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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1943-03, Collections de BAnQ.

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[" FINANCE DÉFICITAIRE Émile BOUVIER DES LIVRES POUR LE PEUPLE Sr Francis DOLORES NOS CLASSES MOYENNES A MONTRÉAL Charles-Édouard CAMPEAU MAÇONNERIE ET BUREAUCRATIE Louis C.de LÉRY s POUR UNE CULTURE FRANÇAISE ¦.ENFIN DES CHEFS-D'ŒUVRE ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE MARS 1943 Éditoriaux.57 S.Exc.Mgr Pelletier.\u2014 Intolérable démesure.\u2014 Le Padre.Articles FINANCES DE GUERRE ET FINANCE DÉFICITAIRE.Émile Bouvier 59 LA BIBLIOTHÈQUE DU PEUPLE DE RESERVE-MINES.Sœur Francis Dolorês 62 LE SOMMEIL DE SAINT JOSEPH.Joseph-H.Ledit 65 NOS CLASSES MOYENNES À MONTRÉAL.Charles-Édouard Campeau 67 Commentaires.70 Trois bons extraits.\u2014 Un Écossais parle franc.\u2014 Lumière de l'Église.\u2014 Une civilisation en détresse.Chroniques MAÇONNERIE ET BUREAUCRATIE.Louis C.de Léry 72 POUR UNE CULTURE FRANÇAISE.Roger Duhamel 75 ENFIN DES CHEFS- D\u2019ŒUVRE.Jean Vallerand 77 HORIZON INTERNATIONAL.78 France.\u2014 Yougoslavie.\u2014 Chine.\u2014 Indes.\u2014 Mexique.États-Unis.Livres récents 81 Le Rosaire.Les Dominicains ou Frères-Prêcheurs.Ecoles de maris.Horloge de Paris, Heure de Berlin Les relations commerciales de la France.Dakar.Têtes de pont.Un réformateur du théâtre \u2014 Léon Chancerel.Fumées.L'Épreuve.Plympton House.Salut, ô Reine.Rééditions.Brochures et Plaquettes Divers .Théotime Couture .Arthème Tétrault ___Albert Brossard ___Joseph-H.Ledit .Albert Le Roy .Albert Le Roy ___Joseph-H.Ledit .Albert Le Grand .Luigi d\u2019Apollonia .Paul Bélanger .Rodolphe Dubé Hélène Baillargeon NOS COLLABORATEURS \u2022 Le P.Émile Bouvier, s.j., depuis ses études économiques à la School of Public Administration de Harvard, est professeur à l\u2019École de Service social de l\u2019Université de Montréal.\u2014 La Sr Francis Dolorês, diplômée en bibliothéconomie, dirige actuellement la People's Library de Reserve-Mines, Nouvelle-Écosse.\u2014 M.Charles-Édouard Campeau, ingénieur civil attaché à la Division technique du Service des Travaux publics de la Cité de Montréal, donna l\u2019an dernier à Relations un article remarqué sur la petite propriété à Montréal.\u2014 Le mois de mars suggère au conférencier goûté de l\u2019Heure catholique, le P.Joseph-H.Ledit, s.j., quelques réflexions sur saint Joseph, patron des ouvriers.\u2014 Le P.Louis C.de Léry, s.j., continue à faire bénéficier nos lecteurs de sa documentation qui s\u2019enrichit constamment sur la franc-maçonnerie canadienne.\u2014 M.Roger Duhamel est le directeur de la nouvelle chronique hebdomadaire des Lettres au Devoir.\u2014 M.Jean Vallerand a été récemment nommé secrétaire du Conservatoire national de Musique.R E L AT IO N S REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau^ Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 Taxe de vente de 2% ou de 4%, selon le lien \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\t\u2022\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA Illème année, No 27 Ecole Sociale Populaire, Montréal Mars 1943 ÉDITORIAUX S.Cxc.M,gr Pelletier LÉLECTION d\u2019un nouvel évêque constitue toujours f dans l\u2019Église un événement.Elle apporte aux fidèles joie, réconfort, aide.Car elle leur donne un père et un chef.Les temps difficiles que nous vivons, traversés d\u2019épreuves, semés d\u2019embûches, rendent encore plus appréciable ce don d\u2019un père et d\u2019un chef et plus que jamais le Canada français sent le besoin de guides fermes et sûrs.Aussi est-ce avec une grande allégresse que l\u2019Église de Québec recevait le 24 février dernier un nouveau pasteur.Jeune, intelligent, d\u2019une vaste culture, d\u2019un caractère amène et énergique, averti des problèmes du jour, intéressé aux initiatives modernes, attaché à nos traditions nationales, brûlant de l\u2019amour de Dieu et du zèle des âmes, praticien émérite de l\u2019Action catholique et de l\u2019action sociale, surtout parmi les jeunes dont il avait vite gagné le cœur, S.Exc.Mgr Georges-Léon Pelletier accède à l\u2019épiscopat, doué des plus belles qualités.Il sera pour S.Ém.le cardinal Villeneuve un précieux auxiliaire, pour ses collègues dans l\u2019épiscopat un conseiller sage, pour les prêtres et les laïcs qu\u2019il aura à diriger un vrai chef.Que Dieu bénisse sa nouvelle carrière.Relations est heureux d\u2019offrir au nouvel évêque auxiliaire de Québec ses vœux les plus cordiaux et les plus sincères.JIntolérable dêmeâure LE MINISTÈRE FÉDÉRAL DU TRAVAIL vient ' de réorganiser son Conseil national du Travail en temps de guerre.L\u2019ancien Conseil, de caractère plutôt représentatif avec ses douze membres, ne garde plus que des fonctions consultatives, tandis que le nouveau Conseil, composé de trois membres, est investi de pouvoirs qui en font un véritable Tribunal des Relations industrielles: il verra à établir une jurisprudence du Travail dans tout le pays.On voudrait ne pouvoir qu\u2019applaudir à cette volonté de mettre enfin de l\u2019ordre dans le chaos des déci- sions et procédures en matière de conflits ouvriers.La récente responsabilité des fonctionnaires fédéraux dans le cas de grèves qui ont saboté l\u2019effort de guerre, leur connivence explicable mais coupable avec les chefs d\u2019unions ouvrières internationales en mal de grossir leurs effectifs par des procédés d\u2019allure révolutionnaire, l\u2019absence chez eux de principes uniformes d\u2019action et de réglementation sont des faits trop publics pour qu\u2019on n\u2019agrée pas avec satisfaction ce geste destiné à réparer les propres erreurs du ministère et de ses commissaires, en même temps qu\u2019à régler une situation de fait des plus compliquées.Pourquoi faut-il que l\u2019esprit qui préside à la constitution de ce nouveau Conseil nous le rende inacceptable, d\u2019un point de vue canadien ?Certes le ministère fédéral du Travail nous avait assez habitués à son incompréhension du problème fondamental canadien et à son inintelligence de la constitution du pays: aucun ministre du Travail français en aucun temps, aucun sous-ministre français non plus sur quatre, aucun haut fonctionnaire français, sauf au Service national sélectif et à la Commission d\u2019assurance-chômage aux pouvoirs évanescents, enfin une infime minorité de fonctionnaires capables de comprendre les milieux canadiens-français, jamais délégués dans les circonstances importantes.Un effort considérable avait été fait lors de la nomination de l\u2019ancien Conseil national du Travail: deux Canadiens français y figuraient sur douze membres.C\u2019était trop.Le nouveau Conseil n\u2019en comprend aucun: ses membres sont le juge McTague, de Toronto, le sénateur Bench, de St.Catharines (Ont), et l\u2019avocat Cohen, de Toronto; ses conseillers spéciaux sont MM.Hodge et McClelland.Le ministère fédéral du Travail vient de donner la mesure de son intolérable démesure.Intolérable, à moins qu\u2019on n\u2019accepte la thèse d\u2019assonance hitlérienne que le Canada est le domaine propre d\u2019une race, d\u2019une culture, d\u2019une langue.Ce Tribunal du Travail doit établir, et ne peut qu\u2019établir, une jurisprudence à base nationale, ce qui veut dire le nivellement progressif de notre législation sociale, la disparition de notre code québécois du travail.C\u2019est donc une institution anticonstitutionnelle et inacceptable.Le temps de guerre ne la rend que plus nocive, MARS 1943 57 parce que nous savons que l\u2019après-guerre posera des problèmes de relations industrielles encore plus aigus qu\u2019aujourd\u2019hui et que la jurisprudence jusqu\u2019alors établie devra être gardée sous peine de révolution.Intolérable encore, parce que les membres du nouveau Conseil, venant de Toronto, ignorent sans doute les problèmes et les lois des autres régions et incontestablement les problèmes et les lois du Québec; ils sont donc incompétents pour leur véritable rôle et ne sauraient que faire marcher le pays on Toronto time.Intolérable toujours, parce que ce nouveau Conseil n\u2019est pas représentatif de la nation; une part légitime n\u2019y a pas été faite aux Canadiens français qui n\u2019accepteront jamais de confier leurs intérêts d\u2019ouvriers \u2014 qu\u2019ils sont plus que d\u2019autres \u2014 au protecteur et ami du Parti communiste canadien; les chefs québécois des unions internationales qui ont poussé la flagornerie jusqu\u2019à inviter M.Cohen à venir leur parler, n\u2019y pourront rien et leur geste prouvera que les troupes continuent d\u2019être trahies.Le peuple canadien-français répondra non à cette nomination, comme à l\u2019étrange constitution de ce nouveau Conseil national du Travail.L\u2019acte que vient de poser le ministère fédéral du Travail a soulevé dans la province de Québec des protestations unanimes.Elles ne cesseront que le jour où seront adjoints à ce Tribunal du Travail un quatrième membre et un troisième spécialiste canadiens-français, compétents, du Québec, non pour faire une minorité négligeable, mais pour adapter à leur province les décisions d\u2019ensemble et pour constituer une jurisprudence particulière, conforme au génie de la culture canadienne-française et à l\u2019esprit de la législation québécoise.jÇe Padxe FÉVRIER 1943 a présidé à la naissance d\u2019une petite revue dont l\u2019objet, déclaré sans ambages, est de recueillir des fonds.C\u2019est le Padre, organe de Y Œuvre de VAumônier militaire.Relations lui souhaite la plus cordiale bienvenue, un franc succès et une vie courte.Car, espérons-le, la guerre cessera bientôt.Tant qu\u2019elle durera, quelles possibilités d\u2019action pour l\u2019Œuvre qui est allée s\u2019installer à la Palestre Nationale, tout près des bureaux de l\u2019A.C.J.C.! Depuis la dernière guerre, les soldats donnent le nom de Padre à leurs aumôniers.Ils veulent proclamer, avec la jeune sincérité des héros, la bonté paternelle de ceux auxquels ils donnent leur confiance.Dire cela dans leur propre langue, ce serait trop sentimental pour des guerriers.Ils empruntèrent donc le mot aux Espagnols.Quant à la chose elle-même, elle est de tous les pays L\u2019aumônier est le père de ses grands enfants.Surtout quand ils ont le mal du pays, quand ils songent à ceux et celles qu\u2019ils ont laissés au foyer.Plus encore, peut-être, quand, à la suite de quelque frasque sérieuse, ils se trouvent en disgrâce ou en prison.Demander alors de la sympathie au sergent ?Ou au caporal?Impossible le plus souvent! Heureusement, le discret Padre s\u2019amène alors.Il remplit la place des lointains absents.Il encourage, console, montre le beau côté de la vie, rallume l\u2019étincelle au fond du cœur, dessine le sourire sur les lèvres trop tendues, redresse les épaules en tapant dessus vigoureusement.Même nos plus fiers héros, de temps à autre, sont heureux de la sympathie du Padre.Le Padre a besoin d\u2019argent.L\u2019État donne d\u2019ordinaire le strict nécessaire, mais avec le nécessaire, on ne peut faire les mille petits riens qui, justement, répandent la sympathie et la joie dans un camp.Même quand on dispose d'une chapelle, il faut l\u2019orner un peu, préparer quelque fête plus éclatante et qui rappellera mieux la paroisse natale, organiser des cérémonies sympathiques et attrayantes qui arracheront une larme, peut-être, au vieux toffe qui n\u2019est au fond qu'un bon diable, organiser une petite retraite pour bien lancer dans leur nouvelle vie militaire ces grands déracinés, plus sensibles à la religion qu\u2019on ne se l\u2019imagine (et, la retraite finie, le soldat écrira à la maison une de ces lettres émues, pleines d\u2019allégresse parce que remplies du bon Dieu, qui réchauffera ceux dont le cœur suit jour et nuit leur cher absent).Voilà bien des choses qui n\u2019exigent pas beaucoup d\u2019argent, mais quand elles se multiplient, elles finissent tout de même par constituer une forte dépense.Voyez-vous un brave homme de Padre expliquer à un vague fonctionnaire plus ou moins compréhensif l\u2019opportunité de chacune de ces innombrables initiatives qui peuvent transfigurer un camp ?Et puis, si tout est prévu, organisé, aligné, réglementé, si l\u2019on sait exactement combien de cierges il y aura sur l\u2019autel à chaque occasion, s\u2019il n\u2019y a jamais un peu d\u2019imprévu à la chapelle, ce ne sera plus l\u2019autel qui donnera son âme à l\u2019armée, mais l\u2019esprit de caserne qui étouffera la spontanéité dans le seul endroit où il lui est encore permis de s\u2019épanouir un peu.Remplissez les poches de l\u2019aumônier par vos dons à l\u2019Œuvre, et laissez-le travailler.Et ce n\u2019est que le commencement.Dieu premier servi! L\u2019Œuvre des aumôniers voudrait surtout aider quand les soldats ont fait des sottises et sont punis.Car, il leur arrive de faillir! Ils vous ont peut-être choqués quand vous les avez vus, un samedi soir, déshonorer leur uniforme.Ne croyez pas que l\u2019armée ferme les yeux sur ces faiblesses.Le soldat va en prison.Et on lui enlève son salaire.Juste loi, nécessaire pour réprimer les abus, mais celui qui en souffre le plus, ce n\u2019est peut-être pas le soldat; c\u2019est la mère, l\u2019épouse, l\u2019enfant auquel le soutien de famille envoyait un peu de cet argent pour compléter l\u2019allocation réglementaire souvent insuffisante.Alors, la famille pâtit.58 RELATIONS C\u2019est juste! mais nous vivrions dans un monde bien dur si la justice n\u2019était tempérée de miséricorde.Cela, l\u2019armée ne le peut faire, mais la discrète charité du Padre peut subvenir.Il trouvera le moyen de faire parvenir quelque douceur au soldat, plus que jamais son bis parce qu\u2019il a failli, et surtout d\u2019envoyer une petite somme à la famille doublement éprouvée par l\u2019égarement passager de son soutien.Il y a encore les prisonniers de guerre ennemis! Quelle belle œuvre que d\u2019adoucir un peu le sort de ces Allemands, Italiens ou Japonais, enfermés ici et qui ont, enfin, le temps de réfléchir sur l\u2019horreur de ce qui a été déchaîné sur le monde.Ceux-là mêmes dont les mains sont teintes du sang de ceux que nous aimons, il faut leur apporter un peu de la miséricorde du Christ.Ils verront, alors, que la charité évangélique n\u2019est pas un mythe, qu\u2019elle est la plus belle des réalités puisqu\u2019elle s\u2019étend même à ceux qui ont vainement tenté de l\u2019anéantir.Procurer un peu d\u2019aide spirituelle et corporelle aux prisonniers de guerre, c\u2019est là un des plus beaux actes de charité dont un cœur généreux puisse rêver.Tant d\u2019autres choses encore: des tracts à répandre, des livres, des revues, pour instruire, distraire, récréer.Rien de plus important que de fournir au soldat le moyen d\u2019occuper ses longs loisirs.L\u2019oisiveté est toujours mauvaise conseillère.Plus que les autres, les soldats, qui vivent en face de la mort, se posent les questions étemelles dont on cherche vainement à se débarrasser.Souvent ils vont confier leurs doutes à l\u2019aumônier.Celui-ci n\u2019a pas toujours le temps de les éclairer, mais il pourrait leur passer de bonnes publications, s\u2019il les avait.Il faudrait que le Padre, dans chaque camp, dans chaque caserne, soit amplement muni de ces instruments incomparables d\u2019apostolat: le tract, le livre, la revue, le journal catholique.C\u2019est au public, par sa générosité à l\u2019égard de Y Œuvre de V Aumônier, de faciliter à ses prêtres aux armées leur tâche indispensable et si bienfaisante, spirituellement et matériellement, pour chacun de nos soldats et pour l\u2019armée que tous ensemble ils constituent.FINANCES DE GUERRE ET FINANCE DEFICITAIRE Émile BOUVIER, S.J.LA GUERRE abonde en miracles: miracles de pro-tection, de mobilisation, de rationnement.Le plus éclatant concerne sans doute les finances.En 1932, nous gémissions au creux d\u2019une affreuse dépression.La courbe du chômage montait toujours, celle de la production baissait.On espérait toujours qu\u2019un deus ex machina remettrait en branle la machine économique.Aujourd\u2019hui la guerre s\u2019en charge.En 1943, à la place du demi-million de chômeurs d\u2019alors, nous comptons, en plus de nos quatre millions de travailleurs réguliers, 732,022 hommes dans les services de guerre et plus de 225,000 ouvrières dans les industries de guerre.Quant aux finances, le Canada se prépare à dépenser pour l\u2019année fiscale 1943-1944 plus de cinq milliards et demi de dollars.DÉPENSES DU CANADA (Dépenses totales de l\u2019intérieur) \tMillions\tIndice de l\u2019effort \tde dollars\ttotal 1938-1939\t\t553\t100% 1939-1940\t\t\t 681\t123% 1940-1941\t\t\t1,575\t231% 1941-1942\t\t\t2,295\t415% 1942-1943\t\t\t4,500\t813% 1943-1944\t\t\t5,500 (environ) 940%\t Durant l\u2019année fiscale 1942-1943, la dépense publique s\u2019élève à $12,330,000 par jour, soit annuellement $391 par homme, femme et enfant du pays.Et les dépenses de guerre de 1939-1942 nous ont coûté $6,878,847,946 et la dette publique du Dominion atteint en 1942 la somme astronomique de $7,801,439,570.Hier, si ces sommes avaient été employées pour diminuer le chômage, certains économistes et certains financiers auraient crié à l\u2019équilibre du budget.Aujourd\u2019hui, ces personnages patientent, se résignent et renoncent même à l\u2019espoir d\u2019équilibrer le budget national.Certains spécialistes en questions monétaires songent même à reviser leur théorie sur l\u2019équilibre du budget en finances publiques.D\u2019aucuns ont analysé ce procédé de financement nouveau qu\u2019on appelle déficitaire et cherchent à en évaluer le rôle dans la reconstruction d\u2019après-guerre.Après tout, ce procédé aujourd\u2019hui appliqué à la production d\u2019obus, de mitrailleuses et d\u2019avions ne pourrait-il pas servir, entre autres moyens, après la guerre, à la construction de métros, d\u2019habitations saines, de laboratoires et au développement de nos ressources naturelles ?A en juger par l\u2019histoire, le Canada, à la fin de cette guerre, passera très probablement par une phase de dépression de courte durée suivie d\u2019une phase de prospérité peut-être plus éblouissante que celle de 1922-1929.La phase de dépression s\u2019expliquera par l\u2019envahissement des démobilisés de l\u2019armée et des ouvriers de guerre sur le marché du travail et par le délai, dans la reprise de l\u2019activité normale, causé par la transformation de l\u2019industrie de guerre en industrie de paix.Or, durant ces périodes mortes de la vie économique, pourquoi n\u2019exploiterions-nous pas cette méthode de MARS 1943 59 finance utilisée aujourd\u2019hui pendant la guerre?Voici en quoi consiste cette méthode.Un gouvernement dit au peuple: « J\u2019ai besoin de $500,000,000 pour des travaux de chômage, pouvez-vous me les prêter ?» Le peuple répond : « Si le taux d\u2019intérêt est alléchant, je n\u2019ai aucune objection! \u2014 3%! reprend le gouvernement.\u2014 Entendu pour 3%.\u2014 Mais, reprend le gouvernement, pour solder l\u2019intérêt sur cet emprunt, je vais vous taxer.Vous ne m\u2019en voudrez pas?Grâce aux travaux publics dont vous bénéficierez, les produits se vendront, le chiffre d\u2019affaires grossira, les profits augmenteront.Alors, c\u2019est simple, cette part de vos bénéfices acquittera l\u2019intérêt sur le capital que j\u2019emprunte.Et voilà.\u2014 Soit.Mais un gouvernement ne peut pas emprunter indéfiniment.Qui donc alors déterminera la limite de ces emprunts ?Si les emprunts augmentent, l\u2019intérêt de la dette et les impôts augmentent! \u2014 La limite des emprunts dépendra des ressources des contribuables et des revenus du capital investi dans les entreprises.Inutile de vous surtaxer au point de décourager le placement industriel.En diminuant les profits de l\u2019industrie, je diminue les dividendes et je décourage le capital productif.Et loin de remédier au chômage, je l\u2019aggrave, puisque alors vous songez à liquider une affaire qui ne rapporte aucun profit.» Et voilà, en langage populaire, l\u2019explication de la finance déficitaire.Cette mesure financière entraîne un déséquilibre du budget national, de manière que les dépenses fédérales augmentent tellement le revenu des consommateurs qu\u2019elles stimulent la production, l\u2019emploi et le placement.Grâce à cette mesure, le gouvernement central, tout en collaborant avec les provinces et les municipalités, aiderait au financement de l\u2019embauchage national, alors que le capital privé, laissé à lui-même, ne le pourrait pas.Cette politique fiscale nouveau genre repose sur deux ressorts économiques: le multiplicateur et Vaccélérateur.Le premier favorise les placements industriels, qui entraînent à leur tour, par la voie du travail et des salaires, une augmentation de consommation.Le second, grâce à une augmentation de consommation, encourage les placements industriels.Si, par exemple, vous ouvrez une usine de réfrigérateurs, vous embauchez de la main-d\u2019œuvre.Grâce à son salaire, l\u2019ouvrier dispose d\u2019un pouvoir d\u2019achat qui lui permet de se procurer radio, paletot, ameublement de salon, etc.Ces achats à leur tour encouragent l\u2019industrie à étendre sa production, à augmenter le nombre de ses ouvriers.Aux États-Unis, d\u2019après les calculs de l\u2019économiste Hansen, un placement fédéral d\u2019un milliard dans des conditions normales ajouterait $1,984,125,000 au revenu national.Ici méfions-nous du caractère trop mathématique de ce multiplicateur qui indique plutôt une tendance qu\u2019une loi physique.Mais alors la dette publique, en langage économique, équivaudrait-elle à un actif?Eh oui! la dette publique joue le rôle nouveau de redistribuer la richesse nationale.Aujourd\u2019hui, on ne traite plus une dette publique comme une dette privée.La dette d\u2019un pays ne se compare pas à celle d\u2019un homme d\u2019affaires.En finances privées, une dette implique, de la part d\u2019une personne ou d\u2019une corporation, un engagement à rembourser des fonds.Cette charge comporte un transfert de fonds.En finances publiques, le public prête au public, et, sauf pour le cas du prêt à l\u2019étranger, le transfert de fonds à proprement parler n\u2019existe pas.Un contribuable A paye l\u2019impôt du revenu qui remboursera l\u2019intérêt des obligations d\u2019Êtat appartenant au contribuable B.En finances privées, un marchand qui observe la règle d\u2019or de l\u2019équilibre du budget améliore son crédit et sa situation économique.En finances publiques, cette règle conduirait un pays à la déflation, à la dépression, au chômage et à la ruine.En finances privées, on juge l\u2019homme d\u2019affaires par le bilan et le budget.En finances publiques, on juge le budget par ses conséquences sur le revenu national et sur l\u2019embauchage.A quelles conditions la finance déficitaire agirait-elle comme instrument de redistribution de la richesse nationale?Première condition: le gouvernement doit assurer une prépondérance des dettes passives et surtout actives dans la structure de la dette publique.Celles-ci représentent des dépenses qui se remboursent d\u2019elles-mêmes, qui augmentent le pouvoir productif de la nation, et améliorent les ressources naturelles, v.g.les ponts, les utilités publiques, etc., tandis que les dettes nettes représentent des dépenses publiques qui n\u2019augmentent pas le pouvoir productif de la nation, v.g.les dettes de guerre, et les dettes passives représentent les dépenses utiles, mais qui ne rapportent pas ou n\u2019augmentent pas la capacité productive du pays, v.g.les parcs, les activités de bien-être social.Or, les dettes actives et les dettes passives \u2014 en tant qu\u2019elles améliorent la santé, le bien-être des citoyens \u2014 ne représentent pas strictement une dette mais un placement.Donc, si la structure de la dette publique du Canada se compose en majorité de dettes actives ou passives, on ne peut pas conclure que la dette publique conduise le pays à la ruine.Une deuxième condition s\u2019impose: l\u2019impôt ne doit pas nuire aux placements industriels, ni effrayer l\u2019homme d\u2019affaires.Comment celui-ci déterminera-t-il son prix de revient, si les impôts s\u2019élèvent par bonds ?L\u2019incertitude le paralyse alors dans ses décisions et le détourne des risques à prendre.Une troisième condition exige que la finance déficitaire s\u2019intégre dans un plan d\u2019ensemble de relèvement économique.Il faudrait tenir compte du cycle économique, d\u2019une redistribution plus équitable de l\u2019échelle des impôts, de la détermination des salaires et des 60 RELATIONS prix de revient par l\u2019organisation professionnelle.Autrement la finance déficitaire deviendrait un palliatif sans influence sur l\u2019économie générale du pays et ne saurait remplir le rôle qu\u2019on lui assigne.Voyons comment, au Canada, une politique de finance déficitaire modifierait la distribution du revenu national.L'EMPLOI AU CANADA DAMS LES INDUSTRIES NON-AGRICOLES _____1929 \u2014 1935 \u2014 '941 1926-100 MAR.AVRIL NOW.DEC JAI En 1941, l\u2019estimé du revenu national pour le Canada s\u2019élève à près de 6 milliards de dollars.D\u2019après le graphique, nous atteignons pratiquement à l\u2019embauchage intégral.Or, si nous analysons l\u2019augmentation du revenu national du Dominion de 1929-1939, l\u2019augmentation serait d\u2019environ 6%.En prix de 1940, le revenu serait estimé en 1945 selon les données suivantes: 1939.$4,409,000,000 1940\t.4,784,000,000 1941\t.5,896,000,000 1942\t.6,349,760,000 1943\t.6,730,745,600 1944\t.7,134,590,336 1945\t.7,562,665,750 En chiffres ronds, le Canada pourrait atteindre un revenu national de 7 milliards.Actuellement, le revenu national se distribue ainsi: Milliards Consommation.2.4 Capital productif nouveau.0.2 Guerre.4.4 Pourcentage 35.7 0.3 64 7\t100 Après la guerre, ce revenu évalué à 7 milliards de dollars devrait être redistribué de la manière suivante1 Consommation\t\t.5.6\t80 Capital productif nouveau.\t.0.7\t10 Défense\t\t.0.7\t10 \t7\t100 Dans la consommation, le saut de 2.4 milliards de dollars à 5.6 milliards s\u2019expliquerait d\u2019abord par le remboursement de l\u2019emprunt forcé, par la réduction graduée des impôts, par l\u2019utilisation des bons de guerre, un régime d\u2019allocations familiales, une législation sociale plus généreuse et surtout un programme de travaux publics.Pour justifier le 10% du revenu en faveur du capital productif, je me suis basé sur un fait d\u2019expérience: la part du revenu national qui se convertit en placements nouveaux dans l\u2019industrie décroît sans cesse.En 1935, l\u2019Angleterre n\u2019avait plus que 6.9% du revenu placé dans les entreprises et les États-Unis 19% du revenu américain et ce pourcentage tend à diminuer.Or, les États-Unis étant plus progressifs que le Canada pour établir de nouvelles entreprises, et le Canada, pays encore jeune, ayant plus de ressources à développer que l\u2019Angleterre, il ne paraît pas exagéré de fixer à 10% la part du revenu à diriger dans la production nationale.De là s\u2019ensuit-il que le gouvernement puisse redistribuer les 80% qui restent par la finance déficitaire ?Le gouvernement, à lui seul, ne pourrait pas maintenir la main-d\u2019œuvre de 1942.Il doit tenir compte du cycle économique, du niveau des prix et du barème des salaires.Ainsi, immédiatement après la guerre, pour parer au chômage, le Canada pourra se servir de finance déficitaire et lancer des travaux publics.Une fois la reprise des affaires assurée, le Dominion devrait diminuer sa dette d\u2019environ un milliard par année fiscale afin de raffermir sa puissance d\u2019emprunt et, au prochain creux du cycle, utiliser de nouveau la finance déficitaire pour faire face au chômage.Compter uniquement sur l\u2019injection de la monnaie au moyen d\u2019emprunts pour remédier au chômage serait une illusion.Les États-Unis ont injecté, entre 1930-1939, une moyenne de 2.7 milliards de dollars par année et cette injection a entraîné une baisse de 74.6 milliards de dollars dans le placement et une baisse de 145 milliards dans la consommation.Évidemment, plusieurs causes expliquent cette faillite: l\u2019incertitude de la situation internationale, les activités ouvrières radicales amenées par le Wagner Act, l\u2019absence de découvertes scientifiques, le gaspillage des dépenses publiques.Mais avant tout, les États-Unis n\u2019ont pas tenu compte du cycle, de l\u2019échelle des impôts et du décalage entre les salaires et les prix de revient.Une injection de monnaie pour influencer l\u2019économie doit pénétrer à tous les stages de l\u2019économie nationale.Pour atteindre à cet objectif, il faut réaliser les trois conditions déjà mentionnées et de plus trou- MARS 1943 61 ver des marchés nouveaux, favoriser la petite industrie et l\u2019artisanat, améliorer l\u2019échelle des impôts, surveiller par les syndicats les relations entre le coût de production et le prix de revient, afin que le décalage ne paralyse pas la consommation de l\u2019ouvrier.Naïf serait celui qui croirait que, seule, l\u2019augmentation du revenu national par le déficit remédiera au chômage.Revenu et embauchage vont de pair mais ne sont pas liés essentiellement.En 1929, au Canada et aux États-Unis, au plus fort de la prospérité, la main-d\u2019œuvre n\u2019atteignait que 80% de sa capacité.La finance déficitaire réalisera son rendement dans des cadres qui reposeront à la fois sur les institutions sociales et les institutions économiques.Le Comité de Reconstruction National d\u2019Ottawa, qui vise avant tout à l\u2019embauchage intégral comme solution suprême des problèmes d\u2019après-guerre, commettrait une erreur fondamentale s\u2019il comptait uniquement sur la finance déficitaire.Or, d\u2019après le plan de reconstruction exposé à Ottawa en mai 1942, les spécialistes ont insisté sur le problème de l\u2019emploi, de l\u2019utilisation des ressources et des travaux publics; ils ont souligné les contrôles de guerre, l\u2019industrie, l\u2019agriculture, les problèmes monétaires et fiscaux et la structure de l\u2019économie internationale.D\u2019après ce programme, la finance déficitaire s\u2019intégre en principe dans une politique d\u2019ensemble.Malheureusement, on a passé sous silence le cycle, les prix, le barème des impôts.Par ailleurs, on sait fort bien que le Fédéral compte beaucoup sur ses pouvoirs fiscaux pour réaliser l\u2019embauchage intégral.Que le Fédéral se rappelle que ce procédé de financement peut devenir, à condition qu\u2019il soit manié avec habileté, un instrument très utile qui corrige le cycle économique et contribue à diminuer le chômage et les misères morales qui l\u2019accompagnent.Après cette guerre, les Canadiens ne se résigneront plus au chômage de masse dont ils ont subi les contrecoups en 1931-1939.Si la finance publique réussit à embaucher les hommes pour des œuvres de destruction et de mort, rien ne s\u2019oppose à ce qu\u2019elle s\u2019assouplisse et embauche les hommes pour des œuvres de vie: bâtir des foyers, nourrir des enfants et enrichir la patrie d\u2019un capital humain et immortel.LA BIBLIOTHÈQUE DU PEUPLE DE RESERVE-MINES Soeur Francis DOLORËS, S.C.IES LIVRES contiennent des idées.Aussi sont-ils les outils de la démocratie, dans la paix et dans la guerre.Les idées sont les seules armes que ne peuvent arrêter ni les frontières, ni les barricades, ni les canons; tout au long de l\u2019histoire, elles se sont avérées les armes les plus puissantes du monde.C\u2019est parce que nous sommes profondément convaincus de la puissance des idées, surtout dans une crise comme celle que nous traversons, que nous insistons sur l\u2019importance des bibliothèques populaires.Une bibliothèque, c\u2019est d\u2019abord une collection de livres; c\u2019est aussi et bien davantage une source commune d\u2019idées, d\u2019attitudes et d\u2019inspirations pour la collectivité qu\u2019elle dessert.Nous croyons que les bibliothèques peuvent enflammer l\u2019imagination, nourrir l\u2019intelligence, soutenir l\u2019enthousiasme.Nous savons, hélas! qu\u2019elles ne jouent pas ce rôle pour la masse du peuple canadien, dont des tranches entières n\u2019ont bénéficié jusqu\u2019ici d\u2019aucun service de bibliothèque ou n\u2019ont été que maigrement servies.La Bibliothèque du Peuple de Reserve-Mines, en Nouvelle-Écosse, est, selon toutes les apparences, une institution bien modeste.Elle a cependant démontré péremptoirement, tant à ses organisateurs qu\u2019aux membres de cette petite localité \u2014 et même à de nombreux spécialistes venus de divers endroits de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique, \u2014 tous les services que pouvait rendre au peuple une bibliothèque solidement établie et bien administrée.La bibliothèque fut instituée en 1935, à titre d'essai, pour mettre à l\u2019épreuve une thèse élaborée au cours d\u2019une expérience déjà longue en matière d\u2019éducation des adultes, acquise plus particulièrement dans la région côtière de Guysboro et à Canso, en Nouvelle-Écosse: à savoir, qu\u2019il existe une nécessité immense de fournir au peuple, sous la forme de livres, brochures et revues, de la lecture spécialement adaptée à ses besoins.Aujourd\u2019hui, après plus de sept ans d\u2019expérience, ce n\u2019est plus une simple théorie, mais un fait acquis, que les circonstances actuelles mettent dans une lumière toujours plus éclatante.Il est bien entendu que notre Bibliothèque du Peuple n\u2019a pas été établie comme une fin en soi, et nous ne la considérerons jamais comme telle.Au contraire, elle forme le premier jalon d\u2019un réseau de bibliothèques régionales absolument nécessaires en Nouvelle-Écosse, comme d\u2019ailleurs dans les autres provinces du Canada.Sans elles, plusieurs de nos initiatives de réforme sociale seront gravement compromises sinon tout à fait impossibles.En dépit de nos ressources limitées et des difficultés qui en résultent, ce système permettrait à nos populations, surtout à celles des campagnes et des villages, de se procurer des livres, toujours plus de livres.La bibliothèque régionale est véritablement d'utilité publique.Nous, du xxe siècle, nous connaissons bien des formes de services publics: aqueduc, éclairage, police, etc.Leur existence nous apparaît comme vitale.62 RELATIONS Mais livres et idées seraient-ils moins importants ?Il n\u2019est pas exagéré de dire qu\u2019une diffusion généralisée des livres dans le peuple \u2014 en leur reconnaissant une valeur aussi indispensable qu\u2019aux autres produits de notre civilisation \u2014 serait une des révolutions les plus importantes de l\u2019histoire, telle en serait la portée.Dans la pratique, une bibliothèque régionale pourrait desservir au besoin deux ou trois comtés et une population minimum de quarante à cinquante mille âmes.Un excellent service de bibliothèque pourrait être maintenu moyennant un impôt particulier à cette fin de trente à cinquante sous par tête.Les argents ainsi prélevés permettraient de fournir aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux mineurs, aux ouvriers de toutes sortes, des ouvrages traitant de sujets relatifs à leur travail, d\u2019offrir des livres utiles à l\u2019instruction et au délassement des adultes, d\u2019assurer le service si important d\u2019une bibliothèque enfantine.A la lumière de ces constatations, nous découvrons la nécessité non seulement de maintenir la question des bibliothèques régionales à l\u2019ordre du jour en Nouvelle-Écosse, mais aussi de faire tout notre possible pour y intéresser les autres provinces.Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a déjà convenu par une loi de défrayer pour la moitié ce service de bibliothèque dès qu\u2019il serait organisé.Le gouvernement en est arrivé à la conclusion bien légitime que le peuple acceptera cette dépense minime pour s\u2019assurer les moyens de poursuivre son éducation, lui qui dépense déjà plus de neuf dollars par tête pour soutenir ses écoles publiques.Si les bibliothèques régionales étaient établies par tout le pays, elles contribueraient assurément à combler certaines lacunes par trop évidentes de notre culture; elles permettraient à nos producteurs de connaître et d\u2019utiliser les techniques actuellement à la disposition des fermiers et des pêcheurs; elles feraient disparaître l\u2019écart entre nos méthodes actuelles de distribution et les méthodes modernes expliquées dans les livres.De plus, elles feraient mieux comprendre les faiblesses de notre système politique et prépareraient le peuple, dans une certaine mesure, à l\u2019ordre nouveau que l\u2019on dit inévitable.Ce que sera cet ordre de choses dépend de l\u2019éducation des adultes.L'éducation doit être à la portée de tous, et le meilleur moyen d\u2019éducation dont disposent les adultes est le livre.En attendant la réalisation de nos espoirs quant à l\u2019établissement d\u2019un service régional de bibliothèques, la Bibliothèque du Peuple de Reserve-Mines contribue pour sa part à former ici de bons citoyens.Reserve-Mines est une localité minière d\u2019environ trois mille habitants, dont environ un millier sont des clients réguliers de la bibliothèque.Cette bibliothèque, lancée sans aucune ressource, a pris des proportions considérables tant par sa clientèle que par le nombre des volumes qu\u2019elle contient, ce qui indique que la population de la région la considère comme un élément MARS 1943 indispensable d\u2019une vie communautaire bien organisée.Financièrement, la bibliothèque dépend de la générosité de nos sociétés coopératives, et nous signalons avec joie que notre fonds de réserve n\u2019a jamais été épuisé et que notre choix de livres est toujours d\u2019actualité.Notre bibliothèque est organique, si l\u2019on peut dire, chaque livre devant y jouer un rôle particulier.Le choix des livres est fait en fonction du public, car le bibliothécaire doué de sens social \u2014 qui est en même temps un éducateur d\u2019adultes \u2014 a vite fait de connaître les besoins de ses clients.On n\u2019ignore aucun livre susceptible de rendre service à l\u2019un ou à l\u2019autre de nos hommes, de nos femmes ou de nos enfants.Les livres jouent un triple rôle: instruire, stimuler, récréer \u2014 et le bibliothécaire en tient compte en faisant le choix des livres.Nous savons par expérience qu\u2019un des facteurs de succès d\u2019une bibliothèque est le blibliothécaire vraiment préparé à sa tâche, qui doit être en même temps un expert en éducation des adultes et connaître intimement le groupement au milieu duquel il travaille; c\u2019est par là qu\u2019il saura utiliser les mille moyens pour une bibliothèque moderne de répondre aux besoins de chacun.Les collections de livres les plus au point peuvent demeurer pour ainsi dire stériles si les bibliothécaires responsables manquent de sens social ou de cette vision qui leur fait voir dans leurs bibliothèques de véritables institutions du savoir, s\u2019ils ne savent pas découvrir les besoins particuliers de leur public et \u2014 ce qui est peut-être le plus important \u2014 s\u2019ils ne comprennent pas qu\u2019ils doivent poursuivre leur propre éducation.On se rend compte que la formation sociale donnée dans les écoles publiques et dans les établissements d\u2019enseignement secondaire ne peut suffire à former des hommes d\u2019un sens social assez éclairé pour faire régner la justice sociale.Pour que les hommes travaillent à la restauration sociale, il faut continuer à les éduquer toute leur vie durant.Les conditions et les institutions sociales sont ce qu\u2019elles sont parce que les hommes sont ce qu\u2019ils sont.Changez les hommes et vous changerez les conditions sociales.Nous sommes maintenant assurés qu\u2019il est possible de transformer et d\u2019améliorer les habitudes et les jugements des hommes.Le livre, utilisé d\u2019après de sages directives, est un moyen indiscutable de changer les adultes et les conditions sociales.Nos gens d\u2019ici se sont découverts eux-mêmes et, du coup, ils ont découvert que travail quotidien et culture sont compatibles.Leurs initiatives dans le logement et dans les autres formes de coopération sont intimement liées à leur bibliothèque et à ses services, et un grand nombre de personnes peuvent indiquer des exemples précis où la bibliothèque les a aidées matériellement.Il y a cinq ou six ans, lorsque commencèrent les travaux de construction coopérative de Tompkinsville, la bibliothèque \u2014 plusieurs s\u2019en souviennent \u2014 a fourni aux sociétaires la solution à beaucoup de difficultés, et elle 63 a continué à le faire depuis dans bien d\u2019autres cas.A ceux qui mettraient en doute la valeur de ce rôle, il suffirait de citer un grand nombre de nos ouvriers qui font du jardinage; ils attribuent leurs récents succès, pour une large part, à l\u2019aide et aux lumières qu\u2019ils ont tirées des nombreux volumes de la bibliothèque traitant de problèmes agricoles.Les femmes ne sont pas oubliées.Pour les aider, on s\u2019est procuré les livres les plus au point sur les sciences domestiques, les arts et métiers, la psychologie enfantine, l\u2019art d\u2019élever les enfants et nombre d\u2019autres sujets.Nos femmes, il faut le reconnaître, sont bien prises par leur travail à la maison, mais elles savent trouver le temps de fréquenter la bibliothèque et d\u2019utiliser intelligemment nos collections.Elles aussi ont leurs groupes d\u2019études et leurs rencontres organisées.Un résultat significatif des services rendus par la bibliothèque fut le magnifique déploiement de conserves et de confitures, \u2014 l\u2019une des attractions de notre récente exposition de fermiers-amateurs, \u2014 qu\u2019elles avaient préparées à l\u2019aide de livres et de brochures empruntés à la section de l\u2019alimentation et de l\u2019art culinaire de notre bibliothèque.La Bibliothèque du Peuple se rappelle aussi qu'il existe des enfants en ce monde, et que l\u2019on ne peut négliger de les initier à la bibliothèque, moyen sans égal de poursuivre leur éducation.Aussi, un soin particulier est accordé aux enfants, aux garçons et filles de la high school.Les après-midi leur sont spécialement réservés et chaque classe a ses heures détermi-minées; la bibliothécaire peut ainsi accorder toute son attention à des élèves, à peu près de même âge et de même développement intellectuel.L\u2019enthousiasme que manifestent nos lecteurs même les plus jeunes est souvent incroyable; il annonce une génération d\u2019adultes qui aura bénéficié de beaucoup plus d\u2019avantages que celle de leurs parents.On leur choisit des livres qui, tout en les amusant, contribuent à éveiller leur ingéniosité ou à compléter les manuels d\u2019histoire et de géographie dont ils se servent-à l\u2019école.On enseigne aux jeunes à venir chercher à la bibliothèque la solution de leurs difficultés scolaires, et en fait on y consacre chaque semaine un après-midi, à initier les enfants, groupés en cercles d\u2019études, à l\u2019usage des livres de référence et autres instruments du travail de la bibliothèque.Notre travail auprès de nos étudiants et étudiantes de la high school nous a appris que la bibliothèque peut contribuer de plusieurs manières à préparer notre jeunesse à affronter les difficiles problèmes de l\u2019avenir.C\u2019est en effet la jeunesse étudiante d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 les citoyens de demain \u2014 qui devra résoudre beaucoup des problèmes de l\u2019après-guerre.Elle doit avoir une connaissance plus concrète et plus étendue des affaires mondiales, si elle veut être en mesure de porter à son heure ses responsabilités ou même si elle veut se pré- parer dès maintenant à collaborer au rajustement économique et social d\u2019un monde disloqué par la guerre.A cette fin, nous dirigeons pour eux, à la bibliothèque, des réunions d\u2019études et d\u2019échanges de vues comme celles que leurs aînés ont appris à mener eux-mêmes.Cette année, nous insistons sur les questions internationales et nous tenons sur ce sujet des réunions hebdomadaires.Nous nous assurons que démocratie et « ismes » divers ne soient plus de beaux mots sonores que les jeunes entendent souvent sans jamais bien les comprendre.Ils se familiarisent en même temps avec les meilleurs livres traitant de ces questions et avec l\u2019art de discuter \u2014 l\u2019une des joies qu\u2019apporte la lecture.On porte aussi l\u2019attention qu\u2019il faut aux lectures récréatives de ces jeunes et nos suggestions, à ce qu\u2019il semble, leur donnent le goût de la bonne littérature et en encouragent un grand nombre à lire pour s\u2019instruire.Les jours sont passés des Westerns et autre littérature de même qualité.C\u2019est là sans doute une des tâches que l\u2019école peut légitimement s\u2019attendre à voir accomplir à sa place par la bibliothèque et les bibliothécaires, tâche qu\u2019aucune bibliothèque, pourvu qu\u2019elle en ait les moyens, ne manquera d\u2019accomplir.A la lumière de ce qui s\u2019accomplit ici, nous croyons pouvoir énoncer catégoriquement la conclusion suivante: un service public de bibliothèques pour tout le peuple s\u2019avère, dès maintenant et pour la période de paix qui viendra, une nécessité essentielle de la société démocratique, nécessité qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019ignorer plus longtemps.Personne ne niera le bien-fondé de la déclaration faite par M.Robert J.Blakely, du Des Moines Register and Tribune, à la conférence de XAmerican Library Association, tenue à Milwaukee en juin dernier.Parlant du rôle que devront jouer les bibliothèques publiques, il disait: « C\u2019est de notre devoir maintenant de travailler à persuader partout la classe dominante que, pendant cette guerre et dorénavant, elle doit faire participer à la direction de la société ces classes envers qui son attitude jusqu\u2019ici a varié depuis un bienfaisant paternalisme jusqu\u2019à l\u2019oppression cruelle.Mais ces classes, après s\u2019être vu refuser si longtemps leurs droits, auront besoin d\u2019une éducation qui soit un éveil de leurs responsabilités.» Où recevront-elles cette nécessaire éducation, sinon à la bibliothèque publique, cette université du peuple ?A ceux qui proposeraient de remettre à l\u2019après-guerre la mise en œuvre de ce plan, je répondrai par ce mot de lord Elton à la Chambre des Lords: « Dans cette bataille féroce, nous n\u2019arriverons pas à l\u2019emporter en dernier ressort simplement parce que nous avons chars d\u2019assaut et avions: nous arriverons à l\u2019emporter parce que nous aurons eu du courage, des idées, de la confiance et de la compréhension: pour nous assurer tout cela, il nous faut des livres.Les livres sont réellement des armes de guerre.» (Traduit de l'anglais par Relations.) 64 RELATIONS LE SOMMEIL DE SAINT JOSEPH Joseph LEDIT, S.J.C\u2019EST LES premières pages de l\u2019Évangile qu\u2019il faut lire si l\u2019on veut se renseigner sur saint Joseph; nous y apprenons qu\u2019il était l\u2019époux de Marie, qu\u2019il était juste et qu\u2019il était bon.Nous le voyons à quatre reprises en communication avec les anges, mais chaque fois c\u2019était en songe.Donc, pendant qu\u2019il dormait.Saint Matthieu, qui avait été pu-blicain avant d\u2019être apôtre et évangéliste, et qui connaissait la nature des hommes, savait très bien comment il devait nous montrer un humble ouvrier pour nous le faire admirer et aimer.En plein sommeil.Plus tard, quand sur la mer de Tibériade s\u2019élèvera la tempête et quand les apôtres, épouvantés, sentiront l\u2019angoisse de la mort, Jésus fera comme son Père Nourricier.Il s\u2019endormira sur la poupe de la barque.Il n\u2019est rien au monde d\u2019aussi rassurant que le sommeil de Jésus, de Marie et, puisque nous sommes au mois de mars, de Joseph.C\u2019est la paix qui revient sur la terre.Nous savons, pauvres humains que nous sommes, que rien n\u2019apaise les esprits désemparés, n\u2019impose silence au bouleversement des passions comme un bon sommeil.Car, lorsqu\u2019on dort, le corps avec ses mauvais désirs s\u2019avoue vaincu, terrassé par la fatigue, et l\u2019âme légère s\u2019envole vers les anges.Un sommeil bien compris, c\u2019est un acte d\u2019humilité parfaite.Et Joseph fut humble! Comme pas un, il savait disparaître dans l\u2019ombre aux moments de gloire.La nuit de Noël, Marie met au monde son fils premier-né, l\u2019enveloppe de langes, le couche dans la crèche parce que Joseph n\u2019a pas réussi, par la permission de Dieu, à lui trouver un asile pour la nuit.Tout ce que l\u2019Écriture nous dit de lui, c\u2019est qu\u2019il était là.Humilié, sans doute, de ne pouvoir mieux accueillir le Roi de gloire.Les bergers viennent, causent et s\u2019en vont, et Marie conserve leurs paroles dans son cœur.On commence tellement à oublier Joseph que lors de la visite des Mages, on ne dira même pas qu\u2019il était à côté de Marie.D\u2019ailleurs, qu\u2019eût-il fait, l\u2019humble ouvrier, au milieu d\u2019une telle magnificence?Que les difficultés s\u2019amoncellent comme un orage, que les doutes intérieurs ou la persécution du dehors menacent la paix de la sainte Famille, Joseph sort de l\u2019ombre et pieusement s\u2019endort.C\u2019est alors que les anges, laissant le ciel étoilé, viennent s\u2019entretenir avec celui auquel ils ne parlent pas durant le jour.Quand il est à son travail, ou qu\u2019il s\u2019occupe de pourvoir aux besoins de Marie, ils n\u2019oseraient pas le déranger.Et quel choc ce serait, pour l\u2019humilité de Joseph, que de se voir adresser la parole par un ange, en plein jour! Mais quand la nuit étend son voile sur la terre et ferme les yeux des hommes, quand la modestie de Joseph ne peut plus être effrayée par la parole des anges, alors son âme se libère dans la paix.Joseph écoute les voix d\u2019en-haut, s\u2019éveille, exé- MARS 1943 cute les ordres reçus avec une irrésistible promptitude.Puis, la crise disparue, il se retire dans le silence de son humble obscurité jusqu\u2019à ce que, de nouveau, on ait besoin de lui.Cela, c\u2019est l\u2019humilité; c\u2019est aussi la justice, car il faut que toute gloire, et honneur, et splendeur appartienne au Fils et à la Mère.Joseph ne veut être que le serviteur.Il comptait vingt-cinq rois parmi ses ancêtres.L\u2019hérédité de David et du magnifique Salomon, d\u2019Abraham, d\u2019Isaac et de Jacob auxquels Dieu avait fait les plus étonnantes promesses, du juste Noé et d\u2019Adam, père de la race humaine, avait été transmise de génération en génération jusqu\u2019à lui.Il portait un des noms les plus célèbres en Israël, mais ceux qui estiment les choses d\u2019après leur valeur humaine avaient pitié de sa déchéance.Il ne lui restait même pas un lambeau de la gloire humaine de ses aïeux.Il n\u2019était qu\u2019un pauvre ouvrier, en butte aux exactions des pu-blicains, au mépris des pharisiens.Les riches, quand ils le voyaient, n\u2019avaient pour lui que de la condescendance hautaine.Mais c\u2019est parce qu\u2019il fut aussi insignifiant aux yeux du monde qu\u2019il fut choisi pour être l\u2019époux de la Vierge.La rose mystique d\u2019Israël vint embaumer l\u2019humble demeure de Joseph.La gloire de Jérusalem vint se cacher à Nazareth.Des mains virginales de Marie à celles de Joseph, le lis passa.La Reine des Anges fit ce cadeau de noces à son époux et, désormais, c\u2019est Joseph qui portera la fleur immaculée dans sa main; mais quand Marie quitta le Temple pour le toit du pauvre artisan, les Chérubins et les Séraphins, les Trônes et les Dominations, les Puissances et les Vertus, les Principautés, les Anges et les Archanges formèrent l\u2019invisible cortège nuptial.Ce fut un éblouissant spectacle aux yeux de Dieu, mais Joseph ne le vit point, car c\u2019était pendant le jour et il avait alors les yeux grands ouverts sur l\u2019humble petite Vierge qui cheminait, souriante, à ses côtés.Quand arriva Jésus, Joseph se retira dans une humilité encore plus profonde.N\u2019étant que Père Nourricier, il savait bien que le divin Enfant qui grandissait sous sa protection n\u2019était pas son fils, chair de sa chair et sang de son sang.Aussi, il hésitait presque à le caresser et il fallait que Marie l\u2019encourageât.Pour Jésus, qu\u2019il devait laisser chaque matin, il ne pouvait que se dépenser, mais avec quelle dévotion il le fit.Il devait pourvoir à tout, mais ses efforts durent sembler mesquins au monde qui critique.Il vivait au jour le jour, très pauvrement, et Marie était obligée d\u2019étirer le maigre salaire qu\u2019il lui remettait fidèlement entre les mains jusqu\u2019à la dernière obole.Tout ce qu\u2019il put donner à Jésus comme éducation, ce fut d\u2019en faire un pauvre charpentier de village, juste assez pour qu\u2019il 65 puisse subvenir aux besoins quotidiens de la Reine du ciel.C\u2019est là ce que, dans notre ambition de faire carrière dans le monde, nous comprenons si difficilement.Dans le royaume du ciel, tout est à l\u2019envers.Les pauvres s\u2019élèvent dans le ciel, tandis que les riches, courbés par le fardeau de leur opulence, sont courbés vers la terre.On obéit aux puissants, puisqu\u2019on sait qu\u2019ils commandent au nom de Dieu, mais on sait que leur gloire n\u2019est que fumée et fumier.L\u2019humilité, par contre, élève les serviteurs et les servantes par-dessus les princes et les rois, les dépose devant la face de Dieu.C\u2019est pourquoi saint Joseph est le Patron de l\u2019Église universelle, des pauvres et des riches et des nobles au blason dédoré.Aux pauvres, il apprend qu\u2019ils sont tout près de Dieu, même s\u2019ils n\u2019ont qu\u2019une grotte pour logis.Aux riches, il affirme solennellement que leur fortune si enviée n\u2019est qu\u2019un poids écrasant et malheur à eux s\u2019ils n\u2019écoutent pas la leçon.Aux nobles que le monde a délaissés, il montre les beautés éternelles que l\u2019estime ou le mépris des hommes ne peut atteindre.Il garda toute sa vie le plus merveilleux silence.L\u2019Évangile, en tout cas, ne nous a pas légué une seule de ses paroles.Pendant que la Vierge causait avec l\u2019Archange ou chantait le Magnificat, Joseph était à son établi; il n\u2019ajouta rien aux paroles que Marie prononça dans le Temple, le jour où Jésus se perdit.Comme tous les vrais ouvriers, car les éloquents faiseurs de révolution se recrutent, d\u2019ordinaire, dans un autre monde, Joseph aimait le silence.En union avec Jésus et Marie, Joseph était toujours en prière.Le soir, quand il se retirait dans son coin pour le pesant sommeil du travailleur fatigué, il ne lui restait plus qu\u2019à attendre les voix angéliques qui lui parlaient sans l\u2019éveiller.Son humilité eut la solidité du bon sens.Ce n\u2019est pas lui qui exigeait des miracles pour la solution de ses problèmes.Très simplement, il raisonnait, priait, se tirait d\u2019affaire.Il prit toujours toutes les ressources en son pouvoir et ne ménagea jamais ses propres efforts.Devant Hérode, il s\u2019enfuit; il chercha du travail en Égypte et à Nazareth.Il mit en pratique le dicton populaire: « Aide-toi, le ciel t\u2019aidera.» Et les choses pénibles qu\u2019il ne pouvait éviter, il les offrait au bon Dieu en sacrifice.Il mourut sans voir la gloire de la vie publique.Jésus ne fit pas de miracle devant son Père Nourricier, pas même pour lui sauver la vie.Joseph n\u2019entendit pas les femmes de Galilée crier, en entendant le Sauveur: « Bienheureuses les entrailles qui t\u2019ont porté; les mamelles qui t\u2019ont allaité.» Il n\u2019assista pas à la multiplication des pains, ne vit pas les yeux des aveugles s\u2019ouvrir, les paralytiques jeter leur grabat et marcher, les lépreux purifiés crier leur reconnaissance.Il n\u2019était plus nécessaire à Jésus et il s\u2019était empressé de dispa- raître, tout simplement.Le grand sommeil de la mort l\u2019avait saisi.Il ne s\u2019éveilla que le Vendredi Saint quand il accueillit dans les Limbes l\u2019âme de Jésus qui venait de mourir sur la croix, et j\u2019aime à croire que le matin de Pâques, quand Jésus apparut à Marie, celle-ci vit, dans l\u2019ombre lumineuse de son Fils ressuscité, la souriante figure de celui que Dieu lui avait donné pour mari.Puis, l\u2019Église commença, et l\u2019on oublia saint Joseph.Après les trois siècles de persécution, la chrétienté sortit du tombeau et s\u2019épanouit à travers le monde.Les cathédrales s\u2019élevèrent, et les fidèles multiplièrent les sanctuaires de pèlerinage.Tout le monde était invoqué.Pour la Saint-Jean-Baptiste, les feux s\u2019allumaient dans les montagnes et les vallées et sur les îles claires.Pour l\u2019Assomption et la Nativité de la Vierge on organisait des processions resplendissantes.Noël s\u2019illuminait de flambeaux et les cloches revenaient de Rome pour sonner l\u2019Alleluia de Pâques.Les saints aux noms sonores accaparèrent la dévotion des fidèles: les douze apôtres un peu partout, saint Gui à Prague, saint Martin, saint Denis et sainte Geneviève en France, sainte Gudule à Bruxelles, saint Paphnuce et saint Pacôme dans le désert d\u2019Égypte.Une magnifique basilique entoura la colonne de saint Siméon Stylite en Syrie, tandis que le mont Athos résonna des noms d\u2019Onuphre et de Pierre, de Panteleimon et de Démé-trius.L\u2019Allemagne honorait saint Boniface, l\u2019Angleterre saint Augustin, l\u2019Irlande saint Patrice.Chaque pays, chaque ville, chaque hameau avait son patron, mais où donc s\u2019était caché saint Joseph ?Trouvez-moi une église dédiée à saint Joseph durant tout le moyen âge.Les choses marchaient bien alors et l\u2019on n\u2019avait pas besoin du glorieux patriarche.Très bien, il s\u2019endormit d\u2019un sommeil quinze fois centenaire.Ce fut sainte Thérèse d\u2019Avila qui alla le chercher en lui disant que l\u2019Église était en péril.De fait, la Révolution protestante menaçait d\u2019engloutir l\u2019Europe, le relâchement spirituel démoralisait les chrétiens.Sinistre, grimaçant, Hérode montait à l\u2019horizon.Sainte Thérèse, qui fut la plus pratique des mystiques, vit immédiatement ce qu\u2019il fallait faire.Seul saint Joseph pouvait régler une telle situation.Ce n\u2019est pas lui qui se plaignit alors qu\u2019on l\u2019avait négligé trop longtemps.Il vint à l\u2019aide, et réapprit l\u2019humilité aux enfants des hommes.Ce fut le Concile de Trente, la Réforme de l\u2019Église, la multitude des nouveaux ordres religieux, la glorieuse poussée missionnaire du XVIe siècle, le retour à la foi de la Pologne qui avait hésité juste un instant, d\u2019une imposante partie de l\u2019Allemagne.Ce fut une besogne superbe.Quand elle fut finie, Joseph voulut se cacher encore une fois.Mais, désormais, l\u2019Église avait trop besoin de lui pour le laisser tranquille.Assaillie par d\u2019innombrables ennemis, elle se resserra de plus en plus étroitement autour de lui.On lui consacra tout le mois de mars qui devint en un clin d\u2019œil universellement populaire.On éleva le rang de sa fête, on lui donna une autre 66 RELATIONS fête sous le titre de « Patron de l\u2019Église universelle » à laquelle on ajouta une octave.Des églises s\u2019élevèrent à son honneur comme par enchantement.Pas une famille chrétienne qui n\u2019eût son saint Joseph de bois, de cire, de plâtre ou de papier, mais c\u2019était toujours saint Joseph, et presque dans toutes les familles on donna son nom d\u2019abord aux garçons et l\u2019on inventa Josette pour les filles.Alors, saint Joseph, qui ne sait pas se cacher quand on a besoin de lui, retroussa ses vieilles manches d\u2019humble artisan, et se mit à nous enseigner la sainteté du travail.Demain, peut-être, le monde sera en grande partie dirigé par des ouvriers.S\u2019ils ont, à leur tête, le glorieux et bon saint Joseph, et s\u2019ils écoutent son silence, peut-être arriveront-ils à donner au monde la paix dont les beaux parleurs l\u2019ont privé.P.-S.\u2014 Après avoir rédigé ces quelques paragraphes en l\u2019honneur de saint Joseph, nous voici dans la nécessité de les faire suivre d\u2019un court appendice auquel tout le reste du texte, d\u2019ailleurs, ne peut servir que de préambule.Joseph, en effet, vient d\u2019une racine hébraïque qui veut dire ajouter, et signifie: « Que Dieu ajoute.» Quand Rachel, après une longue attente pleine d\u2019amertume, eut mis au monde le premier Joseph, elle s\u2019écria aussitôt: « Que le Seigneur ajoute encore un autre fils.» Ce premier-né, à ses yeux, n\u2019était qu\u2019un palier sur lequel devait passer l\u2019autre: Benjamin! Pourtant, les voies de Dieu n\u2019étant pas celles des hommes, ce fut Joseph qui sauva la famille lors de la grande famine de Chanaan et qui gouverna l\u2019Égypte.Telle est souvent la destinée de ceux que l\u2019on ne regarde que comme des surnuméraires.Saint Joseph fut l\u2019époux de Marie, mais seulement pour la protéger.On le disait père de Jésus, mais de cet auguste office, il n\u2019eut que les responsabilités.Pour les corvées, il était là; le reste, il l'abandonnait avec son merveilleux sourire de vieillard silencieux.C\u2019est pourquoi Jésus l\u2019aima tellement.Il respecta son humilité au point de ne pas en parler à ses disciples.L\u2019éblouissante gloire de Joseph, son incomparable magnanimité à secourir toutes les détresses, ses ressources illimitées pour nous tirer d\u2019embarras, sa douce joie paisible et réconfortante, tout cela, et beaucoup d\u2019autres choses encore, nous ne les découvrirons que lorsque, écrasés, anéantis par le monde, nous nous apercevrons que Dieu a mis à côté de nous un souriant vieillard, qui s\u2019appuie sur un bâton rugueux à l\u2019extrémité duquel ont poussé les lis.NOS CLASSES MOYENNES A MONTREAL Charles-Edouard CAMPEAU DE GRANDES difficultés s\u2019attachent à la délimitation des classes sociales dans une société essentiellement industrielle et commerciale, où la naissance et les privilèges s\u2019y rattachant n\u2019ont plus aucune valeur.Au sein d\u2019une même classe, des sous-divisions s\u2019imposent pour donner une claire vision de notre capharnaüm social.C\u2019est pourquoi nous croyons plus juste de parler de nos classes moyennes.Le seul critère de distinction maintenant utilisé pour fins de statistiques est la richesse, c\u2019est-à-dire le moyen de se procurer d\u2019abord les nécessités de la vie et ensuite ce surplus appelé luxe.Toutefois ce procédé est par lui-même insuffisant.Un attachement à un certain niveau de vie, jugé convenable à un genre de travail, creusera un abîme infranchissable entre deux individus gagnant le même salaire.Même si aujourd\u2019hui ces préférences sociales tendent à disparaître, parce que peu à peu la machine économique nivelle toutes ces différences, elles demeurent un critère nécessaire.Le problème se présente donc sous un double aspect: quelle est la force numérique et économique, puis quelle est la force morale de nos classes moyennes ?Des enquêtes économiques ont établi que, dans les conditions de vie actuelles sur le continent nord-américain, la famille urbaine a besoin de $1,300 à $1,500 annuellement pour se procurer le strict nécessaire.Il semble donc convenable de fixer comme limite inférieure de la classe moyenne un revenu annuel de $2,000, et comme limite supérieure un revenu de $6,000.Nous avons essayé d\u2019établir la force numérique de cette classe en partant de sources différentes (recensement de 1931, rapport Sirois, annuaires statistiques fédéraux, publications du ministre des Finances, études du Brookings Institute, etc., etc.).Les chiffres que nous offrons sont souvent basés sur des estimés personnels; ils peuvent être acceptés, nous le croyons humblement, comme « une approximation assez juste de faits qui ne peuvent être évalués exactement » (sir L.C.Money).Combien Montréal possède-t-il de familles réalisant un revenu annuel compris entre $2,000 et $6,000 ?Les chefs de ces familles seront recrutés parmi les ouvriers spécialisés, parmi les commerçants, parmi les entrepreneurs, et parmi les professionnels.Cette classe moyenne ne représente actuellement que de 20 à 25% des familles de la métropole.Le prolétariat a grossi au point d\u2019atteindre 75 à 80%, alors que la classe riche ne compte plus que pour 2%.En 1931, la répartition des classes sociales s\u2019établissait à peu près ainsi: prolétariat, 65 à 70%; classe riche, 3%; classe moyenne, 30 à 35%.En 1936, dans le même ordre: 70 à 75%; MARS 1943 67 3%; 25 à 30%.Donc, aujourd\u2019hui, quelque 170,000 familles, à Montréal, sur 220,000, ont un revenu inférieur à $2,000, et moins de 50,000 jouissent d\u2019un revenu s\u2019échelonnant entre $2,000 et $6,000, avec une moyenne voisine de $3,000.L\u2019équilibre est instable et « nous voguons sur un volcan » qui s\u2019allume.Cette situation n\u2019est pas particulière à Montréal, centre démesurément grossi.Le Canada présenterait la distribution suivante: 65 à 75% des familles dans le prolétariat; 25 à 35% dans la classe moyenne et 4% pour la classe riche.La force économique d\u2019une classe sociale s\u2019évalue par son revenu annuel total, les salaires ou traitements gagnés, l\u2019épargne, les placements, la propriété foncière, les entreprises individuelles, et enfin les intérêts sur les placements.Voici en regard la force numérique de nos trois classes (moyenne des trois années 1940-1942, étant tenu compte de la hausse des salaires et du coût de la vie) : RÉPARTITION DE LA RICHESSE À MONTRÉAL EN MILLIONS DE DOLLARS Salaires Épargne Pro- Revenus Place- Intérêts priêtê\tcements Prolétariat\t\t.74\tNulle\t60\tNuis\tNuis\tNuis Pourcentage\t\t\u2022 33%\t0%\t7%\t0%\t\u2014\t\u2014 Classe moyenne .\t.60\t9\t180\t3\t100\t5 Pourcentage\t\t.27%\t20%\t18%\t5%\t11%\t11% Canadiens français\t.36\t5\t108\t1.6\t60\t3 Classe riche\t\t.90\t36\t700\t50\t800\t40 Pourcentage\t\t.40%\t80%\t75 %\t95%\t89%\t89% Ce tableau nous montre l\u2019importance relative de nos trois classes au point de vue pouvoir d\u2019achat et contrôle du commerce.La position économique de la classe moyenne ne convient plus à son importance numérique, en relation avec la classe riche.Son revenu total a sans cesse diminué à cause des pertes constantes dans la propriété, à cause de l\u2019impossibilité d\u2019augmenter ou de conserver l\u2019épargne devant l\u2019augmentation continuelle du coût de la vie, et enfin à cause de l\u2019insécurité des placements.Elle perd peu à peu le contrôle de la vie économique et devient elle aussi le jouet de quelques rusés financiers.Elle ne peut plus servir de tampon entre la classe riche et le prolétariat.Quelle est la part des Canadiens français, dans la richesse de la classe moyenne ?Il est assez difficile de l\u2019établir.Nous savons que les ouvriers spécialisés sont peu nombreux chez nous, que nous débutons à peine dans la petite industrie, que nous contrôlons très peu le commerce local.Beaucoup de confusion règne d\u2019ailleurs dans ce domaine.Des maisons canadiennes-françaises opèrent sous des noms anglais.Beaucoup de noms canadiens-français cachent des entreprises étrangères.Je crois cependant qu\u2019on peut accepter le chiffre établi par un de nos économistes distingués: notre participation aux affaires municipales équivaudrait à 60% du total (cf.tableau précédent).Souvent les convictions sociales ou du moins la stabilité sociale ne correspond pas au salaire annuel gagné.68 Les employés de bureau, les commis préposés aux écritures, les fonctionnaires, sont plus conservateurs que l\u2019homme d\u2019affaires, dont le salaire est plus considérable mais qui peut espérer des revenus intéressants dans un bouleversement de l\u2019ordre social.Nous présentons ici sommairement la répartition des occupations à Montréal, pour la moyenne des trois années 1940-1942 (étant tenu compte de l\u2019indice de l\u2019emploie-ment pour les différentes occupations) : RÉPARTITION DES OCCUPATIONS À MONTRÉAL Nombre\tSalaire de familles\tmoyen annuel 1.\tTravail de bureau.\tPatrons etc.9,000\tEm- ployés\tPatrons.etc.$1,800\tEm- ployés 2.\tConstruction\t\t.\t700\t18,500\t2,100\t$1,100 3.\tTransport\t\t.1,000\t16,000\t6,000\t1,800 4.\tMines, etc\t\t25\t200\t3,700\t800 5.\tElectricité\t\t60\t1,900\t4,000\t1,200 6.\tJournalier\t\t\u2014\t36,000\t\t900 7.\tEntreposage\t\t32\t1,600\t3,000\t1,200 8.\tCommerce\t\t.1,400\t12,700\t1,800\t1,000 9.\tFinances, assurances.\t.2,800\t\u2014\t2,100\t 10.\tServices publics\t\t\u2014\t4,000\t\u2014\t1,500 \t» professionnels.10,000\t\t\u2014\t2,800\t\u2014 \t» personnels.\t.\u2014\t4,600\t\u2014\t900 11.\tAgriculture\t\t\u2014\t450\t\u2014\t900 12.\tManufactures\t\t.2,300\t36,000\t3,000\t1,000 Nous ne pouvons tenir compte du travail supplémentaire.Les salaires ont peu varié depuis quelques années, si l\u2019on prend en considération le coût de la vie.Si nous prenons 1931 comme base, nous avons la variation suivante des salaires par la suite: 95, 90, 91, 93, 95, 102, 105, 105, 108.Une première conclusion s\u2019impose ici: la rareté de la main-d\u2019œuvre spécialisée chez nous.Nous remarquons la présence de gens ayant reçu une assez longue formation scolaire, dans l\u2019échelle des bas salaires.Ceci prouve deux énoncés, généralement admis parmi nous sans preuves, à savoir la paresse intellectuelle de certaines de nos classes moyennes et la faillite de nos écoles dans la préparation des jeunes aux difficultés de la vie.La richesse n\u2019est pas le seul indice de la force d\u2019un groupe, même dans un monde aussi matérialiste que le nôtre.D\u2019autres éléments qui comptent pour beaucoup doivent être analysés.Nos classes moyennes ont produit et produisent encore la plus grande partie de nos hommes politiques, de nos professionnels et de nos commerçants.Elles peuvent avoir une influence considérable sur l\u2019opinion publique.Malheureusement, elles l\u2019exercent rarement.On en a eu la preuve lors de certaines élections municipales dans le passé! D\u2019ailleurs, pour leur malheur, elles se désintéressent de la chose publique.Les dernières élections à Montréal, tant dans le domaine fédéral que municipal, ont établi que la classe moyenne, en général, néglige de plus en plus la plus grande des libertés démocratiques, celle de pouvoir exprimer son opinion par le vote.A-t-elle d\u2019ailleurs des opinions?La plupart du temps elle approuve le gouvernement, quand il augmente ses revenus; elle RELATIONS le critique dès que le même gouvernement la prive d\u2019un certain luxe.A cela se résument ses doctrines politiques: celles de l\u2019intérêt.Conservatrice, elle ne l\u2019est plus que de surface.Comme le prolétariat, elle dépend du système industriel et de l\u2019état des affaires.C\u2019est une fausse bourgeoisie, une simple aristocratie du prolétariat.Ce caractère instable ressort immédiatement du petit nombre de propriétaires parmi eux, soit 30 à 40%, et de l\u2019insignifiance de leurs biens transmissibles et des traditions familiales.Jusqu\u2019ici la classe moyenne se rapprochait de la classe riche parce qu\u2019elle en tirait profit.Maintenant que le prolétariat devient plus grouillant, elle déplace son centre d\u2019attraction, parce qu\u2019elle-même elle n\u2019a aucune solution à offrir aux malaises actuels.La formation intellectuelle du type de classe moyenne se rapproche de celle du prolétaire.D\u2019ailleurs, le premier est souvent originaire du même milieu, mais il a été plus favorisé.Il fréquente généralement plus longtemps l\u2019école.Sa curiosité intellectuelle ne dépasse pas beaucoup celle du prolétaire.Dans les dernières années, un certain réveil s\u2019est produit devant la nécessité de se spécialiser pour réussir.Mais sa grande source d\u2019information demeure la même que celle du prolétaire: les quotidiens, où la valeur des opinions est équivalente à la formation incomplète de plusieurs de nos journalistes.Ce trait a été souligné récemment par Mgr Ryan.La valeur morale de la classe moyenne demeure sa dernière planche de salut.La valeur personnelle, au sein de cette classe, se mesure par la richesse et la « respectabilité », mais là se trouve le défaut de la carapace.La « respectabilité » n\u2019est qu\u2019une qualité extérieure.On se moquera sans aucune hésitation de ceux qui veulent introduire cette qualité dans la vie intérieure.Cette façon de juger est plus commune aux couches supérieures de la classe moyenne.Ici s\u2019imposerait l\u2019étude successive des trois divisions de la classe moyenne, comme l\u2019entendent les économistes étatsu-niens: la haute, la moyenne et la basse.Malheureusement, ce développement dépasserait le cadre de cet article.En général, le moral est encore bon.Plus conformiste que les autres classes, la classe moyenne reste attachée aux principes de conduite honorable.L\u2019instabilité économique des dernières années a provoqué un déséquilibre intérieur qui ira croissant, si on n\u2019y remédie pas.Notre classe moyenne n\u2019est pas à la hauteur de sa tâche.Elle ne se prépare plus adéquatement à jouer son véritable rôle social, celui d\u2019écran entre les deux classes extrêmes.Elle lutte avec des armes imparfaites: elle n\u2019a plus ni la richesse ni le nombre nécessaire.Déjà les menaces des prolétaires atteignent directement nos dirigeants.L\u2019état de guerre entraîne des conséquences sociales dangereuses.En nous obligeant à restreindre notre commerce local et nos industries normales, la guerre transforme beaucoup d\u2019entrepreneurs, de com- MARS 1943 merçants et de professionnels, soit en soldats, êtres improductifs au point de vue du revenu national, soit en salariés, beaucoup moins attachés au maintien de l\u2019ordre établi.Il est encore trop tôt pour évaluer numériquement l\u2019effet de ce phénomène.Bien des ouvriers jouissent actuellement de gros salaires, mais appréhendent le temps où ils chômeront.Ils s\u2019impatientent devant l\u2019inertie et la lenteur de nos gouvernants et deviennent souvent la proie des doctrines subversives.Beaucoup de familles de la classe inférieure disposent actuellement d\u2019un revenu qui les range temporairement dans la classe moyenne.Ces gens demeurent des prolétaires, et par leurs tendances, et par leur milieu, et par leur formation.Ils ne sont pas préparés à pratiquer l\u2019économie et dépensent follement.Le retour aux conditions normales en fera des ennemis féroces de l\u2019ordre social.Le seul vrai partisan de la liberté (pas la licence) économique et de la stabilité sociale est celui dont le bien-être en dépend complètement.Seule la classe moyenne est respectueuse de l\u2019ordre.La classe riche est accapareuse par le jeu de la grande finance, le prolétariat par le moyen des révolutions sociales.Et voilà pourquoi celle qui assure le maintien de l\u2019ordre se tiendra toujours au centre de l\u2019échelle sociale.Nous sommes en danger.Notre classe moyenne, quoique encore imbue de bons principes, se corrompt lentement et tend à disparaître au sein du prolétariat.Elle ne trouve aucune raison de lutter pour maintenir une société où la finance et l\u2019industrie l\u2019écrasent sans pitié! Nous savons où nous allons, si aucune réaction ne se produit.Et cette réaction devra venir de la classe moyenne d\u2019abord.M.Bourassa disait aux Communes le 20 mars 1934: « Dans l\u2019imposition de toute taxe, j\u2019adjure les gouvernements de s\u2019intéresser, tout d\u2019abord, au sort des petits négociants, des petits industriels, des petits propriétaires, voire des petits capitalistes, mieux désignés en France comme épargnâtes, et même des rentiers.La quasi-totalité de ces petits propriétaires, vivant de leurs revenus sur leurs vieux jours, sont d\u2019anciens ouvriers ou employés.Leur vie durant, ils ont contribué méritoirement au bien commun.Jusqu\u2019ici ils ont été le meilleur appui de l\u2019ordre moral, le ciment de l\u2019édifice social.Par nature, par instinct, par intérêt, ils sont essentiellement conservateurs, au meilleur sens du mot.Mais ruinés par .es taxes ou autrement, ils peuvent devenir des révolutionnaires dangereux, car il ne leur reste plus aucun espoir de refaire leur vie.Ceux qui ont suivi d\u2019un peu près les affaires d\u2019Europe, depuis la guerre (1918), ne peuvent ignorer que cette petite bourgeoisie, ruinée, opprimée, a rempli, d\u2019une part, les cadres du communisme, de l\u2019autre les rangs du fascisme.Est-ce là ce que nous voulons au Canada?Non, nous ne voulons ni l\u2019un ni l\u2019autre, mais c\u2019est là que nous nous acheminons.» Le terme du voyage douloureux n\u2019est peut-être plus très loin, pas plus loin que de la coupe aux lèvres.69 TROIS BONS EXTRAITS D\u2019un bon Canadien: \u2014 « Notre Société Saint-Jean-Bap-tiste fera pression aux Postes pour franciser le nom de notre paroisse.Il y aura bien des choses à changer ici, d\u2019abord la mentalité de nos gens, que depuis des années la X.Company, à capitaux étrangers, tient sous sa botte.Imaginez que les délibérations et les minutes du Conseil se tiennent en anglais, \u2014 pour un dixième anglais de la population.Mais on va élire de nouveaux conseillers un peu plus fiers, et un maire canadien cent pour cent.Notre Société est jeune, et déjà un beau réveil se manifeste, grâce aux conférences mensuelles et aux réflexions qu\u2019elles provoquent.Si nos divisions politiques pouvaient cesser.» L\u2019union fait la force.Au lieu de gémir en petit comité, groupons-nous et agissons là où il faut.De plus habiles ont pris les devants: nous étions sans méfiance, et nous laissions faire.Oh, le laisser-faire, le laisser-passer! Alors que nous sommes par devoir un peuple de guetteurs.Ne laissons rien passer: la liberté est le prix d\u2019une vigilance qui ne dort jamais.D\u2019un bon colon:\u2014 « Nous faisons de dures journées, et longues.Il le faut bien.Nous bûchons de l\u2019épinette sèche, ramassée par terre sur mon lot.Ce bois, scié, fendu et cordé au chemin, la ville de Rouyn l\u2019achète et le transportera à l\u2019été: $2.10 la corde pour le bois mou, et $2.60 pour le bouleau.La neige nous incommode, et il en tombe encore.Mon cheval est bien travaillant et docile.» Ce noble cheval doit être heureux \u2014 et son maître donc! \u2014 de n\u2019avoir plus à tirer le bois jusque chez le client, à douze ou quinze milles, doublés au retour,\u2014voyage de quinze heures, pour $1.50.Le bois était donné.Quand plus de mécaniques de sciage, de transport, d\u2019essouchage, etc., faciliteront la mise en valeur du sol dans le plus court délai; surtout quand des équipes spécialisées couperont d\u2019avance et vendront le bois au profit du lot, les dirigeants prépareront à bon compte une habitation humaine, au lieu de jeter de vaillants pauvres dans la sauvagerie, l\u2019inquiétude et la grosse misère.Espérons que le projet Bastien se continuera, et qu\u2019on pratiquera tout de suite ce qu\u2019il annonce pour l\u2019après-guerre.D\u2019un bon officier, quelque part aux Rocheuses: «.Ca-sernés dans un petit village anglais doté d\u2019une chapelle et d\u2019un vieux prêtre français chargé d\u2019autres petites missions.Le premier dimanche, nous avons triplé son assistance à la messe, triplé sa quête, et chanté à notre goût nos cantiques français.Tout ému, le vieux Père a retourné pour nous son sermon préparé en anglais: bienvenue, bons conseils, invitations chez lui, même quelques larmes de bonheur, qui nous touchaient nous aussi.Comme cadeau de Noël, nous lui avons donné une lampe de sanctuaire de $55.Un de nos sergents-majors a épousé ce matin une Québécoise arrivée hier soir.Nous avons fêté l\u2019événement dans une grandeur proportionnée.Le cher vieux curé fut content, et le marié.nerveux au point d\u2019échapper le jonc sur le plancher.Si on l\u2019a taquiné! La noce dura trois heures et fut digne de mon mess : en ordre et sans abus.Cet après-midi, tous en parade.C\u2019est drôle de voir l\u2019attitude du monde ici envers les Canadiens français.Mais ne t\u2019en fais pas: nous sommes bien représentés.Nous gagnons les sympathies de tous, surtout quand ils nous comparent à d\u2019autres, qui ne savent pas vivre.Notre race est belle, vieux, malgré quelques faiblesses ici et là.Après la guerre, nous allons sortir plus forts.» Dieu le veuille! Jeanne d\u2019Arc voulait des soldats qui fussent dignes de la victoire.Pour cela, elle chassait les ribaudes, et demandait aux femmes de France de prier pour eux, non de les faire danser ou nocer.AVEC C O M M UN ÉCOSSAIS PARLE FRANC IL EST DE BON TON, en certains milieux, d\u2019expliquer tout ce qui va mal au Canada par le Quebec problem.M.John Grierson, commissaire du Bureau National du Film à Ottawa, pense autrement.Avec le bon sens et la franchise caractéristiques de l\u2019Écossais, il l\u2019a dit à un auditoire new-yorkais, intéressé au problème des bonnes relations avec les pays sud-américains: « J\u2019aimerais que nous apprenions à étudier un peu plus les autres pays.Au Canada, nous avons un problème intérieur que parfois l\u2019on désigne sottement comme le « problème du Québec français », et qui peut nous en apprendre long sur cette question des relations internationales avec le Sud.Nous, au Canada, nous sommes un pays à deux langues.Plus d\u2019un tiers du pays parle français.Ce tiers est latin.Il est catholique.Ses traditions, ses coutumes, ses points de vue en tout ce qui touche à la culture et à la civilisation sont différents de ceux de cet autre secteur du pays qui est anglo-saxon.Notre minorité anglo-saxonne, pas plus nombreuse que la minorité française, mais qui possède cette assurance messianique qui semble inséparable des peuples teutons, parle à la légère du « problème canadien-français »; le problème venant tout simplement du fait que le Français ne veut ni parler, ni penser, ni croire comme l\u2019Anglo-Saxon.Pour ma part, je pense que ce problème est un problème anglo-saxon plutôt qu\u2019un problème français.Les Français apprennent l\u2019anglais.Ils font de grands efforts pour saisir le point de vue anglo-saxon, mais vous pouvez me croire que la dernière chose que nous faisons, nous les Canadiens d\u2019origine anglo-saxonne, c\u2019est de leur rendre la politesse.Nous allons dans le Québec assez souvent.Nous jouissons de son gibier et de sa pêche.Nous admirons son pittoresque.Nous préférons sa cuisine et parfois ses femmes.Nous regardons Montréal, notre ville française, \u2014 et à bon droit, \u2014 comme la ville la plus importante et la plus passionnante du Canada.Nous tirons du Canada français ce que nous pouvons en prendre, mais, en dernier ressort, nous lui donnons bien peu en retour.Nous nous sentons tellement la race élue, à titre d\u2019Anglo-Saxons, que nous ne pensons pas à le faire.C\u2019est un défaut fondamental de notre caractère et de notre attitude, défaut que l\u2019on retrouve chez ceux qui ont subi notre emprise; et nous ferions à la bonne entente internationale la plus riche contribution, si nous nous mettions un peu plus activement à nous débarrasser de cette attitude.Je dirai, en passant, que les États-Unis ne devraient pas se surprendre si le Canada, à cause de sa forte tradition latine et catholique, se découvre une affinité particulière pour les autres pays latins des Amériques.» M.Grierson, de renommée internationale dans la production du film documentaire, sert bien la cause de l\u2019unité canadienne en s\u2019appliquant à donner au Canada de magnifiques documentaires anglais et français.Exprimons le vœu que nos gens expliquent nos points de vue à leurs voisins, qui pourront les expliquer à d\u2019autres.Chacun peut être ambassadeur de paix.70 RELATIONS SANS TA I R E S LUMIERE DE L\u2019ÉGLISE LA PASTORALE de S.Exc.Mgr Charbonneau sur l\u2019œuvre j des vocations a été commentée dans toutes les églises du diocèse; elle a paru dans les journaux.Elle portait la date du 2 février.L\u2019archevêque de Montréal ne pouvait choisir un meilleur jour pour inviter ses diocésains à s\u2019intéresser à l\u2019œuvre des œuvres: celle du recrutement sacerdotal.Quand la Vierge Marie, humble et obéissante fille d\u2019Israël, présenta Jésus au Temple pour obéir à la loi antique, elle offrit à Dieu ce que la terre avait de plus beau: le Fils de Dieu fait homme, né d\u2019elle, formé de sa chair immaculée, et dans lequel l\u2019hérédité des patriarches, des prophètes et des rois arrivait à sa consommation.Mais l\u2019Enfant Jésus était aussi la claire flamme de la lumière étemelle, l\u2019image immaculée de la miséricorde incréée, lumière de lumière, et vrai Dieu de vrai Dieu.Pour la première fois depuis la chute originelle, Dieu put sourire au don qui montait de notre planète.Et il nous rendit Jésus.Quand la Vierge eut payé la somme prescrite par la loi, elle put reprendre son Fils, confié par le ciel à la terre, pour qu\u2019il grandisse, et pour qu\u2019il meure sur la croix, suspendu entre ciel et terre, Médiateur de Dieu et des hommes.Malgré leurs pauvres misères humaines dont ils ne se débarrasseront totalement que lorsqu\u2019ils auront cessé de vivre, les prêtres, eux aussi, participent à cette mission médiatrice du Fils de Marie.Dans l\u2019exercice de leur ministère, ils s\u2019identifient avec le Christ.Par eux, c\u2019est le Christ qui offre le sacrifice de la Messe, remet les péchés, incorpore les enfants à l\u2019Église, prépare les mourants au passage suprême, bénit les mariages en commandant aux époux de s\u2019aimer d\u2019un amour indissoluble.Les parents qui, renouvelant le geste de Marie, offrent leurs fils à Dieu et les bienfaiteurs souvent cachés des clercs pauvres poussent ces enfants dans les profondeurs mêmes du Cœur de Dieu.C\u2019est de là seulement que jaillira la lumière, la miséricorde et l\u2019amour dont notre terre meurtrie éprouve un si grand besoin.D\u2019aucuns prétendent qu\u2019il y a déjà trop de prêtres.Laissons dire, et gardons le clergé dans ces multiples domaines où il bâtit la Cité.Le Christ doit régner à l\u2019école, si l\u2019on veut que les enfants soient formés au sacrifice.C\u2019est lui qui doit inspirer la charité vis-à-vis du pauvre, afin que celui-ci ne se laisse pas aigrir par une philanthropie condescendante ou un étatisme sèchement bureaucratique.Jamais, quand le clergé était honoré, respecté et écouté, les nations n\u2019ont marché à la ruine.L\u2019histoire de notre peuple est là pour le prouver.Malheur à ceux qui, par la calomnie ou la persécution, crucifient le Christ dans ses prêtres.Ce sont eux qui tuent les nations.A travers le monde, claires, joyeuses, héroïques, pleines d\u2019espérance malgré le pessimisme universel, brillent les lampes du sanctuaire.Les vraies lampes, celles dont les autres ne sont qu\u2019une pauvre image, ce sont les prêtres.Vous êtes la lumière du monde, leur a dit le Christ.Ils sont les cierges de l\u2019éternelle Chandeleur, mais comme ils doivent prendre garde de ne pas laisser souiller leur beauté par l\u2019égoïsme, la cupidité, la paresse ou la mollesse.Prions pour les prêtres, afin que Dieu, les prenant en miséricorde, leur garde leur flamme.UNE CIVILISATION EN DETRESSE Babies vs bullets.La Planned Parenthood Federation of America (elle se nommait hier: Birth Control Federation) entreprend une abominable campagne chez les ouvrières des usines.On gaspillera quelques centaines de mille dollars en publicité pour éliminer des usines « la maladie de la maternité ».Déjà des tracts circulent parmi les ouvrières étatsu-niennes \u2014 ils ne tarderont pas à paraître en français \u2014; déjà la Birth Control Clinic est inscrite dans les prévisions budgétaires de plusieurs usines.On raisonne ainsi: « L\u2019effort de guerre total réclame toutes les énergies des mères.L\u2019avenir incertain réclame « plus de balles que de bébés ».L\u2019anxiété causée par la guerre affectera l\u2019enfant dans le sein maternel, lui façonnera un caractère de neurasthénique.» Cela rejoint la lugubre proposition de ce député anglais aux Communes, suggérant pour le temps de la guerre un « moratoire sur les naissances », \u2014 l\u2019interdiction au Créateur de créer.Heureusement que tous les Étatsuniens n\u2019acceptent pas ces façons de voir.La Croix-Rouge refuse toute collaboration avec les Birth Controllers, et les protestations se dressent contre cette odieuse campagne.Le professeur Adair, de l\u2019université de Chicago, déclarait publiquement: « Les gens qui disent que l\u2019heure n\u2019est pas opportune pour laisser naître les enfants sont des prophètes de défaite.Il faut du courage pour être mère à notre époque, mais il n\u2019en faut pas plus qu\u2019en 1776, 1863 ou 1917! » Les foyers brisés se multiplient.\u2014 Le divorce, au Canada et aux États-Unis, sabote chaque année un peu plus de foyers.En 1883, le Parlement fédéral autorisait 13 divorces.La montée, d\u2019abord lente, s\u2019accentue rapidement après la guerre de 1914-1918: 114 en 1918, 875 en 1930.Les longues séparations amenées par le service militaire, l\u2019école et le mariage sans Dieu, le microbe d\u2019amour des ciné-astres, le relâchement général des mœurs à l\u2019américaine, la décision du Conseil Privé de laisser les provinces de l\u2019Ouest organiser des cours de divorce, en furent les principales causes.En cette même année 1930, le Parlement canadien abandonne à la Cour Suprême de l\u2019Ontario les causes de divorce des Ontariens.Seule, la province de Québec demeure sans cour de divorce, Dieu merci! Depuis 1931, l\u2019on constate une augmentation de 239% dans le total des divorces au Canada; à partir de 1938, on en concède plus de deux mille chaque année.Nous avons fait du chemin en cinquante ans.Et où allons-nous?Serons-nous bientôt dans la situation de nos voisins étatsuniens?Depuis 1932, on n\u2019y publie plus les trop vilaines statistiques des divorces, mais des estimés sérieux établis par l\u2019université Columbia, de New-York, donnent le tableau suivant: 1933: 165,000 divorces, 15% des mariages; 1934: 204,000 divorces, 15.7% des mariages; 1835: 218,000 divorces, 16.4% des mariages; 1936: 236,000 divorces, 16.8% des mariages; 1937: 250,000 divorces, 17.5% des mariages.En 1939, près de 20% des mariages aboutissent au divorce.Et 20.5% de ces ménages brisés ont un enfant, pauvre orphelin de parents vivants.Le P.Daniel Lord écrit dans une récente brochure: « Cela me renverse de constater comment nous, Américains, si parfaitement intolérants à l\u2019égard de toute espèce d\u2019insuccès, nous soyons si indulgents vis-à-vis de notre faillite magistrale dans l\u2019entreprise essentielle du mariage, de l\u2019édification d\u2019un foyer, de la transmission de la vie.» La vache Elsie connaît d\u2019autres triomphes! MARS 1943 71 MAÇONNERIE ET BUREAUCRATIE Louis C.de LËRY, S.J.:( /'^VUELLE EST la raison d\u2019être de la Maçonnerie ?» I\tJ se demandait, le 4 mars 1898, un correspondant du Masonic Sun de Toronto, qui se répond gravement: « Enseigner la vertu; mais aussi faire du bien à tous, surtout à ceux de la maison, et aider ses frères à réussir en affaires, assist their brethren to successful business.» Et il signe: Ubique, Je suis partout.Si les maçons se faufilent partout, ils foisonnent, fourmillent et pullulent dans la bureaucratie, milieu stratégique important.De ce phénomène universel dans l\u2019espace et le temps, tous les auteurs sérieux qui ont traité de Maçonnerie se portent garants, jusqu\u2019à Léon XIII et Bismarck, adversaires par ailleurs.La raison est simple de ce parasitisme: plus une administration est vaste et anonyme, plus elle est aisément noyautée, envahie, car elle se défend avec plus de peine qu\u2019une organisation privée moins considérable.Plus elle influe sur un peuple, plus elle est convoitée Dans relations de février 1942, nous notions le fait pour le Canada.Dès 1841, le grand-maître Graham signalait le grand nombre de fonctionnaires francs-maçons.On fondait pour eux la loge Civil Service, qui émigre en 1866 à Ottawa, où on la retrouve plus que centenaire en 1943.Bien d\u2019autres loges s\u2019y sont ajoutées: Ashlar, Chaudière, Dalhousie, Defenders, Doric, Lodge of Fidelity, Prince of Wales, Rideau, St.Andrews, Sydney Albert Luke, The Builders.N\u2019oublions pas quatre loges de banlieue: Acacia et Ionie à West-boro (Ontario), Eddy à Hull et King Solomon à Aylmer, en territoire québécois.Donc, seize ateliers où travaillent nos fonctionnaires outaouais.Parlons seulement d\u2019Ottawa, non de Hull et d\u2019Aylmer.Lisons un journal de la capitale.Le Citizen indique un maçon à propos d\u2019une promotion, d\u2019une retraite, plus souvent d\u2019un décès.Que de nécrologies parcourues depuis onze mois! Mais ne croyons pas que chaque fois qu\u2019un maçon est promu, ou prend sa retraite, ou meurt, le journal dise sa qualité maçonnique.Bien au contraire.Certaines loges cachent leur existence, telle Civil Service, dont les journaux parlent rarement.Comprenons donc les chiffres qui suivent.Nos statistiques, de plus, ne contiennent que des maçons proprement dits.La liste officielle des loges anglo-américaines du monde entier donne les noms de toutes les loges outaouaises, leur numéro, les abréviations dont les frères se servent: par exemple, A.F.and A.M.pour Ancient Free and Accepted Masonry, etc.II\test donc facile de distinguer un maçon d\u2019un oran-giste, L.O.L., ou d\u2019un Oddfellow, I.O.O.F.Il est intéressant de noter les accointances de la Maçonnerie avec telle autre société secrète ou condamnée, on le verra plus loin.Toutefois les statistiques ci-dessous ne renferment que des maçons, et des maçons d\u2019Ottawa.Le Citizen fournit en onze mois cent quinze noms de maçons.Naturellement, c\u2019est la bureaucratie proprement dite qui en réclame le plus grand nombre, exactement cinquante-deux: quarante-trois fonctionnaires fédéraux, trois fonctionnaires provinciaux, quatre employés municipaux, deux occupant d\u2019importantes charges aux Commissions de guerre.Les utilités publiques en comptent dix-sept: cinq employés du Pacifique Canadien; cinq du Canadien National; quatre des compagnies d\u2019autobus, d\u2019avions et de trams; trois de la compagnie de téléphone Bell.Un troisième groupe: les professionnels, entendus au sens large.Il y en a quatorze: sept instituteurs, dont six principaux d\u2019écoles \u2014 ce qui est beaucoup \u2014; trois journalistes, dont le vice-président d\u2019un quotidien faisant partie d\u2019une importante chaîne de journaux; deux juges; deux militaires de carrière.Un quatrième groupe comprend dix gros hommes d\u2019affaires, en relations directes avec les ministères de la capitale.Dans un cinquième groupe, nous avons mis vingt employés de compagnies, dont la plupart entretiennent très probablement des relations de successful business avec le gouvernement et trouvent avantage à leur titre de maçon pour traiter avec leurs frères.Un scrupule nous empêche de les joindre aux dix précédents, véritables agents de liaison entre leur compagnie et le gouvernement.Restent deux inconnus, dont nous ignorons pourquoi ils en sont.On peut faire d\u2019autres groupements intéressants: par exemple, additionner tous ceux qui vivent des gouvernements fédéral, provincial ou municipal.Aux cinquante-deux bureaucrates strictement dits, ajoutons les cinq employés du Canadien National, les sept instituteurs, les deux juges, les deux militaires, les dix hommes d\u2019affaires en liaison intime avec les ministères d\u2019Ottawa; nous obtenons un total de soixante-dix-huit.Près des trois quarts des maçons de la capitale sont donc payés par l\u2019État.Il reste trois journalistes, douze serviteurs des utilités publiques et vingt employés de grosses compagnies, en tout trente-cinq, qui certainement tirent profit de leur maçonnerie pour obtenir des faveurs gouvernementales.Enfin deux inconnus.Quelques détails et quelques exemples.Voici d\u2019abord la carrière classique du fonctionnaire huppé.Né à Brockville, dans sa jeunesse il fait du sport.Il entre au service civil en 1906, puis dans la loge Civil Service.En 1915, il s\u2019enrôle dans un régiment de Toronto.En 1919, on le retrouve au ministère des Mines.Il fait 72 RELATIONS partie du bureau de direction de la Légion canadienne.Il est membre du Canadian Club et de Y Ottawa Rowing Club.Il décède en 1942.Mais cet autre, un brave cultivateur à sa rente, pourquoi diable est-il entré dans les loges ?Regardons-y de près, nous verrons qu\u2019il occupe ses loisirs de retired farmer à faire partie du Canadian Farm Loan Board.Pourquoi ces Anglais d\u2019Angleterre \u2014 ils sont nombreux \u2014 décrochent-ils si prestement des places et grimpent-ils si vite à l\u2019échelle bureaucratique ?Parce qu\u2019ils sont experts à donner la poignée de main maçonnique.La Maçonnerie anglo-américaine n\u2019admet pas de femmes, comme le font, par exemple, les loges mixtes de l\u2019obédience du Droit humain.Mais elle a fondé pour les filles d\u2019Ève, curieuses d\u2019initiations secrètes, les loges dites d'adoption, réservées aux femmes et patronnées par leurs maris, devenus leurs frères.Ce sont les loges de Y Order of the Eastern Star, O.E.S.Nous n\u2019avons pas fait les statistiques complètes de cette maçonnerie féminine.Mais sur neuf femmes de Y O.E.S., dont les noms sont là sous nos yeux, quatre sont fonctionnaires, deux sont dans les services auxiliaires de guerre, deux sont employées de compagnies, et la dernière est là on ne sait pourquoi.Nous limitons notre enquête à Ottawa.Mais de la capitale et un peu du territoire avoisinant, s\u2019il est permis d\u2019étendre nos conclusions à la province entière, il semble que toute la vie publique ontarienne soit maçonnisée: instituteurs, principaux et commissaires d\u2019écoles, éche-vins, employés municipaux, députés, shérifs, reeves, membres de la Commission hydroélectrique, des Trustee Boards des diverses Églises, de Y Ontario Association of Medical Officers of Health, des sociétés d\u2019agriculture, des associations professionnelles, des clubs politiques, voilà pour une large part les recrues des loges ontariennes.Pourquoi s\u2019étonner?Il faut bien que les 92,247 maçons, répartis en 569 ateliers, logent quelque part.La Maçonnerie ontarienne, sans doute, continuera à prospérer sous le haut patronage du frère Conant.Soulignons en passant la clairvoyante sagesse des condamnations ecclésiastiques sur les sociétés suspectes.L\u2019Église défend sous peine de péché grave d\u2019appartenir à toute société secrète.Elle a nommément prohibé les Oddfellows, la mieux apparentée de toutes les associations qui gravitent autour de la Maçonnerie.Notre enquête le révèle clairement: un maçon sera très souvent un Oddfellow, mais parfois aussi un Rotarien, un Lion, un Forestier indépendant, etc.Si nos Canadiens, et tous les catholiques, et tous les honnêtes profanes, du reste, obtenaient leur juste part du fonctionnarisme fédéral, nous aurions moins sujet de nous plaindre.Notre situation, qui n\u2019y a pas été brillante dans le passé, l\u2019est moins que jamais.D\u2019après une étude fouillée des statistiques de la Commission du Service civil faite par le Droit d\u2019Ottawa en 1933, les Canadiens français \u2014 trente pour cent de MARS 1943 la population \u2014 ne détenaient que vingt pour cent des emplois fédéraux, et quatorze pour cent des emplois dotés d\u2019un traitement de $3,000 ou plus.Dans l'Action nationale de juillet dernier, M.Angers établit que notre part actuelle du haut fonctionnarisme n\u2019est que de onze pour cent.M.Richer, dans le Devoir du 7 janvier, publie la liste des fonctionnaires supérieurs du ministère du Travail: il y en a dix-huit, dont pas un Canadien français.Urgente, pourtant, est la nécessité d\u2019avoir là quelques maîtres hommes de chez nous, qui comprennent les problèmes de nos ouvriers: de criantes injustices toutes fraîches contre nos syndiqués le démontrent assez.Le 4 février, le gouvernement nomme un très important comité consultatif, qui l\u2019aide à élaborer sa future politique économique et financière en vue de l\u2019après-guerre.Sur les quatorze hauts fonctionnaires désignés, un seul est des nôtres, M.Henri Desrosiers.Et l\u2019on pourrait allonger indéfiniment la liste de nos absences.On nous répond que la Commission du Service civil a été créée pour donner justice à tous, et l\u2019on veut bien nous parler d\u2019ancienneté, de mérite et de compétence.Mais si les loges ont envahi la Commission et faussé son mécanisme, comment obtenir justice ?Il est facile \u2014 et pas rare \u2014 pour un chef de département de fixer d\u2019avance les conditions d\u2019aptitude que l\u2019on sait possédées par l\u2019homme déjà choisi, de placer ses employés de telle façon que le seul candidat possible à telle promotion soit un frère, d\u2019envoyer le catholique faire un stage à l\u2019extérieur à l\u2019époque du changement.Parfois même on ne se gêne pas de commander à un Canadien français bilingue d\u2019entraîner un employé unilingue, destiné à lui passer par-dessus la tête au bon moment, même dans Québec.La Commission du Service civil est devenue la machine officielle à passer les candidats maçons ou amis.C\u2019est l\u2019écran de fumée, le paravent derrière lequel se joue la comédie.C\u2019est le coûteux camouflage, qui maintient dans les postes inférieurs catholiques et profanes.La bureaucratie fédérale est donc envahie et dominée par la Maçonnerie.Pour y entrer et plus encore pour y monter, le tablier, l\u2019anneau et la poignée de main sont plus qu\u2019utiles.Le favoritisme y joue, ce favoritisme qui engendre la médiocrité, une médiocrité dont nous subissons le contre-coup.En temps de guerre plus encore qu\u2019en temps de paix.Élargissons nos horizons.Qui ne se rappelle Hong-Kong, Singapour et la Birmanie ?Nous citons ces exemples, ils sont caractéristiques.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019aventures risquées en pays inconnus: Norvège, Grèce ou Crète.Non: Hong-Kong, Singapour et la Birmanie étaient nôtres, vantés pour leurs préparatifs de défense.Après Hong-Kong, le colonel Drew a affirmé: « L\u2019expédition de Hong-Kong deviendra un exemple classique de bévues militaires,.quand les faits seront connus.» Après Singapour, la stupeur fut universelle: car cette place forte fut prise presque sans coup férir.Après la Birmanie, le général 73 américain Stilwell s\u2019est écrié: I claim tve got a hell of a heating.We got run out of Burma, and it is as humiliating as hell.Peut-être contribuerons-nous à expliquer ces désastres, en signalant qu\u2019il y avait sept loges à Hong-Kong, quatre à Singapour et huit à Rangoon, capitale de la Birmanie.Ces loges évidemment donnaient asile aux incapables fonctionnaires et militaires chargés de la défense.Ceci nous amène à l\u2019armée et à la marine.Qui ne connaît Rommel ?Mais Rommel ne naquit pas le brillant maréchal dont ses ennemis reconnaissent la valeur.Fils de cultivateur, il a d\u2019abord travaillé comme manœuvre en usine jusqu\u2019à son service militaire de simple soldat.« Si Rommel était dans l\u2019armée britannique, il serait sergent », déclarait le député Bevan en plein parlement de Londres.Pourquoi ?Les brass hats et la Maçonnerie lui auraient fermé toute ascension.La Maçonnerie est chez elle dans l\u2019armée et la marine.Relations a déjà mentionné les quinze loges des armées de Wolfe et d\u2019Amherst, les loges attachées à chaque fort et à chaque ville-garnison, le grand nombre d\u2019officiers maçons de 1812, etc.Ne citons qu\u2019un fait de la Grande Guerre: le Masonic Sun de Toronto, septembre 1915, rapportait une tenue maçonnique du 28 juin précédent, en mer, sur le Missanabie, transportant des troupes en Europe.La liste des maçons comprend cinquante-cinq officiers de l\u2019armée canadienne: tant d\u2019officiers maçons traversant l\u2019océan sur un seul et même navire, c\u2019est beaucoup! On se plaint maintenant \u2014 ce n\u2019est rien de nouveau \u2014 des militaires de carrière qui dominent l\u2019armée et qui bloquent aux grades les volontaires ou conscrits civils, si intelligents, instruits, capables et remplis d\u2019initiative soient-ils.Les brass hats constituent une caste fermée qui entend monopoliser les galons.Les critiques sont venues dernièrement de la Free Press de Winnipeg, dont le propriétaire \u2014 il convient de le signaler \u2014 est le major Victor Sifton, D.S.O., Master General of the Ordnance durant cette guerre jusqu\u2019à sa résignation récente.La Gazette de Montréal a fait écho.Une plainte similaire vient de surgir à la marine: une poignée d\u2019officiers de la Royal Canadian Navy ne veut absolument rien céder de ses prétendus privilèges à la Royal Canadian Naval Volunteers Association.Qu\u2019on lise l\u2019article du commandant MacLean dans le Boating Magazine de janvier-février 1943, reproduit avec commentaires dans l'Action catholique du 11 février.Sans doute, il s\u2019agit là pour une bonne part d\u2019une jalousie instinctive du professionnel à l\u2019égard de l\u2019amateur, du militaire ou marin de carrière contre l\u2019intrus qualifié d\u2019ignorant.N\u2019y aurait-il pas également lutte du maçon contre le profane ?Les loges d\u2019Halifax sont achalandées par le temps qui court.Et le passé éclaire le présent.Et tandis que nous sommes au vif du sujet, pourquoi le contre-amiral Brodeur, fils de l\u2019ancien ministre de la Marine, sauf erreur, et marin de carrière, est-il allé s\u2019échouer récemment dans l\u2019état-major mixte à Washington, quand, d\u2019après la filière, l\u2019ancienneté, le mérite et la compétence, il devait un jour devenir commandant en chef ?Solidement retranchée dans la marine et l\u2019armée, installée au cœur même de la bureaucratie fédérale qui va partout, la Maçonnerie entend bien s\u2019y maintenir.Elle prépare l\u2019après-guerre, le sien et le nôtre.On connaît la Légion canadienne des vétérans.Nous acceptons cette organisation, mais pas qu\u2019elle soit noyautée de Maçonnerie.Notre petite enquête révèle un joli nombre de légionnaires maçons dans le fonctionnarisme.Jusqu\u2019à un brave protestant qui écrivait le 3 décembre au Western Producer de Saskatoon: « J\u2019ai appartenu à la Légion canadienne.Je l\u2019ai trouvée tellement remplie de francs-maçons que je l\u2019ai quittée.» La guerre terminée, les soldats de retour deviendront légionnaires.et maçons s\u2019ils ne le sont déjà, pour peupler notre fonctionnarisme.Et si les positions vacantes ne suffisent pas, on leur fera de la place, on grossira encore notre bureaucratie déjà énorme.Nous nous battons pour le triomphe de la démocratie, non pour un soviet.La démocratie suppose le libre accès de tous à tous les postes, surtout aux fonctions publiques.De ce chef, la Maçonnerie est essentiellement anti-démocratique.Sera-t-il permis de dire, sans passer pour fasciste, que notre démocratie serait plus attrayante sans ce chancre qui la ronge ?SIGNES DES TEMPS Sagesse millénaire et d'aujourd'hui Les devoirs des nations les unes envers les autres ont été l\u2019un des thèmes fondamentaux de la pensée philosophique de la Chine pendant des milliers d\u2019années.Un de nos sages les plus fameux a enseigné que la pratique, par les peuples fiers, de l\u2019humilité \u2014 cette amère médecine \u2014 serait la source d\u2019une immortelle récompense.Qui est grand doit faire de l\u2019humilité la base de sa vie; qui s\u2019élève doit faire de l\u2019abaissement son appui.Si un grand royaume s\u2019humilie devant un petit royaume, il ne manquera pas de se l\u2019attacher; et si un petit royaume s\u2019humilie devant un grand royaume, il se gagnera la sympathie de ce grand royaume.Ainsi l\u2019un s\u2019humilie pour conquérir, tandis que l\u2019autre conquiert en s\u2019humiliant.Mais pour que les deux accomplissent leurs désirs, le grand royaume doit apprendre l\u2019humilité.Si les fleuves et les mers dominent si bien les centaines de torrents qui descendent vers eux des montagnes, c\u2019est qu\u2019ils savent se maintenir à leurs pieds.Il y a trois choses surtout que j\u2019estime et auxquelles je m\u2019attache: la première est la douceur; la deuxième, la frugalité; et la troisième, l\u2019humilité qui m\u2019empêche de me mettre moi-même avant les autres.Soyez doux, et vous pourrez être audacieux; soyez frugal, et vous pourrez être généreux; ne vous mettez pas avant les autres, et vous pourrez devenir un chef au milieu des hommes.La sagesse qui du fond des siècles à demi oubliés se répercute jusqu\u2019à nous, peut combler un besoin particulièrement aigu de notre monde désorienté d\u2019aujourd\u2019hui et nous aider à reviser complètement nos jugements sur les autres, au grand profit d\u2019une compréhension et d\u2019une estime réciproque entre l\u2019Orient et l\u2019Occident.Madame Tchang Kaï-shek.74 RELATIONS POUR UNE CULTURE FRANÇAISE Roger DUHAMEL QUELLE EXPRESSION a été davantage galvaudée! On s\u2019y réfère à toutes les occasions, à temps et à contretemps, on la revendique dans des protestations enflammées, on affiche une grande fierté à s\u2019en réclamer.Très bien, sans doute, mais est-ce suffisant?Le royaume des cieux n\u2019est pas à ceux qui crient: Seigneur! Seigneur! Ce serait décidément trop facile.Après avoir loué avec tout le respect qui leur est dû les valeurs irremplaçables de la culture française, il y a peut-être lieu de s\u2019interroger un peu et d\u2019essayer de connaître le contenu de cette expression, quelle orientation elle peut et doit déterminer dans notre existence de peuple et de personne.Une conviction profonde et sérieuse s\u2019enracine mal dans l\u2019ignorance; la foi implique l\u2019adhésion à un ensemble de vérités perçues de quelque façon.Les mots seuls ne possèdent aucune vertu, aucune efficace.Sans rechercher inutilement le paradoxe, il serait peut-être possible d\u2019affirmer qu\u2019au Canada il est arrivé très souvent que les plus audacieux défenseurs de la langue française se recrutaient précisément parmi ceux qui l\u2019écrivent et la parlent le moins bien.Leur bonne volonté n\u2019en demeure pas moins touchante.Avec ténacité et amour, ils se constituent les chevaliers servants d\u2019une belle inconnue.Il en va ainsi pour la culture française, qui demeure pour une foule de gens un concept nébuleux, susceptible de se prêter à des jeux spéculatifs, mais qui n\u2019intervient en aucune façon dans les préoccupations de la vie pratique, de l\u2019existence quotidienne.La même cloison étanche qui sépare la morale du père de famille de celle de l\u2019homme d\u2019affaires chez un même individu se retrouve dans le domaine culturel.La culture française, c\u2019est magnifique, cela fait une phrase à effet sûr dans un discours solennel, mais l\u2019on continue sans remords de penser, d\u2019agir, de travailler, de vivre à la remorque des autres peuples, à l\u2019imitation des autres formes de civilisation.Les Canadiens français n\u2019ont ni le souci ni l\u2019inquiétude de leur devenir autonome.Ballottés de tous les côtés, ils n\u2019affirment pas une personnalité collective assez accusée, assez définie, pour opposer à l\u2019invasion des cultures étrangères le rempart solide de leurs innéités propres.Volontiers jobards, précisément parce qu\u2019ils n\u2019ont pas d'idées nettement arrêtées, ils s\u2019enthousiasment aisément pour ce qui vient d\u2019ailleurs, confondant souvent la hiérarchie des valeurs et s\u2019attachant au clinquant, au trompe-l\u2019œil, à l\u2019éclat superficiel.Avec eux, a beau mentir qui vient de loin.Nous participons à un génie national qui accomplit dans le monde des œuvres prestigieuses.Nos ancêtres à nous ont parsemé le sol de France des fleurs de pierre des cathédrales, ils ont fait les croisades, ils ont exploré l\u2019immense continent américain, ils ont donné au monde, avec une munificence jamais tarie, les plus grands littérateurs, les plus grands peintres, les plus grands musiciens, les plus grands savants, ils ont artistiquement élaboré au cours des siècles un mode de vivre d\u2019une finesse et d\u2019une richesse exceptionnelles, ils ont été les héritiers directs des plus opulentes cultures dont s\u2019enorgueillisse la terre, ils ont enfin claironné aux quatre coins de l\u2019univers le message du Christ.Voilà nos lettres de noblesse, voilà ce qu\u2019ont accompli ceux dont le sang coule encore dans nos veines.Le savons-nous assez?Sommes-nous demeurés dignes d\u2019eux ?Ne les renions-nous pas un peu tous les jours, par lâcheté, par pusillanimité, par insouciance ?La culture française des Canadiens français suppose donc d\u2019abord et avant tout une prise de conscience directe avec nos origines.Il n\u2019y a pas, il ne peut y avoir de solution de continuité dans la vie de peuple.Il y a là un phénomène MARS 1943 purement biologique contre lequel nous ne pouvons rien, même si nous consentions de gaieté de cœur à nous affranchir, comme d\u2019un héritage trop lourd à nos épaules trop frêles.Nous sommes Français ou nous n\u2019existons pas.Si nous abdiquons, nous ne pouvons devenir Anglais, Américains ou Allemands, nous ne sommes plus que les sous-produits honteux et malingres d\u2019un processus de transformation ethnique qui aboutit à un anonymat gélatineux.Après cent autres, je répéterai que notre situation particulière de groupement français au sein d\u2019un continent anglo-saxon est difficile, qu\u2019elle exige un état constant de vigilance et d\u2019alerte.Depuis quand une situation difficile est-elle du même coup désespérée?Si nous regardons ce qu\u2019a su demeurer, malgré tout, le petit peuple de 65,000 paysans et soldats depuis cent quatre-vingts ans, n\u2019avons-nous pas raison de garder en l\u2019avenir, si sombre qu\u2019il apparaisse aux pessimistes, une confiance inébranlable qui saura être victorieuse ?Des chefs politiques se plaisent à nous redire que nous ne sommes que trois millions au milieu de 130 millions d\u2019anglophones.Ils en concluent peureusement, car ce sont de petits hommes, des pygmées tremblards, que nous n\u2019avons qu\u2019à nous bien tenir, si nous voulons qu\u2019on nous accorde la suprême faveur de nous laisser mourir en paix.Est-ce là le langage de chefs qui posséderaient un minimum de fierté française ?Conquis, ils le sont dans leur esprit et dans leur cœur, jusque dans leur attitude qui reproduit ignominieusement le rampement des serfs.Pour eux, la culture française et tout ce qu\u2019elle représente d\u2019élan, d\u2019expansion, d\u2019idéal, de puissance conquérante, demeure lettre morte.Jamais ils n\u2019ont songé à s\u2019élever à la hauteur du destin qui est celui de leur peuple.Jamais même ils n\u2019ont soupçonné qu\u2019il existât un pareil destin.Leur cerveau n\u2019a pas conservé la mémoire du rêve dont leur race est issue.Il y a des générations perdues, comme il y a des années creuses.La génération qui nous a précédés s\u2019est assoupie en face de ses responsabilités.Elle n\u2019a pas même éprouvé le sentiment de l\u2019abdication, le remords de la culpabilité.Pour elle, il ne s\u2019agissait que de s\u2019installer confortablement dans un monde rétréci à la mesure de sa taille, d\u2019y goûter en toute quiétude les avantages de la digestion sans heurts.Un peuple de conquérants qui se transforme en un agglomérat de notaires.Pourvu que les dividendes fussent assurés, car la mystique profane des grands aventuriers de la finance ne nous animait guère, pourvu que l\u2019immédiat fût douillet, car notre regard ne plongeait pas dans l\u2019avenir, pourvu que personne ne s\u2019opposât à ce que nous puissions vivre paresseusement repliés sur nous-mêmes, nous n\u2019en' demandions pas davantage.Quand il arrivait qu\u2019une grande voix s\u2019élevait au milieu des murmures et dressait devant nos yeux l\u2019image affligeante d\u2019un peuple qui perdait son âme, nous n\u2019avions de cesse qu\u2019elle ne se tût, pour ne pas déranger nos calculs de pense-petit.Dieu merci, nous étions encore capables de réaction.Une génération s\u2019est levée, qui a connu la misère matérielle et qui a de ce fait découvert sa pauvreté morale.Cette génération a voulu se rendre compte que tout n\u2019était pas perdu.Elle a cru que les Canadiens français étaient les fils des hommes et des femmes qui n\u2019avaient pas tremblé, qui avaient su oser.Découverte capitale, à l\u2019origine de nos reprises, de notre volonté de reconquête.J\u2019écarte délibérément ici les aspects politique et économique de cette volonté de renaissance, pour ne retenir que l\u2019aspect culturel, le plus important de tous, puisqu\u2019il conditionne et justifie tous les autres.Nous avons 75 donc, depuis une dizaine d\u2019années, cherché à nous définir.Y avons-nous pleinement réussi ?Certes non.Mais le mouvement est donné, il indique une orientation dont viendra le salut.Les facteurs du milieu ne favorisent guère notre fidélité française.C\u2019est contre eux qu\u2019il importe de lutter.Non pas de la façon négative et revancharde qui nous a animés dans le passé.Comprendre une fois pour toutes que la syntaxe de la langue française compte plus que le vocabulaire.Comprendre qu\u2019il vaut mieux poser un acte qu\u2019empêcher les autres d\u2019en poser cent.Comprendre que nous n\u2019ambitionnons pas de fortifier en nous la culture française pour le plaisir stérile de faire échec à toute autre culture étrangère, mais parce que nous sommes convaincus qu\u2019elle seule nous convient, nous permet d\u2019atteindre à la plénitude de l\u2019épanouissement.A ce sujet, je ne puis me défendre de transcrire ici une page très belle, exaltante par la vision qu\u2019elle procure, où M.Esdras Min ville, qui s\u2019est employé plus que tout autre à creuser ces notions et à serrer de près la réalité, souligne comment devrait s\u2019inculquer à la jeunesse les raisons d\u2019un attachement lucide et rationnel à la culture française: « Il s\u2019agirait donc ici d\u2019un enseignement historique, mais d\u2019un enseignement qui élargirait ses cadres, se dégagerait des faits matériels et politiques pour s\u2019élever à la hauteur d\u2019un cours de civilisation française.Il déborderait donc largement l\u2019histoire du Canada, reprendrait l\u2019histoire de France considérée elle-même comme le patrimoine de la nation française tout entière, et donc notre patrimoine à nous, remonterait jusqu\u2019à l\u2019histoire de la civilisation romaine et de la civilisation grecque, reprises à leur tour et renouvelées, spiritualisées par le christianisme.Elle étudierait la culture française dans ses œuvres à travers les siècles et à travers le monde, signalant sa présence inspiratrice et informatrice dans tels chefs-d\u2019œuvre de l\u2019art, dans tels sommets de la philosophie, dans telles découvertes scientifiques, dans telles ou telles des grandes réalisations qui ont enrichi le patrimoine matériel, intellectuel et moral de l\u2019humanité.Elle la montrerait agissant dans les héros, les grands explorateurs, les grands fondateurs, et associée à l\u2019idéal chrétien, transcendée par lui, dans les missionnaires qui ont porté aux quatre coins de l\u2019univers, avec les paroles du Christ et les espoirs du christianisme, la conception française du monde et de la vie.Elle la montrerait dans l\u2019économie de la nation française, par exemple, dans la paysannerie, incroyable force sociale qui résiste à toutes les tempêtes et maintient fermes les assises de la nation, dans l\u2019artisan français fignolant son œuvre à l\u2019infini par amour du beau travail, dans le colon, le défricheur, la mère de famille des débuts de notre histoire, attachés à leur tâche humble et gigantesque de bâtisseurs de pays.Et ainsi apparaîtraient, puis se révéleraient dans son incomparable ampleur la valeur humaine, la puissance civilisatrice de la culture française, notre culture.» Il n\u2019y a là, croyons-le bien, rien d\u2019un rêve chimérique.Et surtout, de grâce, ne partageons pas l\u2019illusion pénible de certains étrangers, illusion compréhensible chez eux, de nous imaginer que les malheurs récents ont vidé la France de trésors amassés pendant dix siècles.L\u2019ennemi peut arracher les signes sensibles d\u2019une culture, il peut souiller les fruits d\u2019une civilisation millénaire, il demeure impuissant à vaincre un esprit et à étouffer une pensée.Ne péchons pas non plus par un étroit nationalisme qui se satisfait de dialectique verbale et qui transforme en des absolus des éléments concrets, si appréciables qu\u2019ils soient en eux-mêmes.Toutes les luttes menées, toutes les revendications faites au nom du nationalisme canadien-français n\u2019ont de signification valable que si elles ont en vue un bien supérieur à conserver et à exploiter selon la ligne de notre génie propre.Nous sommes des antis, nous reproche-t-on souvent, contre ceci et contre cela.Sentiment nécessaire: il faut être contre les obstacles pour déblayer le terrain.Mais une besogne d\u2019assainissement ne trouve ni sa fin ni sa justification en elle-même.Elle doit se prolonger et s\u2019accomplir par des réalisations, modestes si l\u2019on veut, néanmoins originales et marquées au coin de notre culture française.Que nous sert-il de nous proclamer les détenteurs d\u2019un trésor inestimable, si nous le laissons ronger par la rouille ?L\u2019envie est souvent l\u2019expression des organismes anémiés que la puissance gêne.Nous n\u2019avons pas à jeter un œil de convoitise sur les chefs-d\u2019œuvre du génie administratif et technique des Anglo-Saxons.Nous n\u2019avons pas non plus à les mépriser.Chacun est digne d\u2019éloges qui correspond fidèlement à l\u2019appel de sa vocation.Au besoin, il peut y avoir lieu à adaptation; l\u2019imitation aveugle est toujours nocive.Notre culture ne nous interdit pas de faire des affaires, de brasser des capitaux, de monter des entreprises industrielles, d\u2019édifier des corporations financières.Encore y a-t-il l\u2019esprit et la manière qui doivent différer, si nous ne voulons pas au départ avouer notre infériorité et nous condamner à suivre, au lieu d\u2019ouvrir la voie.Culture française : ces deux mots demeurent tout un programme.Ils possèdent une vertu dynamique qui anime de plus en plus la génération qui monte, celle qui commence à compter, celle qui assurera la relève des aînés, celle qui doit combler leurs lacunes.Ils auraient le droit de nous mépriser, si nous ne faisions pas mieux qu\u2019eux.Devant nous, des horizons se sont ouverts qu\u2019ils n\u2019avaient pas entrevus.Ils nous ont précédés; nous nous devons à nous-mêmes de les devancer.Si nous ne sommes pas profondément convaincus de la dignité incomparable des valeurs culturelles que nous vaut notre atavisme français, autant abandonner tout de suite la partie et consentir sans retard à prendre rang dans la multitude des désaxés.Nous avons mieux à faire.Nous avons à reprendre une tradition à demi interrompue, à y puiser à la fois l\u2019énergie et la richesse de lendemains féconds.Demandez le nouveau dépliant PUBLICATIONS ET SERVICES de l\u2019Ecole Sociale Populaire Il vous sera adressé gratuitement Tél.j CHerrier 3101 1961, rue Rachel Est J^elationï progresse tous les jours Des idées nouvelles circulent.Des problèmes nouveaux se posent.Des plans de reconstruction s'élaborent.tRelation4 vous aidera à les comprendre et à les juger sainement.LISEZ Relation* CHAQUE MOIS 76 RELATIONS LE CINÉMA ENFIN DES CHEFS-D'ŒUVRE Jean VALLERAND DEPUIS la capitulation de la France, en juin 1940, les lilms français se sont faits de plus en plus rares.Les compagnies distributrices avaient bien quelques œuvres en réserve: les stocks s\u2019en sont vite épuisés.La fermeture du marché d\u2019importation a obligé plusieurs salles de projection à revenir graduellement aux films américains et anglais.Les salles de cinéma qui sont demeurées fidèles aux films français ont dû présenter à leur public d\u2019anciennes pellicules déjà connues de la majorité des cinéphiles.Cependant, des administrateurs intelligents ont eu la bonne idée de mettre de côté quelques films exceptionnels afin de les offrir au public, à titre de mets nouveaux destinés à varier les menus qui menaçaient de devenir fastidieux.C\u2019est ainsi que, pendant le mois dernier, les cinéphiles ont eu le bonheur de voir deux films impatiemment attendus depuis des années, deux films qui ont été entourés d\u2019une publicité monstre dans tous les pays où ils ont été projetés: La Kermesse Héroïque et Les Perles de la Couronne.Jacques Feyder a dirigé La Kermesse Héroïque tandis que, dans Les Perles de la Couronne, le dialogue, le scénario, la direction, tout est l\u2019œuvre du seul Sacha Guitry.Ces deux films sont d\u2019inspiration bien différente; ils ne sont pas dominés par les mêmes préoccupations ni par la même technique.Feyder est indubitablement plus cinéaste que Sacha Guitry: La Kermesse Héroïque est une apothéose de l\u2019image.En noir et gris, Feyder fait plus beau que tous les films américains en technicolor.Chez Guitry, homme de théâtre, les lignes de force agissent surtout dans le sens du dialogue et de l\u2019action.Dans l\u2019œuvre de Guitry, les personnages sont stylisés, comme le réclame d\u2019ailleurs le procédé de découpage employé.Chez Feyder les acteurs jouent avec une grande simplicité et cherchent, selon le caractère de leur personnage, la profondeur ou le réalisme du jeu; ils se préoccupent peu de l\u2019aspect prototypique.Cela ne signifie pas que Feyder ait, dans La Kermesse, négligé le dialogue; au contraire, il est extrêmement brillant et possède une saveur archaïque délicieuse.Dans Les Perles de la Couronne, le dialogue prime tout; on devait s\u2019y attendre puisqu\u2019il est de Guitry.Feyder s\u2019est appliqué à faire de chaque scène, de chaque image à l\u2019intérieur de chaque scène, une composition parfaite d\u2019éloquence et d\u2019équilibre; il y réussit.Guitry s\u2019est certes astreint à composer de belles images, mais ce n\u2019est chez lui qu\u2019une préoccupation seconde.Ce qu\u2019il recherche avant tout, qîest la vie de l\u2019action.Il atteint son but avec la même aisance que Feyder avait atteint le sien.Ces films ont été entourés \u2014 surtout La Kermesse \u2014 d\u2019une telle publicité de scandale que le cinéphile est surpris de n\u2019y découvrir que de rares passages répréhensibles.Il est vrai que la censure a mis ordre à certains débordements des cinéastes.Dans La Kermesse, des scènes entières ont été retranchées: le film n\u2019en souffre pas et la morale s\u2019en porte mieux.Le personnage du moine paillard, génialement interprété par Jouvet, est toujours présent, mais il n\u2019a rien de l\u2019odieux que l\u2019on prévoyait.Comment était la version originale?Je ne saurais le dire et ce que j\u2019écris ici ne vaut, évidemment, que pour la version projetée à Montréal.On devine bien que l\u2019action devait parfois prendre une tournure pour le moins douteuse: puisqu\u2019il n\u2019en reste rien, puisque le grand défaut de La Kermesse est, qu\u2019à la suite de la publicité tapageuse faite autour de l\u2019ancien refus de la censure d\u2019admettre ce film dans notre province, les spectateurs ne peuvent faire autrement que deviner les scènes retranchées, nous n\u2019avons rien de grave à reprocher au film lui-même.Si l\u2019instinct maladif qui porte plusieurs personnes à s\u2019énerver trop facilement devant certain laisser-aller de la littérature ou du théâtre ne s\u2019était pas donné libre jeu au sujet de La Kermesse, si une publicité de mauvais aloi ne s\u2019était pas transmise oralement autour de ce film, des mois même avant qu\u2019il ne soit projeté, les cinéphiles ne songeraient même pas à imaginer ce qu\u2019étaient les scènes retranchées.On se dit: « Ce film contenait des passages grivois ou franchement suggestifs : où sont ces passages, où se situent-ils dans la version censurée que je vois, quels étaient-ils?» Et l\u2019on se met à inventer toutes sortes d\u2019images, à gloser sur le contenu possible des passages répréhensibles de la version originale.Si tous les cinéphiles étaient solidement humains, rien de tel ne se produirait et La Kermesse ne créerait aucune impression fâcheuse.Car, en somme, ce film, tel que montré dans notre ville, n\u2019est sans doute pas un film à laisser voir à des enfants: toutefois, un cinéphile qui a la tête solidement ancrée sur les épaules ne saurait souffrir des quelques canaille-ries qui s\u2019y trouvent.Dans cette version le personnage du moine est tout au plus rabelaisien: il rappelle Jean des Entommeures.Toute La Kermesse semble d\u2019ailleurs jaillie des chroniques de Jean-François Rabelais.Quiconque peut lire Gargantua sans se trouver mal ira voir La Kermesse et en reviendra intact et enrichi de la poésie de belles images et d\u2019un humour génial.Il en va du cinéma comme de la littérature.Il existe plusieurs ouvrages que des lecteurs équilibrés liront sans danger et qui, pourtant, risqueraient d\u2019inquiéter des lecteurs facilement énervables.La Kermesse Héroïque est de cette classe et, à un degré moindre, il en va de même pour Les Perles de la Couronne.Car, dans Les Perles de la Couronne, il y a évidemment des jeux de mots grivois: Sacha Guitry demeure toujours Sacha Guitry.Mais le film n\u2019a rien de foncièrement mauvais.La Kermesse Héroïque, qui raconte en somme l\u2019histoire d\u2019une nuit de beuveries et de banquets, est plus suggestive que Les Perles de la Couronne où le spectateur suit les aventures des perles qui ornent la couronne britannique.Indubitablement ce sont là des films pour cinéphiles avertis et intelligents.Le malheur, c\u2019est que tout le monde se croit averti et intelligent.Il n\u2019y a pas moyen d\u2019éliminer des salles de cinéma les cinéphiles susceptibles de se révéler moins humains (au sens complet du mot) que les autres.Le jour où le cinéma sera comme rationné, le jour où chaque spectateur devra passer un examen mental avant de pénétrer dans une salle de projection, il sera possible de dire, par exemple: « Non, monsieur, ce film n\u2019est pas pour vous » ; « Bien, monsieur ou mademoiselle ou madame, entrez.Vous offrez assez de garanties d\u2019intelligence morale pour assister à notre spectacle.» Évidemment, un tel système n\u2019existera jamais.Il n\u2019y a qu\u2019une solution: la censure.A elle de veiller.Pour La Kermesse Héroïque et Les Perles de la Couronne, elle n\u2019a pas fait trop mauvais travail.A mon avis, La Kermesse Héroïque est, au point de vue cinéma, une œuvre plus parfaite que Les Perles de la Couronne.Ce dernier film est cependant capable de donner des joies esthétiques de la plus belle qualité.Ce sont deux œuvres comme le cinéma n\u2019en a pas donné souvent, deux œuvres qui demeureront à juste titre classiques.Nous sommes heureux que ces chefs-d\u2019œuvre nous viennent de France.MARS 1943 77 HORIZON INTERNATIONAL T ES COMMUNISTES, depuis le début de février, font à nouveau parler d\u2019eux.Serait-ce que les victoires sensationnelles des armées russes ont entraîné, par contrecoup, de violents remous dans l\u2019opinion publique des divers pays?Ou que les communistes, un peu partout, les exploitent pour des campagnes d\u2019intérêt local qui offensent l\u2019ensemble de la population ?En tout cas, il y eut, au début du mois, la déclaration un peu frénétique (répétée depuis lors) du Dr Gœbbels sur le péril rouge qui menace l\u2019Europe au cas où l\u2019Allemagne serait vaincue.Cette espèce d\u2019adjuration indirecte adressée aux démocraties ne mérite ni commentaires, ni réfutation.Les nazistes, en somme, n\u2019avaient qu\u2019à ne pas se frotter à la Russie, au lieu de s\u2019allier avec elle pour l\u2019attaquer le lendemain.Leur cupidité et leur ambition, en bouleversant l\u2019équilibre instable dans lequel oscillaient les nations, ont créé les menaçantes situations révolutionnaires qui aujourd\u2019hui retiennent l\u2019attention générale.Par ailleurs, le Dr Gœbbels a rendu un fier service aux communistes.Quiconque, désormais, s\u2019occupera d\u2019eux pour étudier leurs agissements, même de la façon la plus objective, risquera d\u2019être immédiatement accusé de faire œuvre de propagande nazis te.Mais il n\u2019y a pas seulement le Dr Gœbbels à s\u2019occuper des camarades.Le Newsweek, dans son « Periscope » du 15 février, nous montre un Washington inquiet devant la possibilité d\u2019une Europe communiste.« Si Staline se décide à pousser sa campagne idéologique, beaucoup pensent que rien n\u2019en pourra arrêter le cours.» Telle serait la pensée, non pas d\u2019un Dies Committee seulement, mais de certains « high circles » que le magazine ne précise pas davantage.S\u2019il faut en croire le New York Times du 14 février (premier éditorial intitulé Russia and the West), on se pose beaucoup de questions « dans les conversations privées, dans la presse, à la radio, au Congrès.» Faut-il, se demande le journal, étouffer ces questions par un silence de commande ?Ou bien simplement s\u2019incliner devant la Russie, « kowtow to Russia », comme d\u2019autres l\u2019exigent au nom de la solidarité internationale ?Et le journal d\u2019opter pour la franchise.Il y a, explique-t-il, deux facteurs d\u2019inquiétude: d\u2019abord, que la Russie se servira des groupes communistes à l\u2019étranger pour répandre ses idées, ensuite, qu\u2019elle exigera une expansion territoriale à laquelle les Américains ne peuvent consentir.De fait, le 13 février, l\u2019Ambassade soviétique de Washington faisait circuler un éditorial de Pravda, traduit en anglais, réclamant pour la Russie la Lettonie, la Bessarabie, l\u2019Esthonie, la Lithuanie.Qu\u2019adviendrait-il, alors, de la Charte de l\u2019Atlantique qui vaut pour tous les pays, petits et grands?Cet article, incidemment, a causé une alarme considérable chez les Scandinaves et chez les Polonais.Pour nous, n\u2019ayant pas à poser ces questions de haute politique, encore moins à les résoudre, nous laisserons les armées soviétiques poursuivre, sur les steppes glacés d\u2019Ukraine, les armées allemandes en fuite, et nous ferons notre tour d\u2019horizon mensuel, l\u2019œil ouvert sur l\u2019activité communiste dans les quelques pays que nous passerons en revue.FRANCE J A PREMIÈRE LISTE des prisonniers libérés par le général Giraud contenait les noms de vingt-sept personnes, \u2014 vingt-sept anciens députés communistes.A part Florimond Bonte, qui avait obtenu quelque notoriété à l\u2019époque belle et joyeuse des « grèves sur le tas », la plupart de ces députés sont d\u2019illustres inconnus.Quand, au début de la guerre, le gouvernement Daladier (de la IIIe République et non de Vichy) déclara le parti illégal et fit mettre à l\u2019ombre ses chefs connus, les grandes vedettes s\u2019éclipsèrent.On déclara couramment que M.Thorez s\u2019était réfugié en Allemagne dont les camarades se méfiaient moins, alors, qu\u2019aujourd\u2019hui.En janvier de cette année, les journaux annoncèrent que M.Grenier avait apporté à « France combattante » l\u2019adhésion du Parti Communiste français.Faut-il en conclure que les communistes français misent sur les deux tableaux ?Mais voici plus intéressant.Le 8 février, le New York Times publia une lettre de France dont la première partie avait été écrite en France occupée, la seconde, après arrivée en France de Vichy (c\u2019était avant l\u2019occupation totale du pays).Je souligne quelques phrases: « Seules, les personnes ou organisations formées de longue date au terrorisme peuvent continuer leur besogne sans se faire arrêter.Les dilettanti, \u2014 jeunes universitaires, femmes patriotiques, intellectuels, \u2014 sont tous arrêtés.Il ne reste guère que les communistes, les anarchistes, les étrangers qui font partie des mouvements internationaux, et parfois les policiers et leurs assistants.Les communistes sont dirigés par des inconnus; ils ont la sympathie d\u2019une grande partie de la population.« Ne croyez pas que la majorité des Français qui sont intellectuellement honnêtes désirent la restauration de la IIIe République.Ce qu\u2019il faut préparer, c\u2019est une quatrième République, basée sur des fondements moraux et économiques entièrement nouveaux.» Un «ordre nouveau », quoi! Mais avez-vous remarqué que seules « les personnes ou organisations formées de longue date au terrorisme » peuvent réussir ?Que penser de cette « formation au terrorisme » qui remonte très haut ?Aujourd\u2019hui, c\u2019est entendu, le « terrorisme » est dirigé contre les Allemands.Est-il bien sûr que ces actes de « terrorisme », qui auront pour indiscutable résultat (l\u2019armée d\u2019occupation étant ce qu\u2019elle est) la fusillade de nombreux non-terroristes, soient la meilleure façon de résister à l\u2019ennemi?Et puis, demain, le terrorisme ne sera-t-il pas dirigé contre d\u2019autres ?Un homme qui a pris l\u2019habitude de faire prévaloir sa politique en plaçant des bombes aux bons endroits deviendra-t-il, du jour au lendemain, un citoyen paisible, surtout s\u2019il estime que sa « quatrième république » se réalise trop lentement ?On dit, au Bengale, que le tigre ne devient dangereux qu\u2019après avoir goûté à la chair humaine.Passons en Yougoslavie.YOUGOSLAVIE TL Y A DEPUIS TOUJOURS, dans 1 les Balkans, antagonisme racial entre les Croates et les Serbes.Les Slovènes, cathol ques comme les Croates, collaborèrent avec les Serbes tordis que les Monténégrins, presque tous orthodoxes, continuèrent à regretter leur vieille indépendance, perdue à la fin de la dernière guerre.Les musulmans de Bosnie et Herzégovine, les Juifs Séphardim de Sarajevo et de la côte dalmate, se maintenaient à l\u2019écart de ces conflits qui ne les intéressaient pas directement.Aujourd\u2019hui, il y a infiniment plus grave: c\u2019est la guerre civile.L\u2019origine en est obscure; les effets sont affreux: « Les Slovènes s\u2019exterminent les uns les autres; les Serbes et les Croates font de même; l\u2019état de choses, en Croatie, est tout à fait mauvais.» Ainsi s\u2019exprimait récemment un Croate dans une lettre adressée au gouvernement yougoslave de Londres.Le tout, sous les regards amusés des Italiens et des Allemands.La grosse querelle, qui éclata en avril 1941, mit aux prises les chetniks du général Mihailovic et les « partisans » communistes, dirigés par on ne sait trop qui.On avait réussi 78 RELATIONS à libérer un territoire considérable dans le district d\u2019Uzice, région limitrophe, où la population, serbe et croate, est mêlée.D\u2019après les chetniks, les communistes exigèrent que le gouvernement de cette « République » fût réservé à de solides membres de leur parti.Pour éliminer les autres candidats au pouvoir, toujours d\u2019après les chetniks, les partisans auraient massacré bon nombre de paysans et de petits-bourgeois.La « République », disent maintenant les partisans, fut liquidée par les chetniks qui, en l\u2019occurrence, terrorisèrent les Croates.Après les incidents d\u2019Uzice, il y aurait eu, en octobre 1941, une sorte d\u2019armistice, mais les guerillas et les actes de violence recommencèrent presque aussitôt après, cette fois, au Monténégro.En novembre 1941, le gouvernement yougoslave de Londres demanda à Moscou d\u2019intervenir pour faire cesser ces luttes fratricides.Présentée à M.Vysinski par le chargé d\u2019affaires Dragomir Bogie, la requête yougoslave fut lentement mise à l\u2019étude par les autorités soviétiques qui ont un talent byzantin pour les délais savants.Les choses traînèrent jusqu\u2019en mai 1942, quand les Soviets demandèrent au gouvernement yougoslave d\u2019ordonner à Mihailovic de cesser le feu contre les partisans.Dernières nouvelles: une correspondance du 18 février annonce que le gouvernement soviétique a protesté auprès du gouvernement yougoslave contre l\u2019activité « pro-axiste » du général Mihailovic.Il est accusé de « collaboration », et les Soviets sont « prêts à appuyer l\u2019accusation par des preuves décisives ».D\u2019autre part, le général Mihailovic a reçu, ces derniers temps, de nombreuses marques de sympathie de la part des autres Alliés.Les partisans ne semblent pas se recruter en Serbie où, dès les origines, ils auraient été complètement immobilisés par les chetniks.Sauf pour la Slovénie, le conflit partisan-chetnik éclate surtout dans les régions où Serbes et Croates se rencontrent, et au Monténégro.Au nord, dans la région d\u2019Uzice, un peu plus au sud, dans les montagnes qui séparent la Croatie de la Bosnie, et en Bosnie même où la population est très mélangée, et où les forêts presque impénétrables se prêtent naturellement aux coups de force.Faudrait-il en conclure que les communistes ont réussi à tourner la tête à un certain nombre de Croates, en faisant appel à leur ressentiment anti-serbe?Les Croates n\u2019ont jamais aimé les manœuvres de Pavelitch et des ustachis.Ils gardent intacte leur fidélité à leur vieux chef politique, le Dr Matchek, séquestré par les Allemands dans sa résidence de Kupinec.En Slovénie, la guerre civile fait massacrer les citoyens paisibles par les partisans.On se demande comment la Yougoslavie retrouvera l\u2019unité précaire que vingt ans d\u2019indépendance avaient difficilement réussi à créer.D\u2019après le gouvernement yougoslave de Londres, 10,000 Yougoslaves ont déjà perdu la vie dans les batailles rangées qui se sont livrées, à date, entre partisans et chetniks.Quant aux vendettas individuelles, aux actes de terrorisme ou de représailles, ces choses se passent dans l\u2019obscurité.Les Allemands, pour dompter la résistance des chetniks, annihilent la population serbe.Au début de ce mois, le général Mihailovic adressa un appel désespéré aux Alliés, les priant d\u2019intervenir avant que la population ne périsse.Il y a plusieurs mois, les Slovènes exprimèrent un vague espoir qu\u2019une armée anglaise viendrait les libérer avant que la guerre civile n\u2019eût supprimé la population.CHINE\tA PRÈS AVOIR ÉTÉ LONG TEMPS NÉ- GLIGÉE et presque oubliée, la Chine vient de retrouver la première page dans les journaux.Mme Tchang Kaï-shek, maintenant aux États-Unis, doit être heureuse de ce nouveau développement.Elle n\u2019est pas la seule à sentir un vrai soulagement en pensant que cette Chine extraordinaire, après avoir été longtemps traitée comme la Cendrillon des nations alliées, va recevoir un peu plus que les quelques miettes du lease-lend qu\u2019on lui jetait jusqu\u2019ici.D\u2019autre part, est-ce coïncidence?ne voilà-t-il pas qu\u2019on se remet à parler de l\u2019agitation communiste en Chine?M.Harold Callender (New York Times, 18 février) nous assure que les choses vont beaucoup mieux aujourd\u2019hui qu\u2019en 1941, mais la rédaction du journal a intitulé son article: Reds in China seen in an uneasy truce.Un armistice difficile?C\u2019est peut-être cela.En tout cas, en 1941, l\u2019action communiste était telle qu\u2019on avait craint revoir les jours terribles de 1927-1935, quand Tchang Kaï-shek, après avoir débouté les rouges du Kiang-si, les pourchassa à travers toute la Chine dans une randonnée d\u2019environ trois mille milles.La guerre civile, à cette époque, fut accompagnée d\u2019une explosion de brigandage dont les missionnaires de l\u2019intérieur se souviennent encore.Disons tout de suite que le généralissime chinois avait la situation parfaitement en main quand les troupes japonaises attaquèrent d\u2019abord la Mandchourie, puis la Chine elle-même.Les communistes, en 1941, refusèrent d\u2019obéir au haut commandement, et Tchang Kaï-shek se vit obligé de changer les chefs de cette armée.Cela n\u2019alla pas tout seul.Aujourd\u2019hui, les communistes ont encore le contrôle de la VIIIe armée, établie dans les provinces de Shensi et de Shansi qui se trouvent hors d\u2019atteinte de l\u2019autorité de Chungking.Les Chinois de Washington, avec leur sagesse plusieurs fois millénaire, estiment sans doute que les communistes exagèrent un peu et qu\u2019ils sont loin d\u2019avoir tout le prestige dont ils se vantent pour éblouir le prolétariat.Rien n\u2019est aussi populaire qu\u2019une cymbale sonore, et les communistes le savent bien.On a confiance que le gouvernement central finira par unifier toutes les forces chinoises contre l\u2019ennemi commun, qui est le Japon.Et M.Callender de finir son article avec une phrase inquiétante: « Moscou n\u2019est pas mécontent de voir qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une petite quantité de lend lease à arriver en Chine, où la réconciliation entre communistes et nationaux est récente et peut-être non destinée à durer ».INDES\tAUJOURD'HUI, DANS L'INDE, ü ne fait pas bon d\u2019appartenir au Congress Party.D\u2019après le gouverneur des Provinces Unies, sir Maurice Hallett, sur 42,000 personnes arrêtées dans ces provinces, à peu près une sur quatre l\u2019était pour motif politique.L\u2019agitation qui se produit autour du jeûne de Gandhi pourrait avoir des conséquences inattendues.Il y a, d\u2019après P.C.Joshi, leader communiste de Bombay, 12,000 membres du Parti communiste aux Indes, mais un nombre beaucoup plus considérable de sympathisants l\u2019appuient.C\u2019est que le parti impose des conditions sévères avant de donner la carte de membre.Le parti fut considéré illégal jusqu\u2019en 1942, car, jusqu\u2019à cette date, il avait empêché l\u2019effort de guerre.Depuis lors, s\u2019étant ralliés à la politique du gouvernement, la plupart des chefs communistes furent libérés.Mais vont-ils montrer leur reconnaissance en travaillant « dans les munitions » ou en s\u2019engageant dans l\u2019armée ?Quelle est, exactement, la place des Communistes dans le Congress Party?Veulent-ils la collaboration avec les autorités britanniques pour la défense de l\u2019Inde?Alors, pourquoi n\u2019expriment-ils pas leur loyauté britannique de façon plus adéquate ?On leur reproche, plutôt, de s\u2019opposer à la nonviolence prônée par le Mahatma; quelle différence, alors, entre eux et de simples saboteurs?Leur attitude est-elle commandée par une décision du Komintem ?MARS 1943 79 MEXIQUE TL Y EUT, EN JANVIER, une vigoureuse * campagne communiste contre les synar-chistes, accompagnée d\u2019actes de violence qu\u2019on s\u2019efforça d\u2019épingler sur le dos de ces derniers.C\u2019était ce qu\u2019on appelle, dans le langage professionnel, l\u2019œuvre d\u2019agents provocateurs.Le journaliste Roberto Ramirez Cardenas prit son chapeau et s\u2019en alla interviewer le général Maximino Avila Camacho, frère du président de la République mexicaine et secrétaire des Communications.« Ces agitateurs, lui dit don Maximino, le peuple les connaît bien; ils sont catalogués.Néanmoins, le gouvernement du président Avila Camacho, malgré tout, ne sortira pas de la ligne qu\u2019il s\u2019est imposée, en ce qui a trait à la façon de vivre et de penser du peuple mexicain, auquel il laisse la liberté la plus absolue.« \u2014 Dites-nous, général, serait-il vrai, à votre avis, que « le clergé mexicain est responsable des manœuvres antipa-« triotiques dont on l\u2019accuse ?« \u2014 Le clergé mexicain collabore décidément avec le gou-« vemement de la République.Il en a donné des preuves
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