Relations, 1 juillet 1944, Juillet
[" CATHOLIQUES ET COMMUNISTES DANS LA RÉSISTANCE FRANÇAISE Georgette-Paule BÉRAULT LÉGISLATION BIENFAISANTE GUERRE ET JEUNE MATERNITE Michelle LE NORMAND UN SIÈCLE D\u2019ACTION COOPERATIVE François-Albert ANGERS UNE FRANÇAISE NOUS REGARDE UN MAGE EN ROUTE ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE JUILLET 1944 Éditoriaux .169 Durant la tourmente.\u2014 Costumes d\u2019été.\u2014 Les TERRAINS DE JEUX.\u2014 SABORDÉ.Articles CATHOLIQUES ET COMMUNISTES DANS LA RÉSISTANCE FRANÇAISE.Georgette-Paule Bérault 171 UNE FRANÇAISE REGARDE LE CANADA .Jacqueline Lignot 175 LÉGISLATION BIENFAISANTE: 1856-1875 .Louis C.de Léry 178 LES NOIRS À LA CONQUÊTE DE LA CULTURE.Francis-M.Hammond 181 Commentaires.182 L\u2019éducation d\u2019après-guerre.\u2014 Le pouvoir réel.\u2014 Mieux , que l\u2019immigration, la famille.\u2014 « Quebec shows the way ».Chroniques GUERRE ET JEUNE MATERNITÉ.Michelle Le Normand 184 1844-1944: UN SIÈCLE D\u2019ACTION COOPÉRATIVE.François-Albert Angers 185 UN MAGE EN ROUTE .Jacques Tremblay 188 JEUNES FILLES EN SERVICE .Béatrice Clément 190 HORIZON INTERNATIONAL.191 Saint-Siège.\u2014 Le Monde.\u2014 France.\u2014 Mexique.Livres récents La Femme et sa mission .L' Agriculture et l'Église .Obstacles.Marche en ma présence et tu seras parfait .Histoire de la Chine .Retour au feu.Sous les drapeaux \\ Paroles de guerre J Les Champs secrets.La Barbarie de Berlin .Au pied de la Pente Douce Poésies.Fables Le Jugement dernier .En trois mots .194 .Stéphane Valiquette .Alexandre Dugré .Paul Fontaine .Paul Fontaine .Guy Painchaud .Robert Bernier Edmond Desrochers .Roger Marcotte .Joseph Ledit .Jacques Tremblay .Luigi d\u2019Apollonia .Roger Marcotte .196 NOS COLLABORATEURS Georgette-Paule Bérault est le pseudonyme d\u2019une Française catholique qui, depuis de nombreuses années, suit de près les mouvements intellectuels et sociaux de son pays.Actuellement à New-York, elle demeure en contact avec des sources d\u2019information de première valeur concernant la France.\u2014 Les Montréalais ont eu l\u2019occasion, au cours de l\u2019hiver dernier, d\u2019entendre Mme Jacqueline Lignot-Roux, conférencière et écrivain, donner plusieurs causeries très goûtées.\u2014Le P.Louis C.de Léry, s.J., est professeur de droit canonique au Scolas-ticat de l\u2019Immaculée-Conception et à l\u2019Université Laval.\u2014 M.Francis M.Hammond, un Noir de la Nouvelle-Orléans, est professeur de philosophie à l\u2019Université Xavier de la même ville.Il a fait partie du personnel enseignant à la Session des cours d\u2019été de l\u2019Université Laval, l\u2019an dernier.\u2014 Michelle Le Normand, collaboratrice assidue au Devoir, est bien connue dans le monde des lettres canadiennes.\u2014 M.François-Albert Angers est professeur d\u2019économie politique à l\u2019École des Hautes Études commerciales et secrétaire de rédaction à l'Actualité économique.\u2014 Ancien professeur de littérature, le P.Jacques Tremblay, s.J., est le responsable du secteur bibliographique à Relations.\u2014 Mlle Béatrice Clément, qui écrit régulièrement dans l'Oratoire et la Famille, s\u2019intéresse particulièrement aux œuvres scolaires et postscolaires.RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Jacques Tremblay, Émile Gervais.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTel.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA fi Ecole Sociale Populaire, Montréal IVème année, No 43 É D I T O durant la tourmente QUÉBEC connaîtra les tourmentes électorales.Serait-il permis de recommander à tous nos orateurs, journalistes et cabaleurs la modération et la courtoisie ?L\u2019électeur mérite qu\u2019on le respecte.Il veut qu\u2019on parle à son intelligence plus qu\u2019à ses passions.Il va de confiance à qui lui apporte des arguments, et les personnalités ne l\u2019intéressent pas.Discutons les problèmes, respectons les hommes et leurs intentions: l\u2019injure est un piètre argument.On ne peut guère songer à convertir son adversaire politique, mais pourquoi s\u2019en faire un ennemi, en l\u2019insultant, quand on pourrait conserver son estime?Ces violences de langage nous font paraître plus divisés que nous ne le sommes, car la plupart s\u2019entendent sur les conditions essentielles de notre avenir.La guerre et ses problèmes surexcitent les esprits, et le diapason de la discussion monte sans cesse.Une presse hostile à notre foi et à notre culture, jouant le rôle d\u2019agent provocateur, prend plaisir à monter en épingle les moindres incidents et à dénaturer tous nos gestes, pour ameuter contre nous des lecteurs ignorants et crédules.Raison de plus de nous montrer tels que nous sommes, « un peuple de gentilshommes ».Coâtumeâ d\u2019êtê DES MUNICIPALITÉS affligées de costumes de plage pour Maoris réglementent l\u2019exhibition publique des demoiselles en shorts: qu\u2019elles restent à la maison ou au bord de l\u2019eau ; qu\u2019elles ne promènent pas leurs abatis dans les rues! C\u2019est le bon sens même.Certains journalistes ont fait des gorges chaudes, sans se demander où ça mène et d\u2019où ça vient.Eux, si forts contre les microbes, devraient admettre la prévention contre tant de contagions: dévergondage d\u2019immoralité, criminalité juvénile, attentats \u2014 ne disons pas à l\u2019honneur \u2014 aux mœurs, parfois aux vies, records de vilaines maladies, de divorces, de séparations, de tristes scènes en cour de police, aux hôpitaux et aux hospices.Le vagabondage sexuel n\u2019a pas le droit de courir les rues.Assez de feu court dans les veines sans que des drôlesses et leurs imitatrices inconscientes provoquent RIAUX à la luxure.Car enfin, à quoi riment ces déshabillages ?Le peu scrupuleux Jules Lemaitre faisait justice des prétextes hypocrites: « On ne veut qu\u2019exciter la convoitise! » \u2014 ce qui est déjà une faute classée.La civilisation chrétienne a toujours endossé la pudeur naturelle, de plus en plus outragée.Le retour au paganisme ne doit pas trouver de complicités dans nos complaisances et nos timidités.En 1900, quiconque aurait ainsi bravé les regards des honnêtes gens se serait vu arrêter par la police.Est-on meilleur qu\u2019en 1900?Est-on pire?Des statistiques pas jolies ne signifient rien de bon pour nous.Depuis quarante ans, deux grandes inventions qui pouvaient être bienfaisantes, l\u2019automobile et le cinéma, ont porté des coups formidables à la pudeur et à la façon de se récréer, de se reposer, de jouir de l\u2019été.Le sans-gêne des divorcées d\u2019Hollywood, des baigneuses de Floride, des dessinateurs de modes et des sirènes de plages a gagné le nord; il assiège nos chrétiennes.Nos marquises du snobisme prennent d\u2019abord un petit air scandalisé, mais elles se paient l\u2019article scandaleux: « Que voulez-vous, c\u2019est la mode, c\u2019est tout ce qu\u2019on trouve dans les magasins.» Pardon, mesdames! on trouve ce qu\u2019on veut; on n\u2019a qu\u2019à le dire et qu\u2019à ne pas acheter.Vous verrez le miracle.Ne vous attirez donc pas la condamnation échappée à une grande élève: « Maman veut m\u2019habiller terriblement à la mode pour les vacances.Moi, je ne veux pas.Merci d\u2019exciter les regards, les désirs et les mots crapuleux.Je veux me conduire en demoiselle, pas du tout m\u2019annoncer ce que je ne suis pas.» On demande aux parents de la conscience, aux jeunes de la dignité, aux conseils municipaux de la sévérité, aux Canadiens et Canadiennes une distinction qui nous distingue de ceux qui ne sont pas nous.Notre âme est différente; affichons-la, n\u2019affichons pas le corps.Pas même au tennis où l\u2019élégance des pantalons blancs et des jupes mouvantes fait un autre poème de jeunesse que les ridicules exhibitions de jarrets noirs.Que nos campagnes se défendent contre l\u2019invasion du nudisme, qui est un défi.Notre bonne renommée, le sens des convenances et la morale s\u2019en porteront mieux.JUILLET 1944 169 jÇeâ ZJeïXainâ de fieux IA VILLE DE MONTRÉAL a nommé récemment -> une Commission consultative de cinq membres: un protestant, une catholique de langue anglaise et trois Canadiens français, chargée d\u2019aviser le Comité exécutif en tout ce qui concerne les terrains de jeux.La nouvelle commission peut rendre des services précieux, si ses recommandations reçoivent des autorités municipales l\u2019attention qu\u2019elles méritent.D\u2019autre part, ce comité de composition mixte ne saurait être considéré comme une solution idéale et définitive.Des difficultés insurmontables surgissent inévitablement quand un tel organisme doit s\u2019occuper d\u2019enfants de deux confessions religieuses, de deux langues.Des mentalités, voire des conceptions différentes, souvent très éloignées l\u2019une de l\u2019autre en matière d\u2019éducation, \u2014 les loisirs de vacances sont le prolongement de l\u2019école, \u2014 rendent inopérantes ces commissions; ou bien elles jouent toujours en faveur du même groupe, qui est toujours le même; ou encore, si les concessions sont vraiment réciproques, elles amènent infailliblement un amoindrissement de l\u2019idéal culturel de l\u2019un ou de l\u2019autre groupe, sinon des deux.Dans ces commissions mixtes où des intérêts culturels sont en cause, il arrive presque toujours que nos représentants doivent consacrer la meilleure partie de leur travail à défendre nos points de vue, à empêcher les empiétements immédiats ou à longue échéance, au lieu d\u2019appliquer toutes leurs énergies à l\u2019étude et à la solution des vrais problèmes en cause.Situation qui nous place en état d\u2019infériorité et nous agace d\u2019autant plus que l\u2019histoire ne nous fournit guère d\u2019exemples où nous ayons refusé d\u2019accorder aux autres ce qui leur revient.Bien plus, nous avons habituellement poussé la loyauté et la générosité jusqu\u2019à donner à nos partenaires plus qu\u2019il ne leur était dû.Attitude qui nous a valu, quand les circonstances y invitaient, des compliments sur notre fair-play et notre largeur de vues, mais qui, en pratique, vu l\u2019absence de procédés réciproques, nous a très souvent placés dans une position d\u2019infériorité administrative et financière dans les propres organisations de notre ville et de notre province.Nous ne voulons pas que cette situation se présente dans l\u2019organisation des terrains de jeux de Montréal.Or, nous avons quelque raison d\u2019être méfiants.Tels articles et reportages de la Gazette ou du Star démontrent une méconnaissance profonde de la population cana-dienne-française, une attitude de mépris pour nos organisations et la volonté persistante de nous imposer le point de vue anglais et protestant.Une expérience presque deux fois séculaire nous prouve qu\u2019il faut en venir à la solution qui, dans le fonctionnement du système scolaire québécois, assure depuis soixante-dix ans la paix et la concorde à tous les citoyens de la province: un Conseil ou Commission comportant deux comités distincts, l\u2019un catholique, l\u2019autre protestant, capables d\u2019apporter aux problèmes des groupes respectifs qu\u2019ils représentent, des réponses pleinement satisfaisantes, sans compromissions qui rapetissent et déforment les idéals propres à chacun.C\u2019est grâce à une solution de cette nature que l\u2019on arrivera à la paix et à l\u2019harmonie dans l\u2019organisation et le fonctionnement des terrains de jeux de la métropole.Les représentants protestants ne manqueront pas de s\u2019appuyer \u2014 et c\u2019est l\u2019idéal \u2014 sur les organisations privées protestantes.Les représentants catholiques feront de même; ils pourront compter sur la collaboration précieuse de comités paroissiaux, avantageusement placés pour transmettre les suggestions, les plaintes, les félicitations, pour gagner l\u2019intérêt et l\u2019appui des parents et recueillir des fonds de source privée.Cette collaboration active de la famille constitue une excellente éducation des adultes, aussi profitable aux parents que leur aide sera précieuse aux enfants eux-mêmes.Des paroisses déjà nombreuses ont formé des comités locaux et amassé des fonds en vue d\u2019appuyer l\u2019œuvre des terrains de jeux.C\u2019est comprendre magnifiquement leur rôle et assumer leurs responsabilités.Grâce à ces initiatives, l\u2019organisation officielle des terrains de jeux, dûment patronnée par les autorités municipales, se développera de façon à faire participer d\u2019une manière très opportune les deux institutions les plus en mesure d\u2019en assurer le succès: la famille et la paroisse.De cette triple collaboration, une fois bien ajustée et mise à l\u2019œuvre, on peut attendre les plus heureux résultats pour notre jeunesse montréalaise.Sabordé .IE MAIDEN-SPEECH de M.le sénateur Bouchard, J à Ottawa, a reçu le plus enthousiaste accueil de la presse jingoïste et orangiste à travers le pays.Le fondateur de l\u2019Institut démocratique canadien a récemment lu ou fait lire un manuel d\u2019histoire dont quelques passages lui suffisent à établir des conclusions générales sur l\u2019enseignement québécois de l\u2019histoire; il a entendu parler d\u2019un certain Ordre secret aux membres actifs, d\u2019où il conclut que « presque toutes » les associations du Québec sont sous son « influence directe ».C\u2019est de la plus belle méthode scientifique! Le maire de Saint-Hyacinthe a choisi Ottawa pour dénoncer l\u2019allocution mascoutaine de Mgr Mozzoni et les méthodes pédagogiques du collège et des écoles de sa ville.L\u2019exministre de la Voirie provinciale a préféré parler contre les décisions du Conseil de l\u2019Instruction publique devant la majorité anglo-saxonne du Sénat canadien, à Ottawa, quand il n\u2019a plus besoin de l\u2019électorat et au moment où la minorité scolaire catholique et française de la capitale subit un traitement inique aux mains de la majorité anglo-saxonne.Bravoure panachée! De tant de coups de lance à la Don Quichotte contre l\u2019« obscurantisme », le premier discours sénatorial de M.Bouchard demeurera, dans l\u2019histoire vraie et non revisée, le chef-d\u2019œuvre.170 RELATIONS CATHOLIQUES ET COMMUNISTES DANS LA RÉSISTANCE FRANÇAISE Georgette-Paule BÉRAULT AU FUR et à mesure que les pensées se tournent /A vers l\u2019après-guerre comme vers des préoccupations bientôt d\u2019actualité, une question se pose, avec une insistance grandissante: l\u2019unité française de la résistance à l\u2019envahisseur se maintiendra-t-elle dans l\u2019effort de reconstruction, une union dans la paix suc-sédera-t-elle à l\u2019union dans la résistance ?Cette interrogation des combattants de la résistance, en France, les journaux et la radio d\u2019Alger, le Volontaire, journal catholique de Londres, l\u2019expriment publiquement et proposent leurs solutions.C\u2019est d\u2019abord, à l\u2019arrivée de Fernand Grenier, député communiste de Saint-Denis, à Londres au début de 1943, un article plus frémissant que politique du « porte-parole de la France Combattante qui exprime exactement le point de vue de Volontaire ».Cet article, après avoir énuméré les représentants, également bien accueillis, de partis, combien opposés, tels que Félix Gouin et Charles Vallin, célèbre Fernand Grenier et le travail de son Parti en France.Il conclut: En dehors et au-dessus des vieilles divisions et des vieilles déchirures, le coude-à-coude de la guerre sacrée prépare la communauté nationale de la paix.Car la victoire.c\u2019est aussi le rassemblement enthousiaste des Français libérés et des prisonniers délivrés qui, regroupés au son d\u2019un seul hymne et sous les plis d\u2019un seul drapeau, rebâtiront, dans la cité commune, le destin commun de la Patrie.(24 février 1943.) Dix mois plus tard, dans son numéro de Noël et du Jour de l\u2019An, le Volontaire cite en son entier une émission de Radio-Alger intitulée Chronique de la résistance spirituelle.C\u2019est une analyse et une confrontation par un speaker d\u2019Alger de deux articles parus dans Combat, d\u2019Alger, l\u2019un « Les communistes et la religion », par Waldeck-Rochet, député communiste de la Seine, l\u2019autre « Christianisme et communisme », par un syndicaliste chrétien, Marcel Poimbœuf.Cette confrontation prétend à beaucoup plus de rigueur et de précision dans l\u2019analyse que l\u2019envolée lyrique du Volontaire de février.Waldeck-Rochet et le speaker d\u2019Alger posent ainsi la question: à quelles conditions la collaboration entre communistes et chrétiens, réalisée dans la résistance, sera-t-elle possible dans la paix, pour une œuvre constructive, catholicisme et communisme représentant en France les deux principaux pôles d\u2019attraction ?Le speaker d\u2019Alger résume et interprète ainsi les exposés de MM.Waldeck-Rochet et Poimbœuf: « Les divergences doctrinales entre communistes et catholiques ne sauraient exclure une action constructive commune en matière économique et sociale; c\u2019est avant tout une question de bonne foi dans la tolérance mutuelle.» Cette conclusion résulte de deux affirmations précédentes: l\u2019unité en matière économique et sociale est possible parce qu\u2019à la critique communiste du capitalisme correspondent « les passages caractéristiques des encycliques Rerum novarum et Quadragesimo anno où les Papes Léon XIII et Pie XI s\u2019élèvent contre l\u2019oppression économique que fait peser un petit nombre de possédants sur la société tout entière, et déclarent que certaines catégories de biens doivent être réservés à la collectivité ».Les remèdes proposés par la doctrine économique actuelle du communisme ne porteraient pas atteinte aux droits de la personne humaine et à la propriété privée, dont l\u2019Église exige le respect parce qu\u2019elle est nécessaire à la vie de la famille, car ils se borneraient à ce que « les grands moyens de production, les monopoles, les trusts, les grandes banques, qui rançonnent le peuple et mettent en péril la souveraineté nationale, redeviennent la propriété collective de la nation ».Là, en effet, ne réside peut-être pas l\u2019obstacle principal à la collaboration communistes-catholiques.Il réside bien davantage dans le problème d\u2019une collaboration entre croyants et antireligieux.Le speaker de Radio-Alger croit résoudre ainsi la difficulté: « C\u2019est dans le domaine spirituel que les divergences doctrinales se font jour.Le christianisme est une religion.Les communistes sont, par contre, matérialistes, « dans le sens, précise Waldeck-Rochet, que dans leur conception du monde ils ne recourent pas à l\u2019idée de Dieu ».Cette difficulté s\u2019évanouira dans « une bonne foi dans la tolérance mutuelle ».« Pour qu\u2019une telle divergence soit en pratique tolérable, il faut, d\u2019une part, que les chrétiens adoptent une attitude vraiment chrétienne », c\u2019est-à-dire oublient les persécutions religieuses passées et croient à la bonne foi actuelle des communistes.« Il faut, d\u2019autre part, que les communistes se déclarent prêts à respecter sincèrement, en théorie comme en pratique, la liberté de conscience.» Sur ce point, « Waldeck-Rochet nous apporte des assurances formelles » : la liberté de conscience entraînant la liberté de culte, les catholiques auraient la liberté de croire en Dieu, de prier, de professer leur culte.LA (( MAIN TENDUE » DE 1936 Tout ceci, rapprochement des catholiques et des communistes, effort mutuel d\u2019estime, collaboration économique et sociale « sans compromission de doctrine », liberté « de conscience et de culte » reconnue aux catholiques, nous rappelle étrangement des problèmes et JUILLET 1944 171 des essais de solution analogues, déjà vécus en France, au temps du Front Populaire, en 1936, époque où la collaboration avec les catholiques s\u2019appelait « la main tendue ».Les objections se présentent tout de suite à l\u2019esprit: bien des choses ont changé, la guerre, l\u2019occupation ont donné aux communistes l\u2019occasion de faire la preuve de leur patriotisme et de leur sincérité; pourquoi donc ranimer de vieilles suspicions ?Disons-le tout de suite, la différence entre la situation de 1936 et la situation actuelle nous apparaît une différence de circonstances, non une différence essentielle.Nous allons nous efforcer de le prouver.Le souvenir des controverses de l\u2019époque nous étant revenu à la mémoire, nous avons relu la meilleure peut-être, la plus exhaustive des analyses dues à des autorités catholiques qualifiées pour se prononcer sur ces questions.Nous voulons dire le livre du P.Fessard, s.J., paru chez Grasset en 1937, intitulé la Main tendue, et portant comme sous-titre: Le dialogue catholique-communiste est-il possible?Ce livre était né d\u2019une expérience malheureuse de « dialogue » catholique-communiste et d\u2019un échange de lettres entre Vaillant-Couturier et le P.Fessard où éclata la difficulté qui se rencontre, pour des catholiques et des communistes, à employer les mêmes mots en leur donnant le même sens.En 1936 comme aujourd\u2019hui, l\u2019objet de la collaboration éventuelle, c\u2019était ce que Waldeck-Rochet propose: une entente sur le terrain économique et social sans compromission de doctrine; c\u2019est-à-dire le catholique restant croyant, le communiste matérialiste athée.Tout le livre du P.Fessard est un éclaircissement du sens et des implications de ce « sans compromission de doctrine », pivot de la situation.Est-il possible de séparer ainsi le plan social et politique du plan de doctrine?S\u2019il n\u2019est pas nécessaire qu\u2019il y ait de part et d\u2019autre une reconnaissance explicite de l\u2019existence de Dieu, une collaboration ne peut cependant aller sans un minimum de communauté d\u2019esprit.Aussi le plan de rencontre entre l\u2019incroyant et le croyant qui veulent édifier ensemble un ordre humain meilleur, ce devrait donc être, ce ne peut être qu\u2019un plan de réflexion et d\u2019action dans lequel l\u2019un et l\u2019autre reconnaissent une vérité, une Loi qui vaut par elle-même, qui est indépendante des intérêts des hommes, en un mot qui les transcende.L\u2019un l\u2019appellera Dieu, l\u2019autre la Raison, peu importe pour la possibilité d\u2019une collaboration.C\u2019est en tout cas un ordre de pensée qui n\u2019est pas au service des circonstances, un ordre de pensée qui permet de garder aux mêmes mots le même sens d\u2019un bout à l\u2019autre d\u2019un raisonnement, d\u2019un bout à l\u2019autre d\u2019une conversation, d\u2019un bout à l\u2019autre d\u2019une collaboration.A ce propos et fort justement, le P.Fessard cite à l\u2019appui de sa thèse deux formules fameuses, l\u2019une du fondateur du rationalisme moderne, Descartes: « Un athée ne peut être assuré que la somme des angles d\u2019un triangle est égale à deux droits », l\u2019autre de Leibniz: « Si les hommes y trouvaient leur intérêt, ils nieraient jusqu\u2019aux vérités de la géométrie.» Ces deux formules font bien ressortir le caractère absolu de la vérité conçue comme un ordre indépendant des intérêts, irréductible à eux.LA « MAIN TENDUE » D\u2019AUJOURD\u2019HUI Or, la rencontre entre catholiques et communistes en 1936, très prochainement en France, à Alger en attendant, c\u2019est la rencontre d'hommes catholiques qui n\u2019appartiennent pas à un parti catholique, qui gardent leur liberté de choix dans les opinions politiques et économiques pour autant qu\u2019elles ne nient pas fondamentalement l\u2019existence de Dieu, et d\u2019un Parti Communiste.La main tendue en 1936, le désir d\u2019union aujourd\u2019hui, c\u2019est toujours l\u2019offre de collaboration du Parti Communiste à des catholiques.Nous allons, dans la seconde partie de cet exposé, en analyser les formes dans la résistance.Auparavant, insistons sur les rapports du Parti Communiste et de l\u2019idée de vérité, qui seule peut fonder la loyauté et la confiance.Le P.Fessard, pour avoir beaucoup étudié Hegel et l\u2019héritage de la pensée de Hegel chez le jeune Marx, veut distinguer en lui le fondateur du matérialisme dialectique, le Marx dont s\u2019est inspiré Lénine, et un Marx pour qui l\u2019Homme-Nouveau n\u2019était pas nécessairement opposé à l\u2019Esprit, un Marx « théoricien inconscient et constructeur involontaire du Corps Mystique du Christ ».Nous serons amené en conclusion, lorsque nous parlerons des rapports des catholiques non plus avec le Parti Communiste mais avec des communistes, à revenir sur cette distinction qui rend justice à l\u2019aspiration indéniable vers un idéal de fraternité animant beaucoup d\u2019entre eux.Pour l\u2019instant, éclaircissons seulement la signification quant à la religion et à la vérité de ce Parti Communiste qui s\u2019adresse aux catholiques.Pour le Parti Communiste, héritier du matérialisme dialectique de Marx, à qui Lénine puis Staline ont donné sa structure si rigide et sa tactique si souple, la critique de la religion est fondamentale.« Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple.» (Marx, Œuvres, tome I, p.84, trad.Molitor.) Mais la religion n\u2019est pas seulement « l\u2019opium du peuple ».Si elle n\u2019était qu\u2019une conséquence des conditions économiques, elle s\u2019évanouirait d\u2019elle-même en même temps que disparaîtraient ces conditions économiques.Mais elle est bien plus dangereuse: elle est cause des conditions économiques injustes, parce qu\u2019elle est aliénation de l\u2019essence de l\u2019homme, transfert de cette essence dans un au-delà illusoire.Aussi « la critique de la religion est la condition première de toute critique ».A qui voudrait croire que ces paroles de Marx sont bien oubliées par le Parti Communiste d\u2019aujourd\u2019hui, citons Jacques Duclos dans le Temps du 20 décembre 1937: « Nous sommes des laïcs, des athées, des matérialistes.Nous ne faisons de concessions idéologiques à aucune croyance 172 RELATIONS religieuse », et la grande déclaration publiée et répandue clandestinement en France, intitulée Le Parti Communiste français dans la bataille pour la libération de la France: Le Parti Communiste.est une école de courage et d\u2019abnégation, un rassemblement d\u2019hommes et de femmes pénétrés de la doctrine marxiste-léniniste, de la doctrine de Marx-Engels-Lénine-Staline dont la puissance provient du fait qu\u2019elle est vraie.Les communistes ont une conception scientifique du monde, le matérialisme dialectique qui se rattache au matérialisme philosophique des encyclopédistes du xvme siècle.Il est le Parti qui ouvre ses rangs à tous les citoyens et à toutes les citoyennes même s\u2019ils ne partagent pas ses conceptions philosophiques, à la condition qu\u2019ils respectent la discipline du Parti, en appliquant scrupuleusement ses décisions et n\u2019essayant pas de faire de la propagande à l\u2019intérieur du Parti en faveur de conceptions philosophiques autres que celles du Parti.DOCTRINE ET TACTIQUE Mais cet athéisme fondamental s\u2019accommode-t-il d\u2019adaptations dans la tactique ?Oui, certes, et l\u2019exemple est donné par les meilleurs maîtres.On ne se demande pas d\u2019aujourd\u2019hui comment combattre le plus habilement la religion, comment amener les masses le plus sûrement à l\u2019athéisme.Lénine avait déjà indiqué la ligne à suivre; Thorez, pendant les grèves de 1936, se conforme à cet exemple; il cite ainsi Lénine dans un article de V Internationale Communiste, organe du Comité exécutif: Une prédication athéiste peut en pareil cas (grèves) devenir inutile et nuisible, non tant, comme pourrait le craindre l\u2019homme de la rue, à cause de l\u2019effroi causé aux classes arriérées, ni des mandats perdus aux élections., qu\u2019en raison même du progrès réel de la lutte des classes qui, dans l\u2019état actuel du capitalisme, mènera cent fois mieux les chrétiens travailleurs à la sociale-démocratie et à l\u2019athéisme qu\u2019une prédication athéiste toute crue.Aujourd\u2019hui, c\u2019est M.Waldeck-Rochet qui une fois encore se tourne vers Lénine pour apprendre comment inviter gracieusement non seulement des laïcs, mais des prêtres, à entrer au Parti: « Mieux, Lénine a admis la possibilité d\u2019accepter l\u2019entrée au Parti non seulement de « tous les ouvriers qui conservent leur foi en Dieu », mais, encore, des prêtres, à la seule condition évidente que le « prêtre vienne à nous pour se livrer « à un travail politique commun et qu\u2019il s\u2019acquitte « consciencieusement de sa tâche, sans s\u2019élever contre « le programme du Parti.» Est-il besoin de souligner la perfidie de « la seule condition évidente », c\u2019est-à-dire transformer des catholiques en fantoches, les vider de leur substance catholique, puis s\u2019écrier: voyez combien la collaboration est possible, combien loyalement nous la réalisons.Ou encore c\u2019est la générosité de M.Waldeck-Rochet qui donne « sans hésiter » « l\u2019assurance formelle » de « la liberté de croire en Dieu, de prier ».Mais quelle puissance au monde pourrait empêcher des catholiques de croire en Dieu et de prier dans leur for intérieur ?Les nazis ne font-ils pas l\u2019expérience qu\u2019aucun camp de concentration, aucune violence ne peut réduire une conscience libre et, a fortiori, une conscience religieuse ?Qu\u2019avons-nous donc besoin de collaboration avec les communistes pour disposer de notre liberté intérieure ?Mais quand on en vient à la liberté de « professer notre culte », là certes nous voudrions des garanties formelles, et la première de toutes, que le mot culte signifie pour les communistes et les catholiques la même chose.M.Waldeck-Rochet cite l\u2019article 124, si rassurant à première vue, de la Constitution de l\u2019Union des Républiques Socialistes Soviétiques.Mais déjà en 1937, le P.Fessard se demandait si cet article qui définit la liberté du citoyen abstrait garantit les réalisations de cette même liberté pour le citoyen concret.En d\u2019autres termes, la liberté du culte, est-ce seulement des églises rouvertes à de vieilles gens qui viendront y réchauffer leurs souvenirs de jeunesse, ou bien est-ce la liberté et les moyens de propager la foi dans la jeunesse par l\u2019enseignement et les œuvres catholiques?Le P.Fessard répondait alors par la négative.Nous ne prétendons pas nous prononcer sur cette question dont l\u2019avenir décidera, l\u2019avenir qui mettra peut-être en jeu en Russie des forces autres que celles de M.Staline, mais nous ne pouvons trop souligner les sous-entendus de cette « liberté de culte » aux catholiques français et les prier de prendre, eux aussi, leurs précautions.Après cette longue analyse des rapports antérieurs et actuels du Parti Communiste et de la religion, nous pouvons, sans nous étendre davantage, conclure sur ce qu\u2019est la vérité pour le Parti Communiste.Il n\u2019y a pas de vérité pour le Parti Communiste hormis ce qui sert le Parti à se réaliser lui-même.La fin, c\u2019est la prise du pouvoir par le Parti et la fin justifie les moyens; il n\u2019y a donc pas une vérité, les mots ne gardent pas leur sens, il ne reste qu\u2019un opportunisme de tactique qui veut se confondre avec le matérialisme dialectique.Comme l\u2019écrit le P.Fessard, la vérité pour le communiste c\u2019est la Société humaine telle qu\u2019elle sera quand Dieu aura été définitivement éliminé, société dont le Parti Communiste représente hic et nunc le germe.Ainsi le sens des gestes, des phrases, des mots est fixé par leur rapport à une fin absolue: l\u2019existence et le progrès du Parti Communiste.Est vrai ce qui tend à réaliser le Parti Communiste, est faux au contraire ce qui tend à le détruire.(Op.cité, p.91.) Il ne peut donc y avoir un langage commun au catholique et au communiste puisqu\u2019il se référerait à une vérité objective pour l\u2019un et l\u2019autre et la vérité communiste nous est apparue intérieure au Parti Communiste, donc par définition inaccessible au catholique.Dans la mesure même où le communisme et les communistes restent identifiés au Parti Communiste, la collaboration entre catholiques et communistes est donc impossible.Restent à examiner et la tactique du Parti Communiste en France pour dissimuler sa rigidité de structure, attirer à lui ou pénétrer des milieux non communistes et ce qui peut, cependant, expliquer une certaine attitude spirituelle de catholiques résistants à l\u2019égard des masses travaillées par le communisme.JUILLET 1944 173 LE PATRIOTISME DES CAMARADES Examinons tout d\u2019abord la question du patriotisme du Parti Communiste pour savoir si le communisme, en devenant patriotique, a changé de nature.On le dit trop souvent et dans trop de milieux différents pour qu\u2019il ne soit pas nécessaire de comprendre la relation des deux idées.Que le Parti Communiste, lorsque le mot d\u2019ordre de la lutte contre les nazis a succédé à la politique du pacte germano-soviétique, ait fait preuve d\u2019un patriotisme militant et coûteux en hommes, nul ne le discute.Lui-même s\u2019intitule le « parti des fusillés » et le nombre de ses emprisonnés et de ses otages suffit à témoigner que le patriotisme des communistes français n\u2019est pas seulement une tactique verbale.Reste à savoir si devenir patriote signifie, comme beaucoup le croient, cesser d\u2019être communiste.Pour cela reportons-nous au tract intitulé: Le Parti Communiste français approuve la dissolution de la IIP Internationale Communiste.Ce tract expose la liaison de la IIIe Internationale Communiste « dont la tâche historique a été de guider la formation de Partis Communistes pénétrés de la doctrine marxiste-léniniste, de Partis ayant une homogénéité doctrinale solide » et du sentiment patriotique lui-même.En effet ces Partis « ont appris, de Lénine et de Staline, la place importante que tient la question nationale dans le mouvement général d\u2019émancipation humaine ».Remarquons au passage que l\u2019importance de ce « sentiment », que d\u2019autres trouvent tout bonnement en eux-mêmes, se mesure à la doctrine de Lénine et de Staline dont c\u2019est même la contribution propre à la doctrine marxiste.La IIIe Internationale ayant reconnu que la question nationale tient une place importante dans la vie des masses, l\u2019a intégrée à sa doctrine et à sa tactique et a même décidé de fortifier, l\u2019un par l\u2019autre, communisme et patriotisme.Cette identification s\u2019est faite avec tant de succès que l\u2019Internationale Communiste a pu se dissoudre sans craindre aucunement que le lien des Partis Communistes entre eux et leur liaison avec Moscou ne se relâchent.Du jour où le patriotisme est gouverné par la doctrine marxiste-staliniste, il ne risque plus de redevenir un élément d\u2019indépendance.C\u2019est pourquoi « le Parti Communiste français, conscient des responsabilités qui lui incombent dans l\u2019œuvre de libération nationale., appelle tous ses militants à se pénétrer plus que jamais de la doctrine marxiste-léniniste qui leur servira de guide pour l\u2019action et leur permettra de mieux remplir leur tâche de combattants de la libération ».D\u2019après les textes mêmes du Parti Communiste français, on voit combien il est inutile de chercher à lire dans le patriotisme des communistes un relâchement de l\u2019emprise stalinienne.L\u2019importance du sentiment national avait déjà inspiré avant 1939 l\u2019idée d\u2019élargir le Front Populaire, limité aux partis de gauche, en un Front français.Après l\u2019armistice, le principal mot d\u2019ordre du Parti Commu- niste fut « l\u2019union de la nation française » contre tous les impérialismes et leurs agents.Cette ligne s\u2019est précisée en 1941 en la constitution d\u2019un Front national de lutte pour l\u2019Indépendance de la France.Il se présentait comme un rassemblement de toutes les catégories de résistants, sans autre but que la lutte contre le nazisme.En laissant dans l\u2019ombre, autant que possible, les différences de doctrines ou d\u2019opinions politiques, en dissolvant la structure intellectuelle des autres partis dans une organisation commune dont le « seul but est l\u2019action », le Parti Communiste, lui par ailleurs fortement organisé, espérait garder l\u2019initiative des décisions politiques et propager son influence.Cette ambition a rencontré de fortes résistances.Chez les socialistes, en tant que ceux-ci tiennent à leur indépendance de pensée et d\u2019organisation.Chez les catholiques, en tant que groupes fortement organisés et inassimilables, cette fois non pas du point de vue politique, mais du point de vue doctrinal.Aussi le Front National resta une organisation parmi d\u2019autres, isolée jusqu\u2019en novembre 1942.Depuis cette date, le Parti Communiste et le Front National sont entrés en rapport avec les autres organisations de résistance pour constituer des comités de la France Combattante.En même temps, un nouvel effort était fait auprès des catholiques, sous une nouvelle forme puisque la tactique de s\u2019unir dans l\u2019action, en glissant sur les oppositions doctrinales, ne réussissait pas.Dès lors le Front National s\u2019adressait aux catholiques comme à un groupe à part et leur demandait leur adhésion en les invitant à s\u2019organiser à l\u2019intérieur du Front National de manière plus ou moins autonome, y compris sous la forme de Comités d\u2019Action catholique.Nous le voyons dans une série d\u2019appels aux Femmes catholiques, aux Mamans chrétiennes, aux Jeunes Filles catholiques.Ou bien encore ce sont des appels spéciaux des Comités régionaux du Front National aux catholiques de la région: par exemple le comité catholique du Front National provincial se déclare « heureux de voir rassemblés dans une seule organisation patriotique les Français désireux de rester fidèles à la doctrine chrétienne et ceux que seul l\u2019instinct national fait agir ».Un effort spécial était fait auprès de la jeunesse, en particulier auprès de la J.O.C.Enfin, le Parti Communiste attache une importance toute particulière à la constitution récente de Forces Unies de la Jeunesse Patriotique.C\u2019est une fédération des divers éléments de la jeunesse française et les jeunes catholiques y sont invités à constituer une « force homogène et organisée dotée de moyens d\u2019action qui lui soient propres ».Pourquoi ?parce que « la jeunesse catholique constitue une force immense.Elle est partout: à l\u2019usine, au bureau, à l\u2019école, aux champs, à l\u2019Université.Elle est profondément patriote ».Aussi, qu\u2019elle forme le groupe des « Jeunes Chrétiens Combattants » pour être « une force dans le combat commun ».Comment expliquer, dans le cas des catholiques, ce changement de tactique, cet appel à des groupes 174 RELATIONS déterminés comme tels?Probablement de la même manière que s\u2019explique la tactique de la main tendue en 1936: comme il est impossible d\u2019ignorer les oppo-tions doctrinales, on demande l\u2019union sur le seul plan de l\u2019action, tout en invitant les catholiques à adhérer en groupe pour les rassurer, ceci avec l\u2019espoir qu\u2019une désintégration se produira dans la mesure même où l\u2019on évitera de parler de doctrine.Les syndicalistes chrétiens, qui veulent rester sur leur plan, se sont, en tant qu\u2019organisation syndicale, refusés à tout contact avec le Parti Communiste.Ils ont continué, avec des résultats variables, des échanges de vues avec la Confédération Générale du Travail qui, depuis un an, est dirigée par un Comité Clandestin de huit membres dont trois appartiennent au Parti Communiste.LA RÉPONSE DES CATHOLIQUES Quelle est l\u2019attitude des catholiques de la résistance en réponse à ces avances communistes?C\u2019est dans les numéros du Courrier français du Témoignage chrétien que nous trouvons la réponse, à la fois authentique, ferme et nuancée, vers laquelle cette longue analyse nous acheminait.Le groupe des Témoignages chrétiens et du Courrier français entend rester sur son plan de résistance spirituelle à l\u2019hitlérisme et se refuse à des engagements d\u2019ordre politique.Au problème des relations avec le communisme en France, il répond par une distinction vigoureuse entre la doctrine communiste condamnée par le Pape et les aspirations de la masse qui suit des chefs communistes.Voici les textes qui rappellent la condamnation du communisme: « Que le bolchévisme soit un fléau redoutable, par son matérialisme foncier niant toute destinée immortelle de l\u2019homme, par son athéisme militant, par sa dictature du prolétariat, par sa technique de la Révolution, par son Guépéou et ses méthodes de terreur., aucun catholique lecteur de l\u2019encyclique Divini Redemptoris ne le mettra en doute » (n° 1, p.2) et « il est bien clair qu\u2019un chrétien ne peut pas accepter la doctrine communiste.Il y a en elle bien des points qu\u2019il ne peut que rejeter.Il ne peut accepter son athéisme; sa croyance à un achèvement de l\u2019humanité sur terre; sa conviction que toute la transformation de l\u2019humanité dépend de la transformation des conditions économiques; l\u2019idée que tous les moyens sont légitimes pour atteindre cette fin.» (n° 5, p.2).Mais, par contre, les catholiques français, à cause de la lutte en commun contre un même ennemi, le plus immédiat, ont trop souvent l\u2019occasion d\u2019admirer les qualités de courage de bien des militants communistes, pour ne pas faire leurs ces paroles de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse: On sait à quoi s\u2019en tenir sur le communisme.\u2014 Il y a dans le monde entier et même dans les troupes communistes (je ne dis pas dans leurs chefs), une aspiration vers la justice qui fait partie du patrimoine humain et qui restera tant qu\u2019il y aura des hommes.Le Pape vous le dit.Je répète ses paroles: « L\u2019Église ne peut ni ignorer, ni refuser de voir que l\u2019ouvrier, dans son effort pour améliorer sa condition, se heurte à un système social qui, loin d\u2019être conforme à la nature, s\u2019oppose à l\u2019ordre établi par Dieu et à la fin qu\u2019il a assignée aux biens de la terre.Quel homme et surtout quel prêtre et quel chrétien pourrait demeurer sourd au cri parti du plus profond de la masse, qui, dans un monde d\u2019un Dieu juste, appelle la justice et la charité.» (n° 6, p.8).A ces paroles du Pape fait écho ce souci apostolique exprimé par le Courrier français du Témoignage chrétien (n° 5, p.3): Nous viserons, dans la ligne même des directives de l\u2019Eglise enseignante, à donner satisfaction à tout ce qu\u2019il y a de juste, d\u2019humain, de grandissant dans les aspirations auxquelles cherche à répondre le communisme.Ce que nous en laisserons tomber, c\u2019est ce qui finalement ne peut aboutir qu\u2019à abaisser et à asservir l\u2019homme.La complexité de la situation politique et sociale qui rend inévitables des rencontres entre communistes et catholiques exige de ceux-ci un effort toujours plus profond et plus perspicace de sagesse politique et de charité chrétienne.Ils doivent, selon le conseil de l\u2019Évangile, unir la simplicité de la colombe à la prudence du serpent.Comme le champ des rencontres se fait toujours plus vaste, les occasions de dialogues plus fréquentes, les catholiques français doivent garder présent à l\u2019esprit ce conseil que donnait déjà en 1937 le P.Fessard: le catholique ne doit jamais traiter isolément avec des communistes, car il risquerait d\u2019être absorbé par la machine du Parti; il ne doit accepter d\u2019action commune que sur des cas précis, bien délimités, et seulement par le moyen des organisations catholiques où lui-même existe comme « homme social ».« Le premier et urgent devoir du catholique, c\u2019est de ne pas rester isolé.» TÉMOIGNAGES UNE FRANÇAISE REGARDE LE CANADA Jacqueline LIGNOT DEPUIS L\u2019ARMISTICE de juin 1940, le long regard sur le passé que tous les Français se sont accordé, regard qui leur a permis, en se retrempant au souvenir des gloires impérissables, de continuer à vivre et à lutter, a avivé notre sentiment d\u2019admiration envers la nation canadienne.Le Canada est un pays neuf.Mais ce pays neuf a déjà son passé, ses traditions.Dans sa marche vers l\u2019avenir, il ne renie aucune des valeurs qui lui ont permis de se réaliser.Et le cœur, l\u2019âme du Canada, c\u2019est la province de Québec avec ses trois millions d\u2019habitants, population de la Norvège qui a su imposer ses artistes et ses écrivains à l\u2019Europe et au monde.L\u2019apport spirituel d\u2019un pays à l\u2019humanité ne se mesure point à l\u2019importance de sa géographie ou de ses statistiques, mais au raffinement de sa culture, ou mieux à la supériorité de son idéal.Le Canada français est né de colons et de prêtres, de femmes héroïques venues de France pour évangéliser et coloniser le Nouveau Monde.Il fallait défricher, gagner le sol sur la forêt, en même temps que faire la lutte aux Indiens.La rigueur du climat s\u2019imposait à ces Normands, ces Picards, ces Angevins, accoutumés JUILLET 1944 175 à une bise moins âpre.N\u2019importe, ceux qui vinrent restèrent et s\u2019enracinèrent au sol, cramponnés à cette glèbe ingrate du début, ils en vinrent à la chérir comme ils avaient aimé la terre de France.Leur pays leur appartient donc doublement.Ils l\u2019ont assimilé en lui faisant sans restriction le don d\u2019eux-mêmes.S\u2019il est vrai que deux bons tiers de l\u2019authentique noblesse se rembarquèrent après la Conquête, le tiers qui demeura s\u2019incorpora à la paysannerie, dont il avait absorbé, en les partageant, les qualités de ténacité et d\u2019attachement au pays.La plus haute noblesse est-elle celle qui se conquiert sur les champs de bataille et les mers par l\u2019héroïsme d\u2019un instant, ou celle qui se mérite au long d\u2019une vie paysanne, en lutte avec les éléments, les intempéries, les guerres qui ravagent le bien, anéantissent la maison qu\u2019il faut reconstruire?Ces terriens du Canada, ces « habitants » qui continuent à mener la charrue dans ce pays de leurs pères, possèdent des lettres de noblesse incontestables.En France, l\u2019élite spirituelle jaillit souvent du peuple: Péguy, fils d\u2019une rempailleuse de chaises, Claudel, issu d\u2019une lignée paysanne, et combien d\u2019autres sont là pour l\u2019attester.Le grand réservoir des énergies amassées par une patience séculaire, c\u2019est le peuple.La nation canadienne tout entière est donc une élite.Si l\u2019on a tant soit peu voyagé à travers les deux Amériques et en Europe, ce postulat, étayé par l\u2019observation, devient une vérité démontrée.Que les Canadiens aient maintenu leur héritage, qu\u2019ils aient mis en pratique leur belle devise: « Je me souviens », c\u2019est un fait certain, et par cela ils sont les égaux de leurs aïeux.Dans l\u2019histoire des États-Unis, nous assistons à l\u2019arrivée des Pères Pèlerins sur le Mayflower, puritains à la recherche d\u2019une terre de liberté religieuse.C\u2019est un début sublime.Mais que sont devenus maintenant ces mêmes États-Unis en regard de cette première manifestation?Un grand pays d\u2019immigration dont, avant la guerre, on franchissait les frontières dans l\u2019espoir de faire fortune.Le dollar est dieu au pays des Pères Pèlerins.L\u2019article récent d\u2019une revue américaine mentionnait le fait « latin » en Amérique du Sud.La colonisation de l\u2019Amérique Centrale et de l\u2019Amérique du Sud fut l\u2019œuvre des Espagnols et des Portugais catholiques, rattachés à la grande famille de la chrétienté dont le siège temporel est à Rome, capitale du monde latin.A ce titre, le Canada, dont les premiers colonisateurs furent des Français catholiques, appartient lui aussi, semble-t-il, aux nations latines.Le Canada français, rare contrée où la primauté va encore au spirituel, s\u2019achemine sans trop de heurts vers son destin de puissance moderne.Il n\u2019a point brûlé les étapes, ni perdu son équilibre.En France, un poète famélique sera reçu avec égards chez les par- venus les plus arrogants, comme dans les milieux les plus humbles.Car il y a des privilèges que la fortune n\u2019achète point.Aux États-Unis, le poète recevra dans toutes les classes un accueil proportionné à la vente de ses livres et à l\u2019importance de son compte en banque.L\u2019argent est censé résoudre tous les problèmes de préséance.Le Canadien français a su garder, lui, son vieux sens latin de la supériorité des valeurs intellectuelles sur les avantages de fortune.On a jadis accusé, sans preuves, le peuple canadien d\u2019avoir une forte proportion d\u2019analphabètes et de parler un français bizarre et incompréhensible! Le français bizarre, incompréhensible aux ignorants, est tout simplement la langue du Grand Siècle, rehaussée d\u2019accent provincial.Ainsi parlaient Louis XIV, Molière, Racine, les Messieurs de Port-Royal.Ils ont su conserver le parler du XVIIe siècle alors que nous l\u2019avons nous-mêmes perdu, ou plus exactement modifié au cours des siècles.Les illettrés du Canada ?Je n\u2019en ai jamais rencontré.Mais on peut répondre à cette calomnie par des chiffres: l\u2019exposition à travers les États-Unis des Collections Courtines a prouvé que ces trois millions « d\u2019illettrés » (!), petite minorité française en Amérique, publiaient dans sa langue environ quatre-vingt-dix quotidiens et hebdomadaires et plus de trois cents revues.Il y a donc parmi ces trois millions d\u2019habitants et leurs frères disséminés en Nouvelle-Angleterre, en Louisiane et par tous les États-Unis, un large public qui s\u2019intéresse à la lecture.Cette simple constatation suffit à détruire la légende périmée d\u2019un pays maintenu dans l\u2019ignorance.D\u2019ailleurs, la qualité des idées et des créations artistiques d\u2019un peuple se mesure-t-elle au degré d\u2019instruction de ses sujets?Ce n\u2019est point en supprimant les analphabètes, non plus qu\u2019à l\u2019aide de moyennes scolaires que l\u2019on crée le génie.A ce compte, ce serait la négation absolue de notre moyen âge et des chefs-d\u2019œuvre qu\u2019il nous a légués.Les cathédrales appartenaient au peuple, qui ne savait ni lire ni écrire, et elles étaient construites pour lui.On venait s\u2019y instruire, ou, ce qui est mieux encore, s\u2019y éduquer.Et toute l\u2019imagerie et la sculpture gothique tendaient à cet effet.Les plus misérables comprenaient la beauté de formes et de symboles dont l\u2019intelligence s\u2019est perdue aujourd\u2019hui pour la classe ouvrière qui sait, elle, lire et écrire, mais a besoin de la représentation photographique des objets et des formes pour « comprendre » l\u2019œuvre d\u2019art.Le règne de la réalité copiée a remplacé celui de la réalité imaginée.Il exige évidemment moins de subtilité.Rester fidèle à un passé sans pour cela se tenir à l\u2019écart du présent.Le peuple canadien-français a réalisé cette gageure.Après la Conquête, ceux qui restèrent eurent à lutter pour leur foi et pour leur langue.Si le français est encore parlé en Amérique du Nord, c\u2019est grâce au clergé qui défendit en même temps le double patrimoine de l\u2019âme et de l\u2019esprit.S\u2019il y a vrai- 176 RELATIONS ment un patriotisme canadien, une nation canadienne, c\u2019est aux Canadiens français, aux « habitants » qu\u2019en revient le crédit.Ce n\u2019est pas la piastre qui est à la base de la vie canadienne, non plus que le désir du luxe, du bien-être ou de l\u2019existence « courte et bonne ».Non, c\u2019est l\u2019héritage lointain et mieux préservé d\u2019une France que nous avons connue: la religion, la famille et toutes les hautes vertus qui découlent de la sauvegarde de ces grands principes, quand ils sont bien compris.L\u2019abnégation, le dévouement, l\u2019héroïsme sont l\u2019apanage des Canadiens.C\u2019est avec de telles disciplines que l\u2019on crée une race forte et bonne, une nation puissante et courageuse.Par une natalité très élevée, cette race a su affirmer de façon émouvante son droit à la vie.Le cadre religieux a su grouper, diriger et discipliner cette force des Canadiens, pour la transformer en énergies.Français, résidant sur ce continent depuis trois années, nous n\u2019avons point perdu, à ce que nous croyons, notre sens critique d\u2019Européen.Il est évident que les États-Unis ont bien résolu le problème de l\u2019existence urbaine et de la vie des collectivités.A New-York, presque tous les logements, si modestes soient-ils, comportent une ou plusieurs salles de bains, une glacière, le gaz ou l\u2019électricité à la cuisine.Ces perfectionnements sont ici à la portée de tous et de toutes les bourses, alors qu\u2019en France, notamment, ils demeurent un luxe.Mais puisque toute médaille a son revers, nous sommes, malgré cela, obligés de constater que la famille moyenne en France était plus heureuse et que le plus misérable des Européens à qui ce confort matériel a toujours été dénié possédait un sens de la qualité qui manque au Yankee.La formation morale du Canada l\u2019a beaucoup mieux préparé à l\u2019existence moderne.S\u2019il partage les facilités matérielles, il n\u2019en fait ni le but ni les fins de son existence.Elles demeurent chez lui des modalités secondaires et ne lui font pas perdre son sens inné de la qualité.La grande armature sociale et affective de la famille maintient le Canadien en dehors de l\u2019égoïsme stérile du « chacun pour soi ».La pitié et la charité ont leur rôle à jouer chez lui.Ce sens de la qualité que l\u2019habitant du Québec a su conserver, se montre dans l\u2019artisanat.Dans un domaine plus matériel, la cuisine, il s\u2019épanouit, grâce à une tradition culinaire au service des gens qui aiment à bien manger, qui apprécient ce qu\u2019on leur sert.On mange donc au Canada comme dans la vieille Europe, alors qu\u2019aux États-Unis on se nourrit.Il y a également un sens critique très développé dans le Québec; mais le Canadien, héritier du Siècle classique, cultive ce paradoxe d\u2019être un romantique.Il n\u2019a point honte de sa sensibilité; il ne rougit nullement de la montrer.Chez lui, tout est élan, violence même.Et combien cette manière d\u2019être, cette sponta- néité nous apparaît fraîcheur en regard de la maîtrise de soi rigoureuse d\u2019un peuple âgé dont la prudence maîtrise les réflexes.Les disciplines religieuses, bien comprises, ne gâtent pas le naturel, mais le développent harmonieusement.La mesure française y est différente de ce qu\u2019elle était en France même, soulignant le bouillonnement de sève de cette jeune nation.La mesure française s\u2019épanouissait-elle dans les mêmes proportions que de nos jours au temps de Rabelais et de Maître François Villon?Moins prosaïque que l\u2019Anglo-Saxon chez qui tout se résout par des équations, le Canadien a un sens de la fantaisie.Il est moins ordonné.Trois siècles de compréhension des valeurs religieuses ont façonné une race qui connaît l\u2019importance de l\u2019esprit de sacrifice et qui a fait preuve d\u2019endurance, de patience et d\u2019une remarquable ténacité pour le maintien de sa religion et de sa langue.Dans sa lutte pour ces deux grâces, le Canadien se trouvait seul avec lui-même.Nulle puissance européenne ne venait lui prêter l\u2019appui même platonique de sympathies compréhensives.Et dans ce combat, David contre Goliath, il a gagné.Apport immense des Canadiens au patrimoine de la spiritualité humaine par l\u2019héroïsme de leur tradition historique.Les énergies du Canada français se sont réunies pour accomplir cette tâche: défendre, c\u2019est-à-dire maintenir.Et cette tâche dure trois siècles, car elle a commencé bien avant la Cession: elle a été quotidienne.Nul repos, nulle trêve dans cet admirable combat pour sauvegarder les plus hautes valeurs humaines.L\u2019une après l\u2019autre, les existences se sont fondues dans le creuset du temps.Jamais le flambeau ne s\u2019éteignit.Le fils le prenait des mains de son père, qui mourait comme un juste.Les enfants nombreux continuaient.De plus, le Canadien s\u2019attaquait, dans une autre lutte, à un pays vaste, qu\u2019il fallait vaincre et peupler.On conçoit que de telles activités laissaient peu de loisir à la création littéraire et artistique.Dans le domaine de l\u2019artisanat et des arts populaires, ce terme de création existe.Résidant l\u2019été passé dans un petit village des États-Unis, à la frontière du Canada et peuplé en grande partie de Canadiens, nous nous intéressions au tissage des catalognes et à ce travail paysan des couvre-pieds piqués, faits de rognures d\u2019étoffe.Mais tandis que les Canadiennes, d\u2019esprit inventif, créaient leurs modèles, les femmes de souche anglo-saxonne se contentaient beaucoup plus humblement de copier leurs œuvres sur des recueils ou des journaux de modes.Le Musée de l\u2019École du Meuble de Montréal contient d\u2019admirables sculptures sur bois exécutées par des artisans villageois.Des meubles façonnés par des menuisiers ruraux s\u2019inspirent évidemment des styles français de l\u2019époque, mais certains se rattachent déjà à une tradition originale spécifiquement canadienne.JUILLET 1944 177 Il ne se fait rien de grand sans la foi, dit Salazar de Portugal.L\u2019habitant canadien a toujours eu la foi.Foi en son Dieu, en ses prêtres, en son pays.Il a vécu, lui qui venait d\u2019une France peuplée et resserrée, face à face avec des espaces immenses qu\u2019il fallait dompter et cultiver.Et, de ce tête-à-tête avec le silence des étendues vastes comme la mer ou le ciel, est né en lui le goût de la méditation.Il n\u2019a jamais désespéré.Il a su rester grand comme ses aïeux en un monde où l\u2019homme est petit.C\u2019est pourquoi nous croyons au destin futur et présent de ces trois millions de Canadiens, nés d\u2019un sol profond comme un Univers.PERSPECTIVES SCOLAIRES\u2014 IV LÉGISLATION BIENFAISANTE: 1856-1875 Louis C.de LERY, S.J.(( /'COMMENT les descendants de quatre générations I d\u2019hommes tenus dans l\u2019ignorance peuvent-ils connaître les avantages de l\u2019instruction ?» déclarait en 1853 Denis-Benjamin Papineau, frère du grand tribun.Durant quatre-vingts ans (1760-1840), le Canada français a été privé d\u2019écoles subventionnées.Comprendra-t-on jamais les désastreux effets de cette carence d\u2019enseignement public?Tandis que le Canadien de langue anglaise, bien instruit, avec l\u2019assistance de la métropole, s\u2019empare des richesses économiques du pays et s\u2019installe aux postes de commande, notre petit peuple, saigné par l\u2019émigration, végète dans une ignorance génératrice de paresse intellectuelle.Après 1840, La Fontaine, par sa conquête du gouvernement responsable, avait affranchi l\u2019école de la tutelle de Londres.Restait une dernière garantie à prendre contre la politique.La Fontaine et ses amis savaient le danger de laisser l\u2019école dans la dépendance trop absolue du trésor public.Ils se souvenaient sans doute de 1836, où, par le mauvais vouloir de l\u2019Exécutif, 40,000 enfants s\u2019étaient vu fermer les portes des écoles.Ils entreprirent d\u2019ajouter à la liberté en donnant à la municipalité scolaire une certaine autonomie financière.Péniblement, de 1841 à 1856, l\u2019école canadienne-française s\u2019organise donc sur la base des libertés premières.Les retours fréquents et sans cesse menaçants du patronage politique à l\u2019occasion des inévitables subsides provinciaux invitent cependant à compléter la législation scolaire.Surtout, la persistante guerre des éteignoirs, l\u2019inertie d\u2019un plus grand nombre, le spectacle périodique de certains Canadiens français reniant leurs convictions religieuses et nationales pour gagner les faveurs des conquérants d\u2019hier, décident tous les esprits sérieux à donner à notre législation une solidité qui garantisse l\u2019éducation contre tous les dangers.Dans les vingt ans qui vont suivre (1856-1875) et que nous décrivons ici, s\u2019élabore une législation bienfaisante et définitive.Cette élaboration s\u2019accomplit en trois étapes: fondation (1856) d\u2019un Conseil d\u2019instruction, de qui relèvera à l\u2019avenir le surintendant; division (1868) du Conseil en deux comités, l\u2019un catho- lique, l\u2019autre protestant, possédant chacun le pouvoir de régler séparément leurs problèmes scolaires; substitution définitive (1875) du surintendant au ministre de l\u2019Instruction publique et inclusion des évêques dans le Conseil.M.Chauveau succédait en 1855 au docteur Meilleur comme surintendant.La loi de 1841 avait créé ce poste et voulu que ce grand fonctionnaire ne pût être choisi parmi les membres de l\u2019exécutif ou ceux du parlement.Celui-ci, en 1853, avait chargé neuf députés d\u2019étudier la situation scolaire.Dans son premier mémoire (1856), M.Chauveau résumait les propositions du comité d\u2019enquête.La principale suggestion était celle d\u2019un conseil d\u2019instruction, qui « devrait se réunir quatre fois au moins l\u2019année pour examiner les rapports des inspecteurs et autorités locales et délibérer sur les intérêts de l\u2019instruction ».Cette même année, M.Georges-Étienne Cartier, secrétaire de la province dans le cabinet Taché-Macdo-nald, présentait un projet autorisant pour le Bas-Canada ce nouvel organisme.Façonné par la loi de 1856, le Conseil de l\u2019Instruction publique sera mis en opération en 1859.M.le chanoine Groulx résume ainsi ses fonctions: Le gouvernement se réservait la nomination des membres et ceux-ci lui restent soumis dans l\u2019exercice de leurs attributions.Mais ces attributions sont considérables.Règlements pour la tenue des écoles, y compris les écoles normales; gouverne des bureaux d\u2019examinateurs, choix et éditions des livres classiques, classification et révocation des instituteurs, arbitrage dans les différends entre ceux-ci et les commissions scolaires: toutes ces fonctions diverses sont conférées au Conseil de l\u2019Instruction publique.D\u2019un mot, la nouvelle institution enlevait, pour la plus grande part, la législation et l\u2019administration scolaires à la politique, pour la confier à une commission, sinon indépendante, du moins extra-parlementaire.Composé de quatorze membres, dix catholiques et quatre protestants, le nouveau corps n\u2019était pas divisé en deux comités, comme il le sera plus tard.Dès l\u2019origine, en raison des difficultés pratiques rencontrées, il s\u2019orientait vers cette séparation, en recommandant au gouvernement d\u2019amender la loi pour remettre l\u2019appro- 178 RELATIONS bation des livres, soit au Conseil entier, soit aux seuls membres catholiques ou protestants, selon les divers cas.La Confédération devait modifier sensiblement la situation scolaire au Canada.La Constitution de 1867 plaçait l\u2019instruction sous la juridiction provinciale et consacrait les droits acquis des minorités religieuses.La mesure de justice faite à la minorité catholique du Haut-Canada serait la mesure exigible par la minorité protestante du Bas-Canada.« Tous les pouvoirs, disait le paragraphe 2 de l\u2019article 93, tous les droits et tous les devoirs que la loi, au moment de l\u2019union, conférera ou imposera dans le Haut-Canada aux écoles séparées et aux administrateurs des écoles des sujets catholiques romains de la Reine seront et sont par la présente loi étendus aux écoles dissidentes des sujets protestants et des sujets catholiques romains de Sa Majesté dans la province de Québec.» L\u2019année suivante (1868), la législature québécoise se réunit.Va-t-elle examiner la situation faite en Ontario à la minorité catholique, pour y calquer sa libéralité à l\u2019égard de la minorité protestante du Québec ?L\u2019avis de Cartier prévalait: « Pourquoi, demande-t-il, donner aux protestants des avantages que les protestants du Haut-Canada n\u2019accordent pas aux catholiques ?\u2014 Faisons ce qu\u2019il faut faire, répond-il.Si nous sentons que notre devoir est d\u2019accorder la liberté religieuse à nos compatriotes, il faut l\u2019accorder.Que les autres fassent leur devoir comme nous avons fait le nôtre.» La majorité catholique concède donc à la minorité protestante la plus entière autonomie.Le nombre des membres du Conseil est porté de quatorze à vingt et un, dont quatorze catholiques et sept protestants; et le Conseil est divisé en deux Comités ayant chacun la direction des affaires scolaires de sa confession religieuse Dans cette deuxième étape,\"nous continuons à profiter de la liberté conquise pour établir une législation vraiment canadienne, tenant compte de la dualité ethnique et religieuse du Canada.Et cela à l\u2019encontre des deux tendances, aussi fortes en ce temps qu\u2019aujour-d\u2019hui: celle d\u2019importer une législation étrangère non adaptée aux problèmes de notre pays; celle plus dangereuse encore de légiférer en fonction d\u2019utopies et de chimères, sources de désillusions et de discordes.La séparation du Conseil en deux Comités et la consécration de leur autonomie respective accentuaient le caractère confessionnel de l\u2019enseignement.Le régime inauguré en 1868 \u2014 on peut l\u2019affirmer après soixante-quinze ans d\u2019existence \u2014 a subi l\u2019épreuve du temps.Son premier bienfait a été une concorde entre les deux races dont n\u2019ont pu jouir les autres provinces.« Au point de vue des rapports entre les deux races et les deux confessions religieuses, écrit M.André Siegfried, la politique scolaire de Québec a donné les meilleurs résultats; les écoles différentes naissent, vivent, se dé- veloppent côte à côte sans que des disputes ou des conflits soient à craindre, parce qu\u2019il n\u2019y a pas le moindre contact.» Quand les Pères de la Confédération discutèrent la question scolaire en 1865, écrit M.Percival dans Life in School, ils constatèrent l\u2019impossibilité de fonder dans Québec autre chose qu\u2019un système original, à cause des difficultés fondamentales et inévitables et des droits inaliénables des deux peuples.La base de l\u2019arrangement fut un coup de génie et sa réalisation reste l\u2019œuvre d\u2019un constant effort.Tel est l\u2019héritage laissé à chaque enfant de cette province par leurs prévoyants ancêtres et qu\u2019il appartient à chaque nouvelle génération de conserver intact.Mil huit cent soixante-quinze amena une nouvelle modification de la loi de l\u2019Instruction publique.M.Charles de Boucherville, premier ministre, remplaçait définitivement le poste de ministre de l\u2019Instruction publique par celui de surintendant.Il voulait placer l\u2019enseignement primaire à l\u2019abri des influences plus ou moins dommageables, dans une atmosphère élevée et sereine où ne se feraient plus sentir ni l\u2019esprit de caste, ni les agitations des luttes politiques.La position, écrivait-il, dans laquelle se trouve le ministre de l\u2019Instruction publique, en prenant la direction d\u2019un département aussi important et dont nécessairement il ne connaît que peu de choses, est extrêmement difficile.Les nombreuses occupations dont il est chargé ne lui laissent presque pas de temps pour suivre les détails du fonctionnement et pour voir, ce qui est très important, à ce que, d\u2019année en année, on fasse entrer dans le système tout ce qui peut l\u2019améliorer en s\u2019aidant pour cela de l\u2019expérience des autres nations.D\u2019où il suit que cette charge ne peut être occupée avantageusement pour le pays que par un homme compétent sur la matière, dévoué, ami de l\u2019éducation et pouvant consacrer tout son temps à cette tâche difficile.Ses fonctions n\u2019étant sujettes à révocation que sous bon plaisir, il aurait le temps de faire les études requises et d\u2019acquérir une expérience absolument nécessaire.Ces raisons m\u2019ont aidé, ajoutait-il, à rétablir la charge de surintendant complètement séparée de la politique.Le surintendant devient la cheville ouvrière du nouveau régime.Jusque-là, le Conseil avait élu son président.Le surintendant devient ex officio président du Conseil.Il reste membre des deux comités, mais il n\u2019a droit de vote que dans le Comité de sa confession religieuse.Nommé par arrêté ministériel, il a sous son contrôle toute la partie administrative du rouage scolaire.Indépendant dans une certaine mesure du gouvernement, il doit se conformer aux directives soit du Conseil, soit de l\u2019un et de l\u2019autre des Comités.Chaque année, il doit préparer, sous la direction du Conseil ou de ses Comités, l\u2019état détaillé des sommes requises pour les besoins de l\u2019instruction.Cela indique bien, note M.de la Bruère, l\u2019intention qu\u2019avait le législateur de soustraire autant que possible l\u2019administration des fonds scolaires à l\u2019influence et aux exigences des partis politiques.Le surintendant, poursuit-il, possède pratiquement les pouvoirs d\u2019un ministre.Le département qu\u2019il gère n\u2019est pas, ainsi que quelques-uns le croient, comme une succursale du secrétariat de la province.Il possède une organisation qui lui est propre, avec des fonctionnaires spéciaux parmi lesquels deux d\u2019entre eux, le secrétaire français et le secrétaire anglais, occupent le rang de sous-ministre (Statuts refondus de 1909, articles 640 et 2350).La loi générale dit bien que ce département relève du secrétariat, mais en ce sens que le surintendant, n\u2019étant pas membre du conseil exécutif, et n\u2019y ayant pas de siège, a besoin d\u2019un intermédiaire entre les ministres et lui-même pour transmettre ses recommandations au lieutenant-gouverneur en conseil.Cet intermédiaire est le secrétaire de la JUILLET 1944 179 province qui, par la loi, a charge de la correspondance du gouvernement (Statuts refondus, 1909, article 771).Les mêmes statuts définissent expressément les devoirs respectifs de l\u2019un et de l\u2019autre chef.Le surintendant a la direction de ses bureaux dont ses sous-ministres ont, sous sa surveillance, le contrôle général, pendant que le secrétaire de la province veille à l\u2019administration et à l\u2019exécution des lois qui se rattachent aux objets que la loi énumère.Pour des motifs d\u2019ordre public, le surintendant ne peut exercer de patronage politique, ni nommer par conséquent les officiers de son département: ces nominations relèvent du gouvernement qui est le dispensateur des faveurs ministérielles.De plus, pour assurer l\u2019indépendance du surintendant contre l\u2019ingérence politique, la loi stipule expressément que ce fonctionnaire est tenu, dans l\u2019exercice de ses fonctions, de se conformer non pas aux instructions du secrétaire de la province, mais à celles qu\u2019il reçoit de l\u2019un ou de l\u2019autre des deux Comités du Conseil de l\u2019Instruction publique.C\u2019est à la Législature aussi qu\u2019il adresse son rapport annuel, comme le font les ministres du cabinet.L\u2019importance de la charge ressort aussi des personnes qui ont rempli le rôle de surintendant.M.Chauveau, surintendant de 1855 à 1867, sera à la fois premier ministre et ministre de l\u2019Instruction publique de 1867 à 1873.M.Ouimet, premier ministre et ministre de l\u2019Instruction publique en 1873-1874, sera surintendant de 1876 à 1895.M.Boucher de la Bruère quitte la présidence du Conseil législatif qu\u2019il occupe de 1892 à 1895, pour assumer la surintendance conservée jusqu\u2019en 1916.Un autre changement affecta, en 1875, la constitution du Conseil.Les évêques, administrateurs des diocèses situés dans la province (non les auxiliaires), devenaient de droit membres du Conseil.Comme ils étaient au nombre de sept, la loi leur adjoignit quatorze laïques, sept catholiques et sept protestants.L\u2019élément ecclésiastique formait un tiers, l\u2019autre élément, les deux tiers du Conseil, et advenant l\u2019augmentation du nombre des évêques par l\u2019érection de nouveaux diocèses, le nombre des laïcs de chaque dénomination religieuse devait s\u2019accroître dans la même proportion.Les membres laïques, catholiques et protestants, furent nommés par le gouvernement.« Le gouvernement, écrivait Moore dans le Clash, met sa coquetterie à désigner les éducateurs et hommes publics les plus distingués du Québec.Dans la politique, il y a souvent un écart entre la théorie et son application.Mais ici, si l\u2019on en juge par les membres du Comité protestant, la pratique vaut la théorie.» Certains esprits frondeurs, quand il s\u2019agit du Comité catholique, ne parlent que de l\u2019épiscopat et jamais de ses membres laïques.Ceux-ci, aussi nombreux que les évêques, viennent de toutes les régions de la province et sortent de toutes les professions, apportant au Comité leur expérience variée.L\u2019épiscopat, pour sa part, représente l\u2019Église enseignante, qui a son mot à dire dans l\u2019instruction d\u2019un État chrétien.« La consécration épiscopale ne confère pas la compétence pédagogique », diront ces mêmes esprits frondeurs.Sans doute, mais le ciel nous préserve d\u2019une réunion de pédagogues et de techniciens, formant au faîte du système un tribunal sans appel.Le Conseil, évêques et laïcs, est une assemblée d\u2019hommes aux vues larges, à la culture étendue et variée, tels qu\u2019ils puissent donner à notre enseignement les orientations nécessaires.Sur les problèmes purement techniques, ils peuvent (ou du moins devraient pouvoir \u2014 nous y reviendrons) consulter des spécialistes et utiliser en permanence les services des meilleurs d\u2019entre eux.Un autre avantage du régime actuel \u2014 surintendant et Conseil \u2014 est sa continuité, permettant de réaliser des plans conçus à l\u2019avance.Les membres du Conseil étant nommés à vie, il se modifie insensiblement par le remplacement graduel de ceux qui le constituent.« Nous avons, déclarait le 31 mai M.Perrier à la législature, une forme spéciale de système éducationnel qui répond parfaitement à notre histoire et à nos traditions.Il repose sur le principe confessionnel.Pour ma part, je suis opposé à la création d\u2019un ministère de l\u2019Instruction publique.S\u2019il est un domaine où il faut de la continuité, de la stabilité, de l\u2019esprit de suite, c\u2019est bien celui-là.Or, depuis dix ans, nous avons changé quatre fois de secrétaire provincial et trois fois de sous-secrétaire.» Nos surintendants présentent le remarquable record de durée que voici: docteur Meilleur: 1842-1855; M.Chauveau: 1855-1867; M.Gédéon Ouimet: 1876-1895; M.Boucher de la Bruère: 1895-1916; M.Cyrille Delâge: 1916-1939; M.Victor Doré: 1939-.Sous le régime de ministère de l\u2019Instruction publique (1867-1876), trois personnes ont occupé ce poste: M.Chauveau (1867-1873), M.Ouimet (1873-1874), M.de Boucherville (1874-1876).Trois ministres en neuf ans contre six surintendants en un siècle.M.Ouimet est ministre en 1873-1874, puis les aléas de la politique le font remplacer par M.de Boucherville.Mais le rétablissement définitif du poste de surintendant permet à la province de jouir durant vingt autres années (1876-1895) du compétent M.Ouimet.La période législative qui s\u2019étend de 1856 à 1875 a donc été fort bienfaisante.Par étapes graduelles, des chefs, dont nous n\u2019admirerons jamais trop le désintéressement, le courage et la clarté de vue, ont instauré une législation définitivement chrétienne et canadienne.Elle a créé un Conseil de l\u2019Instruction publique, stable, compétent, indépendant de la politique.Grâce à sa division en Comités catholique et protestant, ce Conseil permet aux deux confessions religieuses de régler leurs problèmes dans la concorde et dans le plein épanouissement de leur entité propre.A la présidence du Conseil, et de ses Comités, elle appelle le surintendant et lui confie une charge lourde et redoutable, équivalente de celle d\u2019un ministre, dépassant même par certains aspects les possibilités d'un ministère, sans en comporter les inconvénients.« Ce Conseil, écrit un de nos meilleurs historiens, la loi de 1875 en a fait une institution qui, pour être redoutable (et réussir à remplir son véritable rôle), n\u2019a besoin que de connaître sa puissance et d\u2019en user.» 180 RELATIONS LES NOIRS À LA CONQUÊTE DE LA CULTURE Francis-M.HAMMOND IE REGIME national de l\u2019enseignement secondaire aux États-Unis d\u2019Amérique n\u2019est pas centralisé.Chacun des quarante-huit États se réserve le pouvoir de régler comme il l\u2019entend les problèmes d\u2019éducation qui se posent chez lui.Conséquemment, le régime universitaire de chaque État est aussi progressif ou inerte que sa population.Il existe un autre système quasi national d\u2019éducation, celui des Noirs, qui s\u2019est développé en rapport avec les lois sociales qui, dans le Sud, séparent les Noirs des Blancs.Dans les régions du Nord et de l\u2019Ouest du pays, la présence des Noirs est tolérée dans les écoles publiques et dans beaucoup d\u2019universités; mais ailleurs, les systèmes d\u2019éducation des deux groupes raciaux sont totalement distincts.Actuellement, il y a 13 millions de Noirs aux États-Unis, et, dans cette masse, il n\u2019y a que 300,000 catholiques! La disproportion est frappante, surtout lorsqu\u2019on la compare au chiffre total de la population.Pour 130 millions d\u2019habitants, les États-Unis comptent 20 millions de catholiques.On essaie d\u2019expliquer cet écart formidable j>ar le fait que des millions d\u2019immigrés sont arrivés aux États-Unis sans clergé, et que l\u2019Église du pays n\u2019était pas en mesure de s\u2019occuper, par surcroît, des Noirs.Mais le fait reste que ces Noirs n\u2019habitent pas un pays non civilisé et lointain: ils parlent la langue de leurs voisins catholiques; et ils sont devenus protestants par millions.Les préjugés de race font que presque partout dans le Sud et très souvent dans le Nord il est pratiquement impossible pour le clergé de s\u2019occuper à la fois des Blancs et des Noirs.Cependant, tout indique que le travail auprès des Noirs pourrait donner des résultats merveilleux.Toute cette masse est animée d\u2019un dynamisme incontestable.Le peuple de couleur des États-Unis a fait des progrès merveilleux dans tous les domaines.Pour ne considérer que le progrès réalisé dans l\u2019éducation, signalons qu\u2019en 1865, il n\u2019existait aucune sorte d\u2019école pour les Noirs; aujourd\u2019hui, on compte plus d\u2019une centaine d\u2019instituts d\u2019enseignement supérieur.Ces universités et instituts ont été fondés soit par des groupes blancs indépendants, comme c\u2019est le cas, par exemple, pour le Hampton Institute de Virginie, le Tuskegee Institute d\u2019Alabama, la Howard University de Washington, l\u2019Université d\u2019Atlanta et la Fisk University de Nashville; soit par les États comme c\u2019est le cas pour la Lincoln University du Missouri et la Southern University de la Louisiane et un bon nombre d\u2019autres State Colleges; soit encore par les Églises protestantes noires, comme c\u2019est le cas pour la Wilberforce University, la Allen University, etc.; soit enfin par des organisations protestantes blanches, comme c\u2019est le cas pour la Lincoln University, etc.Une seule université, Xavier University of Louisiana, à la Nouvelle-Orléans, doit sa fondation aux catholiques.L\u2019Université Xavier doit son existence à la révérende Mère Katherine Drexel.Fille d\u2019un banquier richissime, elle consacre sa fortune et sa personne à Dieu.Fondatrice de la Congrégation du Saint-Sacrement pour les Indiens et les gens de couleur, elle a dépensé sans compter pour procurer des écoles et des églises aux Indiens et aux Noirs.Sans elle, et sans sa sœur, Mme Edward Morrell, l\u2019histoire de l\u2019éducation catholique des Noirs serait bien différente.En 1915, les Sœurs du Saint-Sacrement, cédant aux sollicitations de S.Exc.Mgr Blenk, le regretté archevêque de la Nouvelle-Orléans, vinrent s\u2019établir à la Nouvelle-Orléans.JUILLET 1944 Elles achetèrent le terrain et les bâtiments de la Southern University qui venait de déménager à Bâton-Rouge.Pour commencer, on ouvrit une high school et, en septembre 1917, l\u2019École Normale faisait ses débuts, ensuite le Xavier College en 1925.En 1927, un collège de pharmacie était ouvert.L\u2019ensemble des édifices devint bientôt trop exigu.On en fit une école préparatoire à l\u2019université, et, en 1929 et en 1930, les Sœurs achetèrent un autre emplacement dans un autre quartier de la ville et y construisirent le magnifique ensemble de l\u2019Université Xavier de la Louisiane.Le 12 octobre 1932, tandis que la population de la Nouvelle-Orléans était à célébrer l\u2019anniversaire de la découverte de l\u2019Amérique par Christophe Colomb, une foule de Noirs étaient assemblés sur le nouveau terrain de l\u2019Université.S.Ém.le cardinal Dougherty, de Philadelphie, entouré des plus hauts dignitaires de l\u2019Église catholique des États-Unis, vint bénir solennellement le nouvel ensemble de constructions.Se mêlaient à la foule les élèves des écoles paroissiales de Noirs tenues par les Sœurs du Saint-Sacrement et les Sœurs de la Sainte-Famille, communauté de religieuses noires.La grande tribune érigée pour les membres du clergé était décorée de drapeaux, celui du Vatican bien en évidence.De puissants haut-parleurs portaient dans toute l\u2019assemblée la voix des orateurs.L\u2019inauguration d\u2019une université catholique à l\u2019usage des Noirs méritait vraiment ce déploiement remarquable.La fondation Rockefeller a voté en 1935 une subvention de $53,000 pour l\u2019érection de la nouvelle bibliothèque, à condition qu\u2019une somme égale fût fournie par des souscriptions bénévoles.L\u2019Université Xavier possède actuellement un collège de sciences, une école de pédagogie, une école prémédicale, une école de musique, un collège de pharmacie, un département des beaux-arts, un département d\u2019éducation physique, une école de science sociale.Le nombre des gradués de Xavier ne peut pas encore être très élevé puisque les premiers examens de sortie n\u2019ont eu lieu qu\u2019en 1928.On en compte 1,009 jusqu^à maintenant.Les étudiants viennent de trente États des États-Unis et de trois pays de l\u2019Amérique latine.En temps normal, l\u2019inscription se chiffrait à 1,080, mais les exigences de la guerre ont réduit leur nombre à 612.Le caractère de l\u2019Université Xavier est strictement catholique quant à la direction, au programme, à l\u2019enseignement, à l\u2019atmosphère, aux exercices religieux, etc.C\u2019est à Xavier seulement que les catholiques noirs sont chez eux et qu\u2019ils peuvent recevoir, sous une forme universitaire, l\u2019enseignement social de l\u2019Église.C\u2019est là qu\u2019ils peuvent être formés à la philosophie catholique, aux saines recherches de la science ou de l\u2019histoire.La présence d\u2019étudiants protestants, loin d\u2019exercer une influence délétère sur les étudiants catholiques, fournit à ceux-ci un stimulant et même, dans un esprit d\u2019amicale camaraderie, une occasion incessante d\u2019apostolat.L\u2019existence de l\u2019Université Xavier n\u2019est pas à justifier.Tout ce que le cardinal Newman a exposé dans son livre génial The Idea of a University et qu\u2019il appliquait aux catholiques d\u2019Angleterre, écrasés par plus de deux siècles d\u2019oppression légale, vaut pour les Noirs.L\u2019Université Xavier remplit noblement une lourde tâche, celle de donner aux Noirs la formation intellectuelle et morale que possèdent les vrais chrétiens blancs.Espérons que l\u2019Université Xavier sera bénie de Dieu et qu\u2019elle deviendra l\u2019assise du phare de charité, de fraternité et de justice qu\u2019il faut construire aux États-Unis d\u2019Amérique.181 L'ÉDUCATION D'APRÈS-GUERRE AVEC OU SANS « QUEBEC SHOWS THE WAY ,» LAMERICAN COLLEGE PUBLICITY ASSOCIATION j vient de publier le rapport d\u2019une enquête sur l\u2019éducation d\u2019après-guerre, faite auprès de cent quarante-trois présidents d\u2019universités et collèges de quarante et un États.Le chroniqueur sur les questions d\u2019éducation du New York Times, Benjamin Fine, en présente le résumé et des extraits significatifs dans le numéro de mai de Think.Il y a là un avertissement pour le Québec de ne pas s\u2019affoler devant la critique et de ne pas changer en son fond la vieille éducation humaniste à laquelle notre grand voisin sent le besoin de revenir.Voyez plutôt.« Il est significatif que les présidents de collèges s\u2019attendent à un renouveau des humanités et pensent que l\u2019insistance actuelle sur la science, les techniques et les spécialités disparaîtra après la victoire.» « Plusieurs réclament vivement des écoles culturelles plutôt que spécialisées.» « Quatre-vingts présidents pronostiquent qu\u2019après la guerre l\u2019intérêt des étudiants glissera des sciences et des études techniques vers les humanités et les études sociales.» « Soixante-dix révélèrent que même pendant la guerre, on constate un intérêt accru des étudiants pour l\u2019histoire, les langues modernes et la science politique.» Et l\u2019auteur conclut que l\u2019éducation libérale prendra le dessus aux États-Unis après la guerre.Plusieurs autres constatations sont de nature à nous faire réfléchir.Par exemple, un certain nombre de présidents « demandent de prendre des précautions pour prévenir la mainmise du gouvernement fédéral sur l\u2019éducation.» Ne soyons pas moins vigilants que les éducateurs américains!.« Soixante-quinze collèges déclarèrent qu\u2019ils avaient fait des efforts spéciaux et couronnés de succès, en pleine guerre, dans le but d\u2019obtenir des fonds nouveaux pour diverses fins; on trouve à la tête de la liste des sommes en vue de construire des édifices, le paiement de dépenses courantes, des octrois et des bourses.» Et nous, que faisons-nous?.Que seront nos jeunes après la guerre ?Il ne manque pourtant pas, au Canada, de hautes personnalités dans le monde de l\u2019éducation qui tiennent le même langage que ces présidents d\u2019institutions américaines.Le vice-chancelier de McGill, le Dr F.Cyril James, a prononcé des paroles remarquables devant la classe finissante de 1944 (Cf.la Gazette, 22 mai).Après avoir expliqué qu\u2019on avait trop insisté par le passé sur la recherche scientifique, il déclara qu\u2019une grande science « peut même être très dangereuse dans les mains de ceux qui n\u2019ont pas appris des vieux maîtres de la Palestine et de la Grèce la sagesse et la justice ».Et il ajouta: « Avancez dans la voie de l\u2019étude toute votre vie, et que Dieu vous accompagne., revêtez tout entière l\u2019armure de Dieu.» L\u2019éducation spirituelle, l\u2019éducation humaine, la sagesse apparaissent donc aux observateurs de la jeunesse les mieux placés comme le point essentiel où il faut faire porter l\u2019effort.Dans le même ordre d\u2019idées, il est intéressant de signaler la brochure de sir Richard Livingstone, The Classics and National Life, où il dit avec force à l\u2019Angleterre que si elle veut conserver son âme, se défaire de l\u2019esprit matérialiste qui l\u2019a gagnée au dix-neuvième siècle, et jouer son rôle de civilisatrice, elle doit s\u2019attacher aux classiques.Les anglophones de Grande-Bretagne, des États-Unis, du Canada reviennent à ce qui a toujours été le fond de notre éducation.Ce n\u2019est pas le temps de nous énerver et de compromettre notre rayonnement spirituel et intellectuel par des sacrifices consentis en faveur des sciences pratiques aux dépens de nos traditions humanistes.Il ne faut pas opposer les unes aux autres, mais les coordonner dans une synthèse harmonieuse.COMMENTAIRES LE POUVOIR RÉEL D\u2019un de nos correspondants en Angleterre : CETTE QUESTION des fonctionnaires, ou du service civil, comme on dit, est extrêmement importante.Il n\u2019y a à s\u2019en moquer que ceux qui n\u2019y connaissent rien, ou qui se font illusion, ou qui veulent accaparer toutes les places (comme les amis de la Gazette).En lisant l\u2019histoire politique de l\u2019Angleterre ou de l\u2019Irlande, je vois que ce sont les fonctionnaires qui exercent probablement la plus grande influence sur le gouvernement de certains pays, et qu\u2019ils veulent étendre leur emprise de plus en plus.Dans une étude sur l\u2019Irlande, je lisais récemment que le pouvoir réel, depuis des siècles, fut exercé par les fonctionnaires du Castle de Dublin.Depuis vingt ans, on a changé les fonctionnaires, mais le régime veut se maintenir.C\u2019est contre cela qu\u2019on proteste.Quant aux fonctionnaires évincés, orangistes et francs-maçons, ils sont allés dans les dominions et les colonies, surtout au Canada.Eux qui occupaient les beaux domaines entourés de hauts murs, qui vivaient dans les big houses, ils ne peuvent plus y tenir: les taxes les atteignent maintenant; ils doivent déguerpir.Leurs Frères (maçons) les accueillent à Ottawa, où ils veulent centraliser l\u2019administration de plus en plus et s\u2019emparer de tout.Voilà ce qui me paraît un danger sérieux sur lequel il faut avoir l\u2019œil et contre lequel il faut lutter énergiquement.MIEUX QUE L'IMMIGRATION, LA FAMILLE IL FAIT BON entendre de temps à autre la voix du bon sens au sujet de l\u2019immigration.Le discours prononcé le 23 mars dernier devant Y Empire Club of Canada, à Toronto, par M.Watson Kirkconnell, contient les propos les plus justes et les plus authentiquement canadiens sur la question.M.Kirkconnell pose les principes suivants: « 1° Il faut distinguer avec soin la nécessité urgente, basée sur la charité chrétienne et sur un simple sentiment d\u2019humanité, de trouver un abri pour quelques milliers de réfugiés européens persécutés, \u2014 et le problème, plus vaste, de l\u2019immigration d\u2019après-guerre.« 2° Notre politique d\u2019immigration après la guerre devrait d\u2019abord considérer et assurer l\u2019embauchage relativement complet de notre population, indépendamment de toute diversité d\u2019origine raciale.Tant que l\u2019économie canadienne n\u2019aura pas pourvu au placement des millions de Canadiens aujourd\u2019hui aux armées et dans les industries de guerre, nous n\u2019avons pas d\u2019affaire à compromettre leur sécurité économique par une immigration à haute échelle.« 3° L\u2019immigration devrait ne dépendre que du gouvernement, sans arrangements particuliers avec des intérêts privés.» L\u2019histoire de l\u2019immigration au pays est là pour appuyer ces principes, qui devraient guider notre politique à l\u2019avenir.M.Kirkconnell la résume ainsi: « Durant cette période considérée globalement (de 1851 à 1931), le Canada a toujours eu la moitié plus d\u2019immigrants qu\u2019il n\u2019en pouvait absorber.Par exemple, de 1871 à 1881, l\u2019immigration doubla, mais un immigrant sur cinq seulement resta au Canada.De 1881 à 1891, l\u2019immigration devint deux fois et demie plus intense, mais un neuvième seulement des immigrants resta au pays.De 1891 à 1901, six sur dix immigrants quittèrent le Canada.Pendant la période d\u2019immigration la plus intense 1,848,000 étrangers affluèrent au Canada, mais l\u2019émigration fut d\u2019à peu près un million.De 1921 à 1931, nous avons accueilli un million et demi de nouveaux citoyens, mais nous en avons perdu un million et quart.Durant toute la période de 1851 à 1931, nous avons perdu 6,110,000 personnes parties aux États-Unis, dont 1,740,000 étaient natives du pays, et 4,370,000 étaient des immigrants qui avaient trouvé impossible de prendre pied dans notre vie économique.A aucun moment depuis quatre-vingt-dix ans, si l\u2019on excepte les exigences transitoires de la guerre, le Canada n\u2019a souffert du manque de main-d\u2019œuvre.Nous n\u2019avons pas d\u2019affaire à amener ici des masses d\u2019immigrants avant que nous ayons raisonnablement assuré le plein embauchage et la sécurité sociale de notre propre population, de quelque origine raciale qu\u2019elle soit.» S\u2019il devenait avantageux de recourir à une certaine immigration, on devrait faire une sélection sévère des candidats d\u2019après le principe suivant, continue M.Kirkconnell: « Le choix de nouveaux immigrants ne devrait pas être exclusivement britannique.Nous espérons voir se perpétuer au Canada une démocratie dans la tradition britannique \u2014 la tradition bâtie en ce pays par Baldwin et La Fontaine, par Macdonald et Laurier.Nous devrions par conséquent donner la préférence, en matière d\u2019immigration, sans faire aucun cas de l\u2019origine raciale ou de la foi religieuse, à ceux que leur arrière-plan politique, leur compréhension et leur amour de la liberté rendent plus aptes à s\u2019intégrer dans une telle démocratie.» M.E.-L.Chicanot, dans un article paru dans la Saturday Night du 3 juin et intitulé: We can Build Population as well as Import it, apporte au débat un élément original qui est le bon sens même: « S\u2019il y avait seulement trois enfants par famille au Canada, nous aurions deux fois plus de jeunes et de futurs citoyens.S\u2019il y avait un enfant de plus, chaque année, dans une famille sur six, au lieu d\u2019un dans une famille sur douze, comme c\u2019est actuellement le cas, le total annuel de nos nouveaux citoyens dépasserait les plus hauts chiffres que l\u2019immigration ait atteints dans le passé.» Et M.Chicanot indique d\u2019excellents moyens pour parvenir à ces résultats: hospitalisation matérielle, allocations familiales, exemptions appropriées d\u2019impôts pour les familles nombreuses.Combien plus naturel pour un pays de se donner lui-même des citoyens nouveaux plutôt que d\u2019aller les chercher à l\u2019étranger, de les importer tout faits, mais sur d\u2019autres modèles! Et combien plus facile de donner aux enfants nés sur notre sol le véritable patriotisme canadien, qui ne connaît qu\u2019une patrie: le Canada.Beaucoup mieux que sur l\u2019immigration, c\u2019est sur la famille, dûment protégée, qu\u2019il faut compter pour donner au pays les citoyens nouveaux dont il a besoin, et à ces citoyens nouveaux un patriotisme vraiment canadien.L\u2019expérience prouve qu\u2019on peut devenir Américain, mais pas si facilement Canadien.Nascuntur.«TE QUÉBEC bat la marche » : cette affirmation du Canadian 1 j Printer and Publisher d\u2019avril 1944 est à l\u2019adresse de notre École des Arts graphiques dont l\u2019ouverture officielle a eu lieu le 27 mars dernier.La section de l\u2019imprimerie de l\u2019École Technique de Montréal (fondée en 1925) et la section de reliure (fondée en 1937) forment désormais, sous le nom d\u2019École des Arts graphiques, une autre école indépendante relevant directement du Secrétariat de la province.Sous la direction éclairée de M.Louis-Philippe Beaudoin, elle s\u2019est placée d\u2019emblée, à peine née, au premier rang des écoles d\u2019imprimerie en Amérique.M.Chas.R.Conquergood déclarait devant le Toronto Club of Printing House Craftsmen, le 22 mars: « Depuis quelques années, nous avons été les témoins de la très rapide avance prise par Montréal dans le domaine de l\u2019imprimerie.Cela n\u2019est pas un rêve, une menace, c\u2019est un fait accompli.Si les choses que nous vous proposons sont bonnes, nous pouvons vous affirmer que Montréal les a déjà.Ils ont là-bas un système d\u2019apprentissage dans l\u2019industrie des arts graphiques qui a du mordant, et il fonctionne à l\u2019échelle provinciale.» La Printing Review of Canada n\u2019a pas un titre moins suggestif que celui du Canadian Printer : « Quebec School of Graphic Arts to Lead America in Printing Education.» Citons ce passage décisif: « Voici une école d\u2019imprimerie qui est l\u2019une des mieux équipées du continent nord-américain.Quand on aura ajouté quelques améliorations, comme on se le propose: the school will be tops.Quand tous les départements fonctionneront à plein, l\u2019école devrait être la meilleure sur le continent.Le fait qu\u2019elle est bilingue ajoute à son importance en Amérique.C\u2019est le but de l\u2019école de former des artisans et des techniciens possédant une connaissance générale de l\u2019art de l\u2019imprimerie et des métiers adjoints, en même temps qu\u2019une compétence particulière dans une des branches des arts graphiques.» L\u2019auteur de l\u2019article met là le doigt sur la supériorité de notre École.M.Beaudoin, qui a reçu sa formation technique en France, a compris la nécessité de former des élèves possédant le sens du métier et capables de dominer les problèmes que pose la coordination des différents arts graphiques.Les 142 autres écoles d\u2019Amérique sont toutes spécialisées.Seule la nôtre est complète.Les étrangers qu\u2019émerveille l\u2019École de Montréal pourront en conclure que l\u2019esprit français, qui s\u2019exprime dans le Québec, peut apporter quelque chose à la civilisation américaine en formation.Un point de grande actualité sur lequel l\u2019École des Arts graphiques a également pris de l\u2019avance, c\u2019est celui de la réhabilitation des soldats au moyen de cours spéciaux.Voici ce que disait à ce sujet, à la cinquante-deuxième réunion annuelle des imprimeurs et des relieurs de Toronto, M.Rouse, de la Rouse and Mann Co., l\u2019une des plus grosses imprimeries de Toronto: « Il est question de donner un entraînement spécial aux futurs ouvriers employés dans les imprimeries, mais où voulez-vous le leur donner?Ici, à Toronto, vous constaterez qu\u2019il y a actuellement une lacune.Pour toute école d\u2019apprentissage, nous disposons d\u2019une classe de composition typographique, dirigée par un marchand d\u2019encre et de machines.Il nous faudrait une véritable école, parfaitement aménagée, dans le genre de celle de Montréal, l\u2019École des Arts graphiques.Depuis près de dix-huit mois, le gouvernement de Québec a consacré les sommes nécessaires à l\u2019achat de l\u2019outillage et à l\u2019aménagement d\u2019une école absolument concrète, répondant véritablement aux besoins actuels.» En fait, l\u2019École des Arts graphiques a déjà commencé depuis trois mois de donner des cours de réhabilitation.Et ce ne sont là que des débuts, affirme le directeur.182 RELATIONS JUILLET 1944 183 GUERRE ET JEUNE MATERNITE Michelle LE NORMAND XUTREFOIS, dans les maisons, de vieilles tantes ou des cousines demeurées célibataires aidaient à élever et à soigner les enfants.Elles les gâtaient un peu, souvent, mais ce n\u2019était pas toujours un tort: les gâteries étaient si intimement mêlées aux petits sermons pratiques! Il ne fallait pas tenir son couteau en l\u2019air: si les anges tombaient, ils s\u2019y piqueraient.Il ne fallait pas faire de mensonges, cela faisait pleurer le petit Jésus.Une enfant insistait-elle trop pour avoir d\u2019une bonne chose, on lui demandait doucement de s\u2019en priver: « Tu auras une belle rose de plus à ta couronne.» L\u2019enfant s\u2019arrêtait net.Son imagination lui faisait vraiment voir sur sa tête la couronne de roses.Le tableau l\u2019assagissait.Une petite fille surtout pouvait tout de suite le reconstituer avec ses souvenirs d\u2019images coloriées, peut-être aussi avec le spectacle des processions de voiles blancs, de têtes fleuries, de chants naïfs: Prends ma couronne, je te la donne.ou encore J\u2019irai la voir un jour, au ciel dans ma patrie.La pensée des fins dernières s\u2019incorporait ainsi naturellement à toutes les heures de vie.Douce vie d\u2019un temps bien passé! Douce vie des mères que des anges gardiens toujours secondaient, et qui, même sans domestiques, pouvaient être parfois libres.Mais en nos temps de soldâtes, que deviennent les pauvres jeunes mamans?Seul, Dieu le Père en personne peut miraculeusement leur donner la force d\u2019être quand même heureuses d\u2019un nouveau berceau.De l\u2019hôpital, il faut qu\u2019elles sortent le dixième jour et retournent chez elles, qu\u2019elles soient mieux ou non.D\u2019autres attendent à la porte que leur chambre soit vide! A la maison, la jeune maman affaiblie apprend presque tout de suite que la bonne s\u2019en va: trop de couches à laver, et ailleurs le salaire est plus élevé.Le mari ne peut pas donner plus.Avec l\u2019impôt pris à la source, son salaire de $3,000 n\u2019est plus que de $2,000.et celui de $4,000, de $3,000, et celui de $5,000, de $3,600., etc.Il y a bien l\u2019épargne obligatoire dans tout ça, mais comment le jeune ménage peut-il, même en se saignant jusqu\u2019au cœur, donner plus que $35 ou $40 à la bonne?Quoi que puissent en dire ceux qui n\u2019y connaissent rien, ce salaire est énorme.La bonne est logée, nourrie, fournie de robes, de tabliers, et.lavée, car très peu consentent à faire du blanchissage.Quand tout était bon marché, on calculait $3 par semaine pour une personne de plus à nourrir par maisonnée.Maintenant que la croupe de bœuf, au lieu de coûter 16 ou 17 sous la livre, en coûte 41 ou 42, maintenant qu\u2019aucune viande n\u2019est bon marché, et que fruits et légumes restent chers à l\u2019année, le petit $3 ne va pas loin.On peut mettre $5 de plus, et ce n\u2019est pas assez.Donc, la bonne coûte entre $65 et $75 par mois, et cela quand elle est bonne, et qu\u2019elle ne fait pas à tout propos des gâchis qui augmentent encore les frais.Comment appliquer environ $800 par année pour le service seulement, quand tout le salaire devra pourvoir à une famille de cinq ou six enfants ?Le résultat, c\u2019est que la jeune maman de guerre doit être à tout, et sans répit.Ménage, blanchissage, cuisine, éducation, devoirs des enfants, et approvisionnement de la maisonnée, ce qui, \u2014 si encore elle peut sortir, n\u2019ayant ordinairement personne pour garder, \u2014 devient une tragédie.En ce moment, l\u2019épicier et le boucher attitrés n\u2019ont jamais tout ce dont vous avez besoin, \u2014 et guère de livraison.Beaucoup de denrées manquent partout.On peut encore, si l\u2019on court d\u2019un magasin à l\u2019autre, en trouver que les épiceries à chaînes, d\u2019ordinaire, ont par miracle.La pauvre petite maman, qui en aurait bien assez de ses besognes ordinaires, se voit donc forcée de courir un peu, \u2014 quand une gardienne de fortune lui en donne la chance, \u2014 pour attraper quelques boîtes de conserves qui rendront ses menus plus faciles.A tous ses cauchemars, elle ajoute celui des desserts, pas commodes à trouver, maintenant que la boîte à sucre est souvent à sec! Parfois, cette jeune mère réussit à engager une femme de ménage.qui ne vient pas! Si elle vient, neuf fois sur dix ce sera pour apprendre à la jeune mère qu\u2019elle ne vient que pour essuyer la poussière et passer sur les planchers une légère et distraite vadrouille.Si elle consent à laver quelques vitres, pour aucune considération elle n\u2019appliquerait de cire et ne frotterait de parquet.A une femme de ménage qui lui posait d\u2019innombrables conditions, une personne de mes amies, horripilée, a demandé: \u2014 A quelle université avez-vous fait vos études ?Car il était évident qu\u2019elle parlait à une universitaire, non à une femme de peine.On peut rire parfois des aspects comiques du problème, qui n\u2019en est pas moins tragique.Les personnes qui, avec un peu de bonne volonté, pourraient se passer de domestiques, qui ne le font pas, et qui offrent n\u2019importe quel salaire, sont coupables dans leur égoïsme.Elles font monter les prix, et elles seront cause que nombre de jeunes mères resteront sans aide, et se ruineront à faire des travaux auxquels elles n\u2019étaient pas habituées; et surtout, à en faire trop, en se dépensant 184 RELATIONS sans trêve aux soins des enfants et de la maison, et en mettant leurs bébés au monde dans des conditions d\u2019énervement, de fatigue, d\u2019inquiétudes, comme jamais nos mères n\u2019en connurent.Autrefois, les tantes, les cousines, les grand\u2019mères ne travaillaient pas aux munitions! Et elles portaient secours! Comment remédier à une situation pareille, que la guerre semble devoir indéfiniment prolonger ?La jeune femme d\u2019aujourd\u2019hui est maman, cuisinière, blanchisseuse, femme de ménage, éducatrice, et pour son mari, elle doit en plus ne pas abandonner le monde.Elle sort parfois le soir, laissant les enfants endormis à la garde, plus facile à trouver, d\u2019une étudiante; elle sort, et malgré la joie qu\u2019elle ressent d\u2019une distraction devenue extrêmement rare, elle aimerait mieux, dix fois sur.dix, se mettre au lit et dormir, tant elle est lasse! Il faut aussi qu\u2019elle reçoive et qu\u2019elle s\u2019habille un peu; il faut qu\u2019elle réponde au téléphone, courant du haut en bas de la maison, pour s\u2019entendre parfois demander: \u2014 Quel programme de radio écoutez-vous en ce moment, madame?Ou bien: Nous avons un spécial en nettoyage aujourd\u2019hui, madame.Ou bien: Achèteriez-vous tels livres que les éditions X.viennent de lancer ?.La jeune maman aurait raison de devenir soudain colère, de casser l\u2019appareil, ou du moins une assiette.Elle quittera le téléphone pour courir au fer à repasser, ou répondre au boulanger, ou voir dehors si ceux des enfants qui jouent dans la rue, \u2014 seul jardin de certains loyers, même chics et coûteux, \u2014 ne sont pas en danger! Ceux qui conseillent les jeunes bonnes, qui les protègent et s\u2019efforcent de les diriger, sont les seuls qui pourraient aider à résoudre ce problème.Faire envisager à celles qui sont raisonnables, qui n\u2019ont pas à se plaindre de leurs patrons, et qui reçoivent un salaire raisonnable et des égards, le côté charitable et le côté patriotique de la question.Entre la famille juive et la famille canadienne-française, qu\u2019elles choisissent la famille de leur race! Qu\u2019elles ne prennent pas rang dans cette course au trésor qui les fait en ce moment promener leur valise d\u2019une maison à l\u2019autre, pour quelques dollars de plus à chaque nouvelle place.Ces réunions où on les prêche et les éduque pourraient leur demander de faire un examen de conscience sur l\u2019emploi de leur argent.Les dix dollars de plus qu\u2019elles ont gagnés, à quoi ont-ils servi ?A leur donner des goûts de luxe, à payer plus de cigarettes et des bas fins comme leur patronne n\u2019en porte même pas dans les grandes occasions; à leur faire contracter des habitudes qu\u2019aucun jeune homme de leur condition ne pourra plus tard contenter.Habituées à se mettre quarante et cinquante dollars « sur le dos » par mois, n\u2019ayant la plupart envers les autres aucune obligation, elles se gâtent tellement à ce régime, que seul leur conviendra un mari millionnaire ! Ce n\u2019est sûrement pas la maman de guerre qui peut se payer tant de luxe! Avec le budget creusé par l\u2019impôt, il ne lui reste rien à elle, pour se consoler de ses maux.Tout de même, comme elle est ordinairement chrétienne, on peut lui dire qu\u2019elle aura au ciel une belle couronne, si elle offre tout ce que notre monde à l\u2019envers la force en ce moment d\u2019accepter et de souffrir! Mais quand il nous arrive de rencontrer en plein après-midi un jeep qui roule rue Sherbrooke, avec sur son siège deux soldats et une soldate, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que la petite soldate dont le rire s\u2019égrène au vent, serait beaucoup plus à sa place, et plus jolie, et plus en sûreté, dans une maison privée, sous la coiffe amidonnée et le gentil tablier blanc!.>¦.-.\u2022 1844-1944 UN SIÈCLE D\u2019ACTION COOPÉRATIVE François-Albert ANGERS MIL HUIT CENT QUARANTE-QUATRE aussi était une année tragique, après bien d\u2019autres du même genre, pour les pauvres ouvriers de Rochdale et du reste d\u2019une Angleterre en pleine révolution économique.A Rochdale même, centre industriel consacré au tissage de la laine, c\u2019est-à-dire à l\u2019une des industries qui ont illustré l\u2019Angleterre dans le monde et fait la richesse d\u2019un grand nombre de ses capitalistes, 136 personnes vivaient avec 12 sous par semaine, 200 avec 20 sous, 508 avec 25 sous, 855 avec 36 sous et 1,500 avec 48 sous.Cela au dire même du député du comté, parlant à ce moment à la Chambre des Communes.Les cinq sixièmes des gens, continuait-il, n\u2019avaient à peu près aucune couverture de lit (bien qu\u2019ils travaillassent précisément à en fabriquer), 85 familles n\u2019en avaient pas du tout, 46 familles couchaient sur des paillasses sans couverture.Puis, ce fut l\u2019étincelle créatrice.Vingt-huit ouvriers se réunissant pour consentir le sacrifice, considérable pour eux, d\u2019épargner quelques sous par mois, afin de se lancer en affaires selon la formule coopérative.Et dès le départ, dans un éclair de génie, ils posaient, nets, complets, sans bavures, les quelques grands principes simples qui restent encore, cent ans après, sans altération ni modification, le fondement même de centaines de milliers de coopératives à travers le monde.D\u2019autres, avant eux, avaient ruminé des idées semblables.Des grands rêveurs comme l\u2019industriel-philanthrope Robert Owen, comme le philosophe-utopiste Charles Fourier; des grands rêveurs qui avaient voulu devenir de grands réalisateurs et avaient lamentablement JUILLET 1944 185 échoué dans leurs entreprises, parce que, faute de s\u2019être maintenus suffisamment en contact avec la réalité, ils n\u2019avaient pas su bâtir à la mesure exacte de l\u2019homme.Il avait fallu ces ouvriers, guidés par leur misère, par leurs besoins, pour s\u2019emparer des idées qui couraient dans l\u2019air et les incarner en une chair viable sous des latitudes économiques et sociales accessibles ou acceptables à des personnes humaines.Sans doute les pionniers de Rochdale ne voyaient pas l\u2019immense portée de la réalisation qu\u2019ils venaient de mettre sur pied.Guidés uniquement par leur intelligence d\u2019hommes désireux de se tirer de leur misère par l\u2019action plus encore que par la parole, ils auraient pu mettre au jour quelques-uns de ces monstres sociaux comme toutes les époques en ont connu et comme la nôtre en est si féconde.Mais ils ont frappé juste.Et le geste qu\u2019ils ont posé, \u2014 nous verrons pourquoi dans ce qui suivra, \u2014 vient prendre rang, dans l\u2019histoire des saines doctrines sociales, à côté de la doctrine de la propriété privée au sens originel qui était principalement celui d\u2019une propriété individuelle.Plutôt que de suivre les sentiers battus et rebattus de l\u2019histoire de ce premier siècle de progrès coopératifs, des succès vraiment remarquables que ce type d\u2019organisation a remportés, ou de tenter un inventaire de ses forces actuelles, profitons de ce centenaire pour réfléchir un peu sur les raisons pratiques et philosophiques pour lesquelles la coopération correspond si bien aux besoins, à la situation et aux idées du Canada français.* * * Parmi les raisons pratiques qui militent en faveur de la confiance à mettre dans la formule coopérative pour la solution de nos plus inquiétants problèmes sociaux et nationaux, la principale tient en ce que les conditions matérielles de succès d\u2019un pareil projet, tel que l\u2019expérience des autres pays nous les montre, existent entièrement chez nous.L\u2019expérience de Rochdale montre, entre autres, que la coopération est l\u2019entreprise par excellence des humbles, de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, souffrent de certaines servitudes économiques, sont sous le coup d\u2019un intense désir de libération et n\u2019ont pas le moyen de se mesurer aux puissances économiques et financières du monde moderne par les procédés ordinaires.Cette première expérience a été confirmée partout dans le monde.Les coopératives ont fleuri, par exemple, là où la répartition des richesses était si mauvaise que les classes populaires se trouvaient dépourvues des moyens d\u2019accéder aux résultats du progrès moderne.Pas surprenant par suite que l\u2019Angleterre, pays des taudis et des sweat shops, ait vu grandir chez elle l\u2019un des mouvements coopératifs les plus puissants qui existent.Avec ce problème de répartition des richesses à la base toujours, les coopératives ont progressé également et accompli des merveilles dans les pays où le règne des grands trusts avait transformé une organisation économique soi-disant libre en une dictature économique.Une douzaine de trusts, dont quelques-uns internationaux, vaincus, forcés de réduire leurs prix de 35 à 60% par la concurrence de ces « chétifs insectes » que sont les coopératives, tel est le bilan de la Suède.Qui aurait cru cela ?Enfin, la coopérative s\u2019est développée rapidement aussi dans les pays dont les nationaux, pour des raisons diverses, se voyaient refouler aux fonctions économiques inférieures.C\u2019est un peu l\u2019histoire de la Pologne et des pays baltes, de l\u2019Esthonie en particulier.Il faut voir comment un rapport du Congrès juif mondial s\u2019en plaint amèrement pour comprendre que là encore le procédé a été efficace.Ici dans Québec, nous avons toutes ces raisons-là ensemble.Nous sommes la province où se paient les plus bas salaires au Canada.La province aussi où la concentration économique et financière a atteint un degré extrême.La province enfin où les 80% de Canadiens français ont bien leurs hommes de négoce et d\u2019industrie, quelques-uns assez puissants mais qui, tous ensemble, ne manient probablement pas 20% des affaires, ce qui revient à dire que, dans un monde économique super-concentré comme le nôtre, ils sont sans influence sur l\u2019orientation générale de l\u2019activité économique.Le terrain y est donc éminemment favorable à la coopération parce que le besoin du peuple de s\u2019organiser lui-même et les immenses avantages qu\u2019il pourrait tirer de pareille initiative constituent un attrait puissant vers l\u2019action.Il ne manque que l\u2019armée de zélateurs capable de l\u2019atteindre rapidement et de le lui faire comprendre pour qu\u2019une véritable révolution, bienfaisante celle-là parce que pacifique, se produise dans la province.* * * Si remplies d\u2019intérêt que soient ces raisons pratiques par les exemples et les gages de succès qu\u2019elles nous apportent, elles ne couvrent pas l\u2019essentiel.Du point de vue qui ne doit jamais manquer de nous retenir \u2014 celui des principes \u2014 la coopération n\u2019est pas indifférente.Elle nous apporte, en effet, un moyen hors pair d\u2019assainir le capitalisme et de réaliser l\u2019ordre social chrétien.Et en tant que Canadiens français catholiques ayant à vivre avec des Anglo-Canadiens protestants, elle nous permet de résoudre l\u2019un des paradoxes les plus troublants de notre vie nationale dans ses relations avec l\u2019économique.Centrée tout entière sur la personne et son service, la coopération présente bien toutes les caractéristiques voulues pour attirer notre attention.Cette particularité qu\u2019elle a de grouper les intéressés afin de les amener à se donner eux-mêmes, par l\u2019intermédiaire de représentants-délégués, tel service qu\u2019ils peuvent désirer, est éminemment formatrice par le sens des responsa- 186 RELATIONS bilités qu\u2019elle éveille.De plus, l\u2019idée de service s\u2019y imposant au nom même de l\u2019intérêt puisque le sociétaire travaille pour lui, il devient possible de débarrasser la structure même de l\u2019entreprise du mobile pécuniaire, de la philosophie de l\u2019argent, qui éveille tant de cupidités.Enfin, la méthode de travail mise en œuvre, par l\u2019association avec les siens dans l\u2019étude et la réflexion, appartient en propre à l\u2019idéal communautaire des premières sociétés chrétiennes; relégué au rang d\u2019exception par le développement de la chrétienté et les exigences de la vie matérielle, il ne s\u2019est jamais perdu complètement même chez les laïques et peut trouver dans la coopération un nouveau moyen de s\u2019exprimer pratiquement.In abstracto, toutefois, l\u2019action coopérative n\u2019est pas sans défaut.Et ses adversaires n\u2019ont pas manqué de le faire valoir.L\u2019on sait toute l\u2019insistance que l\u2019Église a placée, depuis saint Thomas surtout, sur l\u2019idée de la propriété comme moyen d\u2019assurer à chaque groupe de personnes composant une famille, suffisamment d\u2019indépendance, d\u2019autonomie dans la recherche des satisfactions matérielles, de liberté, pour assurer le plein épanouissement de la personnalité de chacun.Or la coopération est une formule d\u2019organisation collective.Ce qui enlève toute valeur théorique ou pratique à l\u2019argument, ce sont les temps où nous vivons.Il y a longtemps que, de par l\u2019évolution même du capitalisme, la discussion de ce problème ne porte plus en pratique sur la propriété individuelle contre la propriété collective, mais bien sur la propriété privée (individuelle ou collective) contre la propriété publique.Au delà de 80% de la production est effectué chez nous aujourd\u2019hui, par la force même des choses, sous l\u2019égide d\u2019entreprises privées, mais collectives (sociétés par actions) au même titre qu\u2019une coopérative.Et rien ne permet de prévoir, dans l\u2019état actuel de nos connaissances et de nos exigences matérielles, qu\u2019il en pourra être autrement d\u2019ici longtemps.Or, ce qui est intéressant ici, c\u2019est que ce débat entre la propriété privée capitaliste, mais collective, et la propriété publique ou collectiviste, la coopération ou propriété privée coopérative, donc aussi collective, s\u2019insère comme un contrepoids naturel capable de corriger les abus du capitalisme et de sauver la propriété privée.C\u2019est pourquoi je disais au début que l\u2019idée coopérative vient prendre place, dans la lignée des grandes idées sociales, à côté de celle de propriété individuelle.Ce que l\u2019idée de propriété privée (au temps où elle était individuelle) et de profit pouvait réussir autrefois, était même la seule à bien réussir quant au service de la personne humaine, à cause de l\u2019exploitation directe pour une bonne part et du jeu de la concurrence contrôlée ou même libre pour l\u2019autre, le capitalisme dans ses manifestations les plus récentes ne le donne plus aussi bien.Par des procédés divers, il a réussi à désolidariser dans une bonne mesure l\u2019idée de service de JUILLET 1944 l\u2019idée de profit, pour mettre l\u2019accent sur celle-ci aux dépens de l\u2019autre.Et l\u2019on en vient alors à se demander si la propriété publique présenterait vraiment de plus grands désavantages que cette forme exacerbée de la propriété privée.L\u2019entreprise coopérative, fondée en intérêt et non uniquement en philanthropie \u2014 cela est important \u2014 sur l\u2019idée de service vient, par la concurrence qu\u2019elle impose à l\u2019entreprise capitaliste, obliger celle-ci sous peine de perdre ses clients à accorder toute la considération qu\u2019il faut à cette notion dont le respect dans la réalité est nécessaire au bien commun.Elle rétablit l\u2019équilibre et, par là, détourne de la tentation de se tourner vers la propriété publique.L\u2019on comprend alors qu\u2019en tenants toujours fidèles de la propriété privée, tous les catholiques puissent y trouver matière à calmer les inquiétudes philosophiques que leur impose le monde économique et social contemporain.* * * Là ne s\u2019arrêtent pas les consolations philosophiques et pratiques que nous pouvons attendre de la coopération.On a souvent vu, dans les vertus d\u2019humilité, de résignation, de contentement que prêche la religion catholique, un handicap à la libération économique des Canadiens français.Obligés de lutter contre des capitalistes protestants ou sans religion, qui ont fait dans l\u2019un ou l\u2019autre cas un dieu du succès matériel et qui déploient une énergie farouche pour assurer le progrès de leurs entreprises économiques, les Canadiens français ne se sentent pas de taille.Ils se rendent compte que sans abandonner l\u2019idéal catholique de vie, donc sans se détruire eux-mêmes moralement et nationalement, ils peuvent difficilement opposer avec la même intensité à leurs compatriotes anglo-canadiens les attitudes d\u2019audace, d\u2019ambition effrénée, de soif insatiable des richesses et de la puissance financière, d\u2019absence de scrupule bien souvent dans le choix des moyens, qui animent leur activité et expliquent leurs réussites.Telle est bien la situation sur le plan de l\u2019expansion par l\u2019entreprise capitaliste.Mais avec la coopération, les perspectives changent du tout au tout.Fondée sur des intérêts et des motifs différents, constituée par une méthode spéciale dont le secret réside en l\u2019éducation du sens des responsabilités et de la solidarité, l\u2019entreprise coopérative n\u2019exige pas les mêmes états d\u2019âme.Certes elle a aussi besoin d\u2019activité, d\u2019initiative, d\u2019une certaine audace, mais étant tournée vers l\u2019intérêt-service du consommateur et non vers l\u2019intérêt-profit du producteur, il lui suffit d\u2019une activité raisonnable pour réussir pleinement en dépit de toutes les concurrences.Ainsi que l\u2019a montré l\u2019expérience suédoise, le mouvement bien lancé est à peu près imperméable à la concurrence capitaliste.Il se développe par lui-même, selon ses propres lois, les propres forces internes qui le meuvent, sans avoir à s\u2019inquiéter plus que de raison de la façon de procéder des autres.187 Pour nous, c\u2019est un avantage inespéré.Il met fin aux hésitations qui assaillent notre élite depuis une vingtaine d\u2019années, quant à savoir si nous devrons opter entre rester catholiques et, peut-être fatalement dans les circonstances où nous sommes, pauvres et économiquement sujets, ou assurer notre libération économique par l\u2019abandon des vertus chrétiennes.Si nous devons, en somme, sacrifier notre religion à nos intérêts nationaux ou vice versa! Cruelle alternative et qui ne se résout même pas, humainement parlant, de la seule façon qui nous maintiendrait dans le droit chemin: le sacrifice de la richesse, de l\u2019indépendance économique et nationale.Car l\u2019état de pauvreté et de sujétion où cela nous laisse s\u2019identifie avec la persistance d\u2019un régime social qui nous détruit à petit feu en nous obligeant à vivre dans des institutions économiques et sociales bâties au rebours de nos façons de penser.Or, quand on ne vit pas comme l\u2019on pense, l\u2019on finit par penser comme l\u2019on vit.La coopération dénoue le nœud gordien.Grâce à elle nous pouvons concilier la prospérité et l\u2019indépendance économique avec les exigences de la vie chrétienne.Grâce à elle également nous pouvons espérer régler le problème crucial de la répartition des richesses.Grâce à elle, en somme, nous pouvons réussir en très grande partie et d\u2019une façon saine l\u2019œuvre complète de la réhabilitation nationale, économique et sociale, dont sortira nécessairement la réhabilitation morale.Et dire que tout cela ne dépend que de nous, de notre volonté, de notre désir vraiment mis en action de réussir ce que nous réclamons si fort par la parole! Ah! si nous pouvions donc enfin nous en convaincre! Nous n\u2019aurions pas besoin d\u2019attendre le prochain centenaire de la coopération pour en célébrer nous aussi les bienfaits.D\u2019ici dix ans, vingt-cinq ans tout au plus, la face de notre province, et par suite du Canada tout entier, en serait changée! \u2022- LA MARCHE DES IDÉES UN MAGE EN ROUTE Jacques TREMBLAY, S.J.A L\u2019AUTOMNE de l\u2019année 1943 paraissait aux Éditions Brentano\u2019s de New-York un livre intitulé l\u2019Avenir de l\u2019Esprit.L\u2019auteur, Pierre Lecomte du Noüy, né en 1883, licencié en droit, docteur ès sciences et docteur en philosophie, présente dans cet ouvrage remarquable la synthèse des conclusions auxquelles l\u2019ont amené trente années de recherche en biologie.Nous esquisserons les grandes lignes de cette synthèse, essayant de faire ressortir les faits fondamentaux sur lesquels elle s\u2019appuie; nous voudrions montrer ensuite \u2014 et c\u2019est là notre but principal \u2014 comment ce livre révèle un événement d\u2019une importance extrême, tant à le considérer en lui-même que dans les conséquences qu\u2019il permet de prévoir.* * * La vie est inexplicable dans l\u2019univers sans l\u2019intervention d\u2019une' force extra-matérielle, spirituelle.Le sens de ses développements indique qu\u2019elle a été faite pour trouver son épanouissement dans l\u2019espèce humaine.L\u2019homme, prenant conscience de sa destinée par la pensée abstractive, est susceptible de perfectionnements illimités dans le domaine moral: c\u2019est là sa fin.Poursuivre cette fin spirituelle, c\u2019est combler le plus important de ses besoins.Voilà ce qu\u2019affirme l\u2019Avenir de l\u2019Esprit.Les chemins qu\u2019a parcourus l\u2019auteur pour arriver à ces conclusions sont sévères; mais comme ils diffèrent totalement de ceux qu\u2019on prend d\u2019ordinaire pour y parvenir, nous croyons que les paysages qu\u2019on y entrevoit valent la peine d\u2019être considérés.Des quatre parties qui constituent l\u2019ouvrage, la première traite de l\u2019évolution de la Terre.La démonstration importante de cette introduction est celle de l\u2019universalité de la loi qui préside à l\u2019évolution de la matière inorganique.Conformément à cette loi, toutes les transformations, tous les mouvements, tous les changements, tout travail qui se produit dans le monde inorganique est le résultat d\u2019un rétablissement d\u2019équilibre.Que, dans un cas donné, la force en cause soit celle de la chaleur, que ce soit celle de la gravité, celle de la cohésion, etc., dès qu\u2019il se passe quelque chose dans le domaine de l\u2019inorganique, nous nous trouvons en présence d\u2019une transition d\u2019un état moins stable à un état plus stable, d\u2019un état moins probable à un état plus probable, d\u2019un dénivellement à un nivellement de plus en plus plan.D\u2019où, unicité de direction dans la succession des phénomènes du monde inorganique.Cette direction est toujours dans le sens d\u2019une diminution de l\u2019énergie disponible, et de l\u2019augmentation de l\u2019équilibre universel: l\u2019entropie.Tout cela est à bien retenir, pour que le phénomène vital nous apparaisse ensuite sous son vrai jour qui est un halo de merveilles.Dans la seconde partie: « L\u2019évolution de la vie », réside le point crucial.La vie montre en effet des phénomènes où le passage des états successifs se fait, scandaleusement, précisément dans le sens inverse de celui que tous les comportements de l\u2019inorganique faisaient prévoir.D\u2019après la loi plus haut décrite qui régit tout l\u2019inorganique, la vie ne devrait jamais être apparue sur la planète, puisque les substances chimiques qui sont « l\u2019étoffe » de la vie ont des structures moins stables, moins probables que toutes celles de la matière inorganique.La vie présente donc un fait comparable à une rivière coulant de son embouchure vers sa source! Cette conception des choses est le résultat d\u2019une conquête récente de la science positive.Essayons d\u2019en donner une idée.Les valeurs constantes de la chimie et de la physique sont des nombres statistiques, résultats d\u2019une probabilité.Ainsi, je jette 1,000 dés sur la table, j\u2019obtiens le total de 3,500 points à très peu près.Plus j\u2019augmente le nombre de dés, plus précise et plus rigoureuse est la prévision du résultat qui sortira, prévision que j\u2019obtiens en multipliant par 3.5 le nombre de dés.Or, les substances organiques dont la vie a besoin pour exister présentent par leur structure un phénomène comparable au résultat de celui qui, jetant mille dés sur la table des milliers de fois de suite, obtiendrait toujours 188 RELATIONS un nombre de points voisin de 1,500 au lieu des 3,500 qu\u2019il doit attendre.La conclusion nécessaire, c\u2019est que quelqu\u2019un dépose les dés.Cet exposé simpliste d\u2019une théorie plus compliquée fait voir, par analogie, sur quel genre de faits et de raisonnements s\u2019appuie l\u2019auteur pour affirmer que la vie est inexplicable sans l\u2019intervention d\u2019une force extra-matérielle.Traitant dans cette même partie du perfectionnement morphologique des espèces, l\u2019auteur fait une critique serrée de toutes les théories \u2014 genre « l\u2019homme est une amibe simplifiée » \u2014 qui refusent de discerner des différences qualitatives et un progrès entre certaines formes successives.Mais le progrès qui lui importe n\u2019est pas celui qui consiste dans une meilleure adaptation de l\u2019espèce à son milieu.C\u2019est l\u2019idée commune aux théories qui se proposent seulement l\u2019explication de ce phénomène restreint de finalité, qu\u2019il appelle « finalisme »( !) et qu\u2019il juge infiniment dépassée par les faits dès que l\u2019attention se porte sur Y ensemble du progrès évolutif.Et c\u2019est pour fournir une théorie adéquate à l\u2019explication postulée par ces grandes lignes ascendantes d\u2019ensemble qu\u2019il propose ce qu\u2019il appelle le « téléfinalisme », c\u2019est-à-dire finalisme à but lointain.Il nous fait voir que lorsque les formes évoluent, elles le font suivant une raison qui tend à les dégager de plus en plus des lois de la matière inorganique.Il montre que la vie se libère toujours plus, dans certaines lignées d\u2019espèces \u2014 non dans toutes, vu qu\u2019un grand nombre demeurent en palier \u2014 en utilisant des constructions morphologiques qui, du point de vue physique, sont de moins en moins stables, de plus en plus dégagées de la matière.Ce qu\u2019il explique par un appel lointain de 1\u2019 « Esprit ».Moins stable ne veut pas dire ici moins permanent de fait, ni moins solide de fait; au contraire, mais grâce toutefois à un facteur que nous dirions attractif plutôt qu\u2019impulsif.La troisième partie fait voir que ce but éloigné \u2014 disons intermédiaire \u2014 était la pensée abstractive, ainsi que les notions morales de bien et de mal telles qu\u2019on les trouve chez l\u2019homme.Lequel doit maintenant poursuivre son évolution de façon consciente en développant sa tendance innée à se rapprocher de 1\u2019 « Esprit », c\u2019est-à-dire de Dieu.La Civilisation, c\u2019est l\u2019organisation de la cité qui tient compte de ces données.La quatrième partie est un exposé des conséquences de cette vue d\u2019ensemble.Aux conclusions de l\u2019Avenir de l\u2019Esprit, l\u2019auteur venait récemment ajouter quelques traits plus accusés, dans un article publié dans le numéro de mars-avril du Bulletin des études françaises où l\u2019on pouvait lire: « La tâche de l\u2019homme est lourde, mais il sait qu\u2019il peut atteindre son But car il a devant les yeux le modèle parfait qui lui prouve que cet idéal est aussi une réalité: la figure éblouissante du Christ.Désormais le rôle de l\u2019homme est clair: l\u2019Évolution, voulue par Dieu pour que naisse l\u2019Esprit, doit continuer par le seul être dont l\u2019ascendance n\u2019a jamais cessé d\u2019évoluer: le Bien consiste donc à travailler pour elle en combattant les instincts hérités de l\u2019animal; et le mal, à régresser vers la bête en se soumettant à ces instincts.» * * * Or, ce qu\u2019il importe de remarquer avant de se sentir édifié par ces émouvantes paroles, ou avant de tressauter en découvrant la part d\u2019erreur qui peut s\u2019y discerner, c\u2019est qu\u2019une telle affirmation est faite par quelqu\u2019un qui parle au nom de la science positive \u2014 l\u2019auteur a pour cela tous les mandats \u2014 sur laquelle prétend s\u2019appuyer tout ce que notre monde comporte de matérialiste et de laïcisant de toute caté- JUILLET 1944 gorie et de tout crin.Cela est un fait d\u2019importance qu\u2019il convient de mesurer à sa juste valeur.Et, notons-le, il ne s\u2019agit nullement ici d\u2019utiliser ce témoignage comme une preuve à l\u2019avantage immédiat de la pensée chrétienne et catholique.L\u2019intérêt principal est tout autre et se révèle à deux points de vue: celui du fait lui-même et celui de ses conséquences.On a dit, et c\u2019est très vrai, .que la voix d\u2019un homme qui cherche Dieu séduit les hommes.Et ce n\u2019est pas sans raison ! Or l\u2019Avenir de l\u2019Esprit vous met d\u2019emblée en présence d\u2019un grand spectacle.Voici un homme intelligent, sincère, qui a passé plus de la moitié de sa vie à chercher la vérité.Il le fait consciencieusement, avec les méthodes et les disciplines intellectuelles que son temps et son milieu lui ont léguées.Il s\u2019y tient docilement et de bonne foi: il observe soigneusement toutes les prescriptions de 1\u2019 « école » pour évincer le spirituel de toute perquisition « scientifique ».Et voici que, sous la coercition de l\u2019évidence, il proclame l\u2019insuffisance de l\u2019explication matérialiste de la vie, la spiritualité de la pensée, la responsabilité morale, la finalité divine de la destinée humaine.Le fait qu\u2019il ne s\u2019exprime pas en latin \u2014 sa langue est celle d\u2019un climat intellectuel qui nous est étranger, elle ne contient guère de vocables pour le spirituel \u2014 ne nous interdit pas d\u2019essayer de comprendre ce qu\u2019il veut dire.Il a d\u2019ailleurs des accents de voix qui n\u2019ont pas besoin de traduction pour communiquer le sentiment qu\u2019ils expriment: « Loin d\u2019être, comme d\u2019autres hommes de science que j\u2019envie, supporté, aidé par une croyance inébranlable en Dieu, je suis parti dans la vie avec le scepticisme destructeur qui était alors à la mode.Il m\u2019a fallu trente années de laboratoire pour parvenir à me convaincre que ceux qui avaient le devoir de m\u2019éclairer, ne fût-ce qu\u2019en avouant leur ignorance, m\u2019avaient délibérément menti.Ma conviction aujourd\u2019hui est rationnelle.J\u2019y suis arrivé par les sentiers de la biologie et de la physique, et je suis persuadé qu\u2019il est impossible à tout homme de science qui réfléchit de ne pas y aboutir, à moins d\u2019aveuglement ou de mauvaise foi.Mais le chemin que j\u2019ai suivi est détourné, ce n\u2019est pas le bon.Et c\u2019est pour éviter à d\u2019autres l\u2019immense perte de temps et d\u2019efforts dont j\u2019ai souffert que je m\u2019élève violemment contre l\u2019esprit maléfique des mauvais bergers.» (L\u2019Avenir de l\u2019Esprit, p.217.) Voilà une mauvaise humeur bien sympathique! Voyons maintenant les choses à un autre point de vue, celui des conséquences probables.Rapprochons d\u2019abord ces témoignages que Lecomte du Noüy porte, au nom de la science positive, de ceux que portait un autre savant biologiste très éminent lui aussi, le docteur Alexis Carrel, dans son livre l\u2019Homme, cet inconnu et dans son article du Reader\u2019s Digest (mars 1941) sur la prière, qui contenait ces paroles: « Aujourd\u2019hui plus que jamais la prière s\u2019impose de toute nécessité aux hommes et aux nations.Le manque d\u2019insistance sur le sens religieux conduit le monde au bord de la ruine.On a laissé tristement inexploitée notre source de puissance et de perfection la plus profonde.» Cette double déposition de savants qui comptent parmi les plus autorisés à nous parler au nom de la science positive nous fait voir que dans ces milieux quelque chose de très important a bougé: la conception que l\u2019on s\u2019y faisait de l\u2019homme et de ses destinées spirituelles.Or, cela est un fait littéralement capital, car depuis la Révolution de 1789, tous les chefs politiques qui ont refait les législations, instauré de nouveaux organismes politiques et sociaux, étaient, dans les déterminations concrètes de cette œuvre, éclairés par une idée-type de l\u2019homme empruntée non plus, comme cela avait eu lieu durant tous les millénaires qui avaient précédé, aux théo- 189 logiens (sens large) ou aux philosophes du type métaphysicien; mais empruntée aux savants et aux maîtres de la « philosophie naturelle ».Ainsi, les institutions politiques de 1789 tentent d\u2019instaurer un bonheur humain en conséquence d\u2019une idée de l\u2019homme héritée de Rousseau, de Condorcet.Celle de 1848 cherche le bonheur de 1\u2019 « homme » tel que le conçoit Comte.Les lois laïques de 1900 tentent de rajuster la société en fonction de 1\u2019 « homme » de Haeckel.Le paradis terrestre futur de Lénine est conçu suivant les besoins de cette espèce d'animal oeconomicum qu\u2019est l\u2019homme de Karl Marx.Hitler veut construire la demeure du « surhomme » qui régentera la Biopolitik.De sorte que, à l\u2019origine de toute organisation sociale voulue \u2014 non instinctive ou empirique, comme la cité ancienne, \u2014 agit comme déterminant une idée-type de l\u2019homme déposée dans la cervelle des volontaires et des agissants, comme une notion première, par les philosophes et par les savants.Discernez une nouvelle physionomie de l\u2019homme, diffusez-la, et cinquante ans après vous verrez les lois, les organismes sociaux poursuivre le bonheur de cet homme-là.D\u2019où l\u2019importance capitale de l\u2019apparition chez les savants d\u2019une idée de l\u2019homme plus complète et d\u2019une idée plus juste de sa vraie fin.On voit par là de quelle immense portée peut être la conception de l\u2019homme qui est en train de s\u2019élaborer parmi les tenants de la science positive.Et si l\u2019on porte attention au fait que la science positive est actuellement le plus international palier d\u2019entente entre les humains, qu\u2019elle est le lieu où se rencontrent le plus d\u2019esprits divers totalement différents par ailleurs, on peut espérer lui voir un jour reconnaître la nécessité de l\u2019avis théologique dans l\u2019organisation de la cité humaine.Mais même d\u2019ici là, nous pouvons déjà nous réjouir de ce que la science positive, conseillère subrep-tice des législations, reconnaisse comme authentiques les buts mêmes que la théologie constate depuis toujours être vraiment ceux de l\u2019homme.C\u2019est là une pierre d\u2019attente pour la construction de la paix qui devra suivre la victoire.Nous, croyants, nous ne voyons dans cette attitude nouvelle de la science positive qu\u2019un retour heureux de celle-ci vers l\u2019humain; mais pour les esprits formés au catéchisme du positivisme, cette attitude marque, ne l\u2019oublions pas, une étape immense de franchie vers Dieu.Elle est susceptible de constituer pour eux une approche très valable vers l\u2019acte de foi.Tous les chemins mènent à Rome.* * * Évidemment, le théologien et le philosophe de tradition aristotélicienne trouvent dans VAvenir de l\u2019Esprit beaucoup d\u2019affirmations pour le moins incomplètes.L\u2019imprécision des vocables partout où il s\u2019agit d\u2019autre chose que de science positive cause un réel malaise.Par exemple, le mot « esprit », au cours de tout l\u2019ouvrage, désigne son objet avec autant de flottement que le fait « la catégorie de l\u2019Idéal » dans Renan; et partant, on peut loger sous une telle dénomination tout autant d\u2019erreur que de vérité.Nous tenons à préciser aussi que le lecteur \u2014 nous ne recommandons l\u2019ouvrage qu\u2019aux lecteurs avertis \u2014 ne doit chercher là ni des preuves à sa foi, ni des raisons de croire.Il doit plutôt viser à connaître où en est rendue la pensée des savants chez qui les adversaires de toute religion prétendaient jusqu\u2019ici emprunter leur arsenal d\u2019arguments contre l\u2019existence de Dieu et contre les destinées spirituelles de l\u2019homme.Vu sous cet aspect, l\u2019Avenir de l\u2019Esprit constitue une splendide illustration de l\u2019affirmation de saint Paul aux Romains: « Ce qui se peut connaître de Dieu est manifeste parmi eux: Dieu le leur a manifesté.En effet, ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l\u2019intelligence par le moyen de ses œuvres.» {Rom., i, 20.) 190 AU SERVICE- des DOMESTIQUES JEUNES FILLES EN SERVICE EN SEPTEMBRE 1940, un religieux de Sainte-Croix réunissait à l\u2019Oratoire Saint-Joseph une quinzaine de jeunes filles en service domestique.Aujourd\u2019hui, 1,500 membres participent aux diverses activités de l\u2019œuvre qui est née de cette initiative, l\u2019Œuvre des jeunes plies en service domestique.Protéger et instruire les jeunes filles en service, tel est le but de l\u2019Œuvre.Souvent éloignées de leurs familles \u2014 nombre d\u2019entre elles viennent de la Gaspésie, du Nouveau-Brunswick, etc.\u2014 les jeunes filles qui arrivent à Montréal sont sujettes à faire de mauvaises rencontres; à s\u2019ennuyer du foyer au point de se décourager complètement; à se relâcher dans la pratique de leurs devoirs religieux.A l\u2019Oratoire, elles trouvent une atmosphère de sympathie qui les aide à résister au mal du pays; des distractions saines qui leur fournissent une détente salutaire; des cours et conférences qui leur donnent la satisfaction de développer leurs aptitudes naturelles, d\u2019enrichir leur personnalité et de parfaire leur éducation; des causeries et des réunions pieuses qui éclairent et fortifient leur foi.La vie spirituelle, principe actif de l\u2019Œuvre, est alimentée par des causeries hebdomadaires et des heures saintes mensuelles.Tous les jeudis soir, le P.Alfred Laplante, directeur-fondateur de l\u2019Œuvre, prononce une causerie sur des questions religieuses d\u2019ordre pratique.Le fait qu\u2019environ cinq cents jeunes filles y assistent chaque semaine témoigne de l\u2019intérêt de ces conférences.En habile pédagogue, le directeur concrétise son enseignement, se servant de la boîte aux questions, des résumés au tableau noir, conseillant aux auditrices de prendre des notes, etc.La vie intellectuelle est favorisée par le service gratuit d\u2019une bibliothèque de quatre mille volumes.Les livres les moins en demande sont les quelque trois cents romans qui tapissent les rayons.La formation sociale n\u2019est pas négligée.Des conférencières, des artistes viennent parfois instruire ou charmer les membres de l\u2019Œuvre.Les cours de couture du jeudi après-midi sont suivis avec assiduité par deux cent cinquante jeunes filles.La discothèque est à la fois source de culture et de délassement.Le cinéma est aussi mis à contribution.Un groupe de ces jeunes filles a interprété récemment la Fille du Sultan, de Ghéon.Les patrons, invités à cette soirée, ont été émerveillés de la perfection du jeu de ces artistes amateurs.La portée sociale d\u2019un tel geste n\u2019échappa à personne.L\u2019esprit de charité est la caractéristique de l\u2019Œuvre.Il n\u2019est demandé aucune cotisation aux membres; les dons sont reçus avec reconnaissance, mais rien n\u2019est obligatoire.Les bibliothécaires se dévouent gracieusement au service de leurs compagnes.La plupart de celles qui quittent l\u2019Œuvre pour une raison ou pour une autre: santé, mariage, etc., restent en contact avec le directeur, lui écrivent pour lui demander conseil, lui font part de leurs joies et de leurs peines.Cette œuvre, d\u2019une grande importance sociale en tout temps, aura une valeur inestimable après la guerre.Ses cadres seront prêts pour recevoir les malheureuses qui, sortant des usines, se résigneront mal à reprendre la vie moins libre du service domestique.Par leur esprit de charité et leur zèle apostolique, les membres actuels sauront gagner leurs compagnes et les amener aux pieds de saint Joseph, où elles trouveront le secours nécessaire au rajustement de leur existence.Béatrice Clément.RELATIONS HORIZON INTERNATIONAL SAINT-SIÈGE A LA NOUVELLE inattendue que les armées allemandes avaient abandonné Rome et que les Alliés y étaient entrés presque sans coup férir, nous éprouvâmes un intense besoin de remercier le bon Dieu.Il n\u2019y eut pas de démonstrations bruyantes, \u2014 la chute d\u2019une des trois capitales ennemies eût justifié un peu de tapage.On ne pensait pas à Mussolini, ni même à l\u2019Italie.La blanche figure de Pie XII sembla remplir le monde de paix.Dès le dimanche soir, le Daily News publia une photographie, prise dans les rues de New-York.Devant l\u2019église de Sainte-Catherine-de-Sienne, un Père dominicain, tout blanc, les bras ouverts dans le geste familier à Pie XII, parlait à un groupe de personnes agenouillées dans la rue: quelques hommes âgés, des femmes, des enfants.Je crus un instant que la photographie venait de Rome, \u2014 ce prêtre blanc, ce geste, ce pauvre peuple à genoux dans la rue, tout évoquait la Ville Éternelle.Au fond, c\u2019était la même chose.A New-York, comme à Rome, comme partout, les humbles, les petites gens se mettaient à genoux pour rendre grâces à Dieu.Leur Rome était sauve.Ils s\u2019associaient, par delà les mers, à la grande paix qui inonda le cœur du Pape.Pour la première fois depuis septembre 1939, la violence avait cédé à l\u2019humanité.Deux jours avant la libération de la ville, Pie XII avait dit encore une fois que « quiconque oserait lever la main contre Rome serait coupable de matricide aux yeux du monde civilisé et devant les jugements de Dieu ».Ces paroles eurent-elles quelque effet sur le haut commandement allemand ?Les Nazis se rendirent-ils compte qu\u2019une tentative insensée de défendre Rome ne pouvait que les déshonorer?En tout cas, le soir du 4 juin, pour la première fois depuis le début de la guerre, nous éprouvâmes autre chose que de l\u2019amertume en pensant aux armées allemandes.Nous leur fûmes reconnaissants d\u2019avoir abandonné Rome en paix.Nos chefs civils et militaires ont bien mérité de l\u2019histoire en ne pressant pas leur attaque contre Rome.Le soir du 4 juin, un demi-milliom de personnes se précipitèrent sur la place Saint-Pierre pour remercier Dieu avec le Pape de la délivrance inespérée de leur ville.Attila s\u2019était éloigné.Pie XII prenait place dans l\u2019histoire à côté de saint Léon le Grand.La prière du monde avait été entendue.On n\u2019a pas apprécié exactement la portée des paroles prononcées par Pie XII au sujet de la paix, le 2 juin.Dans n\u2019importe quelle guerre où l\u2019un des belligérants réussirait à obtenir une victoire claire et indubitable par l\u2019emploi exclusif du glaive, ou d\u2019autres moyens d\u2019irrésistible coercition, il serait à même de dicter matériellement une paix injuste qu\u2019il imposerait par la force.Il est certain que personne dont la conscience soit éclairée par les principes de justice ne pourra reconnaître dans une solution aussi précaire le caractère d\u2019une sagesse prudente et assurée.On a voulu conclure que le Pape, condamnant la thèse alliée de la « reddition sans conditions », s\u2019était prononcé pour « une paix blanche ».C\u2019est, croyons-nous, fausser la pensée du Pape.Ce qu\u2019il demande, c\u2019est que les armées victorieuses aient souci de la justice et de l\u2019équité, qu\u2019elles se laissent guider par les principes du droit.Il n\u2019a pas dit qu\u2019il ne fallait pas détruire les armées.Il demande seulement que l\u2019on ne détruise pas les nations, mais qu\u2019on leur laisse l\u2019espoir d\u2019avoir une vie nationale.Cette préoccupation est-elle vaine?Si nos premiers et nos plus fidèles alliés, les Polonais, regardent l\u2019avenir avec tant d\u2019inquiétude, que doivent penser les Allemands?Tous ceux qui écrivent sur la situation intérieure de l\u2019Allemagne insistent sur l\u2019épouvante que les Allemands ressentent à la pensée de déportations massives vers l\u2019est.Ce qui arriva aux Polonais n\u2019est pas pour les rassurer.Si les Allemands ne peuvent prévoir que leur anéantissement total comme nation, ils se battront avec une furie de désespérés.Le président Roosevelt avait pressenti cela quand il annonça que nous luttions pour que la liberté revienne sur la terre.Il ne peut être question, à l\u2019heure qu\u2019il est, de ressusciter les quatorze points du président Wilson.Il ne serait pas inutile de faire savoir aux Allemands que, s\u2019il y aura des sanctions nécessaires et des précautions qui devront être, cette fois, efficaces, ils seront traités avec une justice qu\u2019ils n\u2019accordèrent point aux peuples qu\u2019ils conquirent.Avec la libération de Rome, on peut espérer que la bienfaisante action du Saint-Siège en faveur des prisonniers et victimes de la guerre pourra prendre une ampleur nouvelle.Déjà les provinces libérées de l\u2019Italie méridionale et centrale implorent notre charité.La France se redresse.Nos armées y trouveront la plus pitoyable misère.Le 18 juin, à la demande des évêques du Canada, une quête a été faite dans toutes les églises, chapelles et oratoires du pays pour recueillir les fonds à transmettre au Pape.Ne nous faisons pas d\u2019illusion: cette quête ne donnera au Pape qu\u2019une toute petite partie de ce qu\u2019il lui faut.Quelques sous, quelques dollars donnés le 18 juin ne nous déchargeront pas de cette obligation que Dieu lui-même, par l\u2019appel de son Vicaire, impose à notre abondance.L\u2019argent ne manque pas; il roule, il se gaspille.Au nom du Christ dont il est le Vicaire, au nom des millions de prisonniers, de veuves, d\u2019orphelins dont il est le Père, au nom de tous ceux qui souffrent et ont recours à Lui, le Pape nous supplie d\u2019être généreux.Continuons à remplir la bourse du Pape.Il la videra sur le monde en pluie de paix et de miséricorde.LE MONDE DEPUIS QUELQUE TEMPS, on attri-^ bue de plus en plus fréquemment la tâche de créer et de maintenir la paix à un petit groupe de grandes puissances; on songe surtout aux Trois de Téhéran: U.R.S.S., Angleterre, États-Unis.Le reste du monde tomberait plus ou moins sous l\u2019influence ou la surveillance de ces Trois.On semble déjà avoir attribué à l\u2019U.R.S.S.la Pologne et les anciens États baltes.Que les principaux Alliés se réunissent pour étudier la conduite de la guerre, rien de plus louable; ils fournissent les plus gros efforts, à eux de déterminer la stratégie à suivre.Qu\u2019ils prétendent organiser seuls la paix, voilà qui nous remplit de la plus vive inquiétude.Nous risquerions d\u2019avoir une paix, non basée sur la justice, mais imposée par la volonté des plus forts, autant aux petits alliés qu\u2019aux ennemis.Les petites nations sont un élément essentiel de stabilité et de paix, pourvu qu\u2019on respecte leurs droits.Les guerres ont toutes la même origine: un requin veut dévorer plus petit que soi.Jadis, le requin dévorait, tout simplement; aujourd\u2019hui, il justifie sa gloutonnerie en mettant sa propagande supérieure, mieux outillée, au service de ses rapines.Les petites nations sont non seulement opprimées, mais déshonorées.En garantissant les droits des petites nations, nous garantissons en même temps les droits des grandes nations.Si nous sacrifions les droits des petites nations et, avec elles, le droit international, rien ne sauvera les « grandes » nations le jour où elles auront trouvé plus gros qu\u2019elles.Les guerres deviendront nécessairement de plus en plus démesurées, de plus en plus apocalyptiques.On n\u2019a jamais eu autant besoin d\u2019honnêteté et de justice qu\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est pourquoi nous venons de lire avec le plus vif intérêt l\u2019article que George T.Renner vient de publier dans Collier's (3 juin 1944) sous le titre de Peace by the Map.JUILLET 1944 191 L\u2019auteur avance une série impressionnante d\u2019arguments, tirés de la géographie, pour démontrer que la combinaison qui doit assurer la paix est faite de trois nations: U.R.S.S., Chine, États-Unis.L\u2019action de ces trois nations, pour la guerre et la paix, serait irrésistible.« Such a combination would make the little Rome-Berlin Axis and its bid for totalitarian world control look like a piker\u2019s bet.» A la place d\u2019un axe, nous aurions un triangle.Quelle serait, dans tout cela, la place de l\u2019Empire britannique ?Je souligne un mot dans la phrase de M.Renner: Actually, the geographic position of Britain in the coming Air Age will be much weaker than our own situation will be.In the present transition period, however, the naval power and the moral and financial strength of Britain make her essential to any world organization.The crux of any plan for peace lies in the united mobilization of the four Great Powers.Cela, dans la « transition period ».Et après?Quant au Canada, « she can only be regarded as a perpetual friend and political ally of the United States ».Le lien qui rattache le Canada à l\u2019Empire britannique n\u2019impressionne pas M.Renner.Il déplore « the large amount of politico-clerical sniping at Russia » qui a lieu aux États-Unis.Je ne voudrais certes pas manquer de justice à l\u2019égard de M.Renner, mais pourquoi ne recherche-t-il pas les causes de ^ cette méfiance à l\u2019égard de la Russie qu\u2019il constate aux États-Unis?Si le monde doit être régi par la seule force, M.Renner a raison: qu\u2019on se mette d\u2019accord avec la Russie à n\u2019importe quel prix, \u2014 même à celui de sacrifier les plus fidèles des Alliés.Cette fois, ce n\u2019est plus seulement la Pologne qu\u2019on lâcherait, mais l\u2019Angleterre et son Empire.Et les grands espoirs suscités par la Charte de l\u2019Atlantique, par les déclarations si profondément humaines du président Roosevelt feraient place à une nouvelle série de chaînes, en attendant que « deux » des « trois » s\u2019allient contre le troisième.Car, qui croit à la pérennité des alliances basées sur les seules forces militaires ?FRANCE APPÈS UNE NUIT de quatre ans, Vau-rore se lève dans le ciel de France.On dirait que sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, qui aimait tant chanter les gloires de Jeanne d\u2019Arc et de Geneviève, a attiré les armées alliées sur le sol de Normandie.La libération commence.Elle comportera sans doute de terribles sacrifices: elle exigera de nos troupes une abnégation totale.Les deux grands chefs d\u2019État alliés, le roi d\u2019Angleterre et le président des États-Unis, mirent cette entreprise sous la protection de Dieu en appelant leurs peuples à la prière.Nous sommes conscients, dit le roi, de nos manquements présents et passés.Nous ne demanderons pas à Dieu qu\u2019il fasse notre volonté, mais nous demanderons d\u2019être aptes à accomplir la volonté divine.Et nous osons croire que Dieu s\u2019est servi de notre nation et de notre empire comme d\u2019un instrument pour mener à bout ses desseins.Le président Roosevelt annonça en quelques mots le débarquement des troupes.Puis, devant tout le peuple des États-Unis, tandis que dans les cinq parties du monde les soldats américains écoutaient avec recueillement la voix de leur chef, il s\u2019adressa à Dieu.Tout son discours fut une prière.En plaçant, avec une solennité inusitée, la libération de la France sous la protection de Dieu, les Alliés ont fait un acte de foi et d\u2019abandon à la volonté divine.La France officielle avait trop oublié ses prières.Avec Clovis, elle était sortie rayonnante du baptême pour entreprendre sa marche à la gloire.Depuis trop longtemps, ceux qui dirigeaient ses destinées ne priaient plus, prétendaient se passer de Dieu.La Fille aînée de l\u2019Église se réveille, en entendant l\u2019univers prier autour d\u2019elle.Dieu veuille que ce recueillement solennel préside aux destinées de la France ressuscitée.Nos vœux accompagnent nos soldats.Dans la France emprisonnée, l\u2019espoir fait tressaillir les âmes.Quel frémissement soulève le pays tout entier! Il y aura sans doute des soulèvements, d\u2019horribles représailles.Dieu donne qu\u2019il n\u2019y ait plus de divisions entre Français.Un pays écrasé par l\u2019ennemi se divise toujours.Telle est la raison profonde de la désunion qui met aux prises les citoyens d\u2019un pays qui a perdu le contrôle de ses destinées.Si les Français acceptent leur libération des mains de Dieu, ils retrouveront, avec la paix, la fraternité française trop longtemps déchirée.MEXIQUE /'AA ASSISTE, depuis quelques semaines, ^ à une véritable levée de boucliers contre le synarchisme.Nous avons déjà renseigné nos lecteurs sur ce mouvement apolitique mexicain, qui condamne toute violence, et tend à rebâtir l\u2019unité mexicaine dans le travail et la légalité (Relations, février 1943).Le journal américain PM ouvrit le feu avec son exactitude accoutumée! Plus graves sont les accusations énoncées par Miriam Chapin dans la Saturday Night (20 mai 1944).Elles ont été mille fois réfutées, mais elles reviennent avec une ténacité inexplicable.« Le principal instigateur (du synarchisme).fut Hellmuth Oskar Schreiter.» On veut à tout prix rattacher les synar-chistes à l\u2019étranger.Oskar Hellmuth Schreiter fonda à la ville de Guanajuato (État de Guanajuato) une section du Fichte Bund nazi vers la même époque où les synarchistes lancèrent leur mouvement dans la ville de Leon (État de Guanajuato), c\u2019est-à-dire en 1937.Il n\u2019y a pas de rapports entre les deux organisations.Le Fichte Bund, étranger, ne put prendre racine à Mexico.Quand on commença à accuser les synarchistes d\u2019attaches nazistes, ils rejetèrent cette accusation avec la plus grande énergie.On comprend que d\u2019honnêtes adversaires aient pu confondre les deux organisations.Après la mise au point synarchiste, il est malhonnête de la répéter.En visite à Mexico, nous eûmes l\u2019occasion de causer avec le groupe dirigeant des synarchistes.Nous fîmes plusieurs vives sorties contre le nazisme: elles rencontrèrent de leur part la plus vive approbation.S\u2019il est vrai que les synarchistes n\u2019ont pas d\u2019attache avec l\u2019Allemagne nazie, ou l\u2019Italie fasciste, ou la Phalange espagnole, il semble établi que leurs adversaires entretiennent des rapports beaucoup plus étroits avec l\u2019U.R.S.S.PM reprocha à l\u2019ambassadeur américain, M.Messersmith, de maintenir une réserve trop accentuée vis-à-vis des « républicains espagnols, allemands, anti-nazis, italiens anti-fascistes, autrichiens démocrates » et Lombardo Toledano.C\u2019est une critique que l\u2019on ne peut faire à M.Oumansky, ambassadeur des Soviets à Mexico, dont l\u2019influence est grandissante.M.Messersmith connaît la distinction entre un « démocrate » et un simple « camarade ».Miriam Chapin accuse les synarchistes d\u2019avoir une « milice ».Les synarchistes n\u2019ont pas de milice; il leur est interdit de porter des armes.Plus d\u2019une centaine d\u2019entre eux ont été tués par leurs adversaires politiques.En revanche, nous avons vu défiler, dans les rues de Mexico, les milices armées de la Confédération des Travailleurs Mexicains qui proclamaient, sur leurs bannières, un véritable défi à l\u2019adresse du Gouvernement.Ces milices armées sont les adversaires acharnés des synarchistes désarmés.Comment raisonner avec une Miriam Chapin qui reproche injustement à ses adversaires ce que font ses amis ?La bonne foi de la « Saturday Night » reste intacte.Sa réputation d\u2019informateur consciencieux a été atteinte.Le Commonweal (8 juin 1944) s\u2019est joint à l\u2019attaque.Il n\u2019est plus ici question de milices, de violences, d\u2019attaches 192 RELATIONS avec l\u2019étranger, de nazisme.L\u2019information est sérieuse, mais l\u2019image est tordue.M.Edward Skillin Jr réduit ses griefs à trois: 1° « L\u2019organisation synarchiste est autoritaire et très centralisée.» Ce centralisme est tempéré par les éléments suivants: a) tout recours à la violence est interdit, et les synar-chistes doivent toujours rester complètement désarmés; b) les autorités synarchisteS n\u2019ont aucun moyen de contrainte vis-à-vis de leurs partisans indociles; c) l\u2019autorité à laquelle il faut obéir ne repose pas seulement dans les chefs du mouvement.Toute autorité légitime, civile ou religieuse, doit être obéie à moins qu\u2019elle ne commande (le cas peut arriver pour l\u2019autorité civile) des actes manifestement immoraux.Depuis de longues années, le Mexique a été livré à l\u2019anarchie; ses politiciens, négligeant le bien commun, ont utilisé leurs positions en vue de leur avantage personnel.Le peuple mexicain, écrasé par la mordelomanie (la nécessité de payer constamment des pots-de-vin à d\u2019innombrables fonctionnaires), ne respecte plus la loi.Le premier pas vers le relèvement national doit être le rétablissement du respect envers l\u2019autorité.2° « Il exige l\u2019obéissance aveugle de ses membres.» Toute organisation exige l\u2019obéissance de ses membres.Le synarchiste peut et doit désobéir a) si on lui demande des actes immoraux, b) si on lui demande des actes de violence.Son obéissance n\u2019est donc pas « aveugle », puisqu\u2019elle est très fortement limitée par la nature même du mouvement.3° « L\u2019élément du secret est tellement grand que même les chefs doivent faire des signes secrets pour se faire reconnaître les uns des autres.» Telle serait la critique la plus grave contre le synarchisme.Or, l\u2019Église qui a condamné les sociétés secrètes (Franc-Maçonnerie, Fenians, etc.) à cause de leur secret, n\u2019a pas condamné le synarchisme.C\u2019est donc a) que le secret n\u2019est pas absolu, b) qu\u2019il ne comporte pas le danger que les synarchistes commettent des actes immoraux.Le secret n\u2019est pas absolu, car quiconque n\u2019est pas un adversaire résolu du mouvement peut arriver à s\u2019informer adéquatement.Il est possible que les synarchistes se méfient de M.Skillin après son malveillant article.Qui leur en fera reproche ?Les pistolets partent facilement au Mexique.M.Skillin voudrait-t-il que tous les synarchistes soient immédiatement désignés aux pistoleros des milices armées ?D\u2019autre part, on aimerait voir M.Skillin s\u2019inquiéter un peu: a) du secret de la Franc-Maçonnerie qui, depuis l\u2019arrivée de M.Joël Poinsett en 1822, a causé tant de malheurs au Mexique; b) du secret du Parti communiste qui vient de constituer, s\u2019il faut en croire America du 3 juin, une immense centrale de propagande pour toute l\u2019Amérique latine; c) des négociations entre les grandes firmes américaines et le Gouvernement mexicain qui, si elles furent fructueuses pour les firmes susdites, l\u2019ont été moins pour le peuple mexicain.EL SALVADOR /'\"W ATTACHE une importance con-^ sidérable à Vinsurrection qui vient de chasser le président Maximiliano Hernandez Martinez du Salvador.Les révolutions sont fréquentes en Amérique latine.Pour la première fois, tout un peuple s\u2019est révolté contre son Gouvernement.L\u2019unanimité a été totale et victorieuse.Le président Martinez fut élu vice-président en 1931: il eut tôt fait d\u2019organiser une révolte militaire, d\u2019écarter le président, de prendre sa place.En 1932, il écrasa une insurrection communiste avec une terrible violence: d\u2019après les chiffres officiels, on aurait tué 5,000 insurgés; d\u2019autres parlent de 12,000 morts.Après cela, Martinez gouverna son pays avec une main de fer.Il se disait théosophe; il était certainement franc-maçon.La Loge « Excelsior 17 » lui rendit ce témoignage au début de 1944: Comme maçon et philosophe, dans le Temple Maçonnique et au dehors, il a toujours travaillé au bien de l\u2019humanité, manifestant qu\u2019il était imprégné de l\u2019esprit d\u2019enseignement et de fraternité maçonniques dans ses conférences à la radio, doctes leçons d\u2019amour fraternel, répandues dans tous les milieux de la République.Ce labeur constant d\u2019enseignement, réalisé par l\u2019Illustrissime et Potentissime Frère Hernandez Martinez, sera fécond et portera ses fruits dans la conscience de la Fraternité Salvatorienne.Ses relations avec les États-Unis étaient cordiales.Il déclara la guerre au Japon le 8 décembre 1941 : les gens d\u2019affaires installés au Salvador n\u2019avaient pas à se plaindre de lui.Il maintenait 1\u2019 « ordre » pour eux.Au début de cette année, il changea la Constitution et décida de rester président jusqu\u2019en 1949.Le 2 avril, quelques militaires, commandés par le colonel Tito Romero, se révoltèrent.Durant deux jours, la bataille fit rage.De la forteresse « El Zapote », les troupes fidèles au président bombardèrent la ville.On parle d\u2019un millier de morts.On rapporte que le colonel Calvo s\u2019en alla demander asile à l\u2019ambassade américaine.M.Thurston lui aurait répondu, correctement d\u2019ailleurs, qu\u2019il ne pouvait rien faire pour lui.Les ambassades de Costa-Rica, du Pérou, de Guatemala, d\u2019Espagne ouvrirent leurs portes à ceux qui leur demandèrent asile.Le peuple salvadorien accueillit les fugitifs.Puis, Martinez commença les représailles.Le clergé, les dames, les vieillards se présentèrent au palais, demandèrent clémence.Le président s\u2019entêta dans son attitude et les fusillades reprirent de plus belle.Le peuple entier s\u2019indigna.On déclara la grève générale.Le signal en devait être une messe célébrée le 5 mai, dans l\u2019église du Très-Saint-Rosaire, au centre de la ville, pour le repos de l\u2019âme de ceux qui avaient été fusillés.On interdit cette messe et le Gouvernement fit installer des mitrailleuses devant l\u2019église.Le peuple vint quand même et les soldats ne tirèrent point.Alors la grève devint universelle.Les médecins et les gardes-malades, les pharmaciens, les négociants de toute espèce, les conducteurs d\u2019autobus, les cheminots, tout le monde se mit en grève.Les femmes n\u2019apportaient plus leur marchandise au marché.Les écoles se fermèrent et les enfants circulèrent par groupes dans les rues.On s\u2019était uni sur un seul point: que le président s\u2019en aille.Le président s\u2019en alla au Guatemala et l\u2019on constitua un gouvernement provisoire.Le Criterio du 14 mai, montrant que l\u2019Église ne s\u2019occupa pas de politique, commente ainsi les événements: Quelle fut l\u2019attitude du clergé, depuis les événements tragiques du 2 avril jusqu\u2019au triomphe final ?D\u2019abord, aussitôt que la révolte armée fut écrasée, le clergé dut protéger les persécutés, intervenir en faveur des détenus, encourager les condamnés à mort en les aidant à bien mourir, consoler les veuves, orphelins et autres parents des fusillés, prodiguer à tous les marques de sa sollicitude.Quand la grève eut éclaté, l\u2019Eglise ne cessa de recommander la tranquillité, la douceur, la sérénité, éviter que l\u2019idée de vengeance s\u2019empare des esprits, que la violence d\u2019une lutte fratricide n\u2019ensanglantât encore la patrie.Elle se dédia avec enthousiasme à l\u2019œuvre vraiment chrétienne de secourir les pauvres, les ouvriers, tous ceux que la grève privait du pain quotidien.Constamment, elle fit prier pour que la paix et la tranquillité reviennent rapidement au pays.La République du Salvador a montré qu\u2019un peuple, même minuscule, pouvait accomplir de grandes choses quand il savait s\u2019unir.Un gouvernement provisoire a été constitué; les élections se préparent.Joseph-H.Ledit.JUILLET 1944 193 LIVRES RECENTS SOCIOLOGIE La Femme et sa mission.\u2014 Collection « Présences ».Cahier fait en collaboration.Paris, Plon; Montréal, Éditions de l\u2019Arbre.274 pp., 19.3 cm.1ES HOMMES parlent beaucoup des femmes, et les femmes ' aussi d\u2019elles-mêmes: j\u2019ai rarement entendu propos aussi pertinents sur le sujet que ceux des collaborateurs à ce cahier de la collection « Présences ».La femme, de l\u2019esclave des temps anciens, de la « dame » cajolée mais toujours « mineure » de l\u2019époque chevaleresque, est devenue désormais la compagne de l\u2019homme, partageant avec lui soucis financiers, passions politiques, activités sociales, joies culturelles.Cette émancipation est-elle un progrès ?Question oiseuse.Mieux valait constater le fait, déduire la lourde tâche qu\u2019il impose à la femme pour accéder à ses nouvelles responsabilités, souligner la compréhension et la délicatesse qu\u2019il exige de l\u2019homme qui peut et doit partager avec elle les problèmes de la famille et de la cité.C\u2019est ce qu\u2019ont fait de façon magistrale les auteurs de cet ouvrage, en particulier Pierre-Henri Simon dans une étude philosophique remarquable.Il faut savoir gré aux auteurs d\u2019avoir surtout insisté sur cette donnée essentielle de la question: la femme ne remplira vraiment sa mission civilisatrice dans le monde qu\u2019en restant « féminine ».Sa valeur auprès de l\u2019homme est d\u2019être autre.Chaque fois qu\u2019elle veut se substituer à l\u2019homme, elle se perd et l\u2019homme avec elle.Les cercles d\u2019études de jeunes filles et même de jeunes gens trouveront grand profit à lire et analyser ensemble les essais de ce volume.Qu\u2019ils ne se laissent pas rebuter par la « métaphysique » qu\u2019on y annonce souvent: elle est de celle qu\u2019on fait tous les jours, comme la prose de M.Jourdain.Il est regrettable que la lecture de ce volume soit gâtée par les défauts d\u2019impression, v.g.texte inégal et souvent trop pâle: l\u2019ouvrage méritait mieux.U Immaculée-Conception.\tStéphane Valiquette.Abbé Jean Bergeron: L'Agriculture et FÉglise.\u2014 Chez l\u2019auteur, à Québec, 89, Avenue Casot, 1944.210 pp., 19.5 cm.religieux et aux religieuses, comme lecture spirituelle, à l\u2019époque des triduums et des retraites annuelles.Nous souhaiterions que l\u2019auteur ne s\u2019arrête pas en chemin et nous donne avant longtemps le pendant du présent volume, qu\u2019il intitulerait Vertus.L\u2019Immaculée-Conception.Paul Fontaine.Marche en ma présence et tu seras parfait.\u2014 Carmel de Montréal, 1944.148 pp., 15 cm.EXCELLENT petit traité de la présence de Dieu.La doctrine en est puisée aux meilleurs auteurs: saint Thomas, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, etc.Nous recommandons chaleureusement cet ouvrage non seulement aux membres du clergé et aux communautés religieuses, mais aussi aux personnes du monde qui désirent avancer dans la vie spirituelle.L\u2019Immaculée-Conception.\tPaul Fontaine.HISTOIRE ET GUERRE René Grousset: Histoire de la Chine.\u2014Paris, Librairie Arthème Fayard, 1942.AU TERME de la première année de guerre sino-japonaise, les L prophètes de malheur ne se lassèrent pas de vouer la Chine à une défaite imminente.Une puissance arriérée, en pleine crise intérieure, plus ou moins réfractaire au concept même d\u2019unité nationale, ne saurait résister longtemps à la formidable force d\u2019offensive du Japon militarisé.Et pourtant, sept ans plus tard, nous retrouvons la Chine sur la brèche, rénovée et fortifiée par l\u2019expérience, s\u2019affirmant de jour en jour contre un ennemi fatigué.On s\u2019étonne, on cherche une explication au phénomène.L\u2019ouvrage de René Grousset fournira au lecteur les éléments de la réponse cherchée.Le passé expliquera le présent, qui au fond n\u2019est qu\u2019une répétition.Le titre de la Collection où s\u2019insère l\u2019ouvrage, non moins que la renommée de l\u2019A.lui-même, garantit le sérieux du travail et la sûreté de la documentation.U Immaculée-Conception.Guy Painchaud.ARDENT plaidoyer en faveur de notre capital nécessaire, les ¦CV* familles-souches des campagnes, que nos négligences administratives ont trop laissé changer en familles instables des villes.Plaidoyer à l\u2019emporte-pièce, qu\u2019on voudrait à l\u2019emporte-fonc-tionnaires.L\u2019auteur emploie ses loisirs forcés de colonisateur à lire des livres féconds, qu\u2019il cite abondamment, nerveusement, au profit des trop pressés \u2014 ou pas assez.Le feu sacré, les témoignages séculaires, divins et humains, la triste expérience nationale et les raisons de bon sens s\u2019accumulent pour prouver l\u2019urgence de doubler notre paysannerie, d\u2019établir au plus tôt dans le Québec les 100,000 familles nouvelles qui nous sauveront.La finance, les clubs et les journaux politiques n\u2019y tiennent guère; mais ils ont tort.Ils devraient prévoir mieux.Les trouvailles de mots font oublier les virgules qui manquent.Les belles citations, l\u2019allant du style et surtout l\u2019âme profondément rurale et chrétienne qui court entre les pages, font de cette somme le livre des convaincus, des vrais fils du sol et des continuateurs de célébrations patriotiques.Alexandre Dugré.VIE CHRÉTIENNE Paul-Henri Barabé, O.m.i.: Obstacles.\u2014 Montréal, Éditions Fides; Ottawa, Éditions de l\u2019Université.301 pp., 19.5 cm.UN EXCELLENT OUVRAGE de spiritualité où l\u2019auteur s\u2019attaque aux principaux défauts qui empêchent l\u2019ascension de l\u2019âme vers Dieu.Après les premiers chapitres, un peu laborieux, la marche devient plus souple et, jusqu\u2019à la fin du volume, les sujets sont traités d\u2019une manière sûre et très pratique.Cet ouvrage sera d\u2019un grand secours aux aumôniers de communautés pour étoffer leurs instructions; il sera aussi utile aux André Labarthe: Retour au feu.\u2014 New-York, Éditions de la Maison française, 1943.281 pp., 19.8 cm.LE RETOUR AU FEU des Français en Afrique, en Italie, J émerveille les soldats tout neufs qui combattent à leurs côtés.Ce récit de la part jouée dans la campagne de Tunisie par la minuscule « armée de l\u2019armistice » semble un fragment retrouvé d\u2019une très vieille épopée.Irrésistiblement nous pensons: « Ils sont irréductibles.» Pour atteindre à cette hauteur et à cette continuité dans le courage, pour de tels recommencements, il faut que l\u2019âme française soit encore étrangement jeune.Français, vous demeurez un motif d\u2019espoir.Après le récit de la défaite, si réfléchi, si digne, après Printemps tragique et Pilote de guerre, il faut lire Retour au peu.Robert Bernier.Sous les drapeaux.\u2014 Montréal, Les Éditions Ouvrières, 1943.142 pp., 19.4 cm.C\u2019EST LE PREMIER volume d\u2019une série de trois présentée par le Service Jociste du Soldat.Les jeunes militaires, dans 1,200 passages tirés de leurs lettres, racontent leur vie, donnent librement leur opinion sur une foule de sujets.Cet exposé sincère et touchant de leurs problèmes et de leurs souffrances attirera naturellement la sympathie du lecteur.André Linné et Edmond Nessler: Les Champs secrets.New-York, Éditions de la Maison Française, 1943.246 pp., 19 cm.REPORTAGE.Les A.apportent des faits pour montrer que la France occupée ne prend pas son parti de la situation, et que les quelques partisans d\u2019une collaboration humiliante ne font qu\u2019ajouter aux douleurs des Français qui le restent.La 194 RELATIONS façon qu\u2019ils ont choisie, celle du scénario, bribes de conversations et décor en petit texte, donne à leur récit l\u2019intérêt du cinéma.L\u2019ensemble des faits est groupé autour d\u2019une entreprise de contre-espionnage qui dérobe aux Allemands le secret d\u2019un métal avantageux dans la construction des avions.L\u2019idylle-éclair et telle scène un peu réaliste sont la rançon du genre.Mais on trouve dans ce livre des formes admirables de ce qu\u2019est le dévouement à une cause.L\u2019Immaculée-Conception.\tRoüer Marcotte.G.-K.CHESTERTON: La Barbarie de Berlin.Traduit de l\u2019anglais par Isabelle Rivière.Paris, Gallimard; Montréal, Éditions Variétés, 1944.157 pp., 19.3 cm.BROCHURE qui parut en 1915.Quand la traduction fut éditée par Gallimard, en 1938, elle n\u2019avait rien perdu de son actualité.Chesterton a raison de réprouver la difformité intellectuelle et morale qui « justifia » l\u2019invasion de la Belgique en 1914.Tant que les hommes vivront en société, on tiendra sans doute les citoyens ou sujets d\u2019un État responsables de ce que font leurs gouvernements.Nous n\u2019aimons pas ces généralisations sur « les Allemands » ou « les Anglais » ou « les Américains ».En temps de guerre, c\u2019est vrai, on pense et l\u2019on agit collectivement, en nation.Espérons qu\u2019un temps viendra où, avant de voir si un homme appartient à une nation ou une autre, nous reconnaîtrons en lui un individu, avec des qualités, des défauts, une conscience et une responsabilité personnelles.Joseph Ledit.Major général Vanier: Paroles de guerre.\u2014 Montréal, Éditions Beauchemin, 1944.145 pp., 19.4 cm.CE LIVRE CONTIENT les discours prononcés par l\u2019auteur comme président conjoint du Comité civil pour le Recrutement, région militaire de Montréal, et comme officier commandant de la région militaire de Québec.Parlant sur des thèmes connus, l\u2019A.s\u2019y révèle grand soldat, avec un haut idéal, et grand catholique.Il n\u2019ambitionne pas moins que la première place pour les soldats canadiens! L\u2019Immaculée-Conception.Edmond Desrochers.LITTÉRATURE Roger Lemelin: Au pied de la Pente Douce.\u2014 Montréal, Éditions de l\u2019Arbre, 1944.333 pp., 19.5 cm.VOICI UN ROMAN qui sera beaucoup lu, fera beaucoup parler, et fera rire davantage; mais, ce qui importe pardessus tout, il ouvrira des yeux, fera germer le sens de la responsabilité sociale, suscitera des initiatives chez notre jeunesse tellement disponible, l\u2019incitera à se souvenir que l\u2019esprit chrétien ne consiste pas à crier « Seigneur, Seigneur », mais à « donner à manger à ceux qui ont faim et à vêtir ceux qui sont nus », c\u2019est-à-dire les trois quarts des Canadiens français de nos centres populaires urbains dont l\u2019auteur nous donne un instantané saisissant et tragique.Le jeune auteur en est à son tout premier ouvrage; mais au lieu de « promettre » comme on fait d\u2019ordinaire, il a, d\u2019emblée et du premier coup, tenu.Il témoigne d\u2019une vigueur de création et d\u2019une santé psychologique dont le roman canadien donne peu d\u2019exemples.La substance de l\u2019ouvrage \u2014 il s\u2019agit évidemment de pénétrer jusqu\u2019au cœur du sujet \u2014 est d\u2019une densité et d\u2019une plénitude extrêmement généreuses.Chose remarquable chez nous, l\u2019auteur ne plafonne pas dans le lyrisme, il ne fait pas du « réalisme » d\u2019école, il ne poétise pas à la Jammes; mais, en vous montrant, par son propre fait, qu\u2019il ne faut ja- mais désespérer de rien ni de personne en dépit de tous les encroûtements, il vous fait rire.Il vous fait rire par un humour d\u2019une qualité bien particulière, inouïe jusqu\u2019ici dans nos lettres, et où une apparente rosserie n\u2019est qu\u2019une forme de pudeur, une sorte de protestation implicite de respect pour les valeurs réelles et authentiques, auxquelles nous ne manquons jamais de préférer les caricatures sérieuses et les succédanés sentimentaux.L\u2019intrigue est réduite à un minimum.Denis Boucher, garçon de bureau, et Jean Colin, « marchand de vers à pêche », aiment tous les deux Lise, la « fille instruite » du marguillier Lévesque.Celle-ci les aime aussi alternativement tous les deux d\u2019un « amour de paroisse ».Elle n\u2019épouse pas Jean parce que celui-ci meurt d\u2019arthrite scrofuleuse, ni Denis, parce que le roman finit avant.Dans ce triangle élastique, l\u2019auteur fait tenir mille scènes croquées sur le vif, qui font du livre un roman de caractère à portée sociale.Vous vivez au cours des trois cent trente-trois pages dans le grouillement des taudis de tous ces quartiers populaires canadiens-français où pullule et grandit, comprimée au physique et au moral par un hermétisme étanche et entretenu, une jeunesse « devenue parasite d\u2019une petite antiquité qui pourrit dans ses traditions », et qui, « privée des terrains d\u2019action qui donnent à un pays une jeunesse forte, en était rendue à se contenter de torture morale, par désœuvrement ».Partout le trait et la couleur sont d\u2019un pittoresque prime-sautier, les tableaux sont rendus avec un art dépouillé, jailli de l\u2019observation immédiate, de la sensation directe.Écrit à l\u2019occasion d\u2019un milieu et d\u2019un cas particuliers, ce roman atteint cependant par la signification profonde de ses peintures et de ses réflexions, par la qualité des images, par l\u2019agencement de ses foyers d\u2019intérêt, par la stylisation de ses caricatures, par la finesse aiguë de l\u2019écriture, à l\u2019universalité du grand roman.Jacques Tremblay.REEDITIONS Paul Valéry: Poésies.\u2014Paris, Gallimard, 1930; Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1943.206 pp., 19.3 cm.IES POÉSIES de Valéry demeureront.A travers Racine et ' Mallarmé, il a réduit les grands abandons romantiques à des éléments limpides.Mais ce philosophe qui est un poète, et ce poète qui est un mathématicien, n\u2019a pas su ramener le nombre à l\u2019Unité, ni le relatif au premier Absolu.Qui se laisse séduire à ses enchantements, se laisse séduire à un mode de mirage.Alors qu\u2019une immense soif s\u2019est abattue sur les hommes, on comprend que leur faveur semble aller vers un Claudel et un Péguy, puisque ce n\u2019est pas d\u2019artistes avant tout qu\u2019ils ont besoin, mais de mystiques.U Immaculée-Conception.\tLuigi D Apollonia.La Fontaine: Fables.\u2014 Montréal, Éditions Variétés, 1943.373 pp., 18.5 cm.Cami: Le Jugement dernier.\u2014Paris, Éditions Baudinière, 1928; Montréal, Éditions Variétés, 1943.287 pp., 19.3 cm.VTOICI UNE ÉDITION complète enfin débarbouillée, lavée * de tous les commentaires, notes et autres écritures.C\u2019est net, frais, attirant.L\u2019A.n\u2019a sûrement pas « la goutte à l\u2019imaginative » ! Une reprise temporaire de la vie terrestre entre la Fin du monde et le Jugement dernier.Mélange de générations, situations si continûment cocasses qu\u2019on ne s\u2019étonne bientôt plus de rien.Sûrement trop bête pour être blasphématoire.U Immaculée-Conception.\tRoger Marcotte.LE CONGRES DE LA COLONISATION Volume de 160 pages, grand format, contenant les travaux présentés au Congrès delà Colonisation, les 10 et 11 avril dernier, ainsi que le résumé des discussions et le texte des vœux adoptés par les congressistes.Riche matière sur un sujet de la plus grande actualité.$1.00 l\u2019exemplaire, $1.10 franco.L\u2019EGLISE ET LE NATIONALISME par le P.Arès, s.j.Comment l\u2019Église juge-t-elle le nationalisme?Est-ce qu\u2019elle distingue entre un nationalisme sain, juste, légitime, et un nationalisme exagéré?Est-ce qu\u2019elle approuve et favorise le premier ?L\u2019auteur, appuyé sur des textes pontificaux récents, répond à ces importantes questions.32 pages.15 sous.ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE, 1961, RUE RACHEL EST, MONTRÉAL JUILLET 1944 195 NOUVEAUTÉS - r ALLOCUTIONS ET LETTRE DE S.S.PIE XII IXe fascicule, juin à décembre 1943 32 pages, 15 sous.QUI REORGANISERA L\u2019EUROPE?par Théodore Aubert conseiller fédéral de Suisse 32 pages, 15 sous.UN PROGRAMME DE PROPHYLAXIE SANITAIRE ET MORALE par Paul Gemahling, professeur à V Université de Strasbourg.16 pages, 10 sous.L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 206, rue du Pont\tTel.: 4-4641 QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS : Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ « Ctjarbomieau 4\tTümitée Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Ln ttoiâ motâ 1f Le Rotary de Montréal s\u2019est prononcé récemment en faveur d\u2019un manuel unique d\u2019histoire.Il est bien dans la ligne de son histoire: dès 1919, les Rotaries du Canada finançaient le congrès de Winnipeg de la Canada New Foundland Education Association, grand partisan d\u2019un bureau fédéral d\u2019éducation.1f Le cinquième anniversaire des cent mariages jocistes rappelle un grand événement social.La préparation avait été soignée: quatorze semaines d\u2019étude, récollections mixtes, retraites, conférences par un médecin.Après cinq ans: 204 enfants sont nés de 106 couples.Trois femmes seulement (sans enfants) travaillent hors de la maison.1f Joliette a célébré, le 21 mai, une fête d\u2019un caractère extraordinaire: la fête des familles de huit enfants ou plus.Voici une statistique qui est un poème: il y a, dans le diocèse, 825 familles de huit enfants vivants; 495 de neuf; 390 de dix; 222 de onze; 172 de douze; 105 de treize; 40 de quatorze; 16 de quinze; 15 de seize; 12 de dix-sept; 3 de dix-huit et 2 de dix-neuf.If Le docteur Warren S.Thompson, de la Scripps Foundation for Population Research, a affirmé devant le Boston University Institute on Post-War Problems que 30 pour cent des femmes américaines dans les villes étaient sans enfants et que 20 pour cent d\u2019autres n\u2019avaient qu\u2019un enfant.If Il y a aujourd\u2019hui 23,419,701 catholiques aux États-Unis, ce qui représente un gain de 474,454 dans la dernière année, dont 90,822 convertis, le plus haut chiffre atteint jusqu\u2019à présent.Heureuse compensation pour des pertes trop nombreuses.Tf La « Société des Relations Culturelles avec l\u2019Étranger » de l\u2019U.R.S.S.s\u2019est réunie en session extraordinaire pour célébrer le centième anniversaire de la naissance d\u2019Anatole France! H Jacques Maritain dit aux Américains qu\u2019il ne leur suffit plus de prier, mais que le temps est arrivé de faire de grandes processions et démonstrations de foi pour implorer de Dieu le pardon de leurs péchés.Tl Écoles sans-Dieu: une enquête a révélé que 1,477 étudiants des écoles d\u2019un comté du New-Jersey possédaient des armes à feu allant du pistolet au fusil; garçons et fillettes d\u2019une ville du Michigan ont une association dont les membres foulent aux pieds le drapeau américain, poignardent la Bible et font d\u2019autres sottises du même genre.1F Lu dans Maclean's, « Canada\u2019s National Magazine », numéro du 1er juin: « Pour soustraire les Quintuplettes à la publicité, certains croient que leur père les donnera à l\u2019Église, pour en faire des sœurs.» Que faut-il admirer le plus, l\u2019ignorance de l\u2019auteur ou la crédulité du lecteur ?Tl Le jour de l\u2019invasion, prélude de la libération française, la députation d\u2019Ottawa a entonné la Marseillaise, puis aussitôt après le God save the King.Et le O Canada ?H Sur les confins de deux districts militaires, un groupe d\u2019Anglo-Canadiens, en contravention formelle avec les règlements de l\u2019armée, vont faire leur entraînement dans le district voisin où un régiment au nom anglais les accueille.L\u2019un d\u2019eux, interrogé à ce sujet, de répondre en faisant allusion au nom français de l\u2019unité de sa localité: « Moi, je suis Anglais, pensez-vous que ce soit intéressant de porter ça sur l\u2019épaule! » Jaunisme parfait! Si tout d\u2019un coup les nombreux Canadiens de langue française du Black Watch et autres régiments « anglais » s\u2019avisaient de ne plus porter ça sur l\u2019épaule! 196 RELATIONS BN PATRON PARLE à SES CONTREMAITRES Sixième ^\\te&âag.e Vous devez vous garder d'introduire des saboteurs à l'usine, tant au point de vue moral qu'au point de vue professionnel.Une bonne méthode consiste à ne jamais embaucher immédiatement, à conseiller au postulant de revenir, afin de disposer du temps nécessaire à l'examen de son cas.Vous devez vous ingénier à rendre le travail intéressant et vivant.Accueillez bien les suggestions que vous présente l'ouvrier.Si elles n'ont aucune valeur, démontrez-le-lui gentiment; si, au contraire, elles sont utilisables,\tExtrait de laissez-lui tout le mérite de son ini- «DIRECTIVES aux tiative, récompensez-le.\tCONTREMAÎTRES » par M.EUGÈNE GIBEAU président de The SLATER Shoe et de l'Association Professionnelle UR HOMMES ET FEMMES\tdes Industriels c4chète BIEN qui achète chez é)npais?#ëres PLateau 5151 Nous vous invitons à venir vérifier le bien-fondé de cette devise lorsque vous aurez des achats à faire.865 EST, RUE STE-CATHERINE Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET La Banque Canadienne Nationale 514 bureaux au Canada 60 succursales à Montréal est la banque du public aussi bien que la banque des hommes d'affaires.Le gérant de succursale se tient à votre entière disposition, qu'il s'agisse de dépôts, d'emprunts personnels, de remises, de recouvrements ou de toute question d'ordre financier au sujet de laquelle vous désireriez le consulter.Actif, plus de $250,000,000 NOUVELLE ÉMISSION 3% - 3X% LES SOEURS DE MISÉRICORDE DE MONTRÉAL $1,332,000.00 échéant du 1er octobre 1944 au 1er avril 1964 entièrement garanties par le transport d'un octroi accordé par le gouvernement de la province de Québec, à même le fonds de l'Assistance Publique, en vertu de l'arrêté en conseil numéro 1897 en date du 3 juin 1944.Le produit de cette émission servira à l'agrandissement et à l'aménagement de l'Hôpital de la Maternité Catholique (Crèche de la Miséricorde), rue Saint-Hubert, Montréal.PRIX ET CIRCULAIRE SUR DEMANDE.CRÉDIT INTERPROVINCIAL, Limitée 10 OUEST, RUE ST-JACQUES, MONTRÉAL .BEIair 2614 - CONSEIL D'ADMINISTRATION - I.-Louis LÉVESQUE, J.-A.BOIVIN, N.P.(Berthierville), J.-Georges DUBÉ (Rimouski), Vianney FAVREAU, président\tvice-président\tdirecteur\tsecrétaire Aimé DOMINGUE, directeur général\tReprésentants : Lucien AUBIN (Joliette) \u2022 René LAPLANTE (Beauhamois) Votte testament!\\ Souvent trop occupé de ses propres affaires, l'exécuteur testamentaire par-ticülier n'a pas le temps voulu et que demande l'administration efficace d'une succession.Nommez cette Société votre Exécuteur testamentaire.Elle a été créée dans ce but et possède ces garanties : COMPÉTENCE PERMANENCE SÉCURITÉ \u2014 qu'aucune personne en particulier ne peut offrir « ss.JOSEPH SIMARD, O.B.E.président ALBERT HUDON\tHON.J.-A.BRILLANT, C.L.vice-présidents HERVÉ PRÉVOST\tGÉRARD FAVREAU directeur général\t,\tsecrétaire J.-H.CHRÉTIEN gérant à Québec Siège social: 10 ouest, rue St-Jacques MONTRÉAL Succursale: 132, rue St-Pierre QUÉBEC La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! JÇiiez donc\t^ L\u2019ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables À la compréhension de nos problèmes.Les deux dernières livraisons contenaient des études sur \u2022\tL'étatisation de la M.L.H.& P.\u2022\tL'homme d'affaires et son activité \u2022\tLa chasse et la pêche dans Québec \u2022\tL'histoire de la comptabilité \u2022\tL'agriculture et la science \u2022\tLa sécurité sociale \u2022\tVarennes par François-Albert Angers, Esdras Minville, Charles Frémont, Gérard Gardner, Edmond Caron, Fernand Corminboeuf, Benoît Brouillette On s'abonne à A\tS L\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales 535, AVENUE VIGER\tMONTRÉAL Abonnement : $3 En vente chez DÉ0M et à la librairie du DEVOIR : l\u2019exemplaire 35 cents (< Relation* \u201d voué plait, paââez-le à voâ ami4 IMPRIMERIE OU MCSSAQER, MONTREAL "]
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