Relations, 1 novembre 1946, Novembre
[" Novembre 1946 MONTREAL COLLABORATION OUVRIÈRE-PATRONALE LA PROSE D\u2019UNE CONQUÊTE UN MOUVEMENT FAMILIAL EN BELGIQUE_________ A QUAND LE SERVICE PROMIS?L\u2019ARCHEVÊQUE DE ZAGREB A\tA R.-H.MANKIEWICZ - DENISE THEORET ROGER DUHAMEL - JOSEPH-H.LEDIT No 71 J.du COMMUN Alexandre DUGRE Xavier RYCKMANS Ernest ROBITAILLE Editorial 25' SOMMAIRE NOVEMBRE 1946 Éditoriaux 321 Correspondance 340 Logement et anarchie.\u2014 Deux expériences, une\tA la croisée des chemins.Claude V.Johnson leçon.\u2014 Un bilan imposant.\u2014L\u2019archevêque de\tRecords.A.-M.Parent, c.ss.r.Zagreb-.\tGénérosité à sens unique.Victor Soucisse Articles LA PROSE D\u2019UNE CONQUÊTE .Alexandre Dugré 324 COLLABORATION OUVRIÈRE-PATRONALE .J.du Commun 327 UN MOUVEMENT FAMILIAL EN BELGIQUE.Xavier Ryckmans 332 L\u2019ORGANISATION DE LA PAIX.R.-H.Mankiewicz 334 Commentaires.336 L\u2019avenir est aux jeunes.\u2014 Les Anglo-Canadiens et nous.\u2014 Etat et nationalité.\u2014 « Coup de clairon pour la liberté ».\u2014 Grandes familles à l\u2019honneur.\u2014 Comment combattre le communisme.Au fil du mois.338 Le collège de Sudbury veut s'agrandir.\u2014 La Semaine sociale.\u2014Nouvelles modes.\u2014 Désistement.\u2014 Immigration ?\u2014 Développement du Nord.\u2014 Contacts nécessaires.Chroniques À QUAND LE SERVICE PROMIS ?.Ernest Robitaille 341 HORIZON INTERNATIONAL.344 U.R.S.S.\u2014 Mexique.UNE GRANDE PITIÉ.Denise Théorêt 347 FEUILLETON DES SPECTACLES.Roger Duhamel 348 Livres récents.349 Avec Dieu toujours, aux champs comme à la ville.Jules\tLefort The Divine Pursuit.Stéphane Valiquette The Great Retreat.The Growth and Decline of Communism in Russia.Joseph Ledit Le Comté de Nicolet.Gérard Hébert A l'échelle humaine.Alexandre\tDugré Cours d\u2019Histoire du Canada.René Girard Monsieur Colbert.Jean-L.d\u2019Aragon Capitale d\u2019une solitude.Roland\tFortin Mektoub !.Jacques Tremblay En trois mots .352 NOS COLLABORATEURS M.J.du Commun condense ici une vaste expérience acquise comme chef ouvrier, agent de liaison entre le patronat et les syndicats, et comme conférencier de l\u2019armée suisse.\u2014 M.Xavier Ryckmans, avocat à la Cour d\u2019Appel de Bruxelles, est vice-président de la Ligue des Familles nombreuses de Belgique.\u2014 M.R.H.Mankiewicz, ancien secrétaire général de l\u2019Institut de Droit comparé de Lyon, est professeur à l\u2019Université de Montréal et directeur du service des recherches à la Section des Relations industrielles.\u2014 M.Ernest Robitaille, comptable licencié, nous a donné déjà plusieurs articles remarqués sur nos services d\u2019utilité publique.\u2014 Denise Théorêt est le pseudonyme d\u2019une assistante sociale que ses fonctions mettent en contact depuis vingt ans avec le problème de la tuberculose à Montréal.\u2014 M.Roger Duhamel est journaliste à la Patrie.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.RELATIONS REVUE DU MOIS G Directeur : Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTé].: CHerrier 3101 MONTRÉAL-34\tCANADA Vleme année, No 71 Novembre 1946 Ecole Sociale Populaire, Montréal EDITORIAUX jÇog,ement et anarchie.1ES VÉTÉRANS et autres malheureux sans logis, v qui se sont emparés des hôtels fashionables de Londres ou des casernes désaffectées d\u2019Ottawa, sont-ils des précurseurs ?Présagent-ils des invasions autrement brutales et des procédés encore plus anarchiques que l\u2019avenir nous amènera, si l\u2019incurie continue de régner chez les dirigeants, responsables de l\u2019actuelle crise du logement et seuls capables aujourd\u2019hui de la dénouer ?Le public assiste depuis des années à un spectacle qui n\u2019a rien d\u2019amusant, quand il songe aux innombrables familles qui en font les frais: les municipalités lancent la balle aux provinces, celles-ci la passent au fédéral, qui ne tarde pas à la renvoyer aux provinces ou aux municipalités.L\u2019opinion publique est dégoûtée des grandes déclarations des autorités, de groupes privés ou de particuliers, qui ont toutes ceci de commun qu\u2019elles ne mènent à rien.Pour justifier l\u2019impossibilité de construire des logis, l\u2019on invoque la rareté des matériaux et l\u2019insuffisance de la main-d\u2019œuvre, et l\u2019on reste les bras croisés devant une crise qui énerve l\u2019équilibre moral du pays.Y a-t-il une difficulté technique qu\u2019on n\u2019ait vaincue, quand il s\u2019agissait de mobiliser pour la guerre toutes les ressources du pays, de recruter, habiller, entraîner, équiper, loger, transporter à Londres, Kiska ou Hong-Kong des centaines de milliers d\u2019hommes?Vétérans et ouvriers, naguère spectateurs et artisans du « miracle » de l\u2019effort de guerre canadien, se demandent, avec un étonnement qui tourne à la méfiance antisociale, quel ressort s\u2019est subitement brisé dans la direction du pays, à quoi s\u2019emploient aujourd\u2019hui les remarquables leaders d\u2019hier, économistes, financiers, industriels et techniciens, qui ont fait du Canada en guerre une puissance incontestée.Les déclarations platoniques, les dérobades, l\u2019inaction fournissent aux agitateurs et apôtres du désordre un terrain bien préparé où germent maladies sociales et violences démagogiques.Les premières victimes seront souvent ceux qui, par leur incurie plus ou moins coupable, empêchèrent le traitement efficace du mal dès ses premiers symptômes.A-t-on oublié les immenses panneaux-réclame du comté de Cartier qui élut au parlement le premier député communiste canadien: « Votez pour Fred Rose et pour son programme du logement » ?Pourtant, cette question est si importante, elle engage si directement les valeurs familiales et sociales que les deux derniers souverains pontifes et à leur suite l\u2019épiscopat de plusieurs pays ont dénoncé le sort fait à la famille dans la plupart des villes industrie'les modernes et fait appel à tout ce qu\u2019il y a de meilleur chez les dirigeants de la société pour corriger sans délai un mal chargé d\u2019aussi graves conséquences.Dans une lettre collective sur le problème du logement (janvier 1946), les évêques d\u2019Écosse rappelaient récemment au clergé son devoir: « .ce fléau (du mauvais logement) est si intimement lié à la vie spirituelle des fidèles qu\u2019aucun prêtre ne peut s\u2019y montrer indifférent,.qu\u2019il ne doit ménager aucun effort pour tenter de supprimer l\u2019injustice flagrante que constitue la situation présente de l\u2019habitation ».Sans quoi, « on glisse au chaos ».Aussi comptent-ils sur l\u2019action « immédiate » et « concertée » de tout le monde: gouvernement et autorités municipales, chefs de l\u2019industrie, de la finance et du monde ouvrier, et espèrent-ils, en une question vitale pour la nation, trouver chez les dirigeants « la même imagination, le même élan, la même valeur réalisatrice » qui assurèrent la victoire militaire.Les prolétaires de chez nous, anciens conscrits de la caserne et de l\u2019usine, réclament aujourd\u2019hui un foyer digne de l\u2019homme.Aucun désir temporel n\u2019est davantage facteur de paix sociale.Aucun idéal n\u2019est plus conducteur de spiritualité ni ne fait autant honneur à notre époque.Quand cette aspiration vers une vie plus intérieure aura été refoulée par l\u2019égoïsme capitaliste ou la démission politicienne, des convoitises naîtront dans le cœur de la multitude qui donneront cours, au lieu des impatiences d\u2019aujourd\u2019hui, à des soulèvements de masse: ce sera l\u2019anarchie.Pourquoi attendre qu\u2019il soit trop tard?Ne faut-il pas plutôt, selon l\u2019appel émouvant des évêques d\u2019Écosse, s\u2019appliquer à une « action immédiate et concertée » pour éviter le désastre social et familial où nous courons ?NOVEMBRE 1946 321 Jbeux experienceâ, une leçon DÈS LE SIÈCLE dernier, les catholiques américains se sont trouvés devant l\u2019école publique non confessionnelle.Ils n\u2019ont pas hésité à construire et subventionner leurs propres écoles, au prix d\u2019un double fardeau financier.Ils ont compris qu\u2019ils devaient tout risquer plutôt que de laisser compromettre ou amoindrir la foi de leurs enfants.Les débuts de ces écoles furent très humbles.Mais aujourd\u2019hui, d\u2019un océan à l\u2019autre, le réseau des écoles catholiques s\u2019impose à l\u2019attention du pays voisin.Un nombre croissant de non-catholiques admettent que seules les écoles confessionnelles ont gardé à la jeunesse la connaissance et la pratique de la religion, qu\u2019on y trouve un plus grand sens de la responsabilité et de la discipline.Les pédadogues reconnaissent que, sans avoir donné tête baissée dans tous les essais dont on a affligé les récentes générations, la pédagogie a progressé dans les écoles catholiques d\u2019une façon constante et sûre, que l\u2019assiduité scolaire y est souvent meilleure que dans le système public et que les résultats acquis les posent, dans leur ensemble, en modèles devant l\u2019opinion américaine.Dans des bâtisses plus humbles, avec des budgets plus modestes, mais bien à eux, les catholiques font en définitive plus d\u2019éducation.Le contraste avec l\u2019école publique neutre devient tel que des groupes protestants songent à imiter les catholiques, ne voyant pas d\u2019autre issue à l\u2019école publique, inévitablement neutre et athée.Des écoles séparées protestantes existent même déjà dans plusieurs états.Que le mouvement se généralise, et la prochaine génération verra non seulement les catholiques, mais les principaux groupes religieux américains réclamer, efficacement cette fois, la liberté religieuse scolaire et la fin du régime injuste de la double taxe.L\u2019utopie de l\u2019école unique, où l\u2019on sacrifie les enfants à une formule légale au lieu d\u2019organiser l\u2019école en vue de l\u2019enfant, aura vécu.Le système public américain aura évolué vers la juste souplesse qui permet l\u2019existence d\u2019écoles confessionnelles à l\u2019intérieur d\u2019un système public.Déjà, la réforme est amorcée avec succès dans nombre de villes où les frais des services de santé, d\u2019orientation et autres confiés à un personnel catholique dans les écoles séparées, sont couverts depuis quelques années à même les finances publiques.Le vieux Québec « retardataire » a trouvé il y a cent ans, en 1846, la solution du problème scolaire qui confronte aujourd\u2019hui les Américains, soucieux d\u2019instruire et d\u2019éduquer leurs enfants.L\u2019expérience comporta trois étapes.De 1760 à 1826, les vainqueurs nous offrent l\u2019école publique unique et neutre.Parents et enfants préfèrent refuser V instruction plutôt que de perdre l\u2019éducation chrétienne.Pendant la période de l\u2019école de fabrique (paroissiale), 1826 à 1846, les catholiques ne bénéficièrent pas des finances publiques comme les protestants.L\u2019ère de la liberté religieuse scolaire au sein du système public, avec répartition proportionnelle des subsides, date de 1846.Elle a été garantie définitivement par la création, dès 1875, du Conseil de l\u2019Instruction publique, avec ses deux Comités, catholique et protestant, et de la Surintendance.Ce système de liberté et de justice correspond aux exigences de la loi naturelle.C\u2019est vers lui qu\u2019évolueront forcément les esprits sincères qui, outre quarante-cinquième, recherchent encore en 1946, pour l\u2019éducation de leurs enfants, la liberté religieuse et la justice.Nos pères ont conquis jadis de haute lutte l\u2019établissement d\u2019un système scolaire également respectueux des droits des parents, de l\u2019Église et de l\u2019État.Sans ménager aucun effort pour l\u2019ajuster sans cesse aux exigences mouvantes de la vie, demeurons-lui irréductiblement fidèles.Un bilan imposant IA SAISON de 1946 fut marquée de grands progrès J sur les terrains de jeux de Montréal.Nous ne parlons pas du 23% d\u2019augmentation dans la fréquentation (43% pour les sept premières semaines), soit 1,257,414 enfants contre 1,026,477 en 1945.Nous passons sous silence les 171,038 jeux d\u2019ensemble auxquels participèrent 2,329,116 garçons et les 115,559 jeux pour 2,417,155 fillettes.Ne mentionnons pas non plus les divers exercices de culture physique, ni les feux de camps et concours de chant et les innombrables travaux d\u2019artisanat, qui apprennent aux enfants à aimer la beauté.Tout cela, proportion gardée, se retrouve dans toutes les œuvres de terrains de jeux réparties à travers la province.Nous voulons souligner plutôt le mérite original de l\u2019organisation montréalaise: malgré la complexité extrême du problème des terrains de jeux dans une ville cosmopolite comme Montréal, malgré les lenteurs et la rigidité inhérentes à tout service municipal, on a su faire œuvre de souplesse, d\u2019initiative et d\u2019éducation.Le crédit de cette réussite revient d\u2019une façon particulière à M.Philippe Morel, le moniteur en chef, à ses aides et au groupe choisi de moniteurs, fidèlement secondés par le surintendant de la division des jeux et des sports, M.Georges Mantha.Le recrutement de ces moniteurs fut particulièrement heureux, au témoignage même de l\u2019adjoint au moniteur en chef, M.René Bélisle, préposé spécialement à la direction du personnel.« La plupart d\u2019entre eux sont des instituteurs ou des institutrices de profession.Un bon nombre sont encore aux études, soit à l\u2019université, soit dans un collège classique, soit dans un couvent.Tous sont des sujets éminemment qualifiés pour assumer la responsabilité de la formation du caractère de nos enfants.Le travail qu\u2019ils font.mérite des éloges, 322 RELATIONS surtout quand on connaît les conditions pénibles dans lesquelles ils doivent opérer.Durant l\u2019hiver qui précéda la période des vacances, ils ont suivi des cours.Ces cours ont porté sur les points suivants: rôle du moniteur, comment bâtir un programme pour intéresser les jeunes, notions élémentaires sur la psychologie de l\u2019enfant, formation du caractère par le jeu, etc.C\u2019est donc dire qu\u2019en plus de la préparation éloignée qu\u2019ils possèdent déjà, ils reçoivent une préparation immédiate pour remplir leurs délicates fonctions ».Les moniteurs reconnaissent l\u2019excellence des conseils et des directives reçus, soit dans les cours et par le truchement d\u2019un journal de liaison publié chaque semaine, soit surtout par des conversations privées et de multiples contacts personnels.Mentionnons l\u2019insistance en faveur du jeu d\u2019équipe, si formateur pour le caractère de l\u2019enfant.Le directeur des activités athlétiques note justement: « Cette année, grâce à l\u2019heureuse idée de notre moniteur en chef, M.Philippe Morel, nous avons enseigné l\u2019athlétisme sous une forme qui tendait à développer l\u2019esprit d\u2019équipe chez nos enfants.Ainsi, l\u2019enfant, tout en jouant, apprenait à lutter pour un but commun, à coopérer et, par le fait même, à détruire en lui les germes de l\u2019individualisme.» Les moniteurs et monitrices ont certes une haute idée de leur mission éducative envers les enfants, confiés à leur vigilance par les parents.Tous souscriraient certainement à cette opinion d\u2019une aide-monitrice: « Mes vacances ont été d\u2019un grand enrichissement.Prendre contact avec la réalité de la vie, il me semble que c\u2019est la meilleure expérience que nous puissions acquérir tout en faisant du bien, par le jeu, à ces chers petits qui nous tiennent tant à cœur.» Les faits se sont chargés de montrer la valeur de l\u2019œuvre éducative poursuivie.De cette réalisation remarquable, il faut encore accorder le mérite au Comité consultatif, que les autorités municipales ont eu la sagesse de préposer à la haute direction des terrains de jeux.Sous la sage inspiration de ce Comité, la Ville de Montréal a considérablement augmenté son budget des terrains de jeux.Elle leur a assuré un caractère éducationnel en maintenant aux postes de commande des personnes très qualifiées.Elle est entrée en contact étroit avec les corps paroissiaux, scolaires ou autres, susceptibles d\u2019apporter des suggestions capables de contribuer au bien des enfants.Le Comité consultatif a été à la fois le lien entre les divers groupements et l\u2019inspiration d\u2019une politique progressive et adaptée des terrains de jeux.Les parents et les contribuables comptent bien que les autorités municipales mettront à profit de plus en plus les suggestions et l\u2019expérience d\u2019un tel Comité, afin que les responsables des terrains de jeux puissent, en toute liberté et confiance, utiliser les leçons de trois saisons et leur expérience personnelle pour doter Montréal d\u2019une organisation stable, originale et bienfaisante.oÇ\u2019archevêque de Zagreb TOUS LES JOURNAUX parlent de Mgr Louis Stepinac; son nom est sur toutes les lèvres.Plus grand que les commandants d\u2019armées, plus souverain que les chefs des nations, il est allé à ses travaux forcés en laissant derrière lui une traînée de gloire.Alors qu\u2019il disparaissait dans l\u2019apothéose dont ses juges le revêtirent comme d\u2019une lumière, on avait envie de chanter \\m Te Deum, afin de crier à Dieu sa reconnaissance, parce qu\u2019il avait donné à la Croatie, et, par elle, au monde, un héros d\u2019une telle splendeur.Depuis le septième siècle, quand les Croates, à l\u2019aurore de leur histoire, envoyèrent une ambassade au pape Agathon pour promettre qu\u2019ils ne feraient jamais une guerre d\u2019agression (ils tinrent parole), la Croatie n\u2019avait jamais montré tant de beauté.Celui qui incarne devant le monde la Croatie éternelle, ce n\u2019est pas ce pauvre Tito qui n\u2019est qu\u2019un mannequin, encore qu\u2019il soit responsable de ses trahisons devant Dieu et devant l\u2019histoire, ce ne sont pas ces tristes juges qu\u2019on a été obligé d\u2019excommunier parce qu\u2019ils avaient donné trop de scandale pour que leur honte ne fût pas rendue publique, c\u2019est l\u2019archevêque-forçat.Comme une tempête de joyeuse admiration, les prières du monde suivent Mgr Stepinac dans sa prison.Les cloches des cathédrales, comme celles de Westminster le 29 septembre, appellent les fidèles à des messes triomphales.Avec le cardinal Faulhaber, le cardinal Von Galen, le cardinal Sapieha, le cardinal Mindszenty, le cardinal Van Roey, le cardinal Saliège, avec les plus immortels de ses frères dans l\u2019épiscopat, avec Pie XII, l\u2019archevêque de Zagreb rencontra l\u2019iniquité debout.Quand Pavelic, dans une tentative insensée d\u2019atteler l\u2019Église catholique à sa tyrannie, voulut forcer les Serbes orthodoxes à se faire catholiques, l\u2019archevêque dénonça la manœuvre dans des sermons où des masses énormes de fidèles se solidarisèrent avec lui.Le 17 septembre 1941, il fit paraître une Pastorale, que les autres évêques de Croatie signèrent eux-aussi, pour réclamer la liberté de conscience en faveur des Serbes qui avaient tant persécuté l\u2019Église catholique au cours des siècles.Il refusa d\u2019accompagner le chef des ustachis dans son voyage à Rome.Celui-ci fut alors contraint de reconnaître l\u2019existence légale de l\u2019Église orthodoxe en Croatie.Le propre frère de l\u2019archevêque fut tué par les Allemands comme « communiste » parce qu\u2019il s\u2019était battu contre eux, avec les partisans de Tito.Le patriotisme fut toujours ardent chez les Stepinac.L\u2019archevêque lui-même, surpris à ses études par la première guerre mondiale, s\u2019était enfui en Russie pour s\u2019enrôler dans la légion croate qui combattit sous Broussilov.En novembre 1942, il fit gracier deux communistes par Pavelic.Quand on persécuta les Juifs, il se fit leur chevalier.Devant l\u2019irrésistible puissance de l\u2019archevêque, qui par- NOVEMBRE 1946 323 lait à des auditoires de cinquante mille personnes, les lois de Nuremberg se brisèrent.A partir de 1943, elles furent abrogées en Croatie.Il s\u2019éleva avec la même intrépide ardeur contre les atrocités italiennes et allemandes.Parce qu\u2019il fut un archevêque catholique à la hauteur de sa mission sublime, il s\u2019identifia avec tous les opprimés quels qu\u2019ils fussent: les orthodoxes serbes dont on violentait les consciences, les Juifs qu\u2019on écrasait comme des vers parce qu\u2019ils portaient dans leurs veines le sang des patriarches, les catholiques croates qu\u2019on décimait à cause de leur foi en Dieu \u2014 sait-on que de près de 2,000 prêtres qu\u2019il y avait en Croatie en 1939 il en reste à peine 400 ?\u2014, tous les emprisonnés, les martyrisés, les assassinés de la tyrannie hitlérienne.C\u2019est pourquoi il est à lui seul une vivante synthèse de toutes les victimes de la guerre.Pour expier les fausses promesses de liberté et de démocratie, au nom desquelles des nations entières, la Pologne, les trois républiques baltes, les Balkans, furent livrées à l\u2019abattoir par d\u2019immondes accords, pour laver la honte des hommes d\u2019État qui trahirent leurs alliés, il fallait une victime souverainement immaculée, que le monde entier puisse voir dans la lumière comme une aube annonciatrice de temps nouveaux.Cette victime \u2014 gloire à elle! \u2014 c\u2019est l\u2019archevêque de Zagreb, Mgr Louis Stepinac.Il fallait qu\u2019il fût condamné au moment où les procès de Nuremberg arrivaient à leur épilogue.Depuis Juri Krijanic, cet étrange prêtre croate du dix-septième siècle qui s\u2019en alla naïvement convertir les tsars et ne réussit qu\u2019à faire vingt ans de Sibérie, depuis Mgr Strossmayer, le panslaviste catholique qui montra à la Russie le chemin de sa grandeur, la Croatie a rêvé d\u2019être le trait d\u2019union entre la gigantesque Russie et le monde catholique.Un trait d\u2019union, c\u2019est un médiateur, une victime.De son immense grandeur, debout sur la limite qui sépare le libre Occident de l\u2019Orient enchaîné, l\u2019archevêque-prisonnier domine le monde.Son procès a frappé en plein cœur le communisme brutal et l\u2019hypocrite lâcheté.Sa captivité libère les esclaves.Dans la sourde Russie, on entend des chaînes qui se brisent et un grand cri qui monte: c\u2019est le commencement d\u2019une formidable libération.LA PROSE D'UNE CONQUÊTE Alexandre DUGRË IES COMMUNIQUÉS de victoire sont bien plus charmants que les mauvaises nouvelles, dans les œuvres de paix comme dans celles de guerre.Ce n\u2019est pas par plaisir, ni pour causer des ennuis, que nous revenons toujours sur le devoir d\u2019établissement des jeunes, devoir social, moral et national.Un vieux tract de l\u2019E.S.P., Vers les terres neuves, commence et finit par deux phrases encore parfaitement d\u2019actualité: « La colonisation n\u2019est pas une question théorique et littéraire bonne à débattre entre académiciens de collèges, mais une question éminemment pratique, intéressant de la manière la plus directe notre vie nationale.On en parle dans Québec; dans l\u2019Ouest on en fait.Napoléon, traçant sur la carte d\u2019Europe son plan de campagne, disait de ses ennemis: Cest là que nous les battrons ! Nous autres, quand il s\u2019agit d\u2019effort national et qu\u2019on en vient à la colonisation: C\u2019est ici que nous serons battus.» Après trente ans, après deux guerres et deux après-guerre, après la fermeture des frontières américaines et dix ans de chômage, après les ministères Gouin, Taschereau, Godbout et Duplessis, l\u2019on n\u2019est guère plus avancé; on l\u2019est moins, puisqu\u2019une richesse plus forte de jeunes ruraux est à établir, et au plus tôt.Les chefs se suivent et se ressemblent trop.La politique a changé de sens; elle n\u2019est plus « le gouvernement des hommes », fonction très haute, mais la manière adroite d\u2019agir ou de faire semblant, de tourner l\u2019intérêt public en intérêt du parti, et de détourner l\u2019attention par de belles paroles, comme en citait Relations de septembre.Il y a deux manières d\u2019envisager la colonisation: en théorie, c\u2019est une conquête du sol par l\u2019établissement de jeunes ruraux; en pratique, c\u2019est la misère des colons, le pillage du bois et les agacements de fonctionnaires.Selon qu\u2019on regarde par un des bouts de la lunette, l\u2019œuvre est grande ou mesquine.Le malheur est que la victoire désirée par les théoriciens n\u2019arrive jamais, faute de stratégie, d\u2019action, de recrutement, de propagande; et tout cela faute de lots préparés, faute de chemins d\u2019accès, faute de mécanisation à la hauteur.On est plus vite et plus allant pour la guerre.Tout est trop centralisé à Québec: pour moins de retard, il faudrait plus d\u2019autorité aux bureaux locaux et moins de correspondances aller-retour avec Québec, ce cou-voir de décisions et d\u2019indécisions.Avec 180,000 jeunes campagnards à établir, les fonctionnaires en ont plein les mains de quelques centaines de colons par année, ce qui reporte la solution de notre premier problème social à une jolie échéance.On dirait que les tracas empêchent de voir le grand œuvre, comme les échafauds cachent le monument.La colonisation n\u2019est plus œuvre patriotique, mais, à cause des lois et mesures pointilleuses, affaire d\u2019enquêtes, de paperasse et de chicanes.La bête noire est le faux 324 RELATIONS colon; or, tant qu\u2019on n\u2019offrira pas des lots prêts à cultiver, payés par le bois coupé, vendu bon prix, dans une pré-colonisation qui produise une ferme, les bûcherons-colons compteront sur le pillage et la vente au rabais pour manger, parfois pour boire, et pour continuer l\u2019histoire de déserter, de prendre un autre lot, toujours avec serment de cultiver, sans jamais de sanction à la fraude.Selon la Terre de Chez Nous, « une véritable révolution s\u2019impose dans la manière dont on conçoit la colonisation à Québec » \u2014 si l\u2019on en veut, si l\u2019on veut plus de fermes.Une petite enquête a recueilli les desiderata suivants: .Toujours la même chose.Trop de formalités pour les vrais colons, jamais trop pour les faux.S\u2019arranger pour déshabituer de compter sur le gouvernement; aider le colon, mais lui faire comprendre que c\u2019est une prime au travail, non un encouragement à se laisser vivre.Les inspecteurs sont des fonctionnaires ordinairement placés par le député, ce qui est un mal, et qui accomplissent un travail assez compliqué, surtout commandé.Le ministère devrait: 1° se montrer sévère contre des propriétaires qui ne vivent même pas dans la paroisse et qui demandent des prix excessifs pour un lot qu\u2019ils n\u2019ont pas défriché, mais pillé; 2° refuser tout permis de coupe sur les lots qui seront offerts à des colons sérieux; obliger les inspecteurs à une surveillance sérieuse et porter des peines sévères.3° Les insDecteurs devraient s\u2019entendre avec le Comité paroissial.Ensemble, nous pourrions constater le progrès de chaque colon, découvrir les négligents et travailler.Le Comité de révision fixé à Québec connaît-il nos cantons, les rangs et les lots autrement que sur la carte?Connaît-il les aspirants-colons?Les Sociétés diocésaines et les Comités paroissiaux seraient mieux en mesure de savoir cela.Le système est plus responsable que les inspecteurs, pauvres hommes noyés sous un tas de paperasse inutile qui absorbe leur temps; parfois aussi victimes des organisateurs électoraux et en butte à tous les aléas des élections passées et à venir.Les fonctionnaires ne viennent ici qu\u2019avec crainte et tremblement: la chose devrait être connue en haut lieu.La chère vieille politique est la grosse entrave au développement.J\u2019admets oue des colons vont au ralenti, vu les gros salaires gagnés dans le bois.Qu\u2019on fasse donc passer les grandes déclarations des grands personnages au domaine des réalisations; que ces déclarations ne cachent pas ce qui se passe dans la réalité, et tout ira mieux.J\u2019ai demandé d\u2019empêcher des colons qui bûchent depuis deux ans sans faire de terre.Un enquêteur est venu: son rapport, gelé dans les bureaux, comportait l\u2019arrêt des coupes sur quelques lots.L\u2019enquêteur avait dit de ne pas trop bûcher, non d\u2019arrêter.Or, ils ont bûché tout l\u2019hiver, tout leur lot, et déguerpi au printemps: cela fait trois lots abandonnés dans le plus beau de la paroisse, et pas un aspirant n\u2019en a voulu.Je ne crois pas du tout aux menaces faites aux marchands de bois: c\u2019est de la farce, de la grosse m.farce! Qu\u2019on fasse donc respecter les règlements, que le permis comporte telle quantité, qu\u2019on bûche dans l\u2019abatis, non sur tout le lot; qu\u2019on bûche seul, non avec quatre ou cinq hommes à gages! Ce serait facile de contrôler; si l\u2019inspecteur tombe sur trois cents cordes de pulpe quand le permis en comporte trente, il n\u2019a qu\u2019à saisir, d\u2019après le règlement.Pourquoi se présenter chez le curé pour savoir sur qui frapper?Cet été il ne s\u2019est pas primé 70 acres d\u2019abatis après une coupe de 7,000,000 de pieds de bois.Comme on n\u2019en trouve pas 100,000 pieds à l\u2019acre, c\u2019est donc du pillage.Les octrois retardent, des trois mois.Je ne crois pas qu\u2019on veuille faire de colonisation.L\u2019on en fait en Chambre, en paroles, pas dans les colonies.A peine un petit bout de chemin et un peu d\u2019essouchement mécanique; mais les belles images montrant des bull-dozers creusant des caves, aplanissant des devants de porte, ouvrant de belles routes: ça, crois pas ça, c\u2019est des menteries.La fameuse charrue de savanes fabriquée à Québec est encore fille unique, et elle n\u2019a presque rien fait de l\u2019été.Si les tracteurs à essoucher étaient plus nombreux, ils feraient du travail avant les pluies d\u2019automne.Les maisons modèles de vingt pieds sur vingt-quatre sont insuffisantes.Le nouveau plan est extra.en lenteur.Nous avons eu l\u2019essoucheuse une seule fois en quatre ans.Ça ralentit notre beurrerie coopérative, faute de pâturages.La tant vantée poudre aux yeux Consolidation ne se fait que dans huit paroisses, dont la moitié datent de vingt ans et plus! Les Caisses populaires, qui font ici merveille, seraient notre salut si la loi permettait aux paroisses d\u2019avancer des fonds.Trop de colons de mauvaise foi, pilleurs de lots qu\u2019ils abandonnent sans les cultiver, pour en piller d\u2019autres.Les inspecteurs devraient prendre une part de « l\u2019odieux » du refus de sujets indésirables.On n\u2019est pas nécessairement bon colon parce que bon national ou bon rouge.L\u2019émission des billets de location prend des mois et des mois.Dans les transports de lots, les demandes, supposées assermentées, sont un tissu de mensonges.La valeur réelle d\u2019un lot transféré devrait s\u2019apprécier autrement qu\u2019en 1930 ou 1940, alors qu\u2019on pouvait se loger en ajoutant $300 à l\u2019octroi de $225; aujourd\u2019hui il y faut $700.La maison vaut donc $800 ou $900.Or.Québec n\u2019admet que la valeur de 1940.Ça n\u2019arrive pas, et le colon vend plus cher que sur la formule assermentée, qu\u2019il faudrait changer.Nos colons sont à mettre à la charrue ce qu\u2019ils ont défriché depuis dix ans.Ça va lentement: c\u2019est dur de labourer tout ce qu\u2019on voudrait ensemencer; cela explique la course au bois et aux chantiers.La terre ne donne pas encore assez pour la vie de la famille.Deux choses nous suffiraient ici, de la chaux et des génisses ou des vaches, introuvables dans la région.Et, comme ailleurs, un peu d\u2019essouchage mécanisé.La solution est donc de mûrir au plus tôt les colons en cultivateurs.Un plan d\u2019avril 1946, pour « aider le colon laborieux à se créer un établissement agricole dans un minimum de temps », offre trois genres de primes: 1° d'installation, paiement des frais de transport, allocations mensuelles, aide à construire maison et grange, et prime de jardin; 2° crédit d'organisation agricole pour achat d\u2019animaux et d\u2019instruments aratoires, creusage d\u2019un puits, et tout ce qui peut être jugé nécessaire au développement du lot; 3° primes statutaires à 40 acres de défrichement et 30 de labour.Les meilleures idées n\u2019avancent à rien si l\u2019on ne marche pas.Le plan est bon, mais trop lent, et inutile sans une propagande active.Des régions ne le connaissent même pas encore.Il comporte tant d\u2019examens, de papiers, de questionnaires compliqués, d\u2019objections, de retards, et trop de centralisation à Québec.Sur 500 formules d\u2019aspirants-colons reçues en six mois, 380 sont acceptées par la Société diocésaine, mais seulement une trentaine par le comité de révision à Québec.Ailleurs, sur 195 demandes, 34 acceptées; 36 demandes, 4 acceptées; 30 familles prêtes à partir se voient tellement retardées qu\u2019elles ne partent pas: la saison est trop avancée.La moindre propagande recruterait des légions; comment en faire si l\u2019on n\u2019a pas de lots à offrir, mais rien que des retards, des paperasses et des misères ?Québec en veut-il, oui ou non, des conquérants du sol ?Les désabusés répondent carrément non! Cela heurte de si gros intérêts qu\u2019on préfère l\u2019arbre à l\u2019homme.L\u2019absence de propagande et d\u2019excursions se complète de certaines paroles de haut placés pour le faire croire: « Va-t-on ruiner la forêt, la source des revenus de la province, et jeter des familles dans la misère ?» \u2014 D\u2019abord la colonisation n\u2019est pas affaire d\u2019argent, mais de pays, de vies humaines, familiales et sociales: NOVEMBRE 1946 325 100,000 âmes doivent l\u2019emporter sur 100,000,000 d\u2019arbres ?On ruinerait les moulins des Price ?\u2014 Qu\u2019ils finissent davantage le bois expédié brut, et qu\u2019ils emploient le bois gaspésien, que les barges portent à Thorold et au Sault-Sainte-Marie.Même en argent, jamais la forêt, aux récoltes si espacées, ne paie autant que les champs aux récoltes annuelles.Quant à la misère, elle serait vite prospérité avec un système plus intelligent, plus civilisé, moins traîneux, établissant nos familles dans des conditions vivables.Enfin, il y a pire misère que le manque d\u2019électricité, d\u2019aqueduc et de trottoirs: c\u2019est la déchéance de notre classe agricole, le manque d\u2019avenir de la jeunesse rurale, la servitude bilingue, le chômage, la ruine des familles et des âmes.L\u2019agriculture n\u2019enrichit personne, mais elle fait vivre, elle donne les familles qui s\u2019aiment, elle donne la paix sociale; elle pourrait surtout plaider sa cause au nom du salut étemel, de l\u2019état de grâce plus facile qu\u2019à l\u2019usine, aux chantiers, aux hystéries de villes.On ne paiera jamais trop cher la conquête obligatoire.Les $16,000,000 votés en 1945 sont encore intacts, et l\u2019on s\u2019en vante, comme si c\u2019étaient des reliques à ne pas toucher, et non des munitions de vainqueurs, et comme si l\u2019on ne pouvait plus en voter.Faisait-on de même pour les budgets militaires?On se plaint de ne pouvoir acheter de machines pour essoucher, pour drainer les savanes, pour construire des chemins; on n\u2019a pu obtenir d\u2019outillage des Biens de guerre, sur lesquels pourtant les provinces ont une priorité, ni de bulldozers, que des particuliers savent trouver, ni de machines, qu\u2019on pouvait au moins louer.On se plaint \u2014 des chefs qui se plaignent! \u2014qu\u2019un colon coûte $4,000.Or, un lot possède en moyenne une valeur de $6,000 en bois debout, qui pourrait tout payer si on l\u2019exploitait au profit de la terre, non des pillards et des étrangers.Un ingénieur, un bon, un convaincu, pourrait employer des bûcherons professionnels à bûcher avant de faire monter des cultivateurs professionnels pour cultiver.Il vendrait le bois plus cher, paierait le bûchage, le nettoyage des abatis, les constmcteurs professionnels de maisons et de granges, et quand tout serait prêt, des excursions amèneraient les vrais cultivateurs, ceux que le bois décourage.On aurait une colonisation civilisée.Quand les missionnaires-colonisateurs se plaignent, avec raison eux, de ne pas avoir de lots à offrir, on n\u2019en taille pas davantage; on s\u2019excuse en leur renvoyant la balle: « Donnez-nous des colons, vous aurez des lots.» \u2014 En retard, mon ami ! Donnez des lots, vous aurez des colons.Est-ce qu\u2019on garnit un magasin quand les clients sont à la porte?Voilà cinquante ans que tous les congrès demandent « la séparation des lots du domaine forestier », ce grand seigneur de l\u2019accaparement, qu\u2019il s\u2019appelle la Couronne, Price, Fraser ou Brown.Percez des chemins, ouvrez dix, vingt cantons de cinq cents lots, annoncez-les, faites-les voir aux membres de l\u2019U.C.C., de la J.A.C.Organisez cent 326 excursions en chemin de fer ou en autobus.Nous prions le C.N.R.de reprendre ses excursions à un sou du mille.La dernière date de vingt-trois ans.Si l\u2019on veut qu\u2019un aspirant-colon indique le lot qu\u2019il veut, encore faut-il que les lots soient libres, prêts à concéder.Or, on en a peu, et l\u2019on n\u2019en concède qu\u2019après l\u2019ouverture des chemins, et l\u2019on ouvre très peu de chemins.Et l\u2019on a 180,000 jeunes ruraux qui ne savent où s\u2019établir! Ne faudrait-il pas multiplier les secteurs, les fronts de défrichement, les domaines à prendre, partout où il s\u2019en trouve?Des compagnies veulent revendre $1,000 ou $1,500 des lots pillés, ou les échanger pour quatre lots riches en bois.Qu\u2019on fasse plier ce chantage, soit en les taxant, soit en les faisant évaluer par la Commission des Utilités publiques.Les Jacistes prennent leur cause en main.Ils invitent l\u2019aide de la Chambre de Commerce, qui, peut-être influencée par les compagnies revêches, prétend que ce n\u2019est pas de son domaine, comme si mille paroisses nouvelles n\u2019activeraient pas les affaires.C\u2019est l\u2019idée plus intelligente du fabricant de poêles qui veut des colons pour vendre plus de poêles; et de la Chambre du Canada réclamant l\u2019immigration.Que fera-t-on des Canadiens ?Encore des chômeurs, des errants, des graines de révoltés?Faut-il donner raison à ce demi-révolutionnaire qui ne voit que la C.C.F.ou le communisme pour mettre la hache dans les contrats abusifs des trusts du bois?Le bon sens, l\u2019histoire et la charité seraient-ils sans intelligence et sans force?Nous avons perdu le passé faute de défricheurs venus de France; aujourd\u2019hui que deux cent mille recrues sont sur place, on les ignore, on les jette au service de plus fins que nous.C\u2019est tout un problème, c\u2019est presque un malheur que d\u2019être fils de cultivateur chez nous, avec pourtant un espace vital pour dix millions d\u2019âmes, pour mille paroisses nouvelles, et une proportion rurale tombée à vingt pour cent.Si la Pologne, le Portugal ou l\u2019Espagne en étaient là, on désespérerait d\u2019eux.Et nous, resserrés dans notre îlot français, nous piétinons sur place quand les autres avancent.Et c\u2019est notre faute, pas celle d\u2019Ottawa.A défaut d\u2019une vigoureuse directive, les meilleurs éléments de notre peuple, U.C.C., J.A.C., Ligues du Sacré-Cœur et clergé, prennent la cause en main: verra-t-on ce phénomène de troupes qui bousculent les généraux pour remporter des victoires?Ce n\u2019était pas le genre de Napoléon, au dire du vieux grognard: « Il faisait un cercle, comme ça, sur la carte: Ce sera un royaume, et c\u2019était un royaume! » Ici les larges cercles sur la carte indiquent les limites forestières, qui sont des limites à notre conquête.On devra obtenir mieux que des paroles creuses, des lenteurs, de la poudre aux yeux et des calculs au compte-gouttes.On veut Québec aux Québécois, la terre aux terriens: c\u2019est un droit naturel, c\u2019est la politique des peuples normaux.RELATIONS L\u2019EFFORT SOCIAL DE LA SUISSE COLLABORATION OUVRIÈRE-PATRONALE J.du COMMUN Nous profitons des récents congrès ouvriers et du congrès de T Association professionnelle des Industriels pour présenter à nos lecteurs une remarquable étude sur la collaboration ouvrière-patronale.(N.D.L.R.) SI LE PROBLÈME de la collaboration ouvrière-patronale était exclusivement d\u2019ordre matériel, nous n\u2019aurions, pour le résoudre, dans notre pays, qu\u2019à compléter le catalogue \u2014 déjà long \u2014 des mesures dites de politique sociale.Mais, de plus en plus, nous nous rendons compte que, en dépit de l\u2019ampleur et de la valeur de notre législation sociale, l\u2019insatisfaction subsiste.Nous avons bien tenu le coup jusqu\u2019ici et nous avons pu sauver notre paix sociale depuis 1918.Toutefois, force nous est d\u2019en reconnaître la fragilité.Dans plusieurs secteurs de notre économie nationale, les rapports entre patrons et ouvriers restent des rapports diplomatiques: quand tout va bien matériellement, on passe des traités de paix et, quand les affaires vont mal, on se déclare la guerre.Nous n\u2019irons cependant pas jusqu\u2019à prétendre, à l\u2019instar du Dr Knock, que la « santé est un état précaire qui ne présage rien de bon ».Nous pensons même que le renouvellement et le renforcement des clauses de collaboration témoignent d\u2019une véritable évolution des esprits dans de larges milieux ouvriers autant que dans les cercles les plus influents du monde patronal suisse.Mais n\u2019oublions pas le soubassement matériel de ces heureuses manifestations: « la dépréciation du franc suisse de 1936, qui ranima notre économie ».Dès ce moment, notre économie nationale n\u2019a connu ni de vagues de chômage, ni de baisse nominale des salaires.Dans ces circonstances si favorables psychologiquement, la convention de « paix du travail » peut suffire à garantir la collaboration.Mais soude-t-elle suffisamment les deux partis pour leur permettre d\u2019affronter une période de dépression économique ?l\u2019ouvrier non qualifié D\u2019aucuns se permettent d\u2019en douter.Les opposants les plus farouches à cette notion de communauté de destin entre employeurs et employés se recrutent surtout parmi les ouvriers non qualifiés, en particulier dans les entreprises d\u2019une certaine envergure.L\u2019ouvrier non qualifié est forcément plus mal payé que le qualifié; il est astreint à un travail généralement monotone, ne nécessitant qu\u2019une mise au courant de quelques jours, voire de quelques heures; il est moins indispensable à l\u2019employeur que les ouvriers qualifiés et, de ce fait, il est mis à la porte au premier signe de fléchissement puisqu\u2019on peut s\u2019en passer plus facilement et le rem- placer par « n\u2019importe qui ».Il sent qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un pion que l\u2019on déplace à volonté dans l\u2019échiquier économique.Le défaut de formation professionnelle ne le rendant pas indispensable, le manœuvre de la grande usine ne croit pas à cette dignité de l\u2019ouvrier dont on parle tant.Ce genre d\u2019ouvrier-là ne comprend pas le pourquoi des décisions de l\u2019employeur.Il est payé, c\u2019est tout.Pour lui, la communauté d\u2019entreprise est dénuée de sens.Interchangeable, il se désintéresse de la marche d\u2019une communauté particulière dans laquelle il sait, bien souvent, n\u2019être que de passage, communauté où il n\u2019est occupé que grâce au bon vouloir du patron.A ce patron lointain, il attribue une puissance redoutable, des intentions sociales et des arrière-pensées qu\u2019il n\u2019est pas besoin de stigmatiser.C\u2019est le régime de l\u2019indifférence, de la méfiance et de l\u2019hostilité.Dans un tel état d\u2019esprit, il n\u2019est guère possible de parler de paix sociale.Tant que cet ouvrier n\u2019est pas associé mentalement à l\u2019aventure patronale, tant que nos grandes entreprises ne sont pas transparentes, tant qu\u2019on n\u2019arrive pas à rétablir le droit de comprendre, nous n\u2019avons pas résolu le problème du malaise ouvrier.Heureusement, toute une série de patrons ont compris la nature du problème.Nous verrons tout ce qu\u2019on est en droit d\u2019attendre de leurs initiatives.Pour l\u2019instant, je crois utile de poursuivre très rapidement notre diagnostic.COMPLEXE D\u2019INFÉRIORITÉ DU TRAVAILLEUR Au cours de l\u2019hiver passé, en notre qualité de conférencier d\u2019armée, nous avons eu l\u2019occasion de questionner certains ouvriers non qualifiés, qui font carrément profession de foi révolutionnaire et totalitaire.Au premier abord, notre curiosité avait été déçue du peu d\u2019envergure de leurs revendications, qui n\u2019avaient rien de spécifiquement totalitaire: hausse des salaires, assurance-chômage généralisée, extension des lois de protection ouvrière, assurance-vieillesse, etc., revendications que l\u2019on trouve aussi bien chez les « jaunes » que chez les « rouges ».Mais voici qu\u2019un manœuvre de soixante ans environ, bien formé d\u2019ailleurs comme debater, nous déclare: « Je tiens à préciser que nous ne voulons pas les assurances sociales et la sécurité matérielle en général pour les mêmes raisons que les syndicalistes embourgeoisés.Nous ne les voulons pas comme fin en soi, mais comme moyens susceptibles de nous rendre assez indépendants pour pouvoir « envoyer promener le patron », pour n\u2019être plus réduits à l\u2019obligation de capituler immédiatement et sans conditions.» NOVEMBRE 1946 327 Ne plus être un jouet, mais vouloir une sécurité pour retrouver sa dignité et sa liberté d\u2019homme, voilà qui en dit long et qui ne laisse pas d\u2019ailleurs d\u2019être sympathique à maints égards.Et cet ouvrier d\u2019ajouter: « C\u2019est pour n\u2019être plus si totalement dépendants que nous souhaitons l\u2019avènement d\u2019un régime qui enlève à une classe sociale le droit de disposer d\u2019une autre classe sociale.C\u2019est en cela surtout que l\u2019expérience soviétique nous intéresse.» A notre question de savoir si l\u2019ouvrier serait plus heureux et mieux payé sous un régime totalitaire, il réplique: « Je ne me fais pas d\u2019illusions sur le niveau de vie des ouvriers de ces pays-là et il n\u2019est pas impossible que l\u2019établissement d\u2019un tel régime en Suisse ne provoque tout d\u2019abord une compression de nos salaires.Mais nous accepterions de ce régime ce que nous ne voulons pas accepter du régime capitaliste.D\u2019ailleurs, nous ne poserions peut-être pas de revendications de salaires aussi poussées.Nous ne voulons pas de hausses de salaires pour les mêmes motifs que les réformistes, nous ne voulons pas d\u2019augmentations tout simplement pour mieux vivre.Dans votre régime capitaliste, où tout se mesure avec de l\u2019argent, le niveau du revenu constitue la marque de la classe sociale.Si donc nous recherchons une hausse de nos salaires, c\u2019est bien plus pour nous réhabiliter socialement que pour vivre tout simplement mieux, comme de petits bourgeois.Tant que durera votre régime, nous n\u2019accepterons jamais de plafond à nos salaires, ni ce que vous appelez juste répartition.» De telles déclarations, que nous avons d\u2019ailleurs résumées et condensées, font réfléchir.Elles montrent que ces ouvriers-là, bien endoctrinés, n\u2019attendent ni ne veulent aucune « solution ».Ils veulent secouer ce qu\u2019ils considèrent comme un joug, se débarrasser d\u2019un sentiment d\u2019infériorité.Le totalitarisme est le fruit d\u2019un immense complexe d\u2019infériorité.Les grands prophètes qui ont bouleversé le monde ces dernières années ont promis à l\u2019homme de la masse un regain de puissance, une réhabilitation: « Ouvrier, je veux te dégager de ta cangue.Ensemble, nous allons créer notre sort, et non plus le subir! » POUR UNE ÉCONOMIE (( TRANSPARENTE » Autrefois, grâce à leur exiguïté géographique, les circuits économiques et les relations humaines qu\u2019ils impliquent étaient compréhensibles à toute intelligence moyenne; en d\u2019autres termes, l\u2019économie et les relations sociales étaient transparentes.Les ouvriers et les collaborateurs du chef d\u2019entreprise se sentaient ainsi en communauté de destin avec son fournisseur et son client, parce qu\u2019on vivait tout près d\u2019eux, parce qu\u2019on se connaissait.Aujourd\u2019hui, en revanche, l\u2019économie est devenue opaque à cause de sa complexité même; le circuit économique est devenu mondial.On ne connaît plus 328 humainement ses partenaires.On ne se connaît pas dans les usines, le travail est trop fragmentaire et la chaîne de la production s\u2019est démesurément allongée.On se sent éloignés les uns des autres, géographiquement et socialement.On ne comprend plus sa vraie place et son vrai rôle.On ne cherche même plus à comprendre.C\u2019est la règle de la claustration intellectuelle.C\u2019est un appauvrissement spirituel et moral, masqué par l\u2019euphémisme de la spécialisation et de la division au travail.à moins qu\u2019on ne réagisse, ce qui fera l\u2019objet de la deuxième partie de notre exposé.Dans la petite entreprise, la paix sociale va de soi.Les courants totalitaires n\u2019y trouvent presque aucun aliment.Je prends un exemple dans ma propre famille: mon beau-père, décédé récemment, exploitait une entreprise minuscule comptant quatre ou cinq ouvriers.On y fabriquait des brosses, métier que mon beau-père, citoyen français, avait dû apprendre après avoir perdu la vue en 1917.Mais, bien que cette entreprise fût dirigée par un aveugle, on y voyait plus clair qu\u2019ailleurs.Ces ouvriers connaissent aussi bien que le patron \u2014 pour employer de grands mots \u2014 la politique d\u2019amortissement et d\u2019investissement, la rémunération des facteurs de la production, les frais généraux, les revenus de l\u2019employeur, etc.C\u2019est la maison de verre par le fait même de la petitesse de l\u2019entreprise.Ces ouvriers sont syndiqués et affiliés aux partis de gauche, mais jamais il ne leur viendrait à l\u2019idée d\u2019exiger la socialisation de l\u2019entreprise dans laquelle ils travaillent.Pourquoi?Parce qu\u2019ils ne souffrent pas de complexe d\u2019infériorité; ils comprennent, ils courent avec leur chef une aventure commune, il n\u2019y a pas de méfiance car il n\u2019y a pas « la classe qui est derrière ».(Ajoutons que les salaires sont dignes de cette transparence.) DANS LA GRANDE ENTREPRISE En revanche, c\u2019est dans certaines grandes entreprises où le patron n\u2019a pas compris la nécessité de la transparence, où l\u2019ouvrier, même bien payé, n\u2019est pas mis au courant des affaires patronales, que l\u2019on voit naître toutes les théories de nationalisation et de com-munisation.Plus on laisse de points obscurs dans l\u2019esprit de l\u2019ouvrier, plus il a de raisons de méfiance.Plus le patron est lointain, moins la confiance est spontanée.L\u2019ouvrier exige alors des contrôles qu\u2019il ne demande pas dans la petite entreprise.Les ouvriers noyés dans la masse des grandes fabriques souffrent du complexe d\u2019infériorité auquel nous avons attribué le totalitarisme.Ce qui parfois aggrave encore le malaise ouvrier, c\u2019est le régime financier de certaines entreprises.L\u2019ouvrier en veut à la « classe des bailleurs de fonds » qui, selon lui, détermine le cours de l\u2019entreprise, asservit sa direction sans encourir aucune responsabilité sociale directe à l\u2019égard des ouvriers, avec lesquels ces financiers n\u2019ont aucun contact.Dans ces cas-là, l\u2019ouvrier, en RELATIONS attaquant le capital, vise en fait ce que feu le professeur Weyermann, de l\u2019Université de Berne, appelle la « puissance de disposition » sociale du capital.« Collaborer ?Vous plaisantez! Collaborer avec qui ?« Votre collaboration capital-travail est un leurre.Indiquez-nous donc tout d\u2019abord les personnages qui, chez nous, sont les patrons réels; nous ne voulons rien savoir des directeurs impuissants, nous voulons traiter avec les inconnus qui font la pluie et le beau temps, c\u2019est-à-dire avec les détenteurs de capitaux, ceux qui commandent réellement à longue échéance.Tout le reste n\u2019est que fumée.Nous, élément travail, nous devrions collaborer avec Y élément capital?Montrez-nous tout d\u2019abord les vrais patrons, nous ne discuterons pas avant! » Lors d\u2019une grève de courte durée, déclenchée dans une usine genevoise au cours de l\u2019hiver 1941-1942, nous avions demandé à un gréviste militant d\u2019extrême-gauche ce qu\u2019il reprochait au patron; il nous fit la curieuse réponse que voici: « Ce n\u2019est pas au premier chef contre la direction de l\u2019usine que nous faisons grève; le directeur général est un homme relativement agréable et le directeur technique est un bon type.Mais à travers la direction, nous voulons atteindre la classe sociale qui se trouve derrière.» Une déclaration d\u2019une telle envergure est si lourde de signification que nous nous dispensons de tout commentaire.Un autre ouvrier, communiste convaincu, ajoute: « Si un jour nous avions en Suisse un régime soviétique, nous garderions à la tête de notre usine la plupart des directeurs actuels.» Ces sociétés-là sont moins nombreuses qu\u2019on ne le croit.Même dans les entreprises aussi puissantes que Nestlé, on a pu obvier à ce dédoublement par le système de l\u2019union personnelle entre Conseil d\u2019administration et direction générale, de sorte que les employés, lorsqu\u2019ils traitent avec la direction, n\u2019éprouvent pas le malaise auquel nous venons de faire allusion.Ils ont bel et bien devant eux un partenaire qui a le droit de traiter et de s\u2019engager.Cependant, les abus commis dans des entreprises moins saines à cet égard vont probablement contraindre le législateur de demain à prendre des mesures modifiant la structure de la société anonyme.ENTREPRISES « TRANSPARENTES » Mais ce n\u2019est là qu\u2019un des à-côtés du grand problème de la transparence.Il s\u2019agit de faire, même dans les entreprises les plus saines et les plus avancées socialement, un grand effort d\u2019éclairage.Nos entreprises doivent devenir des maisons de verre, car la méfiance peut se répandre sans motif.Dans l\u2019horlogerie, par exemple, nous avons connu des années d\u2019extrême tension sociale.Les patrons faisaient pourtant de lourds sacrifices matériels, mais sans associer mentalement à leur aventure leurs partenaires ouvriers.Qu\u2019arriva t-il ?Lorsque les ouvriers obtenaient des augmentations de salaire, leur réaction n\u2019était pas faite de gratitude: « Faut-il que les patrons en aient pour qu\u2019ils en lâchent comme ça! » Réaction on ne saurait plus décevante à l\u2019égard d\u2019employeurs qui croyaient avoir fait tout leur devoir.C\u2019était la rançon de l\u2019opacité.Aujourd\u2019hui, la situation s\u2019est profondément modifiée; deux délégués ouvriers participent au Conseil supérieur de l\u2019industrie horlogère.Leurs camarades, dans les usines, disposent ainsi, par leur intermédiaire, de deux paires d\u2019oreilles et de deux paires d\u2019yeux pour entendre et voir ce qui s\u2019élabore dans les hautes sphères industrielles.La détente est manifeste; on ne se méfie plus.Certes, les problèmes matériels subsistent, mais ils sont nettement délimités.Les débats sur la technique de la rémunération des facteurs de la production n\u2019entraînent plus de discussions idéologiques sur la socialisation des entreprises.L\u2019économique et le politique ne se confondent plus dans les usines.La politique des salaires n\u2019est plus l\u2019amorce de la politique tout court.Dans les usines mêmes, s\u2019il n\u2019y a pas de co-gestion ouvrière, il y a du moins presque partout des commissions ouvrières ou des délégations du personnel grâce auxquelles l\u2019employé peut être informé de tous les problèmes engageant le destin même de l\u2019employé.PROBLÈME HUMAIN Je me dispense d\u2019énumérer ici toutes les compétences de ces commissions ouvrières, puisqu\u2019on les connaît aussi bien à l\u2019étranger que chez nous.Dans tous les pays industriels du monde, ces formules se font jour.Mais c\u2019est le ton qui fait la chanson.Il faut se rendre compte que le problème de la transparence est un problème non seulement ouvrier, mais humain.Il faut, dans cette matière, une solution totale: non seulement transparence de l\u2019économie nationale, de la branche, de la profession ou de l\u2019entreprise, mais aussi transparence de l\u2019homme.Le problème que nous soulevons ici est un problème de style de vie.« La communauté professionnelle est bien plus esprit que matière.» (Émile Giroud, Lutte syndicale, 8 juillet 1944.) Aussi cet effort de transparence doit-il toucher chaque ouvrier personnellement, dans son activité particulière.C\u2019est pourquoi des industriels suisses (s\u2019emparant de méthodes qu\u2019ils n\u2019ont pas toutes découvertes eux-mêmes mais auxquelles ils ont donné une empreinte plus humaine que partout ailleurs) font depuis quelques années de grands efforts pour rendre à l\u2019ouvrier désintégré les attributs du créateur et la joie de l\u2019homme qui comprend sa place dans la chaîne de la production.Ces efforts ont fait chez nous l\u2019objet d\u2019une littérature abondante.NOVEMBRE 1946 329 Les méthodes en question consistent à lutter contre le fractionnement du travail et les effets immédiats du fractionnement.C\u2019est ainsi qu\u2019on montre aux ouvriers, par le film, par des conférences, par des visites d\u2019autres usines, par des expositions, par des concours, etc., d\u2019où vient la matière qu\u2019ils travaillent et où va ensuite le travail de leurs mains.Dans une entreprise métallurgique, par exemple, on leur fait suivre tout d\u2019abord le travail du mineur, le travail des fondeurs, des lamineurs, etc., jusqu\u2019à celui du cheminot, puis du camionneur, qui amènent les produits semi-finis au seuil de l\u2019usine, puis les premières opérations dans l\u2019usine même.Ainsi la matière que l\u2019ouvrier travaille a déjà une histoire; elle est humanisée.Il se crée un lien invisible entre les travailleurs des divers stades de la production.Ensuite, on fait suivre à l\u2019ouvrier l\u2019odyssée de son propre travail dans l\u2019usine, puis dans le monde entier.Sur le plan commercial et financier, les directeurs réunissent régulièrement leurs ouvriers et employés pour leur exposer toute la politique commerciale et financière de l\u2019entreprise, les soucis et les espoirs de la direction.On affiche dans chaque atelier ce qu\u2019on appelle les « gâteaux », graphiques disposés en tranches où l\u2019ouvrier peut se rendre compte de la part du salaire, des dividendes, etc., dans la rémunération des divers facteurs de la production.L\u2019ouvrier voit alors son travail à travers d\u2019autres lunettes.Il se sent inclus dans une chaîne humaine.Dans certaines entreprises, le fait d\u2019avoir permis à l\u2019ouvrier de comprendre sa place dans la chaîne de la production et toute son importance dans l\u2019ensemble de l\u2019entreprise et de la branche lui a redonné une certaine conscience de sa valeur et de sa dignité.De plus, ces visites régulières ont permis à la femme de l\u2019ouvrier de se convaincre, pour la première fois peut-être, de l\u2019importance réelle de son mari, surtout lorsque « c\u2019est monsieur l\u2019ingénieur qui l\u2019a dit ».L\u2019ouvrier se sent alors réhabilité intérieurement et extérieurement, et nous connaissons certains de ces ménages où de véritables redressements se sont produits à la suite de la bienfaisante initiative de ces patrons clairvoyants.Dans d\u2019autres entreprises, des concours non seulement pour les ouvriers, mais aussi pour leurs enfants, concours portant sur la provenance, l\u2019emploi, l\u2019usage, l\u2019originalité, la destination ou le coût de la production de certaines machines, déploient des effets remarquables.Le soir, le père de famille est assailli de questions et de réflexions, la mère est bien obligée de s\u2019y intéresser également; la marche de l\u2019entreprise et l\u2019essor de la branche sont considérés petit à petit sous l\u2019angle d\u2019un match à gagner en équipe.Il y a des milliers d\u2019autres moyens à la disposition des employeurs; mais leur découverte est bien plus affaire de cœur que de raison.C\u2019est une question d\u2019attitude personnelle et d\u2019ambiance.Un directeur, par exemple, a commencé ses découvertes en consacrant deux soirées par semaine à ses ouvriers; il les invitait par groupes de vingt-cinq à son foyer.Cinquante ouvriers par semaine prenaient de la sorte contact avec lui.En moins de trois mois, il avait ainsi fait la connaissance de six cents ouvriers et les contacts se répètent, apportant chaque fois de meilleures solutions au problème du travail en commun.C\u2019est en se donnant que l\u2019on va de trouvaille en trouvaille.Les charges patronales (dépenses de temps) augmentant considérablement, un service spécial se crée pour développer cette transparence de l\u2019usine.Et pour ce service, le patron choisit des hommes qui, eux aussi, ont éprouvé la salutaire inquiétude fondamentale qui saisit tous ceux qui ont compris la gravité du problème ouvrier.De tels efforts demandent non seulement des sacrifices de temps et d\u2019argent, mais surtout le sacrifice de soi.Nous dépassons ici le problème psychotechnique, car la psychotechnique s\u2019achète.Or, ce sont des sacrifices d\u2019un autre ordre que nous proposons.COMMUNAUTÉ DE DESTIN Il ne s\u2019agit donc pas de mainmise de l\u2019ouvrier à l\u2019aventure patronale de la création.Comme dans une équipe de rowing, il n\u2019y a qu\u2019un barreur, mais tous les rameurs savent exactement et veulent exactement ce que sait et ce que veut celui qui tient le gouvernail; la transparence des intentions, des soucis, des espoirs, des défaites et des succès est totale.Certes, quand on a prouvé à un homme qu\u2019il est indispensable, qu\u2019il n\u2019est pas un « n\u2019importe qui », il s\u2019agit de le traiter matériellement comme un homme indispensable.La transparence exige de l\u2019employeur un esprit de conséquence.Quand on veut être transparent, il faut n\u2019avoir à rougir de rien, surtout en ce qui concerne la rémunération du capital et du travail.Quand on juge un homme indispensable et qu\u2019on lui parle de sa dignité, on ne saurait non plus le laisser tomber à la charge de l\u2019assistance publique aussitôt que les affaires accusent un ralentissement.L\u2019employeur conscient de sa fonction patronale doit appuyer les efforts tendant à assurer la sécurité sociale de son collaborateur.La communauté professionnelle peut assumer ces fonctions.S\u2019il aime vraiment son ouvrier, le patron considérera cette tâche comme un devoir, pour l\u2019accomplissement duquel il n\u2019a pas le droit d\u2019exiger de la reconnaissance.La sécurité sociale relève de la justice et non de la charité.C\u2019est pourquoi nous estimons que la gestion de ce qui est dû est aussi bien affaire du bénéficiaire que du contribuable (gestion paritaire des fonds sociaux).Certes, tout cet effort social se coulera un jour dans des formes juridiques nouvelles.Sans parler du postulat du conseiller national Robert sur l\u2019organisat'on professionnelle, cette nouvelle notion de communauté de destin entre employeur et employé se traduira probablement par la participation des salariés au bénéfice de 330 RELATIONS 1\u2019entreprise sous des formes plus ou moins directes; de telles mesures impliqueraient peut-être une limitation des dividendes.Ces idées bouillonnent actuellement dans les milieux les plus raisonnables de notre population.(Je pense en particulier au fameux congrès que les Jeunes Radicaux ont tenu à Zurich au mois de janvier sous la présidence du conseiller d\u2019État Dietschi, et au cours duquel fut votée une résolution prévoyant la participation des ouvriers au Conseil d\u2019administration de toutes les entreprises d\u2019une certaine envergure.) Il serait oiseux de discuter ici de projets encore mal mûris.Je voulais montrer simplement par là que notre peuple est prêt moralement et intellectuellement à des solutions nouvelles dans la mesure où elles garantissent le libre épanouissement de la personne humaine.INTÉGRATION DE L\u2019HOMME Se sentir membre d\u2019une même famille \u2014 avec tout ce que cela comporte sur le plan matériel \u2014 tel est le but, je dirai même l\u2019idéal.« Là où règne l\u2019esprit de famille, règne le bonheur.» Et cet esprit, on peut le répandre par des moyens appropriés même dans les entreprises les plus vastes et les plus « capitalistes ».Plus encore que le problème de la propriété, c\u2019est celui de l\u2019intégration qui se pose; en effet, il s\u2019agit d\u2019arriver à ce que chacun se conçoive, à quelque degré hiérarchique qu\u2019il appartienne, comme le gérant d\u2019un bien commun.Un vieux serviteur attaché à son maître dira: « mon argenterie, mon château ».Cet accaparement si sympathique n\u2019est-il pas lourd de sens?En arriver là, n\u2019est-ce pas toucher le but ?Le vrai chef est celui qui crée une ambiance telle qu\u2019il fait dire à l\u2019ouvrier non plus « mon boulot », mais « notre travail ».Il faut que nous en arrivions là, si nous voulons que l\u2019ouvrier puisse dire toujours « mon pays ».Dans le domaine économique et social, en fin de compte, les grandes synthèses se font par le cœur.Dans notre vieille Europe, les ouvriers et les employés ont particulièrement besoin, d\u2019une part, d\u2019une lucarne vers le ciel et, d\u2019autre part, d\u2019un ordre communautaire.Le véritable esprit communautaire suppose une collaboration vivante, agissante, progressive.Les ouvriers, autant que les patrons, tiennent à ne pas pousser la collaboration jusqu\u2019à la pétrification.Nous redoutons toutes les formes figées, tant sur le plan social que sur le plan économique.Nous sommes obligés de conserver à nos entreprises toute leur sensibilité conjoncturelle.De ce fait, nous sommes obligés de concevoir un système de sécurité sociale indépendante de toute économie dirigée.Nous ne pourrons pas bloquer les fluctuations conjoncturelles comme peuvent le prétendre de grandes puissances, mais nous pouvons nous équiper socialement et financièrement pour en freiner et en compenser les effets.La Suisse tend à devenir le pays de la compensation.LA PRIMAUTÉ DE LA PERSONNE En résumé, l\u2019effort social de la Suisse tend à faire de chacun de nous le responsable de son prochain.Nous avons pris conscience que nous sommes partie les uns des autres.Le grand problème consiste à découvrir constamment aux patrons et aux ouvriers un but commun, une aventure commune.C\u2019est sous le signe de cette réintégration que se placent tous les efforts tentés actuellement en Suisse par une aile syndicale avancée et par le patronat éclairé.Ces efforts visent à faire des commissions ouvrières, des communautés d\u2019entreprises et des communautés professionnelles, un puissant moyen d\u2019associer employeurs et employés à l\u2019aventure de l\u2019économie nationale.Eu même coup, on substitue l\u2019autodiscipline à la discipline d\u2019État.Le gouvernement peut ainsi confier de grandes tâches nationales communément aux deux parties, lesquelles se trouvent ainsi étroitement liées à la faveur d\u2019un immense effort commun; c\u2019est là le secret de la paix sociale, car « s\u2019aimer, ce n\u2019est pas se regarder les uns les autres, mais c\u2019est regarder ensemble dans une même direction » (Saint-Exupéry).La paix sociale qui en résulte est donc un sous-produit de cette communauté de but et de la communion de pensée qu\u2019elle engendre.De leur côté, dans leurs propres rangs, les syndicats ouvriers font aussi, à côté des revendications matérielles, une place toujours plus grande à cette notion de totalité de la personne, parce qu\u2019ils sentent que le sort de notre « régime de participants » en dépend.Fartout se développent des centres d\u2019éducation ouvrière, des cercles d\u2019études syndicales, des cercles d\u2019études coopératives.Far là, on tâche de maintenir vivantes les facultés laissées en friche au bureau ou à l\u2019usine.On permet à l\u2019ouvrier de comprendre également la vie des communautés dont il doit réellement se sentir coopérateur, de l\u2019atelier jusqu\u2019à l\u2019État.Comme nous l\u2019avons dit, les progrès psychologiques et psychotechniques dans les relations humaines doivent nécessairement s\u2019accompagner de progrès sociaux.Il faut un soubassement matériel à la réintégration ouvrière.Mais toute la politique sociale suisse reste tacitement conçue en fonction d\u2019une fin spirituelle, car aucun pays plus que le nôtre, aucun pays plus que cette Suisse appelée « coopérative des peuples », n\u2019est privé de liens de sang, de race, de langue.C\u2019est pourquoi il faut que nous unissions les hommes par leur sommet, puisqu\u2019en dessous de ce sommet nous n\u2019avons pas grand\u2019chose.D\u2019ailleurs, dans n\u2019importe quel pays, le choix des méthodes proposées pour résoudre la question sociale dépend finalement de l\u2019idée qu\u2019on se fait de la fin dernière de l\u2019individu.L\u2019unité de vue en matière sociale sera assurée le jour où l\u2019on aura partout reconnu en fait \u2014 dans la vie professionnelle et dans la vie politique \u2014 que tous les hommes ont une même source et une même fin, d\u2019où les tentatives de collaboration NOVEMBRE 1946 331 toujours plus fréquentes des Églises et des sociétés culturelles avec les fédérations patronales et ouvrières et les associations économiques en généial.Bien que peu porté à la philosophie, le citoyen suisse doit à son fond de christianisme pratique \u2014 à sa foi en la dignité, en la souveraineté et en la totalité de la personne \u2014 d\u2019avoir échappé à la Vermassung et à toutes les aventures politiques qui en découlent.Nous sommes persuadés que le régime de participants est le seul qui convienne à notre pays, mais nous ne nous cachons pas que c\u2019est ce régime-là qui exige le plus de vertus civiques., c\u2019est-à-dire le plus de vertu tout court.Concilier la morale et la vie, telle est l\u2019aspiration fondamentale de notre peuple de confédérés.Nous cherchons à créer dans notre petit peuple des hommes complets en nous souvenant de l\u2019avertissement de notre compatriote Denis de Rougemont, actuellement aux États-Unis: « Là où l\u2019homme veut être total, l\u2019État ne sera pas totalitaire.» ANN I VERS A 1RES UN MOUVEMENT FAMILIAL EN BELGIQUE Xavier RYCKMANS QUOIQU\u2019ELLE s\u2019étende sur un territoire d\u2019à peine trente mille kilomètres carrés, la population belge atteint plus de huit millions d\u2019âmes.Dans certaines régions denses les habitations se déroulent d\u2019une manière ininterrompue le long des principales routes, et nul ne se douterait que la Belgique est menacée de dépopulation.Malgré des apparences trompeuses, le mal est profond et relativement ancien.Le fléau de la dénatalité a commencé à la fin du dernier siècle.En 1901, le taux des naissances s\u2019élevait encore à 29 par mille; en 1939, à la veille de la guerre, il n\u2019était plus que de 15 par mille.Dans le même laps de temps le nombre annuel de naissances tombait de 200,000 à 128,000.L\u2019excédent des naissances sur les décès est allé sans cesse diminuant.A la veille de la guerre il était devenu insignifiant puisqu\u2019il ne s\u2019élevait plus qu\u2019à 13,000.Actuellement, dans plusieurs centaines de localités, le nombre des décès dépasse chaque année celui des naissances.La situation, sans être favorable dans la région flamande du Nord, est particulièrement inquiétante dans les provinces méridionales.Au lendemain de la première guerre mondiale, un petit groupe d\u2019hommes clairvoyants, préoccupés de l\u2019avenir du pays et émus de la situation matérielle pénible des familles comptant plusieurs enfants, a constitué une association, la « Ligue des Familles nombreuses de Belgique ».Ce mouvement, qui compte déjà à son actif des réalisations importantes, a pris naissance à Ostende, où se tenaient, en août 1920, des « Journées familiales » auxquelles participaient plusieurs groupements français.S\u2019inspirant des initiatives prises en France par « La plus grande Famille » et par l\u2019« Alliance nationale contre la dépopulation », le lieutenant général Lemercier, lui-même père d\u2019une très nombreuse famille, décida la création en Belgique d\u2019une ligue similaire.Celle-ci se présentait comme un mouvement d\u2019intérêt national: ne recherchant pas seulement le bien de ses membres, mais visant à assurer la vitalité et la prospérité de la nation entière, elle s\u2019assignait pour but de travailler à la transformation des institutions et des lois dans un sens favorable à la famille en général et à la famille nombreuse en particulier.S\u2019écartant résolument du domaine de la philanthropie, elle entendait fonder ses revendications à l\u2019égard des pouvoirs publics sur les droits incontestables que possèdent les familles nombreuses en raison des services éminents rendus par elles au pays.ORGANISATION Après les tâtonnements inséparables de toute création de ce genre, la Ligue naissante commença à recueillir des adhésions, qui lui vinrent nombreuses de toutes les régions du pays.Dès la fin de 1921, elle comptait 3,000 membres.Un comité de patronage réunit les plus hautes notabilités de Belgique, avec le cardinal Mercier à la présidence.Les adhésions affluèrent par milliers: après cinq ans, la Ligue comptait 50,000 membres, tous chefs de famille nombreuse.L\u2019été dernier, à son vingt-cinquième anniversaire, elle était devenue une des plus puissantes associations du pays.Forte de 180,000 membres, elle représente au moins 1,500,000 habitants.Association sans but lucratif, elle est dirigée par un conseil d\u2019administration d\u2019une vingtaine de membres que préside encore son fondateur, le général Lemercier.Disposant de tout un réseau de comités régionaux, cantonaux et locaux, la Ligue possède des délégués dans presque toutes les localités du pays.Cette organisation, suffisamment souple, permet aux initiatives de se développer conformément aux nécessités locales.La Ligue groupe des familles de partout, sans distinction de classes sociales, de professions, de religions, de langues, de partis politiques, d\u2019opinions philosophiques ou religieuses.Pour faire partie du groupement il suffit d\u2019être chef d\u2019une famille comptant au moins quatre enfants.Ceux qui ne remplissent pas cette condition peuvent 332 RELATIONS adhérer au mouvement en qualité de membres protecteurs ou adhérents.Jusqu\u2019à présent, malgré quelques tentatives d\u2019organisations rivales, qui ont abouti à des échecs, la Ligue a pu maintenir une remarquable unité.Dans toute la Belgique elle représente seule l\u2019universalité des familles nombreuses, ce qui lui assure un prestige considérable.Les ressources de la Ligue proviennent de cotisations, dons et legs.La cotisation annuelle des membres effectifs est modeste: quarante francs belges; elle donne droit au service du Bulletin mensuel et assure le paiement d\u2019une indemnité en cas de décès du père de famille.AGIR SUR L\u2019OPINION La Ligue s\u2019efforce avant tout d\u2019agir sur l\u2019opinion, afin d\u2019obtenir la réalisation de réformes favorables à la famille.Elle publie un bulletin mensuel à 200,000 exemplaires; elle organise périodiquement des congrès régionaux, nationaux et internationaux.Celui de 1924 fut honoré de la présence du roi Albert, qui, en 1923, dans une lettre retentissante, avait attiré l\u2019attention du pays sur la gravité du problème de la population et de la natalité.Au cours de l\u2019été de 1946, se réunit à Bruxelles un important congrès international qui, malgré les difficultés des communications, groupa plusieurs centaines de congressistes, dont un grand nombre de l\u2019étranger.Une centaine de rapports étudièrent les principaux problèmes de la famille.Déjà, pendant la guerre, la Ligue avait préparé le terrain en constituant une commission d\u2019études composée de personnalités particulièrement compétentes, qui élabora un programme complet de réformes, publié au lendemain de la libération.Pendant vingt-cinq ans la Ligue n\u2019a cessé de lutter pour l\u2019amélioration du sort des familles nombreuses.Les résultats obtenus sont appréciables.Signalons les exonérations ou réduction d\u2019impôts du chef de charges familiales, une réduction de 50% sur le prix des trajets en chemin de fer (75% pour les enfants âgés de moins de dix ans), des allégements en matière de service militaire, des réductions sur les achats dans les magasins, etc.LA « LIGUE )) ET LES ALLOCATIONS FAMILIALES Grâce à une action tenace, la Ligue a contribué dans une mesure importante à faire introduire en Belgique les allocations familiales, créées en France au cours de la première guerre mondiale.En Belgique, la première intervention législative date de 1928; en 1930, le régime des allocations familiales devint applicable à tous les salariés.Enfin, en 1937, les allocations, dont jouissent aussi les fonctionnaires, furent étendues aux non-salariés, de sorte que la Belgique a été le premier pays du monde doté d\u2019un régime complet d\u2019allocations familiales, \u2014 régime à améliorer, car le sort des familles nombreuses demeure encore loin d\u2019être enviable.Aujourd\u2019hui on chiffre par milliards les montants distribués annuellement au titre des allocations familiales, établies suivant un barème progressif d\u2019après le nombre d\u2019enfants à charge.Des octrois de natalité s\u2019élevant à 1,500 francs sont accordés lors de la naissance du premier enfant, et de 750 francs pour les naissances suivantes.Les Caisses de Compensation pour allocations familiales sont alimentées par des cotisations supportées par les patrons, et représentant environ 6% des salaires.Actuellement, il est accordé, par mois, 170 francs pour le premier enfant, 170 francs pour le second, 230 pour le troisième, 300 pour le quatrième, 430 pour le cinquième et pour chacun des enfants suivants jusqu\u2019à l\u2019âge de dix-huit ans.Ainsi, une famille de cinq enfants jouit d\u2019allocations s\u2019élevant à 1,300 francs par mois.Un régime spécial est prévu pour les orphelins, qui touchent de 600 à 800 francs par mois.(On aura remarqué que le taux des alloca-cations en Belgique augmente jusqu\u2019au cinquième enfant à l\u2019encontre de ce qui se passe au Canada, seul pays au monde où le taux est décroissant.Nous avons en son temps dénoncé cette anomalie de la loi canadienne, voir Relations, « L\u2019inexplicable taux décroissant », L.Lebel, S.J., mai 1945.\u2014 N.D.L.R.) Grâce aux excédents dont elles disposent, ces Caisses ont organisé des œuvres annexes: services d\u2019infirmières visiteuses, envois d\u2019enfants débiles en séjours à la campagne, qui rendent de grands services aux familles.Si l\u2019octroi d\u2019allocations familiales se révèle extrêmement bienfaisant, le régime actuel exige cependant de sérieux amendements.Aussi la Ligue des Familles nombreuses réclame-t-elle avec insistance un relèvement substantiel du montant des allocations.Elle voudrait voir réaliser le principe: « A services égaux, niveau de vie égal, quelles que soient les charges familiales », dont elle a fait son mot d\u2019ordre.On est encore loin d\u2019atteindre cet idéal, spécialement pour les travailleurs indépendants, notamment les petits artisans, dont la situation demeure difficile, parce qu\u2019on leur applique un régime spécial avec des allocations très médiocres.LE « FONDS DES ÉTUDES » La Ligue s\u2019est aussi préoccupée d\u2019apporter une solution pratique à deux problèmes qui intéressent au plus haut point les familles nombreuses: le logement et le financement des études.Non contente de formuler des revendications auprès du gouvernement, elle a apporté des solutions concrètes en créant des institutions autonomes: le « Fonds des Études » et le « Fonds du Logement ».Les parents à ressources modestes doivent généralement refuser à leurs enfants l\u2019instruction appropriée à leurs capacités ou à leur condition sociale.La Ligue, émue de cette situation, a créé le « Fonds des Études », institution autonome pourvue d\u2019une admi- NOVEMBRE 1946 333 nistration et de moyens financiers indépendants.Il s\u2019agit en réalité d\u2019une caisse de prêts, fournissant aux parents, sous forme de prêts remboursables à long terme, par annuités, l\u2019aide pécuniaire nécessaire pour couvrir les frais des études.Aucune garantie réelle n\u2019est exigée des emprunteurs: l\u2019enfant s\u2019engage conjointement avec le chef de famille et contracte l\u2019obligation de ratifier à sa majorité les engagements souscrits à son profit.Après avoir débuté avec des ressources très modestes alimentées par des dons privés, le Fonds a bénéficié de subsides gouvernementaux et plus tard remboursables atteignant actuellement environ 5 millions de francs par année.Au modeste taux d\u2019intérêt de 2K% s\u2019ajoute un léger supplément destiné à couvrir la prime d\u2019assurance qui permet l\u2019extinction de la dette en cas de décès du jeune bénéficiaire.Les prêts s\u2019appliquent à toutes les études postprimaires: moyennes, normales, professionnelles, universitaires, etc.Quant aux montants, ils varient de 1,000 à 9,000 francs par année d\u2019étude.L\u2019étendue de l\u2019aide apportée aux familles est bien mise en lumière par le succès remporté.Jusqu\u2019à présent le Fonds a accordé des prêts à 7,373 enfants pour un total de 37 millions de francs.Tout récemment il a créé une forme nouvelle de prêts pour réagir contre la vogue exagérée des études conduisant à des carrières intellectuelles trop encombrées.Voulant favoriser les études professionnelles et la formation d\u2019ouvriers spécialisés et d\u2019artisans, dont la pénurie se fait sentir en Belgique, le Fonds accorde des prêts destinés à dédommager les parents de la perte du salaire que l\u2019enfant aurait gagné normalement pendant les deux ou trois années d\u2019études professionnelles.Cette activité, qui en est encore à ses débuts, obtient déjà la faveur des familles, et les pouvoirs publics lui ont accordé leur appui financier.LE (( FONDS DU LOGEMENT )) De son côté, le « Fonds du Logement », également autonome au sein de la Ligue, a pour but de fournir les moyens d\u2019acquérir un foyer.Four une famille modeste, pareille acquisition est généralement impossible, parce que toutes les ressources sont absorbées par les besoins du ménage et ne permettent pas les économies nécessaires.Le Fonds du Logement s\u2019efforce de combler cette insuffisance de ressources en fournissant une avance complémentaire qui s\u2019ajoute au prêt principal d\u2019un premier créancier hypothécaire; il se contente généralement d\u2019une seconde hypothèque ou de cautions.Le remboursement se fait par mensualités égales à long terme.Un contrat d\u2019assurance-vie couvre les risques d\u2019un décès prématuré du débiteur.L\u2019intérêt est de 3lA%.L\u2019intervention du Fonds est prévue pour l\u2019achat, la construction et l\u2019embellissement des habitations.Le Fonds a déjà accordé 7,657 prêts, pour un total de près de 60 millions de francs belges.Tout permet de prévoir que, pendant les années à venir, le Fonds du Logement va prendre un grand essor, car le pays doit parer à la pénurie de logements.Dès à présent les projets sont au point et une intervention importante des pouvoirs publics contribuera à faciliter la tâche du Fonds.PROGRAMME POUR L\u2019AVENIR Au cours de ses premiers vingt-cinq ans, la « Ligue des Familles nombreuses de Belgique » a pu réaliser une partie importante de son programme.Pour réussir elle a dû vaincre bien des oppositions et dissiper beaucoup de préjugés.La tache à accomplir reste grande, mais on peut prévoir que la Ligue n\u2019y faillira pas.Une campagne dont on attend de grands résultats va bientôt éclairer l\u2019opinion publique sur les ravages que la dépopulation exerce et préparer la voie aux réformes qui s\u2019imposent.En même temps, sur le plan international, la Ligue s\u2019efforcera de multiplier les contacts avec les groupements familiaux étrangers, et de créer un organisme permanent qui permettra des échanges d\u2019informations fructueux, en attendant une coordination plus complète des efforts accomplis dans le monde pour la restauration morale et matérielle de la famille.Politique internationale L\u2019ORGANISATION DE LA PAIX M WILLIAM RAPPARD.dont le nom n\u2019est mentionné que rarement à la première page des journaux, est * certainement un des hommes dont l\u2019activité a le plus contribué au développement des institutions internationales et au progrès du droit des gens.Professeur à l\u2019Université de Genève et directeur-fondateur de l\u2019Institut universitaire des Hautes Études à Genève qui forme des diplomates et des fonctionnaires internationaux, M.Rappard est, depuis un quart de siècle, le conseiller attitré du gouvernement suisse dans le domaine des relations internationales.Il représente son pays dans de nombreuses organisations internationales nées à la fin de la guerre de 1914-1918.Sa science et son dévouement à ces institutions ont beaucoup aidé à façonner les règles juridiques qui ont assuré leur fonctionnement.C\u2019est encore comme représentant du gouvernement helvétique que M.Rappard a participé à la Conférence internationale du Travail qui s\u2019est tenue récemment à l\u2019Université de Montréal.Grand universitaire, il a bien voulu accepter de faire à la Faculté des Sciences sociales, économiques et politiques une conférence sur l\u2019organisation de la paix dont nous retraçons ici la pensée générale.La situation internationale est marquée, depuis le xixe siècle, par deux traits caractéristiques.D\u2019une part, le progrès dans le domaine économique a rendu la coopération entre les nations plus étroite et plus indispensable.Aucune économie nationale ne peut plus se satisfaire à elle-même; chaque pays a besoin du concours de tous pour satisfaire 334 RELATIONS aux besoins de ses habitants.La formation de cartels internationaux n\u2019est qu\u2019une des manifestations du besoin de coordination internationale des activités économiques.D\u2019autre part, le principe des nationalités joue un rôle de plus en plus décisif dans les relations politiques entre les Etats.Chaque nation entend conserver son indépendance.Chaque minorité nationale entend créer son organisation politique propre, autonome et souveraine.En conséquence, les nations n\u2019admettent pas encore l\u2019idée qu\u2019une décision qui les intéresse toutes soit prise à la majorité des voix.On maintient l\u2019ancien principe du droit des gens selon lequel les États ne sont soumis qu\u2019aux obligations souscrites par eux-mêmes.Or, le principe démocratique est la base de la paix sociale et internationale.Dans toute société, politique ou non, il est admis que la volonté de la majorité est l\u2019expression de la volonté commune.Seul le domaine international reste réfractaire à l\u2019application de ce principe.D\u2019où la difficulté d\u2019assurer une paix permanente.Pourtant, le désir d\u2019organiser la paix mondiale est vieux comme le monde.(Sur ses différentes manifestations et réalisations au cours de l\u2019histoire, voir Ledoux, « A la recherche d\u2019une fédération mondiale », Relations, octobre 1946, et R.H.Mankiewicz, « The Growth of the International Idea », Catholic Review, Changhaï, 1946.) Les horreurs de la guerre de 1914 \u2014 qui ne faisaient pas prévoir celles de la deuxième guerre mondiale \u2014 ont donné une nouvelle impulsion aux mouvements idéologiques et politiques tendant à établir une organisation internationale qui rendrait la guerre impossible.La Société des Nations a été le fruit de ces efforts.Elle n\u2019a pas réalisé tous les espoirs que le monde de 1919 fondait sur sa création.Et c\u2019est ainsi qu\u2019on se demande de nouveau par quel moyen il serait possible d\u2019exterminer la guerre d\u2019une manière définitive.Quatre solutions se présentent à l\u2019esprit: 1° La paix dans l\u2019isolement; 2° La paix de coopération libre entre les nations; 3° La paix de domination; 4° La paix fédérale.L\u2019histoire politique de l\u2019humanité nous fournit des échantillonnages de chacune de ces « paix ».Dans la paix de l'isolement, chaque nation entend se suffire à elle-même.Elle vit en vase clos, sans rapport avec ses voisins.C\u2019est le système qui existait jadis à l\u2019époque des tribus primitives et qui survit parfois chez les peuples nomades.Chaque unité économique et politique évolue dans son orbite.Mais c\u2019est un système qui n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui parce que l\u2019autarcie économique n\u2019est plus réalisable pour une nation moderne.La paix de coopération libre entre les peuples est certainement l\u2019état idéal.Mais c\u2019est un idéal si difficile à réaliser qu\u2019il n\u2019a jamais duré bien longtemps.La paix de domination était réalisée dans l\u2019Empire romain.Pendant de longs siècles, la Pax Romana avait maintenu la coexistence paisible des peuples soumis à Rome.La Pax Germanica était le but du Saint-Empire.Plus récemment, c\u2019est cette paix de domination qui a été recherchée par les États totalitaires, partis en guerre pour créer un monde hiérarchisé, dominé par eux.Reste donc la paix de fédération.Elle suppose que toutes les nations se soumettent à la direction d\u2019un homme ou d\u2019un organisme librement choisi par elles.Le Saint-Empire a été, dans une certaine mesure, le premier à réaliser cette paix.Aujourd\u2019hui, les principes de la nationalité et de la souve- NOVEMBRE 1946 raineté posent le plus grand obstacle à l\u2019organisation de cette paix, pourtant désirée par tous.On avait pensé que la Société des Nations assurerait la paix mondiale par la fédération de ses membres.En fait, aucun État n\u2019a jamais admis la souveraineté de la Société des Nations, ni ne lui a donné le droit de prendre des décisions politiques à la majorité des voies.Aussi était-ce plutôt la paix par l'organisation de la sécurité collective qu\u2019on a essayé de fonder sur les stipulations du Covenant et les traités élaborés à sa suite.La pierre angulaire de cette sécurité collective était l\u2019article 10 de la Charte de Versailles.Toutes les nations membres de la Société s\u2019étaient engagées à renoncer à la guerre et à prendre des mesures communes contre l\u2019État qui violerait cette obligation.L\u2019union devait se faire contre l\u2019ennemi commun.La réalité, hélas, fut tout autre; et c\u2019est ainsi qu\u2019on a essayé \u2014 avant même que la guerre ne fût terminée \u2014 de jeter les bases d\u2019une nouvelle organisation, connue sous le nom des Nations-Unies.La charte des Nations-Unies se distingue profondément de celle de la Société des Nations.Lorsqu\u2019on l\u2019analyse de près, on constate qu\u2019elle prévoit une paix de domination assurée par l\u2019entente des cinq Grandes Puissances plutôt qu\u2019une paix de collaboration sur une base démocratique.L\u2019entente entre les grands semblait facile aux heures de la guerre, quand la Charte de San-Francisco a été élaborée.Dès aujourd\u2019hui, elle est mise à l\u2019épreuve; le droit de veto accordé à chacune des grandes puissances menace de paralyser toute activité politique des Nations-Unies.Pourtant, ce droit est l\u2019échine même de la nouvelle organisation.Les auteurs de la Charte ont, en effet, dû se rendre compte que, dans le monde actuel, seul le concert des cinq Grands peut assurer la paix universelle.La Charte des Nations-Unies est encore, sous d\u2019autres aspects^ beaucoup moins démocratique que le Covenant.Les petits États doivent se plier aux décisions des grands.Cette solution peut paraître peu conforme à l\u2019esprit démocratique moderne; pourtant, elle se comprend.Les petites nations ne peuvent se défendre contre l\u2019agresseur que si elles sont aidées par les grandes.On comprend donc facilement que celles-ci entendent rester maîtresses absolues des décisions dont dépend la guerre ou la paix.On a souvent dit, conclut M.Rappard, que l\u2019organisation technique de la paix importe peu: la paix du monde sera automatiquement assurée lorsque le cœur des hommes aura changé, quand personne ne voudra plus faire la guerre mais s\u2019entendre avec son voisin.Or, le cœur des hommes n\u2019a pas encore changé.C\u2019est pour cela que nous avons l\u2019obligation de rechercher les moyens juridiques susceptibles d\u2019imposer la paix aux hommes de mauvaise volonté.Certes, il ne faut pas se faire d\u2019illusion sur l\u2019efficacité immédiate de ces moyens.Le souhait qu\u2019on peut exprimer à la veille de l\u2019Assemblée générale de la nouvelle organisation est encore celui qu\u2019avait formulé l\u2019évêque auxiliaire de Genève quand le Secrétariat de la Société des Nations venait le saluer en 1921 : « Messieurs, vous entreprenez une tâche à laquelle Notre-Seigneur s\u2019était attelé voici deux mille ans.Espérons que vous réussirez mieux.» R.-H.Mankiewicz.DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS Les Canadiens français d\u2019Essex et de Kent\u2014F.-X.Chauvin.Placements familial et institutionel \u2014 Albert Plante.L\u2018anglais est-il la clef du succès ?\u2014 Victor Soucisse.Le mouvement familial en France \u2014 S.de Lestapis.335 L\u2019AVENIR EST AUX JEUNES AVEC OU SANS GRANDES FAMILLES À L\u2019HONNEUR VOICI QUELQUES CHIFFRES intéressants tirés d\u2019une étude statistique que M.John E.Robbins, du bureau fédéral de la Statistique, a faite pour le compte de la Commission nationale de la Jeunesse: Le Québec est beaucoup plus jeune que l\u2019Ontario: Moins de 15 ans 15 à 24 ans 25 ans et au-dessus Québec.1,062,813\t655,430\t1,613,639 Ontario.924,243\t663,104\t2,200,307 L\u2019Ontario (3,787,655) dépasse en population le Québec (3,331,882) de plus de 400,000 âmes.La différence entre les deux provinces est atténuée par le grand nombre des Franco-Ontariens, si l\u2019on en juge par le tableau suivant.Les deux groupes au pays divisent ainsi leurs effectifs, quant à l\u2019âge: Moins de 15 ans 15 à 24 ans 25 ans et au-dessus Britanniques.23.4%\t17.7%\t58.9% Français.34.0%\t20.2%\t45.8% De même, la répartition par dénomination religieuse indique que les catholiques sont plus jeunes que leurs compatriotes protestants: Moins de 15 ans Catholiques.32.8% Eglise-Unie.24.5% Anglicans.22.6% Presbytériens.20.3% 15 à 24 ans 25 ans et au-dessus 20.0%\t47.2% 18.1%\t57.4% 17.5%\t59.9 16.0%\t63.7 % LES ANGLO-CANADIENS ET NOUS NOUS SOMMES toujours heureux de signaler les textes où nos compatriotes anglo-canadiens font preuve de compréhension à notre égard.L\u2019un des derniers en date, et aussi l\u2019un des meilleurs, est l\u2019article de M.Stewart C.Easton paru dans la Saturday Night du 12 octobre.M.Easton, dont l\u2019article est intitulé: Canada's majority may be French-speaking, rappelle d\u2019abord les statistiques vitales du pays et indique l\u2019accroissement de la minorité canadienne-française.Il envisage ensuite les alternatives qui s\u2019offrent aux Anglo-Canadiens: ne rien faire, essayer d\u2019étouffer les Canadiens français tandis qu\u2019ils possèdent encore la majorité, stimuler l\u2019immigration britannique, encourager les naissances.Enfin, dernière branche à l\u2019alternative: « Nous devrions admettre, une fois pour toutes, que nous sommes un peuple bilingue, une confédération de deux peuples, dont chacun possède sa langue et sa culture.Nous devrions considérer les Canadiens de langue française comme de véritables partenaires, et admettre leur religion et leur langue.Ceci veut dire que nous devons nous débarrasser pour toujours de toute forme de discrimination anti-catholique ou anti-française.Plus encore, nous devons tous devenir bilingues et nous familiariser avec les deux cultures dominantes, de sorte que tout Canadien puisse se sentir chez soi en tout coin du pays.Le bilinguisme, pour nous, aujourd\u2019hui, veut simplement dire que les Canadiens français doivent apprendre notre langue.« Au Canada, la langue française n\u2019est pas et ne sera jamais une langue étrangère entre plusieurs autres.C\u2019est la langue d\u2019une minorité puissante et grandissante de notre peuple, et l\u2019une des deux langues officielles du pays.Il n\u2019est pas concevable qu\u2019on puisse l\u2019éliminer.Si une telle politique était possible en 1759, elle est maintenant vouée à un échec certain.« Nous devrions savoir nous enorgueillir du haut fait extraordinaire de nos compatriotes de langue française, qui ont su conserver leur religion et leur langue pendant deux cents ans sans aucun appui de l\u2019extérieur, tout en se multipliant presque par cent.C\u2019est une saga unique dans l\u2019histoire\u2014 et c\u2019est le fait de nos propres compatriotes! » COMMENTAIRES ÉTAT ET NATIONALITÉ Le Souverain Pontife a adressé le 15 septembre dernier, aux catholiques suisses, un radio-message dont plusieurs passages offrent aux Canadiens, à cause de nombreux points de ressemblance entre les deux pays, un sujet de profonde méditation (le Devoir, 11 octobre 1946): A NOTRE ÉPOQUE où le concept de nationalité de l\u2019État, exagéré souvent jusqu\u2019à la confusion, à l\u2019identification des deux notions, tend à s\u2019imposer comme un dogme, le cas de la Suisse, exceptionnel, fait, aux yeux de certains, figure de paradoxe: il devrait bien plutôt donner à réfléchir.Située géographiquement au point d\u2019intersection de trois civilisations nationales puissantes, la Suisse les embrasse toutes les trois dans l\u2019unité d\u2019un seul peuple.En un temps où le nationalisme semble dominer presque partout, elle qui, plutôt qu\u2019un État national, est une communauté politique transcendante, jouit de la tranquillité et de la force que procure l\u2019union entre les citoyens, et nul peuple peut-être n\u2019a plus d\u2019amour pour le foyer et pour la patrie que le peuple suisse, nul n\u2019a plus vive et plus profonde la conscience des devoirs civiques.La vigueur, la puissance créatrice, que d\u2019autres pensent trouver dans l\u2019idée nationale, la Suisse la trouve, elle, à un degré tout au moins aussi élevé, dans l\u2019émulation cordiale et dans la collaboration de ses divers groupes nationaux.Vous êtes fiers du caractère démocratique de votre pays et vous avez raison d\u2019en être fiers, car la démocratie, chez vous, n\u2019est point une construction artificielle: elle est le fruit longuement mûri de l\u2019expérience des siècles; elle harmonise heureusement les avantages et les bienfaits de l\u2019au- tonomie fédérative avec ceux du pouvoir central.Grâce à Dieu, vous ne voulez pas faire des formes démocratiques une idole, vous avez conscience que l\u2019âme de tout État, quel qu\u2019il soit, c\u2019est le sens intime, profond, du bien commun; c\u2019est le souci non seulement de se procurer à soi-même la place au soleil, mais de l\u2019assurer aux autres, chacun dans la mesure de ses obligations et de ses responsabilités personnelles.C\u2019est à quoi vise, autant que la loyauté et la justice, une saine et profitable politique sociale, génératrice de paix et de prospérité.Le mot liberté sonne franc chez vous.Or, la vraie liberté, celle qui mérite vraiment ce nom et qui fait la félicité des peuples, n\u2019a rien de commun avec la licence effrénée, le débordement du dévergondage; la vraie liberté est, tout au contraire, celle qui garantit la profession et la pratique du vrai et du juste dans le domaine des commandements divins et dans le cadre du bien public.Elle a donc besoin de justes limites, et ce fut la gloire de vos aïeux d\u2019avoir pourvu par de sages et fortes règles à la défense et à la sauvegarde d\u2019un bien si précieux.En ce temps où nous assistons au glissement même de civilisation délicates et raffinées vers une décadence dans laquelle, l\u2019une après l\u2019autre, elles risquent de s\u2019abîmer, souvenez-vous que, pour conserver pure, intacte, la fleur d\u2019humanité qui fait l\u2019honneur de vos institutions et de vos mœurs, vous avez besoin de ces forces supérieures que seule la foi chrétienne est capable de donner aux peuples comme aux individus.Car, en vérité, seules la doctrine, la foi, la grâce de Jésus-Christ assurent aux peuples le fondement durable de leur existence, de leur progrès, de leur prospérité, de la paix.« COUP DE CLAIRON POUR LA LIBERTE ! » M.H.W.Prentis, industriel de Lancaster (Pennsylvanie), a fait sous ce titre à Montréal une conférence remarquée, dont le Star, à la demande de nombreux lecteurs, a donné le texte in extenso (7 octobre 1946).Voici la traduction d'un des passages les plus significatifs, qui répond à la question que vient de poser l'orateur: « Comment rendre dynamique la démocratie?» I LE SEIGNEUR ne bâtit la maison, en vain les ouvriers y travaillent-ils.Pendant des centaines d\u2019années, nos ancêtres communs ont regardé la Bible comme la charte de la liberté.Ils y ont trouvé leur croyance passionnée en la sainteté de l\u2019âme individuelle aux yeux de Dieu.Avec ce concept comme fondement, ils ont bâti la structure tripartite sur laquelle notre liberté individuelle repose, aujourd\u2019hui, en Amérique du Nord: la démocratie représentative, en affaires la libre concurrence, et la liberté civile et religieuse.Ce trépied de la liberté est notre précieux héritage.Et toute la structure de notre société, ne l\u2019oublions jamais, repose sur le concept spirituel de la sainteté de la personne humaine, concept qui est commun aux trois grandes religions qui se partagent notre groupe \u2014 catholicisme, protestantisme et judaïsme \u2014 et qui est nié par tous les collectivistes, en pratique sinon toujours en théorie.Aussi, ne devrions-nous pas mettre tous nos efforts à raviver la foi religieuse qui nous a apporté les immenses bénédictions de la liberté ?Le sens commun nous y invite, à défaut de motifs plus élevés.Les États socialisés, pour réussir dans leurs plans à longue échéance, ne peuvent tolérer d\u2019obstruction.D\u2019où contrôle de tous les moyens de propagande: radio, presse, cinéma, école et église.Nous avons vu les terribles résultats de ce collectivisme en Italie, en Allemagne et en Russie.Nous ne devons jamais lui permettre, soit par légèreté, ou par ignorance, ou par largeur bien intentionnée mais imprudente, ou enfin par crainte, de prendre pied en Amérique du Nord.Ce que cela réclame ?\u2014 Du courage.« Le secret de la liberté est dans le courage », a dit Périclès.Le maintien du type de vie politique dont nous jouissons, au Canada et aux États-Unis, réclame plus d\u2019application intelligente, plus d\u2019effort personnel, plus de sacrifice continuel, plus de vrai patriotisme que toute autre forme de gouvernement.Aussi devons-nous nous garder de ce que lord Bryce considérait comme la grande faiblesse de la démocratie: « Le fatalisme de la multitude, un certain sens de l\u2019inutilité de l\u2019effort individuel.» L\u2019égoïsme, le cynisme, la basse complaisance, le désir humain d\u2019échapper aux réalités, tout cela apporte inévitablement sa triste récompense.Il ne peut y avoir aucun lâchage, dans la bataille pour que le Canada et les États-Unis demeurent les deux grands boulevards de la liberté.ML\u2019ABBÉ ALBERT TESSIER a déjà publié dans notre revue une étude sur les familles nombreuses en * prenant pour base de son enquête un groupement de jeunes filles qui poursuivaient des études avancées.Dans le Centre Saint-Germain d\u2019octobre, M.l\u2019abbé Louis Lévesque, directeur du grand séminaire de Rimouski, nous donne des chiffres du même genre sur les familles de ses élèves, étudiants en théologie.Sur 42 séminaristes que comptait l\u2019an dernier le grand séminaire de Rimouski, 30 proviennent de familles de dix enfants ou plus (10 sont de familles de quinze enfants ou davantage!).Sur les 14 nouveaux de l\u2019entrée de septembre 1946, 9 sont de familles qui comptent dix enfants ou plus.La moyenne d\u2019enfants est, pour le premier groupe, de 11.4 par famille, et celle du deuxième groupe, sensiblement égale, de 11.3.Un séminariste a 65 neveux et nièces.Plusieurs en ont 50, 40, 30.C\u2019est un grand honneur pour une famille chrétienne de posséder un prêtre parmi ses enfants.Nos familles nombreuses semblent les mieux récompensées.Et combien auraient été privées de cet honneur, si les parents s\u2019étaient abandonnés à l\u2019égoïsme des théories modernes de limitation des naissances.POUR COMBATTRE LE COMMUNISME Le péril communiste doit être combattu par une attitude sociale positive, et non pas seulement par de Vanti-communisme, selon ce que vient de répéter avec force S.Exc.Mgr Bernard J.Sheil, évêque auxiliaire de Chicago, au cours d'une causerie faite à la Foreman\u2019s Association of America, à Chicago, le 27 septembre dernier.Voici quelques passages traduits par C.I.P.: IA SOURCE du communisme n\u2019est pas dans les exigences raisonnables d\u2019une justice et d\u2019une liberté vraies; la source du communisme, c\u2019est le refus de justice de la part des puissants de la terre.Nous ne vaincrons pas le communisme par la peur ou l\u2019hystérie.Le communisme ne sera vaincu que par un programme efficace et positif de justice sociale pour tous.Par conséquent, vous ne vaincrez pas le communisme en refusant aux ouvriers leur pleine part des richesses nationales.Vous ne vaincrez pas le communisme par des campagnes contre les unions ouvrières; ou par des accusations de « communisme » contre la législation sociale en général.Vous ne vaincrez pas le communisme en accusant tous ceux qui ne sont pas de votre avis d\u2019être des communistes; ni en soutenant des doctrines économiques qui n\u2019ont réussi qu\u2019à donner à l\u2019injustice un royaume mondial.On ne guérira pas le communisme en prônant d\u2019antiques théories sociales qui rappellent plutôt l\u2019esclavage qu\u2019un vingtième siècle qui se croit éclairé.Vous vaincrez le communisme en rendant votre pays si beau que les gens ne prendront plus à ses maximes qu\u2019un intérêt académique.Parce que l\u2019attrait communiste est fondamentalement un attrait économique, nous pouvons lui porter le plus formidable coup en organisant notre économie de façon qu\u2019elle puisse fournir à tous les hommes la sécurité économique qu\u2019ils désirent si profondément.Aujourd\u2019hui, nous sommes à un sommet de prospérité et d\u2019embauchage jamais vu dans notre histoire.Pourtant, ce n\u2019est pas assez.Il existe encore des millions de nos gens qui n\u2019obtiennent pas encore leur pleine part de la richesse nationale.336 RELATIONS NOVEMBRE 1946 337 Au fil du mois Le collège de Sudbury Sous le haut patronage de S.Exc.veut s\u2019agrandir.\tMgr Dignan, évêque du Sault- Sainte-Marie, et avec l\u2019encouragement du clergé de langue française du diocèse, les anciens élèves et les amis du collège du Sacré-Cœur de Sudbury ont entrepris de trouver, par le moyen d\u2019une grande souscription, les fonds nécessaires à l\u2019agrandissement de l\u2019institution.Fondé en 1913, le collège compta dès la première année 94 élèves.Deux ans plus tard, il en avait 145.Depuis lors, c\u2019est l\u2019ascension presque ininterrompue.Aujourd\u2019hui, la maison a bien de la peine à loger ses 360 élèves dans des locaux agrandis en 1926 pour une population scolaire maximum de 200! C\u2019est compréhensible.Grâce à des états de service remarquables, le collège attire des élèves de tout l\u2019Ontario, et même du Nord du Québec.Sa couronne d\u2019anciens élèves lui donne le droit d\u2019être fier, en particulier une centaine de prêtres et de religieux et autant d\u2019hommes des professions libérales, pour ne rien dire d\u2019autres auciens nombreux qui se distinguent dans diverses carrières.La présente souscription veut aider le collège à étendre davantage les bienfaits de son œuvre.L\u2019avenir semble prometteur.Les communications de plus en plus faciles font de Sudbury un centre aisé à rejoindre de toutes les parties de l\u2019Ontario et des régions neuves du Québec.De plus, la minorité franco-ontarienne que dessert le collège devient d\u2019année en année plus nombreuse et plus vigoureuse, exigeant les services d\u2019un collège classique pour se donner des chefs et répondre aux besoins culturels de l\u2019élément canadien-français de l\u2019Ontario.Le collège de Sudbury est une de ces institutions-drapeaux qui rendent au centuple à la population où elles sont plantées les sacrifices faits en leur faveur.Nous souhaitons plein succès à la souscription en cours et la réalisation du rêve entrevu, d\u2019un collège plus grand, plus moderne, plus capable de servir.La Semaine sociale\tLes Semaines sociales du Ca- nada ont tenu leur vingt-troisième session annuelle à Saint-Hyacinthe du 26 au 29 septembre, la mieux réussie des trois Semaines qui ont eu lieu dans la capitale mascoutaine (les deux autres: 1928, 1937) et l\u2019une des plus brillantes de toutes les sessions.Le sujet à l\u2019étude était d\u2019une actualité brûlante et d\u2019un intérêt capital: la jeunesse.Dans une lettre autographe au R.\tP.Archambault, s.J., président des Semaines sociales, S.\tS.Pie XII marquait sa vive joie du choix de ce sujet, car, pour refaire le monde, pour réédifier la société, ne faut-il pas commencer par les jeunes générations qui seront les hommes de demain ?Les cours et conférences ont retourné le problème sous toutes ses faces pour en faire jaillir les lignes de force d\u2019une action vigoureuse et éclairée de la part des jeunes sans doute, mais surtout des moins jeunes.A ces derniers incombe la responsabilité essentielle de préparer une jeunesse nombreuse et vigoureuse aux tâches de demain, et d\u2019autre part de préparer la société elle-même à accueillir, comme une mère prévoyante, la génération qui monte et qui continuera le pays.Pendant les trois jours de la session, une assistance nombreuse s\u2019est pressée dans la salle académique de l\u2019historique séminaire de Saint-Hyacinthe pour suivre, à la suite de maîtres éminents, le déroulement d\u2019une doctrine et d\u2019une information d\u2019autant plus précieuses et actuelles, que les problèmes de la jeunesse, de son éducation, de sa formation 338 professionnelle et surtout de son établissement s\u2019imposent de plus en plus à l\u2019opinion publique et aux gouvernants, comme en fait foi par exemple la création récente d\u2019un ministère de la Jeunesse à Québec.La Semaine sociale de Saint-Hyacinthe a bien mérité de la société canadienne et québécoise.Il faut la féliciter de son travail et l\u2019en remercier.Nouvelles modes La critique est toujours d\u2019actualité chez certaines gens qui se jurent catholiques, qui écrivent parfois dans les journaux et qui ne trouvent de défauts que chez les catholiques: éducation arriérée, fascisme, réaction, clergé ci, clergé ça.Est-ce tactique de démolition ou mode peu élégante que de frapper sur les bons gardiens pour créer des alibis, détourner l\u2019attention de ce qui se mijote et laisser le champ libre à la propagande qu\u2019on devine?Une note signée Bessières dépeint le genre dans la Croix de Paris: Après les jupes courtes, les jambes nues, les ongles rouges, est-ce la mode des catholiques communiants, anti-cléricaux et mangeurs de curés?Des Pères de l\u2019Eglise en veston blâment l\u2019Église de n\u2019avoir pas devancé Marx et Staline avec le nouveau Sermon sur la Montagne: La fin justifie les moyens; l\u2019utile prime le juste, le beau, le bien, le vrai; l\u2019homme a besoin de se contredire, de se déguiser, comme le serpent qui change de peau.Ces tueurs de lions ne bâtissent rien que des papiers, mais ils citent Péguy.Alors, qu\u2019ils citent donc ceci: On ne saura jamais ce que la peur de ne pas paraître assez « avancé » aura fait commettre de lâchetés à nos Français.Honte à qui a honte, à qui renierait son Dieu pour ne point faire sourire les gens d\u2019esprit; honte à qui demande pardon d\u2019avance pour Dieu.On voit dans le ciel infiniment plus de petites gens que de directeurs de revues.Flatter les vices du peuple est encore plus lâche et plus sale que de flatter les vices des grands.\u2014 L\u2019Église prend au sérieux la notion de progrès, mais elle ne croit pas tout perdu si elle ne se met pas du rouge aux lèvres et aux orteils.On peut faire marcher un troupeau à coups de knout, pas une horloge, encore moins des consciences libres.Jeune ami, protestez donc plutôt contre le rideau de fer, les transplantations de populations et les enfers de Sibérie.Nos pseudo-intellectuels à idées larges pourront aussi s\u2019examiner.Désistement Deuxième échec en huit mois pour la Ligue de Vigilance sociale.C\u2019est triste.Malgré les résolutions d\u2019une centaine de sociétés, l\u2019approbation de tous les groupements religieux de la métropole, la signature d\u2019une dizaine de mille électeurs, deux juges de la Cour supérieure ont refusé l\u2019enquête judiciaire sur le vice commercialisé à Montréal, destinée à en rechercher les causes et à punir les coupables.La loi exige des « accusations, actions ou faits articulés avec précision ».La requête déborde soixante longues pages: on y voit que depuis vingt et un ans, des administrations municipales (elles sont nommées), de concert avec certains officiers de police (il en est nommé une vingtaine) et des inconnus (l\u2019enquête les aurait dévoilés), ont comploté avec les rois de la pègre (ils sont à peu près tous nommés, à commencer par les défunts Tony Frank, Kid Baker et Harry Davis) pour tolérer, protéger et laisser prospérer: 75 maisons de prostitution (toutes désignées avec le nom du propriétaire de l\u2019immeuble, )abritant 1,000 esclaves dispensatrices de syphilis et 500 souteneurs qui vivent du vice et se livrent à l\u2019industrie du vol par surcroît; 52 établissements de « barbote », 70 maisons de pari, de nombreuses loteries et d\u2019innombrables cabarets borgnes et débits clandestins, avec un personnel de milliers d\u2019individus, professionnels du crime.RELATIONS Tout cela et le reste, publié en grande partie dans les journaux du 14 octobre, n\u2019est pas nié dans le jugement.On y lit: « Tous deux (le juge Coderre en 1924 et le juge Cannon en 1944) ont constaté un état de choses déplorable et ont fait des suggestions pour remédier au mal.Le mal existe, tout le monde le sait; tout le monde le déplore et souhaite de pouvoir le vaincre au plus tôt.» Et plus loin: « .Il (le juge Cannon) a pu prendre connaissance de la situation lamentable causée par le vice commercialisé.» Et encore plus loin: « Nous partageons avec eux (les signataires de la requête) leur anxiété devant le mal qui se propage dans notre population et avec eux, nous faisons des vœux pour un prompt et sincère assainissement de notre population.» C\u2019est reconnaître la vérité évidente des faits essentiels relatés dans la requête.Mais les deux juges s\u2019expriment ainsi: « Une enquête générale sur la situation présente n\u2019apprendra rien à personne.» Voici les commentaires d\u2019un grand quotidien (la Gazette, 12 octobre).Il s\u2019agit de savoir si le rôle donné aux juges par le législateur comprend celui d\u2019exprimer des opinions qui semblent être personnelles et injustifiées (gratuitous).Pour déclarer que l\u2019enquête est indésirable, les juges semblent avoir des opinions personnelles exceptionnellement prononcées.D\u2019après les mots de M.le juge Demers et de M.le juge Loranger, il est évident qu\u2019ils s\u2019opposeraient à l\u2019enquête, même s\u2019ils admettaient leur droit de l\u2019accorder.A ce sujet, ils semblent trouver, à leur grande satisfaction, que la loi est dure.Voici un autre extrait du jugement: Une nouvelle enquête générale serait-elle permise, qu\u2019elle n\u2019apprendrait rien de nouveau et ne guérirait pas le mal que nous déplorons.Les faits reprochés sont déjà connus du grand public: le mal existe malheureusement, plus on en parlera, plus il se propagera, inutile de l\u2019étaler davantage.La Gazette commente ainsi ce dernier point: Cette déclaration surprenante n\u2019est pas seulement quelque chose qui fut glissé en passant dans le jugement, une espèce d'obiter dicta, extra-judiciaire.C\u2019est le rigoureux motif répété dans le jugement.Ce serait erreur morale d'accorder l\u2019enquête demandée par les citoyens et par toutes les Églises.Le mal existe, mais, malgré qu\u2019il soit visible, qu\u2019on puisse le toucher du doigt, il ne doit pas être dénoncé publiquement.Les juges se servent du jugement rendu, non seulement pour critiquer l\u2019idée d\u2019une enquête en soi.mais pour donner conseil et dire ce qui devrait être fait pour remédier au mal qu\u2019ils disent connaître et déplorer.Et voici leurs conseils aux requérants: « Les moyens efficaces pour réprimer ce mal reposent dans l\u2019application de la loi par ceux qui ont autorité pour le poursuivre et le supprimer.Les requérants ont à leur disposition les moyens de remédier au mal: les règlements municipaux et la loi.» Mais les requérants et d\u2019innombrables autres citoyens dignes de confiance demandent cette stricte application de la loi depuis des années et cependant la loi reste extraordinairement complaisante.Le but principal de la requête est de découvrir pourquoi la loi n\u2019a pas été strictement appliquée.Toutefois ceci n\u2019est pas, selon l\u2019opinion personnelle des juges, un juste but.On a le droit de demander à ceux qui détiennent le pouvoir municipal de faire leur devoir, mais personne ne peut, à bon droit, faire enquête pour découvrir pourquoi ils ne font pas leur devoir.Les juges disent: « Que les honnêtes gens unissent leurs efforts pour enrayer le mal en recourant aux moyens que la loi met à leur disposition.La force de l\u2019opinion publique bien dirigée portera ses fruits et finira par triompher du mal qu\u2019on tente de réprimer au moyen d'une enquête qui n\u2019aurait d\u2019autre résultat que de remuer de la boue, au risque d\u2019éclabousser inutilement bien des gens.» Si, d\u2019après M.le juge Demers et M.le juge Loranger, la loi, en l\u2019occurrence, est aussi dure qu\u2019ils le disent, pourquoi jugent-ils qu\u2019il soit nécessaire ou juste de chercher à NOVEMBRE 1946 démontrer que les requérants ont tort moralement et juridiquement ?Pourquoi trouvent-ils nécessaire d\u2019exprimer une opinion personnelle quant au danger de faire la lumière sur la plaie municipale et le risque possible d\u2019éclabousser quelques personnes?« Ce n\u2019est pas à nous de l\u2019expliquer (la \u2019oi), notre devoir est de l\u2019appliquer telle qu\u2019elle est.» Si vraiment les juges reconnaissent que leur devoir est d\u2019appliquer la loi telle qu\u2019elle est, pourquoi ont-ils aussi jugé nécessaire de faire ce ou\u2019il ne leur appartient pas de faire et de donner des explications si remarquables?On ne pouvait mieux dire que la Gazette, qui continue, dans le domaine de la moralité, une campagne digne d\u2019éloges.La Ligue de Vigilance s\u2019est désistée de l\u2019enquête amputée par les juges.Elle a bien fait.Qu\u2019elle continue son travail sans faiblesse.Si la loi est inefficace, qu\u2019on la change.La Ligue recevra l\u2019appui de l\u2019ensemble de la population, si elle décide de faire au gouvernement des représentations dans ce sens.Les citoyens ne veulent pas qu\u2019on tolère à Montréal la prostitution commercialisée qui corrompt l\u2019âme et le corps et qui ne profite qu\u2019à ceux pour qui l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur.Les citoyens ne veulent pas davantage des établisse-de jeu et de pari, refuges des hors-la-loi, qui ne profitent qu\u2019à des bandits et à des entrepreneurs électoraux.Immigration?La Chambre de Commerce du Canada, au congrès de Winnipeg, a réclamé « une vigoureuse immigration qui remplisse notre pays oeu peuplé ».D\u2019autres corps publics souhaitent qu\u2019on établisse d\u2019abord notre jeunesse et qu\u2019on prévienne le chômage.C\u2019est le bon sens: commençons par nous loger, trouver du travail, établir nos jeunes et garantir de beaux lendemains.Nos budgets et les emprunts de Victoire devront servir à mieux qu\u2019à importer des surnuméraires qui glisseront aux États-Unis, ou empireront nos problèmes.Nous ne sommes pas les seuls à prôner cet équilibre vital.M.Watson Kirkconnell disait à Y Empire Club de Toronto: De 1851 à 1931 le Canada a toujours eu la moitié plus de colons qu'il n'en pouvait absorber.De 1871 à 1881, seulement un immigrant sur cinq restait ici.De 1881 à 1891, avec une immigration deux fois et demie plus intense, un neuvième seulement des immigrants restèrent, et de 1891 à 1901, quatre sur dix.Pendant la plus forte immigration, 1,848,000 étrangers entrèrent, et l'on vit sortir à peu près un million.De 1921 à 1931, nous avons accueilli un million et demi et perdu un million et quart.De 1851 à 1931, nous avons perdu 6,110,000 personnes aux États-Unis, dont 1,740,000 nées au Canada, et 4,370,000 immigrées.Nous n'avons pas d'affaire à amener des immigrants sur une haute échelle avant d'avoir assuré le plein embauchage et la sécurité sociale de notre population, de quelque origine raciale qu'elle soit.Voilà qui fera bien.Tout le reste est mensonge, peut-être d\u2019origine raciale.Développement du Nord Le Canadien-National va construire 55 milles de rail au nord-est de Barraute, en direction de Chibougamau.D\u2019abord en profitera l\u2019exploitation forestière de 700 milles carrés, puis les mines et une colonisation probablement agro forestière.Si quelque cent milles de voirie allaient maintenant joindre l\u2019Abitibi aux établissements miniers de Chibougamau, et par eux au Lac-Saint-Jean, le vaste et riche nord québécois serait articulé, donnant un cadre à la province.Espérons qu\u2019un jour prochain l\u2019exploitation des chutes et des pêcheries de nos cinq ou six fleuves \u2014 oui, des fleuves! \u2014 qui se jettent dans la baie James sera pour nous un élément de richesse et de vie.Quant à dire que le nouvel embranchement drainera encore plus de commerce vers Toronto, c\u2019est à nos Chambres de commerce d\u2019y avoir l\u2019œil.339 Contacts nécessaires Le comité permanent de la Survivance a eu l\u2019heureuse idée de tenir ses séances à Woonsocket et à Manchester, où l'Association Canado-Américaine fête son jubilé d\u2019or.On a trop négligé nos frères du sud, qui ont tant besoin d\u2019une vie française.L\u2019ancien feu sacré baisse, faute d\u2019aliment et de souffle.Les admirables sacrifices de millions qui ont bâti tant d\u2019églises et d\u2019écoles menacent d\u2019être vains si la jeunesse ne prend conscience de l\u2019honneur qui s\u2019attache à son origine française.L\u2019école primaire ne suffira jamais à maintenir un second patriotisme, distinct de l\u2019esprit américain.Les racines de moins en moins tenaces qui relient à la terre canadienne, les liens du sang, tombés au simple cousinage, devront se doubler de liens culturels, de visites de jeunes aux écoles, aux camps scouts, en pension de vacances, en radio française, pour maintenir le double patriotisme.Autrement c\u2019est l\u2019assimilation totale en une.génération, telle qu\u2019elle est déjà faite dans les postes éloignés.Le bloc solide de Nouvelle-Angleterre y passera de même si l\u2019on ne parle qu\u2019anglais au sortir de l\u2019église et des classes françaises.Les sociétés patriotiques elles-mêmes survivront-elles?.L\u2019Association Canado-Américaine a publié 480 pages d\u2019un somptueux Mémorial des principaux faits de ses cinquante ans de vie: Tâtonnements, Rajustements, Développements d\u2019une société qui sert de joint aux deux tronçons, par-dessus la frontière.En 1869, à Détroit, la cinquième convention des nôtres lançait l'Union Canadienne des États-Unis qui fera son chemin jusqu\u2019à devenir en 1896 Y Association Canado-Américaine.Une heureuse compilation des événements petits et grands nous montre l\u2019effort patriotique de création et de résistance en divers domaines, surtout vers 1918, et la montée de pauvres gens qui eussent été bien chagrins de prévoir que, le succès atteint, l\u2019on risque de tout abandonner.Pauvres on était plus patriotes.En quelle langue fêtera-t-on le centenaire?.A nous d\u2019entretenir la fierté française par notre tenue, par des visites et des invitations.CORRESPONDANCE A la croisée des chemins Monsieur le Directeur, Permettez-moi de vous offrir mes félicitations pour votre éditorial « Centralisateurs impénitents ».De telles mises au point viennent à temps et fort à propos en ces heures graves où Ottawa semble déployer tous ses efforts pour monopoliser coûte que coûte les sources de revenu des divers gouvernements, puis, ce qui est encore plus inquiétant, pour prendre en main l\u2019administration des mesures sociales.Puisque à Ottawa on semble enclin à traiter l\u2019acte de la Confédération comme unilatéral \u2014 autant dire un « chiffon de papier » en tant qu\u2019il regarde les provinces \u2014, il nous faudra, en dernier ressort, nous de la province de Québec, faire appel à l\u2019opinion publique, au bon sens de Baptiste.La voix du votant, et elle seule, fera réfléchir nos représentants à Ottawa qui, à quelques exceptions près, semblent beaucoup plus préoccupés du sort du parti que soucieux des droits de la province et de la minorité catholique du pays.Nous sommes à la croisée des chemins, si elle n\u2019est déjà dépassée; ce qui nous oblige à choisir entre la centralisation et l\u2019autonomie provinciale.La voie de la centralisation est pavée d\u2019une politique sociale totalement inacceptable à nos traditions, à nos mœurs catholiques; elle nous conduira bon gré mal gré à toutes les insuffisances, à toutes les afflictions même, d\u2019une dictature de fonctionnaires en très grande partie non catholiques et partant diamétralement opposés à notre philosophie fondée sur la famille.L\u2019on nous accuse, nous les « provincialistes », de donner trop d\u2019importance aux principes et pas assez au réalisme; à l\u2019appui de cette accusation, qui sonne singulièrement faux dans la bouche d\u2019un catholique, on fait miroiter à nos yeux le spectacle des millions que nous offre en « subsides » le fédéral \u2014 millions prélevés à même nos propres impôts.Avec le même but, on fait grand cas de la prétendue économie à être réalisée par l\u2019administration centralisée, prétention assurément discutable et probablement sans fondement.Il m\u2019est avis que ce dernier facteur n\u2019a réellement pas l\u2019im- La direction, en publiant ces communications, men approuve pas nécessairement la teneur.Elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux.Seules les lettres signées sont considérées et elles devraient habituellement se limiter à quelque trois cents mots.portance qu\u2019on lui accorde en certains milieux.A vrai dire, il me semble plutôt que nous serions beaucoup mieux servis en administrant nous-mêmes et à nos conditions tous les services sociaux; ainsi ces services seraient-ils fondés sur la famille, pierre angulaire pour ainsi dire de toute notre philosophie de la vie.Gardons chez nous au moins ce qui reste des services sociaux, puis gardons notre droit d\u2019imposer des taxes pour donner suite à nos projets pour le bien-être de Baptiste et de sa famille.\tClaude V.Johnson.Québec.Records TE ME PERMETS d\u2019attirer votre attention sur une légère \u2022J erreur qui s\u2019est glissée dans l\u2019article de R.P.d\u2019Apollonia « La première sainte américaine » (Relations de juillet, p.214) et dans le tract du même titre publié à l\u2019École Sociale Populaire.Heureusement que les saints ne sont point jaloux.Mais la vérité est que la petite Thérèse s\u2019est fait canoniser plus tôt que Mère Cabrini.En effet, Mère Cabrini mourut le 22 décembre 1917 et fut canonisée le 7 juillet 1946, soit 28 ans, 6 mois et 15 jours après.La petite Thérèse meurt le 30 septembre 1897 et est canonisée le 17 mai 1925, soit 27 ans, 7 mois et 17 jours après.Les Américains détiennent presque un nouveau record.Que les deux nous aident à les imiter! A.-M.Parent, c.ss.r.Ottawa.N.D.L.R.\u2014 En réponse à celte lettre, le P.d\u2019Apollonia nous communique le tableau ci-dessous, accompagné de commentaires dont nous donnons le résumé.CONFRONTATION des dates Thérèse de Lisieux Alèse Cabrini La mort.30\tsept.\t1897 Introduction de la cause.10 juin\t1914 Héroïcité des vertus.14\taoût\t1921 Approbation des deux miracles (béatification).11 fév.1923 Décret de tuto pour béatification.19\tmars\t1923 Béatification.29\tavril\t1923 Décret de tuto pour canonisation.29\tmars\t1925 Solennité de la canonisation.17 mai 1925 22 déc.1917 30\tmars 1931 21 nov.1931 31\tjuill.1938 6 août 1938 13 nov.1938 27 fév.1944 6 juill.1946 340 RELATIONS Remarques.\u2014 a) II n\u2019y a que la solennité de la canonisation qui vint plus tôt pour la petite Thérèse que pour la Mère Cabrini, mais il faut reconnaître, avec le R.P.Parent, que c\u2019est l\u2019étape la plus importante dans un procès de canonisation: « Levez-vous, Pierre va parler par la bouche de Pie.» b) Se rappeler cependant: 1° que c\u2019est la guerre seulement qui a retardé la solennité de la canonisation de la Mère Cabrini, tout comme celles des BB.Realino et de Britto, annoncées pour le 23 septembre; 2° que nos deux saintes ont mené dans le même amour héroïque de Dieu deux vies tout à fait différentes, sainte Thérèse vivant une vie cloîtrée et ne rencontrant de difficulté qu\u2019à l\u2019intérieur de sa communauté, la Mère Cabrini, au contraire, menant une vie active, « a hectic life », dirait un Américain, toute mêlée aux hommes et aux événements.Conclusion.\u2014 Pour tout concilier au ciel et sur la terre, disons que, si le procès de canonisation de la Mère Cabrini n\u2019est pas, absolument parlant, le plus rapide, il est le plus extraordinaire par ses étapes précitées.Bons sportifs, les Américains ne nous en voudront pas: ils admettent comme nous que la sainteté n\u2019est pas un « steeple-chase ».Luigi d\u2019ApoLLONiA, S.J.Générosité à sens unique Monsieur le Directeur, La province de Québec est-elle vraiment canadienne-française?Dans l\u2019affirmative, les Canadiens français reçoivent-ils la considération à laquelle ils ont droit, ou bien existe-t-il des influences assez fortes pour empêcher que la justice ne soit respectée ?Dans la dernière livraison de Relations (octobre) on lit dans un article sur « L\u2019École des Pêcheries de Sainte-Anne », par M.Louis Bérubé, que .le budget de l\u2019Ecole des Pêcheries n\u2019était au début que de $25,000, et qu\u2019il n\u2019a été augmenté depuis que de la contribution du fédéral, quelque $10,000.Pour accomplir son œuvre, l\u2019Ecole des Pêcheries a dû taxer à sa limite la bonne hospitalité de l\u2019Ecole d\u2019Agriculture.Elle a vécu de dévouements obscurs mais tenaces, de miracles même que la Providence a bien voulu faire pour elle.Il est temps que les bonnes volontés se rallient toutes autour d\u2019elle, que les fonds suffisants soient mis à sa disposition pour lui permettre de prendre son plein essor.A la page 307, dans la même livraison, on lit sous le titre « Générosité à sens unique » : Le 24 août, les protestants des Trois-Rivières posaient la pierre angulaire d\u2019une grande école centrale avec auditorium, salles pour adultes, gymnase, etc., qui va coûter $300,000 pour moins de 300 élèves.Notre gouvernement fournit $200,000, en plus de $60,000 pour la vieille école bâtie en 1870.Les protestants ne forment que 3.5% de la population.Pourquoi le Séminaire, qui a coûté au delà d\u2019un million et qui instruit sept cents élèves, n\u2019a-t-il pas reçu de $200,000 ?La plus grande partie des millions protestants du Québec ont été réalisés à même la population canadienne-française \u2014 au delà de 60% des clients des Molson, des Dawes, des Morgan, des Birks, sont des Canadiens français; les employés de la Wabasso, des Price, de la Dominion Bridge, de l\u2019industrie de l\u2019acier et de celle du papier sont en grande majorité canadiens français.Toutes ces institutions ont une responsabilité d\u2019ordre social envers leurs meilleurs clients et leurs ouvriers.Il est déjà bien tard pour commencer à rendre justice dans un monde où 1\u2019«entreprise privée » a toujours mieux connu ses droits que ses responsabilités.Montréal.\tVictor SOUCISSE.À QUAND LE SERVICE PROMIS?Ernest ROBITAILLE Le problème du transport en commun à Montréal, outre qu\u2019il intéresse plus du tiers de la population de la province, illustre bien comment un public apathique ou désillusionné, mal protégé au surplus par ses représentants, a été et demeure la victime d\u2019intérêts puissants.(N.D.L.R.) DANS L\u2019ARTICLE intitulé: « Montréal rompra-t-il ses chaînes ?», paru dans Relations, livraison de septembre 1946, nous disions que le contrat de 1918 visait au développement de Montréal et des environs.Il pourvoyait au maintien du service à son plus haut point d\u2019efficacité.Le développement du service ne devait pas se faire à l\u2019arbitraire, mais serait fondé sur les besoins du public, non seulement à Montréal, mais aussi en dehors.Le public ne paierait que pour le rendement obtenu et partagerait jusqu\u2019à concurrence de 80% dans les surplus.Ces remarques sont extraites du Rapport préliminaire du Comité d'enquête relative à la question des Tramways de Montréal (1941, page 10).Comment la Compagnie, étroitement surveillée par la Commission des Tramways, a-t-elle rempli ses engagements ?Rappelons-nous que l\u2019article 30 du contrat se lit: Les voies de la Compagnie et tous leurs accessoires, le matériel roulant et toutes autres choses servant à l\u2019exploitation dudit système, dans la cité et en dehors, devront être des mieux perfectionnés et des plus modernes, construits ou faits selon les règles de l\u2019art et avec des matériaux de première qualité.C\u2019est donc un roulant des plus modernes et des mieux perfectionnés que nous assurait le contrat.Examinons le résumé de l\u2019inventaire du roulant au moment de ce contrat.On y trouve: 363 carrosseries du type single truck représentant une valeur de remplacement neuf\tde.$525,396 269 trucks évalués à une valeur de remplacement neuf de.75,320 Soit.$600,716 Cette somme de $600,716 indique le coût de remplacement neuf établi par M.Herdt.Notons que 94 carrosseries démodées, restées dans les cours, n\u2019avaient plus leurs roues.A ces carrosseries et trucks du type single, l\u2019expert Herdt avait attribué un facteur de condition de 75% qui devenait, à la suite d\u2019une série de majorations, 89,16% de leur pleine valeur de remplacement neuf.Cependant, pour les fins du contrat, c\u2019est sur une valeur de $714,191.25 que l\u2019on tabla.Tout le roulant fut évalué à 118.89% de la valeur de remplacement neuf.Dès la signature du contrat, on a considéré comme roulant des mieux perfectionnés et des plus modernes, des tramways ayant de quinze à vingt ans d\u2019utilisation, et même 94 carrosseries démodées, restées dans les cours, sans leurs roues.Les terrains, soumis au même traitement, décuplèrent de valeur: six d\u2019entre eux, qui avaient coûté $209,506, grimpèrent, après évaluation de MM.Lapierre et Ogilvie et majorations de M.Herdt, à la jolie somme de $3,310,684.(Cf.Relations, janvier 1942, p.5.) Il en fut de même pour les bâtisses, machineries, etc.Il fallait couvrir et consacrer le mouillage de $18,445,000 opéré à l\u2019achat simulé de l'entreprise, en 1911.NOVEMBRE 1946 341 Revenons au roulant démodé et désuet que possédait la Compagnie au moment du contrat.Ce n\u2019est qu\u2019en 1921 que l\u2019on commença la mise au rancart, sous le regard complaisant de la Commission des Tramways.Entre temps, les voyageurs devaient assurer un revenu de 6% sur une bonne partie du roulant, qui était inutilisable mais qui fut cependant considéré des mieux perfectionnés pour les fins du contrat, parce cu\u2019évalué à 118% du coût du neuf.La Cité de Montréal doit avoir dans ses archives copie d\u2019un rapport de la Compagnie fournissant les renseignements suivants: 1° Relevé des achats de roulant, du 10 février 1918 au 31 décembre 1934,.371 tramways d\u2019une valeur de $6,344,582.04.2° Relevé des tramways mis au rancart du 10 février 1918 au 31 décembre 1934, soit 572 tramways représentant une valeur de $2,578,757.93.3° Relevé du compte « Roulant », du 10 février 1918 au 31 décembre 1931.4° Détails de l\u2019inventaire du roulant du 31 décembre 1934.Tous ces relevés étaient accompagnés d\u2019une lettre de la Compagnie, en date du 27 septembre 1935, adressée à Me Honoré Parent, directeur des Services publics.L\u2019étude de ces relevés est des plus intéressantes.Ainsi, dans le relevé des tramways mis au rancart, on constate que la Montreal Street Ry.avait construit 490 des 572 carrosseries mises au rancart, dont les numéros de série s\u2019échelonnaient de 9 à 650.Impossible de connaître la date d\u2019acquisition ou de mise en circulation de ces voitures, parce que la Compagnie répond: « En inventaire le 10 février 1918.» Une note parue dans la Presse du 14 octobre 1902 (p.10) pourrait nous aider à fixer l\u2019âge approximatif de certains tramways.Elle nous apprend qu\u2019à ce moment le service n\u2019est pas des meilleurs.En voici le texte: Allons, il faut aller de l'avant La Montreal Street Railway continue à se négliger.Non seulement la Montreal Street Railway Co.n\u2019a fait aucune réparation à sa voie, cet été, mais elle n\u2019a pas construit de nouvelles voitures d\u2019hiver pour améliorer son service.C\u2019est absolument impardonnable.Les rails sont en fcrt mauvais ordre.Ce matin, le tramway portant le numéro 266, dans la rue Notre-Dame, s\u2019est brisé deux fois pendant eu\u2019il était rempli d\u2019ouvriers allant à leurs boutiques.Naturellement, ces travailleurs sont arrivés en retard.Ce numéro 266, on le trouve dans une liste de 276 carrosseries mises au rancart depuis 1921.Il commençait donc à avoir de l'âge en 1918, et cependant il avait été évalué à 118.89% du coût de remplacement neuf pour les fins du contrat.D\u2019ailleurs, les usagers du circuit Saint-Denis-Ahunt-sic se rappellent une grande quantité de carrosseries installées sur des tréteaux dans la cour de l\u2019usine d\u2019« Youville ».Bien qu\u2019inutilisables et désuètes, elles rapportaient 6% sur une évaluation qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher de trouver fantaisiste.Voilà comment la Compagnie, grâce à la tolérance de la Commission des Tramways, a pu extorquer une rémunération de 6%.Ce n\u2019est pas tout.En 1923, cinq ans après la signature du contrat, la Compagnie acheta 14 tramways « J.G.Brill » usagés, série 2C0 à 226, au prix de $91,449.27.Au 31 décembre 1934, après onze ans d\u2019utilisation, ces tramways sont encore évalués à $91,449.27.Aucune dépréciation sur tout le roulant.569 tramways comptaient déjà de quinze à vingt ans de surmenage, et 431 étaient en circulation depuis cuatre à quinze ans.Mille tramways étaient évalués à $13,C66,245.55.De 1930 à 1940, il semble qu\u2019on n\u2019en a pas acheté de nouveaux.Ici, on ne saurait invoquer la guerre.En 1940, la Compagnie achète 39 tramways usagés; en 1942, 11 autres pareils, qui font partie de la série 2CC0.Ce que d\u2019autres services de transport mettent au rancart devient roulant des mieux perfectionnés et des plus modernes pour Montréal, métropole du Canada.Telle est l\u2019interprétation de l\u2019article 30 par la Commission des Tramways.De 1930 à 1940, la Compagnie a pavé $6,860,000 en dividendes sur un caoital-actions de 7 millions de dollars nullement garanti.Elle a aussi payé intérêt sur obligations \u2014 hypothèque générale \u2014 pour lesquelles il existait très peu de garantie si l\u2019on tient comote du mouillage de plus de 18 millions de dollars opéré en 1911, et du fait qu\u2019aucune dépréciation n\u2019a été faite avant 1935.En 1944, la Compagnie a acheté 18 tramways de la série 3500 qu\u2019elle a réservés exclusivement à Outremont.Est-ce que les mots mieux perfectionnés et plus modernes auraient une autre signification lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019Outremont?Les faits nous portent à le croire.Un contrôle du service de tramways, fait l\u2019an dernier, grâce au concours des ligueurs, à un moment où la Compagnie fit circuler tous les tramways disponibles \u2014 elle avait eu vent de l\u2019affaire \u2014 nous autorise à prétendre que la Compagnie ne possédait guère plus de 1,000 tramways, répartis presque également entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, bien que l\u2019Est compte quelque 200,000 âmes de plus.Dans l\u2019espace de deux heures, on trouva moyen de faire circuler certaines voitures sur plus d\u2019un circuit.Le total des tramways ayant circulé sur les différents circuits dépasse le nombre réel des tramways mis en circulation.Comment peut-on considérer comme roulant des plus modernes plus de 400 tramways des séries 700, 800, 900, 1000, 1100, 1200, 1300 et 1400 qui ont de trente à trente-cinq ans?LE DÉVELOPPEMENT DE MONTRÉAL ET DSS ENVIRONS Le contrat a-t-il réalisé ces objectifs?La Commission des Tramways et la Compagnie n\u2019ont pas encore compris et ne semblent pas vouloir comprendre qu\u2019un transport rapide, à tarif unique, peut assurer le développement des quartiers excentriques et des municipalités environnantes.Dès 1921, la Commission des Transoorts de Toronto établit ce tarif unique et de nouveaux circuits pour favoriser ce développement, avec des résultats merveilleux.A Montréal, la Commission des Tramways a maintenu le billet supplémentaire à la Pointe-aux-Trembles, Montréal-Nord et Saint-Michel.Pour assurer un service plus rapide, et décongestionner « St-Denis, n° 24» , elle aurait dû décréter le prolongement du circuit « Papineau » de la rue Bélanger au boulevard Perras, qui eût été dans la zone à tarif uniforme.De nombreuses délégations l\u2019ont vainement demandé.L\u2019établissement d\u2019un service d\u2019autobus ou de tramways sur le boulevard Pie-IX,- avec correspondance sur les lignes « Boulevard Rosemont» , « Masson », « Sherbrooke », « Ho-chelaga », « Ontario », « Sainte-Catherine » et « Notre-Dame », aurait 1° assuré un service plus rapide, 2° décongestionné le service de la rue Saint-Denis, 5° mis en valeur des terrains en bordure du boulevard Pie-IX, dans Montréal-Nord et Ville-Saint-Michel.En 1921, les municipalités de Pointe-aux-Trembles, Montréal-Nord et Saint-Michel tombaient en déconfiture, faute de transport rapide et à cause du billet supplémentaire.La même année, la Commission métropolitaine entreprend de remédier à cet état de choses.Elle comprime les dépenses.A-t-elle demandé le tarif unique réclamé par les municipalités en tutelle?Nous l\u2019ignorons.Mais nous savons qu\u2019elle n\u2019a rien obtenu, si elle a fait cette demande, et qu\u2019elle a consenti à ce que Saint-Michel verse une indemnité aux Tramways pour l\u2019établissement d\u2019un petit circuit, de la rue Bélanger, coin de la rue Iberville, au village de Saint-Michel.Ces trois municipalités sont destinées à devenir tôt ou tard partie de Montréal.Pourquoi paralyser leur développement par le maintien d\u2019un billet supplémentaire et d\u2019un 342 RELATIONS maigre service?Pourquoi Montréal n\u2019exige-t-il pas revision complète du contrat, pour son bénéfice et celui des municipalités environnantes ?On ne s\u2019explique pas comment Montréal a pu tolérer les agissements de la Commission des Tramways et de la Compagnie à son endroit.M.Julian C.Smith, président de la Compagnie, disait aux actionnaires que les relations harmonieuses entre les autorités de la Cité, la Commission des Tramways et la Compagnie ont permis aux officiers de la Compagnie de consacrer tout leur temps aux améliorations du service et du système.(Cf.Rapport, année 1925.) Quel cynisme! Voyons ce qu\u2019ont produit ces relations harmonieuses.Le rapport de la Commission métropolitaine pour 1935 fournit les renseignements suivants: Déficits annuels de caisse des municipalités secourues payés par la Commission métropolitaine, de 1922 à 1935, Pointe-aux-Trembles, Montréal-Nord et Saint-Michel: $6,342,811.88 (page 38).Page 34, on trouve le relevé des valeurs taxables en 1935.Pour ces trois municipalités: $6,154,488.Au 31 décembre 1944, les redevances de ces municipalités à la Commission métropolitaine s\u2019établissent à $5,446,100; et les valeurs imposables, à $6,988,550.En neuf ans, l\u2019augmentation des valeurs imposables n\u2019a donc été que de $834,000.C\u2019est presque la stagnation.La Commission révèle son impuissance à améliorer la situation de ces trois municipalités.En juillet 1936, une requête des citoyens de Montréal-Nord, adressée à la Cité de Montréal, à la Commission métropolitaine de Montréal et à la Législature, expose la situation déplorable de Montréal-Nord et suggère comme remèdes: 1° La consolidation de la dette à un taux d\u2019intérêt ne dépassant pas 3%; 2° La suppression du billet supplémentaire et un tarif uniforme sur tout le réseau de la Compagnie des Tramways ou ses subsidiaires, la Législature devant faire ces modifications dans l\u2019intérêt des contribuables; 3° L\u2019établissement d\u2019un service de tramways sur le boulevard Pie-IX.Cette requête fut soumise au Conseil municipal de Montréal le 14 juillet 1936, déposée sur le bureau, puis déposée aux archives le 27 août 1936.On ignora les suggestions faites par les requérants.A l\u2019enquête sur la Montreal Tramways, en juillet 1939, Montréal-Nord présentait un mémoire déplorant l\u2019impuissance de la Commission métropolitaine à lui obtenir les améliorations nécessaires à son développement, à savoir: 1° un service de transport sur le boulevard Pie-IX; 2° la suppression du billet supplémentaire.Les faits suivants étaient soumis au Comité d\u2019enquête: 1.\tLa valeur des immeubles imposables, de $3,650,766 en 1918, était réduite à $2,380,662 en 1938; 2.\tDe 1920 à 1938, Montréal-Nord avait dû reprendre, pour non-paiement de taxes, des immeubles et surtout des lots vagues, évalués à $896,170; 3.\tLes revenus de la taxe foncière, de $73,015.32 en 1918, étaient tombés à $47,613.24 en 1938; 4.\tMontréal-Nord possédait plus de 55 % des lots vacants.Le billet supplémentaire pour Montréal-Nord représente un déboursé annuel de $25 par personne voyageant matin et soir pendant 300 jours.Pour certaines familles, c\u2019est une dépense additionnelle de $75 à $100 par année.La Législature, la Commission métropolitaine et la Cité de Montréal, parfaitement au courant de cette situation déplorable, n\u2019y ont rien fait.Tout récemment, Montréal-Nord a fait l\u2019essai d\u2019un service temporaire d\u2019autobus jusque chez Dupuis Frères, et bénéficie d\u2019un transport plus rapide.Ville-Saint-Michel doit verser à la Compagnie des Tramways une certaine somme pour combler un prétendu déficit.NOVEMBRE 1946 A la Pointe-aux-Trembles, la Compagnie a remplacé les tramways par des autobus: elle évite ainsi certaines taxes municipales et scolaires, bien que le tarif soit resté le meme.Toutes les démarches auprès de la Commission des Tramways pour obtenir un tarif unique sur tout le réseau de la Compagnie, tramways ou autobus, sont restées sans succès.Invariablement, la Commission réfère au contrat qui stipule un billet supplémentaire, en dehors du territoire à tarif uniforme.Jamais un mot du service promis.L\u2019EXEMPLE DE TORONTO Dès 1921, la Commission des Transports de Toronto était d\u2019opinion que le meilleur moyen de favoriser le développement d\u2019un quartier est de lui assurer un service rapide à tarif unique.Voici les résultats obtenus dans le quartier n° 9 de Toronto-Nord.En 1912, ce quartier s\u2019annexe à Toronto.Son évaluation se chiffre à $5,860,304; sa population est de 6,393; l\u2019on paie un billet supplémentaire.A cause de l\u2019annexion, malgré le billet supplémentaire, il se produit un certain développement.En 1915, l\u2019évaluation atteint $16,386,473, et la population, 8,594.En 1921, l\u2019évaluation est de $17,574,891, et la population, de 13,265.Ces six années sont presque une période de stagnation.En septembre 1921, la Commission des Transports établit le tarif unique.En décembre, un service d\u2019autobus s\u2019inaugure sur le chemin de Mount-Pleasant, et en novembre 1922, la voie est doublée rue Yonge jusqu\u2019aux limites de la ville.En 1925, l\u2019évaluation passe de $17,574,891 à $37,235,248 et la population de 13,265 à 22,018.En septembre 1925, service spécial rue Hill.En novembre, le service de trolley bus du chemin de Mount-Pleasant y est remplacé par des tramways, de Saint-Clair à Eglinton; en juillet 1927, service d\u2019autobus sur la route Oriole.Grâce à ces améliorations, en cinq ans l\u2019évaluation saute de $37,235,248 à $67,478,151, et la population, de 22,018 à 45,679.Et ce n\u2019est pas tout.En septembre 1930, un service d\u2019autobus est inauguré rue Eglinton.En mai 1934, un autre rue Lawrence.En novembre 1934, la route Oriole est modifiée et fusionnée avec le nouveau prolongement de la route Davisville.En 1935, l\u2019évaluation se chiffre à $83,996,797, et la population à 61,982.Les améliorations de transport continuent: en décembre 1935, la route Eglinton est prolongée, et en octobre 1936, une nouvelle route établie pour Eglinton-Ouest.En 1940, l\u2019évaluation est de $91,422,284, et la population de 69,099.N\u2019est-ce pas merveilleux ?Voilà un bel exemple de ce que peuvent faire des hommes doués d\u2019un véritable civisme.L\u2019expérience du quartier n° 9 de Toronto-Nord est décisive.DEUX POIDS, DEUX MESURES Notre Commission des Tramways a assuré le développement de Verdun, de Ville-Mont-Royal, de Westmount, Outremont et Ville-Saint-Laurent.Municipalités distinctes, elles bénéficient du même tarif que Montréal et elles ont meilleur service que les quartiers du Nord et de l\u2019Est.Pourquoi cette différence de traitement quand on sait que le Nord et l\u2019Est comptent quelque 200,000 de plus comme population?Parce que l\u2019on sait fort bien que ces municipalités n\u2019auraient pas toléré le traitement subi par les usagers du Nord et de l\u2019Est.Il n\u2019est jamais venu à l\u2019idée des officiers de la Montreal Tramways de faire circuler dans les limites de ces municipalités les 14 tramways « J.G.Brill », achetés usagés en 1923 avec le consentement de la Commission de3 Tramways.Les citoyens de Montréal-Nord, de Saint-Michel, du quartier Bordeaux et même de Lachine, les ont bien connus, ces tramways qui faisaient un bruit de vieille fer- 343 raille.Pareilles voitures étaient une disgrâce.Et c\u2019est cela qu\u2019aux termes du contrat on considérait comme roulant des mieux perfectionnés et des plus modernes?Quand il s\u2019agit de l\u2019Ouest, la Compagnie a plus de décence.Tout est bon pour l\u2019Est et le Nord.Depuis plus de vingt-cinq ans, les citoyens de Montréal et des environs ont assuré, au bas mot, un revenu d\u2019un million de dollars par année au capital fictif consacré par le contrat de 1918.N\u2019est-il pas temps de faire cesser cet état de choses ?Voyons comment la Compagnie se tirait d\u2019affaire avant le contrat de 1918.En 1917, avec un tarif de six billets pour 25 cents aux heures ordinaires, 8 billets pour 25 cents aux heures d\u2019affluence et 10 billets d\u2019écoliers pour 25 cents \u2014 ce qui lui assurait un revenu moyen de 4.18 cents par voyageur \u2014 la Compagnie faisait tous ses frais.Voici une copie de son compte d\u2019Opérations et de Pertes et Profits pour l\u2019année terminée le 30 juin 1917: Recettes brutes.$7,725,498.88 Frais d\u2019opération.4,601,771.84 Recettes nettes.$3,123,727.04 A déduire: Pourcentage payable à la Cité.$491,430.95 Intérêt sur obligations et emprunts.858.542.38 Intérêt sur actions-débentures.800,000.00 Taxes.98,400.00 - 2,248,373.33 Revenu net.$ 875,353.71 Dividendes.337,880.50 Surplus.$ 537,473.21 Moins: Attribution au compte « Réserve contingente pour renouvellement ».$350,000.00 Taxe de guerre, estimation.110,000.00 - 460,000.00 Porté au compte « Surplus général ».$\t77,473.21 De toutes ces sommes déduites des recettes nettes, il convient de noter que $800,000 ont été payés en intérêt sur des actions-débentures nullement garanties par actif tangible, et que $337,880.50 ont été payés sur un capital-actions pas plus garanti par actif tangible.Le revenu moyen de 4.18 cents par voyageur, en 1917, a donc assuré plus d\u2019un million en rémunération de capital fictif, et la Compagnie n\u2019était pas encore satisfaite.A la lumière de ces faits, ne faudrait-il pas obtenir de la Législature une revision complète du contrat, avec établissement de tarif unique sur tout le réseau actuel ?La disparition du zonage devrait faciliter l\u2019établissement d\u2019un circuit sur le boulevard Pie-IX et le prolongement du circuit Papineau, afin de favoriser le développement du Nord et de l\u2019Est.Ne devrions-nous pas former bloc avec nos administrateurs pour réclamer justice pour la métropole et les municipalités environnantes ?La mise en tutelle est une humiliation que Montréal n\u2019aurait jamais dû tolérer puisqu\u2019elle favorisait l\u2019asservissement de toute une population au bénéfice de financiers dépourvus de civisme.N\u2019y a-t-il pas lieu de réclamer un tarif uniforme et unique de 5 cents ou 6 billets pour 25 cents, et de 10 billets d\u2019écoliers pour 25 cents sur tout le réseau actuel, pour tramways ou autobus ?Ne devrait-on pas aussi exiger un tarif de 8 billets pour 25 sous aux heures d\u2019affluence, puisque les passagers voyagent dans des conditions anormales, et que beaucoup paient pour un siège qu'ils n\u2019ont pas?D\u2019autant plus que pareil tarif permettrait à l\u2019ouvrier, père de famille, de réaliser une économie qui l\u2019aiderait à mieux boucler son budget.Comme nos administrateurs n\u2019ont pas le loisir d\u2019étudier à fond cet important problème, nous avons cru devoir soumettre à leur bienveillante attention cette longue série de faits qui, à notre avis, motivent une demande de revision complète et immédiate d\u2019un contrat qui fut nettement défavorable à Montréal et aux municipalités environnantes.HORIZON INTERNATIONAL U.R.S.S.7V TOUVELLE ÉPURATION.\u2014 Le 26 juillet 1 V 1946, le T.K.du V.K.P.(C) \u2014 le Comité du parti communiste panrusse (bolchévique) \u2014 émit un décret « Sur la croissance du parti et sur les mesures à prendre pour renforcer le travail d\u2019organisation et de politique partisanes parmi les nouveaux membres du parti », lequel, curieusement, ne fut pas imprimé dans la Pravda.D\u2019après un premier-Moscou du même quotidien (8 août 1946), le décret fut motivé par deux préoccupations: 1° durant la guerre, le parti avait ouvert ses rangs trop facilement, il fallait donc soumettre les candidats à un triage plus soigné; 2° on ne s\u2019occupait pas assez de l\u2019éducation politique des nouveaux membres, et le suprême trésor de l\u2019U.R.S.S., l\u2019orthodoxie marxiste-léniniste-staliniste, risquait de perdre sa beauté et sa vigueur.En parcourant les nombreux articles consacrés à ce nouveau développement, on s\u2019aperçoit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une gigantesque campagne d\u2019épuration et d\u2019un vigoureux coup de barre dans la direction du communisme doctrinal.La guerre montra l\u2019Europe à des millions de Russes qui firent l\u2019étonnante découverte que leur paradis était pouilleux à côté de la pourriture capitaliste: les nécessités militaires avaient fait mettre une sourdine à la propagande idéologique: d\u2019autres éléments, l\u2019armée surtout, avaient acquis un prestige et des lauriers qui portaient ombrage au Généralissime.Une réaction s\u2019imposait si le Pouvoir, ce que M.Krav- chenko appelle le Vlast, voulait écarter une concurrence possible.La première étape, couronnée par les élections de février, redonna le pouvoir souverain au parti; nous la décrivîmes dans un article précédent.La seconde étape, celle-ci, doit épurer le parti lui-même, rappeler à ses membres que leur position est précaire vis-à-vis de l\u2019autorité suprême, les replonger dans une docile orthodoxie qui se réduit simplement à ceci: obéissance aveugle, enthousiaste et infiniment révérente à tout ce qui vient d\u2019En-Haut! D\u2019un parti qui menaçait de s\u2019effriter, il s\u2019agit de refaire un monolithe.1.Épuration de la presse.\u2014 D\u2019après Lénine, la tâche de la presse communiste se limite à organiser l\u2019agitation et prêcher la bonne doctrine.On appelle cela Vagit-prop: agitation et propagande.Pour cette raison, durant de longues années, la presse soviétique fut aussi intéressante qu\u2019une pluie sans arrêt.A mesure que les soviétiques devinrent plus cultivés, leur horizon s\u2019élargit et, dans leurs œuvres, parurent des rudiments d\u2019humanisme.Ils tentaient de ressaisir un peu de la grande inspiration qui avait donné au monde les chefs-d\u2019œuvre russes du xixe siècle.Nous analysâmes dans Relations (juillet 1946) le roman de Léonide Leonov, Océan, où ces tendances se manifestaient dans un curieux dosage de timidité et d\u2019effronterie.Timidité, car il fallait avoir toujours au moins un œil ouvert sur la ligne du parti; effronterie aussi, car on voulait se prouver à soi-même que les écrivains sovié- 344 RELATIONS tiques étaient au moins aussi kulturny, et avaient un bagage littéraire aussi copieux que ceux des confrères capitalistes.Aujourd\u2019hui, c\u2019est fini.Un solide coup de fouet rappelle aux écrivains qui risquent de s\u2019emballer qu\u2019ils doivent rester sur le chemin étroit et rocailleux de l\u2019orthodoxie.Depuis plusieurs mois, nous.avions remarqué que la Pravda relevait des erreurs qui se glissaient dans la presse; à partir du 26 juillet, ces critiques parurent à un rythme accéléré.Le 10 août, la Pravda d\u2019Orel est avertie de mieux comprendre son obligation « d\u2019aider les organisations régionales à faire un travail d\u2019agitation politique parmi les masses, de critiquer vigoureusement les erreurs qui se commettent en cette matière ».Le 17 août, la Pravda minière des bassins de Tula est accusée d\u2019être simplement l\u2019organe des directeurs des mines.M.Victor Kravchenko dut avoir un sourire amer en lisant ces lignes.Comme si les ingénieurs n\u2019avaient pas assez à faire pour mener à terme les rudes tâches du nouveau plan quinquennal, voici qu\u2019on lance à leurs trousses la meute des ouvriers mécontents auxquels on donne quasiment des ordres de trouver à redire à tout ce qui se fait, des journalistes qui risquent leur place et leur tête s\u2019ils ne hurlent pas assez, des mouchards en général qui doivent être au comble du bonheur.Tout cela n\u2019était rien à côté de la bombe qui éclata le 21 août.Ce jour-là, la Pravda publia en gros caractères et avec un titre flamboyant des extraits d\u2019un nouveau décret du Comité Central, qui avait d\u2019abord paru dans la revue la Culture et la Vie {Kultura i zhizri) \u2014 ceci est curieux! Pourquoi la Pravda n\u2019a-t-elle plus la primeur des décrets du Comité central?Y aurait-il là aussi raison de se demander si la Pravda n\u2019est pas descendue de son socle ?Cette fois, la suprême autorité du parti, le Comité central du parti communiste panrusse^ dénonçait en termes violents les deux revues de l\u2019Union des Écrivains soviétiques, Zwiezda {l'Étoile) et Leningrad, publiées l\u2019une et l\u2019autre à Leningrad.Elles avaient fait paraître des écrits de Zostchenko (un humoriste qui avait connu un succès fantastique durant les dix premières années de la révolution russe) et Ahmatova (poète).D\u2019autres collaborateurs, Sadofiev, Komissareva, Jagdfeld, Stein, Warszawskij, Rust, furent accusés d\u2019avoir, eux aussi, manqué d\u2019inspiration politique.Les deux rédacteurs en chef, Saianov et Likharev, sont démis de leurs fonctions.Les deux membres du comité communiste de la ville de Leningrad, Kapustin et Chirokov, n\u2019ont pas eu l\u2019œil ouvert.Le journal Leningradskaia Pravda a commis l\u2019erreur de publier un compte rendu favorable d\u2019un livre de Zostchenko.La revue Leningrad est supprimée.Zwiezda paraîtra seule, entièrement réorganisée, sous la direction d\u2019un nouveau rédacteur, A.M.Egolin.Le secrétaire du parti communiste de Leningrad, l\u2019énergique Zhdanov, qu\u2019on désignait couramment comme le successeur de Stalin, si le chef venait à disparaître, n\u2019avait peut-être pas manqué de vigilance.Quien sabe?Les intrigues du Kremlin sont autrement tortueuses que celles qui se nouaient à Byzance.En tout cas, il s\u2019empressa de faire un rapport qui, lui non plus, ne parut pas dans la Pravda de Moscou.Que se passe-t-il donc quand des colonnes aussi vénérables sont ébranlées ?\u2014 Meetings des communistes de Leningrad, des écrivains de Leningrad.Confessions de négligence, autocritiques, orgie de coulpes publiques; un vrai buchmanisme soviétique.Reproches aux autres journaux de la ville: Leningradskaia Pravda, Smena, Vetchernij Leningrad, au comité communiste de la ville, aux écrivains surtout qui sont presque tous mis au pilori.Partout des fautes, des déviations, des négligences, des erreurs.Il faudra surveiller aussi le théâtre, le cinéma.Les écrivains produisent une interminable « résolution » en jargon qui n\u2019a plus rien de littéraire.En voici les deux derniers paragraphes: L\u2019assemblée des écrivains estime que l\u2019accomplissement de ces tâches responsables est inconcevable sans une étude approfondie de la théorie marxiste-léniniste, sans une claire intelligence de la politique du parti et de l\u2019État soviétique; elle impose aux membres de leur association de travailler sans arrêt à élever leur niveau idéologique et politique, et de pénétrer jusqu\u2019au fond du sens politique des manifestations importantes de la vie qui les entoure.A l\u2019unanimité, l\u2019assemblée assure le Comité Central du parti communiste panrusse et le camarade Staline que les écrivains de Leningrad sauront surmonter rapidement les lacunes essentielles et que, sous la direction de l\u2019organisation du parti à Leningrad, ils trouveront en eux-mêmes la force et les moyens de créer des œuvres dignes de la grande époque stalinienne.Le 4 septembre, le Présidium de la direction de l\u2019Union des Écrivains soviétiques vota lui aussi une « Résolution » encore plus humble que celle des écrivains de Léningrad.Après une confession détaillée, il procède à la recherche de boucs émissaires et de nombreux écrivains reçoivent un blâme public qui équivaut à un reproche de déloyauté soviétique.Le président de l\u2019Union, N.Tikhonov, est démis de ses fonctions.Zostchenko et Ahmatova sont chassés de l\u2019association: on va changer « de façon radicale » le travail de l\u2019Union; on va surveiller toutes les publications, et étudier comment « assurer la croissance théorique et forger la vigueur politique des critiques littéraires » {Pravda, 8 septembre 1946).Maintenant, on peut être assuré d\u2019un conformisme immaculé.Au début de septembre, les écrivains de Kiev battirent leur coulpe à leur tour, mais cette fois la déviation avait été infiniment plus grave.On avait versé dans le nationalisme bourgeois.Ils critiquèrent d\u2019abord une histoire de la littérature ukrainienne, publiée par l\u2019Institut de littérature de l\u2019Académie des Sciences.Tout cela n\u2019est rien d\u2019autre que la résurrection de la conception bourgeoise-nationaliste de l\u2019historien Gruchevski et de son école.L\u2019assemblée soumit à une critique juste et sévère toute une série d\u2019autres travaux littéraires, dans lesquels on ressuscite les idées et conceptions bourgeoises et nationalistes, et l\u2019on déforme dans un sens nationaliste le passé du peuple ukrainien et la réalité soviétique présente.Parmi ces ouvrages, on signale à l\u2019assemblée la Sophia de L.Smylianski, où l\u2019on oppose ouvertement le peuple ukrainien et sa culture à son frère le peuple russe et à sa culture.Ainsi, après vingt-neuf ans de communisme soviétique, le peuple ukrainien n\u2019a pas encore renoncé à son nationalisme: cette nouvelle épuration va-t-elle réussir là où tant d\u2019autres ont échoué ?Le théâtre soviétique passa au crible d\u2019un nouveau décret du Comité central (26 août 1946) qui, lui non plus, ne parut pas dans la Pravda.Le répertoire, les metteurs en scène, les auteurs dramatiques, les acteurs et les deux revues Art Soviétique et Théâtre furent malmenés.On ne jouera plus, en U.R.S.S.les pièces d\u2019auteurs bourgeois qui éclairent la société capitaliste « d\u2019une lumière rose » {Pravda, 2 septembre).Les pièces sur l\u2019Ancienne Russie devront illustrer \u2014 et comment! \u2014 la vie soviétique actuelle.Enfin, les pièces qui décrivent les mœurs soviétiques devront avoir un contenu idéologique satisfaisant.Le théâtre soviétique a vécu, au moins jusqu\u2019au prochain tournant; on n\u2019aura plus que de la propagande.Un troisième décret (6 septembre 1946) ouvre ses batteries contre le cinéma soviétique devant lequel nos bourgeois roses se pâmaient d\u2019admiration.La censure du Comité central tombe d\u2019abord sur le film Grande Vie qui décrit les mines du Don.Elle n\u2019épargne pas Ivan le Terrible, du célèbre Eisenstein.La critique de l'Amiral Nakhimov, de Pudovkin (ce dernier avait la réputation d\u2019être le plus grand cinéaste d\u2019U.R.S.S.), nous fit dresser les oreilles.Dans Relations NOVEMBRE 1946 345 T (septembre 1945), nous avions exprimé notre étonnement que le Vestnik de Toronto ait imprimé verbatim le texte entier du scénario.L\u2019époque de Nicolas Ier avec ses chambellans, ses généraux et ses archevêques, y resplendissait; le film, cependant, était fortement anti-britannique.L\u2019anti-britannisme reste; le retour au passé est mis à l\u2019index.Mais comment le Vestnik va-t-il s\u2019en tirer ?Allons-nous lire, dans ses colonnes, une humble rétractation ?Qui fut coupable de ce manque de vigilance communiste, de cette déviation ?Le rédacteur de Toronto ?Le fonctionnaire qui avait envoyé le texte de Moscou ?Celui qui l\u2019a transmis ?Celui qui en a imposé la publication dans un journal canadien?Combien la vie politique d\u2019un journaliste soviétique est précaire! Un seul film semble recueillir l\u2019approbation universelle.C\u2019est Kliatwa {le Serment), qu\u2019on applaudit avec délire dans toutes les villes d\u2019U.R.S.S.Voici ce qu\u2019en chanta Alexandre Lavrentievitch Matvéev, ouvrier depuis cinquante-deux ans: Le chemin parcouru par notre Patrie est grand et énorme.Tout notre peuple, tout notre parti bolchévique ont inlassablement travaillé à réaliser le grand serment de notre père, maître et chef, Joseph Vissarionovitch Stalin.Le film le Serment montre avec une grande profondeur idéologique le chemin que nous, les millions de soviétiques, avons parcouru.A la tête de la lutte, surmontant les obstacles, gagnant de grandes victoires, nous avons toujours et partout senti la sage direction du camarade Stalin.{Pravda, 7 août.) Le film représente simplement la vie héroïque du chef.C\u2019est le seul sujet qui soit de tout repos.Encore faut-il que l\u2019adulation soit à la température voulue.Ainsi, la presse, le théâtre et le film vont replonger les peuples d\u2019U.R.S.S.dans le marxisme-léninisme-stalinisme.Surtout dans le stalinisme.Le Grand Retour de l\u2019U.R.S.S.à des traditions nationales et moins rigoureusement communistes est soudainement enrayé, au moins pour quelque temps.On peut s\u2019attendre à une docilité adéquate de la part de quiconque est à même d\u2019exercer de l\u2019influence sur l\u2019opinion.2.Epuration du Parti.\u2014 Dès que le décret du 26 juillet 1946 fut promulgué, on commença à organiser dans toute l\u2019U.R.S.S.des Plénums régionaux.Un Plénum est la réunion de tous les membres des comités communistes d\u2019une région {oblast') donnée.Les comptes rendus de ces réunions parurent dans la presse.On éprouve une curieuse impression à lire ces comptes rendus.Il ne s\u2019agissait pas de grandes réunions publiques où tous seraient venus dire leur fait aux fonctionnaires du parti; c\u2019étaient des assemblées à huis clos, où les camarades vidaient leurs querelles entre eux dans la confession publique et la pénitence.Le public, en général, ne pouvait lire que ce qui transpirait dans les journaux.Le dirigeant local faisait son rapport, ou plutôt sa confession.Dans certaines régions, où le mécontentement général était sans doute plus vif, il y eut des victimes.Ainsi, en Crimée, deux secrétaires généraux furent démis de leurs fonctions.Un peu partout, on s\u2019en prit à la bureaucratie qui semble être une des plaies les plus terribles de la Russie actuelle.Les quatre colonnes consacrées au Plénum de l\u2019Ukraine (23 août) font réfléchir.Le rapport principal fut confié à N.S.Khrustchev, un « grand » bolchévique, membre du Politbureau.Il déclara qu\u2019on avait trop souvent confié des postes responsables à des gens qui ne méritaient aucune confiance.On changeait trop les fonctionnaires; on leur avait donné leur mandat sur une recommandation du Gouvernement, et au bout de quelques semaines leur incapacité éclatait aux yeux de tous.(N\u2019est-ce pas parce que l\u2019Ukraine turbulente est tellement désorganisée et inquiète que ses habitants sont devenus ingouvernables ?) On ne publie pas assez d\u2019articles doctrinaux sur le marxisme et l\u2019histoire du parti communiste; surtout, on ne bataille pas assez contre le nationalisme bourgeois.Les discussions furent très vives et plu- sieurs fonctionnaires soviétiques se virent en mauvaise posture.Ainsi, à travers l\u2019U.R.S.S., les présidents et les secrétaires de comités, les rédacteurs des organes régionaux du parti, les divers fonctionnaires bolchéviques furent publiquement réprimandés, avouèrent leurs fautes et promirent amendement; quelques-uns furent liquidés: tous annoncèrent que dans l\u2019avenir ils étudieraient avec un soin plus assidu les œuvres des grands théoriciens du marxisme.Durant cette courte période, un événement de première importance se produisit: les deux premiers volumes des Œuvres complètes du maître, père et chef, Joseph V.Stalin, furent lancés.L\u2019Union soviétique est renvoyée à l\u2019étude.Telle est, croyons-nous, la leçon qui se dégage de cette épuration.Après les compromis de la guerre, les démocraties occidentales sont retombées dans une attitude plus ferme vis-à-vis de l\u2019idéologie communiste.Le phénomène inverse a lieu en U.R.S.S., sauf qu\u2019ici il faut une intervention de l\u2019autorité centrale pour faire oublier aux Russes ce qu\u2019ils avaient appris au delà de leurs frontières.C\u2019est la deuxième fois qu\u2019une telle mise à l\u2019étude se produit en U.R.S.S.Durant l\u2019automne de 1938, alors que la guerre devint imminente, le Comité central imposa à tous les citoyens soviétiques, \u2014 intellectuels, ouvriers, paysans, ingénieurs à bout d\u2019haleine, \u2014 de s\u2019assimiler l'Histoire du parti communiste russe qui parut alors.Avec quelle ardeur on se mit au travail! Les contremaîtres les plus harassés durent alors consulter leurs classiques et faire des discours.Ainsi l\u2019U.R.S.S.se prépara à la grande épreuve.Aujourd\u2019hui, elle est remise dans le creuset.Puisque les écrivains soviétiques s\u2019étaient montrés aussi lamentables, Stalin lui-même s\u2019est mis à « forger les âmes » de ses fidèles d\u2019abord et, par eux, de son peuple tout entier.MEXIQUE JE 12 SEPTEMBRE 1946, Lie.Miguel Lé Aleman fut proclamé président de la République mexicaine.La campagne électorale de l\u2019année avait été paisible: il y eut peu de violences; l\u2019ensemble de la nation vota.Nous ne sommes plus à l\u2019époque où quelques « généraux » armaient leurs bandes, se livraient bataille, puis, après que le vainqueur s\u2019était installé à la crèche, continuaient leurs conspirations.Le nouveau président n\u2019a rien de militaire; c\u2019est un avocat.Son programme est une invitation au travail, à la collaboration.Dans son Congrès, il trouvera quelques membres, \u2014 pas assez, car plusieurs candidats semblent avoir été injustement évincés, \u2014 des partis d\u2019opposition.Le Parlement mexicain n\u2019est pas encore à la hauteur du progrès accompli par le reste de la nation; il marque un progrès considérable sur ses prédécesseurs.De ce réveil du Mexique à- une vie plus franche et plus vraie, il faut remercier le président sortant, le général Manuel Avila Camacho, qui, durant six ans, fut le président de tout le monde.Sa magnanimité et sa patience ont apaisé le peuple mexicain.Il a ouvert des routes, des lignes d\u2019aviation; il a surtout bâti d\u2019innombrables écoles et hôpitaux; il a développé l\u2019irrigation; il a lancé une campagne grandiose contre l\u2019ignorance; il a fait ouvrir des crédits aux agriculteurs.Il a remis le Mexique au travail.Surtout, il a redonné la paix intérieure au pays.Les fêtes de Notre-Dame de Guadalupe furent le signe extérieur de la vie intérieure qui avait transfiguré le Mexique.Il y a dix ans, le Mexique était déconsidéré parmi les nations; aujourd\u2019hui, on l\u2019admire partout.Manuel Avila Camacho fut un grand Mexicain.Il ne vivra pas seulement dans l\u2019histoire de son pays, avec la renommée d\u2019avoir été le plus grand de ses présidents; il sera honoré durant les générations à venir par les humbles, les pauvres, par tout le douloureux, joyeux, immortel Mexique qui se souviendra de lui comme du président qui lui donna le paix-\tJoseph-H.Ledit.346 RELATIONS Tuberculose, logement, moralité UNE GRANDE PITIÉ Denise THEORÊT TÉMOIN JOURNALIER de la misère physique et morale que produit chez nos malades tuberculeux la déficience de notre armement antituberculeux, j\u2019ai trouvé très opportun l\u2019article de Relations de septembre dernier sur « la tuberculose à Montréal ».Il dit beaucoup de vérités en peu de lignes.Pour y faire suite et souligner davantage l\u2019extrême nécessité où se trouvent nombre de pauvres tuberculeux, voici une liste de quelques cas, dont la situation ne changera pas tant que Montréal ne verra pas son nombre de lits proportionné au nombre de ses malades.Famille « A ».\u2014 Monsieur L., 45 ans, marié, père de six enfants.L\u2019examen médical fait en mars 1946 révèle une tuberculose pulmonaire en activité.Les expectorations analysées, le rapport indique la présence de bacilles.Ce père de famille est donc un danger de contagion pour ses enfants et son entourage.Le médecin examinateur recommande l\u2019hospitalisation.L\u2019on demande immédiatement un lit dans un sanatorium.A sa visite, l\u2019infirmière visiteuse trouve ce malade logé, avec sa famille, dans un hangar situé en arrière du logis, sans fenêtre; un seul carreau vitré, onze pouces carrés, qui n\u2019ouvre pas.Cinq personnes habitent et couchent dans cette pièce antihygiénique plus qu\u2019on ne peut le décrire.Ce père, contagieux, après une attente de deux mois, reçoit son appel pour l\u2019hôpital.Il accepte son lit, mais, quelque jours après, il déserte la cure et dit à l\u2019infirmière qui le gronde: « Vous savez, j\u2019étais troublé quand je pensais à ma famille.J\u2019irai me soigner quand on aura donné une maison à ma femme et à mes enfants.» Famille « B ».\u2014 Une enfant de 7 ans, référée à un Service social canadien-français, pour tuberculose pulmonaire, par un Service social anglo-protestant.Famille composée du père, de la mère et de trois jeunes enfants.Salaire à peu près convenable.Cette famille vit dans une cave, plus exactement une partie de cave, depuis au delà d\u2019un an.Cave humide où l\u2019eau reste en permanence sous les vieux prélarts.Cette seule pièce sert de cuisine et de chambre à coucher.Deux petits soupiraux ne peuvent s\u2019ouvrir, parce qu\u2019à égalité du trottoir.Toilette commune au troisième étage.La famille entière est examinée, rayons X, etc.Père et mère présentent un examen négatif au point de vue pulmonaire.Les trois enfants sont tuberculeux.Comme Montréal n\u2019a pas de lits pour enfants tuberculeux, l\u2019infirmière visiteuse voit son travail sans suite.Ces trois petits malades vont rester dans la cave.La mère, qui termine une grossesse, accouchera dans cette même pièce, pour ne pas se séparer de sa pauvre petite famille.Bien que ce cas ait été rapporté aux autorités, toute action aurait été inutile ou même nuisible; la famille n\u2019aurait trouvé que la rue.Famille « C ».\u2014 La mère se présente dans une clinique pour examen pulmonaire.La radiographie montre des poumons très malades, et l\u2019analyse des expectorations est positive.La malade est très contagieuse pour sa famille.On demande l\u2019hospitalisation immédiate.L\u2019infirmière visiteuse trouve cette malade logée dans un grand local, un ancien magasin.Dans cet espace divisé en quatre par des demi-cloisons, vivent quatre familles.La famille « C » habite l\u2019arrière du magasin, une pièce dont la grandeur est d\u2019environ 6 pieds sur 8.La mère et les trois jeunes enfants, 5, 7 et 8 ans, passent le jour et la nuit dans ce coin encombré par un lit, un sofa et une glacière; le poêle, le lavabo et une toilette servent en commun aux quatre familles.La mère attend son lit au sanatorium depuis plusieurs mois.A l\u2019infirmière qui parle de confier les enfants au Placement familial pour les soustraire à tous les dangers d\u2019un tel milieu, le père répond: « Voyez à placer ma femme; c\u2019est elle la malade.» Famille « D ».\u2014 Un soir, au sortir de l\u2019usine, Mlle J.se présente à la clinique.Le médecin pose un diagnostic de tuberculose pulmonaire, bacillaire, par conséquent très contagieuse.Le médecin conseille l\u2019hospitalisation.« Nous n\u2019avons pas de lit aujourd\u2019hui même, dit l\u2019infirmière, mais nous allons vous préparer à bien faire votre cure à domicile en attendant votre entrée au sanatorium.» La jeune fille raconte qu\u2019elle est à Montréal depuis deux ans.Employée d\u2019industrie, elle n\u2019a pour toute famille qu\u2019une cousine chez qui elle loge.Cette cousine a neuf enfants de 9 à 2 ans.Tous vivent dans un petit logement de trois pièces.On gardera la parente malade; on ne peut la mettre sur le trottoir et l\u2019on espère que l\u2019attente pour l\u2019hôpital ne sera pas longue.Pendant deux mois, notre petite malade couche dans un passage tout petit, tellement étroit qu\u2019il lui faut se lever de son lit, qui est à moitié une chaise, à chaque fois que la porte de l\u2019extérieur s\u2019ouvre.Et cela, pendant deux mois.Patiente « E ».\u2014 Madame E., 58 ans, se présente à la clinique pour troubles pulmonaires.Le médecin déclare: tuberculose pulmonaire, bacillaire, très avancée.Hospitalisation urgente.Demande d\u2019hospitalisation le 18 juin 1946.L\u2019infirmière visiteuse trouve cette malade logée dans une maison de réputation très louche.Elle avoue d\u2019ailleurs qu\u2019elle vit en concubinage.On garde cette malade, bien qu\u2019elle ne puisse payer ni sa chambre ni sa pension.Elle ne reçoit d\u2019autre secours que des personnes qui vivent dans les chambres voisines.Elle-même demande d\u2019entrer au plus tôt à l\u2019hôpital afin de régulariser sa vie.Au début d\u2019août, la pauvre malade attend encore, et toujours dans le même milieu.Un prêtre, par son influence, obtient son entrée dans un hôpital général afin de pouvoir la préparer à mourir chrétiennement.Elle est décédée le 25 août.Patiente « F ».\u2014 Madame M., 22 ans, consulte la clinique en mai 1946.Diagnostic: tuberculose pulmonaire très avancée.Recommandée pour hospitalisation.L\u2019infirmière visiteuse trouve cette malade dans un petit hôtel.Mariée, séparée de son mari.Elle se plaint que son compagnon ne travaille pas régulièrement et qu\u2019elle n\u2019a pas toujours ses trois repas par jour.Elle se dit malheureuse, la conscience troublée; elle voudrait abandonner ce milieu et se libérer d\u2019une liaison illégitime.L\u2019hospitalisation réglerait tout et donnerait à cette pauvre malade l\u2019avantage de recevoir les soins que requiert son état.Le manque de lits pour tuberculeux fait que cette misérable vit dans le même état, dans le même milieu qu\u2019elle réprouve maintenant, trois longs mois encore avant d\u2019obtenir son entrée dans un sanatorium.Cette liste ne présente que six cas; elle aurait pu se faire bien longue.Elle suffira, nous l\u2019espérons, à faire reconnaître un peu plus la grande pitié, physique et morale, de nos tuberculeux et à jeter au cœur de tous les citoyens, surtout des dirigeants, une inquiétude féconde et une volonté d\u2019action décisive.NOVEMBRE 1946 347 FEUILLETON DES SPECTACLES Roger DUHAMEL CE QUE L\u2019ON DIT du roman à thèse vaut dans une certaine mesure pour la pièce historique.C\u2019est toujours un risque grave de faire intervenir des éléments étrangers à l\u2019œuvre d\u2019art, qui est avant tout création spontanée et gratuite.Si le romancier veut nous convaincre des mérites du transformisme, si l\u2019auteur dramatique retrace les grandes lignes d\u2019une fresque historique, il abandonne son rôle, il entre sur un terrain qui n\u2019est pas le sien et peut ne pas lui être familier.Je regrette de l\u2019écrire, sachant bien que je vais profondément scandaliser les shakespeariens: les drames historiques du grand Will me laissent de glace.Si je goûte Othello, Hamlet, Lady Macbeth, en raison des qualités humaines permanentes que j\u2019y découvre avec une joie sans cesse renouvelée, j\u2019ai quelque mal à apprécier ses grandes chroniques d\u2019histoire qu\u2019il emprunte aux fastes de son pays.Je ne m\u2019y sens pas à mon aise et j\u2019ai toujours hâte de me reporter aux ouvrages des historiens.On a fait un battage considérable autour du Henry V, grand film anglais mettant en vedette l\u2019un des plus remarquables acteurs de ce temps, Laurence Olivier.Cette réclame n\u2019est pas entièrement imméritée, mais elle ne tient nul compte de cette distinction, à mon sens essentielle, entre le théâtre véritable et le récit historique.Sans doute le cinéma prête-t-il les prestiges de sa technique à la représentation de quelques engagements de la bataille d\u2019Azincourt.La reconstitution apparaît d\u2019une fidélité exceptionnelle et l\u2019écran nous offre des images inoubliables.Cela ne suffit pas toutefois à apaiser mon appétit.Je cherche des hommes, je ne trouve que d\u2019excellents acteurs qui s\u2019efforcent de nous plonger dans une atmosphère depuis longtemps révolue.L\u2019histoire est bien connue et fort simple.Le prince de Galles, Henri V, a 28 ans.Il doit démontrer qu\u2019il est apte à ceindre la couronne en conduisant victorieusement son armée au combat.Il envahit la France, l\u2019ennemie traditionnelle.Après quelques succès, ses troupes épuisées doivent faire face aux Français à Azincourt.Henri inspire à ses hommes une telle intrépidité qu\u2019ils parviennent à remporter la victoire, ne comptant que vingt-neuf morts.(L\u2019histoire a enregistré des pertes plus élevées.) La paix est signée à Rouen et Henri réussit à gagner l\u2019amour de la princesse Catherine.Le film conserve ces éléments, tout en les traitant selon le langage cinématographique et en ne se privant pas d\u2019y apporter certaines retouches.Le début est fort amusant.Nous sommes transportés dans le Londres du xvne siècle, au Globe Theater, où fut représenté le drame de Shakespeare.Les réactions de l\u2019auditoire élisabéthain sont soulignées avec une finesse sans défaillances et certaines scènes sont d\u2019une drclerie achevée.Puis, il arrive que la scène s\u2019estompe peu à peu et nous voici reportés à l\u2019année 1415, alors que les événements se sont réellement déroulés.On n\u2019oublie pas la nuit précédant le combat, Henri V circulant de groupe en groupe, Shakespeare lui mettant sur les lèvres des paroles d\u2019une exquise chevalerie.Rarement aura-t-on utilisé avec autant d\u2019adresse et de mesure les procédés de la couleur.Les scènes qui se déroulent à la cour de France, dans leur tonalité un peu pâle, évoquent les toiles les plus prestigieuses de la Renaissance, tout comme plusieurs séquences de la Kermesse héroïque rappelaient invinciblement les tableaux des maîtres hollandais.Laurence Olivier, à la fois producteur, directeur et interprète du rcle-titre, déploie l\u2019éventail de ses dons.Il prête au personnage du roi Henri sa taille altière, sa souveraineté naturelle, son jeu nuancé et toujours discret.A ses côtés, les autres protagonistes paraissent effacés.On retient toutefois la grâce de Renée Asherson (la princesse Catherine), l\u2019attitude grimaçante et humiliée de Harcourt Williams (le roi de France), la dignité hautaine et figée de Felix Aylmer (l\u2019archevêque de Cantorbéry).Sans contredit, un film de grande classe, admirablement monté.Je maintiens néanmoins ma réserve: l\u2019histoire fausse l\u2019art, comme l\u2019art travestit l\u2019histoire.Et je demeure partisan de la distinction des genres.Hollywood ne nous a réservé ces semaines-ci aucune surprise agréable.Des bandes de production courante, sans aucune recherche d\u2019originalité.De bons acteurs comme Orson Welles, Edward G.Robinson, même Loretta Young, doivent épuiser leur talent dans de vulgaires mélodrames comme The Stranger.La très grande Bette Davis, \u2014 rappelez-vous, entre autres films remarquables, Now Voyager, \u2014 est une actrice à ce point accomplie que les directeurs ne s\u2019embarrassent pas toujours du sujet de ses films.C\u2019est ce qui arrive avec A Stolen Life, une histoire sans grand intérêt, dont le seul mérite est de nous permettre d\u2019admirer une fois de plus l\u2019autorité de Mlle Davis.L\u2019amateur de cinéma exige davantage.Un genre de film facile à réussir, c\u2019est la biographie d\u2019un musicien, surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019un compositeur de musique légère et bien chantante.Après Jerome Kern, c\u2019est Cole Porter qu\u2019on fait revivre sous le titre de Night and Day.Cary Grant s\u2019y montre très plausible, Alexis Smith est jolie comme d\u2019habitude et l\u2019excellent Monty Woolley se prête de bonne grâce à tout ce qu\u2019on exige de lui.Grand déploiement scénique, il va sans dire, décors fastueux, spectacle de music-hall, avec le rappel obligatoire de tous les refrains en vogue.Ce n\u2019est pas désagréable à regarder, c\u2019est même parfois divertissant, ce n\u2019est pas du véritable cinéma.Je m\u2019en voudrais de terminer ce feuilleton sans glisser un mot sur la revue des revues de Fridolin.Après une tentative sur la scène américaine, Gratien Gélinas revient à son public habituel, et, pour marquer le dixième anniversaire de ses spectacles, il offre un choix de ses meilleurs sketchs.L\u2019expérience est concluante.Ses auditeurs ne s\u2019attendent à rien de nouveau, ce qui ne les empêche pas de s\u2019esclaffer et d\u2019applaudir à tout rompre.Il y a à cela une raison évidente: Gélinas n\u2019est pas simplement un amuseur, c\u2019est un observateur sérieux et cruel de nos mœurs, c\u2019est l\u2019élément humain qui sauve ses revues de l\u2019oubli.Partant de l\u2019actualité, il atteint avec une sûreté rarement en défaut l\u2019élément permanent.Sur le mode mineur, c\u2019est du grand art.Une tasse de Bovril avant le coucher vous reposera des fatigues du jour.REHAUSSE LA SAVEUR DE I VOS PLATS 348 RELATIONS LIVRES RECENTS SPIRITUALITE Ach.DESBUCQUOIT, barnabite: Avec Dieu toujours, aux champs comme à la ville.\u2014 Paris, P.Lethielleux, 1939, 130 pp., 20 cm.VOICI UN LIVRE qui parle de Dieu « sans phrases ni littérature, sans complications théologiques ».C\u2019est toute la vie intérieure du P.Desbucquoit que l\u2019on retrouve dans ces pages.L\u2019A.écrit pour la masse des fidèles qu\u2019il veut amener à une vie chrétienne normale: l\u2019affectueuse familiarité d\u2019un fils envers son Père.Dans une première partie, il est question du fait et de la nature de la présence de Dieu: où est Dieu «pour nous»?qu\u2019est-ce que Dieu « pour nous » ?D\u2019où les conséquences pratiques: traiter Dieu en Père; traiter les hommes en frères.Dans sa seconde partie.l\u2019A.montre avec une merveilleuse simplicité comment, dans la vie quotidienne, il est possible d\u2019utiliser la sainte présence de Dieu.« Plus près de Dieu par l\u2019accomplissement du devoir et la conformité au vouloir divin; plus près de Dieu par la prière et le travail; plus près de Dieu même par les soins d\u2019hygiène et de santé physique.» Des rectifications sont faites sur la lettre et l\u2019esprit de prière.Toujours on sent le souffle de l\u2019apôtre qui veut initier les âmes aux merveilles de la sanctification personnelle.Les « aristocrates » de la vie intérieure y trouveront de quoi rajeunir et entretenir le feu sacré; surtout, ce livre sera pour eux une leçon d\u2019adaptation.Mais, c\u2019est toute âme chrétienne qui trouvera ici matière à méditation.Jules Lefort.Collège Garnier, Québec.Rachel Maria: The Divine Pursuit.\u2014 The Bruce Publishing Co., Milwaukee, 1945, 111 pp., 20 cm.DIEU NE SE REFUSE PAS aux âmes qui sincèrement le cherchent.Voici l\u2019émouvante histoire d\u2019une juive russe qui a soif d\u2019absolu et en cherche vainement la source dans la philosophie matérialiste et agnostique.La déception la tourne vers le catholicisme; après maintes hésitations, elle y entre enfin pour trouver l\u2019apaisement de son âme.Mais, comme beaucoup de convertis, elle double les étapes et s\u2019engage bientôt dans cette familiarité divine où accèdent seules les âmes d\u2019une générosité sans réserve.Le journal de Rachel Maria laisse percer à peine quelques signes, mais combien significatifs, de cette intense vie spirituelle qui est comme un reproche aux fadeurs de la nôtre.Ceux qui ont fréquenté l\u2019âme juive retrouveront aussi dans cette « odyssée d\u2019étranges égarements intellectuels » l\u2019héréditaire religiosité qui marque Israël et qu\u2019il chercherait en vain à secouer.Stéphane Valiquette.Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET SOCIOLOGIE N.S.TlMASHEFF: The Great Retreat.The Growth and Decline of Communism in Russia.\u2014 New-York, Dutton and Company, 1946, 470 pp., 22 cm.LUNION SOVIÉTIQUE d\u2019aujourd\u2019hui est la résultante d\u2019un ' mélange de communisme avec la Russie de toujours.Les dirigeants soviétiques ont abandonné, dans la plupart des domaines, les positions fondamentales du communisme primitif.L\u2019U.R.S.S.est revenue aux conceptions russes de la patrie, de la famille, de la religion, de l\u2019école, de la culture.Elle a abandonné l\u2019idée de la révolution mondiale.Telles seraient les thèses principales de ce gros volume, basé sur une imposante documentation.Il faut compter The Great Retreat parmi les livres savants sur la Russie.Un des points moins étudiés par le prof.Timasheff est le rôle de la police politique dans l\u2019Union soviétique: N.K.V.D., épurations, assassinats, emprisonnements, travaux forcés.Ceci, par contre, est mis en lumière avec une rare vigueur t>ar Victor Kravchenko dans I chose Freedom (Scribner\u2019s, 1946), le best-seller actuel sur le marché.Pour M.Kravchenko (qui se moque un peu de ces « grands retours »), plus ça change, plus c\u2019est la même chose, et plus c\u2019est affreux.La dictature policière est l\u2019immense réalité russe, et tout le reste vaut tout juste d\u2019être remarqué en passant.La documentation de M.Kravchenko, moins savante que celle du prof.Timasheff, est plus vivante.Elle démolit plus d\u2019un livre sur l\u2019U.R.S.S.jusqu\u2019à n\u2019en laisser à peu près rien (Mission to Moscow, de Joseph Davies; One World, de Wendell Willkie).Après avoir lu ces deux ouvrages, on conclut à un désaccord radical entre les deux auteurs.L\u2019évolution observée par le professeur Timasheff est-elle profonde?Ne se produit-elle qu\u2019à la surface?Quelle est sa valeur dans un pays où tout est dirigé par une police dont la puissance dépasse l\u2019imagination?La Russie vivante arrivera-t-elle à secouer les parasites qui lui sucent le sang jusqu\u2019à l\u2019anémie?Le savant qui analyse, dans son cabinet, une documentation formidable est-il plus près de la réalité que celui qui porte dans son corps et dans son âme les plaies que lui laissèrent les bourreaux du N.K.V.D.?C\u2019est l\u2019angoissante question que se posent ceux qui aiment le peuple russe et qui voudraient que le professeur Timasheff ait raison, mais que la lecture du livre de M.Kravchenko a impressionnés jusqu\u2019à l\u2019horreur.\t, Joseph Ledit.Firmin Letourneau: Le Comté de Nicolet.\u2014 Montréal Fides, 1946, 200 pp., 20 cm.JARDIN À LA FRANÇAISE, que cette monographie surtout économique.Auteur, publiciste ou orateur, M.Létourneau est coutumier de l\u2019ordonnance classique et des richesses qu\u2019elle doit contenir \u2014 au double sens du mot.L\u2019Institut de sociologie de l\u2019Université de Montréal, pour cette première étude « sur les groupements régionaux particulièrement représentatifs de notre population canadienne-française », pouvait difficilement mieux choisir son collaborateur.Quant au choix de Nicolet par M.Létourneau, le caractère entièrement rural du comté le justifie tout naturellement.A cause de l\u2019industrialisation envahissante de notre province, un tel groupement, aujourd\u2019hui, garde difficilement ou la pureté de sa physionomie, ou sa population.Cette dernière partie de l\u2019alternative affecte depuis longtemps le comté de Nicolet: l\u2019exode annuel de sa population, de sa jeunesse particulièrement, y égale ou dépasse le taux de sa haute natalité.C\u2019est le propre des mères, mais non des comtés, d\u2019élever leurs enfants pour les autres.Si les gens de mon comté \u2014 je suis fier de cette appartenance \u2014 veulent garder leurs enfants autour d\u2019eux, ils trouveront dans ce livre, avec l\u2019inventaire des richesses matérielles et spirituelles de notre pays, les moyens d\u2019accroître les unes et les autres et d\u2019agrandir le domaine par l\u2019intérieur, sans rien sacrifier ni personne.Du sol, des organisations sociales et professionnelles, du crédit, on peut multiplier le rendement; mais tel effort appartiendra à l\u2019homme, tel autre à une organisation, NOVEMBRE 1946 349 un troisième à l\u2019État (fédéral ou provincial).Merci à l\u2019A.d\u2019avoir classé les problèmes et indiqué les solutions avec la clarté et l\u2019autorité d\u2019une haute maîtrise.\tGérard Hébert Collège du Sacré-Cœur, Sudbury.Le SERVICE des renseignements commerciaux Nous désirons attirer l'attention des hommes d'affaires, des industriels et des commerçants de cette province sur un de nos services de nature à les intéresser au plus haut point et à leur apporter une précieuse collaboration dans leurs entreprises.Le service des renseignements commerciaux de la province de Québec dispose d'un grand nombre d'informations que nous serons toujours heureux de mettre à la disposition de ceux qui en feront la demande.Qu'il s'agisse d'organiser une industrie, de se procurer la matière première ou d'améliorer les industries déjà existantes afin d'en augmenter le rendement, qu'il s'agisse de réduire le coût de fabrication des articles ou encore de trouver des débouchés pour l'écoulement de la marchandise, le personnel de ce service se fera toujours un devoir de collaborer avec tous.J.-Paul BEAULIEU, c.a., Ministre de l'Industrie et du Commerce.POLITIQUE Léon Blum: A l\u2019échelle humaine.\u2014 Montréal, L\u2019Arbre, 1946, 215 pp., 19 cm.LIVRE-ALIBI, plaidoyer pour soi, pour la Troisième Répu-' blique, qui n\u2019aurait « été que malheureuse », et pour une démocratie pas nécessairement parlementaire mais sociale.On dirait M.Blum responsable de rien: il disparaît.La bourgeoisie en attrape.L\u2019humanité seule existe.Sauvera le monde une social-démocratie appuyée d\u2019un internationalisme doté « d\u2019un esprit d\u2019équité, même de charité humaine ».Il faudra que la Russie « cesse d\u2019entretenir un corps étranger à l\u2019intérieur de chaque nation et de se poser comme un corps étranger parmi les nations.Un concordat avec elle doit et peut régler les conditions de l\u2019existence commune.La présence du Pape serait un témoignage en faveur d\u2019autres puissances que la puissance temporelle.Son influence s\u2019est toujours exercée en faveur d'une paix organique fondée sur la justice, sur l\u2019égalité des peuples et des âmes, sur la sainteté des contrats.» Alexandre Dugrê.HISTOIRE Sir Thomas ChapaiS: Cours d'Histoire du Canada.\u2014 Montréal, Valiquette, 1944.8 vol., 19 cm.CETTE RÉIMPRESSION que nous offre la maison Valiquette respecte jusqu\u2019à la pagination de la première édition de cet ouvrage.Si le format en est un peu plus petit, le caractère est plus gros et plus tassé.Inutile de revenir sur la valeur de l\u2019ouvrage.L\u2019information est excellente; son interprétation diffère de valeur selon les tomes: les quatre premiers sont plus objectifs; tandis que dans les suivants on sent un peu les vues du père, Père de la Confédération, dont les convictions politiques déteignent un peu sur les jugements du fils.On a reproché à sir Thomas de se limiter au domaine politique.Outre que c\u2019était son droit, et qu\u2019il fallait bien commencer par là, ne faut-il pas remarquer aussi que, pour la plus grande partie de la période qu\u2019il étudie, notre histoire a été surtout politique ?Ce Cours d\u2019Histoire, surtout dans ses premiers volumes, restera longtemps un texte à consulter et à citer, quand on étudiera l\u2019histoire de notre groupe de 1760 à 1867.René Girard.C.-J.Gignoux: Monsieur Colbert.\u2014 Paris, Grasset, 1941.\u2014 Montréal, Valiquette, 1946, 252 pp., 19 cm.ESQUISSE précise et suggestive de la carrière déconcertante de l\u2019illustre ministre! Le début de cet ouvrage nous reporte aux derniers jours de Mazarin.Le cardinal recommande Colbert à Louis XIV, et « l\u2019homme de marbre » succède bientôt à Fouquet au département des finances.Pour comprendre le sens de l\u2019activité effarante qui, pendant vingt-deux ans, animera et dirigera presque toutes les activités intérieures de la France, il faut rappeler les principes généraux qui constituent « le colbertisme ».Colbert est l\u2019héritier du mercantilisme qui a supplanté la corporation médiévale.Il aspire à une économie dirigée avoisinant le socialisme d\u2019Êtat qui discipline toutes les activités en vue de la richesse du royaume et de la gloire du prince.Le premier obstacle que rencontre Colbert dans la réalisation de son entreprise, c\u2019est le désordre des finances légué par Fouquet.Le nouveau ministre lui substitue « la maxime de l\u2019ordre ».Puis son ardeur s\u2019attache avec prédilection à l\u2019expansion de l\u2019industrie.Mais une véritable politique industrielle ne peut être efficace sans le commerce.Dans ce domaine, l\u2019Angleterre et surtout la Hollande s\u2019érigent en adversaires; pour lutter 350 RELATIONS avec succès, il faut édifier un système tarifaire protecteur, susciter des compagnies et recréer une marine presque inexistante.Quant aux colonies, elles inspirent à Colbert le système idéal du mercantilisme: un circuit fermé d\u2019échanges à l\u2019abri de toute infiltration étrangère entre la métropole et les colonies.La majesté du prince résultant de la puissance de l\u2019État doit être exaltée par les poètes, les artistes et les savants.C\u2019est au « service de la gloire » du Roi-Soleil que Colbert les convie tous, même les étrangers.L\u2019omnipotence de Louis XIV exige en outre qu\u2019il possède bien en main toutes les forces existantes dans le royaume: religion, noblesse, parlements.Le même motif postule un ordre rigoureux dans les cours de justice: c\u2019est pourquoi Colbert réduit la vénalité des officiers et provoque une codification du droit.Pourtant, ce travailleur génial, passionné pour la splendeur de la France, n\u2019était « rien qu\u2019un homme ».Aucun disciple ne le seconda efficacement.Les dépenses exorbitantes du roi contrecarrèrent sans cesse tous ses projets.Après sa mort, « les héritiers ingrats » liquidèrent en quelques années tout son système.Ce furent les rivaux de la France qui adoptèrent et réalisèrent le colbertisme.Monsieur Colbert nous apparaît comme une synthèse limpide et vivante qui résume exactement l\u2019activité prodigieuse du plus grand ministre que la France ait possédé en matière d\u2019économie nationale.Jean-L.d\u2019Aragon.Sudbury.Germain Lesage, O.M.L: Capitale d\u2019une solitude.\u2014 Éditions des Études oblates, Ottawa, 1946.185 pp., 24 cm.f'\\BJECTIF RÉCIT historique qui retrace les origines et le développement de la mission de l\u2019Ile-à-la-Crosse, dont on célébrait, l\u2019été dernier, le centenaire.Un livre qui met en relief le dur et héroïque labeur des Provencher, des Taché et des Grandin, qui ont planté l\u2019Église dans le Nord-Ouest canadien.Capitale d'une solitude suscite également l\u2019admiration du lecteur pour ces illustres inconnus, Pères et Frères oblats, Sœurs de la Charité, dont le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes peut seul justifier la ténacité et le sourire dans le renoncement et les épreuves de leur vie de missionnaire.Ces pages sont un témoignage: la grandeur de l\u2019œuvre accomplie malgré les obstacles ne peut s\u2019expliquer autrement que par le surnaturel.L\u2019histoire des missions est peut-être la plus heureuse forme d\u2019apologétique.Roland Fortin.V Immaculëe-Conception.LITTÉRATURE Jean-Marie Marcotte: Mektoubl {C'était écrit!).\u2014 Montréal.Éditions Lumen, 1946.205 pp., 19.5 cm.Dix-huit planches hors-texte.APRÈS AVOIR généreusement contribué à la victoire, soldat i» de retour, M.Marcotte fait à son pays le don d\u2019un livre d\u2019images de l\u2019Afrique du Nord et du Proche-Orient.D\u2019un vrai et beau livre.Le charme de ces Récits du capitaine \u2014 c\u2019est le sous-titre \u2014 tient à la justesse du ton.Un sens raffiné de l\u2019humain et un instinct musical ont guidé l\u2019auteur dans le choix des tableaux et lui ont insinué cette vivacité discrète des couleurs, du style, des images et de l\u2019humour.Une tendresse contenue et limpide invite à relire des chapitres comme Noël dans un hôpital, Alouettes sous les bombes.Tout au long, l\u2019écriture se maintient fine, d\u2019une assurance racée dans sa modestie: « .Après les montagnes, qui ressemblent à des lézardes moisies, nous distinguons des cours d\u2019eau paresseux qui traînent dans la vallée comme des fils sur la table d\u2019une couturière.» Ou encore: « .Les petites boules de feu rose, vert, rouge et blanc grimpaient toujours aux étoiles sans parvenir à s'y fixer.» C\u2019est dans tout le contexte qui leur fait écrin que le lecteur appréciera davantage l\u2019orient mat de ces perles.Une telle plume est magique.Mektoub! est un livre pour grandes personnes, même assez jeunes; pourvu qu\u2019elles soient « grandes ».Jacques Tremblay.* ., Tous les citoyens ont droit de jouir des avantages de l'assurance sur la vie.Pour cela, il faut mettre nombre de plans à la portée de leurs bourses.Nous en avons sûrement un pour vous.Faites-vous-le expliquer.Ça ne vous engage à rien du tout.CAISSE NATIONALE D\u2019ASSURANCE-VIE 41 ouest, rue Saint-Jacques\u2014Montréal\u2014HArbour 3291 ' Vous obtiendrez Qualité \u2022 Style \u2022 Confort dans les marques les plus réputées à nos trois magasins Pour dames \u2022 Pour messieurs CHAUSSURES SLATER Pour enfants CHAUSSURES McFARLANE AJUSTEMENT PARFAIT Spécialité: Aux pieds sensibles BOTTIERS FASHIONABLES 1500 est, rue Mont-Royal, coin Fabre 6914, rue Saint-Hubert, près Bélanger 4029 est, rue Ontario Collège Jean-de-Brébeuf.NOVEMBRE 1946 351 Tél.FALKIRK 1116\t \tÉCHANGE PRIVÉ *\t Charbonnemt\t \tTÜmitée Fabricants de\t \tBISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800,\t& RUE NICOLET \tMONTRÉAL \t V\tTéléphone 851 3 ^dommage\t de\t La Compagnie d\u2019Âutobus de Charlesbourg, Limitée\t \t- \tDr G.BEAUDET \tPrésident GE0.-0.PARADIS\tPIERRE CARON Vice-président\tSecrétaire-Trésorier Cn ttoh motâ Tf L\u2019archevêque de Cantorbéry reproche à l\u2019Église catholique de ne pas collaborer avec les Eglises pour la paix du monde.Voudrait-il qu\u2019elle se joigne à la propagande commu-nisante du Dr Hewlett Johnson ?If En 1945, le feu a causé dans la province de Québec 78 morts et pour $13,999,005 de pertes matérielles ($41,903,020 pour tout le Canada).La récente Semaine éducative de prévention contre l\u2019incendie n\u2019était pas sans besoin.1f Cent vingt-six vétérans anglais se préparent au sacerdoce dans une maison pour vocations tardives que les Jésuites d\u2019Angleterre viennent d\u2019ouvrir pour eux.^f Une revue de Toronto annonce que le divorce au Canada a sauté de 6,700% en trente ans.Le progrès! TI Les causes indiquées?Séparations dues à la guerre, mauvaises conditions de l\u2019habitation, influence d\u2019Hollywood, désintégration de la cellule familiale, religions diverses des époux, émancipation économique de la femme, etc., etc.1f Philip Snowden écrivait: « La critique des agissements des hommes d\u2019État est la plus haute forme de patriotisme; elle vise à éliminer les erreurs qui portent atteinte à la réputation du pays à l\u2019étranger et au bonheur du peuple chez lui.» Tf Churchill précise que cette critique doit être constructive: « We should vituperate the past only to save the future.» Tf Le plus fort départ de missionnaires jésuites américains aura lieu cette année, trois centième anniversaire du martyre de saint Isaac Jogues et saint Jean de la Lande, à Auries-ville (N.-Y.).Ils seront cent sept, à destination de onze missions à travers le monde.TI Selon qu\u2019on place l\u2019intérêt général au-dessus ou au-dessous de l\u2019intérêt particulier, l\u2019on est un politique ou un politicien.TI L\u2019automne va-t-il se terminer, comme le printemps, sans qu\u2019on organise des montées de colons?sans même qu\u2019on ouvre des.chemins de pénétration pour les défricheurs de 1947 ?Les belles paroles entendues aux Expositions agricoles ne sont que des compliments vides: la terre neuve attend de l\u2019action.If La Commission des Liqueurs de l\u2019Alberta a payé $15,000 un immeuble qu\u2019elle loue $1 à une Société de Tempérance pour y guérir les buveurs.If La coopérative des Pêcheurs-Unis du Québec a vendu pour tout près de $3,000,000 de poisson.Décidément, la Gaspésie est au soleil.Une vingtaine de colonies agro-forestières achèveraient son bonheur, comme à la Grande-Vallée.If Les 18 et 19 octobre 1646, étaient tués par les Iroquois, à Andagaron, aujourd\u2019hui Auriesville (N.-Y.), saint Isaac Jogues, trente-neuf ans, d\u2019Orléans, et saint Jean de la Lande, un laïc, de Dieppe, arrivé depuis peu.Tf « Fides » lance une revue de bibliographie, Lectures, dont l\u2019utilité ne manquera pas de s\u2019imposer au public.Bienvenue, bon travail et longue vie! ^f Le colonel Dick Malone, chef des Relations extérieures de l\u2019armée canadienne, raconte [Macleans's, 15 octobre) qu\u2019il a dû se battre avec les autorités anglaises pour que la participation des troupes canadiennes, lors de l\u2019invasion de Normandie, fût spécifiquement mentionnée.On voulait reprendre l\u2019expression commode oui signala le débarquement des Canadiens en Italie: « British troops »! 352 RELATIONS jJjiunîrnsf limité^.FONDÉE EN 1912 Conseil d'administration : JOSEPH SIMARD, O.B.E\u201e Président ALBERT HUDON, D.Sc.C.HON.J.-A.BRILLANT, C.B.E\u201e C.L.Vice-presidents Hon.ÉDOUARD ASSELIN, C.R., C.L.Hon.ARMAND DAIGLE, Sénateur Hon.CHARLES DELAGRAVE, N.P., C.L.J.-ÉMILE FORTIER, M.D.Hon.WILFRID GAGNON, C.B.E.Col.Hon.RAOUL GROTHÉ, C.L.J.-ÉDOUARD LABELLE, C.R., O.B.E.Hon.LUCIEN MORAUD, C.R., sénateur EUGÈNE POIRIER, N.P., LL.D.Direction : J.-HÉBERT CHRÉTIEN, B.A., LL.L.Directeur général Jacques SAINT-AUBIN Henri DE CAZES Jacques GEOFFRION Ckef des services\tGérant à Québec\tSecrétaire Siège social:\tSuccursale: 10 ouest, rue St-Jacques\t132, rue St-Pierre MONTRÉAL - 1\tQUÉBEC c4ckète BIEN MAGASINA RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine qui aci mus MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor V::î>ï m* ïïii I-Sg LA TEMPERANCE est Ha ii>aubegark par excellence de votre portefeuille, de votre santé et de votre bonheur familial, de même qu'une police d'assurance dans Ha ê>aubeprbe est synonyme de sécurité économique pour vous et pour les vôtres.© Compagnie d\u2019assurance sur la vie ILa êmubegarïie SIÈGE SOCIAL: MONTRÉAL I_____________________________________ L'ARGENT EST UN BON SERVITEUR L\u2019argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître.Il faut l\u2019asservir, non se laisser dominer par lui.Economisez autant que possible et mettez vos réserves au service de vos besoins et de vos légitimes ambitions.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de $300,000,000 515 bureaux au Canada \u2014\t60 succursales à Montréal 206, rue du Pont Tel.: 4-4641 LA ciE JF.X.QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS : Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène m Les Fabricants FASHION-CRAFT LIMITÉE Conàeil d\u2019administration : J.-Louis Lévesque Gérard FAVREAU Lionel LACROIX W.S.McCUTCHEON Emé.Lacroix J.-A.Boivin, N.P.Président Vice-président exécutit et directeur général } Directeurs généraux adjoints jÇeâ vêtementà Qaâhion-Ctcifit âont l\u2019apanaye d\u2019une mièe élégante.Représentés au Canada par au delà de 500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.NOUVELLE ÉMISSION $600,000 LES CLERCS DE SAINT-VIATEUR DE MONTREAL OBLIGATIONS, Pe HYPOTHÈQUE, REMBOURSABLES EN SÉRIE $150,000 à 2\t%, échéant du 1er août 1947 au 1er août 1951 200.000\tà 2l/2%, échéant du lor août 1952 au lor août 1956 250.000\tà 2K%» échéant du 1er août 1957 au 1er août 1961 Datées du Jer août 1946 Échéances : du 10T août 1947 au ltT août 1961 Capital et intérêts semestriels ( 1er février et 1er août) payables en monnaie légale du Canada à toute succursale d'une banque à charte, dans la province de Québec.Immatriculation facultative quant au capital seulement.Coupures de $500 et $ 1,000.Obligations rachetables par anticipation, en totalité ou en partie, au gré et au choix de la communauté sur préavis de 30 jours, à 100 et l'intérêt couru.Fiduciaire : Le Sun Trust Limitée, Montréal Consultation juridique : Me Lucien Roux, C.R.10 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - 1\t- Tel.: LA.9241 \u201c (Relation* \u201d vou* plait, pa**ez-le à vo* ami* IMPNIMCBIC DU M CS8AQER , MONTREAL."]
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