Relations, 1 avril 1943, Avril
[" DE BEVERIDGE A MARSH Émile BOUVIER LA DERNIÈRE DES GUERRES Albert Le ROY LAÏCISME EN ÉDUCATION Louis C.de LÉRY VERS LE LABRADOR Anatole VANIER '¦ Un avant-poste bénédictin aux Bahamas V Prolonger, multiplier notre Mérite agricole ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE AVRIL 1943 Éditoriaux.85 Les enfants ont besoin de leur mère.\u2014 L\u2019Acadie VEUT SE PARLER.\u2014 LES FEMMES AUX USINES.Articles DE BEVERIDGE A MARSH.Émile Bouvier 87 LA DERNIÈRE DES GUERRES.Albert Le Roy 90 LA TRADITION DU LAÏCISME EN ÉDUCATION.Louis C.de Léry 92 VERS LE LABRADOR.Anatole Vanier 96 Commentaires.98 « The Messianic complex ».\u2014 Maçonnerie d\u2019Irlande.\u2014 Revenus des travailleurs du Canada en 1941.\u2014 A contre-courant.Chroniques UN AVANT-POSTE BÉNÉDICTIN AUX BAHAMAS.H.B.L.Hughes 100 NOS COLLABORATEURS \u2022 Le P.Émile Bouvier, s.j., professeur de législation sociale à l\u2019École de Service social de l\u2019Université de Montréal, reprend pour les lecteurs de Relations la substance dhme conférence prononcée devant l\u2019Association des Anciens Élèves de l\u2019École des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal.\u2014 \u2014 Le P.Albert Le Roy, s.j., familiarisé avec les questions internationales grâce à ses voyages à travers le monde en qualité d\u2019attaché du Bureau international du Travail, nous donne ici quelques aperçus sur l\u2019après-guerre.\u2014 Le P.Louis C.de Léry, s.j., auteur du récent ouvrage l'Église et les procès de mariage, est professeur de Droit canon, au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception et à la Faculté de Droit canonique de l\u2019Université Laval.\u2014 M.Anatole Vanier, avocat, professeur à l\u2019École des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal, président de Y Action nationale, fut l\u2019un des fondateurs de Y Action française, où il publia dès 1927 des études remarquées sur le Labrador.\u2014 M.l\u2019abbé H.B.L.Hughes, m.a.(Oxon.), professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Toronto, nous donne un avant-goût de la thèse qu\u2019il prépare sur le catholicisme dans la mer des Caraïbes.\u2014 On n\u2019a pas à présenter, surtout après le récent succès de son Plaidoyer pour la Canadienne, le P.Alexandre Dugré, s.j., rédacteur en chef de l'Action paroissiale.UN ART POPULAIRE.Jean Vallerand 105 PROLONGER, MULTIPLIER LE MÉRITE AGRICOLE.Alexandre Dugré 106 HORIZON INTERNATIONAL.108 U.R.S.S.\u2014 Pologne.\u2014 Chine.\u2014 Mexique.\u2014 Espagne.Correspondance.102 Faut-il ne plus parler d\u2019électrification rurale ?.Albert Rioux Pour des livres et de la lecture.Jean Desforges La réadaptation au Lac-Êcouard.Albert Plante Livres récents.111 Chacun sa vie.Gérard Plante L'Église et les procès de mariage Georges Van Belleghem Livres pour enfants.Jean-Paul Labelle Brochures et plaquettes.RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousinea^ Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 Taxa de Tente de 2% ou de 4%, selon le lieu \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTel.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA / Ecole Sociale Populaire, Montréal lllème année, No 28 E D I T O JÇeà e niant â ont besoin de leux nièxe C\u2019EST LE BON SENS tout court.Mais le bon sens est à la baisse si on se reporte aux offensives de la publicité.Afin d\u2019obtenir la multiplication des garderies de guerre \u2014 plus exactement la multiplication des mères de famille à l\u2019usine, \u2014 d\u2019aucuns voudraient nous faire croire que les enfants, sans les soins de leurs mères, ne s\u2019en porteront peut-être que mieux, et que les garderies sont l\u2019heureux complément du foyer.Des partisans, pas toujours inconscients, d\u2019une sociologie soviétique ou nazie nous présentent comme une des principales conquêtes de cette guerre la libération définitive de la femme et de l\u2019enfant des contraintes et des petitesses du logis.La femme enfin marchera l\u2019égale de l\u2019homme, partout., même à l\u2019usine; et l\u2019enfant, au lieu de rester bonnement sous les soins de sa mère, whose biological junction to reproduce does not make her an expert in child management and nutrition, sera confié à des femmes \u2014 à des hommes aussi \u2014 que cela intéresse, et qui en feront leur vocation.(Quels beaux petits animaux ces experts vont donner à la nation, plus exactement à Y État /) Alas, this is only a personal dream.But were it to come true it would abolish one of the least understood slaveries (l\u2019esclavage de la femme chez elle).Ce rêve est celui de Mme Pauline Shapiro, réfugiée de Birmingham, qui met la science de ses parchemins anglais au service du public canadien par le truchement de Food for Thought ( Women in the Post-War World, novembre 1942).En saine sociologie, la garderie est un pis-aller parfois nécessaire pour recevoir les enfants effectivement négligés, pas un progrès ni une institution à développer pour elle-même.« La meilleure garderie ne vaut pas un foyer ordinaire, et personne ne peut remplacer une mère ordinaire », ainsi que s\u2019exprime, sous le titre Children need mothers, un éditorial du Canadian Register de Toronto (20 mars).« Il y a parmi nous des ennemis du foyer.Il y a ceux qui, délibérément, veulent relâcher les liens entre parents et enfants en vue d\u2019élargir le pouvoir de l\u2019État.Il y a ceux qui, pour des motifs d\u2019ordre financier, veulent « industria- RIAUX liser » les femmes, qui veulent les pousser sur le marché du travail et abaisser par là les salaires.» Après avoir signalé les inconvénients des garderies de guerre pour le développement de la personnalité des tout petits, le British Medical Journal de septembre concluait: « Il serait sans doute plus profitable à l\u2019effort de guerre de diriger vers l\u2019usine le gros de l\u2019armée considérable de personnel requis pour assurer le fonctionnement des garderies de guerre, quitte à abandonner aux mères des « moins de cinq ans » le soin de s\u2019en occuper.» Ce bon conseil venu d\u2019Angleterre ne manque pas de piquant, et à l\u2019occasion pourrait servir au Canada pour tempérer les zèles intempestifs.L\u2019honorable Cyrille Vaillancourt ne disait-il pas récemment, au Conseil législatif: « Quand je vois dans une usine, pas très loin de Montréal, sept mères de famille travaillant à l\u2019usine, placer à la garderie leurs quinze enfants, et qu\u2019il faille, pour surveiller ces petits, onze gardiennes, je me demande si cela a du bon sens.La famille est la première usine qu\u2019il faut bien organiser et protéger.» « Notre premier rempart, écrivait récemment America de New-York, ce ne sont pas les canons, les navires, les avions, c\u2019est la famille américaine.Même s\u2019il ne reste plus un seul navire japonais sur les mers, même si l\u2019Allemagne est réduite à une simple assemblée de petits États, notre avenir est sans espoir, si nous ne pouvons pas préserver l\u2019intégrité de la famille.La famille est notre principal rempart.Il faut la protéger à tout prix.Si elle est détruite, à quoi bon combattre ?» J^cAcadie veut £e paxlex L\u2019ÉCOLE après l\u2019école, c\u2019est le journal.Le professeur J des adultes, c\u2019est le journaliste.La leçon qui revient matin et soir, c\u2019est celle qui part d\u2019une salle de rédaction plus ou moins mystérieuse et qui dicte l\u2019orientation, la tournure de pensée, le vocabulaire usuel d\u2019un morceau de peuple.Tous les entraîneurs d\u2019esprits, depuis les franc-maçons jusqu\u2019au Pape, ont compris l\u2019importance première d\u2019amener les intelligences à leurs théories ou à la vérité.Voyez la Révolution française avec son enflammé 85 AVRIL 1943 P ère-Duchesne, et la Russie, et Gœbbels, et l\u2019histoire de cent cinquante ans de propagande acharnée, ou d\u2019une neutralité pas très neutre, mais très chloroformante.On se préserve moins, on se contente même de ce dernier genre, imité de l\u2019enchanteur Merlin jouant de la flûte pour attirer les naïfs dans un antre d\u2019où ils ne revenaient pas.Grâce à notre différence de langage, nous possédons des quotidiens à nous: les uns nous réveillent; les autres distillent « une pensée vague, en phrases vagues, pour personnes vagues ».C\u2019est bien « moyen » comme éducation des adultes! Nos Franco-Américains, désireux de survivre, ont déjà possédé une dizaine de quotidiens, qu\u2019ils ont le regret de voir tomber à mesure que les jeunes préfèrent lire de l\u2019anglais.Alors c\u2019est le désastre en double, national et religieux.C\u2019est l\u2019assimilation en douce par les épais journaux qui donnent de tout, excepté le solide nécessaire.Il faut savoir que d\u2019autres catholiques étatsuniens s\u2019alarment de la pénétration chez eux d\u2019un esprit contraire à tout spiritualisme.Ils songent à créer un grand quotidien de langue anglaise, non seulement pour exprimer leurs points de vue aux autres, mais à eux-mêmes; non seulement pour se défendre contre les attaques du dehors, mais pour se défendre contre eux-mêmes, pour penser catholique.Nos frères acadiens, lancés vigoureusement par S.Exc.Mgr Robichaud, de Moncton, veulent se préserver aussi, et fusionner leurs trois hebdomadaires assez peu lus en un quotidien qui atteigne leurs îlots dispersés, grugés de tous côtés.L\u2019école acadienne est déjà si neutre, si antinationale, qu\u2019il faut absolument un antidote à l\u2019anglicisation, au lieu de l\u2019empirer par l\u2019inévitable quotidien anglais, qui vient achever toute résistance.Quand un petit peuple est submergé, assiégé depuis deux siècles, qu\u2019il a tenu contre les périls anciens, et qu\u2019il voit sa jeunesse en train de capituler devant les courants d\u2019air, la mode et l\u2019ambiance, il ne saurait fermer les yeux sur les dangers nouveaux et parler d\u2019esprits ouverts \u2014 ouverts à l\u2019invasion étrangère.Devant les ravages d\u2019assimilation constatés même dans Québec, la décision acadienne s\u2019impose.Déjà une équipe de leurs jeunes se donne ici et là l\u2019expérience du journalisme.L\u2019argent sera plus rude à trouver.Québec sera heureusement invité à contribuer: n\u2019est-ce pas une Croix-Rouge et une Fédération de charité que ce secours aux grands blessés d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, à des blessés intellectuels \u2014 qui sont nos frères?Ce que le Comité des Amitiés françaises accomplissait pour le rayonnement de la France à l\u2019étranger, nous le ferons avec appétit pour la survivance de notre sœur plus éprouvée.L\u2019objectif qu\u2019on attend de nous est bien timide, presque humiliant: $50,000.Il ne dépasse pas ce qu\u2019on demande là-bas aux pauvres travailleurs de la mer, des mines et de la forêt.Nous nous devons de le dépasser nous-mêmes, de le doubler, de le tripler, puis de nous abonner aux nouvelles de l\u2019héroïque Évangéline ressuscitée.jÇeà lemmeâ aux uâineâ T E TRAVAIL FÉMININ dans les usines, avec toutes ses conséquences désastreuses, préoccupe non seulement les sociologues, mais le peuple lui-même.Preuve : des milliers d\u2019exemplaires de la brochure Travail féminin dans les usines ont été vendus.175,000 exemplaires du Plaidoyer pour la Canadienne exposant avec franchise le problème ont été enlevés en un mois.Des milliers de lettres ont été envoyées aux deux premiers ministres pour demander une réglementation raisonnable du travail féminin.Presque tous les hebdomadaires régionaux ont protesté contre les abus.Certains journaux qui pouvaient difficilement encourager un mal social évident et qui ne pouvaient pas non plus blâmer les autorités politiques ont écrit sur le sujet des banalités et quelques faussetés.« Pourquoi tant s\u2019alarmer ?le travail féminin dans les usines existait bien avant la guerre.» Personne ne le nie.Seulement on s\u2019alarmait déjà avant la guerre de certains abus: Abus néfaste à faire disparaître à tout prix, disait Pie XI, que les mères, à cause de la modicité du salaire paternel, soient contraintes de chercher hors de la maison une occupation rémunératrice, négligeant les devoirs tout particuliers qui leur incombent, avant tout Véducation des enfants.Or la guerre a multiplié effroyablement les abus.Voilà contre quoi dans tous les milieux responsables on ne cessera de protester.Aux milliers de lettres lui demandant une sage réglementation, M.Godbout répond par une lettre polycopiée: « Je me suis moi-même, depuis longtemps, intéressé à ces questions éminemment sociales en insistant auprès du gouvernement d\u2019Ottawa, de qui relève la question en ce temps de guerre, pour que le travail féminin ne soit utilisé que dans la mesure et dans les conditions où il ne serait pas une entrave à la vie de famille qu\u2019il ne faut jamais perdre de vue.» Or, nous assure-t-on, toutes les usines de guerre, pour employer des femmes la nuit, ont dû se munir d\u2019un permis du ministre provincial du Travail.Il lui est donc loisible de retirer ce permis, à moins que le gouvernement provincial n\u2019ait cédé au gouvernement fédéral cette responsabilité.En ce cas, que les autorités fédérales agissent.M.King, comme M.Godbout, a fait, lui aussi, sur le sujet, en septembre dernier, des déclarations pertinentes: « Les femmes qui maintiennent l\u2019intégrité de nos foyers et de nos familles ne contribuent pas moins directement que les femmes employées dans les services de guerre au maintien de la civilisation que nos ennemis cherchent à détruire.» La désagrégation de la famille est commencée.Il faut l\u2019enrayer, sans plus de délai.Les autorités civiles se doivent d\u2019agir aussi sensément qu\u2019elles parlent.Et ça presse.La parole est aux autorités civiles dont relève la sauvegarde des valeurs sociales.86 RELATIONS DE BEVERIDGE A MARSH Emile BOUVIER, S.J.EN JUIN 1941, le ministre de la Reconstruction sociale en Angleterre, M.Arthur Greenwood, confiait la direction d\u2019une immense enquête sociale à sir William Beveridge.Le grand économiste apporta à la tâche la compétence d\u2019un spécialiste et l\u2019expérience d\u2019un directeur du London School of Economies.En décembre dernier, après dix-huit mois d\u2019étude, il donna à la Grande-Bretagne une charte de sécurité sociale désormais connue sous le nom de rapport Beveridge.La propagande étatsunienne et anglaise s\u2019en est vite emparée.Dès janvier, plusieurs de nos quotidiens réclamaient un statut semblable pour le Canada.Récemment, notre premier ministre a demandé à la Chambre la création d\u2019un Comité parlementaire pour élaborer une charte de sécurité sociale.Et voici que l\u2019économiste L.-C.Marsh, après deux mois d\u2019étude, présente un rapport préparé à la demande du président du Comité national de Reconstruction et destiné à être la contre-partie canadienne du rapport Beveridge.Une propagande intense, comme celle que l\u2019on sait mettre en œuvre en temps de guerre, s\u2019organise autour de l\u2019œuvre et de son auteur, dans l\u2019espoir de faire accepter d\u2019emblée leurs propositions.D\u2019où la nécessité pressante pour nous d\u2019analyser à leur mérite les deux rapports.Nous les étudierons ensemble tant ils se ressemblent et tant celui de Marsh s\u2019inspire de près des idées de son maître Beveridge.Beveridge et Marsh établiront les conditions minima du bien-être humain et chercheront à les remplir par toute une litanie de lois sociales, sans trop se soucier ni du milieu concret, ni des institutions sociales existantes.Il n\u2019y a de place que pour l\u2019individu et pour l\u2019État, le premier étant confié au paternalisme du second.Il est facile de prévoir que de ces points \u2014 du plan Marsh en particulier qui nous intéresse directement \u2014 jailliront d\u2019abondantes et riches suggestions, susceptibles d\u2019améliorer notre situation sociale.Mais avant de nous abandonner aux enthousiasmes naïfs, essayons de saisir clairement ce qu\u2019on nous offre avec tant d\u2019empressement.Le premier élément qui s\u2019impose à l\u2019attention, c\u2019est l\u2019extension considérable des services sociaux.Le rapport Beveridge englobe toute la population de la Grande-Bretagne (46.5 millions) qu\u2019il partage en six classes: a)\tles travailleurs: 18.4 millions; b)\tles personnes exerçant une activité lucrative autres que les travail eurs: 2.5 millions; c)\tles femmes mariées restant au foyer: 9.3 millions; d)\tles personnes en âge de travailler sans activité lucrative: 2.4 millions; e)\tles personnes au-dessous de 16 ans: 9.6 millions; f)\tles retraités, 65 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes: 4.3 millions.Les catégories a, b et d se composent d\u2019assurés-cotisants; la catégorie c est assurée en vertu de la cotisation du mari.Les catégories e et f sont des non-cotisants, bénéficiant des allocations familiales ou des pensions de retraite.Aucune distinction de classe, de rang, de revenus: égalité parfaite pour tous et chacun.Même universalité chez Marsh, avec une réserve cependant.Le plan canadien divise la population, non plus par classes, mais d\u2019après les risques sociaux.Il protège contre eux toute la population du pays, sauf pour celui de la perte d\u2019emploi, où seule la classe ouvrière se trouve bénéficiaire.Voici le tableau des risques couverts et des prestations offertes dans l\u2019un et l\u2019autre projet: PLAN BEVERIDGE 1.\tLe chômage.2.\tL\u2019invalidité.3.\tLa perte du gagne-pain par une personne qui n\u2019a pas absolument besoin d\u2019un emploi pour vivre.4.\tLa vieillesse.5.\tLa femme mariée.a)\tAllocation de mariage.b)\tAllocation de maternité.c)\tAllocation dans le cas de chômage, d\u2019invalidité ou de retraite du mari.d)\tAllocation de veuvage.e)\tAllocation en cas de séparation du mari./) Allocation en cas d\u2019incapacité à accomplir les travaux ménagers.6.\tFrais funéraires.7.\tAllocations familiales.8.\tAssurance-maladie.PLAN MARSH 1.\tLe chômage: assurance et assistance.2.\tL\u2019invalidité.3.\tAssistance.4.\tLa vieillesse.5.\tLa femme mariée.a)\tAucune.b)\tPour les ouvrières.c)\tAucune.d)\tA établir bientôt.e)\tA prévoir.f)\tAucune.g)\tAllocations aux mères nécessiteuses.6.\tFrais funéraires.7.\tAllocations familiales.8.\tAssurance-maladie.Le plan Beveridge couvre avec plus de générosité les risques sociaux, en particulier ceux de la femme mariée.Par contre, le plan Marsh introduit une pension de vieillesse contributoire et élève les bénéfices de l\u2019assurance-chômage.Mais la grande nouveauté dont il faut féliciter les auteurs est l\u2019introduction des allocations familiales.Sir William propose de verser, à partir du deuxième enfant, des allocations pour tout enfant jusqu\u2019à l\u2019âge de 15 ans, jusqu\u2019à 16 s\u2019il demeure aux études.L\u2019allocation sera accordée dès le premier enfant, dans le cas d\u2019indigence.Marsh concède pour chaque enfant, dès le premier, une allocation variant de $5.00 à $12.50 par mois selon l\u2019âge de l\u2019enfant.L\u2019allocation familiale, l\u2019allocation de mariage et de maternité manifestent, dans la philosophie économique anglaise, un revirement de pensée inouï depuis Malthus, même si la nouvelle orientation est plus nataliste que AVRIL 1943 87 vraiment familiale, inspirée surtout par la crainte de la dépopulation.Quoi qu\u2019il en soit, les deux plans ont une indubitable valeur tant par le nombre des réformes sociales que par l\u2019extension des services sociaux qu\u2019ils proposent.Toutefois, l\u2019analyse des deux projets nous a révélé certaines tendances qui prêtent davantage à discussion.Dégageons-en quelques-unes.La première est une évidente tendance à la centralisation.Pour sir William, il n\u2019y a que l\u2019individu et l\u2019État.Il n\u2019est dès lors pas surprenant que l\u2019État se voie confier un rôle immense sinon total en matière de sécurité sociale.Le projet anglais prévoit un ministère de la Sécurité sociale, auquel pas moins de vingt-trois clauses confient à peu près toute l\u2019administration requise par la mise en application de ces vastes réformes.« L\u2019Unification de l\u2019administration des assurances sociales et de l\u2019assistance doit se faire par un ministère de la Sécurité sociale avec des bureaux de la Sécurité à la portée de tous les assurés » (n08 44-47).Il prévoit aussi « le transfert au ministère de la Sécurité sociale des pouvoirs encore détenus par les autorités locales en ce qui concerne l\u2019Assistance » (n°8 161-165), « le transfert de l\u2019entretien des aveugles.» (n08 166-170), « le transfert des fonctions du Bureau d\u2019assistance.et probablement du Service d\u2019embauchage du ministère du Travail et du Service national, comme aussi de l\u2019assurance-chômage et des fonctions des autres départements intéressés dans l\u2019administration des prestations en argent de toutes sortes, y compris les allocations aux accidentés.(n08 171-175).Tous les services sociaux se trouveront dès lors groupés et intégrés dans le nouveau ministère de la Sécurité sociale.Marsh sans aller aussi loin ouvre largement la voie à la centralisation.Il laisse aux provinces l\u2019administration des allocations pour accidents du travail, celles des services médicaux de l\u2019assurance-maladie.Toutes les autres lois sociales: allocations familiales, assurance-chômage, pensions de vieillesse, des veuves, des orphelins, invalidité, allocations de funérailles, travaux publics, etc., relèvent du fédéral.Comme cette nouvelle distribution des pouvoirs exige des changements constitutionnels, l\u2019auteur n\u2019hésite pas à les recommander: The method of straightforward amendment recommends itself as being the most direct and unequivocable.It would assure uniformity in a field which is of vital significance for all future social security planning and it would undoubtedly offer some economies in terms of administration expenditure, (p.88.) D\u2019ailleurs le moyen est tout trouvé de faire passer au domaine fédéral ces éléments de sécurité sociale jusqu\u2019ici réservés aux provinces: il suffira de greffer les nouveaux services sur celui de l\u2019assurance-chômage et de l\u2019assurance-maladie.« Il est capital.de comprendre que l\u2019assurance-maladie et l\u2019assurance-chômage.constitueront peut-être les deux services de base de l\u2019administration de la Sécurité sociale au Canada.» fp.86.) Ici s\u2019insère, du moins pour l\u2019assurance-maladie, la subtile distinction de l\u2019auteur entre la centralisation des fonds et la décentralisation administrative des services médicaux (p.88).Et advenant une législation d\u2019assurance-maladie fédérale, Marsh suggère un puissant comité interdépartemental d\u2019assurances sociales avec pouvoir de souder ensemble les services d\u2019assurance-maladie et d\u2019assurance-chômage.Contentons-nous d\u2019indiquer ici le caractère centralisateur de l\u2019un et l\u2019autre projet.Moins évidente à première vue, mais non moins discutable, est une seconde tendance que révèle l\u2019analyse des deux rapports: les diverses allocations semblent devenir la prestation d'une espèce de dividende social.La finance publique permet à un gouvernement de percevoir les impôts nécessaires à une saine administration et au bien-être de la société.La part que l\u2019État distribue sous forme d\u2019allocations d\u2019assistance et de secours est à vrai dire un dividende social.D\u2019après Beveridge, la sécurité sociale prendra de 10 à 11% du revenu national et d\u2019après Marsh, elle prendra du moins pour la première année environ 25%.Mais ce dividende social tel qu\u2019entendu par nos auteurs, repose, semble-t-il, sur trois erreurs.Ce dividende provient d\u2019abord d\u2019un impôt unique d\u2019après le régime de la Nouvelle-Zélande.Or, l\u2019impôt unique détruit la vraie notion d\u2019assurance sociale, qui repose sur une contribution destinée à couvrir un risque bien défini.Si les services sociaux de l\u2019État doivent être distribués à même le fonds consolidé du fédéral, nous entrons par là dans un régime d\u2019assistance publique nationale.C\u2019est le paternalisme d\u2019État dans sa perfection.Cette forme de dividende repose d\u2019ailleurs sur des hypothèses douteuses, plus facilement discernables chez Beveridge que chez Marsh.L\u2019économiste de Londres croit que le régime de l\u2019entreprise privée revivra après la guerre comme il existait avant 1939; il suppose l\u2019embauchage intégral et un niveau de prix de 25% plus élevé que celui de 1938.Les hypothèses de Marsh nous intéressent davantage.Dès le début de son rapport, Marsh nous promet, grâce à une injection financière d\u2019un milliard, l\u2019embauchage intégral, du moins pour la première année après la guerre.La question n\u2019est pas si simple.Une injection d\u2019un milliard ne remédiera pas seule au chômage, à moins d\u2019être accompagnée de plusieurs autres conditions d\u2019ordre économique et social.La sécurité sociale coûtera, d\u2019après l\u2019auteur, un milliard.De plus, les frais d\u2019administration et de service de la dette s\u2019élèveront à un autre milliard.Nous enlevons ainsi trois milliards à un revenu national de huit milliards environ, soit 37%, dont 25% pour la sécurité et 12% pour l\u2019administration et l\u2019intérêt de la dette.Actuellement, le consommateur est grevé d\u2019impôts au delà de ses capacités.Après la guerre, pour maintenir l\u2019embauchage et financer la sécurité, le gouvenerment devra maintenir ses taxes à un niveau aussi élevé.Autrement, il ne 88 RELATIONS saurait garder le revenu national à sa hausse actuelle.En conséquence, ces impôts élevés rendront la reprise des affaires difficile: plus d\u2019impôts signifie moins d\u2019achats et moins de consommation; ce qui influera sur la production.Le plan Marsh est destiné à ralentir la vie économique du Dominion.Sans doute une partie des fonds retourne au public immédiatement.A en juger par l\u2019expérience de la Nouvelle-Zélande, des États-Unis, de l\u2019Angleterre, on peut affirmer que près de 12% des impôts d\u2019assurances retombent dans les goussets du public.Mais même alors, surtout quand les travaux publics arrêteront, il restera une fraction considérable du revenu national immobilisée.Inutile d\u2019ajouter que le dividende social gratuit diminue le goût de l\u2019effort, l\u2019activité et le progrès économique.Dans un pays jeune comme le nôtre, aux ressources inexploitées, il vaut mieux augmenter les salaires, améliorer les prix agricoles, que distribuer un dividende social qui aboutira fatalement à la désorganisation de l\u2019activité rurale et industrielle et au contrôle croissant de l\u2019État sur l\u2019économie.Enfin, la redistribution du revenu national destinée à aider le petit salarié se fera à son détriment, puisqu\u2019il devra acquitter, en plus de ses impôts ordinaires, une taxe globale d\u2019assurance-maladie, d\u2019assurance-chômage et d\u2019assurance-vieillesse.On s\u2019en rendra facilement compte par le tableau suivant: REVENUS AU-DESSOUS DE $1,000 EN 1941 \tTotal\tCeux dont le\t% \t\tsalaire est moins\t \t\tde $1,000\t Chefs de famille urbains .\t.957,700\t324,000\t33.4% Chefs de famille ruraux .\t.324,500\t191,600\t59.7% Autres travailleurs urbains.\t.577,600\t423,000\t72.9% Autres travailleurs ruraux.\t.304,900\t270,600\t89.1% Ouvrières des villes\t\t, .552,200\t488,700\t88.2% Ouvrières des campagnes.\t.\t147,700\t142,100\t96.4% \t2,864,600\t1,840,000\t64 % Le poids de la sécurité sociale reposera le plus lourdement sur ces 64% de la population dont le revenu ne dépasse pas $1,000.Or, d\u2019après les notes que l\u2019on peut lire à la page des Commentaires, un père de famille de trois enfants devrait compter, en prix de 1941, sur un revenu annuel de $1,577.40.Le minimum ne devrait pas être au-dessous de $1,134.48.Ainsi donc l\u2019impôt unique de $0.75 à $1.85 ne ferait qu\u2019accentuer le déséquilibre aux dépens des gagne-petit.Ces trois indices: l\u2019impôt unique, la diminution du revenu national, le poids de l\u2019impôt sur les moins fortunés, n\u2019apparaissent pas avec netteté, mais l\u2019analyse a tôt fait de les faire ressortir du texte.Il y a de quoi nous mettre en garde contre cette forme de dividende social que revêtent les diverses allocations des rapports Beveridge et Marsh.Une troisième observation se dégage de la lecture attentive des deux projets: la tendance à considérer comme bien suprême de l\u2019homme sa subsistance économique.Matérialisme, inconscient, je le veux bien, mais qui n\u2019est pas sans s\u2019apparenter à celui des socialistes, des communistes et des nazistes.Sans doute appartient-il à l\u2019État d\u2019assurer aux citoyens un mini-mun de bien-être matériel.Encore ce bien-être ne doit-il pas si bien accaparer l\u2019attention qu\u2019il en fasse oublier la destinée supérieure de l\u2019homme et les valeurs spirituelles et morales qui donnent son prix à la vie.Certaines clauses du rapport de Beveridge révèlent cette tendance matérialiste.Ainsi, il détermine les catégories d\u2019assurés d\u2019après leur productivité; à la mère de famille il accordera les mêmes allocations qu\u2019à la concubine avec enfants.Marsh apporte heureusement quelques nuances en recommandant, pour la fille-mère ou pour la divorcée qui prend soin de son enfant, une législation spéciale.Il n\u2019échappe pas toutefois à la tendance de recourir sans cesse à l\u2019État paternaliste comme unique remède aux misères sociales.La philosophie de Beveridge est celle de l\u2019expérience.Mais l\u2019expérience, à elle seule, n\u2019est pas un code de morale ni de principes sociaux.Elle doit se laisser guider par des principes.Or, précisément, Beveridge suppose que la sécurité sociale repose uniquement sur la collaboration immédiate de l\u2019État et de l\u2019individu.Il a beau protester que l\u2019État ne doit pas étouffer l\u2019initiative personnelle et le sens des responsabilités; qu\u2019il doit au contraire laisser à chaque individu la possibilité de s\u2019élever, par ses propres moyens, au-dessus du minimum national, il n\u2019en reste pas moins, semble-t-il, que le mode d\u2019application des excellentes réformes suggérées devra nuire au développement de la personne et au progrès social.De son côté, Marsh, par crainte d\u2019être idéaliste et théoricien, n\u2019énonce aucun principe.Son rapport devient une juxtaposition de réformes sociales unifiées d\u2019une façon tout à fait arbitraire sous les titres de risques universels et de risques d\u2019emploi.Cette philosophie uniquement opportuniste et utilitaire ne satisfera sans doute pas un esprit chrétien et averti.On le voit par nos remarques précédentes: ces deux rapports, riches de suggestions constructives, telles les allocations familiales, précieux par la volonté qu\u2019ils manifestent de remédier définitivement aux crises, n\u2019en contiennent pas moins des éléments discutables qu\u2019il conviendrait d\u2019analyser plus profondément avant de s\u2019abandonner à la joie promise de toucher bientôt à .la solution du problème social.Quelle attitude les Canadiens devront-ils prendre, en particulier les Canadiens de culture française et de foi catholique ?Acceptation, refus, compromis ?Dans un article sur le plan Beveridge, publié dans la Gazette du 16 janvier 1943, M.Blair Fraser affirme que le Québec acceptera le plan d\u2019emblée parce qu\u2019il y trouve les allocations familiales.Au début de mars, le premier ministre, M.King, affirmait que la constitution canadienne serait amendée, si c\u2019était la condition nécessaire pour doter le Dominion d\u2019un régime national d\u2019assurances sociales.D\u2019autres, plus prudents, nuancent leur attitude.Le directeur du Conseil du Bien-Être social AVRIL 1943 89 d\u2019Ottawa, M.Davidson, prône à son tour une législation sociale plus riche, plus étendue, mais il ajoute que la législation devrait dépendre des provinces respectives, quitte pour le fédéral à leur apporter son appui financier.Ne ménageons pas à Beveridge ni à Marsh les éloges mérités pour la sollicitude que révèlent leurs rapports en ce qui concerne en particulier la protection de la famille.Le problème qui se pose à nous n\u2019est pas de discuter l\u2019opportunité de la plupart de ces réformes, mais bien de s\u2019assurer si l\u2019esprit dans lequel on les propose et les modalités d\u2019application ne détruiront pas à la longue l\u2019objectif visé.Il faut encore se convaincre que ce vaste plan de restauration sociale peut également bien servir les deux groupes ethniques qui constituent le fonds de la population canadienne, sans compromettre la vie et les aspirations sociales d\u2019aucun des deux.Après avoir étudié ici la substance des deux illustres rapports et dégagé leurs principales tendances, nous tenterons, dans un second article, un jugement d\u2019ensemble sur leur valeur théorique et pratique.LA DERNIÈRE DES GUERRES Albert LE ROY, S.J.Le P.Albert Le Roy nous explique comment en finir une bonne fois avec les guerres.Il est trop averti des réalités internationales pour ignorer les obstacles qui encombrent la route d'une paix définitive; mais ce n'est pas verser dans l'utopie que d'oublier un instant les contingences et d'établir les principes dans leur intégrité.\u2014 N.D.L.R.A VERDUN, dans la Somme, dans la boue des secteurs réputés calmes où l\u2019on attendait sous les obus le coup de main ennemi, nous tenions avec d\u2019autant plus d\u2019acharnement qu\u2019on nous avait persuadés que c\u2019était la « dernière des guerres ».Notre sacrifice devait amener l\u2019instauration d\u2019un monde meilleur, qui ne connaîtrait plus que la paix et la concorde entre les peuples.On ne peut le nier, cet espoir fut tenace et le 11 novembre 1918, quand à 11 heures du matin sonna le « cessez le feu », pas un de nous qui ne fût convaincu que c\u2019était bien fini et qu\u2019on ne verrait plus jamais « ça ».Pourquoi donc un échec si lamentable?Pourquoi vingt ans plus tard un conflit mille fois plus horrible que le précédent peut-il ravager le monde et menacer d\u2019engloutir la civilisation?C\u2019est à qui en dira par le menu les causes diverses: politiques, sociales et économiques.Mais, chose étrange, il en est une dont on a fort peu parlé et qui pourrait bien être la principale.Elle tient en une ligne: la guerre a recommencé parce qu\u2019on ne l\u2019avait pas supprimée purement et simplement.Le Pacte de la Société des Nations représentait un immense progrès; c\u2019était la première fois que l\u2019humanité cherchait à se rassembler et à substituer aux accords sporadiques entre États une association permanente avec une procédure nettement définie pour le règlement des conflits éventuels.Toutefois le Pacte n\u2019excluait pas radicalement la guerre dans les relations internationales.Il s\u2019efforçait de dresser devant elle des obstacles peut-être très difficiles à franchir, mais non infranchissables; il s\u2019efforçait de gagner du temps dans l\u2019espoir que dans l\u2019intervalle les difficultés pourraient s\u2019aplanir, mais sans en être bien sûr.Les membres de la Société devaient soumettre leurs différends à l\u2019arbitrage ou à un règlement judiciaire ou à l\u2019examen du Conseil.Lorsque le rapport du Conseil était adopté à l\u2019unanimité, ils s\u2019engageaient à en accepter les décisions.Mais dans le cas contraire « ils se réservaient le droit d\u2019agir comme ils le jugeraient nécessaire pour le maintien du droit et de la justice » (art.15, § 7), ce qui veut dire en bon français qu\u2019ils se réservaient et qu\u2019on leur reconnaissait le droit de vider leurs querelles par les armes.L\u2019article 12 stipulait seulement qu\u2019en aucun cas ils ne devaient « recourir à la guerre avant l\u2019expiration d\u2019un délai de trois mois après la décision arbitrale ou judiciaire ou le rapport du Conseil ».Le Pacte ne supprimait donc pas la guerre, mais il s\u2019efforçait de la réglementer, autrement dit, il la reconnaissait en fait et en droit.Le 6 février 1922, les États-Unis d\u2019Amérique, l\u2019Empire Britannique, la France, l\u2019Italie, le Japon signaient à Washington un traité relatif à l\u2019emploi des sous-marins et des gaz asphyxiants en temps de guerre.Le 22 avril 1930, le Traité Naval de Londres précisait certains points de droit international concernant la guerre sous-marine.Le 24 juillet 1923, la Conférence de Lausanne établissait le règlement, révisé à Montreux en 1936, concernant le passage des navires de commerce et des bâtiments de guerre dans les Détroits, en temps de paix et en temps de guerre.Le 27 juillet 1929, la Convention de Genève s\u2019occupait du sort des blessés et des malades dans les armées en campagne.Tout comme le Pacte de la Société des Nations, ces différents traités, loin de supprimer la guerre, l\u2019envisageaient comme une possibilité et par leurs stipulations lui conféraient en pratique un statut juridique, équivalent à une reconnaissance officielle.Le 27 août 1928 était signé le Pacte de Paris, plus connu sous le nom de Pacte Briand-Kellog.Les Hautes 90 RELATIONS Parties Contractantes déclaraient solennellement au nom de leurs peuples respectifs condamner le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux et y renoncer en tant qu\u2019instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles.La solution de tout conflit, de quelque nature et de quelque origine qu\u2019il pût être, ne pouvait être recherchée que par des moyens pacifiques.C\u2019était là sans contredit un pas en avant dans la bonne voie, au moins en ce qui concerne l\u2019énoncé des principes.Mais cet accord, dépourvu de toute sanction, ne pouvait être efficace que si tous les signataires étaient de bonne foi, ce que l\u2019expérience devait cruellement démentir.Il devait n\u2019être en réalité qu\u2019une simple manifestation verbale.Il péchait encore par insuffisance.Renoncer volontairement à la guerre, c\u2019est encore en admettre la possibilité.L\u2019essentiel est de construire un ordre international d\u2019où l\u2019idée même de guerre soit bannie.Autrement dit, le véritable problème ne se pose pas en ces termes: « Comment organiser le monde pour qu'il n\u2019y ait plus de guerre ?», mais « Comment le monde doit-il être organisé étant donné qu'il n\u2019y a plus de guerre ?» ; de même que le législateur ne se demande pas comment il doit empêcher les citoyens de se rendre justice eux-mêmes, mais comment il doit organiser la cité, rédiger les différents codes de lois, répartir les tribunaux et les forces de police, étant donné que la protection des citoyens et l\u2019administration de la justice sont de la seule compétence de l\u2019État.Si la guerre est bannie des relations entre peuples, il faut de toute nécessité que ceux-ci, ne réglant plus eux-mêmes leurs litiges, s\u2019en remettent obligatoirement à une autorité supérieure, seule investie du pouvoir judiciaire international.Cette autorité ne peut être que l\u2019émanation de la communauté des peuples tout entière, qui doit passer, \u2014 peu importe le nom qu\u2019on lui donne, \u2014 du régime contractuel de l\u2019ancienne Société des Nations au stade de l\u2019organisation internationale.« A cette autorité, dit le Code de Morale internationale de Malines, il appartiendra de gouverner souverainement, d\u2019ordonner au bien supérieur de la communauté humaine la collaboration des peuples, d\u2019évoquer à son tribunal suprême les conflits qui viendraient à diviser les nations, de mettre en œuvre la contrainte nécessaire contre tout État qui oserait attenter à l\u2019ordre et à la paix internationale.Aux commandements de cette autorité les États auront à se soumettre, tout comme les familles ont l\u2019obligation d\u2019obéir à la loi de la cité ou de l\u2019État.» Seule elle doit donc être en charge de la force armée, devenue police internationale, car, seule chargée de rendre la justice entre nations, elle doit être en mesure d\u2019assurer l\u2019exécution de ses décisions.Les armées nationales n\u2019ont d\u2019autre but que de permettre aux États qui les lèvent de défendre par la guerre leurs droits, AVRIL 1943 vrais ou supposés.Elles n\u2019ont donc plus de raison d\u2019être et l\u2019humanité est délivrée du fardeau intolérable de la course aux armements.Chaque pays doit renoncer à ce qu\u2019il regardait jusqu\u2019ici comme une de ses prérogatives essentielles; il ne lui est plus permis de définir son propre droit.Il doit sacrifier en partie une souveraineté nationale, considérée autrefois comme un absolu ; plus exactement il doit renoncer à une souveraineté absolue dans un domaine restreint pour participer, sur un pied d\u2019égalité avec les autres, à une souveraineté d\u2019un ordre plus étendu et plus élevé.M.Phelan, directeur par intérim du Bureau international du Travail, l\u2019a dit en termes si clairs dans son rapport à la Conférence de New-York d\u2019octobre 1941, que nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ses paroles: « Il est, à notre époque d\u2019interdépendance mondiale, un nombre d\u2019affaires de plus en plus élevé qui échappent par la nature même des choses à l\u2019autorité de l\u2019État national, ses pouvoirs fussent-ils illimités.Il s\u2019ensuit nécessairement qu\u2019il faut, ou bien laisser libres de tout contrôle et dépourvues d\u2019organisation des matières d\u2019intérêt vital, qui dépassent le champ de l\u2019action effective de l\u2019État national, ou bien instituer une autorité internationale dans des domaines où son absence se révèle dangereuse à l\u2019existence même des nations libres.» Traduisons pour le sujet qui nous occupe: ou bien l\u2019anarchie politique et la guerre en perspective, ou bien, puisqu\u2019on a renoncé à la guerre, une seule force armée à la disposition de l\u2019autorité internationale.Tous les accords réglementant le droit de guerre (les trois quarts des recueils de droit international) sont donc périmés et doivent être rayés d\u2019un trait de plume.Il n\u2019y a plus de guerre; on ne saurait réglementer et humaniser ce qui n\u2019existe pas.Tout conflit ne peut plus être désormais qu\u2019une révolte contre l\u2019autorité suprême.Or, pour mettre à raison un rebelle, tous les moyens que ne prohibe pas la loi naturelle, sont bons et peuvent être employés en toute sûreté de conscience.Quel État a jamais inscrit dans sa constitution des limites à son droit de venir à bout de la résistance d\u2019un criminel ?Tout au plus en cas d\u2019émeute respectera-t-il les trois sommations traditionnelles avant de tirer sur la foule.Pour briser la résistance d\u2019un État révolté, pourquoi l\u2019autorité internationale s\u2019interdirait-elle l\u2019usage des gaz asphyxiants, qui en soi ne sont pas plus inhumains que les bombes de deux tonnes lâchées du haut du ciel ?pourquoi ses navires ne pourraient-ils patrouiller les mers en liberté et se servir de tous les ports aussi longtemps que cela serait nécessaire ?qu\u2019a-t-elle besoin de fixer la limite des eaux territoriales, puisque toutes les mers et toutes les terres sont à sa disposition ?Il est évident qu\u2019aucune disposition préliminaire n\u2019est nécessaire pour qu\u2019elle respecte la vie des blessés, des femmes et des enfants.Mais les rebelles éventuels doivent savoir que, tout comme les bandits, ils ne jouissent d\u2019aucun privilège.91 S\u2019il n\u2019y a plus de guerre, il n\u2019y a plus de frontières stratégiques, c\u2019est-à-dire de frontières qu\u2019un peuple vainqueur ou plus fort impose à un peuple vaincu ou plus faible pour avoir sur lui un avantage en cas d\u2019hostilités.Les limites des nations ne doivent plus être établies que conformément aux vœux des populations intéressées et aux prescriptions de la justice et du bien commun.S\u2019il n\u2019y a plus de guerre, il n\u2019y a plus d\u2019alliances entre pays particuliers et partant plus de diplomatie secrète, car les alliances n\u2019ont d\u2019autre but que de s\u2019assurer une supériorité militaire.Nul ne pourra plus se plaindre d\u2019être « encerclé ».Il n\u2019y a plus de ces contrats bilatéraux, si prônés par Hitler, et qui n\u2019avaient d\u2019autre raison d\u2019être que de lui permettre de manger l\u2019artichaut feuille à feuille.Une seule grande alliance subsiste: celle de tous contre l\u2019agresseur, quel qu\u2019il soit.Plus n\u2019est besoin de formules compliquées pour définir l\u2019agresseur: l\u2019agresseur est celui qui refuse de se soumettre à l\u2019autorité internationale.S\u2019il n\u2019y a plus de guerre, il n\u2019y a plus de neutralité.Quand les différends se vidaient entre deux princes, ou plus tard entre deux peuples, il était normal que les tiers, non intéressés directement dans le conflit, se tinssent à l\u2019écart.Il était même admissible qu\u2019un pays décrétât ne vouloir en aucun cas intervenir dans les querelles d\u2019autrui et proclamât une neutralité absolue et définitive.Mais entre le juste et l\u2019injuste, entre le bien et le mal, entre un bandit et l\u2019autorité légitime, nul ne saurait refuser de prendre parti.Tous doivent être prêts à accomplir la tâche qui leur serait confiée pour le bien de toute la communauté humaine.Aucun subterfuge ne peut plus justifier la neutralité; elle devient essentiellement immorale.Supprimer la guerre, c\u2019est donc construire de toutes pièces un monde entièrement neuf, en contraste absolu avec celui qui nous a menés à une catastrophe sans précédent et à deux doigts de la perte totale.Entreprise grandiose mais qui n\u2019a rien de chimérique.Elle ne se réalisera pas en un jour; elle exigera un courage de tous les instants, tout d\u2019abord ce courage intellectuel qui consiste à vouloir voir clair à tout prix et à ne plus penser en idées toutes faites; puis, courage moral, pour mettre à exécution ce qu\u2019on aura reconnu être la vérité.Mais le salut est à ce prix.Pour reconstruire le monde sur une base solide et durable, il faut d\u2019abord décider, comme l\u2019avait demandé Benoît XV dans son message du 1er août 1917, que désormais à la force matérielle des armes est substituée la force morale du droit.Tout le reste doit suivre comme de simples corollaires.Et alors la guerre commencée le 3 août 1914 et reprise le 1er septembre 1939 aura été la « dernière des guerres ».LA TRADITION DU LAÏCISME EN ÉDUCATION Louis C.de LËRY, S.J.ECULAR TRADITION IN EDUCATION est un tour d\u2019horizon anglo-américain.Écrit par un spécialiste pour une importante revue d\u2019éducation, ce document très dense raconte depuis l\u2019origine la sécularisation scolaire du monde anglo-saxon.Nous verrons aujourd\u2019hui l\u2019Angleterre; suivront l\u2019Écosse, l\u2019Irlande, les États-Unis, l\u2019Afrique du Sud et le Canada.L\u2019article a été résumé; quelques remarques s\u2019intercalent en italique.L\u2019auteur est partisan du laïcisme, qui aurait prodigué au monde l\u2019instruction et la science.L\u2019Église aussi a toujours prisé ces deux choses, mais alliées à la religion.La science laïque et sans Dieu nous aura apporté la haine et la guerre.La science et la foi nous donneront l\u2019amour et les œuvres de paix.« La tradition du laïcisme en éducation remonte surtout à deux sources: la philosophie nationale de l\u2019Angleterre et le mouvement international de la Renaissance, inauguré en Italie.Ces deux courants s\u2019entremêlent et sont souvent représentés par les mêmes hommes.Élaborée en Angleterre au dix-septième siècle par les philosophes et les cercles humanistes rose-croix, la théorie d\u2019une instruction scientifique et laïque fut répandue au dix-huitième par la Maçonnerie.Parti d\u2019Angleterre, le mouvement de lumière, Enlightenment, trouva son application dans les Révolutions américaine et française, qui réagirent en retour sur la nation où il avait pris naissance.Il est donc difficile de dire lequel de ces pays \u2014 Angleterre, Amérique ou France \u2014 a le plus contribué à propager cette doctrine au dix-neuvième siècle.Les différences de religion et de race produisirent deux laïcismes.En France, les traditions médiévales de l\u2019Église catholique provoquèrent une vive réaction et donnèrent lieu à l\u2019athéisme.En Angleterre, l\u2019éducation puritaine de nombreux laïcisateurs leur inculqua le respect de la religion.L\u2019alliance des doctrines puritaine et laïque évita aux pays de langue anglaise cette division culturelle en christianisme traditionnel et laïcisme anticlérical, fléau des pays latins.» Ces pays latins sont restés plus catholiques que les anglo-saxons.Le pragmatisme du peuple anglais s\u2019est traduit dans une école de philosophie reposant sur l\u2019observation.Les solutions empiriques de ses philosophes n\u2019ont pas un caractère de vérité absolue, mais les empêchent de devenir partisans fanatiques de dogmes religieux ou politiques.92 RELATIONS François Bacon, père de la philosophie anglaise, fut le premier à déplorer les querelles de sectes et à signaler à l\u2019État le danger des déviations fanatiques de la religion pure.Hobbes admet la valeur relative du dogme et prêche la liberté de conscience et la suprématie de l\u2019État sur l\u2019Église.Lord Herbert of Cher-bury, par son attitude envers la religion révélée, fonde l\u2019école déiste.Locke continue à émanciper la conscience du dogme.Son élève Shaftesbury fait un pas de plus, en opérant le divorce entre la religion et la moralité, qui, pour lui, est innée chez l\u2019homme.Ces spéculations philosophiques furent répandues dans les classes instruites sous une forme plus accessible par des sociétés éducationnelles et scientifiques, apparentées aux traditions rosicruciennes et maçonniques.Sans nous attarder à l\u2019origine légendaire de la Rose-Croix, rappelons qu\u2019il y eut en Europe au dix-septième siècle des groupes de savants et d\u2019hommes publics qui recherchaient la fraternité universelle et la diffusion de la science.Ils constituaient des loges secrètes, dont la plus répandue fut la Rose-Croix.Plusieurs groupes se sont inspirés des théories rosicruciennes, comme la Society for Free and Candid Enquiry, fondée par sir Hugh Myddelton, ingénieur de la New River, aqueduc de Londres.Le 15 octobre 1613, Myddelton et treize compagnons signaient les articles de cette société et en bannissaient toute discussion religieuse.Le premier sujet mis à l\u2019étude fut la réforme de l\u2019enseignement.On y prôna le contrôle de l\u2019État et l\u2019établissement d\u2019une commission pour examen des instituteurs et collation de leurs diplômes.En 1641, un groupe de savants fondait Y Invisible College.Parmi ses membres, rose-croix pour la plupart, étaient le physicien et chimiste Robert Boyle et sir Christopher Wren, architecte de Saint-Paul.Ce collège invisible donnait naissance en 1662 à la Royal Society, dont l\u2019origine semble donc rosicrucienne.La Société royale était un centre de recherche scientifique et de réforme éducationnelle.Internationale, elle ne faisait aucune distinction de pays ou de religion dans le choix de ses membres.Le titre de la Société for the improving of natural knowledge indique son caractère laïque.Un de ses membres, Joseph Glanvill, auteur de Plus Ultra, Progress of Science, etc., nous parle de « l\u2019Architecte omniscient de l\u2019univers », qui évoque la terminologie maçonnique.Tous ces réformateurs suivent la même ligne de pensée.De ces cercles, toutefois, un seul est connu comme certainement rose-croix.En 1646, Ashmole, l\u2019astrologue Lilly, le mathématicien Oughtred, le physicien Warton et le docteur John Pearson, plus tard évêque de Chester et auteur de Biblia Polyglotta, fondaient la loge rose-croix Solomon's House à Mason\u2019s Hall, Londres.Ashmole était maçon, ce qui explique le lieu de réunion.Moray, premier président de la Société royale, et Wren étaient rose-croix et maçons.Quant à Newton, il est le trait d\u2019union entre le dix- septième siècle et la Maçonnerie du dix-huitième: durant sa présidence à la Société royale, elle devint une extension scientifique de la Maçonnerie, qui comptait quarante-trois Fellows en 1723.Les origines de la Maçonnerie sont aussi légendaires que celles de la Rose-Croix.Les corporations médiévales de maçons opératifs prêtèrent le nom et les traditions de leur ordre; mais son caractère spéculatif actuel ne peut s\u2019expliquer par le seul développement de ses ateliers.Les rose-croix, qui entrèrent dans la Maçonnerie, y introduisirent leurs préoccupations éducationnelles et philosophiques.La nouvelle Constitution de 1723 n'oblige plus le maçon qu\u2019à la religion dans laquelle tous les hommes s'accordent, le déisme.Ainsi la religion du déiste Shaftesbury est celle dans laquelle tous les hommes sages s'accordent.La tradition scientifique des rose-croix passa également aux maçons, pionniers de l\u2019enseignement laïque au dix-huitième siècle.La diffusion du savoir, expression de Comenius, grammairien et rose-croix, fut toujours usitée dans les cercles maçonniques.La Maçonnerie agit aussi sur l\u2019éducation par les groupes qu\u2019elle influença, tel le fameux Kil-Cat Club, fondé en 1700.Parmi ses membres était le lord chancelier John Somers, rose-croix, président de la Société royale et ami de Locke et de Newton.Citons encore John, duc de Montague, et Thomas, duc de Wharton, deux futurs grands maîtres, et surtout sir Richard Steele et Addison, dont les revues The T aller, The Spectator, the Guardian, etc., servaient de porte-parole au groupe.Addison y traite souvent de réforme éducationnelle et prône un enseignement plus utilitaire.Autour d\u2019eux se groupent des hommes de même sentiment, tels Jonathan Swift, auteur des Voyages de Gulliver, Alexander Pope, poète et philosophe, Eustace Budgell, cousin d\u2019Addison, et le docteur John Henley, tous maçons.Au docteur Désaguliers, huguenot français de naissance, revient le mérite d\u2019avoir groupé les ateliers distincts en une grande loge, centre de la Maçonnerie internationale (1717).Élevé à Oxford, professeur en 1710 de philosophie naturelle à Hart Hall, il vient à Londres (1712), est élu Fellow de la Société royale (1714) et est initié dans la Maçonnerie.Ami de Newton et d\u2019autres rose-croix, il enseigne en anglais, français et latin, la physique, l\u2019astronomie et les mathématiques à toutes les classes de la société depuis le roi et ses courtisans jusqu\u2019aux artisans et employés de bureaux.En 1739, il élit domicile à Bedford Coffee House, lieu de réunion de la Société royale et de la Maçonnerie.Grand maître de celle-ci et son chef intellectuel, il lui infusa ce caractère spéculatif qui en a fait le centre du mouvement de lumière.De Newton à Désaguliers, de Swift, Addison et Pope à nos arrivistes modernes, quelle chute ! Une autre initiative maçonnique fut la publication d\u2019encyclopédies.Ephraïm Chambers, auteur de la AVRIL 1943 93 Chambers Encyclopaedia (1728), était maçon.L\u2019Encyclopédie française fut publiée à l\u2019instigation du chevalier Ramsay, grand orateur.Andrew Bell, autre maçon, fut parmi les éditeurs de l\u2019Encyclopédie britannique.En 1799, l\u2019Américain Benjamin Thompson fondait la Royal Institution pour la diffusion des arts mécaniques dans l\u2019univers.Parmi ses premiers protecteurs étaient sir Joseph Banks, président de la Société royale, et le comte de Morton, maçons.Son premier professeur fut le docteur Thomas Garnett, qui enseignait la philosophie naturelle à la Glascow Andersonian Institution, à relations également maçonniques.Le Canada a connu sa Royal Institution for the advancement of learning, fondée en 1801 pour nous laïciser, morte peu après.« Au dix-neuvième siècle, la Maçonnerie ne joua pas un rôle aussi important.On exigea en loge la neutralité politique et religieuse et les maçons ne purent prendre part aux controverses éducationnelles que comme individus.De nouvelles forces surgissent.Unitariens, Quakers, Presbytériens, puis les autres sectes dissidentes passent du camp confessionnel à celui d\u2019un enseignement d\u2019État.Sans cette défection, le parti du laïcisme était trop faible pour accomplir aucune réforme.Ce dernier évolua beaucoup.Représenté d\u2019abord par les philosophes déistes et Y intelligentsia maçonnique, ce mouvement de sécularisation atteignit les masses à la fin du dix-huitième siècle.Les clubs aristocratiques, tels le Kit-Cat Club et le Whig Club, cédèrent la place à des organisations ouvrières, comme la Corresponding Society, dont plusieurs membres étaient déistes ou athées.Pour eux, aucun compromis avec les Églises n\u2019était possible et ils réclamaient un enseignement public et laïque.Robert Owen, père du mouvement travailliste, groupa les vagues aspirations des ouvriers en un parti organisé, qui se donna hardiment pour but le socialisme.Ainsi trois groupes réclamaient un enseignement neutre et étatisé.U intelligentsia, dirigée par Brougham, James et Stuart Mill et le jurisconsulte et philosophe Bentham, continuait la tradition du dix-huitième siècle sous le nom d\u2019educa-tion-mad party et préconisait l\u2019intervention de l\u2019État et un enseignement neutre pour motifs humanitaires et universels.Unitariens, Quakers et plus tard tous les dissidents le demandaient comme sauvegarde contre la domination de l\u2019Église anglicane.Le mouvement ouvrier, réclamant pour tous des chances égales de s\u2019instruire, exigeait un enseignement national et démocratique, affranchi du contrôle de l\u2019Église, accusée de favoriser les classes privilégiées.Ces trois courants se distinguent nettement, bien que leurs représentants unissent souvent leurs forces et que plusieurs appartiennent à deux ou trois groupes.» En 1814, se fondait la British and Foreign School Society pour propager un enseignement non sectaire en Europe et en Amérique.Elle avait l\u2019appui des Quakers, Puritains, Baptistes, même des Évangéliques de l\u2019Église établie, ainsi que des maçons, partisans de Bentham et radicaux du nouveau Parti ouvrier, tels Place et Owen.Les puritains insistaient sur le caractère religieux des écoles; radicaux et partisans de Bentham les voulaient laïques.James Mill et Place désiraient supprimer l\u2019obligation de conduire les enfants à l\u2019église le dimanche et se contenter d\u2019une lecture de la Bible en classe et sans glose.On finit par s\u2019entendre sur un Christianisme sans dénominations et on limita ses activités à l\u2019enseignement élémentaire.La société avait 205 écoles de garçons et 74 de filles en 1816.En 1851, elle en comptait 852, qui, après Y Education Act de 1870, passèrent graduellement aux commissions des écoles publiques.Owen prit la tête d\u2019un autre mouvement, qui prônait un enseignement laïque avec contrôle d\u2019État.Il reçut l\u2019appui de James Mill, Brougham et Zachary Macaulay, mais perdit celui des Puritains, pour avoir malencontreusement dénoncé toutes les sectes.Ses idées trouvèrent un sol fertile parmi les ouvriers.Dès 1837, la Working Men\u2019s Association demandait des écoles étatisées.Sir Thomas Wyse, promoteur de Y Irish National System, préconisait pour l\u2019Angleterre un système similaire et fondait la Central Society of Education (1830).« Notre enseignement manque d\u2019organisation nationale, notait-il.Le régime de liberté, sans pouvoir central pour guider, aider ou contrôler, a fort mal fonctionné.» En 1837, Brougham, aidé de Wyse, proposait une loi créant un ministère de l\u2019Éducation, qui fut battue par quatre voix.Comme compromis, on établit un Comité spécial du Conseil privé pour l\u2019examen des questions éducationnelles.Ce comité laissait aux Églises le contrôle de l\u2019enseignement, mais il fut le point de départ des interventions subséquentes de l\u2019État.Après Londres, Manchester fut un centre important de laïcisme.Les sociétés éducationnelles s\u2019y multiplient.En 1847, le docteur Hodgson y fondait, avec l\u2019aide de Puritains, tels le révérend William McKerron, Samuel Lucas et John Watts, la Lancashire Public School Association pour promouvoir un enseignement laïque soutenu par des impôts.Deux députés, le libre-échan-giste Cobden et Foster, en font une organisation nationale et préconisent des écoles neutres et gratuites, laissant aux parents, tuteurs et ministres du culte le soin d\u2019enseigner la religion.Deux ans de suite (1852-1853), la société proposa une loi au parlement, mais sans succès immédiat.L\u2019année suivante (1854), la société ouvrait à Manchester la Model Secular School.Les Oddfellows y avaient fondé la première école laïque trois ans plus tôt.Pour obtenir des subsides, on dut, en 1861, introduire au programme l\u2019Écriture sainte.Mais la loi ayant été modifiée, les écoles laïques reçurent, après 1871, des subventions d\u2019Êtat sans lecture de la Bible.Un nouvel élan vint au laïcisme du continent.Le maçon Jean Macé fondait la Ligue de l\u2019Enseignement 94 RELATIONS pour la France et la Belgique (1863).D\u2019autres surgirent un peu partout.{La nôtre remonte à 1903 et n'a pas fait long feu : voir Relations de novembre 1941.) George Dixon, maire de Birmingham, groupait une société similaire en 1867; deux ans plus tard, avec Joseph Chamberlain, Jesse Collings et d\u2019autres radicaux, il fondait la National Education League, pour établir des écoles nationales et neutres, maintenues par impôts et subsides, sous la direction d\u2019autorités locales, susceptibles d\u2019y introduire l\u2019instruction gratuite et obligatoire.La même année (1869), un contrés trade-unioniste, à Birmingham, déclarait que « seul un enseignement national, neutre et obligatoire peut satisfaire le peuple du Royaume Uni ».Quand, en 1867, un gouvernement libéral chargea Foster de préparer une loi de l\u2019enseignement, les radicaux crurent leur heure venue.Mais la National Education League ne représentait qu\u2019une section de la population.Les écoles confessionnelles groupaient un million et demi d\u2019enfants et la National Union avait l\u2019appui des Anglicans, des Catholiques et de la Chambre des Lords.La loi de 1870 fut un compromis.Les écoles confessionnelles furent maintenues, mais de nouvelles autorités locales, les commissions scolaires, furent créées, qui purent fonder des écoles neutres, soutenues par impôts et subsides de l\u2019État.Si on ne put obtenir l\u2019école unique, du moins un régime national et laïque se dressa en face du système confessionnel.La nation admit la dualité comme caractère permanent du régime scolaire, et le parti du laïcisme se tourna vers l\u2019enseignement secondaire et supérieur.Et nunc erudimini.Il y a là pour nous une leçon.Méfions-nous de tous les radicalismes : partis politiques, mouvements ouvriers ou sectes religieuses.La tradition laïque inclinait vers un enseignement secondaire plus scientifique et pratique, en opposition aux écoles classiques de grammaire.Place, Brougham et d\u2019autres partisans de Bentham fondaient en 1830 la première école secondaire laïque de la capitale, University College School: on n\u2019y enseignait pas de religion, mais les sciences, le dessin et les langues modernes.En 1848, s\u2019ouvrait sur le même modèle le Bedford College for Women.Vers 1850, le parti du laïcisme s\u2019allia au mouvement lancé par George Combe, Spencer et Huxley pour introduire les sciences au programme d\u2019études.D\u2019un côté s\u2019alignaient les vieilles écoles publiques et les Anglicans; de l\u2019autre, les laïcisants et scientistes.Les Puritains, en se joignant aux derniers, firent pencher la balance.Les nouvelles écoles secondaires, sorties des classes de sciences, furent neutres et scientifiques.« Le développement de l\u2019enseignement supérieur au dix-neuvième siècle doit son origine à la tradition laïque.L\u2019Université de Londres et la plupart de ses collèges, les universités anglaises modernes et plusieurs institutions d\u2019enseignement pour adultes furent ouvertes par AVRIL 1943 des hommes qui déploraient les querelles de sectes et voulaient libérer l\u2019enseignement du contrôle religieux.Les trois groupes déjà cités, Puritains, partisans de Bentham et représentants des classes ouvrières, prirent une part active au mouvement.» Le Mechanics' Institute Movement a pris origine en Écosse.En 1796, se fondait à Glascow YAndersonian Institution.Birkbeck, qui y enseignait l\u2019histoire naturelle, allait à Paris en 1802 et recevait la même année la visite d\u2019un professeur du Lycée de la capitale française.Avec Place, Brougham et d\u2019autres disciples de Bentham, Birkbeck fondait le London Mechanics' Institute, modèle de centaines d\u2019écoles sous les noms de Lycées, Athénées et Instituts, où l\u2019on enseignait les sciences, les langues et le dessin.Quarante villes suivaient l\u2019exemple de Londres dès 1825.La Yorkshire Union of Mechanics' Institutes (1837) groupait cent trente-trois instituts.Ceux-ci ouvrirent des classes d\u2019adultes, puis de garçons et devinrent les pionniers de l\u2019enseignement laïque secondaire.On saisit sur le vif le procédé ordinaire.En marge de ce qui existe, on fonde des sociétés pour faire de l'agitation, des organisations qui centralisent, des écoles qui se multiplient et évoluent en d'autres écoles.Le même groupe, \u2014 Place, Birkbeck, Brougham, Goldsmid et le poète Thomas Campbell, \u2014 lança l\u2019idée d\u2019une université à Londres.Des dissidents puritains se joignirent à eux et l\u2019Université surgit en 1826.Le Conseil universitaire déclarait qu\u2019il ne pouvait concilier le libre accès de toutes les sectes avec un enseignement religieux.Plusieurs institutions d\u2019enseignement supérieur suivirent l\u2019exemple de Londres, tels Owens College (1850) et Mason's College (1875) de Manchester, Yorkshire College de Leeds (1874) et Liverpool University College (1881).Depuis lors, les chartes des nouvelles universités adoptèrent un enseignement neutre et affranchi de toute influence cléricale.Les philosophes ont élaboré le laïcisme.La Rose-Croix et la Maçonnerie l\u2019ont propagé.Travaillistes et dissidents se sont joints aux laïcisateurs.Un régime de dualité a commencé en 1870, admettant côte à côte écoles laïques et confessionnelles, celles-ci moins favorisées des subsides de l\u2019État.Depuis 1902, les non-conformistes ont perdu 1,371 de leurs écoles et n\u2019en retiennent que 30.Les Anglicans en ont cédé 3,000.Les Catholiques en ont ajouté 200, pour en posséder 1,266 avec 400,000 élèves en 1943.La migration d\u2019enfants chassés par les bombardements a révélé chez plusieurs une ignorance effarante de Dieu.Malgré cela, on s\u2019attend, après la guerre, à un nouvel assaut du laïcisme.Sous la pression économique et peut-être légale, les Anglicans céderont probablement leurs dernières écoles.Les Catholiques défendront les leurs à la mort, a déclaré l\u2019épiscopat.Et La Bédoyère de conclure dans America du 6 mars: « Faut-il combattre le Nazisme pour aboutir au totalitarisme scolaire ?» 95 VERS LE LABRADOR Anatole VANIER IA QUESTION du Labrador rebondit.M.Philippe Picard, député de Bellechasse, en parle à l\u2019ouverture de la Chambre fédérale.Le premier ministre du Québec nous apprend qu\u2019il en a lui-même traité, vers la fin de janvier, dans une lettre à M.King.La Chambre des députés à Québec en est saisie elle aussi.Enfin, le 1er mars 1943, exactement seize ans après l\u2019historique jugement du Conseil Privé d\u2019Angleterre, répondant à M.Sasseville Roy, député de Gaspé, M.King revient sur le sujet.Si ce feu roulant avait commencé en 1927 et s\u2019était maintenu, le problème serait réglé depuis longtemps.Un autre moyen aurait pu être mis en œuvre, ici comme en France.Les visiteurs de Paris, avant la guerre de 1914, se rappellent le deuil permanent de la statue de Strasbourg, place de la Concorde.A nous aussi il aurait fallu quelque part, à Québec ou à Montréal, une statue endeuillée pour rappeler cette tranche de l\u2019Ungava si étrangement accolée à la « côte » du Labrador en 1927.Cette perte n\u2019était-elle pas, en effet, l\u2019équivalent des conséquences d\u2019une défaite sur un champ de bataille ?Le jugement du Conseil Privé ne peut pas mettre fin à cette question de la « côte » du Labrador, parce que 100,000 milles carrés, sans délimitations naturelles avec le Québec, cela représente une trop grande superficie pour ne pas soulever un jour ou l\u2019autre de graves difficultés d\u2019ordre économique ou politique.Au surplus les oscillations diverses qui ont marqué l\u2019histoire de la juridiction civile du Labrador, comme celle des pêcheries sur les côtes nord et sud du Saint-Laurent à son embouchure, démontrent que l\u2019avenir ne peut pas être sur ce point plus stable que le passé.En février 1763, par le Traité de Paris, la France abandonne ses droits en Nouvelle-France, mais le gouvernement de la côte du Labrador continue de relever de Québec.A cette époque Terre-Neuve est territoire britannique depuis un demi-siècle.Bientôt après, en octobre 1763, une proclamation place cette « côte » sous la juridiction de Terre-Neuve.En 1774, elle est attribuée de nouveau au Québec.En 1809, elle passe une seconde fois à Terre-Neuve.Et en 1825, la partie inférieure de la côte, sur le golfe jusqu\u2019à la baie de Blanc-Sablon, est remise encore une fois au Québec.Les pêcheries de la Gaspésie et de la côte nord du Saint-Laurent sont sous le contrôle du gouvernement d\u2019Ottawa jusqu\u2019en 1922; elles passent alors à Québec.Les pêcheries des îles de la Madeleine, qui forment pourtant un comté électoral du Québec, relèvent d\u2019Ottawa.Combien de temps cela durera-t-il?Plus la solution adoptée est contre nature, moins elle a de chance de survie, et le Conseil Privé semble n\u2019avoir pas eu le don de la solution définitive en 1927.Six ans plus tard, en 1933, Terre-Neuve perd ses droits politiques à la qualité de Dominion, qui venaient pourtant d\u2019être couronnés du Statut de Westminster.En novembre de cette année-là, l\u2019Assemblée législative de Terre-Neuve, approuvant le rapport Amulree, décide de devenir une colonie de la Couronne pour une période indéterminée, et le Parlement de Londres vote une loi en conséquence.Cette loi anglaise ne fut toutefois pas votée sans opposition.M.Clément Attlee, chef travailliste, s\u2019écria à la Chambre des Communes: « Ce que nous ne voulons pas, c\u2019est donner de l\u2019argent à des prêteurs qui ont vraisemblablement prêté des capitaux en toute connaissance de cause.Ces prêteurs ont conclu une mauvaise transaction.Ils veulent maintenant que le peuple de notre pays protège leurs placements.» Qui sait si en 1927, par le jeu du subconscient, les membres du Conseil Privé n\u2019ont pas été trop émus par l\u2019angoisse des prêteurs dont parlait M.Attlee?En tout cas, l\u2019acceptation d\u2019un arbitre intéressé, même d\u2019une manière éloignée, est une mauvaise affaire.Les particuliers ont sous ce rapport un instinct plus sûr que les gouvernants.On sait dans quel sens s\u2019est prononcé M.Asquith, après la première grande guerre, quand le gouvernement canadien l\u2019accepta pour arbitre dans le différend entre notre gouvernement et celui de Londres sur les cotes de la livre sterling aux époques des avances de matériel.En 1929, on ressassa les négociations tentées en 1924 entre le gouvernement de Terre-Neuve, d\u2019une part, et les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa, d\u2019autre part.Le journal de M.Graham en fit dans le temps grand état.Était-ce le désir de déterminer un mouvement d\u2019opinion favorable à l\u2019achat au prix fort d\u2019un territoire à nous par la géographie ?Si nos hommes politiques à la retraite avaient l\u2019habitude de laisser des mémoires, nous éclaircirions sans doute cette question; en tout cas le Star de Montréal nous fournit le 23 mars 1929 des précisions jusque-là guère connues sur la correspondance échangée entre les divers gouvernements intéressés et sur l\u2019entrevue de décembre 1924 tenue à Montréal, entre MM.Taschereau, Lanctôt, Geoffrion, Doherty, Plaxton, représentant Québec et Ottawa, et M.Monroe, premier ministre de Terre-Neuve, M.Bennett, secrétaire colonial, et M.McGrath, chargé plus tard du dossier de Terre-Neuve devant le Conseil Privé.A cette époque, M.Monroe, après s\u2019être fait quelque peu prier, mentionna le prix possible de $30,000,000.Et, après la rupture des premières négociations, il suggéra, au milieu il est vrai de nombreuses réserves, $15,000,000.En 1935, M.Meighen nous apprit au 96 RELATIONS Sénat que Terre-Neuve avait offert en 1931 le Labrador au Canada pour $100,000,000.Il est clair que cette affaire de frontière eût dû se régler par des négociations, et non par l\u2019arbitrage choisi.L\u2019histoire des frontières du Maine et de l\u2019Alaska n\u2019a-t-elle pas été suffisante pour nous ouvrir les yeux ?Un simple coup d\u2019œil sur la carte nous fixe sur le maître naturel de la « côte » du Labrador, et à plus forte raison sur la « côte étoffée » définie laborieusement par le Conseil Privé.Son maître doit être celui du Québec, surtout quand il s\u2019agit d\u2019un territoire non habité, où les droits des populations n\u2019ont pas de répercussions tragiques dans les âmes.Les droits que la France avait elle-même gardés sur les côtes de Terre-Neuve au profit de ses sujets de Saint-Pierre et Miquelon ont fait l\u2019objet de malentendus avec le gouvernement de Terre-Neuve, jusqu\u2019au jour où ce gouvernement les acheta de la France.Voilà la solution du problème labradorien.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il faille négocier sans y mettre de l\u2019adresse.Dans un tel règlement, le gouvernement du Québec doit faire contribuer le plus possible le gouvernement d\u2019Ottawa, qui, par son arrêté ministériel du 12 novembre 1874, approuvait si maladroitement une carte où les limites labradoriennes avaient quelque chose de celles fixées par le Conseil Privé.« Tu la troubles », avait dit le loup.Voilà une formule extrême dont on se dispense volontiers quand la victime veut bien se mettre elle-même la corde au cou.L\u2019Ungava n\u2019est pas sans valeur économique.Il s\u2019y trouve, outre ses forêts immenses, les chutes du fleuve Hamilton, plus imposantes que celles du Niagara, et de forts gisements de feldspath.Les fourrures et la pêche y ajoutent une valeur difficile à apprécier, mais qu\u2019il serait imprudent de sous-estimer.Les États-Unis ont acheté l\u2019Alaska de la Russie en 1867, et l\u2019ont payé $7,500,000.Un demi-siècle plus tard ils en retiraient plus de trois fois cette somme annuellement, par le seul saumon en conserve.Le bassin du fleuve Hamilton a une superficie supérieure à celles du New-Hampshire et du Vermont pris ensemble, et le fleuve lui-même a deux fois la longueur du Saguenay.M.Henri Ami a écrit dans North American, Canada and Newfoundland : « Dans les étendues boisées des baies intérieures et des vallées du sud, du commencement de juin à la fin d\u2019août, le climat de cette partie de la péninsule du Labrador ressemble à celui de la région de Muskoka, en Ontario, et des vallées des Lau-rentides, dans le vieux Canada.Sauf sur les falaises où l\u2019on ressent la perpétuelle humidité de la mer, le climat du Labrador est à peu piès celui des autres parties de l\u2019Est canadien.» Est-ce bien le temps, en pleine guerre, de revendiquer nos droits sur le Labrador ?Gardons-nous d\u2019une naïveté trop fréquente chez les gouvernants.Pour les autres il est toujours temps de faire toutes sortes de choses; la délicatesse aurait-elle plus d\u2019exigence pour nous que pour les autres ?L\u2019automne dernier, en pleine guerre, les Gallois, au nombre de 360,000, signaient une circulaire pour revendiquer les droits de leur langue à l\u2019encontre de la langue anglaise.Et le monde a eu ce spectacle qu\u2019en pleine guerre les Gallois gagnaient une revendication vieille de quatre cents ans; ils obtenaient le droit, devant leurs cours, de parler le gallois au lieu de l\u2019anglais, avec aussi le droit à un interprète payé avec un fonds public.De son côté, en pleine guerre, M.Roosevelt mettait enfin la main sur le Saint-Laurent avec le consentement d\u2019Ottawa et celui de Québec.Il fallait que Québec allât vite, c\u2019était la guerre! Et quand le président des États-Unis eut les signatures de nos deux gouvernements, il nous apprit que « vu la guerre » il ajournait l\u2019exploitation de la concession obtenue.Et ce n\u2019est pas tout.L\u2019heureux homme, dans la pensée d\u2019un certain nombre, ce ne sera ni le premier ministre du Québec, ni celui de la Confédération canadienne, mais lui, le président des États-Unis, qui aura le mérite de la politique dite de « bon voisinage » ! Une dernière mise en garde contre une trop grande naïveté.Au moment de l\u2019incident Roy-King, ce dernier a déclaré que les citoyens de Terre-Neuve « n\u2019aiment guère que l\u2019on dise que le Labrador appartient au gouvernement britannique ».Allons donc! Terre-Neuve est-elle redevenue colonie de la couronne ?Si oui, qu\u2019elle en supporte les conséquences! Ce n\u2019est pas à nous de travailler ni même de coopérer à sa seconde émancipation politique.N\u2019avons-nous pas assez de nous occuper de la nôtre ?Nous y allons largement de ce temps-ci avec le gouvernement britannique, c\u2019est précisément le moment opportun de lui parler de la « côte » du Labrador, et d\u2019y régler cette question de frontière, si hérissée de difficultés pour l\u2019avenir.Il ne serait pas excessif pour les gouvernements du jour de prendre des mesures pour éviter de transmettre aux générations à venir, avec nos dettes de guerre, la solution actuelle du problème du Labrador.Collections complètes de \u201cRelations\u201d Elles deviennent de plus en plus rares Nous les réservons aux travailleurs sociaux, aux bibliothèques.Quand on écrit pour demander une collection, qu'on veuille bien motiver la demande.Les prix sont : $6.00 pour l'année 1941 et la table des matières.$5.00 pour l'année 1942 et la table des matières.On peut obtenir la collection reliée.La reliure simili-cuir rouge avec titres or coûte $1.50 par volume.(Plus les frais d'emballage et les frais postaux, $0.25 par volume.) 97 AVRIL 1943 \u2022 « THE MESSIANIC COMPLEX » AVEC OU SANS SOUS LE TITRE de j< Messianic Complex », deux éducateurs en vue des États-Unis, MM.I.-L.Kandel, de Columbia, et Walter-M.Kotschnig, de Smith College, rabrouent dans School and Society (6 février), l\u2019« assurance messianique » \u2014 pour reprendre l\u2019expression de M.Grierson citée ici même Je mois dernier au sujet des Anglo-Canadiens \u2014 de certains Étatsuniens qui se croient appelés à renouveler la face du monde, à la suite de la présente guerre.« Il y a quelque chose de naïf et de troublant dans la prétention que ce pays, selon de récentes manchettes de journaux, devra exporter professeurs et méthodes d'enseignement en Europe.De pareilles suggestions semblent s\u2019appuyer sur l\u2019opinion que l\u2019éducation est un produit ouvré qui peut s\u2019exporter comme des aliments, des machines et autres marchandises.Elles ne savent pas reconnaître que l\u2019éducation jaillit et tire toute sa valeur du milieu culturel du groupe qu\u2019elle doit desservir.Elles ignorent cette constatation que font les éducateurs à l\u2019occasion de la faillite de la tentative d\u2019implanter l\u2019éducation américaine aux Philippines et à Porto-Rico.» Juste mise au point, que nos deux auteurs complètent par une distinction claire et opportune: « La meilleure manière dont les États-Unis pourront intervenir dans ce domaine, ce sera en fournissant les moyens de l\u2019éducation, et non en fournissant l\u2019éducation elle-même.» Le grand problème des pays conquis sera de trouver les fonds nécessaires à la réorganisation de leur système scolaire.Les États-Unis pourraient ici être d\u2019une aide inappréciable.Quant au système lui-même, à sa nature et à ses tendances, c\u2019est à l\u2019élite intellectuelle de chaque nation de les déterminer.Pour s\u2019imaginer que la conception étatsunienne de l\u2019éducation puisse prendre racine partout dans le monde, il faut n\u2019avoir aucune idée de ce qu\u2019est la culture.Il en est de la culture intellectuelle comme de la culture des plantes: le terrain, le milieu, le climat sont des facteurs primordiaux.Les ignorer coûte l\u2019insuccès.« L\u2019éducation n\u2019est pas un veston qu\u2019on peut se passer de l\u2019un à l\u2019autre.Elle tire sa saveur des traditions de culture, de l\u2019idéal politique et des conditions économiques d\u2019un pays.C\u2019est pour cette raison que la suggestion de transplanter méthodes et maîtres américains est, pour ne pas dire davantage, une absurdité.» L\u2019article signale une autre^naïveté de forte taille: .c\u2019est la prétention « que nous, des États-Unis, aurions le monopole des projets d\u2019avenir en matière d\u2019éducation et que tous les autres pays se désintéresseraient de l\u2019éducation de demain.C\u2019est le contraire qui est vrai.Affirmer que l\u2019éducation s\u2019est éclipsée dans plusieurs parties du monde est exact; il est toutefois erroné de soutenir que la réflexion sur son avenir a aussi été étouffée.Cette affirmation ne se vérifie certainement pas de l\u2019Angleterre, ni de la Chine, où la bataille pour sauver l\u2019éducation, depuis l\u2019agression japonaise, constitue l\u2019une des phases les plus passionnantes de l\u2019histoire actuelle.» Ces citations montrent qu\u2019il y a aux États-Unis des hommes sérieux, capables de ramener certains de leurs compatriotes trop enthousiastes aux modestes conclusions du bon sens.Citons, pour finir, la conclusion de cet article.Elle nous rappelle opportunément que toute réforme en éducation, n\u2019importe où, doit s\u2019accomplir par le dedans, en tenant compte des lignes de force de l\u2019histoire, du milieu culturel, des qualités et défauts du peuple en cause: « L\u2019idée d\u2019exporter maîtres et méthodes sent un peu trop la race supérieure; si sincère qu\u2019elle puisse être, elle renverserait les fins mêmes qu\u2019elle prétend servir: la diffusion de l\u2019idéal démocratique, qui, à l\u2019opposé des idéologies totalitaires, ne peut s\u2019imposer par l\u2019extérieur, mais doit jaillir du dedans.» COMMENTAIRES MAÇONNERIE D\u2019IRLANDE D\u2019UNE BROCHURE, Freemasonry, par le révérend George Clune, Catholic Truth Society, 1931, nous extrayons ces lignes: « Cette puissance de la Maçonnerie irlandaise n\u2019est pas née d\u2019hier.La semence, jetée il y a deux siècles, fut cultivée avec soin.Résultat: la Maçonnerie exerça bientôt un contrôle, acquis ou cédé, sur presque tout ce qui est d\u2019importance pour le peuple irlandais.Barreau, magistrature, chirurgie et médecine, pharmacie, génie, service civil, chemins de fer, voies maritimes tombèrent sous sa domination.Elle dirigea et dirige encore la plupart des banques, sept sur dix.Les compagnies d\u2019assurance, pour une bonne part, nous dit-on, sont sous son emprise, il en va de même dans la construction, le commerce; de même à Trinity College naturellement, au Collège des Avocats, au Collège royal des Médecins, au Collège royal des Chirurgiens, à la Société royale de Dublin.La Maçonnerie règne sur le gouvernement de l\u2019Irlande du Nord et pourrait, si elle voulait, crever cet abcès purulent, la division entre Irlande du Nord et Irlande du Sud.Elle est souveraine dans l\u2019Orangisme, extension populaire de la Maçonnerie.Devant la violence continue et le fanatisme anticatholique et antinational du premier, ceux-là seuls voient clair qui connaissent la Maçonnerie.« Les loges sont le dernier château fort du vieux parti de domination, Ascendancy, qui a si longtemps tenu l\u2019Irlande asservie à l\u2019Angleterre.Elles se recrutent parmi les anciens propriétaires exacteurs, rack-renters, leurs descendants et les parasites qui ont vécu d\u2019eux et fait leur volonté.Les apostats, Soupers, en font partie et les chefs de bande du sinistre Orangisme.Ils s\u2019enrichissent et prospèrent par leurs menées ténébreuses et secrètes, tirant profit de leurs iniques complots contre leurs adversaires, catholiques ou honnêtes protestants.« Ajoutons que la Maçonnerie fait fortune avec l\u2019encouragement des catholiques: si ceux-ci retiraient leur faveur aux banques maçonniques, aux médecins et avocats maçons,
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