontarien, M.Croll, propose à la chambre An act respecting the guardianship of the Dionne quintuplets.En une semaine, ce bill subit les trois lectures et devient loi.Imaginez la stupeur des Dionne! La loi Croll est une loi d\u2019exception, d\u2019après les précisions mêmes données aux députés: \u201cThe birth and survival of the Dionne quintuplets in Ontario have created a very unique situation which demands special treatment at the hands of the Legislature .The circumstances require a novel treatment and existing legislation and jurisdiction of the Courts is inadequate for the purpose.\u201d Loi draconienne, que seules des circonstances d\u2019une exceptionnelle gravité peuvent expliquer.Elle accorde au gouvernement des pouvoirs très étendus.L\u2019article 7 prévoit que les droits naturels du père des jumelles seront subordonnés aux décisions du gouvernement \u201cin all things and for all the purposes in relation of the said advancement, education, welfare and protection of the said children and each of them, and as to their custody, residence, care and attention\u201d.L\u2019article 8 refuse à tous le droit d\u2019emmener les jumelles même en voyage, contre la volonté des gardiens.Elle comporte des lacunes graves.L\u2019article 7, par.2, sauvegarde la foi et la religion des jumelles, mais ne dit pas un mot de leur langue maternelle ni de leur éducation française.Quelles que soient les bonnes intentions souvent exprimées et prouvées des auteurs de la loi, elle laisse la porte ouverte à des abus de pouvoir.L\u2019article 3 porte au par.5: \u201cThe said active guardians may act by a majority of them, notwithstanding the absence, illness, vacancy in office or refusal to act or concur of the other or others of such active guardians.\u201d II suffit que deux gardiens se liguent pour imposer au troisième leurs quatre volontés.De l\u2019interprétation et de l\u2019application de cette loi par les personnes qui en ont été chargées, sont nées toutes les difficultés auxquelles la famille Dionne s\u2019est trouvée en butte au cours des années qui ont suivi.Sur le conflit des intérêts qui se sont disputé l\u2019âme et le corps de ces enfants se greffent toutes les peines et les angoisses endurées par les parents.Déjà la loi elle-même leur paraît bien dure.Parents soucieux de leurs devoirs, époux vivant en harmonie, éducateurs soigneux, citoyens paisibles, RELATIONS qu\u2019ont-ils fait pour qu\u2019on les traite ainsi?La loi parle de circonstances exceptionnelles.Les Dionne l\u2019admettent: une certaine intervention de l\u2019État s\u2019impose.Les jumelles réclament des soins scientifiques, et il faut les protéger contre des ravisseurs possibles.Aussi les Dionne sont-ils prêts à accepter un certain contrôle de l\u2019État, à partager avec lui la responsabilité de soigner et de protéger les jumelles.Mais cela requiert-il d\u2019enlever pratiquement aux parents tout pouvoir sur leurs propres enfants, comme le suppose la loi Croll ?La rumeur publique se charge de répondre: (( Parents ignorants et grossiers, incapables d\u2019élever convenablement les jumelles.Parents sans tête et cupides, prêts pour de l\u2019argent à risquer la vie des jumelles en les livrant aux organisateurs de spectacles, voire à s\u2019exhiber eux-mêmes à la curiosité populaire.)) Accusations injustes.M.et Mme Dionne ont élevé cinq enfants d\u2019une façon digne de parents chrétiens.Les aînés feraient l\u2019orgueil de bien des familles.Les parents ne furent ni des ignorants ni des gens sans manières.Madame Dionne a quitté, il est vrai, l\u2019école à 11 ans, pour venir prendre la place de sa mère, et aider la grand\u2019mère Demers à soigner une maisonnée de quatre grands garçons.Mais elle a hérité de sa mère, avec une beauté naturelle sans apprêt qui fera l\u2019admiration des journalistes, le goût de la propreté, des belles choses et de la fine couture.Elle possède un jugement sûr.Les cinq années passées à l\u2019apprentissage domestique lui assurent une connaissance pratique très utile.M.Oliva Dionne a fréquenté l\u2019école élémentaire et la High School, il possède l\u2019anglais comme le français, il est un maître mécanicien et un fermier débrouillard, au beau revenu de $1,000 dans les bonnes années.On dit encore que les Dionne ont perdu la tête et consenti pour de l\u2019argent à s\u2019exhiber eux-mêmes ou à laisser exposer les jumelles.En effet, M.et Mme Dionne ont signé deux contrats de ce genre.Le premier, tout au début, fut conclu entre Dionne seul et un promoteur pour une tournée d\u2019exposition des jumelles.Notons pourtant que M.Dionne force le promoteur à introduire une clause qui protège les petites: rien ne se fera sans la permission expresse du docteur Dafoe.Ce qui compte, par-dessus tout, c\u2019est le bien des jumelles! Un autre contrat, signé plus tard, ne regarde que les parents.On crie au scandale.Or voici le témoignage du journaliste J.C.Furnas, dans le Ladies\u2019 Home Journal de février 1940: \u201cPresently they signed another contract paying $2,500 a week of personal appearances of Oliva and Elzire in Midwest movie theatres.Cheap exploitation of their new fame, said the developing anti-Dionne faction, lead off by the Premier of Ontario.Desperate need of money to care for the twins, said the pro-Dionne group; for all Dionne knew then, he would eventually have the burden of their support.The Management made the business mistake of keeping it dignified .the act lost money\u2014\u2022 except in South Bend Indiana where it was bally-hoed in the best six-legged-calf fashion.\u201d Les Dionne sont aussi désintéressés que modestes: ils refuseront même une offre de $100,000! La loi est très sévère.Les parents, aussitôt revenus de leur stupeur, se mettent en frais de la combattre.Ils s\u2019aperçoivent vite de leur impuissance.On ne leur donne même pas la permission de se défendre devant les députés, constitués juges entre eux et leurs enfants.Il leur reste à lutter autour de l\u2019application de cette loi.Ils se butent d\u2019abord aux gardiens nommés par le gouvernement pour collaborer avec Dionne en vue de l\u2019application de la loi.Ces messieurs n\u2019ont peut-être pas mauvaise intention .Mais on doit leur reprocher d\u2019ignorer les volontés du père et même de ne pas le consulter en des questions d\u2019importance.Et puis il y a la meute des profiteurs de tout poil : producteurs de cinéma, organisateurs de programmes radiophoniques, journalistes de toutes couleurs, photographes entreprenants, agents de publicité désireux d\u2019obtenir pour leurs clients le patronage des Quints et des tuteurs, coulissiers politiques, commerçants et brasseurs d\u2019affaires.Autour de la pouponnière on fait des millions ! Callander, station inconnue autrefois sur la ligne du Pacifique Canadien, est devenue une ville florissante.Le gouvernement ontarien retire, bon an mal an, entre 5 et 10 millions de taxes avec la seule vente de l\u2019essence aux touristes, qui affluent parfois au nombre de 6,000 par jour.Les particuliers pendant sept années ont accumulé au moins $50,000,000! Contre eux tous, M.Dionne défend ses enfants.Leur santé d\u2019abord.Sans doute le docteur Dafoe et les gardes-malades, aidés de partout, ont-ils accompli des prodiges pour sauver la vie des jumelles et leur procurer une bonne santé.Les Dionne le reconnaissent.Mais certains abus se glissent à la pouponnière, et les parents s\u2019inquiètent.Surtout quand ces abus durent des semaines, des mois, des années, comme par exemple les expositions quotidiennes au public.Quatre fois par jour, dans les débuts, deux, plus tard, les jumelles doivent (( donner leur numéro)); on les oblige à jouer sans arrêt.L\u2019été, le soleil plombe dans la cour fermée, telle une renardière, sans une brise rafraîchissante.Une fois les jumelles sont indisposées, l\u2019une fait 103 degrés de fièvre: il faut qu\u2019elles sortent! Sans doute, le rapport de deux médecins déclare les jumelles en excellente santé, et cela après une longue série de séances.D\u2019autre part, des témoignages autorisés affirment que ces expositions quotidiennes fatiguent NOVEMBRE 1941 289 beaucoup les enfants: une nuit l\u2019une d\u2019elles en eut des cauchemars.Les Dionne ont d\u2019ailleurs des sujets d\u2019inquiétude autrement graves.On s\u2019est ligué, semble-t-il, pour angliciser leurs petites.Les gardes-malades et les institutrices qui ont surtout de l\u2019influence sur les jumelles, sont trop souvent des anglophones; sur douze qui passent par la pouponnière en sept années, cinq seulement savent convenablement le français.Celles-ci, sympathiques aux parents, sont remerciées sans raison valable.On tente d\u2019enseigner aux jumelles, simultanément et dès leur bas âge, l\u2019anglais comme le français: méthode condamnée par les pédagogues avertis et rejetée par les Canadiens français d\u2019Ontario.Bien des prétextes sont bons à cette fin.En 1938, le docteur Blatz, spécialiste en psychologie enfantine, est mis à la tête de la pouponnière: on lui confie l\u2019éducation des jumelles.Son premier geste est de renvoyer Mlle Tremblay, sous prétexte qu\u2019elle ne collabore pas de cœur à ses expériences.Il fait venir de Toronto une de ses élèves pour enseigner aux petites les éléments d\u2019anglais indispensables au succès des études psychologiques entreprises par lui; cette tentative avorte grâce à l\u2019intervention personnelle de M.Hepburn, premier ministre, qui fait disparaître ce fameux Dr Blatz dès qu\u2019il connaît sa présence et ses agissements.Plus tard on invoque la nécessité d\u2019un peu d\u2019anglais pour satisfaire le public, le cinéma et la radio : afin de s\u2019y préparer, elles auront à la pouponnière pendant de longs mois deux gardes anglaises, contre la volonté expresse de M.Dionne.Les parents Dionne gardent le cœur de leurs enfants.Dès les débuts, ils croient remarquer que l\u2019on veut écarter la maman.Ils se plaignent même que l\u2019on tente de détacher d\u2019eux les petites, en insinuant qu\u2019ils ne sont pas des gens chics.Quoi qu\u2019il en soit, le cœur des jumelles déborde de tendresse pour maman et papa, qu\u2019elles entourent d\u2019une gentillesse charmante.Ce qui cause de nouveaux tracas aux parents.Les petites voudraient tant aller avec maman dans la maison de l\u2019autre côté du chemin.Pas moyen de les satisfaire, même un petit moment.Alors les jumelles en ont un gros chagrin et le cœur des parents saigne.Mais c\u2019est surtout l\u2019âme de leurs enfants que M.et Mme Dionne ont à défendre.Parmi les nombreuses personnes qui, pendant sept ans, viennent en contact avec les jumelles, il s\u2019en trouve dont les antécédents ou la conduite ne sont pas sans reproche .Les parents craignent l\u2019influence qu\u2019exercera sur le caractère de leurs fillettes une fortune de jour en jour grandissante.Élevées comme des princesses, loin de la chaleur d\u2019un foyer, les Quints courent le risque en vieillissant de s\u2019enorgueillir de leur million, et de mépriser leurs parents, leurs frères et sœurs moins fortunés, plus (( com- muns ».Crainte loin d\u2019être chimérique.Les expositions devant les touristes, les apparitions dans les films et à la radio comportent aussi leurs dangers, pas du tout imaginaires! Leurs chères petites.des filles de théâtre, vaniteuses, frivoles! Les parents comprennent si bien l\u2019influence des premières impressions de l\u2019enfance .On leur promet en pleine Chambre que ces séances cesseront: le 26 février 1937 M.Croll affirme: \u201cThey (les jumelles) are just entering a new stage in their development and their need is education, training and a normal family life.The ballyhoo days are over .\u201d.En défendant leurs enfants, les Dionne ont conscience d\u2019accomplir simplement leur devoir de parents chrétiens.Pourtant, sans le soupçonner peut-être, ils remplissent un rôle encore plus important: par leur conduite même, ils proclament à la face du monde entier des vérités sociales de premier ordre.D\u2019abord le principe de l\u2019autorité paternelle.M.Dionne répète souvent qu\u2019en plus de ses droits légaux de tuteur, il possède une autorité supérieure comme père légitime des enfants.Cette primauté paternelle, il a le mérite de la faire respecter dans les faits.Les Dionne revendiquent l\u2019influence de la famille : c\u2019est le milieu normal, irremplaçable pour la formation du caractère chez l\u2019enfant, et pour le développement harmonieux de ses facultés.Chose curieuse, certains psychologues haut cotés n\u2019ont pas l\u2019air de voir, dans le fait que les jumelles sont élevées comme des orphelines, un obstacle à la valeur scientifique des tests qu\u2019ils leur font subir.On note aussi qu\u2019elles sont en retard pour le langage.L\u2019un des remèdes depuis longtemps, papa Dionne le propose, sans en mesurer peut-être toute l\u2019efficacité: ramener les jumelles au foyer.On lui répond que la réunion se fera sous peu.Mais le temps passe.Il revient à la charge, et sa ténacité arrachera la réalisation de son désir.Enfin, les Dionne vengent l\u2019honneur familial.Quand le film The Country Doctor, à côté de scènes charmantes, présente au monde le portrait d\u2019un papa niais, miséreux, la colère dudit papa s\u2019enflamme, avec celle des gens de cœur, furieux de voir bafouer le rôle sacré de père.M.Dionne ne se contint plus lorsque le docteur Dafoe se fit octroyer par le club des Saints and Sinners de New-York le titre de \u2018Doctor of Litters\u2019, expert ès \u2018Mass Deliveries\u2019, dans une scène qui tournait en ridicule non seulement la personne du docteur, mais celle du père des Quints.Qui blâmera M.Dionne d\u2019avoir intenté un procès en libelle au docteur Dafoe?Les valeurs que les Dionne défendent contre de puissants adversaires sont telles que l\u2019on comprend leur ténacité.On peut se demander quels appuis ils ont dans cette lutte inégale.290 RELATIONS Les forces surnaturelles d\u2019abord.La naissance des jumelles, leur survivance et celle de la mère est un miracle de la prière.(( Madame Dionne, nous dit Mme Legros, semblait tellement faible physiquement et moralement qu\u2019elle devint très nerveuse et agitée.)) Les premières paroles qu\u2019elle m\u2019adressa furent: (( Ma tante, je ne crois pas en revenir cette fois-ci.)) Je lui dis: (( Ne t\u2019inquiète pas, ma chérie.Ne te rappelles-tu pas que ta mère te consacra à la sainte Vierge pour dix ans et que nous sommes encore durant le mois de mai.Prions ensemble afin qu\u2019Elle te vienne en aide.)) Madame Dionne me demanda alors son chapelet, que je lui donnai.)) .(( Elle continua de prier, malgré ses souffrances, jusqu\u2019après la naissance du premier enfant et ne cessa de réciter son chapelet, bien que d\u2019une voix affaiblie, durant la naissance des cinq bébés.Elle tint son chapelet étroitement serré dans sa main malgré son état de faiblesse, durant toute la journée.» La foi soutient et guide les Dionne.Chaque soir et le long du jour, maman Dionne récite son rosaire sur le chapelet donné à sa mère par le Frère André ; elle demande à la sainte Vierge de conserver les petites, d\u2019en faire de bonnes chrétiennes.Dans ses rêves, elle voit l\u2019une ou l\u2019autre religieuse ! Les Dionne ont aussi des appuis humains.D\u2019abord celui de tous les compatriotes d\u2019Ontario, représentés par l\u2019Association canadienne-française d\u2019Éducation.Depuis 1936, M.Dionne a recours à ses conseils.C\u2019est dans la crise de 1938 qu\u2019il se confie définitivement à elle.Requérant alors les services d\u2019un avocat bien connu d\u2019Ottawa, Me Saint-Jacques, il remet les intérêts des jumelles et délègue ses droits à l\u2019Association.Grâce à elle, M.Dionne remporte la victoire.Lui-même le reconnut publiquement: «Je suis heureux de dire que sans l\u2019Association je ne pourrais pas entretenir l\u2019espoir de réussir.J\u2019ai pu constater le grand prestige sighes des temps CENTRALI UNIFIER n\u2019est pas unir.Unifier est de l\u2019ordre matériel; unir, de l\u2019ordre moral.On unifie les choses, mais on unit les êtres, et souvent unifiant les choses, on désunit les êtres.On peut unifier un pays jusqu\u2019à lui donner l\u2019apparence administrative et politique de la plus complète unité, mais ce n\u2019est qu\u2019une apparence et, si elle déguise des mécontentements, des souffrances, des désunions, elle n\u2019est qu\u2019un mensonge: un sol qui a l\u2019air solide et qui est entretenu comme un jardin, mais sous lequel il s\u2019est creusé une cavité profonde.Il est facile d\u2019unifier: il n\u2019y faut que des légistes, des ronds-de-cuir et des gendarmes; mais il est difficile d\u2019unir: il y faut de l\u2019intelligence, du cœur et de la volonté.Unir ne détruit rien, mais unifier détruit quelque chose: l\u2019unité.Centraliser n\u2019est pas concentrer.Entre l\u2019un et l\u2019autre, il y a la même différence qui sépare l\u2019ordre matériel et l\u2019ordre moral.Pour centraliser la Suisse, il suffit d\u2019avoir des bureaux, mais pour opérer la concentration des forces nationales, il faut avoir des chefs.Centraliser, c\u2019est encore détruire \u2014 pour nous la plus grave, la plus irrémédiable NOVEMBRE 1941 dont elle jouit, et je puis dire que les causes dont elle s\u2019occupe sont entre bonnes mains.)) L\u2019Association procure aux Dionne des appuis dans tous les milieux.Elle sert surtout de point de contact entre les plus hautes autorités provinciales et le père des jumelles, déjouant par des interventions opportunes les plans des spéculateurs et des anglicisateurs, que les administrateurs de la loi ne voyaient pas ou qu\u2019elles encourageaient secrètement.Ainsi l\u2019an dernier, on parla de demander aux Sœurs de l\u2019Assomption des institutrices pour l\u2019éducation des jumelles et des autres enfants.Mais les circonstances et les détails du projet sont tels que M.Dionne a raison d\u2019y voir une manœuvre pour écarter l\u2019institutrice d\u2019alors, qu\u2019il estime beaucoup, et pour retarder encore une fois la réunion sous le même toit de toute la famille.Il refuse cette proposition et soumet une requête, adressée cette fois à M.Hepburn lui-même, qui résume dans une forme définitive l\u2019arrangement qu\u2019il désire.La proposition Dionne plaît au premier ministre.Ignorant les appels des intérêts financiers et autres qui grondent autour de la pouponnière, M.Hepburn la soumet au cabinet provincial, qui l\u2019accepte en entier.C\u2019est l\u2019accord actuel, conclu cette fois sous l\u2019œil d\u2019un représentant du cabinet et dans un parfait esprit d\u2019entente et de collaboration, qui redonne les jumelles à leurs parents.L\u2019enjeu de cette lutte était plus important que la personne des Dionne, plus important que la renommée du docteur Dafoe, plus important que les questions d\u2019argent et les petites affaires à conclure entre comparses.Il y allait de la santé des enfants, de leur âme française et catholique, de la dignité et de l\u2019honneur de la famille.Pour les Canadiens français, la lutte de M.et de Mme Oliva Dionne est une leçon et un symbole S ATI ON des destructions: celle de la confédération helvétique.Centraliser, c\u2019est agir contre notre terre et notre histoire.Mais la centralisation, elle aussi, n\u2019a qu\u2019une apparence de solidité.Force en surface, faiblesse à la base.Il suffit de frapper un seul coup au centre pour que tout s\u2019écroule.Étatiser n\u2019est point rendre l\u2019État fort, mais l\u2019affaiblir.L\u2019État devient alors un de ces obèses qui ne peuvent se mouvoir, mais qui écrasent sous eux leur propre siège.Plus augmente la compétence de l\u2019État, plus son autorité diminue.L\u2019étatisme est une tyrannie, et une tyrannie stérile.Il transforme les citoyens en assujettis.Il provoque un conflit mortel entre l\u2019État et la nation, le peuple et le régime, la légalité et la vie.L\u2019étatisme est une forme totalitaire, mais anonyme et insaisissable, car le pouvoir est partout et la responsabilité nulle part.Il est le contraire de la démocratie.Lorsque l\u2019étatisme règne, la démocratie n\u2019est plus qu\u2019un stade pour jeux électoraux: le peuple est proclamé souverain, les citoyens votent, mais les hommes ne sont plus libres.Gonzague de Reynold [Conscience de la Suisse.} 291 COMMISSION SCOLAIRE ET JARDIN BOTANIQUE Jacques COUSINEAU, SJ.IE JARDIN BOTANIQUE de Montréal, j appelé à devenir une miniature du monde, devait servir surtout à l\u2019éducation de la génération de demain.Aussi dès le début s\u2019avisa-t-on de le mettre à la disposition des autorités de l\u2019enseignement primaire.En juin 1936, le projet de visites d\u2019enfants dirigées avec compétence, de contacts organisés avec un milieu réel ignoré du petit citadin, visites et contacts qui seraient un complément indispensable des exposés scolaires, ce projet fut présenté au président de la Commission, M.Victor Doré, qui l\u2019agréa.On apprenait bientôt, en février 1937, que sur la recommandation du Conseil pédagogique, M.Marcel Racine, instituteur à la Commission et licencié en sciences naturelles, serait affecté l\u2019année suivante au Service des écoles au Jardin.Le travail de collaboration commençait entre la Commission scolaire et le Jardin botanique.Les enfants répondirent avec un tel empressement aux moyens de culture adaptée mis à leur disposition au Jardin qu\u2019il fallut dès 1938 augmenter le personnel enseignant.Faute de spécialistes, on eut recours aux aptitudes de deux jeunes, M.Raymond Goudreault et Mlle Cosette Marcoux, qui prirent les certificats de l\u2019Institut botanique tout en consacrant aux enfants un temps considérable.Ce travail dévoué, contrôlé par le frère Marie-Victorin et M.Jacques Rousseau, donna pendant deux ans, de 1938 à 1940, un essor remarquable à ce nouveau Service de la Commission.Les enfants dirigés dans les diverses sections du Jardin, passèrent de 800 en 1937 à 1,100 en 1938 et à 3,000 en 1939, sans compter ceux qui l\u2019hiver vinrent dans les serres prendre contact avec les plantes de renommée mondiale.Les jardins d\u2019écoliers où l\u2019on initie à la culture des légumes et des fleurs des enfants de 9 à 16 ans occupèrent d\u2019avril à septembre, dans les serres et sur le terrain, 60 élèves en 1938, 110 en 1939 et 175 en 1940.Des causeries furent données dans les écoles devant 6,000 élèves en 1938-39 et devant 9,000 en 1939-40.On eut enfin recours aux séances cinématographiques, les samedis d\u2019hiver.L\u2019assistance déborda au point qu\u2019il fallut bientôt donner cinq et six représentations par samedi; on compta 23,100 spectateurs en 1940-41.Une grande œuvre se créait qui apprendrait aux jeunes de Montréal le goût humain de la terre.Cinquante ans après Boston, quarante après New-York, à une échelle de trente à quarante fois plus petite qu\u2019à Dearborn ou à Cleveland, qu\u2019importe, elle s\u2019amorçait simplement, à la française.Les gamins de (( la ville aux clochers dans la verdure )) sauraient que cultiver fleurs, arbres, plantes utiles ou d\u2019embellissement n\u2019est pas un privilège réservé aux petits messieurs de Montreal West et de Mount-Royal, aux riches en villégiature ou aux jardiniers professionnels.La connaissance de la flore, l\u2019apprentissage de la production potagère, l\u2019habitude de vivre parmi les beautés de la nature et la pratique de l\u2019embellissement orienteraient l\u2019esprit et le goût vers de nouvelles carrières, comme l\u2019urbanisme, l\u2019architecture paysagiste, la culture maraîchère, l\u2019agronomie scientifique et variée, toute l\u2019industrie de l\u2019alimentation.Combien de vocations scientifiques, littéraires et artistiques naîtraient de ce goût d\u2019admirer normalement éduqué! Si le mouvement se développait, tout le niveau intellectuel et moral d\u2019un peuple urbain en serait haussé: on aurait plus d\u2019amateurs de jardins, plus de vie familiale à la maison, autour de la maison; parce qu\u2019une caresse de beauté aura passé sur le visage de leur enfance et que le soleil de la joie aura réchauffé leur jeune cœur, moins d\u2019hommes avanceraient dans la vie développant la fermentation de la haine et du désespoir, criminels coûteux à la société et révolutionnaires indiqués de demain.On aurait fini avec les déracinés du savoir livresque ; une méthode réaliste \u2014 jardins d\u2019écoliers épaulant les écoles ménagères \u2014 nous fournirait des consommateurs éveillés, au fait de l\u2019économie domestique, et mettrait en honneur les métiers indispensables.Ce serait un certain retour à la terre et l\u2019équilibre budgétaire, physique et moral retrouvé.Une grande œuvre, aux ressources extraordinaires pour tout l\u2019enseignement, se créait chez nous, par nous, que vient de comprendre en 1941 la Commission des Écoles protestantes de Montréal en nommant M.H.J.Scoggan, diplômé en botanique, comme chef du service de ses écoles au Jardin botanique.Un rapport récent, tout en révélant que 2,500 enfants environ représentant 80 classes des écoles protestantes de l\u2019est comme d\u2019ailleurs ont visité le Jardin au cours des six premières semaines de la présente année scolaire, notait que l\u2019étude sur le terrain ne profite pas qu\u2019aux classes supérieures où s\u2019enseigne systématiquement la botanique, mais offre pour les leçons de choses du cours élémentaire (( des facilités qui égalent déjà quoi que ce soit du genre au Canada ».Même (( des classes de géographie ont fait des visites pour observer les formes de la vie végétale aux tropiques, les plants de cactus et l\u2019habitat naturel de produits d\u2019utilité universelle, tels que le coton, le café, le sucre et le caoutchouc.Ainsi des leçons qui autrement sembleraient porter sur des matières distantes, prennent un relief de réalité )) (Gazette, 24-10-41).Une grande œuvre se créait chez nous, par nous, que ne comprenait plus la Commission des Écoles 292 RELATIONS catholiques de Montréal.A l\u2019automne 1940, au moment où les autorités rendaient hommage à l\u2019enseignement (( réaliste et pratique )), à la compétence indispensable \u2014 avec l\u2019anglais \u2014 à l\u2019effort de guerre et à notre survivance, M.Racine, spécialiste en botanique, cheville ouvrière du service scolaire au Jardin, était envoyé dans une quatrième quelconque du district No 4.Les classes de la Commission n\u2019étaient plus autorisées à se rendre régulièrement pour les visites dirigées; faute d\u2019organisation, le nombre des élèves, venus librement, tomba à 800, quatre fois moins que l\u2019année précédente.En mai 1941, on raya complètement du budget l\u2019item de l\u2019enseignement au Jardin botanique; mais, à la réunion du 10 septembre des nouveaux commissaires, M.l\u2019abbé Coursol présenta une motion en faveur de son rétablissement.La question fut vivement discutée; M.O\u2019Donnell se fit le grand leader d\u2019opposition, mais c\u2019est le double vote du président, M.Larose, qui donna le coup de grâce à l\u2019œuvre.L\u2019affaire rebondit bientôt dans le public de façon spectaculaire.Le samedi 18 octobre, les séances de cinéma éducatif devaient reprendre, du moins pour les écoliers protestants.Mais des centaines d\u2019élèves canadiens-français pénétrèrent quand même dans l\u2019auditorium et firent du chahut chaque fois qu\u2019une explication se donnait en anglais, réclamant leurs professeurs.L\u2019incident fit son tour de presse, les protestations s\u2019élevèrent de tous côtés se trompant souvent d\u2019adresse, M.le Maire déclara que la Commission scolaire devait, à son avis, s\u2019occuper de cet enseignement.Le débat s\u2019instituait devant l\u2019opinion publique tout en retournant devant la Commission.De quoi s\u2019agit-il ?D\u2019un enseignement concret complémentaire à l\u2019école, reconnu indispensable au progrès culturel des jeunes, loué par tous y compris la Commission des Écoles catholiques de 1941.D\u2019un enseignement adapté aux programmes de la Commission et donné aux élèves de la Commission dans la proportion de 90% des chiffres cités.D\u2019un enseignement à bon droit dispensé jusqu\u2019ici par des professeurs nommés par la Commission, parce qu\u2019ils sont plus à même de savoir quoi dire dans cet enseignement complémentaire et parce que tout se passe comme si les instituteurs qui amènent leurs enfants visiter le Jardin choisissaient un ou plusieurs des leurs, désignés par leur formation spéciale, pour accomplir la tâche de guide de façon permanente et plus achevée.Se demander qui paiera le salaire de ces professeurs semble superflu, tant la réponse va de soi.Que cet enseignement se donne au Jardin botanique n\u2019y change rien; la direction du Service des écoles y ressortit à la Commission, en collaboration évidemment avec les autorités de l\u2019institution.Dans ce NOVEMBRE 1941 travail à deux, c\u2019est toujours le public montréalais qui défraie les dépenses; celles qui proviennent des locaux et du matériel d\u2019enseignement, de l\u2019outillage pour jardinage et de la coopération du personnel technique sont payées par le Jardin; le traitement des professeurs reste la contribution financière normale de la Commission, la seule d\u2019ailleurs.On reconnaîtrait volontiers cette évidence, s\u2019il n\u2019y avait pas la (( politique d\u2019économie )) qu\u2019impose à la Commission un déficit annuel.On rogne alors sur les allocations aux bibliothèques scolaires et autres (( accessoires )), puis on arrive à croire que le Service des écoles au Jardin n\u2019est plus l\u2019affaire de la Commission, parce qu\u2019il coûte quatre mille dollars.Quatre mille dollars, le tiers d\u2019un contrat pour pavage nuisible à l\u2019hygiène et au sport dans une cour d\u2019école, une goutte d\u2019eau dans l\u2019ensemble de dépenses qui touchent 8 millions! Quand les enfants réclament avidement de s\u2019instruire, même le samedi et l\u2019été, quatre mille dollars suffisent pour tarir la source.Et l\u2019on parle d\u2019instruction obligatoire! Quatre mille dollars permettront de planter au Jardin botanique une grande œuvre scolaire qui pourra grandir et se ramifier, comme l\u2019organisation de Boston aux dix-sept jardins d\u2019écoliers.Ces perspectives encore lointaines consoleront peut-être les cœurs larges qui trouvent malheureux que le Jardin botanique ne se soit pas installé dans leur district, mais dans l\u2019est.Des esprits ouverts et réalistes auraient bientôt résolu ce problème psychologique.Quant au transport économique, il sera facilité par les autocars de la Commission, immo-bolisés la majeure partie du jour.La Commission protestante s\u2019en est tirée, pourquoi pas l\u2019autre ?Quatre mille dollars paraissent un obstacle si minime qu\u2019il faut voir autre chose peut-être.L\u2019impopularité manifeste du Jardin botanique en certains milieux politiques, l\u2019intention ouvertement exprimée de le supprimer d\u2019autorité ou de le laisser tomber d\u2019inanition, ces courants influeraient-ils indûment sur les refus de certains commissaires?Ils sont délégués pourtant non pour domestiquer les institutions mais pour servir la cause de l\u2019enfant dans l\u2019administration ?Mme Dorothy Thompson nous révélait récemment que depuis septembre 1939, les Anglais apprenaient à collaborer dans tous les services.Faudra-t-il attendre que les sous-marins allemands approchent de Terre-Neuve pour mettre un peu d\u2019ordre et de charité dans l\u2019incoordination chronique et la rivalité malveillante de notre enseignement ?Nous ne voulons pas croire qu\u2019il faudra une génération de jeunes durs, balayant l\u2019autre, pour pratiquer l\u2019esprit d\u2019équipe et le sens social.Non, la Commission des Écoles catholiques de Montréal fera son devoir et collaborera avec le Jardin botanique au maintien et au développement du Service des écoles si bien lancé.Nous l\u2019espérons.293 A L\u2019APPEL DES MORTS HISTOIRE DE L\u2019ÉGLISE DU CANADA T E HUITIÈME CONGRÈS ANNUEL de la Société canadienne d\u2019Histoire de l'Église catholique s\u2019est tenu à London, les 8 et 9 octobre.En attendant la publication du rapport, rappelons ici les points saillants de la réunion.Il est intéressant de noter, par exemple, la contribution apportée à notre histoire religieuse par un protestant, M.Sherwood Fox, président de la Western Ontario University.M.Fox a donné une forme littéraire, scientifique et, croyons-nous, définitive, aux longues recherches d\u2019un franco-ontarien illettré, Alexandre Arpin, sur le site exact du martyre des saints Brébeuf et Gabriel Lalemant: le fort Saint-Ignace II.Arpin avait appris par cœur les textes des Relations relatifs au fort Saint-Ignace II et exploré toute la région voisine du fort Sainte-Marie, résidence centrale des missionnaires de la Huronie.D\u2019après M.Fox, qui a scrupuleusement étudié et les textes et les lieux, le site indiqué par Arpin répond parfaitement à toutes les descriptions connues.De son côté, le service d\u2019archéologie du gouvernement fédéral a établi scientifiquement l\u2019existence d\u2019un ancien fort à ce même endroit.Dans la section française,\u2014 la seule dont nous parlerons ici,\u2014 Mgr Olivier Maurault a repris un sujet qu\u2019il avait eu l\u2019occasion de toucher déjà à Toronto en 1937: « Saint-Sulpice et la hiérarchie de l\u2019Ontario ».Viennent ensuite trois sujets d\u2019histoire régionale: M.l\u2019abbé Dolor Biron, curé de Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, a parlé du grand vicaire Dufresne, une sorte de curé Labelle, sans panache; M.O\u2019Neil, journaliste à la Tribune de Sherbrooke, a tracé avec une belle liberté d\u2019allure, le portrait de M.l\u2019abbé Pierre Girard, premier supérieur du séminaire de Sherbrooke et plus tard rédemptoriste; M.le sénateur Laçasse a rappelé, avec la vigueur et la conviction qu\u2019on lui connaît, les 75 années de lutte des Franco-ontariens du diocèse de London pour leur survivance nationale et religieuse.L\u2019étude de M.Gustave Lanctôt, conservateur des Archives du Canada, est d\u2019une portée plus générale: «Avantages de l\u2019Église sous le régime britannique».Il n\u2019a présenté cette année que la première partie de son travail: l\u2019Église sous le régime français; à la prochaine réunion, il traitera de l\u2019Église sous le régime anglais, et il tirera, sans doute, la conclusion que son titre semble déjà indiquer.En ce qu\u2019elle a de général, la thèse de M.Lanctôt est vraie: sous l\u2019Ancien Régime, après Mgr de Laval du moins, l\u2019Église du Canada fut entachée de gallicanisme.Mais il ne faudrait pas exagérer.Par exemple, l\u2019intervention du roi dans la nomination des évêques de Québec n\u2019est pas une manifestation de ce gallicanisme condamné par l\u2019Église.C\u2019est tout simplement l\u2019application au Canada du Concordat de Bologne, intervenu en 1516 entre Léon X et François 1er.Aux termes de ce concordat, le pape reconnaissait au Roi de France le droit de présentation aux évêques du royaume, tout en se réservant de ne pas donner, dans certains cas, l\u2019investiture canonique au candidat proposé.De même, affirmer que, sous l\u2019Ancien Régime, l\u2019Église du Canada était dans la dépendance absolue de l\u2019État, n\u2019est-ce pas forcer un peu la note?Enfin, jusqu\u2019à M.Lanctôt, personne ne s\u2019était avisé que le Cabinet de Westminster était le second Père de l\u2019Église du Canada.En annonçant de cette façon la seconde partie de son étude, M.Lanctôt a, pour le moins, excité la curiosité.294 AVEC OU S N S COMMENTAI RES PEUPLE MAL LOGÉ T E FINANCIAL POST du 8 novembre publie un article du Dr E.G.Faludi, éminent architecte hongrois, réfugié de guerre,actuellement conférencier à l\u2019Université de Toronto.Le Dr Faludi constate que la situation du logement au Canada est mauvaise; la guerre en a révélé la gravité et en beaucoup d\u2019endroits l\u2019a rendue désastreuse.Humiliante vérité.Quelle anomalie en effet : un peuple jeune, vivant dans un pays immense, aux ressources naturelles illimitées \u2014 bois, argile, ciment, etc.\u2014 qui n\u2019a pas encore réussi à loger convenablement ses douze millions d\u2019habitants.J^Où sont les responsables et les responsabilités.Pour avoir fermé les yeux sur ce problème, notre effort de guerre aujourd\u2019hui en est amoindri.Le président Roosevelt apprenait naguère avec effroi qu\u2019un million de jeunes recrues avaient été écartées du service comme inaptes.Serait-ce mieux chez nous, puisque \u201cthe quality of its citizens depends largely upon the quality of their homes and their environment\u201d ?Et le Dr Faludi ramasse là-dessus les vérités essentielles: taux élevés de la mortalité infantile et de toutes les maladies dans les zones d\u2019habitation insalubre; frais élevés, dans ces mêmes zones, des services de police, d\u2019hospitalisation, de protection contre les incendies; détérioration du capital humain dont la guerre nous rappelle tragiquement le rôle essentiel dans la nation.Seule une large et vigoureuse politique du logement, élaborée tout de suite pour les besoins immédiats et pour ceux de l\u2019après-guerre, peut corriger pareille situation.Elle devrait viser deux buts: l\u2019assainissement des zones de taudis et la multiplication des habitations salubres à bon marché.\u201cIt means the beginning of planning for a better way of living.Planning is money saving.No country can afford today to dispense with this economy\u201d.L\u2019INCIDENT KING EN ANGLETERRE T A PRESSE CANADIENNE a épilogué en tous sens sur la réception originale dont M.King fut l\u2019objet de la part des troupes canadiennes en Angleterre.Voici comment un correspondant de là-bas nous raconte l\u2019affaire: « Je n\u2019ai pas fait d\u2019enquête, mais mon opinion personnelle est qu\u2019il ne faut pas donner un caractère politique à la réception un peu douteuse que notre Premier Ministre a reçue en certains milieux.Les militaires se fichent copieusement des hommes politiques, et des volontaires surtout n\u2019ont rien à attendre ni rien à redouter d\u2019eux .Aussi cèdent-ils assez facilement à l\u2019envie de faire une bonne blague ou un bon chahut, surtout quand ils vont librement assister à une réunion où ils ne sont pas obligés d\u2019acclamer sur commande, comme il arrive trop souvent dans leur vie.Aussi se reprennent-ils quand ils en ont la chance!» Nous tenons d\u2019un autre correspondant d\u2019outre-mer le récit suivant, qui est la version d\u2019un officier canadien-français: «.ni la politique ni la conscription, ne sont au fond de cette manifestation.Je me réjouis qu\u2019elle n\u2019ait pas été faite par les Canadiens français ou du moins en français, parce que ceux-ci auraient pu le faire tout autant que les gens de Toronto qui s\u2019en chargèrent.Ces derniers, bons soldats, sont fort turbulents dès qu\u2019ils se débandent.Déjà au Canada ils ont ennuyé leurs officiers, causant du trouble, suscitant des rixes.A l\u2019arrière-plan de la manifestation King, il y a le mépris du militaire pour le civil.D\u2019ordinaire, pour empêcher ce sentiment de s\u2019exprimer, on tient les soldats au garde-à-vous quand il y a un visiteur qu\u2019on veut honorer, comme les ministres Power, Howe, etc., qui vinrent tour à tour.Pour M.King, on voulut faire un rassemblement populaire, un mass meeting.Il y avait tambours et clairons, mais les régiments n\u2019étaient pas formés.On avait invité les soldats à se rendre en masse au terrain des sports.Or il arriva que ce jour-là, comme presque tous les jours du mois d\u2019août, fut un jour de pluie.Au moment du discours il pleuvait à verse, tellement que les peaux de tambours en furent détendues, puis crevèrent presque toutes en séchant.Les beaux uniformes des officiers étaient détrempés.Ce n\u2019était pas pour réchauffer l\u2019enthousiasme.« Trois interruptions rapportées presque textuellement, caractérisent le sentiment qui animait les soldats.Dès le début du discours, M.King dit solennellement qu\u2019il apportait aux troupes le salut du Canada.Des]voix partirent: « Nous aimerions mieux des cigarettes.Envoyez-nous des cigarettes du Canada.» .Depuis plusieurs mois, il est difficile de se procurer des cigarettes en Angleterre.Un peu plus tard, M.King dit: « Soyez certains que vos mères, vos épouses, vos sœurs sont dans l\u2019admiration pour ce que vous faites ».Cris: « Nous ne faisons rien .Faites-nous faire quelque chose .» A la fin du discours: « Que pourrais-je faire pour vous faire plaisir?» Clameur: « Ramenez-nous au Canada! ».ce n\u2019est pas très impérialiste! .on a voulu montrer au Premier Ministre ses soldats au naturel, il les a vus.On sera plus prudent à l\u2019avenir.Je crois bien que, si M.Hanson va au camp, on ne débridera pas les troupes.Je ne crois pas que ses vues politiques ou sa ferveur naïve lui fassent trouver grâce devant les loustics, même de Toronto.T E GLAS DE NOVEMBRE est l\u2019affirmation la plus solennelle de la vie future, car il nous suggère des prières d\u2019espérance.Tandis que tintent les cloches, on croit entendre la voix de Job se mêler aux frissons des cyprès: « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu\u2019au dernier jour je me relèverai de la terre ».Dans les chapelles des cimetières, alors, on ressent la paix immense de la Messe des Morts.Requiem aeternam .Lux perpétua.La pensée des morts est porteuse de joie autant que de tristesse, elle rappelle la résurrection autant que le tombeau.Voyez les saintes femmes au matin de Pâques assises auprès de celui de Jésus pour pleurer.Lamenta-banturl Comment traduire l\u2019infinie tristesse qui s\u2019exhale de cette parole.Leur douce lamentation, sur un ton d\u2019aimante mélopée entrecoupée de sanglots, caressa longtemps la rude pierre ronde qui fermait la tombe, tandis que les soldats, interdits, regardaient en silence.Puis la tristesse fut transformée en joie et le Christ ressuscita des morts, prémice de ceux qui dorment.La victoire du Christ au matin de Pâques ! Non moins éclatante est la résurrection de l\u2019Église après les années sombres des catacombes.Au grand jour, sur la voie Appienne et sur l\u2019Ardéatine, sur la Tiburtine et la Nomentane, les cortèges de fidèles s\u2019organisèrent.On ramena à Rome les reliques des morts pour les cacher sous l\u2019autel des premières églises.Durant deux siècles et demi, on avait vécu ensemble, et cette cohabitation des vivants et des trépassés est tellement caractéristique de l\u2019Église primitive! Les inscriptions funéraires nous ont livré les premières prières des chrétiens; les peintures funéraires nous ont donné les premières images du Christ et de la Vierge, des apôtres et des prophètes.L\u2019Église est née dans les tombeaux.Le souvenir de ses morts soutient sa vigueur d\u2019aujourd\u2019hui.La prière pour les trépassés est le gage d\u2019une vie éclatante à la lumière du soleil.Lux perpétua luceat eis.Pas seulement aux morts, mais aussi aux vivants.Combien consolante est cette pensée, quand nous songeons à l\u2019Europe dévastée, à nos frères qui meurent par millions.Ils ont besoin de notre aide, car qui songe à prier pour eux.Beaucoup quittèrent ce monde dans une horrible agonie.Sous les bombes, dans les fossés le long des routes, sous la fusillade, sur le champ de bataille et dans les camps de concentration, ils moururent par le feu, le fer, le froid, la faim, les privations,les violences.Prions pour eux, car ils sont abandonnés de tous.On ne dira que de rares messes dans les cimetières de tant de régions occupées.Et dans tant de pays qui souffrent, il n\u2019y a même pas les consolations de la foi! Chinois païens, bolchéviques athées qui meurent par millions! Leurs voix nous arrivent.Priez pour nous! Priez pour nous! Nous avons tant besoin d\u2019être aidés.Prions pour ceux qui meurent durant ce terrible mois de novembre; l\u2019an dernier c\u2019était la bataille de Finlande; cette année, c\u2019est la bataille de Russie.Les morts nous appellent.Priez pour nous! Pas seulement parce que nous avons besoin de vous, mais plus encore parce que vous avez besoin de nous.C\u2019est notre sacrifice qui fera renaître le monde.De nos tombeaux, rayonnante, surgira l\u2019Europe nouvelle.Pratiquez, pendant qu\u2019il en est temps, la prière sublime, désintéressée, pour les morts inconnus.De notre côté, nous prierons pour vous, que vous jouissiez de la paix, que la lumière revienne après les ténèbres.RELATIONS NOVEMBRE 1941 295 UNE ANNEE SOUS LES BOMBES Adélard DUGRÉ, S.J.IL y a près d\u2019un an, un samedi soir, de vastes lueurs d\u2019incendie rougirent soudain le ciel au-dessus de Londres, dans la direction de l\u2019est.Placés en bordure de l\u2019immense ville, au sud-ouest, nous ne pouvions guère juger de l\u2019étendue du désastre, mais il nous paraissait formidable.La canonnade lointaine et les bourdonnements d\u2019avions, qui se prolongèrent bien avant dans la nuit, nous persuadèrent que la grande attaque était déclenchée.Nous ne nous trompions pas.Ce n\u2019étaient pas les premières incursions aériennes.Bien des fois, durant le mois d\u2019août, nous avions entendu dans les airs, accourant de lointains horizons, des escadrons invisibles qui, dans un galop de métal, fondaient sur la ville gigantesque et paraissaient l\u2019encercler.Les cris plaintifs de la sirène répandaient l\u2019alarme, et nous attendions, l\u2019œil inquiet, l\u2019oreille attentive, ce qui pourrait arriver.Après un quart d\u2019heure, une demi-heure, nous entendions revenir la bande malfaisante au-dessus de nous, à une telle hauteur que nous ne pouvions rien distinguer.Un bruit confus, au fond du ciel, coupé des saccades de la mitrailleuse, nous permettait de deviner qu\u2019elle était aux prises avec les chasseurs de la Royal Air Force.La poursuite se continuait vers la mer, puis les avions britanniques revenaient en se balançant triomphalement pour annoncer leur victoire, comme le bon chien qui regagne le foyer, encore chargé de menaces, après avoir mis en fuite les animaux errants.Ces triomphes devinrent si ordinaires, si éclatants, que les Allemands renoncèrent aux attaques de jour.Désormais, c\u2019est surtout la nuit qu\u2019ils opéreront.On m\u2019a demandé de consigner ici mes impressions personnelles sur l\u2019année que je viens de passer dans un des quartiers excentriques de Londres: c\u2019est à cela que je me limiterai.Je ne vise donc pas à donner une idée d\u2019ensemble de la bataille de Londres, ni à décrire ce qui s\u2019est passé au centre de la ville.Je dis ce que j\u2019ai vu.Dans la vaste maison que j\u2019habite, des inspecteurs nous ont dit où nous réfugier pendant les attaques.Le vieux manoir aux murs trapus, entouré de bâtisses plus récentes, était l\u2019abri tout désigné.C\u2019est là que la communauté se groupait, plus ou moins au complet.Car on se familiarisa vite avec les alertes.Les jardiniers cessèrent bientôt de suspendre leur travail; le soir, les plus curieux s\u2019enhardirent à sonder le ciel, à suivre le jeu des projecteurs et la flamme des canons.Dès le début de la guerre, les novices avaient gagné le nord, la campagne.Il ne restait plus au noviciat qu\u2019une quinzaine de pères, la plupart âgés ou malades, puis des scolastiques aux études et des frères chargés du soin de la maison, de l\u2019imprimerie, du jardin.En tout, une soixantaine de personnes.La chapelle, prêtant le flanc au sud-est, était particulièrement exposée; on évitait de s\u2019y réunir le soir.Le souper fut avancé, pour que la communauté ne fût pas au réfectoire au moment des attaques.Celles-ci commençaient d\u2019ordinaire entre 7 et 9 heures.Nous pensions d\u2019abord que les avions ne feraient que passer au-dessus de notre faubourg, et qu\u2019ils poursuivraient leur route vers le centre; nous dûmes nous rendre compte qu\u2019on s\u2019occupait aussi de nous.De plus en plus, le bruit lancinant, qui caractérise les moteurs allemands, s\u2019attardait au-dessus de nos têtes; puis nous éprouvâmes l\u2019étrange frémissement du sol durement secoué par une bombe.Dans les pieds, dans tout le corps, on sentait le coup avant de l\u2019entendre.On pouvait même juger de sa distance par l\u2019espace qui séparait la secousse de la détonation.Peu à peu, comme dans un orage électrique, les coups se rapprochèrent; puis des grappes de bombes incendiaires furent parsemées dans nos champs, tout autour de la maison.Les frères, les scolastiques, se précipitaient alors pour étouffer sous des pelletées de terre les torches ardentes.Le lendemain, on trouvait épars des cylindres d\u2019acier à culasse de plomb, de quatre pouces de hauteur, de deux pouces de diamètre, sentant l\u2019acétylène.Nous savions maintenant que nous étions menacés.Comme les alertes se prolongeaient des heures, la plupart s\u2019installèrent un lit, un matelas, un fauteuil, dans quelque coin de salle ou de corridor qu\u2019ils croyaient bien protégé.Je préférai l\u2019isolement et le silence de ma chambre à la sécurité problématique de ces dortoirs improvisés.Les formidables coups de canon ne nous laissaient guère sommeiller longtemps.Enveloppés dans des couvertures, nous attendions parfois jusqu\u2019aux petites heures du matin pour goûter un repos paisible.Aux derniers jours de septembre, après qu\u2019un avion eut longtemps tournoyé autour de la maison, un sifflement aigu se fit entendre tout à coup, se rapprochant en un crescendo rapide.Une forte secousse, un fracas de verre en éclats, de briques en dégringolade, puis rien.Une bombe était tombée sur notre terrain, entre l\u2019imprimerie et la maison du fermier.La maison s\u2019était engouffrée tout entière dans sa cave, monceau de ruines; une partie des étables, une aile de l\u2019imprimerie étaient démolies.Le fermier, sa femme, ses enfants, arrivèrent bientôt, 296 RELATIONS énervés mais sans blessures.Ils étaient sous leur abri (( Anderson )), creusé dans le jardin, recouvert de tôle ondulée et d\u2019un amas de terre; c\u2019est ce qui les avait sauvés.Mais ils ne voulaient plus y rester; ils se croyaient plus en sûreté près de nous.Ils s\u2019installèrent pour la nuit dans un parloir.Le lendemain, à l\u2019heure des messes, toute la maison fut soudain ébranlée de fond en comble: c\u2019était une bombe à retardement qui éclatait près du poulailler, sans causer de dommages.J\u2019étais alors dans la chapelle; je vis ses murs danser comme une boîte de carton sous un coup de pied.Les jours suivants, d\u2019autres bombes tombèrent dans le jardin, dans les champs, en bordure de la rue; en tout, une bonne douzaine.L\u2019une démolit une maison d\u2019œuvres où les scouts et les associations paroissiales avaient coutume de se réunir; les autres creusèrent de profonds cratères de 30 à 40 pieds de diamètre.Un peu plus tard, en octobre, vers 9 heures du soir, je venais de me retirer, quand le sifflement d\u2019une bombe me tint en suspens: elle paraissait venir très proche.Le coup fut terrible, suivi d\u2019un bruit de vitres, de briques, d\u2019ardoises, qui volaient en éclats.Je me précipitai vers le refuge commun.La poussière envahissait les corridors, nous étions touchés: (( A l\u2019aile des scolastiques )), me crie-t-on.C\u2019est au bout de la chapelle, juste à l\u2019endroit que l\u2019inspecteur a désigné comme le plus dangereux.La bombe n\u2019a fait qu\u2019effleurer le toit, l\u2019écrasant sur l\u2019étage supérieur.Nous respirons.Cette aile était abandonnée, les scolastiques occupant les salles des novices.Nous nous applaudissons de cette mesure de prudence, quand de lointains coups de sifflet attirent notre attention.On court de ce côté: trois jeunes religieux qui se trouvaient par hasard sous la couverture atteinte étaient engloutis sous les débris de poutres, de planches, de tuiles et de plâtres.L\u2019un d\u2019eux avait dans sa poche un sifflet de scout; dès qu\u2019il revint de son étourdissement, il s\u2019en servit) pour J donner l\u2019alarme.On dégage les blessés du treillis qui les enserre.On les transporte.L\u2019un d\u2019eux reste inconscient.Il meurt une heure plus tard.Les autres séjourneront à l\u2019hôpital plusieurs semaines.Le lendemain, sous la pluie et le vent d\u2019automne, la scène paraît lugubre.Des morceaux d\u2019ardoise et de verre jonchent le sol; les fenêtres béantes, la toiture ébréchée, tout annonce la désolation, comme après un incendie.' Et ce n\u2019est là, pensons-nous, que le commencement .Une dizaine de jours après, trois bombes incendiaires tombent sur la maison.L\u2019une traverse la toiture et le plafond, tombe dans une chambre de l\u2019étage supérieur, où on l\u2019étouffe promptement; les deux autres se logent sous la couverture, qu\u2019elles mettent en feu.Tout de suite, vingt pompiers improvisés, munis de chaudières et de boyaux, sont sur le toit.Les pompiers de la ville, des hommes de la NOVEMBRE 1941 Home Guard et de Y Air Raid Protection accourent et le feu est vite éteint.Des religieuses, nos voisines, furent moins heureuses: incapables de se défendre elles-mêmes, elles furent deux fois victimes de l\u2019incendie, qui dévora une grande partie de leur vaste couvent.La première fois, nos frères accoururent à leur aide et luttèrent toute la nuit contre les flammes; la seconde, le téléphone était interrompu ; le messager qui devait nous avertir fut blessé en route et transporté à l\u2019hôpital; les pompiers, occupés ailleurs, arrivèrent trop tard .Les jours suivants, notre communauté se dispersait.Les vieillards partirent, pour la campagne; les scolastiques se réfugièrent dans le nord avec leurs professeurs, pour y continuer en paix leurs études; nous restâmes une quinzaine, retenus par nos occupations ordinaires et la garde de la propriété.La nuit, les uns se blottirent au sous-sol, les autres se partagèrent les chambres du rez-de-chaussée, dans le vieux château.Ce fut l\u2019ère d\u2019une agréable vie de petite communauté, dans un domaine magnifique.Chacun eut sa demi-nuit de garde par semaine, par crainte des attaques nocturnes.Quand Londres était bombardée, le veilleur pouvait suivre le mouvement de l\u2019attaque par le bruit du canon et la lueur des bombes lumineuses ou des incendies.Cela ne manquait pas d\u2019un certain attrait.Chose étrange, ce fut la fin de nos grandes émotions.Depuis le 20 octobre de l\u2019an dernier, nous n\u2019avons reçu qu\u2019une fois des bombes incendiaires; elles brisèrent quelques vitres d\u2019une serre.Ce qui nous étonne encore aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas que les Allemands aient cessé de s\u2019attarder autour de nous, c\u2019est que, pendant un mois, ils se soient acharnés sur notre village, où les institutions les plus considérables sont, avec notre noviciat, un hôpital, trois couvents de religieuses et une église.Des centaines de bombes y furent jetées pour incendier un couvent démolir une imprimerie et quelques maisons, tuer deux personnes: notre scolastique et une jeune Française réfugiée dans une famille des environs.Après quelques semaines de ce répit inattendu, nous commençâmes à réparer les dégâts.Peu à peu les débris disparurent des abords de la maison.On rapiéça la toiture; l\u2019aile endommagée fut recouverte et protégée contre la pluie.Dans l\u2019impossibilité de se procurer des vitres, les frères remplacèrent par des planches et du papier goudronné les carreaux brisés, et nous mirent tant bien que mal à l\u2019abri du mauvais temps.Tassés dans le vieux manoir, nous nous préparions pour un hiver terrible: il fut bien supportable.Nous pensions, en effet, que nous n\u2019avions eu que le prélude de la grande offensive et que les longues nuits d\u2019hiver seraient un interminable cauchemar où la mort nous menacerait à chaque instant.Il n\u2019en fut rien, non seulement dans notre 297 quartier, mais dans l\u2019ensemble de Londres et de l\u2019Angleterre.Dès le début d\u2019octobre, un père nous avait conté que, selon un de ses amis, du bureau des statistiques, un calcul serré du nombre des incursions, du nombre des avions, du nombre des bombes, indiquait que la Blietzkrieg se ralentissait, au lieu de s\u2019intensifier.Nous restâmes sceptiques.C\u2019est pourtant ce qui arriva.En Amérique, où vous appreniez chaque matin le lieu et la durée de la dernière attaque, vous pouviez croire que tout le pays était en alarme continuelle.La réalité était autre.On a pu le constater par certains accidents regrettables: même pendant les alertes, les théâtres, les auberges, les salles de danse étaient achalandés.Les marchands reprenaient leur commerce avec ce qu\u2019ils pouvaient sauver de leur magasin en ruines.On dressait en hâte un toit temporaire, on bouchait les trous vaille que vaille, et l\u2019on continuait à vivre.Autant que possible, les femmes et les enfants étaient éloignés, mais tous ceux que retenait leur besogne faisaient leur ouvrage, y ajoutant même quelques nuits de garde par semaine.Durant le jour, quand un tirailleur audacieux venait jeter des bombes en plein cœur de Londres, on ne s\u2019énervait plus des cris de la sirène.Un jour, je passe devant un abri au moment où sonne l\u2019alarme.Un gardien invite les passants à s\u2019y réfugier : personne n\u2019y entre.Les conducteurs d\u2019autobus, laissés libres d\u2019arrêter ou de circuler, continuent leur service.Au centre de la ville, un après-midi, j\u2019attends l\u2019autobus qui me ramènera au logis, quelques minutes après le commencement d\u2019une alerte.Des cinquante voyageurs qui attendent comme moi, personne ne paraît penser aux avions.Je ne m\u2019en souviens moi-même qu\u2019en voyant, dans l\u2019embrasure d\u2019une porte, deux femmes qui scrutent le ciel d\u2019un air inquiet.L\u2019impassibilité des hommes de police devient proverbiale.La population partage bientôt leur assurance.Les gamins s\u2019amusent, durant les alertes, à imiter le sifflement des bombes qui descendent.On n\u2019est pas indifférent devant les ruines qui s\u2019accumulent; on manifeste sa tristesse, on exprime son regret, son inquiétude, plus que son indignation.Jamais je n\u2019entends un mot défaitiste.C\u2019est la guerre.On encaisse, comme de bons jouteurs.L\u2019une des raisons de ce calme pendant les alertes est, sans doute, qu\u2019on réussit à tenir les avions à une grande hauteur.Il n\u2019y eut presque pas de ces vols rasants qui jetèrent la panique sur les foules de fuyards pendant l\u2019invasion de la Belgique et de la France.Le réseau de ballons captifs et l\u2019artillerie forçaient les maraudeurs à se tenir à distance.Pour aider le moral à se soutenir, l\u2019administration prit le parti de faire disparaître les ruines: Keep the City tidy, garder la ville propre, la circulation facile, telle fut l\u2019ambition du service municipal.Il y réussit assez bien.Les escouades de démolisseurs se multiplièrent dans tous les quartiers, enlevant les débris, aplanissant le sol.Si bien que les visiteurs doivent regarder attentivement pour découvrir les traces du bombardement.Hors certaines parties plus éprouvées, Londres a gardé son visage ordinaire, la pelouse et les fleurs de ses parcs.Des murs ébréchés ou calcinés, surtout des fenêtres béantes ou fermées de papier noir, de larges vitrines réduites à quelques carreaux de fortune de planches grossières, sont les indices les plus frappants du passage de la tempête.Dans les villes moins considérables, les dégâts sont plus sensibles.Dès l\u2019entrée en gare, dès la sortie sur la rue, les ruines apparaissent.Le centre de ces villes, moins étendu, plus facile à répérer, plus souvent atteint, étale ses blessures au grand jour.Les longues nuits d\u2019hiver se firent encore plus mornes grâce à l\u2019obscuration, ce black-out impitoyable qui, en décembre et janvier, commence à 4 heures de l\u2019après-midi pour ne se terminer qu\u2019à 9 heures du matin.Sur la rue, grande difficulté pour reconnaître son chemin ou son autobus ; au logis, un sentiment de réclusion et de danger, qui saisissait facilement les âmes impressionnables.Et puis, la plupart n\u2019osaient plus coucher dans leur lit, ni même dans leur maison.On allait aux refuges.Si je n\u2019avais pas vu ces shelters, j\u2019aurais peine à croire que des millions de personnes du monde, habituées au confort, pussent dormir plusieurs mois dans de pareilles conditions.Dans les maisons particulières, la chambre aux fournaises était un abri recherché.J\u2019ai vu de ces dortoirs où l\u2019on a installé des lits superposés, comme dans les cabines de troisième sur les bateaux.Dans un carré qui n\u2019a pas vingt pieds de côté, une dizaine de personnes passaient la nuit et s\u2019en trouvaient bien.L\u2019appartement était chaud, sec, aéré.Combien n\u2019avaient pas ces avantages! Plusieurs fois je traversai des stations de Y underground où l\u2019on admettait des coucheurs.Ceux-ci avaient la jouissance d\u2019une bande de dix pieds, le long du mur auquel ils étaient adossés.Le reste du quai était pour les voyageurs.Dès 4 heures du soir, on faisait queue à l\u2019entrée du souterrain.Des institutrices y conduisaient leurs élèves.Chacun y apportait son paqueton de couvertures.A 5 heures, plusieurs avaient déjà pris place pour la nuit, serrés comme des harengs.Des mamans faisaient manger la marmaille, des écoliers tenaient un livre ouvert, des vieilles tricotaient, des hommes lisaient le journal, tous assis sur la couverte qui leur servirait de lit.Quelques-uns cherchaient à sommeiller avant l\u2019arrivée des avions.Comment pouvait-on, sans avoir les côtes moulues, passer dix, douze, quinze heures, ainsi étendu sur l\u2019asphalte ?Les jours de pluie \u2014 ce sont les plus fréquents à Londres, pendant l\u2019hiver,\u2014 on arrivait plus ou moins trempé.Et pourtant, il fallait dormir, pour reprendre son 298 RELATIONS travail le lendemain.Des règlements furent affichés pour faire cesser le bruit, prévenir l'immoralité.Les maladies contagieuses étaient à craindre.Peu à peu les conditions s\u2019améliorèrent.Des lits superposés se dressèrent le long des murs, des chars-restaurants circulèrent.N\u2019empêche qu à la suite d\u2019une sorte de plébiscite, un journaliste pouvait dire qu\u2019un des désirs les plus fréquemment exprimés, en Angleterre, était celui de dormir dans un bon lit, entre deux draps.Que nous réserve l\u2019avenir?Bien fin qui le dira.L\u2019invasion, qui paraissait imminente il y a un an, semble beaucoup moins à craindre.On en parle parfois; le public ne paraît pas s\u2019en énerver.Certains paraissent même la désirer: ce serait un moyen d\u2019en finir plus tôt.Depuis la mi-mai, les attaques aériennes se font si rares qu\u2019on en perd presque le souvenir.Je ne crois pas avoir entendu sonner trois alarmes depuis trois mois.Faudra-t-il, avec l\u2019automne, non seulement se cabaner de bonne heure, mais aussi retourner coucher aux abris, fort délaissés durant la belle saison ?J\u2019imagine que l\u2019habitude ne s\u2019en reprendra pas sans peine.Nous pouvons croire, cependant, que le courage des Anglais s\u2019élèvera vite au niveau du péril, et qu\u2019ils donneront, de nouveau, le magnifique exemple d\u2019une froide détermination à tout souffrir plutôt que de se laisser dominer.LES FOUILLES AU FORT SAINTE-MARIE j.f.McCaffrey, s.j.I\u2019ÉTÉ DERNIER, un groupe d\u2019archéologues .du personnel du Royal Ontario Museum, sous la direction de M.Kenneth Kidd, entreprirent des fouilles scientifiques sur le site de l\u2019ancien fort Sainte-Marie, près de Midland, Ontario.Ce fort était la résidence centrale des martyrs jésuites de l\u2019Amérique du Nord et de leurs compagnons chez les Hurons.On a creusé tout l\u2019été sans relâche, et bien que l\u2019approche du froid et d\u2019autres motifs aient forcé M.Kidd et ses compagnons à interrompre leur travail jusqu\u2019à l\u2019an prochain, déjà ce qui est accompli à date permet d\u2019apprécier l\u2019ouvrage et sa portée.Nous connaissons beaucoup trop peu l\u2019histoire des efforts tentés pour christianiser et civiliser la grande nation huronne: efforts qui débutèrent à l\u2019arrivée de Champlain et du récollet Le Caron, en 1615, à l\u2019endroit connu aujourd\u2019hui sous le nom de Penetanguishene dans le comté de Simcoe en Ontario, et finirent, en 1650, par le retour des missionnaires jésuites à Québec avec 300 Hurons, restes d\u2019une nation de 30,000 âmes autrefois florissante.Cette histoire fait bien ressortir un aspect de la politique de Champlain que l\u2019on néglige souvent, mais bien à tort,\u2014 car nous ne pourrions attendre un jugement adéquat sur l\u2019œuvre des Français au Canada de la part de l\u2019historien qui omettrait cette considération.Durant ces trente-cinq années, de 1615 à 1650, les Récollets et surtout leurs successeurs en 1625, les Jésuites, entreprirent l\u2019œuvre \u2014 ils la réussirent en partie \u2014 d\u2019édifier une nation indienne en Canada; et malgré l\u2019insuccès dû à la famine, à la peste et aux farouches Iroquois, le simple fait qu\u2019ils tentèrent une pareille entreprise montre bien les visées lointaines et les motifs chrétiens qui animaient les colonisateurs.Le fort Sainte-Marie abrita les missionnaires de 1639 à 1649, année où on le brûla pour éviter qu\u2019il ne tombât aux mains des Iroquois.Dans les premiers temps de la mission, les Pères vivaient dispersés dans différents villages indiens, sans poste central plus rapproché que les Trois-Rivières ou Québec; mais la trop grande solitude de cette vie et l\u2019accroissement de la mission nécessitèrent un nouvel arrangement : la construction du fort Sainte-Marie remédia à ce besoin.La résidence de Sainte-Marie, comme on disait alors, devint ainsi le premier établissement européen permanent en Ontario, de trois ans plus vieux que l\u2019établissement de Montréal.Dans ses murs se rassemblaient les missionnaires et le groupe de leurs dévoués aides laïques.Les champs des alentours servaient à ces aides pour donner aux Indiens des leçons d\u2019agriculture, pour faire des expériences d\u2019élevage, etc.De là, aussi, d\u2019autres missionnaires partaient pour évangéliser les tribus environnantes.C\u2019était là le cœur de la mission; sa chute marqua l\u2019écroulement de l\u2019œuvre en Huronie.Il y a plus qu\u2019un intérêt local aux fouilles entreprises à cet endroit, l\u2019un des plus importants parmi les premiers sites historiques du Canada, comme l\u2019a fait remarquer le docteur C.T.Currelly, directeur du Royal Ontario Museum.Voilà pourquoi il ne sera pas hors de propos de donner quelques explications sur le but visé et les méthodes employées.L\u2019objectif principal est de retracer les contours des bâtiments du fort en vue d\u2019une reconstruction possible.Il y faudra un travail long et rude.On espère aussi que le matériel indien trouvé là facilitera la détermination de dates définitives pour d\u2019autres reliques indiennes déjà découvertes par la province.Enfin, il reste la NOVEMBRE 1941 299 possibilité, lointaine peut-être mais non désespérée, d\u2019y découvrir des reliques de nos martyrs saint Jean de Brébeuf et saint Gabriel Lalemant, car une partie d\u2019entre elles aurait été enterrée quelque part dans les environs du fort.Le travail commença par un examen détaillé du sol en dedans et en dehors des fortifications.On prit le niveau du terrain et on dessina une carte topographique de l\u2019ensemble.On divisa aussi la surface du fort en carrés de cinq pieds de côté, chaque carré étant numéroté et enregistré sur la carte.Après cela, commença le creusage; d\u2019abord, une tranchée bien en dehors du fort, longue d\u2019environ deux cents pieds.Le but de cette tranchée, c\u2019était de permettre l\u2019étude du sol : sa nature, l\u2019épaisseur et la composition des différentes strates; leur disposition avant que le travail de l\u2019homme les bouleverse.On aurait besoin de tous ces renseignements pour interpréter les diverses formations de terrain rencontrées.C\u2019est en creusant cette tranchée que l\u2019on trouva une médaille de saint Ignace et saint François-Xavier, qui date très probablement de la période d\u2019occupation, sans que l\u2019on puisser préciser davantage son époque.Cette première tranchée d\u2019exploration finie, on en commença une seconde qui traversait le fort lui-même de l\u2019ouest à l\u2019est.La méthode suivie en creusant cette tranchée est des plus intéressantes et montre bien avec quel soin l\u2019on procède.Chaque carré est creusé séparément en tranches de trois pouces.Ces épaisseurs sont numérotées à tour de rôle en partant de la surface, et la terre qu\u2019on en retire est tamisée avec soin ou émiettée avec des truelles, afin d\u2019y découvrir tous les spécimens qui s\u2019y trouveraient : ossements, bois, porcelaine, pierres, verres, etc.On les collectionne soigneusement dans des sacs de papier sur lesquels sont inscrits le numéro du carré et sa profondeur.Les objets plus considérables, tels que haches, etc., sont localisés scrupuleusement ou photographiés avant d\u2019être retirés, de même que les diverses formations de terrain.Également, les taches intéressantes; et il s\u2019en présente: ainsi une poutre de bois qui a complètement pourri laissera après elle dans le sol une tache sombre que révélera un creusage soigné.Quelques-uns de ces carrés ont été creusés jusqu\u2019à une profondeur de six pieds.On ne néglige pas non plus les parois de ce tranchées.On note avec précision les changements de sol et, quand c\u2019est nécessaire, on trace un diagramme du mur du carré ou de toute une série de carrés.Jusqu\u2019à date, le quart, presque le tiers de l\u2019étendue en dedans des fortifications a été creusé de cette façon, pratiquement toute l\u2019extrémité sud.Deux des quatre tours de pierre ont été découvertes et une partie du mur du côté est.On a déjà creusé assez pour répérer le fossé qui longeait les côtés sud et ouest du fort.A l\u2019intérieur, on a trouvé plusieurs pièces de maçonnerie dont on ne peut encore préciser l\u2019utilité.Une des découvertes les plus intéressantes est une section de pallissade d\u2019environ neuf pieds de côté.Un certain nombre de poteaux portent sur des troncs d\u2019arbre horizontaux dans lesquels ils sont solidement fixés.On la considère comme une construction d\u2019architecture européenne, puisque les Indiens avaient l\u2019habitude de construire sans sablières.Les fouilles ont aussi produit une bonne quantité de bois carbonisé, et une section d\u2019environ deux pieds carrés de ce qui apparemment fut un plancher a été enlevée toute d\u2019un morceau.Ces objets, en plus d\u2019un bon nombre de haches de fabrication française, de restes de métal, de colliers, de clous et de chevilles métalliques d\u2019autrefois, de grains de chapelets, de verroterie, d\u2019un fourreau, d\u2019une portion d\u2019œuf de poule (exhibée au pavillon d\u2019aviculture à l\u2019Exposition nationale canadienne de Toronto de 1941), voilà le bilan des découvertes de cette année.A l\u2019aide de ces vestiges et de ceux que mettra à jour la poursuite du travail, les experts du musée espèrent compléter leur reconstruction.Inutile de dire que ces travaux ont suscité une vive curiosité et attiré un grand nombre de visiteurs, tant du Canada que des États-Unis.Pour apprécier justement l\u2019œuvre entreprise, il faut bien tenir compte de ce facteur.Montréal est actuellement à organiser une série de fêtes religieuses et civiques pour rappeler et honorer la bravoure et l\u2019esprit chrétien de ses fondateurs.L\u2019histoire de la mission chez les Hurons n\u2019est pas moins glorieuse et inspiratrice: elle mérite qu\u2019on s\u2019en souvienne.De plus cette trace de l\u2019influence française dans l\u2019Ontario peut difficilement manquer d\u2019apporter un lien nouveau entre les deux grandes provinces du Canada.Détail intéressant, peut-être même symbolique, les ouvriers employés aux travaux venaient tous de la région environnante, et semblaient aussi à l\u2019aise en parlant le français que l\u2019anglais.Jusqu\u2019ici les Pères jésuites de la Province du Haut-Canada ont défrayé les débours en coopération avec le Royal Ontario Museum of Archeology, qui s\u2019est porté financièrement responsable des salaires versés au personnel spécialisé envoyé sur place.Le premier ministre de la Province de Québec, M.Godbout, a manifesté son intérêt pour ces fouilles et son désir d\u2019y avoir une certaine part.Les martyrs jésuites ont récemment été nommés patrons secondaires du Canada.Il faut voir plus qu\u2019une coïncidence dans le fait qu\u2019il y ait en même temps un tel accroissement d\u2019intérêt pour leur œuvre.Fasse le ciel que ce soit là un gage de leur intérêt croissant pour leur terre d\u2019adoption et de leur intercession toujours plus bienveillante.(Traduction de Relations) 300 RELATIONS LES BIBLIOTHEQUES SCOLAIRES J.-A.BRUNET IA BIBLIOTHÈQUE est considérée aujourd\u2019hui, un j peu partout, comme partie intégrante de l\u2019école et complément de l\u2019enseignement.Les éducateurs de notre pays ont reconnu, eux aussi, la nécessité de la lecture dans la formation intellectuelle et morale des élèves.Aussi voyons-nous couvents et collèges de notre province se faire un point d\u2019honneur d\u2019offrir à leurs élèves des bibliothèques bien fournies.Bon nombre des écoles de la Commission scolaire de Montréal ont suivi cet exemple.Un inventaire, commencé en 1936, repris et terminé au début de 1939, a révélé que les 224 écoles catholiques de Montréal possédaient 97,828 volumes.Trente-et-une écoles toutefois n\u2019avaient aucune bibliothèque, et une centaine ne disposaient que d\u2019une collection insuffisante.Ces entreprises, fruits de l\u2019initiative personnelle, manquaient d\u2019uniformité; et l\u2019absence d\u2019un contrôle unique et de surveillance risquait d\u2019empêcher ces bibliothèques de produire les résultats espérés.Le président de la Commission, M.Victor Doré, maintenant surintendant de l\u2019Instruction publique, caressait depuis longtemps le projet de doter les écoles soumises à la juridiction de la Commission scolaire d\u2019une collection appropriée et d\u2019un système adéquat de bibliothèques.Son rêve a commencé de se réaliser lorsque la Commission a inauguré, en 1939, le Service des Bibliothèques scolaires.Depuis cette date, 51 bibliothèques, dont 40 de langue française et 11 de langue anglaise, ont été organisées ou réorganisées selon les méthodes modernes de la bibliothéconomie.Après une étude approfondie des conditions locales et des différents systèmes de bibliothèques en usage dans les écoles, le nouveau Service a soumis au département des Études un plan que celui-ci a approuvé.Il consistait à répartir l\u2019organisation des bibliothèques dans toutes les écoles sur une période d\u2019un certain nombre d\u2019années.Dès la première année, nous avons choisi 40 écoles, dont 20 fréquentées par des garçons et 20 par des filles.Chacun des districts de la Commission scolaire y était également représenté.L\u2019an dernier, onze nouvelles écoles étaient dotées d\u2019une bibliothèque.Dans chacune, on a établie une collection centrale, sous la surveillance d\u2019un ou de deux instituteurs désignés par la direction de l\u2019école, auxquels nous avons fourni toutes les instructions relatives à l\u2019administration.Le choix des livres, les achats, le travail de classification, de cataloguement et d\u2019estampillage, se font par le Service des bibliothèques.Pour la classification, nous avons adopté le système décimal de Dewey.Dans l\u2019organisation, tous les principes qui gouvernent l\u2019administration d\u2019une grande bibliothèque ont été respectés dans la mesure du possible.Chaque école reçoit un catalogue sur fiches, par auteurs et par titres, et, dans les cas des biographies, par sujets.Nous conservons au bureau des Bibliothèques scolaires un double de ces catalogues, ainsi qu\u2019un catalogue d\u2019inventaire.La bibliothèque de chaque école comprend un nombre de volumes proportionnel à l\u2019inscription, à raison d\u2019environ 1.5 livre par élève; de ce fait, les 51 bibliothèques organisées à date possèdent 30,525 volumes pour environ 18,000 élèves.Tous les élèves de l\u2019école, de la 5e à la 10e année inclusivement, ont accès à la bibliothèque au moins une fois par semaine, aux heures fixées par la direction de l\u2019école.L\u2019absence de local central et de périodes de lecture, le coût élevé des livres pour les tout jeunes enfants, l\u2019impossibilité, par suite de la guerre, de se procurer un nombre suffisant de livres d\u2019images, nous ont forcés, bien à regret, à exclure pour le moment les enfants de la 1ère à la 4e année.Pour alimenter les bibliothèques, j\u2019ai dû faire un choix d\u2019environ 3,000 titres de livres français et anglais convenables aux élèves.Il s\u2019agissait de former une collection où il y aurait sans doute des ouvrages de fiction, mais où figureraient aussi des livres religieux, de vulgarisation scientifique, d\u2019histoire, de voyages, etc.Il fallait choisir des livres susceptibles d\u2019intéresser des lecteurs de sexes différents, dont l\u2019âge varie de neuf à seize ans, et tenir compte du programme d\u2019études.Tous ces livres devaient être irréprochables aux points de vue religieux et moral.Je me suis imposé comme règle de conduite d\u2019éliminer sans merci les ouvrages composés par des auteurs dont la majorité des écrits est mauvaise ou de valeur douteuse, même quand ces ouvrages étaient jugés bons pour les enfants par Sagehomme ou par Bethléem.La guerre qui nous a empêchés d\u2019avoir assez de livres pour les tout jeunes, a aussi rendu impossible l\u2019importation de près de la moitié des titres choisis, livres de vulgarisation en majeure partie.Pour le contrôle du prêt à domicile, j\u2019ai établi un système qui se recommande par sa simplicité, sans rien perdre de la rapidité et de l\u2019efficacité de systèmes plus complexes.Il comporte, pour chaque élève, une seule fiche qui reste toujours entre les mains du bibliothécaire.Celui-ci y inscrit le nom, l\u2019âge, la classe et l\u2019adresse de l\u2019élève, le titre de l\u2019ouvrage emprunté, la durée du prêt et la date du retour.Ce procédé permet de retracer facilement les livres prêtés, et constitue un dossier qui nous renseigne sur les lectures des écoliers.L\u2019examen de ces fiches nous a révélé les goûts et les préférences des élèves.Comme les enfants d\u2019aujourd\u2019hui diffèrent peu de ceux d\u2019hier! Les contes de fées, les histoires du chanoine Schmid charment encore les cadets.Les aînés dévorent les récits d\u2019aventures de Jules Verne, du capitaine Mayne-Reid, la série Aventures et Voyages.Les fillettes se délectent aux histoires de la Bibliothèque de Suzette; les grandes demoiselles donnent leur préférence à la Bibliothèque de ma Fille.Aigue-perse, Delly, Maryan, de Coulomb, Alanic, qui ont charmé la jeunesse de nos sœurs et de nos épouses, bercent aujourd\u2019hui encore les rêves de nos filles.Les biographies sont aussi en vogue chez les plus grands: vies de savants, d\u2019explorateurs, de militaires chez les garçons; vies de femmes illustres, chez les filles.Inutile de dire que le corps professoral a fait le plus chaleureux accueil à cette heureuse initiative.Principaux et instituteurs ont rivalisé de zèle pour en assurer le succès.Les statistiques pour l\u2019année 1940-1041 en sont l\u2019éloquent témoignage, comme aussi dte l\u2019intérêt suscité chez les élèves.Elles nous révèlent en effet que dans les 38 bibliothèques qui ont été en opération au cours de cet exercice, une moyenne de 8,057 ont fréquenté chaque mois la bibliothèque.Ils ont emprunté 168,470 volumes au cours des huit mois pendant lesquels les bibliothèques NOVEMBRE 1941 301 sont restées ouvertes, soit une moyenne mensuelle de 2.6 livres par élève.Ces résultats, consolants et d\u2019un heureux présage, témoignent de l\u2019avidité de notre jeunesse pour la lecture.Sans doute, notre système de bibliothèques est bien éloigné encore de la perfection qu\u2019il atteint chez nos voisins américains.Nous déplorons surtout l\u2019absence de salles de lecture: l\u2019insuffisance des locaux nous a forcés dans presque toutes les écoles à loger les rayons de la bibliothèque dans les corridors ou les salles de récréation.Partant, pas de périodes de lecture à l\u2019école et obligation de restreindre l\u2019accès à la bibliothèque.Malgré ces imperfections forcées, l\u2019œuvre est commencée.Il n\u2019y a plus qu\u2019à la développer, aussi rapidement que possible, pour le plus grand bien des enfants de nos écoles.LE CINÉMA Jean VALLERAND UNE ENQUÊTE se poursuit actuellement aux États-Unis sur l\u2019industrie du cinéma.Quelques sénateurs et quelques membres du Congrès ont accusé les compagnies cinématographiques de faire servir quelques-uns des films qu\u2019elles produisent à des fins de propagande participationniste.Un comité d\u2019enquête a été nommé; c\u2019est M.Wendell Wilkie qui s\u2019est fait le défenseur des compagnies mises en cause.Wilkie et ses collègues nient catégoriquement qu\u2019une quelconque propagande participationniste ait été tentée par l\u2019intermédiaire du cinéma.Même s\u2019il était vrai, disent-ils, le fait serait parfaitement justifiable et justifié.Les avocats du diable affirment, au contraire, que l\u2019on a vu, ces derniers temps, se multiplier les films nettement destinés à suggérer aux cinéphiles américains la nécessité de la participation active des États-Unis dans le conflit.Les moyens de vérification nous manquent pour trancher la question.Les cinq ou six films tendancieux montrés sur des écrans montréalais ne permettent pas un jugement définitif sur la question.Il nous faudra attendre, pour édifier une opinion, que les résultats de l\u2019enquête américaine soient publiés.Toutefois, si l\u2019on ne peut affirmer sans témérité les intentions participationnistes de quelques firmes cinématographiques,\u2014 ce qui serait parler sans preuves,\u2014 on peut facilement constater qu\u2019au cours des derniers mois les écrans montréalais ont présenté plusieurs films américains tournés, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, à titre de pamphlets contre l\u2019Allemagne nazifiée.Personne ne peut nier à des compagnies faisant affaires en pays démocratique, le droit de fustiger par le cinéma les horreurs païennes du nazisme.Qu\u2019il s\u2019agisse ou non de propagande, que médiatement ou immédiatement les spectateurs de ces films en viennent à souhaiter que les Etats-Unis déclarent la guerre à l\u2019Allemagne, le principe sur lequel s\u2019appuient les directeurs des films en question demeure hors d\u2019atteinte: le film comme le livre ou le journal peut combattre une idéologie dangereuse.Aussi l\u2019enquête américaine ne porte-t-elle pas sur le principe lui-même, principe dont personne ne songe à mettre en doute la légitimité.Les enquêteurs cherchent à savoir si l\u2019industrie du cinéma ne se serait pas acoquinée à une vaste entreprise qui, basant sa propagande sur un beau principe, aurait en vue des résultats plus pratiques que la simple défense des droits démocratiques.L\u2019enquête revêt donc un cachet d\u2019importance considérable et, non seulement les amateurs de cinéma, mais tous ceux qu\u2019intéresse l\u2019évolution de notre société \u2014 et ce devrait être tout le monde \u2014 attendront avec impatience la publication des résultats de l\u2019enquête sur l\u2019industrie du cinéma.Ces résultats permettront par la suite de mieux diagnostiquer la signification réelle de la température guerrière de nos voisins du sud.LYDIA Le grand cinéaste français Duvivier, qui nous avait déjà donné ces chefs-d\u2019œuvre que sont Golgotha et Le Carnet de Bal, travaille désormais pour le compte d\u2019une société cinématographique américaine.Le film Lydia, présenté au cours du mois dernier sur un écran montréalais, porte la marque de Duvivier.Les cinéphiles de langue française n\u2019ont pu s\u2019empêcher de remarquer la parenté évidente qui existe entre Lydia et Le Carnet de Bal.Comme Le Carnet de Bal, Lydia raconte l\u2019histoire d\u2019une femme qui, vieillie, retrouve ses anciens prétendants et analyse avec eux ce qu\u2019a été sa vie en leur compagnie.Les caractères sont bien définis, bien tranchés, trop peut-être: on rencontre peu ou pas, dans la vie, de personnages aussi catégoriquement prototypes.Une interprétation de premier ordre, des éclairages et un découpage parfaits font de Lydia un film qui, pour n\u2019être pas un chef-d\u2019œuvre transcendant, n\u2019en demeure pas moins de très belle qualité.NEW WINE Au cinéma, Schubert a été bien souvent « magané )) comme disent nos habitants.Jamais autant qu\u2019ici.On m\u2019a reproché vertement mon intransigeance au sujet des biographies filmées de musiciens.Elle ne m\u2019est inspirée par aucun parti-pris: il existe une chose qui s\u2019appelle la vérité historique et les musiciens ont droit, comme les héros de l\u2019histoire politique, qu\u2019on la respecte pour eux.La vie d\u2019un homme, et les musiciens sont des hommes autant que quiconque, est chose sacrée.Si cette vie est répréhensible, qu\u2019on ne cherche pas d\u2019excuses: cela se doit.Mais également, que d\u2019une vie de travail et de sacrifices, on n\u2019aille pas faire une ridicule histoire d\u2019amour.Il existe, dans la vie de chacun des grands artistes, assez d\u2019événements nobles pour donner matière suffisante à tous les films.Pourquoi inventer ?New Wine est un film mal fait.La musique de Schubert y reçoit une exécution qui en dénature complètement le sens.Une seule figure attachante: Beethoven, incarné de façon magistrale par Bassermann.L\u2019HOMME QUI CHERCHE LA VÉRITÉ Cette histoire n\u2019est pas neuve: doutant de la vérité morale et humaine de ceux qui l\u2019entourent, un homme simule la surdité.Il peut alors découvrir toutes les mesquineries, les mensonges et les trahisons qu\u2019on lui cachait sous un respect feint.Tel qu\u2019il est, ce film captive sans difficulté l\u2019attention.Grattez un peu la surface brillante et vous ne trouverez que carton-pâte.L\u2019homme qui cherche la Vérité fait partie de cette catégorie de films que l\u2019on n\u2019aime que parce qu\u2019ils sont défendus par un grand artiste.Il faut aller voir L\u2019homme qui cherche la Vérité parce que Raimu y tient le premier rôle.Et Raimu est un des plus grands acteurs de l\u2019écran français # 302 RELATIONS HORIZON INTERNATIONAL RUSSIE T \u2019URSS ET LA RELIGION.Le 3 ^ octobre 1941, le père John Ryder décida d\u2019écrire une lettre au président Roosevelt, \u201cAn open letter to the President\u201d.Le père Ryder, connu sous le nom de père Ioann, fut ordonné prêtre à Rome dans le rite byzantino-slave en 1934.Il travailla quelque temps aux Lettres de Rome, partit pour l\u2019Estonie, vécut à Narva en élevant des poules et en cultivant des pommes de terre.Il vint en 1939 en Angleterre pour quêter un peu, fit des conférences retentissantes sur la Russie, puis partit pour Los Angeles, où il est curé de l\u2019église russe de Saint-André.Il rédige une publication bilingue sous le nom de St.Andrew's Letter.Maigre, aux yeux noirs et brillants, le regard perdu dans l\u2019immensité russe, une barbe flottant sur sa chasuble blanche tel un fleuve d\u2019ébène sur un lit d\u2019albâtre, le père Ryder a l\u2019air d\u2019avoir été transplanté soudainement de la Russie du xive siècle dans notre vie contemporaine.Mais il est un brave Britisher du nord de l\u2019Angleterre, devenu russe par adoption.Sa lettre au président Roosevelt est à peu près la chose la plus sensée écrite depuis que les gens de par ici ont commencé à perdre la tête au sujet de la Russie.Voyez avec quelle liberté de moine sibérien le père Ryder s\u2019en prend au Président: « Pouvons-nous vous demander, M.le Président, pourquoi ces affirmations ont été faites, c\u2019est-à-dire qu\u2019est-ce que vous avez voulu faire accepter à l\u2019opinion publique?Si vous avez voulu encourager les sympathisants communistes de ce pays, votre succès a été immédiat: nous nous en sommes rendu compte en causant avec des ouvriers favorables aux soviets.Si votre but a été de faire croire aux personnes religieuses, ici et ailleurs, que donner une aide militaire et économique à l\u2019URSS pour assurer son triomphe dans le conflit actuel ne comportait aucun danger pour la cause de la religion en Russie, nous pouvons vous assurer que vous avez entrepris une tâche encore plus difficile que la défaite du nazisme. à la situation actuelle, sur l\u2019uniformité du programme dans les premières années du cours primaire tant à la ville qu\u2019à la campagne, sur l\u2019opportunité de se modeler sur les High Schools et d\u2019adopter le plan de coordination de notre système scolaire tel que mis en appendice, mais sur le reste plutôt fort sympathiques, car les réformes ici proposées s\u2019imposent et s\u2019imposeront dans l\u2019ensemble.L\u2019Alliance aura fait sa bonne part par cette enquête solide et attachante.Jacques Cousineau Au service de l\u2019Agriculture.\u2014 Montréal, la Corporation des Agronomes du Québec, 3445, rue Papineau, 1941.164 p., 18.3 cm.FAUT-IL S\u2019ÉTONNER que les cultivateurs canadiens-français soient en général moins avancés en culture et en élevage que les cultivateurs canadiens-anglais ?Les pionniers anglais et écossais qui se sont établis au Canada ont eu l\u2019avantage d\u2019arriver ici à une époque où la science de l\u2019agriculture et particulièrement celle de l\u2019élevage étaient déjà fort avancées dans leur pays d\u2019origine.Les colons français, au contraire, émigrèrent au Canada au xvue siècle, alors que les méthodes de culture et d\u2019élevage n\u2019avaient pas encore été perfectionnées par l\u2019expérience scientifique.Obligés de se tailler un domaine dans un pays nouveau, en maniant le fusil autant que la hache et la charrue, ils n\u2019eurent guère le loisir de perfectionner les méthodes primitives qu\u2019ils avaient apportées de la vieille France.Après la conquête, les mêmes méthodes se sont transmises de père en fils.Pendant un siècle et demi, nos cultivateurs n\u2019ont eu ni techniciens agricoles ni écoles d\u2019agriculture.Ceux qui voulaient acquérir quelques notions scientifiques en agriculture étaient obligés d\u2019avoir recours à des ouvrages écrits pour d\u2019autres pays où les conditions de sol et de climat ne sont pas les nôtres.Ce qui est étonnant, c\u2019est que, dans de pareilles conditions, les cultivateurs canadiens-français aient réussi à vivre, à étendre leur domaine et à faire reculer même leurs concurrents anglais plus favorisés.Mais depuis une génération, il s\u2019est opéré dans le Québec un changement qui a déclenché une ère de perfectionnement rapide dans nos méthodes de culture.Nous avons aujourd\u2019hui deux écoles supérieures d\u2019agriculture où se forme une armée de techniciens agricoles.Nos agriculteurs peuvent s\u2019instruire à fond de leur métier en consultant des ouvrages agricoles de chez nous\u2014\u2019manuels d\u2019agriculture, brochures diverses, publiées par les spécialistes de chez nous et adaptées 306 RELATIONS à nos conditions particulières.L\u2019agronomie est devenue chez nous une profession qui, depuis deux ans, possède son association professionnelle: La Corporation des agronomes du Québec.En lisant cette brochure substantielle qui groupe d\u2019excellents résumés sur la doctrine agronomique, la classification et la mise en valeur des sols, les différentes cultures et élevages, et sur les sciences et problèmes qui leur sont connexes, l\u2019on se rendra compte des services importants déjà rendus par les techniciens agricoles à l\u2019agriculture québécoise.U.C.C.\tLéon Lebel Sumner H.Slichter: Union Policies and Industrial Management.\u2014 Washington, D.C.The Brookings Institution, 1941, 597 p., $3.50.VOICI UN LIVRE qui ne fait pas grand bruit même aux États-Unis, mais dont la valeur sera inappréciable pour les syndicats ouvriers; le professeur de Relations industrielles à Harvard y a résumé plus de vingt années de recherches, étudiant avec pénétration et profondeur dans la convention collective la détermination des conditions de travail plus que la fixation des salaires.Le volume se divise en deux sections.La première envisage la règlementation professionnelle, ses effets économiques sur l\u2019industrie et la main-d\u2019œuvre; on y examine: 1) les règlements d\u2019apprentissage; 2) les statuts de l\u2019atelier fermé; 3) le problème des renvois; 4) le problème de l\u2019ancienneté et ses effets économiques sur le rendement de l\u2019ouvrier et de l\u2019industrie; 5) le stimulant au travail; 6) les changements technologiques et l\u2019attitude des syndicats; 7) la politique ouvrière des salaires; 8) enfin le problème du travail à la pièce.Dans sa deuxième section, l\u2019A.fait l\u2019application de ces directives aux diverses industries en concurrence, met en contraste la situation des industries syndiquées et non syndiquées, et souligne l\u2019effort des unions à vaincre les effets de la concurrence sur le marché du travail.La thèse s\u2019appuie sur quatre expériences américaines dans l\u2019industrie de la robe, du textile, du transport ferroviaire et du vêtement.En conclusion, le professeur Slichter insiste sur la nécessité d\u2019assouplir les conventions collectives: les syndicats, avant de prendre une décision, doivent tenir compte de l\u2019élasticité de la demande de main-d\u2019œuvre pour une période de courte durée; autrement, une décision basée sur une illusion d\u2019optique peut causer beaucoup de dommage à l\u2019insu de l\u2019ouvrier.De plus, la règlementation professionnelle doit se plier rapidement aux conditions économiques de l\u2019industrie; il importe aux chefs ouvriers, même aux chefs d\u2019un syndicat local, d\u2019avoir une connaissance sûre de la situation du marché, de la production et de l\u2019embauchage.Ce n\u2019est pas un livre de vulgarisation mais tous les sociologues ou économistes intéressés au problème ouvrier le liront avec beaucoup d\u2019intérêt.Son mérite est d\u2019analyser dans la réalité les conséquences économiques des directives ouvrières.En fait, la première partie repose sur une étude de 250 contrats collectifs de la période 1923-29 et de 400 contrats de la période 1933-39.Cette comparaison de deux périodes si différentes au point de vue économique assure au jugement précision et solidité.Au Canada, ce terrain est à peine exploré dans le domaine des relations industrielles.Espérons que d\u2019autres études de ce genre surgiront au contact d\u2019un économiste aussi averti que ce maître incontesté de Harvard.Emile Bouvier Lilian Barker: The Quints have a Family.New York, Sheed & Ward, 199 p., 20 cm.ETTE BIOGRAPHIE de la mère des jumelles Dionne se recommande pour les multiples détails qu\u2019elle fournit sur la vie de M.et de Mme Dionne, sur leurs familles et sur l\u2019histoire des Jumelles.L\u2019auteur se montre sympathique à la cause des parents Dionne et montre sous son vrai jour le NOVEMBRE 1941 \u2022 Un livre noitveau MADAME BRAULT UNE MYSTIQUE CANADIENNE par l\u2019abbé Louis Bouhier, p.s.s.Prix franco $1.35 C'est une édition BEAUCHEMIN La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! Lisez donc L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables à la compréhension de nos problèmes.La livraison d'octobre contient : #\tdes articles sur les combustibles et la force motrice dans Québec, les finances de guerre canadienne et le Canada au cabinet impérial de guerre (1917); #\tdes commentaires sur le coût de la vie et la guerre; O une revue des revues sur la hausse des produits agricoles; #\tdes analyses de nombreux ouvrages; une liste classifiée d\u2019ouvrages économiques et sociaux; On s\u2019abonne à L\u2019École des Hautes Études Commerciales 535, avenue Viger Abonnement : $3 En vente dans les librairies : l\u2019exemplaire : 35 cents Vient de paraître Etudes littéraires, par l\u2019abbé Maurois.Un volume in-12 de 246 pages.Prix $1.50, (franco $1.60) Les grandes amitiés, par Raïssa Maritain.Un volume in-12 de 287 pages.Illustré.Prix $1.50, (franco $1.60) La guerre, cette révolution, par J.-V.Ducattillon, O.P.Un volume in-12 de 292 pages.Prix $1.50, (franco $1.60) GRANGER FRERES, Limitée 54 ouest, Notre-Dame, Montréal Case Postale 909\tLA 2171 307 point de vue catholique et français, que bien peu de journalistes ont su comprendre.C\u2019est un reportage de haut style, vivant, qui rapporte simplement les confidences faites par les personnes de ce drame qu\u2019est la naissance et la vie des Quintuplées.On doit signaler aux chercheurs les chapitres qui parlent des parents de M.et de Mme Dionne; aux amateurs de romanesque, celui qui fait le récit des fréquentations et du mariage entre Oliva Dionne et Elzire Legros; à ceux qui veulent approfondir l\u2019âme des parents Dionne et de leurs cinq fillettes, les deux chapitres intitulés \u201cThe Great Event\u201d, et \u201cNo Substitute for a Mother\u201d.Livre émouvant qui renseigne et fait du bien.Le Messager canadien\tÉmile Gervais Robert Rumilly: Histoire de la Province de Québec.Tome VI.Les ((Nationaux)).\u2014 Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1941.346 p., 20 cm., $1.CE DERNIER VOLUME de M.Rumilly nous conduit, à travers notre histoire politique, de la nomination du curé Labelle au poste de sous-ministre de la colonisation en 1888.jusqu\u2019à l\u2019écrasement de Mercier aux élections de mars 1892.Comme la défaite du chef national marque un cran, nos rejgards s\u2019arrêtent en terminant sur l\u2019état de la province à cette époque.La politique colonisatrice et ferroviaire de Mercier, avec le concours de son sous-ministre géant; le règlement de la question des biens des Jésuites et ses remous violents dans les milieux orangistes; la fusion de la faculté médicale montréalaise de Laval avec l\u2019École Victoria et son corollaire, l\u2019autonomie grandissante du groupe universitaire de Mont- réal; le problème difficile de l\u2019intervention gouvernementale dans les asiles d\u2019aliénés; tout au long du volume, le maintien souvent laborieux et toujours attaqué de l\u2019alliance nationale, la profonde inimitié réciproque entre $ir John A.Mac-Donald et Mercier, et l\u2019appui nuancé de Laurier au chef du parti national; enfin les scandales de la politique, l\u2019un bleu à Ottawa, l\u2019affaire McGreevy, qui amène la démission de sir Hector Langevin, et l\u2019un rouge à Québec, celui de la Baie-des-Chaleurs, qui provoque la chute de Mercier, autant de questions abordées et d\u2019événements racontés de façon à piquer l\u2019intérêt.La grande facilité de plume de M.Rumilly et son remarquable talent anecdotique, son abus de la première et l\u2019emploi du second au point de défigurer l\u2019histoire en la réduisant à une chronique surtout politique, ont plus d\u2019une fois reçu leur juste part de louanges et de reproches.Pour l\u2019instant, le lecteur attentif qui retrouve dans les Nationaux environ cent quarante pages de Mercier (1936), considérablement développées, il est vrai, mais pratiquement indemnes de retouches, comprend un peu pourquoi l'Histoire de la Province de Québec fut une besogne si prestement exécutée.Les vingt-cinq dernières pages du livre: coup d\u2019œil sur l\u2019état démographique, industriel, même littéraire et artistique de la province à la chute de Mercier, paraissent les meilleures.Nous les trouvons ressemblantes à la véritable histoire et semées de judicieuses réflexions.M.Rumilly aime beaucoup le Canada français, son activité littéraire le prouve.Et le Canada français, courtois et généreux envers ses hôtes, a su lui monnayer sa reconnaissance; jamais trop pressé, même dans cette Amérique trépidante, il lui accorderait volontiers le temps de faire de la (( belle ouvrage ».L\u2019Immaculée-Conception\tGérard Hébert 5,000 ABONNÉS pour JANVIER 1942 \u2014\u2014-\u2022 GRANDE CAMPAGNE D\u2019ABONNEMENTS # Après dix mois seulement de publication, RELATIONS compte déjà plus de 3,500 abonnés Le secret de ce SUCCÈS f RELATIONS présente I » A f Tl I A I |TF.**es ar,,ieles sur l\u2019assurance-maladie, L» / \\>.I U/\\LI I L! l\u2019étatisation de la Beauharnois, la grève d\u2019Arvida, la canalisation du Saint-Laurent, l\u2019instruction obligatoire, nos problèmes d\u2019enseignement, l\u2019incident du Jardin botanique, etc.SAISIE: SUR LE VIF: information large, doctrine sûre, franchise, courage.articles courts, alertes, format commode, présentation neuve.Vous êtes content ?Pourquoi ne feriez-vous pas profiter vos amis et leurs familles de votre découverte P Vous leur donnerez comme cadeau pour 1942 UN ABONNEMENT À RELATIONS 12 numéros, 12 rappels de votre amitié Conditions spéciales pour nos abonnés jusqu'au 30 janvier 1942 Votre abonnement (ou réabonnement) $2.00 Tout abonnement nouveau\t$1.50 L\u2019index de 1941 \u2014 index d\u2019auteurs, de matières et de livres recensés \u2014 sera envoyé GRATUITEMENT au cours du mois de janvier à ceux qui en feront la demande.ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE MONTRÉAL RELATIONS REVUE DU MOIS 1961, RUE RACHEL EST Tél.: FRontenac 1189 308 RELATIONS \u2022 SI VOUS VOULEZ FAIRE UN PLACEMENT DE PREMIER ORDRE, NOUS SUGGÉRONS: \t\tTAUX\tECHEANCE\t\tPRIX $25,000.00\tCOLLEGE APOSTOLIQUE de ST-ALEXANDRE de la GATINEAU (PERES DU SAINT-ESPRIT)\t4%\t1942 à\t1956\t100.$25,000.00\tSoeurs SERVANTES de NOTRE-DAME, REINE du CLERGE\t\t4%\t1942 à\t1951\t100.$ 5,000.00\tCommission des ECOLES SEPAREES D'OTTAWA\t (ECOLES CATHOLIQUES)\t5%\t15 août\t1963\t102.$15,000.00\tSyndics de STE-GERMAINE, diocèse de GASPE\t\t4%\t1 er oct.\t1951\t100.$25,000.00\tDominion du Canada\t\t3%\t1 er oct.\t1952\t99.50 $25,000.00\tProvince de Québec\t\t4%\t15 nov.\t1952\t102.CRÉDIT INTERPROVINCIAL, Limitée 10 OUEST, RUE ST-JACQUES, MONTREAL -\t.BE.2614 - CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION - J.-Louis LÉVESQUE,\tJ.-A.BOIVIN, N.P.,\tJ.-Georges DUBE\tV.FAVREAU, président\tvice-président\tsecrétaire LE SUN TRUST LIMITÉE Conseil d\u2019administration Arthur Vallée, C.R., président Joseph Simard, vice-président Albert Hudon, vice-président Jules-A.Brillant, vice-président Charles Delagrave, N.P., M.P.P.Marius Dufresne Hon.Wilfrid Gagnon Col.Hon.Raoul Grothé, Cl.J.-Edouard Labelle, C.R.Hon.Lucien Moraud, C.R.Sénateur Hon.Georges Parent, C.R., Sénateur Eugène Poirier, N.P.\u2022 Direction Hervé Prévost, dir.général Gérard Favreau, secrétaire H.-E.Ouimet, trésorier Carde de valeurs \u2022 Exécutions testamentaires \u2022 Fiducies \u2022 Administration de propriétés \u2022 Vente d\u2019immeubles Dépôts à intérêts Coffrets de sûreté Siège social 10 ouest, rue St-Jacques MONTREAL Succursale 132, rue St-Pierre QUEBEC Avec les compliments de la maison MONGEAU & ROBERT CIE LTÉE Charbon \u2014 Huile à chauffage 1600 est, rue Marie-Anne -\t- Montréal COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Ha ê>aubegarbe Siège Social Montréal Contrats-vie sous toutes les formes \u2014 protection familiale \u2014 invalidité \u2014 double indemnité \u2014 pensions avec ou sans assurance \u2014 double protection \u2014 prime unique \u2014 rentes viagères, etc.206, rue DU PONT LA CiE Tel.4-4641 FABRICANTS D\u2019ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPECIALITES: Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène.IL FAUT LIRE le numéro d\u2019octobre de « ENSEMBLE ! » entièrement consacré à L\u2019ASSURANCE ET LES MUTUELLES vous y verrez pourquoi \u201cun peuple comme le nôtre ne saurait se désintéresser plus longtemps du sort de son propre argent\u201d.Prix l\u2019exemplaire : 15e.Abonnement : $1.00.\u2022 \u201cEnsemble C.P.186,\tQuébec vecha! ATTENTION AUX DÉTAILS Aucun détail dans la confection des vêtements FASHION-CRAFT n'est trop petit pour mériter la plus grande attention.Une coupe parfaite et un matériel choisi jouent un rôle dominant dans la fabrication des vêtements FASHION-CRAFT, c'est pour cette raison que les gens bien mis adoptent les vêtements FASHION-CRAFT.Quartiers généraux pour vêtements FASHION-CRAFT 'JeehaââeWi, [imitée 974 Ste-Catherine O.281 Ste-Catherine E.276 St-Jacques Achète BIEN qui achète chez ÆupmsSrfeffcs 'Nous vous invitons à venir vérifier le bien-fondé de cette devise lorsque vous aurez des achats à faire.Imprimerie Populaire Limitée, 430, rue Notre-Dame Est, Montréal "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.