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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1945-05, Collections de BAnQ.

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[" FAISONS-NOUS DE LA POLITIQUE?Louis G de LÉRY LE PROBLÈME DES CARTELS Burton LEDOUX L\u2019INEXPLICABLE TAUX DECROISSANT Léon LEBEL PROGRÈS DU MONDE Alexandre DUGRÉ NOS BÛCHERONS\u2014LA CONFÉRENCE PANAMÉRICAINE DE CHAPULTEPEC\u2014 LE SOIN DES ÉPILEPTIQUES\u2014NOTRE GRAND FRIDOLIN ECOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE MAI 1945 Éditorial .113 FAISONS-NOUS DE LA POLITIQUE?.Louis C.de Léry Articles LE SOIN DES ÉPILEPTIQUES .Albert Plante 115 LE PROBLÈME DES CARTELS .Burton Ledoux 118 NOS BÛCHERONS.Ernest Arsenault 122 Correspondance .125 Un témoignage.A new friend Que sera l\u2019avenir ?.Un officier Atavisme.Franco-Ontarien Commentaires .126 L\u2019organisation professionnelle.\u2014 Le bourgmestre Karl Lueger.\u2014 Distinctions opportunes.\u2014 « Prière pour demain ».\u2014 L\u2019exemple de Ponce-Pilate.NOS COLLABORATEURS 9 Le P.Louis C.de Léry, s.j., est professeur de droit canonique à lTmmaculée-Conception et à l\u2019Université Laval.\u2014 Le P.Albert Plante, s.j., ajoute à la série de ses reportages déjà donnés à Relations celui sur les « Établissements Notre-Dame » à l\u2019Ile-aux-Cerfs qu\u2019il visita récemment.\u2014 M.Burton Ledoux, New-Yorkais d\u2019ascendance canadienne-française, commence à tirer les conclusions de ses études particulières de certains cartels.\u2014 M.l\u2019abbé Ernest Arsenault, de Québec, ancien curé de Saint-Matthieu, en Abitibi, est secrétaire de la Société diocésaine de Colonisation.\u2014 Le P.Léon Lebel, s.j., aumônier général de l\u2019Union catholique des Cultivateurs, a été le premier propagandiste au Canada de l\u2019idée des Allocations familiales.\u2014 Depuis plus de vingt ans la plume alerte du P.Alexandre Dugré, s.j., n\u2019a cessé de collaborer au Messager Canadien, au Bulletin paroissial et maintenant à Relations.\u2014 Me Roger Duhamel, journaliste, est président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Chroniques L\u2019INEXPLICABLE TAUX DÉCROISSANT.Léon Lebel 128 PROGRÈS DU MONDE.Alexandre Dugré 130 LA CONFÉRENCE PANAMÉRICAINE DE CHAPULTEPEC.Joseph-H.Ledit 134 NOTRE GRAND FRIDOLIN .Roger Duhamel 137 Livres récents .138 L'Homme d'affaires.Alexandre Dugré Iberville le conquérant.Paul Fontaine A la gloire de Verlaine.Georges\tRobitaille Sondages.Jacques Tremblay Le monde classique\tj Poètes catholiques\tr.René Girard de la France contemporaine j En trois mots .140 RELATIONS REVUE DU MOIS 9 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Jacques Tremblay Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 9 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA Ecole Sociale Populaire, Montréal Verne année.No 53 ÉDITORIAL FAISONS-NOUS DE LA POLITIQUE?LES RELATIONS entre T Église et l\u2019État sont ma-^ tière délicate.Au Canada français, comme en tout pays de majorité catholique, on s\u2019offusque facilement des interventions du clergé dans le domaine public.Pour traiter le sujet à fond, il faudrait tout un livre; contentons-nous d\u2019un rappel de principes et tirons quelques conclusions.Le lecteur pardonnera si l\u2019article débute comme un sermon.Cette terre n\u2019est qu\u2019un passage: l\u2019homme s\u2019achemine vers le ciel.Sans doute, Église et État sont deux sociétés parfaites, indépendantes chacune dans leur sphère.Mais les sujets de ces sociétés sont les mêmes, et les matières en sont connexes et se compénètrent souvent.En matière spirituelle l\u2019État n\u2019est pas compétent; en matière temporelle l\u2019Église n\u2019a rien à dire: « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.» Mais bien des questions sont d\u2019ordre mixte; d\u2019autres, à première vue temporelles, ont de profondes répercussions dans le domaine spirituel.Aussi reconnaît-on à l\u2019Église un pouvoir de juridiction indirect en matière temporelle.Pouvoir de juridiction, c\u2019est-à-dire d\u2019enseigner et de gouverner.Pouvoir en matière temporelle, et non pas seulement spirituelle.Mais indirect, puisque l\u2019Église le possède non pas directement \u2014 en raison de la fin immédiate de l\u2019État, qui est de procurer à ses sujets sécurité et bien-être \u2014 mais indirectement, à cause de la fin dernière de l\u2019homme, lorsqu\u2019elle s\u2019y trouve intéressée.C\u2019est énoncer à la fois l\u2019étendue et les limites de ce pouvoir: il appartient à l\u2019Église chaque fois et chaque fois seulement que la fin supérieure de l\u2019homme est en jeu.C\u2019est Bellarmin qui mit au point cette doctrine si modérée, commune aujourd\u2019hui dans l\u2019Église.Il serait surprenant que les Jésuites du Canada eussent oublié l\u2019enseignement de leur illustre frère, pour suivre la théorie adverse du pouvoir absolu et direct, combattue par le saint docteur.Sans doute, rappelait Pie XI dans Quadragesimo anno, c\u2019est à l\u2019éternelle félicité et non pas à une prospérité passagère seulement que l\u2019Église a reçu la mission de conduire l\u2019humanité; et même, « elle ne se reconnaît point le droit de s\u2019immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles ».A aucun prix toutefois elle ne peut abdiquer la MAI 1945 charge que Dieu lui a confiée et qui lui fait une loi d\u2019intervenir, non certes dans le domaine technique, à l\u2019égard duquel elle est dépourvue de moyens appropriés et de compétence, mais en tout ce qui touche à la loi morale.En ces matières, en effet, le dépôt de la vérité qui nous est confié d\u2019En-Haut et la très grave obligation qui nous incombe de promulguer, d\u2019interpréter et de prêcher, en dépit de tout, la loi morale, soumettent également à notre suprême autorité l\u2019ordre social et l\u2019ordre économique.Il en est qui prennent ombrage de ce droit.La voix de nos évêques trouvera grâce devant eux; ils toléreront que le pape, de la lointaine Cité Vaticane, lance des encycliques sur des sujets intéressant la foi et les mœurs, quittes à n\u2019y pas faire écho, à étouffer sous le poids du silence un enseignement jugé embarrassant.Mais ils nieront aux membres du clergé le droit de reprendre, de prolonger et vulgariser cet enseignement \u2014 forcément général, parce qu\u2019universel \u2014 pour le mettre à la portée de tous et l\u2019adapter aux conditions de chaque pays.Qu\u2019aucun membre du clergé, écrivait Benoît XV à l\u2019évêque de Bergame, ne s\u2019imagine que pareille action est étrangère au ministère sacerdotal sous prétexte qu\u2019elle s\u2019exerce sur le terrain économique; car c\u2019est précisément sur ce terrain que le salut éternel des âmes est en péril.Aussi voulons-nous que les prêtres considèrent comme une de leurs obligations de se consacrer le plus possible à la science et à l\u2019action sociale, par l\u2019étude, l\u2019observation et le travail, et de favoriser de tout leur pouvoir ceux qui, sur ce terrain, exercent une saine influence pour le bien des catholiques.Ici, une distinction s\u2019impose.Le prêtre est sujet de l\u2019Église et sujet de l\u2019État: il est à la fois prêtre et citoyen.Prêtre, il administre les sacrements, enseigne le dogme, prêche la morale, fustige le vice et l\u2019injustice, stimule et encourage le bien.S\u2019il surgit une question politique qui touche à la foi ou aux mœurs, il peut et parfois doit la traiter en public; toutefois, pour rappeler aux fidèles leur devoir, il n\u2019interviendra publiquement, suivant une sage direction du Concile plénier de Québec, que sur les instructions du Saint-Siège ou de l\u2019épiscopat, à qui revient le droit et incombe le devoir de favoriser le bien de la religion par les moyens les plus appropriés.Mais quand, obéissant aux Souverains Pontifes, le prêtre étudie les questions économiques, sociales et politiques et met ses connaissances au service de son 113 pays, il agit et parle le plus souvent à titre de citoyen dont la compétence et le caractère sacerdotal rendront les avis généralement plus sûrs ou du moins plus désintéressés.Il ne demande pas que ses suggestions soient crues et suivies aveuglément, mais discutées et appréciées à leur mérite.Qui ne voit l\u2019importance d\u2019une aisance relative pour le maintien de la moralité publique ?Un minimum de bien-être, enseigne saint Thomas, est nécessaire à la pratique de la vertu.Et l\u2019expérience apprend que l\u2019honnêteté se rencontre surtout dans la classe moyenne, la petite bourgeoisie et chez les cultivateurs à l\u2019aise, non chez les riches, ni même chez les pauvres: la misère, comme la trop grande richesse, est mauvaise conseillère.Comment refuser, alors, au clergé le droit \u2014 pour lui c\u2019est un devoir \u2014 de préconiser une distribution plus équitable des biens par la suppression des abus du capitalisme, les allocations familiales, l\u2019amélioration des conditions d\u2019habitation, la nationalisation de certaines entreprises ?La guerre a provoqué de multiples problèmes, qui présentent leur incidence sociale et morale: travail des femmes à l\u2019usine, délinquence juvénile, déracinement des masses, prolétarisation, surpopulation des villes, etc.Pouvait-on ne pas aborder ces questions ?Mais vous faites de la politique, dira-t-on.L\u2019objection ne vient-elle pas d\u2019une confusion ?Le terme politique comporte plusieurs sens.Au sens propre, écrivait en 1930 l\u2019assistant de l\u2019Action catholique en Italie, la politique est la science de réaliser le bien commun par des institutions conformes aux principes chrétiens.Elle comporte l\u2019étude et le soin de la prospérité publique, du véritable progrès et du bien-être social: elle se confond avec la morale publique et même avec le plus grand, le plus étendu des commandements, celui de la charité.Le bien public est réalisé au moyen de mesures législatives, que tout citoyen doit, en tant que citoyen, promouvoir selon ses forces.Et alors le mot politique en vient à indiquer les moyens employés par le citoyen pour coopérer directement à l\u2019élaboration de ces lois.Actuellement, les citoyens participent surtout au gouvernement de l\u2019État par l\u2019élection de leurs représentants.Étant donnée la diversité des opinions sur la manière de réaliser le bien public, les citoyens se groupent selon les interférences des intérêts de classe, ou encore d\u2019après leur façon personnelle d\u2019envisager les diverses questions politiques et sociales.Ces groupements constituent les partis politiques.Tel est le sens populaire et courant du mot politique.Le Concile plénier de Québec recommande aux prêtres de ne pas s\u2019inféoder aux factions politiques: ce serait faire de la politique au sens populaire et courant.Le droit canonique interdit aux membres du clergé d\u2019être, sauf dispense, sénateurs ou députés: rappelons les exceptions connues de Mgr Seipel, chancelier d\u2019Autriche, du chanoine Desgranges, député à la Chambre française, du P.Rutten, o.P., sénateur de Belgique.Mais le prêtre ne peut se désintéresser de la politique au sens propre et relevé du terme: cela reviendrait à ne plus s\u2019occuper de charité ou de bien public.A pousser cet absurde principe à ses conséquences ultimes, on prétendra que le pape fait de la politique au sens populaire, quand Pie XI recommande l\u2019organisation professionnelle, les assurances sociales, la nationa- lisation de certaines entreprises, ou que Pie XII fait l\u2019éloge de la démocratie.Quand Relations a traité de sujets brûlants, il l\u2019a fait avec modération.Avec l\u2019immense majorité des Canadiens français et bien d\u2019autres compatriotes, il a dit, à propos de la conscription, que notre pays avait fait plus que sa part: il ne s\u2019est pas demandé s\u2019il valait mieux choisir de deux maux le moindre et soutenir le gouvernement actuel.Avec toute la législature québécoise, moins un député, il s\u2019est prononcé, en principe, en faveur d\u2019allocations familiales provinciales, parce que conformes à la constitution et susceptibles de mieux répondre à nos aspirations: il n\u2019a pas discuté les amendements de l\u2019opposition.Avec cette même députation, il a prôné une radio provinciale, insistant sur son aspect éducationnel et sans chercher si une commission régirait mieux l\u2019entreprise qu\u2019un seul homme, ni s\u2019il valait mieux fonder de nouveaux postes ou exproprier des postes actuels \u2014 ni lesquels.Le New York Times et la Saturday Night de Toronto ont reproduit l\u2019éditorial sur la conscription; la Gazette en a fait autant pour celui des allocations familiales, faisant connaître notre opinion dans des milieux qui ne nous connaissent guère.Nous assistons dans l\u2019univers à une centralisation générale.L\u2019État monopolise, accapare, parfois malgré lui et souvent contre son goût.Ses tentacules se ramifient à l\u2019infini et partout on découvre un bras ou une main de l\u2019État.D\u2019où, s\u2019il faut en croire certaines gens, parler contre tel service public ou dénoncer telle mesure tracassière ou persécutrice sera faire de la politique.Bientôt, on ne pourra plus causer, sinon de température, sans faire de la politique.Un Français peste contre le tabac de la régie d\u2019État: politique.Un Canadien fait la moue sur son verre de vin: politique.Je maugrée contre la poste ou le train en retard: politique.Un autre se plaint du rationnement, du service sélectif, des prix plafonnés, des salaires gelés, des mille et un contrôles de guerre: politique.Le clergé espagnol avait tort, en 1934, de protester contre la confiscation de ses biens: il faisait de la politique.Quand un prêtre mexicain, vers le même temps, disait la messe, il commettait une offense politique.Un prêtre qui pénètre en Russie est coupable d\u2019un crime politique.Les millions de chrétiens et de Juifs torturés par les nazis devaient marcher à la boucherie en silence, sous peine de faire de la politique.Les nazis accusaient de catholicisme politique ceux qui leur tenaient tête.Une campagne similaire se dessine chez nos esprits forts.Ils reprennent le cri hitlérien et brandissent le même épouvantail.Si nos radicaux intolérants n\u2019acceptent pas les positions catholiques, qu\u2019ils imitent nos frères séparés et discutent nos opinions au mérite.Qu\u2019ils se placent sur le terrain des libertés démocratiques et renoncent à ces tactiques nazies d\u2019intimidation.Louis C.de Léry, s.j.114 RELATIONS LE SOIN DES EPILEPTIQUES Albert PLANTE, S.J.((T£ DÉVELOPPEMENT très pénible mais progressif des Établissements Notre-Dame ferait l\u2019objet d\u2019un film documentaire du plus haut intérêt et d\u2019une portée multiple, un film bien long, car les étapes furent nombreuses, les décors changeants, les scènes impressionnantes.On pourrait appeler ce film: œuvre de patience, de foi tenace et d\u2019amour s\u2019il en fût.» Ainsi s\u2019exprimait, l\u2019automne dernier, Mme Théodule Bruneau, présidente de l\u2019Association catholique de l\u2019Aide aux Infirmes.C\u2019est cette association qui administre actuellement les Établissements Notre-Dame pour épileptiques éducables des deux sexes, enfants et adultes.Cet article va reconstituer brièvement leur histoire mouvementée.L\u2019enchaînement des faits nous amènera à raconter l\u2019incident qui a donné naissance à une autre institution pour épileptiques.On aura pu lire récemment dans les journaux une nouvelle annonçant l\u2019inauguration, en août prochain, à Saint-Hilaire, d\u2019un vaste établissement bilingue et non confessionnel, patronné par un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires et d\u2019hommes de professions libérales.Voici leurs noms: MM.Edmond Auclair, Philippe Brais, T.-D.Bouchard, Wilfrid Bovey, Napoléon Garceau, C.Hugh Hanson, vice-président de la National Breweries, le lieutenant-colonel W.P.O\u2019Brien, K.G.Pendock, secrétaire-trésorier de Howard Smith Paper Mills, John Rhind, gérant de la compagnie Bell Telephone, Georges-A.Savoy, le juge Albert Sé-vigny, J.-Ed.Simard, vice-président des Sorel Steel Foundries, F.B.Walls, premier vice-président de la compagnie Eaton.M.John Rhodes est le secrétaire-trésorier de l\u2019institution.Les Établissements Notre-Dame ont été fondés à Montréal le 27 octobre 1933.Quelques mots de préhistoire feront mieux voir les circonstances de cette fondation.Nous sommes en 1926.Il n\u2019y avait alors, ni à Montréal ni dans la province, d\u2019école canadienne-française catholique pour les enfants infirmes.La Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste comptait parmi ses sous-comités le Comité de la Visite des Hôpitaux.En visitant le Children Memorial Hospital, les demoiselles de ce comité s\u2019aperçurent que les quatre cinquièmes des enfants fréquentant l\u2019école de cette institution étaient catholiques.Elles suggérèrent alors à Mme Théodule Bruneau, leur vice-présidente, d\u2019entreprendre la fondation d\u2019une école.Depuis vingt ans déjà, Mme Bruneau se dévouait dans les œuvres de charité.Possédant de plus les diplômes exigés par la Commission des Écoles catholiques de Montréal, elle pouvait avancer avec sûreté dans cette voie nouvelle.L\u2019Hôpital Sainte-Justine fournit le local.L\u2019école fut ouverte en novembre 1926, pour enfants infirmes de toute catégorie: estropiés, paralytiques, épileptiques.L\u2019entreprise allait réussir grâce au concours bénévole de plus d\u2019une centaine de dames.Un comité exécutif fut aidé par sept sous-comités : enquêtes, enseignement, hygiène, lingerie, souscriptions, fêtes, vacances à la campagne.Voici la composition du premier comité exécutif: Mme Théodule Bruneau, présidente, Mmes F.-B.Mathys et Antonio Perrault, vice-présidentes, Mlle Eu-phrosine Rolland, trésorière, Mme Ernest Guimond, secrétaire, Mlles Marie Lassalle et Laurenda Raymond, conseillères, Mlle G.Riballier des Isles, représentante du Comité de la Visite des Hôpitaux.Durant les deux premières années de l\u2019école, il n\u2019y eut que l\u2019enseignement primaire.En 1928, on organisa l\u2019enseignement professionnel destiné à assurer le gagne-pain de l\u2019infirme par l\u2019apprentissage d\u2019un métier.On compta 14 élèves en cordonnerie, 15 en horlogerie, 18 en menuiserie, 21 en dessin industriel, 29 en couture, 20 dans l\u2019enseignement ménager et 10 dans la fabrication du chapelet.Dès 1930, on assura aux infirmes l\u2019inestimable avantage d\u2019un camp d\u2019été.Après deux périodes de vacances passées à la Villa Saint-Médard, à Contrecœur, les enfants inaugurèrent le camp du Grillon, dans l\u2019île Saint-Bernard, à Châteauguay.L\u2019école progressa rapidement.En 1932, elle était fréquentée par 145 élèves, dont 108 infirmes et 37 épileptiques.Les demandes d\u2019admission se faisaient de plus en plus nombreuses, la liste d\u2019attente s\u2019allongeait.Désireuses d\u2019assurer la continuité de leur œuvre, les dames bienfaitrices songèrent à la faire entrer dans les cadres réguliers de la Commission des Écoles catholiques de Montréal.L\u2019idée, d\u2019ailleurs, n\u2019était pas neuve, car bien des fois déjà elles avaient fait des démarches dans ce sens.La cession eut lieu en octobre 1932.L\u2019École des Enfants infirmes, qui leur avait ménagé peines et joies, devint l\u2019École Victor-Doré.Elles donnèrent à la Commission leurs professeurs, leur matériel et leurs deux autobus pour le transport des élèves.Or, voici que les épileptiques revenaient les uns après les autres auprès de leurs anciennes bienfaitrices.La Commission scolaire jugeait, pour des raisons faciles à comprendre, ne pouvoir les garder.Les dames étaient officiellement groupées depuis 1931 sous le nom de l\u2019Aide aux Enfants infirmes, qui devint en 1941 l\u2019Association catholique de l\u2019Aide aux Infirmes.Elles décidèrent de prendre soin des épileptiques, de leur conserver une école et de leur créer une institution bien à eux.Les Établissements Notre-Dame naquirent.Le 27 octobre 1933, s\u2019ouvrent pour les épileptiques, au numéro 1183 de la me Saint-Matthieu, siège social de l\u2019Aide aux Enfants infirmes, une modeste clinique médicale et une école primaire.Le premier à se présen- MAI 1945 115 ter est un garçon de treize ans, Irlandais de naissance.Il suit, une journée par semaine, des cours privés que lui donne la directrice du Service social de l\u2019œuvre.Le 8 janvier 1934, cinq garçons et trois filles de nationalité et de religion différentes sont inscrits.Une Sœur Grise leur fait la classe trois jours par semaine dans les deux langues.Cinq jeunes filles prêtent leur concours bénévole pour le service de l\u2019autobus et des repas.Le 8 octobre 1934, 36 épileptiques, des Canadiens français et anglais, dont 22 garçons et 14 filles, demandent leur admission.Un local plus vaste est indispensable et on installe l\u2019école au numéro 4537 de la rue Berri.Les Oblates Franciscaines de Saint-Joseph acceptent de se charger de la régie interne et de l\u2019enseignement primaire tous les jours de la semaine.Deux professeurs laïques donnent gratuitement des leçons d\u2019anglais et de dessin.Le 5 octobre 1934, le Gouvernement, par un arrêté ministériel, se rend aux demandes des dames de l\u2019Aide aux Enfants infirmes et réintègre les enfants épileptiques éducables dans la classe « F » de la loi de l\u2019Assistance publique.Le 15 novembre, les dames organisent une vente de charité dans la salle paroissiale de l\u2019église Saint-Germain d\u2019Outremont.Vingt comptoirs et diverses attractions donnent des recettes de $1,509.35.Cet argent sert à vêtir et à chausser les enfants, ainsi qu\u2019à payer leur transport à l\u2019école.D\u2019autres ventes de charité, toutes très fructueuses, suivront.Au mois de mai 1935, le propriétaire reprend sa maison de la rue Berri.Une nouvelle étape s\u2019annonce.Où entreprendra-t-on la prochaine année scolaire?Le décor, cette fois, ne sera pas nouveau, car les Établissements Notre-Dame reviennent dans la rue Saint-Matthieu.L\u2019année scolaire 1935-1936 rappelle à Mme Bruneau l\u2019âge d\u2019or de l\u2019œuvre.Les Sœurs Grises se chargèrent de l\u2019enseignement primaire, français et anglais, à tous les élèves, et de l\u2019enseignement des travaux manuels aux filles.M.Laurent Morin, diplômé de l\u2019École des Beaux-Arts, donna aux garçons des cours de dessin industriel et M.O.Berthiaume enseigna la cordonnerie.Sept jeunes filles donnaient régulièrement et gratuitement des cours de français, d\u2019anglais, de chant et de dessin.Trois éclaireurs du Collège de Montréal venaient chaque jour organiser les jeux de plein air des jeunes gens.Quand il pleuvait ou qu\u2019il faisait froid, ces étudiants distrayaient les élèves à l\u2019intérieur.On comptait 56 élèves.La distribution des prix eut lieu le 15 juin.Ce jour-là, on apprit aux enfants une grande nouvelle.Leurs bienfaitrices, dans le but de mieux assurer la stabilité des Établissements Notre-Dame, les cédaient aux Sœurs Grises.En septembre 1936, les religieuses ouvrent l\u2019école dans leur maison de Chambly-Bassin pour les filles de tout âge et les garçons jusqu\u2019à l\u2019âge de douze ans.Quarante élèves.Cette même année, les Frères Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu ouvrent à Sainte-Rose de Laval l\u2019Institut Saint-Éphrem pour les grands garçons épileptiques.Vingt élèves.Les garçons qui ne peuvent aller à Sainte-Rose ne sont pas abandonnés.L\u2019Aide aux Enfants infirmes garde ouverte durant les années 1937-1938 l\u2019école des Arts et Métiers.Les cours se donnent à l\u2019École Louis-Hébert, de Rosemont.Dix-huit élèves.Mil neuf cent quarante-deux arrive.Une forte épreuve allait frapper l\u2019œuvre.A Chambly-Bassin, les religieuses ont besoin du local pour leurs orphelins.A Sainte-Rose, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu transportent leurs pauvres tuberculeux.L\u2019œuvre entière revient donc aux fondatrices.Celles-ci la reprennent courageusement.Les demandes des parents se font d\u2019ailleurs pressantes.Les dames réinstallent les Établissements Notre-Dame dans trois classes et dépendances de leur maison des œuvres de la rue Saint-Denis.Trois Sœurs Grises se chargent de l\u2019enseignement.Cette installation ne pouvait être que temporaire.On cherche.Enfin on trouve.A Saint-Charles-sur-Richelieu, l\u2019île aux Cerfs est à vendre.Une soixantaine d\u2019arpents avec dépendances.Le 31 octobre 1942, Mme Bruneau, accompagnée de cinq Oblates Franciscaines de Saint-Joseph et de deux jeunes malades, prend possession de la maison que les rats occupent en seigneurs.Les dames ont à affronter de grandes dépenses pour restaurer les habitations.Au printemps de 1943, une campagne du Saint-Laurent Kiwanis rapport e l\u2019intéressante somme de $21,151.Une partie fut affectée aux réparations.D\u2019autres bienfaiteurs s\u2019intéressaient à l\u2019œuvre.C\u2019est ici que se place l\u2019incident dont il a été question au début.Voici ce qu\u2019on lit dans un mémoire sur l\u2019histoire des épileptiques: « Parmi les solliciteurs gagnés à la cause se trouvait un bienfaiteur qui, à lui seul, fit souscrire et remit aux Établissements Notre-Dame la somme de $5,935.Un différend surgit, à ce moment-là, entre ce dernier et l\u2019institution, à cause d\u2019un changement d\u2019administration qu\u2019il réclamait et qui ne fut pas accordé par la direction des Établissements Notre-Dame.Le bienfaiteur proposait la nomination de nouveaux administrateurs, anglais et protestants pour la plupart, au conseil exécutif de l\u2019œuvre.Sur notre refus, il se retira alors en exigeant que nous lui remettions la somme de $5,935 qu\u2019il nous avait versée, et l\u2019appliqua à une œuvre nouvelle qui prit naissance à cette époque-là sous le nom de Foyer pour Épileptiques de la province de Québec.« Cette nouvelle œuvre non confessionnelle, s\u2019inspirant de notre plan, de nos expériences et de notre programme (une abondante documentation fut remise par nous à son président), obtenait à la première demande au Gouvernement provincial, pour une entreprise projetée seulement, le subside de $240,000, tandis que les Établissements Notre-Dame, d\u2019initiative privée, fondés depuis 1933, après avoir surmonté maintes difficultés, fonctionnant avec soixante-dix élèves, filles et 116 RELATIONS garçons, ne recevaient, après de multiples suppliques faites au nom de la population catholique canadienne-française de notre province, qu\u2019un octroi d\u2019un tiers moins considérable, soit $160,0(30.» Ceci se passait en 1943.Le courage tint bon.En 1944, on obtenait le concours de deux Pères jésuites: un aumônier-directeur qui réside à l\u2019île et un directeur spirituel qui s\u2019y rend en fin de semaine.Ils succédaient aux Pères franciscains.Durant la même année, l\u2019esprit d\u2019initiative de M.C.-Donat Turcotte permit la construction d\u2019un pavillon pour les garçons.Un groupe de bienfaiteurs privés qu\u2019il sollicita lui-même fournit gratuitement les matériaux et la main-d\u2019œuvre.Au début d\u2019avril dernier, Elle était pleine d\u2019entrain.Dans la section féminine, 33 élèves, dont 11 grandes.Parmi les 22 autres élèves du jardin d\u2019enfants il y a une dizaine de garçons.Les grandes sont initiées aux travaux ménagers.Les jeunes suivent le cours primaire élémentaire.Les jeunes garçons font, de plus, du découpage dans le bois.On montre aux fillettes les premiers éléments du tricot et de la couture.Huit Oblates Franciscaines de Saint-Joseph sont en charge de cette section.Dans la section masculine, 31 élèves d\u2019âge assez varié.Cours primaire élémentaire.Cours de menuiserie, de cordonnerie, d\u2019agriculture, théorique et pratique (jardinets), de dessin industriel.M.Jean Hamelin, diplômé de l\u2019École du Meuble en 1942, est directeur de l\u2019enseignement et professeur de menuiserie.Deux des professeurs sont payés par le Service de l\u2019Aide à la Jeunesse du Secrétariat de la province, le troisième et les deux surveillants par l\u2019Association catholique de l\u2019Aide aux Infirmes.Deux coopératives de production groupent actuellement deux garçons en menuiserie et huit jeunes filles en stoppage (reprises invisibles).Celles-ci travaillent au Bureau de l\u2019Œuvre, rue Saint-Denis.D\u2019apprentis, ces dix épileptiques sont devenus ouvriers.Ils reçoivent cinquante pour cent du prix de vente, déduction faite du prix de revient.Un des deux ouvriers coopérateurs, un jeune homme, forcé par la maladie d\u2019interrompre ses cours à l\u2019École des Arts et Métiers de Drummondville et très habile dessinateur et menuisier, m\u2019avouait que le système coopératif rendait sa vie beaucoup plus attrayante.En plus de l\u2019école primaire et professionnelle et des coopératives de production, le projet complet comporte un foyer pour épileptiques sans famille, une ferme, une clinique, une maison de repos pour les incurables et les vieillards.On aura remarqué les efforts tentés par les Établissements Notre-Dame pour l\u2019éducation de ses épileptiques.Sont considérés comme éducables ceux qui peuvent recevoir avec profit l\u2019enseignement primaire, au moins en partie, et qui sont aptes à apprendre un métier qui leur fera gagner leur vie, au moins au foyer de l\u2019œuvre.En 1943, Mme Bruneau alla visiter la Craig Colony, dans l\u2019État de New-York, établissement qui groupe environ 3,000 épileptiques.« Très propre, très riche, mais ennuyant », remarque-t-elle.On n\u2019éduque pas les malades.Ils travaillent manuellement huit heures par jour sans rétribution.Le gouvernement ne s\u2019était pas encore rendu à la suggestion souvent faite par le surintendant d\u2019organiser leur éducation.Ce dernier encourageait beaucoup Mme Bruneau à continuer de marcher dans cette voie.Dans un article de V Union médicale du Canada d\u2019octobre 1944, M.le docteur Antonio Barbeau estimait à plus de 16,000 le nombre des épileptiques dans notre province.Et en avril 1936, il écrivait dans le Quartier latin : « L\u2019épilepsie, rançon de la cérébralité, prend ses victimes dans tous les milieux et dans tous les pays où vit un cerveau humain.Elle emprunte une multitude de masques.Ses aspects cliniques innombrables ne sont pas toujours facilement diagnostiqués, même par des spécialistes.L\u2019épilepsie ne possède pas une étiologie univoque.On en connaît certains facteurs déterminants, d\u2019ordre biologique, neurologique et psychiatrique.On en ignore sans doute bien davantage.» Ces remarques restent actuelles, affirme M.Barbeau.Dans son article d\u2019octobre dernier, il soulignait l\u2019importance, pour la société, de prévoir des établissements spéciaux où l\u2019on pourrait donner aux épileptiques « les soins médicaux appropriés, le régime de vie nécessaire, l\u2019instruction et l\u2019éducation auxquels ils ont droit ».Il faudrait, dira-t-on, plusieurs institutions pour prendre soin de ces milliers de malades.Deux ou trois \u2014 et confessionnelles \u2014 pourraient suffire.La place des déments est dans les hôpitaux d\u2019aliénés.Leur chiffre n\u2019est pas élevé.D\u2019après M.Barbeau, il y a relativement peu d\u2019épileptiques qui versent dans l\u2019aliénation mentale et des établissements spéciaux réduiraient encore ce nombre.Quant aux autres, un grand nombre de parents tiendront à les garder à la maison.Restent les enfants des familles qui sont ou pauvres, ou mal logées, ou peu instruites, ou énervées par les crises fréquentes.C\u2019est dans ces familles surtout que les épileptiques sont exposés à la « vie cahotique, désœuvrée, tumultueuse, ignare » dont parle le docteur Barbeau.Les catholiques doivent posséder un établissement confessionnel.Il n\u2019y a là aucune étroitesse d\u2019esprit.C\u2019est simple question de bon sens.Avoir soin de nos malades dans un milieu qui fortifie leur foi est un devoir de justice et de charité.Il faut donc imprimer aux Établissements Notre-Dame un élan vigoureux capable d\u2019en faire rapidement une institution définitivement stable et puissante.La charité privée et publique peut atteindre ce but.Il est actuellement question de construire un établissement de 150 lits, plus probablement à Montréal, dans un endroit isolé.L\u2019Association catho- MAI 1495 117 lique de l\u2019Aide aux Infirmes, qui a si généreusement fait sa part depuis le début, désire de nouveau, dans l\u2019intérêt des épileptiques, passer les Établissements Notre-Dame à une communauté.De toutes façons, cette œuvre mérite beaucoup de sympathie.Plus cette sympathie sera vivace, plus la devise de l\u2019Association: « Ensoleiller leur vie », sera riche de sens.LE PROBLÈME DES CARTELS Burton LEDOUX «TL EST SURPRENANT comme la pourriture peut tenir debout longtemps si on ne la secoue pas », écrit Thomas Carlyle, l\u2019un des plus célèbres écrivains anglais du xixe siècle.Nous avons vécu dans un monde pourri, \u2014 un monde qui se fait maintenant secouer.Bien avant 1939, de toutes parts, des voix s\u2019élevèrent pour nous avertir que la corruption invétérée de la vie sociale et politique aboutirait à l\u2019anarchie meurtrière d\u2019aujourd\u2019hui.Mais ces voix criaient dans le désert d\u2019un monde où une poignée d\u2019hommes aux appétits effrénés avaient centralisé dans leurs mains toute la puissance économique et politique.Dès lors, il devenait pour ainsi dire fatal que nous fussions secoués.Car, s\u2019il est une leçon à tirer de l\u2019histoire, c\u2019est bien que la concentration du pouvoir et de la richesse au profit d\u2019un petit nombre engendre toujours des violences et des désordres semblables à ceux qui sévissent actuellement.Des conflits de ce genre, on en connaît qui durèrent plus d\u2019un siècle, sans autre répit qu\u2019une période de paix aussi illusoire qu\u2019éphémère.De nos jours, les deux grandes guerres semblent n\u2019être que des épisodes d\u2019un bouleversement social universel qui n\u2019a pas encore touché le terme de son évolution.Il est désormais banal de dire que le monde traverse une révolution sociale dont on perçut les premiers grondements au début de notre siècle.Ce qu\u2019on ne dit pas assez, toutefois, c\u2019est que cette révolution consiste essentiellement en une dérive de la pensée démocratique vers le totalitarisme, dérive dont le recul historique nous permet présentement de tracer la courbe générale.Certes, l\u2019adoption totale ou partielle par un nombre croissant de peuples des principes de base du totalitarisme constitue l\u2019un des courants principaux de notre temps.Nul pays ne peut être à l\u2019abri d\u2019idéologies devenues par leur ampleur et leur dynamisme des courants mondiaux; les forces qui ruinèrent la liberté en Allemagne, par exemple, sont à l\u2019œuvre ici même; et les peuples démocratiques ne voient pas suffisamment l\u2019étendue du progrès qu\u2019elles ont réalisé chez eux.La caractéristique la plus évidente d\u2019un régime totalitaire, c\u2019est la fusion de l\u2019autorité politique et de la puissance économique dans un unique instrument de pouvoir.Au cours du XIXe siècle, en général, le pouvoir politique servit de frein ou de contrôle à la puissance économique; en d\u2019autres termes, l\u2019autorité poli- tique concurrença la puissance économique dans la lutte pour la domination du pays.Et malgré les nombreux accrocs infligés à ce régime, on peut dire qu\u2019il fut préservé à un très haut degré aux États-Unis et en Grande-Bretagne, \u2014 pays alors considérés comme les champions de la démocratie.Peu à peu, depuis 1900, et à un rythme accéléré pendant les années de guerre, on s\u2019écarta de l\u2019idéal démocratique pour favoriser la fusion des pouvoirs économique et politique, \u2014 tendance que les lois nouvelles se plaisent souvent à sanctionner.Dans les pays où ce courant est très avancé, \u2014 et il faut inclure ici la Grande-Bretagne et le Canada, \u2014 la démocratie politique n\u2019est plus qu\u2019une façade derrière laquelle les monopoles industriels et financiers ont pris pratiquement la direction de l\u2019État.On s\u2019empare facilement d\u2019un pouvoir centralisé; c\u2019est la centralisation de la puissance politique et de la richesse qui est, en démocratie, le signal avertisseur de danger.En certains pays, notamment en Allemagne et en Italie, la fusion du pouvoir politique et du pouvoir économique précéda immédiatement l\u2019apparition d\u2019un dictateur de style moderne; ailleurs, le processus a joué à l\u2019inverse; c\u2019est le cas de la Russie, où l\u2019autorité fortement centralisée de la vieille monarchie absolue fut conquise par les communistes qui bientôt fusionnèrent les pouvoirs politiques et économiques selon les techniques modernes.Que ce nouveau mode de gouvernement \u2014 qui s\u2019impose de plus en plus à travers le monde \u2014 s\u2019appelle nazisme, fascisme ou communisme, ou que, tel en Grande-Bretagne et au Canada, il n\u2019affiche encore aucune autre étiquette que celle, bien vague, de « centralisation » ou d\u2019« économie dirigée », peu importe.Toutes ces idéologies s\u2019alimentent au même courant de fond qui entraîne notre monde vers le totalitarisme et le collectivisme d\u2019État.Des documents, par centaines en vérité, prouvent que les monopoles \u2014 cartels nationaux ou internationaux \u2014 étouffent la concurrence, maintiennent artificiellement une échelle des prix follement élevée et, par leur mainmise sur les brevets, retardent le progrès technique et entravent le développement de l\u2019industrie.Les procédés qui paralysent l\u2019expansion industrielle dans un pays ralentissent aussi la production et ré- 118 RELATIONS duisent l\u2019embauchage, et c\u2019est de leur collusion que naissent les crises économiques \u2014 les « dépressions ».Ces conséquences ne nous intéressent pour le moment que par leur rapport avec la fusion des pouvoirs politique et économique, laquelle est l\u2019avant-courrière du totalitarisme.Le chômage généralisé et la stagnation industrielle effraient les chefs politiques d\u2019une démocratie: leur maintien au pouvoir est en jeu.Les hommes politiques sont ordinairement moins habiles ou, pour être charitable, moins compétents en affaires que les industriels et les financiers.Dans l\u2019affolement où les jette une crise économique, ils font appel, pour en sortir, aux économistes de profession, aux chefs de l\u2019industrie et de la finance.Aussitôt, \u2014 et c\u2019est le truc du siècle, \u2014 on voit surgir à la douzaine des commissions gouvernementales chargées d\u2019accroître l\u2019embauchage et de stimuler la reprise des affaires.Comme ces organismes sont composés de créatures politiques et de représentants de la grande industrie et de la haute finance, la propagande brosse pour le public un tableau merveilleux montrant les pouvoirs économique et politique coopérant à son plus grand bien.Puis, pour exécuter les plans dressés par les commissions, on mobilise les forces conjuguées de l\u2019État et de l\u2019argent.Mais, comme ces plans s\u2019élaborent dans les conseils secrets des grands cartels, qui, naturellement, les tracent de façon à resserrer leur emprise sur la nation, ainsi, d\u2019ordinaire, un monopole sort d\u2019une crise économique beaucoup plus fort qu\u2019auparavant.C\u2019est là un fait si général que souvent on accuse les trustards de conspirer pour provoquer les crises économiques; \u2014 accusation dont il n\u2019est pas facile, cependant, de faire la preuve.(Pour ce qui est du Canada, la publication des bilans financiers démontre l\u2019accroissement gigantesque de la puissance économique des monopoles par le moyen des plans dont nous avons parlé.Résultat obtenu au grand dam du peuple, comme l\u2019attestent un nombre respectable de documents, qui sont loin d\u2019ailleurs d\u2019être exhaustifs.) En résumé, voici comment les choses se passent: une crise économique éclate par des activités particulières aux trustards.On invite ceux-ci à siéger à des conseils nationaux où c\u2019est eux qui dictent les plans de restauration.Au même moment, les chefs politiques, devenus coassociés des financiers, créent par fournées des bureaux de propagande qu\u2019ils peuplent de leurs partisans et des représentants des gros intérêts.Le thème orchestré par cette propagande, c\u2019est que le salut de la nation se trouve dans le maintien au pouvoir des dirigeants de la politique et de l\u2019économie du pays; \u2014 que ces hommes portent la responsabilité d\u2019avoir provoqué la crise, on se garde bien de le rappeler.Illustrons ce que nous venons d\u2019exposer par un exemple canadien.Dans Relations de février 1945 (p.34), j\u2019ai dit que « la loi de coopération de 1933 », votée par le gouvernement canadien, « a sauvé le C.P.d\u2019une banqueroute éventuelle ».Or, dans le même temps, le gouvernement canadien rescapa le Canadien Pacifique d\u2019une autre manière encore.En 1935, le C.P.éprouvait un impérieux besoin d\u2019argent pour poursuivre son exploitation et faire face à ses échéances.La Banque de Montréal refusa d\u2019avancer les fonds et le C.P.ne put les trouver ailleurs.Apeuré \u2014 c\u2019est le mot \u2014 par la perspective d\u2019une dégringolade du- C.P., le gouvernement canadien promit aux banquiers de les garantir contre toute perte d\u2019intérêt et de principal, s\u2019ils consentaient le prêt proposé.Les banquiers prêtèrent au C.P.60 millions de dollars à 5% d\u2019intérêt par an, \u2014 taux qui ne se justifiait pas, car les intérêts alors en vigueur sur le marché de la monnaie étaient inférieurs à 4)^%.Comme le crédit dont jouissait le gouvernement canadien protégeait les banquiers contre toute perte possible par la mise en gage des ressources nationales, le taux d\u2019intérêt pour ce prêt aurait dû être inférieur au taux courant, \u2014 donc ne pas dépasser S'A ou 3%.Sans compromettre un sou de leur poche, les banquiers recueillirent un profit bien supérieur aux bénéfices de la finance régulière; inutile d\u2019ajouter que c\u2019est le peuple qui solde les frais de pareilles transactions.Or, à ce même moment, cinq des hommes les plus puissants du Canada appartenaient simultanément aux bureaux de direction du C.P.et de la Banque de Montréal.Voilà un exemple de cette espèce de tour de passe-passe qui permet des profits considérables.Malheureusement, la chose est plus grave qu\u2019un tour d\u2019acrobatie financière.Le tragique dans toute cette affaire du C.P., c\u2019est de savoir le trésor entier de l\u2019État à la disposition d\u2019un petit groupe de privilégiés, devenus les maîtres d\u2019un monopole sanctionné par le gouvernement.Ce que de telles faveurs rapportent, on le voit par le fait que, dans les six dernières années (1939-1944), le C.P.a encaissé en profits nets la somme colossale de 187 millions de dollars; dans le même laps de temps, le C.N., propriété de l\u2019État, enregistra un déficit considérable dont on ne peut évaluer le montant précis, le gouvernement ne publiant que des rapports incomplets.Et ce genre de profits se fait consacrer par la loi aussi souvent qu\u2019on le veut; la loi de coopération de 1933 en est un exemple; on procède même à moins de frais, grâce à la complicité des commissions gouvernementales dont les conseils, réglementations et décrets ont pratiquement force de loi.Le cas du transport ferroviaire et aérien au Canada montre comment la coordination des pouvoirs économique et politique assure à des groupes relativement restreints des profits énormes aux dépens du peuple canadien en général et des classes pauvres en particulier.L\u2019histoire du C.P.met en relief l\u2019état de choses qui sévit dans le fonctionnement de toute l\u2019économie et de la politique au Canada; les faits que j\u2019ai déjà cités à propos des entreprises de l\u2019aluminium, des produits chimiques, de l\u2019électricité et des allumettes cons- MAI 1945 119 tituent d\u2019autres exemples dont chacun a son caractère singulier.De l\u2019ensemble de tous ces excès émerge un type spécifique d\u2019organisation sociale au Canada, déjà beaucoup plus accentuée que la plupart des Canadiens ne le voient; qui n\u2019est, ni plus ni moins, qu\u2019un État collectiviste en formation.Le même phénomène se produit en Grande-Bretagne, où on le désigne sous le nom de « révolution silencieuse », pour signifier combien le peuple anglais est peu conscient de ce qui arrive.Aux historiens la dérive de notre monde vers le collectivisme et le totalitarisme apparaîtra comme la forme moderne ou peut-être comme la rennaissance de « l\u2019absolutisme d\u2019État ».Ce régime de gouvernement, on s\u2019en souvient, s\u2019imposa lorsque les conceptions sociales et politiques du moyen âge furent renversées par des souverains qui firent alliance avec ce qui représentait alors les intérêts mercantiles.Cet aspect du problème général sera traité ici plus tard.Nos articles étudient la situation présente au Canada et dans le Québec.Nous ne croyons pas que le courant mondial qui emporte en vitesse le Canada vers le collectivisme aboutira nécessairement à une dictature, comme ce fut le cas dans certains pays où nul frein n\u2019empêcha ce courant de se développer jusqu\u2019au bout.Préciser dans les limites de quelques articles à quel point l\u2019absolutisme ou le collectivisme d\u2019État règne au Canada, puis tenter de suggérer aux Canadiens français une tactique appropriée à l\u2019égard des cartels nationaux ou internationaux, qui détiennent aujourd'hui le pouvoir au Canada, voilà qui pourra paraître téméraire.Car cela exige nécessairement un examen de la culture canadienne-française, de sa signification et de sa condition actuelle, en même temps que de son rapport avec les autres cultures.Quelque complexes que soient la conduite et les relations des hommes entre eux, on peut, toutefois, essayer d\u2019introduire une certaine unité dans ce vaste ensemble; ne doit-on pas, en effet, dresser le plan d\u2019un sujet avant de l\u2019étudier en détail?En ces derniers temps, le cri de « l\u2019indépendance pour le Canada » s\u2019est élevé parmi les Canadiens français avec une force renouvelée.Ce « slogan » rend plus confus encore le problème canadien; car, d\u2019une part, les Canadiens anglais n\u2019y comprennent rien, même si leurs chefs, aux jours d\u2019élections, savent l\u2019utiliser pour capter le vote français; et, d\u2019autre part, les Canadiens français ne réussissent pas à en faire une base solide d\u2019opération pour résoudre les difficultés qu\u2019ils affrontent.En principe, le Canada est un pays souverain; son droit à l\u2019indépendance poütique est clairement défini par des lois que reconnaît la Grande-Bretagne elle-même.Nombreux, pourtant, sont ceux qui avouent que le Canada n\u2019est pas en réalité un pays souverain.Et la raison, c\u2019est que la politique et les affaires canadiennes se modèlent presque exclusivement sur la pensée et l\u2019action britanniques.Loin de moi la pensée 120 de sous-estimer les efforts de ces Canadiens qui ont travaillé à desserrer le lien britannique; mais, le juste hommage une fois rendu à leurs efforts et à leurs acquisitions, il reste que la Grande-Bretagne a dominé le Canada avec une poigne de fer \u2014 et même sans grande peine, sauf à l\u2019époque des troubles de 1837.Actuellement, le pouvoir au Canada est aux mains d\u2019un petit groupe de chefs politiques, d\u2019industriels et de financiers qui sont les agents du régime impérial.Ces hommes sont encore en grande majorité d\u2019origine anglo-canadienne ou même anglaise.Notre génération, cependant, a vu s\u2019infiltrer dans cette coterie des industriels et des financiers étrangers, sans autre intérêt au Canada que celui d\u2019y gagner le plus d\u2019argent possible.Et cela aussi rentre dans l\u2019impérialisme anglais, forcé qu\u2019il fut, pour protéger ses intérêts en Angleterre, dans l\u2019empire et dans le monde, de rallier et de patronner un système de cartels internationaux.Le groupe qui mène le Canada dispose de ressources illimitées et manœuvre sans vergogne l\u2019opinion publique au moyen des leviers multiples de la propagande; mais son succès, en définitive, lui vient de l\u2019approbation qu\u2019il trouve chez la majorité des Canadiens, liés à la Grande-Bretagne par le sang, la langue, la religion et l\u2019héritage culturel.Et puis, il faut bien reconnaître qu\u2019au Canada la culture anglo-saxonne a beaucoup plus que la culture canadienne-française les moyens d\u2019assimiler les immigrants d\u2019autres races.Il se peut aussi que l\u2019existence d\u2019un bloc canadien-français, nombreux et inassimilable, pousse les Canadiens anglais à s\u2019inspirer plus volontiers de l\u2019Angleterre que ne le font les Australiens, par exemple, dont le régime économique et politique est moins réactionnaire.Autrement dit, la domination anglaise au Canada est à la fois psychologique, sentimentale et intellectuelle, et elle s\u2019appuie sur une organisation économique et politique qui assure beaucoup plus d\u2019avantages matériels au bloc anglo-canadien qu\u2019à la minorité canadienne-française.Même si le Canada était politiquement séparé de l\u2019Empire, cette situation demeurerait inchangée; les deux cultures française et anglaise se dresseraient encore l\u2019une contre l\u2019autre.Essentiellement, le Canada se trouve en face du problème de trouver un mode de cohabitation harmonieuse de la minorité et de la majorité qui permette à l\u2019une et à l\u2019autre de s\u2019épanouir.La situation minoritaire de leur culture fait des Canadiens français un peuple sous le joug.Il faut avoir, en vérité, une âme bien optimiste pour ne pas constater que, sauf en temps de guerre, une très grande partie de la population vit dans la plus âpre pauvreté et qu\u2019un autre groupe considérable vit dans un état d\u2019insécurité matérielle qui l\u2019empêche de développer ses ressources et de réaliser ce désir de perfectionnement si naturel à tous les hommes.Je ne prétends pas mettre au premier RELATIONS plan les valeurs matérielles et économiques; mais je considère comme une évidence que la pauvreté et l\u2019insécurité généralisées des Canadiens français constituent une menace pour toutes les valeurs qui leur sont le plus chères.Sans aucun doute, cette pénible situation a comprimé considérablement l\u2019essor et les aspirations de la culture canadienne-française.Les exploiteurs économiques et politiques des Canadiens français savent qu\u2019ils sont sous le joug, et, à cause de cela, plus à craindre que si on les endormait comme les masses anglo-canadiennes au moyen de concessions insignifiantes et autres palliatifs.Ils savent encore que, sur tous les problèmes sociaux, le point de vue fondamental d\u2019une culture canadienne-française vraiment catholique ne peut être que radicalement différent de celui \u2014 le leur \u2014 de la culture dite « moderne »; et que, dans une démocratie normale, les Canadiens français, même en tant que minorité, ont tout le potentiel requis pour exercer sur les affaires canadiennes une action efficace.C\u2019est en partie pour des raisons de ce genre que les détenteurs du pouvoir et des privilèges, au Canada, se sont abandonnés si volontiers au courant mondial vers le totalitarisme; chaque brèche faite aux principes démocratiques fortifie leur position, tandis qu\u2019elle affaiblit la minorité canadienne-française.Comme groupe, les Canadiens français vivent dominés par des institutions économiques qu\u2019ils n\u2019ont pas créées eux-mêmes, et qui sont aujourd\u2019hui à la base du pouvoir politique.Aussi peuvent-ils moins habilement que ceux qui en sont les parrains manier les idées qui sous-tendent ces institutions.De toute évidence, ce qui s\u2019impose aujourd\u2019hui aux Canadiens français, c\u2019est de fonder des institutions accordées à leur propre culture et qu\u2019ils pourront, dès lors, conduire en maîtres.Mais dans l\u2019État totalitaire et collectiviste qui se forme au Canada, un groupe minoritaire n\u2019aura pratiquement aucune chance de se donner les institutions de son choix; seul un régime démocratique pourrait le permettre \u2014 en dépit des prétentions grandiloquentes de la Russie communiste sur sa façon de régler le problème des minorités.Au Canada, on a abusé de la démocratie presque à la limite, et le pays s\u2019est trouvé bien loin de son idéal de justice pour tous les hommes sous l\u2019empire de la loi.Le mot lui-même, on l\u2019a tellement prostitué qu\u2019il paraît à propos de le définir.A cette fin, je m\u2019honore de citer un des vrais grands hommes étatsuniens de la dernière génération, Ralph Adams Cram, architecte de célébrité mondiale, un érudit et une autorité sur le moyen âge, époque dont la culture est à la source de la culture canadienne-française.Au moyen âge, alors que l\u2019idéal démocratique parvint à son apogée et presque à la perfection, on tenait pour indiscutable que la fin de l\u2019organisation politique était avant tout MAI 1945 éthique et morale, et que son rôle était l\u2019accomplissement du droit et de la justice.L\u2019autorité venait de Dieu ainsi que le pouvoir qui en assurait l\u2019exercice; mais l\u2019un et l\u2019autre n\u2019avaient d\u2019effet que si on les employait à de justes fins.On admettait de même sans discussion que la loi n\u2019était pas une création arbitraire, mais l\u2019expression concrète de la moralité, du droit et de la justice tels qu\u2019avec la vie du peuple ces concepts s\u2019étaient formés; elle traduisait exactement les besoins de la communauté et trouvait sa sanction morale dans la vie commune elle-même.« Il n\u2019y a pas de souverain quand le caprice gouverne et non la loi »: telle était la conception médiévale par opposition à l\u2019absolutisme de la renaissance que Machiavel, le premier, érigea en système.Enfin, le moyen âge professait que le gouvernement reposait sur un pacte conclu entre le souverain et les sujets; pacte auquel ni l\u2019une ni l\u2019autre partie ne pouvait se soustraire sans l\u2019annuler.La trahison du souverain était prévue autant que celle de ses sujets.Ce grand idéal, le plus noble que l\u2019homme ait jamais conçu dans le domaine politique, la Renaissance le ruina complètement, et c\u2019est l\u2019absolutisme qui le supplanta.En septembre dernier parut aux États-Unis un livre intitulé The Road to Serfdom.L\u2019auteur, M.Friedrich A.Hayek, économiste de réputation internationale, est un Autrichien de naissance qui a vécu en Grande-Bretagne depuis 1931.Il a observé de près l\u2019avènement et la montée du collectivisme et du totalitarisme en Europe.A son avis, l\u2019évolution actuelle des démocraties offre une ressemblance alarmante avec les premiers mouvements suivis par les pays où le totalitarisme a fini par triompher ouvertement.En d\u2019autres termes, l\u2019ouvrage de M.Hayek étudie le courant mondial vers l\u2019absolutisme et le collectivisme dont nous avons parlé au début de cet article.The Road to Serfdom est une brillante charge contre le collectivisme, le socialisme et « l\u2019économie dirigée », avec quelques coups de griffe contre les monopoles industriels et financiers.Mais dans son apologie du régime de laisser-faire que nous avons connu, il prétend (je résume sa pensée) que l\u2019économie d\u2019un pays et probablement du monde lui-même n\u2019est pas régie par un code moral défini; qu\u2019il ne cherche pas à savoir s\u2019il vaudrait mieux avoir un tel code, et qu\u2019en fait tenter de soumettre l\u2019économique à la morale aboutirait à la ruine de la « liberté ».M.Hayek a formulé sommairement les vues générales du monde moderne.Et c\u2019est l\u2019antithèse absolue de l\u2019idéal catholique qui soumet toutes les activités humaines, sans exception, à la loi morale.Il est clair que nous vivons dans un monde qui a signifié dédaigneusement son congé aux principes du christianisme; on ne le voit nulle part avec autant d\u2019éclat que dans la conduite des trustards nationaux ou internationaux.Les efforts du monde moderne pour réprimer, au moyen de techniques variées, les abus des cartels nationaux ou internationaux se sont avérés impuissants.La raison semble en être que, pris séparément ou dans leur ensemble, ces moyens demeurent inadéquats.Car le problème que pose le monopole dans la société où il prospère est d\u2019abord un problème moral, et, en second lieu seulement, un problème économique et politique.121 NOS BÛCHERONS Ernest ARSENAULT, ptre EN FIN DE MARS, à sept heures du matin, à la gare du Palais, Québec.Arrivée du train de l\u2019Abitibi; départ du train pour Valcartier.L\u2019un ramène nos jeunes campagnards des chantiers; l\u2019autre mène nos jeunes campagnardes à l\u2019usine.Les uns, amaigris, abattus, sales, barbe et cheveux longs, sac au dos, mains dans les poches, traversent la gare sans s\u2019occuper de personne, pas même du millier de jeunes filles qu\u2019ils rencontrent.Les autres, blêmes, anémiées, l\u2019air blasé, s\u2019en vont comme s\u2019en va, sur une chaîne sans fin, du matériel d\u2019usine.Les uns ont préparé du bois pour construire; les autres vont préparer des obus pour détruire.Le Canadien qui sait tout ce qu\u2019il y a de richesses dans notre pays, tout ce qu\u2019il y a de vertus dans notre peuple, et qui s\u2019arrête au milieu de ce va-et-vient, ne peut s\u2019empêcher de dire en lui-même: « Pauvre jeunesse! » Laissons aller nos sources de vie engendrer la mort, et restons avec nos lumber jacks.Ils vont passer la journée à Québec, dans le quartier de la bière.D\u2019abord au restaurant, ensuite chez le barbier.Les intéressés les attendent.On ne nourrit pas et on ne tond pas ces gars-là pour des prunes: ils ont de l\u2019argent en poche.Vers neuf heures, ils sont rue Saint-Joseph: leurs habits ont de l\u2019usure, il faut les renouveler.Ils s\u2019arrêtent devant les vitrines: un mannequin portant une barbe de six mois, vêtu de grosse étoffe, chaussé de bottes, hache en main et cigarette au bec, semble leur dire: « Entrez! Bonne marchandise, bonne marché.» Quand ils en sortiront, ils auront fait un marché d\u2019as; c\u2019était marqué $35.99, ils l\u2019ont eu pour $29.« Ça vaut bien une bouteille de bière; ça fait six mois qu\u2019on n\u2019a pas pris un coup.» Un prêtre va les rencontrer: ces gars-là n\u2019y tiennent pas plus que ça: ils sont gênés, se croient inférieurs aux autres, ont la conscience plus ou moins chargée, ne se croient pas dignes d\u2019envisager un prêtre.Alors, ils tâchent de ne pas le voir.« Bonjour, les amis! Avez-vous fait une bonne run?Êtes-vous tombés dans une bonne talle ?\u2014 Pas trop bonne, monsieur le curé.Le bois était vilain; on a été mal usés; il a fallu changer de camp; on pensait de faire bien mieux que ça.\u2014 Avez-vous l\u2019intention de faire ça toute votre vie ?\u2014 Ah non! Aussitôt qu\u2019il va y avoir un petit moyen de s\u2019établir, ils ne nous reverront pas.» Et l\u2019un d\u2019eux: « Je devais me marier cet été, mais ma blonde est en ville et ne veut pas en ressortir.» Le prêtre qui a rejoint ces deux-là, arrête à peu près tous ceux qu\u2019il rencontre.Aux mêmes questions, les mêmes réponses.Très rares les satisfaits: « On nous a dit qu\u2019il y avait de l\u2019ouvrage pour six mois, et après trois mois tout était fini.On a été mal nourris; le jobber est arrivé en dessous; le scaler nous a trichés; on m\u2019a volé sur ma vanne; on m\u2019a fait payer trop de taxes; je n\u2019ai pu me faire settler à la grande cache; j\u2019ai travaillé comme un chien tout l\u2019hiver, et quand j\u2019arriverai chez nous, il ne me restera pas grand\u2019chose.» Éternel refrain de nos 80,000 Canadiens français revenant des chantiers chaque printemps.Ils ont travaillé tout l\u2019hiver comme des enragés; ont vécu misérablement, au point de vue spirituel comme au point de vue matériel; se sont ennuyés \u2014 et reviennent aigris et mécontents de la deuxième, de la plus payante industrie de la province de Québec.Jusques à quand nos Canadiens, qui aiment le bois, deviendront-ils endiablés aussitôt qu\u2019ils y pénètrent?Jusques à quand nos belles forêts qui montent doucement vers le ciel seront-elles des écoles de blasphème ?Quand réussirons-nous à faire trois amies de la forêt, de la terre et de la mer \u2014 de telle sorte que l\u2019une ne déracine pas des autres; de, telle sorte que nos trois classes \u2014 bûcherons misérables, habitants quêteux et pêcheurs guenilleux \u2014 disparaissent pour faire place à celles des agriculteurs-forestiers et des pêcheurs-forestiers prospères et libres?« Jamais! » répondent la plupart de ceux qui ont vécu avec nos habitants.Les Canadiens sont ou bûcherons ou cultivateurs; quand ils veulent être les deux, ils ne sont ni l\u2019un ni l\u2019autre.Nos vrais cultivateurs sont ceux qui ne sont jamais allés aux chantiers.» C\u2019est sûr; mais il reste que c\u2019est le très petit nombre qui se sont cramponnés à leur terre; que, cramponnés ou non, quantité de nos terres ne réussiront jamais, à elles seules, à faire vivre convenablement nos familles nombreuses; que des milliers de nos jeunes ruraux ne peuvent compter sur leur père pour les établir, et que le lot de colonisation qui les attend aura été pillé et sera incapable de faire vivre son homme avant dix années de travail désespérant.Des situations pareilles n\u2019ont jamais pu, ne pourront jamais empêcher nos Canadiens d\u2019aller trouver l\u2019argent où il y en a.« Ils n\u2019en amassent pas », objectera-t-on.C\u2019est vrai, dans la majorité des cas.Ce qui est vrai aussi, c\u2019est qu\u2019il y a de l\u2019argent dans la forêt, et que les étrangers viennent le ramasser à pelletées, quand nos Canadiens n\u2019ont encore entre les mains que des cuillères à thé.En 1940, d\u2019après M.John O.Wilson, gérant forestier de Y Anglo-Canadian Pulp, la production de la forêt s\u2019est évaluée à $101,000,000.En 1942, alors que la production était encore plus élevée, d\u2019après le même M.Wilson, 116,472 employés ont coupé, charroyé et flotté le bois 5,446,961 jours, recevant en salaire $14,566,000; soit en moyenne $125 par homme, $2.67 par jour.122 RELATIONS Des cent millions amassés dans la forêt, nos 116,472 gars de chantiers en ont attrapé $14,566,000, pendant que quelques autres, sans bûcher, ni charroyer, ni draver, ont amassé le reste: soit $86,434,000.Certes, il y a beaucoup d\u2019argent dans le bois, mais pas pour nos bûcherons; et le peu qu\u2019ils gagnent est inférieur à ce qu\u2019ils perdent en moralité.En cela, où sont les grands coupables?Inutile de les chercher, il n\u2019y en a probablement pas.Ce qu\u2019on sait, c\u2019est que les exploiteurs de la forêt sont organisés, et que les tâcherons ne le sont pas.LES BÛCHERONS ET L\u2019U.C.C.Comment relever le niveau social, moral et économique du bûcheron?\u2014 En continuant et en accélérant ce qui est déjà commencé.Depuis dix ans, l\u2019Union catholique des Cultivateurs s\u2019en occupe.Les cultivateurs avouent que l\u2019éducation et la coopération en forêt sont plus difficiles, plus compliquées que partout ailleurs.Les chefs de leur association les ont donc laissés étudier longtemps avant de tenter de les organiser.Ils se sont bornés à créer dans l\u2019U.C.C.la Section des Bûcherons; ils ont consacré à leurs problèmes et à leur défense une page du journal la Terre de chez nous, et surtout, ils ont fondé à Québec la Maison des Bûcherons, 319, rue Saint-Paul, comprenant: restaurant, salle d\u2019attente, salle à manger, magasin à peu près général, coffret de sûreté et chambres à coucher pour 70 pensionnaires.Au cours des cinq derniers mois, la Maison des Bûcherons a servi 6,815 repas, hébergé 7,878 bûcherons, déposé à leurs noms dans le coffret de sûreté $25,774.50.Le secrétaire de la Section des Bûcherons, un expert de la question forestière, a son bureau dans la maison même, pour être à la disposition de tous.A la salle à manger, l\u2019on rencontre, outre les bûcherons, des cultivateurs, des curés de campagne, des missionnaires et des hommes d\u2019œuvres.Bref, « c\u2019est une des plus belles œuvres fondées à Québec », a pu dire S.Ém.le cardinal Villeneuve.Depuis trois ans l\u2019U.C.C., de concert avec l\u2019Association des Ingénieurs forestiers, l\u2019École des Pêcheries de Sainte-Anne et quelques curés de colonisation, a commencé à mettre en pratique ce qu\u2019elle prêchait depuis dix ans: nous avons aujourd\u2019hui les colonies forestières et les chantiers coopératifs.Disons tout de suite que nous avons aussi, en petit nombre, c\u2019est vrai, mais que nous avons tout de même des agriculteurs-forestiers et des pêcheurs-forestiers qui vont bien.LES COLONIES FORESTIÈRES Donnons-en le crédit aux ingénieurs forestiers.Par parenthèse, secondons sans défiance cette classe de professionnels qui, parce qu\u2019ils la connaissent, aiment la forêt, comme d\u2019autres aiment la terre ou la mer, et qui ne veulent qu\u2019une chose: la rendre de plus en plus féconde au bénéfice des leurs.Les colonies forestières, actuellement existantes, ne sont pas établies dans la forêt.Ce sont des groupes de pêcheurs, de colons, de petits cultivateurs ou de journaliers, pour qui le ministère des Terres et Forêts a réservé des limites à dix, quinze ou vingt milles de leurs petits villages.La limite de chaque réserve forestière est bien déterminée pour chaque colonie, et les colons peuvent aller faire chantier pendant l\u2019hiver, à condition qu\u2019ils consentent à travailler en coopération, et que le syndicat se soumette aux règlements du Ministère, qui reste possesseur des limites.Le salaire des bûcherons est fixé par le bureau de direction du syndicat; le bois est vendu par le syndicat, et les bénéfices du chantier sont distribués au gré de l\u2019assemblée générale.Les membres de la colonie forestière touchent ainsi tout l\u2019argent qui sort du coin qu\u2019ils exploitent.Ils continuent en forêt la vie paroissiale, et même la vie familiale, puisqu\u2019ils peuvent revenir chez eux tous les samedis.Treize colonies du genre existent actuellement: huit dans Gaspé-Nord, trois dans Bonaventure et deux dans Chicoutimi.Certains syndicats ont jusqu\u2019à 90 membres dont plusieurs se font aider par leurs fils, \u2014 ce qui peut porter le nombre d\u2019ouvriers forestiers à 125 et même 140 par groupe.La réserve de chaque colonie, cultivée et exploitée rationnellement, se renouvellera constamment, de sorte que les colons auront toujours à leur disposition la terre ou la mer pendant l\u2019été, et la forêt l\u2019hiver.Plan idéal, presque parfait, à première vue du moins.L\u2019ennuyeux, c\u2019est de le réaliser avec des hommes imparfaits.Les premiers résultats, quoique bons, l\u2019ont été moins que le plan.Nous sommes convaincus, cependant, que si nous laissons ses promoteurs pousser ce plan, le surveiller et le contrôler, même avec des hommes dedans, il fera merveille.Viendront ensuite les colonies essentiellement forestières: installation en forêt, d\u2019une façon permanente, de villages d\u2019une soixantaine de familles, qui travailleront uniquement à l\u2019exploitation avoisinante, en y pratiquant la sylviculture sous la direction de forestiers expérimentés.LES CHANTIERS COOPÉRATIFS Donnons-en le crédit aux curés.Les cultivateurs et fils de cultivateurs d\u2019une même paroisse, après avoir coopéré sur tout le reste pendant l\u2019été, s\u2019en vont pendant l\u2019hiver coopérer en forêt.Ils étudient d\u2019abord, tracent eux-mêmes leurs règlements, choisissent leurs directeurs et leur gérant, qui passent avec une compagnie un contrat de tant de mille pieds de bois à couper sur les limites de la compagnie.Ils partent à l\u2019automne pour revenir au printemps, le temps des Fêtes excepté.Ils amènent leurs chevaux, leurs voitures et les agrès nécessaires au chantier.Ils construisent eux-mêmes leurs camps, engagent leur cuisinier, leur blanchisseur et leur commis ou comp- MAI 1945 123 table.Heureux les bûcherons qui peuvent amener avec eux leurs jeunes épouses, capables de ces différentes besognes.Tout bûcheron s\u2019engage par contrat à ne pas quitter le chantier sans raisons graves, et à abandonner 10, 15 ou 20% de son salaire au Syndicat s\u2019il part sans l\u2019assentiment du bureau de direction.La plupart travaillent à forfait, généralement par groupes de trois.Les plus jeunes, qui n\u2019ont pas l\u2019expérience du bois, sont payés à la journée.Le bureau de direction paie des salaires aussi élevés qu\u2019ailleurs; et les surplus, s\u2019il y en a, sont distribués aux membres, d\u2019après le rendement ou les services donnés par chacun, en tenant compte de la bonne volonté autant que de la capacité.Si le bûcheron a des revendications à faire, il s\u2019adresse soit aux directeurs, soit au comité de surveillance, ou, ce qui arrive le plus souvent, au comité de Bonne Humeur.L\u2019Abitibi compte présentement quatre chantiers coopératifs ainsi organisés: ceux de Sainte-Anne-de-Roquemaure, de Saint-Matthieu, de Saint-Janvier-de-Chazel et de Saint-Lambert-de-Demeloizes.Tout chantier en forêt est compliqué, le chantier coopératif plus que tout autre.S\u2019il réussit, c\u2019est que: 1° les bûcherons se sont entraînés d\u2019avance à la charité, à la confiance mutuelle, à la patience et au respect de la parole donnée; 2° tous y trouvent d\u2019immenses avantages: a) au point de vue moral.Pour bien faire comprendre les avantages, il faudrait auparavant montrer les inconvénients du chantier individuel.Vaut mieux ne pas livrer à l\u2019imprimerie le tableau que l\u2019on pourrait en faire.Au chantier coopératif, c\u2019est la vie paroissiale qui continue.Toutes les lettres qui arrivent viennent de la paroisse; le curé s\u2019inquiète plus de ses bûcherons que des autres, parce qu\u2019ils sont loin.Il leur écrit, leur envoie de la lecture, va les voir, met le baume sur les bobos, encourage, félicite et a la grande consolation de constater que ses jeunes gens s\u2019y conduisent aussi bien que chez eux.Les plus jeunes s\u2019initient à la vie forestière sans se ruiner ni se faire malmener, et ils s\u2019aperçoivent que l\u2019on peut y gagner de l\u2019argent sans être obligé de se vendre au diable.Au printemps, tous reviennent ensemble; et les jeunes filles, heureuses de revoir leurs amants, sont certaines de les retrouver ni contaminés ni empoisonnés; b) au point de vue économique.Mieux logés, mieux nourris, mieux entretenus, les bûcherons vivent à meilleur compte.Dans de meilleures conditions matérielles, ils travaillent moins fort, gagnent plus cher et gardent ce qu\u2019ils gagnent.On pourrait ici établir des comparaisons entre le salaire moyen des bûcherons en général et le salaire moyen des bûcherons en chantier coopératif; mais ces derniers n\u2019aiment à rendre publics ni leurs salaires ni leurs bénéfices, de peur de scandaliser les compagnies.On peut dire cependant, sans exagération, qu\u2019en chantier coopératif le salaire moyen 124 est doublé, et que les membres, au sortir du chantier, reçoivent en ristourne un beau cadeau de Pâques.Ces avantages viennent de ce que : a) les bûcherons, liés par contrat, sont stables et qu\u2019il est plus facile d\u2019administrer un chantier de 40 hommes qui restent qu\u2019un de 400 hommes qui se remplacent; b) les bûcherons qui persévèrent ne sèment pas leur argent le long du chemin, comme d\u2019autres le font.« Cette année, dans les chantiers de Clova, la compagnie International Paper a charroyé des bûcherons pour $80,000.Dans un seul camp on a engagé 1,000 hommes pour couper 8,000 cordes de bois, ce qui veut dire que les bûcherons sont restés en moyenne quatre jours dans le camp, et qu\u2019ils ont coupé chacun huit cordes.» Or, 8 cordes de bois à $2.60 font\t Moins :\t\t$20.80 Frais de transport\t\t$8.00\t 2 bouteilles de bière\t\t0.80\t 4 jours de pension au camp, $0.80 par jour\t\t3.20\t Impôt sur le revenu\t\t1.60\t \t\t\u2014\t13.60 Bénéfice\t (Salaire de $1.80 par jour)\t\t$ 7.20 Retour: transport\t\t\t8.00 Déficit\t\t\t$ 0.80 Le plus intéressant de tout, c\u2019est de constater que nos bûcherons en chantier coopératif ne se plaignent de personne: ni des compagnies, ni du gouvernement, ni de l\u2019entrepreneur, ni du mesureur.Personne ne se fait voler.On s\u2019entend à merveille avec les gérants de compagnie.Ces derniers même coopèrent avec les syndicats, en achetant leurs produits et en leur vendant à prix réduit du matériel de chantier.Les colonies forestières donnent à peu près les mêmes avantages à leurs membres.En plus, elles profitent à la forêt elle-même.Établies au milieu ou près du bois, elles doivent compter sur une portion de forêt bien délimitée pour vivre et survivre.Si la forêt est féconde, bien exploitée, bien cultivée, les colons seront prospères.Si elle est ravagée et épuisée, la colonie disparaîtra.C\u2019est donc à l\u2019avantage des bûcherons d\u2019exploiter la forêt rationnellement, de la protéger contre le feu et les insectes, de ne pas détruire les jeunes pousses, de pratiquer la sylviculture, de telle sorte que la forêt, tout en donnant beaucoup, puisse se renouveler, sans jamais s\u2019épuiser.Plusieurs autres avantages ressortent du plan de colonies forestières, avantages que nos ingénieurs forestiers s\u2019appliquent à faire valoir dans leurs plaidoyers pour le bûcheron et la forêt, souvent et clairement exposés dans la revue la Foret québécoise.LA FORÊT, AMIE OU ENNEMIE?La restauration de la classe de nos bûcherons est donc commencée.Quelque chose de magnifique au triple point de vue social, moral et économique s\u2019accomplit, et l\u2019on peut dire les expériences concluantes.RELATIONS Que ce soit là un levier de plus pour tous ceux qui travaillent au relèvement de l\u2019idéal de notre peuple.« Les géants de nos forêts qui regardent en haut, qui se soutiennent les uns les autres et qui, à cause de cela, résistent aux ouragans, doivent être pour les Canadiens français des maîtres et des modèles de fierté, de coopération et de ténacité », disait l\u2019ex-premier ministre de la province.Dernièrement, un groupe de prêtres et de laïcs, venu de loin, payé par personne, suppliait les ministres de garder la forêt québécoise aux Canadiens français et d\u2019entreprendre un plan d\u2019enver- CORRESP Un témoignage I TH INK that your work brings great good to Canada.Enclosed is my cheque for five dollars \u2014 please inscribe my name for a year among those who receive Relations and send me whatever publications you think to best illustrate the policies of V Ecole Sociale Populaire.The title Relations is well-chosen.Relations of to-day may be as important in the history of to-morrow as are the former Relations of your Order in the story of Canada\u2019s beginnings.Unique in Canadian publications are its signed articles, written with world-wide vision and great knowledge.Relations\u2019 attitude to cooperation, caisses populaires, communism, etc., have my warmest support.And always your support of the family touches the base of human well-being.A great future awaits the race which in inclement Canada, and by its unaided efforts, has in two centuries increased from 65,000 to 3,000,000.Relations will help them to achieve their success.Admiration for your work is none the less because occasionally a gleam of mischief enters into your digs at pet aversions.French Canada will never be an Ireland with eyes on ancient history \u2014 instead of upon the future.And, as one line in Relations suggests, we English are still governed by the Norman duke which the conquerors of England imposed upon us in 1066.What\u2019s a better date than 1837 or 1760 for Canadians to remember! At all events, I do think that our grand nephews and nieces will talk more of unions than of divisions.Montreal\tA NEW FRIEND.Que sera 1\u2018avenir?ON EST actuellement très friand, ici en Belgique, de tout ce qui touche au Canada, et nous pouvons en avoir une idée par le nombre de mariages qui s\u2019annoncent entre nos gars et des jeunes filles d\u2019ici.Quant à nous, qui sommes ici les ambassadeurs officieux du Canada, nous ne pouvons nous contenter que de parler, à l\u2019aide de nos souvenirs, sur ce qu\u2019était le Canada en 1939.Ce qu\u2019il est devenu, ce qu\u2019il devient, ce qu\u2019il deviendra, sont autant de questions qui, tout en restant sans réponse, nous passionnent et à de certains moments nous angoissent.Quand on a été absent de chez soi pendant si longtemps, et qu\u2019on a côtoyé toutes sortes de gens et forcément entendu La Direction, en publiant ces communications, n\u2019en approuve pas nécessairement la teneur.Elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux.Seules les lettres signées sont considérées et elles devraient se limiter à quelque trois cents mots.MAI 1945 gure nationale pour l\u2019exploitation de nos forêts du Nord.Quand le peuple demande des réformes qu\u2019il a expérimentées à ses dépens, l\u2019État ne doit pas hésiter à entreprendre grand.Nos gouvernants marcheront, ici comme ailleurs, si l\u2019opinion publique est tenue en éveil.Que le mot d\u2019ordre de ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019agrandissement de notre patrimoine et à la décentralisation soit donc: « Emparons-nous de la forêt; qu\u2019elle ne soit plus un obstacle mais une aide puissante à nous emparer du sol ! » ONDANCE toutes sortes d\u2019opinions, chez les nôtres comme chez les autres, on est parfois embarrassé pour se formuler une opinion bien précise sur la solution à donner aux divers problèmes que présente l\u2019avenir de notre pays dans l\u2019après-guerre.Une chose qui est à désirer, c\u2019est que du Québec partent d\u2019autres ambassadeurs que ceux qui s\u2019offrent volontairement pour aller nous décrier chez le voisin.Si nous pouvions trouver chez nous des gens qui iraient donner un exposé objectif, où l\u2019on ne sentirait ni l\u2019étroitesse de vues, ni le préjugé, nous trouverions peut-être des gens pour nous écouter, et pour comprendre un peu certains de nos points de vue, même s\u2019ils ne les acceptent pas complètement.Chose certaine, à mon sens, il faudra que de plus en plus nous acceptions d\u2019être représentés, et que nous insistions pour l\u2019être, là où nous ne serions pas invités, dans les réunions où se discute l\u2019avenir du pays.Nos protestations après coup, même si elles sont fondées, ne donnent l\u2019impression que d\u2019un enfant qui boude et qui trépigne.Ses cris ne font qu\u2019exaspérer ceux qui les entendent, et n\u2019avancent pas la situation de l\u2019enfant.Je vous quitte avant que vous ne prononciez l\u2019anathème contre moi.Je cherche à me formuler mes opinions de façon concrète.Quand j\u2019y parviendrai, je vous en offrirai un hommage d\u2019auteur! Belgique.\tUN OFFICIER.Atavisme WHILE on vacation a French girl loaned me a copy of your Bulletin No.10, re: the much discussed French Canadian controversy.I am a Catholic and a French Canadian.However I am sorry to have to admit that I do not speak French.I am employed in a war plant in the capacity of Shift Foreman and quite frequently have had some pretty nasty things said to me, hence I am enclosing a postal note so that you may be able to send me some copies and I can distribute them around.Quite frequently it seems to me, I am told that the educational standard in Quebec is quite low as compared to Ontario.They explain this as the reason for the scarcity of Frenchmen in key jobs.I have conducted from my own observations that regardless how well you are educated or how hard you work, the people who secure the good jobs are the ones who belong to the right lodge.If you have any literature on the two educational systems, I would appreciate very much having it, if it would be convenient, and I will send you the postage.Incidentally do you have a regular mailing list ?Ontario.\tFRANCO-ONT ARIEN.125 L'ORGANISATION CHRETIENNE DE LA PROFESSION IES SEMAINES SOCIALES du Canada ont tenu à Montez réal, les 7 et 8 avril dernier, un intéressant et fructueux congrès.Cette initiative, qui permet d\u2019utiles échanges de vues entre auditeurs avertis sur un sujet d\u2019actualité, est une heureuse innovation.A côté de la Semaine de haut enseignement doctrinal, dont les leçons, résumées par les journaux puis publiées ensuite au complet en volume, répandent à travers le pays la pensée sociale catholique sur les problèmes du jour, viennent se placer ces congrès, plus intimes, réservés en quelque sorte à des spécialistes, où des sujets d\u2019ordre pratique sont traités et discutés, surtout dans leurs applications à notre milieu.Ainsi se complète, et s\u2019avère de plus en plus opportune et bienfaisante, l\u2019institution des Semaines sociales du Canada qui célébrera cette année son vingt-cinquième anniversaire.Le sujet mis à l\u2019étude en avril était l\u2019organisation chrétienne de la profession.Comme celui de l\u2019an dernier, ce sujet était tiré de la déclaration des Semaines sociales: Pour un Ordre meilleur.Ce fut une application à notre milieu des directives pontificales sur l\u2019institution corporative.Voici les conclusions de ce congrès; elles constituent comme la charte de l\u2019organisation corporative canadienne: 1.\tLa corporation professionnelle est un corps légalement constitué, groupant tous les membres d\u2019une même profession sous une autorité unique, ayant le pouvoir d\u2019agir en vue du bien commun et d\u2019imposer ses décisions à tous les intéressés.2.\tSon rôle est non politique, mais social, et même économique, car elle pourra régler la production et les échanges, régulariser les prix, adapter les produits et les services aux besoins de la clientèle.3.\tPatrons et employés bénéficient également de cette organisation.Tout en laissant aux uns et aux autres leur tâche et leur responsabilité propres, elle les unit étroitement, elle en fait des associés, elle rend la situation de chacun plus humaine, plus conforme à leur dignité de chrétiens, de membres d\u2019un même corps, de fils d\u2019un même père.4.\tLoin de lui être incompatible, l\u2019organisation corporative convient à la démocratie.C\u2019est par un malhonnête abus des mots qu\u2019on a pu l\u2019assimiler au fascisme.Elle favorise, au contraire, le régime démocratique, elle le protège contre les maux qui le menacent, elle l\u2019assainit et en assure le maintien et le progrès.5.\tRien dans la constitution canadienne ne s\u2019oppose à l\u2019établissement de l\u2019organisation corporative.Sans doute doit-elle tenir compte de notre caractère particulier, de nos traditions et de nos institutions juridiques.Aussi est-ce sur le plan provincial qu\u2019il importe de l\u2019établir d\u2019abord.6.\tCet établissement se fera graduellement et par l\u2019initiative privée.C\u2019est la profession elle-même qui obtiendra de l\u2019État, lorsque ses membres le jugeront à propos, l\u2019autorisation de se transformer en corporation.A chacun d\u2019y travailler sans tarder.Les syndicats patronaux et ouvriers et les comités paritaires sont un acheminement vers l\u2019organisation corporative.Dès maintenant un Conseil intercorporatif groupant les corporations déjà existantes pourrait être créé.7.\tPour atteindre son but et servir efficacement le bien commun, la Corporation doit s\u2019inspirer des principes sociaux du christianisme.Ses membres et surtout ses dirigeants devront être animés de l\u2019esprit de justice et de charité.AVEC COMM LE BOURGMESTRE KARL LUEGER VIENNE doit à ce fier chrétien sa transformation matérielle et morale.Asservie par le capitalisme juif international, au milieu du siècle dernier, elle pouvait à peine respirer.La misère l\u2019étouffait.Ses habitants menaient une vie de parias.Débarrasser la ville des compagnies de capitalistes étrangers qui l\u2019exploitaient, rajeunir la vieille cité, la parer de fleurs, la pourvoir de sources d\u2019énergie électrique, tripler ses approvisionnements d\u2019eau potable, la doter d\u2019établissements de bienfaisance modèles, créer des caisses municipales d\u2019épargne et de crédit, relever le sort des employés de la ville, multiplier les écoles et y remettre en honneur l\u2019enseignement de la religion, tel est le plan que Lueger se traça en accédant au siège de premier magistrat de sa ville.En douze ans, malgré des adversaires prêts à toutes les déloyautés, le bourgmestre de Vienne réalisa cet immense programme et remodela l\u2019une des plus grandes villes européennes.Ses talents d\u2019organisateur, son énergie, et surtout son esprit de foi vinrent à bout de tous les obstacles.La vie publique de Karl Lueger offre aux hommes publics d\u2019aujourd\u2019hui, à ce moment où l\u2019instauration d\u2019un ordre meilleur s\u2019impose impérieusement et réclame d\u2019eux une vaillance à toute épreuve, un merveilleux exemple.L\u2019École Sociale Populaire a voulu le proposer aux nôtres en publiant une brève notice \u2014 Karl Lueger, bourgmestre de Vienne \u2014 consacrée à ce grand homme.Il faut lire ces pages en attendant un ouvrage plus considérable.Nous le recommandons tout particulièrement aux hommes publics.et à leurs électeurs.« PRIÈRE VOICI la belle prière composée en décembre 1939 par Georges Bideault, présentement ministre des Affaires étrangères de France et représentant de son pays à l\u2019historique conférence de San-Francisco.Elle parut alors dans son journal, l'Aube.Elle vient d\u2019être reproduite, à l\u2019aube de ce demain pour lequel elle invoque le Seigneur, dans l'Univers de Lille.Souhaitons que tous ceux qui travaillent à nous former ce jour de demain, que nous voyons tous venir avec appréhension, s\u2019inspirent de ces sentiments.« Souvenez-vous, Seigneur, que cette humanité qui se déchire, vous l\u2019avez faite de vos mains à votre image et que vous ne l\u2019avez point destinée à la haine mais à l\u2019amour.Venez au secours des esprits qui s\u2019égarent et des cœurs qui s\u2019abandonnent, afin que la défense armée de la justice à laquelle un siècle de fer nous contraint ne soit confondue avec l\u2019instinct de violence par aucun de ceux qui, plus ou moins consciemment, et souvent sous des noms qui voilent d\u2019apparences la vérité dernière, luttent pour que votre règne arrive.Aidez ceux qui sont le bouclier vivant de toutes les libertés saintes à ne rien accueillir dans leur âme qui ne soit digne de leur cause.Et faites, puisque vous le pouvez, que cette juste guerre, dans laquelle nous avons été jetés malgré nous, se termine bien vite par une juste victoire.« Car il nous faut, Seigneur, vous demander la victoire avant même que de vous demander la paix, puisque sans cette victoire il n\u2019y aurait point de paix.Mais nous ne vous 126 RELATIONS OU SANS L'EXEMPLE DE PONCE-PILATE ENTAIRES DISTINCTIONS OPPORTUNES ON PARLE beaucoup, surtout aux États-Unis, de service obligatoire pour l\u2019après-guerre.Il est dangereux et malheureusement trop facile de compliquer ou de passionner un tel débat.Voici quelques distinctions opportunes du R.P.Edward V.Stanford, o.s.A., dans une brochure intitulée The Case Against Peacetime Conscription : « Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une mesure de temps de paix et non de temps de guerre.Elle n\u2019a donc rien à voir à la conduite et au succès de la présente guerre.S\u2019y opposer n\u2019est pas s\u2019opposer à la prolongation du service militaire des soldats actuels, par exemple, pour fin d\u2019occupation légitime des pays conquis.Il est possible de s\u2019opposer à la conscription en temps de paix pour des motifs raisonnables sans se classer parmi les pacifistes ou les isolationnistes et sans encourir le reproche d\u2019imprévoyance quant à la défense du pays.On ne fait que mêler les cartes quand on rattache au service militaire obligatoire certaines choses comme le développement physique des jeunes gens, la formation de leur caractère, leur entraînement à la discipline, leur initiation aux mœurs démocratiques, la suppression de l\u2019analphabétisme, etc.C\u2019est faire violence aux mots que d\u2019appeler la conscription militaire, outil préféré des dictateurs depuis plus de cent ans, la méthode la plus démocratique de lever des régiments.Enfin, il est très malheureux, dans une affaire aussi importante, de vouloir procéder en vitesse et d\u2019adopter une telle politique à longue échéance au beau milieu de la confusion et de Y hystérie d\u2019un temps de guerre.» Ces lignes constituent une utile mise en garde.POUR DEMAIN » demandons point de vaincre pour abuser du succès.Nous voulons être à vos côtés quand nous combattons contre l\u2019impiété sanglante, nous vous supplions de demeurer présent parmi nous quand au terme de l\u2019épreuve nous aurons à poser les fondations de l\u2019avenir.Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, c\u2019est en vain que travaillent ceux qui la construisent.Soyez avec nous, mon Dieu, pour nous garder dans le combat et pour nous inspirer dans la paix.« Faites, Seigneur, que le fracas des armes et l\u2019épreuve des petits ne durent plus longtemps, car voici déjà trop d\u2019années que l\u2019insolence des forts et la détresse des faibles insultent à votre loi.Et donnez-nous assez de courage pour L\tfaire sortir d\u2019un monde accablé sous le poids de ses fautes un avenir moins impur.Faites que ceux qui vous méconnaissent vous retrouvent et que ceux qui vous servent sachent ne plus vous trahir.Donnez la force à nos mains débiles, l\u2019audace et la persévérance à nos cœurs partagés, afin qu\u2019ayant arraché la société aux hommes iniques et l\u2019Europe aux violents, nous ayons mérité de voir luire à nos yeux la promesse d\u2019une nouvelle chrétienté.» Prions pour que ces sentiments de justice chrétienne et de modération dans la victoire président à l\u2019organisation de l\u2019après-guerre, en particulier à la conférence en cours à San-Francisco, pour que personne « n\u2019abuse du succès » et pour que cessent « l\u2019insolence des forts et la détresse des petits » qui durent depuis « déjà trop d\u2019années ».LE TRAITEMENT INIQUE imposé à la Pologne par la j conférence de Yalta a soulevé une indignation presque générale.De toutes les parties de l\u2019univers des protestations sont montées vers les artisans de ce pacte injuste.La hiérarchie catholique de plusieurs pays, \u2014 Écosse, États-Unis, Canada, pour ne donner que quelques noms, \u2014 a exprimé publiquement sa ^désapprobation et son inquiétude croissante.Les hommes d\u2019Êtat ont été plus prudents.Dans plusieurs enceintes parlementaires, cependant, des voix libres ont protesté.On en compta bien une douzaine, la plupart canadiennes-françaises, à la Chambre des Communes, à Ottawa.Le principal orateur fut cependant un Irlandais catholique, le docteur J.J.McCann, \u2014 nommé ministre quelques jours plus tard, \u2014 qui fit un vigoureux plaidoyer pour la nation polonaise et réclama l\u2019intervention du gouvernement en sa faveur.A la Chambre haute, quelques jours plus tard, une voix encore plus vigoureuse se faisait entendre.C\u2019était celle d\u2019un sénateur du Québec, l\u2019honorable Êlie Beauregard.Tout son discours mériterait d\u2019être reproduit.Contentons-nous de quelques extraits.« Le fantôme de la Pologne, dit-il en commençant, obsédera nos délégués (à San-Francisco), car ce pays est l\u2019un de nos alliés.Le Canada déclara la guerre dès que la Pologne fut envahie.Ses fils ont combattu côte à côte avec les nôtres.A un moment, elle a sauvé la civilisation.La Pologne est un pays chrétien comptant quelque trente-cinq millions d\u2019habitants.Nous sommes fiers du fait que plus de 90% des Canadiens sont chrétiens.Au cours du présent conflit, la Pologue a souffert plus que toute autre nation.Malgré tout ce que la Pologne a accompli et enduré pour défendre la civilisation et la liberté, elle semble, toutefois, désignée comme le seul pays allié qui perdra la guerre, quelle que soit la grandeur de la victoire des nations alliées.» Et après avoir réfuté les assertions du ministre des Pêcheries qui avait tenté de justifier la ligne Curzon, l\u2019orateur conclut ainsi: « Je ne puis croire que les nations alliées régleront leurs différends tout bonnement sans aider davantage ce soldat mutilé de la liberté et de la civilisation.La conscience de l\u2019univers n\u2019est pas en paix à l\u2019égard de la Pologne; la conscience britannique ne l\u2019est pas davantage.Pour s\u2019en convaincre il ^suffit de lire le compte rendu des séances du Congrès des États-Unis, et les rapports de la Chambre des Communes en Grande-Bretagne que l\u2019on trouve dans le Times de Londres.« Je n\u2019oublie pas que le Canada n\u2019est pas responsable du malheureux sort de la Pologne; mais, d\u2019après la loi de tous les pays, il y a ce qu\u2019on appelle la complicité après le fait.Dans les circonstances actuelles, soit par son silence, soit par son approbation officielle, le Canada peut devenir un complice après le fait.« Les nations ont des devoirs et des obligations.Le Canada est engagé dans la guerre, et il participera à cette conférence, afin de s\u2019acquitter de ce que la majorité des Canadiens considère comme une obligation et un devoir pour lui.Nous pouvons accepter le « fait accompli » et nous désintéresser de notre responsabilité du point de vue de la culpabilité.C\u2019est ce qu\u2019a fait un fameux procurateur romain il y a un grand nombre d\u2019années, lorsqu\u2019il prit de l\u2019eau et se lava les mains en présence de la foule, disant: « Je suis innocent du sang de cet homme, cela vous regarde.» J\u2019espère encore que le Canada, pour sa part, n\u2019abandonnera pas la Pologne sans lui fournir l\u2019occasion de plaider sa cause à la conférence de sécurité mondiale.» MAI 1945 127 LA LOI DES ALLOCATIONS FAMILIALES L\u2019INEXPLICABLE TAUX DÉCROISSANT Léon LEBEL, S.J.1E CANADA n\u2019a pas attendu la fin de la guerre .pour procéder à la réalisation progressive de son plan de sécurité.L\u2019été dernier, la Chambre des Communes d\u2019Ottawa votait une loi d\u2019allocations familiales qui doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain.Tous les partis ont favorisé le projet et en particulier la Chambre s\u2019est prononcée à l\u2019unanimité en faveur du principe des allocations.Voilà qui fait honneur à la clairvoyance des législateurs fédéraux.Nous voudrions n\u2019avoir que des éloges à accorder à la loi elle-même, telle qu\u2019elle a été définitivement sanctionnée par nos législateurs.Malheureusement, elle est entachée de multiples défauts qui en atténuent la valeur.Il en est deux qui nous semblent radicaux.Le premier, et le plus grave à notre avis, consiste dans le fait que la loi fait une brèche considérable aux droits des familles et des provinces.Elle constitue une étape nouvelle vers la centralisation.Relations a déjà donné des précisions sur cet aspect important (août et septembre 1944).Nous voudrions insister dans le présent article sur le second défaut, le « fameux taux décroissant », mesure de nature à rendre le Canada célèbre, le point de mire du monde entier! Depuis vingt-sept ans que les allocations familiales ont fait leur apparition, personne n\u2019avait imaginé cette trouvaille de génie, le taux décroissant! Les législateurs et les économistes de tous les pays étaient d\u2019accord, comme ils le sont encore aujourd\u2019hui, pour affirmer que les premiers enfants dans chaque famille ont moins besoin d\u2019être aidés, parce que les parents ont généralement les ressources suffisantes pour subvenir au moins en partie à leurs besoins.A partir du quatrième ou du cinquième enfant, les ressources des parents se révèlent tout à fait inadéquates dans presque tous les cas.Il faut donc réserver les taux les plus hauts pour les derniers enfants et non pour les premiers.Cette mesure assure une aide à ceux qui en ont le plus besoin.Les allocations familiales remplissent ainsi la fin pour laquelle elles ont été créées: aider efficacement les familles nombreuses.Le législateur canadien fait tout le contraire.Il adopte un système d\u2019allocations familiales qui diminue l\u2019assistance aux familles à mesure qu\u2019elles en ont le plus besoin.Système qui n\u2019est pas tant une aide aux familles nombreuses qu\u2019une prime aux familles restreintes, comme on peut le voir par le tableau suivant que nous empruntons au Bulletin des Ligues (janvier 1945).D\u2019après le texte de la loi, le taux de l\u2019allocation est décroissant à partir du cinquième enfant.En termes d\u2019argent, cela signifie: pour le 5e enfant pour les 6e et 7e pour le 8e et tous les suivants.jusqu\u2019à\t6 ans: $4\t\tau lieu de $5\t\t\t de 6 à\t10 »\t5\t»\t»\t»\t6 » 10 »\t13 »\t6\t»\t»\t»\t7 » 13 »\t16 »\t7\t»\t»\t»\t8 jusqu\u2019à\t6 »\t3\t»\t»\t»\t5 de 6 à\t10 »\t4\t»\t»\t»\t6 » 10 »\t13 »\t5\t»\t»\t»\t7 » 13 »\t16 »\t6\t»\t»\t»\t8 jusqu\u2019à\t6 »\t2\t»\t»\t»\t5 de 6 à\t10 »\t3\t»\t»\t»\t6 » 10 »\t13 »\t4\t»\t»\t»\t7 » 13 »\t16 »\t5\t»\t»\t»\t8 A l\u2019aide de ces données, voyons quelques cas pratiques: James a un enfant de 15 ans: il reçoit $8 par mois d\u2019allocation pour son enfant.Georges a quatre enfants de 10 à 15 ans: il reçoit $30 par mois, $7.50 par enfant.Alfred en a cinq: son plus jeune a 9 ans: il reçoit $35 par mois, $7 par enfant.Baptiste a dix enfants: son allocation est de $49 par mois, $4.90 par enfant.Alors que son voisin Alfred reçoit $35 par mois pour élever ses cinq enfants, Baptiste ne reçoit que $14 de plus par mois, pour en élever dix.Age\t\tTaux\t1\t2\t3\t4\t5\t6\t7\t8\t9\t10\t11 enfants \t1er 15 ans\tl \t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8\t$8 \t2e 14 »\t\t\t8\t8\t8\t8 >\t8\t8\t8\t8\t8\t8 \t3e 12 »\tj \t$7\t\t\t7\t7\t7\t7\t7\t7\t7\t7\t7 \t4e 11 »\t\t\t\t\t7\t7\t7\t7\t7\t7\t7\t7 4->\t5e 9 »\t\t$5\t\t\t\t\t5\t5\t5\t5\t5\t5\t5 Ctl {/J\tcv,\t6e\t8\t»\tJ \t$4\t\t\t\t\t\t4\t4\t4\t4\t4\t4 \u2019o Lh O S vL> ¦\u201cO\t^ 7e 6 »\t\t\t\t\t\t\t\t4\t4\t4\t4\t4 \t\u2022g 8e 5 »\t1\t\t\t\t\t\t\t\t2\t2\t2\t2 * O\tB 9e 3 »\t\t$2\t\t\t\t\t\t\t\t\t2\t2\t2 aJ H1\tg.10e\t2\t»\t|\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t2\t2 \t(23.11e\t6 mois\t>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t2 \tTotal par mois\t\t$8\t$16\t$23\t$30\t$35\t$39\t$43\t$45\t$47\t$49\t$51 Moyenne par enfant par mois.\t\t\t$8\t$8\t$7.65\t$7.50\t$7\t$6.50\t$6.15\t$5.62\t$5.22\t$4.90\t$4.63 128 RELATIONS Ces chiffres sont éloquents.Pour être vraiment favorisée, une famille doit se limiter à quatre enfants.Les familles vraiment nombreuses sont punies de leur fécondité.Et l\u2019affirmation répétée à satiété que la présente loi accorde à tous les enfants du Canada l'égalité des chances pour la vie s\u2019avère d\u2019une inexactitude cynique, que les chefs de familles nombreuses trouveront bien amère, et n\u2019avaleront pas facilement.Mais quels arguments les auteurs de la loi apportent-ils pour justifier une mesure aussi déconcertante ?Ces arguments se ramènent à deux, dont le premier a été invoqué par certains députés des provinces anglaises.Ceux-ci ont prétendu qu\u2019un taux croissant ou même uniforme favoriserait injustement la province de Québec, et que les provinces anglaises s\u2019opposeraient catégoriquement à payer pour les familles nombreuses du Québec.Cette prétention est absolument injustifiée.Les statistiques officielles démontrent que la province de Québec fournit au trésor fédéral 34.5% de son revenu global, et ne compte que 33.1% des enfants susceptibles de bénéficier des allocations.Ce ne sont donc pas les provinces anglaises qui paieraient pour Québec; c\u2019est plutôt Québec qui contribuerait à financer en partie les allocations aux familles restreintes des autres provinces.D\u2019ailleurs, cette raison invoquée par les parrains du taux décroissant n\u2019est pas seulement injustifiable: elle porte à faux.En effet, ce n\u2019est pas aux provinces, mais aux familles, que l\u2019on accorde les allocations.C\u2019est le même cas que pour les subsides fournis par le gouvernement fédéral aux producteurs de blé, de beurre, de fromage, de porcs, etc.Le montant d\u2019argent versé de ce chef par Ottawa n\u2019est pas du tout proportionné à la quote-part fournie par les provinces en impôts à la caisse fédérale.Les provinces de l\u2019Ouest le savent bien.Pourtant, personne jusqu\u2019ici ne s\u2019est avisé d\u2019y voir une injustice et de réclamer un taux décroissant dans ces allocations fournies pour venir en aide aux différents producteurs.On n\u2019a donc aucune raison d\u2019en imposer un aux allocations familiales, à moins que l\u2019on ne considère le capital humain moins important que le capital porcin.Un second argument par lequel on a essayé de justifier le taux décroissant, lors de la discussion du bill 161, invoque le fait que dans une famille nombreuse ce sont les premiers enfants qui, sous certains rapports, coûtent le plus cher.Les parents seraient obligés de faire pour eux des dépenses qui ne se renouvellent pas pour les suivants ou qui ne doivent se faire que sur une moindre échelle à l\u2019égard des enfants suivants.C\u2019est ainsi, par exemple, que les plus jeunes peuvent faire usage d\u2019objets qui ont déjà servi à leurs aînés: habits, manuels de classe, dictionnaires, etc.D\u2019un autre côté, l\u2019on sait que le coût de la nourriture diminue par unité de personne à mesure que croît le nombre des commensaux, MAI 1945 Ce fait n\u2019a pas dû échapper aux sociologues étrangers qui se sont occupés de la question des allocations familiales, ni aux gouvernants qui ont institué chez eux leur système d\u2019allocations.Aucun d\u2019eux, cependant, n\u2019en a conclu à la légitimité du taux décroissant.C\u2019est que la thèse mise de l\u2019avant par le Gouvernement fédéral s\u2019inspire d\u2019une analyse simpliste et fort incomplète de la question.Ce qu\u2019il faut considérer, ce n\u2019est pas les dépenses nécessitées par les enfants, mais les ressources dont les parents disposent pour y faire face.S\u2019il est vrai que les premiers enfants d\u2019une famille coûtent moins cher sous un certain rapport, il ne s\u2019ensuit pas que ce sont eux qui doivent être le plus aidés et à qui l\u2019on doit appliquer le taux maximum d\u2019allocations.Les parents, en effet, possèdent généralement des ressources suffisantes pour pourvoir en tout ou en partie aux besoins des deux ou trois premiers enfants.Voilà pourquoi, dans tous les régimes d\u2019allocations institués jusqu\u2019ici, ou bien on a omis le premier et parfois le second enfant, ou bien on a adopté un taux croissant.Même si l\u2019on devait envisager les dépenses occasionnées par les enfants, l\u2019argument invoqué ne vaudrait pas plus.Il n\u2019est pas du tout certain que les enfants, à partir du quatrième, coûtent moins cher à leurs parents que leurs aînés.Il est des déboursés nouveaux qui s\u2019imposent à partir du quatrième ou du cinquième.Quand un couple fonde un foyer, il s\u2019installe d\u2019ordinaire dans un logis de quelques pièces qu\u2019il garnit d\u2019un ameublement suffisant à son usage et qui lui permet de recevoir, à l\u2019occasion, des visiteurs.Lorsque naissent les premiers enfants, les parents ne sont pas généralement forcés de prendre un logis plus vaste ni de faire des dépenses spéciales pour augmenter leur ameublement.Il n\u2019en est plus de même lorsque le nombre des enfants s\u2019accroît.A partir du quatrième ou du cinquième enfant, il faut généralement plus d\u2019espace, à moins de prétendre que les chefs de familles nombreuses doivent continuer à entasser leurs enfants, garçons et filles, dans des pièces étroites et malsaines, comme c\u2019est trop souvent le cas dans nos villes modernes.Or, l\u2019augmentation de dépenses que représente le loyer d\u2019une pièce surnuméraire \u2014 $5 à $10 par mois \u2014 annule amplement les économies dont les partisans du taux décroissant ont fait tant d\u2019état dans leurs discours, économies qui se traduisent en somme à quelques dollars chaque année par enfant.Il y a aussi la question de l\u2019ameublement, de la vaisselle, de la batterie de cuisine qu\u2019il faut amplifier.Il y a surtout la question de la mère dont aucun de nos orateurs-députés n\u2019a parlé au cours de la discussion du bill.On conçoit qu\u2019une jeune femme, si elle est en bonne santé, peut à elle seule avoir soin de trois ou quatre enfants, tout en s\u2019acquittant des travaux de la cuisine et du ménage dans un logis de quelques pièces.Mais il n\u2019en est pas de même lorsque le nombre des enfants s\u2019accroît, et quand augmente le nombre des pièces à entretenir.La mère ne peut plus alors suffire 129 à la tâche; sans l\u2019aide d\u2019une cuisinière ou d\u2019une bonne à tout faire, elle mettra en grave danger sa santé personnelle, aussi bien que la santé et même la vie des enfants à venir.Dans un régime moderne de sécurité sociale, la mère d\u2019une famille nombreuse aura donc absolument besoin de l\u2019aide d\u2019une servante.C\u2019est déjà une pièce de plus dont il faudra payer le loyer.Si l\u2019on songe à la répugnance que manifestent les jeunes filles modernes à servir dans une famille où il y a beaucoup d\u2019enfants, il faudra nécessairement offrir un salaire plantureux qui obérera le budget familial et absorbera à lui seul une bonne partie du total annuel des allocations.Les arguments invoqués pour justifier le taux décroissant sont d\u2019une pauvreté déconcertante.Raisons de façade destinées à masquer le motif véritable que personne n\u2019ose confesser publiquement.?Il y a des gens qui craignent beaucoup pour le caractère britannique du Canada.Or, depuis quelques années, certains sociologues ne cessent de les avertir du danger qui les menace: le taux de natalité du groupe anglo-saxon du Canada est tombé au-dessous du minimum requis pour que la population anglo-saxonne maintienne son rang.Ces gens redoutent donc un taux d\u2019allocations croissant ou uniforme capable de favoriser les éléments étrangers et d\u2019accentuer l\u2019avance de ces populations sur le groupe britannique.Or, cette crainte est sans fondement.L\u2019expérience de vingt-cinq ans de régime d\u2019allocations familiales en grand nombre de pays montre que les allocations n\u2019ont presque pas d\u2019influence pour augmenter un taux de natalité déjà suffisamment élevé, comme l\u2019est celui des Canadiens français et de certains autres groupes ethniques du Canada.Au contraire, elles aident puissamment à relever un taux infime ou à la baisse, comme celui du groupe anglo-saxon.Il arrive donc que lorsque les adversaires tapageurs et fanatiques de toute allocation familiale, comme trop favorable aux groupes ethniques dont ils redoutent la prépondérance numérique, ont forcé le gouvernement par leurs pressions à choisir un taux qui est une prime aux familles restreintes, ils se sont privés eux-mêmes et leurs compatriotes anglo-saxons d\u2019un bon moyen de relever leur propre taux de natalité, et de se défendre ainsi contre l\u2019invasion tant redoutée du fief britannique au Canada! L\u2019adoption d\u2019un taux décroissant pour les allocations familiales restera-t-elle donc inexpliquée?Cette mesure a tout l\u2019air de l\u2019un de ces compromis, savamment cuisinés, destinés à donner les allocations familiales tout en ne les donnant pas, afin de satisfaire également et ceux qui en veulent et ceux qui n\u2019en veulent pas, et de sauvegarder l\u2019unité nationale.Mais, hélas! même cet objectif, on ne l\u2019atteindra pas.En effet, en recevant chaque mois son chèque diminué, le père de famille nombreuse du Québec maugréera contre.les « Anglâs » qui ont imposé le taux décroissant, tandis que le père de famille nombreuse de l\u2019Ontario ou de l\u2019Ouest maugréera lui aussi contre les jingoes et le Québec qui viennent compliquer toutes les questions nationales.Cependant que l\u2019adversaire de toute allocation, qui souvent n\u2019en a pas besoin pour sa famille restreinte, pestera contre tout le monde, coupable d\u2019avoir arraché au gouvernement une mesure aventureuse et aussi peu britannique que possible.Alors, comment expliquer ce mystère ?Quelle raison a pu décider nos législateurs à adopter une forme d\u2019allocations unique au monde qui, d\u2019une part, ne donnera pas les résultats attendus, et, d\u2019autre part, contient des dispositions inquiétantes au point de vue des droits primordiaux de la famille et des provinces.PROGRÈS DU MONDE Alexandre DUGRÉ, S.J.ROME ne s\u2019est pas faite en un jour; le monde n\u2019est pas terminé.L\u2019humanité en marche a fait plus de progrès matériels en 60 ans qu\u2019en 6,000, et elle n\u2019a pas envie de s\u2019asseoir.Les routiniers qui boudent ce qui ne s\u2019est jamais fait; les sceptiques ignorants qui ont un petit sourire entendu devant les idées neuves, tous les partisans du ne innovetur en prendront leur parti: le monde évolue, on va encore voir du neuf.Grâce au travail des morts, les plus humbles vivants jouissent de commodités inconnues de Balthazar, de Crésus et de Charlemagne: l\u2019électricité, les moteurs, les transports, la radio.Sous Louis XIV, le sucre était un luxe rare, qu\u2019on se procurait aux pharmacies.Impossible d\u2019en acheter une livre à la fois! Le sac de cent livres n\u2019existe même pas.Pas de thé, peu de café, de chocolat et de beurre.Un siècle plus tôt, une duchesse offrait à la reine l\u2019extraordinaire cadeau d\u2019un melon et d\u2019un artichaut.Les petits pois et les pommes de terre n\u2019arrivent qu\u2019avec Louis XVI.Londres refuse d\u2019acheter, même d\u2019accepter gratis, le premier envoi de bananes: on les laisse pourrir.On y déclare les patates nuisibles à la santé, et les tomates coupables d\u2019immoralité! Les conserves datent de 1825, alors qu\u2019on brevète la boîte de fer-blanc après dix années de risée: « N\u2019est-ce pas une impossibilité de conserver des nourritures périssables ?» L\u2019ancienne médecine saigne et purge avec furie, en vertu de l\u2019axiome: Plus on tire d'eau croupie d\u2019un puits, plus il en revient de bonne.En une seule année, on vide quarante-sept fois les veines de Louis XIII, et le malheureux homme avale en plus deux cent cinquante-neuf purgatifs! Pour un monarque réputé débile, il fait preuve d\u2019une résistance inouïe.Le célèbre Guy Patin (1602-1672) se vantait d\u2019avoir saigné soixante-quatre fois une victime du rhumatisme; et ce n\u2019était qu\u2019une préparation de traitement, une entrée en matière.Les vrais remèdes arrivent alors: un tas de saletés, de franches malpropretés, où l\u2019on verrait aujourd\u2019hui de sales tours.Jusqu\u2019à trente médecins entourent le malade, parlent longtemps, surtout grec et latin, mais sans toucher le bobo: ce serait déchoir! On comprend le mot d\u2019une femme d\u2019esprit 130 RELATIONS qui leur fermait sa porte: « Je n\u2019en ai que faire; quand je me trouve malade, je fais deux lieues à pied et je suis guérie! » Patin s\u2019emporte contre la théorie de la circulation du sang, énoncée par William Harvey; il prétend la théorie « paradoxale, inutile, fausse, impossible, absurde et nuisible ».Merci du peu! Chose étonnante, le progrès marche toujours vent devant.Copernic et Galilée souffrirent pour leur astronomie.Qui donc devina la puissance de l\u2019imprimerie, cette « armée de vingt-cinq soldats de plomb » qui mène le monde ?Quand Watt invente sa machine à vapeur, des critiques rappellent qu\u2019Archimède en a déjà inventé une pour rien, voilà vingt siècles.Coupables sont ceux qui grincent: « On a déjà essayé; ça a raté.» Les inventeurs se sont tous heurtés à la critique des gens de poids, qui étaient plutôt des cerveaux de bois.Des railleurs ont opéré contre McCormick et sa moissonneuse, contre Bell et son téléphone, contre cent autres génies.Le directeur du Herald de New-York frotta les oreilles au rédacteur coupable de louer la lampe électrique d\u2019Edison: « Il est prouvé que cette sorte de lampe est contre les lois de la nature! » Les rues s\u2019éclairent depuis 160 ans; Paris commença par des lampes à huile.Napoléon considère le gaz d\u2019éclairage comme une folie; Walter Scott, comme une nouveauté pestilentielle; Byron, comme une manie qui passerait; et même l\u2019inventeur sir Humphrey Davy, comme une absurdité: « Il serait aussi facile de se procurer un morceau de lune que de s\u2019éclairer au gaz! » En 1803, Fulton fait évoluer sur la Seine « un bateau d\u2019une apparence bizarre, armé de deux roues posées sur un essieu comme pour un chariot.Derrière ces roues un grand poêle avec un long tuyau.Cette machine va contre le courant à la vitesse d\u2019un piéton pressé ».De dix ans l\u2019on ne parle plus du « chariot d\u2019eau mû par le feu ».Napoléon, sollicité de pousser la trouvaille, expédie les clairvoyants: « Il y a dans toutes les capitales une foule d\u2019hommes à projets offrant aux souverains de prétendues merveilles qui n\u2019existent que dans leur imagination.Charlatans et imposteurs! Cet Américain est du nombre: ne m\u2019en parlez plus! » D\u2019où Lenotre conclut: « Le génie divinateur de Bonaparte était en congé ce jour-là.» En 1804, l\u2019amirauté anglaise regarde les navires à vapeur comme un coup porté à sa suprématie navale! En 1816, elle juge le télégraphe absolument inutile.En 1835, quand un chemin de fer veut passer sous la butte de Monceau, Paris éclate de rire: « Faire voyager des chrétiens sous terre, allons donc! Et qui se risquera à creuser cela?Impossible! » Deux ans après, le tunnel y est; alors on dit: « Ce n\u2019est toujours pas moi qui irai là-dedans! » Les têtes fortes savent que la résistance de l\u2019air empêchera le train d\u2019avancer; que la fumée suffoquera les voyageurs; que le froid y causera fluxions, pleurésies et catarrhes.Pour rassurer les voyageurs, comme hier aux avions, la reine est du premier voyage: pas le roi Louis-Philippe, dont la vie est trop précieuse! Les princesses ne veulent pas abandonner leur mère, ce qui passe pour héroïque.Telles furent les premières femmes à monter dans la voiture aérienne qui passe sous terre.On se familiarisera vite, et les trop sages avalent leur déception.M.Thiers lui-même se trompe lourdement sur l\u2019avenir des chemins de fer.En 1838, il dit comme tout bon routinier: « Si les ouvriers viennent jamais à s\u2019en servir, ce dont je doute, les paysans n\u2019en feront aucun usage.» Il saura se ressaisir et faire voter 40 millions pour en construire, mais sans enthousiasme: il y voit plutôt « un joujou pour les Parisiens qui veulent aller prendre l\u2019air ».Il les condamne par esprit d\u2019économie, tout comme le marquis de Barthélemy pour les intérêts matériels des paysans.Montalembert hésite; il les subordonne à « tout ce qui fait la grandeur, la MAI 1945 vie morale d\u2019une nation ».C\u2019est un poète, Lamartine, qui prévoit le renouveau qui en résultera dans la vie des peuples.Au Canada, il n\u2019y eut pas uniquement les politiciens de Louis Fréchette à redouter les effrayantes locomotives qui ruineraient le pays en faisant courir, tarir et mourir les vaches: « Pas de vaches, pas de lait, pas d\u2019enfants, pas de Canadiens! » La revue anglaise London Truth doute du Canadien-Pacifique: « S\u2019il est jamais terminé, il traversera une contrée inhospitalière.La Colombie britannique n\u2019aurait jamais dû être habitée; elle ne paiera jamais un sou d\u2019intérêt sur l\u2019argent sacrifié.Au Manitoba, ceux qui ne gèlent pas à mort sont parfois infirmes pour la vie des morsures du froid.L\u2019Ontario est pauvre, écrasé de dettes; il passera aux États-Unis, et ce jour-là le Dominion n\u2019existera plus.» D\u2019autres prophéties: le C.P.ne paiera pas la graisse de ses roues; son coût épuisera les ressources de l\u2019Empire; il ne chargera pas un seul cargo de blé pour l\u2019Europe au bord de l\u2019Atlantique.Sa construction vit des jours sombres, alors que la banqueroute menace, et qu\u2019il réclame de nouveaux octrois d\u2019un gouvernement douteux de l\u2019issue finale.Mais il fut terminé, et ses directeurs récompensés de bénéfices, d\u2019honneurs et d\u2019une puissance qui exagère un peu dans la politique.Le premier Américain à offrir ses plans de wagons d\u2019acier à une fabrique de wagons de bois fut éconduit gentiment: on produisait ce qu\u2019il y avait de mieux.Sans se décourager, il expose le projet à une autre compagnie, qui l\u2019accepte, fabrique, met les wagons sur le marché et met en faillite l\u2019altière usine qui ne sut rien voir, qui garda ses merveilleux wagons de bois et qui ferma ses portes.Westinghouse met trente ans à faire accepter son air-brake; même le vieux constructeur Vanderbilt le refuse, indigné: «Quoi?arrêter les trains avec de l\u2019air ?Merci, je ne fais pas d\u2019affaire avec un fou! » Quand le frein opère ailleurs, Vanderbilt mande Westinghouse, qui lui rend sa monnaie: « Rien à faire! Je ne traite pas avec un fou! » Un journal de 1863 de Towson (Maryland) méjuge le téléphone, lors de l\u2019arrestation d\u2019un New-Yorkais coupable d\u2019extorquer des fonds aux ignorants et aux superstitieux en leur exhibant un devis susceptible de porter la voix humaine à distance sur des fils métalliques, en sorte qu\u2019un écouteur l\u2019entende à l\u2019autre bout.Il nomme cet instrument un téléphone, évidemment pour imiter le mot télégraphe et gagner la confiance de ceux qui en connaissent le succès, même sans rien y comprendre.Les gens instruits savent qu\u2019il est impossible de transmettre la voix sur des fils, comme cela se peut pour les points, les traits et les signes du code Morse; et que, serait-ce possible, l\u2019affaire n\u2019aurait aucune valeur pratique.Félicitons le3 autorités d\u2019avoir arrêté cet escroc; espérons qu\u2019on le punira vite et ferme, pour servir d\u2019exemple aux autres agioteurs sans conscience qui s\u2019enrichissent aux dépens de leurs frères.Quatorze ans plus tard, New-York jouit de cinq appareils téléphoniques, où l\u2019on écoute et parle à la même embouchure, décorée de l\u2019instruction: Parlez avec la bouche; écoutez avec l'oreille; n'écoutez pas avec la bouche.Pour appeler l\u2019un des quatre autres abonnés, l\u2019on gratte l\u2019intérieur du cornet avec un bout de crayon.Après dix mois d\u2019opération, les propriétaires des cinq appareils déclarent le téléphone sans aucune valeur commerciale, et sacrifient tout le bazar pour $18,000.L\u2019un des vendeurs, fier d\u2019en être bien débarrassé, se moque de l\u2019acquéreur: « Les fous ne sont pas encore tous morts! » Soixante ans après, New-York a 2,000,000 d\u2019appareils, et l\u2019univers en est rempli, avec ou sans fil \u2014 ce qui ne veut pas dire qu\u2019on s\u2019entende mieux.Winton, le premier Américain à fabriquer une automobile, voulant intéresser un banquier à l\u2019invention, reçoit une douche: « Qui prétendra faire aller une voiture sans cheval ?Vous êtes fou de croire que cette folle mécanique, à quoi vous perdez votre temps, remplacera les chevaux! » Chauncey 131 Depew dissuada son neveu d\u2019acheter pour $5,000 d\u2019actions de Ford.Buick, un catholique, est mort à l\u2019hospice.Pendant que Santos-Dumont sautille dans un cassant avion, de savants mathématiciens démontrent en formules techniques l\u2019impossibilité de voler.Quelques timides hasardent bien quelques objections, faisant observer que les formules peuvent pécher par quelque endroit, et démontrant que leur application même tendait à nier le vol des oiseaux.On ne les écoute pas.Pendant que l\u2019Institut regimbe, l\u2019homme plane, Blériot traverse la Manche et M.de Lesseps survole notre lac Saint-Louis en route vers Toronto.La Science n\u2019est pas plus responsable des erreurs des savants que la religion des fautes de son monde.En 1903, quand les frères Wright retournent de leurs premiers envols dans du plus lourd que l\u2019air, leurs concitoyens ne les reçoivent pas avec fanfares et banquets: ils ne les croient pas.Les journaux se taisent.Une rumeur les dit-elle en pourparlers avec la France, Roosevelt Ier enquête sur l\u2019invention: résultat nul.En mai 1908, par pur hasard un reporter voit la machine en l\u2019air \u2014 et télégraphie l\u2019histoire.Son directeur refuse le « canard », mais un autre envoie son meilleur homme, à charge d\u2019exécuter les Wright s\u2019ils blaguent.Quatre journalistes se cachent au bord d\u2019un bois.Quand ils voient monter la machine avec deux hommes dedans, c\u2019est le coup de foudre! Et encore, bien des journaux refusent la copie, « intéressante, mais inclassable: ni vérité, ni roman ».Quatre mois plus tard, une démonstration publique, bien annoncée mais peu accréditée \u2014 l\u2019on n\u2019y trouve pas mille personnes, en ce pays amateur de records \u2014 donnera la preuve convaincante, à la surprise générale.Même les journalistes pleurent d\u2019admiration en accourant féliciter Orville Wright: « Un drame nouveau les a pris tout entiers.» Pourtant, l\u2019imaginatif H.G.Wells n\u2019admettait pas les possibilités de l\u2019aviation pour les transports.En 1913, l\u2019éditeur Brisbane renvoya un chroniqueur théâtral qui croyait à l\u2019avenir du cinéma.Le timbre-poste n\u2019a guère plus de cent ans.L\u2019Anglais Hill, qui le proposa, vit sa brochure saisie comme subversive, ses camelots emprisonnés, et lui-même à demi écharpé comme traître à l\u2019Empire! Jusqu\u2019en 1838, le port des lettres était au compte du destinataire, qui parfois refusait de payer, et de recevoir la lettre.Le tarif postal était mesuré aux distances, donc cher et compliqué.Le professeur Hill imagine un petit papier gommé de deux sous, collé par l\u2019expéditeur et marqué: Port payé.Le ministre auquel il montre son dessin, à l\u2019effigie de la reine Victoria, le renvoie patriotiquement: « Ce serait la faillite de l\u2019Empire! » Hill perd sa chaire de mathématiques; mais il soulève l\u2019opinion, avec accompagnement de bagarres et d\u2019arrestations.La jeune reine est curieuse de voir ce réformateur des Postes.Hill lui exalte d\u2019abord le bien qui résultera d\u2019une correspondance nourrie entre pays de l\u2019Empire.Sortant alors un timbre qui exhibera partout la jolie figure, il s\u2019entend répondre avec un royal sourire: « J\u2019appuierai votre projet; mais ce petit portrait devrait être un peu plus flatté.» Le 6 mai 1840, on vend les timbres: le nombre des lettres double; il se décuple en vingt-cinq ans; les revenus aussi.A partir de 1841, la plupart des États adoptent le tarif unique; les collectionneurs suivent, et les Bourses du timbre, et encore autre chose: avant la Confédération, un ministre du Nouveau-Brunswick, en mal de célébrité, se donna la place de la reine sur le timbre; il en attrapa cinq ans de prison pour crime de lèse-majesté!.Quand reviendra-t-on aux lettres à deux sous?.Faut-il ajouter que les préventions contre les choses nouvelles se répètent sur les hommes, nouveaux ou non?Et sur les politiques de progrès?John Adams prenait George Washington pour une tête de bois : « Personne ne s\u2019en est aperçu, car Washington parlait peu.» Un autre a traité Lincoln de babouin de la Maison Blanche.Woodrow Wilson prétend d\u2019abord que Bryan n\u2019a pas de cervelle; revenu de son erreur, il le nomme secrétaire d\u2019État.Quand le Dr Livingstone expliqua la glace à un chef de l\u2019Afrique brûlante, il fit rire de lui, tout comme nos premiers missionnaires par les sauvages qui ne croyaient pas à l\u2019écriture, à la prévision des éclipses, des comètes, etc.En 1691, l\u2019Angleterre taxe l\u2019air et le soleil en taxant les maisons de six fenêtres ou plus \u2014 comme nos villages taxent la peinture et les embellissements.Le grand Burke soutient que « la France est finie en Europe », à la veille des conquêtes de Napoléon! Bismarck: « La Russie ne s\u2019unira jamais à la France contre l\u2019Allemagne.» L\u2019amiral Nelson: « Ni Malte ni le Cap ne seront jamais d\u2019importance pour la Grande-Bretagne.» Et lord Shaftesbury en 1848: « Rien ne peut sauver l\u2019Empire britannique du naufrage.» En 1620, Pierre Minuit achète des sauvages l\u2019île de Manhattan en bois debout pour $25.Un vrai marché! Or, ce ridicule $25, placé à intérêt composé, aurait tant doublé et redoublé qu\u2019il paierait le New-York actuel.Solide encouragement à l\u2019épargne!.En 1642, quand Maisonneuve s\u2019entête à fonder Ville-Marie, les prudents s\u2019amusent de la folle aventure.Voltaire se réjouira de la cession de nos quelques arpents de neige, et le conventionnel Kersaint déclamera: « Nos possessions d\u2019outre-mer ne sont qu\u2019une surcharge qui nous coûte des trésors et ne nous rend rien.Si l\u2019Angleterre prend nos colonies, elle sera forcée de les garder, et cette surcharge l\u2019affaiblira.» En 1803, Jefferson fait voter deux millions pour acheter de la France le port de la Nouvelle-Orléans.Talleyrand lui offre toute la Louisiane, qui s\u2019étend alors des Rocheuses au Mississipi, de l\u2019Alberta-Manitoba au golfe du Mexique, l\u2019espace de treize États actuels.Sans autorisation du Congrès, l\u2019ambassadeur prend sur lui de payer 15 millions, plus que tout le budget annuel.Il se fie au bon sens du peuple.Napoléon dépense tout à préparer la fameuse descente en Angleterre, le camp de Boulogne et le fiasco.Aujourd\u2019hui, 18 millions d\u2019âmes produisent annuellement dans ce Centre-Ouest trois millions de balles de coton, un milliard et demi de boisseaux de maïs et de blé, 400 millions de barils d\u2019huile, du minerai pour $840,000,000, du bétail pour 2 milliards et des produits manufacturés pour un milliard dans la seule ville de Saint-Louis.La France se ressaisit en 1830 dans la conquête d\u2019Alger, dans l\u2019organisation de l\u2019Algérie qui faisait crier les sages; puis en s\u2019adjoignant l\u2019Indo-Chine et Madagascar malgré les jérémiades: le bel empire français ne pouvait que ruiner la Érance, qu\u2019on dit peu colonisatrice.En 1867, quand le secrétaire d\u2019État américain Seward achète de la Russie l\u2019immense Alaska pour $7,200,000, on ne parle que de la folie de Seward: « Est-il raisonnable de jeter l\u2019argent pour ces glaces éloignées?.» Que penser de telles critiques ?Les mines d\u2019or, les pelleteries et les pêcheries ont tout payé mille fois; et voici que la guerre utilise comme tremplin les pointes avancées.Que ne donnera pas demain ?La folie de Seward n\u2019aura été qu\u2019une belle prévoyance.Dans le domaine des idées qui règlent la vie, divers courants partagent ceux qui pensent ou croient penser; qui lancent des idées justes ou propagent des faussetés; qui gobent tout ou n\u2019acceptent rien; qui gobent le faux ou tiennent au bon sens.Les idées prennent du temps à faire leur chemin ?Pas toujours; malheureusement ce sont les idées absurdes et les à-priori qui prennent le mieux.L\u2019homme est de glace aux vérités; Il est de feu pour les mensonges.Plus une erreur est énorme, plus elle a chance de passer, non de durer.On explique ainsi la grandeur et la décadence 132 RELATIONS des systèmes baroques \u2014 intellectuels, artistiques, littéraires ou antireligieux \u2014 montés par la vogue, par le désir d\u2019épater, d\u2019enseigner ou d\u2019avaler de l\u2019étrange, ainsi qu\u2019on le constate chez nos ignorants de ruelles qui mordent aux propagandes protestantes, jéhovistes ou communistes.Parfois Dieu juge à propos d\u2019intervenir par des épreuves \u2014 ou par des miracles.Aux jours triomphants du positivisme français, de la critique allemande, du darwinisme anglais à descendance du singe, et de toutes les philosophies antireligieuses, la sainte Vierge apparaît à une petite illettrée de Lourdes, et multiplie sans vergogne les miracles déclarés impossibles par ces messieurs, qui préfèrent le matérialisme hérité des bêtes \u2014 et destiné à supprimer les guerres.Lourdes continue, et les guerres, et les bêtes; mais le scientisme est passé de mode, remplacé par le Russisme.La lenteur à accepter les idées fécondes explique les objections anciennes aux Caisses populaires de M.^Desjardins, aux laborieux débuts de l\u2019U.C.C.et de l\u2019Union Économique d\u2019Habitations, à la justice des allocations familiales, et, même dans le domaine religieux, au chant de la foule à l\u2019église, au clergé indigène dans les missions, à la communion des petits enfants, à l\u2019organisation paroissiale des jeux.Il sera toujours difficile de mousser les initiatives utiles: la coopération si fraternellement chrétienne, l\u2019embellissement des fermes pour l\u2019amour du sol, le groupement des petites écoles pour plus d\u2019efficacité, le chauffage à la houille blanche qu\u2019on laisse perdre, la mécanisation du défrichement, le droit naturel du colon sur les réserves forestières, le rôle social de l\u2019argent et du crédit, la réforme bancaire, la guérison du capitalisme obèse qu\u2019on empire au nom de time-honoured traditions, alors qu\u2019il s\u2019est plutôt déshonoré en tyrannies mo-nopoleuses; bref, les braves gens se renfrognent à l\u2019idée d\u2019essayer des pratiques ou des politiques nouvelles, garanties bienfaisantes.On mord au nuageux communisme \u2014 pur socialisme d\u2019Êtat \u2014 plutôt qu\u2019au coopératisme et au corporatisme.N\u2019ayons pas peur des nouveautés, qui ne sont pas toujours des progrès, mais qui peuvent l\u2019être, et qui devront servir au bien.Quand du nouveau surgit, l\u2019on se demande ce qu\u2019il donnera, et c\u2019est naturel: on n\u2019a jamais goûté de ce champignon.Est-ce un nouveau maître, il s\u2019agit de le comprendre; un cheval, il faut le mettre à sa main; un habit neuf, il faut parfois des retouches.La tradition n\u2019est pas une momie; on la garde vivante, on la rajeunit de progrès, comme on rafraîchit la peinture de la maison natale.La paix donnera du neuf, et il en faut.On parle avec emphase d\u2019un monde nouveau : n\u2019en ayons pas peur, apprivoisons-le, guidons-le vers son but d\u2019éternité.La chute de l\u2019Empire romain ne fut pas la fin du monde, mais d\u2019un monde peu cano-nisable; une civilisation nouvelle s\u2019ensuivit, la civilisation chrétienne, qui a maintenant besoin de réparations.La Révolution française marqua la fin des monarques de droit divin, devenus trop humains; la république vit rebondir le catholicisme en France, et aux missions lointaines.La prophétie se vérifiait; l\u2019Église s\u2019accommode de tous les régimes; le ciel et la terre passeront, l\u2019œuvre de Dieu est éternelle.Quels que soient les États politiques, la vie devra se faire plus sociale, ne plus souffrir les barbares absurdités d\u2019hier, ne plus punir les semeurs de vie, la famille pauvre.La « démocratie imparfaite » qui nous a demandé de payer et de mourir pour elle devra se faire meilleure aux retours du front, aux jeunes qui poussent et qu\u2019elle voudra trouver prêts à la défendre, si elle en vaut la peine.Qu\u2019elle sache bien qu\u2019ils ne mourront pas pour sauver les coffres-forts! Si donc une finance^roublarde gouverne les gouvernants; si la banque mène l\u2019État; si l\u2019argent mène les hommes, se cache ou se produit au gré d\u2019individus irresponsables ou de groupes anonymes érigés en dictateurs de l\u2019économique \u2022\u2014 et de la politique \u2014; si l\u2019inflation et la déflation peuvent étouffer le menu peuple ou les entreprises rivales; si des grèves malhonnêtes peuvent tuer l\u2019honnête usine parce que des agitateurs étrangers sont envieux ou sadiques; si les trop riches provoquent les trop pauvres des taudis; si les lois favorisent l\u2019égoïsme célibataire et frappent la maisonnée généreuse; si toutes les tolérances sont pour les immoralités et les intempérances de sales clubs, de grills, d\u2019amusements louches et d\u2019inutilités, au détriment des bons chevaux de travail qui tirent les charges et qu\u2019on nourrit à la paille, notre démocratie se diplômera imparfaite, en butte à la critique, mère des révoltes, au détraquement des cerveaux, à la criminalité croissante, au dessèchement des cœurs et à l\u2019abaissement de l\u2019humanité.Il faut du neuf, mais du nourrissant, du constructif.Avec la concentration des richesses et de l\u2019industrie, des conditions nouvelles d\u2019existence ont produit des misères nouvelles au beau milieu des surabondances.Avant 1789, la famine exaspéra la France, où l\u2019on gardait « prisonnier le seigneur blé ».Hier ici, on a payé de bons millions pour empêcher Dieu d\u2019en créer.On a brûlé le café, les fruits, le coton, le maïs, pendant que des millions de Canadiens criaient la faim, le froid et les guenilles.L\u2019argent caché refusait de sortir pour nourrir les futurs soldats, les futurs nationaux; c\u2019était du neuf, pas un progrès.Des calculateurs ont développé la science de la monnaie, une circulation à mesurer sur les besoins et sur les abondances.Vite, la dictature économique a ridiculisé le Crédit social, qui pouvait n\u2019être pas au point, mais qui avait le mérite de vouloir distribuer les biens créés aux sous-alimentés, pour en faire des hommes.Le corporatisme veut unir patrons, ouvriers, professions libérales, pour les faire étudier, se parler, se comprendre et se défendre, pour le bien de chaque corps et de tous les corps de l\u2019État.La coopération groupe les bonnes volontés pour l\u2019étude et l\u2019entr\u2019aide fraternelle.L\u2019école devra grouper les élèves pour qu\u2019une institutrice n\u2019en ait plus quarante en six ou sept négligées divisions: à quand le transport des enfants, pour une école mieux classée?Ça ne s\u2019est jamais fait?Ça se fera; ça se fait ailleurs.Les autos serviront à l\u2019étude comme au plaisir, ou bien l\u2019on sacrifie les talents.Le Pape endosse les réformes bienfaisantes, les nouveautés à installer pour un bonheur minimum; il dénonce la dictature financière, les chicanes industrielles, le gâchis des ressources naturelles, l\u2019émiettement des faiblesses.On ignore le Pape; on crie à l\u2019absurdité d\u2019une plus humaine distribution de l\u2019argent et des biens, comme on ridiculisait hier le téléphone et l\u2019aviation.Notre refus est plus grave: on a pu vivre des mille ans sans machine; on ne peut vivre sans pain, sans foyer.Nos lenteurs sont provocantes: des agitateurs capitalisent la misère pour dynamiter un système indéfendable, que la police ne pourra toujours protéger.Qu\u2019on ne parle plus du prêtre bénissant les coffres-forts! L\u2019Eglise veut un ordre sans désordre.Elle admet le capitalisme tempéré, non fiévreux, mal acquis, dominateur, soufflé d\u2019une insatiable hy-dropisie: mauvaise nouveauté que celle-là, empiétement à remettre à sa place, la troisième, après le service de Dieu et du prochain.La révolution est venue d\u2019en haut, de cette avarice; la pacification viendra de la justice et de la charité.Ce sera du nouveau ?\u2014 Non, ce sera du bon vieux chrétien retrouvé; nous aurons une politique et une économie à notre taille, non un pastiche des pays surpeuplés qui ne nous ressemblent pas.Le progrès de notre monde nous regarde; il ne sera pas un progrès nazi ou russe, fasciste ou antifasciste, mais notre progrès à nous, Canadiens de trois siècles; l\u2019emploi des inventions, des talents et des biens pour le service de Dieu et d\u2019une société mieux équilibrée que sur l\u2019or jouisseur et la misère patiente.MAI 1945 133 HORIZON INTERNATIONAL LA CONFÉRENCE PANAMÉRICAINE DE CHAPULTEPEC Joseph-H.LEDIT, S.J.SUR UNE GRACIEUSE colline qui domine la majestueuse cité de Mexico, dont les verdoyantes avenues, les églises, les palais et les monuments resplendissent à l\u2019éclatant soleil, encadré d\u2019une dense forêt dont les énormes ahuehuetes étaient déjà anciens quand Cortez arriva d\u2019Espagne, se dresse, solitaire et magnifique, le château de Chapultepec.De ces hauteurs, les rois Aztèques dominèrent leur capitale; ici ils livrèrent leur dernière bataille contre les conquérants espagnols.En 1847, un groupe de jeunes élèves de l\u2019Académie militaire livra une bataille désespérée contre l\u2019armée étatsunienne du général Scott.Ils périrent et gagnèrent le nom de Los Ninos Héroes.Les enfants héros! Plus tard, l\u2019empereur Maximilien rebâtit le château qui servit ensuite de résidence aux présidents du Mexique jusqu\u2019en 1934.Depuis lors, il fut transformé en musée.Ici se réunit aujourd\u2019hui la Conférence interaméricaine sur les problèmes de la guerre et de la paix.Vingt pays américains y envoyèrent leurs délégations.Les voici, suivant l\u2019ordre de précédence fixé par l\u2019article 5 du Règlement de la Conférence: Colombie, Cuba, Panama, États-Unis, Uruguay, Guatémala, Brésil, Vénézuéla, Mexique, Nicaragua, Chili, Paraguay, Équateur, Honduras, Pérou, Costa-Rica, Haïti, République Dominicaine, Bolivie, El Salvador.Les délégués haïtiens s\u2019expriment en français, les brésiliens en portugais, les étatsuniens (qui parlèrent peu et furent modestes et discrets), en anglais, tous les autres en espagnol.L\u2019égalité de traitement accordée à ces langues diverses impressionne favorablement le correspondant de Relations, trop habitué, hélas, à moins de largeur d\u2019esprit.Comme la plupart des délégués sont des gens cultivés qui comprennent plusieurs langues, les traducteurs n\u2019interviennent guère dans les débats.Le portugais, d\u2019ailleurs, ne présente aucune difficulté quand on sait l\u2019espagnol; les Ibéro-Américains savent ou devinent tous un peu de français; ils ont fini par assimiler assez d\u2019anglais.Les gestes des orateurs font le reste.Les résolutions, projets, etc., qu\u2019on discute ont été tirés au ronéo et mis à la disposition des délégués et des innombrables journalistes auxquels on accorde d\u2019incroyables facilités.La Conférence publie un Diario (quotidien).J\u2019ai devant moi le numéro 11 (5 mars 1945).Soixante-douze grandes colonnes de texte serré.Tout y est: ordre du jour, avis, textes à discuter, discours prononcés au cours des délibérations, mémorandums, adresses utiles, etc.Les six commissions travaillent tantôt en secret, tantôt en public.Quand ils élaborent les textes, les délégués préfèrent ne pas être dérangés.Les délibérations se font en public, devant une nuée de journalistes.Mon numéro du Diario donne les noms des journalistes étrangers de A à R.Il y en a déjà cent quarante-neuf.Ajoutez les mexicains {El Universal, par exemple, maintient régulièrement dix correspondants à la Conférence), et vous comprendrez pourquoi, de temps à autre, les délégués aiment le recueillement d\u2019une discussion privée.La surveillance policière, très vigilante, est infiniment discrète; vous pourrez tout à coup vous trouver nez à nez avec Stettinius, Padilla ou les autres étoiles sans qu\u2019il vienne à l\u2019esprit de qui que ce soit de vous demander ce que vous faites là; vous êtes un correspondant accrédité; cela suffit.Cette atmosphère d\u2019hospitalité franche et cordiale, de camaraderie démocratique fait la joie des journalistes qui étalent leur plaisir.Assis devant moi, le représentant de Tass, aussi solennel que peut l\u2019être un journaliste conscient de sa grandeur, doit se demander où il est tombé! Il peut toujours, pour se distraire, regarder les tableaux qui tapissent les murs de la salle où délibère la Troisième Commission.Ce sont les anciens chroniqueurs mexicains, Sahagun, Motolinia, Pedro de Gante, etc., tous moines, aux habits religieux les plus variés, sauf la pieuse et brillante Sœur Jeanne dont le portrait, aux dimensions héroïques, s\u2019élève au-dessus de la table présidentielle.Le passé monastique, le présent catholique du Mexique réapparaissent aux endroits les plus inattendus.DÉCLARATIONS JURIDIQUES Six grandes commissions se partagent le travail.La première, sur la collaboration militaire des pays représentés, fit peu de tapage; son action n\u2019en aura été, sans doute, que plus efficace.La seconde (organisation mondiale) étudia les modifications à proposer au plan de Dumbarton Oaks.On se souvient que la plupart des petits pays avaient lu avec inquiétude dans leurs journaux ce que les grands avaient décidé pour eux.Les délégations y ajoutèrent une multitude d\u2019intéressantes corrections.Ainsi, le Mexique formula les additions suivantes: « Les buts de l\u2019organisation mondiale sont: 1° de maintenir la paix et la sécurité internationales sous un régime de droit, de justice et d'équité.3° arriver à la coopération internationale dans la solution des problèmes humanitaires internationaux et promouvoir le respect des droits humains, des libertés fondamentales.» La Bolivie voulut que l\u2019on déclarât explicitement la primauté de la loi morale.\u2014 La plupart des pays insistèrent sur une répartition plus équitable des sièges aux organismes supérieurs de l\u2019organisation mondiale, etc.,' sur un respect plus clairement affirmé des petites nations.Les observations ibéro-américaines seront présentées à la Conférence mondiale qui s\u2019ouvrira le 21 avril à San-Francisco et dont la Conférence de Chapultepec semble être surtout une préparation.Deux documents d\u2019importance particulière furent approuvés par la troisième commission (système américain).\u2014 Voici, d\u2019abord, la Déclaration de Chapultepec sur l\u2019assistance réciproque et la solidarité américaine, telle qu\u2019elle fut approuvée dans la session du 3 mars 1945: 1.\tTous les États souverains sont juridiquement égaux entre eux.2.\tTout État a droit au respect de sa personnalité et indépendance de la part des autres membres de la communauté internationale.3.\tToute agression d\u2019un État contre l\u2019intégrité ou l\u2019inviolabilité territoriale ou^ contre la souveraineté ou indépendance politique d\u2019un État américain sera considérée, en accord avec la partie ni de ce document, comme un acte d\u2019agression contre les autres États qui signent cette Déclaration.De toute manière, on considère comme acte d\u2019agression l\u2019invasion du territoire d\u2019un État par les forces armées d\u2019un autre État, traversant les frontières fixées par des traités ou délimitées en conformité avec les traités.4.\tEn cas d\u2019agression, ou s\u2019il y a raison de croire qu\u2019un État quelconque prépare une agression contre l\u2019intégrité ou inviolabilité territoriale, ou la souveraineté ou indépendance 134 RELATIONS politique d\u2019un État américain, les États signataires de la présente Déclaration se concerteront sur les mesures à prendre.5.\tDurant la guerre et jusqu\u2019à la signature du traité dont il est question dans la partie n de ce document, les signataires reconnaissent que les menaces ou actes d\u2019agression décrits dans les paragraphes 3 et 4 constituent un obstacle à l\u2019effort militaire des Nations Unies, et exigent que l\u2019on adopte, en accord avec les pouvoirs constitutionnels et extraordinaires de chaque Etat, les mesures qui seront jugées nécessaires, dont: le rappel des Chefs de Missions; la rupture des rapports diplomatiques; la rupture des rapports consulaires; l\u2019arrêt du service postal, du télégraphe, du téléphone, de la radio; l\u2019interruption des rapports économiques, commerciaux et financiers; l\u2019emploi des forces militaires pour éviter ou repousser l\u2019agression.6.\tLes principes et les mesures déterminées dans cette Déclaration entreront immédiatement en vigueur dès qu\u2019une agression ou menace d\u2019agression, durant la guerre actuelle, fera obstacle à l\u2019effort de guerre des Nations Unies pour arriver à la victoire; dans l\u2019avenir, et afin que les principes et mesures ici déterminées s\u2019adaptent aux normes constitutionnelles de chaque république, les Gouvernements respectifs prendront les mesures nécessaires pour parfaire cet instrument, afin qu\u2019il demeure toujours en vigueur.La partie il recommande qu\u2019un traité formel consacre cet accord; la partie ni propose que ce traité fasse partie des accords mondiaux qu ise préparent.Les États signataires constituent donc un bloc beaucoup plus étroitement uni que par le passé.On est allé jusqu\u2019à dire que la doctrine Monroe avait été abandonnée pour l\u2019ordre nouveau, créé à Mexico.Il fallait s\u2019attendre, dans ces circonstances, que la presse britannique manquerait d\u2019enthousiasme pour saluer la Déclaration de Chapultepec, et c\u2019est précisément ce qui est arrivé, s\u2019il faut en croire le Manchester Guardian et le Times: on est inquiet, à Londres.Plus intéressants, encore, sont les dix-sept points connus sous le nom de « Déclaration de Mexico ».Les Etats américains, par leurs délégués plénipotentiaires réunis en Conférence interaméricaine, déclarent que la communauté américaine considère les principes suivants comme devant régler les rapports entre les États qui la composent : 1.\tLe Droit international est norme de conduite pour tous les Etats.2.\tLes Etats sont juridiquement égaux.3.\tChaque Etat est libre et souverain et aucun ne pourra intervenir dans les affaires intérieures ou extérieures d\u2019un autre.4.\tLe territoire des Etats américains est inviolable et immuable à moins d\u2019accords ou autres procédés pacifiques.5.\tLes Etats américains ne reconnaissent pas la validité de la conquête territoriale.6.\tLa mission des Etats américains est de conserver la paix et de maintenir les meilleurs rapports possibles avec tous les Etats.7.\tLes conflits entre les Etats ne devront être résolus que par des moyens pacifiques.8.\tLa guerre d\u2019agression est proscrite sous toutes ses formes.9.\tL\u2019agression contre un Etat américain constitue une agression contre tous les Etats américains.10.\tLes Etats américains sont solidaires dans leurs aspirations et intérêts communs.11.\tLes Etats américains réitèrent leur fervente adhésion aux principes démocratiques qu\u2019ils considèrent essentiels pour la paix de l\u2019Amérique.12.\tLe but de l\u2019Etat est le bonheur de l\u2019homme dans la société.Les intérêts de la communauté doivent s\u2019harmoniser avec les droits de l\u2019individu.L\u2019Américain ne peut concevoir qu'on puisse vivre sans justice.Il ne peut concevoir la vie sans la liberté.13.\tParmi les droits de l\u2019homme se trouve en premier lieu l\u2019égalité d\u2019opportunité pour jouir de tous les biens matériels et spirituels de la civilisation, par l\u2019exercice licite de son activité, son industrie et son intelligence.MAI 1945 14.\tL\u2019éducation et le bien-être matériel sont nécessaires au développement de la démocratie.15.\tLa collaboration économique est nécessaire à la prospérité commune des nations américaines.La misère de n\u2019importe lequel de ses peuples, qu\u2019elle provienne de la pauvreté, de la sous-alimentation ou du manque d\u2019hygiène, affecte chacun d\u2019entre eux et, en conséquence, tous ensemble.16.\tLes Etats américains considèrent nécessaire la juste coordination de tous les intérêts pour créer une économie d\u2019abondance, dans laquelle les richesses naturelles et le travail humain seront utilisés pour rehausser les conditions de vie de tous les peuples du continent.17.\tLa Communauté interaméricaine se met au service de l\u2019idéal de coopération universelle.Cette magnifique déclaration, dans laquelle sont énoncés tant de principes généreux, fut acceptée par acclamation.On a remarqué que toute allusion à la religion en a été exclue.On m\u2019a assuré qu\u2019une délégation \u2014 celle du Pérou \u2014 avait préparé, mais la proposition fut discrètement écartée, un paragraphe sur l\u2019apport que devait faire la religion à la solidarité interaméricaine.Le délégué du Vénézuéla avait l\u2019habitude de faire son signe de croix avant de prononcer un important discours.Sera-ce à cause des conditions qui prévalent au Mexique?(Il y a quelque temps un député avait prononcé le nom de Dieu à la Chambre et causé, par là, un émoi formidable.\u2014 Les conscrits mexicains sont privés d\u2019aumôniers et de services religieux.\u2014 Les officiers et soldats mexicains ne peuvent entrer en uniforme dans une église sans s\u2019exposer à de graves punitions.) En tout cas, pour de multiples raisons, on a maintenu Dieu et le christianisme dans la pénombre.ARGENTINE ET CANADA On a remarqué que l\u2019Argentine et le Canada ne furent pas invités à la Conférence de Mexico.Le Canada parce qu\u2019il ne pouvait, sans se désolidariser avec l\u2019Empire britannique, accepter la plénitude des accords interaméricains; l\u2019Argentine, pour diverses raisons, dont la principale est que son Gouvernement n\u2019est pas reconnu par celui du Mexique qui, officiellement, envoya les invitations.La question de l\u2019Argentine a été vivement commentée.Dans son ensemble, la presse ibéro-américaine s\u2019est montrée offensée de l\u2019exclusion de cette république.v Le 23 février 1945, les journaux mexicains annoncèrent, sous forme de rumeur, que Stettinius, Vargas et Velloso (Brésil) auraient admis la participation argentine aux conditions suivantes; 1° Une déclaration de guerre immédiate contre l\u2019Axe; 2° Congèlement des fonds de l\u2019Axe; 3° Élimination de l\u2019influence axiste dans la politique intérieure.La première condition est, évidemment, la plus importante de toutes.Un pays américain doit-il être exclu d\u2019une conférence où s\u2019élabore le droit américain parce qu\u2019il veut rester neutre ?Cela laisserait entendre qu\u2019un État qui_ veut avoir une politique étrangère distincte de celle des États-Unis sera automatiquement écarté d\u2019une conférence où s\u2019élaborent, non seulement les mesures pour hâter la victoire (si la Conférence interaméricaine ne s\u2019était réunie que pour étudier la collaboration militaire des nations alliées, l\u2019Argentine devait en être manifestement exclue), mais les principes de droit interaméricains.La gravité de ce raisonnement saute aux yeux.Il faudrait conclure que le lien créé entre les États-Unis et les autres signataires de la Déclaration de Mexico n\u2019est pas très différent, au moins en ce qui a trait aux questions de politique extérieure, de celui qui rattache les Dominions de l\u2019Empire à l\u2019Angjeterre.Et encore, le lien impérial est plus ténu, puisque l\u2019État libre d\u2019Irlande a pu 135 maintenir sa neutralité et l'on pourrait, croyons-nous, lui adresser la plupart des reproches qu\u2019on fait à l\u2019Argentine.Sans doute, le gouvernement argentin, à l\u2019encontre du gouvernement irlandais, est une dictature non approuvée par des élections populaires, mais quelle république ibéro-américaine osera jeter la pierre à l\u2019Argentine pour cette raison ?Que faut-il penser, alors, de l\u2019article troisième de la Déclaration de Mexico qui reconnaît à chaque État sa pleine souveraineté, qui interdit de s\u2019immiscer dans la politique intérieure et extérieure des autres États?Faudrait-il conclure à un désaccord entre la splendeur des principes et la brutale dureté de la réalité ?De même, l\u2019accord militaire vaut pour les vingt États américains, moins parce qu\u2019ils sont américains que parce qu\u2019ils ont signé une déclaration commune.En effet, le Canada, dont l\u2019effort de guerre a été cependant colossal, n\u2019y participe point: l\u2019expérience de ce qui s\u2019est passé en 1914-1917 et en 1939-1941, semble prouver que les États-Unis ne se considèrent pas liés par les guerres canadiennes.Donc, l\u2019article 9 n\u2019est pas rédigé de façon entièrement correcte; il faudrait lire: « l\u2019agression contre un État signataire de la Déclaration constitue une agression contre tous les États signataires », et non « l\u2019agression contre un État américain constitue une agression contre tous les États américains ».Les vingt nations ne peuvent légiférer au sujet de nations souveraines qui n\u2019ont pas été invitées à participer à leurs délibérations.Aussi, l\u2019on doit conclure que vingt nations, qui représentent la plus grande partie, mais non la totalité de l\u2019Amérique, viennent de lier leurs destinées pour la paix et la guerre.Avons-nous assisté à la naissance démocratique d\u2019un super-État, premier membre de cette démocratie universelle dont Pie XII salua l\u2019aurore dans son discours de Noël ?L\u2019organisme nouveau est-il plutôt le résultat de pressions exercées par un puissant État sur des voisins plus faibles que lui ?Ou peut-être y a-t-il un peu des deux ?L\u2019histoire le dira.En tout cas, les formes extérieures de la liberté semblent avoir été^ pleinement respectées, et de cela, il faut donner crédit aux États-Unis qui ne manquaient pas, s\u2019ils l\u2019avaient voulu, des moyens d\u2019agir plus directement.ACCORDS ÉCONOMIQUES La débonnaireté étatsunienne parut également dans le travail des quatrième et cinquième commissions sur les accords économiques.\u2014 Dans ce domaine, l\u2019inquiétude des pays ibéro-américains était très vive; il suffit de lire les gigantesques réclames publiées dans la presse locale par les Chambres de commerce, les industries, voire les unions ouvrières du Mexique, les premiers jours de la Conférence.Comment les faibles et hésitantes entreprises établies au sud du Rio Grande pourraient-elles résister à la formidable concurrence de l\u2019industrie américaine ?Le 26 février, la délégation des États-Unis proposa une charte économique pour l\u2019Amérique Latine.Elle contenait de très beaux principes: amélioration des conditions d\u2019existence; liberté économique pour tous.Néanmoins, les^ pays ibéro-américains se sentirent menacés du fait que les États-Unis championnaient la suppression des barrières économiques, le transfert facile des capitaux d\u2019un pays à l\u2019autre.\u2014 Un des plus illustres écrivains mexicains, José Vasconcelos, se fit immédiatement le champion de la « Charte économique », mais les industriels réagirent dans un sens opposé avec une très grande vivacité; ils craignaient une mainmise à peu près totale de l\u2019économie étatsunienne sur celle de leurs pays.Aussi, la Conférence interaméricaine rejeta la proposition étatsunienne qui fut aussitôt retirée de bonne grâce.Le document fut renvoyé à la quatrième commission où il fut enfin approuvé le 5 mars, avec de larges modifications, par toutes les délégations, sauf la Colombie et l\u2019Uruguay.A ce propos, la remarque suivante ne sera pas entièrement inutile.Les industriels ibéro-américains, les peuples ibéro-américains ont souvent reproché au gouvernement étatsunien d\u2019exercer une pression indue en faveur des intérêts de leurs ressortissants.Cette critique mérite d\u2019être attentivement étudiée.Dans les États-Unis, les grands trusts rencontrent, de la part des unions ouvrières, de la presse et du public en général, une opposition qui met un frein à leurs appétits ; ainsi se produit une sorte d\u2019équilibre entre le capital et le travail, entre les producteurs et les consommateurs.\u2014 Il n\u2019en est pas ainsi à l\u2019étranger.Les gouvernements de petits pays peuvent avoir des faiblesses; leurs membres ne seront pas toujours insensibles à la corruption; la presse et la radio peuvent se laisser acheter, soit directement, soit indirectement par des annonces fortement payées; le capital étatsunien, laissé entièrement à lui-même, risque alors de ne plus voir que ses intérêts particuliers et immédiats et peut gravement exploiter une population laissée sans défense par ceux qui ont la responsabilité de la protéger.D\u2019autre part, le public américain n\u2019a aucun intérêt à suivre ce que font ses capitalistes à l\u2019étranger; ces derniers, par conséquent, peuvent aisément monopoliser, ou peu s\u2019en faut, l\u2019attention de leurs ambassades.Dans les pays ibéro-américains, on conclura rapidement et furieusement que le gouvernement étatsunien et le capitalisme étatsunien ne font qu\u2019un seul facteur d\u2019oppression économique, et l\u2019on méconnaîtra la générosité de la démocratie américaine.Il y a là un grave écueil qu\u2019on ne peut éviter que par une double action simultanée.Il faudrait qu\u2019à Washington et dans les ambassades étatsuniennes l\u2019on surveille attentivement le mouvement économique en Amérique latine et que, même au risque de pertes immédiates qui seraient d\u2019ailleurs éventuellement compensées, l\u2019on n\u2019autorise pas de mesures qui seraient trop dures pour les pays qui les subiraient.D\u2019autre part, les nations ibéro-américaines devraient consacrer l\u2019attention la plus vigilante à ne jamais laisser entrer dans leurs gouvernements des hommes accessibles à la corruption.Il est de suprême importance, si l\u2019on veut que les rapports internationaux se développent dans la justice, que l\u2019on n\u2019ait affaire qu\u2019à des hommes absolument intègres.Ils seront naturellement plus intransigeants que des individus qu\u2019on peut acheter ou intimider.Cette fermeté de bon aloi, exercée de part et d\u2019autre par des hommes désintéressés et désireux de promouvoir, non seulement les intérêts de leurs pays respectifs, mais ceux de la justice universelle, aboutira, croyons-nous, à une coopération et une collaboration plus durables que des manœuvres opportunistes.Cette conclusion n\u2019est qu\u2019une application des principes énoncés par Pie XII dans son discours de Noël.Pour être vraie, et belle, et noble, la démocratie doit se baser sur la justice et la vérité.C\u2019est pourquoi nous avons été vivement frappés de voir ces généreux principes si fortement affirmés dans la double Déclaration de Mexico et de Chapultepec.Mexico, 10 mars 1945.\tJoseph LEDIT.P.-S.\u2014 Depuis cette date, combien de choses se sont passées! Le Président Roosevelt, vaillant champion des grandes idées de liberté et de justice, est descendu dans la tombe en laissant un vide immense.La République Argentine a déclaré la guerre à l\u2019Allemagne et au Japon, et fait son entrée dans le système panaméricain.La victoire, en Europe, s\u2019approche à grands pas et tous les yeux se tournent vers San-Francisco, que Chapultepec avait la mission de préparer.Plus que jamais, les chefs des nations doivent se sentir soutenus par les prières du monde chrétien.136 RELATIONS LE THÉÂTRE NOTRE GRAND FRIDOLIN Roger DUHAMEL LE DÉBAT s\u2019est souvent élevé dans notre Landerneau littéraire de savoir si nos écrivains devaient incliner vers le régionalisme ou l\u2019universalisme, s\u2019ils devaient viser à écrire des ouvrages s\u2019inspirant de notre terroir ou s\u2019il£était au contraire préférable pour eux de s\u2019adonner à des œuvres d\u2019un intérêt humain universel.La question n\u2019est pas de celles qui se règlent par un oui ou par un non; elle exige beaucoup de nuances et beaucoup de souplesse.Car, à exagérer dans un sens ou dans l\u2019autre, on court le risque de fausser l\u2019état d\u2019esprit de nos littérateurs et de condamner nos lettres à une honnête médiocrité.Dans le domaine du théâtre, n\u2019est-il pas juste de reconnaître que l\u2019étonnant Gratien Gélinas a trouvé la formule du salut et qu\u2019il l\u2019a illustrée par de multiples exemples?Sa psychologie, son observation impitoyable, son comique fait de tendresse et de cruauté, son goût de la blague, tout cela est universel.Et pourtant, qu\u2019y a-t-il de plus typiquement canadien-français que ces revues annuelles absolument intraduisibles et dont seuls les Canadiens français peuvent saisir toutes les implications, toutes les intentions discrètement dissimulées?La réponse est donc très simple: en partant des éléments dont nous disposons, de ce qui nous appartient en propre, il est possible d\u2019accéder au plan rigoureusement humain, une fois dépassées les bornes toujours étroites du régionalisme.Mais il y faut beaucoup de talent.C\u2019est le privilège de Gratien Gélinas d\u2019avoir été le favori des dieux.Il a reçu à sa naissance une foule de dons dont il a su tirer le plus heureux parti; l\u2019utilisation de ses ressources n\u2019est pas donnée à tout le monde, on s\u2019en rend compte tous les jours.Fridolin, lui, s\u2019est servi avec une admirable discipline de son capital, il l\u2019a fait fructifier comme le bon serviteur de l\u2019Évangile.Nous n\u2019avons qu\u2019à nous en réjouir.Je ne connais pas la vie intime de cet extraordinaire acteur.A-t-il beaucoup souffert ?J\u2019inclinerais à penser que oui.On n\u2019atteint pas une telle profondeur dans l\u2019étude du cœur humain, dans ses ressorts les plus secrets, sans avoir soi-même souffert de la rudesse et de la brutalité du monde.L\u2019enfant Gélinas a dû souvent s\u2019échapper dans ses rêves de la médiocrité ambiante, il a dû alors chercher dans l\u2019art une évasion, une raison de vivre et d\u2019espérer.Fridolin a présenté cette année, devant un public toujours plus nombreux et enthousiaste, sa huitième revue, incontestablement la meilleure, la mieux équilibrée, la mieux composée, tant au point de vue texte qu\u2019au point de vue animation scénique.Or, chacun de ses spectacles ressemble aux précédents par au moins un aspect.Vous voyez toujours la douleur contenue d\u2019un adolescent qui se rend bien compte qu\u2019il habite une planète où l\u2019action n\u2019est pas, hélas, la sœur du rêve.Cette impossible adéquation lui est un fardeau.Il a toujours le cœur gonflé d\u2019espoirs infinis, il agence ses démarches pour parvenir à ses fins; un instant, tout lui sourit ou plus exactement son imagination fertile trouve aliment à son optimisme, et puis, crac! voilà que tout s\u2019effondre, tout est à recommencer.Et le pauvre enfant lance quelques mots de gavroche pour se remonter lui-même, il prend le monde (c\u2019est-à-dire le public) à témoin de ses déconvenues et cette confidence lui est déjà un réconfort, un début de consolation.C\u2019est tout à fait le tempérament de Charlie Chaplin.Ses films font partie du bagage artistique de notre génération.A l\u2019époque du muet surtout, on pouvait partager ses malheurs, s\u2019apitoyer sur son sort, et, comme lui, rêver, rêver toujours, que les hommes ne sont pas nécessairement méchants et bêtes.Ah! douces illusions! Qui ne se rappelle avoir pleuré en voyant Chariot, pauvre gueux ridicule et dévoré d\u2019amour, le plus humain de tous les cœurs humains, offrir timidement à une jolie jeune fille un peu irréelle, comme toutes les créatures qui peuplent l\u2019imagination des malheureux, un maigre bouquet de violettes.Et tandis qu\u2019il espère enfin toucher son âme insensible, elle dédaigne cette offrande trop modeste et elle part au bras d\u2019un beau gars qui n\u2019a pas les galoches incroyables, la canne et le melon de Chariot.C\u2019est la vie, et elle est mal faite, et elle le sera toujours pour les cœurs trop sensibles, qui n\u2019ont pas su se barder contre ses coups.Rapprocher les noms de Chaplin et de Gélinas n\u2019est pas une exagération simplement laudative.Les deux artistes ont beaucoup en commun et notre Fridolin n\u2019est pas inférieur à son grand émule.Il possède la même densité de style, la même aptitude à recourir aux moyens les plus directs, les mêmes antennes pour capter l\u2019état d\u2019émotivité des foules.Un véritable artiste ne s\u2019adresse pas à un public d\u2019élite, il est compris ou deviné des petites gens comme des intellectuels, il trouve chez tous une résonance.Au Monument National où pendant des semaines Fridolin se fait acclamer, les classes sociales sont abolies.Tous les spectateurs prennent plaisir aux mêmes plaisanteries, ils rigolent devant les mêmes facéties.Ainsi Molière, qui a écrit la plupart de ses pièces pour Louis XIV et qui fera rire les publics à travers le monde tant qu\u2019il y aura des interprètes pour lui rendre justice.C\u2019est la première fois qu\u2019un Canadien s\u2019impose, dans le domaine du théâtre, à l\u2019extérieur de nos frontières.Un périodique américain à fort tirage comme Time consacre à Fridolin une note assez élaborée où l\u2019on reconnaît ses mérites sans réserve.Un groupe de journalistes français de passage à Montréal ne tarit pas d\u2019éloges devant la prodigieuse invention dont témoigne une revue comme Fridolinons.A quoi tient donc un succès aussi généralement reconnu ?A plusieurs causes sans doute, mais aucune n\u2019est plus importante que la personnalité même de Gratien Gélinas.Il est à la fois auteur, acteur, directeur, régisseur, metteur en scène; tout relève de lui et il ne boude pas la besogne.Il faut avoir assisté à une de ses innombrables répétitions pour savoir jusqu\u2019où il pousse le scrupule, le souci exigeant de la perfection.Il ne laisse rien au hasard, il vise à obtenir, des moyens employés, le maximum d\u2019effet.Et il devine d\u2019une façon étonnante les moindres réactions de son public.Il sait, de science sûre, comment aborder telle ou telle question, pour en retirer l\u2019effet comique le plus saisissant.Il ne se fie pas à la verve ou au don d\u2019improvisation de ses collaborateurs, dont quelques-uns sont des acteurs au reste excellents.Son spectacle est réglé avec autant de minutie qu\u2019un ballet.Comme acteur, Gélinas est remarquable et pourrait l\u2019être dans n\u2019importe quel rôle de composition.Il se connaît parfaitement et spécule, pour une bonne part, sur son physique.Il est aussi d\u2019une incroyable versatilité; au cours d\u2019une même soirée, il peut être tour à tour, et chaque fois avec autant de vérité, le petit gars des rues inoubliable qui revient chaque saison, un conscrit, un notaire et l\u2019employé un peu bébête d\u2019un entrepreneur de funérailles.Dans chaque composition, la voix, la mimique, l\u2019attitude, tout change complètement.MA 11945 137 C\u2019est toujours un autre homme que nous avons devant nous, tout entier au personnage qu\u2019il est pour quelques instants.On a beaucoup discuté de l\u2019inspiration politique de plusieurs de ses tableaux.Comme comédien, comme revuiste, Fridolin doit être avant tout un lucide observateur de notre scène politique, il doit rechercher dans les situations variables et multiples de la vie publique des éléments de comique.Sans doute n\u2019est-il pas malaisé de deviner où vont ses préférences.C\u2019est à cet égard qu\u2019on lui a reproché d\u2019être nationaliste.Sans le lui avoir jamais demandé, je suis convaincu qu\u2019il l\u2019est.Mais ce serait une singulière illusion que de s\u2019imaginer qu\u2019il traite avec faveur les champions des idées que nous lui prêtons.Qui a jamais été aussi dur que lui contre les nationalistes, pour montrer les faiblesses ou les contradictions de leurs attitudes, pour les fustiger au besoin ?Bien au-dessus de la politique, Fridolin est un artiste, et cela lui suffit et nous suffit amplement.Nous ne lui demandons pas un manifeste électoral, nous attendons de lui une revue de grande classe.Et inlassablement, chaque année, il nous l\u2019apporte, fruit d\u2019un travail patient et obstiné dont peu de gens ont peut-être une idée exacte.Enfin, ce serait le méconnaître et le rabaisser que de ne voir en lui qu\u2019un amuseur.C\u2019est un satiriste de belle qualité et, à certains égards, un moraliste.Une morale qui n\u2019a rien de compliqué ni d\u2019austère, mais qui refuse la médiocrité où tant de gens se complaisent.Rappelez-vous sa prière à Dieu dans la revue de 1945.A-t-on jamais plus discrètement souligné quelques-unes de nos tares collectives ?Gratien Gélinas est un bel exemplaire de Canadien français conscient, pour qui n\u2019ont aucun sens les mots qui ne sont pas porteurs d\u2019idées ou d\u2019actes.Où va-t-il, notre Fridolin ?Pourra-t-il toujours se contenter d\u2019être le plus doué de nos revuistes?Je sais qu\u2019il aspire à autre chose, qu\u2019il entrevoit le jour où il pourra accéder au théâtre véritable.Il se forge actuellement un merveilleux instrument.Il saura s\u2019en servir.Dans chacune de ses revues, nous trouvons des éléments de solides drames, des éléments qui ne seront pas perdus.Gratien Gélinas est un jeune homme.Comme le Fridolin qu\u2019il a créé et qui lui survivra, il rêve intensément.Et de ces rêves peut sortir la grande œuvre que nous attendons de lui.Nous avons confiance.LIVRES RÉCENTS ÉDUCATION Esdras Minville: L\u2019Homme d\u2019affaires.\u2014 Montréal, Éditions Fides, 1944.184 pp., 19.5 cm.NOMBRE de jeunes gens s\u2019orientent vers les affaires sans même soupçonner de quoi il s\u2019agit », écrit l\u2019A., qui l\u2019enseigne au long, au large et en profondeur.Excellent ouvrage sur le champ d\u2019activité, les fonctions de direction et d\u2019aide, les aptitudes et la formation des nôtres.D\u2019abord, savoir s\u2019orienter selon ses talents vers tel ou tel genre, car les affaires sont bien variées, les dons aussi: antennes et aptitudes à l\u2019action.L\u2019enseignement et l\u2019apprentissage complètent les goûts et la personnalité.L\u2019on demeure frappé de tout ce qu\u2019il faut savoir et être pour atteindre au grand succès.Nous avons besoin de chefs en affaires: « Le talent ne manque pas chez nous; ce sont les moyens de se manifester qui lui ont manqué.» Les hautes écoles invitent nos mieux doués: qu\u2019on n\u2019ait donc plus à regretter que « moins de 20% des diplômés soient issus du monde des affaires ».M.Minville n\u2019écrit pas pour écrire: il pense clair, il veut le progrès, il mérite qu\u2019on le lise et qu\u2019on le suive.Alexandre Dugré.HISTOIRE Guy FrÉGAULT: Iberville le conquérant.\u2014 Montréal, Éditions Pascal, 1944.418 pp., 21 cm./BERVILLE LE CONQUÉRANT, premier ouvrage d\u2019un jeune historien de grande promesse, M.Guy Frégault, est une œuvre qui ferait bonne figure à côté du Jean Talon et du Marquis de Montcalm de M.Thomas Chapais.C\u2019est dire immédiatement que nous avons là une monographie remarquable, une des œuvres historiques les plus solides produites en ces dernières années, quelque chose de vraiment réussi, de définitif.L\u2019auteur a eu recours à une bibliographie considérable, détaillée en dix-sept pages, au début de son imposant volume.Son travail de recherches lui a permis de mettre bien des choses au point sur son héros et de corriger de multiples erreurs de ses devanciers.En racontant la vie d\u2019Iberville, M.Frégault sait mettre en lumière les grandes lignes de sa carrière et « le sens politique exceptionnel de cet homme de guerre ».L\u2019ennemi est à la frontière du Nord, à la baie d\u2019Hudson, d\u2019où il tire de grandes richesses du troc des fourrures; il est aussi à Terre-Neuve, dont il prétend exploiter seul les pêcheries et d\u2019où il menace l\u2019entrée du Saint-Laurent; il s\u2019est encore infiltré jusqu\u2019à Pemaquid, sur les terres des Abénakis, péril sur la frontière de l\u2019Acadie.Iber- ville, avec ses merveilleux Canadiens, frappe successivement aux trois endroits et, en des victoires fulgurantes, brise pour un temps la rivalité anglaise.La métropole l\u2019envoie ensuite continuer l\u2019œuvre amorcée par Cavelier de la Salle au Mississipi.Avec un rare bonheur, il découvre les bouches du grand fleuve, fonde la Louisiane et inaugure une sage politique indienne.Son but est d\u2019attirer les sauvages dans l\u2019orbite de la France et d\u2019en faire des alliés contre les Anglais des colonies américaines.Ceux-ci s\u2019infiltrent déjà à travers les Apalaches et pourront devenir un danger pour l\u2019immense bassin français du Mississipi.Iberville, dans sa clairvoyance, a résolu d\u2019attaquer et d\u2019affaiblir l\u2019ennemi d\u2019au delà des monts.La cour de France approuve enfin ses projets et, elle qui d\u2019ordinaire lui mesure avec mesquinerie les hommes, les navires, les ressources, lui confie cette fois une véritable flotte.Iberville commence par jeter la terreur dans les Antilles et y fait un ample butin.Il allait porter un grand coup contre Charleston, quand il meurt à la Havane, où il est enterré le 9 juillet 1706.Notre jeune auteur, qui n\u2019a pas encore atteint la trentaine, manifeste des qualités exceptionnelles d\u2019historien.Style sobre et objectif, documentation sûre, des faits bien contrôlés, pas d\u2019invention, absence d\u2019éloquence ou de déclamation.Comme le talent de l\u2019auteur ne peut que gagner avec les années et qu\u2019il paraît bourreau de travail, il dotera sans doute notre bibliothèque historique de nombreux et merveilleux ouvrages.A part l\u2019histoire générale qu\u2019il vient d\u2019aborder avec succès dans la Civilisation de la Nouvelle-France, d\u2019autres monographies des fondateurs de l\u2019Empire français d\u2019Amérique, un Champlain, un Maisonneuve, un Frontenac, pourraient exercer son vif esprit de recherches et tenter sa plume.U Immaculée-Conception, Paul Fontaine.LITTÉRATURE Francis CARCO: A la gloire de Verlaine.\u2014 Paris, Nouvelle Revue Critique, 1939.Montréal, Éditions Variétés.240 pp., 20.5 cm.CETTE VIE ROMANCÉE déroutera ceux qui abordent Verlaine.Sans ordre chronologique, elle s\u2019attache aux épisodes de sa vie sentimentale et passionnelle auxquelles furent liés sa mère, Rimbaud, Létinois, son épouse et tant d\u2019autres.Elle en propose une explication.Ces pages sont vivantes, directes.Mais sont-elles vraiment « à la gloire de Verlaine »?« Le véritable Verlaine, écrit l\u2019auteur (p.59), c\u2019est dans ses vers 138 RELATIONS qu\u2019il apparaît, et non dans sa lamentable odyssée, parmi l\u2019ordure où il se vautre, l\u2019affreuse misère où il patauge.» Pourquoi, dès lors, braquer le regard sur cette lamentable odyssée et négliger le poète?Comment conclure, surtout, que « Verlaine n\u2019a été si grand qu\u2019en raison des malheurs qu\u2019il avait provoqués et qu\u2019il a supportés humblement jusqu\u2019au bout » (p.235); qu\u2019il a (glorieusement) gâché sa vie pour la poésie; enfin, que sa faiblesse extrême fut excusable comme elle le serait chez tout autre, disgracié à ce point (p.236) ?Cette morale complaisante et inconsistante est le vice de l\u2019ouvrage; elle risque d\u2019énerver le sens moral.Elle méconnaît ce qui fut la vraie gloire de Verlaine en sa vie, sa foi en l\u2019au-delà toujours subsistante, l\u2019effort en la prison de Mons pour s\u2019arracher au bourbier et d\u2019où jaillit Sagesse; effort, dont il garda jusqu\u2019à la fin la bienfaisante nostalgie.L\u2019ouvrage, par son contenu et sa manière, ne convient qu\u2019aux esprits mûrs et fermes.Saull-au-Récollet.\tGeorges RoB™'LI-E- Guy Sylvestre: Sondages.\u2014 Montréal, Éditions Beauchemin, 1945.159 pp., 19.5 cm.CES DOUZE ÉTUDES ne sont pas groupées au hasard: elles constituent un livre.Un beau livre où l\u2019auteur se révèle l\u2019enfant gâté d\u2019une vénérable et généreuse philosophie, des meilleurs auteurs, et du talent.Les doctrines et les écrivains qu\u2019il vous présente, il les aime.Et ce qui est plus remarquable, c\u2019est qu\u2019il les aime pour leurs qualités essentielles, qu\u2019il discerne avec une sûreté d\u2019intuition infaillible.Les principes justes, les valeurs réelles et profondes lui sont chose familière.On voudra pouvoir mettre à son école tel critique du jour! S\u2019il vous parle de Ghéon, on peut être sûr que le moteur, dans Ghéon, ne lui échappera pas; s\u2019il vous parle de l\u2019intransigeance intime de Lawrence, soyez certain qu\u2019il n\u2019éludera pas l\u2019embarras qu\u2019elle cause à nos compromis quotidiens en s\u2019écriant pour s\u2019absoudre: « Mais qu\u2019est-ce que le vrai ?Qu\u2019est-ce que la vérité ?» Bref, Sondages est l\u2019ouvrage d\u2019un critique sans œillères, ouvert, généreux et franc.Les plus sévères, pour toutes ces qualités, devront pardonner à l\u2019auteur sa facilité d\u2019enfant gâté qui fait qu\u2019il lui échappe des choses comme celle-ci: « Puisque l\u2019art est une qualité de l\u2019âme humaine, etc.» Mais qu'ils lui pardonnent sans le lui dire! Pour que soient plus parfaites encore les œuvres que nous attendons bientôt.Sondages est un livre à faire connaître dans nos écoles et collèges.Jacques Tremblay.André Rousseaux: Le Monde classique.\u2014 Paris, Albin Michel, 1941; Montréal, Éditions Variétés, 1943.254 pp., 19 cm.GOÛTER À LA FOIS Boileau, Lamartine et Rimbaud et les appeler tous trois classiques, voilà le propre d\u2019une intelligence accueillante.Ajoutons même que le plus grand nombre des personnages de ce monde classique sont des romantiques.Tout ici est clarté, justesse, pénétration.Le maître et Brunetière datent.On ne peut s\u2019imaginer que Rousseaux (et aussi Thibau-det, plus érudit et moins philosophe, qu\u2019il rejoint) puissent dater.Tant de finesse et d\u2019objectivité assurent aux jugements de Rousseaux une actualité toujours nouvelle.Chacun des chapitres a pour point de départ un fait minime, en général la publication d\u2019un ouvrage, la célébration d\u2019un anniversaire littéraire.Mais le ton s\u2019élargit tout de suite et passe à l\u2019universel.Voilà de la grande critique, de celle qu\u2019il faut conseiller aux élèves.René Girard.Guy SYLVESTRE: Poètes catholiques de la France contemporaine.\u2014 Montréal, Éditions Fides, 1944,\t122 pp., 21.5 cm.CE QUI SAUVERA ce bref livre de l\u2019ire du critique, c\u2019est, ainsi que le confesse l\u2019A., que « son but est très humble ».Sympathique introduction à l\u2019œuvre de quelques écrivains.Verlaine, Claudel, Péguy, Jammes, Viélé-Griffin, Ghéon, Raïssa Maritain et Marie Noël sont présentés.On ne peut pas dire: étudiés.La part des citations est vraiment très généreuse.Le style manque un peu de simplicité, et l\u2019ensemble paraît im- Provisé-\tRené Girard.SOCIAL é BULLETIN ^ Pour renseigner nos concitoyens de langue anglaise sur les problèmes et la mentalité des Canadiens français, l\u2019Ecole Sociale Populaire publie une collection de tracts.Voici les numéros déjà parus.Ce serait un bon apostolat que de les répandre dans les milieux où ils pourraient produire des fruits.1.\tL\u2019Ecole Sociale Populaire, par J.-H.Ledit, S.J.2 pages.2 sous l\u2019exemplaire; 10 pour 15 sous; $1.00 le cent.2.\tIntroduction to the study of the New Guild System, par le sénateur L.-M.Gouin.3 pages.Même prix.3.\t« Life » went for French Canada but failed to gel the picture, par P.H.Conway, O.P.3 pages.Même prix.4.\tOur Communist Revolutionaries are not Russian, par Watson Kirk- connell.2 pages.Même prix.5.\tGovernment in industry, par Wilfrid Parsons.8 pages.Même prix.6.\tFor a better Order.Déclaration des Semaines sociales du Canada.4 pages.Même prix.7.\tEconomie Democracy through « V-Groups », par James McShane.12 pages.5 sous l\u2019exemplaire; 50 sous la douzaine; $4.00 le cent.8.\tA letter to Mr.Leacock, par A.Dugré, S.J.4 pages.3 sous l\u2019exem- plaire; 10 pour 25 sous; $2.00 le cent.9.\tFlourishing on Martyrdom.Senator T.D.Bouchard in the role of Lord Haw-Haw, par Henry Somerville.4 pages.2 sous l\u2019exemplaire; 10 pour 15 sous; $1.00 le cent.10.\tWar effort exceeds Canadas Capacity is Quebec argument (Rela- tions), traduction de Jack Gould du New York Times.4 pages.Même prix.11.\tThe Betrayal of Poland, par W.H.Chamberlin.4 pages.3 sous l\u2019exemplaire; 10 pour 25 sous; $2.00 le cent.¦ ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, RUE RACHEL EST, MONTRÉAL Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET JEAN-LOUIS PHOENIX, o d Optométriste-Opticien diplômé de l'Université\t Successeur de SIMON CREVIER\t \u2022 Examen de la vue\tSalon d\u2019optique chez \u2022 Traitements musculaires\t \u2022\tOaSjjBUIl AM.2121\tES 1215 est, Ste-Catherine Près de la rue Montcalm\tUn seul magasin au même endroit depuis 69 ans MAI 139 BIEN MAGASIN A RAYONS : Sainte-Catherine MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes : Hôtel Windsor TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ U Cfjarbonneau 0\tILimith Fabricants de BISCUITS \u2022 CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Cn ttoU motJ f « Plus de propriétaires, tous propriétaires! » Tel est le mot d\u2019ordre lancé par le cardinal-archevêque de Paris, S.Êm.le cardinal Suhard.1f En U.R.S.S., on a interdit la fréquentation des cinémas et des théâtres aux enfants non accompagnés, en dessous d\u2019un certain âge.Nouvel indice, après les législations contre le divorce et en faveur de la famille, que la Russie révolutionnaire retrouve progressivement la voie du bon sens.U La cathédrale de Cologne a été touchée six fois par les bombes.Presque tous les édifices qui l\u2019entourent sont en ruines, mais la cathédrale elle-même n\u2019a subi aucun dommage sérieux, sauf qu\u2019un obus a troué la toiture.Les magnifiques flèches sont intactes.If Les plaies de broussailles qui déparent les abords de Montréal et de Québec donnent aux étrangers une piètre idée de notre goût.L\u2019occasion est belle, au printemps, de substituer à ces laideurs de joyeux carrés de légumes, de fleurs et de verdure.If La chose est notoire: les fonds de cours exposés à la vue, le long des voies ferrées, sont mieux entretenus à Toronto qu\u2019à Montréal.Un peu de peinture, un rond de fleurs, quelques plantes grimpantes, et l\u2019aspect est changé! C\u2019est au printemps, encore ici, qu\u2019il faut y voir.If Des Jésuites canadiens-français iront prochainement ouvrir un collège-école normale à Addis-Abeba et organiser progressivement l\u2019enseignement en Éthiopie.C\u2019est au Vatican que le Négus s\u2019est adressé pour obtenir leurs services.L\u2019empereur sait distinguer entre l\u2019Italie, qui naguère lui faisait la guerre, et le Saint-Siège, dont le prestige plane au-dessus des peuples.If MacLean's, de Toronto, plaignait, il y a un an, le pauvre Québec, dont il multipliait à plaisir les partis politiques.Depuis, les deux provinces ont eu leurs élections: et tandis que notre législature travaille ferme, Ontario retourne déjà aux poils! 1f Dans une belle réclame payée, le Labor Progressive Party (qui camoufle le parti communiste) présentait, en décembre dernier, ses compliments au Freemason de Toronto, « Canada's National Masonic Magazine ».If C\u2019est au nom de l\u2019unité nationale que certains groupes protestants veulent empêcher le français de se propager sur les ondes de l\u2019Ouest.Ils voient dans l\u2019installation de Radio-Saint-Boniface « a decided menace to Canadian unity ».If Un ami de France raconte comment les gardes de la prison où il était détenu pendant l\u2019occupation battirent à mort un autre prisonnier, qui agonisa pendant six jours sur le parquet de sa cellule.Notre monde moderne \u2014 en dépit de ses déclarations sur le Progrès et la Lumière \u2014 recule vers le paganisme et goûte à la cruauté, son corollaire inévitable.If Miss Beryl Truax, très active dans la Canada Newfoundland Education Association et dans la Canadian Teachers' Federation dont elle fut même présidente, est candidate communiste pour Notre-Dame-de-Grâce.Dès 1942 et 1943, nous racontions au sujet de ses menées en faveur des « écoles nationales » l\u2019histoire du loup et du petit chaperon rouge.En avril 1945, les oreilles du loup commencent à percer.140 RELATIONS UH PATRON FABLE à SES CONTREMAÎTRES Sei \u2022 v izieme meââag.e Je vous ai déjà énuméré les qualités que j'estime nécessaires au contremaître pour qu'il réponde à ce qu'on est en droit d'attendre de lui.J'y ajouterai celles-ci : Une nature avenante qui le porte à se faire aimer de ceux qu'il commande, à respecter en eux la dignité d'homme, à s'occuper d'eux moralement et matériellement, à leur montrer de la considération tout en exigeant d'eux l'obéissance à ses ordres.Un souci constant de la santé de ses subalternes, notamment au point de vue de l'hygiène et de la sécurité des ateliers, du travail à distribuer suivant la force de chacun, son âge, ses capacités.En dehors de l'usine, une sympathie agissante pour ses ouvriers, qui se traduit par un bon conseil donné à propos, un service rendu de bon coeur, une sollicitude fraternelle pour tout ce qui touche l'ouvrier et sa famille.Une connaissance succincte des oeuvres sociales vers lesquelles il pourra diriger ses ouvriers en cas de besoin.CfîUBB POUR HOMMES ET FEMMES Extrait de «DIRECTIVES aux CONTREMAÎTRES» par M.EUGÈNE GIBEAU président de The SLATER Shoe et de l'Association Professionnelle des Industriels L\u2019ARGENT EST UN BON SERVITEUR L\u2019argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître.Il faut l\u2019asservir, non se laisser dominer par lui.Économisez autant que possible et mettez vos réserves au service de vos besoins et de vos légitimes ambitions.Oimez un compte d'épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de $250,000,000 515 bureaux au Canada \u2014\t60 succursales à Montréal 206, rue du Pont\tTel.: 4-4641 P 5^* Ç52 QUEBEC FABRICANTS U ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS : Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène CONSERVEZ J^elationà Relations constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.Rien de plus facile que de relier vous-mêmes vos exemplaires chaque mois en vous procurant le cartable (Relationâ Cette reliure amovible peut contenir douze numéros de Relations.Dos et plats recouverts de similicuir rouge.Le titre et les filets or donnent l'aspect d'un volume soigné de bibliothèque.Prix ¦ $1.00\t- par la poste, $1.10 "]
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