Relations, 1 novembre 1945, Novembre
[" L\u2019EMBAUCHAGE INTEGRAL Émile BOUVIER TOURNANT DE LA 1 UN «POLITIQUE» CATHOLIQUE Robert BERNIER INDUSTRIE HYDRO-ÉLECTRIQUE ET EFFORT DE GUERRE A.-B.NORMANDIN V\tV\t\" \u2022* \u2022 ÿ f.$?$ '\t{ .HOMMAGE AU JUGE P.-B.MIGNAULT Alexandre DUGRÉ LÉON SIGOUIN RENÉ GIRARD JOSEPH-H.LEDIT ÉLIE BAUSSART ENGELBERT LAÇASSE ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE NOVEMBRE 1945 Éditoriaux.281 Serait-ce la dictature ?\u2014 Enfin, un drapeau canadien ?\u2014 Le Canada au Vatican.\u2014 Encore cette CONSCRIPTION ?Articles L\u2019EMBAUCHAGE INTÉGRAL.Émile Bouvier 284 UN TOURNANT DE LA « POLITIQUE » CATHOLIQUE.Robert Bernier 288 EN HOMMAGE AU JUGE P.-B.MIGNAULT.Alexandre Dugré 291 Commentaires.294 M.Drew autonomiste.\u2014 Interprétation de marxiste.\u2014 Mieux que Versailles ?\u2014 Contre la conscription.\u2014 La « rétractation » de Harvard.\u2014 Les catholiques et Franco.Au fil du mois.296 Congrès.\u2014 Pour grandir.\u2014 Deux centenaires tristes.\u2014 En Chine.\u2014 A la petite école.\u2014 Bombes thermiques.\u2014 Occupation rouge.\u2014 Électrification rurale.NOS COLLABORATEURS Le P.Émile Bouvier, s.j., est directeur de la Section des Relations Industrielles à l\u2019Université de Montréal et aviseur moral de l\u2019Association professionnelle des Industriels.\u2014 Le P.Robert Bernier, s.j., licencié en Sciences sociales, fut un des tout premiers collaborateurs à Relations.\u2014 Le « bon sang » acadien du P.Alexandre Dugré, s.j., le porte à rendre hommage à un grand Acadien.\u2014 Le P.Léon Sigouin, s.J., est aumônier dans un hôpital de vétérans.\u2014 M.A.-B.Normandin, ingénieur civil, est le vice-président de la Régie provinciale de l\u2019Électricité.\u2014 Le P.René Girard, s.j., qui a fait avec succès pendant plusieurs années de l\u2019initiation musicale dans les collèges, inaugure une nouvelle rubrique: « La chronique des concerts ».\u2014 M.Êlie Baussard, directeur-fondateur de la Terre Wallonne et membre du Conseil national de l\u2019Union démocratique belge, participe activement aux mouvements sociaux et éducatifs de son pays.Chroniques NOS PAROISSES AIDENT-ELLES LES VÉTÉRANS?.Léon Sigouin 297 L\u2019INDUSTRIE HYDRO-ÉLECTRIQUE DU QUÉBEC ET L\u2019EFFORT DE GUERRE.A.-B.Normandin 298 CHRONIQUE DES CONCERTS .\t.\t.\tRené Girard\t301 HORIZON INTERNATIONAL.302 Mexico.\u2014^Procès de guerre.LE CONGRÈS DE LA J.O.C.BELGE.\tÉlie Baussart\t305 Correspondance\t 304 A propos d\u2019alcoolisme.Engelbert Laçasse Livres récents.306 Cours de religion pour les adultes .Guy Ménard After Bernadette.Alexandre Guay La J.A.C.en action.\t.Gérard Dallaire Le Nouveau Testament, les Évangiles, les Actes des Apôtres .Louis-Arthème Tétrault Synthèse théologique sur le renoncement chrétien.Louis-Arthème Tétrault Histoires, Légendes, Destins .Laurent Lavallée Normandie, Poitou et Canada français .Guy Gérin L'Histoire jugera.Frédéric Saintonge Divers En trois mots.308 RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA Vème année, No 59 Ecole Sociale Populaire, Montréal Novembre 1945 É D I T O Seiait-ce la dictature ?HP ELLE EST, semble-t-il, la portée du bill 15, adopté en première lecture, le 5 octobre dernier, à Ottawa.Par ce bill, le Parlement conférerait au gouverneur en conseil « certains pouvoirs dans les circonstances critiques nationales consécutives à la guerre ».En réalité ces pouvoirs sont sans limite.La liste des « catégories de sujets » auxquelles s\u2019étend la loi est instructive là-dessus: « a) la production, la fabrication, le commerce, l\u2019exportation et l\u2019importation; « b) les changes; « c) les transports par air, route, voie ferrée ou eau; « d) la fourniture et la distribution des marchandises et de services, y compris la fixation des prix; « e) l\u2019emploi, y compris les traitements et salaires; «/) la prise de possession, le contrôle, la confiscation et la disposition de biens et de leur emploi, y compris le contrôle des loyers et de l\u2019occupation; « g) l\u2019entrée au Canada, l\u2019exclusion et l\u2019expulsion, ainsi que le retrait de nationalité; « h) l\u2019imposition et le recouvrement de frais payables au receveur général du Canada ou devant être versés à la caisse ou au compte prescrit, relativement à tout système de contrôle que renferment ou autorisent des arrêtés et règlements.» Cette liste n\u2019est pas exhaustive, puisque l\u2019article 3 précise que cette énumération ne va pas à restreindre la « généralité des termes » indiquant la portée générale du présent bill : « Le gouverneur en conseil peut accomplir et autoriser tels actes et choses et établir à l\u2019occasion tels arrêtés et règlements, qu\u2019il juge nécessaires ou opportuns pour la sécurité, la défense, la paix, l\u2019ordre et le bien du Canada, en raison de l\u2019existence de circonstances critiques nationales.» A toutes fins pratiques, ces pouvoirs sont absolus et dictatoriaux.En les accordant au gouverneur en conseil, le Parlement canadien abdique son autorité souveraine et renonce à ses prérogatives suprêmes de gardien du bien commun de l\u2019État canadien comme des droits individuels de ses citoyens.Il n\u2019a pas droit RIAUX de regard sur l\u2019administration de l\u2019Exécutif devenu arbitre suprême des destinées du pays.Cet état de choses exorbitant menace de durer plus longtemps qu\u2019il ne semble à première vue.Le bill mentionne bien la durée minimum d\u2019un an.Mais à cause de la majorité dont dispose le Gouvernement, il est à présumer qu\u2019il se fera accorder l\u2019année supplémentaire de pleins pouvoirs dont parle l\u2019article 10.La situation créée par là durera même plus de deux ans, s\u2019il en plaît ainsi au Gouvernement, car, selon l\u2019article 9, le Gouvernement peut prolonger à sa guise le maintien de la Loi actuelle des Mesures de guerre et retarder d\u2019autant le jour de l\u2019entrée en vigueur du bill 15.« La présente Loi entrera en vigueur le jour fixé par une proclamation du gouverneur en conseil, et, à compter dudit jour, la guerre actuelle sera censée ne plus exister aux fins de la Loi des Mesures de guerre.» Mais songe-t-on que ces deux ou trois années seront parmi les plus importantes de l\u2019Histoire canadienne?Songe-t-on que pendant ce temps auront lieu les réunions des conférences fédérales-provinciales, dont certains prétendent faire une véritable « re-Confédé-ration » ?Et pendant tout ce temps, le gouverneur en conseil mènera par décrets-lois, sans contrôle des représentants du peuple; il pourra à sa guise empiéter sur les droits des provinces comme le bill 15 l\u2019y invite déjà! C\u2019est le régime parfait de l\u2019irresponsabilité ministérielle, dans un moment critique de notre vie nationale.Et dire que, pendant un siècle, nos pères, hommes courageux et clairvoyants, ont combattu pour conquérir cette responsabilité ministérielle, clef de voûte du régime parlementaire britannique et de la démocratie, pour laquelle tant de jeunes Canadiens sont morts.Cette dictature larvée pourra avoir des répercussions jusque sur la vie des individus et des foyers.Il suffit de relire la liste des domaines où le bon vouloir des autocrates d\u2019Ottawa pourra se donner libre jeu.Fixation des prix, des loyers, conscription du travail, etc., tout cela est livré à la bonne volonté du gouvernement, c\u2019est-à-dire en pratique à celle des fonctionnaires.Par simple arrêté en conseil (art.3, g) le NOVEMBRE 1945 281 Canadien peut même être exclu ou expulsé de son pays, et déchu de sa nationalité.Tout cela, paraît-il, pour permettre au gouvernement de continuer des contrôles indispensables en vue d'assurer une transition heureuse vers un régime de paix.Il semble bien que le contrôle des prix et son frère jumeau, celui des salaires, s\u2019imposent encore pour une certaine période.Pourquoi alors le gouvernement ne demande-t-il pas au Parlement des pouvoirs spécifiques à cet effet, avec l\u2019obligation de lui rendre compte de temps en temps, et en lui laissant la faculté de retirer ses pouvoirs ou de les amender ?Ne faut-il pas voir dans le bill 15 un effet de cette poussée universelle vers la dictature socialiste d\u2019État qui envahit la plupart des pays ?A ce courant cèdent des esprits sincères, férus d'efficiency administrative plus que de sagesse politique; ils veulent introduire dans le gouvernement de la nation des méthodes autoritaires qui étouffent l\u2019intérêt du citoyen dans l\u2019administration de la chose publique.C\u2019est M.Morley qui en fait la remarque dans le Saturday Evening Post : « Le danger le plus sérieux qui menace le régime politique des Américains » \u2014 tout bon gouvernement \u2014 « est la concentration des pouvoirs.Et ce danger existe quelle que soit l\u2019origine de cette concentration, qu\u2019elle soit d\u2019ordre industriel, financier, éducatif ou politique.Dans tous les cas, la centralisation détruit chez les citoyens l\u2019esprit d\u2019initiative et la vigueur des gouvernements locaux, fondement même de la civilisation américaine.» (24 mars 1945.) En temps de guerre, la suspension de l\u2019initiative chez les citoyens porte moins de conséquences et le peuple est prêt à l\u2019accepter avec courage: solution indispensable et temporaire.Mais le maintien en temps de paix d\u2019un pouvoir absolu et illimité de coercition ne saurait se justifier; il amènera presque fatalement ou bien l\u2019esprit de révolte et de fraude vis-à-vis de l\u2019autorité ou bien le plus souvent un fléchissement progressif de l\u2019esprit civique, situations qui s\u2019accommodent malheureusement trop bien de la pure dictature.Cnfcn un drapeau canadien ?.TE GOUVERNEMENT d\u2019Ottawa, en manifestant son intention d\u2019instituer un comité chargé d\u2019étudier la question d\u2019un drapeau national, a réveillé des espoirs, tenaces comme l\u2019amour de la patrie.Déjà, à l\u2019époque de la Confédération, le Canada se cherchait un drapeau.Il a cru un moment le trouver dans le pavillon de la marine britannique à fond rouge, le Red Ensign, qu\u2019il naturalisa quelque peu par l\u2019addition des armoiries canadiennes.En 1902, une lettre du sous-secrétaire d\u2019État britannique rappelait aux autorités canadiennes d\u2019arborer non plus le Red Ensign, mais Y Union Jack.Depuis lors, le Red Ensign, avec son estampe canadienne, a repris peu à peu ses droits.282 Il mena nos soldats au combat, après avoir supplanté l\u2019étendard proposé par le général MacNaughton \u2014 Union Jack et Fleurs de Lys sur fond blanc.Il a flotté parmi les drapeaux des Nations-Unies à San-Francisco et autres réunions internationales.Le geste du gouvernement nous promet-il enfin un drapeau vraiment canadien ou nous imposera-t-il le statu quo, Y Union Jack, et son cousin le Red Ensign servant tour à tour d\u2019emblème à la colonie canadienne ?Il n\u2019est pas oiseux de se le demander.Il n\u2019est pas non plus défendu de désirer mieux, pour un pays comme le Canada, rendu à l\u2019âge adulte et appelé à un rôle international d\u2019une grande envergure.Pour qu\u2019un drapeau mérite d\u2019être reconnu comme emblème national, il doit, entre autres conditions, symboliser l\u2019histoire, les traditions, la culture nationale, être d\u2019un dessin suffisamment simple, et pouvoir être vu à grande distance et reconnu facilement.Dans ces conditions, l\u2019on peut dire, sans être taxé d\u2019anti-britannisme ni d\u2019exagération, que Y Union Jack et même le pavillon de la marine symbolisent mal l\u2019histoire, les traditions canadiennes; l\u2019élément français, partie intégrante du pays, cherche en vain dans ces couleurs le symbole de ses gloires de deux siècles d\u2019histoire pendant lesquels des Français et fils de Français étaient les seuls Canadiens.Ces deux emblèmes ne sont guère distinctifs: il est difficile par exemple de discerner à distance ou en plein vent les armoiries placées au coin droit du Red Ensign et de ne pas le confondre avec le drapeau de la Nouvelle-Zélande, des Indes, de l\u2019Afrique du Sud ou des colonies britanniques.Est-il encore permis d\u2019espérer que les augustes membres du Comité nous donneront enfin un drapeau national franchement canadien, sans aucun signe de tutelle; un drapeau qui symbolisera et glorifiera la physionomie du Canada, où deux cultures et deux races, la française à l\u2019égal de l\u2019anglaise, honorent et enrichissent le patrimoine commun ?J?e Canada au Vatican 1WT THOMAS GREENWOOD, Anglais d\u2019Angle-L * X \u2022 terre qui enseigne actuellement au Canada, écrit dans le Droit du 13 octobre: « On voudrait pouvoir espérer que le Canada finira par établir des relations diplomatiques avec le Vatican.» En effet.Depuis le Statut de Westminster, le Canada est un État souverain; et, de fait, notre représentation diplomatique est en train de s\u2019organiser.Or, le Saint-Siège constitue, lui aussi, depuis 1929, un État indépendant.Il n\u2019y a pas de raison que nous n\u2019y ayons pas un ambassadeur.C\u2019est indubitablement le désir de quarante pour cent de la population canadienne: les catholiques.Et pourquoi ne serait-ce pas celui de la majorité des autres Canadiens?Dans notre monde agité, le Vatican est, pour tout esprit ouvert, un élément d\u2019ordre évident.RELATIONS Les Canadiens estimeront sans doute aussi important d\u2019être représentés au Saint-Siège qu\u2019en Grèce, par exemple, où tous ont trouvé bon, et à juste titre, que nous le soyons.Les protestants du Canada pourraient peut-être s\u2019offusquer d\u2019une délégation près le Chef spirituel d\u2019une religion différente de la leur, mais aucun citoyen de notre pays ne peut raisonnablement s\u2019opposer à ce que l\u2019État canadien soit représenté près le Chef de l\u2019État libre du Vatican.Cncote cette conàctiption ?DE MULTIPLES symptômes laissent croire de plus en plus que nos gouvernants sont fortement tentés de maintenir en vigueur la loi de mobilisation et d\u2019organiser pour le temps de paix un régime d\u2019entraînement militaire obligatoire d\u2019une année pour tous les jeunes gens de 18 ans.Certains discours ont bien l\u2019air de coups de sonde et de ballons d\u2019essai, destinés à connaître l\u2019opinion canadienne.Malgré certains adoucissements, le projet d\u2019entraînement garde tous ses inconvénients d\u2019ordre moral et social déjà signalés dans notre éditorial de septembre et qui le rendent inacceptable.Au milieu de toutes les raisons avancées en faveur du projet, l\u2019on chercherait en vain une preuve sérieuse qu\u2019un tel entraînement est indispensable à la sécurité du pays, en face d\u2019agressions possibles.Aux partisans de la mesure de faire cette preuve concluante, et non pas seulement de lancer des affirmations aussi gratuites que solennelles et mêlées de considérations étrangères au débat.Une autre raison de s\u2019opposer à ce projet, que trop peu se sont avisés d\u2019exprimer publiquement: quel facteur pourrait contribuer plus efficacement à relancer le pays dans une économie de paix et de prospérité que l\u2019harmonie intérieure entre les provinces et les races qui le composent ?Or, quoi que l\u2019on fasse, on ne pourra faire accepter cette nouvelle conscription de notre jeunesse par une partie importante de la population canadienne.Même en temps de guerre, la chose fut quasi impossible.Pourquoi alors risquer une scission nationale pour imposer une mesure dont on semble incapable de prouver l\u2019absolue nécessité ?Cette attitude populaire tient au fond même de la nature humaine, car il s\u2019agit de ses enfants, de son sang et de sa chair.Elle s\u2019appuie sur une traditionnelle et vigoureuse opposition \u2014 bien justifiée d\u2019ailleurs \u2014 aux militarismes européens, instruments de guerre bien plus que de paix.Comment donner tort à cette population quand ses intuitions croient distinguer, derrière les raisons imposantes de nécessité militaire et d\u2019engagements internationaux mises de l\u2019avant, des motifs peu enthousiasmants ?Notre pays est encore à se bâtir; il a besoin de tous ses fonds, de tous ses hommes.Or, un soldat est un pensionnaire payé, un non-constructeur.On parle NOVEMBRE 1945 d\u2019un budget de $600,000,000 rien que pour l\u2019aviation, pour 20,000 aviateurs militaires.C\u2019est un chiffre! C\u2019est dix fois le budget total du gouvernement Laurier en 1900, alors qu\u2019on ouvrait l\u2019Ouest et qu\u2019on parlait canaux et chemins de fer.Nos millions pourraient bâtir encore.Maintenant que la guerre est finie avec ses engagements massifs d\u2019ouvriers et de soldats, le chômage, cauchemar des gouvernants d\u2019avant-guerre, redevient une éventualité possible.Comment conjurer un mal qui, généralisé aux proportions d\u2019avant-guerre, amènerait des troubles sociaux d\u2019envergure, auxquels nul gouvernement ne saurait probablement résister?Comme mesure partielle contre le chômage, certains ne se sont-ils pas dit que l\u2019entraînement militaire pourrait occuper toute une tranche de citoyens qui alors n\u2019encombreraient pas le marché du travail ?Aux États-Unis, on craint la manœuvre, déjà dénoncée dans revues et journaux.N\u2019y a-t-on pas assez accusé les pays totalitaires de résorber leur chômage en casernant des millions d\u2019hommes qui autrement, par leur oisiveté forcée, auraient créé à leurs gouvernements des problèmes politiques insolubles?D\u2019autres partisans seraient mus par des motifs très pratiques.La guerre a développé une vaste bureaucratie militaire, qui a eu le goût et le temps de s\u2019installer.Une préoccupation obsédante du fonctionnarisme n\u2019est-elle pas de protéger sa situation, fût-ce en prolongeant artificiellement son utilité?Il est bien difficile, après six ans, alors qu\u2019on a perdu la souplesse aux adaptations rapides, d\u2019envisager une brusque rentrée dans la vie civile.De là, la tentation de faire un travail efficace de persuasion auprès des autorités responsables en vue de maintenir en temps de paix des cadres militaires, aussi étendus que possible, d\u2019administration, d\u2019entraînement, d\u2019inspection.Un entraînement obligatoire, pendant une année entière, de toute la jeunesse du pays, servirait admirablement ces intérêts particuliers, bien compréhensibles, sans doute, mais qui ne peuvent légitimement être mis en balance avec le bien général.Que les cadres de l\u2019armée régulière soient élargis selon les besoins nouveaux, nous n\u2019y voyons pas d\u2019objection.De là à obliger toute la jeunesse à subir en temps de paix l\u2019entraînement militaire d\u2019un an, il y a un pas immense, qu\u2019une portion considérable de la population jugera infranchissable.Sans compter qu\u2019à la lumière de l\u2019expérience des dernières années, il est permis de prévoir qu\u2019il se trouverait des fanatiques de l\u2019assimilation, parfois aux postes de commande, pour faire de cet entraînement un instrument de bonententisme unilatéral et d\u2019anglicisation.Pour ces raisons et pour bien d\u2019autres, nos gens se méfient du militarisme naissant que d\u2019aucuns préconisent à l\u2019encontre de nos meilleures traditions canadiennes.Qui osera raisonnablement les en blâmer ?283 PROBLÈMES DE RESTAURATION L'EMBAUCHAGE INTÉGRAL Emile BOUVIER, S.J.LA FIN DE LA GUERRE soulève pour nos hommes d\u2019État un problème fort embarrassant: celui de ^ l\u2019emploi total des Canadiens en âge de gagner leur vie.Ce problème se pose avec d\u2019autant plus d\u2019acuité que nous venons d\u2019atteindre, avec la guerre, à un embauchage intégral relatif, et qu\u2019il nous reste à placer les soldats revenus du front et les licenciés des industries de guerre.Aux États-Unis, on tente actuellement de résoudre le problème par un bill sur l\u2019embauchage intégral intitulé: Bill Murray.En vertu de ce projet, le gouvernement des États-Unis calculera chaque année le nombre des travailleurs disponibles et le nombre des positions à remplir.Si l\u2019industrie ne peut les absorber, alors l\u2019État nationalisera les entreprises qui refuseraient de concourir à l\u2019absorption de la main-d\u2019œuvre et exécutera des travaux publics de plus grande envergure.Cette solution concorde bien avec les idées de plusieurs économistes anglais et américains.Beveridge lui-même, pour mettre en pratique son plan de sécurité sociale et aboutir à l\u2019embauchage intégral, consent même à abandonner la thèse traditionnelle de l\u2019entreprise privée.Toute une école de jeunes universitaires anglo-protestants, à tendance socialiste inconsciente, protestera vigoureusement contre le contrôle de l\u2019industrie par l\u2019État, mais ne trouvera guère d\u2019autre solution.A son tour, le gouvernement canadien, par son Bill 15, veut se donner les pouvoirs d\u2019agir dans le sens du Bill Murray ou du plan Beveridge.Il importe d\u2019analyser la portée d\u2019une telle mesure en répondant brièvement à deux questions: 1° L\u2019embauchage intégral peut-il se réaliser sans compromettre les principes d\u2019une saine sociologie ?2° Peut-t-il se réaliser au Canada et par quels moyens ?I L\u2019embauchage intégral ne signifie pas absence de chômage.Il dit encore moins que tout homme et toute femme en état de travailler auront une besogne tous les jours de leur vie.Qu\u2019on le veuille ou non, il existera toujours un chômage temporaire ou saisonnier, et il se trouvera toujours des ouvriers qui passeront d\u2019un travail à un autre.Un régime d\u2019embauchage intégral suppose un marché du travail où il existe plus de positions vacantes que d\u2019hommes à placer, un marché où la demande dépasse toujours l\u2019offre de main-d\u2019œuvre.C\u2019est précisément ce qui met l\u2019ouvrier sur un plan supérieur pour gagner sa vie, et donne à l\u2019embauchage intégral un caractère hautement moral, indispensable à une civilisation économique chrétienne.En effet, si le patron ne trouve pas d\u2019ouvriers pour son usine, il subit une 284 perte, c\u2019est tout.Si l\u2019ouvrier ne trouve pas de patron pour l\u2019employer, même s\u2019il jouit de toute l\u2019assistance publique nécessaire, il prend conscience de son inutilité et se démoralise.Si les cas se multiplient, la démoralisation s\u2019étend même à ceux qui ont un emploi, parce qu\u2019alors leur sécurité à l\u2019usine se trouve menacée.La foule des chômeurs les envie, l\u2019inquiétude les énerve et la joie disparaît du travail.D\u2019où la nécessité morale pour un pays de viser à l\u2019embauchage intégral.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un souhait, mais d\u2019une volonté qui découle de l\u2019obligation pour l\u2019homme de gagner sa vie à la sueur de son front.Un régime qui ne permet pas à l\u2019homme de gagner sa vie s\u2019avère un régime contre nature.Il doit être changé.Pour assurer dans une société démocratique un tel embauchage, tous les moyens ne sont pas acceptables.Il faut choisir ceux qui respectent les libertés de culte, de parole, de presse, d\u2019enseignement, d\u2019association, d\u2019appropriation et du choix de l\u2019occupation.Or, d\u2019après certains économistes, une politique d\u2019embauchage intégral pourra respecter presque toutes ces libertés, sauf celle du droit de propriété sur les moyens de production et le libre choix de l\u2019occupation.D\u2019aucuns iront même jusqu\u2019à dire que le droit de propriété privée devra tomber, si les conditions économiques l\u2019exigent.Voyez les dix-septième et dix-huitième paragraphes de Full Employment in a Free Society de Beveridge.A notre avis, si l\u2019embauchage intégral est bien compris et sagement appliqué, il ne contredit aucun des principes d\u2019une saine sociologie.Voyons comment.Trois causes produisent le chômage: a)\tUne production insuffisante pour répondre à la demande de travail; b)\tUne mauvaise distribution géographique de l\u2019industrie; c)\tL\u2019absence d\u2019organisation du marché du travail.A ces trois causes, les économistes apportent trois remèdes: l\u2019utilisation maximum des capitaux, une meilleure situation géographique des entreprises, une mobilité plus grande de la main-d\u2019œuvre.Malheureusement, d\u2019après l\u2019avis de certains spécialistes, il est impossible d\u2019utiliser ces trois remèdes sans enfreindre le principe de liberté, sans mettre en danger le droit de propriété.Discutons d\u2019abord l\u2019utilisation maximum des capitaux.Celle-ci consiste dans l\u2019application maximum du capital à la production industrielle, telle que mines, usines, construction, distribution, finances, services.Ces capitaux peuvent être canalisés soit vers les biens de consommation, tels que nourriture, voyage, récréation, loyer, automobile, ou vers des biens de production, tels que maisons, usines, chemins de fer, utilités RELATIONS publiques, ou encore vers les services sociaux, tels que parcs, hôpitaux, bibliothèques, etc.Or, plus les capitaux seront dirigés vers ces trois débouchés, plus le chômage diminuera.On n\u2019atteindra à l\u2019embauchage intégral qu\u2019au moment où la demande de main-d\u2019œuvre ne laissera aucun travailleur inactif.Si, pour l\u2019embauchage intégral, il faut une utilisation maximum de 10 milliards, le budget national comportera un revenu national de 10 milliards.Le revenu national, la productivité du pays en dollars avec embauchage intégral et l\u2019utilisation maximum des capitaux doivent être intimement coordonnés.Mais surgit une difficulté.L\u2019entreprise privée pourra-t-elle maintenir une utilisation maximum des capitaux?Si la productivité horaire augmente, si la machine remplace les hommes, l\u2019entreprise privée doit-elle assumer l\u2019obligation morale de procurer du travail aux chômeurs ?Sinon, l\u2019État doit-il intervenir ?Si l\u2019entreprise privée, à plein rendement, n\u2019utilise que six milliards quand il en faudrait dix pour maintenir la population active au travail, faudra-t-il que le gouvernement fasse de lui-même une expansion industrielle de quatre milliards ?Cette intervention de l\u2019État dans la production n\u2019exigera-t-elle pas certains contrôles, certaines nationalisations?Des contrôles, sans doute; de la nationalisation, pas nécessairement.La guerre a imposé certains contrôles, mais ces contrôles ne sont pas allés jusqu\u2019à la nationalisation, ils n\u2019ont même pas touché à la régie interne de l\u2019industrie.Si un gouvernement se propose comme objectif la mise en exercice du capital humain, il lui suffira de calculer, dans le revenu national fixé pour l\u2019embauchage intégral, la part des capitaux utilisés pour des biens de production et de consommation, plus la somme des paiements faits à l\u2019étranger.Et la différence entre cette somme et le revenu national, il la comblera par une certaine injection de monnaie sous forme de prêts faciles aux entreprises, prêts opérés par des banques d\u2019expansion industrielle, ou encore prêts offerts à des compagnies d\u2019habitations à bon marché, par des travaux publics ou des services sociaux.On obtiendrait ainsi un régime d\u2019embauchage intégral sans contrôle caporaliste, sans nationalisation.Mais pour mieux assurer l\u2019utilisation maximum des capitaux, sans ingérence d\u2019État, il faudra recourir à Vorganisation professionnelle, institution sociale malheureusement oubliée par la plupart des tenants de l\u2019embauchage intégral.De sa nature, l\u2019embauchage intégral implique un problème de production, de marchés, de prix, de salaires, d\u2019impôts et de saines relations industrielles.Quelle est l\u2019institution sociale la plus apte à régler ces questions, sinon l\u2019organisation professionnelle?C\u2019est elle qui trouve les nouveaux débouchés pour ses produits, favorise la création de nouvelles usines, protège l\u2019industrie marginale; c\u2019est elle qui trace entre le capitalisme outrancier et le socialisme d\u2019État la via media qui nous dégage de l\u2019emprise politique et utilise les responsabilités des individus et des groupements sociaux pour l\u2019avancement de la civilisation.En pratique, ce recours aux organisations professionnelles se traduirait par un Conseil économique national consultatif composé des représentants des neuf Conseils économiques provinciaux et ceux-ci représenteraient les associations professionnelles, rurales, patronales et ouvrières.Le Conseil économique provincial serait le conseiller du gouvernement des provinces, lesquelles doivent toujours mettre leur autonomie au-dessus des intérêts nationaux d\u2019ordre économique.Dans la province de Québec, voici comment on pourrait utiliser l\u2019association professionnelle.En guise d\u2019exemple, supposons qu\u2019une association patronale constate l\u2019absence de tanneries.Les industriels de la chaussure achètent une peau d\u2019Ontario à $2.75, qu\u2019ils paieraient environ $1.00 dans le Québec.Ils décident d\u2019établir trois ou quatre tanneries.Par leur entremise, la Banque d\u2019expansion industrielle avance les fonds, et l\u2019industrie nouvelle se met en marche.Cette même association patronale envoie des industriels en France, en Afrique, au Mexique; elle ouvre de nouveaux débouchés pour le coton, les machines agricoles, le papier, le bois de construction.Elle s\u2019adresse à la Banque d\u2019expansion industrielle et encourage les exportations de ses patrons.S\u2019agit-il des salaires, les patrons et les ouvriers s\u2019entendent par contrats collectifs.Conclusion: chaque province devrait créer son Conseil économique composé de délégués des corps professionnels; celui-ci devrait assurer l\u2019utilisation maximum des capitaux, établissant par exemple le salaire minimum, les salaires des différents métiers et en déterminant les quota d\u2019importations et d\u2019exportations.L\u2019économie serait ainsi mieux ordonnée, le revenu national mieux distribué; et l\u2019embauchage intégral échapperait à une bureaucratie incapable et incompétente, férue d\u2019étatisme, et serait réalisé par les efforts conjugués des entreprises, des associations professionnelles et des pouvoirs publics.Tous les principes de saine sociologie seraient ainsi respectés.Reste le problème moral posé par les deux autres moyens qu\u2019on propose pour l\u2019embauchage intégral: la situation géographique de l\u2019industrie et le déplacement de la main-d\u2019œuvre.De soi, ces deux conditions ne contredisent aucune exigence de la morale.Mais leur application pose des problèmes qu\u2019on ne peut éviter.Si un gouvernement concentrait les industries dans les milieux urbains, il provoquerait les désordres moraux qu\u2019entraînent la surpopulation, le logement insalubre, le taudis, etc.Si encore, pour la même fin, le gouvernement transplantait des parties de population ou obligeait les travailleurs à accepter des emplois qu\u2019ils refusent, il y aurait certes une violation de liberté humaine qu\u2019un esprit chrétien ne peut accepter.Autant d\u2019hypothèses possibles, mais qui ne découlent pas nécessairement d\u2019un embauchage appliqué sagement.NOVEMBRE 1945 285 II Maintenant à l\u2019application pratique.Comme nous l\u2019avons dit plus haut, il y a trois conditions essentielles à tout plan d\u2019embauchage intégral: a) l\u2019utilisation maximum des capitaux; b) la distribution de l\u2019industrie; c) la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Pour réaliser la première condition, il faut tenir compte du nombre des travailleurs disponibles et de la somme des capitaux disponibles.Examinons ces deux données: I.- TRAVAILLEURS DU CANADA \tPopulation active totale (14 ans et plus)\tPopulation active rémunérée\tMilitaires 1939\t\t8,332,000\t3,793,000\t70,000 1941\t\t8,556,000\t4,214,000\t364,000 1943\t\t8,797,000\t4,276,000\t753,000 1944\t\t8,904,000\t4,318,000\t777,000 1945\t\t8,949,000\t4,296,000\t762,000 En 1939, on comptait 3,793,000 postes remplis.En 1945, on en compte 4,296,000.En 1946, il faudra ajouter 762,000 besognes pour les militaires, puis 60,000 autres pour l\u2019augmentation annuelle de la population sur le marché du travail.Ici nous omettons les travailleurs des usines de guerre qui ne pourront pas reprendre leur place dans l\u2019industrie de paix par suite du perfectionnement technique \u2014 et dont le nombre s\u2019élèverait à environ 250,000\u2014; nous ne parlons pas du chômage inévitable qui pourrait s\u2019évaluer à environ 3%, à 150,000 chômeurs.D\u2019où il suit qu\u2019il faudrait, avec le revenu national actuel, assurer environ 822,000 positions nouvelles.Ce chiffre ne paraît guère exagéré, si on le compare aux dix millions des États-Unis.A juger par les statistiques de 1939-1944, pour créer ces nouvelles positions il faudrait au minimum un revenu national de dix milliards en 1946.Pour réaliser cet ajustement des travailleurs disponibles et des positions à créer, de quel côté diriger le capital ?Sera-ce du côté de l\u2019industrie manufacturière ?Hélas! les statistiques des vingt dernières années prouvent clairement que l\u2019industrie manufacturière ne peut pas absorber ce surplus de chômeurs par suite de l\u2019augmentation de la productivité moyenne horaire et du perfectionnement technique.Celles-ci indiquent en effet une stabilité de main-d\u2019œuvre variant entre 15 et 20% du total des travailleurs.IL-DISTRIBUTION DES TRAVAILLEURS AU CANADA \t1919\t1926\t1929\t1933\t1937\t1939 Industries primaires1\t\t35.1\t36.3\t34.\t38.9\t35.5\t35.4 Manufactures\t\t19.5\t17.4\t18.3\t15.6\t19.0\t18.8 Autres\t\t45.4\t46.3\t47.7\t45.5\t45.5\t45.8 (En pourcentage)\t100\t100\t100\t100\t100\t100 Se tourner vers l\u2019agriculture ?Les statistiques nous le déconseillent aussi.En 1871, la population urbaine 1.Agriculture, mines, pêcheries, forêts, exploitations hydrauliques.était de 20% de la population totale, et la population rurale de 80%.En 1941, la population rurale tombe à 20% et celle des villes monte à 80%.C\u2019est une erreur de croire qu\u2019un décret du gouvernement suffira pour renvoyer à la campagne les travailleurs des villes.La mentalité, le caractère, les coutumes d\u2019un peuple, après soixante-dix ans de transformation, ne se changent pas par arrêté ministériel.Que faire alors pour ajuster les positions nouvelles aux travailleurs disponibles?Le mode d\u2019ajustement doit tenir compte du principe fondamental: l\u2019embauchage intégral se maintient avec du travail, le travail se maintient si les industries primaires et secondaires fonctionnent, et les industries fonctionnent si le pouvoir d\u2019achat est en mesure d\u2019absorber leur production.A cette fin, il faudrait pour 1946 un revenu national de dix milliards ainsi distribué (en prix de 1941): Consommation.8.Formation du nouveau\tcapital.1.7 Dépenses des gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux, travaux publics,\tdépenses militaires, services\tsociaux.\t3.0 Revenu national brut.12.7 Moins les réserves des corporations, les taxes d\u2019affaires.\t2.7 (En\tmilliards)\t$10.0 Le chiffre de huit milliards de consommation couvre les exportations qui, après la guerre, devraient être stabilisées à $1.75 milliard, les allocations familiales, l\u2019assurance-chômage, l\u2019utilisation des bons de la Victoire, les dépenses de consommation de produits dont la population s\u2019est privée depuis 1939.Le 1.7 milliard de nouveaux placements comprendrait les prêts de la Banque d\u2019expansion industrielle, de la loi nationale du Logement, ainsi que les réserves des compagnies accumulées en vue de l\u2019expansion d\u2019après-guerre.Toutefois, ce revenu national de dix milliards n\u2019assurerait pas l\u2019utilisation maximum des capitaux nécessaires à l\u2019embauchage intégral, à moins que l\u2019on ne régularise le cycle économique.Ce qui suppose au préalable la réalisation de certaines conditions: stabilité de la production industrielle, stabilité des salaires et des prix de revient, diminution des taxes de ventes et de l\u2019impôt sur les corporations, enfin une politique avisée des unions ouvrières.Que le lecteur jette un coup d\u2019œil sur le cycle de l\u2019emploi (tableau III) et la baisse des salaires (tableau IV) pour se convaincre de la complexité et de l\u2019immensité de la tâche.La descente presque totale de ces courbes, avant les 822,000 positions nouvelles à créer, font réfléchir l\u2019observateur averti.Ces points une fois assurés, l\u2019État, pour garantir l\u2019activité contre la tendance à la baisse, pourra se lancer dans une campagne de travaux publics: métros, routes, amélioration des sols, instituts de recherches, réaménagement des villes et des campagnes, électrifi- 286 RELATIONS cation rurale, amélioration du transport, jusqu\u2019à ce que le revenu national réalise l\u2019emploi de tous.Il nous reste à étudier la distribution géographique de l\u2019industrie et le déplacement de la main-d\u2019œuvre.Ces deux aspects exigent de longs développements qui dépassent les cadres du présent article.Qu\u2019il suffise d\u2019en indiquer les grandes lignes.Tout d\u2019abord un premier principe.Si l\u2019on veut du travail pour tous, il importe que l\u2019industrie soit accessible à la main-d\u2019œuvre disponible, sans provoquer pour cela la désorganisation sociale par une trop grande concentration de population.Or, au Canada, comme en Angleterre et aux États-Unis, la population est fortement concentrée dans les centres urbains.Sur un total de près de 12 millions d\u2019habitants, 32% vivent dans douze grandes villes.Montréal et Toronto absorbent à eux seuls le sixième de la population totale.Le tiers de notre province vit à Montréal et un autre tiers dans une demi-douzaine de centres urbains.Cette agglomération désastreuse de nos centres urbains augmente le taux de la mortalité, amène des engorgements dans le domaine des transports, des marchés, du logement et rend les conditions de vie plus difficiles.Autant de gaspillage d\u2019énergie et de vie humaine qu\u2019on pourrait éviter par une distribution géographique plus intelligente des 9,400 établissements industriels de la province.TABLEAU III Sans doute l\u2019assurance-chômage va remédier pour un temps à l\u2019arrêt de travail, mais l\u2019industrie de paix pourra-t-elle absorber tous ces chômeurs?Un grand nombre de nos petits patrons, à Granby, Lac-Mégantic, Saint-Hyacinthe, Victoriaville, Valleyfield, etc., demandent de l\u2019expansion et des marchés.Malheureusement, ces petits industriels n\u2019ayant ni le capital ni l\u2019influence ne peuvent tenir tête à l\u2019industrie concentrée des villes, ne peuvent profiter aussi facilement des avances de crédit de la Banque d\u2019expansion industrielle et ne peuvent absorber leur part de main-d\u2019œuvre.TABLEAU IV 101(11 de.6 salaires \u201cen millions v Salaire individuel hebdomadaire *>\" Le salaire dans neuf industries importantes du Canada TotaJ des salaires Le salaire 1941\t194-2.\t1943\t1944 $ 55 53 31 29 27 25 O L emploi dans l'industrie canadienne 1927' 194-5\" '32 \u201933\t'34 1935 '36\t'37 '38\t'39 1940 '41\t'42\t43\t44 1927 '28\t'29 1930 '31 Comment procéder à cette décentralisation de l\u2019industrie?Sans entrer dans les détails techniques, cette distribution exigerait que les industries soient réparties dans la périphérie des grands centres.Exemple: Montréal, depuis 1939, a subi une augmentation de population ouvrière de plus de 200,000 personnes.Voici qu\u2019on ferme successivement la plupart des usines de guerre ou du moins qu\u2019on procède au licenciement de plusieurs milliers de travailleurs à Cherrier, Bouchard, Saint-Laurent, Verdun, Longueuil.La troisième condition que doit respecter tout plan d\u2019embauchage intégral concerne le déplacement des travailleurs.Tout déplacement de main-d\u2019œuvre n\u2019est pas à conseiller.Celui qui paralyserait la liberté des ouvriers et menacerait la stabilité des foyers serait inacceptable.On ne conçoit pas qu\u2019un service de placement fédéral ou provincial ou qu\u2019un service sélectif conscrive par exemple dans une région un contingent de dix mille travailleurs pour les transplanter dans une autre.Solution simpliste qui ferait reculer la civilisation plutôt que de la faire progresser.Certains tempéraments s\u2019imposent donc: l\u2019organisation intelligente du marché du travail par les syndicats ouvriers et les bureaux de placement provinciaux, une meilleure orientation professionnelle des jeunes travailleurs, un apprentissage plus complet et un perfectionnement technique plus poussé, de sorte que l\u2019ouvrier puisse répondre aux exigences de plusieurs métiers connexes.Cette souplesse à remplir plusieurs tâches rendra l\u2019ouvrier plus stable au travail.Si l\u2019embauchage intégral ne viole aucun principe de morale, et si on le réalise en respectant les valeurs humaines et familiales, il vaut la peine d\u2019en tenter l\u2019aventure.On changera ainsi une des théories fondamentales en finances publiques: au lieu d\u2019établir le budget de l\u2019État sur les revenus des citoyens, on l\u2019établira sur la nécessité de trouver du travail pour tous.L\u2019économie, au lieu de servir les dieux d\u2019or, se mettra au service de l\u2019homme.NOVEMBRE 1945 287 LA PENSÉE DU PAPE UN TOURNANT DE LA « POLITIQUE » CATHOLIQUE Robert BERNIER, S.J.DE BONS ESPRITS ont trouvé « un peu fort » que Relations, dans un éditorial de février 1945, qualifiât le radio-message de Pie XII sur la démocratie (veille de Noël 1944) d'événement qui, dans les siècles à venir, sera peut-être jugé d\u2019importance encore plus grande que le couronnement du premier empereur d\u2019Occident.Cette réaction ne nous surprend pas.Il faut bien avouer que le texte lui-même du Saint-Père a étonné par sa hardiesse et sa hauteur de vues.Mais de ceci précisément il n\u2019y a point lieu de s\u2019étonner: les hautes directives de la papauté ont souvent déconcerté les esprits engagés dans l\u2019immédiat.Que d\u2019années, par exemple, n\u2019a-t-il point fallu avant que les catholiques entreprissent de mettre à exécution le programme social et politique de Léon XIII! Ce rôle de guide à l\u2019endroit des « sciences connexes » au salut de l\u2019homme n\u2019est pas nouveau pour l\u2019Église, et Pie XII tient à nous le rappeler: « Son histoire, dit-il, porte le clair reflet de sa mission providentielle.» (Radio-message de S.S.Pie XII, version française de l\u2019Imprimerie du Vatican, publiée par l\u2019E.S.P., n° 375, p.29.) Aussi bien, le texte du Pape tend-il visiblement à tracer une ligne de conduite aux penseurs et aux politiques chrétiens.Déjà, revues et journaux catholiques l\u2019ont excellemment commenté.(Cf.Relations, février 1945.) Mais il faudra du temps avant que le peuple catholique ait assimilé les vérités qu\u2019il lui apporte.C\u2019est pourquoi nous avons cru utile de dégager ici l\u2019orientation nouvelle que ce message-époque donne à des doctrines traditionnelles de la Politique chrétienne.Formulons d\u2019abord, sous forme d\u2019énoncés tirés du texte même, les grandes lignes de la pensée du Pape.1 ° La meilleure forme de gouvernement.\u2014 Bien que VEglise ne réprouve aucune des formes variées de gouvernement, pourvu qu'elles soient aptes en elles-mêmes à procurer le bien des citoyens (p.16), cependant la forme démocratique de gouvernement apparaît à beaucoup comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même (p.17), vu qu\u2019il assure la possibilité de contrôler et de corriger Vactivité des pouvoirs publics (p.15), et qu\u2019il, garantit à chacun le droit d'exprimer son opinion personnelle sur les devoirs et les sacrifices qui lui sont imposés et de ne pas être contraint à obéir sans avoir été entendu (p.16) ; forme de gouvernement dont, en conséquence, le centre de gravité.réside dans cette représentation populaire constituée par une élite d'hommes qui ne soit restreinte à aucune profession ni à aucune condition, mais qui soit l'image de la vie multiple de tout le peuple (p.21).2° Société internationale, souveraineté nationale et droit de guerre.\u2014 Au stage actuel de développement du monde, l'unité du genre humain et de la famille des peuples exige de trouver sa réalisation dans une société 288 des peuples dont l'autorité.devra être réelle et effective sur les Etats qui en sont les membres, de manière pourtant que chacun d'entre eux conserve un droit égal à sa souveraineté relative (p.24).Cette société a dans ses attributions d'étouffer dans son germe toute menace d'agression isolée ou collective.Par conséquent, la théorie de la guerre, comme moyen apte et proportionné de résoudre les conflits internationaux, est désormais dépassée (p.25).Et donc il y a un devoir qui oblige tout le monde.: celui de faire tout ce qui est possible pour proscrire et bannir une fois pour toutes les guerres d'agression comme solution légitime pour les controverses internationales et comme moyen de réalisation pour des aspirations nationales.En résumé, Pie XII oriente la pensée catholique dans le sens de cette triple affirmation: \u2014\tdans l\u2019état actuel du développement de l\u2019humanité, la forme de gouvernement démocratique, au sens strict de gouvernement à représentation populaire universelle, est de soi préférable et correspond mieux à la dignité humaine; \u2014\tla communauté d\u2019intérêts de l\u2019humanité doit à notre époque être instituée dans une société de peuples dont l\u2019autorité s\u2019impose de soi aux États et limite leur propre autorité; \u2014\tle droit de guerre a cessé d\u2019exister.A ceux que dérouterait par trop la nouveauté de ces propositions, rappelons en passant qu\u2019une partie du rôle de la morale consiste à formuler les droits et devoirs qu\u2019entraîne l\u2019évolution de la société humaine.Au reste, ce n\u2019est pas tant cet air novateur qui nous incline à parler ici de « tournant » de la Politique chrétienne.Il y a beaucoup plus: quoique la route indiquée par Pie XII prolonge, à n\u2019en pas douter, les étapes doctrinales des grands théologiens, elle pointe néanmoins en sens opposé à celle où un fort courant de la pensée catholique s\u2019était dirigé sous l\u2019influence de multiples pressions historiques.Il n\u2019est pas question de fléchissement dans la doctrine officielle, mais l\u2019expression modernisée de celle-ci ne heurte pas moins une mentalité encore très répandue.I.\u2014 LA FORME IDÉALE DE GOUVERNEMENT La sympathie profonde de l\u2019Église est toujours allée à ce qui favorise la liberté et la responsabilité personnelles.Son action a tendu tout de suite à remplacer la loi romaine, identifiée avec la volonté du seul empereur, par la coutume médiévale, expression d\u2019une véritable démocratie sociale avant la lettre.Mais diverses données historiques, extrinsèques à la foncière conception chrétienne de la primauté de l\u2019homme, ont provoqué des positions politiques en contradiction avec le développement homogène de la pensée de l\u2019Église.RELATIONS Celle-ci a dû s\u2019accommoder des régimes existants, et le sentiment politique des catholiques s\u2019est formé, pour une bonne part, en climat unitaire et autoritaire.Le Saint-Empire édifié sur le modèle de l\u2019Empire romain; les deux puissants empires catholiques qui en naquirent, l\u2019autrichien et l\u2019espagnol; le pouvoir temporel du Pape souverain dans ses États; la « Majesté très chrétienne » du roi de France; l\u2019opposition aux souverains catholiques de la société libérale née de la révolte de l\u2019individualisme; et même, bien qu\u2019il réalisât le cas unique d\u2019une société surnaturelle, le Souverain Pontificat choisi par Dieu et qu\u2019on était dès lors porté à considérer comme le prototype de toute société: voilà qui suffit amplement à retarder, non seulement l\u2019adhésion de nombreux fidèles aux nouvelles formes de gouvernement, mais aussi l\u2019accord d\u2019une part notable de la pensée catholique au rythme de l\u2019histoire.Les milieux catholiques n\u2019ont pas distingué assez tôt entre la société libérale, fille du libre examen, hostile à l\u2019Église, et Y État démocratique dont ils auraient pu découvrir l\u2019enracinement dans un long passé chrétien aspirant en lui à sa maturité.Certes, la plupart d\u2019entre eux reconnaissent le droit de cité à l\u2019État démocratique, mais un trop grand nombre ont tendance à le considérer comme une forme gouvernementale de second choix, imposée par le malheur des temps, ou bien, si force leur est de le justifier, ils placeront son essence dans la sauvegarde des biens humains, ce qui leur permet d\u2019intégrer dans la démocratie la royauté absolue et la dictature paternelle.Mais telle n\u2019est pas, semble-t-il, la pensée de Pie XII.Pie XII, avec toute la tradition catholique, condamne ce que nous avons appelé la société libérale, c\u2019est-à-dire la société où la liberté.se transforme en une prétention tyrannique de donner libre essor.aux appétits humains aux dépens d'autrui (p.19), où la liberté se confond avec le droit pour le plus fort de dominer la masse jusqu\u2019à la priver d\u2019une vie digne de l\u2019homme.Mais Pie XII oppose à une telle société l'idéal démocratique du peuple qui vit et se meut par sa vie propre (p.17).Et c\u2019est justement Y exubérance vitale (le mot est très fort) de ce peuple organiquement unifié par la démocratie, qui répand la vie, abondante et riche, dans l'Etat et dans tous ses organes, leur infusant.la conscience des propres responsabilités.C\u2019est que, dans un peuple digne de ce nom.les inégalités de culture, de richesses, de position sociale., loin de nuire aucunement à l'égalité civile,.lui confèrent son sens légitime, à savoir que chacun a le droit, en face de l'État, de vivre honorablement sa propre vie personnelle, au poste et dans les conditions où l'ont placé les desseins et les dispositions de la Providence (p.18).On le voit, la richesse intérieure, l\u2019élan, la vie d\u2019un peuple se mesurent à la variété et l\u2019interpénétration des valeurs humaines nées de la poursuite joyeuse et aimée de la tâche d\u2019homme que chacun s\u2019est choisie; et c\u2019est pourquoi Pie XII estime que la possibilité de contrôler et de corriger l'ac- NOVEMBRE 1945 tivité d\u2019un gouvernement dont le centre de gravité réside dans (une) représentation populaire qui soit l'image de la vie multiple de tout le peuple, apparaît à beaucoup comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même.Ceux qui croyaient, consciemment ou inconsciemment, que le chef dans l\u2019État exerce une espèce de causalité architecturale, en imposant son plan à la masse humaine un peu comme l\u2019artisan son idée à la matière inerte, pouvaient en conséquence juger que, théoriquement du moins, le gouvernement d\u2019un seul est plus parfait, puisque le plan et l\u2019exécution y sont plus un.Mais cette conception rationaliste de la vie d\u2019un peuple est désormais dépassée.La vie jaillit des profondeurs, non des pressions de surface.C\u2019est l\u2019homme qui est le centre et le moteur de la société humaine, et sa dignité consiste à poursuivre spontanément, par amour même du bien, les tâches utiles à tous.L\u2019État n\u2019est là que pour protéger, coordonner, hiérarchiser les valeurs créées par l\u2019effort spontané de l\u2019homme.Tout son rôle consiste à découvrir le sens profond de l\u2019activité populaire créatrice et assurer sa floraison.Mais, puisqu\u2019il en est ainsi, quel esprit pourra mieux saisir et quelle volonté plus constamment favoriser, sans déformation aucune, ce libre développement ?Il semble bien que ce soient les jugements et les vouloirs des intéressés eux-mêmes.Le peuple, l\u2019ensemble du peuple, quand on ne l\u2019a pas frustré des moyens légitimes de se renseigner, est encore le meilleur juge des mesures qui concernent son existence même: il voit d\u2019une vue connaturelle et aime d\u2019un amour jaillissant du meilleur de l\u2019homme les exigences des biens communs dont il vit.Sans doute, la multiplicité des jugements et des vouloirs particuliers doit-elle se terminer dans l\u2019unité d\u2019un pouvoir juge des exigences du tout et en droit d\u2019imposer les sacrifices particuliers nécessaires au succès de l\u2019ensemble.Mais cette fin du pouvoir sera d\u2019autant mieux réalisée que toutes les voix se seront fait entendre.Cette forme de gouvernement, il va de soi et Pie XII le rappelle, suppose un peuple mûr et conscient de ses responsabilités.Éducation du peuple, élévation morale, capacité intellectuelle des députés au parlement, tout cela est essentiel à la démocratie.Mais ce que nous voulions seulement ici mettre en relief, c\u2019est la marche de cette argumentation de Pie XII, qui, partant de l\u2019homme responsable, centre du développement vital populaire, en tire toute la valeur de la forme démocratique de gouvernement au sens strict.Ce sont, croyons-nous, ces lumières qui provoqueront un tournant de la Politique catholique.II.\u2014 LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE La chrétienté médiévale, société des peuples conçue par l\u2019Église, comportait limitation de leur souveraineté.C\u2019est avec Philippe le Bel seulement, puis avec la Réforme protestante, que se fit jour, contre l\u2019Église, la conception de l\u2019État moderne à pouvoir politique illimité.Et pourtant, il faut bien avouer que beaucoup 289 de catholiques éprouvent aujourd\u2019hui quelque répugnance à proclamer la nécessité d\u2019une Société internationale non contractuelle.Un fait capital qui explique une telle attitude est l\u2019apparition, dans une nation très chrétienne, à l\u2019aube de son histoire et commandant son développement, du principe de la souveraineté nationale non limitée: la France, fille aînée de l\u2019Église, face à la prétention des « maisons étrangères » d\u2019utiliser à leur profit l\u2019autorité du Saint-Empire, proclame que « le roi de France est empereur en ses États ».Stimulées par cet exemple, les nations nées de l\u2019effritement de l\u2019Empire revendiquent contre l\u2019Autriche et l\u2019Espagne leur totale indépendance.Puis, surgit la société libérale qui voile derrière ce fameux « dogme » de la souveraineté nationale le droit du plus fort à la domination universelle; et ces prétentions impérialistes de l\u2019âge libéral provoquent par réaction chez les nations catholiques la revendication accrue de leur souveraineté, seul gage de survivance.Ainsi s\u2019explique, pour des raisons bien différentes des égoïsmes libéraux, qu\u2019une fraction considérable du monde catholique vive encore de ce dogme politique suranné.On estime la collaboration internationale chose obligatoire, certes, mais essentiellement contractuelle, c\u2019est-à-dire affaire de contrats, ententes, pactes entre États consentant, pour la paix du monde, telles limitations pratiques à une souveraineté qui, en soi, demeure absolue.Mais, selon Pie XII, l'esprit d\u2019une saine démocratie pourra pénétrer également dans le domaine vaste et épineux de la politique extérieure (p.24).Il s\u2019agit maintenant de la démocratie des nations.Telle est devenue l\u2019interpénétration des valeurs humaines créées par les peuples qu\u2019elle exige aujourd\u2019hui d\u2019être instituée dans une autorité suprême, protectrice efficace des cellules-mères que sont les États, et unificatrice du développement organique des valeurs engendrées.Seule une telle autorité est capable d\u2019imposer les sacrifices particuliers nécessaires au bien commun.Ce qui ne supprime pas pour autant l\u2019autorité relative des États, fruits de longues formations historiques, et dont l\u2019autonomie, contenue en de justes bornes, demeure essentielle à la marche du monde, à la vie du tout.III.\u2014 LE DROIT DE GUERRE A cet enseignement de Pie XII, s\u2019ajoute un corollaire d\u2019une extrême importance pour l\u2019avenir du monde: une fois établie l\u2019autorité superétatique qui s\u2019impose aujourd\u2019hui à la conscience de l\u2019humanité, le droit de guerre aura cessé d\u2019exister.Bien plus, nous pensons que le maintien irrationnel jusqu\u2019à cette heure de ce droit si désuet proclame à lui seul l\u2019immense retard de l\u2019humanité, sous l\u2019influence de contingences historiques, à instituer un organisme requis depuis longtemps par l\u2019évolution du monde.Pourquoi, encore ici, la Politique est-elle prise au dépourvu ?Comment le droit temporaire pour les États de se constituer mandataires interprétatifs de l\u2019autorité 290 est-il arrivé à se faire prendre pour un droit naturel absolu?Pourquoi l\u2019étudier encore dans un traité à part et comme indépendamment des principes de la politique internationale?Seule l\u2019histoire peut rendre compte de ce fait étrange.Les premiers jugements que portèrent l\u2019Église et les penseurs chrétiens sur la guerre ne furent point des jugements d\u2019ordre moral, régulateurs des rapports entre peuples.Les chrétiens, incapables de changer la civilisation, ne pensèrent d\u2019abord qu\u2019à la juger dans la lumière de l\u2019économie divine de l\u2019histoire.Ils indiquèrent le sens de la déchéance humaine, le rôle de la souffrance et surtout du malheur des malheurs, la guerre.Et cette théologie de l\u2019histoire fut longtemps prise pour une éthique.Par exemple, le mot de saint Augustin: « Nous devons désirer la paix, mais la guerre est une nécessité » {Ad Optât., Epist.clxxxix), est cité encore aujourd\u2019hui dans le but de légitimer moralement la guerre.La guerre peut, dans un sens très vrai, être appelée un malheur « providentiel » ; mais la maladie, le vol, l\u2019émeute, la famine ne le peuvent pas moins.Aussi dut-on formuler à son sujet des jugements proprement moraux.Les premiers portèrent sur l\u2019obéissance des soldats au pouvoir établi plutôt que sur la justice même des guerres.Peu après, saint Augustin, en face de l\u2019invasion des barbares, légitima l\u2019emploi de la force pour défendre l\u2019ordre injustement violé; toutefois, il appliquait son principe au seul cas concret de la menace faite à l\u2019Empire, gardien universel de l\u2019ordre.Suivit la civilisation médiévale, modelée au début sur l\u2019Empire romain dont le souvenir hantait les esprits.Il est très remarquable que l\u2019Église ait d\u2019abord ambitionné d\u2019éliminer le droit de guerre de cette société qui, pour la première fois dans l\u2019histoire, incarnait les principes chrétiens: elle remit à l\u2019empereur, son mandataire temporel, l\u2019usage exclusif de la force armée.Mais l\u2019ambition devançait l\u2019époque.Le morcellement féodal imposait le partage du droit de lever l\u2019épée.Impuissante à supprimer la guerre, l\u2019Église fit porter son effort à christianiser les mœurs guerrières.De là, le code de « la chevalerie ».Et la tâche de celle-ci parut si belle, « l\u2019impôt du sang » parut toucher de si près le sommet du désintéressement que longtemps les hautes classes des sociétés chrétiennes vécurent plus ou moins consciemment de l\u2019idéal chevaleresque.Pendant l\u2019âge libéral, tous virent dans le droit de guerre le corollaire de la souveraineté nationale.La guerre s\u2019identifia, dans l\u2019imagination populaire, avec la défense de la patrie.Mesure-t-on bien jusqu\u2019à quel point cette mystique a auréolé la guerre, au point que la disparition de celle-ci semblerait ravir à la nation une part de sa substance ?Ces états d\u2019âme dont a vécu l\u2019Occident catholique le préparaient mal à saisir rapidement que la patrie et la nation, comme toutes les valeurs humaines, ne pourront à l\u2019avenir être efficacement protégées que par RELATIONS une institution toujours agrandie de l\u2019ordre du droit, lequel, de sa nature, est universel et postule un organisme supra-national, seul chargé de l\u2019emploi de la force.Une grandeur doit disparaître dans cette évolution, comme s\u2019est évanoui, lors de la création de l\u2019autorité civile, le halo qui flottait autour du père de famille, campé devant son gîte et prêt à défendre, à la force de son bras et jusqu\u2019au sang, son foyer, sa femme et ses petits.Mais la grandeur du père n\u2019est pas là.S\u2019il fallait insister pour faire sentir quel redressement la pensée de Pie XII invite à opérer, nous citerions, \u2014 parce que nous avons le livre sous la main,\u2014¦ Théologie de la Guerre, de l\u2019abbé Rouzic, qui date de 1916.Le premier chapitre s\u2019intitule: La guerre se rencontre chez tous les êtres; le deuxième: Il y a toujours eu des guerres; le troisième: Il y aura toujours des guerres.Il n\u2019y a que des idéologues éloignés des réalités, dit l\u2019auteur, pour croire le contraire.Et il poursuit: Il se rencontre des prophètes déplorant « cette barbarie de Vinstitution internationale qui s'appelle la guerre » et qui préconisent la création d'un « tribunal supérieur qui prononcerait entre les nations ».Illusion généreuse.et dangereuse.(Pp.15 et 16.) Oui, un tournant.Il n\u2019est peut-être pas inutile, enfin, de faire remarquer que tout ce que nous avons dit regarde exclusivement la Politique, science qui ne règle pas ultime- ment l\u2019action; l\u2019application des principes relève de la prudence politique.Et celle-ci, qui cherche à réaliser les principes le plus parfaitement possible, mais selon les contingences concrètes, peut juger sincèrement, dans tel ou tel cas, que le mieux est actuellement l\u2019ennemi du bien, que le gain d\u2019un changement ne compenserait pas ses méfaits, que la pleine réalisation des principes doit cheminer par maints intermédiaires.L\u2019Église qui a pu, à bon droit, guider la chrétienté encore mineure dans le domaine de la réalisation elle-même, abandonne aujourd\u2019hui délibérément cette responsabilité au laïcat chrétien.C\u2019est aux hommes politiques qu\u2019il incombe, autour de la table des délibérations, de faire triompher les principes catholiques dans l\u2019organisation du monde.Mais qu\u2019ils se souviennent, s\u2019ils veulent remplir cette tâche immense, qu\u2019il leur faut d\u2019abord vivre pleinement de la vie de l\u2019Église: Si l'avenir appartient à la démocratie, un rôle de premier ordre dans sa mise en œuvre devra revenir à la religion du Christ et à l'Église, comme messagère de la parole du Rédempteur et comme continuatrice de sa mission de salut.C'est elle, en effet, qui enseigne et qui défend la vérité; c'est elle qui communique les forces surnaturelles de la grâce, pour réaliser l'ordre des êtres et des fins établi par Dieu, comme fondement dernier et norme directrice de toute démocratie.(P.29.) BON SANG NE PEUT MENTIR EN HOMMAGE AU JUGE P.-B.Alexandre DUGRE, S.1.MIGNAULT A CÔTÉ DE L\u2019ÉGLISE de Chambly-Bassin, dans le vieux cimetière où l\u2019on n\u2019enterre plus, deux pierres tombales évoquent deux périodes d\u2019histoire.L'une, espèce de gros caillou équarri à la grosse, est surmontée d\u2019un fût dont l\u2019inscription garde le souvenir du Léonidas canadien, Pierre-Michel Irumberry de Salaberry, et de Marie-Anne-Julie Hertel de Rouville, son épouse, sa veuve, remariée au négociant Glenn, de Saint-Mathias, au temps où les négociants faisaient affaire sur le Richelieu.L\u2019autre pierre, une simple épitaphe de marbre, cassée du bas, appuyée sur une voisine, est aussi inconnue des Cham-blisois que du reste de nous, \u2014 et bien à tort.C\u2019est celle de Fr s-Basile Mignault, décédé le 20 juin 1832, âgé de 77 ans et un mois, \u2014 et de Josephte Ledoux, son épouse,.Devant l\u2019église, un beau monument de granit, élevé par la reconnaissance magnifique d\u2019un ancien, représente le bon curé Mignault, qui donna un ministère extraordinaire.Deux arrière-petits-fils de François-Basile et petits-neveux du curé Mignault ont fait leur marque dans la vie montréalaise et canadienne: l\u2019un vient de mourir très âgé, très renommé, le savant juriste et juge P.-B.Mignault; et son frère, le regretté docteur Louis-Daniel Mignault, chevalier de Saint-Grégoire et médecin très charitable de beaucoup de familles pauvres et d\u2019immigrants païens, dont il baptisa quelques centaines d\u2019enfants sur le point de mourir.L\u2019inoubliable docteur, à la franchise cordiale et brusque, était causeur, artiste, sensible et pieux.Sur ses vieux jours, il dicta les souvenirs de sa famille sur l\u2019origine acadienne et les héroïques tribulations de son ancêtre, victime du Grand Dérangement.Comme c\u2019est l\u2019histoire de centaines de nos communs Gabriels et Évangélines, martyrs de leur foi et de leur ascendance; et comme les voyages d\u2019été peuvent nous conduire dans la vallée du Richelieu ou par delà Moncton, lisons pieusement, comme des Actes des Martyrs, ces beautés ignorées, plus belles que de la fiction, et plus inspiratrices des continuateurs.Résumons les Mémoires du docteur Mignault, en hommage à la grande âme que Montréal et le pays n\u2019oublieront pas.Aux jours laborieux de la .première Acadie française, en 1676, Jean Aubin dit Mignault arrive à Beaubassin, s\u2019établir à la colonie dirigée par Michel Leneuf de la Vallière.La terre est bonne, les hommes sont vaillants, tout va pour le mieux: Aubin épouse Anne Dugas, et c\u2019est le bonheur des peuples jeunes.Quand une troupe d\u2019Américains saccage tout en 1704, Aubin regagne le Saint-Laurent et se fixe à Kamouraska.Quarante-cinq années s\u2019écoulent et trois jeunes Aubin décident de reprendre la terre abandonnée du grand-père, dans l\u2019Acadie cédée aux Anglais depuis 1710.D\u2019abord, tout va bien.Étienne épouse Madeleine Cormier en 1751.De nouveau, Beaubassin est détruit; l\u2019on déménage sur une terre neuve à l\u2019abri du fort de Beauséjour (Amherst), que le traître Vergor livrera aux Anglais en juin 1755.Deux enfants sont nés: Étienne et Basile.La vie de défricheur continue, quand, un beau matin d\u2019août, le général Monckton enjoint aux Acadiens de se rendre au fort.Le vilain drame commence: jusqu\u2019ici l\u2019on a triomphé déjà sauvagerie; on est maintenant enveloppé de haines.Étienne Aubin ne se doute pas de ce qui l\u2019attend.Sa femme prépare le dîner à la crémaillère; son Étienne ne la quitte pas, et le bébé de trois mois dort au berceau : « Comme ça, vous allez au fort?Mange donc avant de partir; la soupe achève.NOVEMBRE 1945 291 \u2014 Il le faut bien.Mais ne crains pas! Ils n\u2019ont rien contre moi; j\u2019étais dans le bois au mois de juin.Garde la soupe chaude, je vais revenir bientôt.» Ce fut là son adieu.Madeleine en eut le pressentiment et pleura.Le long du chemin, un vieillard qui connaissait le genre cria de son perron: « Vous feriez mieux de vous en retourner, de prendre le bois.Si vous allez au fort, vous ne reviendrez pas.» Ces jeunes Acadiens étaient des optimistes, rassurés par la conscience de leur neutralité.Ils continuèrent et furent surpris de trouver là 400 soldats qui les encerclèrent, prisonniers tout simplement.Impossible d\u2019échapper.La mort dans l\u2019âme, ils passent la nuit à frissonner dans la brume et l\u2019insomnie, pour apprendre le lendemain qu\u2019ils sont des rebelles, que leurs terres et leurs biens sont saisis par la Couronne anglaise, qu\u2019eux-mêmes sont captifs, et qu\u2019on va les déporter sans distinction.Bientôt leurs familles auront le même sort.On a beau plaider, rien n\u2019y fait.Madeleine a passé une triste veillée, scrutant la route, attentive aux bruits, cherchant des nouvelles.Les enfants dorment comme des anges dans l\u2019heureuse insouciance, à côté de la jeune femme au désespoir.Dès le matin, les voisins s\u2019assemblent autour de Pierre Cormier, venu s\u2019informer de son gendre: « Il est au fort?Ah! mon Dieu! Il est perdu.On ne le reverra jamais.» La pauvre Madeleine et les autres, serrant leurs enfants près d\u2019elles, ne peuvent que sangloter.« Mes chers amis, dit le vieillard, après s\u2019être ressaisi lui-même, on n\u2019a pas le temps de se lamenter.Il faut gagner les bois, empaqueter les choses indispensables, et vite! » Ces Acadiennes étaient braves, habituées à la vie rude.Aidées par les vieillards et les adolescents, elles chargent des provisions et des couvertures, non sur des charrettes mais sur des chevaux, et fuient assez loin dans le bois pour qu\u2019on ne les rejoigne pas touj: de suite.Madeleine porte son bébé dans ses bras; le petit Étienne, obligé de marcher, mourra de misère, comme tant d\u2019autres de ces affreux jours.Au fort, les hommes, conscients de leur vie loyale, cherchent à se donner du cœur en supposant qu\u2019on veut simplement leur faire une peur et les convaincre d\u2019obéir aux lois.Ils ne savaient pas que le Conseil d\u2019Halifax avait réglé leur cas et envoyé des navires pour les déporter.Un froid matin, au petit jour, on les fait sortir quatre par quatre, entre des rangées de soldats, vers les mauvais bateaux qui les emmènent Dieu sait où.Ils sont si las, si déprimés, qu\u2019ils se laissent transborder comme des paquets.En route, plusieurs sont malades, et un compagnon d\u2019Aubin, qui par mégarde heurte un matelot, reçoit une telle volée que les autres veulent prendre sa défense, au risque de se faire sabrer: le capitaine, qui a vu l\u2019affaire, arrête les soldats et met aux fers Étienne, et sept autres, qu\u2019il jettera en prison à Boston, en attendant leur procès.Le geôlier, apprenant à quoi se résume leur crime, se montre humain, et les Acadiens, qui jusque-là ont dit leur chapelet pour demander à la sainte Vierge une bonne mort, la remercient et la prient maintenant de les sortir de là.Pour tuer le temps et se relever le moral, Aubin chante.Il a une belle voix, qui fera de lui un chantre d\u2019église à L\u2019Assomption.Les officiers l\u2019invitent à leur étage, où il fait applaudir ses chansons françaises, et d\u2019où il observe les alentours \u2014 et rapporte des provisions.Les compagnons de cave apprennent ainsi qu\u2019il y aurait moyen de s\u2019évader en creusant un trou sous la muraille.La nuit, après une bonne prière, ils grattent avec des écuelles et des gobelets la terre caillouteuse, dure à décourager n\u2019importe qui.Il faut cacher la terre ainsi enlevée, cacher le tunnel creusé, prendre un air abattu alors que l\u2019espérance grandit.Le travail dure quinze soirs; on ménage ses provisions; tout 292 est prêt: l\u2019on n\u2019attend plus qu\u2019une nuit sombre d\u2019automne.Pourvu que les gardes ne fassent pas l\u2019inspection!.La bonne Mère des éprouvés les seconde.Voici le mauvais temps, la journée grise, un soir d\u2019encre qui tombe enfin.Les officiers sont bien longs à aller se coucher.Étienne, qui a pu remarquer où les canots sont halés, sort le premier.Les huit sont à genoux, ils rampent dans le tunnel, vers la liberté, vers leurs familles.Dehors, il fait noir comme chez le loup; la pluie cingle et on l\u2019aime.Étienne passe la main sur les têtes pour voir si l\u2019on y est tous; et maintenant, quatre par canot.Sans crissements sur le sable, puis sans trop barboter, on s\u2019éloigne de l\u2019île en gagnant le nord.Toute la nuit on fait de la vitesse.Quels coups de rames! Qu\u2019importe la pluie! L\u2019espoir supplée à la faiblesse des muscles amaigris.La marée aide.Marie aussi, l\u2019Étoile de la mer, patronne de cette Acadie dont l\u2019air national est Y Ave maris Stella.Au petit jour, on prend le bois au nord de Salem, en laissant les chaloupes comme si l\u2019on avait péri.Trempés jusqu\u2019aux os, affamés, épuisés d\u2019efforts et d\u2019énervement, nos proscrits évitent les maisons; ils ne se risquent à faire du feu qu\u2019après dix milles de forêt.Le temps s\u2019est réparé; le briquet fonctionne, la flamme relève les courages, et l\u2019on repart.On marche, on tombe, on rejoint un parti d\u2019Abénaquis, ces alliés perpétuels des Français, toujours bons pour eux.Cependant, là-bas, les femmes et les enfants, jugeant impossible de traverser en hiver la terrible forêt qui les sépare du Saint-Laurent, pointent au nord-est vers la côte, espérant y trouver des bateaux de pêche.Le général Monckton les fait traquer.Ses sbires arrêtent quelques traînards.Un jour que des hommes armés de vieux fusils de chasse vont au gibier, un Anglais tombe sur le groupe, arrêté pour manger près d\u2019un ruisseau.Mme Aubin, occupée à faire cuire du poisson, aperçoit un habit rouge qui veut la saisir.Les fuyards sont terrifiés.Elle ne perd pas de temps et, prenant à deux mains la queue de la poêle, assène un magistral revers au présomptueux, qui tombe sans connaissance.On se hâte de lever le camp, et quelques jours après, vraisemblablement autour de Shédiac, on a le bonheur de trouver à l\u2019ancre un navire français, qui amènera tout le monde à Québec.Mgr de Pontbriand organise les secours et trouve des foyers^chez l\u2019habitant: Madeleine demeure à Lévis, où son petit Étienne achèvera de mourir.Et la vie continue; l\u2019angoisse aussi, car on est sans nouvelles des hommes, et dans l\u2019impossibilité de les renseigner: où sont-ils?.Et eux qui se demandent: où sont-elles ?.Après deux ans de vie à la sauvage, Étienne Aubin, dont les frères, jetés sur un autre bateau et sur une autre côte, n\u2019ont jamais laissé de trace, décide de retrouver sa famille.Vêtu de peaux, chargé de pelleteries qu\u2019il compte vendre à Québec, il évite la route plus facile et plus risquée du lac Champlain pour remonter la Kennebec, descendre le long de la Chaudière et sortir à Charny, en juin 1758.Traversé à Québec, il gagne le marché de la Basse-Ville, cherchant des ressemblances et des nouvelles parmi les habitants venus des environs.A côté d\u2019une bonne grosse Canadienne aux yeux noirs, il remarque un enfant blond, aux yeux bleus, qui ressemble à Madeleine.L\u2019espoir égare-t-il son jugement?.Les clients ne tardent pas à s\u2019arracher les jardinages de la vendeuse, qui part elle-même faire ses emplettes: « Reste ici, Basile, garde les paniers.Ne bouge pas; tu te perdras, et ta mère ne me le pardonnera jamais.» L\u2019enfant obéit, et comme Étienne s\u2019avance, il le prévient: « On n\u2019a plus rien à vendre, monsieur le sauvage! \u2014 Je ne suis pas un sauvage, mon gros.Je suis un blanc.\u2014 Vous avez l\u2019air d\u2019un sauvage, dit l\u2019enfant, pas épeuré.RELATIONS \u2014 Cette dame est-elle ta mère ?\u2014 Non, monsieur.C\u2019est Mme Couture; elle m\u2019emmène.» Dieu soit béni! Tout espoir n\u2019est pas fauché.Le trappeur se hâte d\u2019aller vendre ses peaux de castor, de se faire raser, de s\u2019habiller à la française et de revenir, juste à temps pour retrouver la fermière: « Pardon, madame; vous venez du sud ?Y a-t-il des Acadiennes par là ?\u2014 Ah oui! plusieurs.Pourquoi demandez-vous ça?\u2014 Je suis Acadien moi-même, et je cherche ma femme.\u2014 Oh ! nous avons plusieurs femmes dont les maris ont été emmenés.Justement, la mère du petit en est une.Son mari est allé à l\u2019église et n\u2019est jamais revenu.» Étienne, qui déjà parlait avec fièvre, se met à trembler de tous ses nerfs: « Comment s\u2019appelle-t-elle?» La fermière hausse les épaules: « On l\u2019appelle l\u2019Acadienne.Franchement, je ne sais pas.Petit, dis le nom de ta mère?\u2014 Elle s\u2019appelle maman ! \u2014 Sans doute!.Mais, monsieur, si vous voulez bien ramer, traversez avec nous.Je vous dirai où elle reste.» Ce ne fut pas long.Étienne ramait comme pour un sauvetage, comme un évadé du malheur qui espère enfin toucher le port.Mme Couture remercie, en emmenant dîner le petit: « Je suis contente de vous avoir rencontré.Autrement, il aurait fallu attendre le baissant pour atteindre Lanjou.Tenez, c\u2019est là que reste l\u2019Acadienne.» L\u2019homme pâlit et recommence à trembler de crainte et d\u2019espoir: « J\u2019ai peur que vous ne soyez fatigué.Nous aurions mieux fait d\u2019attendre la marée », dit la bonne dame, qui s\u2019y trompait.La hutte du destin, construite en bois rond, borde le chemin.Une fumée sort du toit: donc il y a quelqu\u2019un, et qui prépare l\u2019ordinaire.Aubin s\u2019approche, le cœur battant, craignant de trouver une étrangère \u2014 ou de n\u2019être pas reconnu.La porte est fermée.Sans bruit, sur le bout des pieds, il regarde par la fenêtre ouverte: une femme est là, le dos tourné, qui met du bois sous la marmite pendue à la crémaillère.Deux longues tresses de cheveux blonds descendent sur son dos.Comme elle se tourne pour prendre du bois, Étienne reconnaît sa douce Madeleine.Un peu amaigrie, vêtue en pauvre, mais c\u2019est bien elle.Vite, il se retire du châssis, et, sans frapper, bien doucement, il ouvre la porte.Que va-t-il dire pour se faire reconnaître ?Il reprend la dernière phrase de là-bas: « Voyons, Madeleine! Voilà trois ans que je suis parti, et tu n\u2019as pas encore fini cette soupe-là?.» Au son de la voix, elle se redresse et, avec un cri, tombe évanouie, mais dans ses bras.Le cœur se ressaisit vite, et les embrassements comblent les arrérages.Le cri attire l\u2019attention des voisins, qui arrivent à la course.La porte s\u2019ouvre, et Madeleine paraît sur le seuil, tenant son mari par-dessous le bras, et faisant les présentations.Tout le monde comprend: les hommes donnent chaudement la main à Étienne; les femmes baisent avec émotion l\u2019heureuse petite veuve, pendant que Mme Couture amène le petit Basile.Bien des veillées se passent à conter aux voisins les terribles aventures.Le plus attentif, alors ou plus tard, est l\u2019enfant de trois ans, qui léguera ensuite l\u2019héroïque tradition de famille, et qui repose au cimetière de Chambly.M.Couture donne du travail au rapatrié, qui peut ainsi mettre du pain et du sourire à la maison, en attendant de rejoindre le beau-père Cormier à Bécancour.Les événements se précipitent: la bataille de Carillon sauve le pays, encore pour un an; mais 1759 appelle Aubin dans les milices au camp de Beauport.La bataille des Plaines d\u2019Abraham le met en face de vieilles connaissances: il a toujours prétendu avoir atteint le général Monckton.Après la capitulation de Québec, il monte aux Trois-Rivières et traverse à Bécancour.En 1769, il va s\u2019établir à Saint-Denis, d\u2019où il partira pour L\u2019Assomption en 1796, à la mort de Madeleine.Lors de l\u2019insurrection américaine, l\u2019enfant déporté, Basile, arrivé en âge et désireux de soulager certaines rancunes, se bat du côté américain sous Schuyler.Fait prisonnier, il s\u2019échappe et revient à Saint-Denis, où il épouse Josephte Ledoux.Aux troubles de 1837, un petit-fils de Basile, le père du docteur et du juge Mignault, sur le point d\u2019être arrêté comme Fils de la Liberté, gagne Burlington par le Richelieu, muni d\u2019une lettre de son oncle, curé à Chambly et respecté des Anglais.Tout va bien, malgré les provocations d\u2019un espion, qui cherche à faire jaser les émigrants.Là-bas, l\u2019ouvrage ne manque pas, l\u2019ennui non plus.Au printemps, le jeune patriote brûle de revoir sa mère.Pas moyen de le retenir.Avec un compagnon de Saint-Mathias, il marche de nuit et se cache le jour.Après deux semaines, il arrive un soir à la maison paternelle.Grande émotion, grand émoi aussi: Chambly pullule de soldats et d\u2019espions.Il n\u2019y sera que vingt-quatre heures: la nuit suivante, on a beau veiller à la noirceur, on entend frapper.Le proscrit saute par une fenêtre, s\u2019esquive et retourne comme il est venu.Mais voici qu\u2019un demi-mille en deçà de la frontière, entre Lacolle et la Pointe-à-Rousse, un piquet de soldats l\u2019arrête et l\u2019amène à un officier.Encore là le ciel lui est secourable.Sans s\u2019énerver, en bon acteur qui joue bien son rôle, le fugitif répond avec calme: « Je m\u2019appelle Basile Mignault.Je m\u2019en vais enseigner le français à Burlington.\u2014 Mignault ?Êtes-vous parent du curé de Chambly ?\u2014 C\u2019est mon oncle.\u2014 Je le connais très bien.C\u2019est un homme droit et un excellent citoyen, qui maintient l\u2019ordre chez lui.» L\u2019officier examine la lettre de recommandation du prêtre, et souhaite bonne chance au voyageur, qui remercie poliment et continue sans hâte.Bientôt il entend un galop de chevaux.Un cavalier exhibe un papier à l\u2019officier du poste, qui crie: « Hé! Reviens ici! » pendant que les chevaux reprennent le galop.Il galope aussi, et démontre une fois de plus que « se sauver est autre chose que courir » ! Passé la frontière, bien en sûreté, il salue à grands coups de chapeau.Quant au propre fils de l\u2019enfant de l\u2019exil, ce curé Pierre-Marie Mignault, né en 1784, mort en 1868, il fournit une carrière de cinquante-six ans de grand ministère à Québec, aux Acadiens d\u2019Halifax, puis aux Canadiens du Vermont et du New-York, en surcroît de sa cure de Chambly et des colonies de Saint-Césaire et de Saint-Bruno.Grand-vicaire de Montréal, de Boston, d\u2019Albany et de Burlington, il bâtit de nombreuses chapelles de missions, plus un collège classique, un couvent et un hôpital à Chambly, qu\u2019il desservit quarante-neuf ans.Pour les patriotes exilés, il faisait plusieurs fois l\u2019année, à cheval et en bateau, des voyages épuisants.En 1850, il fonda la paroisse Saint-Joseph de Burlington, où le français survit encore à une école anglicisante.Accablé de travaux, d\u2019âge et d\u2019infirmités, le saint curé prêchait un peu naïvement et longtemps ses bien-aimés Cham-blisois.On s\u2019en plaignit à Mgr Bourget, qui comprit, mais, faute de prêtres pour le remplacer, demanda bonnement à M.Mignault de ne plus prêcher.Aussitôt dit, aussitôt obéi.Et le saint vieillard, en cas de s\u2019oublier, avertit le sacristain de l\u2019arrêter s\u2019il partait pour monter en chaire.Or, il paraît que tous les dimanches, après l\u2019évangile chanté, M.Mignault se mettait à enlever sa chasuble pour gagner la chaire, mais que le bedeau survenait: « Monsieur le curé, c\u2019est le temps de chanter le Credo ! \u2014 Ah oui, merci! » Et le bon vieillard bien obéissant continuait la messe.A 82 ans, il put se retirer, pour mourir deux ans après, et reposer là, à côté de son père, l\u2019enfant né au fort de Beauséjour, arrière-grand-père du savant juge Pierre-Basile Mignault, qui vient de mourir à 91 ans.De 1755 à 1945, quatre générations.Ces Acadiens!.NOVEMBRE 1945 293 M.DREW AUTONOMISTE LES PROVINCES les plus diverses, par la force, justement, j de leurs diversités foncières, raisonnent de la même façon sur la question de leur autonomie.M.Drew, par exemple, est aussi autonomiste que des hommes éloignés de lui, politiquement, comme MM.Taschereau, Hepburn ou Duplessis.Voici des paroles qu\u2019il adressait au Canadian Club de Toronto, en octobre, et citées dans le Globe and Mail : « Allons-nous abandonner la conception originelle de la fédération canadienne et adopter une forme beaucoup plus centralisée de gouvernement, ou bien n\u2019allons-nous pas revenir à la décentralisation administrative de toutes nos affaires, sauf celles d\u2019un caractère externe ou strictement national ?« Je pense, ajouta-t-il, que nous devrions essayer de combiner la pleine autorité du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux par la coopération la plus efficace possible.Nous devrions éliminer tous les services qui font double emploi quand c\u2019est possible.Je crois qu\u2019une grande mesure d\u2019uniformité dans la législation et de simplification dans la perception des impôts sont des nécessités vitales.« Qu\u2019on ne voie pas non plus dans mes paroles une objection à grouper ensemble les ressources de tout notre pays pour le bien-être du Canada considéré comme un tout.Je crois que l\u2019Ontario, avec ses avantages manifestes, doit prendre sa pleine part de responsabilités dans l\u2019édification d\u2019une solidité et d\u2019une sécurité canadiennes totales.Mais tout cela peut s\u2019accomplir par des ententes et sans sacrifier les sauvegardes constitutionnelles fondamentales de notre Constitution.» INTERPRÉTATION DE MARXISTE MZILLIACUS, nouveau député travailliste anglais, a \u2022 affirmé, dans son maiden speech, que les mouvements de résistance en Europe étaient fondés sur les classes ouvrières et « pour une large part dirigés par le mouvement socialiste ou communiste ».A quoi le Tablet (1er septembre) répond pertinemment: « Sans nul doute, le maréchal Tito aimerait que le gouvernement royal de Yougoslavie ne se soit pas joint aux Alliés et n\u2019ait pas osé défier les Allemands lorsque ceux-ci étaient au faîte de leur puissance.Mais, en fait, ce gouvernement l\u2019a fait.Nul doute que tout eût été plus facile pour l\u2019E.A.M., en Grèce, si le roi Georges et le général Métaxas n\u2019avaient pas défié les Italiens, mais, en fait, ils l\u2019ont fait.Ce serait aussi plus simple pour la thèse marxiste de M.Zil-liacus si les hautes classes hongroises et le monde des affaires de ce pays s\u2019étaient joints aux Allemands et si Y Arrow Cross et les partis hongrois n\u2019avaient pas été, en fait, décimés par les arrestations et par l\u2019emprisonnement aux mains du gouvernement Horthy.C\u2019aurait été beaucoup plus aisé pour les Russes si le régime polonais de 1939 avait fait avec Hitler le pacte, que, en fait, Staline a fait, et s\u2019ils avaient pris une tranche du territoire russe conjointement avec l\u2019invasion allemande, comme les Russes firent, en fait, à la Pologne.Mais ce ne fut pas là l\u2019histoire des Polonais ou de l\u2019armée polonaise intérieure, laquelle causa un si grand embarras aux plans russes parce qu\u2019il était tellement difficile de la confondre avec l\u2019ennemi qu\u2019elle combattait.Il a échappé à la perspicacité de M.Zilliacus que cette révolution des travailleurs n\u2019a gagné le pouvoir, en une demi-douzaine de pays, que lorsqu\u2019elle eut l\u2019Armée rouge derrière elle.Si sa théorie était vraie, l\u2019histoire de la Norvège, de la Hollande et de la Belgique aurait été très différente de ce qu\u2019elle a été.» En Allemagne, un très grand nombre de nationaux des pays de la zone soviétique, par leur refus de se laisser rapatrier, ne semblent pas partager la théorie de M.Zilliacus.AVEC OU SANS COMMENTAIRES MIEUX QUE VERSAILLES ?IES TRACTATIONS de Versailles et les traités qui s\u2019en sont suivis n\u2019ont pas, depuis la « faillite » de la S.D.N., très bonne presse.La Saturday Night du 29 septembre se demande, en éditorial, si les pourparlers en cours entre les grandes nations sont mieux que ce qui se passa à Versailles.L\u2019article fait remarquer que les observateurs, à Londres, comparant les ententes ouvertes auxquelles on en était arrivé à Versailles avec la politique mi-secrète de puissance qui s\u2019est exercée à la conférence à huis clos des Cinq, concluaient en faveur de Versailles.Et le journal continue: « Mi-secrète, cette conférence, parce que de telles discussions, qui impliquent des intérêts si opposés, ne peuvent pas être réellement tenues secrètes, quand la raison militaire n\u2019y force pas.Il y a des « fuites » pour les correspondants qui sont en relations intimes avec les membres des délégations étatsunienne, anglaise et française, et des « fuites de compensation » arrangées par les Soviets pour faire valoir leur point de vue devant l\u2019opinion.Mais si l\u2019appui du public est reconnu comme nécessaire par les délégués, cette manière de procéder est loin de le leur gagner.Ils ont à faire beaucoup mieux que cela, s\u2019ils veulent enlever l\u2019impression de power-play qui s\u2019est déjà largement répandue.Ici encore, comme à San-Francisco, nous sommes grandement redevables au Dr Evatt, le tenace et blunt-spoken ministre des Affaires étrangères d\u2019Australie, qui s\u2019est fait le champion des principes et des droits des petites nations.« On affirme, pour défendre les méthodes secrètes, que les grandes puissances ne pouvaient se permettre d\u2019exposer leurs positions clairement avant de connaître les intentions 1 \u2022\tles unes des autres; et c\u2019est cette raison, apparemment, qui a réduit la première rencontre des ministres à devenir une espèce de match où chacun se querellait pour un avantage particulier.Une autre circonstance qui a favorisé ce développement, c\u2019est la règle de l\u2019unanimité imposée par l\u2019insistance soviétique.Il ne peut y avoir de décision à la pluralité des voix.Tous les accords finaux, semble-t-il, doivent être obtenus comme résultat d\u2019un marchandage pour réduire en une sphère les demandes des Soviets en accédant à leur désir en une autre sphère.Et l\u2019article se termine par cette phrase assez pessimiste mais bien clairvoyante, croyons-nous: « Une paix déjà à moitié établie par fait accompli dans l\u2019Europe de l\u2019est, où des dizaines de millions de gens ont été passés d\u2019une souveraineté à l\u2019autre ou brusquement chassés de leurs foyers sans jamais la suggestion même d\u2019un plébiscite, et complétée par ce hard dealing à Londres, doit au moins faire lever des doutes quant à sa supériorité sur la paix de Versailles.» CONTRE LA CONSCRIPTION EN TEMPS DE PAIX ^ / LE « Conseil de l\u2019État du Michigan contre la Conscription j en temps de paix », formé d\u2019éducateurs protestants, catholiques et juifs, de chefs ouvriers de VA.F.of L.et de la C.I.O., aussi bien que d\u2019industriels, d\u2019hommes d\u2019affaires, de cultivateurs, de journalistes, d\u2019hommes de professions libérales, de travailleurs sociaux et de dirigeants de la Y.M.C.A.et de la Y.W.C.A., a présenté en juin dernier, au comité parlementaire de Washington sur la politique militaire d\u2019après-guerre, un mémoire dont nous extrayons les considérants suivants: « Ce Conseil s\u2019oppose à toute législation de conscription en temps de paix pour les raisons suivantes: « 1° Elle est inutile, puisqu\u2019elle ne servira nullement à gagner la guerre.De plus, à la fin de la guerre, nous posséderons suffisamment de soldats bien entraînés et d\u2019outillage militaire pour obvier à tout besoin et à toute urgence.« 2° Rien ne pourrait mieux faire naître la suspicion, le manque de confiance et la crainte chez nos alliés et les autres nations.La possibilité de créer une paix durable et de développer la coopération internationale qui s\u2019impose serait diminuée, puisqu\u2019une telle mesure provoquerait une nouvelle course aux armements.« 3° Il n\u2019est ni sage ni honnête de voter une législation si drastique au moment où nous sommes sous l\u2019influence de l\u2019hystérie de guerre et avant même le retour de nos soldats.« 4° Les soi-disant bienfaits de l\u2019entraînement militaire sont trop peu nombreux, s\u2019offrent trop tard et à ceux qui en ont le moins besoin (les buts visés étant le développement de la santé de tous et la formation du caractère).« 5° Le sens démocratique ne peut se développer au moyen de méthodes autocratiques et de techniques totali- taires.Adopter l\u2019essence du système pour la destruction duquel nous luttons, c\u2019est être vaincu dans la victoire même.« 6° Toute discipline valable doit être acceptée par l\u2019intérieur et ne peut être imposée ou cultivée par la contrainte.« 7° La conscription militaire, comme antidote au chômage, est une évasion fausse de la nation, devant son devoir de s\u2019attaquer au vrai problème d\u2019éliminer la pauvreté, de prévoir l\u2019embauchage intégral au moyen d\u2019entreprises productives.« 8° Le génie inventif sera de plus en plus limité à perfectionner des engins destructeurs dont les résultats seront désastreux.« 9° L\u2019éducation véritable et la formation militaire sont en soi contradictoires.Rien n\u2019est plus dangereux pour la démocratie que l\u2019enrégimentation, la subordination, l\u2019obéissance dénuée de sens critique sous une autorité arbitraire, ce que l\u2019entraînement militaire produit dans la plupart des cas.« 10° Adopter la conscription en temps de paix, c\u2019est rejeter l\u2019essai loyal de créer un organisme mondial et c\u2019est confesser que, malgré la victoire militaire, nous avons déjà perdu la paix.« Dans le dessein de coordonner tous les efforts des citoyens qui partagent des convictions similaires, nous demandons aux représentants de toutes les organisations aussi bien qu\u2019aux particuliers, qui cherchent le même but que nous, de se faire représenter dans notre Conseil ou de s\u2019y inscrire.» Nous croyons que ces raisons valent non seulement aux États-Unis mais dans tout pays qui désire la paix du monde et l\u2019épanouissement dans son sein d\u2019une saine démocratie.NOVEMBRE 1945 LA « RETRACTATION » DE HARVARD C\u2019EST AINSI que l\u2019on a 'appelé aux États-Unis un geste important que viennent de poser les dirigeants de Harvard.Il ne s\u2019agit rien moins que d\u2019une répudiation du système « électif », inventé et appliqué d\u2019abord à Harvard même, il y a quelque soixante ans, sous la présidence de Charles W.Eliot, qui en avait fait le pivot de ses réformes éducationnelles.America, le 4 août dernier, écrit à ce sujet: « Ce fétiche de l\u2019éducation, qui attirait l\u2019anathème sur quiconque ne le révérait, se répandit comme une épidémie sur toute l\u2019éducation étatsunienne.Il glorifiait ce qui a été justement appelé le type cafeteria en éducation, détruisant l\u2019unité de la formation.Bien que des éducateurs plus sages aient vu avec alarme les tristes résultats du principe électif, ils formaient une minorité impuissante et se trouvaient forcés d\u2019accepter en pratique ce qu\u2019ils réprouvaient en théorie.Tel fut le cas, en particulier, des institutions catholiques, fondées sur une philosophie solide de l\u2019éducation; elles savaient que l\u2019« électivisme » deviendrait un principe de désintégration.« Leur position fut dès lors présentée par le P.Timothy Brosnohan, s.J., dans un article célèbre.Le rapport de 1945, à Harvard, revient à cette position.Que l\u2019Université Harvard elle-même prenne l\u2019initiative de réparer l\u2019erreur qu\u2019elle a lancée, nous voyons là un facteur important de la régénération de l\u2019éducation chrétienne.» LES CATHOLIQUES ET FRANCO Voici deux paragraphes d\u2019une lettre adressée au Commonweal (28 septembre) par l\u2019abbé F.D.Cohalan: « Les catholiques étatsuniens ont soutenu le général Franco parce que le Saint-Siège et les catholiques espagnols le firent.Quand la guerre civile éclata, les catholiques espagnols eurent à choisir entre deux partis, les seuls qui s\u2019offraient et dont l\u2019un allait nécessairement l\u2019emporter.Ils pouvaient soutenir une démocratie de fortune qui visait ouvertement à déchristianiser l\u2019Espagne, ou bien le mouvement nationaliste, dirigé par l\u2019armée, et qui voulait sauver la religion et les traditions de l\u2019Espagne.Ils firent le seul choix possible, et leur décision fut ratifiée par la vaste majorité des catholiques de partout.La presse étatsunienne était hostile à Franco même avant qu\u2019il devînt fashionable d\u2019attribuer toutes ses victoires aux Allemands.Les communistes firent très habilement jouer le dégoût si répandu dans le monde protestant des États-Unis, pour l\u2019Église et pour l\u2019Espagne.Il n\u2019y a aucun défaut, que ses ennemis trouvent en Franco, qu\u2019ils ne le louent dans d\u2019autres pays si telle conduite sert leurs fins.Commercer avec l\u2019Allemagne était mal pour l\u2019Espagne, mais non pour la Suède ou la Turquie.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019épiloguer non plus sur leur indignation quand ils apprennent, par exemple, qu\u2019il y a du marché noir en Espagne.Cette attitude n\u2019est pas due autant à un manque conscient de sincérité qu\u2019à un idéalisme moral qui n\u2019est jamais universel et qui prend toujours le côté anticatholique.« Les catholiques français qui s\u2019opposèrent aux nationalistes espagnols, et qui étaient si assurés que la résistance passive, le retour aux catacombes, l\u2019acceptation joyeuse du martyre et le fait de voir dans les malheurs présents la punition des fautes passées étaient la conduite qui s\u2019imposait aux catholiques, eurent le bon sens de ne pas suivre leur propre théorie quand la France fut envahie: alors la résistance devint un devoir, et la collaboration ou la capitulation le grand mal.Dans les deux cas, ces hommes pensaient surtout à la France.» 294 RELATIONS 295 Au fil du mois Congrès Octobre a vu quantité de journées d\u2019étude chez nous: Chambre de Commerce, U.C.C., Bûcherons, etc., se réunissent pour causer affaires.Ces réunions dans la profession n\u2019indiquent-elles pas une aurore de corporatisme ?Sûrement pas de fascisme.Les journaux ont publié des rapports.Soulignons bonnement le réveil de nos gens, décidés enfin à s\u2019occuper de leurs affaires.Si nous pouvons décider d\u2019être nos maîtres, de prendre notre vraie part de ce que le Créateur a mis pour nous à portée de la main, nous serons plus forts, plus considérés des voisins.Les cours d\u2019hiver de l\u2019U.C.C.portent sur V établissement des jeunes, « le problème le plus grave et le plus difficile à résoudre ».Il faudra que la colonisation reprenne le temps perdu, autrement qu\u2019en paroles et sur le papier.Sinon, la terre mourra chez nous, la race aussi.« Mettons des Canadiens à la place des épinettes », clamait le curé Labelle.Depuis 1900, trop de politiciens préfèrent les épinettes, la pulpe et les fournisseurs de la caisse électorale.Ne laissons plus geler le sol colonisable, ni dans Frontenac ni ailleurs.Préférons ce qui est préférable; bâtissons des foyers, non un veau d\u2019or ou de papier.Pour grandir Un communiqué annonce que la charité qué-bécoise a donné aux colons 806,771 livres d\u2019effets, dont le transport a coûté au ministère $4,162.Allons, tant mieux! Nos gens et la politique sont bien charitables, plus charitables que justes.Est-ce que l\u2019Ouest s\u2019est peuplé à coups d\u2019aumônes et de guignolées ?Est-ce que le bois des lots, coupé d\u2019avance et bien vendu au profit de la terre à faire, ne fournirait pas un joli budget et une colonisation gratuite, même payante?Est-ce que les infinis biens de guerre, sur lesquels les gouvernements provinciaux ont une priorité, ne devraient pas apporter aux colonies des milliers de tracteurs et d\u2019autres mécaniques?100,000 couvertures de laine, meubles, chaussures, paletots, sous-vêtements, articles de toilette, etc., qu\u2019on brûle ou qu\u2019on donne à de plus rusés que nous?On se contente de peu pour nos conquérants.Veut-on absolument les décourager?et nous faire passer pour des inférieurs ?Deux centenaires tristes Le 23 novembre 1845, l\u2019abbé Ch.-Édouard Bélanger, 32 ans, curé des colons de Stanfold et Somerset (Princeville et Plessis ville), et le défricheur Pépin moururent d\u2019épuisement et de froid dans la savane de Blandford, en se rendant à Saint-Louis avec le notaire Cormier régler une construction d\u2019école.\u2014 Car les prêtres bâtissent toujours des écoles.\u2022\u2014 Partis après vêpres dans une rafale de pluie et de neige, surpris par une noirceur affreuse dans la terrible savane, les trois piétons ne réussissent pas à allumer leur fanal.Voulant contourner un marécage, ils en font le tour, s\u2019égarent et reviennent sur leurs pas.Courageusement ils retournent, épuisés de fatigue, de soif et de faim.Ils marchent, ils enfoncent, ils tombent.M.Pépin n\u2019en peut plus; on espère lui envoyer du secours de chez Grondin, à mi-savane.M.Bélanger tombe plus loin.Le notaire cause un peu, repart, se trompe de direction, contourne encore le marais, passe auprès de Pépin sans le voir, et arrive sur M.Bélanger, qui peut encore parler.Complètement perdu, M.Cormier repart vers Stanfold et tombe après quelques arpents.Au petit matin, deux colons qui avaient remis leur départ l\u2019aperçoivent qui lutte contre la mort, et le prennent d\u2019abord pour un ours.Soupçonnant un malheur, ils reviennent et reconnaissent le mourant.L\u2019un tente de le ranimer, l\u2019autre court aux maisons, d\u2019où les hommes se précipitent.On sauve le notaire, les 296 autres sont déjà morts.Plessisville a érigé un monument au missionnaire, pour symboliser les héroïsmes et l\u2019œuvre civilisatrice des baptiseurs de pays neuf.On ne veut plus aujourd\u2019hui de tels sacrifices; on veut des chemins, de la colonisation moderne, rapide, humaine.En 1845, au faubourg Saint-Roch de Québec, un incendie poussé par un grand vent rase en six heures 1,630 habitations et 3,000 boutiques et hangars.On commence à peine à se replacer que le faubourg Saint-Jean de la Haute-Ville y passe: plus de 1,400 habitations réduites en cendres.Comme Québec comptait alors 35,000 âmes et que 20,000 se trouvaient sans logis, on peut mesurer le malheur.La charité fut admirable.Québec profita des ruines pour élargir ses rues, pas trop tout de même.En Chine.Des lettres arrivent.A part les trois jésuites assassinés, les autres vont bien.La concentration les a amaigris: des Pères qui étaient de « bons hommes » ne pèsent plus que 112 ou 113 livres; « mais tous sont prêts à reprendre le harnais, à être rapatriés au plus tôt dans leur cher Süchow.(C\u2019est déjà fait.N.D.L.R.) Il faudra retrouver les chrétiens, instruire les milliers d\u2019enfants élevés sans religion, rallumer la ferveur, remonter les établissements presque partout.Nous retournerons avec de grands espoirs.Assurez-nous des prières, en spécifiant le collège qui nous a fait connaître et nous a donné la « face ».Nos principales souffrances furent l\u2019inaction, la faim, surtout le fait de ne pas pouvoir travailler pour Dieu pendant deux ans.Nous avons tout offert pour la conversion de la Chine.Nous avons étudié la langue, la théologie, la sociologie.Mgr Côté a ordonné prêtres dix scolastiques, exilés avec lui.J\u2019ai reçu 600,000,000 de piastres chinoises pour mon passage de Shanghaï à Süchow: c\u2019est $12 en argent canadien.Sur mes onze chapelles, deux restent debout.Les autres sont à refaire.Les débuts seront durs, j\u2019ai tout perdu.» L\u2019héroïsme existe encore.La jeunesse canadienne a du bon, quand on sait l\u2019employer.A la petite école Manque de professeurs, des écoles sont fermées.Ce n\u2019est pas la faute du clergé, mais des salaires de guerre, de la course aux villes et de petites misères locales.On rehausse enfin le traitement des maîtresses à celui des servantes.Mais tout n\u2019est pas dit.On devra les soulager en groupant les classes, en transportant les élèves des rangs pour obtenir plus de rendement des cinq ou dix années d\u2019école.On juge l\u2019arbre à ses fruits.Les États-Unis appellent disgrâce nationale le traitement des institutrices, parce que 850,000 reçoivent moins de $1,800, 200,000 moins de $1,200, et 25,000 moins de $600.Conséquence: 10,000 classes restent vides, et les maîtres changent si souvent qu\u2019« enseigner n\u2019est plus une profession mais une procession ».Un député a pu dire qu\u2019en un an son fils a eu cinq professeurs de mathématiques et sept de chimie.On fait enseigner des caissières, des friseuses, des commis, sans expérience ni diplômes.Heureusement que de bonnes âmes enseignent encore pour mieux que l\u2019argent: pour l\u2019amour de l\u2019enfance, de l\u2019humanité et du bon Dieu.Bombes thermiques Bernard Shaw se disait prêt à accep-ter la guerre quand on aura inventé une bombe capable de rebâtir aussi vite ce que la bombe précédente aura détruit.On va attendre longtemps! Mais n\u2019y aurait-il pas moyen d\u2019utiliser au bien la bombe atomique, en mettant son dégagement de millions de degrés de chaleur au service de notre froid, pour le diminuer ?Lançons chaque semaine d\u2019hiver quelques bombes réchauffantes dans la baie d\u2019Hudson et dans l\u2019océan Arctique, pour que les étemelles glaces n\u2019y atteignent plus des épaisseurs fantastiques, et que les banquises n\u2019en descendent pas tout l\u2019été.Les vents du RELATIONS nord seront des zéphyrs, l\u2019hiver un charme, le charbon un luxe, les routes ouvertes à l\u2019année, les semailles hâtives, les troupeaux aux pâturages en mars, comme en France, et la vie beaucoup moins chère.On peut bien y sacrifier dix mille phoques, marsouins, pingouins, requins et baleines.On y épargnera des milliards en chauffage, en doubles murs, en doubles fenêtres, en toutes doublures.Les dépenses faites pour créer la première bombe réduisent à peu le coût des suivantes, que l\u2019aviation portera régulièrement pour garder le thermomètre au-dessus de zéro.Cela permettra, sinon des jardins tropicaux avec palmes et oranges, du moins une culture élargie dans un climat dompté.L\u2019Institut arctique y verra ?Ou faudra-t-il attendre que les Américains s\u2019en avisent, eux qui gèlent moins que nous?.Occupation rouge Quelques témoignages entre mille sur l\u2019occupation des armées rouges en Europe centrale.D\u2019un correspondant de Londres: « Appuyé sur les Américains, qui occupent Prague avec les Russes, Benès réussit à protéger assez bien ses concitoyens de Bohême.Les Russes occupent seuls la Slovaquie et en font un enfer.Le gouvernement communiste ne peut que les laisser faire.Meurtres, vols, pillage, viol sont des faits quotidiens.On tue le mari, on s\u2019installe dans la maison, on en chasse les habitants ou l\u2019on s\u2019en fait des serviteurs.Plus d\u2019instruction ni de publications religieuses; trois évêques sur six sont sous garde.» La religion a été bannie de l\u2019école en Yougoslavie et remplacée par un sujet plus à la page: « la fidélité au maréchal Tito ».« Cette fidélité », remarque un journal italien, est digne de la fidélité prêchée naguère en Italie fasciste où « Mussolini avait toujours raison ».\u2014 L\u2019archidiocèse de Wilno a été pour ainsi dire liquidé.Des 644 prêtres qui y exerçaient le ministère, il n\u2019en reste que quelques-uns.Les églises sont transformées en entrepôts, en cinémas, etc.Les prêtres sont déportés, obligés de travailler en usine ou d\u2019entrer dans l\u2019Armée rouge.\u2014 En Slovaquie: toutes les écoles confessionnelles \u2014 2,400 catholiques et quelques centaines de protestantes \u2014 ont été confisquées.\u2014 Le R.P.abbé Dom Michel von Witowski, O.s.b., a été assassiné à Berlin, en essayant de protéger les religieuses d\u2019un couvent envahi par les soldats russes.Électrification rurale Des coopératives surgissent partout, * en vertu de la nouvelle loi d\u2019électrification rurale, pour faire bénéficier nos campagnes de la lumière, de l\u2019énergie et des machineries électriques.Excellent! Or, les compagnies qui refusaient, même pendant le chômage, de construire des extensions de lignes, sont prises d\u2019un zèle extraordinaire et d\u2019une sainte pitié de la foule depuis qu\u2019elles sentent la concurrence.Admirable! Elles courent au-devant des fermiers, abaissent généreusement les taux, plantent les poteaux en vitesse en y employant même les coopérateurs: elles veulent tuer dans l\u2019œuf ces coopératives qui vendront à bon compte les accessoires, et qui géreront leur affaire.Dites donc! Pourquoi se découvrir si tard ce beau feu?Ce zèle de dernière heure pour conquérir la clientèle rurale va obliger les jeunes coopératives \u2014 ce qui n\u2019est pas un mal \u2014 à une grande prudence; leur organisation technique et financière devra, dès le départ, être parfaite, pour tenir le coup d\u2019une concurrence déjà bien installée.Les campagnes jusqu\u2019ici dédaignées par les compagnies pourront plus facilement grouper la clientèle bien payante nécessaire au succès.La nouvelle loi va hâter l\u2019électrification rurale par le coup de fouet donné aux compagnies trop dédaigneuses des campagnes et par les facilités accordées aux cultivateurs de s\u2019organiser eux-mêmes.AU SERVICE des VÉTÉRANS NOS PAROISSES LES AIDENT-ELLES ?IE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL a créé pour les vété-.rans un ministère spécial où chaque militaire démobilisé voit ses intérêts protégés par tout un personnel expérimenté.Les blessés reçoivent une pension mesurée aux capacités perdues.Les malades sont soignés dans de bons hôpitaux.Des bourses aident ceux qui veulent continuer leurs études ou se perfectionner dans un métier.Une priorité va aux militaires dans les emplois du Gouvernement.Le ministère des Affaires des Vétérans s\u2019occupe donc de nos militaires licenciés, qui ont bien mérité cela.Mais ce ministère, pour réussir dans son travail, a besoin absolument de la bonne volonté, même du dévouement public.Il compte sur les organisations et sociétés paroissiales pour assurer la réadaptation du vétéran.A son retour, le soldat doit trouver un milieu sympathique.Sans le dévouement des organisations paroissiales, la réadaptation serait difficile.Le ministère y compte beaucoup pour le succès de son difficile travail.Il met à notre disposition de nombreuses brochures qui expliquent les diverses lois en faveur des vétérans et qu\u2019on obtient gratuitement au Service de V Information sur le Rétablissement, au ministère des Affaires des Vétérans, à Ottawa.En 1918, on mit quatre journalistes et un aumônier militaire au service des paroisses, pour aider à y créer un milieu sympathique.Les associations nommèrent chacune un membre, le plus débrouillard, chargé de prendre contact avec tel militaire de tel nom et telle adresse.Ce délégué spécial invitait parfois le militaire chez lui, puis le présentait à ses amis, pour lui créer un groupe.On organisait une fête où le militaire rencontrait des figures connues, déjà sympathiques.D\u2019où, absence de gêne de part et d\u2019autre.C\u2019était important.Pendant cette fête, pas de longs discours.Le soldat est plutôt habitué à d\u2019autres éclats.Du chant, de la musique et quelques bonnes histoires, voilà ce qu\u2019il préfère.L\u2019enrôlement dans une association paroissiale était alors chose facile.C\u2019est à quoi il fallait arriver! Une fois admis, le militaire ne devait pas y figurer comme simple spectateur.On l\u2019occupait à quelque besogne.Ce qui lui permettait de faire valoir ses capacités et de s\u2019attacher aux œuvres de la paroisse.Les associations en profitaient, le vétéran aussi.Le soldat rapporte avec lui des capacités morales et physiques à utiliser.Il a subi un dur entraînement; il a appris à ne pas avoir peur de se faire mal.Le respect humain, s\u2019il existait avant l\u2019enrôlement, n\u2019existe plus.L\u2019esprit de discipline est bien ancré dans l\u2019âme; et l\u2019on sait la valeur de la discipline dans une association.En face du danger, de la mort même, il a appris à se dépouiller de la peur qui paralyse les meilleures volontés.L\u2019esprit d\u2019ordre, la franchise dans les paroles et les actes lui sont enseignés parfois d\u2019une rude manière.Ce qui passait inaperçu ou restait sans punition, avant l\u2019armée, a été là sévèrement puni.Bon gré mal gré, il a dû prendre certaines bonnes habitudes.Il est venu fréquemment en contact avec l\u2019aumônier; il a parfois réappris le chemin de l\u2019église.Cette intimité avec le prêtre, acquise pendant les épreuves, doit se continuer dans l\u2019atmosphère tranquille; et c\u2019est l\u2019association paroissiale qui la continuera.C\u2019est donc le meilleur organisme pour le réintégrer dans la vie canadienne.Le ministère des Affaires des Vétérans ne peut trouver de meilleur coopérateur.Et nos Semaines religieuses de Québec (7 juin 1945) et de Montréal (20 juin 1945) y insistent, en recommandant la création dans les paroisses de comités d\u2019accueil aux vétérans.Léon Sigouin, s.j.NOVEMBRE 1945 297 L\u2019INDUSTRIE HYDRO-ÉLECTRIQUE DU QUÉBEC ET L\u2019EFFORT DE GUERRE A.-B.NORMANDIN 1\u2019INDUSTRIE HYDRO-ÉLECTRIQUE du Québec constitue un actif national de la plus haute importance.Sa valeur est d\u2019autant plus grande qu\u2019il n\u2019existe chez nous aucun dépôt connu de pétrole ou de charbon.Pour montrer son importance, mentionnons que près de $900,000,000 y sont engagés et que, pour remplacer par le charbon l\u2019énergie hydro-électrique requise par nos industries en 1939, il aurait fallu importer annuellement environ 15,000,000 de tonnes de charbon, au coût approximatif de $75,000,000.Cette industrie a largement contribué au développement industriel de la province et à l\u2019effort de guerre considérable que nous avons pu accomplir.Le graphique ci-dessous montre la rapide expansion de cette industrie de 1930 à 1944 : paratifs de nos ressources hydrauliques et de celles des autres provinces et des autres pays.TABLEAU I FORCES HYDRAULIQUES, CAPTÉES ET POTENTIELLES AU CANADA (Extrait des Usines Electriques Centrales du Canada, 1945.) Provinces Québec.Colombie canadienne Ontario.Manitoba.Autres provinces.Forces disponibles 24 heures par\tTurbines installées jour au débit en décembre ordinaire de six mois\t1943 c.v.13.064.000 10.998.000 6,940,000 5,344,500 3,165,200 c.v.5,847,300 796.000 2,673,400 422,800 475.000 Canada 39,511,700\t10,214,500 TABLEAU II PROVINCE DE QUÉBEC PRODUCTION ET UTILISATION DE L\u2019ÉLECTRICITÉ GRAPHIQUE No 1 EN MILLIARDS DE KILOWATTS-HEURE PAR ANNÉE RÉGIE DES SERVICES PUBLICS.MONTRÉAL EXPORTATION DOMESTIQUE ET COMMERCIAL Presque toute notre énergie électrique est fournie par l\u2019aménagement de nos chutes d\u2019eau, appelées à assurer à la province un grand avenir industriel.Les forces hydrauliques sont devenues une source d\u2019énergie indispensable à l\u2019industrie.Pour faire saisir l\u2019importance de notre industrie hydro-électrique, nous avons inséré deux tableaux com- RESSOURCES HYDRAULIQUES AMÉNAGÉES ET POTENTIELLES DES PAYS AYANT CAPTÉ DES FORCES DE 500,000 C.V.ET PLUS (Extrait de Y Annuaire du Canada, 1940) \tÉnergie captée, 1938\t\tÉnergie potentielle sur le débit minimum ordinaire h 100 p.c.de rendement.\tCapacité de la machinerie installée dans les usines.\tInstal- lation per capita\t \tC.V.\tC.V.\tC.V.Etats-Unis\t\t17,948,906\t0.140\t33,500,000 CANADA\t\t8,190,772\t0.745\t25,500,000 Italie\t\t6,000,000\t0.141\t6,100,000 France\t\t5,400,000\t0.129\t6,000,000 Japon\t\t4,800,000\t0.068\t7,200,000 Allemagne\t\t4,000,000\t0.054\t4,250,000 Norvège\t\t3,000,000\t1.039\t16,000,000 Suisse\t\t2,800,000\t0.671\t3,600,000 Suède\t\t2,200,000\t0.351\t4,000,000 U R.S.S.(Russie)\t\t1,707,000\t0.010\t78,000,000 Espagne\t\t1,400,000\t0.056\t5,700,000 Brésil\t\t1,000,000\t0.024\t36,000,000 Gr.-Bretagne et Irl.du Nord.\t550,000\t0.012\t700,000 Finlande\t\t500,000\t0.132\t2,500,000 Inde et Ceylan\t\t500,000\t0.001\t39,000,000 Les principaux centres de production d\u2019énergie hydro-électrique dans la province sont: la centrale de Beauharnois, sur le Saint-Laurent, avec une installation de 650,000 chevaux-vapeur; les cinq centrales de la Shawinigan Water & Power Company, sur la rivière Saint-Maurice, avec une installation totale de 1,000,000 de C.V.; et les trois centrales érigées sur la rivière Saguenay, avec une installation totale de 1,700,000 C.V.Depuis un bon nombre d\u2019années, Québec a eu l\u2019avantage d\u2019avoir, en électricité, un rendement per capita qui dépasse celui de tout autre pays au monde.A cause de cette supériorité, la province était inévitablement destinée à devenir un des centres importants de production de guerre des Nations-Unies, particulièrement en ce qui concerne les industries électro- 298 RELATIONS chimiques et métallurgiques, et tout spécialement de l'aluminium.La production de ce métal essentiel à la fabrication des avions demande, en effet, une quantité considérable d\u2019énergie électrique à bon marché et un accès facile, par voies maritimes, aux sources de matières premières.L\u2019utilisation de nos ressources hydro-électriques pour fins de guerre a été une œuvre si extraordinaire, mais si peu connue du public, qu\u2019elle mérite d\u2019être commentée.Durant les cinq dernières années de guerre, la capacité des turbines, dans le Québec, a été augmentée de 4.100.000\tà 5,850,000 C.V., et la production d\u2019énergie permanente (énergie dont la livraison est constante) est passée de 2,600,000 C.V.de charge maximum à 4.700.000\tC.V.SITUATION D\u2019AVANT-GUERRE Avant la guerre il y avait dans la province un surplus d\u2019énergie permanente d\u2019environ 600,000 C.V.Faute de marché plus rémunérateur, ce surplus était vendu comme énergie intermittente à environ un tiers du coût de l\u2019énergie permanente, principalement aux moulins à papier, pour la production de la vapeur.Il valait mieux vendre cette énergie à prix très bas, mais sans garantie de continuité, que la laisser perdre et importer du charbon.Au commencement des hostilités, ce surplus de 600.000\tC.V.fut le premier détourné vers les industries de guerre, et les papeteries durent utiliser le charbon.Comme plusieurs papeteries n\u2019étaient pas pourvues de chaudières à charbon pour produire la vapeur jusqu\u2019alors obtenue au moyen de chaudières électriques, ce changement nécessita une période transitoire de quelques mois.Le surplus disponible en 1939 fut vite absorbé par les industries de guerre, et un manque d\u2019énergie se fit sentir dès 1940.Cependant, à cette époque, les États-Unis n\u2019étaient pas en guerre, les hostilités n\u2019avaient pas encore atteint leur point le plus critique, et la demande d\u2019énergie, quoique considérable, ne paraissait pas justifier de nouveaux aménagements hydro-électriques.On s\u2019appliqua donc à accroître le rendement des installations existantes et à rationner certains consommateurs d\u2019électricité.Les résultats ont été des plus surprenants.RENDEMENT ACCRU DES CENTRALES (1939-1941) Pour bien saisir comment le rendement des centrales existantes fut augmenté, nous devons d\u2019abord mentionner qu\u2019avant la guerre une quantité considérable d\u2019énergie disponible était inévitablement perdue.En effet, la plupart des industries ne fonctionnant que huit à dix heures par jour, une partie de la capacité de production de certaines centrales était inutilisée durant la nuit.C\u2019était le cas, par exemple, à la centrale de Beauharnois, où il était impossible d\u2019emmagasiner l\u2019eau la nuit, pour s\u2019en servir le jour suivant.Il fallait nécessairement laisser couler cette eau par-dessus les déversoirs, et l\u2019énergie qu\u2019elle aurait pu produire en passant dans les turbines était perdue.Au contraire, pour certaines centrales, comme celles du Saint-Maurice, où il y a des réservoirs d\u2019emmagasinement, très peu d\u2019eau se perdait la nuit.Grâce à ces explications, on comprendra facilement pourquoi des ententes furent conclues, permettant d\u2019utiliser pour la génération d\u2019énergie à Beauharnois toute l\u2019eau qui se perdait la nuit, et de transmettre cette énergie au réseau de la Shawinigan.Cette pratique permettait, en retour, à la Shawinigan Company de réduire la production de ses propres usines durant la nuit et d\u2019emmagasiner ainsi l\u2019eau dans ses immenses réservoirs.Le résultat, au point de vue des disponibilités d\u2019énergie, était le même que si un énorme volume d\u2019eau du Saint-Laurent avait été transporté dans le réservoir Gouin, à la source du Saint-Maurice.Cela permettait aux centrales mauriciennes de produire un surcroît d\u2019énergie qui pouvait être transmis à Arvida, centre de production de l\u2019aluminium.Pour rendre possible ce transport d\u2019énergie, il fallut construire certaines lignes de transmission nouvelles, dont la ligne de 220,000 volts, d\u2019une capacité de 200.000\tC.V., bâtie en 1940 entre Québec et les Trois-Rivières.Une autre addition très intéressante fut l\u2019installation, à Montréal, d\u2019une ligne souterraine de 110.000\tvolts, d\u2019une capacité de 150,000 C.V., reliant la sous-station Atwater de Verdun à celle de la Shawinigan, rue Orléans.De plus, la ligne de transmission qui, avant la guerre, permettait le transport de 100,000 C.V.du Saguenay à Québec fut modifiée en sorte que la transmission pût se faire en sens inverse; et cette ligne a souvent porté vers le centre d\u2019aluminium d\u2019Arvida une charge de plus de 200,000 C.V.provenant des centrales de la Shawinigan et de Beauharnois.Ainsi l\u2019eau du fleuve Saint-Laurent produisit, à une trentaine de milles de Montréal, des centaines de millions de kilowatts-heure pour satisfaire aux besoins de l\u2019usine d\u2019aluminium, à 400 milles de là.A part cet échange d\u2019énergie entre les centrales et les réseaux, le rendement des usines électriques existantes a augmenté automatiquement, du fait que les industries de guerre fonctionnaient en grande partie vingt-quatre heures par jour.Ceci était particulièrement le cas dans la production de l\u2019aluminium qui nécessite un débit constant d\u2019énergie, vingt-quatre heures par jour.En plus de ces améliorations, faites dans le dessein d\u2019accroître les disponibilités d\u2019énergie en utilisant à leur capacité maximum les installations existantes, la Beauharnois Power Company augmenta sa capacité de production en installant quatre nouvelles génératrices de 50,000* C.V.chacune, sans agrandir la centrale, mais simplement en installant la machinerie nécessaire et en draguant son canal d\u2019amenée.NOVEMBRE 1945 299 En 1941, deux unités supplémentaires furent aussi ajoutées temporairement à la centrale de la Chute-à-Ca-ron sur le Saguenay, sans qu\u2019il fût nécessaire d\u2019agrandir le barrage.Jusqu\u2019alors, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à l\u2019automne de 1941, on avait évité la construction d\u2019une nouvelle grande centrale, hormis celle de La Tuque, commencée en 1938 et terminée en 1940.Notre industrie hydro-électrique, avec les résultats décrits plus haut, avait augmenté sa production d\u2019énergie permanente de 35% et fourni à peu près toute l\u2019énergie requise pour la production de la majeure partie de l\u2019aluminium nécessaire à l\u2019Empire britannique.CONSTRUCTION DE LA CENTRALE DE SHIPSHAW (1941-1943) C\u2019est alors, à un des moments les plus critiques de la guerre, que survint Pearl-Harbour, et que la plus puissante nation industrielle du monde annonça un programme de production de guerre absolument incroyable.L\u2019item le plus stupéfiant de tous, soit la construction de 180,000 avions, eut sa répercussion immédiate chez nous, car où trouver à brève échéance l\u2019énergie électrique pour produire tout l\u2019aluminium nécessaire ?Notre province s\u2019est déjà vantée d\u2019avoir plusieurs des plus importants sites hydro-électriques du monde; jamais la justesse de cette prétention ne fut aussi bien prouvée que le jour où les Nations-Unies choisirent le site de Shipshaw, sur le Saguenay, comme l\u2019endroit idéal pour l\u2019aménagement d\u2019une centrale apte à fournir l\u2019énergie pour la production d\u2019environ un quart de tout l\u2019aluminium requis par les Nations-Unies.En temps normal, la construction de cette centrale aurait pris au moins trois ans.L\u2019exécution rapide des travaux et certains changements apportés au projet initial, pour gagner du temps, en augmentèrent nécessairement le coût, mais permirent la mise en marche de l\u2019usine en moins de deux ans.A la fin de 1943, cette centrale ajoutait environ 1,200,000 C.V.à notre capacité de production, et toute cette nouvelle énergie fut consacrée à la production de l\u2019aluminium.Afin d\u2019assurer un débit d\u2019eau plus considérable à Shipshaw et à la centrale de l\u2019Ile-Maligne, un barrage-réservoir, au coût de $1,000,000, fut construit en 1940-1941 sur la rivière Manouan, tributaire de la Péribonka, qui se déverse dans le lac Saint-Jean.Tous les matériaux, l\u2019équipement et les hommes y furent transportés en avion.Un autre barrage-réservoir fut érigé en 1942-1943 sur la Péribonka supérieure, à la Passe-Dangereuse, au coût approximatif de $10,000,000.Enfin, en 1943, deux nouvelles génératrices d\u2019une capacité combinée de 85,000 C.V.furent ajoutées aux deux centrales situées sur le Saint-Maurice, au Rapide-Blanc et à La Tuque.L\u2019automne de 1943 marquait la fin de ce développement gigantesque, avec ce résultat remarquable que la production d\u2019énergie permanente était passée de 2,600,000 à 4,700,000 C.V., une augmentation d\u2019environ 80%.Une conséquence remarquable de ces efforts soutenus, c\u2019est qu\u2019en 1942 et 1943 presque toutes nos turbines fonctionnaient à plein rendement 365 jours par année, selon le débit d\u2019eau disponible.Le rendement ainsi obtenu des centrales atteignit un sommet que l\u2019on n\u2019aurait pas cru possible avant la guerre.Entre temps, la production d\u2019aluminium dans la province arrivait à son plus haut point et, en 1943-1944, elle constituait environ le tiers de la production totale des Nations-Unies.La seule mention de cette proportion magnifique rend tout commentaire superflu.NOTRE ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET L\u2019APRÈS-GUERRE Nous espérons avoir attiré l\u2019attention sur la grande valeur économique de nos ressources hydro-électriques et démontré la nécessité de toujours les exploiter utilement.D\u2019autre part, ces considérations soulèvent le problème de savoir ce qu\u2019il en adviendra maintenant que les hostilités ont pris fin.Puisqu\u2019une très grande proportion de l\u2019accroissement de la production hydroélectrique depuis le début de la guerre a été absorbée par l\u2019industrie de l\u2019aluminium, le surplus maintenant disponible dépendra beaucoup de l\u2019activité des usines d\u2019aluminium et aussi de l\u2019industrie de la pulpe et du papier.On peut s\u2019attendre à ce que ces industries continuent leur exploitation sur une échelle moindre qu\u2019en 1943, mais certainement supérieure à celle de 1939.Et puisque la production d\u2019énergie a augmenté durant la guerre de 4,100,000 à 5,850,000 C.V., il est raisonnable de supposer qu\u2019il y aura, en tenant compte de l\u2019accroissement normal de la consommation et des industries nouvelles créées par la guerre, un surplus d\u2019environ 750,000 C.V.pendant quelques années.Une partie de ce surplus pourra être utilisée immédiatement par les mêmes chaudières électriques qui employaient l\u2019énergie intermittente avant la guerre et par de nouvelles installations semblables, maintenant en construction.Cet emploi de l\u2019énergie n\u2019est que provisoire et cessera dès que se présentera un marché plus avantageux.L\u2019après-guerre présente beaucoup d\u2019inconnu, mais nous calculons que le surplus d\u2019énergie sera absorbé dans les prochains sept à huit ans.Cependant, il faudra nécessairement, avant cette date, aménager des usines hydrauliques pour les industries pouvant surgir en dehors des grands réseaux de distribution, par exemple sur la Côte Nord et dans l\u2019Abitibi, pour le besoin des mines et la transformation d\u2019autres matières premières locales.L\u2019un des meilleurs moyens d\u2019employer notre surplus d\u2019énergie serait de l\u2019utiliser pour de nouvelles industries électro-métallurgiques et électro-chimiques, où nos vastes ressources minérales du Canada, et de la province en particulier, pourraient se révéler un facteur décisif et le point de départ d\u2019un développement considérable dans ce genre d\u2019industrie.300 RELATIONS Les procédés modernes, développés durant la guerre, pour la production d\u2019alliages spéciaux et de produits ne pouvant être traités avantageusement qu\u2019au moyen de méthodes électro-chimiques ou dans des fours électriques, ne manqueront pas d\u2019attirer des industries nouvelles dans notre province où l\u2019on trouve les minerais nécessaires, l\u2019énergie électrique à bon marché et les facilités de transports maritimes économiques.Dans ce domaine particulier, nos grandes centrales hydro-électriques occuperont une position très avantageuse pour affronter la concurrence internationale.Il ne faut pas oublier que la grande industrie et principalement les fabriques de papier et l\u2019électro-métallur-gie, en incluant l\u2019aluminium, absorbent la plus grande partie de notre énergie électrique.La consommation d\u2019énergie électrique pour services domestique et commercial et pour l\u2019électrification rurale ne représente qu\u2019une petite proportion du total.Ces services con- CHRONIQUE DES CONCERTS (( ELUY SIRE, écrivait à son roi Pierre de Ronsard, I\toïant un doux accord d\u2019instrument ou la douceur de la voix naturelle, ne s\u2019en réjouit point et, de tête ou de pied, n\u2019en tressaut point, c\u2019est signe qu\u2019il a l\u2019âme tortue, vicieuse et dépravée.Comment pourrait-on s\u2019accorder avec un homme qui de son naturel hait les accords ?» Voilà justifiée sans plus, croyons-nous, cette chronique nouvelle, dans une revue qui pense d\u2019abord au social.Montréal, depuis quelques années, a fait des progrès immenses dans le domaine de la musique instrumentale (la vocale, elle, a toujours connu une certaine faveur chez nous).II\ty a quinze ans, les Concerts Symphoniques n\u2019existaient pas, ni leurs Matinées, ni les Festivals de Montréal, ni la Société Casavant.Et l\u2019Orchestre féminin, la Petite Symphonie et l\u2019Orchestre des Jeunes sont des créations toutes récentes.Cette énumération est déjà imposante.Notre Conservatoire ne nous donne pas encore ses concerts, mais nos Écoles supérieures ont les leurs.Ajoutons le Quatuor McGill (dommage que le Quatuor de Montréal, ou Quatuor Lallemant, de M.Roland Leduc, n\u2019ait pu continuer les merveilleuses auditions qu\u2019il nous offrait le dimanche après-midi à Radio-Canada), les récitalistes que nos impresarii nous amènent régulièrement et enfin diverses initiatives, comme celle des Amis de l\u2019Art: la table est généreusement servie aux amateurs de belle musique.Et ceux-ci répondent: les Concerts symphoniques font deux fois salle^comble pour chaque programme.Et plus un billet de disponible pour les Matinées, où M.Wilfrid Pelletier a voulu, le mois dernier, présenter lui-même aux jeunes, en musique, la biographie de Haydn, de Mozart et de Beethoven.La Société Casavant a présenté deux récitals d\u2019orgue.Le premier eut un cachet, si l\u2019on peut dire, universitaire.M.E.Power Biggs, organiste de l\u2019Université Harvard, offrit, avec le concours d\u2019un orchestre à cordes dirigé par le sympathique fondateur de l\u2019Orchestre des Jeunes, M.Fernand Graton, des œuvres peu connues, dont certaines découvertes et éditées par lui-même: une fugue éclatante de la jeunesse de Bach, et quatre sonates de Mozart pour orgue et cordes, qui veulent plaire, à la manière de la Symphonie Haffner.Disons que le plat de résistance fut la grandiose Sonate de Julius Reubke, élève de Liszt mort à 28 ans, sur le psaume Venile exultemus, rendue avec toute la variété de jeu et de NOVEMBRE 1945 naîtront sans doute, dans un avenir rapproché, un développement substantiel, mais même si la consommation doublait pour ces services, cette demande additionnelle n\u2019absorberait qu\u2019une faible partie du surplus d\u2019énergie.L\u2019étude du graphique (au début de cet article) montre l\u2019utilisation croissante, de 1930 à 1940, de l\u2019électricité et sa répartition entre les différents usagers.En résumé, nous pouvons conclure: la guerre a provoqué une augmentation extraordinaire de l\u2019utilisation de l\u2019énergie électrique dans le Québec; pour disposer du surplus d\u2019énergie auquel il faut s\u2019attendre maintenant que la guerre est finie, il sera nécessaire de maintenir, autant que possible, le niveau actuel de la production dans les industries existantes, principalement dans l\u2019industrie électro-métallurgique, et de faciliter l\u2019établissement de nouvelles industries désireuses de bénéficier des nombreux avantages que leur offre notre province.sentiment qu\u2019elle réclamait.Le deuxième récital présentait, aux orgues de Notre-Dame, M.Bernard Piché.Programme fantaisiste et lumineux dont nous avons retenu surtout les deux pièces de Widor, un Scherzo tout finesse et l\u2019Allégro de la Sixième Symphonie, d\u2019une particulière grandeur.M.Piché nous a aussi fait entendre une Rhapsodie sur quatre Noëls dont il est l\u2019auteur, où le traitement de chaque mélodie est ingénieux, mais dont l\u2019ensemble n\u2019est peut-être pas assez lié.Le grand événement du mois fut l\u2019exécution à Notre-Dame du Le Deum de Berlioz, sous les auspices de la Société des Festivals de Montréal.« Cérémonie d\u2019action de grâces après la guerre heureusement terminée », écrit le compositeur en sous-titre.Et il a raison: il s\u2019agit bien plutôt d\u2019une cérémonie, dont la musique fait les frais, que d\u2019une audition proprement dite.On n\u2019exécuterait pas cette œuvre pour le pur plaisir musical; ceux qui ont voulu la juger de ce point de vue ont été par ce fait trop sévères.Mais la Société des Festivals eut raison de présenter, à l\u2019occasion de la victoire alliée, cette grande « cérémonie musicale ».La direction inspirée et précise de M.Emil Cooper imprimait aux trois chœurs, à l\u2019orgue et à l\u2019orchestre l\u2019élan et l\u2019unité nécessaires.La participation attribuée par la partition à ce dernier et au chœur d\u2019enfants juché au jubé nous a paru maigre: pourquoi ces éléments, s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019avantage à intervenir?C\u2019est pour la cérémonie: il faut des voix qui viennent du ciel!.Les vois d\u2019hommes ne ressortaient peut-être pas assez.Signalons deux morceaux: le Tibi omnes, où les voix planent dans les régions hautes sur des arpèges légers (il y manquait les harpes \u2014 célestes \u2014 chères à Fauré); puis le Te ergo quaesumus, où la voix puissante, religieuse et contenue de M.Léopold Simoneau rendit avec un parfait phrasé l\u2019ample cantilène réservée au ténor.Le programme comportait aussi la grande Passacaille de Bach, transcrite pour orgue et orchestre.Avec, à la console, cette excellente organiste qu\u2019est Mlle Françoise Aubut, on se demandait pourquoi toute la pièce ne lui avait pas été confiée, d\u2019autant que l\u2019orchestre luttait mal avec l\u2019orgue (qui était sur son propre terrain).Et puis, l\u2019authentique plaît mieux.Mlle Malenfant a aussi rendu à ce concert, avec la maîtrise et le sentiment qu\u2019on lui connaît, la Croix douloureuse de Caplet.Tout le programme, inspiré par la guerre et la victoire, avait pour couronnement cette vaste construction, froide comme un cénotaphe, du Te Deum.\tRené Qirard, s.J.301 HORIZON INTERNATIONAL MEXICO TL Y A SEPT ANS, le Mexique était en 1 pleine persécution; il y a quatre ans, un prêtre n\u2019osait pas s\u2019y montrer en public avec son col romain.Aujourd\u2019hui, la ville de Mexico vient d\u2019organiser la démonstration religieuse la plus étonnante qu\u2019ait vue l\u2019Amérique depuis le Congrès eucharistique de Buenos-Aires.Le 30 septembre 1945, on nous écrivait de la capitale mexicaine: Notre archevêque veut que tout soit digne de la sainte Vierge, de l\u2019Église et du Mexique, et naturellement aussi des personnages qui nous visitent.On logera S.Em.le cardinal légat à Lomas de Chapultepec, dans un énorme palais qui appartint jadis au fameux Luis Léon, camarade du général Calles.Chaque salle de bains a coûté de 12 à 15,000 pesos.Les parquets sont recouverts de tapis de Perse et de tapis de Smyrne; les salons se comptent par douzaines, les chambres de même.Le délégué apostolique du Honduras y sera logé aussi.Les autres archevêques et évêques seront logés dans les meilleurs hôtels de la ville ou dans quelques opulentes familles.Il y aura un service continuel de motocyclettes pour précéder ou suivre et ejerciio de Prelados (l\u2019armée des prélats).La basilique est propre, luisante, éclatante.La couronne qu\u2019on offrira à la sainte Vierge a coûté plus de 500,000 pesos et est composée de l\u2019or et des pierres précieuses qu\u2019envoyèrent de tous côtés les familles mexicaines, pauvres et riches.Le programme des douze jours de fête est vraiment imposant.Un chœur de trois cents voix chantera aux grand\u2019messes.On a demandé aux dames d\u2019aller aux cérémonies religieuses en portant leurs mantilles noires.Tous les soirs, à 7 heures, les groupes de jeunesse iront à pied de Peralvillo, en portant des flambeaux et des cierges.Je ne sais quel jour est réservé aux artistas (musiciens professionnels) qui iront à une heure plus tardive chanter les mananitas (le bonjour de l\u2019aube) à Notre Reine de Guadalupe.L\u2019après-midi du 7 octobre, les habitants de Mexico s\u2019en allèrent à la rencontre du cardinal Villeneuve.De la capitale jusqu\u2019à la Glorieta de los Indios Verdes, \u2014 une distance de quinze kilomètres, \u2014 les deux côtés de la grand\u2019route étaient couverts d\u2019automobiles et d\u2019une interminable multitude de piétons.Combien passèrent leur après-midi à attendre?300,000?Un demi-million?L\u2019archevêque de Mexico traversa difficilement cette foule en allant rencontrer le légat.A la Gloriette, les Indiens dansaient.Quand arriva le cortège cardinalice, ce fut un enthousiasme comme on n\u2019en avait jamais vu à Mexico.Il fallut une heure et demie pour parcourir quatre kilomètres (deux milles et demi!).Le soir tombait.Le légat passa sous les feux croisés des milliers d\u2019automobiles qui bordaient la route.Vers la basilique, les rues avoisinantes étaient aussi bondées de monde.Jamais on n\u2019avait vu chose semblable.Quand la voiture du cardinal arriva près du palais où il devait loger, le chauffeur arrêta le moteur, et le cardinal fut littéralement poussé chez lui par la foule.Ainsi, le luxe de Luis Léon servit à honorer le légat du Pape.Le P.Pro dut en tressaillir dans son tombeau.Pendant que les hommes d\u2019Êtat cherchaient en vain, à Londres, une solution qui mît fin à leur désaccord, la Reine de la Paix réunit ses enfants à Mexico.Venus de tous les pays du continent, riches et pauvres, patrons et ouvriers, dignitaires et prolétaires fraternisèrent gaiement dans la paix.Tous se dépouillèrent avec enthousiasme pour couronner leur Reine.Le contraste ne pourrait être plus saisissant.C\u2019est ce que nous voulons dire quand nous répétons que le monde a besoin, pour survivre, des principes chrétiens.Mais il faudrait, pour cela, que tous les hommes se laissent attendrir par la bonté maternelle de la sainte Vierge.Le soir du 12 octobre, Pie XII s\u2019adressa directement aux Mexicains par radio.Il rappela le cri qui avait salué le premier couronnement en 1895: « Vive la Vierge de Guadalupe, Impératrice d\u2019Amérique et Reine de Mexico! »; il évoqua l\u2019aimable souvenir de Jean Diègue et la dévotion mexicaine à Notre-Dame de Guadalupe.Pour elle, catholiques mexicains, vos frères et vos pères furent victimes de la persécution.Pour la défendre, ils affrontèrent la mort au double cri de « Vive le Christ-Roi! Vive la Vierge de Guadalupe! » Aujourd\u2019hui, la situation de l\u2019Église et de la religion en votre pays s\u2019est notablement améliorée, ce qui prouve que ces invocations et ce courage n\u2019ont pas été chose vaine.A vous, à tous les catholiques mexicains, il importe de rester à votre poste, conscients de vos droits, le front haut, devant les ennemis d\u2019aujourd\u2019hui et de toujours: ceux qui n\u2019aiment pas Marie parce qu\u2019ils n\u2019aiment pas Jésus, ceux qui voudraient écarter Jésus, ou l\u2019ignorer, et enlèveraient ainsi à Marie la plus belle de ses prérogatives.Devant leur révolte, montrez votre fidélité.Que la Vierge brune du Tepeyac, l\u2019Impératrice d\u2019Amérique et Reine du Mexique, n\u2019ait pas à pleurer des désertions.Qu\u2019elle soit, demain comme hier, fière de ses enfants.Il fallait une note cocasse; elle fut donnée par quelques protestants.Ils rédigèrent un long factum où ils se plaignirent que le Mexique, durant huit jours, s\u2019était livré à.Y idolâtrie ! Ils insultèrent les journaux mexicains en leur offrant de l\u2019argent pour qu\u2019ils insèrent cette malpropreté.Les journalistes mexicains les envoyèrent au diable! Il n\u2019y eut pas d\u2019incidents; s\u2019il y avait eu quelques horions, les braves se seraient plaints d\u2019avoir été « persécutés » dans une multitude de journaux étrangers.Ces pauvres gens montrèrent à peu près autant de savoir-vivre qu\u2019un incurable insensé qui aurait tenté d\u2019imprimer une réclame hitlérienne dans les journaux montréalais le jour de la victoire.PROCÈS DE GUERRE TES PROCÈS qui se dé- ^ roulent à la suite de la guerre suscitent une vive émotion.Il ne faudrait pas les ranger tous dans la même catégorie.1° Dans certains cas, \u2014 Quisling, Degrelle, Mussert et leurs amis, \u2014 des citoyens en révolte contre leur gouvernement légitime ont conspiré pour livrer leur pays à l\u2019étranger.Une fois établie la domination de l\u2019ennemi, ils furent récompensés de leur trahison, et opprimèrent leurs compatriotes.Tels sont, du moins, les principaux chefs d\u2019accusation.Il est manifeste que ces inculpés doivent répondre de leurs actes devant la justice de leurs pays.Ils ont droit à faire entendre leurs témoins et leurs avocats, comme en tout procès; il leur est difficile de plaider circonstances atténuantes.2° Les autorités occupantes, \u2014 en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Norvège, en France et ailleurs, \u2014 ont violé le droit international et commis des délits de droit commun.Ils ont été positivement aidés dans l\u2019accomplissement de ces crimes par des citoyens des pays occupés.Les uns et les autres, occupants et collaborateurs dans le crime, ressortissent de la justice régulière des pays libérés.Ils ont, sans doute, droit à présenter leur défense devant le tribunal, mais ils doivent évidemment répondre de leurs actes.3° Doit-on condamner en bloc, comme collaborateurs, tous ceux qui ont participé au Gouvernement de Vichy?Le maréchal Pétain n\u2019a pas été mis au pouvoir par l\u2019armée occupante.Son gouvernement, créé légalement lors de la débâcle, constitua, autant que la chose était possible, un gouvernement légitime, sinon de jure, au moins de facto.Si chaque fois qu\u2019un régime succède à un autre il s\u2019arroge le droit de juger et de condamner son prédécesseur, il n\u2019y aura plus de justice stable, et l\u2019anarchie s\u2019installera en maîtresse au palais.Chaque changement de gouvernement entraînera des violences.302 RELATIONS Nous n\u2019avions pas de sympathie pour M.Laval.Un homme qui débute comme socialiste et finit en millionnaire est trop souple pour commander notre respect.D\u2019autre part, l\u2019immense majorité des articles publiés pendant la guerre contre les « Vichyssois » ne pouvait nous impressionner.Cette propagande, dépourvue de toute valeur objective, n\u2019avait qu\u2019un but: exciter à la haine.Elle a atteint son objet.Les journalistes anglo-américains qui se voilent la face devant les étonnantes harangues du juge Mongibeaux peuvent s\u2019exclamer: « Ces mœurs judiciaires répugnent à nos pays.» Elles sont l\u2019inévitable conséquence d\u2019une multitude d\u2019articles haineux.Que chacun, donc, accepte la part de responsabilité qui lui revient.Le juge Mongibeaux, si l\u2019on peut se fier aux communiqués de presse, ne s\u2019est pas conduit en juge, mais en accusateur public.Un professeur de philosophie disait une fois à ses élèves: « Quand on n\u2019a pas d\u2019arguments, on se fâche et on crie fort.» Si M.Laval a commis les crimes pour lesquels il a été condamné à mort, il aurait dû être facile de le prouver.M.Mongibeaux s\u2019est certainement fâché.Le public en conclura peut-être qu\u2019on étouffa la défense de M.Laval parce qu\u2019elle aurait été trop efficace.Nous n\u2019en savons rien! Le procès ne nous a pas éclairé! Un seul point semble clair, c\u2019est que la Haute Cour est composée d\u2019incompétents.Quand, après l\u2019incendie du Reichstag, M.Georges Dimitrov dut subir le procès de Leipzig, il présenta sa défense comme il le voulut.Il embarrassa terriblement Goering, et les journalistes de tous les pays écrivirent que Dimitrov était un communiste de grande classe.Pour avoir laissé Dimitrov se défendre, les juges de Leipzig méritèrent un respect qui ne sera pas accordé à M.Mongibeaux.La chasse aux collaborationnistes a trop donné l\u2019impression du fameux cri de guerre: « Ote-toi de là que je m\u2019y mette.» On ne peut improviser des compétences.Il eût été plus équitable d\u2019approfondir un peu plus l\u2019idée de collaboration ou, comme disent les moralistes, de coopération au mal, avant d\u2019écarter en bloc tous les collaborateurs.La coopération peut être matérielle ou formelle.Elle est formelle quand on prend part à l\u2019intention mauvaise de celui qui fait le mal.Dans le cas présent, ceux qui auraient collaboré avec le pouvoir occupant dans le dessein de consolider la domination étrangère auraient été des coopérateurs formels.Ce genre de collaboration est évidemment criminel.Il y a coopération matérielle quand on donne son concours à des actions extérieures sans participer à l'intention dépravée.Ainsi, ceux qui auraient extérieurement participé à certains actes du pouvoir occupant, dans le but de soulager leurs compatriotes, ne seraient que des coopérateurs matériels.Tel est le cas de l\u2019industriel qui aurait fait marcher son usine pour que ses ouvriers ne meurent pas de faim ou ne soient pas déportés en Allemagne, du gendarme qui serait resté dans la police pour que celle-ci ne soit pas faite par la Gestapo, de l\u2019homme d\u2019État qui n\u2019aurait eu en vue que de sauver du naufrage ce qui pouvait être sauvé.La coopération matérielle n\u2019est pas justifiable quand elle fait commettre des actes mauvais en eux-mêmes.Aucune excuse ne pouvait autoriser l\u2019assassinat d\u2019otages, la dénonciation d\u2019innocents.Elle devient licite quand les actes posés sont en eux-mêmes indifférents.Si la coopération matérielle est alors donnée dans un dessein louable, elle devient un acte méritoire.Il est possible que des « collaborateurs » soient reconnus par l\u2019histoire comme vrais patriotes.Quand, le 29 juin 1931, Pie XI publia son encyclique contre le fascisme, il fit la réserve suivante au sujet du serment imposé aux membres du parti.Après avoir condamné le serment fasciste comme illicite, il continua: Nous éprouvons la plus grande pitié pour les nombreuses consciences tourmentées de doutes (et Nous connaissons ces doutes et tourments par des témoignages authentiques) précisément à cause de ce serment, tel qu\u2019il est formulé, surtout depuis ce qui est arrivé.Connaissant les multiples difficultés de l\u2019heure présente, et sachant que l\u2019inscription au parti et le serment sont, pour beaucoup, chose essentielle pour la carrière, le pain et la vie, Nous avons cherché un moyen de tranquilliser les consciences, en réduisant les difficultés extérieures au minimum.Il Nous semble que ceux qui sont déjà inscrits peuvent se servir de ce moyen en faisant, devant Dieu et leur conscience, la réserve suivante: « les lois de Dieu et de l\u2019Église étant sauves », ou encore: « dans la mesure où les devoirs de bon chrétien le permettent », avec la ferme propos d\u2019exprimer extérieurement cette réserve si le besoin se présente.L\u2019hystérie collective, excitée par une presse pas toujours responsable et par des agitateurs pas toujours désintéressés, a effacé la distinction entre collaboration matérielle et formelle, entre actions louables et condamnables, entre patriote et criminel.Bien des compétences qui avaient accordé à Vichy une collaboration parfaitement justifiable ont été écartées.Parmi ceux qui se sont improvisés administrateurs et juges, à côté d\u2019excellents patriotes, il y a les traîtres, les communistes qui n\u2019ont pas racheté leur désertion de 1939.N\u2019est-ce pas parce que ces principes, pourtant élémentaires, ont été trop oubliés, qu\u2019il y a tant de malaise en France ?Il n\u2019est pas bon de subordonner des principes stables à la politique variable.4° Les horreurs de Buchenwald, de Belsen, des autres camps de concentration ne présentent pas de difficulté juridique: ces méfaits ne resteront pas impunis.5° Les procès les plus difficiles sont ceux où l\u2019on jugera les auteurs de la guerre elle-même.Après avoir rappelé qu\u2019il n\u2019existe pas de loi traitant du terrible crime qu\u2019est la guerre, qu\u2019il faudra en inventer une de toutes pièces et lui donner un effet rétroactif, M.Malcolm Muggeridge, naguère rédacteur au Manchester Guardian, aujourd\u2019hui au Daily Telegraph, écrit dans Time and Tide (29 septembre 1945, p.809) : Take, for instance the case of von Ribbentrop, a disagreeable man if ever there was one.He was already a party to the Nazi conspiracy, with complicity in which he is now charged; and, as this conspiracy was extremely well advertised, all the conspirators known, and its objects published to the whole world, if he is a criminal now, he was a criminal then.Yet at that time there was no question of indicting him.On the contrary, he was received in quite a friendly way by quite important people.Later, when his criminality was even more apparent, he made a pact with the Soviet Government, and far from being arrested in Moscow, he was received at an aerodrome decorated with swastikas by Mr.Molotov himself, and cordially entertained in the Kremlin by Marshal Stalin.Thus it would appear that though he openly pursued the same criminal policy, and openly consorted with the same fellow-criminals, for several years before the war, this policy and these associations only became criminal, as far as Great Britain is concerned, on September 3rd 1939, and as far as Russia is concerned, when the Wehrmacht attacked Russia\u2014which, as Euclid says, is absurd.L\u2019argument n\u2019est pas décisif.Avant le 1er septembre 1939, le délit de guerre n\u2019avait pas été commis.C\u2019était précisément dans l\u2019espoir de l\u2019empêcher que l\u2019on continua à causer avec von Ribbentrop et ses camarades.Il n\u2019y a donc pas dans l\u2019attitude britannique, sur ce point, l\u2019illogisme qu\u2019y trouve M.Muggeridge.Sa démonstration frappe en plein ceux qui fraternisèrent avec von Ribbentrop après le 1er septembre 1939, en particulier le Gouvernement soviétique qui coopéra formellement à la destruction de la Pologne.Si l\u2019on veut des procès où les mêmes ne soient pas simultanément juge et partie, il faudrait les confier à des tiers, c\u2019est-à-dire aux rares nations restées neutres devant le conflit.Ceci est impossible, car la neutralité elle-même a été considérée comme un délit, au point que les Nations restées neutres sont exclues de la Communauté des Nations Unies.NOVEMBRE 1945 303 CORRESPONDANCE À'PROPOS D\u2019ALCOOLISME Révérend Père Directeur, La lettre de M.Ballantyne, parue dans votre livraison de septembre, apporte des distinctions qui précisent le point de vue de l\u2019auteur, nuancent la portée de ses affirmations et permettent de mieux comprendre sa pensée.Quelques points cependant doivent être relevés, ce que je fais entre deux prédications.Nous sommes d\u2019accord sur ceci que le péché originel est « le facteur capital du problème en question, le premier en tous les sens ».Je ne dis pas qu\u2019il faille sans cesse y référer explicitement, mais je soutiens qu\u2019on ne peut traiter un problème comme celui de l\u2019intempérance sans tenir compte de la moralité des actes.Ce que j\u2019ai souligné, c\u2019est que, dans la première partie de son article, M.Ballantyne semble n\u2019avoir pas regardé à l\u2019aspect moral du problème et l\u2019avoir étudié à la façon de ceux qui ne s\u2019occupent que des facteurs pathologiques et psychologiques.La seconde partie de l\u2019article honore la religion et y fait une belle place: je le concède; mais on ne verra le vrai rôle de la religion comme remède, que lorsqu\u2019on aura vu le désordre moral que la religion veut et peut réparer, et pour lequel la grâce est donnée.Pour faire étude sérieuse du problème il est nécessaire de distinguer entre alcoolisme et ivrognerie.Distinction que M.Ballantyne reconnaît nécessaire, mais qu\u2019il avait ignorée dans son premier article où il était question et d\u2019alcoolisme et d\u2019ivrognerie.Que M.Ballantyne veuille bien se relire.En bon samaritain, M.Ballantyne manifeste une compassion et une bienveillance \u2014 que nous partageons \u2014 pour Y alcoolique.Mais sa troisième réponse ne pèche-t-elle pas par une trop grande indulgence pour Y alcoolisme?L\u2019auteur admet que l\u2019ivrognerie ou beuverie (absorption massive d\u2019alcool qui prive le buveur de l\u2019usage normal de sa raison et de ses forces) est un délit, un désordre moral, un péché.L\u2019auteur définit l\u2019alcoolisme: « habitude de boire avec excès » ; il y a donc désordre puisque, de l\u2019avis même de M.Ballantyne, il y a excès et excès habituel.Et l\u2019on sait que l\u2019alcoolisme, « même s\u2019il ne produit pas toujours l\u2019ivresse, est dans la plupart de ses conséquences plus funeste que l\u2019ivrognerie » (Lettre de NN.SS.les Évêques, 1938, n° 7).L\u2019alcoolisme est un état morbide, oui, mais un état résultant d\u2019excès répétés, de désordres répétés par un sujet libre et intelligent.L\u2019alcoolique est un malade, oui, mais un malade responsable de son état.Je ne nie pas qu\u2019il y ait des circonstances atténuantes, des facteurs qui, dans certains cas, diminuent la responsabilité, même à l\u2019origine de l\u2019habitude.Tout le monde admet aussi que l\u2019habitude crée dans l\u2019organisme une espèce de besoin bien difficile à surmonter, et que le traitement des alcooliques requiert de la délicatesse, de la compréhension, et souvent les bons services du médecin.Mais il reste que le premier facteur du relèvement du buveur sera le facteur moral.Quoi qu\u2019en pense M.Ballantyne, il n\u2019est pas prouvé que le meilleur moyen de traiter les alcooliques, ce ne soit pas encore de leur « prêcher individuellement la maîtrise de soi », et de leur donner foi et confiance dans leur relèvement moral et de leur en indiquer les moyens.Si M.Ballantyne veut un témoignage de haute portée, qu\u2019il veuille lire dans V Union Médicale (tome 74, n° 3) l\u2019article très au point du docteur Roma Amyot, en marge d\u2019une réunion tenue à Cleveland en 1944 par le « Conseil de Recherches sur le problème de l\u2019Alcoolisme ».(Toute la conclusion de l\u2019article serait à citer.) On y trouve un bon nombre d\u2019idées conformes à celles émises par M.Ballantyne, mais mises à leur vraie place selon la hiérarchie des valeurs.M.Ballantyne fait appel à un groupe de psychologues avec lesquels il se sent parfaitement en sécurité.Je ne veux attaquer ni leur compétence ni leur autorité, je ne les connais pas: M.Ballantyne n\u2019a dévoilé aucun nom.Mais il serait utile de savoir à quel système philosophique se rallient ces auteurs; et ce qu\u2019ils pensent de la moralité des actes humains et de la responsabilité.Un catholique a le droit et le devoir de s\u2019intéresser aux recherches, de suivre le progrès de la science et d\u2019étudier les données des savants, de quelque religion qu\u2019ils soient.Mais il ne doit pas accepter sans examen leurs conclusions; il a le devoir de les contrôler, de les compléter s\u2019il y a lieu.M.Ballantyne s\u2019est-il imposé ce travail ?Si on veut parler de psychologie appliquée, et faire servir cette science à une lutte intelligente et efficace contre l\u2019intempérance, \u2014 et cela est tout normal, \u2014 on pourra facilement démontrer que le vieil adage: « L\u2019occasion fait le larron », est de très fréquente application dans la vie de nos buveurs.Diminuer les occasions sera leur rendre un très intelligent et appréciable service.Un tout premier pas à faire: diminuer le nombre des occasions, \u2014 en l\u2019occurrence le nombre des débits de boisson qu\u2019on a laissé multiplier sans aucun souci de moralité et de santé sociale.Un autre pas, dans le même sens: faire taire une publicité très habile qui a pour but d\u2019inciter nos gens à boire toujours davantage, sous n\u2019importe quel prétexte.La santé et la moralité de notre peuple doivent passer avant les succès financiers des producteurs de boissons alcooliques.Ces deux mesures, préconisées par NN.SS.les Évêques en 1938, figureraient avec avantage en tête du « programme complet de réforme économique et sociale » que suppose M.Ballantyne et assurerait à ce programme une plus grande efficacité.Je termine par un témoignage autorisé tiré de l\u2019article mentionné plus haut: « Il est incontestable que la grande tolérance de la société à l\u2019égard de l\u2019alcool, son usage accepté à propos du moindre événement familial ou social, son commerce répandu, aidé de la réclame la plus alléchante et la plus étendue qui soit, favorisent immensément son abus par ceux qui sont assoiffés d\u2019ivresse et de béatitude artificielle.» Le docteur Amyot a touché là les points qui réclament l\u2019action immédiate et méthodique de nos sociologues.Engelbert Laçasse, s.j.Moonbeam, comté de Cochrane, Ontario-Nord.S 9 L'échéance de décembre étant la plus importante de l'année, nous demandons à ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire avec ce mois, de bien vouloir ne pas attendre, pour le renouveler, les derniers jours du mois.En nous adressant le plus tôt possible leur renouvellement, ils faciliteront la tâche de nos employés et ils seront assurés que leur service ne subira aucune interruption.$2.00 pour douze numéros Relation 4 Revue du mois 1961, rue Rachel Est - CH.3101 Wi 304 RELATIONS LE CONGRÈS JUBILAIRE DE LA J.O.C.BELGE 1925-1945 Elle BAUSSART EN 1925 eut lieu le premier congrès de la J.O.C.belge, née une douzaine d\u2019années plus tôt d\u2019un besoin: la détresse des jeunes travailleurs.Quelques jeunes gens, entraînés par un prêtre au grand cœur, M.l\u2019abbé \u2014 aujourd\u2019hui, chanoine \u2014 Cardyn, s\u2019y étaient donnés de toute leur âme, mus par la volonté de rendre au Christ et à une vie digne de l\u2019homme les milliers de jeunes hommes et jeunes filles happés par l\u2019usine, la fabrique, le bureau ou le magasin.Peu de mouvements furent, dès leur origine, chargés de tant d\u2019idéal, d\u2019espoirs et de promesses.Les jocistes n\u2019étaient, en 1925, que quelques milliers.Ils sont aujourd\u2019hui cent trente mille, encadrés dans de vivantes et solides fédérations, masculines et féminines, unis à un million de camarades groupés sous le même drapeau, de toutes nations et races.Le grain de sénevé a levé.Les 25 et 26 août, la J.O.C.célébrait à Bruxelles un jubilé de vingt années de travail et de dévouement, de prière et de sacrifices, par une séance d\u2019étude qui réunit dix mille délégués, et par des assemblées plénières tenues dans les grands centres du pays, qui réunirent, dans une atmosphère d\u2019enthousiasme et de confiance, une jeunesse ardente, venue entendre les principaux responsables du mouvement et communier dans une même foi.La présence invisible des morts ajoutait je ne sais quelle gravité religieuse à la séance du samedi: soldats tués pendant la campagne de 1940, volontaires de la Résistance, prisonniers morts en captivité, martyrs des camps de concentration hitlériens.Comment ne pas évoquer, parmi ces derniers, Fernand Tonnet et Paul Garcet, respectivement président et secrétaire de l\u2019âge héroïque, et qui furent, avec Jacques Meert, autour de l\u2019abbé Cardyn, les pionniers en terre inexplorée, ingrate.Je n\u2019ai guère approché Paul Garcet, merveilleux entraîneur d\u2019hommes, confident toujours si compréhensif; mais depuis des années j\u2019entretenais avec Tonnet un commerce d\u2019amitié qui m\u2019avait révélé la richesse d\u2019une âme imprégnée de la charité évangélique.Je les vois tous deux, dans ce camp sinistre de Dachau, brisés, écrasés, réduits à un souffle de vie, et cependant si beaux, si rayonnants de la présence du Christ.Ils ne l\u2019avaient peut-être pas demandée, cette fin de « martyrs aux mines » dont les avait entretenus autrefois leur maître aumônier; mais Dieu leur a demandé un témoignage dans la ligne de leur ascension, et ils l\u2019ont rendu, jour par jour, avec le secours de la grâce.Tandis que ceux-là faisaient à la patrie et au salut de la civilisation l\u2019offrande suprême, l\u2019organisation, malgré les difficultés du temps, épiée par l\u2019occupant et suspecte à ses yeux, poursuivait son œuvre de groupement et d\u2019éducation.Elle ajouta à ses activités normales celles que lui inspirait son devoir d\u2019entr\u2019aide envers les jeunes travailleurs: prisonniers de guerre anémiés par les privations, ouvriers requis pour le travail en Allemagne (malgré son ingéniosité et son courage, qu\u2019elle déploya, non sans risques, à les sauver de la déportation), réfractaires et résistants (c\u2019est-à-dire les neuf dixièmes des aînés qui menèrent la vie dangereuse de la clandestinité ou du maquis).La J.O.C., pendant les cinq années tragiques, a bien mérité du pays et de la classe ouvrière.Ouvert par la messe solennelle à la collégiale Sainte-Gudule, notre Congrès fut l\u2019occasion d\u2019évoquer l\u2019œuvre accomplie au cours des trente dernières années, car l\u2019origine de la J.O.C.remonte à 1912, avec sa période cachée de NOVEMBRE 1945 travail obscur, toujours repris malgré les tâtonnements, les hésitations, les erreurs d\u2019un début où tout est à inventer, à quoi venait s\u2019ajouter la difficulté d\u2019accorder les exigences d\u2019un idéal élevé à celles des réalités, impitoyables pour ceux qui s\u2019en écartent.Cette histoire \u2014 cette épopée \u2014 qui pouvait mieux la retracer que M.le chanoine Cardyn, lui qui en avait vécu toutes les heures et toutes les péripéties ?Et combien vraie cette conclusion de son discours que, « partie sans brillants talents, sans argent, sans soutiens », la J.O.C.a conquis aujourd\u2019hui une place incontestée dans la vie de la nation et constitué la plus puissante organisation de jeunesse ouvrière en Belgique et dans le monde! Et quel enthousiasme il déchaîna lorsque, devant la tâche qui reste à accomplir, il clama sa confiance dans le dynamisme « atomique » du mouvement! Il suffit, pour se rendre compte de l\u2019œuvre accomplie, d\u2019avoir quelques rapports, soit avec l\u2019une ou l\u2019autre section, soit avec tels ou tels de ses membres qui vivent de la vie et de l\u2019idéal qu\u2019elle propose.S\u2019il est malheureusement vrai que la J.O.C.n\u2019a pas encore pénétré profondément les milieux de la grande industrie, surtout parmi les jeunes hommes, il est patent qu\u2019elle a rendu à un grand nombre de jeunes le sens de la dignité ouvrière et leur a insufflé la volonté de sortir la foule de leurs compagnons de son état d\u2019infériorité matérielle, sociale et morale.J\u2019en connais de ces équipes et de ces jeunes ouvriers, tout adonnés à une action qui les passionne et ne leur laisse aucun repos.Quelles leçons et quel réconfort on trouve à coudoyer ces militants \u2014 et même ces simples adhérents \u2014 des deux sexes \u2014 que la J.O.C.a formés à une vie chrétienne intégrale, non seulement dans leur for intime, mais dans tout leur comportement, et dont elle fait des témoins apostoliques dans le sens plein du mot! L\u2019heure viendra-t-elle des conquêtes massives qui changeraient le climat du monde du travail ?En attendant, la J.O.C.trempe une élite de jeunes chrétiens qui, par leur influence personnelle ou celle des petits groupes qu\u2019ils animent, agissent déjà comme le levain mêlé aux trois mesures de farine et ébauchent les premières cellules de cette nouvelle diaspora dont Jacques Maritain parlait un jour.Mlle Émilie Arnould, présidente de la J.O.C.F., l\u2019a dit excellemment en saluant ces « hommes transformés par la J.O.C.qui, dans leur vie familiale et dans leur vie religieuse, ont su être des époux, des pères de famille et des éducateurs modèles, en même temps qu\u2019ils étaient des apôtres rayonnants de la cause du Christ et des entraîneurs enthousiastes de leurs concitoyens ».Dans les années qui ont précédé la guerre, et spécialement durant la guerre, la J.O.C.a étudié dans ses sections locales les moyens d\u2019améliorer la vie des jeunes.De ce long et consciencieux travail d\u2019enquête est sorti le Statut de la jeunesse travailleuse, dont M.Joseph Bertolot a présenté au Congrès une substantielle synthèse.Ce document qui ne compte pas moins de trente pages in-8° est une affirmation de la vitalité et de l\u2019actualité du mouvement, une affirmation de sa présence agissante au sein d\u2019une société en pleine crise d\u2019évolution, pour ne pas dire de révolution.Il serait difficile de le résumer sans trop allonger cet article.Bornons-nous à relever les traits les plus remarquables.Après avoir rappelé la « dignité essentielle et intangible » de chaque jeune travailleur et sa quadruple vocation de tra- 305 vailleur \u2014 époux, père ou mère de famille, citoyen et chrétien, \u2014 le Statut, partant de considérants soigneusement établis, présente une série de revendications intéressant toute la vie du travailleur: en famille, au travail, dans les loisirs dans le mariage, dans la cité et dans l\u2019Église.Aussi loin de la timidité que de la surenchère qui lui enlèveraient toute valeur constructive, le Statut rejoint, dans ses exigences, les conclusions d\u2019une sociologie et d\u2019une morale compréhensive des besoins actuels dans le cadre d\u2019un monde à refaire.Notamment, il réclame « un régime économique qui garantisse la dignité, la prospérité et le bien-être de l'ensemble de la nation, plutôt que l\u2019enrichissement de quelques-uns », et « une participation équitable des travailleurs, non seulement à la prospérité, mais à la direction de la vie économique par une représentation autorisée des salariés au sein des organes de direction ».Il exige une meilleure préparation à la vie professionnelle par un apprentissage et un enseignement adaptés, par des conditions de travail et de rémunération saines et justes, dans un milieu qui respecte et favorise la moralité.Il souhaite une adaptation de la « vie paroissiale, spécialement dans les régions ouvrières, aux conditions de vie et aux possibilités des travailleurs », plus de confiance aussi de la part du clergé dans l\u2019action catholique ouvrière, instrument providentiel, désigné par les papes, de la reconquête chrétienne du prolétariat.Cette énumération, toute sommaire et incomplète, suffit à montrer la portée du Statut élaboré par la J.O.C.belge, qui vient par là de définir et de s\u2019assigner l\u2019objet d\u2019une activité ne dépassant ni ses moyens ni sa générosité.Que Dieu bénisse ses efforts.LIVRES RÉCENTS RELIGION Card.Gasparri: Cours de religion pour les adultes.\u2014 Québec, L'Action catholique, 1944.241 pp., 17 cm.LE CATÉCHISME du cardinal Gasparri se compose de trois ' catéchismes: l\u2019un préparatoire à la première communion, le second pour les enfants, et le dernier pour les adultes.Cette fois, on édite séparément une traduction française du catéchisme pour les adultes.Impression réussie.Format portatif.Livre utile pour les groupements d\u2019Action catholique et les foyers où l\u2019on parle religion, pour ceux qui suivent ces cours supérieurs de religion qui commencent à se donner dans notre province, et enfin pour ceux qui veulent apprendre leur religion d\u2019une façon plus approfondie que dans le petit catéchisme de la province de Québec.V Immaculêe-Conception.Guy Ménard.Don Sharkey: After Bernadette, the story of Modern Lourdes.\u2014 Milwaukee, Bruce Publishing Co., 1945.166 pp., 20.2 cm.APART LA NETTETÉ de la vue d\u2019ensemble et l\u2019abondance bien proportionnée des détails concrets, ce livre vaut par le sentiment de dévotion discrète qui l\u2019inspire d\u2019un bout à l\u2019autre.Pour qui veut refaire un pèlerinage passé ou en préparer un prochain, ou encore faire en imagination celui qu\u2019il n\u2019entrevoit pas de faire en chair et en os, voilà le guide idéal.L'Immaculêe-Conception.Alexandre Guay.La J.A.C.en action.\u2014 Québec, Centre diocésain d\u2019A.C., 1945.73 pp.MOUVEMENTS de jeunesse en plein essor et déjà pourvus de cadres solides, telles nous apparaissent J.A.C.et J.A.C.F.à travers cette brochure.Le volume initie à l\u2019esprit et aux méthodes en œuvre dans leur section respective.L\u2019anecdote vivifie la doctrine; ces quelques pages constituent un beau document d\u2019information.Gérard Dallaire.L'Immaculêe-Conception.Le T.R.P.BUZY: Le Nouveau Testament, les Evangiles, les Actes des Apôtres.Société catholique de la Bible.\u2014 Montréal, Fides.322 pp., 15.1 cm.CLARTÉ, PRÉCISION: telles sont les caracétristiques de cette nouvelle traduction.La longue phrase calquée sur le grec que l\u2019on rencontre chez les traducteurs plus anciens est abandonnée pour faire place à la phrase courte, élégante.Buzy écrit en français, en français moderne.Cependant, il n\u2019a rien enlevé à la pensée de l\u2019auteur inspiré.A notre humble avis, cette traduction l\u2019emporte sur toutes celles que nous connaissons.Il sera bien difficile de la dépasser.« Fides » unit dans son édition canadienne les Actes des Apôtres aux Évangiles.Il eût été mieux, croyons-nous, de joindre les Actes aux Épîtres de saint Paul qu\u2019ils éclairent en les plaçant dans leur cadre historique, ou, tout simplement, éditer en un seul volume tout le Nouveau Testament, comme dans l\u2019édition française, publiée à Paris en 1937.L'Immaculêe-Conception.Louis-Arthème Tétrault.Fernand Paradis, P.S.s.: Synthèse théologique sur le renoncement chrétien.\u2014 Grand Séminaire de Montréal, 1945.256 pp., 19.3 cm.IL FALLAIT un certain courage pour écrire, dans les circonstances présentes, sur le renoncement.M.l\u2019abbé Paradis a eu ce courage.Et notre littérature canadienne s\u2019est enrichie d\u2019une longue étude sur un sujet intéressant, dont les données sont parfois difficiles à saisir.Le renoncement n\u2019est pas toute la spiritualité.Cependant il en faut, et à forte dose, surtout en nos jours où le païen fait tant d\u2019efforts pour l\u2019emporter sur le chrétien.Sans renoncement, la charité, qui est l\u2019essence de la perfection, ne se peut maintenir longtemps.Notre-Seigneur, les Apôtres, les Pères de l\u2019Église, toute la tradition catholique, ne cessent de recommander le renoncement.Il appartient à la prudence d\u2019en ajuster la pratique aux états d\u2019âme, aux conditions sociales, à l\u2019âge spirituel d\u2019un chacun.Telles sont les idées maîtresses de cet ouvrage qui se présente à nous avec tout l\u2019apparat d\u2019une œuvre scientifique: discussions de textes, expositions d\u2019opinions diverses, documentation abondante puisée aux meilleures sources: saint Thomas, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d\u2019Avila, saint François de Sales, Olier, Lagrange, de Guibert, Lebreton, etc.Le style est alerte, la phrase correcte, la pensée claire et précise, le développement rigoureusement didactique.Puisque l\u2019on a voulu faire œuvre proprement scientifique, certains points auraient pu être approfondis davantage.Saint Thomas a-t-il toujours été assez exploré ?Louons l\u2019auteur d\u2019avoir ^essayé de mettre, dès le début, un peu de précision dans les notions parentes de renoncement, de mortification, de sacrifice, d\u2019abnégation, que les spirituels emploient souvent indifféremment.La contemplation infuse est la voie normale à la sainteté (p.239).Est-ce la seule?Sans la contemplation infuse, la sainteté est-elle encore possible?(Cf.Tanqueray, Précis., nn.1558-1567; de Guibert, Theologia Spiritualis asceticae et mysticae, Romae, 1937, nn.423-436.) Le livre est fait pour des prêtres, habitués à la théologie.Les laïques dont la culture n\u2019est pas très poussée seront parfois déroutés par la terminologie scolastique.Certains chapitres cependant leur apporteront de précieux renseignements.Quelques « prédicateurs de bonne foi » (p.143) trouveront peut-être, ici 306 RELATIONS ou là, que l\u2019expression n'est pas assez sereine.D\u2019autres estimeront que la thèse, développée dans l\u2019abstrait, aurait besoin de modification dans le domaine du concret et de la pratique du ministère.Quant à nous, nous croyons que pour juger à sa juste valeur cette œuvre nouvelle, dont le mérite est profond, il ne faut pas oublier que l\u2019auteur a voulu écrire une thèse théologique et non un sermon.L\u2019Immaculêe-Concepiion.Louis-Arthème Tétrault.HISTOIRE Pierre Daviault: Histoires, Légendes, Destins.\u2014 Montréal, Les Éditions Modernes, 1945.244 pp., 19 cm.TL EST DIFFICILE de circonscrire le sujet d\u2019un livre qui * nous rapporte mille curiosités de l\u2019histoire, personnages et anecdotes.Cela part du xvi® siècle avec Henri de Joyeuse, « maréchal de France et capucin », et va jusqu'aux dessous du reportage moderne de Y Associated Press.On trouvera à ce livre le même plaisir qu\u2019à du Lenotre, sauf qu\u2019ici la matière est tirée de volumes courants et non déterrée dans les archives parisiennes.Il fait d\u2019ailleurs partie d\u2019une série qui paraît sous le titre général suivant: les Carnets d\u2019un Liseur.La narration est vive, brève, toujours intéressante.C\u2019est de la petite histoire qui fait revivre la grande et nous la rend plus familière.Qui aime entendre raconter goûtera ces récits variés.L\u2019Immaculêe-Conception.Laurent Lavallée.René CAILLAUD: Normandie, Poitou et Canada français.\u2014 Montréal, Fides, 1945.119 pp., 19.3 cm.CE LIVRE intéressera les amateurs de petite histoire et enchantera les bibliophiles désireux de passer une heure agréable et instructive.Il comprend deux conférences données en 1942 et 1944 devant les membres de la Société Historique de Montréal.D\u2019après la première conférence, le Centre-Ouest français qui gravite autour du Poitou a fourni à la Nouvelle-France plus de colons que la Normandie: est donc fausse la croyance de l\u2019ascendance surtout normande des Canadiens français.Quelques légendes poitevines présentées succinctement forment la matière de la seconde conférence.L\u2019auteur, né dans la province française du Poitou, vit au Canada depuis nombre d\u2019années.Aussi serait-il qualifié pour tracer dans un de ses prochains livres un parallèle solide et vivant entre le Canadien français et l\u2019habitant du Poitou.L\u2019Immaculêe-Conception.Guy Guérin.DIVERS Marie-Louise d\u2019AUTEUIL: Mémoires d\u2019une souris canadienne.\u2014 Montréal, Librairie Granger, 134 pp., 22 cm.Marie-Louise d\u2019AUTEUIL: Le Serment de Jacques.\u2014 Montréal, Librairie Granger, 137 pp., 22.5 cm.Marie-Louise d\u2019AUTEUIL: Fanfan, Joujou et Compagnie.\u2014 Montréal, Librairie Granger, 79 pp., 19.5 cm.Trois petits volumes qui enrichissent notre littérature enfantine, et dont le premier \u2014 Mémoires d\u2019une souris canadienne \u2014 en est à sa troisième édition.Charles E.PHILLIPS: New Schools for Democracy.\u2014 Toronto, Canadian Institute of International Affairs, 1944, 21 pp., 20.3 cm.Abbé Albert Tessier: Terre d\u2019élection.\u2014Québec, 1944, 47 pp., 15.3 cm.Honorable Orner CÔTÉ: Mission de l\u2019éditeur.\u2014 Montréal, Éditions Serge, 1945, 10 pp., 17.5 cm.Richard PATTEE: The Catholic Revival in Mexico.\u2014Washington, The Catholic Association for International Peace, 1944.60 pp., 18.9 cm.\\ cAchète BIEN (fin ac MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine ^)iiouî§^èites MONTREAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes : Hôtel Windsor L\u2019ARGENT EST UN BON SERVITEUR L\u2019argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître.Il faut l\u2019asservir, non se laisser dominer par lui.Économisez autant que possible et mettez vos réserves au service de vos besoins et de vos légitimes ambitions.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de $300,000,000 S15 bureaux au Canada \u2014\t60 succursales à Montréal 206, rue du Pont\tTel.: 4-4641 LA CiE FABRICANTS D'ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS : Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène NOVEMBRE 1945 307 TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ 1 Cljarbormeatt ILimüte Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET JEAN-LOUIS PHOENIX, o d Optométriste-Opticien diplômé de l\u2019Université Successeur de SIMON CREVIER \u2022\tExamen de la vue \u2022\tTraitements musculaires \u2022 AM.2121 1215 est, Ste-Catherine Près de la rue Montcalm en troiâ mot à A l\u2019écrivain anglais Charles Morgan qui l\u2019interrogeait sur l\u2019avenir de la France, Paul Valéry répondit: « La France n\u2019existe que dans la mesure où elle se distingue.» Le mot ferait bien pour nous, qui copions trop.M.Romuald Bourque a dénoncé notre exagération de fonctionnarisme, qui menace d\u2019étouffer les meilleures initiatives en affaires.Ne vaudrait-il pas mieux redonner à un travail productif des milliers de scribes inutiles, et offrir aux jeunes de la place plutôt que des places ?T[ Pour assurer une exportation à nos industries, l\u2019on propose de relever le standard de vie du milliard de Jaunes, de Bruns et de Noirs qui achètent peu et qui en souffrent, mal nourris, mal logés, mal habillés.Il faudra importer si l\u2019on veut exporter, ou bien prêter sans espoir de retour, ou donner en pur don, ou réformer le système financier.Qu\u2019on ne brûle plus jamais le coton, les fruits, le blé et le café, en tout cas! A Québec, après la victoire d\u2019Aboukir, remportée par Nelson sur la flotte française en 1798, « la Chambre d\u2019Assemblée aurait voulu voter une somme de 20,000 livres pour aider l\u2019Angleterre à supporter les frais de la guerre contre la France.Prescott s'y opposa » (Caron, les Cantons de l'Est, p.84).\u2014Aurions-nous tellement le goût des cadeaux dans le sang?.Quelles révolutions dans le monde peut produire un seul volume! Songeons seulement à quatre titres: Mein Kampf, par Hitler, Das Kapital, par Karl Marx, le Coran, par Mahomet, et la Bible par Dieu.Comme quoi l\u2019on peut progresser vite: en 1931, le Manitoba était à l\u2019avant-dernier rang des provinces pour le nombre des lits réservés aux tuberculeux, avec un lit pour 2,457 personnes; or, en 1936, cinq ans plus tard, il était au premier rang, avec un lit pour 999 personnes.% Pendant ces mêmes années, Québec faisait peu de progrès: de un lit pour 2,395 personnes, il passait à un lit pour 2,316.Le nombre de lits disponibles est tristement insuffisant.If il y a quatre médecins de plus dans le grand Montréal que dans tout le reste de la province de Québec.C\u2019est dans le Québec (hors de Montréal) qu\u2019il y a le moins de gardes-malades diplômées de tout le Canada.Pour les gardes en apprentissage, la proportion est encore moins favorable.Tl 208,167,180 billets d\u2019entrée aux cinémas canadiens ont été achetés en 1944.En 1943, c\u2019était quatre millions de billets de moins, et en 1939 (année normale?), 70 millions de moins! ^ Les Canadiens ont payé pour ces amusements (sans compter les taxes) $53,173,325 en 1944.En 1939, il leur avait suffi de dépenser trente-quatre millions de dollars pour se divertir de cette façon.Pour se défaire du black-out et des installations qu\u2019il avait exigées, la Grande-Bretagne doit voter un budget de $225,000,000.If Nouveau pronunciamento du gouverneur suprême de l\u2019Institut démocratique, M.le sénateur T.-D.Bouchard, cette fois sur le corporatisme-fasciste, prêché, paraît-il, par le cardinal Villeneuve.Occasion méritée de rééditer, entre autres, quelques petits commentaires à son maiden-speech sénatorial de l\u2019an dernier: « Il ne faut pas y attacher d\u2019importance » (hon.Saint-Laurent); «75% faux» (sén.Laçasse); «propos injustes» (sén.Chapais); «Quisling du Québec » (F.Dorion) ; « Lord Haw-Haw » (H.Sommer-ville), etc., etc.Salon d\u2019optique chez D:Si|ean ¦ LIMITÉ! BIJOUTIERS DIAMANTAIRES Uu seul magasin au même endroit depuis 69 ans 308 RELATIONS PREMIER CONGRES PATRONAL de l'Association Professionnelle des Industriels Comment âauvex l\u2019entxepxiâe ptlvêe LES CONFÉRENCIERS: A.THIBAULT.L'attitude du patron à l'égard de ses ouvriers.EUGENE GIBEAU.Le fonctionnement d'un comité de coopération industrielle.JEAN VINANT.Le Centre des Jeunes Patrons de France.E.G.TAYLOR.La négociation du contrat collectif.Dr GOETZ BRIEFS.L'État et l'Industrie.de l'Université de Georgetown ÉMILE BOUVIER, S.J.Les patrons devant le mouvement ouvrier.Dr JOSEPH SCHUMPETER.L'avenir de ïentreprise privée devant les tendances sodé l'Université Harvard\tcialistes modernes.Le programme détaillé sera expédié par retour du courrier à tous les industriels, à tous les chefs d'entreprise, à tous les sociologues, à tous les dirigeants ouvriers qui en feront la demande avant le 15 novembre.Secrétariat de FAssociation Professionnelle des Industriels Chambre 508\tImmeuble Confédération 1253, avenue McGill College, Montréal (2)\t- BElair 3541 Hôtel Windsor 19 novembre 1945 Téléphone 851 3 Compagnie d\u2019Autobus Charlesbourg, Limitée Dr G.BEAUDET Président PIERRE CARON Secrétaire-Trésorier GE0.-0.PARADIS Vice-président fa ze/aüoK# J^elati xonà Vous donnerez comme ÉTRENNES cette année Il nous fera plaisir de glisser dans le numéro de janvier, qui paraîtra à Noël, une carte artistique offrant vos voeux de bonne année, et l'abonnement à Relation* H wmsSS.J\\elationà \t\t Les Fabricants\t\t FASHION-\t\tCRAFT LIMITÉE Conâeil d\u2019adminiâtxation :\t\tdjei vêtementâ Eugène RICHARD\tPrésident\tQaâliion-Ctafjt J.-Louis Lévesque\tVice-président\tiont Gérard FAVREAU\tVice-président exécutif\tiJ et directeur général\tL CtpCt-UCtC^t?\t Lionel LACROIX W.S.McCutcheon\tDirecteurs généraux adjoints\tdune miie élégante.Emé.Lacroix\t\tReprésentés au Canada par au delà de J.-A.Boivin, N.P.\t\t,\t500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.l/otte te it ament /\u2014¦\u2014 Souvent trop occupé de ses propres affaires, l'exécuteur testamentaire particulier n'a pas le temps voulu e< que demande l'administration efficace d'une succession.Nommez cette Société votre Exécuteur testamentaire.Elle a été créée dans ce but et possède ces garanties : COMPÉTENCE PERMANENCE SÉCURITÉ \u2014 Vous obtiendrez QUALITÉ - - - STYLE dans les marques les plus réputées à nos trois magasins pour Dames SLATER AID-A-WALKER CONFORT pour Messieurs SOULIERS SLATER qu'aucune personne en particulier ne peut offrir 0 pour enfants CHAUSSURES CHAT-BOTTÉ Siiïîlmsf JOSEPH SIMARD, O.B.E.président ALBERT HUDON \u2022 HON.J.-A.BRILLANT, C.L., C.B.E.vice-présidents HERVÉ PRÉVOST\tJ -H- CHRÉTIEN directeur général\tsecrétaire directeur g\tHENRI DE CAZES gérant à Québec Siège social: 10 ouest, rue St-Jacques MONTRÉAL.1 Succursale: 132, rue St-Pierre QUÉBEC AJUSTEMENT PARFAIT Spécialité : AUX PIEDS SENSIBLES Çitoux & Jbeé jÇauïiexà BOTTIERS fashionables\tLIMITÉE 3 magasins à votre service : 1500 est, rue Mont-Royal, coin Fabre 6914, rue Saint-Hubert, près Bélanger 4029 est, rue Ontario IMPRIM \u201c (Relation* \u201d voit* plait, pa**ez-le a vo* ami* I ERIE DU MESSAGER, MONTREAL "]
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