Relations, 1 novembre 1944, Novembre
[" LA LOI D\u2019ASSURANCE-SANTE Émile BOUVIER mm PÉRIODE DE RENDEMENT (1910-1944) Louis C.de LÉRY « TO BE OR NOT TO BE.* Edgar SCHMIEDELER LA PETITE MAÎTRISE DE MONTRÉAL SUSPEND SES OPÉRATIONS.L\u2019ARTISANAT S\u2019IMPLANTE AU MANITOBA FRANÇAIS ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE S O M M A I R E t NOVEMBRE 1944 , Éditorial .\t.\t.\t.' .\t./ .\t.\t.281 L\u2019éducation aux provinces, s.v.p.Articles PÉRIODE DE RENDEMENT (1910-1944).Louis C.de Léry 283 L\u2019AVANT-PROJET DE LOI D\u2019ASSURANCE-SANTÉ.Émile Bouvier 286 LA VIE MORALE PERSONNELLE.Bernard Hardy 290 LE SCANDALE DE L\u2019ASCÈSE.Bernard Gingras 292 Commentaires.294 Le Père Louis Lalande.\u2014 Des Guérisseuses.\u2014 La paille et la poutre.\u2014 Au fil du mois: Héritages solides; Ces sociétés secrètes; « Northland Breweries Limited »; Des succès de coopératives; Education populaire; la XXIe Semaine sociale.Chroniques « TO BE OR NOT TO BE.» .Edgar Schmiedeler 296 LA PETITE MAÎTRISE DE MONTRÉAL SUSPEND SES OPÉRATIONS.Alfred Bernier 298 V:\tV '\t/ L\u2019ARTISANAT S\u2019IMPLANTE AU MANITOBA FRANÇAIS .Antoine d\u2019-Eschambault 300 L.-O.PAGÉ, INSPECTEUR D\u2019ÉCOLES .B.-O.Filteau 301 HORIZON INTERNATIONAL.302 États baltes et slaves.\u2014 Colombie.\u2014 Australie.\u2014 Italie.LES MATINÉES SYMPHONIQUES.Hélène Grenier 307 Livres récents 306 De Bergson à Thomas d\u2019Aquin Esquisse (Time pédagogie familiale.Le Chemin des écoliers.Agis aujourd\u2019hui.Libération de la liberté.La conquête de la paix.L\u2019Homme contre les tyrans .Contes et propos divers .Mondes chimér iques | Jazz vers l\u2019infini ] .Frédéric Saintonge Stéphane Valiquette .Louis C.de Léry .Paul Fontaine .Richard Arès .Paul Chambareaud .Louis C.de Léry .Victor Coulombe .René Girard En trois mots 308 NOS COLLABORATEURS Le P.Émile Bouvier, s.j., directeur du Service social industriel à l\u2019Université de Montréal et aviseur du Conseil des Hôpitaux catholiques du Canada, a été amené par ses fonctions à étudier de très près les diverses rédactions du projet de loi fédérale d\u2019assurance-santé.\u2014 Le P.Louis C.de Léry, sj., est professeur de droit canonique au scolasticat de l\u2019Immacu-lée-Conception et à l\u2019Université Laval.\u2014 Bernard Hardy est le pseudonyme d\u2019un réfugié d\u2019un pays occupé, qui a beaucoup écrit sur des questions religieuses.\u2014 M.l\u2019abbé Jules-Bernard Gingras, aumônier à Villa-Maria, est professeur à l\u2019Institut Pie-XI de l\u2019Université de Montréal et à l\u2019Institut familial.\u2014 Le R.P.Edgar Schmiedeler, o.s.b., est le directeur du Family Life Bureau de la National Catholic Welfare Conference, secrétariat permanent de l\u2019épiscopat étatsunien.\u2014 Le P.Alfred Bernier, s.J., est professeur de Liturgie au scolasticat de l\u2019Immacuiée-Conception et fondateur de la Petite Maîtrise de Montréal.\u2014 M.l\u2019abbé Antoine d\u2019Eschambault est le président de la Société canadienne d\u2019Enseignement postscolaire du Manitoba.\u2014 M.B.-O.Filteau est secrétaire du Comité catholique du Conseil de l\u2019Instruction publique de la province de Québec.\u2014 Mlle Hélène Grenier est secrétaire des Matinées symphoniques pour la jeunesse.RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Jacques Tremblay, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, (Tinformation et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA IVème année, No 47 Ecole Sociale Populaire, Montréal Novembre 1944 ÉDITORIAL L'ÉDUCATION AUX PROVINCES, S.V.P.pOUR TOUT VRAI CANADIEN, l\u2019autonomie des ^ provinces en matière d\u2019éducation est chose sacrée.Ce n\u2019est pas une relique d\u2019un passé révolu, mais une valeur très actuelle et très importante pour la paix, la prospérité de notre vie canadienne, comme pour les progrès de l\u2019éducation elle-même.On ne saurait, en effet, exagérer les méfaits de la centralisation au point de vue pédagogique.Elle tend forcément à étouffer l\u2019initiative chez les éducateurs et la vie dans l\u2019enseignement, facteurs indispensables de tout progrès.La direction des études tombe entre les mains de bureaucrates, de fonctionnaires.Les rapports et les directives impersonnelles remplacent les contacts intimes et bienfaisants avec le maître ou l\u2019institutrice, les élèves, les parents.Aussi les éducateurs sérieux redoutent-ils la centralisation.Subdivisions administratives, règlements adaptés aux différentes régions, administration des écoles confiée à des commissions locales élues par les pères de famille, sont des sauvegardes élémentaires de l\u2019autonomie scolaire et des droits primordiaux des parents.Chez nous, un monopole fédéral serait un désastre, tant au point de vue culturel que national.Le Canada est un pays biethnique.Non seulement les deux langues, française et anglaise, y sont officielles, mais les deux cultures y ont droit de cité, et sont protégées par toutes les garanties désirables, constitutionnelles et légales, en vue de leur libre expression et développement.C\u2019est un honneur pour vous, dit-on aux Canadiens français, de porter le flambeau de la civilisation française en cette terre d\u2019Amérique (Hon.Mackenzie King).Il y a plus encore.L\u2019harmonieuse concurrence des deux cultures contribue à la gloire et à la prospérité du Canada comme tel.Un universitaire anglo-canadien, le professeur Osborne, posait cette question à ses compatriotes manitobains en février 1935: « What has the French genius to contribute to our Canadian Nationality ?» Il répondait en citant trois valeurs que les Canadiens français apportent au patrimoine commun: « French brilliancy, disciplined intelligence and tenacity.» Voilà ce que certains devraient méditer; ceux qui trouvent encombrantes notre culture française, nos habitudes de vie françaises; ceux qui maugréent contre les défenseurs des droits provinciaux; ceux qui rêvent de simplifier tout cela en noyant tout le monde dans le grand tout canadien, anglais bien entendu! Un autre fait canadien importe grandement au point de vue scolaire: chez nous deux religions ont droit de cité, côte à côte, florissant dans le même air de liberté, la religion catholique et la religion protestante.Originairement les écoles du pays relevaient de l\u2019une ou de l\u2019autre.Au Québec les écoles sont demeurées confessionnelles.Dans les autres provinces, la neutralité a envahi l\u2019école et les catholiques ont dû ériger leurs propres écoles au prix de leurs privations.C\u2019est dire combien le problème scolaire fut chez nous et dès les débuts d\u2019une grande complexité.Pour le résoudre on dut de bonne heure opter pour la décentralisation.Sous l\u2019Union des Canadas, on en vint même à opter pour deux systèmes parallèles et à peu près complets: écoles, programme, dirigeants.Décentralisation que les Pères de 1867 s\u2019empressèrent d\u2019incorporer dans l\u2019Acte qui allait donner naissance à la Confédération canadienne: l\u2019éducation serait affaire exclusive des provinces.Ils suivaient en cela l\u2019exemple des pays mixtes, où deux religions, sinon deux cultures, coexistent et réclament leur place à l\u2019école.De même aux États-Unis, dès l\u2019époque coloniale, ce fut un principe intangible, plus tard inscrit dans la constitution de !a République, de laisser aux États la responsabilité de l\u2019éducation.Depuis, on a bien tenté, à diverses reprises, d\u2019augmenter l\u2019autorité de Washington aux dépens des États.Chaque fois, les amis de la liberté et du Way of Life américain se sont victorieusement opposés à ces menées centralisatrices.Parmi les plus ardents furent les catholiques, convaincus que la centralisation amènerait infailliblement un régime de contrainte et ruine- NOVEMBRE 1944 281 rait leur système d\u2019écoles privées bâties à leurs propres frais et sous le régime de la double taxe.Au Canada, comment être assez naïf pour s\u2019imaginer que le monopole fédéral respecterait davantage la liberté scolaire et les légitimes exigences de la minorité ?Comment oublier le traitement de parents pauvres, de citoyens de seconde zone, d\u2019« immigrants », imposé aux catholiques et, en particulier, aux Canadiens français dans les provinces à majorité anglaise ?A la lumière du passé, il est difficile de croire que la culture et la langue françaises, que l\u2019éducation catholique seraient mieux servies par un régime de monopole fédéral, à majorité protestante et anglaise! On peut, sans effort d\u2019imagination, prévoir les incompréhensions, les ignorances tenaces, les injustices même, auxquelles seraient exposées les écoles de la minorité, voire peut-être leur suppression éventuelle en dépit des droits acquis.A ce régime le Canada tout entier serait le perdant.Les entraves mises à l\u2019influence de la religion dans les écoles, au développement de la pensée catholique et française appauvriraient d\u2019autant le Canada en le privant des richesses culturelles de la minorité catholique et française.Et que dire des dissensions et des luttes qui ébranleraient la nation jusqu\u2019en ses fondements, la minorité ne pouvant accepter placidement la ruine de ses écoles et de sa culture.Voilà le danger que les Pères de la Confédération ont voulu écarter lorsqu\u2019ils décidèrent à l\u2019unanimité de laisser aux provinces la juridiction sur l\u2019éducation.C\u2019est la seule politique, leur disaient l\u2019expérience et la sagesse, capable de concilier les particularismes religieux et sociaux, de satisfaire les légitimes aspirations des deux groupes ethniques, signataires du pacte fédératif.Tout vrai Canadien a donc raison de proclamer intangible l\u2019autonomie provinciale en matière d\u2019éducation.Tout vrai Canadien a donc raison de condamner et de combattre les menées qui portent atteinte aux droits des provinces et préparent, de près ou de loin, la mainmise du fédéral sur l\u2019éducation de la jeunesse canadienne.Ces manœuvres sont le fait de groupes centralisateurs et remuants, d\u2019organisations dites nationales, d\u2019organismes plus ou moins officiels d\u2019Ottawa.Leurs efforts, depuis quelque temps, se tournent vers le vaste domaine de l\u2019éducation extra-scolaire.La radio se montre tous les jours un médium très puissant d\u2019éducation.L\u2019enseignement technique a acquis une telle importance qu\u2019il rivalise avec l\u2019enseignement proprement scolaire.Et l\u2019éducation physique, partie intégrante et indispensable de toute éducation équilibrée, fait des progrès continuels.Ce vaste champ éducatif est déjà envahi par les forces centralisatrices.Radio-Canada \u2014 dont la juridiction relève d\u2019Ottawa \u2014 s\u2019achemine vers le monopole d\u2019État, et déjà il tient les rênes serrées à la radio privée.Naguère se fondait une association de culture physique, The National Physical Fitness Association, issue d\u2019une conférence convoquée par 282 M.Laflèche, ministre fédéral, et chargée de distribuer les largesses du gouvernement central en faveur de la formation physique de la jeunesse.Et voici que l\u2019on promet de continuer après la guerre l\u2019organisation des Cadets de l\u2019Air \u2014 sous juridiction fédérale \u2014 dont le but avoué est, pour le temps de paix, d\u2019acheminer les jeunes vers les professions techniques.Signalons une autre organisation dont essaieront de se servir les centralisateurs: la Canadian Youth Commission création de la Young Men's Christian Association (Y.M.C.A.).Le domaine proprement scolaire, jusqu\u2019ici bien gardé par les provinces, subit lui aussi les infiltrations ou les enveloppements des centralisateurs.On parle de subsides fédéraux « pour hausser l\u2019éducation au niveau convenable ».On suggère l\u2019établissement d\u2019un « Bureau Fédéral d\u2019éducation » sous une forme ou sous une autre.Si l\u2019opposition se fait trop vive, on remise temporairement ses projets.Ou bien on tente d\u2019endormir les vigilances en protestant de ses bonnes intentions vis-à-vis des droits des provinces.Et pour montrer sa sincérité, on invite les provinces à se faire représenter dans les organismes de consultation, et d\u2019accepter les largesses du fédéral.Contre ces tentatives, il faut opposer autre chose que des mots, autre chose que des protestations sans lendemain.Il ne suffit même pas de mettre le cran d\u2019arrêt aux manœuvres hostiles.Il faut aller plus loin, prendre les devants.Ainsi, il y a la radio.Elle est de juridiction fédérale, sans doute, mais qui nous empêche de favoriser la radio privée, de la défendre contre le monopole qui la menace, d\u2019aider à son développement, de réveiller l\u2019opinion en sa faveur ?Il y a le tout-puissant éducateur populaire qu\u2019est le cinéma.Il y a le champ presque illimité de l\u2019instruction technique et de l\u2019éducation physique.On a tenté de louables initiatives en ce domaine déjà, qu\u2019il faut intensifier, multiplier, perfectionner.Tout cela demande de l\u2019argent et les provinces, disent les centralisateurs, n\u2019en ont pas.Que ceux qui paient l\u2019impôt exigent du gouvernement fédéral qu\u2019il remette aux provinces les ressources qu\u2019il leur a arrachées pour les nécessités de la guerre.Mais on devra .s\u2019y prendre de bonne heure: le gouvernement fédéral est partisan, en ce domaine comme en bien d\u2019autres, du principe: What we have we hold.Il faut surtout faire l\u2019union des milliers de bonnes volontés, de tous ceux qui sont éveillés aux droits et aux nécessités des provinces.Des voix se sont élevées par exemple lors du récent congrès de la C.N.E.A.à Toronto et ont proclamé les mérites transcendants de l\u2019autonomie provinciale pour le bien du Canada et la survie de nos institutions démocratiques.Et ces voix ne viennent pas toutes du Québec.D\u2019ailleurs, la réaction qui s\u2019impose regarde tous les citoyens, non pas seulement les gouvernants des provinces, puisque c\u2019est pour le bien commun de tout le Canada que l\u2019autonomie des provinces, en matière d\u2019instruction spécialement, doit vivre et s\u2019affermir.RELATIONS PERSPECTIVES SCOLAIRES\u2014 VI PÉRIODE DE RENDEMENT (1910-1944) Louis C.de LËRY, S.J.SI LES ANNÉES 1875-1910 furent une période d\u2019organisation, celles qui s\u2019étendent de 1910 à nos jours constituent une époque de rendement.Édifié dans ses grandes lignes, notre système scolaire produit ses fruits.Le Comité catholique préside à ce rendement et le dirige.Sans doute, le travail de routine, inséparable de toute administration, occupe-t-il une grande partie de son temps.Il approuve les manuels; il amende et refond en grande partie le Code scolaire et les Règlements du Comité; il nomme les principaux et professeurs d\u2019écoles normales et fixe leurs traitements et pensions; il accorde certains subsides, modifiant à l\u2019occasion la base de leur distribution; il contrôle et approuve les examens des aspirants-inspecteurs, des normaliens, ceux du Bureau central et, plus tard, ceux des certificats d\u2019études primaires; il redistribue les districts d\u2019inspection; il décerne, depuis 1930, les récompenses du Mérite scolaire, etc.Surtout il assume la responsabilité des grandes orientations scolaires: développement des écoles normales, organisation de l\u2019enseignement ménager, ruralisation des écoles, enseignement des travaux manuels, mise au point des programmes, etc.Dès 1931, sur rapport favorable de l\u2019inspecteur général des écoles normales et avec l\u2019approbation du Comité catholique, les Instituts de Frères enseignants commençaient à ériger leurs scolasticats en écoles normales; et leurs programmes devenaient semblables aux programmes des autres écoles normales.En 1937, plusieurs communautés de religieuses enseignantes faisaient le même geste.Un comité de régie, formé du surintendant, de quelques laïques et de Frères ou de Sœurs, suivant le cas, gouverne les scolasticats-écoles normales, surveille les examens et fait rapport au Comité catholique.Du rapport de 1936, nous détachons ces remarques: « L\u2019uniformité des programmes et des examens a resserré les liens qui unissaient les congrégations enseignantes, a suscité chez elles une collaboration plus intime et a donné naissance à une émulation de bon aloi dont toutes les maisons, croyons-nous, ont grandement bénéficié.Au cours de ces cinq premières années, près de deux mille diplômes.ont été accordés dans les scolasticats-écoles normales.» Les écoles normales de filles, sous la direction de communautés religieuses, se sont multipliées; de 12, en 1910, elles sont passées à 34 (1943), avec 3,286 élèves et 1,161 diplômées.« Les salaires plus élevés payés par les commissions scolaires, lit-on au rapport de l\u2019inspecteur général des écoles normales, et les généreuses bourses accordées par le gouvernement ont grandement favorisé le recrutement des écoles.Bientôt toutes nos écoles normales opéreront à pleine capacité.» Cette multiplication d\u2019écoles normales de filles et de scolasticats-écoles normales de Frères et de Sœurs permit de supprimer le Bureau central.Jusqu\u2019ici ce Bureau organisait les examens dans la province, d\u2019après le programme des écoles normales, et délivrait des brevets de capacité, qui donnaient droit à enseigner, sans passer par l\u2019école normale.Le Comité catholique put abolir (1939) le Bureau central.Depuis lors, pour obtenir d\u2019enseigner dans la province, il faut, sauf de rares exceptions, un diplôme d\u2019école normale.Sur 25,000 instituteurs et institutrices, on n\u2019en trouvait pas plus de 150, avant la guerre, qui ne fussent diplômés de l\u2019école normale ou du Bureau central.La guerre a haussé ce chiffre à sept cents, ce qui est encore peu, si on compare la situation à celle des autres provinces.Ces sept cents institutrices ont suivi, durant les vacances, des cours de pédagogie, dont leur expérience leur aura permis de grandement profiter, si bien que plusieurs ne seront pas inférieures, bien au contraire, aux élèves sortant cette année des écoles normales et encore inexpérimentées.Les programmes des écoles normales ont aussi été plusieurs fois révisés au cours des années 1910-1944.Les programmes actuels datent de 1937 pour les filles, de 1940 pour les garçons.Depuis cette année 1940, l\u2019admission à l\u2019école normale de garçons se fait, au concours, après la 11e année.Le brevet complémentaire s\u2019obtient après deux années d\u2019étude à l\u2019école normale et donne droit à enseigner dans les classes du 1er au 9e degré inclusivement.Une année supplémentaire permettra d\u2019obtenir le brevet supérieur, qui donne accès à l\u2019enseignement dans les classes primaires supérieures.Une jeune fille, pour être admise à l\u2019école normale, doit être pourvue d\u2019un certificat de 9e année.La durée du cours est de quatre années.Après deux ans, elle peut obtenir le brevet élémentaire pour école primaire élémentaire et après une année de plus le brevet complémentaire, tandis que le brevet supérieur, pour cours général ou cours ménager, requiert une quatrième année d\u2019étude.L\u2019évolution de nos écoles normales est caractéristique.Au début, elles étaient forcément des écoles de culture générale et spéciale, assaisonnée d\u2019un peu de pédagogie, comme nous l\u2019avons vu dans notre précé- NOVEMBRE 1944 283 dent article.Et le premier ministre de 1880, M.Ross, n\u2019avait pas tort, en principe, de désirer que nos écoles normales devinssent des écoles de formation professionnelle.Mais le Comité catholique, mieux au courant de la réalité concrète, répliquait que, l\u2019instruction faisant encore trop défaut aux candidats, nos écoles normales devaient continuer à distribuer l\u2019enseignement à la fois professionnel et général.Le temps venu, le degré d\u2019instruction exigé des candidats s\u2019est de beaucoup relevé; nos écoles normales, surtout de garçons, et les scolas-ticats inclinent avantageusement vers la formule de formation professionnelle.Désireux de fournir désormais à l\u2019école des maîtres une formation supérieure et parfois très spéciale, le comité a fourni son plein appui à la création d\u2019institutions, dont les unes sont placées sous sa direction, les autres sont indépendantes et rattachées à nos deux universités: l\u2019Institut F.-X.-Trépanier, l\u2019Institut Médico-Pédagogique Émilie-Tavernier, l\u2019Institut Pédagogique de Montréal, l\u2019École normale supérieure de Québec, l\u2019Institut Saint-Georges, l\u2019Institut de Psychologie.Le traitement des instituteurs et surtout des institutrices a continué d\u2019occuper l\u2019attention du Comité catholique, comme le montrent pas moins de quinze procès-verbaux s\u2019étendant de 1919 à 1944.Le problème, toutefois, relève plutôt des commissions scolaires, qui engagent les maîtresses, et du gouvernement qui, par des octrois, stimule les commissaires à relever les salaires et devrait surtout procurer aux commissions de nouveaux revenus.Actuellement, le salaire minimum est pratiquement de quatre à six cents dollars, une augmentation substantielle depuis quelques années, mais qui reste manifestement insuffisante.L\u2019enseignement ménager a connu un développement merveilleux depuis 1910, quand six écoles ménagères seulement existaient.Obligatoire dans toutes les écoles de jeunes filles depuis 1937, le cours ménager forme l\u2019objet d\u2019un enseignement spécial dans plus de cinquante écoles ménagères moyennes et a prolongé son enseignement jusqu\u2019à la treizième année dans une vingtaine d\u2019écoles ménagères régionales, sous la dynamique impulsion de M.l\u2019abbé Tessier.La ruralisation de l\u2019école, qui préoccupe depuis longtemps nos éducateurs, reçoit une attention spéciale depuis 1930.Signalons d\u2019heureuses initiatives, telles la diffusion de manuels d\u2019agriculture, la multiplication dans les classes de tableaux muraux et de petits musées agricoles.On cherche à créer dans les écoles de campagne une atmosphère terrienne, à multiplier les sections agricoles, où se donne un enseignement rural plutôt que commercial.On prépare mieux la normalienne à cet enseignement agricole par une instruction théorique et pratique, celle-ci consistant en travaux au jardin et sur la ferme.Depuis une époque plus récente, les normaliens participent à certains de ces avantages.Les écoles normales sont fournies de livres appropriés.Pour ruraliser l\u2019enseignement, les cours de perfectionnement durant les vacances se sont avérés très utiles.Ainsi \u2014 ces détails montreront le succès de cette initiative \u2014 durant l\u2019été de 1938,85 inspecteurs d\u2019écoles se rendaient à Oka, 115 instituteurs ruraux, y compris 8 professeurs d\u2019agriculture des écoles normales et 8 des scolasticats, suivaient les cours de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et 1,801 institutrices (1,591 séculières et 210 congrégationnistes) s\u2019inscrivaient aux « semaines agricoles » organisées dans quatorze localités de la province.Les cours aux institutrices se continuèrent durant trois étés et, à la fin de la première série (1940), 1,315 attestations d\u2019études étaient décernées.En 1941, une seconde série de ces cours était inaugurée.Pour ruraliser l\u2019enseignement, on a sagement décidé de ruraliser le personnel enseignant.L\u2019addition, enfin, d\u2019écoles moyennes d\u2019agriculture aux écoles supérieures de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et d\u2019Oka rend de plus en plus l\u2019enseignement spécifiquement agricole accessible à une forte proportion de notre population rurale.A diverses reprises, le comité a vigoureusement recommandé l\u2019enseignement de travaux manuels reconnus nécessaires dans une certaine mesure à la formation de tout élève des écoles primaires.Des écoles de plus en plus nombreuses en ville et à la campagne en bénéficient.Sous une direction appropriée, cet enseignement devient un excellent élément de formation et de préorientation.Selon le même désir d\u2019un enseignement plus adapté, le comité voit avec satisfaction se multiplier dans notre ville les classes auxiliaires et les classes spéciales pour infirmes.Il a institué des cours par correspondance pour les jeunes retenus dans les hôpitaux et les sanatoriums.Il a aussi collaboré à la fondation de deux écoles pour arriérés mentaux.Les cours de vacances mentionnés ne sont pas les seuls.Ainsi, en 1943, outre des cours de pédagogie, les cours de vacances comportaient des cours d\u2019anglais, de solfège, de dessin et des cours de perfectionnement à l\u2019Institut Pédagogique et dans nos deux universités.De plus, les communautés organisent, à leurs frais, d\u2019autres cours de perfectionnement, cours de vacances, du samedi ou par correspondance.De toutes les responsabilités scolaires, une des plus bénignes en apparence mais en fait des plus graves et des plus délicates, c\u2019est l\u2019organisation des programmes.Ces derniers constituent une orientation à longue échéance, dont l\u2019influence définitive sur les générations qui en font l\u2019essai ne s\u2019affirme qu\u2019après dix ou quinze ans.Le sort de dix à quinze générations, soit chez nous celui de plus d\u2019un million d\u2019enfants, se trouve mis à l\u2019enjeu.On comprend les savantes et prudentes minuties des éducateurs de tous pays, à l\u2019endroit des moindres aspects de choix, de distribution ou d\u2019équilibre des matières d\u2019un programme.On saisit tout ce qu\u2019il y a toujours eu de tragique dans la rencontre 284 RELATIONS des éducateurs et des stratèges de salon, dont aucune réforme scolaire ne peut être exempte.Chez nous, trois époques marquent l\u2019évolution des programmes depuis la refonte de 1903.A la suite de la guerre de 1914-1918, qui avait provoqué une profonde évolution, une révision s\u2019imposait.Elle se fit d\u2019après les avis d\u2019un pédagogue averti, Mgr Ross, et trois initiatives la caractérisaient, dont l\u2019application garde encore son actualité.Un cours préparatoire, ou classe enfantine, devait initier les enfants de six ans à suivre avec fruit le programme de l\u2019école primaire proprement dite.« Son but n\u2019est pas tant de faire acquérir des connaissances que d'exciter et diriger l'activité spontanée et libre de l'enfant.» Partant du principe que l\u2019école primaire proprement dite est l\u2019école des éléments, on en éliminait tout ce qui requiert une maturité d\u2019esprit qui dépasse la capacité intellectuelle d\u2019un enfant de cette école, pour s\u2019attacher à un fond solide de connaissances élémentaires qui ouvrent l\u2019esprit avant de l\u2019orienter vers quelque branche particulière.Ce cours élémentaire devait se limiter à six degrés.A la suite, on créait une école complémentaire qui élargirait les connaissances primaires et donnerait un commencement de spécialisation pour préparer immédiatement aux diverses écoles spéciales, techniques, agricoles et commerciales.Le nouveau programme entrait en vigueur en 1924 ; et s\u2019il n\u2019a pas donné tous les résultats espérés \u2014 Mgr Ross s\u2019en plaint quelques années plus tard \u2014 c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas assez tenu compte de la conclusion de son rapport de 1919: « Le programme n\u2019est pas le seul facteur de progrès dans l\u2019enseignement.Les manuels doivent être pénétrés de l\u2019esprit du genre d\u2019enseignement qui se donne dans l\u2019école primaire.On a une tendance à trop épuiser une matière dont il ne faut donner que les éléments.Il restera éternellement vrai que tant vaut le maître tant vaut l'école.» La refonte de 1928 ne pouvait procéder de principes plus justes que la précédente.La durée de l\u2019école primaire fut prolongée d\u2019un an (sept degrés).Une partie notable des matières de base fut reportée aux degrés complémentaires (8® et 9e degrés).Les matières dites de spécialisation étaient reportées à trois nouveaux degrés (10e, 11e, 123) et considérablement développées.En même temps, les matières dites de culture, chant, dessin, etc., recevaient plus d\u2019attention au long du cours, tandis que la littérature, l\u2019histoire, les éléments de philosophie, l\u2019apologétique, occupaient une partie notable des trois derniers degrés.Les éducateurs purent se féliciter d\u2019avoir adapté l\u2019école élémentaire à l\u2019enfant et reconnurent dans leurs finissants des jeunes gens non seulement instruits, mais cultivés.Mais nous avions perdu en quantité ce que nous avions gagné en qualité.Les finissants de douzième NOVEMBRE 1944 année, en 1943, étaient bien moins nombreux que les finissants de huitième année de 1928.Après avoir réalisé une formule de programme et d\u2019organisation scolaire presque idéale en soi, il reste d\u2019en permettre l\u2019accession au plus grand nombre possible.A cette tâche, la commission des programmes établie en 1943 contribuera largement.Bénéficiant des données les plus récentes de la psychologie et de la pédagogie appliquée, elle s\u2019occupe à parfaire les méthodes d\u2019enseignement au primaire élémentaire et à individualiser cet enseignement.Elle allège les trois premières années, sans diminuer les sommes globales des connaissances pour les sept premiers degrés.L\u2019élève mieux préparé assimilera en quatre années la matière nouvelle, actuellement répartie dans les cinq derniers degrés du cours, le douzième degré devenant une préparatoire gratuite à l\u2019université et aux grandes écoles.Après quinze ans d\u2019application du programme de 1928, les tenants de la spécialisation hâtive semblent donc complètement disparus.Que le technicien et aussi l\u2019ouvrier soit avant tout un homme de solide formation morale et intellectuelle, c\u2019est là une doctrine si universelle chez nous que les écoles spéciales, à leur tour, ont relevé les conditions d\u2019admission aux neuvième et douzième degrés.Elles cessent à la fois de faire double emploi avec le primaire pour nombre de leurs cours théoriques et fournissent à ces nouveaux candidats une formation technique proprement dite, elle-même plus poussée.Notre régime scolaire une fois organisé, et suffisamment répandu, la fréquentation obligatoire (1942) est venue le compléter.Elle n\u2019a pas changé grand\u2019chose à une situation déjà satisfaisante, comme le démontrent certaines études.Son rôle est d\u2019atteindre les quelques parents restés insouciants, de créer une conviction générale de l\u2019utilité de la plus grande instruction possible, et d\u2019inciter surtout nos dirigeants à faciliter à tous cette instruction par le relèvement des salaires, les allocations familiales, etc.Enfin, elle a une portée de propagande, car trop de gens du dehors et parfois de chez nous tiraient parti de l\u2019absence d\u2019une loi de scolarité obligatoire, pour accuser notre province de se désintéresser de l\u2019instruction.Aussi, une fois passée la période de controverse ou d\u2019essais d\u2019application plus rigoureuse, cette loi reprendra comme ailleurs dans l\u2019opinion et la pratique sa place véritable de loi auxiliaire de l\u2019instruction publique.Pour accomplir une tâche toujours plus considérable, l\u2019expérience a montré aux membres du Comité catholique l\u2019utilité des commissions et sous-commissions, comités et sous-comités, qui lui font rapport, après multiples séances, enquêtes et études.On supplée ainsi au petit nombre des réunions \u2014 quatre par an \u2014 du Comité catholique, car un sous-comité aura parfois six ou dix séances avant de présenter un rapport.Certaines commissions sont maintenant permanentes, telles 285 la commission des programmes et manuels, celle de coordination et examens, celle de finance et législation.Ces commissions, comités de régie, ou sous-comités peuvent s\u2019adjoindre des membres externes, spécialistes ou pédagogues de valeur.C\u2019est la formule à laquelle on s\u2019est rallié.Elle assouplit la forme un peu rigide du Conseil de l\u2019Instruction publique, mais pour mieux fonctionner peut-être, des subsides plus généreux devraient lui permettre de s\u2019attacher d\u2019une façon plus assidue les techniciens et spécialistes voulus.Le Comité catholique a donc accompli une tâche considérable de 1910 à 1944.Il a urgé les grandes orientations répondant aux besoins divers des époques, le département les faisant à son tour appliquer dans la mesure de ses possibilités liées à de nombreux facteurs.Les faiblesses actuelles de notre régime scolaire tiennent surtout au manque d\u2019argent.Il nous a poussés tantôt à chercher la solution la plus rapide, tantôt à restreindre l\u2019initiative à une solution temporaire et nous a empêchés de mener à bonne fin des réformes excellentes en soi.Ces faiblesses se corrigeront, semble-t-il, assez rapidement.De jour en jour, le gouvernement et la population entière prennent davantage conscience de leurs obligations financières.Nos éducateurs, par ailleurs, sont toujours à l\u2019œuvre et leur expérience est une garantie pour l\u2019avenir.L'AVANT-PROJET DE LOI D'ASSURANCE-SANTÉ Emile BOUVIER, S.J.DEPUIS 1941 l\u2019on songe sérieusement, à Ottawa, à doter le pays d\u2019une loi d\u2019assurance-santé.Nous avons en mains la neuvième rédaction d\u2019un avant-projet de loi sur le sujet.C\u2019est dire qu\u2019il s\u2019est fait beaucoup de travail.Et ce travail fut méthodique, scientifique.Le 5 février 1942, le gouverneur en conseil nommait un comité consultatif chargé de faire des recommandations en vue d\u2019une loi fédérale d\u2019assurance-santé (P.C.836).Ce comité, composé de spécialistes (médecins et statisticiens) et présidé par le Dr J.J.Heagerty, directeur des services fédéraux de la Santé, après avoir pris l\u2019avis de divers corps publics et professionnels intéressés, fit une étude très poussée des quatre sujets suivants: Législation en vigueur dans les divers pays du monde.Organisations publiques de santé au pays.Statistiques vitales du pays.Coût probable de la mise en vigueur d\u2019une loi d\u2019assurance-santé.Le 16 mars 1943, le Comité soumettait au ministre des Pensions et de la Santé un volumineux rapport de cinq cent soixante pages destiné à éclairer les membres des deux Chambres.Concurremment, un comité parlementaire était chargé d\u2019entendre les réclamations et suggestions des corps publics.Le Comité consultatif rédigea ensuite un avant-projet de loi, en tenant compte des suggestions qu\u2019il avait reçues lui-même et de celles qui lui furent transmises par le Comité parlementaire.Depuis la publication du rapport précité, le Comité parlementaire, avec le concours des mêmes spécialistes, a repris huit fois la rédaction de cet avant-projet de loi.Cette neuvième et dernière rédaction a été soumise à la Chambre des Communes le 27 juillet dernier.C\u2019est elle que nous analysons ici.Nous pouvons affirmer que, dans ce travail préliminaire, le gouvernement fédéral a fait véritablement preuve de sens social.L\u2019élaboration de cette loi a été plus longue et plus poussée que celle des allocations familiales, et le résultat nous semble meilleur, bien que quelques points appellent de sérieuses réserves.Après un exposé du projet, nous signalerons les points qui nous paraissent particulièrement heureux et aussi ces faiblesses auxquelles nous espérons que le Parlement saura remédier.I L\u2019avant-projet comporte deux parties: une loi fédérale (en dix-huit articles) et une loi provinciale type (en quarante-huit articles).Le projet de loi provinciale est incorporé dans la loi fédérale à titre de deuxième annexe.Le système poursuit une double fin: d\u2019abord instituer au pays l\u2019assurance-santé obligatoire, ensuite établir l\u2019organisme qui permettra de faire bénéficier le public des soins auxquels son titre d\u2019assuré lui donnera droit.La loi fédérale détermine le montant des subventions fédérales à verser aux services qui sont déjà ou seront institués à cette intention (art.3 et première annexe).Le reste des dispositions du projet fédéral traite des relations entre les provinces et le pouvoir central.Plus précisément, il comprend les conditions posées aux provinces qui veulent bénéficier de cette loi.La première de ces conditions impose aux provinces de voter une loi provinciale du type proposé par le fédéral.Les autres déterminent les rapports que les administrations provinciales seront tenues, périodiquement, d\u2019adresser à Ottawa, les inspections qu\u2019il sera loisible au ministre fédéral de la Santé d\u2019ordonner et le genre de règlements que ce dernier a toujours le droit d\u2019imposer aux provinces pour le bon fonctionne- 286 RELATIONS ment de cette loi.Enfin, la loi institue, au ministère de la Santé, à Ottawa, un Service de l\u2019Assurance-Santé et un Conseil consultatif dont la représentation est très large, puisqu\u2019elle englobe les divers intérêts qui se rencontrent sur le terrain de l\u2019assurance-santé: médecins, chirurgiens, dentistes, pharmaciens, hôpitaux, gardes-malades et enfin le public assuré lui-même.Le bill provincial se divise en quatre parties: a) l\u2019application (art.3-5), b) le financement (art.6-9), c) les prestations (art.10-18), d) l\u2019administration (art.19-48).a)\tL application.\u2014 La loi ne se limite pas seulement aux travailleurs, mais, comme en Nouvelle-Zélande, elle s\u2019étend à tous les résidents du pays âgés de plus de 16 ans et exige d\u2019eux l\u2019enregistrement et le paiement de la cotisation.Toute la population, y compris les moins de seize ans, est bénéficiaire des services assurés par la loi.A l\u2019inverse d\u2019un grand nombre de lois européennes, qui limitent l\u2019application de l\u2019assurance aux gens de faibles revenus, la loi canadienne embrigade toute la population du pays.b)\tPrestations.\u2014 D\u2019après la loi, celles-ci comprennent les services de prophylaxie, les diagnostics et les soins thérapeutiques.Elles comprennent, en outre, les services du médecin, même spécialiste, du chirurgien, de l\u2019obstétricien, du dentiste, du pharmacien, des hôpitaux et des infirmières et les autres services jugés nécessaires (art.11-15).Pour le moment, la loi ne prévoit pas, comme dans les lois européennes, de prestations en espèces dans le cas de chômage causé par la maladie, ces prestations devant, d\u2019après les auteurs du projet, relever de la caisse d\u2019assurance-chômage.La loi détermine un minimum de services.Si quelqu\u2019un désire des services supplémentaires (comme serait la jouissance d\u2019une chambre privée dans un hôpital au lieu d\u2019une salle commune) il doit défrayer le coût de la différence entre le prix du service requis et le minimum fixé par la loi.Malgré cette gratuité obligatoire, la loi respecte la liberté des assurés.Dans chacun des services, le choix du praticien est laissé au patient: les praticiens, de leur côté, ont la liberté de s\u2019inscrire au tableau des médecins qui traitent en vertu de la loi.Leur rémunération est prévue et leurs obligations sont déterminées.Lé Comité consultatif recommande une rémunération d\u2019après les services rendus au patient et non d\u2019après le nombre de clients \u2014 afin de protéger le médecin contre la tentation de bâcler sa besogne.Il en est de même des hôpitaux: le choix est laissé au patient; les hôpitaux conservent le droit de n\u2019admettre que les praticiens qu\u2019ils agréent; le patient a droit au séjour à l\u2019hôpital sur recommandation du médecin traitant.Il a droit de la même façon aux services d\u2019une garde-malade dont le choix lui est réservé.c)\tLe financement.\u2014 La loi d\u2019assurance-santé établit une caisse de fonds versés par les assurés, les employeurs, les gouvernements fédéral et provincial (art.5, 6 et 9).Le texte du projet ne détermine pas le montant de la cotisation annuelle de chaque assuré, mais le Comité consultatif propose de la fixer à $26.00.Le gouvernement fédéral verse à chaque province une somme par habitant (déterminée par l\u2019article 3 du texte fédéral).Pour un ouvrier dont le revenu est au-dessous de $866, la part de l\u2019employeur est de combler la différence entre le 3% de salaire de son employé et les $26.Ainsi, sur un revenu de $840, l\u2019ouvrier paye en cotisation 3%, i.e.$25.20, et le patron verse $0.80; si le salaire dépasse $866, le patron n\u2019a rien à payer.Pour les gens qui dépendent d\u2019eux-mêmes et n\u2019ont pas d\u2019employeur, c\u2019est la province qui solde cette différence.Tout assuré capable de le faire doit de plus payer une part, proportionnelle à ses revenus, de la cotisation des adultes qui dépendent de lui.Ainsi, un employé qui gagne $866 ou plus doit payer, en plus de sa propre cotisation, 0.7% de son salaire (soit, pour $866, $5.88) en faveur du dépendant et le gouvernement provincial comble la différence (soit $20.12).Lorsque le nombre de personnes à charge (adultes) augmente, la part du particulier diminue et celle de la province augmente.d)\tAdministration.\u2014 Le fonctionnement de la loi repose sur une commission provinciale d\u2019assurance-santé.Cette commission se compose d\u2019un directeur, du sous-ministre de la Santé de la province et d\u2019autres personnes que le lieutenant-gouverneur peut désigner après avoir consulté les corps professionnels et les autres groupements intéressés (art.19, p.4).De plus, la Commission ne versera les prestations qu\u2019après entente avec les corps professionnels intéressés (art.29, pp.1 et 2).Elle jouira de l\u2019existence légale et pourra faire des contrats et ester en justice, elle devra s\u2019entendre avec les divers services privés ou publics déjà existants ou à créer, organiser des services régionaux avec fonctionnaires rémunérés, voir à l\u2019inspection de ces bureaux et faire les rapports statistiques ou administratifs requis.Le coût de cette administration sera défrayé par les provinces.Dans chaque région, un officier médical régional aura pour devoir d\u2019aviser les membres des diverses professions, d\u2019améliorer les services, de s\u2019assurer de la bonne tenue des registres de clinique et autres, d\u2019enquêter dans les cas de prescriptions excessives et d\u2019abus de tout genre (art.28).Que vient faire le Conseil fédéral (art.16) ?Son rôle est exclusivement consultatif.Il consistera à maintenir par son prestige et ses suggestions l\u2019unité entre les diverses administrations provinciales.D\u2019ailleurs, quel autre rôle pourrait-il jouer, puisque l\u2019administration fédérale est limitée aux subventions d\u2019Ottawa ?II Voilà donc cet important projet de loi.Qu\u2019en penser?Faut-il l\u2019accepter ou le rejeter en bloc?Nous le NOVEMBRE 1944 287 croyons acceptable, pourvu qu\u2019on y introduise quelques corrections fondamentales.Il mérite de grands éloges.Le gouvernement lui a consacré (ce qu\u2019il ne semble pas avoir fait pour sa législation sur les allocations familiales) le temps, la réflexion et le travail nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019une loi de grande envergure, aux multiples et graves incidences sociales.Ce projet a beaucoup de bon.D\u2019abord son objet.Nous avons déjà exposé la nécessité de l'assurance-santé (voir Relations, octobre 1941).Elle est une excellente chose et est déjà très répandue.En 1942, trente-trois pays du monde avaient un régime obligatoire d\u2019assurance-santé et neuf pays possédaient un régime facultatif.L\u2019état de la santé au Canada, à la suite surtout des dures années de crise, exige un effort vigoureux de redressement.En 1936, la Colombie canadienne s\u2019est donné une loi qui est restée lettre morte par suite de la résistance du corps médical.L\u2019Alberta en 1935 a tenté le même effort.En Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario et dans le Québec, on agite l\u2019idée sans passer aux actes.Aujourd\u2019hui, le gouvernement fédéral prend l\u2019initiative et présente aux provinces un projet qui les stimule et les engage à marcher.De plus, le projet respecte les principes fondamentaux de la liberté des individus et des corps professionnels.Il respecte la liberté du patient dans le choix du médecin (art.11, 2, c, d), de l\u2019hôpital (art.14), de la garde-malade (art.15, 2, d) ; il respecte également la liberté du médecin dans le choix des clients dans le traitement et les relations avec l\u2019hôpital (art.11, p.2, a, b).Les associations professionnelles et d\u2019hôpitaux ont l'avantage d\u2019être représentées dans la Commission provinciale et de pouvoir ainsi faire valoir leurs droits et leurs revendications.Il est stipulé à l\u2019article 19 (pa-ragr.4) que toutes les associations d\u2019hôpitaux et de gardes-malades pourront être représentées.Cette juste reconnaissance des droits des hôpitaux et des gardes-malades est une sauvegarde précieuse pour les provinces où les catholiques sont en minorité.La loi présente un caractère familial qu\u2019il convient de souligner: le coût des soins requis par tous les enfants du pays se trouve réparti sur l\u2019ensemble de la population adulte; les adultes qui n\u2019ont que quelques enfants ou qui n\u2019en ont aucun font ainsi leur part pour le maintien en santé des enfants des familles plus nombreuses.Autre excellent point à souligner: chaque province administre elle-même sa loi d\u2019assurance-santé.Ceci est conforme à l\u2019esprit de la Constitution et aux recommandations du rapport Sirois.L\u2019étendue des services auxquels l\u2019assurance donne droit est également à signaler.Notons, de plus, le caractère préventif et franchement social du plan.Le projet, si intéressant soit-il, n\u2019est cependant pas parfait.Certaines erreurs et certaines lacunes, pour £88 peu importantes qu\u2019elles paraissent dans l\u2019ensemble de l'œuvre, peuvent en vicier complètement le fonctionnement.La première de ces faiblesses, c\u2019est la mainmise reconnue au pouvoir fédéral sur le social.Inutile de reprendre la thèse de la décentralisation (voir Relations, septembre 1943).Certaines clauses du bill fédéral paralysent les provinces dans leur administration de la loi.Le pouvoir fédéral dit bien à la province de se donner une loi, mais il prend soin de lui dicter sa loi (art.3, 6), lui enlevant par le fait même toute possibilité d\u2019initiative sociale.De plus, le gouverneur en conseil est autorisé à réglementer l\u2019application, le financement, le coût de l\u2019assurance, voire les montants que verseront les Provinces (art.3, par.6 et art.14), à contrôler le genre de prestations, la nature des services, les catégories de bénéficiaires (art.4).Les provinces doivent faire approuver leurs activités et services concernant la santé publique (art.5); elles sont à la merci du ministre qui peut réduire les subventions (art.8, par.2).Le ministre fédéral peut exiger tout rapport selon qu\u2019il le juge bon (art.11), faire enquêter à son gré dans toute province et accorder à l\u2019enquêteur des pouvoirs de commissaire (art.12).Bref, le gouvernement fédéral veut faire parade de détachement en accordant l\u2019administration aux provinces, mais les pouvoirs qu\u2019il se réserve sont trop étendus, surtout s\u2019il ne collabore avec les provinces (d\u2019après les calculs du Comité consultatif) que pour le sixième du coût total de l\u2019assurance-santé.De quel droit se prévaut-il pour faire une caisse nationale des cotisations provinciales et pour contrôler les Provinces dans un domaine qui est de leur ressort exclusif?Pourquoi ici encore ne pas se contenter du régime de législation concurrente ?L\u2019application obligatoire de cette mesure à tous les citoyens est une erreur sociale dont on sous-estime les conséquences.Il est excellent d\u2019aider les imprévoyants à se prémunir contre la maladie; il est excellent d\u2019assurer aux classes sociales économiquement les plus vulnérables un service complet de soins médicaux pour le jour où la maladie (toujours inopinée!) frappe.La généralisation du système, par ailleurs, facilite la perception des cotisations et élimine le problème, nécessairement délicat, d\u2019avoir à départager les gens sujets à la loi de ceux qui n\u2019en relèvent pas.Cependant, toutes ces bonnes raisons ne doivent pas faire oublier au législateur ce principe de saine politique, sauvegarde de la dignité humaine, qu\u2019il faut toujours assurer le libre exercice de l\u2019initiative privée partout où elle peut s\u2019exercer normalement et sans détriment pour la communauté.Les assurances sociales ont été créées pour aider les gens à revenus modiques, qui sont exposés à subir le contre-coup de toutes les fluctuations économiques, et non pour unifier ou étatiser certains services sociaux.Au demeurant, c\u2019est ainsi que tous les pays du monde, sauf deux fortement socialisés, ont RELATIONS compris l\u2019assurance-santé.Sur vingt-sept systèmes d\u2019as-surance-santé, deux seulement, ceux de l\u2019U.R.S.S.et de la Nouvelle-Zélande, s\u2019étendent à l\u2019ensemble de la population.Voici d\u2019ailleurs le pourcentage d\u2019application dans un certain nombre de pays: Pays\t% de la population \tsoumise à la loi Autriche\t\t\t 66% Bulgarie\t\t\t 31% Chili\t\t\t\t\t 30% Tchécoslovaquie\t\t\t 47% Danemark\t\t\t 80% Irlande (Etat libre)\t\t\t 16% France\t\t\t 50% Allemagne\t Grèce\t\t\t 66% \t 40% Italie\t\t\t 22% Japon\t\t\t 3% Norvège\t\t\t 20% Pologne\t\t\t 7% Nouvelle-Zélande\t\t\t 100% U.R.S.S\t\t\t 100% (Rapport du Comité consultatif sur Vas-surance-santê, Ottawa, 1943, p.172.) L\u2019application universelle semble d\u2019ailleurs s\u2019avérer irréalisable actuellement à cause du personnel trop restreint des professions nécessaires à sa mise en œuvre.Il faut dire la même chose des facilités d\u2019hospitalisation.Pour ce qui est des dentistes, le comité consultatif a dû lui-même souligner le fait et avertir que pour les premières années du moins il faudrait limiter aux enfants seulement les soins dentaires assurés en vertu de la loi.Cette généralisation risque également d\u2019embrigader tous les praticiens dans un réseau de médecine d\u2019État.Les auteurs du projet, certes, ne veulent pas ce résultat, ils cherchent même à y obvier; mais il reste que, traitements, services, hôpitaux, tout est soumis d\u2019une façon ou d\u2019une autre au contrôle de l\u2019État.La clientèle du régime d\u2019État est assurée au médecin.D\u2019où grave danger d\u2019une déchéance de ses standards professionnels, ainsi que le notait récemment le Dr Oscar Mercier, médecin-chef à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal.L\u2019assurance-maladie apure les comptes du médecin, mais un système plus restreint n\u2019aurait-il pas le même effet, puisque ce sont surtout les petites gens que le médecin, au jour des règlements, trouve insolvables ?Pratiquement, même si l\u2019application générale était en principe une chose excellente, il paraîtrait prudent de ne commencer que modestement, sur une base plutôt limitée, afin d\u2019éviter les répercussions trop considérables de certaines erreurs toujours possibles.La généralisation aura pour conséquence la dissolution de toutes les organisations privées d\u2019assurance-santé et elle étouffera toute initiative volontaire de coopération dans le domaine médical et hospitalier.Nous avons déjà au Canada un grand nombre de syndicats ouvriers et d\u2019industries qui possèdent des caisses de bénéfices-maladie; des coopératives médicales et des caisses d\u2019hospitalisation viennent de s\u2019organiser.Pourquoi substituer à ces initiatives sociales excellentes NOVEMBRE 1944 un système obligatoire?Ne pourrions-nous pas concilier l\u2019assurance obligatoire et l\u2019assurance facultative comme en Angleterre, au Danemark ?Les États-Unis s\u2019orientent aussi vers ce système.La Grande-Bretagne s\u2019est servie des Friendly Societies comme organismes d\u2019administration de la loi.Ne pourrions-nous pas suivre son exemple: nous le faisons en tant d\u2019autres choses?Cette conduite serait plus conforme à notre philosophie de la liberté dans la vie sociale.Mentionnons en passant la complication de la partie financière du projet.Il y aurait lieu, semble-t-il, de simplifier le calcul des gratifications à faire par les divers gouvernements et des cotisations à réclamer des assurés.Le projet, s\u2019il est adopté tel que proposé, supposera la construction à brève échéance d\u2019un grand nombre de nouveaux hôpitaux ou d\u2019agrandissements des hôpitaux actuels.Dans ce mouvement d\u2019expansion, il nous paraît que le projet ne protège pas suffisamment les hôpitaux privés (surtout les hôpitaux catholiques), si l\u2019on tient compte des influences politiques toujours possibles.Aussi aimerions-nous voir insérer dans le texte de la loi provinciale une clause qui confie à une commission non politique, composée de représentants de tous les hôpitaux, les décisions à prendre à ce sujet.En outre, la loi prévoit l\u2019établissement des centres médicaux (health centers) subventionnés.Le centre médical suppose un groupe d\u2019hôpitaux et d\u2019œuvres sociales liés par contrat afin d\u2019assurer non seulement des services médicaux, mais même des services sociaux.On choisit d\u2019ordinaire un grand hôpital qui devient centre médical.Les autres hôpitaux lui sont reliés et s\u2019occupent des cas spéciaux.Ce régime peut augmenter le rendement, diminuer les dépenses et faciliter la surveillance des cas.Un pays de mentalité homogène, de même culture et de même religion pourrait se donner des centres médicaux.Mais un pays à cultures, à mentalités et à structures économiques diverses, se créera par là des difficultés.Supposons une ville de l\u2019Ouest canadien qui possède deux hôpitaux importants, l\u2019un catholique, l\u2019autre non catholique.Quel hôpital deviendra le centre médical?Si c\u2019est l\u2019hôpital non catholique, les malades catholiques, indirectement, perdent leur liberté de choix.La solution du centre médical viendra en conflit avec la liberté du choix de l\u2019hôpital, réservée en toutes lettres au patient (art.14).Pour éviter cette difficulté, il faut que la loi prévoie dans ces cas la possibilité de deux centres médicaux dans une même ville.Si les législateurs insèrent dans le texte définitif les corrections sérieuses que nous venons de proposer, nous croyons que la loi devient acceptable et le Canada, en la votant, fait un pas de plus dans le domaine social.N\u2019oublions jamais, toutefois, que dans un plan national d\u2019assurance-santé, une large place doit être réservée à l\u2019initiative personnelle et aux corps professionnels responsables.289 CHOISIR: LE CHRIST OU LE CHAOS LA VIE MORALE PERSONNELLE Bernard HARDY POUR LA VIE MORALE personnelle, comme pour la vie familiale, il n\u2019y a pas d\u2019autre choix: le Christ \u2014 ou le chaos.C\u2019est un fait trop évident que notre époque est adonnée à ce qu\u2019on appelle « le culte de la chair ».Nos journaux quotidiens, nos magazines, le cinéma et le théâtre nous dispensent de fournir des exemples.D\u2019autres époques, il est vrai, ont laissé à l\u2019histoire le souvenir de leur contagieuse immoralité.Du moins, on admettait alors que le vice est le vice et le péché, le péché; on reconnaissait que l\u2019immoralité à laquelle on se livrait était condamnable.Notre temps, lui, restera célèbre, hélas! pour avoir tenté de justifier, pour ne pas dire glorifier, le vice même théoriquement, et pour avoir voulu faire prendre le vice pour la vertu et le mal pour le bien.Comment pourrait-il en être autrement ?En renonçant à la religion et à Dieu même, l\u2019homme s\u2019est privé du plus puissant, du seul ressort de force morale qu\u2019il avait, il a fui la source de l\u2019amour véritable après lequel son cœur soupire.Et il a créé en soi un horrible vide.Avec frénésie il tâche à le combler avec les pauvres succédanés qu\u2019il peut trouver; effort insensé, puisqu\u2019il n\u2019y a, il ne peut y avoir de substitut réel et parfait à l\u2019amour pur de Celui qui nous a créés pour Lui-même et que l\u2019homme a brutalement éconduit.Comment le fini, l\u2019imparfait pourrait-il remplacer l\u2019Infini et le Parfait?En dépit des plus amères désillusions, malgré la gravité de ses blessures et la profondeur de son désespoir, l\u2019homme se voit incapable de résister aux exigences toujours répétées et sans cesse croissantes de ses passions déréglées, semblable en cela au moustique qui, inlassablement, et aussi longtemps qu\u2019il lui reste un bout d\u2019aile, revient papillonner au-dessus de la flamme qui le brûle, jusqu\u2019à ce qu\u2019enfin, les ailes toutes consumées, il s\u2019écrase et meure dans le feu.Par le Baptême nous appartenons au Christ et devenons membres de son corps mystique: « Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ?Prendrai-je donc les membres du Christ pour en faire les membres d\u2019une prostituée ?» s\u2019écrie saint Paul dans sa forte langue (/ Cor., vi, 15).Nous sommes devenus le sanctuaire de la divinité, le temple saint où Dieu habite d\u2019une manière très particulière {Jean, xiv, 23).C\u2019est pourquoi tout péché d\u2019impureté pour un chrétien est une sorte de sacrilège: « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n\u2019êtes plus à vous-mêmes?» (/ Cor., VI, 19.) Non seulement membres du corps mystique du Christ et vivifiés, sanctifiés par l\u2019inhabitation des trois Personnes divines; nous devenons encore par la sainte 290 Communion les vivants tabernacles du Christ eucharistique.Là II unit son corps immaculé au nôtre, le sanctifiant par sa présence beaucoup mieux que ne sont sanctifiés par son contact la patène, le calice ou l\u2019ostensoir, objets inanimés qui ne changent pas pour autant, tandis que nous, la présence eucharistique nous transforme de plus en plus en Jésus-Christ.C\u2019est le Christ Lui-même qui a institué ce sacrement sous la forme d\u2019une nourriture; et plusieurs fois Il l\u2019appelle « le pain descendu du ciel » {Jean, vi, 50, 51, 58), « le pain vivant » {Jean, vi, 51), « le pain de la vie » {Jean, vi, 48).Les théologiens, en particulier saint Thomas {S.Th., m, 79, 5) et, à sa suite, le Concile de Florence (décret Pro Armenis, de Eucharistia, 22 novembre 1439; cf.Denzinger, 698), ont noté que ce sacrement produit dans notre âme les mêmes effets que produit dans notre corps la nourriture qui le conserve, le fortifie, le restaure et le réjouit.Il est clair que l\u2019humanité moderne et même un grand nombre de catholiques sont mal-nourris spirituellement et souffrent d\u2019anémie parce qu\u2019ils sont privés de cette nourriture surnaturelle.Mais il y a un point qu\u2019il faut mettre plus en lumière, à cause de son importance particulière pour le sujet qui nous occupe, et c\u2019est la transformation morale, l\u2019assimilation au Christ qu\u2019opère ce sacrement.La nutrition est un phénomène d\u2019assimilation où d\u2019ordinaire la vie inférieure est absorbée par la vie supérieure.Dans la sainte Communion il se passe quelque chose de semblable, mais sans changement substantiel, puisque le Christ aussi bien que le communiant gardent leur identité personnelle.Mais un changement (accidentel), une assimilation se produit de l\u2019inférieur au supérieur, c\u2019est-à-dire de nous-mêmes au Christ que nous recevons, par le moyen de la grâce sanctifiante et des vertus surnaturelles et des dons qui l\u2019accompagnent.Les premiers Pères de l\u2019Église disent souvent: de même que l\u2019enfant doit être nourri de la substance de sa mère qui l\u2019a enfanté, de même nous devons nous nourrir dans la sainte Communion du Christ qui au Baptême nous a donné la vie surnaturelle.Mais si nous approfondissons encore ce mystère, nous découvrons une différence: car ce n\u2019est pas en procédant du Christ, en sortant de Lui que nous avons reçu la vie surnaturelle, mais au contraire, en étant greffés sur Lui, implantés en Lui.Et nous avons la vie en autant que nous appartenons à son corps mystique, c\u2019est-à-dire en autant que nous sommes implantés en Lui.C\u2019est pourquoi la fonction de la sainte Communion n\u2019est pas seulement celle de la nourriture ordinaire qui n\u2019a d\u2019autre fin que d\u2019entretenir la vie déjà transmise RELATIONS et, désormais, autonome, mais elle consiste à ramener la vie à sa vraie source, à sa racine, en nous unissant à elle toujours plus intimement, ou plutôt en portant cette vie à sa perfection.Dans sa bulle Transiturus, le Pape Urbain IV, contemporain de saint Thomas, écrit ceci, à propos de l\u2019Eucharistie: « Ce pain est mangé, mais il n\u2019est pas transformé; il n\u2019est nullement changé en celui qui le mange, mais, s\u2019il le reçoit dignement, le communiant lui devient semblable.Et cette assimilation s\u2019opère par l\u2019effusion en nous de l\u2019esprit et de la vie du Christ.Alors, « le Christ vit en nous » ; nos pensées, nos sens, nos instincts, notre volonté et notre action, à la ressemblance de la vie cachée du Sauveur dans l\u2019Eucharistie, deviennent divins.» De son côté, le Catéchisme du Concile de Trente enseigne: « Ce sacrement n\u2019est pas changé en nous comme le sont le pain et le vin, mais c\u2019est nous qui, d\u2019une certaine manière (moralement), sommes changés en lui, si bien qu\u2019on peut appliquer ici les mots de saint Augustin: « Je suis la nourriture des adultes; grandis et tu me mangeras; et tu ne me changeras pas en toi-même, comme il arrive à la nourriture corporelle, mais tu seras transformé en moi.» (Conf., vu, 10.) Ce qu\u2019il ne faut pas oublier en tout cela, c\u2019est que la sainte Communion n\u2019a pas seulement un pouvoir sanctifiant (mis en relief par saint Jean, vi), mais aussi un caractère d\u2019immolation (que souligne surtout saint Paul, I Cor., xi, 26); car, troisième partie principale de la messe, elle est essentiellement participation à un banquet sacrificiel, communion au corps du Christ donné pour nous (Luc, xxn, 19) et à son sang répandu pour nous (Luc, xxn, 20), et ainsi elle nous incorpore au Christ crucifié, éternellement offert en sacrifice, et elle nous transforme en vivantes hosties unies à la grande hostie du Calvaire.Quel frappant contraste avec l\u2019égoïsme que nous avons aperçu à la racine de tous nos maux contemporains! Ce qui pouvait paraître une digression d\u2019ascèse ou de théologie prend donc pour le sujet que nous traitons une importance pratique impossible à surestimer, puisque nous y découvrons l\u2019influence considérable qu\u2019exerce l\u2019Eucharistie sur les membres du corps mystique du Christ à travers les âges, et l\u2019énergie divine qui rayonne de ce pain vivant dans tous ceux qui le reçoivent et qui y trouvent ce qu\u2019on pourrait appeler les « vitamines » surnaturelles dont ils ont besoin.C\u2019est bien, en effet, le Christ de l\u2019Eucharistie qui donna leur force à l\u2019héroïque génération des martyrs.On les entend proclamer à l\u2019envi que ce n\u2019est pas eux-mêmes, mais le Christ eucharistique en eux qui combat et triomphe de la mort.« La sainte Eucharistie, écrit l\u2019évêque martyr saint Cyprien, dans sa huitième lettre aux martyrs, nous remplit de Jésus-Christ.Et c\u2019est Lui qui va accomplir notre propre immolation, qui va combattre en nous et qui, par notre mort, va vaincre la mort elle-même.Son attitude à l\u2019égard de ses dis- ciples n\u2019est pas celle d\u2019un simple spectateur.Lui-même lutte et combat en nous.Lui qui couronne nos victoires nous accompagne dans l\u2019arène où nous livrons bataille.» Dans sa cinquante-septième lettre, il écrit: « Comment auront-ils la force de boire le calice du martyre, si on les empêche d\u2019aller à l\u2019église et de recevoir le calice de Notre-Seigneur à la table de communion ?» Et à cause de cela, il insistait pour qu\u2019à l\u2019approche d\u2019une persécution on ne tardât point à réconcilier les excommuniés et à les admettre de nouveau aux sacrements.« Celui-là ne peut supporter le martyre à qui l\u2019Église ne donne pas les armes que requiert ce combat.Le courage manquera nécessairement' à quiconque ne reçoit pas sa force et son ardeur de la sainte Euhcaristie.» (Lettre 63.) Et à la messe du mardi de la troisième semaine du carême, l\u2019Église, dans la secrète, fait dire au prêtre: «.nous vous offrons cet adorable sacrifice qui est la source où tous les martyrs ont puisé leur courage.» Est-ce pure coïncidence?au cours des âges, dans la mesure où le peuple s\u2019écarta de la table sainte, dans la même mesure, exactement, il perdit l\u2019esprit de sacrifice, abandonna la procession liturgique de l\u2019offrande, ce signe solennel de notre oblation personnelle, au moment de l\u2019Offertoire et devint de plus en plus égoïste, languissant dans toute sa vie chrétienne.« Le Concile d\u2019Antioche (341) et celui de Sardique (343) menacèrent les chrétiens de l\u2019excommunication parce qu\u2019ils avaient commencé à s\u2019abstenir de communier aux offices publics (c\u2019était là un des effets de l\u2019influence arienne).» Est-ce pur hasard ou un effet de la divine Providence?de nos jours, et depuis le décret de Pie X, le Pape de l\u2019Eucharistie, sur la communion fréquente, le courant a tourné de nouveau et nous assistons à un « second printemps » d\u2019héroïsme dans la confession de la foi et le martyre, comparable à celui des jours glorieux de l\u2019Église primitive; un vigoureux renouveau brille, non seulement dans la vie intérieure de l\u2019Église, comme, par exemple, dans le « mouvement liturgique » récent, mais sur tous les autres fronts, et se manifeste par les innombrables entreprises où l\u2019apostolat missionnaire, social ou autre soutient le gigantesque combat de la lumière contre les puissances de ténèbres; et cela, « au milieu d\u2019une crise si universelle, si profonde, unique dans l\u2019histoire de l\u2019humanité », pour reprendre les paroles que Sa Sainteté Pie XI disait au cardinal Verdier dans une conversation intime.Et le Saint-Père qui parlait ainsi était loin d\u2019être abattu, puisqu\u2019il avait commencé son discours par ces mots: « Je bénis Dieu qui me donne de vivre en de telles circonstances.»; et il continua en disant: « Tout homme devrait être fier d\u2019assister et, dans une certaine mesure, de prendre part à ce drame sublime où le bien et le mal sont aux prises dans un duel de géants.A l\u2019heure présente, personne n\u2019a le droit de se réfugier dans la médiocrité.» C\u2019est là, sûrement, un avertissement à notre adresse.Puis, \u2014 comme s\u2019il était certain que nous entendrions son avertissement et suivrions son appel, \u2014 il revenait NOVEMBRE 1944 291 à l\u2019optimisme pour conclure: « Je suis persuadé que de ce formidable remous l\u2019Église émergera plus resplendissante et mieux adaptée aux besoins de notre temps.» L\u2019humanité moderne est malade, dangereusement malade; nous l\u2019avons constaté.Rien qu\u2019une transfusion de sang peut la sauver; et il n\u2019y a que le Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui peut être efficace.C\u2019est par sa première messe, au Calvaire, que le Christ racheta le monde du péché et de l\u2019égoïsme; c\u2019est par les messes de ses prêtres qu\u2019il nous applique les fruits de sa Rédemption.A sa première messe, le Christ versa son sang précieux; par les messes de nos autels s\u2019opère la transfusion surnaturelle de son sang, puisque nous y recevons son corps sacré et son sang divin, le sang qui coula du cœur de la divine victime.A sa première messe, le Christ seul fut prêtre et victime; aux autres messes, ce n\u2019est pas seulement le Christ, mais nous avec Lui, nous les membres de son corps mystique, qui sommes prêtres et victimes, incorporés que nous sommes au Christ crucifié, éternellement offert en sacrifice, et ainsi transformés en hosties vivantes unies à la grande et unique hostie du Calvaire.A la messe, notre oblation personnelle n\u2019est que spirituelle; mais, le reste de la journée et tous les jours de notre vie, notre offrande doit devenir réelle et nous aussi, nous devrions « offrir nos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rom., xii, 1), « achevant dans notre propre chair, pour son corps qui est l\u2019Église, ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ » (Col., I, 24).\u2022 ¦ ¦¦ ¦ \u2022 EN ÉDUCATION LE SCANDALE DE L\u2019ASCESE Bernard GINGRAS, pire NOS CONCEPTIONS de l\u2019humain sont à un tel point obscures ou imprécises, que nous ne sommes pas trop surpris d\u2019entendre les tenants de la pédagogie exclusivement technique ou anti-ascétique en appeler à XHumanisme.Ce siècle, héritier de tous les rationalismes de pensée et d\u2019action, est habitué à séparer l\u2019humain du divin, à considérer l\u2019homme hors de son cadre providentiel.« L\u2019Humanisme se présente comme un idéal supérieur à ceux que se propose le dogmatisme, de quelque nature qu\u2019il soit.Cet idéal consiste à se refuser fermement à toute explication de l\u2019homme transcendante à l'homme », écrit M.Ramon Fernandez.Au nom de la royauté humaine sur l\u2019Univers, c\u2019est le droit de cité pour toutes les puissances, sans ordre ni hiérarchie: voilà ce qu\u2019on réclame.C\u2019est la liberté sans contrôle du bon et du mauvais, de la vertu et du vice; c\u2019est le déploiement intégral de l\u2019intelligence et de l\u2019instinct, de la pensée et de la passion.Comme si le dernier mot de l\u2019homme n\u2019était pas en dehors de l\u2019homme! Comme si la liberté pleine ne consistait qu\u2019en une absence totale de contraintes extérieures ! Regardons cet homme libre.Fait-il ce qu\u2019il veut?Apparemment, peut-être.Réellement, non.Supposons-le élevé d\u2019après ces principes et nous pouvons être sûrs qu\u2019il n\u2019est pas libre.Il veut la liberté d\u2019expression, de parole et de presse.Il veut la liberté de gouvernement et le suffrage universel.Il veut toutes les libertés.Cependant, il n\u2019a pas le gouvernement de lui-méme.Il est lié par les chaînes d\u2019une foule d\u2019habitudes.La chair fait la loi à l\u2019esprit.La passion fausse le raisonnement.Chacune des facultés dont il est pourvu poursuit son bien propre, sans s\u2019inquiéter de l\u2019ensemble.Des fins, il en a; mais non une fin.Des activités disparates, non une activité.Ce qu\u2019il appelle volonté n\u2019est que caprice.Car la raison seule unifie l\u2019activité, la raison régnant sur des sentiments et des instincts disciplinés.Ainsi livré aux courants contradictoires des appétits, c\u2019est un esclave couronné.Les philosophes ont compris qu\u2019il faut à cet homme une loi.Les chrétiens ont dit: c\u2019est Dieu qui lui manque.Car à cet homme royal, qui d\u2019autre oserait imposer une règle ?De ces deux constatations, est sorti V Humanisme chrétien.Respect à tout ce qui est de l\u2019homme, mais intervention d\u2019une loi supérieure, qui met de l\u2019ordre en la place.L\u2019Univers, humble sujet de l\u2019humain; l\u2019humain, humble sujet de Dieu.Hiérarchie naturelle, mesure du temps adaptée en toute logique et conformée à la mesure de l\u2019intemporel.Déplacement d\u2019axe, qui n\u2019enlève à l\u2019homme rien d\u2019essentiel, mais consacre plutôt sa personnalité, en la replaçant dans le rayonnement de la Pensée étemelle, dont elle est l\u2019image et la participation.La position de l\u2019Humanisme chrétien est donc inattaquable.Elle n\u2019est pourtant pas sans danger, si elle ne se rend pas au bout de son principe.« Montrer dans le christianisme un humanisme achevé et supérieur, et dans le Christ un surhomme, pourrait égarer », écrit le P.Charmot.C\u2019est que, si le christianisme présente un type humain magnifique, digne de servir d\u2019idéal à l\u2019humanité de tous les siècles, parce qu\u2019auréolé de toutes les perfections de la nature et de la surnature, il en soumet la réalisation concrète à la loi de mort, de mort pour la vie.Cette loi, typiquement chrétienne dans ses applications spirituelles, est calquée sur la nature.Partout, sous nos pas comme sur nos têtes, la vie naît de la mort.C\u2019est l\u2019histoire du froment.Pour qu\u2019il épie et se dore, pour qu\u2019il nourrisse et vivifie, pour qu\u2019il se fasse substance de nos corps, il a fallu qu\u2019il naisse de 292 RELATIONS la mort.Si la semence n'avait connu l\u2019enfouissement, et puis en terre la pourriture, rien n\u2019aurait germé.L\u2019humain parfait sort de l\u2019abnégation.L\u2019épanouissement de l\u2019anéantissement.« Qui sauve son âme, la perd; mais qui perd son âme pour l\u2019amour de moi, celui-là vivra », clamait le Christ.Heureux ceux qui comprennent ce message hermétique! Profonde vérité plutôt que paradoxe! Les systèmes modernes d\u2019éducation ont trop souvent méconnu ce principe.N\u2019imposez pas votre volonté, ni la volonté d\u2019un autre ni aucune volonté, vous tuez la personnalité! Ne réagissez pas contre la faute, vous briseriez les ressorts délicats de l\u2019âme.Tout vient en son temps, attendez.Il faut que « jeunesse se passe ».Quand l\u2019enfant sera dégoûté du péché, il reviendra aux genoux de sa mère.Alors, ce sera votre heure! Le mal fait, vous serez deux pour faire le plaidoyer du bien: le remords et vous.Laissez donc, en liberté, se développer le sauvageon.Rousseau, avant eux, avait soutenu, en le généralisant, le principe de la punition naturelle.Que la sanction sorte de la faute! Que l\u2019amertume du regret soit le tremplin vers une vie nouvelle, l\u2019antidote de toute erreur et de toute concupiscence ! Aussi, « à douze ans, écrit M.Compayré, Émile n\u2019a que des sens.Rousseau se donne pour l\u2019apôtre de la nature, et il supprime dans l\u2019éducation les influences naturelles.De peur de contrarier la nature, il ne l\u2019aide pas; de peur de la déformer, il oublie de la former ».Aberration de la raison aussi bien que méconnaissance du christianisme! Quel arbre a jamais produit de bons fruits sans être émondé ?C\u2019est ainsi que sans renier au début les principes du christianisme, les hommes de la Renaissance ont été peu à peu amenés à le répudier complètement.De la répudiation de l\u2019ascèse est sortie la répudiation de l\u2019Évangile.« C\u2019est une sorte d\u2019euphorie, écrit Jacques Maritain, qui s\u2019empare alors de l\u2019homme;.il croit pouvoir se saisir de la totalité de lui-même et de la vie, sans avoir besoin de passer par le chemin du dépouillement intérieur; il veut la joie sans l\u2019ascèse; c\u2019était vouloir porter du fruit sans être émondé, ni vivifié dans sa sève par Celui dont la grâce et les dons peuvent seuls diviniser l'homme.» (Humanisme intégral, p.33.) Que de parents dont l\u2019illogisme consiste à vouloir recueillir des fruits dans un arbre qu\u2019ils ont refusé d\u2019émonder en son temps! Sans cesse en révolte contre les manières de faire de nos maisons d\u2019éducation, ils appellent personnalisme ce qui n\u2019est que naturalisme.Des techniques les plus utiles, ils font des instruments de mort, à l\u2019instar de Freud, dont les découvertes psychologiques, toutes géniales qu\u2019elles soient, sont viciées dans le principe par sa métaphysique.Ils ont oublié l\u2019avertissement de la Sagesse inspirée et de la sagesse des saints: parce que nous sommes un mélange de bien et de mal, le fruit ne viendra qu\u2019où la taille a passé.Ils ont oublié la blessure originelle et la nécessité de réhabiliter l\u2019ange déchu.Réhabilitation conditionnée par l\u2019application, dès le jeune âge, d\u2019une pédagogie essentiellement ascétique et dont le but est la formation d\u2019un type humain, tel que dessiné par Dieu.« Cela veut dire, explique Maritain, qu\u2019il ne peut se réaliser qu\u2019à l\u2019aide des moyens que la spiritualité chrétienne nomme les moyens de la Croix, je ne dis pas la croix comme insigne extérieur et symbole placé sur la couronne des rois chrétiens ou décorant des poitrines honorables, je dis la croix du cœur, les souffrances rédemptrices.» (Op.cit., p.83.) Ainsi, au centre même du problème éducationnel, éclate le scandale de la croix.La croix, avec tout ce qu\u2019elle comporte.Acceptation d\u2019une autorité, non pas parce qu\u2019elle plaît, mais parce qu\u2019elle est Xautorité.Acceptation du devoir, non parce qu\u2019il intéresse, mais parce qu\u2019il est le devoir.Je ne dis pas que l\u2019éducation chrétienne exige que l\u2019autorité soit déplaisante et le devoir rebutant, mais je dis que le motif d\u2019adhésion à l\u2019une et à l\u2019autre et que l\u2019on doit former dans l\u2019âme de l\u2019enfant doit être l\u2019authentique, non le succédané.Je dis que les réalités austères de la vie ne doivent pas être tellement dissimulées que son déroulement apparaisse comme une partie de jeu.Qu\u2019on mette de la joie dans la vie du tout-petit, qu\u2019on lui facilite les premiers efforts par d\u2019ingénieuses trouvailles, que la salle d\u2019école soit gaie, accueillante, homelike si possible, que l\u2019amour maternel s\u2019emploie à panser les premiers bobos, nous en sommes.Mais selon le mot de Joubert, qui est tout un programme: « Il faut que l\u2019éducation soit tendre et sévère.» Il faut qu\u2019elle initie avec tendresse aux austérités de la vie, ces austérités qui sont la rançon de la liberté.Il n\u2019est pas surprenant que la liberté totale laissée à l\u2019enfant dans l\u2019arène de la vie suggère des souillures, quand on connaît l\u2019homme et le monde tels qu\u2019ils sont.L\u2019homme paulinien, avec son « corps de mort », sa faible chair.L\u2019homme qui se révèle dans l\u2019enfant, porteur « dès sa naissance, écrit Le Play, des ferments d\u2019indiscipline et de révolte.» L\u2019homme qui « ne naît pas libre » (Jacques Maritain).L\u2019homme qui conquiert chaque jour sa liberté de haute lutte, par l\u2019acceptation d\u2019une loi, d\u2019une discipline, qui ne brime que l\u2019homme inférieur, pour dégager l\u2019homme supérieur.Dualité, qui est tout le problème humain et qui, dans la pratique, a une tout autre importance que la distinction métaphysique entre la personne et l\u2019individu.Voilà pourquoi il est si important de s\u2019entendre au sujet du développement de la personnalité.Distinguer le vrai de l\u2019illusoire, le développement réel du développement apparent, le développement harmonieux et hiérarchique du développement contre nature, distinctions relevant de l\u2019opposition fondamentale entre deux conceptions de la vie.Comprendre, enfin, que nous préparons la génération de demain, non pour un paradis terrestre, mais pour l\u2019effort conquérant d\u2019une vie humaine en marche vers sa vraie et définitive destinée.NOVEMBRE 1944 293 O AU FIL DU MOIS AVEC U\tSA N S AU FIL DU MOIS Héritages solides.\u2014 L\u2019honorable M.Bégin disait à l\u2019Aide à la Colonisation: Ce qu'il faut surtout au colon, c'est de l'argent; et pour que le gouvernement y consacre des sommes élevées, il faut qu'il sente l'opinion derrière lui.Vous faites bien de faire comprendre au peuple l'importance de cette œuvre.Il semble que l\u2019opinion est toute cuite: nous avons des milliers de jeunes gens de surplus dans les vieilles paroisses; nous avons des millions d\u2019acres fertiles qui les invitent; nous ne voulons plus les voir, déracinés, battre le pavé, blasphémer la vie et tomber aux rebuts; nous avons des missionnaires-colonisateurs qui n\u2019ont jamais pu faire campagne et recruter à leur goût.Les budgets pourraient s\u2019aider de la vente des bois de défrichement, ces beaux arbres qui découragent le colon incapable d\u2019en tirer profit.Des cantons devraient se libérer de l\u2019emprise des compagnies de bois et s\u2019ouvrir à la conquête des hommes.Le mot du curé Labelle s\u2019impose: Mettre des Canadiens à la place des épinettes.C\u2019est le vœu de tout un peuple fatigué de se déraciner, de jeter ses meilleurs fils au chômage, faute d\u2019héritage.La terre féconde est créée pour l\u2019homme, non pour la spéculation.Ces sociétés secrètes.\u2014 On se croirait chez nous, et pourtant cela vient de l\u2019Afrique du Sud, qui a fourni de si belles troupes aux campagnes d\u2019Afrique.Une aussi terrible société secrète que nos Jacques-Cartier, organisée dans l\u2019ex-Trans-vaal par des fils d\u2019ex-Boers, mécontents de l\u2019impérialisme de M.Smuts, se fait crêper le chignon par le ministre Lawrence qui n\u2019est pas tout de même leur compatriote, lui.Cette affreuse Ligue de frères, Broederbond, exercerait « une sinistre influence sur la politique sud-africaine » et prétendrait arriver au pouvoir.Pensez donc! M.Lawrence a sommé trois personnages, aux noms bien boers, de dire s\u2019ils en sont membres: M.Botha a dit que non; M.Cronje a dit que ça le regardait; M.Verwoerd a dit que oui, en s\u2019informant du tac au tac si M.Lawrence ne serait pas franc-maçon ?.Un député Davis propose qu\u2019aucun fonctionnaire n\u2019appartienne à des sociétés secrètes.Au moins, lui est impartial.Son idée ferait notre affaire au Canada, où certaines nominations, promotions et protections ne s\u2019expliquent vraiment pas.« Northland Breweries Limited ».\u2014 Il vient de se fonder à Val-d\u2019Or, en Abitibi, une puissante compagnie au capital-actions de $599,999.Est-ce pour exploiter, pour mettre en valeur les richesses de la région: mines, forêts, terres, cours d\u2019eau?Mais non, soyons réalistes: c\u2019est pour fabriquer et vendre de la bière ! Et pour bien d\u2019autres choses encore! Les lettres patentes publiées dans la Gazette officielle de Québec, 30 septembre 1944, disent: « Exercer aucun (chacun) des commerces de marchands et cultivateurs de houblon, commissionnaires en malt, marchands, importateurs et distillateurs de vins et spiritueux, tonneliers et embouteilleurs, fabricants de bouteilles, fabricants de bouchons de bouteilles, potiers, manufacturiers et marchands d\u2019eaux gazeuses et minérales et autres breuvages, épiciers licenciés, hôteliers, restaurateurs, tenanciers de maisons de pension, manufacturiers et marchands de glace, marchands de tabac, cultivateurs, laitiers, marchands de levure et vendeurs et sécheurs de grains, sous le nom de Northland Breweries Limited.» L\u2019Abitibi, ses villages neufs et ses colons ont besoin, pour créer du pays, de bien autre chose que des bienfaits de la Northland Breweries Limited.Malheureuse fondation, au moment même où les organismes et ligues de tempérance, avec l\u2019encouragement de Nosseigneurs les Évêques, essaient d\u2019endiguer le déluge d\u2019alcoolisme qui gaspille et ruine notre peuple.COMMENTAIRES LE IE PÈRE LOUIS LALANDE, de la Compagnie de Jésus, \u201e/ est mort le vendredi 20 octobre 1944.Il fut prédicateur, confesseur, conférencier, professeur, écrivain, recteur du Collège Sainte-Marie, fondateur de l\u2019Association Catholique des Voyageurs de Commerce, et, pendant de nombreuses années, son aumônier-directeur.L\u2019Église du Canada, le diocèse de Montréal en particulier, perd un de ses prêtres-religieux les plus marquants.Sa noble figure, son caractère de gentilhomme, son éloquence naturelle et toujours châtiée, s\u2019harmonisaient bien avec les qualités de son grand cœur et de sa belle intelligence.Pendant plus de cinquante ans, il parcourut les diocèses de l\u2019Amérique du Nord.Tout le long de cette carrière, il a DES IE CENTENAIRE du Bon-Pasteur de Montréal évoque une j extraordinaire dépense d\u2019abnégation au service des égoïsmes exagérés.Les quatre religieuses venues d\u2019Angers en 1844 y retournent après vingt-cinq ans, laissant ici 91 sœurs canadiennes et le flambeau allumé pour toujours.Les œuvres de préservation et de réhabilitation se multiplient jusqu\u2019au Pérou et au Japon.Près de 116,000 personnes ont passé dans leurs classes et leurs cloîtres depuis un siècle: 58,728 prisonnières, 23,786 protégées, 14,567 préservées, 6,012 jeunes délinquantes.Présentement 3,002 âmes y vivent, dont seulement 102 prisonnières.La détention ne compte plus, par la faute de qui ?Les sentences sont trop courtes, parfois sentences pour rire, pour une simple prise de sang.L\u2019action profonde est impossible aux bonnes pastourelles, bien cha- su garder l\u2019estime universelle.A l\u2019âge de 84 ans et dix mois, les demandes de ministère étaient encore assez nombreuses pour couvrir son carnet de voyages deux ans à l\u2019avance.Sa voix s\u2019est éteinte, mais les échos de sa prédication se prolongeront longtemps encore dans le cœur de ses innombrables auditoires.Son cœur aussi s\u2019est arrêté, le geste du bon semeur est resté comme suspendu.Mais le bon grain qu\u2019il a semé continuera à croître et à vivifier la vigne du bon Maître qu\u2019il a servi.Le P.Lalande était né à Saint-Hermas, au sein d\u2019une famille de dix-sept enfants, dont quatorze sont disparus.A ceux qui restent, nous offrons nos plus sincères condoléances.GUERISSEUSES grines de ne rien guérir, de voir repartir en vitesse les brebis égarées, vers d\u2019autres égarements.A entendre le pouvoir civil exprimer une reconnaissance émue pour la grande œuvre sociale des guérisons d\u2019âmes, on est tenté de répondre: « Donnez donc le temps de panser les plaies; prévenez donc la semence des microbes par une vigilante police des lieux d\u2019amusements, théâtres, grills et clubs de nuit, par la suppression de la boisson aux jeunes, de la littérature infectieuse et des propagandes immorales qui flétrissent la jeunesse aux portes des écoles.Prévenir ne vaut-il pas mieux que d\u2019essayer à guérir ?» Honneur aux bonnes samaritaines, en ce centenaire de leur incomparable action spirituelle et sociale, et à tous ceux et celles qui les aident à mieux l\u2019accomplir.PERE LOUIS LALANDE LA PAILLE ET LA POUTRE OUS AVONS CUEILLI les nouvelles qui suivent dans la Gazette: Winnipeg, 27 septembre.\u2014 Des bagarres ont éclaté au camp de Shilo (Manitoba), entre soldats de l\u2019active et des recrues qui refusaient de signer.Londres, 27.\u2014 Le major McLoughlin, de Winnipeg, vient d\u2019être dégradé pour avoir parlé du roi de façon injurieuse.Hamilton, 28.\u2014 Les maladies vénériennes sont à l\u2019état épidémique en Ontario, a déclaré le major John Leroux, du département de la Santé.On compte 70,000 nouveaux cas depuis sept ans.La Suède, avec une population de six millions et demi, n\u2019a eu l\u2019an dernier que 963 cas.Londres, 2 octobre.\u2014 Des 140,000 enfants d\u2019âge scolaire, 45 pour cent seulement fréquentent l\u2019école, a déclaré le département de l\u2019Instruction publique du London County Council.Jusqu\u2019ici, les autorités ont patienté à cause des bombes volantes.Mais « nous allons prendre des procédures légales contre les parents », a dit un fonctionnaire.Edmonton, 3.\u2014 Environ 500 écoles de l\u2019Alberta n\u2019ont pu ouvrir leurs portes aujourd\u2019hui, faute de professeurs.Halifax, 6.\u2014 Parce que le personnel enseignant des universités canadiennes « a suivi le courant de la mode, du préjugé, du matérialisme et du fanatisme, l\u2019enseignement supérieur n\u2019a cessé de déchoir depuis 1933 », a déclaré le docteur Stanley, président de l\u2019université de Dalhousie.Montréal, 10.\u2014 L\u2019emploi d\u2019enfants dans les usines de guerre est tellement répandu aux États-Unis que le Children's Bureau et le Bureau de l\u2019Éducation viennent de réglementer le travail des enfants d\u2019âge scolaire, de façon à ne pas compromettre leur santé, leur bien-être ou leurs études.Londres, 12.\u2014M.Herbert Morrison, ministre de l\u2019Intérieur, a refusé de nommer les membres du Right Club, fondé en 1939 par le capitaine Ramsay pour « sauver l\u2019Angleterre des Juifs ».M.Ramsay, député aux Communes, qui vient d\u2019être relâché après quatre ans de détention, a déclaré que d\u2019autres membres des Communes et de la Chambre des lords avaient fait partie de cette société secrète.Sydney (Australie), 15.\u2014 On vient d\u2019arrêter des déserteurs de l\u2019armée américaine, dont quelques-uns, disparus depuis deux ans, occupaient des postes lucratifs.Washington, 17.\u2014 Tyler Kent, employé à l\u2019ambassade de Londres, a été condamné par une cour britannique à sept ans de prison pour avoir violé la loi des secrets de guerre.La Cour suprême des États-Unis refuse d\u2019intervenir.Ces nouvelles ont paru dans la Gazette, où il fallait parfois un œil attentif pour les dénicher.Imaginons que notre province eût été le théâtre ou quelque compatriote, le héros de l\u2019un ou l\u2019autre de ces hauts faits.De Halifax à Vancouver des manchettes flamboyantes auraient proclamé: Riots in Quebec, Antisemitism flares, etc.Nos journaux français n\u2019ont même pas rapporté la plupart de ces faits.Ils laissent les autres laver leur linge sale en famille.Des succès de coopératives.\u2014 A Sainte-Croix de Lotbi-nière, la Beurrerie coopérative fabrique plus de 250,000 livres de beurre et a déjà payé $11,600 de ristourne; le Magasin a fait pour $50,000 d\u2019affaires avec un profit brut de $7,720; la Coopérative avicole a fourni 150,000 poussins; miré, classé, vendu plus d\u2019un million d\u2019œufs; préparé un poste d\u2019abattage avec frigidaire pour 100,000 livres de poulet et fait $2,200 de profit l\u2019an dernier; la Bonne Boulangère, les Coopératives de criblage et de battage de graine de trèfle vont très bien; mais surtout la Meunerie a fait pour près de $200,000 d\u2019affaires, tout en épargnant aux cultivateurs $4 à $5 la tonne de diverses moulées, de grains, de gru, de son et de farine \u2014 85,481 sacs en tout\u2014; puis elle a versé $10,000 au fonds d\u2019amortissement et $6,859 en ristourne aux 150 coopérateurs.Travail constructif de libération populaire.Éducation populaire.\u2014 Les Jour nées sociales de Chicoutimi, tenues du 12 au 16 octobre, ont remporté un magnifique succès.Elles étaient dirigées par les Pères de l\u2019École Sociale Populaire, de Montréal, organisées par la J.I.C.locale avec le concours de nombreuses organisations, et hautement patronnées par S.Exc.Mgr Melançon, évêque de Chicoutimi.Les Journées, cette année, se sont spécialisées: il y eut la journée des prêtres, des dirigeants de l\u2019U.C.C., des commissaires d\u2019écoles, des employeurs, de la J.I.C., pour ne rien dire des conférences publiques qui remplirent la salle de l\u2019hôtel de ville et, le dernier soir, le Capitole.Les cours portèrent sur les responsabilités sociales des diverses classes, l\u2019organisation professionnelle, agricole, patronale et ouvrière, et divers aspects du problème de l\u2019éducation dans la province.Les deux journées des commissaires d\u2019écoles et des dirigeants de l\u2019U.C.C.ont été reprises à Roberval pour la région du Lac-Saint-Jean.Deux journées syndicales pour les chefs ouvriers de la région avaient déjà eu lieu à la fin d\u2019août.Le Progrès du Saguenay souligne tout le bien produit dans la région par cette magnifique initiative d\u2019éducation populaire, qui en est à sa cinquième année.La série des fins de semaine syndicales, dirigées par l\u2019École Sociale Populaire, qui ont remporté un si beau succès à l\u2019été, se continuent: la région de Valleyfield, les 28 et 29 octobre, à la maison du Christ-Roi, à Châteauguay, la région de Sherbrooke, le 5 novembre.La XXIe Semaine sociale.\u2014 Mettre en vive lumière la doctrine sociale catholique, l\u2019appliquer aux problèmes actuels de notre milieu, entraîner les volontés à se conformer à son enseignement: tel est le but des Semaines sociales du Canada.Constamment tendues vers cette fin, elles ont d\u2019année en année, depuis bientôt vingt-cinq ans, exposé à nos compatriotes les principes et les directives de l\u2019Église.Comme la goutte d\u2019eau qui peu à peu creuse la pierre, cet enseignement a pénétré les esprits.N\u2019est-ce pas à son crédit que le secrétaire d\u2019État de Sa Sainteté pouvait écrire au président des Semaines sociales, à l\u2019occasion de la Semaine d\u2019Ottawa: Le Saint-Père compte beaucoup sur ses chers fils canadiens qui Lui ont si souvent donné des gages singuliers de dévouement et de zèle, pour instaurer le règne de Dieu parmi les hommes, surtout au lendemain d'une guerre, dont les ravages de tous ordres seront incalculables.C\u2019est précisément cette restauration qui faisait le sujet de la XXIe Semaine sociale du Canada, tenue dans la capitale fédérale.Ses cours et conférences, qui paraîtront prochainement en volume, donnent au Canada un plan de restauration nationale, d\u2019inspiration chrétienne et de caractère pratique.Aux catholiques et à tous les hommes de bonne volonté de se grouper autour de ce plan et de travailler à sa réalisation.294 RELATIONS NOVEMBRE 1944 295 « TO BE OR NOT TO BE.» Edgar SCHMIEDELER, O.S.B.((T \u2019AVENIR est aux nations chastes », disait Thomas I Mann.Pour autant que c\u2019est juste \u2014 et c\u2019est parfaitement juste à notre avis \u2014 on comprend que celui qui jette un coup d\u2019œil vers l\u2019avenir ne se sente guère rassuré sur plus d\u2019une nation occidentale.Et Jean Vioilet ne fait que répéter le mot de Mann lorsqu\u2019il dit: « Une société qui se proclame civilisée, et qui laisse cependant libre cours à ses instincts sexuels, absorbe un poison corrupteur qui tôt ou tard causera sa destruction.Ce n\u2019est qu\u2019affaire de temps.» Ces deux paroles sont encore l\u2019expression de cette antique et traditionnelle opinion que la chasteté est la gardienne du foyer, et que lorsque celui-ci n'est plus préservé contre le vice contraire, la nation va mal.De nos jours, une des formes les plus communes de l\u2019incontinence, c\u2019est la pratique du contrôle artificiel des naissances.Cette pratique est une vile recherche du plaisir qui rejette en même temps les tâches et les devoirs que la nature y a attachés.Il emploie la science pour frapper la vie à sa source aussi efficacement que possible.Le résultat est que les femmes déjouent la nature et rejettent la maternité.Les maris recherchent bassement le plaisir et refusent la paternité.Et cela conduit finalement à beaucoup d\u2019autres maux qui frappent directement ou indirectement la famille et la société.Un des effets les plus évidents de cette pratique, de ce vice contre nature, c\u2019est le déclin de la population.Il décime les nations.Et il le fait avec une promptitude vigoureuse.Prenons seulement l\u2019exemple des États-Unis.On peut facilement faire le tableau de ce qui s\u2019est passé là, en citant quelques faits et quelques chiffres.On dit qu\u2019Abraham Lincoln était d\u2019opinion que de notre temps, ou même plus tôt, les États-Unis devaient compter approximativement 250,000,000 d\u2019habitants.Si l\u2019on prend pour base d\u2019appréciation le taux des naissances qui se maintint jusqu\u2019à la guerre civile de 1860, ce n\u2019était pas là téméraire prédiction.Et remarquons en passant quel différent aspect aurait maintenant le monde si sa prédiction, fondée sur des considérations aussi raisonnables, s\u2019était réalisée de fait.Quelle nation, même sous la pression des circonstances, aurait osé se mettre en guerre contre celle-ci ?Malheureusement, cela ne s\u2019est pas réalisé.La nation est loin actuellement de ses 250,000,000.Elle ne compte pas 200,000,000; et pas même 150,000,000.Il y a approximativement 134,000,000 d\u2019Étatsuniens.Mais ce qui est plus grave, c\u2019est que les perspectives d\u2019accroissement sont excessivement minces.Bien plus, la courbe d\u2019un prochain déclin saute aux yeux.Voyons un peu les statistiques.296 Pour faire une juste appréciation de la population actuelle du pays, nous devons jeter un coup d\u2019œil sur les dernières années.On y voit une jeune nation croissant par sauts et par bonds.Le petit groupe des quelques millions qui combattirent pour l\u2019indépendance de leur pays était devenu en 1920 une puissante nation de plus de 100,000,000 (105,710,620).C\u2019est une augmentation impressionnante.Cependant, dès qu\u2019on considère le taux de croissance, on est immédiatement frappé par la différence considérable entre les premières décades et les plus récentes.Aussi, de 1790 à 1890, le taux de croissance était entre 36.4% et 32.7% par décade.Pour les décades de 1860 à 1900 on distingue une baisse considérable, mais là, on se tenait encore à 20.7% pour la décade de 1900 à 1910.Il y eut ensuite d\u2019autres déclins, le taux des décades suivantes étant de 14.9% (1910-1920 \u2014 la décade de la première Grande Guerre), 16.1% (1920-1930) et 7.0% (1930-1940).Et c\u2019est lorsqu\u2019on considère la différence entre le premier pourcentage, 36.4%, avec le dernier, 7.0%, qu\u2019on est frappé de l\u2019énorme baisse du taux de croissance.Une image peu encourageante nous est donnée de la situation par le Bureau du Recensement, dans la publication du 31 janvier 1941: « Si le taux actuel des naissances et des morts continue, les États-Unis ne pourront conserver leur chiffre de population qui ira baissant de 4% par génération.Si les naissances et les mortalités de 1930 avaient continué, la population augmenterait de 11% par génération.Il est clair, alors, qu\u2019à un moment donné entre 1930 et 1940 le taux des naissances et des mortalités a traversé le point critique selon lequel la population serait demeurée stationnaire, c\u2019est-à-dire le point où le nombre d\u2019habitants du pays n\u2019augmenterait plus ni ne diminuerait.Si les naissances et les mortalités continuent au taux actuel, la population des non-blancs de ce pays pourra, à la longue, augmenter au taux de 7% par génération, tandis que la population blanche (en comptant les Mexicains) décroîtra au taux de 5% par génération.Ces conclusions sont basées sur une analyse de l\u2019âge des différents éléments de la population, comme le démontre un échantillon de 5% pris dans le recensement de 1940.» Une publication plus récente corroborait les conclusions précédentes.Dans un communiqué du 11 novembre 1943, le Bureau faisait remarquer que les États du Sud étaient les seuls où la population blanche avait continué de se reproduire de 1935 à 1940.(De 1930 à 1935, les taux étaient encore plus bas.) Prenant 1,000 comme chiffre de la reproduction nécessaire pour prévenir la décroissance de la population, le gouvernement trouva que le taux des diverses régions était le suivant pour la période de cinq ans, 1935 à 1940: les États du RELATIONS nord-est, 797; les États du nord et du centre, 952; ceux du sud, 1,154; ceux de l\u2019ouest, 933; et les États-Unis, en bloc, 957.Pour plus de clarté, expliquons les mots cités dans la déclaration de 1941, à savoir que « les conclusions sont basées sur l\u2019analyse de la composition d\u2019âge de la population ».On pourrait croire, à première vue, qu\u2019un pays a un taux de natalité plus élevé que celui des mortalités, lorsque, de fait, c\u2019est l\u2019inverse qui est vrai, si l\u2019on tient compte de la composition d\u2019âge de la population.C\u2019est le cas de la Suède.En 1937, la natalité, en Suède, était de 14.4 pour mille et le taux de mortalité était de 12 pour mille.Cela ne fait pas voir une population en déclin.Mais la vérité est que, en tenant compte de l\u2019âge moyen de la population, le taux des naissances n\u2019était que de 11.8 par mille, tandis que celui des décès était de 15.6.Cela représente on déclin naturel au taux de 3.8 pour mille, au lieu d\u2019un progrès de 2.4.Pour les États-Unis, un taux croissant de décès est à prévoir, car le pays vieillit.Le pays est actuellement d\u2019âge moyen, ou il approche de ce stage de son évolution.Ce qui veut dire que nous avons, ou que nous sommes sur le point d\u2019avoir un nombre proportionnellement plus large d\u2019individus d\u2019âge moyen que nous n\u2019en avons dans les couches plus jeunes et plus vieilles.Mais déjà le groupe des plus âgés montre une croissance bien marquée tandis que la population des plus jeunes a considérablement décru.Continuant ainsi, cela ne signifie pas seulement un vieillissement de la population, mais un taux de mortalité plus grand.Pour représenter cela par des chiffres, les États-Unis comptent, à l\u2019heure actuelle, environ 6% de leur population dans les âges de 65 ans et plus, mais on estime que vers 1980, 25 ou 30 pour cent auront 65 ans et plus.Évidemment, avec une proportion aussi élevée de personnes âgées, le taux de mortalité va s\u2019accroître de façon fantastique.En outre vient s\u2019ajouter le fait d\u2019un taux décroissant de naissances; et il n\u2019est pas besoin de dire que beaucoup de mortalités et peu de naissances déciment la nation.C\u2019est à la lumière de telles considérations qu\u2019on comprend le plein sens de ce cri d\u2019alarme donné aux Anglais par le premier ministre Winston Churchill dans son émission du 21 mars 1942: « Une des perspectives les plus sombres qui frappent ceux qui regardent trente, quarante ou cinquante ans en avant, \u2014 et dans un champ on peut distinguer clairement, \u2014 c\u2019est la chute du taux de natalité durant les derniers trente ans.A moins que le cours actuel des choses ne change, une partie de la population aura à supporter et à défendre une population vieillie presque aussi considérable qu\u2019elle.Dans cinquante ans, l\u2019état des choses sera encore pire.Si ce pays doit conserver son prestige dans le monde et doit survivre comme grande puissance qui peut défendre sa situation contre les peuples extérieurs notre peuple doit être encouragé par tous les moyens à avoir des familles plus nombreuses.» A la lumière de ce qu\u2019on vient de lire, on voit une ombre de bon sens dans cette histoire de la United Press venue de Londres qui relatait, entre autres choses: « Le projet de publicité d\u2019après lequel les Tommies qui ont un long service outre-mer auraient l\u2019autorisation d\u2019avoir un congé dit « de bébé » à la maison et de partir la famille, est un des symptômes significatifs de l\u2019éveil de la population à ce problème de l\u2019Angleterre.» De fait, il est un peu étrange que les Tommies n\u2019y aient pas pensé avant, quand ils étaient un peu plus près de la maison.Et la mauvaise tournure du taux des naissances aux États-Unis dans son ensemble apparaît encore pire quand on examine certains détails.Ainsi, la situation est plus mauvaise en ville qu\u2019à la campagne.En fait, les plus grosses villes américaines ne se reproduisent que dans la proportion des deux tiers.Un maître en démographie, le Dr Oliver E.Baker, montre que le taux des naissances urbaines est tombé si bas que toutes les villes américaines de 100,000 et plus doivent en trois générations, soit cent ans, tomber de leur grandeur actuelle au tiers de ce qu\u2019elles sont, si elles ne reçoivent pas un supplément de population de l'extérieur.Ce qui veut dire qu\u2019une ville de 300,000 aujourd\u2019hui n\u2019aurait plus que 100,000 habitants dans un siècle.Certaines classes de gens ont un dossier encore plus étonnant.Les membres des professions libérales et les hommes d\u2019affaires se sont reproduits seulement dans la proportion de 6%.Mais le cas suivant met le bouquet: le recensement donne, pour une maison de rapport, 200 familles, 67 chiens et 12 enfants.Et nous nous fâchons quand on nous décoche l\u2019épithète de « peuple décadent » ! C\u2019est vrai que la vérité choque.Il va sans dire que l\u2019inconduite qu\u2019entraîne le contrôle des naissances n\u2019est pas le seul facteur.Ce déclin se rattache encore étroitement au vice commercialisé, au concubinage, et aux immoralités sexuelles.De sorte que c\u2019est un résultat en étroite connexion avec toutes sortes d\u2019autres maux qui détruisent les familles, comme le divorce, l\u2019avortement et la stérilisation.On ne peut imaginer qu\u2019une nation puisse pendant des années apprendre à sa plus folle fantaisie à contrôler les naissances, et que son peuple ne relâche pas par ailleurs toute bride en matière sexuelle.Déchirez une partie du code sexuel et vous déchirez tout le système d\u2019éthique sexuelle.On peut malheureusement dire que l\u2019incontinence est devenue la caractéristique de plusieurs peuples modernes.Et c\u2019est en grande partie ce qu\u2019a dit le pape Léon XIII, dans sa fameuse proclamation, il y a plus de soixante ans: « Sans changements dans ces vues, les familles privées en même temps que les sociétés dans leur ensemble peuvent sans cesse craindre d\u2019être jetées dans ce général affaissement et ce renversement NOVEMBRE 1944 297 d\u2019ordre, qui est encore le but terrible des socialistes et des communistes.» Et encore: « A moins que les choses ne changent, la famille et l\u2019État ont de grandes raisons de craindre d\u2019avoir à souffrir la ruine.» Malheureusement, ses paroles ne furent pas prises au sérieux.Les choses ont continué d\u2019aller de mal en pis.C\u2019est la même chose pour les paroles de Pie XI écrites quelque cinquante ans après à propos des « principes per- vers d\u2019une fausse moralité » et « les pernicieuses erreurs d\u2019une morale gravement dépravée ».Ces paroles ne furent pas entendues hier.Elles ne le sont pas davantage aujourd\u2019hui.Et les résultats pernicieux n\u2019ont fait que prendre une proportion gigantesque.Ils ont conduit les États-Unis et d\u2019autres pays très loin dans le chemin de la destruction.Comprendront-ils à temps que « l\u2019avenir est aux nations chastes » ?PLAIDOYER POUR L'ART LA PETITE MAITRISE DE MONTRÉAL SUSPEND SES OPÉRATIONS.Alfred BERNIER, S.J.CE QUE M.Jean Vallerand, secrétaire du Conservatoire de Musique, entrevoyait comme « une œuvre d\u2019éducation totale » (voir Relations, août 1942, pp.212-213) vient de suspendre ses opérations.Temporairement.Mais le cas n\u2019est pas rare,dans le domaine de l\u2019art ou de l\u2019esprit, de ces désistements temporaires qui, avec le temps, deviennent définitifs.Qu\u2019on nous permette de commenter l\u2019incident, un simple fait divers dans les annales de nos généreux mais éphémères essais d\u2019art, au Canada.Pour comprendre l\u2019œuvre qu\u2019on était en train d\u2019édifier, il faut recourir à l\u2019histoire.La Schola 'romaine, fondée vers le IVe siècle, réorganisée et dotée par saint Grégoire le Grand, au VIIe, était une école d\u2019art musical où les enfants recevaient aussi la culture religieuse, morale et littéraire.Les Scholae ou Maîtrises se multiplièrent et devinrent bientôt les pépinières d\u2019où sont sortis la plupart des grands musiciens et compositeurs.A l\u2019apparition de la musique profane, les Maîtrises, \u2014 véritables conservatoires en miniature, \u2014 ne se confinaient plus à la seule musique religieuse, mais étaient devenues les centres où se formaient même les chanteurs de l\u2019opéra naissant.A l\u2019époque de la Révolution, les Maîtrises, alors très nombreuses en France, furent supprimées.Le Conservatoire de Paris, fondé en 1794, fut appelé à continuer les traditions artistiques des écoles disparues.Jusqu\u2019à l\u2019avènement du nazisme en Autriche, la célèbre école des Petits Chanteurs de Vienne ( Wiener Sângerknaberi), fondée en 1498 par l\u2019empereur Maximilien Ier, réalisait l\u2019idéal rajeuni des Maîtrises d\u2019enfants du haut moyen âge.C\u2019est dans cette école de Vienne que quelques-uns des grands compositeurs allemands (Haydn, Schubert, Bruckner) reçurent leur formation première.La Petite Maîtrise de Montréal voulait répéter chez nous l\u2019œuvre du Chœur des Enfants de Vienne.Fondée en novembre 1938, \u2014 il y a donc six ans accomplis, \u2014 la Petite Maîtrise s\u2019était proposé un but bien défini, bien clair: devenir un jour, et le plus tôt possible, une école primaire spécialisée.Une école comprenant une centaine d\u2019élèves choisis, qui devaient se distinguer par leur intelligence, leur travail scolaire, leur bonne conduite et des aptitudes vocales et musicales.Dans cette école qui devait compter six degrés (de la 4e à la 9e inclusivement), où les classes ne devaient pas dépasser 15 ou 20 élèves, on devait parcourir les programmes ordinaires des écoles de la Commission scolaire et donner aux élèves les fondements d\u2019une sérieuse culture musicale.Le choix attentif des enfants, leur nombre restreint dans les classes, auraient permis des résultats supérieurs à tous points de vue.Deux séries de maîtres, les uns pour l\u2019instruction primaire, les autres pour les matières musicales, se seraient partagé le travail.Un chœur, uniquement composé de voix d\u2019enfants, se serait maintenu, la Petite Maîtrise de Montréal, pour lequel l\u2019école aurait été un réservoir idéal et assuré.Quand la mue de la voix se serait produite, les plus doués auraient poursuivi, en des cours postscolaires, leur formation musicale et seraient devenus, grâce à l\u2019enseignement général et spécialisé de l\u2019école de la Maîtrise, des sujets aptes au Conservatoire.L\u2019école ne se limitait pas, au point de vue musical, à la seule culture vocale.On devait orienter aussi vers les instruments.Pour ce qui est de l\u2019ensemble choral, lequel aurait pu, avec d\u2019autres, servir d\u2019ambassadeur, à l\u2019étranger, de la culture artistique française en Amérique, il aurait continué d\u2019affirmer son originalité.Est-il besoin de le répéter, ce qui faisait l\u2019originalité de la Petite Maîtrise, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019admettait que les seules voix d\u2019enfants.Formule plus rarement employée parce que plus difficile.Au lieu du quatuor classique (deux voix d\u2019enfants et deux voix d\u2019hommes), la Maîtrise utilisait trois ou quatre parties, selon les exigences du répertoire, mais sans le secours et le timbre des voix d\u2019hommes.(L\u2019on sait que la plupart des chœurs, appelés chœurs d\u2019enfants, comme, par exemple, la Mané- 298 RELATIONS canterie de Paris, se joignent habituellement aux voix d\u2019hommes dans leurs exécutions.) Comme la Petite Maîtrise de Montréal, composée des seules voix de jeunes garçons, était unique ou presque en Amérique, l\u2019école que nous avions conçue aurait été unique ou presque au monde.(Nous n\u2019ignorons pas la Petite Maîtrise de la Basilique de Québec, véritable école primaire spécialisée, mais qui limite son activité aux offices capitulaires, ni la Savoy Chapel de Londres.) La Petite Maîtrise se présentait sous un triple aspect: d\u2019abord, comme une œuvre sociale, dont les sujets devaient se recruter dans les quartiers ouvriers et aider ainsi au relèvement des classes populaires; aussi, comme une œuvre éducative, en cultivant les enfants tant au point de vue chrétien et moral qu\u2019au point de vue intellectuel; enfin, comme une œuvre artistique, en développant les aptitudes naturelles de notre peuple pour le beau en général, et plus spécialement pour la musique.C\u2019était l\u2019un de ses buts également de propager le goût du beau par des auditions, soit à l\u2019église, soit au concert.En somme, la Petite Maîtrise de Montréal voulait poursuivre, auprès des enfants des quartiers populaires, « une œuvre d\u2019éducation totale ».Elle espérait ainsi contribuer à l\u2019enrichissement culturel du Canada français.Afin de conserver à l\u2019école de la Petite Maîtrise sa physionomie d\u2019œuvre populaire, la gratuité absolue des cours avait été fixée comme une condition essentielle.Tel était le plan.Malgré nos efforts et ceux de nos Assistants, de tous nos bienfaiteurs privés, de tous ceux qui se sont dévoués, qui se sont dépensés pour la réussite de l\u2019œuvre, nous n\u2019avons pu réaliser l\u2019école prévue, la grande formule de l\u2019école primaire spécialisée.Que de démarches, que d\u2019entrevues, que de dossiers compilés et déposés.Que de sympathies aussi rencontrées et que de dévouements obscurs, mais sincères.Si nous n\u2019avons pas réussi l\u2019école rêvée, la Petite Maîtrise de Montréal a cependant enregistré des succès remarquables.Plus de 125 auditions publiques en six ans: participation aux saisons d\u2019opéra de France-Film, ou des Festivals de Montréal, en compagnie des artistes du Metropolitan Opera de New-York; collaboration avec la Société des Concerts Symphoniques de Montréal; tournée à Québec; émissions nombreuses sur tout le réseau de Radio-Canada, et j\u2019en passe, sans omettre cependant l\u2019inoubliable Gala des Artistes Canadiens, où la Maîtrise a remporté un si vif succès.Pour souligner ce bilan artistique, qu\u2019il soit permis de reproduire, parmi des douzaines de comptes rendus, cette appréciation du regretté Frédéric Pelletier: « .J\u2019ai rarement entendu un ensemble aussi homogène et fondu et une pareille maîtrise des nuances chez des enfants.La plupart des pièces étant sans accompagnement, à trois, quatre et même cinq voix, il faut une culture assez poussée et une obéissance aveugle pour que des enfants nouveau-nés au chant choral se maintiennent à une justesse parfaite dans des complications harmoniques assez difficiles.» M.Vallerand notait lui-même, un jour, l\u2019unanimité des critiques à louer « la perfection technique et l\u2019intelligence esthétique de cet ensemble vocal ».Il ajoutait: « Tous admettent désormais l\u2019excellence artistique de la Petite Maîtrise.» La formule réduite (solfège, diction, répertoire, sans l\u2019enseignement primaire) que nous avons maintenue pendant six ans, était devenue intenable: il fallait constamment frapper aux mêmes portes, exploiter les mêmes dévouements, encaisser des promesses stériles.Des tractations longues et variées ne laissaient augurer aucune issue certaine, aucun espoir prochain, malgré les vœux ardents de nos amis qui ne cessaient de répéter: « Il faut tenir!.C\u2019est une œuvre nécessaire.Il ne faut pas que la Maîtrise tombe!.» Pour l\u2019instant, la Maîtrise ne tombe pas.Elle suspend son activité.Elle sommeillera jusqu\u2019au réveil, si réveil il y a, dans la formule complète de l\u2019école primaire spécialisée.Seule cette formule, dépendante quant à ses programmes de la Commission scolaire et du Conservatoire, permettrait d\u2019atteindre aux réalisations entrevues.Comme l\u2019école de Vienne, vieille de plus de quatre siècles, subventionnée par l\u2019État, sous la République comme sous l\u2019Empire, la Petite Maîtrise ne saurait se passer des pouvoirs publics à qui reviennent les frais de l\u2019instruction publique.La petite formule que nous avons utilisée depuis les débuts de l\u2019œuvre en 1938 a prouvé, \u2014 et abondamment, \u2014 la possibilité du plan intégral et la richesse culturelle dispensée par la Maîtrise.Plus de 200 enfants ont profité, à des degrés divers et pour des durées variables (les uns, 5 ans; d\u2019autres, 4, 3, 2 ans ou 1 an) d\u2019une éducation de qualité supérieure et d\u2019une culture musicale, élémentaire mais soignée, prodiguées par des maîtres de choix.C\u2019est avec une certaine émotion que ces maîtres, qui ont donné le meilleur d\u2019eux-mêmes à la Maîtrise, se soumettent à la décision qu\u2019imposaient les circonstances, qu\u2019ils renoncent aux fruits de six ans de labeur acharné et suspendent une œuvre en plein essor, une œuvre à laquelle ils ont cru, à laquelle ils croient encore.La Petite Maîtrise de Montréal a définitivement placé son espoir dans le sens social commun et la compréhension du beau, pour permettre aux jeunes enfants du peuple d\u2019accéder à cet épanouissement humain que procurent les arts dans la vie d\u2019une nation.Faut-il rejeter uniquement sur les conditions de guerre les responsabilités de cet arrêt momentané?Des temps meilleurs viendront-ils restaurer l\u2019œuvre et la faire grandir dans la lumière et l\u2019idéal qu\u2019elle s\u2019était proposé ?L\u2019avenir le dira.La Petite Maîtrise de Montréal sommeillera cette année.NOVEMBRE 1944 299 NOS MINORITÉS L\u2019ARTISANAT S\u2019IMPLANTE AU MANITOBA FRANÇAIS
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