Relations, 1 avril 1946, Avril
[" LE CANADA îTELS INTERNATIONAUX ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE ET LES CARTELS Burton LEDOUX NOTRE CONSTITUTION EN MARCHE Louis C.de LÉRY U.R.S.S.- DÉMOCRATIE Joseph-H.LEDIT FOYERS NÉCESSAIRES Alexandre DUGRÊ ¦\tMISSION TEMPORELLE DE L\u2019ÉGLISE » LE CONSEIL DE L\u2019INSTRUCTION PUBLIQUE ¦\tCHANGHÀI - SAN-FRANCISCO - MONTRÉAL ¦\t« ABSENCE » À L\u2019EUROPE DE M.J.-P.SARTRE SOMMAIRE AVRIL 1946 Editoriaux.\\.97 Les yeux sur la rondelle.\u2014 La médecine en liberté.\u2014 Redistribution des sièges électoraux.Articles LE CANADA ET LES CARTELS INTERNATIONAUX.Burton Ledoux\t99 NOTRE CONSTITUTION EN MARCHE.Louis C.de Léry 103 MISSION TEMPORELLE DE L\u2019ÉGLISE.Robert Bernier\t106 FOYERS NÉCESSAIRES.Alexandre\tDugré\t107 L\u2019UNION DES RUTHÈNES .Joseph-H.Ledit 110 Commentaires.112 France et Franco.\u2014 Notre pourcentage chrétien.\u2014 La mise au ban de l\u2019Argentine.\u2014 La solution de la question ouvrière.\u2014 Le français en Saskatchewan.\u2014 La justice l\u2019emporte sur la vengeance.Au fil du mois.114 En Espagne.\u2014 Radio métèque.\u2014 Semeur de bile.\u2014 Conversions.\u2014 Guerre ou paix.NOS COLLABORATEURS \u2022 M.Burton Ledoux est un Étatsunien d\u2019ascendance canadienne-française.De son poste d\u2019observation à New-York, il poursuit son étude des cartels internationaux.\u2014 Le P.Louis C.de Léry, s.j., est professeur de droit canonique au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception et à l\u2019Université Laval.\u2014 Le P.Jacques Tremblay, s.j., est professeur d\u2019Histoire de la philosophie au collège Jean-de-Brébeuf de Montréal.\u2014 Mlle Béatrice Clément est une institutrice qui s\u2019intéresse beaucoup aux œuvres d\u2019éducation et de charité.Autorisé comme envoi postal de lâ deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa Chroniques « ABSENCE » À L\u2019EUROPE DE M.J.-P.SARTRE .Jacques Tremblay 115 LA BIBLIOTHÈQUE DU GESÙ .Béatrice Clément 117 LE CONSEIL DE L\u2019INSTRUCTION PUBLIQUE.Louis C.de Léry 118 CHANGHAÏ-SAN-FRANCISCO-MONTRÉAL.Dominique Pesant 121 HORIZON INTERNATIONAL.123 U.R.S.S.\u2014 Espagne.Livres récents.126 Usury in Catholic Theology.Robert Bernier Proudhon et le christianisme.Paul Vanier The Family Today.Vincent\tCurmi Hygie contre Vénus.Guy\tFortier Brochures et plaquettes.En trois mots .;.128 RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur : Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA Vlème année, No 64 Ecole Sociale Populaire, Montréal Avril 1946 ÉDITORIAUX jÇeâ yeux âux la xondelle T A RONDELLE qui nous occupe, c\u2019est le groupe d\u2019hommes arrêtés pour espionnage et la raison pour laquelle ils ont été traduits devant les tribunaux.Les deux rapports de l\u2019enquête royale sont déjà effarants; attendons les procès et ne nous laissons pas distraire par les diversions qu\u2019on montera pour détourner l\u2019attention.Les rapports de l\u2019enquête royale révèlent, chez les accusés canadiens et leurs amis soviétiques, un état d\u2019esprit extraordinaire.Les premiers, tenus au secret, livrèrent des documents écrits de leur propre main, sans même prendre la peine de cacher leur écriture.Quant aux soviétiques, pourquoi ne détruisirent-ils pas ces papiers qui ne pouvaient plus servir après qu\u2019ils en eurent fait usage ?Ce n\u2019est pas que les fournaises manquaient dans ces chambres secrètes que M.Gousenko décrit avec tant de détail.Invraisemblable stupidité?Voulait-on garder une épée de Damoclès sur la tête des inculpés, afin de les faire chanter?L\u2019attitude des inculpés révèle deux états d\u2019esprit différents.Les fellow-lravellers gardent, devant la commission d\u2019enquête et la cour, une certaine dignité personnelle.Ils sont probablement de pauvres innocents (c\u2019est ainsi que les bolchéviques authentiques appelaient, dans le passé, les gens qui se laissaient prendre à leur propagande) qui ont donné foi, avec toute leur ardeur passionnée, à ce que leur disaient leurs tentateurs.Ils n\u2019étaient pas formés aux bonnes méthodes de conspiration, chères aux communistes.Ardemment attachés aux sociétés d\u2019« Amis de l\u2019U.R.S.S.» qui, d\u2019ailleurs, se présentaient sous d\u2019augustes patronages, ils voulurent prouver leur amitié de façon efficace.Ils sont aujourd\u2019hui abandonnés et trahis par ceux-là mêmes qu\u2019ils voulaient aider.Les officiers soviétiques incriminés, qui quittèrent le Canada en temps utile, n\u2019auraient pu laisser leurs fournisseurs dans une situation plus compromettante.Quant aux authentiques communistes arrêtés par la police, ils sont aussi arrogants que les prisonniers allemands qui ont toujours leur convention de Genève à la bouche.La nourriture, bonne pour la police, les dégoûte.Ils se plaignent d\u2019avoir été injustement, violemment, brutalement traités.On dirait qu\u2019ils sont tombés dans les mains de la Guépéou.A lire certains articles de journaux, on aurait dit que c\u2019était la police qui était sous accusation.Gardons les yeux sur la rondelle.Il y a peu de prolétaires parmi ces accusés.Professeurs, universitaires, militaires gradés, hauts fonctionnaires, ces gens n\u2019avaient pas à se plaindre du Gouvernement qui leur avait donné, avec sa confiance, de robustes salaires.Il y eut peu de Canadiens français dans le groupe.Pour Moscou, comme pour d\u2019autres, les Canadiens français ne sont pas, suivant la jolie expression russe, des « personnages d\u2019espérance ».Il fallut créer une petite bagarre pour que M.Guy Caron pût se faire ramasser par la police.Quant à Mlle Danielle Cuisinier, que Radio-Canada nous avait infligée dans le passé, c\u2019est tout juste si elle arriva à faire mettre son nom dans le journal.Elle n\u2019a pas encore trouvé le martyre dans son pays d\u2019adoption.Évariste Dubé, naguère grand chef, était trop occupé à son honnête travail de colporteur pour être mis dans les secrets.Ce qui intéresse Moscou, ce n\u2019est pas la lutte des classes ni le peuple canadien; ce sont les amis que se fit M.Fred Rose dans des milieux qui n\u2019ont rien de prolétaire.Ce dernier s\u2019est fait arrêter pour avoir organisé, avec d\u2019authentiques bourgeois, un vaste système d\u2019espionnage.Un «ami du peuple», cela?Un « champion des travailleurs »?Un chef communiste pris comme organisateur de mouchards, c\u2019est le comble de la disgrâce.Il n\u2019a même pas réussi, le malheureux, à sauver les apparences.La Pravda et les Izvestia trouvent que c\u2019est beaucoup de bruit pour peu de chose et que toute l\u2019affaire est un complot, non contre le Canada, mais contre l\u2019U.R.S.S.M.King, disent-ils, avait toujours été un peu « fasciste ».Nous aurions été désappointés si le gros mot n\u2019était pas venu.A lire la prose soviétique, on dirait que le Canada est en faute pour n\u2019avoir pas laissé les soviétiques espionner paisiblement.C\u2019est presque la thèse de M.Joseph Davies, ancien ambassadeur des AVRIL 1946 97 États-Unis à Moscou.Avons-nous la berlue, ou bien a-t-il dit vraiment que les Soviets ont le droit moral d\u2019espionner leurs amis?Dans la province de Québec, la population catholique s\u2019est toujours tenue à distance de la propagande communiste.Tous comprennent que des athées ont d\u2019autres idées que nous sur la morale, le serment, le patriotisme et le devoir.Quant aux non-prolétaires qui voulurent faire montre d\u2019un esprit « large », en fleure-tant avec les communistes, ils se trouvent dans une situation un peu ridicule.N\u2019insistons pas! Ils ont peut-être suffisamment appris leur leçon.*(a médecine en liberté UNE PREMIÈRE TENTATIVE de médecine d\u2019Êtat par le gouvernement travailliste a fait bondir l\u2019Association médicale anglaise: Esculape ne veut pas tomber fonctionnaire.Il a bien raison.Mais puisque le but de la mesure est de faire soigner et opérer gratuitement les pauvres, on trouvera bien moyen d\u2019arranger cela, dans cette « patrie des compromis ».Un argument qui saute aux yeux, qui jette de la poudre aux yeux, c\u2019est qu\u2019on obtient gratuitement \u2014 à même les taxes! \u2014 les pompiers pour sauver sa maison d\u2019un désastre réparable, mais pas les médecins pour des soins qui sauveraient d\u2019une mort irréparable.Argument sophistique, mais qui prend.Les simples ne différencient pas les vingt années d\u2019études préalables des médecins, de la préparation moins coûteuse des pompiers.En tout cas, si l\u2019on ne veut pas chez nous l\u2019étatisation des soins aux malades, il faudra qu\u2019une société médicale fasse taire les griefs actuels, contre le mauvais service d\u2019ambulance et contre la difficulté d\u2019obtenir des médecins la nuit, le samedi soir et le dimanche.On cite des cas d\u2019appels à huit, à douze bureaux, pour n\u2019obtenir enfin que le verdict: « Il est mort.» Si nous regardons l\u2019autre côté de la médaille, on accordera aux médecins parfois surmenés le droit au repos, à la bonne partie de cartes, de chasse, de pêche ou de ski.Parvenus à un certain âge, ils doivent se ménager le cœur: la mort subite les frappe aussi dru que les prêtres.Il arrive aussi que des nerveux les appellent pour rien, ce qui vole le tour des vrais malades.Enfin, les médecins du dimanche et de la nuit sont normalement les jeunes qui se bâtissent une clientèle.Or, rappelons-nous que les cinq dernières promotions furent accaparées par l\u2019armée, et qu\u2019on ne les licencie pas malgré leur désir et le bon sens.Les sociétés médicales devraient presser leur retour, puis leur établissement là où le besoin se fait le plus sentir, surtout à la campagne.Pour tout de suite et pour tout le temps, il faudrait un service d\u2019appel et de remplacement.Les pompiers sont toujours là; que des médecins y soient aussi.Mettons-nous à la place des malades.Perdre la vie est pire que de perdre sa maison.Faudra-t-il que la faculté prenne ses vacances par roulement?Peut-être.A moins d\u2019obtenir du ciel un épatant miracle, puisque actuellement on n'a pas le droit d'être malade le dimanche ! Il sera plus facile d\u2019indiquer des remplaçants, qui remplacent pour tout de bon.Autrement, la clameur actuelle grandira jusqu\u2019à vouloir, chez nous aussi, la médecine d\u2019Êtat, qui ne réglera probablement pas grand chose, qui peut-être empirera les choses, mais on se sera vengé.Espérons mieux: les savants confrères, dont le dévouement est reconnu, sauront répondre ou faire répondre aux appels, et sauver encore des vies, même le dimanche, même dans les taudis, même au fond des campagnes raboteuses.Le docteur Vivian, de McGill, soulignait récemment le dispendieux échec de l\u2019Assurance-Santé en Nouvelle-Zélande, non pour conclure: Vous voyez bien l mais pour demander une solution aux médecins, surtout aux spécialistes jusqu\u2019ici figés sur leurs positions.Le docteur Biot, de Lyon, a joliment dit: « C\u2019est un trait essentiel de la profession médicale d\u2019être qualifiée de « libérale », pour bien marquer à la fois qu\u2019elle exige beaucoup de liberté, mais aussi qu\u2019elle n\u2019est pas praticable sans un certain détachement de l'argent.« Un sacerdoce, disait-on volontiers, et le mot devrait être perpétué; mais surtout la réalité.Sacerdoce, parce que soigner des corps, qu\u2019anime un esprit, c\u2019est faire plus que de toucher un vase sacré, un reliquaire vivant, c\u2019est en quelque manière agir sur l\u2019âme elle-même: il y faudrait des mains aussi pures et un cœur aussi charitable que celui du prêtre.» \u2014 Et surtout la présence, puisque le prêtre ne déserte pas.JÇa redistribution des sièges électoraux IE MINISTRE de la Justice annonce un projet de loi sur la redistribution des sièges électoraux.Plusieurs provinces ont plus de députés que le nombre auquel leur population ne leur donne droit.Le redressement de cette injustice déjà ancienne a été retardé sous le prétexte de la guerre.On ne saurait le reculer davantage sans bafouer la véritable démocratie.Une équitable distribution des sièges est un droit élémentaire de l\u2019électorat.C\u2019est une condition première pour que le suffrage universel ait du sens.Cette égalité de représentation, que viole trop souvent la distribution fantaisiste des comtés pour fin politiques, est d\u2019une spéciale importance pour la minorité française, particulièrement intéressée au nombre \u2014 comme à la qualité \u2014 de sa représentation à Ottawa.Une minorité ne peut permettre que ceux qui sont chargés de la garde de ses intérêts perdent quoi que ce soit de leur force.Nous avons tout lieu de croire que l\u2019on étudiera le prochain bill sans trop d\u2019acrimonie et surtout à la lumière des intérêts du Canada.98 RELATIONS L'ENQUÊTE SUR LES CARTELS LE CANADA ET LES CARTELS INTERNATIONAUX Burton LEDOUX « TV T OUS (les Canadiens) ne sommes pas encore en I ^1 mesure de prononcer un jugement pertinent » sur les nombreuses suggestions présentées un peu partout en vue de placer les cartels mondiaux sous un contrôle efficace.Ainsi s\u2019exprimait un commissaire du gouvernement canadien devant les renseignements sur les opérations des cartels internationaux qui filtraient au Canada pendant la guerre.En conséquence, au mois de mai 1944, le gouvernement canadien nomma un Comité avec charge a) d\u2019étudier la nature et les agissements des cartels internationaux en fonction des intérêts canadiens; b) de chercher les liens qui pourraient exister entre les cartels internationaux et les cartels nationaux; et c) de recommander les modifications jugées nécessaires dans les lois qui régissent actuellement les cartels du type national ou international.Le Rapport intitulé le Canada et les cartels internationaux, publié en octobre 1945 par le gouvernement canadien, est le fruit de ces recherches.Il y a là beaucoup d\u2019informations utiles et qui commandent l'attention.Presque chaque page du Rapport révèle quelque manœuvre des cartels, nuisible au bien-être du Canada.Plusieurs constatations de fait qu\u2019on y trouve se fondent sur l\u2019évidence de documents découverts d\u2019abord par le gouvernement des États-Unis.Néanmoins, le Rapport crée une fausse impression sur bien des points et ne satisfait pas dans l\u2019ensemble.Il convient donc de fixer le point de vue qui a inspiré notre analyse.Les cartels internationaux posent des problèmes internationaux.Ce qui se passe dans tel pays au sujet des cartels exerce très souvent une sérieuse influence sur les intérêts du pays voisin et même sur ceux de pays fort éloignés.Il s\u2019ensuit que le citoyen de n\u2019importe quel pays a le droit d\u2019exprimer librement son avis sur ce qui se fait ou ne se fait pas n\u2019importe où pour résoudre les problèmes d\u2019actualité que suscitent les cartels, cultivant à ce sujet l\u2019état d\u2019esprit que montre Romain Rolland, par exemple, lorsqu\u2019il écrivit Au-dessus de la mêlée, pendant la première grande guerre, attitude nullement contraire à la loyauté envers sa patrie, ni au respect dû aux autres peuples.1.Le Canada et les cartels internationaux représente un effort courageux pour mettre les faits sous les yeux du public.Le courage, cependant, n\u2019est pas tout.Car la triste vérité, c\u2019est qu\u2019une petite poignée de Canadiens seulement liront le Rapport ou même y prêteront quelque attention.Et ce n\u2019est pas le public qui est à blâmer, mais le Comité.Le Rapport est si indulgent, si indûment modéré dans le ton et si bourré de mots techniques que la AVRIL 1946 lecture de quelques pages suffit à endormir.Cette publication était censée éveiller, éduquer le public et le forcer à réfléchir, et non pas le bercer pour l\u2019assoupir.C\u2019est pourquoi, vu surtout la complexité du sujet, il aurait dû être rédigé en termes tout à fait simples et assaisonné d\u2019observations visant à stimuler la pensée, à provoquer la volonté aux gestes constructifs.Ce sont là procédés d\u2019usage universel en éducation.Tel qu\u2019il est, le Rapport perd toute l\u2019efficacité attendue, précisément dans les milieux qu\u2019il importe particulièrement d\u2019éclairer; il dénature tellement les choses qu\u2019en bien des cas il arrive à cacher la signification première des méfaits qu\u2019il révèle: résultat sans aucun doute étranger aux intentions du Comité.2.Apparemment, le Comité n\u2019était pas familier avec l\u2019histoire des cartels mondiaux et nationaux à travers les âges; il n\u2019a donc pas réussi à saisir la nature foncière des intérêts en jeu.On le voit bien quand il écrit que les cartels et les monopoles sont des phénomènes « qui ont accompagné le développement de l\u2019industrie moderne ».« L\u2019industrie moderne » \u2014 avec son penchant démesuré à avilir la dignité humaine \u2014 est, à la barre de l\u2019opinion publique, suffisamment chargée d\u2019accusations sans qu\u2019on en ajoute de fausses à son dossier.Les cartels \u2014 internationaux et nationaux \u2014 existaient bien avant le développement de l\u2019industrie moderne; on peut les retrouver à l\u2019une ou l\u2019autre étape historique des principaux groupements culturels de l\u2019humanité, qu\u2019il s\u2019agisse \u2014 pour n\u2019énumérer que ceux-là \u2014 de l\u2019Égypte, de Rome, de Byzance ou de l\u2019Europe occidentale.Pareille omniprésence ne peut signifier qu\u2019une chose: un cartel est la manifestation d\u2019un trait typique du caractère humain, dont on doit se faire une juste idée si l\u2019on veut comprendre le problème qu\u2019il présente 'dans ses aspects fondamentaux.Les cartels d\u2019aujourd\u2019hui et les cartels connus de l\u2019histoire se ressemblent tous par l\u2019objectif suprême qu\u2019ils ont semblablement poursuivi: éliminer la concurrence de façon à faire monter les prix et les profits.Il faut se rappeler que les cartels sont la création de petits groupes d\u2019hommes déjà immensément riches et puissants dans un état donné de la société.Leur objectif, en créant des cartels, est d\u2019accroître encore davantage leur richesse et leur puissance.Il ne nous est pas permis d\u2019ignorer les leçons de l\u2019histoire, surtout celles qui furent répétées si souvent.C\u2019est pourquoi les bonnes intentions des cartélistes ne nous émeuvent point, non plus que les « lois économiques » invoquées pour justifier leur conduite.Ce qui nous frappe, ce sont les phénomènes qui ont toujours 99 accompagné la cartélisation sur une haute échelle en tous pays et en tous temps; ces phénomènes sont: a) la concentration de la richesse et des moyens de s\u2019enrichir entre les mains d\u2019un très petit groupe d\u2019hommes; b) l\u2019exercice par cette infime minorité d\u2019une dictature pratiquement absolue sur l\u2019économie d\u2019un pays et, par conséquent, le pouvoir de façonner, sinon de dominer sa vie politique, sociale et culturelle; c) la restriction des chances d\u2019amélioration pour le reste de la société et, dans une large portion de celle-ci, la pauvreté à l\u2019état chronique.C\u2019est cet état de choses qui est à l\u2019origine des révolutions et des guerres les plus sanglantes de l\u2019histoire.L\u2019appétit de l\u2019or (ou de son substitut) et la soif de domination semblent être deux traits instinctifs qu\u2019on rencontre en presque tous les hommes.Ils ont porté certains individus à faire des réalisations impressionnantes.Mais chaque fois que la société a failli à son devoir d\u2019imposer des limites à l\u2019exercice de ces appétits, ils ont en fait servi les fins de la rapacité la plus brutale et la plus oppressive.Sur ce point, les leçons de l\u2019histoire sont plus claires que le jour.En étudiant les cartels contemporains, nous avons donc affaire à des manifestations de la cupidité des hommes pour l\u2019argent et le pouvoir, et non pas à une sorte d\u2019enfant terrible mis au monde par l\u2019industrie moderne.3.Le Comité discute en termes généraux et plutôt vagues les attitudes des gouvernements nationaux à l\u2019égard des empires industriels \u2014 autre nom des cartels \u2014 et voici comment il résume son opinion : Dans l\u2019ensemble, les gouvernements eurent tendance à tolérer la croissance de ces empires industriels; en bien des cas, ils leur accordèrent encouragement et approbation.Le Comité porte ainsi le lecteur à croire que nulle exception marquante n\u2019existe à cette affirmation générale.En manquant de souligner l\u2019attitude nettement contraire prise par le gouvernement des États-Unis, il trahit une ignorance insigne de notre histoire, même s\u2019il tire beaucoup, pour son information, des enquêtes dont les cartels aux États-Unis furent si souvent l\u2019objet.Tout le long de son histoire, et à chaque manche de la partie engagée, le peuple des États-Unis s\u2019est acharné contre « la croissance de ces empires industriels ».Son gouvernement s\u2019est montré très intolérant envers « la croissance de ces empires industriels »; il a poursuivi et repoursuivi devant les cours de justice monopoles et cartels.Il n\u2019a cessé de dénoncer officiellement la conduite des cartélistes américains opérant au Canada et dans les autres parties du monde; et \u2014 nous le verrons plus tard \u2014 il a tout récemment réussi à couper les ailes à quelques-uns d\u2019entre eux.D\u2019autre part, les cartels opèrent au Canada sous le patronage et avec l\u2019aide active du gouvernement britannique; en fait, il n\u2019est pas exagéré de dire que le gouvernement anglais est un partenaire actif \u2014 bien qu\u2019anonyme \u2014 de beaucoup de ces cartels; car ceux-ci sont devenus des organes essentiels grâce auxquels le gouvernement impérial de Londres tire ses profits des dominions et des colonies qui forment son empire.La participation active aux cartels nationaux et internationaux de notre temps, telle fut également la politique des gouvernements de France, de Hollande, de Suède et de plusieurs autres pays.Nous savons aussi que le gouvernement du Canada fut et demeure un membre actif de l\u2019un des plus gros cartels canadiens.(Voir: « Un cartel canadien atteint sa majorité », dans Relations de février 1945.) Cette participation active aux cartels de la part d\u2019un gouvernement fut conduite jusqu\u2019à son terme logique en Russie, en Italie et en Allemagne, lorsque chacun de ces pays se donna un régime monopolisateur et totalitaire à fond.Ce qu\u2019il faut au peuple canadien, c\u2019est une information précise sur cet aspect important du problème, non les assertions confuses et équivoques que nous avons citées du Rapport du Comité.4.La section du Rapport qui a pour titre « Le verre poli » {Flat Glass) vaut grandement la peine d\u2019être lue.On y raconte brièvement l\u2019histoire du cartel international du verre en fonction d\u2019un seul des produits qu\u2019il contrôle: les vitres d\u2019automobile et le reste.Nous voyons là que les profits qui auraient pu revenir aux hommes d\u2019affaires canadiens, aux citoyens du Canada et de l\u2019Empire, grâce au système préférentiel de l\u2019Empire britannique, furent ramassés par un cartel, pendant que le gouvernement canadien et le parlement demeuraient incapables d\u2019empêcher rétablissement de prix indûment élevés pour la vitre au Canada.Les cartels contemporains prélèvent au Canada des tributs de ce genre sur presque tous les produits et services de nécessité vitale, sauf la production et la distribution des aliments.Mais pour faire connaître et comprendre cette histoire aux Canadiens, le Rapport aurait dû dire clairement: a) que, depuis les débuts de l\u2019« industrialisation » du Canada jusqu\u2019à nos jours, tous les gouvernements canadiens ont failli au devoir d\u2019empêcher ce pillage du peuple; b) que les hommes d\u2019affaires canadiens ont gagné ce qui est tout au plus une participation bien limitée aux grandes entreprises financières et industrielles qui dominent l\u2019économie du Canada, et c) que c\u2019est le peuple canadien qui a payé tous les frais d\u2019un pareil régime.Le public canadien ne peut être en mesure de porter un « jugement pertinent » sur le problème des cartels, si l\u2019impéritie chronique de ses propres chefs politiques et les entraves qui paralysent le succès de ses hommes d\u2019affaires ne sont pas clairement mis en lumière.Autrement, le public, devant les solutions proposées aux problèmes actuels, ne saura vraisemblablement faire autre chose que se fier à l\u2019avis de ses gouvernants et des économistes officiels, ainsi qu\u2019à la prétendue expertise des hommes d\u2019affaires.100 RELATIONS 5.A la page 18 du Rapport, le Comité nous dit: Dans plusieurs accords de cartels, le Canada est considéré comme un secteur du marché américain et doit être traité selon les vues des partenaires américains.Voilà une affirmation malheureuse.Car inférer que les Américains sont largement responsables des agissements des cartels mondiaux au Canada, c\u2019est laver les membres anglais et allemands de ces mêmes cartels et prescinder de la structure essentielle d\u2019un cartel international.Un cartel mondial est une association formée dans le but de constituer un monopole mondial dans une industrie donnée, de façon à recueillir du marché mondial le plus possible de profits pour le cartel.On divise le monde en secteurs et, pour diriger l\u2019exploitation de chaque secteur, on désigne un membre du cartel, ou parfois une corporation, propriété conjointe de deux membres ou plus.L\u2019agent d\u2019exploitation du cartel reçoit l\u2019assurance que les autres membres n\u2019entreront pas en concurrence avec lui dans le secteur qui lui est assigné; mais lui, à son tour, se soumet aux ordres et règlements établis de concert par les membres du cartel.Ce qui arrive, en fait, c\u2019est que chaque membre livre au cartel la liberté d\u2019action qu\u2019il possédait d\u2019abord à l\u2019intérieur de son propre pays.Il est absorbé, pour ainsi dire, par le cartel, organisation supérieure à chacun de ses membres.Cela ressort du fait suivant: la nature et la quantité des marchandises que l\u2019agent peut produire pour le marché assigné, le choix des clients et la détermination des prix, tout cela est fixé par la direction du cartel, laquelle est internationale.Du profit qu\u2019il recueille lui-même, l\u2019agent doit ensuite distribuer une partie aux associés du cartel.Des querelles ne cessent d\u2019éclater parmi les membres d\u2019un cartel au sujet de la division des profits mondiaux; et les conditions de ce partage ne cessent d\u2019être revisées à mesure que changent les conditions dans le monde.Naturellement, dans ces conflits, un, deux ou trois membres d\u2019un cartel s\u2019imposent par leur force prédominante, fixent les plans et réclament la part du lion à l\u2019heure du partage des profits mondiaux.Cela s\u2019applique à tous les cartels internationaux et nous amène à examiner le visage que ceux-ci présentent au Canada.Nous choisirons deux exemples.a) L\u2019industrie chimique y est monopolisée pratiquement par les Canadian Industries Limited (C.I.L.), corporation possédée conjointement par les Imperial Chemical Industries Limited d\u2019Angleterre et par les Du Pont des États-Unis.Les Américains, les Anglais et leurs quelques associés canadiens qui ont administré les affaires des C.I.L.au Canada dépendaient strictement, cela va de soi, des I.C.I.et des Du Pont, lesquels à leur tour étaient liés par des règlements rigides établis par les directeurs du cartel chimique mondial.Autrement dit, les directeurs des C.I.L.furent les agents locaux et les percepteurs de revenus de ce cartel mondial.Dans l\u2019industrie et sur le marché des produits chimiques, c\u2019est sous les ordres du cartel qu\u2019ils ont travaillé.La conduite de ce cartel chimique mondial fut dictée par ses trois membres les plus influents, ceux d\u2019Allemagne, d\u2019Angleterre et des États-Unis, la force de chacun se fondant sur une gigantesque industrie chimique nationale.Dans la conclusion des accords concernant la division des profits à tirer de l\u2019exploitation mondiale, chacun de ces trois membres avait au moins de quoi rivaliser avec les autres et exiger avec chance d\u2019être écouté une part respectable des dépouilles, en même temps que des concessions pour son marché intérieur.Comme le Canada ne possède pas d\u2019industrie chimique propre, il n\u2019est pas du tout représenté dans le cartel; il a donc été exploité selon la volonté du cartel général.En fait, ce cartel a étouffé toute tentative d\u2019établir une industrie chimique au Canada; tout au plus y a-t-il permis le développement, mais jusqu\u2019à un certain point seulement, de certaines entreprises de production chimique au Canada.Il a prohibé l\u2019exportation des produits chimiques manufacturés au Canada; il a vendu ses produits au Canada plus cher qu\u2019aux États-Unis; et il a drainé hors du Canada, d\u2019année en année, les profits de l\u2019exploitation du marché canadien.Et il faut rendre responsables de cette situation non seulement les partenaires américains ou anglais du cartel, mais le cartel chimique international comme tel.C\u2019est ce qu\u2019on veut dire lorsqu\u2019on affirme qu\u2019un cartel mondial est une sorte de gouvernement économique du monde, qui, partout où il agit effectivement, tient sous sa coupe l\u2019industrie et le marché qui l\u2019intéressent.b) L\u2019industrie de l\u2019aluminium au Canada est le monopole exclusif de l\u2019Aluminium Ltd, corporation que possèdent et dirigent des Américains.On doit reconnaître, cependant, que la production et la distribution de l\u2019aluminium au Canada ont été contrôlées sévèrement par le cartel mondial de l\u2019aluminium.L\u2019influence du partenaire allemand-nazi dans ce cartel était si grande qu\u2019il dicta pratiquement les termes d\u2019après lesquels le cartel fonctionna, termes que dut accepter l\u2019Aluminium Ltd pour garder ses profits.La même situation prévalut dans les cartels mondiaux qui contrôlèrent la production au Canada des autres matériaux de guerre essentiels.Cette restriction dans les moyens de produire le matériel de guerre essentiel contribua à prolonger la guerre; qui dira, par conséquent, le nombre de personnes dont elle causa la mort prématurée?On peut dire que les cartels mondiaux ont, aux États-Unis aussi, imposé certaines restrictions à des industries vitales.Ceci est sans aucun doute exact et très sérieux.Mais, aux États-Unis, le peuple et le gouvernement se montrèrent très hostiles aux cartels mondiaux et réussirent dans une certaine mesure à entraver leurs opérations.Des corporations nationales, qui ne sont pas membres de cartels, furent encouragées à renverser AVRIL 1946 101 les plans formés par les cartels en vue d\u2019établir leur monopole aux États-Unis.De leur côté, les membres américains des cartels mondiaux eurent assez d\u2019influence pour s\u2019assurer une certaine direction de l\u2019industrie nationale.C\u2019est ainsi que les restrictions imposées aux industries et aux marchés américains par les cartels mondiaux n\u2019eurent pas chez nous des effets aussi étendus qu\u2019au Canada ou dans les autres pays.Les exemples que nous venons de citer sont typiques de la façon d\u2019agir des cartels mondiaux au Canada.Qu\u2019on ne rejette donc pas la responsabilité d\u2019un tel état de choses sur les membres américains des cartels internationaux, mais sur ceux qui, en toute justice, doivent la porter: sur les cartels mondiaux, sur les dirigeants du Canada et sur le peuple qui ont permis à un groupe d\u2019étrangers de monopoliser une énorme portion de l\u2019industrie à l\u2019intérieur du pays.6.Il faut féliciter le Comité d\u2019avoir dit clairement que les buts visés par une filiale d\u2019une corporation américaine établie au Canada sont: a) de s\u2019assurer l\u2019accès aux ressources brutes du pays, ou b) de faire fructifier un capital financier ou commercial déjà engagé aux États-Unis, ou c) de fournir aux Canadiens les produits de son industrie.On note que ces buts ont plus de chances d\u2019être atteints par une compagnie filiale, vu le système tarifaire canadien et « les avantages offerts par le régime préférentiel à l\u2019intérieur de l\u2019Empire britannique ».Les filiales manufacturières, lit-on dans le Rapport, économisent sur le coût du transport et sur les droits d\u2019importation; et l\u2019on ne peut s\u2019empêcher de conclure qu\u2019elles sont de la sorte en mesure de vendre aux consommateurs canadiens à meilleur marché que si les produits étaient manufacturés aux États-Unis.On peut ajouter que telles sont les raisons principales qui ont déterminé les cartels mondiaux à s\u2019établir au Canada.Il reste donc à examiner leurs agissements et à montrer comment ils ont profité des avantages qu\u2019ils trouvaient sous le régime tarifaire du Canada et de l\u2019Empire.Plusieurs aspects épineux de cette question ont été omis par le Rapport du Comité; ils sont d\u2019un intérêt tout spécial pour les Canadiens français.La claire constatation du fait que ces cartels opèrent dans le Québec afin de se procurer le matériel brut dont ils ont besoin devrait contribuer à mettre un frein aux fabuleuses concessions de ressources naturelles que les gouvernements québécois ont faites inutilement à ces cartels, 60us prétexte de les induire à fonder commerce dans le Québec.Pareilles spoliations, dont les Canadiens français ont souffert dans le passé et souffrent encore aujourd\u2019hui, sont si fantastiques qu\u2019elles dépassent presque toute imagination.L\u2019affirmation du Comité devrait aussi porter un dur coup aux économistes de profession qui prétendent justifier le bas niveau des salaires québécois en disant que le capital étranger ne serait pas attiré dans le Québec si les Canadiens français n\u2019acceptaient pas des salaires inférieurs à ceux de l\u2019Ontario ou des États-Unis.Deux traits importants de la conduite des cartels mondiaux ressortent de leur établissement au Canada.Le premier, c\u2019est qu\u2019ils font d\u2019ordinaire payer leurs produits plus cher au Canada qu\u2019aux États-Unis.Cela signifie, évidemment, que les économies réalisées sur le coût du transport et sur l\u2019exemption des droits de douane sont empochées par les cartels au lieu de profiter aux consommateurs canadiens sous la forme d\u2019une réduction des prix au même bas niveau qu\u2019aux États-Unis.Pour mieux illustrer ce point, que le lecteur se reporte à l\u2019article « Le cartel des allumettes », dans Relations de mai 1944.Le second, c\u2019est que les cartels rémunèrent leurs employés québécois beaucoup moins que leurs employés américains; en certains cas, ils paient aux États-Unis presque le double de ce qu\u2019ils paient dans le Québec.Nulle théorie \u2014 économique, politique ou sociale \u2014 ne réussira jamais à justifier une telle conduite, même si elle s\u2019appuie sur les pittoresques tableaux et graphiques que les économistes de profession se plaisent à nous braquer sous les yeux.De quoi s\u2019agit-il ici?Simplement d\u2019une âpreté au gain qui dépasse toute raison.Il ne faut pas oublier que le coût d\u2019opération des entreprises d\u2019affaires dans le Québec, sans même tenir compte du bas niveau des salaires, est de beaucoup moindre qu\u2019aux États-Unis.Par conséquent, le surplus d\u2019argent que recueillent les cartels grâce aux prix majorés de leurs produits et les épargnes que leur assure le bas niveau des salaires dans le Québec constituent autant de profit surajouté au taux régulier des bénéfices qu\u2019ils font aux États-Unis.Qu\u2019un tel régime soit abusif, il suffit pour s\u2019en convaincre de constater les profits considérables dont jouissent les mêmes cartels aux États-Unis.Il n\u2019est pas difficile de dire comment un tel état de choses a prévalu dans le Québec.Au début de la conquête et à venir jusqu\u2019à l\u2019aube de ce siècle, l\u2019économie canadienne fut sous le contrôle à peu près exclusif de monopoles coloniaux anglais ou de monopoles impériaux, c\u2019est-à-dire d\u2019organisations financières et industrielles anglaises agissant de concert avec le gouvernement impérial.Pendant cette période, et quels que fussent les changements politiques, le Canada, au point de vue économique, demeura une colonie de la Grande-Bretagne.Dans cette colonie, les Canadiens français représentèrent la « main-d\u2019œuvre indigène », et l\u2019élément anglais de la population, une branche de l\u2019organisme impérial britannique.Les gouverneurs de colonies ont toujours eu l\u2019habitude d\u2019exploiter le « travail indigène » avec moins de respect que le « travail » de leurs compatriotes.Comme représentants du « travail indigène », les Canadiens français en général furent 102 RELATIONS moins payés que les nationaux anglais qui suivirent ici le char des vainqueurs.Telle est l\u2019origine historique du niveau relativement bas des salaires dans le Québec.Depuis 1900, presque tous les cartels de l\u2019Empire britannique opérant dans le Québec furent absorbés, pour ainsi dire, par des cartels internationaux.Ces cartels géants ont tout simplement conservé jusqu\u2019à nos jours le régime du salaire existant dans Québec.Le changement de direction, cependant, n\u2019a fait que mettre davantage en relief la condition coloniale des Canadiens français; pour s\u2019en faire une juste idée, il ne suffit pas de considérer la marge \u2014 quelque importante et injuste qu\u2019elle soit \u2014 entre les salaires du Québec et ceux de l\u2019Ontario, il faut surtout constater l\u2019écart entre les salaires payés par un même cartel aux employés québécois et à ceux des États-Unis.On se rend facilement compte du trop fameux « bas niveau de vie » dans le Québec, quand on a compris que le travailleur québécois gagne moins pour son travail et paie plus pour ce qu\u2019il produit.NOTRE CONSTITUTION EN MARCHE Louis C.de LËRY, S.J.EN 1923, M.Ernest Lapointe, ministre de la Marine et des Pêcheries, signait avec M.Charles Evans Hughes, secrétaire d\u2019État américain, un traité concernant la pêche du flétan.Date historique: le Canada affirmait sa souveraineté extérieure et, pour la première fois, traitait, sans l\u2019intervention anglaise, avec une puissance étrangère.Les signatures s\u2019échangeaient « le deuxième jour de mars, en Van de Notre Seigneur mil neuf cent vingt-trois » ; et la mention du Sauveur affichait le caractère chrétien de notre pays.Le Canada est chrétien: il affirme son christianisme aux moments décisifs de sa vie.Le Commonwealth est chrétien: le Statut de Westminster (1931) rappelle les conférences tenues « in the years of Our Lord nineteen hundred and twenty six and nineteen hundred and thirty », que le Règlement de l\u2019Assemblée législative (1941) traduit « en l\u2019an 1926 et 1930 ».Une édition subséquente, espérons-le, réparera cette omission.L\u2019Angleterre est chrétienne.Le regretté M.Pierre-Basile Mignault nous écrivait en 1943: « L\u2019Angleterre, j\u2019entends comme structure humaine, est beaucoup plus catholique qu\u2019on ne le croit.Profondément respectueuse des formes, surtout si elles sont anciennes \u2014 et ce qui est ancien en ce pays est catholique, \u2014 l\u2019Angleterre « se souvient », tout comme notre bonne province de Québec.» Ce christianisme, comme il s\u2019exprime dans son droit, remonte, nous l\u2019avons vu, aux sources catholiques de ce droit.D\u2019inspiration chrétienne \u2014 et, pour une large part, d\u2019origine normande, \u2014 notre constitution est aussi coutumière.La loi, c\u2019est la coutume: et la coutume, c\u2019est le mode d\u2019agir de tout le monde, considéré comme groupement, non comme individus: chacun ne fait pas sa loi, ce qui serait l\u2019anarchie, mais le peuple, par son comportement, produit des coutumes qui deviennent lois.Cette façon populaire et démocratique de légiférer provient du moyen âge, n\u2019en déplaise à nos quelques jacobins, pour qui la liberté date de la révolution française ou soviétique.Notre droit est coutumier et chré- tien: deux aspects à ne jamais oublier: ils découlent d\u2019une même source, ils garantissent nos libertés.A ce droit l\u2019on reproche son pragmatisme; et l\u2019on n\u2019a pas tort.L\u2019Anglais admire sa Constitution, « dont la vie n\u2019a pas été la logique, mais l\u2019expérience ».L\u2019Angleterre, écrit Chesterton, est devenue depuis la Réforme le domaine chéri du paradoxe.Par exemple, nous nous targuons volontiers ici d\u2019être pratiques parce que nous ne sommes pas logiques: ce qui pour un Grec ancien ou un Chinois équivaudrait à dire que les caissiers de Londres tiennent une si bonne comptabilité parce qu\u2019ils ne savent pas faire une addition.Je ne vais pas infliger à ma plume l\u2019indignité de lui faire désavouer le paradoxe en tant que tel; mais le grabuge commence au point précis où la « paradoxie » se substitue à l\u2019orthodoxie \u2014 où les gens s\u2019y reposent comme sur un mol oreiller.Marcher sur la tête est un exercice salubre, hygiénique et roboratif; mais y séjourner \u2014 y dormir \u2014 devient éminemment malsain.L\u2019usage légitime et normal du paradoxe est de nous ouvrir l\u2019esprit, de le réveiller.Celui qui disait: « Donnez-moi le superflu, je me passerai du nécessaire », faisait un mot amusant, donc frappant, d\u2019allure provocante, où il entre de la vérité romanesque.Mais je ne vois pas bien le système social qui se fonderait sur la notion qu\u2019il n\u2019est d\u2019aucune nécessité de posséder le nécessaire: comme certains ont fondé la Constitution britannique sur l\u2019idée que l\u2019absurde réussira aussi bien que le bon sens.Chesterton reproche à ses compatriotes non d\u2019être pratiques, mais de l\u2019être à l\u2019excès, jusqu\u2019à l\u2019illogisme, jusqu\u2019à l\u2019abandon des principes; et cela depuis la Réforme.Séparé de Rome par le protestantisme, le droit anglais a cessé de s\u2019abreuver à sa source catholique.A nous de corriger cet excès de pragmatisme par notre apport de logique et de principes chrétiens, à nous de refaire la soudure et de montrer à nos compa- triotes ce qu\u2019ils ont perdu par cette brisure dans leurs traditions.Si la logique est nécessaire, elle doit cependant rester en contact avec les faits.Un empirisme modéré n\u2019est pas mauvais.Summum ius, summa iniuria, dit l\u2019adage romain: excès de justice, excès d\u2019injustice.De même pourrait-on dire: excès de logique, excès d\u2019illogisme.Il y a une chose telle qu\u2019une logique absurde.Peut-être était-il logique pour un pays qui nous est cher de condamner comme traîtres en 1945 ses héros AVRIL 1946 103 de 1918.Mieux eût valu une logique moins absurde, moins oublieuse des réalités concrètes.D\u2019autres eussent recouvert d\u2019un voile discret leurs gloires passées.Gardons en tout la modération: montrons à nos compatriotes le respect de la logique, mais apprenons d\u2019eux un certain opportunisme, qui tiendrait compte des principes; chaque race apportant sa contribution, nous édifierons, au milieu d\u2019inévitables heurts, un droit nouveau, une construction originale, unique et bien canadienne.Ce droit coutumier, flexible et souple, nous a servis dans le passé.Contre le mur d\u2019un droit écrit et quasi immuable, nous nous serions butés en vain, mais nous étions libres d\u2019établir des précédents qui prenaient force de loi.Consciemment ou non, nos ancêtres en tirèrent parti.Pas à pas, nos évêques firent reconnaître de Londres leur juridiction spirituelle.Contre toutes les coutumes de l\u2019Empire britannique d\u2019alors, Eustache de Lotbinière, en 1794, réclamait victorieusement l\u2019usage de la langue française dans les débats de la Chambre.Et La Fontaine, en 1844, répétait le même geste avec le même succès.En droit coutumier, le précédent, posé en temps opportun, est infaillible.Encore aujourd\u2019hui ce procédé a cours.Les coutumes font les lois: si différents soient-ils, nos parlementaires le comprennent.« A l\u2019école de Laurier, note M.Rumilly, le jeune député de Labelle (M.Bourassa) avait appris à s\u2019attacher moins au texte qu\u2019au fait, en matière de législation britannique.» Notre peuple aussi le comprend et le pratique à sa manière.Quand l\u2019Ontario proscrivit le français dans les écoles, nos compatriotes portèrent la lutte sur le terrain des faits, jusqu\u2019au rappel du Règlement 17.« Voulez-vous plus de français ?s\u2019écriait un évêque de l\u2019Ouest, Mgr Béliveau, sauf erreur.Mettez-en davantage.» La méthode est simple; encore faut-il mener à terme ses efforts.Chaque individu apporte sa modeste pierre à la construction de l\u2019édifice.Quand Ottawa s\u2019entêta à donner au nouveau pont de Montréal le nom insipide et faux de pont du Havre, le public s\u2019obstipa à l\u2019appeler pont Jacques-Cartier; et Ottawa finit par s\u2019avouer vaincu.J\u2019ai plaisir, en revenant de Québec, d\u2019entendre le chef du train crier: « Park Avenue, Jean-Talon.» Continuons à dire: « Jean-Talon »; et le chef du train, notre employé, continuera à crier le nom du grand intendant.Un jour, la compagnie inscrira Jean-Talon sur ses indicateurs et au frontispice de sa gare.Cette méthode est de bonne guerre et ne peut déplaire à nos compatriotes de langue anglaise, qui l\u2019emploient constamment; nous en savons quelque chose.Au lieu de nous plaindre, faisons comme eux.Ils ne seront pas surpris que nous entrions dans le jeu, ils s\u2019y attendent: quand se discutait la question des écoles du Keewatin, M.Cahan, dans une assemblée publique au Monument National, cria à la foule, le poing tendu: « Vous demandez justice, et vous êtes quarante pour cent de la population de ce pays.Une minorité de quarante pour cent ne demande pas justice, elle la prend.» Un droit coutumier, dans un pays biethnique, comporte ses aléas: les uns diraient ses inconvénients; nous préférons dire ses avantages.L\u2019on ne doit jamais se reposer, mais veiller sur les précédents, les établir en sa faveur, ne pas les laisser poser contre soi.D\u2019où une lutte, une vigilance, qui fait les peuples forts, aguerris, toujours en éveil.Jamais la victoire n\u2019est décisive; et il est bon que l\u2019on ne puisse s\u2019endormir dans une fausse sécurité.Jamais la défaite n\u2019est complète; et il est encore mieux que l\u2019on puisse se reprendre.Ainsi, en matière scolaire, tout n\u2019est pas perdu en dehors du Québec.Souvent battus sur le plan strictement légal, nous nous reprenons sur le terrain des faits; et nos écoles catholiques et françaises sont loin d\u2019être disparues.Quand la loi n\u2019est pas écrite, le fait crée la loi.Et même quand elle est écrite, le précédent peut l\u2019emporter sur elle.Nous l\u2019apprenons tous les jours.L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique est la partie écrite, documentaire et fondamentale de notre Constitution, mais la partie non écrite, le fait peut prévaloir sur elle.Ainsi, la loi Scott, ou loi de tempérance fédérale, empiète sur les droits des provinces, et contredit le texte de notre Constitution écrite.Pourtant, le Conseil privé vient de déclarer, en janvier, cette loi valide.La raison en est simple: la loi est en vigueur depuis nombre d\u2019années, elle fait donc partie de notre Constitution.Il fallait s'y opposer dès le début; aujourd\u2019hui, il est trop tard: notre droit constitutionnel grandit et croît avec les précédents.L\u2019on peut donc indirectement changer la Constitution écrite \u2014 l\u2019Acte de 1867 \u2014 par le vote d\u2019une loi qui empiète sur les droits d\u2019autrui.Outre cette loi Scott, l\u2019assurance-chômage et les allocations familiales sont de récents exemples de ces empiétements.Nous approuvons le principe de ces deux lois, mais nous condamnons cette manière unilatérale de modifier la Constitution et de s\u2019ingérer dans le champ réservé aux provinces sans consulter celles-ci.Notre Constitution écrite se modifie aussi par amendements.En principe, moins on y touchera de la sorte, mieux ce sera.Ces amendements se font à la demande du parlement fédéral; et les provinces n\u2019ont pas encore obtenu voix ordinaire au chapitre: il suffit généralement qu\u2019Ottawa obtienne la sanction du parlement de Westminster.Ce dernier vestige de colonialisme est humiliant, j\u2019en conviens; mais tant que l\u2019on n\u2019aura pas trouvé mieux et que les provinces n\u2019auront pas gagné d\u2019être entendues avant tout amendement direct à l\u2019Acte de 1867, ce recours obligatoire à Westminster demeure un frein qui sauvegarde partiellement nos droits.Ceux qui réclament à grands cris le pouvoir d\u2019amender directement notre Constitution écrite sont les plus radicaux de nos compatriotes anglais.Pour nous rassurer, ils proposent, ils exigent même un bill of rights, 104 RELATIONS une déclaration de droits pour les Canadiens, une loi garantissant les libertés des majorités et des minorités.Telle fut la suggestion de M.Coldwell, chef du parti de la C.C.F., devant le Canadian Club de Toronto le 24 janvier 1943.Un bill of rights, à première vue, cela sonne bien.Mais « ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille ».Cette déclaration, selon M.Coldwell, affirmerait les droits de la majorité non moins que ceux de la minorité, comme si celle-là n\u2019était pas capable de les prendre.Nous ignorions que les droits de la majorité fussent menacés par la minorité.Une fois de plus, s\u2019il faut en croire M.Coldwell, l\u2019agneau voudrait manger le loup.Croit-on, par ailleurs, que la majorité ferait la part très belle à la minorité ?Et pourquoi nous laisser acculer à un traitement de minorité ?C\u2019est comme égaux que les Canadiens des deux races ont fondé la Confédération.Nos droits, du reste, remontent bien au delà de l\u2019Acte de 1867.Expliquant notre charte constitutionnelle, un spécialiste de grande valeur, M.Georges Scelle, note dans son Précis de Droit des Gens (1932): « Les libertés individuelles et collectives sont de nature supra-fédérale.» En particulier, nos libertés, nos droits sont protégés par l\u2019Acte de Québec (1774), le Traité de Paris (1763), sans oublier cette tradition chrétienne, vieille de dix siècles.Nous aurions tort de troquer ces garanties pour un écrit plus ou moins généreux et clair, qu\u2019une majorité aura toujours tendance à interpréter strictement.Ne nous laissons pas emprisonner dans les mailles d\u2019un texte étroit et rigide: notre passé garantit mieux, notre avenir nous promet davantage.C\u2019est indirectement, par arrangements, conventions, conférences \u2014 comme il s\u2019en tient actuellement entre Ottawa et les provinces \u2014 que l\u2019on peut, avec le moins d\u2019inconvénients, changer la Constitution, quand il en est besoin.Les parties intéressées se rencontrent et discutent; les provinces sont consultées et Québec, ordinairement, trouvera assez d\u2019alliés pour sauvegarder ses droits essentiels.Certains sont trop enclins au pessimisme.La guerre favorise la centralisation et Ottawa a profité des deux récents conflits pour agrandir son champ d\u2019action.Nous avons tout de même gagné, dans l\u2019entre-deux-guerres, deux victoires signalées dans le timbre-poste et la monnaie bilingues, qui étaient dans l\u2019esprit mais non dans le texte de la Constitution.Et nous n\u2019oublions pas le rappel du Règlement 17.Les temps de paix sont plus favorables au développement des droits provinciaux.Au cours du premier demi-siècle de la Confédération (1867-1914) \u2014 le fait est notoire \u2014 les provinces ont étendu leurs pouvoirs plus que le gouvernement central dans ce no man's land qu\u2019est le champ de juridiction concurrente où l\u2019Acte de 1867 s\u2019efforce de départager la compétence respective du fédéral et des provinces.Évitons les changements brusques, contraires à la nature de notre droit constitutionnel.Directement, touchons le moins possible à l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.Nous établirons à la longue que cet Acte est intangible et que l\u2019on ne peut l\u2019amender qu\u2019indi-rectement, par précédents contraires ou par conventions entre parties intéressées.Quand il faut des changements, qu\u2019ils se fassent par arrangements mutuels, où le pouvoir central et les provinces discutent et s\u2019entendent à l\u2019amiable.Faisons mieux qu\u2019affirmer nos droits; prenons-les.Ne crions pas que le Canada est bilingue; mettons plus de français partout.Gardons jalousement nos droits écrits; soulignons que nos droits non écrits sont plus nombreux encore et remontent, par delà l\u2019Acte de Québec et le Traité de Paris, jusqu\u2019aux Grandes Chartes conquises par nos ancêtres normands, pour se perdre dans la nuit des temps, alors que notre droit n\u2019était pas seulement chrétien mais catholique.Disons sans doute à Ottawa: laissez l\u2019éducation et les assurances sociales aux provinces; mais crions à celles-ci: marchez, légiférez, emparez-vous des sources d\u2019impôts, ne vous laissez pas devancer.Encore une fois, le fait, en droit coutumier, compte plus que le texte écrit.Notre droit constitutionnel est entre nos mains: faisons-le, entrons dans le jeu.J\u2019irai plus loin: faisons nos traditions, choisissant celles qui nous conviennent, rejetant les autres qui ne s\u2019adaptent pas à notre mentalité.Nous possédons un instrument très souple; encore faut-il savoir et vouloir s\u2019en servir.Parfois, nos réflexes ataviques de Latins logiques nous font perdre de vue l\u2019aspect coutumier de notre droit.Parfois, nous sommes tentés de nous hérisser, de nous rouler en boule.Parfois, nous sommes \u2014 je ne dirai pas lâches, ce serait honteux \u2014 mais las, et nous sentons le poids du jour: autant d\u2019attitudes stériles.Notre Constitution change et se modifie graduellement, nous évitant les brusques secousses et les révolutions sanglantes.Elle évolue lentement, assurant la stabilité à notre pays.Ouvrons les yeux sur la plupart des nations d\u2019Amérique, où foisonnent les révolutions, sur les pays d\u2019Europe, qui se cherchent encore une constitution: ne remercierons-nous pas la Providence de nous avoir donné une patrie au droit traditionnel et stable, mais souple et démocratique?Et peut-être pourrons-nous, sans rien céder de nos droits, finir par nous entendre avec nos compatriotes d\u2019origine différente et mériter à l\u2019avenir mieux que dans le passé ce compliment de M.Étienne Gilson: « Le Canada est un heureux mélange de la science du gouvernement anglais et de la clarté de la pensée politique française.» DERNIÈRES PUBLICATIONS Brochures À 15 sous La Moralité publique, R.P.Archambault, s.J.La Situation du catholicisme au Canada, Mgr Paul Bemier.Le Règne social de Jésus-Christ ou le Droit de l'Église en matières économiques et sociales, S.Exc.Mgr Douville.Le Problème de la nationalisation, PP.Villain et Bigo, S.J.L'ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE AVRIL 1946 105 LE DISCOURS DU PAPE AU SACRÉ COLLÈGE MISSION TEMPORELLE DE L'ÉGLISE Robert BERNIER, S.J.UNE PENSÉE centrale se dégage progressivement des écrits de S.S.Pie XII, vision immense de l\u2019Église qui, par cela même qu\u2019elle ne tient pas de ce monde multiple son unité, peut seule l\u2019unifier en le rattachant à Dieu.L\u2019Église constitue la concrète et divine réponse à tous les besoins de l'homme et, par lui, à tous les besoins de la cité terrestre elle-même, œuvre de l\u2019homme.L\u2019Église.« a en Dieu, en l\u2019Homme-Dieu, dans le Christ, le principe invisible mais inébranlable de son unité et de son intégrité » (Allocution au Sacré Collège, le Devoir, 22 février, p.10).Elle est le « Corps mystique de Jésus-Christ » qui unifie l\u2019humanité dans une rédemption et un salut éternel tout divins.Et c\u2019était pour que « la beauté sans égale de l\u2019Église brille d\u2019un nouvel éclat, pour que la noblesse éminente et surnaturelle des fidèles unis à leur Chef dans le Corps du Christ apparaisse avec plus de clarté, enfin pour barrer la route aux multiples erreurs en cette matière » {le Corps mystique de Jésus-Christ, E.S.P., 1943, pp.7 et 8) que Pie XII avait fait de cet enseignement spéculatif l\u2019objet de sa troisième encyclique.Ce document avait pu paraître alors d\u2019intérêt exclusivement théologique, sans rapport avec la grande politique d\u2019action chrétienne que le Pape avait commencé déjà d\u2019exercer sur la société contemporaine.Mais il n\u2019en était rien.Pie XII enracinait son action au cœur du dogme.En rappelant ainsi la transcendance de l\u2019Église, il mettait les catholiques en garde contre la tentation de la « temporaliser » et il prévenait les suspicions de ceux qui pourraient croire l\u2019action de l\u2019Église de nature à « ébranler les montants de l\u2019autorité civile » (Summi Pontificatus, E.S.P., 1939, p.27).Le Pape pouvait maintenant dérouler les conséquences politiques et sociales de ces principes.C\u2019est donc la finalité surnaturelle elle-même de l\u2019Église qui permet son action temporelle.Par l\u2019Église, en effet, l\u2019homme est racheté, tiré de sa misère, divinisé sans cesser d\u2019être homme, bien au contraire, en devenant plus pleinement homme.Et ainsi le fidèle, bien qu\u2019aspirant de tout son être à la patrie divine à laquelle il est maintenant proportionné, va-t-il cependant pour y parvenir continuer à mener ici-bas sa vie humaine avec une nouvelle splendeur.Libéré des servitudes et des convoitises par lesquelles la matière et la chair le dominaient, il est devenu maître d\u2019une vie qu\u2019il peut employer à instituer et développer tout un monde de valeurs spirituelles jaillissant d\u2019une liberté et d\u2019une responsabilité renouvelées.Mais puisque toutes ces créations culturelles et ces biens de civilisation n\u2019existent que pour l\u2019épanouissement d\u2019une vie où se joue sa destinée, elles désignent l\u2019homme lui-même comme « le commencement et la fin de la vie en société ».Et c\u2019est ainsi que les valeurs nées de l\u2019homme, de tout homme, et destinées à servir l\u2019homme, tout homme, vont sans cesse développant et unissant l\u2019humanité.Par conséquent, puisque seule l\u2019Église a libéré l\u2019homme, seule elle libère ce monde, le construit et l\u2019unifie.« On peut appeler l\u2019Église, l\u2019assemblée de ceux qui, sous l\u2019influence surnaturelle de la grâce, dans la perfection de leur dignité personnelle de fils de Dieu et le développement harmonieux de tous les penchants et de toutes les forces de l\u2019homme, construisent le solide édifice des relations humaines.» Cette « économie » du salut temporel, Pie XII s\u2019efforce présentement d\u2019amener les âmes de bonne volonté hors de l\u2019Église à la reconnaître au spectacle de deux siècles d\u2019efforts stériles où l\u2019homme avait entretenu l\u2019illusion de construire un monde meilleur selon ses « lumières ».Et d\u2019abord il écarte les préjugés sur la nature de l\u2019unité qu\u2019apporte l\u2019Église.« Il ne suit pas, dit-il, que celle-ci ait pour fonction d\u2019englober comme dans un gigantesque empire mondial toute la société humaine.» L\u2019unité chrétienne n\u2019est point celle des impérialismes (que d\u2019ailleurs il faut distinguer de « l\u2019autorité politique » nécessaire à la société: cf.Sum.Pont., pp.27 et 28, et Discours au Sacré Collège où l\u2019État est appelé gardien du droit, etc.).Car « l\u2019impérialisme moderne.recherche non l\u2019homme en lui-même, mais des objets matériels et des forces auxquels il assujettit l\u2019homme; c\u2019est pourquoi il porte en lui des germes qui compromettent les fondements mêmes des relations humaines ».Des trois grands empires qui se disputent le monde, cette condamnation radicale n\u2019en concerne rigoureusement qu\u2019un.C\u2019est, semble-t-il, pour les deux autres que le Pape ajoute: « On trouve sans doute le cas de l\u2019empire édifié sur un fondement dont le caractère spirituel a été établi et fortifié au cours de l\u2019histoire.Mais cet empire n\u2019est-il pas exposé à un autre danger, celui d\u2019accorder une importance excessive ou une attention exclusive à ce qui lui est propre, et de ne pouvoir estimer ni même connaître ce qui lui est extérieur?.Là encore le principe sacré de l\u2019égalité, de la parité entre hommes est violé.» L\u2019unité terrestre ne viendra pas à l\u2019homme de l\u2019extérieur, elle ne viendra que de l\u2019homme lui-même.Mais « ayant accès à l\u2019intimité sacrée de l\u2019être humain., l\u2019Église prépare à la société humaine la base sur laquelle cette dernière pourra reposer en sécurité ».C\u2019est sur cette base que repose la charpente de la société dont Pie XII décrit largement les pièces majeures: la famille; l\u2019État dont le rôle n\u2019est que de protéger et d\u2019assurer le développement de la vie profonde de l\u2019homme s\u2019épanouissant en 106 RELATIONS « associations particulières touchant aux domaines les plus divers »; la patrie et ses traditions.De leur progrès organique naîtra la véritable unité mondiale par la participation de tous aux mêmes valeurs humaines.La conclusion qui ressort à l\u2019évidence de ces vérités, c\u2019est que « l\u2019Église ne peut se retrancher dans l\u2019inertie et le secret de ses temples et déserter sa mission de collaborer à édifier les fondements de la société ».Cette ample vue de la mission temporelle de l\u2019Église comporte de nombreuses leçons.Nous en signalerons deux.Pie XII fournit en ce message la réponse la plus foncière à la mystique communiste.En face de l\u2019ambition de réaliser l\u2019unité du monde par une rédemption terrestre, il rappelle que l\u2019homme aspire à une tout autre unité, fruit d\u2019une rédemption qu\u2019il est impuissant à se donner et qu\u2019il doit recevoir gratuitement de l\u2019Église Corps du Christ, rédemption étemelle et divine en laquelle il trouvera par surcroît sa rédemption terrestre.Cette réponse nous regarde nous aussi.En elle est inclus le rejet définitif de la mentalité séculariste dont nous sommes trop imprégnés et qui s\u2019efforce de reléguer le christianisme aussi complètement que possible hors des affaires de notre monde, dans le sanctuaire du temple et du cœur de chacun.Si l\u2019Église comme Église doit être partout présente, toujours au premier plan dans tous les secteurs de l\u2019activité humaine, si partout ses fils et surtout ceux qui sont davantage engagés dans les affaires de ce monde, ses laïcs, doivent exercer une influence constructrice et vivifiante, il faut de nécessité absolue que tous puissent porter cette responsabilité et acceptent de la porter, qu\u2019ils s\u2019ingénient à trouver aux problèmes de notre époque des solutions spécifiquement chrétiennes.S\u2019il est vrai que seule l\u2019Église peut former l\u2019homme dont la société a besoin, qu\u2019aucun blueprint des politiques, des sociologues, des économistes ne peut sauver l\u2019humanité tant que l\u2019homme ne possédera pas le sens chrétien de la justice, de la dignité personnelle, de l\u2019égalité, de la charité, tant qu\u2019il demeurera un autocrate, c\u2019est à tous les membres du Corps mystique, chacun selon sa fonction, qu\u2019il revient de rendre cette vérité évidente au monde actuel; c\u2019est quand le monde sera converti ou du moins quand les solutions chrétiennes auront pénétré toute la vie moderne, toute l\u2019activité patronale, syndicale, éducatrice, politique, internationale que notre société du XXe siècle deviendra, dans la mesure compatible avec un ordre de nature blessée, un milieu humain où il fasse bon de vivre.Et puisque ce ne peut être au prêtre principalement, c\u2019est à l\u2019ingénieur, au juriste, au médecin, à l\u2019ouvrier, au professeur, à l\u2019industriel chrétiens qu\u2019il incombe de montrer concrètement comment seule l\u2019Église du Christ peut rendre cette terre habitable, l\u2019air de ce monde respirable.Mais que ces derniers ne s\u2019imaginent pas que cela ira de soi s\u2019ils sont chrétiens; cela suppose qu\u2019ils animent de leur christianisme toute leur activité temporelle.Il ne suffit pas de prier, se confesser, communier et ensuite d\u2019exercer son métier ou sa profession tout simplement selon leurs techniques.C\u2019est le métier, la profession eux-mêmes, la vie de chacun telle qu\u2019elle doit être vécue dans son milieu qu\u2019il s\u2019agit de penser et concevoir chrétiennement.C\u2019est là, selon Pie XII, un rôle essentiel de l\u2019Église que les chrétiens ont l\u2019obligation de remplir, et c\u2019est pour chacun d\u2019eux un problème unique qui suppose un effort de réflexion personnelle irremplaçable.\u2022 .¦ ¦¦¦¦¦\u2014 ¦ \u2014\u2022 FOYERS NÉCESSAIRES Alexandre DUGRÉ A FORCE d\u2019entendre parler d\u2019argent, de liberté, de ses droits et de ses libertés, la jeunesse en prend au long et au large.Elle prend la liberté de voler pour s\u2019en payer; elle passe trop vite de la discipline scolaire à l\u2019indiscipline postscolaire, surtout quand le travail la sort de sa famille.Une fois l\u2019autorité disparue, la conscience est toute seule pour tout faire, tout surveiller, et ce n\u2019est pas toujours assez.Il faut une discipline de la liberté comme de la route.Autrement c\u2019est l\u2019anarchie, l\u2019élargissement d\u2019un débridé, d\u2019un être antisocial qui joue son avenir au perd-gagne, qui jette sa gourme et qui erre comme l\u2019Enfant prodigue: l\u2019argent est fait pour rouler, les jeunes pour gaspiller! Adieu le petit coin bleu d\u2019idéal rêvé aux jours d\u2019école! Cueillons le plaisir qui s\u2019offre, qui invite et qui tente, qui aboutit au crime et à la traite des blanches.C\u2019est le paradis des spéculateurs sur le vice.« La concentration dans les villes, écrit Paul Gaultier, dans les Maladies sociales, est d\u2019autant plus génératrice de dépravation qu\u2019elle enlève à leur milieu des gens qui auraient été honnêtes, s\u2019ils y étaient demeurés; mais qui, désorientés, perdent tout sens moral.Ce sont, à la lettre, des déracinés, exposés aux sollicitations perverses qui pullulent dans les grands centres.D\u2019où un appétit croissant de jouissance et de luxe, le désir de s\u2019amuser \u2014 ou de s\u2019ennuyer le moins possible \u2014 et la révolte du chacun pour soi.La dissolution sociale est fille de la dissolution morale.» Faut-il jeter le manche après la cognée ?Non pas, mais refaire le lien, rebâtir des familles avec tous les éparpillés en créant d\u2019abord des Foyers, des centres sociaux, des maisons d\u2019amis, Friendship houses aux États-Unis.La campagne envoie ses surplus de garçons, et les filles suivent.On se déracine faute de trouver mieux.L\u2019idée de gagner sa vie, de se faire un avenir, comporte-t-elle nécessairement l\u2019idée de naufrage?Absolument pas.C\u2019est l\u2019abandon, l\u2019inconnu, le risque, une vie à quoi l\u2019on n\u2019est pas préparé, qui font le danger.Les pièges sont là, et l\u2019on n\u2019a personne pour se guider.AVRIL 1946 107 Plusieurs sont en chambre parce que « ça n\u2019allait pas à la maison; les parents sont séparés; la maman \u2014 ou le papa \u2014 s\u2019est remariée; ou l\u2019on est sorti de l\u2019orphelinat à quinze ans.Il faut bien se loger quelque part!.» En 1840-1850, l\u2019industrie naissante a connu des abus odieux.Mgr de Ketteler attaqua « le marché aux esclaves, l\u2019assassinat à petit feu des corps et des âmes ».Et Montalembert: « Si un conquérant étranger nous disait: Dès que vos jeunes seront d\u2019âge, ils vous seront enlevés; ils seront initiés à la dépravation, moralement abrutis, intellectuellement hébétés, physiquement ruinés; vos filles perdront leur innocence avant même d\u2019être nubiles,.on n\u2019aurait pas assez de haines à déverser sur sa tête.Eh bien! le joug de l\u2019industrie est celui-là.Ce n\u2019est pas sa volonté, mais voilà ses résultats.Blâmons-en ceux qui appellent cela progrès et liberté, et ceux qui, absorbés ailleurs, n\u2019ont pas d\u2019entrailles pour les véritables besoins de la patrie.» Ozanam recommande à son frère prêtre: « Occupe-toi toujours des domestiques et des ouvriers, de cette classe pauvre qui ne demande pas l\u2019aumône.Le temps est venu d\u2019aller chercher ceux qui ne vous appellent pas, relégués dans les quartiers malfamés.Ne vous effrayez pas des mauvais riches.» Aujourd\u2019hui, l\u2019employeur paie mieux, il ne s\u2019occupe guère de mieux loger son monde.La machine a plus progressé que le machiniste.A part quelques rares compagnies qui bâtissent des maisons ouvrières achetables par annuités, les patrons ne s\u2019occupent que du rendement, leurs employés dussent-ils habiter des pigeonniers ou d\u2019infectes « maisons de chambres ».Relations (avril 1941, octobre 1944 et juin 1945) a dénoncé « la nuit du diable », et plaidé pour les Foyers protecteurs de la jeune fille et pour l\u2019habitation demi-rurale des ouvriers sur un arpent au soleil et en liberté.Reparlons des Foyers, Patronages et pensions groupées pour nos célibataires des deux sexes, élevés chrétiennement, isolés dans la ville peu chrétienne, manquant de logis moraux, garantis, calculés, qui soient un moyen terme, une liberté disciplinée, une espèce de vie de famille et de cercle d\u2019amis.Autrement, les bonnes recommandations n\u2019y font rien.La mauvaise chambre numérotée gâtera tout, par l\u2019ennui et par le voisinage de sales copains qui commencent par payer la traite et conduire aux vues.C\u2019est le massacre de la jeunesse, arrivée bonne, qu\u2019on jette à la fournaise en lui défendant de se brûler.Si l\u2019on veut qu\u2019elle suive sa voie première, aidons-la, ouvrons-lui des portes honnêtes, qui se ferment à temps.Au lieu d\u2019épaves, on bâtira des hommes et des femmes.Selon un éducateur de Paris, « il est vain sinon criminel de demander aux jeunes des résistances de cénobite et de les lancer dans un milieu difficile.On n\u2019y pense pas assez.Nous devons être ces mères dont parle saint Augustin, pareilles à des lionnes qui défendent leurs petits.Autrement, nous remplissons un tonneau percé ».Il existe à Montréal et ailleurs quelques maisons d\u2019Accueil jociste ou autres, absolument insuffisantes pour les milliers de jeunes ruraux dépaysés \u2014 l\u2019on a parlé de plus de cent mille.Montréal offre à peu près sept cents lits, presque rien du genre de Y.M.C.A.ou Y.W.C.A.Nos sept ou huit Foyers de jeunes filles refusent mille demandes par année.Où se loger alors ?Au petit bonheur, pas très heureux.Où s\u2019amuser?Dans les restaurants, les tavernes, la rue, les maisons de jeu et de plaisir.La police de Québec a raflé d\u2019un seul coup seize gamines dans un café louche: elles ne savaient où passer leurs soirées.Où vont les salaires?En fumée, en boisson, en horreurs.C\u2019est l\u2019âge des impulsions violentes, des exaspérations de désirs et de la révolte larvée.Au cap des tourmentes, ouvrons un port.Une expérimentée, rassasiée des garnis et des pensions privées, louange ainsi le Foyer: « Ici l\u2019on dort, on mange bien, on se fait des amis; c\u2019est famille.Et, puis, c\u2019est la seule place où j\u2019ai pu économiser sur mon salaire.» Qui a vu les orgies des munitions, avec leurs danses de Saint-Guy et leurs névroses classées, ne peut que demander au plus tôt cent bons gîtes comme ces havres sociaux.A qui les demander?Aux employeurs?On peut toujours essayer, mais sans trop y compter, même si de telles pensions font leurs frais.Le plus sûr est encore la bonne vieille et vaillante charité de nos communautés enseignantes, oui enseignantes, qui gémissent de voir perdre en six mois leurs efforts de dix ans.Si nos Frères et nos Sœurs voyaient le massacre de leurs anciens, s\u2019ils pouvaient compter les omissions du dimanche et des pâques, les mariages désunis et les ruines totales, ils se lanceraient à fond dans le postscolaire, réclamé dès 1910 par la Revue canadienne.Nos communautés pourraient bien commencer toutes seules.Elles regorgent de dévouements.Ailleurs, se dévouer peu coûte beaucoup; chez elles, se dévouer beaucoup coûte peu: c\u2019est leur raison d\u2019être.Ce ne sont pas les volontés qui manquent; ce qui manque aux volontés, c\u2019est de discerner les œuvres qui pressent le plus: Rendez-vous par la charité serviteurs des uns et des autres, écrit saint Paul; et saint Jacques: La religion belle devant notre Père n\u2019est pas autre qu\u2019avoir soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et de se préserver \u2014 avec eux \u2014 des souillures du monde.Orphelins sont tous les sans-famille perdus dans la ville monstrueuse, tels ces Bretons, si robustes en Bretagne, si faibles à Paris.Plus orphelins encore, parce que plus ballottés, ces jeunes de dix-huit ans affamés dans leur cœur, affamés de compagnie, de soutien, de persévérance, du frère appuyé sur son frère.Ils ont besoin de cadres; ils glissent au mal faute de pouvoir se raccrocher au bien.Ils ne trouvent pas, ou trouvent fermées les portes qui préviendraient des maux que ne guérissent pas les hôpitaux.Les jeunes eux-mêmes réclament ces refuges: Aidez-nous, gardez-nous! \u201cCCLATICNS** VCUS PLAÉT 108 Le Foyer ne fera pas d\u2019argent, mais il vivra.Il fera du bien, et ça suffit: ce sera une mission à l\u2019intérieur.Demandez-le à la Maison Jean-le-Prévost, à l\u2019Accueil jociste et aux protectrices des jeunes filles.Tous appellent des imitateurs.Ite primum ad oves.Allez d\u2019abord aux brebis d\u2019Israël qui se perdent.Bâtissez des pensionnats pour adultes, où cinq ou six chevronnés de l\u2019enseignement, habitués à conduire, se feront aider par des laïcs, même par des pensionnaires.La maison coûtera peu de personnel et d\u2019argent; elle assurera la persévérance.Allons au plus pressé.Peut-être serait-il possible d\u2019acquérir et d\u2019organiser tout de suite certaines usines vacantes.On pensionne trop d\u2019enfants de huit ans, pas assez de jeunes de dix-huit.Les gouvernements font plus pour les malades que pour les solides.A quand les préventoriums moraux à côté des sanatoriums et des hôpitaux?Une politique de prévoyance aura de quoi faire, non seulement pour l\u2019établissement des ruraux et pour les loisirs, mais pour le logement des apprentis, des étudiants, des filles de bureaux, de magasins et de manufactures.Espérons qu\u2019elle accueillera bien les communautés qui entreprendront les œuvres postscolaires en multipliant Foyers et Patros, actuellement plus urgents que les pensionnats connus.Deux échantillons de ce que peuvent être ces bons refuges: le Patronage Saint-Vincent-de-Paul de la rue Lagauchetière, le Foyer Sainte-Geneviève de Québec.En 1892, la Société Saint-Vincent-de-Paul créait ici l\u2019œuvre des Jeunes apprentis orphelins, qu\u2019assument les RR.FF.de Saint-Gabriel, en 1895.Plus de six mille jeunes ouvriers en ont profité.Aujourd\u2019hui encore, cette oasis, qu\u2019on voudrait sortir d\u2019un quartier risqué, héberge une centaine de pensionnaires, dont soixante-cinq sans parents, vingt-neuf étudiants des écoles supérieures et huit ouvriers venus de la campagne.Plusieurs ne paient rien: février se clôt sur un déficit de $162.L\u2019État ne donne rien, et la Fédération de charité ne donne plus rien.La cuisine est bonne, et les amusements, salles de lecture et de pool, radios, chesterfields, petits métiers, cercles d\u2019étude, gardent les jeunes à la maison.Il en faudrait cent de pareilles, et mieux financées.Les pensions qu\u2019on réclame sont des pensions payantes, non une pure charité.A Québec, les RR.SS.du Bon-Pasteur ouvraient en 1915 un Patronage-Foyer, qui alla si bien que l\u2019Assistance publique lui accorda un octroi de $150,000 en dix annuités pour une construction meublée de $350,000.Le Foyer loge quatre-vingt-quatre filles de bureau qui paient pension; et le Patro, cent adolescentes de quatorze à dix-huit ans qui seraient dans la rue, et qui suivent là des classes variées, de la 5e année en montant.On y trouve tout: école ménagère, écoles de coupe et de commerce, équipe d\u2019étude, culture physique, natation, jeux, chants, orientation professionnelle.Quelques anciennes sont infirmières, sténographes, comptables, expertes en couture, domestiques \u2014 ou mariées, car le salon accueille bien les fréquentations.La piscine DITES-LE A V\u20acl et le cafétéria s\u2019ouvrent aux clientes du dehors.Vingt religieuses ont charge des deux œuvres, en une, comme chez les FF.de Saint-Gabriel.Ce qui nous intéresse présentement, c\u2019est le simple Foyer, qui remplacera les chambres mal fermées, dans toutes nos villes.Les Anglais nous ont bien devancés avec leurs Y.M.C.A.de partout.Nous sommes péniblement arriérés dans cette œuvre des pensions qui sauvent.Crions moins contre le mal et bâtissons le bien.Chantons moins le passé, la résistance de Dollard ; construisons mieux l\u2019avenir, une jeunesse qui tienne contre les sauvageries à la mode.« Si l\u2019on savait se donner à la jeunesse, on sauverait le monde! » On se donne trop à l\u2019enfance, pas assez aux vingt-ans.Gardons les proportions; organisons la persévérance.L\u2019âge où fleurit la pensée personnelle est l\u2019âge dangereux, les fameux teen.Après les pointilleux règlements scolaires, les cloches, la surveillance, la discipline en rangs, c\u2019est trop subitement la liberté complète, exagérée, sans guide.Et l\u2019on déplore la licence des habitudes nouvelles.La crise des hystériques de Lorette a dû ouvrir des yeux.Plutôt que de blâmer les Sœurs, aidons-les.Prévenons les folies pour n\u2019avoir pas à sévir: la prison est un aveu d\u2019impuissance, de mauvais calcul.La Protection de la jeune fille a besoin de cent fois plus de chambrettes: souhaitons cent Don Bosco, religieux et religieuses.Contre le Minotaure qui engouffre notre jeunesse, qui donc des Frères ou des Sœurs élèvera nos premiers bastions?.On sait la légende du héros Thésée, qui pénétra dans le labyrinthe et tua l\u2019affreux monstre auquel la ville d\u2019Athènes devait fournir, comme tribut après sa défaite, le sacrifice annuel de sept garçons et sept filles à dévorer.Quels héros d\u2019Action catholique se chargeront de libérer nos villes de l\u2019affreux tribut que paient nos campagnes et nos ménages disloqués aux minotaures du vice et de tout les malheurs ?D\u2019abord, qu\u2019on établisse les ruraux pour prévenir leur déracinement; puis qu\u2019on ouvre des refuges à ceux qui partiront tout de même; enfin, qu\u2019on facilite aux familles ouvrières l\u2019accession à la propriété dans le calme de nos banlieues.Si nous, chrétiens, ne voyons pas au constructif, si nous laissons les bonnes initiatives aux mauvais bergers, nous sommes coupables devant Dieu, devant la société et devant l\u2019avenir.Nous ne sommes pas des Caïn pour répéter: « Suis-je chargé de mon frère ?» Nous sommes responsables les uns des autres.Le bréviaire du carême redit aux prêtres la leçon d\u2019Isaïe (lviii, 6 sqq.): « Voici le jeûne que je choisis: détacher les chaînes injustes, libérer les opprimés, briser toute espèce de joug dans ton milieu.Frange esurienti panern tuum.Partage ton pain, recueille les sans-asile.Si tu bannis les discours injurieux, ta lumière se lèvera.Tu seras comme une source d\u2019eau vive; on t\u2019appellera le réparateur des brèches.» Un beau titre, en vérité, qui doublera l\u2019éducateur.109 ¦ S! ANNIVERSAIRES L'UNION DES RUTHÈNES Joseph-H.LEDIT, S.J.EN 1588, le patriarche Jérémie laissa les rives du Bosphore pour faire un pèlerinage en Moscovie.Les illustrations de l\u2019époque nous montrent un bon vieillard, un peu solennel, avec une barbe grecque, moins opulente que les beaux grands fleuves oui prennent leur source dans les mentons russes, en soutane, et coiffé d\u2019un énorme chapeau, qui évoque les parapluies de famille qu\u2019on voyait encore dans certaines régions rurales d\u2019Europe il y a une quarantaine d\u2019années.Les dimensions du chapeau étaient symboliques, car le patriarche œcuménique venait quêter.Les Turcs cédaient la dignité patriarcale au plus offrant.Comme il y avait toujours plusieurs concurrents, la loi de l\u2019offre et de la demande faisait monter les prix, et tous les patriarches passaient la partie principale de leur vie à payer les dettes qu\u2019ils avaient encourues pour monter ou remonter sur leur trône.Justement, Jérémie venait de finir une pénible lutte pour faire descendre du siège patriarcal un certain Théolepte qui l\u2019avait évincé quelque temps auparavant, et la caisse patriarcale était vide.Jérémie, dans le passé, s\u2019était mis en rapports avec le pape Grégoire XIII; il était d\u2019ailleurs sympathique à la religion catholique, et il avait rejeté des propositions protestantes qui lui avaient été envoyées de Tubinuge.Cette fois, il décida d\u2019essayer du côté de Moscou.C\u2019était la première fois dans l\u2019histoire qu\u2019un patriarche de Constantinople se dirigeait vers la capitale des tsars.Nous ne raconterons pas ses aventures dans le pays du Nord où, d\u2019abord pris pour un intrus, il dut fonder le patriarcat de Moscou, et re-consacrer évêque le premier titulaire de cette dignité.Comme cela avait été accompli en dépit de tous les saints canons, ce n\u2019est pas sans une certaine inquiétude qu\u2019il reprit la route du midi.Il passa par la Russie blanche, alors partie de la grande république polono-lithuanienne.Il y avait là une considérable population orthodoxe, auprès de laquelle il comptait arrondir le pécule qu\u2019il était venu chercher.A l\u2019encontre des orthodoxes moscovites, ceux de Russie blanche et d\u2019Ukraine avaient été souvent en rapports avec l\u2019Église catholique.Depuis le concile de Florence, les métropolites Grégoire II le Bulgare, Misaël Drucki et Joseph Soltan s\u2019étaient unis à l\u2019Église universelle; d\u2019autres étaient redevenus orthodoxes.Quand Jérémie vint au pays, tous les évêques ruthènes, depuis 1520, ne reconnaissaient que la juridiction du patriarche de Constantinople.La république polono-lithuanienne était alors agitée par un intense mouvement religieux.Le protestantisme y avait fait beaucoup d\u2019adeptes, mais la reconquête spirituelle se faisait lentement et beaucoup de nobles qui s\u2019étaient laissé attirer aux choses nouvelles revenaient à la religion de leurs pères.Quant au peuple, il suivait la religion de ses seigneurs.Où le seigneur était protestant, ou orthodoxe, il y avait grand chance que la plèbe, bon gré, mal gré, le fût de même.Cujus regio, ejus religio ! La religion d\u2019un pays était celle de son maître.L\u2019homme le plus riche de la république, après le roi, était orthodoxe; c\u2019était le prince Constantin Ostrog-ski, dont le fils, Janusz, s\u2019était converti à la foi catholique vers 1583.On s\u2019occupait, en effet, d\u2019intéresser les orthodoxes à l\u2019unité religieuse.En 1577, le Bossuet polonais, le P.Pierre Skarga, s.J., avait publié un beau petit livre sur l\u2019unité de l\u2019Église, qu\u2019il avait dédié au prince Ostrogski, mais presque tous les exemplaires qui tombèrent dans les mains des Ruthènes furent brûlés.Les polémiques s\u2019allumaient et un grand mouvement littéraire en était alimenté.Le patriarche Jérémie mit toute la Russie blanche dans un inimaginable désordre.Il commença par déposer le métropolite Onésiphore, qui, vraiment, ne méritait pas mieux.En 1583, une assemblée de la noblesse avait envoyé cette protestation au prélat indigne: Depuis que vous gouvernez, beaucoup de violences et de crimes ont été accomplis dans nos églises: le culte a été empêché, les temples mis sous les scellés, les clochers fermés, les popes traînés comme des voleurs hors de la maison de Dieu; les laïques eux-mêmes ne peuvent plus y faire en liberté leurs prières.Ce n\u2019est pas assez: on brise les croix saintes, on s\u2019empare des cloches, on les livre aux Juifs, et Votre Grandeur accorde des lettres à ces infidèles, pour les favoriser au détriment des églises de Dieu.Dans les monastères, à la place d\u2019hégoumènes et de moines, il y a de prétendus hégoumènes qui vivent avec leurs femmes et leurs enfants.On pille les trésors des églises, et ce qui avait été donné pour la gloire de Dieu sert de matière au sacrilège.Des hommes indignes deviennent évêques et vivent sur leurs sièges, sans pudeur, avec leur femme et en ont des enfants.A la place d\u2019Onésiphore, Jérémie intronisa un bon vieillard, pieux, pas trop habile, du nom de Michel Rahoza.Celui-ci ne voulait qu\u2019une seule chose sur la face de la terre: la paix! D\u2019autre part, afin que l\u2019autorité fût bien partagée, Jérémie nomma l\u2019évêque de Luck, Cyrille Terlecki, son exarque, c\u2019est-à-dire son vicaire patriarcal.Enfin, il éleva un troisième évêque, celui de Wladimir en Volhynie, à la dignité de prototrône, ou primat.Désormais, l\u2019Église ruthène avait trois têtes: un métropolite, un légat patriarcal, un primat.Après avoir bien divisé les évêques, Jérémie s\u2019empressa de mêler les laïques.A Lwow (ou Lviv, ou Lemberg, ou Léopol, ou Lvov \u2014 je n\u2019ai aucune envie de prendre parti dans la querelle politique qui se cache sous ces divers noms), l\u2019épiscopat et les autres dignités religieuses étaient le fief des Balaban, une curieuse famille où l\u2019on pratiquait moins le népotisme que la simple succession anticanonique de père en fils.Depuis quelques années, les laïques de cette ville s\u2019étaient organisés dans une confrérie, dont le but était, autant que la piété et les bonnes œuvres, la guerre à l\u2019évêque.Afin de bien ajouter à la confusion qui régnait dans le diocèse, et peut-être pour obtenir quelques aumônes supplémentaires, Jérémie déclara que la confrérie était entièrement indépendante de Mgr Balaban.Alors, ce fut une guerre épique entre les laïques, dans lesquels reposait une partie de l\u2019autorité œcuménique, et l\u2019évêque.Dans les autres villes de Russie blanche et d\u2019Ukraine, l\u2019exemple de Lwow ne fut pas sans porter ses fruits.Les laïques s\u2019organisèrent eux aussi en confréries et, naturellement, montèrent de splendides chicanes.Quand Jérémie regagna le Bosphore avec son chapeau bien rempli, il laissait derrière lui les commencements d\u2019un ouragan.Le premier à s\u2019ébranler fut l\u2019évêque de Lwow, ce Gédéon Balaban qui devait devenir plus tard un des plus farouches adversaires de l\u2019union.Il s\u2019en alla voir l\u2019archevêque latin de la même ville, Mgr Dmitri Solikowski, et lui proposa le retour des Ruthènes à l\u2019unité catholique.Quelques mois plus tard, trois évêques s\u2019unirent à lui dans la petite ville de Belz.Ils étaient tous irrités contre le métropolite.Ne pouvant le supporter davantage, ils décidèrent d\u2019écrire au roi Sigismond pour lui proposer l\u2019unité religieuse.Sigismond tarda deux ans à répondre.L\u2019affaire, à cette époque, ne lui souriait pas du tout.Des quatre pétition- 110 RELATIONS naires, tous n\u2019étaient pas également recommandables.Le roi se limita à louer leur dessein; il promit aussi de les défendre contre l\u2019excommunication du métropolite Rahoza ou du patriarche Jérémie.Pendant ce temps, on s\u2019abouchait avec le prince Ostrogski.Celui-ci, à la veille de partir en Italie pour une cure, promit de discuter la chose personnellement avec le Pape et d\u2019arranger les affaires.Les confrères de Lwow écrivaient au patriarche de Constantinople pour lui dire que la foi était en péril; Gédéon fabriqua des lettres patriarcales qui contenaient une excommunication contre le métropolite Rahoza.Celui-ci, à son tour, excommunia Balaban en l\u2019accusant, dans sa lettre, de choses simplement abominables.Le 4 mars 1593, le roi Sigismond proposa au prince Ostrogski la nomination du gentilhomme Adam Potsiei au siège orthodoxe de Vladimir.Comme tous les jeunes gens de son pays, Adam avait débuté comme soldat; puis, il était devenu juge.Maintenant, on en faisait un évêque.Ostrogski l\u2019aimait.Il était entièrement dévoué à la cause de l\u2019unité religieuse.En entrant dans les ordres, Adam prit le nom monastique d\u2019Hypace.La guerre entre le métropolite et Balaban battait son plein.Au synode de Brest (1593), Balaban fut de nouveau excommunié, mais il fit rouer de coups les messagers qui vinrent lui apporter la sentence.Au cours de cette année et de l\u2019année suivante, tous les évêques, à commencer par le métropolite, promirent secrètement leur adhésion à l\u2019union qui se préparait.Il y avait alors, à Luck, un évêque latin du nom de Bernard Maciejowski.Ce prélat, pieux et zélé, deviendra cardinal et jouera un grand rôle dans l\u2019histoire polonaise.Il voyait bien que les évêques orientaux agissaient surtout par politique.Il fallait mettre le débat sur un terrain plus élevé.En décembre 1594, il invita les évêques orthodoxes de Luck et de Vladimir, Cyrille Terlecki et Hypace, à sa campagne de Torczyn.Durant trois jours, ils eurent quelque chose comme une retraite fermée.Ils examinèrent l\u2019état lamentable de l\u2019Église orthodoxe, conclurent que la faute en était à l\u2019état de schisme qui la séparait de l\u2019unité et de la vie, et décidèrent de demander l\u2019union au Pape, tout en réclamant que les rites ruthènes fussent entièrement respectés.Potsiei communiqua aussitôt au métropolite tout ce qui s\u2019était passé.A Lwow, Balaban s\u2019empressa de faire un éclat.Il convoqua un synode où nous voyons, la chose paraît incroyable, les noms de tous ceux qui, dans la suite, s\u2019opposeront à l\u2019Union: Luc, métropolite de Belgrade, Païse, évêque de Vikrassos, Nicéphore Tura, plusieurs archimandrites d\u2019un peu partout.Tous proclamèrent avec grand enthousiasme qu\u2019il était impossible de faire son salut étemel en dehors de l\u2019union avec Rome; ils promirent, sous peine de perdre leur salut, de s\u2019unir au Pape.Cette étonnante manifestation, qui eut lieu le 28 janvier 1595, est trop bien attestée pour qu\u2019on puisse en douter.Elle ouvrit les yeux au prince Ostrogski.L\u2019union se faisait, et sans lui! En juin 1595, les évêques ruthènes se réunirent en synode à Brest et rédigèrent un acte d\u2019union en trente-trois points.Ils déléguèrent Potsiei et Terlecki à Rome.Alors, le prince Ostrogski écrivit une lettre terrible contre le synode.Il dénonça le métropolite et ses suffragants comme autant de loups ravisseurs, il les appela des vendus, des Judas et il fit appel au peuple contre eux.La lutte armée s\u2019organisait.Potsiei finit par se faire recevoir chez le vieillard en colère; il se jeta à ses pieds en pleurant; il le supplia d\u2019accorder sa coopération à l\u2019œuvre entreprise.Ostrogski répondit en disant qu\u2019il fallait demander au roi la convocation d\u2019un concile.Potsiei transmit le message au souverain qui répondit ne pas avoir d\u2019objections, pourvu que le synode respectât les décisions déjà prises.Mais les orthodoxes s\u2019agitaient et prépa- raient un synode contre l\u2019épiscopat.Balaban alors renonça à l\u2019union, sous l\u2019influence du prince Ostrogski.Quelque temps après, l\u2019évêque de Przemysl fit de même \u2014 tant était grande l\u2019autorité du magnat qui, maintenant, était en guerre ouverte avec le reste de l\u2019épiscopat.Potsiei et Terlecki rentrèrent chez eux pour se préparer au voyage de Rome.Le nonce du Saint-Siège, Mgr Malaspina, voyant l\u2019agitation qui gagnait les esprits, leur écrivit de rester dans leurs diocèses et de renoncer, pour lors, à l\u2019entreprise commencée.Ces lettres n\u2019arrivèrent pas à destination, car Potsiei et Terlecki s\u2019étaient déjà mis en route, et voici les deux évêques ruthènes à Cracovie.Alors, on réunit le conseil de la nonciature, en priant les deux évêques d\u2019attendre dehors.On examina le pour et le contre du voyage, mais on n\u2019arrivait pas à se décider.Le nonce demanda qu\u2019on ne l\u2019obligeât pas à donner sa propre opinion.Il avait de graves raisons pour ne pas trancher le problème.Alors, il ne resta plus qu\u2019une chose à faire: inviter à entrer les deux évêques ruthènes et leur permettre d\u2019exposer leur cas.Ils le firent avec une éloquence qui entraîna toutes les hésitations.La Providence, dirent-ils, les avait aidés jusque-là; ce serait un manque de foi et de confiance en Dieu que de reculer maintenant.Il ne leur restait qu\u2019une chose à faire, c\u2019était d\u2019aller de l\u2019avant.Après tout, ce qu\u2019ils demandaient, c\u2019était de pouvoir faire leur soumission au Saint-Siège.Tous s\u2019inclinèrent devant des raisonnements aussi désintéressés.Les deux pèlerins de la ville éternelle se mirent en route, avec une magnifique lettre de recommandation de Mgr Malaspina.Ils eurent quelques aventures au début de leur voyage, car les émissaires du prince Ostrogski étaient à leurs trousses.Au bout de sept semaines, ils virent enfin, dans le beau ciel d\u2019Italie, les coupoles de Rome.Ils entrèrent par la porte del Popolo, le 15 novembre 1595.Le pape Clément VIII les fit loger à ses frais, et confia l\u2019affaire dont ils étaient chargés à une commission de cinq cardinaux, de la Congrégation du Saint-Office.Au bout de quelque temps, les deux évêques commencèrent à demander des nouvelles du succès de leur mission.Le Pape leur fit répondre qu\u2019ils devaient être fatigués auprès un si long voyage; on les invitait avec une politesse assidue à visiter les splendeurs de Rome.Enfin, les cardinaux présentèrent leur rapport, et un consistoire solennel fut convoqué pour le 23 décembre.Le consistoire eut lieu dans la plus magnifique des salles que le pinceau de Raphaël avait merveilleusement décorées, la salle de Constantin, sur les murs de Jaquelle ont été représentés les plus beaux triomphes de l\u2019Église.Il y avait là trente-trois cardinaux, dix évêques (dont celui de Lisieux), les élèves du collège grec de Saint-Athanase.Quand le Pape entra dans la salle, les évêques ruthènes, suivant la coutume de leur pays, se prosternèrent jusqu\u2019à terre.Puis, ils furent conduits au Pape.Un prêtre qui savait le ruthène lut la lettre du synode de Brest.Après la traduction en latin, un éminent prélat du Vatican, Mgr Silvio Antoniano, parla au nom du Souverain Pontife.Alors Potsiei s\u2019avança le premier et, comme il savait le latin, il fit, en son nom et au nom des évêques qui l\u2019avaient mandaté, profession de foi dans cette langue.Puis, elle fut lue en ruthène par un interprète.Ensuite, Cyrille Terlecki fit sa profession de foi en ruthène.Le Pape alors, dans des paroles très gracieuses, les accueillit dans l\u2019Église catholique.Il ne restait aux deux légats qu\u2019à rentrer dans leur pays où un synode devait confirmer ce qui avait été consommé à Rome.Le synode, de fait, fut célébré à Brest, en octobre 1596, malgré de très grandes difficultés, et c\u2019est de cet événement, si riche de conséquences pour toute l\u2019Église ruthène, que nous célébrons, cette année, le 350e anniversaire.AVRIL 1946 111 FRANCE ET FRANCO UNE DÉPÊCHE de la British United Press rapportait, le 28 février, les paroles suivantes de M.Bona Arsenault, député de Bonaventure: « En intervenant dans les affaires intérieures de l\u2019Espagne, la France crée un précédent dangereux.Si les Français ne savent bientôt se libérer de l\u2019emprise communiste sur leur pays, ce sont les députés de langue française et de sang français qui, lors de la prochaine session du Parlement canadien, demanderont de ne plus consentir de crédits pour le relèvement du peuple français.« Les multiples provocations des éléments communistes français ont fini par ternir le prestige de la France à l\u2019étranger et par lui aliéner la coopération de ses plus fervents amis à travers le monde.Ils constituent présentement le plus dangereux facteur de désordre en Europe.Les Français feraient certes un meilleur emploi de leur temps en s\u2019unissant pour travailler au relèvement de leur pays.» On crut un moment que les États-Unis, sinon l\u2019Angleterre, marcheraient avec la France.Mais l\u2019affaire de l\u2019espionnage est survenue depuis, ainsi que celle de l\u2019Iran.La Gazette du 21 mars rapportait que cette intervention divise la France et que M.Bidault s\u2019oppose à une politique qui placerait nettement la France aux côtés de la Russie et en opposition aux puissances occidentales, juste au moment où des économistes français essaient à Washington d\u2019obtenir l\u2019appui financier de ces mêmes puissances.« Il s\u2019agit de savoir, ajoute la Gazette, si la politique étrangère de la France sera dictée par son ministère des Affaires étrangères ou par le Politbureau du parti communiste.» NOTRE POURCENTAGE CHRÉTIEN POUR le temps du carême et de ses retraites, cette belle page d\u2019Isabelle Rivière, où chacun peut se mirer: « Quelle peur de payer Dieu plus cher qu\u2019il ne vaut! Parcimonie honteuse, basse lésinerie du cœur! Et nous sommes tous ainsi.« Vous voyez bien, disait ce pasteur à une jeune protestante que troublait le catholicisme, vous voyez bien que ce n\u2019est pas vrai, leur dogme de la présence réelle de Jésus dans l\u2019Eucharistie! S\u2019ils recevaient véritablement le Christ dans la communion, comment resteraient-ils les mêmes, comment ne deviendraient-ils pas des êtres admirables, prodigieux ?.« Est-ce que j\u2019ai le temps de m\u2019occuper de Dieu! dit l\u2019honnête homme, qui ne nie pas l\u2019existence de celui-ci, mais qui a trop à faire pour lui sacrifier même une demi-heure chaque dimanche.Et il pense qu\u2019on ne peut rien lui demander de plus, tant qu\u2019il est honnête et qu\u2019il travaille.Comme si son travail et son honnêteté avaient quelque chose à voir avec Dieu, comme s\u2019il suffisait à un père, comme preuve de l\u2019amour de son fils, que celui-ci ne mette point la main dans la bourse du voisin et arrive à l\u2019heure à son bureau, tandis qu\u2019il vivrait dans la même maison que lui sans jamais lui parler, sans jamais s\u2019inquiéter de lui ni le regarder.« Nous sommes les mêmes après deux mille ans, cherchant avant toutes choses l\u2019approbation des hommes, perpétuellement occupés du personnage que nous faisons aux yeux des autres, n\u2019oubliant qu\u2019un de nos juges: celui-là seul qui a le droit de nous juger.« Qu\u2019est-ce qu\u2019on va penser « de moi ?» voilà le souci constant qui nous habite, la question, devant toute décision à prendre, qui se dresse pour nous la première, et repousse toute autre.Ce qu\u2019on va penser de nous?\u2014 Rien du tout! Chacun ne pense qu\u2019à soi \u2014 comment n\u2019avons-nous pas encore découvert cela?.» AVEC OU SANS LE FRANÇAIS EN SASKATCHEWAN COMMENTAI RES LA MISE AU BAN DE L\u2019ARGENTINE CES QUELQUES PHRASES de M.Richard Pattee, dans l'Action nationale de février, montrent que l\u2019on a brouillé à plaisir les idées sur ce pays: « Que pouvons-nous dire de la contribution de l\u2019Argentine aux pays européens dévastés par la guerre ?Le gouver-\tj nement argentin a fait de beaux cadeaux à la Grèce, à la France, au Saint-Siège, à la Norvège.Cent mille tonnes de\t! viande à la France, sans réclamer un seul sou en paiement.Cinq cent mille sacs de blé au Vatican, sans prétendre retirer\t/ aucun bénéfice économique.Dans toutes les conférences internationales sur des questions techniques, on a laissé hors des séances les Argentins.Et le plus remarquable de tout cela, c\u2019est que, de toutes les nations américaines, probablement les seules capables de faire quelque chose pour le ravitaillement du monde, ce sont l\u2019Argentine et le Canada; et l\u2019Argentine était délibérément exclue de toutes ces conversations! » IL y A UNE LIMITE AUX DONS NOS HOMMES D\u2019AFFAIRES, qui se retiennent de condamner devant le grand public les largesses de notre gouvernement à l\u2019égard de l\u2019Angleterre, n\u2019en pensent pas moins pour cela.C\u2019est dans les journaux financiers que nous trouvons leur pensée de fond.Le Financial Post de Toronto porte en première page, le 9 mars 1946, un article qui se donne l\u2019air d\u2019une simple nouvelle et s\u2019intitule: Canadians to be taxed for British consumer?Le thème en est le suivant: « Le gouvernement canadien peut-il justifier les gratifications qu\u2019il entend continuer aux cultivateurs, dans le but de tenir à un bas niveau le coût de la vie en Angleterre ?» L\u2019auteur, Kenneth R.Wilson, concède qu\u2019une telle politique était admissible au temps de Y Aide mutuelle; « mais nous n\u2019en sommes plus là, ajoute-t-il carrément, et maintenant que l\u2019on négocie des contrats commerciaux, le point de vue n\u2019est plus le même ».Dont acte.LA SOLUTION DE LA QUESTION OUVRIÈRE Z A LIBERTÉ ET LE PATRIOTE, de Saint-Boniface (25 j janvier 1946), nous apportait quelques renseignements intéressants sur la situation de la langue française en Saskatchewan: « Tous les Franco-Canadiens de la Saskatchewan savent que l\u2019usage du français et l\u2019enseignement de la religion dans leurs écoles sont garantis par les sections 201 et 202.« La loi des grandes unités scolaires n\u2019a pas aboli ces deux sections qui autorisent, chaque jour, une heure de français et une demi-heure de catéchisme.« Lors d\u2019un congrès de l\u2019A.C.F.C., un instituteur d\u2019expérience donnait le sage conseil suivant aux commissaires d\u2019écoles à propos de l\u2019enseignement du français: « Vous in-« timerez donc à votre institutrice l\u2019ordre de prendre une « heure complète, de la bonne manière et tous les jours, pour « le français, et de placer cette période de français à un « moment avantageux de la journée.Vous lui ferez com-« prendre que si elle, l\u2019institutrice, n\u2019a le droit d\u2019enseigner « le français que pendant une heure par jour, et pas plus, « d\u2019après la loi, il n'y a rien qui défende aux élèves de prendre « leurs livres français et d\u2019y travailler à d\u2019autres moments de « la journée.« Vous exigerez de plus que les devoirs à la maison soient « des devoirs de français.Ce sera encore cela de pris, et qui « est facile à prendre, et qui contribuera pour autant à « rendre plus française l\u2019atmosphère familiale.Vous exigerez « encore que toutes les récréations se passent en français, « chose extrêmement importante.» DU Bulletin social des Industriels (catholiques belges), décembre 1945, ces lignes très justes: « Le méfait le plus criant de l\u2019individualisme du xixe siècle fut, à coup sûr, l\u2019exploitation du monde ouvrier perpétrée sous le couvert de la liberté.Ce que les papes ont dénoncé en termes très durs comme le grand scandale des temps modernes avait provoqué un tel abîme de misère que l\u2019attention des hommes sociaux fut absorbée en ce début du XXe siècle par la guérison de plaies aujourd\u2019hui cicatrisées mais encore douloureuses.« Il y a quarante ans, et encore il y a vingt ans, le problème social était tout entier d\u2019ordre ouvrier; il s\u2019agissait de rendre à une ample partie du peuple belge un statut matériel décent, et un statut moral lui assurant une pleine capacité au lieu de la tutelle.« Autrefois, écrivait Auguste Comte, le « prolétariat ne faisait que camper dans le pays.» Hier, ajouterons-nous, il fallait intégrer le monde ouvrier dans la vie nationale.Maintenant, le moment est venu de lui assurer un rôle important dans les affaires morales, sociales, économiques et politiques.« Plus encore qu\u2019au bien-être, l\u2019ouvrier d\u2019élite de 1945 aspire à la dignité, à la considération, à une éducation supérieure qui lui permettent de goûter et de participer au progrès de nos institutions et de notre société.Ce respect de la personne ouvrière appelle encore bien des progrès; il réclame de notre après-guerre qu\u2019il achève l\u2019œuvre de justice et améliore l\u2019œuvre de charité.« L\u2019œuvre de justice requiert que chaque ouvrier, orienté vers un travail de qualité, autant que possible trouve, contre l\u2019offrande loyale de ses bras, de son savoir et de sa bonne volonté, la sécurité d\u2019une vie digne pour sa famille.« L\u2019œuvre de justice exige la répartition des richesses du pays, de telle façon que le chômage involontaire, la maladie et la vieillesse n\u2019acculent plus à la misère.Les lois de sécurité sociale sont à cet égard une heureuse solution de principe dont les modalités restent à dégager.« L\u2019œuvre de justice impose une participation progressive des ouvriers à la propriété, à la gestion et aux profits des entreprises auxquelles ils collaborent avec stabilité.« L\u2019œuvre de justice appelle l\u2019adoption d\u2019un statut de la jeunesse ouvrière suggéré par la J.O.C.et qui seul assurera sur le plan moral l\u2019existence d\u2019une forte élite consciente de ses devoirs et fière de ses responsabilités.« Lorsque le champ de la justice aura ainsi été étendu, l\u2019émancipation ouvrière sollicitera un aménagement nouveau du champ de la charité.Certes, il y aura moins de pauvreté par le monde, puisque les richesses seront mieux réparties, mais les plaies de la maladie, du chômage et de la vieillesse ne seront pas uniquement guéries par l\u2019argent.On devra retrouver la charité au sein des organismes d\u2019assistance et de prévoyance qui, s\u2019ils sont régis par des lois, devront rester l\u2019œuvre libre d\u2019hommes et de femmes à l\u2019esprit social, décidés à ne toucher ces plaies qu\u2019avec beaucoup de tendresse.« La charité continuera de s\u2019incarner en une multitude d\u2019institutions, d\u2019établissements hospitaliers qui sont une des gloires de la chrétienne Belgique; la charité sera toujours le sourire et le réconfort au chevet du malade, l\u2019aide discrète au foyer où manque une mère, la démarche faite pour un vieillard, le réconfort de ceux qui pleurent.La charité ne perdra jamais ses droits, mais elle saura s\u2019imposer les coordinations et les perfectionnements nécessaires pour faire bénéficier les secourus, de toutes les ressources des progrès techniques et scientifiques.Elle se souviendra surtout de ce que le monde ouvrier est aujourd\u2019hui arrivé à sa majorité, et qu\u2019on ne traite pas un adulte comme un enfant.Elle révisera ce qui, dans ses démarches, pourrait devenir blessant ou humiliant, pour des susceptibilités plus aiguisées; elle fera largement appel aux élites ouvrières pour les associer intimement à toutes les œuvres qui s\u2019adressent aux déshérités.Pour être totalement salvatrice et régénératrice, la charité saura que ses meilleurs ambassadeurs auprès des ouvriers seront des hommes, des femmes, des jeunes filles et des jeunes gens du monde ouvrier »' LA JUSTICE L\u2019EMPORTE SUR LA VENGEANCE IE MACLEAN'S MAGAZINE du 1\" mars clôt de façon j juste et pondérée le débat inopportun qui s\u2019est élevé au sujet de la commutation de peine accordée au général Meyer par notre général Vokes: « Tout ce qu\u2019on sait de l\u2019affaire, de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, écrit-il, c\u2019est que Meyer a été exonéré de la principale accusation portée contre lui, celle d\u2019avoir commandé l\u2019exécution de prisonniers canadiens; qu\u2019il a été reconnu coupable (faute relativement moindre) de l\u2019état général qui a permis la perpétration de ce crime; qu\u2019il a néanmoins été condamné à mort, et enfin que le général Chris Vokes a refusé de confirmer la sentence (ce qu\u2019il devait faire pour la rendre valide) et l\u2019a commuée en emprisonnement à vie.« Le général Vokes, contrairement à nous tous, a eu la preuve en mains.De même les officiers supérieurs qu\u2019il a consultés, les généraux Simonds et Murchie.De même encore le seul civil dont l\u2019avis fut requis dans l\u2019affaire, John Read, aviseur légal au ministère des Affaires étrangères, et récemment nommé à la Cour internationale de justice, juriste renommé par tout le pays pour son intelligence de la loi.« A la lumière de ces faits, il nous semble regrettable qu\u2019une tempête d\u2019invectives ait reçu cette décision du général Vokes.Ces hommes, tous quatre désintéressés, méritent bien sûr que nous comptions sur leur bon sens.Ils sont en possession de connaissances que nous n\u2019avons pas.Pourquoi conclure aussitôt qu\u2019ils ont eu tort?« A moins, évidemment, que nous ne voulions affirmer que Meyer devait être tué coûte que coûte \u2014 que la devise « œil pour œil » doit être le principe directeur de ces procès.C\u2019est ce que les Nazis auraient fait, nous l\u2019admettons: ils croyaient aux représailles, à l\u2019exécution des otages.« Mais l\u2019un des principaux résultats de cette guerre, n\u2019est-il pas vrai, a été la défaite de cette morale barbare.» 112 RELATIONS AVRIL 1946 113 Au fil du mois En Espagne Le pseudonyme de « démocratie » cache bien des horreurs.Une terrible publicité, vraisemblablement maçonnique, s\u2019acharne contre les pays catholiques de l\u2019Amérique du Sud et surtout contre l\u2019Espagne en convalescence.Les rapports favorables des journalistes qui voient sur place ont l\u2019heur de déplaire: on les refuse.On veut, il faut, que tout y aille mal.Il le faut pour remplacer les gouvernements d\u2019ordre par des pétaudières, où le Russe trouvera son profit, au dernier acte.La France et les autres démocraties ont pourtant mieux à faire qu\u2019à se battre, fût-ce pour les communistes; elles en ont plein les mains à reprendre leur aplomb.Qu\u2019elles se mêlent donc de leurs affaires! Qu\u2019elles voient plutôt aux vrais et navrants malheurs de la Pologne, de la Yougoslavie, de la Chine et de la Perse! Tant de haine contre Franco parce qu\u2019il exécute des criminels de droit commun, et rien contre Tito qui fusille les élites.L\u2019ex-ambassadeur américain Hayes, qui connaît son Espagne, fait justice des bobards dont les agences nous gavent comme si nous étions tous des oies; il propose de mieux se renseigner; il estime bien Franco, sa résistance à Hitler, son aide aux Alliés, sa reconstruction de l\u2019Espagne, moins secourue par l\u2019Axe que dévastée par les Russes derrière les soi-disant Loyalistes.M.Hayes conclut en sage: « Franchement, je laisserais l\u2019Espagne aux Espagnols, qui ne menacent personne, qui sont fiers et qui n\u2019aiment pas les interventions extérieures.» C\u2019était écrit avant la rupture des communistes français, et avant le holà de Franco massant des troupes à la frontière.Tout le monde a compris: on va respecter l\u2019Espagne, et aussi, après l\u2019élection de Péron, l\u2019Amérique latine, où les protestants lancent des centaines de missionnaires, qui auraient tant à faire chez eux.Radio métèque Notre Verdun réclamait un poste émetteur.Catholiques et protestants s\u2019y entendaient, le maire Wilson en tête, avec les députés Ross et Côté, pour appuyer l\u2019initiative de MM.Rolland, Hébert et Mackay, secondée par les associations, les journaux locaux et tout ce qui compte.On exposait le vœu d\u2019une population mixte de 75,000 âmes, dont une centaine de Juifs éparpillés là.Les tractations furent longues: une inconcevable opposition représentait Verdun comme une ville juive et convoitait l\u2019affaire.Les Verdunois, confiants dans un élémentaire bon sens, étaient sûrs de leur affaire.Or, après un an de tiraillement, les journaux du 26 février annonçaient que M.Jack Tietolman décrochait la timbale, aux plus beaux jours de l\u2019espionnage.Tout de même!.L\u2019affaire n\u2019en restera pas là.Notre Verdun a le cran de répéter le fameux cri de l\u2019autre: « Ils ne passeront pas! » Semeur de bile Dans le Standard des 8 et 16 mars, M.Kenneth Johnstone, qui sait ironiser, décrit année par année la furieuse carrière du fielleux révérend Shields, One of the hcttingest persons in the country.Après lecture de l\u2019effarant pedigree, l\u2019on se demande comment des Canadiens d\u2019intelligence moyenne ont pu dire que nous avons nos Shields nous aussi.Fils d\u2019un révérend de Bristol, émigré à Toronto, boulonné depuis 1910 au temple baptist de la rue Jarvis, c\u2019est un opposant généralisé, un anti-tout: « Nommez-lui n\u2019importe quoi, il sera contre, pourvu que ce ne soit pas lui-même évidemment.» M.Johnstone résume ses bourrasques depuis 1913: contre les suffragettes, le théâtre, Bourassa, Laurier, les méthodistes, les modernistes, les presbytériens, les anglicans, les Irlandais, Rome, « la plus grande menace à la paix du monde », ce qui lui valut de cuisantes ripostes d\u2019un P.Cline sur sa « morale à deux faces ».La lutte contre nous ne cesse que pour des intermèdes urgents, comme de faire relever son traitement, de $4,000 à $6,000 puis à $8,000.Plusieurs de ses fidèles, amis du calme, se retirent ou imposent des votes de confiance: vainqueur ou vaincu, il reste.On se retire, on dénonce à trois ou quatre conventions baptist, où il fait feu et flamme, « son égotisme désordonné, sa vanité, son incapacité de réconciliation.Il se bat tout le temps, même contre ses commis, son associé, son organiste, son maître de chapelle, sa chorale et treize de ses dix-huit diacres ».Il attaque les gouverneurs de l\u2019université baptist McMaster, l\u2019Union païenne des Églises, un érudit bibliste, ce qui lui vaut des étudiants un tract sur « le pape de la rue Jarvis».Battu 708 à 208 à une convention baptist, il menace d\u2019aller en cour, il y va de fait, mais pour avoir fait de la vitesse.Il dénonce les baptists d\u2019Angleterre, qui se meurent de dry rot, et ceux d\u2019Ontario, qui se modernisent.Au cri de Christ doit revenir ! il recueille de l\u2019argent pour établir un vrai séminaire baptist à Des Moines (Iowa).Grands espoirs, grand désastre.Huit mois, et c\u2019est la chicane: d\u2019un côté lui, de l\u2019autre les directeurs, la faculté, les étudiants, taxés d\u2019hérésie.L'infaillible, accueilli par une volée d\u2019œufs et de tomates, s\u2019enfuit: vingt-neuf poursuites en réclamations de salaire, et le collège vide est mis en vente.Le volcanique prophète repart en guerre contre tous ses moulins à vent; il purge à la russe sa Société féminine de missions et ses professeurs de Sunday School.Il s\u2019occupe d\u2019élections municipales, provinciales et fédérales, dénonçant « l\u2019alliance d\u2019Hepburn avec le rhum et Rome », puis la pénétration romaine des torys mêmes.Il veut fermer les tavernes et les écoles séparées.Il attaque la police, qui l\u2019arrête encore pour vitesse.Il veut créer un nouveau parti.Il fait battre M.Meighen en voulant l\u2019aider.Il défie M.King en duel oratoire.Tout cela sans préjudice de ses ruées contre le Pape et Québec.L\u2019incorrigible vieillard enregistre plus de déboires que de victoires.Il n\u2019empêche pas le soleil de se lever ni la terre de tourner.Imagine-t-on un pareil curé chez nous?Et c\u2019est cet énergumène d\u2019agresseur qu\u2019on a comparé à nos plus courageux défenseurs?Sans nommer personne, bien sûr, mais on visait le Devoir et certain professeur d\u2019histoire et d\u2019énergie, qu\u2019un tribut national d\u2019hommage couronne, à l\u2019occasion des cinquante ans de journalisme d\u2019Omer Héroux, et des vingt-cinq ans du chanoine Groulx dans sa calme chaire d\u2019histoire canadienne.Conversions Les places quittées dans l\u2019Église par le « savant » qui retourne à l\u2019Ancien Testament et les ignorants Témoins de Jéhovah sont plus que comblées par les merveilleuses conversions du grand rabbin de Rome Zolli, du chef communiste Budenz, de Henry Ford II, du sénateur américain Wagner, de la députée Clare Booth Luce, et hier des beaux écrivains Chesterton, Knox, Broun, Lunn, Woodruff.Quitter la religion pour des sectes moins sévères, ça se comprend, ça va tout seul.Mais accepter l\u2019inquiétude, écouter l\u2019appel d\u2019en haut, prendre sur son temps précieux les heures qu\u2019il faut pour chercher la vérité vraie, l\u2019unique Église, fondée sur Pierre, sur la maîtrise de soi et sur la pénitence, voilà qui étonne agréablement chez les Américains pressés, censés adorateurs de l\u2019or et du corps.Conversions et perversions ne viennent pas du même souffle, ne coûtent pas les mêmes sacrifices et ne se pèsent pas à la même balance.Grâce à Dieu et à la droiture de nobles consciences, le courant de retour des Newman, Faber, Manning, Benson, Kingsman, sans parler des Bru-netière, Bourget, Psichari, Claudel et Maritain, ne tarit pas, quoi qu\u2019il en coûte.Zolli s\u2019est fait maudire par les siens, et Budenz, accuser de trahison; Mme Luce, assurée d\u2019être 114 RELATIONS battue, se retire de la politique, tous perdent leurs anciens amis.Monter au catholicisme n\u2019est-il pas d\u2019abord une ascension du Calvaire ?Guerre ou paix ?Après la guerre des nerfs, c\u2019est la politique des nerfs, avec les propagandes militaristes dans les journaux, et même par des officiers en service, payés par tous.Pourquoi tant de soldats pour rien, recrutés ou encore retenus malgré eux dans des camps dispendieux, à l\u2019époque des travaux?Pourquoi ces milliers de pensionnaires payés qui voudraient redevenir normaux et utiles, s\u2019établir, se faire un avenir?Quant aux irréguliers, la très dure façon d\u2019en traiter plusieurs qui se sont livrés, à Longueuil ou ailleurs, décourage les autres.Et l\u2019on déplore la criminalité.Par ailleurs, les offres d\u2019établissement agricole des soldats ne sont pas assez connues, certainement pas assez courues.Les avances d\u2019argent considérables, à des conditions très avantageuses de remboursement, devraient tenter nos ruraux licenciés.Il faut dire que Québec est toujours bien lent, court de calcul, les deux pieds dans le même soulier.Rimouski se plaint de refuser des colons faute des chemins qu\u2019on réclame depuis cinq ans.On veut de l\u2019action, pas de discours, de plans, d\u2019enquêtes, de catalogues, ni de graphiques; de l\u2019action, des routes, du recrutement, des excursions, de la mécanique savante, une colonisation moderne qui répare les omissions du passé.c Existentialisme » * ABSENCE » À L'EUROPE DE M.J.-P.SARTRE Jacques TREMBLAY, S.J.QU\u2019UNE DOCTRINE philosophique essentiellement négative et négatrice de l\u2019existence revendique le titre à!existentialisme, voilà un étrange paradoxe.C\u2019est sous le signe de ce premier mensonge \u2014 aucunement joyeux, ah non! \u2014 qu\u2019on introduit actuellement la jeunesse à certaine littérature \u2014 théâtre et roman \u2014 paraphilosophique, élaborée par M.J.-P.Sartre autour de la notion chrétienne d\u2019existence, déviée, détournée, faussée.Cette littérature para-philosophique illustre parfaitement l\u2019affirmation de Gustave Thibon: « Le diable préfère terriblement les préfixes en para aux préfixes en a.Plus que de destruction, il a soif de corruption, plus que de la mort, d\u2019une caricature de la vie.» Caricature sinistre de la métaphysique de l\u2019être, du connaître et de l\u2019agir: telle est en fait la littérature de M.Sartre.A quoi prétend cette philosophie ?D\u2019où vient-elle ?Qu\u2019est-elle au juste ?C\u2019est à ces questions que nous allons essayer de répondre brièvement.Donnons d\u2019abord une idée générale de l\u2019ensemble en posant une hypothèse \u2014 gratuite pour l\u2019instant \u2014 qui un jour ou l\u2019autre pourrait fort bien s\u2019avérer la raison de l\u2019étrange publicité menée autour de cette littérature abstruse, genre qui n\u2019intéresse pas d\u2019habitude ni ne tient à intéresser le public.Imaginons donc qu\u2019un monsieur, extraordinairement doué, muni d\u2019une très vaste érudition, se pose, en face de la situation actuelle du monde, les deux questions suivantes: L\u2019évangile russe du matérialisme dialectique se heurte dans sa propagande à des doctrines philosophiques qui lui barrent la route des démocraties chrétiennes; or, quelle est la notion la plus radicale qui, fondant la structure métaphysique de ces doctrines, leur confère encore tant de consistance et tant d\u2019efficacité sur l\u2019organisme des démocraties chrétiennes ?Une fois cette notion trouvée, quel travail philosophique faudrait-il entreprendre pour pourrir au cœur ce noyau métaphysique, principe résistant de tout ce qui s\u2019oppose doctrinalement au matérialisme dialectique ?Imaginons que ce monsieur ait donné à la première question la juste réponse que voici: le cœur de toute métaphysique chrétienne, c\u2019est la notion chrétienne d\u2019existence.Imaginons encore qu\u2019il se soit mis à écrire une œuvre qui vise à « néantiser » cette notion même d\u2019existence, et qu\u2019il ait achevé cette œuvre.Alors, nous aurons devant les yeux un livre qui s\u2019identifiera à l\u2019ouvrage de sept cent vingt- quatre pages en texte fin de M.J.-P.Sartre, T Être et le Néant.Œuvre longue et flexible comme un lierre, qui s\u2019enroule autour de la métaphysique aristotélico-thomiste, seul soutien de sa forme.Chacun de ses développements est un effort pour formuler en creux, en absence, en négation, en vacuité, tout ce que la métaphysique de l\u2019être comporte de plénitude.Cette œuvre s\u2019épuise à affecter du signe moins tout jugement, toute affirmation; et elle conclut sur ceci: « Toute réalité humaine est une passion, en ce qu\u2019elle projette de se perdre pour fonder l\u2019être et pour constituer du même coup l\u2019En-soi (lisez chose, par opposition à conscience psychologique) qui échappe à la contingence en étant son propre fondement, l'Ens causa sui que les religions nomment Dieu.Ainsi la passion de l\u2019homme est-elle inverse de celle du Christ, car l\u2019homme se perd en tant qu\u2019homme pour que Dieu naisse.Mais l\u2019idée de Dieu est contradictoire et nous nous perdons en vain; l\u2019homme est une passion inutile.» (P.708.) L'Être et le Néant, son ouvrage de fond, est une prise de position philosophique.La doctrine doit en être monnayée et diffusée dans le public en des pièces de théâtre et des romans, dont le dernier a fait dire à un critique des Études qui n\u2019a rien de pudibond: « Si les livres avaient une odeur, il faudrait se boucher le nez en ouvrant le dernier roman de M.J.-P.Sartre.» Du point de vue philosophique, ce qui caractérise cette œuvre au premier chef, c\u2019est qu\u2019elle ne prend de signification que dans la mesure où elle rencontre d\u2019abord chez le lecteur la notion proprement chrétienne de dynamisme existentiel.Mais le plus étrange, c\u2019est qu\u2019elle ne signifie qu\u2019une chose: la destruction de cette notion d\u2019existence elle-même.« Le Pour-soi (lisez conscience psychologique) apparaît comme une menue néantisation qui prend son origine au sein de l\u2019Être; et il suffit de cette néantisation pour qu\u2019un bouleversement total arrive à l\u2019En-soi.Ce bouleversement, c\u2019est le monde.Le Pour-soi n\u2019a d\u2019autre réalité que d\u2019être la néantisation de l\u2019être.Sa seule qualification lui vient de ce qu\u2019il est néantisation de l\u2019En-soi (lisez chose) individuel et singulier, et non d\u2019un être en général.Le Pour-soi n\u2019est pas le néant en général mais une privation singulière; il se constitue en privation de cet être-ci.» (P.712.) D\u2019où ce paradoxe, inexplicable autrement que par une intention publicitaire, d\u2019appeler existentialisme une philosophie radicalement marquée au signe du néant, de Yabsence, du refus, du non, de Y évanescence, de la fuite, etc.Ce vocabulaire, qui se maintient toujours aussi négatif qu\u2019il se peut AVRIL 1946 115 tout en sauvegardant quelque chose à dire, fait le premier étonnement du lecteur, étonnement qui se change bientôt en suffocation de la pensée.Celle-ci est continuellement maintenue au seuil d\u2019évanouissement de son objet.Le mot existentialisme est ici une plaisanterie ou une gageure, puisqu\u2019il s\u2019agit à la lettre d\u2019un néantisme.Quelles sont au vrai les intentions de l\u2019auteur?Nous l\u2019ignorons.Mais ce qui est hors de doute, c\u2019est que, s\u2019il a visé à détruire les structures mêmes de la pensée métaphysique historiquement chrétienne, il a donné, de fait, l\u2019œuvre la plus actuellement au point pour cela.Et ce qui n\u2019est pas moins assuré, c\u2019est que, quelles que soient les intentions personnelles de son auteur, toute œuvre d\u2019idées se moque des intentions pour porter ses fruits naturels.Mais cette philosophie, faussement dénommée existentialisme, n\u2019est pas le produit d\u2019une génération spontanée.Elle a des antécédents qui datent d\u2019assez loin.Aucun philosophe grec cependant n\u2019en a jamais rien soupçonné.L\u2019existentialisme vrai fut donné à l\u2019humanité, de façon impliquée et virtuelle, par la voix qui se fit entendre du buisson ardent à Moïse en ces mots: Je suis Celui qui existe.Depuis ce jour, Juifs et Chrétiens savent que Dieu seul existe nécessairement et de Lui-même; et que toute créature existe par faveur, de façon précaire, qu\u2019elle est la fragilité même, qu\u2019elle surplombe le néant selon toutes ses dimensions métaphysiques.C\u2019est ce fait parvenu à la connaissance de l\u2019humanité par révélation que saint Thomas d\u2019Aquin a été le premier à rendre systématiquement intelligible.C\u2019est là sa gloire principale comme docteur.Tous les chrétiens, cependant, savent depuis toujours que tout le créé est contingent, fini, que « sa présence est poreuse », « irisée de néant », que la créature doit être continûment sauvée du néant par une création continuée.Tous les mystiques chrétiens, tous les grands poètes chrétiens ont vécu cela et l\u2019ont traduit dans des œuvres marquées pour autant d\u2019un caractère absolument unique.Œuvres qui suggèrent une présence d\u2019abîme, \u2014 abîme soit de joie, soit de néant, et objet d\u2019option libre, \u2014 suggestion propre aux grandes œuvres chrétiennes de Dante, de Pascal, de Shakespeare, de Dostoïevski, delClaudel.Depuis Érasme et Montaigne, l\u2019ensemble de la littérature, de la philosophie, de la critique, s\u2019est retourné vers des problèmes antérieurs au christianisme.De façon générale, on peut dire que depuis la Renaissance la pensée s\u2019est plutôt intéressée à la manière dont le monde fonctionne.On s\u2019étonnait plus de ce que le monde fût ceci plutôt que cela, oubliant ce fait plus radical et de beaucoup plus étonnant encore qu\u2019il existe un monde plutôt que rien.Autrement dit, on était revenu à un univers d\u2019essences, en négligeant de percevoir son épaisseur existentielle.Surtout depuis Descartes et Kant, presque tout ce qui a un nom dans la philosophie et dans la littérature ne s\u2019inspirait plus de la notion chrétienne d\u2019existence si généreuse et, dans tous les ordres, si féconde.C\u2019est ainsi que le positivisme nous a gratifiés du naturalisme, que le kantisme nous a fourni toutes les formes d\u2019idéalisme \u2014 aux deux sens \u2014 et d\u2019angélisme qui, jusqu\u2019à Baudelaire, Rimbaud et Claudel, tenaient lieu aux chrétiens de pain bénit.Que toutes ces formes de conceptualisme soient le péché mignon de la spéculation de l\u2019homme, créature précisément construite pour penser par concepts, n\u2019est rien d\u2019étonnant.Mais il n\u2019en demeure pas moins que tout conceptualisme qui se contente de n\u2019être que cela constitue pour la connaissance elle-même une sorte de prison.Cette prison était le lieu philosophique de presque tous les esprits vers la fin du dix- neuvième siècle.Mais c\u2019est alors aussi que se firent aux murs des lézardes à travers lesquelles commençaient à s\u2019infiltrer les eaux pluviales et l\u2019air pur de l\u2019existence.Ce sont les œuvres philosophiques de Kierkegaard au Danemark, d\u2019Heidegger en Allemagne, de Maine de Biran, d\u2019Ollé-Laprune, de Blondel, de Bergson, de Gabriel Marcel, de Claudel (celui de^ l\u2019Art poétique), de Maritain (celui des Sept leçons sur l\u2019Être) en France, qui ouvrirent définitivement les brèches, envahirent la geôle idéaliste et restituèrent enfin au monde toute sa dynamique existentielle.C\u2019est à la veine de philosophie existentialiste la plus pure qu\u2019appartient, fruit bien vivant d\u2019une philosophie thomiste aux lèvres vermeilles, l\u2019ouvrage que M.Edmond Labelle faisait paraître au Canada, il y a deux ans, la Quête de l\u2019existence.Ne l\u2019ont nullement remarqué quantité de jeunes hommes et de jeunes femmes que le pseudo-existentialisme de M.Sartre intéresse jusqu\u2019aux moelles.Ce retour de l\u2019attention aux problèmes et aux mystères de l\u2019existence, étant un retour au réel, devait nécessairement coïncider avec les positions de la philosophie thomiste qui n\u2019est autre chose que la reconstruction intelligible du réel.Mais, tandis que d\u2019une part le qualificatif d\u2019existentielle revient de droit à la philosophie qui pose l\u2019acte d\u2019existence au principe de toute réalité, ce même qualificatif devient d\u2019autre part usurpation pour toute philosophie qui récuse ce principe.Tel est le cas de l\u2019existentialisme de M.Sartre.« Le premier et le plus grave malentendu, affirme Gilson, serait de faire croire que la philosophie de saint Thomas est, elle aussi, une philosophie existentielle, alors que la vraie question serait plutôt de savoir si les doctrines dont on prétendrait ainsi le rapprocher méritent vraiment ce titre.Assurément ce sont des philosophies où il est beaucoup question de l\u2019existence, mais elles ne la considèrent guère qu\u2019en tant qu\u2019objet d\u2019une phénoménologie possible de l\u2019existence humaine, comme si le primat de l\u2019existence signifiait surtout pour elles ce primat de l\u2019« éthique » sur lequel Kierkegaard a si fortement insisté.Si l\u2019on cherche dans ce groupe une philosophie qui, dépassant ce point de vue phénoménologique, ait posé l\u2019acte d\u2019existence comme clef de voûte de la métaphysique, on aura, nous semble-t-il, grand peine à l\u2019y rencontrer.Or c\u2019est manifestement ce qu\u2019a fait saint Thomas lui-même.En tant que métaphysique de l\u2019exister, le thomisme n\u2019est pas aussi une philosophie existentielle, il est la seule, et toutes les phénoménologies en quête d\u2019une ontologie semblent inconsciemment mues vers elle comme par le désir naturel de leur ultime justification.» (Le Thomisme, 5e édition, pp.510-511.) Jusqu\u2019ici, nous avons vu assez quelles sont les tendances de la philosophie qui se dit existentialiste, et à quel lieu cette philosophie se situe dans l\u2019histoire des idées.Quant à définir maintenant ce qu\u2019est l\u2019existentialisme de M.Sartre, c\u2019est chose impossible pour cette raison radicale qu\u2019il est essentiellement négation.D\u2019où, la seule prise qu\u2019il offre à une démarcation, c\u2019est de dire de quoi il est négation.Mais précisément, ce qu\u2019il nie ne lui appartient pas, cela appartient en propre aux philosophies de l\u2019être dont le type est le réalisme existentiel thomiste.Tous les éléments de sa métaphysique, qui n\u2019y ont d\u2019autre rôle que de donner leur sens à des négations, sont des pièces de la métaphysique aristotélico-thomiste, si l\u2019on excepte quelques emprunts au phénoménisme, niés d\u2019ailleurs eux aussi.Le syncrétisme qui en résulte n\u2019a d\u2019autre unité \u2014 et ne saurait en avoir \u2014 que celle que lui confère la métaphysique positive sur laquelle bondissent ses négations, et il ne saurait non plus avoir d\u2019autre structure que celle de la métaphysique de l\u2019être qu\u2019il circonvient en la refusant.116 RELATIONS Mais ce qu\u2019il importe de préciser avant de terminer, c\u2019est que cette littérature philosophique, malgré son apparence scientifique, est moins une œuvre de spéculation et de disponibilité au réel qu\u2019une œuvre d\u2019action.Tout révèle que ce travail intellectuel \u2014 on ne saurait employer à proprement parler le mot de philosophie \u2014 est destiné à soutenir et à étayer un parti pris préalable à la constatation des injonctions du réel.Nous sommes ici en présence de quelqu\u2019un qui se dit: quelle que soit la réalité au sujet de Dieu, du monde et de moi-même, j\u2019impose au monde l\u2019action que j\u2019ai choisie gratuitement.Comment puis-je maintenant justifier théoriquement cette attitude ?L\u2019œuvre est ensuite construite selon ces données.En un mot, il s\u2019agit encore ici d\u2019un subjectivisme volontariste déguisé.« La valeur, dit-il, tire son être de son exigence, et non son exigence de son être.Elle ne se livre donc pas à une intuition contemplative qui la saisirait comme étant valeur et, par là même, lui ôterait ses droits sur ma liberté.Mais elle ne peut se dévoiler, au contraire, qu\u2019à une liberté active qui la fait exister comme valeur du seul fait de la reconnaître pour telle.Il s\u2019ensuit que ma liberté est l\u2019unique fondement des valeurs et que rien, absolument rien, ne me justifie d\u2019adopter telle ou telle valeur, telle ou telle échelle des valeurs.En tant qu\u2019être par qui les valeurs existent, je suis injustifiable.Et ma liberté s\u2019angoisse d\u2019être le fondement sans fondement des valeurs.Elle s\u2019angoisse en outre parce que les valeurs, du fait qu\u2019elles se révèlent par essence à une liberté, ne peuvent se dévoiler sans être du même coup « mises en question » puisque la possibilité de renverser l\u2019échelle des valeurs apparaît complémentairement comme ma possibilité.J\u2019émerge seul et dans l\u2019angoisse en face du projet unique et premier qui constitue mon être; toutes les barrières, tous les garde-fou s\u2019écroulent, néantisés par la conscience de ma liberté : je n\u2019ai ni ne puis avoir recours à aucune valeur contre le fait que c\u2019est moi-même qui maintiens à l\u2019être toutes les valeurs; rien ne peut m\u2019assurer contre moi-même, coupé du monde et de mon essence par ce néant que je suis, j\u2019ai à réaliser le sens du monde et de mon essence: j\u2019en décide seul, injustifiable et sans excuse.» (Pp.76-77.) C\u2019est la plus claire évidence que tout peut sortir d\u2019une philosophie du non-être qui se refuse à l\u2019être, et qu\u2019un tel volontarisme auto-créateur de « néantisation » est disponible à tous les massacres.* * * On sera peut-être tenté de dire qu\u2019une philosophie aussi peu consistante ne saurait faire courir à personne des dangers réels.Affirmer cela, c\u2019est compter sans l\u2019extrême habileté de l\u2019auteur et oublier son intuition aiguë des valeurs chrétiennes les plus riches et les plus profondes, rémanentes dans les âmes, et sur lesquelles il mise très habilement son succès.C\u2019est toujours un terrible péril pour un chrétien d\u2019utiliser à d\u2019autres fins que celle de son salut l\u2019émotion liée à la perception de la précarité de son être de créature, à la sensation de sa possibilité de refus aux appels de la joie étemelle, ou de celle de choisir contre l\u2019Être.Or, c\u2019est à ce jeu qu\u2019est convié le lecteur de M.Sartre, qui le retient par son bouton de gilet, lui subtilise sous les yeux « les débris d'on ne sait quel grand jeu » et tente de lui faire affirmer avec lui qu\u2019« en un mot, Dieu, s\u2019il existe, est contingent »! Il est vrai qu\u2019il avait démontré antérieurement que la mauvaise foi est un complexe psychique ordinaire et normal : « elle peut être l\u2019aspect normal de la vie d\u2019un très grand nombre de personnes ».Mais pourquoi, de grâce, M.Sartre a-t-il donc accepté ainsi d\u2019« être absent » à l\u2019Europe?Serait-ce donc que par hasard il n\u2019y resterait plus rien à démolir ou à nier ?AU SERVICE- des LECTEURS LA BIBLIOTHEQUE DU GESÙ VERS LE MILIEU du siècle dernier, les étudiants de la métropole étaient groupés en une association appelée l'Union catholique.Sous les auspices des Pères Jésuites, l\u2019Union fonda pour ses membres une bibliothèque dans un local offert par le Collège Sainte-Marie.Admirablement montée, avec un beau choix de volumes de base, elle accueillait également les hommes de profession libérale de tous âges.Outre les quelque 20,000 volumes, on y trouvait les meilleures revues françaises et anglaises.Les lecteurs venaient nombreux.Or, il y a une quarantaine d\u2019années, le quartier évoluait rapidement; envahi par le commerce, il devenait de moins en moins résidentiel.D\u2019autre part, la vie universitaire s\u2019organisait de mieux en mieux; les jeunes trouvant ailleurs de riches bibliothèques, celle de l\u2019Union catholique cessa de recruter ses membres parmi la jeunesse étudiante.Elle devint une bibliothèque publique: la Bibliothèque du Gesù.Les traités de droit ou de médecine, les volumes qui s\u2019adressaient particulièrement aux étudiants trouvèrent place dans la bibliothèque du Collège Sainte-Marie.Il fallut réorganiser le service de lectures, pour répondre aux désirs des nouveaux abonnés.De 1910 à 1933, la bibliothèque végète, avec environ deux cents lecteurs.Les fondateurs, les animateurs des premiers temps sont disparus; le classement des volumes laisse à désirer; on est à un point mort.En septembre 1933, la bibliothèque se ferme pour être modernisée, les volumes sont classés selon le système international Dewey Cutter.En janvier 1934, elle rouvre ses portes, avec trois bibliothécaires et seulement 120 abonnés.Mais on y voit.Lorsqu\u2019en 1938 la réorganisatrice se retire, elle laisse une œuvre en pleine activité, avec 632 abonnés.Au cours de l\u2019année 1945, on profite de la toilette neuve faite à l\u2019ancienne salle académique du Gesù pour rafraîchir en même temps la Bibliothèque.A la fin de novembre, les 15,000 volumes provisoirement réfugiés au collège reprennent leur local, cette fois dans un pimpant décor et sur des rayons disposés de façon à faciliter la tâche des bibliothécaires.L\u2019on y trouve environ 1,500 romans; les ouvrages religieux, historiques, scientifiques et de sociologie, les biographies et de nombreux récits de voyage complètent la collection.La circulation est d\u2019environ 30,000 volumes par année.Le nombre des abonnés monte sans cesse; ceux-ci se recrutent dans les milieux les plus différents.Les bibliothécaires sont heureuses d\u2019accueillir, entre autres, les jeunes ouvrières du quartier, qui viennent, après la journée de travail, s\u2019approvisionner en bonne lecture.Ces jeunes filles ont souvent à cœur de se cultiver; elles se laissent volontiers diriger vers les ouvrages sérieux à leur portée, et apprécient les conseils éclairés des bibliothécaires.Située en plein centre, desservie par de nombreuses lignes de tramway, la Bibliothèque du Gesù est accessible aux Montréalais de tous les coins.Elle est ouverte six jours par semaine, de deux à sept heures, sauf pendant les vacances, du 15 juillet au 15 août.Le goût de la lecture se répand dans tous les milieux; réjouissons-nous-en et souhaitons un développement toujours plus considérable aux bibliothèques existantes, ainsi qu\u2019une augmentation du nombre des bibliothèques de Montréal et de toute la province.Béatrice Clément.AVRIL 1946 117 DOCUMENTAIRES LE CONSEIL DE L\u2019INSTRUCTION PUBLIQUE Louis C.de LËRY, S.J.IL N\u2019EST PERSONNE, espérons-le, qui ignore les grandes lignes de notre organisation scolaire.La documentation publiée par l'Action catholique, le 14 mars, en page éditoriale, est parfaitement exacte.Notre système est quelque chose d\u2019unique au monde et a suscité maintes admirations: le Conseil de l\u2019Instruction publique avec ses deux comités, catholique et protestant, le Département au service du Conseil \u2014 et, parallèlement, le gouvernement.En 1897, lorsque le gouvernement voulut supprimer le surintendant et le remplacer par un ministre, M.Thomas Chapais, dans un discours de grande enverture, définit les attributions de l\u2019un et de l\u2019autre de ces organismes: « C\u2019est dans la suppression du surintendant et dans son remplacement par un ministre que se trouve le coup fatal porté aux pouvoirs, à la dignité, à l\u2019importance du Conseil de l\u2019Instruction publique.Et pourquoi cela?Pour la raison bien simple que l\u2019article 1886 (13) de la loi actuelle déclare que « dans l\u2019exercice de ses attributions, le surin-« tendant doit se conformer aux instructions qui lui sont « données par le Conseil de l\u2019Instruction publique, ou les « comités catholique et protestant selon le cas » et que les articles 92 et 93 du nouveau bill qui substituent un ministre au surintendant ne reproduisent pas naturellement cette disposition.C\u2019est-à-dire que sous la loi telle qu\u2019elle existe actuellement, c\u2019est bien le surintendant qui est le pouvoir exécutif et administratif en matière d\u2019éducation.C\u2019est bien lui qui est le chef du département, mais sous le contrôle et la direction du Conseil.Actuellement, dans une large mesure, c\u2019est donc le Conseil qui est le corps souverain.Supprimez cette clause 1886 (13), mettez à la place du surintendant un ministre qui, naturellement, je le répète, ne peut pas être soumis à la direction d\u2019un corps quelconque, et la situation du Conseil, de prépondérante, devient secondaire; son influence, d\u2019indiscutable, devient problématique; son autorité, au lieu d\u2019être une autorité légale, devient un simulacre et une chimère.« Qu\u2019on ne vienne plus nous dire après cela: Le Conseil conserve ses attributions; il garde tel privilège; il reste avec tel pouvoir, il a le droit de faire tel règlement; nous ne lui enlevons rien.Non, vous ne lui enlevez presque rien, vraiment! Vous ne lui enlevez que sa suprématie et sa direction générale.Bagatelle! sans doute.Il était un pouvoir, vous en faites un rouage, il était le principal, vous en faites l\u2019accessoire.Il était le supérieur, vous en faites l\u2019inférieur.Il était un corps presque souverain, vous en faites un petit bureau de discipline.Du moment que vous mettez un ministre à la tête du département de l\u2019Instruction publique, ce ministre sera le maître et le Conseil tombera au rang de corps subalterne.» Et M.Chapais termina son éloquent plaidoyer par une péroraison où il développa en maître cette idée: « Fermons à la politique le temple de l\u2019instruction.» Pensée qui avait présidé à la création du Conseil et de la surintendance en 1875.Vingt-cinq ans plus tard, Boucher de la Bruère, dans son livre, le Conseil de V Instruction publique et le Comité catholique (page 187), étudiant la loi de 1875, écrit: « On sait que le surintendant est le chef de son département; comme tel il est revêtu des attributions nécessaires à l\u2019exécution de ses fonctions et on peut dire que pratiquement il possède les pouvoirs d\u2019un ministre.Le département 118 qu\u2019il gère n\u2019est pas, ainsi que quelques-uns le croient, comme une succursale du secrétariat de la province.Il possède une organisation qui lui est propre, avec des fonctionnaires spéciaux, parmi lesquels deux d\u2019entre eux, le secrétaire français (catholique) et le secrétaire anglais (protestant), occupent le rang de sous-ministres.La loi générale dit bien que ce département relève du secrétariat, mais en ce sens que le surintendant, n\u2019étant pas membre du conseil exécutif et n\u2019y ayant pas de siège, a besoin d\u2019un intermédiaire entre les ministres et lui-même pour transmettre ses recommandations au lieutenant-gouverneur en conseil.Cet intermédiaire est le secrétaire de la province qui, par la loi, a charge de la correspondance du gouvernement.« .De plus, pour assurer l\u2019indépendance du surintendant contre l\u2019ingérence politique, la loi stipule expressément que ce fonctionnaire est tenu, dans l\u2019exercice de ses fonctions, de se conformer non pas aux instructions du secrétaire de la province, mais à celles qu\u2019il reçoit de l\u2019un ou de l\u2019autre des deux comités du Conseil de l\u2019Instruction publique.» En raison de cette situation exceptionnelle du surintendant, le premier ministre, M.Marchand, disait en 1897, pour tenter de légitimer la suppression de la surintendance: « Mettons au poste de surintendant un homme aux idées avancées et aux tendances radicales, cet homme sera plus en état de produire du mal qu\u2019un ministre responsable aux Chambres.» L\u2019orateur oubliait, pour bâtir un argument spécieux, le rôle du surintendant d\u2019après la loi.Que le Conseil garde son rôle de chef, et il n\u2019y a aucun danger que le surintendant, qui n\u2019a qu\u2019à suivre ses directions, fasse prévaloir des idées radicales, à moins de supposer, par hypothèse chimérique, que le Conseil, tel que constitué, puisse être lui-même imbu de ces idées radicales.Cette législation de 1875 ne s\u2019était pas faite en un jour.Après toute une histoire de luttes fort tristes, une loi scolaire (1846) forma la base de notre législation actuelle: par l\u2019organisation de municipalités et de corporations scolaires, cette loi créa les cadres; par la concession du droit de dissidence, elle consacra le principe de la confessionnalité.En 1856, après dix ans d\u2019expérience des premières luttes de parti, on créa un Conseil d\u2019instruction, pour atténuer les effets de la partisanerie et de luttes idéologiques autour de l\u2019éducation.Vingt ans de nouvelles expériences et d\u2019essais \u2014 avec alternance d\u2019un ministère de l\u2019Instruction publique et d\u2019une surintendance \u2014 préparaient la législation de 1875, qui nous régit encore et que nous venons de définir dans ses grandes lignes.Elle a pour but de conserver notre éducation parfaitement catholique et française tout en la perfectionnant sans cesse; et cela, en la plaçant en dehors de la politique, des luttes d\u2019intérêts particuliers et des idéologies transitoires.En 1875, tout l\u2019enseignement public se trouve régi par la loi de l\u2019Instruction publique.Comme cette loi confère tout pouvoir au surintendant et subordonne celui-ci au Conseil, toute question d\u2019éducation relève désormais d\u2019abord du Conseil, de par la volonté même du législateur.Selon la lettre et l\u2019esprit de la loi de 1875, aucune législation scolaire n\u2019est présentée aux Chambres sans avoir été élaborée ou approuvée par le Conseil de l\u2019Instruction publique.Le Conseil \u2014 ou ses comités \u2014 constitue donc le seul corps légal qui puisse préparer ou approuver une législation scolaire.L\u2019Eglise est représentée au Comité catholique, les RELATIONS** VCUS PLAIT, % % évêques en faisant partie d\u2019office.Les parents s\u2019y trouvent représentés par un nombre de laïques égal à celui des évêques.L\u2019État lui-même y est représenté, car ces laïques sont nommés par lui.Église, parents, État sont diversement intéressés à l\u2019Instruction publique.Si l\u2019État, par sa législation, ne respecte pas les droits des parents ou de l\u2019Église, évêques et parents gardent leur droit naturel, démocratique et constitutionnel de protester.Ils pourront exercer ce droit de bien des façons: par pétition individuelle ou collective, par la voix d\u2019associations ou de journaux, qui remueront l\u2019opinion publique et exerceront une salutaire pression sur leurs représentants politiques.Spécialement, les représentations personnelles ou collectives des évêques empruntent une grande force à leur haute autorité morale.L\u2019exercice toutefois de ces droits n\u2019engage pas le Conseil, pas plus qu\u2019il ne supplée à l\u2019absence de résolutions de ce Conseil, dont les membres représentent officiellement les parents, l\u2019Église et même l\u2019État.C\u2019est dire que le moyen constitutionnel le plus puissant pour l\u2019Église et les parents de faire connaître leurs volontés, c\u2019est le Conseil et ses comités.La lettre et l\u2019esprit de la loi de 1875 et peut-être plus encore la jurisprudence confirment d\u2019une façon inattaquable les devoirs respectifs du gouvernement et du Conseil en matière de législation scolaire.Les rapports du Comité catholique nous révèlent que presque chaque année, depuis sa fondation, le Comité étudie et approuve lui-même les modifications de la loi.A diverses reprises, certains gouvernements tentent de passer outre, mais chaque fois, loin d\u2019établir un précédent, pressé par l\u2019opinion, il fait machine arrière et sanctionne avec éclat les pouvoirs du Conseil.Tels furent les cas de 1883, 1895 et 1928, dont le lecteur trouvera les circonstances dans Boucher de la Bruère et les Rapports du Comité catholique.En 1914, à la suite d\u2019une enquête du fédéral sur la préparation technique des ouvriers, le gouvernement provincial fait voter par les Chambres, sans la soumettre au Conseil, une loi des écoles techniques, par laquelle il confie plus particulièrement à quelques écoles l\u2019initiation manuelle et technique.On ne rencontre, à notre connaissance, dans les rapports des séances du Comité catholique, aucun écho ni de l\u2019établissement de ces écoles en marge du système scolaire régulier, ni de la loi qui leur reconnaît une existence légale.Originairement confiées à des corporations autonomes, ces écoles techniques, quoique soutenues entièrement par les deniers publics, s\u2019apparentaient quelque peu, en apparence du moins, à l\u2019enseignement privé.Par ailleurs, elles ne constituaient alors que quatre cas isolés, qui demeureront pratiquement tels jusqu\u2019en 1939.Les préoccupations de guerre qui prévalaient en 1914, et peut-être aussi le désir du Comité de ne pas occasionner de luttes ou de conflits politiques en pareilles circonstances, expliquent son silence.Devant le petit nombre de cas en cause, il réservait, semble-t-il, son intervention, pour un moment plus opportun.De 1914 à 1936, l\u2019existence d\u2019un enseignement spécialisé en marge du système scolaire régulier n\u2019avait jamais reçu l\u2019approbation du Conseil de l\u2019Instruction publique.A la séance de septembre 1936, recevant la visite du premier ministre et du secrétaire de la province, les membres du Conseil, par la voix de S.Ém.le cardinal Villeneuve, proclament à nouveau toute l\u2019économie de l\u2019organisation scolaire et réclament le redressement de diverses situations.Pour demeurer dans la pensée politique et sociale qui a présidé à l\u2019institution du Conseil de l\u2019Instruction publique, il nous semble que les privilèges et pouvoirs originels du surintendant devraient lui être reconnus en toute liberté et plénitude.DASSEZ-LE À VCS Il nous semble qu\u2019aucune loi scolaire ne devrait être présentée à l\u2019Assemblée législative sans avoir été soumise au préalable au Conseil de l\u2019Instruction publique.Bien plus: que notre Conseil devrait avoir (sauf les légitimes privilèges) juridiction sur tout renseignement à ses divers degrés et dans ses diverses formes : universitaire, secondaire et primaire, professionnel, technique, agricole, esthétique, ménager, etc.Le Conseil de l\u2019Instruction publique n\u2019avait donc jamais renoncé à voir l\u2019enseignement spécialisé reprendre sa place sous la juridiction du Conseil et de son département.La réponse du premier ministre à cette occasion présente une nouvelle et entière reconnaissance officielle des droits du Conseil.« Nous sommes prêts à accepter toutes vos suggestions, déclare-t-il.Nous voulons que vous ne soyez pas seulement un comité consultatif et délibérant, mais un comité actif.Nous sollicitons vos conseils.» L\u2019application concrète de cette magnifique déclaration était chose plus difficile.Depuis 1930, une loi renouvelée chaque année prévoyait l\u2019aide aux chômeurs par des secours directs, à même les finances fédérales et provinciales.Modifiée en 1938, cette loi prend le titre de Loi de P Aide à la jeunesse.La loi prévoyait que, par entente avec le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial dépenserait une somme d\u2019un million aux fins de « venir en aide dans toute la mesure du possible à la jeunesse en facilitant l\u2019ouverture de carrières nouvelles et en contribuant à sa formation et à son orientation professionnelle pour lui permettre d\u2019occuper la place qui lui appartient dans les domaines agricole, industriel et commercial.» Les articles de cette loi (2 George VI, chap.5) ne parlent nullement d\u2019écoles ni d\u2019éducation.Ils ne font que permettre au lieutenant-gouverneur en conseil d\u2019autoriser le ministre des Affaires municipales à conclure avec toute personne, société, corporation, institution, gouvernement, des conventions, sans en établir le but.Seul, un des attendus peut laisser soupçonner la portée de la loi.En effet, selon une coutume regrettable, devenue depuis très chère au gouvernement fédéral, tous les détails d\u2019application de cette loi devaient être contenus dans une cédule qui ne figure pas dans les statuts.C\u2019est en vertu de cette loi que dès l\u2019année suivante, à même un budget porté à 2 millions, furent multipliées de nouvelles écoles d\u2019arts et métiers et des centres d\u2019initiation artisanale, etc.Survint la guerre; et la grande raison mise de l\u2019avant pour justifier la création et la multiplication de ces écoles en marge du système régulier fut « l\u2019urgence de guerre ».En 1941, le gouvernement fit voter par les Chambres, sans la soumettre au Conseil de l\u2019Instruction publique, la loi de l\u2019enseignement spécialisé.Cette loi scolaire, supprimait les corporations autonomes des écoles techniques et réunissait en un « système d\u2019enseignement public spécialisé » les écoles techniques, d\u2019arts et métiers, et les centres d\u2019initiation artisanale, créés au cours des années précédentes sans législation spéciale.La loi de 1941 créait de plus un « Conseil supérieur de l\u2019enseignement technique » et lui conférait, ainsi qu\u2019au secrétaire de la province, par rapport à l\u2019enseignement spécialisé, un rôle qui normalement appartient au Conseil de l\u2019Instruction publique et à son surintendant.Comment expliquer que le Conseil de l\u2019Instruction publique n\u2019ait point aussitôt protesté contre pareille législation ?Ses membres étaient préoccupés par les graves problèmes religieux, moraux et sociaux résultant de la guerre.Son attention était détournée par la question de la fréquentation obligatoire, de la gratuité et de l\u2019uniformité des manuels, et autres questions du genre, sans oublier la refonte des programmes.Surtout, une autre législation dite de protection 1$ ! 119 de l\u2019enfance, faisant suite- à une grande enquête, requérait à ce moment même l\u2019intervention de l\u2019épiscopat.En effet, le gouvernement, par cette dernière législation, s\u2019arrogeait des pouvoirs nouveaux, empiétant même sur l\u2019autonomie des institutions d\u2019initiative privée et entendait s\u2019occuper seul de l\u2019éducation de la jeunesse pauvre et abandonnée, même aux âges où elle doit recevoir l\u2019instruction primaire.Il créait aussi dans cet autre secteur, un « Conseil de protection de l\u2019enfance » neutre.Si le Conseil de l\u2019Instruction publique n\u2019intervint pas comme corps, en ces diverses circonstances, c\u2019est sans doute qu\u2019il ne jugea pas le moment opportun.Il connaissait en effet l\u2019orientation générale de la politique en matière scolaire et les circonstances spéciales dans lesquelles il avait lui-même à discuter ces questions.L\u2019allure de certain membre influent du Parlement, comme de certaine presse, faisait craindre une stérile lutte politique, dommageable en temps de guerre à l\u2019élément canadien-français comme à la nation.L\u2019épiscopat, cependant, intervint à titre privé, soutenu par l\u2019opinion publique, et obtint la non-application de la loi dite de protection de l\u2019enfance.En 1943, après le vote sur la question de la fréquentation obligatoire, le Comité, cette fois, exprimait de nouveau, par l\u2019entremise de Son Éminence, la nécessité de ramener tout l\u2019enseignement spécialisé sous la juridiction de droit et de fait du Conseil de l\u2019Instruction publique et de son département.Survint en 1944 un changement de gouvernement.Par l\u2019étude des rapports du Comité catholique, la rencontre de ses principaux membres et du personnel des divers enseignements, le secrétaire de la province, prenant connaissance des désirs du Conseil et des besoins de notre système scolaire, prépara un projet de législation répondant en tous points aux désirs exprimés à plusieurs reprises depuis 1936 par le Comité catholique.Au cours de cette même année 1945, aux séances de février et de mai, les projets scolaires préparés par le gouvernement furent soumis de façon régulière au Conseil de l\u2019Instruction publique qui, les ayant référés à sa commission permanente de législation, les étudia, les amendant légèrement, puis les approuvant.Par suite sans doute du surcroît de travail à l\u2019occasion d\u2019une première session de cette nouvelle Législature, les projets de loi ainsi approuvés par le Conseil de l\u2019Instruction publique ne furent pas présentés à la Chambre en 1945.Dès cette session, cependant, une loi dite de l\u2019Aide à l\u2019apprentissage, et d\u2019une portée scolaire considérable, parut en Chambre à l\u2019improviste et sans avoir été soumise au Conseil de l\u2019Instruction publique.A défaut d\u2019une réunion du Conseil et vu l\u2019urgence, \u2014 la loi se trouvant déjà devant les Chambres, \u2014 des interventions ont lieu qui obtiennent des modifications substantielles et une réimpression du bill après sa première lecture, et y font introduire à la hâte un article qui sauvegarde au moins théoriquement et en partie le principe de la juridiction du Conseil sur tout l\u2019enseignement public.En 1946, à la surprise générale, un bill de portée scolaire des plus considérables est présenté à l\u2019Assemblée législative sans avoir aucunement été soumis au Conseil de l\u2019Instruction publique.Cette législation donne à la question scolaire une orientation diamétralement opposée à celle demandée à plusieurs reprises par le Conseil, et contraire à celle qui fut approuvée au cours de l\u2019année précédente quant à renseignement spécialisé.Ce projet de loi, par ailleurs, ne tient aucun compte de l\u2019intervention de l\u2019épiscopat et de l\u2019opinion publique dans la question de la protection de l\u2019enfance.Par ailleurs, le bill sanctionne d\u2019une façon définitive l\u2019organisation d\u2019un ministère de l\u2019Instruction publique spé- 120 cialisée, avec un conseil supérieur neutre.Il soustrait près de la moitié du cours primaire, tel que reconnu partout en Amérique, à la juridiction du Conseil de l\u2019Instruction publique, et bientôt près de la moitié de la population scolaire.Il réserve à l\u2019État le soin de la protection de l\u2019enfance abandonnée sans aucune garantie pour l\u2019Église, puisqu\u2019il ne lui concède qu\u2019un droit de regard dans la préparation des « programmes d\u2019étude » et que ceux-ci ne s\u2019appliquent pas aux moins de six ans.Par ce bill 18, la province se trouve donc non seulement en face de l\u2019introduction en Chambre d\u2019une législation non soumise au Conseil de l\u2019Instruction publique, mais en face d\u2019un refus pratique de l\u2019État d\u2019accepter en éducation les vues du Conseil de l\u2019Instruction publique.Le Conseil a le droit d\u2019approuver et de suggérer les lois scolaires.De ce droit, il avait usé à maintes reprises depuis 1875 et d\u2019une façon particulière depuis 1936, soit par résolution officielle, soit par intervention de l\u2019épiscopat.Il avait approuvé, enfin, les projets scolaires du gouvernement que celui-ci lui avait soumis en février et mai 1945.Nous nous trouvons, d\u2019une part, en face d\u2019une approbation officielle par le Conseil d\u2019une législation clairement proposée.D\u2019autre part, le gouvernement actuel nous met en face d\u2019une législation contraire qui n\u2019a pas pour la soutenir l'approbation du Conseil.Le gouvernement avoue que les évêques (non comme délégués du Conseil, mais de l\u2019épiscopat) ont proposé des modifications pour diminuer les conséquences du bill 18 et promet des amendements substantiels.Par sa législation préparée à l\u2019insu du Conseil de l\u2019Instruction publique, le gouvernement veut-il mettre les évêques en contradiction avec eux-mêmes ou avec le Conseil, ou nous faire croire qu\u2019ils le sont ?Le bill 18, s\u2019il passe sans accorder ce que le Conseil n\u2019a cessé de réclamer surtout depuis 1936, est de nature à diminuer le prestige du Comité catholique, et constitue un précédent unique dans notre histoire depuis soixante-quinze ans.On ne saurait exagérer l\u2019importance de cette mesure pour l\u2019avenir de notre éducation.Les successeurs de Boucher de Boucherville, qui inaugura notre forme actuelle d\u2019organisation scolaire en 1875, entendent-ils donner une nouvelle orientation qui contredira les principes qui furent notre sauvegarde pendant trois quarts de siècle?Jalousement défendus d\u2019un élan unanime par toute la province, ces principes furent toujours respectés par tous les gouvernements précédents, même en des circonstances analogues.Nous devons, cependant, noter que la crise actuelle est l\u2019aboutissement normal des nombreux empiétements survenus au cours des neuf dernières années.De plus, l\u2019imbroglio actuel n\u2019eût probablement pas eu lieu, si les approbations officielles du Comité catholique de mai 1945 et le projet lui-même avaient été publiés, comme il se devait, dans les Rapports des séances du Comité catholique et si le département, par son service, avait dès l\u2019an dernier donné à l\u2019action du Comité catholique, en matière si importante, la publicité normale.L\u2019opinion s\u2019est émue de par la province.Le droit de pétition s\u2019exerce de partout, quoique ralenti depuis la démarche publique rassurante de l\u2019épiscopat et l\u2019arrêt de progression du bill devant la Chambre.La population attend non pas quelques amendements, mais la réalisation entière des réclamations légitimes et constantes du Comité catholique pour la direction et l\u2019administration de tout l\u2019enseignement public par le Conseil de l\u2019Instruction publique et son département.Sous une forme déguisée, c\u2019est la crise de 1897 qui se répète.On voulait alors remplacer le surintendant par un ministre de l\u2019Instruction publique; on veut aujourd\u2019hui con- RELATIONS \\ fier la moitié de notre enseignement à un ministre et non au surintendant.Que l\u2019on ne dise pas: Nous ne touchons pas au Conseil de l\u2019Instruction publique; bien plus, nous lui donnons droit de regard sur cet enseignement spécialisé.Le Conseil a toujours eu et garde droit souverain sur tout l\u2019enseignement public, même si malgré lui, depuis 1914, il ne l\u2019exerçait pas sur certaines écoles.Par ailleurs, le Conseil n\u2019est souverain qu\u2019en donnant ses instructions à son surin- tendant.Confiez à-un ministre la moitié de l\u2019enseignement public, même avec certain droit de regard pour le Conseil, et vous consacrez juridiquement la déchéance de celui-ci, au moins pour cette partie de l\u2019enseignement.Au lieu d\u2019être le corps qui a droit de dicter ses volontés à un surintendant, il devient le corps qu\u2019on veut bien consulter, mais qui ne dirige plus.Il est de droit souverain, vous en faites l\u2019accessoire.Nous croyons que, cela, c\u2019est toucher au Conseil.CHANGHAï - SAN-FRANCISCO - MONTRÉAL L'automne dernier, trois Frères jésuites canadiens, les FF.Pesant, Fontaine et Phoenix, revenaient de Chine malades, se faire traiter au pays.Le F.Pesant griffonna des notes qui intéresseront, en particulier sur l'accueil aux États-Unis.PLUIE BATTANTE, et tristesse de quitter les compagnons; mais il ne faut pas d\u2019éclopés dans la mission, surtout présentement.Nous reviendrons.Le docteur Lou a la gentillesse de nous combler de bibelots-souvenirs pour nos amis du Canada.Le navire-hôpital est un cargo réaménagé.Pas d\u2019air conditionné.Chaleur d\u2019étuve, lits tassés, à deux étages, parfois trois.On fait la queue à la cuisine, armé d\u2019une assiette de métal divisée comme un moule à gâteaux.Ration exquise et abondante.Parfois il faut attendre une heure et plus, mais.Nous sommes plus de huit cents à bord.C\u2019est effrayant comme les rescapés mangent! Amaigris et ahuris, leurs yeux brillent de se voir libres, en route vers le pays.Nous apercevons quantité de navires américains, plus de trois cents, dit-on.Un destroyer nous précède en cas de mines; il traîne un câble d\u2019acier muni de flotteurs.A la messe de 4 heures de l\u2019après-midi, j\u2019ai failli être converti par une bonne Sœur franciscaine.Comme il y a messe et service à la même heure, je me suis trompé de pont et d\u2019office.L\u2019autel était à peu près comme chez nous.Le ministre prêchait en aube.Le sermon, sur l\u2019entrée de Jésus à Jérusalem, me fait douter: parlant de la sainte Vierge, le prédicateur dit simplement: H is humble mother.L\u2019assistance ne compte aucune figure connue: ni pères, ni frères, ni sœurs.Je me retire à l\u2019anglaise et gagne le pont de chez nous.Une bonne sœur qui me voit changer me présente un livre qui donne l\u2019explication du rite catholique.Après la messe, croyant avoir attrapé un gros poisson, elle me passe un feuillet sur la récitation du rosaire.J\u2019aurais voulu voir sa binette le lendemain, quand elle me vit servir la messe comme un bon enfant de chœur.Elle m\u2019attendit pour s\u2019excuser.En apprenant que j\u2019étais frère, elle feignit une syncope! Je la rassurai: « Continuez votre zèle, ma Sœur, on ne sait jamais.» Belle assistance à la messe du dimanche, notre médecin au premier rang avec sa garde-malade.Ce qui nous surprend, c\u2019est que la gent féminine la plus évaporée avec les matelots est catholique; on perd un peu la face.Okinawa est le cimetière de 22,000 Américains et de 200,000 Japonais.Sur la côte, débris de toutes sortes, barges tordues, chars d\u2019assaut, jeeps, niveleuses, carcasses de navires.On a le cœur serré de voir tant de destruction.La baie loge plus de mille bateaux de guerre; la côte et les montagnes sont dénudées.Grand aéroport d\u2019avions qui arrivent et qui partent continuellement.Sur les routes neuves, les jeeps semblent des coquerelles.Explosions par-ci par-là: des groupes de tireurs japonais sont cachés dans les grottes; on est à faire le grand nettoyage.Guam est plus réjouissant à l\u2019œil; baie magnifique, remplie de bateaux, de sous-marins, de porte-avions; ceux qui diront que les Américains n\u2019avaient plus de flotte, qu\u2019ils viennent voir! Le plus grand aéroport du monde est là, dit-on: quatre cents B-29 y atterrissent aisément, plus une nuée d\u2019autres oiseaux de moindre envergure.Cela décolle et recolle à tout moment: c\u2019est une vraie pigeonnière.C\u2019est incroyable, le nombre de machineries activées par les fameux Seabees (100,000)! Ils ont fait disparaître une montagne de corail pour construire devant la baie un brise-lames de huit milles de longueur où passeront quatre camions de front, à dix pieds au-dessus de la marée haute.Les routes se font comme par enchantement, et une ville en quelques jours, grâce aux bâtiments demi-cylindriques arrivant tout faits: on n\u2019a qu\u2019à les assembler.Le curé indigène vient nous saluer: 99% de la population (32,000) sont catholiques, de sang malais, espagnol et japonais.Braves gens et intelligents, qui préfèrent les Américains aux Japs.Le F.Fontaine tombe malade: 103° de fièvre.Il se plaint de son épaule (déjà fracassée d\u2019une balle japonaise).On y découvre un abcès: pénicilline.Service gratuit et courtois.Mais l\u2019épaule enfle, et le frère ne peut rien voir des beautés de Pearl-Harbor.Les médecins se consultent, radiographient et injectent de la pénicilline pour une valeur de $5,600 au détail, paraît-il.J\u2019ai ouvert des yeux, puis interprété cela au frère, en ajoutant d\u2019un son solennel: « Faites bien attention à votre squelette, mon ami! Vous avez une fortune dans le corps! » Ça le laisse indifférent.Le médecin me confie qu\u2019une opération s\u2019impose, et il fait préparer une place à l\u2019hôpital militaire de San-Francisco pour dans trois jours, free of charge évidemment.Le 22 octobre, un bateau côtier vient au-devant de nous, chargé de show girls, souhaiter la bienvenue: elles chantent, dansent et envoient des millions de baisers en l\u2019air.Nous passons la Porte d\u2019Or, et des soldats blessés pleurent à chaudes larmes en revoyant leur patrie.Au quai, plusieurs jésuites nous reçoivent, nous amènent à l\u2019Université, s\u2019informent de tous et de tout: on se sent chez soi, en famille.Visite chez le consul canadien, M.McCordick, qui parle un français impeccable.Ici l\u2019on n\u2019a pas l\u2019impression de la guerre: ça se promène, ça dépense; les restaurants sont bondés;\u2014et l\u2019on se plaint des restrictions! S\u2019ils avaient connu l\u2019Orient!.Un frère nous conduit dans la vallée de Santa-Clara, voir les propriétés léguées aux Pères par des millionnaires, pas tous catholiques.Les arbres fruitiers sont plantés en ligne par des experts du gouvernement: une balle frôlerait tous les arbres dans tous les sens.Pas de clôture dans ces vergers.La rangée de bordure est destinée aux touristes, qui ne cueillent même pas la moitié des fruits.Nous sommes au temps des noix et du gros raisin noir.Par endroits, nous roulons sur un matelas d\u2019amandes; les écureuils ne fournissent pas.Un petit avion atterrit sur une route de traverse: le pilote va se chercher des grappes de raisin noir et une poignée de noix, puis il repart.Au scolasticat, un jeune m\u2019interpelle en excellent français: Canadien, qui fait sa théologie, se perfectionne en an- AVRIL 1946 121 glais et apprend le rite russe.Deux Canadiennes aussi chez les Petites Sœurs des Pauvres.Le F.Fontaine, revenu de l\u2019hôpital et installé dans une clinique, est soigné par une bonne vieille garde-malade qui le prend en affection et le bourre de bonnes choses.Elle ne parle pas français, mais, chose curieuse, il et elle se comprennent très bien.En ville, je rencontre un padre à la figure joviale que j\u2019interroge sur la route à suivre, et qui m\u2019interroge: « Vous êtes étranger?Où allez-vous?D\u2019où venez-vous?Concentré?Civil ?\u2014 Frère jésuite, de Changhaï à Montréal, avec deux compagnons.\u2014 Bien, venez me voir.Je vous enverrai en avion jusqu\u2019à New-York, j\u2019ai de bons amis à l\u2019aéroport.\u2014 Mais, Père, on n\u2019est pas millionnaire, vous savez.\u2014 Qu\u2019importe! restez calme.Ne vous en faites pas.Ce sera pour rien.\u2014 A ces conditions-là, on pourrait peut-être s\u2019arranger! » Il me passe sa carte.Je passe la bonne nouvelle aux compagnons.Je repasse chez le Père, qui a déjà tout réglé: « Vous partirez par avion avec vos amis, non par cargoplane, mais en pullman, àvec les officiers.Allez chercher compagnons et bagages.J\u2019enverrai les sacs à Montréal.\t\u2014 Mais je n\u2019ai ni priorité ni billet.\u2014 Ne t\u2019en fais pas; si tu es pris par la police, dis simplement que tu voyages pour moi.Je suis connu.» Quand nous revenons tous trois, le Père nous trouve sans doute chinoisement dépenaillés.Il nous donne un billet pour la Croix-Rouge américaine, qui nous habille de la tête aux pieds: une valeur de $300 chacun.A l\u2019hôpital militaire d\u2019Oakland, inspection médicale; ça va assez bien, mais l\u2019estomac! Il faut sûrement une opération.« C\u2019est pour cela que je suis rapatrié.\u2014 Si vous voulez, on peut tout arranger ici.Salles d\u2019opérations, chirurgiens, rien de mieux en Amérique.\u2014 Mais, docteur, je ne suis pas sujet américain.\u2014 Never mind ! vous êtes ici, ça suffit.D\u2019ailleurs, vous serez Américain avant cinq ans.Tout est gratuit: un million de plus ou de moins pour l\u2019armée, qu\u2019est-ce que c\u2019est.» J\u2019avais une envie folle de me faire travailler là.Pas mes compagnons.J\u2019ai expliqué au docteur en le remerciant.Il nous donne le certificat et un indulgent Faites comme vous voudrez.Un Père irlandais de Corée arrive par avion; torturé à ce que peut l\u2019être un homme; pas grand comme la main sans cicatrice.On a torturé et tué sept cent cinquante chrétiens pour les faire parler contre lui: on le prenait pour un espion.Il est dans un état lamentable: on l\u2019a pourtant soigné.Il a raconté son histoire aux soldats et matelots de Guam.Pris de pitié, les braves gens passèrent le chapeau et lui remirent $500.D\u2019ici on le transportera en Irlande par avion, gratis.On ne fait pas les choses à moitié.La Toussaint au matin, une auto de la marine nous conduit à l\u2019aéroport; un gros Boeing réchauffe ses moteurs.Nous décollons et prenons l\u2019air sans presque nous en apercevoir.Quel spectacle au-dessus de la mer, des montagnes, des glaciers, puis d\u2019Hollywood, sans voir la moindre étoile! C\u2019est au-dessus des nuages blancs dorés de soleil que c\u2019est le plus beau.Arrêts pour goûter: Los Angeles, San-Diego, Phœnix.Le haut-parleur nous prévient d\u2019une tempête de neige: ça va brasser et danser.Nous attachons nos ceintures.Le F.Fontaine a les yeux brillants comme un vison; il se tire le pinceau.Le F.Phœnix a des crampes d\u2019estomac, qu\u2019il en est tout blême et assez défrisé.L\u2019hôtesse le ponce et va dire un mot au pilote.Résultat: à Columbus, une ambulance engouffre le malade et l\u2019emporte on ne sait où.Je dis à l\u2019autre: « Encore un de parti! ne lâchez pas la queue de mon paletot, car si on se disperse comme ça, on ne se retrouvera plus! Avec ça que vous ne parlez pas anglais.» Un station-wagon nous mène à l\u2019hôtel, pendant qu\u2019on retape le moteur et retarde le départ.Un gros nègre indique nos chambres et nous offre un cocktail avant le coucher.\u2014 Merci, nous préférons une douche.Ça va, et nous dormons comme des princes, sur de vrais matelas.Le matin nous retourne au champ d\u2019aviation.Ne voyant pas arriver le F.Phœnix, je m\u2019inquiète; je m\u2019informe à la demoiselle, qui me débrouille vite: « Il doit être à l\u2019hôpital de la marine; je vais appeler.» Notre homme vient de quitter, pour nous joindre.Justement il arrive, souriant comme une rose.A 11 heures, l\u2019avion se conduit encore mal; on le change pour un semblable qui se conduit en monsieur.Deux pilotes assis côte à côte, les écouteurs aux oreilles, jasent, lisent, fument.L\u2019un examine de temps à autre les robots, cadrans, compas et fait jouer la T.S.F.Les officiers sont charmants; ils s\u2019informent de nos aventures et racontent les leurs.L\u2019un a bombardé Changhaï plusieurs fois.Je lui dis en badinant: « C\u2019est donc ça! On a failli attraper vos bombes sur la tête! \u2014 No, Sir ! protesta-t-il.Voici une carte des camps de concentration, et votre Zikawei très net dans un cercle rouge.Vous voyez que nous étions biefi renseignés.» A New-York, un gros bonhomme vient s\u2019informer si nous sommes les trois missionnaires de Chine.« Bien, le secrétaire de Mgr Spellman m\u2019a dit de vous conduire à l\u2019Université Fordham.» Vingt-sept milles, et nous y sommes, et nous y trouvons plusieurs Pères des Philippines très aimaigris et, plusieurs, les nerfs détraqués.En visitant la ville, nous passons remercier le secrétaire de Mgr Spellman pour ses bontés.Son Excellence arrivait justement.Nous nous présentons; il nous fait entrer dans son bureau, et cause un bon dix minutes, s\u2019informant des missions, s\u2019excusant de n\u2019être pas venu à Changhaï, faute de temps: la Corée l\u2019avait dérangé.Monseigneur a été charmant, très simple, pas du tout gênant.Je dois revenir par le Manitoba, donner des nouvelles aux parents de nos missionnaires.A Chicago, Mme Côté, 86 ans, est encore alerte.Inutile de dire qu\u2019on a parlé surtout de son Édouard, qui doit bien la croire morte; mais elle espère vivre assez pour le revoir.Elle a eu bien peur pour son cher petit: « Oh! que j\u2019ai prié pour lui! \u2014 Voyons, madame Côté, tout de même! Vous oubliez que les bombes ne lui étaient pas toutes destinées.Il y a 500,000,000 de Célestes à tuer avant lui, et il y a bien de la place à côté du bon P.Édouard, qui est pas bien gros, vous savez.\u2014 Ah ! Frère, vous ne comprenez pas le cœur d\u2019une mère.» Je m\u2019en suis bien rendu compte aussi chez la maman du P.Laflèche: une bonne maman de 84 ans, joliment vigoureuse, qui a les mêmes craintes, les mêmes questions et les mêmes réponses.A Sudbury, il faut parler à la radio française; pas de ci ni de ça, il faut y aller.Il ne faut pas mettre la lampe sous le boisseau; je dois avoir une voix splendide pour la radio, et de quoi dire! On y va; puis à Capréol, chez les Bérubé.A tous les trois milles, il faut arrêter saluer la sœur, le frère, des neveux et des nièces à la douzaine.Ce qu\u2019il y en a des Bérubé dans ce coin-là.On soupe chez la bonne maman, qui ne finissait plus de faire cuire trop de choses.« Allons, madame Bérubé, asseyez-vous; parlons de votre P.Arthur.\u2014 Oh! ça ne me dérange pas; je parle aussi bien en travaillant.» C\u2019était vrai.Le papa manquait, absent à chasser l\u2019orignal, le chanceux! A Vemer, chez les Raymond.Comme j\u2019ai servi la première messe de leur fiston, on me gratifie d\u2019un de ces banquets.Mon pauvre estomac! M.le curé et M.le vicaire sont venus aux nouvelles.Mon tour de charité se termine dans la famille du regretté P.Ricard, mort à Changhaï.Enfin, c\u2019est Montréal, avec l\u2019espoir de guérir et de retourner au beau travail, avec nos martyrs de la misère féconde.122 RELATIONS HORIZON INTERNATIONAL U.R.S.S.\tT\\ÊMOCRAT ÎE.Le 10 février 1946, F Union ^ soviétique alla aux urnes.Le bloc des communistes et des sans-parti triompha avec d\u2019autant plus d\u2019éclat qu\u2019il n\u2019y eut pas d\u2019opposition.Il ne pouvait pas y avoir d\u2019opposition, au moins suivant la doctrine soviétique, puisqu\u2019il n\u2019y a pas de conflits d\u2019intérêts ou de personnes en U.R.S.S.Il n\u2019y a pas de minorités puisque tout le monde constitue une grande famille.C\u2019est pourquoi, pensent officiellement les soviétiques, leur démocratie est la plus parfaite de tout l\u2019univers.Dans les autres pays, plusieurs partis se disputent la faveur populaire et les élus ne représentent que la majorité, au détriment de la minorité.Les députés soviétiques, par contre, sont les mandataires de tout le monde, puisque la liste électorale unique représente, disent-ils, les intérêts de tous.Ainsi, comme le système soviétique économique et social, le système soviétique électoral est le plus parfait qui ait été découvert sous le soleil.Mais alors, s\u2019il y a une telle unanimité, pourquoi des élections?Une élection suppose un choix entre deux ou plusieurs programmes ou candidats! Ou encore, s\u2019il y a des élections, pourquoi s\u2019en occuper, puisque le résultat est automatiquement assuré?Pourtant, le Gouvernement soviétique et le parti communiste d\u2019U.R.S.S.ont donné une importance colossale à ces élections.Durant trois mois, les journaux leur consacrèrent la plupart de leurs colonnes.On distribua une quantité à peu près illimitée de tracts, de brochures, de portraits, de journaux muraux et d\u2019affiches.Les assemblées furent innombrables.En vérité, il s\u2019agissait moins de véritables élections, comme nous les comprenons, que d\u2019un fantastique revival, dont le but fut de réimprimer dans les esprits les thèses fondamentales de l\u2019orthodoxie soviétique, chauffer à blanc le patriotisme et l\u2019unité nationale, faire l\u2019union des cœurs et des âmes autour du parti communiste et de son chef, créer un nouvel élan pour le travail et l\u2019abnégation.L\u2019importance psychologique de cette longue et ardente campagne de prédications et d\u2019enthousiasmes collectifs doit être appréciée à sa valeur.Si les soviétiques ne pouvaient voter que pour la seule liste électorale qu\u2019on mettait sous leurs yeux, il était important de les convaincre que cette liste était quelque chose de merveilleux, que le système soviétique était incomparable.A cela tendirent toutes les énergies de l\u2019agitation et de la propagande.Qu\u2019on s\u2019imagine une colossale retraite paroissiale s\u2019étendant à toute l\u2019étendue du pays, et appuyée par toutes les forces de la nation.Les préparatifs immédiats commencèrent dès novembre, quand on forma les commissions électorales.Le but final était d\u2019élire, par suffrage direct, les 1,287 députés du Parlement soviétique : le Soviet de l\u2019Union, et le Soviet des Nationalités.Le Soviet de l\u2019Union a 656 députés, un par 300,000 habitants.Le Soviet des Nationalités en a 631, à raison de 25 députés pour chacune des Républiques de l\u2019Union, 11 députés pour chaque république autonome, 5 députés pour chaque région autonome, et un député pour chaque district autonome.On commença par créer 140,000 bureaux de votation, et 1,287 commissions de district.Cela faisait environ un million d\u2019employés électoraux.Donc, il fallut d\u2019abord organiser le choix des « hommes de confiance » qui composeraient ces commissions.Ceux-ci étaient les vrais organisateurs électoraux, les prédicateurs du revival.La tâche suivante fut d\u2019établir la liaison entre ces diverses localités et le bureau central.En novembre et décembre, 20,000 bureaux de votation furent reliés par téléphone, 50,000 par radio avec le reste du réseau.Il resta encore 13,000 liaisons télé- phoniques à établir en janvier.Cette première tâche fit établir le téléphone dans de nombreuses localités lointaines.L\u2019organisation des bureaux et commissions occupa l\u2019Union soviétique en novembre et décembre.Le rythme fut considérablement accéléré avec le début de l\u2019année.Le 1er janvier, on commença à nommer les candidats.Dans tous les districts électoraux de l\u2019Union soviétique, on proposa d\u2019abord le nom de Stalin.Ce fut un débordement d\u2019enthousiasme officiel et organisé.Les nominations étaient lancées d\u2019abord où les gens étaient encadrés, dans les usines, les chantiers, les kolkhozes, etc.Ouvriers, ingénieurs, intellectuels, professeurs, femmes furent invités à faire l\u2019éloge du chef.On se levait de l\u2019auditoire pour faire de la surenchère.On pourrait faire une litanie avec les titres qui furent alors décernés à Stalin: Grand inspirateur et organisateur de nos victoires, Grand chef des peuples de l\u2019Union soviétique, Expression de l\u2019amour de tout le peuple, Le plus digne des dignes, Etendard de notre victoire.On trouvera tout cela, et d\u2019autres choses encore, dans la première page de la Pravda du 4 janvier.En cueillant un peu plus dans la littérature électorale, il serait facile de faire une litanie de plusieurs pages.Ailleurs, par exemple, on l\u2019appela le grand soleil qui éclaire la terre, etc.Puis, vinrent les louanges des autres vedèttes soviétiques dont le principal titre de gloire était d\u2019être les conseillers (soratnik) du grand Stalin.Cette explosion de lyrisme universel dura jusqu\u2019au 8\tjanvier.Alors, ceux qui avaient été nommés tout partout exprimèrent modestement leurs remerciements et acceptèrent chacun une circonscription.Vingt grands candidats avaient été « choisis » dans un grand nombre de localités.Seize d\u2019entre eux étaient de hauts fonctionnaires du parti ou, simultanément, du parti et du gouvernement: Andreev, Beria, Bulgalin, Voznessenskij, Zhdanov, Kaganovich (qu\u2019on relégua pour sa candidature dans le lointain Turkestan!), Kalinin, Kosytin, Malenkov, Mikoian, Mikhailov, Molotov, Stalin, Khrustchev, Shvemik, Shkiriatov.Seize sur vingt, c\u2019est une proportion de tout repos.Le vieux parti communiste n\u2019avait plus qu\u2019à se faire canoniser au cours d\u2019une apothéose toujours plus éclatante.Ceux qui avaient misé sur une scission entre l\u2019armée et le peuple ne connaissaient pas la force irrésistible de l\u2019organisation communiste.On peut ajouter aux Seize les deux militaires de la vieille époque qui sont, cela va sans dire, des vedettes, sinon importantes, au moins pittoresques, du parti, Voroshilov et Budionny.Cela fait 18.La guerre récente a mis deux noms sur la liste des « grands » candidats qu\u2019on retrouve dans la Pravda du 9\tjanvier: les maréchaux Zhukov et Konev, sans parler naturellement du Généralissimus, \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019on l\u2019appelle en russe, \u2014 qui est la synthèse de l\u2019armée et de la politique, du parti et des sans-parti, des Russes et des autres indigènes, de Moscou et de la Géorgie, le soleil qui réchauffe tout le monde, le grand Père des peuples.Il y eut alors de gigantesques assemblées où les foules acclamèrent ceux qui avaient bien voulu accepter de se présenter dans leur circonscription.130,000 personnes se réunirent pour remercier Stalin; 120,000 rendirent un hommage analogue à Molotov, etc.Nouvelles réunions, nouveaux dithyrambes.Ensuite, un peu partout, on choisit les candidats du bloc unique au cours de grandes réunions populaires soigneusement préparées par l\u2019armée d\u2019organisateurs.On prit soin d\u2019inclure tous ceux qui constituaient les cadres du parti communiste.Le reste fut complété par un assortiment soigné d\u2019intellectuels et de cultivateurs, de journalistes, AVRIL 1946 123 de maréchaux et de sergents, d\u2019universitaires et d\u2019institutrices, d\u2019actrices et d\u2019ingénieurs, et l\u2019ensemble constitua la liste unique du Bloc des communistes et des sans-parti.Maintenant que les opérations préliminaires étaient terminées, on put se lancer dans la propagande électorale proprement dite.D\u2019abord, il fallait \u2014 qu\u2019on me pardonne de glisser dans le jargon \u2014 « élever la conscience politique des masses ».Un peu partout, on organisa des locaux où l\u2019on apposa des affiches, étala de la littérature, invita des conférenciers.L\u2019objet principal de cette agitation était de faire connaître les candidats: leur biographie, leur fidélité au parti et à l\u2019Union soviétique, les services rendus.Puis, on parla des conquêtes soviétiques, de la victoire récente, du progrès depuis le tsarisme, de la différence entre l\u2019Union soviétique et les pays étrangers, des incomparables mérites du parti communiste et de son grand chef.Et les ovations reprenaient de plus belle.Mais il ne fallait pas se limiter à un enthousiasme stérile.On avait là une^magnifique occasion de mettre les gens à l\u2019ouvrage.Donc, en l\u2019honneur des élections on fit de grands travaux.Non pour dépenser l\u2019argent des caisses électorales \u2014 ce système n\u2019existe pas en U.R.S.S.\u2014 mais simplement pour faire travailler le monde.Alors, ce fut « l\u2019émulation socialiste ».Les ouvriers montèrent sur les tribunes et promirent d\u2019établir de nouveaux records.Ils défièrent les autres usines, les autres régions.Les tâches les plus urgentes furent passées en revue et, dans l\u2019atmosphère enthousiaste des réunions, les résolutions les plus saintes furent prises: réparation hâtive des tracteurs en vue des prochains labours, développement de l\u2019industrie, exploitation plus rapide des mines et puits de pétrole, remise au Gouvernement du blé qui restait après la préparation des semailles, amélioration des transports, etc.Ainsi, dans tout le pays, il se créa une fièvre d\u2019agitation et de labeur.Vers la fin de la période électorale, les candidats se présentèrent devant leurs électeurs.Un candidat par circonscription, cela ne faisait qu\u2019un discours à prononcer.L\u2019organisation se chargeait de réunir le monde et, au besoin, la radio faisait le reste.Le thème de ces discours était à peu près toujours le même avec des variantes locales: la victoire sur l\u2019Allemagne et le Japon est due au système soviétique, au parti communiste, et surtout à Stalin.Les tâches à accomplir demandent les efforts de tous.Nous négligerons ces discours pour nous arrêter à un seul, celui du camarade Stalin (il ne prit pas, en cette occasion, le titre de Generalissimus).Il est important parce qu\u2019il contient les thèses fondamentales de ce qu\u2019on pourrait appeler la doctrine soviétique comme elle est aujourd\u2019hui inculquée au peuple.On pourrait peut-être le résumer ainsi: La guerre éclata « comme un résultat inévitable du développement des forces économiques et politiques, sur la base du capitalisme contemporain à monopoles ».Cette primauté absolue de l\u2019économique est un des principes fondamentaux du marxisme léniniste.Si cette thèse était vraie, le monde pourrait dormir tranquille: les Trois Grands, aujourd\u2019hui, ont chacun une quantité largement suffisante de matières premières et de débouchés.Pourquoi le monde reste-t-il si inquiet ?Pourquoi des paroles grossières volent-elles de bouche en bouche dans les réunions où l\u2019on est censé préparer la paix ?Il ne s\u2019agit pas seulement de matières premières et de débouchés, mais de toute autre chose.L\u2019U.R.S.S.avait-elle besoin de l\u2019économie des pays baltes et de la Pologne ?Mais, suivons le Généralissime dans ses appréciations.Avant de commencer la dernière guerre, dit-il en substance, les puissances de l\u2019Axe détruisirent chez elles tout vestige des libertés bourgeoises.La guerre fut donc essentiellement antifasciste et libératrice.Ce caractère fut accentué par la participation soviétique.D\u2019autres ont signalé les rapprochements qu\u2019on pourrait faire entre le totalitarisme soviétique et ceux qui viennent d\u2019être détruits.En fait, il n\u2019y a plus guère de « libertés bourgeoises » en U.R.S.S.Stalin passe alors à la partie fondamentale de son discours: la guerre a démontré la valeur du système soviétique, de l\u2019État soviétique, du gouvernement soviétique, du parti communiste.Ici, Stalin releva les critiques qui avaient été faites contre l\u2019Union soviétique dans la presse étrangère.Il se moqua de ceux qui prétendaient que la force de cohésion principale dans son pays était la Tchéka.D\u2019autre part, pourrions-nous lui reprocher, si le Narkomvnudiel remplit un rôle si peu important, pourquoi ne pas en finir avec cette terrible police politique d\u2019Êtat, qui a rempli de millions d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants tant de camps de concentration ?Stalin fit l\u2019éloge de l\u2019Armée rouge, \u2014 éloge assurément mérité.Il montra comment l\u2019Union soviétique s\u2019était préparée à la guerre; elle avait accumulé les matériaux nécessaires: métaux, carburants, coton et laine, vivres.Tout cela avait été obtenu par les deux grandes mesures staliniennes: les plans quinquennaux et la collectivisation des campagnes.Il cita des chiffres pour montrer les progrès réalisés par l\u2019Union soviétique depuis qu\u2019il en dirige les destinées.Son discours électoral est un résumé de ses activités et de ses luttes depuis qu\u2019en 1928 il arriva à la plénitude du pouvoir.Il annonça des progrès nouveaux et, avec une modestie qui le distingue de la vantardise hitlérienne, il invita la critique: On dit qu\u2019il ne faut pas juger les vainqueurs (rires, applaudissements), qu\u2019il ne faut pas les critiquer, les contrôler.Ce n\u2019est pas vrai! On peut et on doit juger les vainqueurs (rires, applaudissements), on peut et on doit les critiquer et les contrôler.C\u2019est utile, non seulement pour la cause, mais pour les vainqueurs eux-mêmes (rires, applaudissements).J\u2019estime que la campagne électorale est un jugement des électeurs sur le parti communiste et sur les dirigeants du parti.Les résultats des élections montreront quelle aura été la sentence des électeurs.Cela, c\u2019était un beau mouvement oratoire, mais comment diable critiquer Stalin en U.R.S.S.?On pouvait contrôler et déplacer Churchill en Angleterre, même immédiatement après une victoire aussi brillante que celle des Russes.D\u2019autre part, Stalin n\u2019aime pas les doutes qui viennent de l\u2019étranger.Ceux que proposa M.White dans son Report on Russians causèrent de l\u2019énervement.Le discours de M.Churchill à Fulton remit dans la bouche du Généralissime un langage qu\u2019il avait oublié depuis longtemps, au moins en public.L\u2019argument du chef soviétique ne nous a pas persuadé.Au contraire, si la victoire russe a démontré quelque chose, c\u2019est que l\u2019Union soviétique, malgré ses incomparables richesses naturelles, l\u2019héroïsme de son armée et la formidable discipline qui lui a été imposée, malgré ses trois plans quinquennaux, ne fut capable d\u2019arrêter l\u2019armée allemande que lorsque celle-ci fut à un millier de milles de son point de départ, embourbée dans la boue de l\u2019automne et paralysée par la glace de l\u2019hiver russe, et devait tenir un front aussi démesuré qu\u2019un océan.Et encore, même pour cela, l\u2019assistance matérielle des démocraties authentiques fut indispensable.Le discours de M.Stalin n\u2019est pas une justification du marxisme, ni du système soviétique.Il est un éclatant hommage aux industriels, aux ouvriers et aux peuples d\u2019Occident, au système politique, économique et social de nos démocraties qui, malgré ses lacunes et ses conflits intérieurs, créa l\u2019arsenal, non seulement de la victoire occidentale, mais de la victoire tout court.C\u2019est pourquoi, pour rejoindre nos pays dans la course au progrès matériel, les soviétiques se voient obligés d\u2019écomifler dans nos laboratoires et de s\u2019acheter des traîtres.Cet argument, le Généralissime le comprendra difficilement.Arrivé au faîte de ses ambitions, il peut regarder en 124 RELATIONS arrière et mesurer le chemin parcouru.Il y a une soixantaine d\u2019années, il était un petit gars du Caucase; aujourd\u2019hui, ayant bousculé les tsars, il gouverne seul le plus grand empire du monde.Après avoir terrassé tous ses ennemis en U.R.S.S., il a fini par écarter l'autre, celui qui avait eu une carrière aussi éblouissante, quoique incomparablement plus rapide, Hitler! Comme Hitler il y a quelques années, Stalin se voit entouré de foules qui l\u2019acclament.Peu lui importe que ces masses aient été savamment organisées.Leurs ovations ne peuvent manquer de lui monter à la tête.Le rêve de sa vie s\u2019est réalisé durant la guerre.Trotsky lui avait décoché des phrases cinglantes quand, au cours de la guerre civile, il posait en stratège.Aujourd\u2019hui, sanglé dans son uniforme de généralissime qu\u2019il ne quitte plus, il s\u2019est prouvé à lui-même que, de tous les maréchaux de l\u2019Union soviétique, c\u2019était lui qui était le plus habile et le meilleur.Malgré tout, il semble se sentir terriblement seul! Une photographie qui parut dans la Pravda du 22 janvier le montre assistant à une cérémonie en l\u2019honneur du vingt-deuxième anniversaire de Lénin.Les autres grands bolché-viques sont groupés par deux ou par trois.Lui, il est solitaire, au milieu, entouré d\u2019un respect lointain dont n\u2019est pas exempte la crainte et peut-être le dédain.Il a réglé tous ses problèmes; il a donné à la Russie des frontières plus vastes que celles dont rêvaient Pierre le Grand et Catherine II; il a résolu à son entière satisfaction le problème religieux de l\u2019orthodoxie; il a revêtu sa Géorgie natale d\u2019un prestige inouï; il sait qu\u2019il manque quelque chose à son œuvre.A travers le monde, partout où il y a des esprits indépendants, il n\u2019est ni estimé, ni respecté.Il a noué des rapports plus ou moins heureux avec tous les États: Allemagne républicaine, Allemagne hitlérienne, Italie mussolinienne, Angleterre conservatrice ou travailliste, Japon, États-Unis.Il n\u2019a pas obtenu l\u2019approbation de l\u2019unique puissance morale du monde qui compte, parce qu\u2019elle est désintéressée, le Saint-Siège.Il l\u2019a fait insulter par ses journaux; il a jeté ses prêtres et ses évêques en prison; il vient de lui infliger un coup très dur en forçant l\u2019apostasie des Ruthènes; il a lancé dans tout l\u2019univers une campagne de propagande contre l\u2019Église et la religion, mais la puissance morale du Pape est plus grande que jamais.Quarante nations entourent le Souverain Pontife de leur respect et de leur estime et, dans l\u2019univers, nombreux sont les braves gens qui considèrent Stalin, en dépit de sa puissance et de ses succès matériels, un peu comme le lépreux des nations.Et c\u2019est pourquoi sa vieillesse est condamnée à être désespérément solitaire.Lui aussi, comme nous tous, il ne retrouvera la paix qu\u2019en s\u2019humiliant devant Dieu et en demandant pardon.ESPAGNE JE 16 FÉVRIER éclata l'affaire d'espion-'L# nage d'Ottawa.Le 26 février, la France ferma la frontière espagnole.Quelques jours avant cette décision du Gouvernement français, et agissant sans autorisation du Gouvernement français, des organisations « ouvrières » avaient interrompu le commerce entre la Suisse et l\u2019Espagne.Après que la frontière eut été fermée, les organisations « ouvrières » française et italienne conclurent un accord, indépendamment de leurs Gouvernements respectifs, suivant lequel les marchandises en provenance ou à destination de l\u2019Espagne ne pourraient être chargées ou déchargées sur les quais de France ou d\u2019Italie.Restait la voie portugaise.Dans plusieurs pays, des organisations « ouvrières » tinrent des assemblées et passèrent un vote de boycotter le commerce espagnol.Comme l\u2019a remarqué M.Benoît Frachon, secrétaire général de la Confédération générale française du Travail (et vedette communiste), le règlement de la Fédération mondiale des unions ouvrières souligne que les unions ouvrières peuvent agir indépendamment de leurs gouvernements.Ces précisions révélatrices nous sont données par l\u2019écrivain communiste Boris Skomorovskij, qui habite New-York, dans un article publié par le Vestnik communiste de Toronto, le 13 mars 1946.L\u2019article lui-même est daté de New-York, 10 mars 1946.Dans ces circonstances, il est impossible de fermer les yeux sur le fait que le récent incident au sujet de l\u2019Espagne a été créé par les organisations communistes internationales.S\u2019il en est ainsi, le scandale au sujet de l\u2019exécution de quatorze révolutionnaires par le général Franco semble déplacé.Nous ignorons dans quelles circonstances le chef de l\u2019État espagnol a été amené à sévir.Récemment, sur une place publique de Budapest, des anciens membres du Gouvernement hongrois furent exécutés par strangulation lente, afin que la foule pût se repaître des grimaces de leur agonie.Nous n\u2019avons pas entendu dire que Franco ait usé de tortures de ce genre.S\u2019il est un groupe de personnes qui n\u2019a pas le droit de se plaindre de Franco, c\u2019est celui des vieux loyalistes » ou, plus simplement, des « rouges ».Nous sommes parfaitement documentés sur le nombre d\u2019églises brûlées et profanées, d\u2019évêques, de prêtres et de religieux torturés et assassinés pendant la domination « républicaine » de 1936 à 1939.Récemment, deux livres considérables, avec une grosse documentation photographique à l\u2019appui, ont été publiés en Espagne.Ce sont: Causa General, La dominacion roja en Espana, Avance de la Informacion instruida por el mi-nisterio Publico, Madrid, décembre 1943, 280 pages, et de Francisco Lacruz, El alzamiento, la revolucion y el terror en Barcelona, Barcelone, 1943, 307 pages.Tant que les journalistes de nos pays couvriront ces hontes de leur silence, qu\u2019ils veuillent bien croire que nous hausserons les épaules devant leurs dénonciations du régime de Franco.C\u2019est ce qui arriva dans la province de Québec.A l\u2019unanimité, les journalistes de langue française refusèrent de se solidariser avec les accusations récentes contre le gouvernement espagnol.Non qu\u2019ils se déclarent partisans du général.Avant de crier, ils veulent être sûrs de savoir de quoi il s\u2019agit.Périodiquement, les journaux annoncent que le régime franquiste est à la veille de s\u2019effondrer.Les incidents les plus étonnants sont chroniqués par une presse qu\u2019on eût crue plus avertie.Si j\u2019étais professeur dans une école de journalisme, je demanderais à un de mes élèves de bien fouiller les journaux des sept dernières années afin de voir comment les incidents antifranquistes éclatèrent et comment ils finirent, quels journaux publièrent les sottises les plus monumentales, pourquoi, six mois après, ils recommencèrent avec la même naïveté, et comment il se fait que des Gouvernements, par ailleurs sages et prudents, se laissèrent manœuvrer dans des positions d\u2019où le ridicule n\u2019était pas absent.Rien d\u2019étonnant à ce que la récente initiative soit venue de France.Nous savons que plusieurs communistes siègent dans le conseil des ministres de ce pays.Si, à Ottawa, il y avait plusieurs ministres communistes au Gouvernement au lieu du seul Fred Rose dans l\u2019opposition, il est possible que l\u2019attitude canadienne sur bien des problèmes serait diverse de ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui.D\u2019autre part, si un député communiste prend ses directives chez un Gouvernement étranger, est-il exagéré de conclure qu\u2019il agirait différemment s\u2019il était ministre?Pour nous, la démarche française fut, avant tout, une affaire venue de l\u2019endroit où les communistes prennent leurs ordres.Aussi, la question que tout le monde se pose est celle-ci: y a-t-il rapport entre l\u2019affaire d\u2019espionnage d\u2019Ottawa et la levée de boucliers communistes contre Franco?Et pourquoi s\u2019est-on laissé prendre encore une fois ?Joseph-H.Ledit AVRIL 1946 125 LIVRES RÉCENTS MORALE SOCIOLOGIE Rev.Lewis Watt, S.J.: Usury in Catholic Theology.\u2014 Oxford, Catholic Social Guild, 1945.56 pp., 18 cm.Henri de LUBAC, S.J.: Proudhon et le christianisme.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1945.317 pp., 22.5 cm.CEUX que passionnent les discussions actuelles sur la productivité de l\u2019argent en régime capitaliste trouveront ici clairement exposé le point de vue des moralistes, bien distinct de celui des réformateurs sociaux, mais qui ne laisse pas de fournir à ceux-ci des principes et de l\u2019expérience synthétisée.C\u2019est tout le problème de la moralité du prêt à intérêt que résumé l\u2019A.en cinquante pages extrêmement denses, quoique à la portée des profanes.Les protestations contre le rôle prépondérant de la finance dans le monde capitaliste partent d\u2019un sentiment juste.Pie XI a flétri le pouvoir abusif des détenteurs et maîtres absolus de l\u2019argent qui gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir.Quand l\u2019argent motive les trois quarts de l\u2019activité humaine, l\u2019esprit se sent blessé.Et il n\u2019est pas étonnant que les dénonciations indignées éveillent tant d\u2019échos.Toutefois, comme l\u2019impatience tend à simplifier, certains philosophes et publicistes ramènent tous les méfaits du régime capitaliste à la productivité actuelle du capital-argent et, comme la part qui dans la production revient au capital s\u2019appelle l\u2019intérêt, ils traitent l\u2019Église d\u2019antisociale parce qu\u2019elle autorise celui-ci dans certaines bornes et l\u2019accusent d\u2019avoir abandonné son intransigeante attitude du moyen âge pour se concilier le monde bourgeois.L\u2019évolution homogène de la morale décrite par le P.Watt fait justice de ces condamnations sommaires.La prohibition traditionnelle par l\u2019Église de l\u2019intérêt perçu uniquement en vue du prêt se fonde sur les observations suivantes.Il est des objets qui ne disparaissent pas infailliblement dans l\u2019usage qu\u2019on en fait, par exemple une maison, une auto.Pour d\u2019autres, c\u2019est tout le contraire: du pain, du tabac, une pilule.La substance des premiers est séparable de leur usage: on peut donc vendre celle-là ou celui-ci séparément.Mais quand on vend les seconds, on vend nécessairement aussi leur usage: on ne peut, en vendant un pain, exiger un surplus pour le droit de le manger! Mais puisque l\u2019argent, de sa nature, est un pur signe représentant une valeur échangeable, quand il aura été échangé pour quelque objet, il aura rempli sa fin essentielle.L\u2019argent s\u2019anéantit dans son usage.On peut donc justement l\u2019appeler stérile.L\u2019intérêt de l\u2019argent ne peut jamais venir que d\u2019une cause distincte de celui-ci.Mais peuvent intervenir des titres extrinsèques au prêt lui-même qui autorisent une juste rémunération, par exemple un manque à gagner, le risque de perdre son capital, etc.Du XIIIe au xvme siècle, cette prohibition générale, avec 6es exceptions, répondait à un milieu économique peu compliqué, où le prêt à intérêt apparaissait dans sa nudité.Mais, à notre époque, le manque à gagner du prêteur s\u2019est généralisé de telle sorte, un si grand nombre de contrats de société s\u2019offrent à lui où il conservera la propriété de son argent en prenant part aux profits ou pertes au prorata de sa mise de fonds, que les théologiens en sont venus à juger que l\u2019état des affaires crée une présomption permanente de titre extrinsèque à l\u2019intérêt.Mais alors se pose la question de son juste taux.Puisque la justification de l\u2019intérêt provient, en somme, de l\u2019accroissement énorme des possibilités de placements légitimes, son juste taux s\u2019établira proportionnellement à la différence qu\u2019il y a entre un placement et un prêt, c\u2019est-à-dire notablement au-dessous du juste taux du profit.Lord Keynes, dans sa General Theory of Employment (1936), estime que cette conclusion des moralistes tend à une formule qui abaisserait le taux de l\u2019intérêt, toute à l\u2019avantage de ceux qui engagent activement leurs ressources dans les affaires et la production et au détriment des purs prêteurs dont l\u2019activité se réduit à encaisser l\u2019intérêt.En résumé, si la morale catholique, nettement défavorable à la productivité de l\u2019argent, offre aux consciences une ligne de conduite viable au sein du monde moderne des affaires, il ne fait pas doute que sa tendance de fond pousse à modifier celui-ci profondément.\tRobert Bernier.1ES CATHOLIQUES français semblent être sortis de la tour-mente plus que jamais décidés à s\u2019imposer le difficile travail de « comprendre » les forces qu\u2019ils auront à vaincre.L\u2019A., qui, dans le Drame de VHumanisme athée, a récemment étudié chez Feuerbach, Nietzsche et Comte la genèse de l\u2019option moderne contre Dieu, aborde dans cette étude « le témoin de l\u2019éveil et de la révolte des classes populaires ».Soucieux de comprendre, l\u2019A.se défend de réhabiliter; l\u2019habitude nous aurait-elle désappris à distinguer les deux efforts?Avec une compréhension toute sympathique, l\u2019A.étudie donc en Proudhon l\u2019homme et ses idées dans leur genèse et leur teneur, et il réussit à nous révéler presque exclusivement par citation du texte combien il y a à comprendre même chez celui qui a dit: « La propriété, c\u2019est le vol.Dieu, c\u2019est le mal.» Car cet homme fut le témoin de bien des générosités humaines fourvoyées dans la révolte, et le témoin « terriblement partial, mais souvent perspicace, du catholicisme de son époque ».Et voilà pourquoi il nous fait saisir le sens de la parole historique de Pie XI sur « le grand scandale du xix° siècle ».Cette étude objective nous provoque et nous relance, car « lors même qu\u2019il nous livre ses plus furieux assauts, dit de Proudhon le P.de Lubac, sa voix nous stimule encore, comme pour nous forcer à nous dépasser ».Et, de plus, l\u2019intelligence du drame de cette âme qui, malgré de la grandeur et de la générosité, a échoué dans la solution du problème formidable dont elle s\u2019était chargée toute seule \u2014 réunir, sans opter, l\u2019immanence et la transcendance divine \u2014 nous fait mesurer et mieux vivre l\u2019inépuisable richesse de solution divine à tous les problèmes terrestres et éternels que nous possédons dans l\u2019Église, « qui est le Corps du Christ », en qui « le royaume de Dieu est présent au fond du cœur avant de s\u2019épanouir en fruits de gloire *.L\u2019A.peut donc conclure: Proudhon est « un grand excitateur de la pensée, et son actualité n\u2019est pas près de s\u2019évanouir, parce qu\u2019elle est celle du penseur qui, sans nous détourner \u2014 bien au contraire \u2014 de nos tâches terrestres, nous oblige à réfléchir avec lui sans fin sur les problèmes éternels » dont il n\u2019a sans doute connu, lui, dans sa poursuite stimulante, que les angoisses.Car Proudhon a avoué son échec: « L\u2019antinomie ne se résout pas, a-t-il dit, on n\u2019a jamais fini de se débattre contre Dieu.» Collège Jean-de-Brébeuf.Paul Vanier.Family Life Bureau: The Family Today, a catholic appraisal.\u2014Washington, N.C.W.C.publishers, 1944.160 pp.UNE DES CONSÉQUENCES les plus alarmantes du matérialisme moderne est la désintégration de la famille.Les conditions anormales créées par la guerre ont encore aggravé une situation déjà sérieuse.Aussi les catholiques des États-Unis ont-ils cru bon de réaffirmer ouvertement les seuls principes vrais du mariage.Les travaux groupés dans cette brochure sont les minutes d\u2019un Congrès tenu dans ce but, à Washington, et qui a réuni quelques-uns des catholiques américains les mieux renseignés sur la question.Ces causeries forment un traité sur la vie familiale, à partir de la définition du mariage jusqu\u2019à des aspects aussi pratiques que des forums radiophoniques sur le mariage et les cliniques matrimoniales diocésaines.Les conférences intitulées Birth Control, In Defence of Chastity et Blue prints of an ideal family sont particulièrement caractéristiques de la manière dont la théorie se mêle intimement à la pratique, en des sujets qui, par nature, comportent souvent beaucoup de principes abstraits.Les catholiques désireux de se former une idée précise sur l\u2019attitude à prendre devant les erreurs modernes sur le mariage trouveront cette brochure particulièrement utile.L\u2019Immaculée-Conceptiott.Vincent Curmi.126 RELATIONS Dr Adrien Ploufpe: Hygie contre Vénus.\u2014 Montréal, Éditions Lumen, 1945.224 pp., 19 cm.« ON DIT que la première guerre mondiale avait abaissé le niveau de la moralité de 50% chez nous, au pays du Québec.La seconde a élargi la brèche dans des proportions encore plus inquiétantes.Un livre, traitant directement le problème des maladies vénériennes, est devenu une nécessité: le temps du silence est passé.» L\u2019ouvrage du docteur Plouffe répond à ce besoin.L\u2019A.ne présente pas un traité technique d\u2019allure rébarbative, mais une vulgarisation avertie, qui, étant donné l\u2019état actuel de l\u2019hygiène physique.et morale, est appelé à rendre un service éminemment social.Le plaidoyer de l\u2019A.se fait accablant, décisif.Tissé de faits concrets et d\u2019anecdotes vécues, entrecoupé de conseils judicieux et pratiques, il se présente au lecteur moyen sous une forme facile, attrayante et persuasive.Collège Garnier, Québec.Guy Fortier.BROCHURES ET PLAQUETTES Lectures et Bibliothèques.\u2014 Montréal, Éditions Fides, 1945.80 pages, 21.3 cm.COMPOSÉE avec méthode et clarté, cette brochure est de nature à rendre d\u2019appréciables services à tous ceux qui s\u2019intéressent aux livres et recherchent plus la qualité que la quantité.L\u2019introduction laisse entendre qu\u2019on y trouvera toutes les publications de quelque valeur, actuellement sur le marché, et qui entrent dans les cadres tracés.Il est regrettable que cette directive n\u2019ait pas toujours été suivie.Il y a des omissions vraiment inexplicables et qui déparent une œuvre de réel mérite par ailleurs.Société Historique pu Nouvel-Ontario: Flore régionale et Industrie forestière.\u2014 Sudbury, Collège du Sacré-Cœur, 1945, 35 pp., 22.2 cm.Frère LÉOPOLD, C.S.C.: Les Cours d\u2019été de l\u2019Université Saint-Joseph.\u2014 1945, 112 pp., 26 cm.Documentation abondante et intéressante.Société des Écrivains canadiens: Bulletin bibliographique.\u2014 Montréal, 1944.112 pp., 19.3 cm.Jules-Bernard Gingras, d.ph.: L\u2019Acadie et Nous.\u2014Pèlerinage haïtien.\u2014 Montréal, Fides, 1945.16 pp., 16.5 cm.Philippe Hamel: The Abuses of Capitalism.\u2014 Québec, 1945.16 pp., 22.9 cm.Société Historique de Nouvel-Ontario: Familles pionnières.\u2014 Rouyn, La Frontière, 1945.62 pp., 22 cm.Gérard Petit, c.S.c.: Questions sociales.\u2014 Montréal, Fides, lr® série, n°* 1 à 10; 2® série, n°* 11 à 20.Antoine Bernard, c.s.v.: Notre Épopée rurale.\u2014Québec, le Comité Permanent de la Survivance française en Amérique, Université Laval, 1945.52 pp., 16 cm.PlE XII: Les Devoirs de la Femme.\u2014 Montréal, Fides, 1945.30 pp., 17 cm.Fernand Chaussé: Le Civisme, 19e cours à domicile de l\u2019U.C.C.\u2014 Montréal, U.C.C., 1945.188 pp., 20 cm.Alfred BERNIER, S.J.: 1885-1945, les Dates mémorables du Collège de Saint-Boniface.\u2014 Saint-Boniface, 1945.78 pp., 22 cm.V.W.BLADEN: Canada and Cartels.\u2014Toronto, Canadian Institute of International Affairs, coll.Behind the Headlines, vol.6, n° 1, 1945.24 pp., 20 cm.Abbé Léonide Primeau: Soldats conquérants du Christ.\u2014 Saint-Boniface, 1945.63 pp., 22 cm.Exposition missionnaire de Saint-Boniface.\u2014 Saint-Boniface, 1945.54 pp., 27 cm.Abbé V.Germain: Les Chroniques de la Crèche.\u2014 Québec, 1945.168 pp., 27 cm.TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ * Cfjarbonneau 4g\tTLimitce Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL MMMMM 2L ; J \u2022 ;\tworn*.'(VJCUOXMÆ vi-COXOV\"* fMÜ f Ce* chèque de rente, vous le recevrez chaque année, tant que vous vivrez.La rente viagère n'est ni plus ni moins que la prévoyance monnayée.Cette conversion de l'avenir en argent vous est indispensable : personne ne passe de bail avec la fortune.CAISSE NATIONALE # D\u2019ÉCONOMIE & 41 ouest, rue St-Jocques, Montréal - Tél.: HA.3291 AVRIL 1946 127 CONSERVEZ J\\elationâ $1.00 Par la poste $1.10 /^elation* constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de J\\elationâ \u2022 _____________________jBniMi cAvec les hommages de la maison MONGEAU & ROBERT Cie Ltée ?CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 1600 est, rue Marie-Anne - Montréal Cn txoié motâ U Bilan d\u2019une semaine à Los Angeles (la ville des Anges) ; 545 automobiles volées; 452 attentats à la pudeur; 437 assauts; 350 vols avec effraction; 3,183 larcins; 82 hold-up; 19 tentatives de rapt; 18 rapts; 16 tentatives de meurtre; 4 meurtres.1[ D\u2019après le Survey of Mines (1946), les nôtres ne détiennent le plus grand nombre de directeurs que dans 43 compagnies minières de notre province, sur 600 compagnies; dans 375 de celles-ci, aucun directeur canadien-français.H Devant quinze cents ingénieurs réunis à Montréal, M.Harry S.Rogers, président du Polytechnic Institute of Brooklyn, a fait un plaidoyer en faveur d\u2019une culture plus générale, non seulement pour les ingénieurs, mais pour tous les autres « spécialistes ».(Gazette, 9 février.) Un correspondant de la Gazette s\u2019indigne \u2014 à juste titre \u2014 de ce qu\u2019on projette de construire, dans l\u2019ouest de la rue Sherbrooke, une boîte de nuit de $400,000, alors que sévit la crise du logement la plus aiguë.« Monde étrange que celui qui tient Franco pour un autocrate et Staline pour un démocrate », s\u2019écriait le P.Terrence J.Kane, s.J., à Cleveland, en novembre.Les faits ne viennent pas le contredire.^ « J\u2019aime mieux avoir la guerre et la conscription, et avoir de l\u2019argent plein mes poches.» Cette phrase effrayante a été prononcée par un député, à Québec, avant la fin de la guerre.Qu\u2019elle ait pu sortir de la bouche d\u2019un homme qui, sans doute, ne se croit nullement sanguinaire montre à quelle inconscience peut conduire la partisanerie.^ Les anglicans ont décidé à Londres de consacrer un million de livres ($4,500,000) à la publicité, à ce qu\u2019ils appellent « une invasion missionnaire des moyens modernes de propagande ».En France, plus de huit cents jésuites ont été mobilisés durant la guerre; vingt-cinq sont morts en action, et deux cent vingt ont été déportés en Allemagne et ont fait du camp de concentration.^ Le programme radiophonique Sacred Heart Hour atteint aujourdjhui plus de sept millions d\u2019auditeurs.Il est relayé, aux États-Unis et au Canada, par cent quarante postes.Ceux qui calomnient l\u2019Index de Rome devront se raviser.Paris a ses livres à l\u2019index: tout ce qui parle mal des Juifs, des francs-maçons et des Russes; tout ce qui parle bien de Franco et de Pétain.A propos du rajustement des taxes municipales, la Terre de chez nous fait un curieux rapprochement: « Un type qui a $10,000 en argent n\u2019en a rien à payer; son voisin qui achète à crédit une ferme de $10,000 pour établir ses fils paiera taxe à la limite, bien qu\u2019il n\u2019ait pas encore payé cette ferme.» N\u2019est-ce pas à décourager l\u2019agriculture?Avec l\u2019argent qui part et l\u2019énorme budget de l\u2019aviation, de l\u2019armée, des camps qu\u2019on ne ferme pas, à quand nos logis ouvriers?et les développements du pays?et la baisse des impôts?Ne parlons pas de payer la dette.La terrible dénonciation du P.Cronin, de l\u2019Université de Washington, sur les deux mille hauts fonctionnaires de Washington inféodés au communisme, et les découvertes sensationnelles d\u2019Ottawa sur l\u2019espionnage, auront-elles pour bon effet d\u2019obtenir une enquête et un nettoyage dans les bureaux ?Vraiment, la surveillance des engagements d\u2019étrangers a été si mince qu\u2019on soupçonne des complicités.128 RELATIONS testament: Souvent trop occupé de ses propres affaires, l'exécuteur testamentaire particulier n'a pas le temps voulu et que demande l'administration efficace d'une succession.Nommez cette Société votre Exécuteur testamentaire.Elle a été créée dans ce but et possède ces garanties : COMPÉTENCE PERMANENCE SÉCURITÉ \u2014 qu aucune personne en particulier ne peut offrir « ^SîîiîTmsi' \u2022» JOSEPH SIMARD, O.B.E.président ALBERT HUDON \u2022 HON.J.-A.BRILLANT, C.L.C.B.E.vice-présidents HERVÉ PRÉVOST\tJ.-H.CHRÉTIEN directeur général\tsecrétaire HENRI DE CAZES gérant à Québec Siège social : 10 ouest, rue St-Jacques MONTRÉAL-1 Succursale: 132, rue St-Pierre QUÉBEC c4cltète BIEN cfui ac MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine ^)umiî§^ei«es MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes : Hôtel Windsor 1 La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! jtyâez donc\t^ L\u2019ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables à la compréhension de nos problèmes.SOMMAIRE DU MOIS DE MARS \u2022\tBerlin 1946 : son ravitaillement et son commerce, par Charles Corcelle.\u2022\tL'industrie minière du Québec et le problème social, par Fernand Côté.\u2022\tLe contrôle du change et le commerce d'exportation au Canada, par Raphaël Monette.\u2022\tLe contrôle des prix sous la Révolution française, par Robert Lacour-Gayet.\u2022\tMission de l'assurance mutuelle contre l'incendie, par Gaston Leblanc.\u2022\tL'organisation professionnelle de la comptabilité publique, par Joseph Sainte-Marie.\u2022\tCommentaires sur les prêts du Canada aux gouvernements étrangers, par François-Albert Angers.Une chronique des livres récents sur des sujets économiques et sociaux.On s'abonne à L\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales 535, AVENUE VIGER\tMONTRÉAL Abonnement : $3 En vente chez Déom, chez Pony et à la librairie du Devoir : l\u2019exemplaire 35 cents ?K-.\t' - JÇa Cie de chatbon L.-H.OUIMET Une entreprise familiale au service du public depuis plus de 33 ans.L.-H.OUIMET JEAN OUIMET ARMAND OUIMET RAYMOND OUIMET prop.VOTRE ENCOURAGEMENT EST NOTRE SUCCÈS BIEN VOUS SERVIR EST NOTRE DEVISE % n 237, rue VAN-HORNE CA.1115 m \t\t\t Les Fabricants\t\t\t FASHION-\t\tCRAFT\tLIMITÉE Conte U d\u2019adminUtxation :\t\t\tJÇei vêtementâ Eugène RICHARD\tPrésident\t\tJa&hion-Cxaffi J.-Louis LÉVESQUE\tVice-président\t\tAont Gérard FAVREAU\tVice-président exécutif et directeur général\t\tlapanage Lionel LACROIX W.S.McCutcheon\tDirecteurs généraux adjoints\td\u2019une miâe élégante.\t Emé.Lacroix\t\tReprésentés au Canada par au delà de\t J.-A.Boivtn, N.P.\t\t500\tmagasins d\u2019Halifax à Vancouver.A $100,000 VICTORIAVILLE SPECIALTIES COMPANY LIMITED Première hypothèque, 4% et 4 H % remboursables en série de 1 à 12 ans, ÉMISSION : 1« MARS 1946\tÉCHÉANCES : 1\u201c MARS 1947 À 1958 Capital et intérêt» semestriels (1er mars et 1er septembre) payables en monnaie légale du Dominion, h toutes les succursales de deux banques à charte dans la province de Québec.Titres à coupons en coupures de $500 et $1,000.Admis à l'enregistrement quant au capital.Rachetablee en totalité ou en partie, en tout temps, sur préavis de 30 jours, à 101 et les intérêts courus.Fiduciaire : Le Sun Trust Limitée, Montréal.Conseillers juridiques : Sylvestre, Pelletier & Lacroix, avocats, Montréal.TABLEAU DES ÉCHÉANCES 4%\t4 yi% 1« mars 1947 .$4,000\t1\" mars 1952.$ 6,000 1er mars 1948 .4,000\t1er\tmars 1953.7,000 Ie' mars 1949 .4,000\t1«\tmars 1954.8,000 1er mars 1950 .5,000\t1er\tmars 1955.8,000 1er mars 1951 .5,000\t1er\tmars 1956.8,000 lor mars 1957.8,000 1er mars 1958.33,000 10 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - 1\t- LA.9241 (C Relation* \u201d vouâ plait} pa££ez-le a vo£ amiâ iMPRtMCIME OU MESSAGER.MOWTRÉAt "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.