Relations, 1 septembre 1947, Septembre
[" LES CLASSES MOYENNES DANS UN MONDE TROUBLÉ L\u2019ÉLECTRIFICATION DES CAMPAGNES- AU SERVICE DES MÉCHANTS GARNEMENTS L\u2019URBANISME AMÉRICAIN VU PAR UN FRANÇAIS______ CLIMAT CHRÉTIEN À L\u2019USINE Fernand BOISSEAU Rodolphe LAPLANTE René GIRARD M.Barret de BEAUFORT M.DAGALLIER ALBERT PLANTE - PIERRE DRUJON - AUBREY F.BELL -J.-AD.SABOURIN - MAURICE GAREAU- ECOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE SEPTEMBRE 1947 Éditoriaux.257 On ne s\u2019improvise pas hôtelier.\u2014 La « Canadian Teachers Federation » en congrès.\u2014 Le Canada OUVRE SES PORTES.\u2014 TERRE-NEUVE ET LABRADOR.Articles LES CLASSES MOYENNES DANS UN MONDE TROUBLÉ .Fernand Boisseau 260 PLACEMENTS FAMILIAL ET INSTITUTIONNEL \u2014 VI.Albert Plante 262 L\u2019ÉLECTRIFICATION DES CAMPAGNES.Rodolphe Laplante 265 AU SERVICE DES MÉCHANTS GARNEMENTS .René Girard 268 UNE EXPÉRIENCE DE COURS D\u2019ADULTES.Maurice Gareau 270 Correspondance.271 Compliment à Relations et aux ouvriers .Jean Blais Transport en commun à Mexico.Montréalais en voyage Colonisation et immigration en Argentine .Jean Genest Jeunes délinquants.A.Benoit NOS COLLABORATEURS M.Fernand Boisseau, journaliste, est secrétaire général de l\u2019Association des marchands détaillants.\u2014 Le P.Albert Plante, s.j., professeur au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception, a déjà donné à Relations plusieurs articles sur divers problèmes du bien-être social.\u2014 M.Rodolphe Laplante est secrétaire de l\u2019Office d\u2019Électrification rurale de la province de Québec.\u2014 M.l\u2019abbé Maurice Gareau, vicaire à la paroisse de Saint-Jovite, décrit l\u2019initiative dont il fut un des animateurs.\u2014 M.Aubrey F.Bell, Anglais de religion protestante, connaît l\u2019Espagne depuis 1892; il y a vécu de nombreuses années pendant lesquelles il fut correspondant du Morning Post de Londres.\u2014 M.l\u2019abbé Sabourin, docteur en théologie et membre de l\u2019Académie canadienne de Saint-Thomas-d\u2019Aquin, fut le premier des cinq prêtres canadiens autorisés par S.S.Pie X, au temps de Mgr Langevin, à passer au rite paléoslave.Il a consacré dix de ses quarante-deux années de sacerdoce au service des Ukrainiens au Canada.Il est maintenant curé de Saint-Pierre au Manitoba.\u2014 Membre d\u2019une mission économique française à \"Washington, M.Maurice Barret de Beaufort, urbaniste, a eu l\u2019occasion d\u2019observer les orientations de l\u2019urbanisme américain.\u2014 M.Dagallier, directeur général d\u2019une importante usine, est un des dirigeants de l\u2019Action catholique des Industriels de France.\u2014 Le P.Pierre Drujon, s.j., aumônier général de la J.E.C.française, s\u2019est fait beaucoup d\u2019amis au Canada pendant son séjour de l\u2019hiver dernier au milieu de nous.Commentaires.272 Fonction et responsabilités patronales.\u2014 Population et hiérarchie.\u2014 La dignité du médecin.\u2014 Manque de maturité.\u2014 Un seul et même bercail.Au fil du mois.274 « L'inexplicable taux décroissant ».\u2014 Raison d'économie?\u2014\tChef s-d'œuvre inachevés.\u2014 Le tourisme et nous.\u2014 Pour ou contre le progrès ?\u2014 Contradictions.:\u2014 Externats classiques.\u2014 Pays qui naît.\u2014 Où bâtir ?\u2014 Bleuets.\u2014\tAcadie en santé.\u2014 Nationalisme ?\u2014 Catholicisme américain.Chroniques LA BIBLE EN ESPAGNE.Aubrey F.Bell 277 MONSEIGNEUR LANGEVIN ET NOS UKRAINIENS.J.-Ad.Sabourin, ptre 279 L\u2019URBANISME AMÉRICAIN VU PAR UN FRANÇAIS .Maurice Barret de Beaufort 281 CLIMAT CHRÉTIEN À L\u2019USINE .M.Dagallier 284 RENOUVEAU CHRÉTIEN DE LA FRANCE.Pierre Drujon 286 Livres récents.287 En trois mots.288 RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur : Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 \u2022 publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL.34\tCANADA Autorisé comme envoi posted de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. Vllème année, No 81 Ecole Sociale Populaire, Montréal Septembre 1947 É D I T O JÇa \u201c Canadian ZJeackeïâ Jedeïation \u201d en congxeï TA Canadian Teachers Federation \u2014 une vieille con-naissance, avec la Canada-New-Foundland Education Association \u2014 vient de discuter à son congrès d\u2019Halifax des projets intéressants.La Fédération veut établir son secrétariat dans la capitale fédérale, d\u2019une façon permanente et avec le personnel approprié.C\u2019est son affaire.Mais serait-ce la reprise du projet si longtemps caressé par tous les centralisateurs de fonder à Ottawa un Bureau national ou interprovincial d\u2019Éducation, premier pas vers un ministère national de l\u2019Éducation ?Nos lecteurs pourront rafraîchir leur mémoire sur ce plan et ses conséquences en se référant à deux articles publiés ici même: « Écoles nationales » (novembre 1942) et « Un enseignement fédéralisé » (janvier 1943), l\u2019un et l\u2019autre signés par le R.P.de Léry.On a proposé aux congressistes de faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu\u2019il aide, par ses subsides, à élever les salaires des instituteurs, insuffisamment et inégalement rémunérés par les diverses provinces.Bonne vieille idée, dont les centralisateurs veulent se servir comme d\u2019un levier pour briser l\u2019opposition des provinces à leurs projets.Or, en cette question du traitement, comme en toute autre se rapportant à l\u2019éducation, subside fédéral veut dire tôt ou tard contrôle fédéral.On en est convaincu aux États-Unis: « Il est absurde, affirme Mgr Edward Jordan dans sa brochure Federal Aid for Education, de supposer que le gouvernement fédéral aiderait financièrement l\u2019instruction, comme toute chose du domaine de l\u2019activité publique, sans s\u2019assurer un mot prépondérant à dire sur l\u2019emploi de l\u2019argent.» Nos amis de la Canadian Teachers Federation n\u2019en sont-ils pas tout aussi convaincus que nous-mêmes ?Et n\u2019est-ce pas pour cela même peut-être \u2014 pour que le contrôle de l\u2019éducation passe au fédéral \u2014 qu\u2019eux et certains amis réclament si tenacement l\u2019aide d\u2019Ottawa?Jusqu\u2019ici, l\u2019aspect constitutionnel du problème RIAUX ne laissait pas de les ennuyer.Aujourd\u2019hui, ils croient avoir enfin trouvé une réponse victorieuse.Les tenants de l\u2019aide fédérale, rapporte la Gazette qui accorda une large publicité au congrès, « invoquent la loi des Allocations familiales comme un précédent qui justifierait l\u2019aide du fédéral en matière d\u2019éducation.Une éducation saine, disent-ils, est aussi importante qu\u2019une bonne santé.Si le gouvernement fédéral a le droit de prendre des mesures pour protéger la santé, il devrait avoir le pouvoir de protéger l\u2019éducation de tous les petits Canadiens ».Il fallait s\u2019y attendre: ces gens ne sont pas lents à exploiter à leur avantage ce qu\u2019ils estiment un précédent.Ils avaient beau jeu après l\u2019interprétation donnée à la loi des Allocations familiales par certains juristes et politiciens d\u2019Ottawa.En effet, si le gouvernement central peut, sans violer la constitution ni les droits des provinces, s\u2019immiscer dans le domaine social, sous prétexte qu'il a le droit de faire des largesses à qui il veut, pourquoi n\u2019aurait-il pas ce même droit dans n\u2019importe quel autre domaine, y compris celui de l\u2019éducation?Des esprits avertis ont dénoncé l\u2019interprétation officielle d\u2019Ottawa comme ruineuse de la Constitution elle-même.Nos congressistes de la Canadian Teachers Federation n\u2019ont pas manqué de se prévaloir de cette aubaine légale.Au demeurant, les préoccupations constitutionnelles ne les embarrassent pas outre mesure.Dans le préambule de la résolution, on lit, toujours d\u2019après la Gazette : « Est-il pratique et raisonnable de laisser une question de technicalités nous distraire indéfiniment de l\u2019étude de l\u2019aide fédérale dans le domaine de l\u2019éducation ?Est-il réaliste d\u2019esquiver de graves responsabilités en répondant simplement que l\u2019éducation est du ressort exclusif des provinces ?Ce principe, inspiré par la peur dans un compromis établi il y a près de cent ans, doit-il être interprété rigidement jusqu\u2019au point d\u2019empêcher la solution d\u2019un problème urgent et de portée nationale ?» N\u2019en déplaise à ces messieurs, et nonobstant leurs déclarations de respect à l\u2019égard « des minorités raciales ou religieuses », leur projet de subsides s\u2019attaque SEPTEMBRE 1947 257 à bien plus qu\u2019à de simples technicalités ou à une interprétation étroite des principes de la Confédération.« Au Canada, écrivions-nous en éditorial (« L\u2019éducation aux provinces, s.v.p.», nov.1944, p.281), un monopole fédéral serait un désastre, tant au point de vue culturel que national.Le Canada est un pays bi-ethnique.Non seulement les deux langues, française et anglaise, y sont officielles, mais les deux cultures y ont droit de cité et sont protégées par toutes les garanties désirables, constitutionnelles et légales, en vue de leur libre expression et développement.Un autre fait canadien importe grandement au point de vue scolaire: chez nous deux religions ont droit de cité, côte à côte, florissant dans le même air de liberté, la religion catholique et la religion protestante.C\u2019est dire combien le problème scolaire fut chez nous et dès les débuts d\u2019une grande complexité.Pour le résoudre, on dut de bonne heure opter pour la décentralistion.que les Pères de 1867 s\u2019empressèrent d\u2019incorporer dans l\u2019Acte qui allait donner naissance à la Confédération canadienne: l\u2019éducation serait affaire exclusive des provinces.» Entendez bien: affaire exclusive des provinces.Solution et concessions dictées par la peur (de quoi?) et déjà vieilles de cent ans, disent les centralisateurs.Droits inaliénables, donc plus que de simples « technicalités légales », répondons-nous.« Voilà, ajoutions-nous alors, ce que devraient méditer.ceux qui trouvent encombrantes notre culture française, nos habitudes de vie françaises; ceux qui maugréent contre les défenseurs des droits provinciaux; ceux qui rêvent de simplifier tout cela en noyant tout le monde dans le grand tout canadien, anglais bien entendu.» Que la Canadian Teachers Federation se rassure.Le respect de la juridiction exclusive des provinces en éducation n\u2019empêchera pas la solution du problème qui lui tient tant à cœur: le meilleur traitement à assurer aux instituteurs.Nous lui proposons nous aussi de faire pression sur le gouvernement fédéral.pour qu\u2019il rende aux provinces les sources de revenus qu\u2019il s\u2019est ingénié à leur enlever.Les provinces seraient alors plus à l\u2019aise pour donner suite aux revendications pécuniaires.Et tout se ferait sans chambard, selon l\u2019esprit et la lettre de la Constitution.L\u2019attitude des congressistes de la Canadian Teachers Federation nous rappelle opportunément que certaines gens n\u2019oublient rien, n\u2019apprennent rien et surtout ne lâchent jamais.Certains des nôtres devraient bien le comprendre une bonne fois.La riposte à ces centralisateurs impénitents, nous la tenons dans nos mains.Nos associations professionnelles d\u2019instituteurs continueront d\u2019ignorer comme par le passé la Canadian Teachers Federation et travailleront dans le calme et la dignité à obtenir graduellement à leurs membres un traitement digne des responsabilités qu\u2019ils assument envers les parents et la société.Nos commissions scolaires étudieront avec largeur de vue la rémunération du personnel enseignant et donneront suite sans lésiner aux mesures qui s\u2019imposent.Enfin, nos autorités provinciales affirmeront, comme par le passé, la position inébranlable du Québec pour le respect des droits des provinces en éducation et donneront aux choses de l\u2019éducation une attention éveillée et à nos professeurs une considération toujours plus sympathique et plus généreuse.Pour cela, nous n\u2019avons pas besoin du fédéral.On ne à \u2019imptoviâe paâ hôteliex TL EST NORMAL qu\u2019un corps de métier initie ses apprentis, qu\u2019une profession transmette ses traditions.L\u2019hôtellerie est à la fois industrie et profession; elle doit être beaucoup plus qu\u2019un groupement de détaillants de boissons fortes ou faibles.C\u2019est ainsi qu\u2019on le comprend en Europe et aux États-Unis, c\u2019est ainsi que le comprennent les hôteliers de chez nous qui ont à cœur leur profession.L\u2019un d\u2019eux vient d\u2019envoyer son fils se perfectionner en hôtellerie pendant quatre ans à l\u2019Université Cornell.Pour apprendre à couper le scotch et à changer les draps toutes les deux heures, point n\u2019est besoin d\u2019aller là, ni en Suisse ou en Angleterre.En vertu de la loi d\u2019Assistance aux anciens combattants et avec l\u2019appui des ministères provinciaux de l\u2019Industrie et du Commerce et de la Jeunesse, l\u2019École supérieure d\u2019hôtellerie de Saint-Paul-l\u2019Ermite fonctionne depuis le 18 février 1946, dans les vastes locaux érigés pour loger le personnel des usines de guerre.Cette école, fondée principalement dans le dessein de former des restaurateurs et des aubergistes compétents parmi les Canadiens français du Québec, attira des élèves de toutes les parties du pays.Il fallut même reviser les cours pour satisfaire aux exigences des nouveaux venus.Cette École supérieure, organisée et dirigée comme un véritable hôtel, est une initiative réclamée par l\u2019importance accrue du tourisme.Notre province attire les visiteurs: son histoire, ses paysages pittoresques, ses coutumes religieuses et françaises en font un coin typique du continent.En 1945, 138,215 automobilistes passèrent chez nous quarante-huit heures et plus, 131,881 séjournèrent moins longtemps; 229,153 voyageurs nous vinrent par chemin de fer, 14,968 par autobus, 28,717 par avion et 3,261 par bateau.Nos hôteliers ont accueilli presque tous ces voyageurs.Quelles impressions leur ont-ils laissées?Nous avons entendu bien des propos peu flatteurs sur notre hospitalité jadis légendaire.C\u2019est que beaucoup de « détenteurs de permis » ne sont pas du tout des hôteliers au sens professionnel du mot.Depuis des années les divers gouvernements provinciaux ont désiré améliorer cette situation et créer un collège d\u2019hôtellerie.Le coût de fondation les faisait hésiter.Voici que le gouvernement fédéral a ouvert la porte, à nous de la garder ouverte.Maintenant que la plupart des vétérans sont rentrés dans la vie civile, le gouvernement d\u2019Ottawa n\u2019a 258 RELATIONS plus de raison de soutenir l\u2019École de Saint-Paul-l\u2019Er-mite.D\u2019ailleurs, les problèmes d\u2019éducation relèvent des provinces.C\u2019est au gouvernement provincial qu\u2019il appartient désormais et normalement de continuer cette heureuse initiative et d\u2019en faire une institution permanente.Il serait malheureux qu\u2019après beaucoup d\u2019efforts concertés et de sacrifices pécuniaires l\u2019École d\u2019hôtellerie ne continue pas son travail nécessaire.Si nous la maintenons, nul doute que nous ne continuions à recevoir des élèves de partout.Le dernier recensement comptait 5,646 hôtels au Canada.Leurs recettes annuelles s\u2019élèvent à $147,488,156.Ces établissements ont tous besoin d\u2019un personnel compétent.Pourquoi tous ne contribueraient-ils pas dans une certaine mesure au maintien d\u2019une école d\u2019hôtellerie d\u2019une très haute tenue?Les membres de la profession hôtelière sont nos ambassadeurs auprès des étrangers qui nous visitent; ils ont tout intérêt à bien former leurs collaborateurs.Les grandes entreprises minières, électriques et autres apportent leur quote-part à la formation de leurs techniciens; pourquoi les hôteliers ne les imiteraient-ils pas ?Dans ce domaine aussi, notre gouvernement provincial pourrait coordonner les argents et les efforts afin d\u2019assurer les progrès d\u2019une industrie essentielle.JÇe Canada ouvre âeâ porteâ., APRÈS S\u2019ÊTRE fait tirer l\u2019oreille, le Canada ouvre ses ^ portes à l\u2019immigration.M.Howe nous annonce pour septembre prochain une entrée massive de D.P.(displaced persons), à raison de 3,000 par mois.Il y avait déjà les quelques milliers de Britanniques invités au pays par le colonel Drew, les travailleurs hollandais de la betterave, les ouvriers de toute race destinés aux industries des mines et de la forêt.Nous ne chicanerons pas ici le caractère fort peu réfugié de certains de ces immigrés, tels les Britanniques que l\u2019Angleterre sacrifie en faveur du Canada pour l\u2019aider à garder.la ligne de la fidélité, quitte à les remplacer par des Européens du continent facilement assimilables.Nous ne dirons rien non plus de certains immigrants accourus au pays sur l\u2019invitation et grâce à l\u2019influence de coreligionnaires juifs, pour envahir nos villes et notre commerce.Ouvrir ses portes aux véritables réfugiés est un geste de charité que le Canada devait poser, surtout après l\u2019appel pressant du Souverain Pontife.Nous voulons seulement soulever une question.Jusqu\u2019ici, on avait toujours parlé d\u2019immigration en fonction surtout de l\u2019agriculture.Or, actuellement, il n\u2019est plus question que d\u2019industrie.Tous ces invités de notre pays dont on nous parle sont destinés aux différentes branches de l\u2019industrie, mines, forêt, betteraverie.On ne voit pas que les autorités canadiennes aient pensé à peupler nos immenses terres inexploitées et à développer notre agriculture.Cela pourtant contribuerait à rétablir, entre la ville et la campagne, le sain équilibre que la guerre a renversé.Le pays en profiterait et pourrait contribuer davantage à lutter contre la faim qui tenaille le monde entier.Qu\u2019est-ce à dire ?Serait-ce que le gouvernement ouvre les portes du pays sur le conseil des financiers et des industriels.et pour leur avantage principal ?Nous ne savons pas quel effet cette immigration aura sur l\u2019emploi et le niveau des salaires, mais nous souhaitons que les unions ouvrières suivent de près la situation et sachent, s\u2019il y a lieu, intervenir vigoureusement.L\u2019intérêt et l\u2019honneur du Canada réclament que sa politique d\u2019immigration soit dictée, non par des groupes particuliers et à leur avantage, mais par le bien commun du pays et, dans une mesure approprié, par nos obligations internationales.« La charité envers les D.P.» ne doit pas être un prétexte à couvrir des combines impérialistes ou financières.7jerre-JSeuve et J^abrador TDAYS DE 300,000 habitants, à peine sorti d\u2019une crise financière qui le réduisait au rang de colonie de la Couronne, Terre-Neuve veut s\u2019unir à la confédération canadienne, qu\u2019elle rejetait en 1867.Le Canada doit y regarder de près avant de consentir à cette rentrée tardive à laquelle ne sont pas indifférents les créanciers anglais de la « sentinelle de l\u2019Atlantique ».Dans toute cette question, il y a aussi les intérêts du Québec.Ottawa a le devoir d\u2019entendre la demande opportune de notre gouvernement provincial et de lui accorder l\u2019occasion de présenter le point de vue de la province.Malgré qu\u2019il n\u2019ait pas fait grand bruit, Québec n\u2019a jamais avalé le curieux jugement accordant à Terre-Neuve, sous prétexte de rivage, la formidable enclave des audacieux « bassins de rivières » qui remontent bien avant dans les terres.Londres, connaissant les chutes Hamilton et les mines, prévoyait une exploitation profitable.Québec alors n\u2019a rien dit, attendant son jour.Ce jour est arrivé.La prescription n\u2019existe pas.C\u2019est le temps de reprendre un territoire où Ottawa n\u2019a aucun titre, puisque cette brèche à l\u2019Ungava appartient ou à Québec par le bon sens, ou à Terre-Neuve par un jugement inacceptable.Toute l\u2019opinion devrait appuyer ce retour de tout le Labrador de Jacques Cartier, de Louis Jolliet, à la vieille province qui peut le mettre en valeur et en profiter.La seigneurie de Jolliet, puis de la Compagnie du Labrador, n\u2019avait que six milles de profondeur.En 1763, Londres ne rattacha à Terre-Neuve que cette bande de six milles, sur huit cents de longueur.Pas question alors du fameux « bassin des rivières ».Québec réclame donc son bien.Les bons comptes feront les bons voisins.SEPTEMBRE 1947 259 LES CLASSES MOYENNES DANS UN MONDE TROUBLÉ Fernand BOISSEAU ENTRE la poignée de magnats de la finance et de l\u2019industrie, qui imposent à la vie économique universelle un contrôle grandissant, et la masse des hommes qui vivent dans l\u2019insécurité du lendemain et parfois du jour présent, se trouve un groupe plus ou moins conscient de son existence, plus ou moins organisé en cadres définis, qu\u2019on appelle d\u2019un nom odieux en soi si l\u2019on y réfléchit: « les classes moyennes ».ce qu\u2019elles sont Petits propriétaires, petits industriels, hommes des professions libérales ou marchands, leurs membres, sans être immensément riches, jouissent d\u2019une certaine indépendance économique, échappent à la servitude qui est le lot de la masse et constituent la garantie la plus sûre de notre civilisation contre les bouleversements trop rapides.A cause de leur intérêt à la conservation de l\u2019ordre établi, les classes moyennes agissent comme tampon entre la force trop souvent antisociale et anonyme de la grande finance et la colère d\u2019une masse prolétarisée.Leur action adoucit les mœurs d\u2019une société trop mécanisée et réalise les seuls progrès durables dans une société où le heurt direct du dollar tout-puissant contre les rancœurs populaires provoquerait bouleversements et révolutions.C\u2019est dans les classes moyennes qu\u2019on trouve le plus de savoir, le plus de travail productif, le plus d\u2019air bition sociale, le plus de courage et le plus de vertus.C\u2019est par leur apport et leur influence conservatrice qu\u2019on parvient à réaliser l\u2019indispensable équilibre entre la masse amorphe et la richesse aveugle.Or, un problème se pose: notre monde comprend-il la nécessité des classes moyennes ?Les responsables de la chose publique travaillent-ils à les maintenir, à en assurer le recrutement et le renouvellement ?Leur donne-t-on la place et l\u2019influence qui leur reviennent dans la société ?Marchent-elles vers l\u2019extinction ou continueront-elles les services majeurs qu\u2019on en a attendus et reçus ?Autant de questions dont la réponse peut devenir angoissante à l\u2019observateur social, car il est incontestable que le réservoir des classes moyennes peut se tarir.ce qu\u2019elles souffrent En détruisant toute chance de succès, en enlevant à l\u2019initiative et au travail son salaire, qui est l\u2019aisance matérielle, en empêchant la constitution de réserves, en drainant à chaque génération en impôts de toute sorte la majeure partie du capital liquide de nos entreprises, on ne peut obtenir en définitive qu\u2019un seul résultat: supprimer tout enthousiasme et même tout espoir chez les jeunes, vider le champ qui sépare les très pauvres des très riches, réduire chaque individu qui n\u2019appartient pas à la grande aristocratie financière au rôle de numéro dans une étrange société où nul n\u2019a d\u2019ambition, si ce n\u2019est celle de vivre aux dépens de l\u2019État-père-de-famille.Les derniers vingt-cinq ans ont vu apparaître dans nos statuts une série de lois destinées sans doute à créer des revenus supérieurs pour un État qui dépensait toujours davantage et qui, par voie de conséquence, a grugé les chances de permanence pour les entreprises de moyenne grandeur.Signalons l\u2019impôt sur le revenu, l\u2019impôt sur les surplus de profits, les droits de succession, pour ne nommer que les plus importantes de nos mesures fiscales.Comment veut-on qu\u2019une entreprise de type moyen se constitue un capital et une réserve pour les mauvais jours, lorsque d\u2019année en année le plus clair des profits doit prendre le chemin des coffres gouvernementaux ?J\u2019ai sous les yeux, en chiffres éloquents, le drame d\u2019une entreprise familiale récemment absorbée par un gros concurrent parce que, deux fois dans la même année, l\u2019État a pris en droits de succession toutes les disponibilités liquides et un peu plus.Que dire maintenant de cet aspect particulier de l\u2019action du Service sélectif national au cours de la guerre ?Sans doute fallait-il fabriquer et fabriquer vite les armements nécessaires aux hostilités.Mais la petite entreprise et le petit commerce souffrent encore et souffriront longtemps des habitudes prises par cette partie de leur personnel employée aux travaux de guerre.Le chef d\u2019une entreprise industrielle moyenne me disait qu\u2019il faut maintenant deux fois plus de personnel pour accomplir la même besogne qu\u2019en 1939-1940: « Rendement diminué, conscience et compétence professionnelles presque atrophiées, intérêt et ambition presque complètement disparus.» Une autre cause d\u2019extinction réside dans les difficultés d\u2019approvisionnement de la petite entreprise en cette période de production limitée.Les distributeurs de matières premières ou de produits manufacturés s\u2019imaginent n\u2019avoir d\u2019intérêt qu\u2019aux commandes massives de clients peu nombreux.Ce que la Commission des Prix et du Commerce en temps de guerre prévenait en imposant la distribution obligatoire par « quotas », nous le voyons se réaliser maintenant, avec la liberté rendue aux grandes entreprises de distribution et aux étranges courtes vues dont elles sont parfois victimes.Action dangereuse de l\u2019État, insouciance désastreuse de la main-d\u2019œuvre, incompréhension des approvisionneurs, c\u2019est déjà assez pour inquiéter, mais le tableau n\u2019est pas complet.On dit que les idées mènent le monde, et c\u2019est vrai.Sur le terrain qui nous occupe, certaines idées font leur chemin.Fausses en soi, elles acquièrent le mirage, 260 RELATIONS l\u2019attrait et l\u2019autorité qui leur viennent de ceux qui les prêchent et de l\u2019instance de cette prédication.D\u2019un côté, il y a le groupe des communistes inconscients, des socialistes en « tuxedo », qui soutiennent que le coût de la distribution des produits est trop élevé et qui préconisent, pour le réduire, la méthode facile et utopique de la suppression de tous les intermédiaires.Ils croient, dans leur candeur naïve, que la concentration entre quelques mains de la distribution entraîne infailliblement une baisse notable du coût de la vie.Les États-Unis et le Canada anglais, pour ne citer qu\u2019eux, sont deux preuves du contraire.Il n\u2019en coûte pas meilleur marché pour vivre à Chicago, à New-York ou à Toronto qu\u2019il n\u2019en coûte dans le Québec, en dépit du fait que plus de 60% du commerce de détail y soient aux mains des grandes corporations et des chaînes.Les Souverains Pontifes ont sonné la note juste depuis quarante ans qu\u2019ils dénoncent avec une fulgurante clairvoyance « la concentration des richesses ».A côté de ce groupe qui favorise inconsciemment la grande entreprise anonyme, il y a chez nous les défaitistes qui croient impossible la survivance de nos classes moyennes, en annoncent la disparition plus ou moins imminente mais fatale, et cherchent dans des moyens de fortune, souvent pires que le mal qu\u2019ils craignent, la solution au problème.Il y a quelque temps, une voix autorisée du Canada dénonçait à la radio la présence, à des endroits stratégiques de notre système éducationnel canadien, d\u2019hommes qui n\u2019ont pas foi en notre organisation économique nationale et qui détruisent chez les jeunes l\u2019espoir même de vivre décemment et libres dans une société où le travail, l\u2019intelligence, l\u2019initiative et la vertu trouvent leur récompense.Et cependant, de ces classes moyennes ridiculisées, méprisées, vilipendées, surtaxées, on reçoit beaucoup et l\u2019on attend encore davantage.ce qu\u2019elles apportent Que les classes moyennes soient utiles et même indispensables, il ne semble pas nécessaire de le prouver.La vie de nos villages, de nos villes, de nos provinces et de notre pays ne serait pas la même sans la présence de ces « gens à l\u2019aise » dont la contribution personnelle ou financière est constamment sollicitée.Supprimez de nos petites villes le groupe qui constitue nos Chambres de Commerce, nos sections de l\u2019Association des Marchands détaillants, la société peut-être légèrement embourgeoisée de nos hommes de profession libérale, et remplacez-les par de modestes gérants de magasins à chaîne, sans autorité et peu payés, par de simples fonctionnaires chargés de dispenser, au nom de l\u2019État, la justice et la santé, aujourd\u2019hui ici et demain là, sans attaches profondes au lieu où ils opèrent, sans intérêt et sans ambition, puis dites-moi quelles sont nos œuvres sociales, artistiques, civiques, patriotiques ou même religieuses qui pourront se maintenir.SEPTEMBRE 1947 Ce sont nos classes moyennes qui fournissent le plus clair effectif de ces groupes; chez elles se recrutent leurs animateurs, et se trouve le meilleur de leurs revenus.Marchand, petit industriel et homme de professsion libérale contribuent plus que personne à notre développement sur tous les fronts.Sans doute, par profession et par entraînement, sont-ils prudents, parfois trop.Ils se refusent à tous les sauts brusques; ils sont lents à admettre des idéees souvent très bonnes, mais en définitive leur prudence est très souvent sagesse.Au point de vue social, qu\u2019apportent-ils au peuple, dont ils sont nés?Nantis de certains privilèges et d\u2019une certaine aisance, ils embellissent, par leurs constructions, les communautés où ils vivent.Ils font instruire leurs fils et leur font prendre, dans la société, des positions d\u2019influence.Tout cela est bon.Qu\u2019on regarde les sommets de notre monde politique, social, universitaire et religieux: l\u2019on verra à quel point nos classes moyennes contribuent à la direction efficace de notre vie comme peuple.Aucun autre groupe, si respectable soit-il, ne peut fournir un apport aussi considérable; et même ceux qui viennent des extrémités, soit de l\u2019aristocratie, soit du monde ouvrier ou paysan, doivent, pour servir, ingérer les idées de la classe moyenne et s\u2019identifier à ses méthodes.Ne ressort-il pas avec évidence qu\u2019aider les classes moyennes est bon pour la société, que les amoindrir est néfaste à la société, et qu\u2019un effort sérieux doit s\u2019accomplir pour en assurer le maintien, l\u2019influence et le recrutement ?Qu\u2019on ne croie pas que l\u2019œuvre va marcher toute seule; ni que les classes moyennes, paresseusement assises sur leurs positions, refusent l\u2019effort de coopération pour s\u2019adapter et guérir le mal dont elles souffrent.ce qu\u2019elles veulent Elles n\u2019ont pas été les premières à s\u2019organiser; à toutes fins pratiques, elles sont loin de l\u2019être complètement.Sans doute, presque tous leurs membres appartiennent à l\u2019une ou à l\u2019autre et même à plusieurs associations.Qu\u2019il s\u2019agisse pour les avocats du Barreau ou pour les notaires de leur Chambre; pour les médecins, les pharmaciens et les optométristes, de leurs Collèges respectifs; pour les industriels, de l\u2019Association des Manufacturiers ou de l\u2019Association professionnelle des Industriels; pour les marchands détaillants, de leur Association, et pour tous, des Chambres de Commerce locales qui les appellent, ils y trouvent le moyen de servir non seulement les intérêts particuliers de leur profession, mais les intérêts de la collectivité.Or, il semble que l\u2019attention a de plus en plus été éveillée sur les droits et les responsabilités des classes moyennes.Ainsi, depuis trois ans, l\u2019Association des Marchands détaillants donne comme thème à ses congrès et à ses travaux de l\u2019année un aspect quelconque 261 du problème des classes moyennes.Le 27 septembre, des délégués de toute la province se réuniront à bord du Tadoussac pour discuter des droits et des responsabilités des classes moyennes; ils analyseront les responsabilités majeures qui leur incombent dans le monde où ils vivent et ils tenteront d\u2019établir une ligne d\u2019action pour mieux servir les intérêts communs.Mêmes préoccupations dans les autres groupes, avec ce résultat que petit à petit ils édifient un monde où chacun tente de corriger les égoïsmes individuels par une meilleure perception des devoirs communs, un monde qui apprenne à se passer de la toute-puissance capitaliste, pour ne pas périr lorsque, colosse aux pieds d\u2019argile, elle mourra de ses abus.C\u2019est ainsi que, sans en avoir trop l\u2019air, s\u2019accomplit chez nous une révolution pacifique du type souhaité et réalisé par l\u2019Église bien des fois au cours des vingt derniers siècles: dresser à côté d\u2019une société qui a survécu à son utilité, et qui ne justifie plus ses privilèges, une autre société qui d\u2019abord s\u2019en passe, ensuite l\u2019isole et finalement la remplace.L\u2019ENFANCE ABANDONNÉE A cette entreprise, peut-être moins évidente à l\u2019esprit de ceux qui s\u2019y livrent qu\u2019elle n\u2019est inscrite ici, mais progressant par la force des choses, tous ceux qui sont intéressés à l\u2019ordre, à la paix et à l\u2019avènement de la Cité chrétienne se doivent de contribuer.Contribuer comme le fait Relations, en aidant à préciser la doctrine et les objectifs.Contribuer en promouvant l\u2019adoption des mesures de sauvegarde et de protection.Contribuer en ne semant pas trop d\u2019obstacles sur la route.Contribuer en enseignant aux classes moyennes elles-mêmes leur devoir et le respect qu\u2019elles se doivent.On parle de temps troublés.Le pessimisme chez quelques-uns est à la mode.Oui, nous traversons des temps difficiles.Tous les temps sont difficiles: ce sont les hommes qui sont plus ou moins à la mesure.L\u2019Association des Marchands détaillants tente, en coopération avec les autres groupes, de rehausser les hommes à la hauteur des temps.Je crois pouvoir dire que cet effort donne des résultats consolants.Nous nettoyons le devant de notre porte.Nous comptons que le voisin en fera autant; toute la ville sera propre.PLACEMENTS FAMILIAL ET INSTITUTIONNEL-VI Albert PLANTE, S.J.CE DERNIER article voudrait grouper les conclusions de notre travail et présenter en même temps une synthèse des différentes réalités engagées dans le problème de la protection de l\u2019enfance.adoption; foyer nourricier C\u2019est dans les crèches « que se trouve la catégorie d\u2019enfants pour qui le placement familial avec son complément logique, l\u2019adoption, est tout particulièrement désirable » (premier article, janvier 1947).Le troisième article (avril) a donné des statistiques encourageantes sur cette œuvre de grande portée sociale.Du foyer nourricier méthodiquement organisé, la Commission des Assurances sociales n\u2019a pas parlé explicitement.Nous avons dit toutefois (janvier) qu\u2019il se trouvait implicitement dans le passage sur les querelles d\u2019écoles à propos de l\u2019assistance institutionnelle et de l\u2019assistance à domicile.Des témoins, surtout de langue anglaise, l\u2019avaient fortement préconisé.M.Montpetit, président de la Commission, se souvient très bien que les institutions ont eu alors à subir un rude assaut: « Nous trouvions l\u2019attaque exagérée et nous avons défendu les institutions.» On comprend alors la réserve du rapport sur l\u2019encouragement à développer ce genre de service.Il est possible cependant d\u2019en trouver une approbation implicite dans le texte de Mgr Alter, cité au long à la fin du premier article.Avec la Commission d\u2019Assurance-Maladie un grand relief fut donné au foyer nourricier tant dans la pre- mière partie du rapport que dans la loi de la Protection de l\u2019enfance.Il y eut du remous.Rappelons, sans mettre aucunement en doute les bonnes dispositions des commissaires, que ce remous s\u2019expliquait (II, février).Ce n\u2019est pas à dire qu\u2019on ne puisse rien retenir de leur travail.Le foyer nourricier a sa place dans une organisation complète de la protection de l\u2019enfance.Nous avons essayé de préciser ce rôle dans les articles troisième, quatrième et cinquième (avril, mai et juillet).Nous y renvoyons simplement, car il y aurait risque, dans un résumé de quelques lignes, d\u2019omettre des précisions indispensables.Deux remarques seulement: toute campagne en faveur des foyers nourriciers doit être faite de manière à ne pas nuire au recrutement des foyers adoptifs; on devrait chercher le moyen d\u2019assigner d\u2019abord aux plus abandonnés les bons foyers nourriciers amenés par la publicité.Rappelons que les illégitimes non adoptés font partie de ce groupe (III, avril).INSTITUTIONS \u2014 Les institutions pour enfants abandonnés de toute catégorie (illégitimes, orphelins, abandonnés de parents vivants, délinquants et anormaux) sont nécessaires.Nos communautés ont joué et continueront à jouer dans notre histoire charitable un rôle splendide.Quand on considère dans son ensemble et dans notre province le problème de la protection de l\u2019enfance, on en vient aisément à qualifier de chimère l\u2019espérance 262 RELATIONS que les foyers nourriciers seront appelés à remplacer l\u2019institution dans un pourcentage élevé.En fait, y a-t-il chez nous des partisans de cette opinion ?\u2014 Il est clair qu\u2019un enfant ne peut vivre dans une institution pendant plusieurs années à partir de sa naissance sans inconvénients pour son développement intellectuel et émotif.C\u2019est pour cette catégorie d\u2019enfants non encore adoptés que le foyer nourricier s\u2019impose le plus (III, avril).Il faut être toutefois assez réaliste pour admettre que des centaines de bons foyers nourriciers \u2014 en plus des foyers adoptifs \u2014 ne se trouvent pas si aisément, non plus que de puissantes équipes d\u2019auxiliaires sociaux.C\u2019est dire que même pour ces enfants l\u2019institution aura à continuer, dans une proportion impossible à préciser, son œuvre de charité.\u2014 L\u2019institution peut continuer d\u2019enrichir la personnalité des enfants qui y arrivent, leur développement déjà lancé (IV, mai).\u2014 Sans oublier qu\u2019il existe des institutions qui, au dire du regretté cardinal Villeneuve, « pourraient défier les pires inquisiteurs », sans oublier non plus que le don de soi aux enfants par amour du Christ accomplit, là où il est bien vivant, des merveilles, posons comme principe général qu\u2019une bonne institution s\u2019efforce d\u2019unir à un sain esprit de tradition l\u2019usage raisonnable des progrès actuels.N\u2019oublions pas toutefois que, même en étant très éveillée, elle se trouvera toujours gênée, dans son action, par des subventions d\u2019As-sistance publique ne répondant pas aux besoins réels de chaque enfant.Cet usage raisonnable des progrès actuels se manifestera surtout par l\u2019établissement, au besoin, d\u2019un Service social.Soupçonne-t-on assez l\u2019appui que les auxiliaires sociaux peuvent apporter pour une connaissance plus approfondie de l\u2019enfant durant son séjour à l\u2019institution et pour son adaptation à sa nouvelle vie quand il en sort ?Des institutions bien appuyées financièrement, préparant les jeunes à un avenir adapté à leurs aptitudes, et dotées d\u2019un Service social, sont aptes à travailler au bonheur de l\u2019enfant.La collaboration intime et amicale entre le personnel religieux et les auxiliaires serait enrichissante pour tous.La Commission d\u2019Assurance-Maladie faisait une excellente recommandation quand elle suggérait, d\u2019une part, pour assurer le recrutement des auxiliaires, d\u2019accorder des bourses aux étudiants désireux de se consacrer aux œuvres de relèvement social, et, d\u2019autre part, d\u2019accorder des subventions aux institutions prenant soin des enfants abandonnés pour la formation adéquate de leur personnel.GARDERIES La Commission d'Assurance-Maladie pensait que l\u2019intensification du placement dans les foyers nourriciers était de nature à faire disparaître spontanément les garderies (II, février).Est-ce bien exact?Est-ce même souhaitable?Si quelques garderies ont eu pendant la guerre une triste réputation; si d\u2019autres, bien équipées, n\u2019ont pas eu l\u2019encouragement espéré, cela ne signifie pas nécessairement que cette forme d\u2019assistance n\u2019ait plus de rôle à jouer.Il faut sans doute se défier beaucoup de la garderie qui prétend remplacer la mère, même si elle se présente avec des titres censés répondre à toutes les exigences scientifiques du développement de l\u2019enfant.Mais il y a la garderie, simple auxiliaire du foyer.Celle-là mérite, semble-t-il, des encouragements.Au lieu d\u2019un éloignement prolongé comme dans le cas du foyer nourricier, c\u2019est la séparation de quelques heures seulement; ce sont aussi, avec les mères, les contacts quotidiens qui permettent de les encourager et de les conseiller.Dans Ma Paroisse de février 1947, Mme Grisé-Allard va jusqu\u2019à dire que chaque quartier devrait avoir sa garderie maternelle.Voici des exemples de placement dans une garderie de Montréal pour l\u2019année 1945-1946: bien général de l\u2019enfant, 10; pour faire garder l\u2019enfant, 11; pour préparer l\u2019enfant à l\u2019école, 10; pour éviter la rue, 7; pas de cour pour jouer, 3; enfant faible, 1; trop de personnes à la maison, 3; repos de la mère, libération de la mère qui a trop d\u2019ouvrage, 16; gens en chambre, 2.(Statistiques prises dans une thèse sur Nos garderies montréalaises de Sœur Blanche Bellavance, du Bon-Conseil.) Notons le rôle du Service social pour la bonne marche d\u2019une garderie.Il assure le recrutement des enfants qui en ont vraiment besoin, favorise la connaissance plus parfaite du cas, voit à la collaboration des parents.ASSISTANCE À DOMICILE L\u2019abandon et la souffrance des enfants sont souvent \u2014 ne disons pas toujours \u2014 un symptôme du déséquilibre familial qui tient lui-même à des causes diverses, parfois conjuguées: logement étroit, pauvreté, maladie, travail de la mère, infidélité, tension conjugale due parfois à des défauts assez bénins mais qu\u2019exaspère une sensiblité trop vive ou une irritation trop prompte, mauvaise orientation dans l\u2019emploi, insouciance dans l\u2019ordonnance du budget familial, manque d\u2019imagination pour rendre attrayante la vie à la maison.Un travail diligent sur la famille pourrait prévenir le placement de beaucoup d\u2019enfants et en ramener à la maison.C\u2019est dire l\u2019importance de l\u2019assistance à domicile sous toutes ses formes: Sociétés de Saint-Vincent-de-Paul, infirmières visiteuses, visites bénévoles chez les pauvres, Services familiaux qui se sont formés depuis quelques années.La recommandation de la Commission d\u2019Assurance-Maladie mentionnée plus haut dans la section sur les institutions peut rendre ici encore de grands services pour le recrutement des auxiliaires sociaux requis pour ces Services familiaux.En janvier dernier, le R.P.Gabriel Sarrasin, o.m.I., curé de la paroisse de Saint-Pierre-Apôtre, fondait un Service paroissial d\u2019aide à domicile formé d\u2019infirmières graduées, de religieuses, de dames et de jeunes filles; de plus, une entente a été conclue avec huit médecins qui, appelés au nom de ce Service, répondent tout de suite, quelle que soit la pauvreté du client, la note étant SEPTEMBRE 1947 263 soldée au besoin par le Service lui-même.Un article spécial sera consacré un jour à cette initiative.Disons aujourd\u2019hui que cette formule paroissiale est une formule d\u2019avenir.Un Service de ce genre dans les différentes paroisses dépisterait plus aisément les cas de misère physique et morale.S\u2019il peut les traiter lui-même, à la bonne heure! Sinon, il n\u2019aurait qu\u2019à les transférer à un organisme central.Nous aurions ainsi l\u2019union harmonieuse de l\u2019organisation paroissiale \u2014 la plus importante \u2014 et de l\u2019organisation centrale.La centralisation exagérée, toujours dommageable, serait évitée, l\u2019organisme central gardant le rôle, très utile, de remplacer les Services paroissiaux non encore créés ou d\u2019aider ceux qui sont déjà en activité.DISLOCATION DES FAMILLES Voici de brèves notations s\u2019inspirant de quelques remarques du deuxième article (février).\u2014 Nous n\u2019avons pas de statistiques sur le nombre d\u2019enfants de mères nécessiteuses actuellement dans les institutions pour enfants abandonnés.Fait certain, ils n\u2019y sont pas les seuls à posséder soit leurs père et mère, soit l\u2019un des deux.\u2014 Il faut s\u2019efforcer de ramener à la maison les mères qui, sans motif raisonnable, travaillent et placent leurs enfants.Les mères nécessiteuses qui travaillent à cause de l\u2019insuffisance de la pension et des allocations familiales devraient pouvoir bénéficier d\u2019un montant provincial plus substantiel ou compter sur des organismes privés pour arrondir le budget familial.\u2014 Une grande attention doit être portée au triste fléau des ménages séparés.Il est navrant de penser, par exemple, qu\u2019une institution de six cents enfants est composée aux quatre cinquièmes d\u2019enfants de parents désunis.Il est peu probable que l\u2019adultère, qui, d\u2019après une ancienne supérieure de cette institution, rend bien difficile la reconstitution familiale, soit l\u2019unique cause de ces nombreuses désunions.On trouverait peut-être souvent à la racine du mal un fait plutôt mineur, dont l\u2019effet pourrait être annihilé par un intermédiaire compréhensif et plein de tact.Ces faits ne sont pas nécessairement du ressort de la Cour juvénile.Aussi, une Cour des relations domestiques pourrait rendre de bons services.Le mot Cour effrayera peut-être des gens qui se présenteraient plus aisément devant \u2014 disons \u2014 un Service des relations domestiques.\u2014 Il restera toujours des parents qui peuvent songer légitimement à l\u2019institution pour leur enfants, ce cas pouvant être assimilé à celui des internes des couvents et collèges ordinaires.Il faut voir toutefois à garder de la place pour les plus abandonnés comme sont, par exemple, les illégitimes qui ont atteint l\u2019âge de quitter la crèche et qui ne peuvent être placés ni en adoption ni dans un bon foyer nourricier.\u2014 Le délicat travail d\u2019amicale persuasion sur les mères qui travaillent et sur les ménages séparés se conçoit difficilement sans le secours de bons auxiliaires 264 sociaux pour des contacts individuels plus fréquents et une connaissance plus parfaite du cas.UNE LOI DE PROTECTION DE L\u2019ENFANCE On en parle et on la souhaite depuis longtemps.Le désaccord sur des points importants risque toutefois de prolonger l\u2019attente.Il semble qu\u2019une efficace protection de l\u2019enfance repose principalement sur trois points : un organisme provincial, des organismes locaux et le droit de tutelle.Dans son témoignage devant la Commission d\u2019Assurance-Maladie, M.le docteur Arthur Lessard, après avoir souligné tout le bien qu\u2019ont fait dans notre province les institutions et les différents Services sociaux subventionnés par les Fédérations de charité et l\u2019Assistance publique, et après avoir affirmé que l\u2019esprit de la protection de l\u2019enfance existe chez nous même si nous n\u2019avons pas de loi, ajoutait qu\u2019une législation serait excellente pour coordonner tous les efforts et toutes les activités plus ou moins individuelles.Il paraît donc facile de faire l\u2019unanimité sur la nécessité d\u2019un organisme provincial chargé non seulement de coordonner, mais aussi de stimuler et de conseiller.L\u2019unanimité disparaît dans les propositions concrètes sur la nature de cet organisme.Rappelons simplement la sage remarque du docteur Lessard qu\u2019il faut éviter dans notre province de mêler toutes choses dans un grand tout.Ajoutons aussi qu\u2019il faut éviter la centralisation exagérée; on doit à tout prix bien doser l\u2019action de l\u2019organisme provincial et des organismes locaux.Qu\u2019entendre au juste par organismes locaux?La Commission des Assurances sociales avait recommandé l\u2019établissement de Sociétés de protection de l\u2019enfance dans les villes de plus de 25,000 âmes, entendant « proposer une sorte d\u2019expérience sociale ».La Commission d'Assurance-Maladie a fait de ces Sociétés un des pivots de la loi qu\u2019elle proposa; notons que cette loi était pratiquement, pour plusieurs des articles principaux, une réplique du Children's Protection Act d\u2019Ontario.Nous avons déjà chez nous quatre Sociétés fondées depuis la Commission de 1930: à Montréal, à Québec, aux Trois-Rivières et à Sherbrooke; elles n\u2019ont pas, par leur charte, tous les pouvoirs conférés par la loi de la Commission d'Assurance-Maladie et elles seraient vraisemblablement un peu effrayées de se voir confier des responsabilités aussi étendues; il y aurait d\u2019ailleurs équivoque, croyons-nous, à compter sur elles pour l\u2019application de cette loi, car elles ne sont pas constituées comme les Sociétés ontariennes.Celles-ci sont composées de citoyens qui, après avoir obtenu du gouvernement une charte leur permettant d\u2019agir selon les prescriptions des lois sur l\u2019enfance, se choisissent un surintendant local dont la fonction est de rester en contact avec les pupilles de la Société.Remarquons que la loi québécoise donnait aux Sociétés, à propos du placement et de la tutelle, des pouvoirs plus grands qu\u2019en Ontario.RELATIONS Plus nous avancions dans ce travail, plus nous nous demandions si des Sociétés semblables à celles d\u2019Ontario ne viendraient pas compliquer chez nous le travail pour l\u2019enfance, puisque nous avons déjà des Sociétés d\u2019adoption et de protection avec leurs normes définies et des Services sociaux qui se sont développés selon l\u2019excellente formule familiale.Il suffirait, semble-t-il, de les perfectionner et d\u2019en établir d\u2019autres au besoin en étendant, s\u2019il le faut, leur sphère d\u2019action sur toute une région.Le travail de dépistage des cas de misère morale et physique serait assuré par ces Sociétés, ces Services \u2014 paroissiaux ou centraux \u2014, les Société des Saint-Vincent-de-Paul et la police.A ce travail de dépistage ajoutons le droit de tutelle quand cette solution s\u2019impose pour soustraire l\u2019enfant à un milieu indigne.D\u2019après un témoin devant la Commission des Assurances sociales, la tutelle est le « point crucial » du problème de l\u2019enfance abandonnée.A différentes reprises, au cours de notre enquête, nous avons pu constater combien cette affirmation était juste.Elle repose sur ce principe de droit naturel et divin que les parents n\u2019ont pas de droits arbitraires.La Commission des Assurances sociales paraît avoir prévu une double tutelle: une à l\u2019institution qui aurait le droit non seulement de placer, mais aussi, si le cas l\u2019exige, celui de posséder les enfants qu\u2019elle reçoit; l\u2019autre à une Société de protection, pour les enfants en dehors des institutions.La Commission d\u2019Assurance-Maladie n\u2019en a retenu qu\u2019une, celle à la Société chargée de placer comme elle l\u2019entend les enfants négligés (II, février).Une entrevue avec M.Joseph Laçasse, de Wendover, depuis douze ans surintendant de L\u2019ÉLECTRIFICATION Rodolphe SAIT-ON que dans la province de Québec, au pays de l\u2019énergie électrique surabondante, il n\u2019y avait en 1941 que 30,000 fermes électrifiées, soit 20% du total ?Franchissons la période de guerre, et arrivons à 1944.A la fin de cette année 1944, on comptait 34,950 fermes électrifiées, ou 23.3%.En 1945, date de la mise en activité de la Loi pour favoriser l\u2019électrification rurale par l\u2019entremise des coopératives d\u2019électricité (entrée en vigueur le 1er juillet), on constate qu\u2019en fin décembre, le nombre des fermes électrifiées est passé à 42,000, soit 28%, et cependant le matériel est rare, les techniciens manquent.En 1946, l\u2019Office de l\u2019électrification rurale a commencé quelques réalisations, mais surtout les compagnies privées sont stimulées et le bilan de fin d\u2019année atteste que 50,000 fermes sont électrifiées, soit le tiers du nombre.On suppute actuellement que si le programme des compagnies privées et de l\u2019Office se réalise en 1947, il y aura alors 42% des fermes la Société de protection des comtés unis de Prescott et de Russell, nous montra que la pratique ontarienne se rapprochait plutôt du mode prévu par la première de nos Commissions.Quand une Société place un enfant dans une institution reconnue par le gouvernement \u2014 par exemple l\u2019École industrielle d\u2019Alfred \u2014 c\u2019est l\u2019institution qui en est la tutrice; interrogé sur sa façon de procéder quand il avait un pupille dans une institution non officielle, M.Laçasse répondit : « Nous laissons à l\u2019institution le soin de l\u2019enfant; nous ne l\u2019ennuyons pas.» Ce travail est terminé.Le premier article a été consacré au deuxième rapport de la Commission des Assurances Sociales de 1932.Auprès de ceux qui auraient pu s\u2019étonner de ce bond en arrière, nous nous sommes excusé en disant que cette Commission, en présentant avec un grand sens de la complexité de la situation les témoignages reçus sur l\u2019enfance et la famille, avait posé des principes de solution qui restaient à la page, même si les problèmes avaient pu se compliquer, surtout dans les grandes villes.Les nombreux contacts qui suivirent la rédaction du premier article apportèrent sans doute du nouveau mais ne détruisirent pas cette impression sur l\u2019actualité de certaines remarques de la Commission.Résumons ces remarques en disant que les diverses formes d\u2019assistance ne s\u2019opposent pas, mais forment un tout harmonieux.Nous offrons amicalement cette étude à tous ceux qui se dévouent pour l\u2019enfance, à tous ceux aussi que nous avons rencontrés et qui nous ont parlé sans détours des problèmes qui leur tiennent à cœur.Ils ont tous mis du leur dans ce travail.Nous les en remercions.DES CAMPAGNES électrifiées dans notre province, soit 63,000.Il est évidemment temps que, dans le Québec, cette grande fée moderne qu\u2019est l\u2019électricité soit mise au service de tous.La Loi pour favoriser l\u2019électrification rurale par l\u2019entremise des coopératives d\u2019électricité (9 George VI, chap.48) a été promulguée à la session de 1945; en juillet de la même année, l\u2019organisme découlant de cette loi a pu se mettre à l\u2019œuvre.L\u2019électrification rurale, aux années précédant 1944, allait au ralenti.(Nous n\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agissait de la période de guerre.) En 1943, les compagnies privées n\u2019ont demandé des permis de construire à la Régie provinciale de l\u2019Électricité que pour 3 milles de lignes devant desservir 33 clients.En 1944, on a demandé des permis pour 646 milles, devant desservir 4,939 clients.En 1945, des permis ont été demandés pour 1,363 milles, afin de desservir 9,343 clients, et en 1946, pour 1,702 milles et 10,983 clients.SEPTEMBRE 1947 265 Depuis la promulgation de la Loi, plus de cent huit coopératives ont été incorporées, dont onze sont actuellement en activité.Il va sans dire que dans les comtés où trois, quatre ou cinq coopératives ont été formées, il y aura lieu d\u2019en fusionner, pour obtenir un meilleur résultat.Le nombre actuel de ces incorporations établit tout au moins le désir qu\u2019ont nos gens de bénéficier de l\u2019électricité et de profiter d\u2019une loi populaire.Jusqu\u2019à juillet dernier, 3,000 fermes ont bénéficié de l\u2019électricité par l\u2019entremise des coopératives d\u2019électricité.On estime qu\u2019à la fin de l\u2019année 5,000 fermes auront été électrifiées grâce au concours apporté par l\u2019Office aux coopératives locales ou régionales.Ce résultat apparemment modeste a été obtenu malgré la rareté du matériel et le manque de techniciens au début des opérations de l\u2019Office.Ce qui reste visible et palpable, c\u2019est que les compagnies, avec la fin de la guerre, mais en raison aussi de la concurrence des coopératives d\u2019électricité, ont activé leur programme de construction: la Loi de 1945 les a stimulées.POUVOIRS DE L\u2019OFFICE DE L\u2019ÉLECTRIFICATION RURALE L\u2019Office possède notamment les pouvoirs suivants: 12-c.\u2014 Diviser la province en zones d\u2019électrification rurale dont l\u2019Office détermine les limites, et assigner à chaque coopérative la zone dans laquelle elle peut opérer.12-d.\u2014 Consentir des prêts aux coopératives d\u2019électricité, jusqu\u2019à concurrence de soixante-quinze pour cent de la valeur, telle qu\u2019établie par l\u2019Office, des biens affectés à leur garantie; ces prêts sont garantis par hypothèques sur les immeubles des coopératives et par privilèges sur les biens meubles faisant partie de leurs installations électriques.Les coopératives se libèrent entièrement de leurs obligations à l\u2019égard de ces prêts en payant à l\u2019Office, pendant trente ans, trois pour cent par année du montant emprunté, par versements semi-annuels égaux et consécutifs.Un amendement adopté à la dernière session, à la clause 12-i de la Loi, se lit comme suit: Payer à toute banque ou syndicat coopératif de crédit une partie n\u2019excédant pas trois pour cent par année de l\u2019intérêt sur les emprunts faits jusqu\u2019à concurrence de trois cents dollars, par tout membre d\u2019une coopérative pour les fins d\u2019installation électrique de ladite coopérative.Ce qui précède eût été théorique si l\u2019article 32-a de la Loi n\u2019avait précisé que toute coopérative possède les pouvoirs suivants: Construire, acquérir de gré à gré, louer, administrer et opérer des barrages, chutes, rapides et pouvoirs hydrauliques, des usines, établissements et centrales électriques, des lignes de transmission primaire et secondaire, des lignes de distribution ainsi que toutes machineries et accessoires e\u2019y rapportant.Ce qui est encore plus important est incorporé à l\u2019article 32-b et se lit comme suit: Avec l\u2019approbation de l\u2019Office, acquérir par voie d\u2019expropriation les bien meubles et immeubles énumérés au paragraphe a du présent article.Là réside toute la puissance de la Loi de l\u2019Électrification rurale: quand une coopérative n\u2019est pas viable par suite du petit nombre des clients ou de leur dispersion, et que la compagnie n\u2019est pas intéressée à les desservir, la coopérative, d\u2019accord avec l\u2019Office, peut demander l\u2019expropriation d\u2019une partie du réseau qui rendra 266 la coopérative opérante.Jusqu\u2019à maintenant, il n\u2019a pas été nécessaire de recourir à cette mesure d\u2019expropriation, mais l\u2019Office peut s\u2019en servir si besoin il y a.Plusieurs petites coopératives peuvent ainsi, sous la direction de l\u2019Office, parfois aussi de leur propre initiative, négocier avec les compagnies privées, afin de se rendre compte si elles sont prêtes à fournir l\u2019électricité à leurs ressortissants ou sociétaires; si la réponse de la compagnie privée est affirmative, \u2014 elle l\u2019est en maints cas, \u2014 la coopérative locale ou régionale n\u2019a plus sa raison d\u2019être, si ce n\u2019est pour acheter les accessoires électriques et le matériel requis pour la pose des fils dans les maisons et les bâtiments de fermes.Si la compagnie, d\u2019autre part, n\u2019est pas intéressée à desservir un territoire déterminé, alors la coopérative reçoit suggestion de se mettre en branle sous l\u2019égide de l\u2019Office.Il va sans dire qu\u2019il en est de cette nouvelle loi comme de toutes celles qui répondent à un grand besoin: toutes les parties de la province ne peuvent être desservies en même temps.Mais cette formule procurera inévitablement, dans un avenir plus ou moins rapproché, l\u2019électricité à ceux qui l\u2019ont attendue depuis vingt ans et plus.Le législateur a mis à la disposition de l\u2019Office une somme de 12 millions de dollars.Les chiffres ne disent pas tout, mais l\u2019Office a utilisé jusqu\u2019ici 3 millions 300,000 dollars comme avances pour construction de lignes et achat de matériel.Il a fallu également procéder à des relevés préliminaires et à des enquêtes.C\u2019est ainsi, par exemple, qu\u2019une enquête méticuleuse poursuivie par des ingénieurs étrangers à l\u2019Office a mené à la conclusion que mieux valait laisser l\u2019électrification d\u2019un certain territoire aux compagnies privées, si elles voulaient s\u2019engager à réaliser un programme complet d\u2019électrification rurale sur une période de trois ans.C\u2019est ce qui s\u2019accomplit à l\u2019heure actuelle pour trois importants comtés.Encore une fois, si la compagnie n\u2019est pas intéressée à électrifier un territoire, l\u2019Office, dans la mesure où il a à sa disposition des ingénieurs et du matériel, et si la coopérative fondée est viable, pousse aux travaux.Revenons aux relevés préliminaires et aux enquêtes.Au 31 décembre 1946,187 paroisses avaient été visitées.On a constaté qu\u2019il y avait lieu d\u2019électrifier 2,971 milles dans les territoires étudiés, et qu\u2019on pouvait y desservir 19,460 clients.(Ce n\u2019est là que le résultat des premières enquêtes effectuées, et qui se continuent.) On dit parfois beaucoup de mal des enquêtes.On prétend qu\u2019elles sont des échappatoires; mais, pour procéder à un travail rationnel, ces relevés sont indispensables.Ils doivent comporter, sur un plan à grande échelle, la topographie parfaite des lieux: routes, rivières, lacs, passages à niveau des voies ferrées, lignes téléphoniques, habitations, bâtiments de ferme, industries, commerces, etc.L\u2019Office a, par devers lui, de ces enquêtes effectuées dans les comtés de Papineau, Gatineau, Labelle, Témiscouata, etc.RELATIONS Le publiciste de l\u2019Office, dans une brochure intitulée l'Électricité au service du cultivateur, n\u2019écrivait-il pas: L\u2019électricité est plus indispensable à la campagne qu\u2019à la ville.Elle s\u2019adapte parfaitement à tous les besoins de l\u2019agriculture; elle seule peut porter la lumière, la chaleur, le froid et la force motrice à la grande majorité des 150,000 fermes de la province.Les usages de l\u2019électricité sur la ferme sont innombrables; on en compte plus de 320.Fourquoi recourir au mode de distribution par l\u2019entremise des coopératives ?Parce que les autres systèmes ou modes se sont avérés inopérants.Cette association libre de personnes qui entendent s\u2019unir pour se procurer un service essentiel indique que les ruraux en veulent.On estime qu\u2019une mise de fonds moyenne de $100 par individu est suffisante pour rendre une coopérative opérante, pourvu bien entendu que la coopérative ait au début un nombre raisonnable d\u2019usagers et que la consommation prévue comporte un minimum.Les actions sont de $10 chacune.Afin de n\u2019exclure personne, un sociétaire peut ne souscrire que $10 et, même si la moyenne des souscriptions individuelles doit être de $100 pour rendre la coopérative viable, certains membres, industriels ou marchands plus à l\u2019aise, peuvent compléter, par des souscriptions de $£00 ou plus, ce que les souscriptions individuelles de moins de $100 ont d\u2019insuffisant.La courte mais concluante expérience de l\u2019Office de l\u2019électrification rurale penret d\u2019affirmer que la contribution denandée aux individus n\u2019est pas exagérée, surtout si on la compare avec ce que certains usagers en puissance ont dû payer dans le passé en gratifications et dons pour obtenir que l\u2019électricité leur soit assurée.Dans une province comme la nôtre, où les ressources hydrauliques sont abondantes, du moins dans la majeure partie du territoire, l\u2019électrification rurale a connu un développement considérable et doit en connaître un plus intense encore.Ce n\u2019est ni le temps ni le lieu d\u2019écrire ce qui l\u2019a retardée.Notre ambition est simplement de montrer que la Loi de 1945 constitue un pas en avant.Elle aura, répétons-le, un effet direct et indirect: direct, parce que là où les compagnies ne veulent pas se rendre, les consommateurs pourront être desservis à des conditions qui ne seront pas trop onéreuses; indirect, car lorsque les compagnies privées ne veulent pas laisser les coopératives envahir un territoire, elles activent leur programn e de construction.Il ne faut jamais perdre de vue que la coopérative est un moyen, non une fin.Ce que nos gens désirent, c\u2019est d\u2019obtenir l\u2019électricité à un taux raisonnable.La pratique suivie depuis deux ans a assuré et assurera à maints ruraux l\u2019électricité, y compris l\u2019énergie motrice, aux taux des grandes villes ou des gros villages.On calcule qu\u2019au Canada, en 1935-1936, l\u2019ouvrier dépensait 33.9% de son budget pour la nourriture, 18.1% pour son logement, 12.9% pour ses vêtements, 5.1% pour ses distractions, 3.7% en frais médicaux, 2.5% pour son chauffage et 1.6% pour son éclairage.SEPTEMBRE 1947 Les tenants des grandes entreprises des compagnies privées ne manquaient pas d\u2019étayer leur argumentation sur la faible proportion du budget affectée à l\u2019électricité.A ceci, il faut répondre qu\u2019en notre province au climat froid, l\u2019habitation, le vêtement, le chauffage coûtent plus cher qu\u2019ailleurs, mais que la Providence nous a donné en compensation des ressources hydrauliques abondantes.Ce sera une faible compensation pour les autres item du bilan de l\u2019ouvrier qui sont chez nous plus élevés, même si son salaire est en général plus bas.Cependant, notons à titre d\u2019information que l\u2019électricité représente peu dans l\u2019ensemble des déboursés de l\u2019ouvrier.On calcule qu\u2019en 1945 la dépense moyenne d\u2019électricité par tête pour besoins domestiques atteignait 2 cents X par personne par jour; c\u2019est donc à peine deux fois le prix moyen d\u2019une cigarette, la moitié du prix d\u2019un cornet de crème glacée.Nous ne tentons pas ici de faire l\u2019apologie des compagnies d\u2019électricité, ni d\u2019affirmer que les taux jusqu\u2019ici en vigueur furent toujours raisonnables, mais, outre la démonstration que notre province est en voie d\u2019être électrifiée sur toute l\u2019étendue de son territoire, il était à propos, croyons-nous, de souligner l\u2019utilité de l\u2019électricité, notamment sur les fermes, et son faible coût relatif.Frocurons d\u2019abord l\u2019électricité à nos gens à un taux abordable; ultérieurement la discussion pourra reprendre sur les taux exigés.Est-il besoin de plaider longuement et de multiplier les exemples pour se convaincre que l\u2019absence d\u2019électrification rurale a été responsable, dans une grande mesure, de la centralisation industrielle excessive qui s\u2019est opérée en notre province?Il faut se défier des chiffres, qui ne disent pas tout, encore une fois; c\u2019est ainsi que nous lisions récemment que la consommation de l\u2019électricité per capita aux États-Unis était l\u2019une des plus fortes au monde.C\u2019est juste et faux à la fois.Les chiffres américains englobent la consommation formidable d\u2019électricité atteinte dans des villes comme New-York et autres centres industriels, mais n\u2019établissent pas ce qu\u2019il y a de déficitaire dans la consommation moyenne de la partie rurale.Tous les États américains ne bénéficient pas de l\u2019électrification rurale généralisée, et la consommation per capita est faible souvent, * surtout dans le centre et le sud.En France, par contre, où les chiffres mastodontes se rapportant à l\u2019énergie électrique ne sont pas en vogue, l\u2019éclairage du moins et l\u2019énergie secondaire sont mis à la disposition de la quasi-totalité des ruraux.Nous avons l\u2019avantage de l\u2019électricité en quantité.Notre province, dépourvue de certaines ressources naturelles, prouvera par l\u2019initiative de ses gouvernants et de ses administrés qu\u2019elle sait au moins utiliser tout le potentiel que la nature lui a départi.Avec beaucoup d\u2019initiative et une pleine mesure de coopération, l\u2019élec-tricité sera mise au service de presque tous.Cette heure de progrès a sonné pour le Québec.267 AU SERVICE DES MÉCHANTS GARNEMENTS René GIRARD, S.J.ML\u2019ABBÉ BENOIT, vicaire à Notre-Dame d\u2019Ottawa (basilique), m\u2019avait parlé du beau travail * qu\u2019accomplit en ce sens dans sa paroisse un groupe de laïques.Il a bien voulu me faire rencontrer, pour le bénéfice des lecteurs de Relations, deux membres de son Comité de Relèvement, MM.Wilfrid Langevin et Alpha Aubin.\u2014 Nous ne cessions pas, a commencé M.Langevin, de voir nos jeunes défiler à la Cour juvénile, chaque semaine.Évidemment, la situation de notre paroisse expliquait cette haute proportion de délinquance: pas de salle paroissiale, terrains de jeux mal situés et accaparés par les adultes, voisinage des cours du chemin de fer, du marché, des tavernes, et d\u2019autres établissements peu recommandables.Mais c\u2019était à faire pleurer de voir les petits catholiques faire en cour si peu honneur à leur religion et à leur race.Il y a cinq ans, une Association athlétique et littéraire s\u2019était fondée, dûment incorporée, dans le dessein d\u2019occuper les loisirs des jeunes; mais les résultats n\u2019étaient pas épatants: trop d\u2019égoïsme, et trop de monde à former à la fois pour pouvoir insuffler un esprit de charité.Alors s\u2019est formé, à l\u2019intérieur de l\u2019Association athlétique, le Comité de Relèvement des jeunes.Une dizaine d\u2019hommes d\u2019âge mûr se sont réunis autour de l\u2019abbé Benoit, qui leur a donné, dans des cours et des conversations préparées avec soin, les éléments nécessaires de psychologie et de criminologie, ainsi qu\u2019une solide formation spirituelle, inspirée de la vie et de l\u2019œuvre de saint Jean Bosco.L\u2019on n\u2019a pas attendu que les cours et la formation fussent terminés pour se lancer dans l\u2019action.Il fallait aller au plus pressé.Puis les deux doivent aller de pair: sans l\u2019étude et la méditation, l\u2019action perd de son élan et de sa générosité et, d\u2019autre part, l\u2019expérience acquise aide à profiter des leçons subséquentes.\u2014 Nous avons donc vu l\u2019officier de probation de la Cour juvénile, qui nous a donné la liste des derniers cas venus de notre territoire, continue M.Langevin, et par équipes de deux nous avons attaqué! * * * Les résultats ont été encourageants dès les débuts.La seule opposition vint des gens « supposés au courant », qui trouvaient prématuré de vouloir agir et qui conseillaient d\u2019attendre.(C\u2019est toujours comme ça!) Nos apôtres approchent le garçon et, dans 95% des cas, ils s\u2019aperçoivent que c\u2019est avec la famille qu\u2019il leur faut traiter.On fait donc l\u2019abordage à la maison.Même quand ils sont mal reçus, les deux visiteurs tâchent de laisser un peu matière à réflexion.La première fois qu\u2019ils ont l\u2019oreille du père ou de la mère, ils parlent de l\u2019« erreur » commise par l\u2019enfant, ils en expliquent les conséquences, en recherchent la cause, pour y remédier \u2014 puis on ne parlera plus du passé.C\u2019est l\u2019avenir qui importe.Son protecteur amènera le garçon aux parties de hockey ou de rugby, l\u2019invitera à la maison pour causer avec lui, lui trouvera, si nécessaire, un meilleur emploi, et, tout le temps, l\u2019encouragera.A la fin il pourra s\u2019entendre dire, comme par ce garçon de dix-sept ans qui, les mois précédents, avait été arrêté trois fois pour vol et qui respirait chez lui une atmosphère de boisson et de libertinage: « Ça fait plaisir d\u2019avoir quelqu\u2019un avec qui causer.Moi, je ne pouvais jamais parler de mes affaires à personne, maintenant, je puis me faire conseiller.C\u2019est plus encourageant comme ça! » N\u2019est-ce pas ce même garçon qui, un an plus tard, venait demander à son vieil ami de placer à la campagne un petit de huit ans qui était loin de trouver au foyer le bon exemple auquel il avait droit: « Mais ça coûte de l\u2019argent, mon garçon, lui dit M.Aubin.« \u2014 Bien, si ses parents ne veulent pas payer, je paierai la moitié », répond le jeune.\u2014 Une générosité comme celle-là nous récompense de bien des sacrifices, reprend mon interlocuteur.Et puis, continue-t-il, l\u2019argent qu\u2019on a dépensé pour aider ce jeune qui veut aider à son tour un plus jeune, après quelques semaines on ne s\u2019aperçoit plus qu\u2019on l\u2019a appliqué à ces charités.On l\u2019aurait dépensé autrement en plaisirs inutiles vite oubliés.\u2014 Et puis, vous savez, mon Père, de surenchérir M.Langevin, on s\u2019y intéresse, aux jeunes qu\u2019on adopte ainsi.C\u2019est un vrai plaisir que de les aider, que de voir la joie que leur apporte, par exemple, un billet pour une bonne game, ou une paire de patins de seconde main! Et mes deux interlocuteurs de se relancer, en songeant aux divers garçons déjà remis sur la bonne voie: \u2014 Et le petit S., un impossible, qui est devenu un enfant de chœur modèle.\u2014 Et le petit cleptomane que X.a guéri.\u2014 Et les deux R., que nous avons placés à Y.\u2014 Et le petit gars de six ans et demi qui avait volé deux bicyclettes en une semaine et qui passait ses nuits dans les wagons de marchandises du National.\u2014 Et le détective du Pacifique, qui nous a dit que nous lui ferions perdre sa position parce que nos paroissiens n'allaient plus dévaliser les wagons de fruits.\u2014 Et le petit Z., que nous avons placé à la campagne et qui nous a demandé de revenir chez ses parents lorsqu\u2019il a constaté l\u2019amélioration survenue à son foyer.\u2014 Et Ti-B., qui volait tous les jours; depuis un an, il n\u2019a pas volé une fois.Travailler sur les parents est peut-être plus difficile, mais les résultats sont encore plus importants.Ce travail est fait selon une méthode précise, d\u2019après un schéma d\u2019enquête mis au point par l\u2019abbé Benoit: passé physique et moral de l\u2019enfant, milieu, parents, état du logis.\u2014 Au début, dit M.Langevin, on ne se croyait pas capable de faire grand\u2019chose; ça prenait du courage pour aller frapper à la porte.A la deuxième visite, on réalisait le travail qu\u2019on avait déjà fait sans s\u2019en apercevoir.Le travail auprès des familles consistait parfois à obtenir du propriétaire des réparations essentielles pour permettre aux parents de rendre leur foyer attrayant, ou même on allait à la Commission des prix pour exiger une baisse du loyer.Souvent il s\u2019agissait de faire rentrer la mère au foyer.\u2014 Un cas, nous dit M.Aubin.Nous trouvons une maison tout en désordre: des carreaux brisés, des meubles boiteux, une nappe crasseuse, des restes traînant à terre, la vaisselle pas lavée, les rideaux repoussants.Le mari aurait bien fait sa part, posé les carreaux, réparé les chaises, mais après sa journée de gros travail il n\u2019avait pas le cœur, dans une atmosphère aussi sordide, de se mettre à ces bricoles.La femme, à cause de son travail à l\u2019extérieur, n\u2019arrivait pas à bien tenir sa maison.Aussi les enfants n\u2019y séjournaient guère, traînaient dans la rue et il en était résulté deux délinquances en un an.Nous avons fait enquête et appris qu\u2019il entrait dans 268 RELATIONS cette famille $226 par mois.Nous avons fait décider par la Cour que la mère n\u2019avait pas besoin de travailler au dehors, et nous avons forcé celle-ci à demeurer à son foyer.Au début ce n\u2019était pas rose, mais elle a vite pris le dessus, s\u2019est aperçue que c\u2019était bien mieux ainsi.Et aujourd\u2019hui la maison est propre, pimpante, et les enfants aiment s\u2019y amuser.\u2014 Et le prétendu incorrigible fait aujourd\u2019hui très bien, conclut M.Langevin.Ce problème du travail de la mère hors du foyer préoccupe beaucoup les membres du Comité de Relèvement.Une enquête de MacLean7s n\u2019a-t-elle pas révélé que 71% des mères de famille qui ont connu le travail de guerre à l\u2019usine désiraient continuer ce régime de travail hors du foyer, alors que seulement 59% des femmes non mariées avaient ce désir?M.Langevin estime qu\u2019aujourd\u2019hui au moins la moitié de ces femmes mariées qui ne peuvent trouver de l\u2019emploi hors de chez elles ont toujours ce désir.Mais ce n\u2019est pas tout d\u2019avoir des contacts personnels avec ces jeunes et d\u2019améliorer leur milieu familial.Il faut organiser les loisirs des jeunes pour prévenir la délinquance chez ceux qui ne sont pas encore touchés et pour offrir un milieu sain à ceux qu\u2019il s\u2019agit de relever.Le Comité y a vu.Dans une paroisse où il n\u2019y a pas de salle de jeux, ce n\u2019est pas facile.Avec des moyens très modestes on a obtenu des résultats merveilleux.Ces résultats, ils sont dus surtout au fait que les membres du Comité savent payer de leur personne et de leur temps: pour animer le jeu des enfants, il n\u2019y a rien comme la présence d\u2019une grande personne qui s\u2019y intéresse.D\u2019abord, on a organisé des jeux de fers: deux centres par rue.Un membre du comité a charge de chaque centre.Sa présence n\u2019est pas requise continuellement, mais il fournit les fers et de petits prix pour les « tournois ».Ainsi les petits gars sans surveillance sont amenés dans la cour d\u2019une famille plus responsable.Les membres ont aussi organisé, l\u2019été, des parties de balle, mais pour constater que les choses ne vont bien que lorsque l\u2019un d\u2019entre eux est présent sur le terrain, pour trancher les différends et acclamer les beaux coups! L\u2019hiver, on établit des patinoires et l\u2019on donne ou prête des patins usagés à ceux qui n\u2019en ont pas.Pendant l\u2019année, grâce à une entente avec la Commission scolaire, qui fournit le local, l\u2019atelier des travaux manuels est ouvert deux soirs par semaine et intéresse une trentaine de jeunes.Le Comité paye le professeur.Pendant les grandes vacances, combien de jeunes ne savent quoi faire, et risquent ainsi de se contaminer.Il n\u2019y a qu\u2019une solution.C\u2019est le camp d\u2019été.Ça coûte cher, mais c\u2019est nécessaire.\u2014 Il existe un camp auquel nous pouvons envoyer les enfants pour $6.50 par semaine, dit M.Langevin.Le Comité tâche de faire payer les parents.Mais quand le foyer laisse à désirer ou est trop pauvre, le Comité fait le nécessaire.Ça nous coûte chaque été entre $700 et $800 que nous avons à débourser.Il y a aussi le placement familial qui s\u2019impose au Comité dans les cas extrêmes, lorsqu\u2019il faut soustraire l\u2019enfant à l\u2019influence d\u2019un foyer contaminé.En général le Comité s\u2019adresse à des cultivateurs des environs et, dans la plupart des cas, il lui faut payer, encore ici, au moins 50% de la pension.Les membres du Comité s\u2019imposent de visiter chaque enfant au moins deux fois par mois, pour se rendre compte de ses progrès, l\u2019encourager et voir s\u2019il est bien traité et content.Mais l\u2019action du Comité, pour être efficace, doit s\u2019étendre encore plus loin.Après beaucoup de démarches, il a réussi à faire fermer un restaurant qui était un centre de corruption, « le plus beau trou du Canada », et maintenant, « on n\u2019accor- SEPTEMBRE 1947 dera plus une licence avant que vous ayez donné votre O.K.», disait un officier à l\u2019un des membres du Comité.M.Langevin assiste chaque semaine à la session de la Cour juvénile, et s\u2019occupe de tous les petits Canadiens français de la ville.Il empêche qu\u2019ils aient leur dossier à la Cour et qu\u2019ils soient envoyés à l\u2019École de Réforme, puisqu\u2019il se charge, au nom de ses associés, de la réforme désirée.\u2014 Mais quand un cas a besoin de comparaître en Cour, se hâte-t-il d\u2019ajouter, nous l\u2019y amenons nous-mêmes! Cet excellent travail est mené sans ostentation et avec méthode.Ceux qui l\u2019accomplissent y mettent tout leur cœur, mais ils savent garder la fermeté nécessaire et le rappel de la Cour juvénile ou d\u2019Alfred (l\u2019École de Réforme) est souvent salutaire.Ils n\u2019oublient pas non plus les moyens surnaturels.Voici le récit savoureux de l\u2019un de mes deux interlocuteurs: \u2014 Avec un grand type, j\u2019avais tout essayé, rien ne marchait; à la maison il était impossible, c\u2019étaient des hurlements continuels, et ses parents n\u2019en venaient pas à bout.Alors je l\u2019ai obligé d\u2019aller se confesser chaque semaine, et j\u2019ajoutais: « Si tu ne fais pas ça, mon vieux, d\u2019ici deux mois tu vas passer par la Cour et tu vas aller à Alfred pour cinq ans.(J\u2019en ajoutais un peu!) Et puis, fais bien attention; nous autres, au commencement, on est bon, mais ensuite on est rough.C\u2019est la seule chose qui peut te guérir.» Et la guérison est venue, et ça va très bien.Dans un autre cas: « G., on va te donner une prescription: 1° tu vas aller te confesser chaque semaine; 2° tu vas rentrer à neuf heures et demie chaque soir, etc.Si tu ne fais pas ça, mon vieux: Alfred; et c\u2019est nous autres qui allons t\u2019y envoyer! » \u2014 Aujourd\u2019hui, continue M.Aubin, ce sont les parents eux-mêmes qui nous amènent leurs enfants difficiles avant de les voir comparaître à la Cour, ou bien qui signalent les tentatives de corruption dont leurs enfants peuvent être victimes.Et nous devons signaler la précieuse collaboration du Frère directeur de notre école de huit cents garçons, le R.F.Cyprien, des Écoles chrétiennes, qui nous confie tout enfant qui devient difficile et menace de tourner mal.La prévention est facile alors et très efficace.\u2014 Depuis quatre ans que nous marchons, dit M.Langevin, nous avons réglé trente cas; nous en avons vingt-cinq autres entre les mains.Le résultat le plus clair, on le voit dans les rues et ruelles de la paroisse, qui n\u2019étaient pas du tout sûres pour les bons enfants il y a quatre ans et qui sont aujourd\u2019hui beaucoup plus paisibles; et au lieu de voir comparaître chaque semaine trois ou quatre de nos jeunes à la Cour juvénile, nous n\u2019en avons plus que quatre ou cinq par année.Si l\u2019on estime, avec le juge Fraser (Commission royale des Pénitenciers^, qu\u2019un délinquant récidiviste coûte en sa vie $35,000 à l\u2019État, on peut dire que le Comité de relèvement des jeunes à lui seul a économisé à la nation plus d\u2019un million, sans lui coûter un sou.Et le travail de ces conseillers bénévoles, bien préparés à leur tâche, est plus efficace que celui d\u2019officiers payés et mandatés par la loi, qui ne peuvent faire appel aux mêmes motifs et aux mêmes sentiments.Le secret de ce beau succès ?Avec la grâce de Dieu et une vie spirituelle intense, source de générosité et de dévouement, je le vois dans une préparation technique sérieuse et une discrétion absolue.Et puis, le fait que ce Comité, composé d\u2019égaux, également dévoués, élimine les titres, les préséances, donc les jalousies et les susceptibilités, si fréquentes dans les œuvres où il y a des honneurs à accaparer.Ici, il n\u2019y a que du travail à faire, et fastidieux, de l\u2019argent à dépenser, et des rebuffades à encaisser.Le jour où ce mouvement se donnera des cadres, où il connaîtra des succès extérieurs et qu\u2019il re- 269 ¦ cevra des subsides, je crains qu\u2019il ne puisse facilement se garder des prétentieux et des profiteurs, qui vont vouloir s\u2019y annexer ou se l\u2019annexer.Tout ce que je souhaite, chers amis de Notre-Dame d\u2019Ottawa, c\u2019est que ce reportage ne vous fasse pas de tort de ce côté, mais qu\u2019il suscite en bien des coins du pays des dévouements aussi sincères, aussi éclairés et aussi profonds que le vôtre.Il ne s\u2019agit pas ici de formules, de cadres, de titres, mais de « la charité du Christ qui nous presse », selon le mot de saint Paul.UNE EXPÉRIENCE DE COURS D\u2019ADULTES Maurice GAREAU, pire L\u2019HIVER DERNIER, la J.A.C.de Saint-Jovite a tenté une expérience d\u2019éducation populaire couronnée d\u2019un grand succès et réalisable dans toutes les paroisses.Deux soirs par semaine, de 8 heures à 11 heures, pendant quatre mois (de février à juin), une moyenne de 113 personnes, dans notre paroisse de 400 familles, sont venues étudier, sous la direction de conférenciers de choix, les problèmes d\u2019actualité concernant /\u2019établissement de nos jeunes.Assistance.\u2014 Les cours ont atteint 414 personnes, dont 349 de Saint-Jovite et 65 des environs: 79 dames, 86 hommes, 146 demoiselles, 103 jeunes gens.Le total des présences est de 3,176, dont 513 dames, 407 hommes, 1,390 demoiselles et 866 jeunes gens.La moyenne à chaque cours est donc 113.5 personnes, soit 18.3 dames, 14.6 hommes, 49.7 demoiselles et 30.9 jeunes gens.Le volume Comment se faire des amis ?a été le prix de l\u2019assiduité parfaite.Le programme.\u2014 Voici la liste des quinze cours et leurs titulaires: Les établissements nécessaires à la vocation au mariage, R.P.Alexandre Dugré, s.J., Montréal Artisanat masculin et féminin, M.le curé S.Noiseux, de Sainte-Agathe-des-Monts.Nos droits et devoirs dans notre milieu providentiel, C.-Émile Couture, du C.N.R., Montréal Vie nationale : petite et grande patrie, Armand Godin, président général de l\u2019A.C.J.C., Montréal.Vie paroissiale, Roberval Paradis, de l\u2019Institut des Aveugles, Montréal Psychologie masculine et féminine, M.l\u2019abbé Charles Bordet, de la J.O.C.de Paris.Idéal d'homme et de femme, Mme Françoise Gaudet-Smet, directrice de Paysana, Saint-Sylvère.Vie familiale, R.P.Valère Massicotte, O.F.M., Institut Familial, Montréal La religion convient-elle à la jeunesse moderne?Gaston Lau-rier, professeur, Huberdeau.Sécurité sociale et religieuse, René Bergeron, conférencier, Montréal.Caractère et valeur_ humaine, M.l\u2019abbé Irénée Lussier, Commission des Écoles catholiques, Montréal.Les loisirs, Roger Varin, directeur de l\u2019Institut Duvernay, Montréal.Comment financer son mariage?Joseph Turmel, Propagandiste des Caisses populaires, Lévis.Le problème de l'amour, R.P.G.Gobeil, o.M.I., directeur des Retraites fermées, Sainte-Agathe.Pour ou Contre l'Action catholique, Maurice Tremblay, président de la J.A.C., Danville.Cette riche variété de spécialistes a été pour beaucoup dans le succès.Rien n\u2019élargit les horizons comme les idées de partout, sans compter l\u2019attrait de professeurs compétents, toujours nouveaux, qui se déplacent pour nos gens.Un autre secret réside dans la présentation originale des titres de cours et dans une publicité locale et régionale te- nace.A chaque cours un nouveau jeune agit comme maftre des cérémonies, et un notable de Saint-Jovite préside.Ainsi l\u2019attention populaire est en éveil; les associations religieuses, sociales et civiles sont intéressées; nos jeunes s\u2019exercent à la parole publique.Chaque semaine, compte rendu polycopié, dont la vente à 15 sous chacun et à $3 la série a rapporté $204.50.Les revenus ont atteint $501.80, grâce à une souscription à la porte de l\u2019église, et aux contributions des associations locales.Les cours ont coûté $483.56, d\u2019où un surplus de $18.24, agréable surprise pour quelques sceptiques! Les succès vont beaucoup plus en profondeur.Voici à quoi ils tiennent: la formule active et la formule familiale de nos cours.Formule familiale.\u2014 Père, mère, jeune homme et jeune fille sont convoqués ensemble pour l\u2019étude des mêmes problèmes.La discussion se poursuit à la maison.Toute rénovation qui ne se fait pas sur le plan familial est vouée à la lenteur et même à l\u2019échec.On reproche aux mouvements spécialisés d\u2019Action catholique de diviser la famille.La formation unilatérale des parents ou des enfants aboutit à l\u2019incompréhension au foyer et à la mésentente.Notre formule familiale ne serait-elle pas une solution au problème que tentent de résoudre nos dirigeants d\u2019Action catholique ?Formule active.\u2014 Le professeur expose son sujet en quinze minutes.Il a devant lui des commissions séparées d\u2019hommes, de dames, de demoiselles et de jeunes gens, en groupes d\u2019une dizaine.Il leur pose cinq ou six questions à discuter pendant environ une heure.Après une détente de dix minutes, viennent les rapports de chaque commission.C\u2019est ordinairement une surprise mutuelle pour les parents et les jeunes que de constater leurs positions respectives.La discussion s\u2019engage.Les compromis se font.En conclusion, c\u2019est la conférence, régal pour les esnrits, ouverts sur la question.Parce que les commissions précèdent le conférencier, l\u2019on ne se demande pas: « Qu\u2019est-ce qu\u2019a dit le conférencier?» mais: « Qu\u2019est-ce que je pense de la question ?» Ce n\u2019est pas un exercice de mémoire, mais de jugement.De la sorte, le conférencier voit où en est son auditoire, le sujet descend dans le concret de la vie.Les gens s\u2019habituent à réfléchir par eux-mêmes sur des problèmes sérieux; les positions de chaque groupe sont personnelles; les esprits sont tout préparés à la conférence.Cette formule est pratique et très efficace.Elle a, en outre, l\u2019immense avantage d\u2019être populaire et de captiver.On pourrait citer cent faits magnifiques illustrant le succès de nos cours en profondeur.Une expérience convaincra, car il est à souhaiter que tous les ouvriers sociaux la tentent comme nous.Nous ne doutons pas que l\u2019exemple soit suivi, car nous avons reçu quantité de demandes de séries de nos cours, de partout, dont une vingtaine de l\u2019Ouest canadien.Pour ce qui nous concerne, il nous reste à remercier, à souhaiter bon succès, à dire au revoir, \u2014 à la prochaine série! 270 RELATIONS CORRESPONDANCE Compliment à « Relations ».et aux ouvriers Révérend Père Directeur, Mon abonnement expire bientôt.C\u2019est pourquoi vous trouverez ci-inclus un chèque pour le renouvellement.Le mois dernier, j\u2019étais dans un tramway.Il était 5 heures.Arrive un ouvrier plutôt sale, le visage noir, le complet de travail poussiéreux.Enfin, un homme qui travaille de ses mains et qui n\u2019avait aucune prétention de poser à l\u2019intellectuel aux lunettes en corne noire.Il s\u2019assied à mes côtés et sort aussitôt de sa « boîte à lunch » une revue.C\u2019était un numéro de Relations.Pas un numéro comme les autres.Chaque page était maculée de taches de doigts.J\u2019ai causé avec lui.A ma grande surprise, il m\u2019a dit que plusieurs de ses amis \u2014 ouvriers comme lui \u2014 lisaient Relations, parce que c\u2019est la seule revue qui nous donne toujours la vérité sur les problèmes qui tourmentent notre époque.Ce témoignage vaut mieux que tous les grands mots et que toutes les belles phrases.Et je crois qu\u2019il est un indice significatif pour prouver la valeur de votre intéressante revue.Un lecteur assidu, Jean Blais.Montréal.Transports en commun à Mexico Révérend Père Directeur, Me voici à Mexico.J\u2019ai déjà pris plusieurs autobus et, une fois, un tramway que M.Watt eût jugé presque neuf (il devait remonter à 1898, mon année de naissance).Le tramway avait quelques annonces commerciales: les autobus n\u2019en charrient pas.Il y a quelques années, paraît-il, les autobus portaient des indécences.Un jour, personne ne sait comment cela arriva, les saletés disparurent et au-dessus du chauffeur on put voir \u2014 partout! \u2014 une image de Notre-Dame de Guadalupe, avec une ou deux petites lampes rouges et des fleurs.On voyage comme du monde.Il y a, paraît-il, une quinzaine de compagnies indépendantes: donc, pas de monopole, ni de millionnaires, ni d\u2019entassement indécent, mais d\u2019excellents voyages à bon marché.Avec l\u2019équivalent de 2 cents canadiens, on roule très loin.J\u2019ai une peur bleue qu\u2019un business man de génie ne vienne troubler cette idylle.Mexico, D.F.\tMONTRÉALAIS EN VOYAGE.Colonisation et immigration en Argentine Révérend Père Directeur, La loi n° 12636 sur la Colonisation date déjà de plusieurs années.Le plan quinquennal la reprend comme base et l\u2019améliore.Par exemple, toute terre non cultivée pendant un certain nombre d\u2019années recevra un accroissement progressif d\u2019impôts jusqu\u2019à ce qu\u2019elle retombe dans le domaine de l\u2019État, qui verra à lui donner un colon apte à la mettre en valeur.On verra à la parcellation des terres, surtout de celles La direction, en publiant ces communications, n\u2019en approuve pas nécessairement la teneur.Elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux.Seules les lettres signées sont considérées et elles devraient habituellement se limiter à quelque trois cents mots.que le « patron » ne contribue pas directement lui-même à mettre en valeur.L\u2019État se réserve le droit d\u2019exproprier toute propriété lorsque l\u2019utilité publique le demandera (ce qu\u2019il a déjà mis en pratique).Enfin l\u2019article 26 du projet de loi sur l\u2019immigration et la colonisation dit ceci: « Toute entreprise colonisatrice devra s\u2019inscrire au registre, qui sera gardé à la sous-direction correspondante, où elle déposera un triple exemplaire de ses statuts et où elle enverra chaque premier mois de l\u2019année un mémoire ou un informé, avec le même nombre d\u2019exemplaires, de la gestion colonisatrice réalisée durant l\u2019année précédente.Si cette gestion est considérée inférieure ou simulée, on procédera de façon à dissoudre ladite entreprise, quel que soit son caractère ou la forme de sa constitution, pour défaut à remplir sa fin.» Le plan quinquennal prévoit la colonisation d\u2019État, la colonisation par entreprises particulières et même la colonisation coopérative.Qu\u2019entend-on au juste par colonisation coopérative?S\u2019agit-il d\u2019un ensemble de colons qui, quoique propriétaires chacun d\u2019un lopin de terre, joindraient leurs efforts pour les tâches communes du déblayage des champs, de la construction de la maison, de l\u2019ouverture des chemins, etc., ce qui serait très bien?Ou s\u2019agit-il de créer une commune dont la propriété coopérative appartiendrait aux colons qui voudraient en faire partie ?Le plan ne le dit pas.Nul doute qu\u2019en Argentine la colonisation ne se présente comme un placement d\u2019immigrants.On m\u2019a dit qu\u2019environ 800,000 Italiens ont demandé d\u2019y venir et 500,000 Êspagnols.Sans compter ceux qui ont vendu tout ce qu\u2019ils ont et qui arrivent par leurs propres moyens.A Rome, une Italienne s\u2019est jetée sur l\u2019automobile de la senora Péron et fut blessée, mais conserva assez de force pour lui dire ce qu\u2019elle voulait: être inscrite sur la liste de ceux qui étaient acceptés pour aller en Argentine! En 1946, il serait entré 60,000 personnes en qualité d\u2019immigrants.En 1947, le chiffre sera doublé ou triplé.Ainsi l\u2019Argentine peut écrémer l\u2019Europe de tous ses petits artisans, de ses cultivateurs consciencieux, etc.Tout officier d\u2019immigration argentin en Europe doit demander l\u2019avis du curé sur la moralité et les qualités de travail du futur colon.Comme le transport est confié à la Dodero, compagnie de navigation particulière, ainsi veut-on confier une bonne partie de la colonisation à des entreprises particulières, de préférence à des ingénieurs qui ont l\u2019esprit social.La colonisation est nécessaire en Argentine parce qu\u2019il y aurait environ 200,000 fermiers au service des grands propriétaires.De ces 200,000 fermiers, on veut faire des propriétaires.D\u2019où le cri: « La terre à celui qui la travaille.» Buenos-Aires.\tJean GENEST, S.J.Jeunes délinquants Révérend Père Directeur, A mon retour des vacances, j\u2019ai trouvé l\u2019article du P.Girard, que vous m\u2019avez envoyé en primeur.Vous comprendrez facilement que j\u2019en ai été enchanté.Je vous écris après l\u2019avoir lu à MM.Langevin et Aubin.Ils sont bien contents.Vous me demandez des précisions et des suggestions.Je m\u2019exécute.Je sais que vous avez dans votre belle revue un grand souci de l\u2019exactitude, c\u2019est pourquoi j\u2019ai écrit ces quelques remarques.Plusieurs paroisses d\u2019Ottawa ont mis sur pied un comité comme le nôtre.Votre article, si vivant et si optimiste, nous fera du bien.Puisse-t-il susciter des expériences encore plus riches pour le bien des jeunes et de la société.Ottawa.\tA.BENOIT, pire.SEPTEMBRE 1947 271 r RESPONSABILITÉS PATRONALES Le Bulletin social des Industriels (Bruxelles) publie, dans sa livraison de juin, une déclaration émanée de la conférence internationale des Associations patronales catholiques, réunie à Paris les 16 et 17 mai 1947.A cette conférence prenaient part les délégués des associations patronales catholiques de Belgique, de France, de Hollande, d\u2019Italie.La lecture des rapports, dit le Bulletin, et la discussion qui suivit mirent en lumière « l'identité de certains points de vue.Aussi est-ce sans difficulté que l'assemblée a pu adopter ce texte de résolution » : APRÈS avoir étudié l\u2019état d\u2019avancement de l\u2019organisation professionnelle dans les divers pays représentés, k la Conférence constate que les événements des dernières années ont amené chez les uns un accroissement de l\u2019intérêt manifesté par les professionnels envers l\u2019idée d\u2019organisation, chez les autres un ralentissement des efforts tentés en ce sens.La reconstruction du monde exige une discipline de la production et la paix entre ces divers éléments.L\u2019organisation professionnelle s\u2019entend à la fois de la régularisation des rapports entre employeurs et salariés et de la normalisation des rapports entre les entreprises, dans une même profession.Le patronat chrétien entend donner l\u2019exemple d\u2019un esprit d\u2019entente et d\u2019harmonie dans ces deux domaines de relations économiques et humaines.D\u2019une part, il répudie l\u2019individualisme persistant chez quelques-uns, qui met en échec la volonté d\u2019organisation de la grande majorité des entreprises et empêche de mettre de l\u2019ordre dans la production et les échanges.Eu égard à l\u2019évolution économique du monde et aux circonstances de pénurie générale où il se trouve, la liberté absolue de chacun est un leurre et serait un péril.Ou la profession se disciplinera elle-même ou son autorité sera absorbée par la tyrannie de l\u2019État.D\u2019autre part, aux menaces de dictature politique il n\u2019y a qu\u2019une méthode à opposer: une sincère volonté de collaboration constante avec les organisations ouvrières, soit pour la réglementation des conditions du travail, soit par l\u2019application des grandes directives, qui demeurent du domaine de l\u2019État, soit pour l\u2019orientation générale de l\u2019économie dans le cadre de la profession et la participation des salariés aux résultats du progrès économique.La Conférence constate également une évolution générale des idées concernant la structure des entreprises, dans le sens de pratiques communautaires de plus en plus accentuées au sein de celle-ci.Le patronat chrétien est d\u2019avis que ces tendances prennent place dans le mouvement continu qui a progressivement, à travers les siècles, réalisé une libération toujours plus poussée de la personne humaine.Le christianisme y a, plus que toute autre force du monde, contribué.Nous ne pouvons que souscrire à cette évolution pour non pas la subir, mais la conduire.En conséquence le patron chrétien est invité à reconsidérer la structure et la marche de son entreprise, afin d\u2019y introduire, suivant ses particularités, un esprit et des formes de collaboration de plus en plus étroites avec le personnel.Par cette double attitude dans la Profession et dans l\u2019Entreprise, le patron chrétien justifiera l\u2019utilité irremplaçable de la fonction patronale.Il en sauvegardera d\u2019autant mieux la permanence que, par l\u2019accroissement de sa valeur personnelle, tant technique que professionnelle, sociale et morale, il assurera l\u2019ascendant de sa personnalité sur ses collaborateurs.AVEC O l COMMEN POPULATION ET HIÉRARCHIE LE RECOUPEMENT officiel de la population, « grou-pements religieux d\u2019après l\u2019origine raciale », publié par le Bureau fédéral de la Statistique, permet d\u2019intéressantes comparaisons.Le premier tableau a été constitué d\u2019après ce recoupement, et donne, pour le Canada et chacune des provinces, le nombre des catholiques d\u2019origine britannique et d\u2019origine française, ainsi que les pourcentages.Population totale du pays\t\tPopulation catholique\t\t\t\t \t\tTotale\tD'origine britannique\t%\tD'origine française\t% Canada\t\t11,506,655\t4,986,552\t766,815\t15%\t3,404,421\t68% I.-du-P.-E\t\t95,047\t42,743\t27,669\t64%\t14,488\t33% N.-Ecosse.\t577,962\t188,944\t19,010\t62%\t55,832\t29% N.-Brunswick.\t457,401\t220,454\t54,905\t24%\t160,688\t72% Québec\t\t3,331,882\t2,894,621\t142,785\t4%\t2,681,540\t81% Ontario\t\t3,787,655\t882.368\t308,425\t34%\t336,891\t38% Manitoba.\t729,744\t203,259\t19,874\t9%\t54,796\t26% Saskatchewan.\t895,992\t243,734\t26,503\t10%\t47,377\t19% Alberta\t\t796,169\t191,343\t33,026\t17%\t36,994\t19% Colombie.\t817,861\t113,282\t38,280\t33%\t15,253\t13% Yukon \t\t4,914\t742\t190\t25%\t254\t34% Territoires.\t12,028\t5,061\t235\t4%\t308\t6% Origine britannique veut dire ici anglaise, irlandaise, écossaise, plus un certain nombre de sujets inscrits sous ce titre sans aucune spécification.Origine française comprend les catholiques d'origines française proprement dite et les Belges, dont le nombre est relativement restreint.Le tableau suivant est constitué d\u2019après le Canada ecclésiastique (édition de 1947), qui contient une liste des membres de la hiérarchie canadienne et de tous les prêtres du Canada avec mention de leurs titres.Ce tableau comprend le nombre des archevêques, des évêques et des prélats romains du pays, ainsi que les pourcentages correspondants.Total\t\tDe langue anglaise\t\tDe langue française\t \t\tNombre\t%\tNombre\t% Archevêques\t\t\t 14\t8\t57%\t6\t43% Evêques\t\t\t 31\t12\t39%\t19\t61% Prélats romains\t\t\t164\t76\t46%\t88\t54% Il n\u2019est tenu compte dans ce tableau que des évêques résidentiels.Il faut ajouter qu\u2019un archevêque de langue française a un auxiliaire de langue anglaise (mais aucun archevêque ou évêque de langue anglaise n\u2019a d\u2019auxiliaire de langue française).La population catholique de langue française du diocèse de Montréal (828,297) dépasse en nombre la popula-\t* tion catholique de langue anglaise de tout le Canada (766,815).MANQUE Cfe Un éducateur dont la parole fait autorité aux Etats-Unis, Bernard Iddings Bell, publie dans le New York Times Magazine du 20 juillet une étude sévère mais juste, croyons-nous, sur le manque de sérieux et de maturité de son compatriote moyen.Voici comment il présente son sujet : > ÉTATS-UNIS sont-ils composés de gens qui n\u2019ont jamais grandi et qui pensent et agissent toute leur vie avec les impulsions de l\u2019adolescent?Plusieurs observateurs perspicaces l\u2019affirment.Ceci bouleverse nos conceptions, mais ils ne peuvent s\u2019empêcher de voir partout des signes de ce manque de maturité culturelle: dans nos jour- 272 RELATIONS * I SANS TAIRES LA DIGNITÉ DU MÉDECIN A l'occasion du centenaire du Collège des Médecins et en hommage à la profession médicale, nous aimons citer ces quelques phrases de Pie XII sur la grandeur de la médecine, adressées à des chirurgiens des armées alliées {13 février 1945) : DANS LA LUTTE de l\u2019homme contre la douleur et la mort, Dieu n\u2019a pas abandonné la créature de son amour omnipotent.« Le Seigneur fait produire à la terre ses médicaments, et l\u2019homme sensé ne les dédaigne pas.Il a donné aux hommes la science pour se glorifier par ses dons merveilleux.Par eux l\u2019homme procure la guérison et enlève la douleur.» {Eccl., xxxvm, 4-7.) Voilà ce que vous lirez dans le livre de l\u2019Ecclésiastique, et l\u2019auteur inspiré continue: « Mon fils, si tu es malade, ne néglige pas mon conseil.Donne accès au médecin, car lui aussi le Seigneur l\u2019a créé, et qu\u2019il ne s\u2019éloigne pas de toi, car tu as besoin de lui.» {Ib., xxxvm, 9, 12.) Oui, votre présence est nécessaire, et au besoin de l\u2019homme correspondra la responsabilité du médecin.Combien exaltant, combien méritoire tout l\u2019honneur qui découle du caractère de votre profession! Le médecin a reçu mandat de Dieu lui-même pour subvenir aux besoins de l\u2019humanité souffrante.Lui qui a créé cet être, rongé par la fièvre, ou difforme, maintenant entre vos mains, cet être qu\u2019il aime d\u2019un amour éternel, Dieu vous a confié la mission ennoblissante de lui rétablir la santé.Vous apportez dans la chambre du malade et à la table d\u2019opération un peu de la charité de Dieu, de l\u2019amour et de la tendresse du Christ, le grand Médecin de l\u2019âme et du corps.Cette charité n\u2019est pas un sentiment superficiel, irrésolu; elle ne dicte pas un diagnostic de complaisance ou de recherche de l\u2019estime; elle est aveugle aussi bien aux appâts attrayants de la richesse qu\u2019au triste spectacle de la pauvreté ou de la misère; elle est sourde aux appels des passions basses qui exigeraient la coopération d\u2019instincts diaboliques.C\u2019est donc un amour qui embrasse l\u2019homme tout entier, une créature humaine dont le corps malade est encore vivifié par une âme immortelle liée à la volonté de son divin Maître par chacun des droits à la création et à la rédemption.Cette volonté est inscrite clairement, pour ceux qui veulent la lire, d\u2019abord dans l\u2019objet essentiel que la nature a manifestement attribué aux organes humains, et, ensuite, positivement dans les dix commandements.Cet amour véritable doit exclure n\u2019importe quelle raison, si grave soit-elle, qui puisse justifier le malade ou le médecin à faire ou à conseiller un acte qui serait contraire à la volonté suprême.MATURITÉ naux, nos magazines, nos livres à succès; dans nos cinémas et à la radio; dans notre réaction aux propagandes calculées; dans la décadence flagrante des bonnes manières, dans l\u2019extension continuelle du divorce.Comment pourrons-nous nous remettre de ce mal?On ne peut pas attendre grand\u2019chose de la présente génération, mais la prochaine sera-t-elle meilleure ?Non, à moins que les institutions qui ont charge de former les caractères \u2014 la famille, l\u2019église, l\u2019école \u2014 ne redécouvrent que dans une société comme la nôtre « l\u2019éducation démocratique » ne doit pas être seulement démocratique mais qu\u2019elle doit d\u2019abord et avant tout être éducation.«UN SEUL ET MEME BERCAIL» Le grand philosophe catholique Maurice Blondel fait bien ressortir les deux conditions de cet « élan œcuménique » qui, aujourd'hui plus que jamais, cherche à réunir en un seul bercail les confessions chrétiennes (la Vie intellectuelle, juin 1947): AUCUN CROYANT sincère ne saurait accepter une réu-nion qui serait une confusion, une entente qu\u2019on achè-terait au prix d\u2019un compromis.L\u2019œcuménisme n\u2019a de sens et n\u2019aura d\u2019efficacité que s\u2019il s\u2019opère dans la lumière d\u2019une foi intégrale comme dans la charité et dans l\u2019amour: voilà la vraie devise œcuménique que nous voudrions brièvement préciser et commenter.Dans la clarté d\u2019abord, c\u2019est-à-dire dans une conception parfaitement nette de ce que doit être, selon son étymologie et en sa réalité, le « catholicisme ».Rappelons-nous tous, catholiques romains ou non, que saint Augustin définit le catholicisme comme l\u2019unité absolue et inconfusible de la véritable et unique Église, celle qui est le bercail fidèle et unique du Christ.C\u2019est dire que la seule perspective vraiment catholique ou œcuménique est celle d\u2019une plénitude de foi et d\u2019une infaillibilité de doctrine que seule a pu garantir la continuité d\u2019un Magistère central, fondé et garanti par Jésus dans la personne de Pierre confirmant ses frères, afin que leur foi ne défaille et ne s\u2019égare point.Une fois soulignées les requêtes imprescriptibles de la seule œcuménicité digne de ce nom, on est d\u2019autant mieux préparé à entendre les consignes de la plus pure charité.Car si la brisure des schismes et les dissidences des hérésies blessent les fibres les plus secrètes de nos âmes, nous avons à reconnaître néanmoins que, par delà le remous de l\u2019histoire et en dépit des initiatives aggravantes, subsistent, chez nombre de nos frères séparés, une incontestable générosité d\u2019esprit et de cœur et même \u2014 car la grâce vole toujours au-devant des intentions droites \u2014 d\u2019authentiques valeurs religieuses.S\u2019imaginer par conséquent que la réunion des Églises, en plus de l\u2019unité dogmatique rigoureusement nécessaire, doit être une réduction rigide de tous les comportements religieux au même type est une erreur appauvrissante et mutilante.Il faut dire et répéter à nos frères hors encore du bercail (trop souvent en effet ils nous considèrent comme cet aîné avare et jaloux dont parle la parabole de l\u2019enfant prodigue) qu\u2019ils ne perdront rien de ce à quoi ils tiennent à juste titre en fait d\u2019expérience religieuse et d\u2019approfondissement spirituel.Si le Christ, dans cette émouvante parabole, a introduit sans nécessité apparente la rigueur du frère aîné, se prévalant de ses justes droits, n\u2019est-ce pas pour nous aider à comprendre la bonté plus que miséricordieuse de son amour paternel à l\u2019égard des fugitifs et des insoumis même coupables ou tout au moins oublieux de leurs devoirs et de la tendresse du Père, méconnu par un enfant rebelle, mais qui revient à la maison paternelle avec totale confiance en la générosité de Celui qui avait été offensé ?Ainsi donc l\u2019œcuménisme est un double effort d\u2019intégrale lumière et de totale charité, en une authentique communion.Il faut maintenir à la fois une pureté doctrinale absolue et une générosité d\u2019accueil sans lassitude.Telle du moins doit être l\u2019attitude du vrai disciple de Jésus et aussi de l\u2019enfant bien né de cette Église qui est et se proclame une, sainte, catholique et apostolique.Il ne faut jamais oublier qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une bienveillance infinie, car ce qui importe indubitablement, c\u2019est la transmission authentique et réaliste des pouvoirs apostoliques.[Par ailleurs] la vérité n\u2019est pas complète si elle n\u2019est pas charitable et si, dans les revendications les plus mortifiantes, ne passe point le souffle de la surnaturelle tendresse du Père, du Sauveur, de l\u2019Esprit d\u2019amour.SEPTEMBRE 1947 273 Au fil du mois « L\u2019inexplicable taux\tLe taux décroissant à partir du décroissant »\tcinquième enfant dans notre loi des allocations familiales a fait l\u2019objet d\u2019un solide discours à la Chambre des Communes par M.Benoît Michaud, député de Restigouche-Madawaska, le 20 juin dernier.« Les législateurs et les économistes de tous les pays sont d\u2019accord pour affirmer que les premiers enfants dans chaque famille ont moins besoin d\u2019être aidés, parce que les parents ont généralement les ressources suffisantes pour subvenir en partie à leurs besoins.A partir du quatrième ou du cinquième enfant, les ressources des parents se révèlent tout à fait inadéquates dans presque tous les cas.» M.Michaud ne nie pas que les premiers enfants puissent coûter plus cher, mais il note justement que le but des allocations familiales n\u2019est pas de défrayer tout ce que coûtent les enfants, mais bien d'aider les parents à les élever.Or il est assez évident que c\u2019est surtout après les premiers enfants que les ressources de la famille s\u2019avèrent insuffisantes; l\u2019aide des allocations prend alors toute sa valeur et tout son sens.De la situation actuelle M.Michaud dégage les graves répercussions psychologiques: « Pour la masse des gens, le taux décroissant ne peut prêter qu\u2019à une seule interprétation, à savoir qu\u2019il n\u2019est pas très désirable que la famille canadienne ait plus de quatre enfants, que le gouvernement ne tient pas à encourager outre mesure les grandes familles, que le huitième enfant, au point de vue capital humain, a une valeur moindre que ses aînés puisque son allocation ne correspond plus qu\u2019à 40 p.100 de celle des premiers-nés.J\u2019ai conscience que le gouvernement n\u2019a jamais eu l\u2019intention d\u2019envisager le problème de cette façon brutale.N\u2019empêche que c\u2019est la conclusion logique et inévitable à laquelle conduit le principe du taux décroissant.» M.Michaud, après tant d\u2019autres, se voit forcé de conclure: « Ce taux décroissant est pour le moins ridicule, et ce n\u2019est pas surprenant qu\u2019on ne puisse le retrouver dans aucun autre pays.Au contraire, plusieurs pays ont adopté un taux croissant ou son équivalent.» La Belgique en fournit un exemple.Son régime d\u2019allocations comporte un taux croissant, et une augmentation récente de prestations, accordée par suite de la hausse du coût de la vie, se faisait selon le même principe.Ainsi, depuis le l8r juillet, le barème passe de 170 francs pour le 1er enfant à 200 francs; de 170 francs pour le 2e enfant à 200 francs; de 230 francs pour le 3e enfant à 270 francs; de 300 francs pour le 4e enfant à 350 francs; de 430 francs pour les suivants à 500 francs.Espérons que le Canada cessera de se singulariser d\u2019une aussi étrange façon.Il faudrait que, dès la prochaine session, le Parlement amende notre loi des allocations familiales, éminemment sociale par ailleurs, pour rendre justice aux familles nombreuses.Qu\u2019on se le dise et qu\u2019on alerte son député sur la question.Chefs-d\u2019œuvre inachevés II ne s\u2019agit ni de musique ni de peinture, mais de travaux publics entrepris chez nous par une administration et délaissés par une autre, non moins démocratique, mais d\u2019une autre couleur: hier le parc de Gaspésie, aujourd\u2019hui la grand\u2019route Drummondville-Québec.Le Standard signale aussi l\u2019abandon du Centre sportif Sherbrooke-Pie-IX, dont les débris, même avant que de naître, sont encombrés de ronces, et dont les pierres bousculées ressemblent aux ruines d\u2019Athènes et de Rome.Les voyageurs ou camionneurs pressés qui veulent gagner Québec au plus vite par le sud, sans subir les tortillons de la route nord \u2014 chemin du Roi depuis 1721 \u2014 ou qui veulent passer par le nord et revenir par le sud, regrettent qu\u2019on n\u2019ait pas complété au moins une travée de quelque vingt milles du boulevard Laurier, dans Nicolet et Lotbinière.Beaucoup d\u2019argent est enterré là qui ne produit rien: toutes les expropriations sont faites, les ponts coûteux, le fond solide et le gravier tassé.Il ne manque plus que la couche d\u2019asphalte, ou même un bon entretien du macadam.Actuellement, vingt milles de trous découragent les voyageurs et rendent inutile toute cette dépense.Rien n\u2019a surgi, ni garage, ni poste d\u2019essence, ni restaurant: tout est mort, mort-né.Certain ministre aurait dit, paraît-il, que « les arbres y pousseront avant qu\u2019on le finisse ».Calcul de rancune! Et des millions restent stériles, et l\u2019on a asphalté un chemin parallèle qui n\u2019ajoute guère au bien général.Ensuite, la Voirie fait payer à la Colonisation l\u2019élargissement d\u2019une vieille route sortant de Thetford, que colonisent surtout les mines d\u2019amiante et les voyages de fantaisie.Le tourisme et nous En est-il venu des Américains, cet été! Jolie source de revenus que le tourisme.Source d\u2019amitiés?Pas assez.C\u2019est l\u2019exception qui nous comprend, qui nous devine plutôt, car nous présentons mal notre marchandise, notre visage, notre âme.La campagne, même les riches paroisses des grandes routes, offre aux yeux trop de bâtiments sans chaux ni peinture et de flâneurs débraillés aux restaurants de villages.De même les villes et leurs inscriptions anglaises et la présentation de Montréal par les guides formés à McGill.Ils ne se gênent pas de se moquer en ne montrant, de notre deuxième ville française du monde, que la piteuse rue Amherst pour aussitôt gagner Westmount.Rien de la rue Sherbrooke jusqu\u2019à l\u2019admirable Jardin botanique.De mauvais taxis conduisent à des grills et cafés dignes du pire Chicago, une plaie qui semble protégée.Des administrateurs sans vergogne, qui les tolèrent par crainte de fermer la ville aux touristes, devront se dire que cette classe de visiteurs est une contagion, pas un bienfait.Quant aux protecteurs, propriétaires ou profiteurs de ces mauvais lieux à mauvais gars et à mauvaises filles, ils ruinent d\u2019abord nos Canadiens, ils ruinent la réputation des gouvernements et ils font perdre la foi dans les chefs, de tous partis.Faudra-t-il la menace de l\u2019opinion ou du communisme ou du jugement de Dieu pour faire nettoyer ces antres de scandale?L\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur?\u2014 Pardon! qu\u2019ils aillent sentir les pourrissoirs de jeunesse, de fillettes, non seulement dans le Red-Light, mais rue Mont-Royal, rue Sainte-Catherine Est, etc.La croix sur la montagne voit trop d\u2019hypocrisie.Pleurons sur nous et sur nos enfants.Pour ou\tQuand la presse anglo-canadienne contre le progrès ?parle du Québec, il est rare de ne pas trouver jusque dans ses articles même les plus « sympathiques » un petit couplet, brutal ou sournois, sur l'Église, ennemie du progrès.(Disons que 1\u2019 « information » vient trop souvent de Canadiens français qui pensent se grandir auprès des Anglo-Canadiens en diminuant leur groupe ethnique.) Aussi est-on heureux de trouver un son de cloche plus juste dans un article de Canadian Business (août 1947): « It\u2019s happened in Quebec.» Aux hommes d\u2019affaires anglo-canadiens portés à minimiser l\u2019importance du marché québécois.« parce que l\u2019Église est contre le progrès », l\u2019auteur, Robert Campbell, explique en style simple et direct ce qu\u2019il croit la position de l\u2019Église: « Les gens qui s\u2019imaginent que l\u2019Église s\u2019efforce d\u2019empêcher le peuple d\u2019avancer tiennent le mauvais bout d\u2019une idée juste.L\u2019Eglise veut assurer le maintien 274 RELATIONS de la religion catholique, de la philosophie catholique, de la famille comme cellule de la collectivité.Elle dit en fait: « N\u2019abandonnez rien de cela pour du moins bon.» Elle ne dit pas: « Ne progressez pas », ni est-ce son intention de bloquer le progrès.Elle dit ceci: « Avancez, mais, pour pro-« gresser, n\u2019abandonnez aucune de ces autres choses impor-« tantes.» Il y a une immense différence entre ce point de vue de l\u2019Église et celui que trop souvent on lui prête.» M.Campbell doit connaître l\u2019effort historique de l\u2019Église au Canada pour améliorer économiquement le sort du peuple: appui donné aux Caisses populaires, aux coopératives de pêcheurs de Gaspésie qui ont soustrait des villages entiers à l\u2019exploitation, etc.Le peuple y gagne un pouvoii d'achat plus considérable, et assure du même coup au commerce un marché plus étendu.Si c\u2019est cela \u2014 et pas autre chose \u2014 que recherche 1 homme d\u2019affaires anglo-canadien (et cana-dien-français), qu\u2019il se rassure: l'Église n'est pas contre le progrès.Contradictions M.Dionne a donc ouvert la porte à l\u2019immigration par avion.Ceux qui s\u2019en sont voilé la face ne se gênent pas de multiplier par cent l\u2019arrivée des cent Polonaises en Beauce.Quand il s\u2019agit de 10.000\tbûcherons d\u2019Angleterre, de 2,000 Hollandais ou de 1.000\tservantes à angliciser, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.Quand cela peut tourner français, gare! On nous signale les difficultés d\u2019obtenir les papiers pour des professeurs à importer de France, et l\u2019impossibilité pour des étudiants italiens: « L\u2019Italie est encore techniquement pays ennemi.» Vraiment?Alors, comment expliquer l\u2019offre du plan Marshall de prêter à l\u2019Italie et à l\u2019Allemagne?Veut-on leur fournir des armes?ou considère-t-on la guerre comme terminée?Logique effarante et politique d\u2019hypocrisie.On refuse des prêts à l\u2019Espagne, qui a tout de même tenu bon contre Hitler quand il voulait y passer pour attaquer Gibraltar par la porte de derrière.Mais on offre des prêts à la protestante Suède, beaucoup plus complaisante envers l\u2019Allemagne.Le dernier mensonge en date contre l\u2019Espagne est de taille: il y aurait là un prêtre sur 7 habitants, alors qu\u2019il n\u2019y en a qu'un par 600, comme aux États-Unis et ici, même beaucoup moins aujourd\u2019hui par suite de la persécution et des fermetures de séminaires, voilà quinze ans.Le ridicule qu\u2019on voulait lancer a fait boomerang: les anticatholiques s\u2019assomment eux-mêmes.Externats classiques On demande partout une classe instruite plus nombreuse, des patrons et des chefs ouvriers qui voient loin, qui sachent bien et qui soient éloquents pour entraîner; des prêtres et des missionnaires plus nombreux, pour suffire au ministère plus chargé d\u2019œuvres et aux contrées lointaines, pas encore renseignées sur la Rédemption.Nous assistons à de magnifiques départs, que nous voudrions pouvoir décupler.Les familles diminuées, embourgeoisées, des grandes villes ne donneront pas les recrues nécessaires.Les familles rurales, mangées par la désertion, réduites à n\u2019être plus qu\u2019un quart de notre groupe, cèdent le pas aux familles ouvrières.Or, celles-ci rarement ont les moyens de placer huit ans pensionnaire le bravé petit qui a du talent et qui voudrait s\u2019en servir.Si les montagnes ne se déplacent pas, le collège peut faire la moitié du chemin.Déjà Moncton a créé son Externat classique Saint-Louis; cette année, Shawinigan et Drummondville, en attendant, paraît-il, Granby, Matane, Victoriaville, Rouyn, etc., ouvrent des Éléments latins, cette classe où déjà s\u2019opère une élimination.Les risques de dépenses seront moins forts, puisque les élèves se pensionneront chez eux.Pour les classes supérieures, les étudiants gagneront le vieux collège.Grâce SEPTEMBRE 1947 aux allocations familiales, les jeunes assiègent les grandes maisons d\u2019éducation, qui en refusent.On ouvre donc des succursales à bon marché.Le peu démocratique Voltaire osait écrire: « On n\u2019a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes; c\u2019est le partage des apôtres.» Merci du compliment! Notre clergé continue à éclairer ceux qui veulent en profiter.Raison d\u2019économie ?La loi fédérale des allocations familiales est en vigueur depuis un peu plus de deux ans (juillet 1945).Voici le montant des prestations versées pendant les deux premières années et la part échue à chaque province (nous ne tenons pas compte de certains ajustements à faire par suite de suspensions et de remboursements) : Ile-du-Prince-Edouard\t\t.$ 4,373,213 Nouvelle-Ecosse\t\t.26,495,153 Nouveau-Brunswick\t\t.22,518,327 Québec\t\t.162,409,883 Ontario\t\t.139,198,279 Manitoba\t\t.27,676,217 Saskatchewan\t\t.35,977,341 Alberta\t\t.33,995,937 Colombie\t\t.30,817,863 Yukon et Territoires du Nord-Ouest\t\t612,505 Montant global pour tout le Canada.\t.$484,074,718 Nous avons souvent dénoncé 1\u2019 « inexplicable taux décroissant » de la loi canadienne des allocations familiales.A la fin de son discours, M.Benoît Michaud, député de Restigouche-Madawaska, discute la question économie et estime qu\u2019 « il n\u2019en coûterait au pays que 6 millions de plus pour éliminer le taux décroissant », soit 2.3% du budget des allocations familiales et 0.3% du budget total de 1947.Il en coûterait seulement un autre 6 millions si l\u2019on adoptait un taux croissant correspondant au taux actuel décroissant.Le gouvernement aurait dès lors mauvaise grâce à refuser de corriger l\u2019injustice dont souffrent présentement les familles nombreuses canadiennes.Si la raison d'économie ne vaut pas, alors quoi ?Le fanatisme ?Le ministre de la Santé et du Bien-Être social, l\u2019honorable Paul Martin, en réponse à M.Michaud, s\u2019est engagé à étudier à fond le problème d\u2019ici la prochaine session.- Pays qui naît Val-d\u2019Or a fêté son dixième anniversaire.En dépit du retard causé par la guerre, il compte 6,000 âmes et s\u2019en prédit 20,000 dans dix ans.Si les gouvernements aident un peu les débrouillards qui veulent prévenir la dépression, l\u2019on verra revivre l\u2019âme des pionniers.Le monument-souvenir sera un hôpital de soixante lits, qui rendra meilleur service qu\u2019une héroïque pierre taillée.Les anecdotes typiques ne manquent pas chez les anciens du début.La première salle de pool servait aussi de salle à coucher: pour les lits à deux étages, plus un troisième sans étage, le tarif était de $1 pour le lit du bas, $0.75 pour celui du haut, et $0.50 pour coucher par terre \u2014 et chacun fournissait ses couvertures.En peu d\u2019années, les souches et la boue d\u2019argile ont disparu; la ville a pris de l\u2019allure.Advenant le grand mouvement de colonisation tant désiré \u2014 mieux que la piètre consolidation actuelle \u2014, un enthousiaste recrutement de jeunes ruraux que les prévoyants et la bonne terre appellent de tous leurs vœux, notre Ouest québécois sera tout un acquis en capital-or et en capital humain.Tout gît à ouvrir des routes et à concéder les lots demandés, non à tout retarder, à tout refuser.Prétendre qu\u2019il n\u2019y a plus de colons quand on ne fait rien pour les recruter, c\u2019est calomnier un peuple.Pas une paroisse nouvelle ne se crée cette année Or, depuis la fermeture des frontières en 1929, une jeunesse nombreuse est parvenue à l\u2019âge de se 275 marier, de s\u2019établir, et elle manque de logis en ville et de terre à la campagne.Elle vieillit sans but; elle recommence à s\u2019exiler, comme les malheureux Porto-Ricains qui gagnent New-York, tandis que leur gouvernement se dit heureux de cette affreuse solution au chômage.On objecte de ne plus trouver de main-d\u2019œuvre aux champs.\u2014Bien sûr! On n\u2019y veut pas être journalier: en fait de salaire, on trouvera mieux ailleurs.Mais si l\u2019on offrait de la terre et de l\u2019aide pour se faire un chez-soi, ce serait autre chose.Qu\u2019on essaie, voir! Qu\u2019on renseigne dans une bonne propagande rurale, avec excursions reprises, avec un but pratique, sans discours vagues.Les milliers de bonnes recrues que M.Drew va chercher en Angleterre, on les trouvera plus facilement chez nous, et plus faciles à enraciner.Où bâtir ?où passer ?Montréal veut se doter d\u2019une grande salle de spectacles et d\u2019une Exposition industrielle, genre Foire de Lyon.Excellente idée, qui n\u2019arrive pas trop tôt.Le plan Genest de tout construire à la Gare Centrale déplaît au conseiller Ver ville, aux gens de l\u2019Est et à la topographie.Pourquoi empirer toujours l\u2019embouteillage?Pourquoi tasser encore des colosses avec les gares et les hôtels, déjà mal situés dans ce goulot resserré par le mont Royal ?La circulation n\u2019y peut aller qu\u2019Est et Ouest, alors qu\u2019à l\u2019est de la rue Bleury, elle pourrait gagner le Nord et aussi les quais.Fernand Rinfret voyait juste en rêvant quelque chose d\u2019immense pour le beau quadrilatère de la rue Berri, qui déboucherait même en haut de la rue Sherbrooke par un tunnel.Nous serions étonnés que la Chambre des Jeunes ne marche pas dans le sens de l\u2019Est.Bleuets Ils donnent bien mais rapportent moins.L\u2019an dernier, avec leurs hauts prix, les compagnies ont tué les velléités d\u2019organisation coopérative; maintenant elles dictent les prix.Toujours la fable du Hérisson qui se laisse enlever ses piquants, puis se fait dévorer.C\u2019est l\u2019enfance de l\u2019art que de désarmer les naïfs éblouis.L\u2019expérience devra servir, pas seulement pour les bleuets.Les intermédiaires finauds qui s\u2019engraissent aux deux râteliers du producteur et du consommateur devront pourtant disparaître.Dans la Frontière de Rouyn, 7 août, cinq annonces d\u2019acheteurs de Toronto font appel à nos cueilleurs de bleuets: Kalles & Sharf, Anspach Co., Marlow Co., White Co., Federal Fruit Co.Seulement Parent & Goyer de Montréal annoncent pour leur succursale de Noranda.Faut-il absolument savoir l\u2019anglais pour acheter nos bleuets?Acadie en santé L\u2019Acadie ne se contente pas de prier le ciel et de louer le passé: elle s\u2019aide, elle bâtit son avenir.La même Évangéline (14 août) qui célèbre le centenaire de Mgr M.-F.Richard et annonce le congrès marial de Bouctouche passe au domaine de l\u2019action et annonce deux nouvelles maisons d\u2019éducation pour jeunes filles.Les Ursulines de Québec ouvrent à Saint-Léonard, diocèse d\u2019Edmundston, leur deuxième fondation acadienne, après celle de la Rivière-Jacquet, diocèse de Bathurst.Les Religieuses du Bon-Pasteur de Montréal ouvriront en septembre dans la banlieue de Moncton un orphelinat-refuge d\u2019un million pour 500 pensionnaires, qui suivront les cours d\u2019école d\u2019art ménager, de cuisine, d\u2019artisanat.Institutions plus solides que des discours.Moncton fête le vingt-cinquième anniversaire de son Hôtel-Dieu, et Campbellton celui de la Congrégation des Filles de Marie de l\u2019Assomption, fondée par Mgr Melanson.Le quinzième Congrès de la Société de l\u2019Assomption se tient à Memramcook, après les excellents cours d\u2019été aux instituteurs.Enfin une longue liste d\u2019élèves acadiens qui ont réussi leur immatriculation, en anglais évidemment, se couronne d\u2019un jeune Roy classé premier de toutes les écoles du Nouveau-Brunswick.Et l\u2019on pousse le français, et l\u2019on regrette l\u2019ajournement du voyage des Liaisons françaises.Et l\u2019on souhaite plein succès à nos Chambres de Commerce pour une meilleure représentation française dans le fonctionnarisme fédéral, au C.N.R., aux bureaux de poste, aux Pêcheries du Nouveau-Brunswick, car, bien que « la majorité des pêcheurs soient français, le surintendant, son adjoint et trois des cinq chefs de district ne sont pas français et ne parlent probablement pas le français.De même une Commission provinciale de projets municipaux ne compte qu\u2019un seul Acadien sur dix membres.Et des faits identiques sont sans nombre ».Qu\u2019importe! « L\u2019essor continue, écrit un jeune Boudreau.Comme si nos pères nous avaient légué l\u2019atavisme des recommencements, notre monde se relève toujours.On ne compte plus les œuvres sociales.Nous sommes de vrais patriotes?Alors, restons chez nous! » -Nationalisme ?Les Français qui ont participé au Congrès marial d\u2019Ottawa, en commençant par l\u2019éminent cardinal-archevêque de Lyon, n\u2019ont pas caché leur attachement à leur patrie, la fierté qu\u2019ils éprouvaient d\u2019appartenir à la nation française, leur souci de faire reconnaître ses droits et de défendre sa réputation.N\u2019y a-t-il pas dans ce « nationalisme juste et légitime » qui respecte les droits des autres nationalités, sans se croire obligé de céder les siens ou d\u2019en rougir, une leçon bien pratique pour nous Canadiens français ?Catholicisme américain VOfficial Catholic Directory des États-Unis pour 1946 (1,800 pages), publié par la maison Kenedy, de New-York, vient de paraître.La population catholique de la république étoilée (22 archi-diocèses, 99 diocèses et le vicariat apostolique d\u2019Alaska) est de 25,268,173, soit une augmentation de 866,049 sur 1945.Il y a 40,470 prêtres, 6,938 Frères et 140,563 religieuses.L\u2019archidiocèse de Chicago compte le plus de catholiques: 1,716,536.Puis viennent Boston (1,208,089), New-York (1,169,376), Brooklyn (1,111,446).Les diocèses de Philadelphie, Détroit et Newark touchent presque au million chacun.Les conversions dépassent de 13,198 le nombre de 1945 et atteignent 100,628.Signalons parmi les convertis récents: le contre-amiral Ralph Davison; le Dr Alfred Bilmanis, représentant de la Latvie à Washington; Mme Fritz Kreisler (son mari, le fameux violoniste, s\u2019est converti l\u2019année précédente); Austin B.Mitchell, pasteur épiscopalien; etc., etc.Les statistiques scolaires sont partout à la hausse: 175,120 élèves dans 216 collèges et universités; 502,967 élèves dans 2,431 high-schools; 2,186,565 élèves dans 8,165 écoles primaires.Ce merveilleux réseau d\u2019écoles est maintenu uniquement par les catholiques, qui soutiennent en plus, par leurs taxes, les écoles publiques neutres.Dans nos prochains numéros Le Québec et POntario devant Pimpôt fédéral sur les successions \u2014Yvon Clermont Assimilation ancienne et nouvelle \u2014 Alexandre Dugré De père en fils \u2014 Béatrice Clément Burton Ledoux Germain Pinsonnault Watson Kirkconnell 276 RELATIONS LA BIBLE EN ESPAGNE Aubrey F.BELL DANS SON LIVRE RÉCENT sur l'Espagne, sir Samuel Hoare, maintenant lord Templewood, rapporte que des milliers d\u2019exemplaires de la Bible, appartenant à la Société de la Bible en Espagne, furent mis en pièces par les phalangistes; et il en conclut (sur le ton éploré d\u2019un témoin de Jéhovah déclamant contre la corruption des prêtres dans la province de Québec) que, depuis George Borrow, l\u2019Espagne n\u2019a pas changé.De toute évidence, il eût mieux fait de conclure que l\u2019esprit de la Société de la Bible en Espagne n\u2019a pas changé depuis George Borrow.Borrow fut un écrivain de génie; on lira toujours avec plaisir et intérêt son ouvrage intitulé la Bible en Espagne; c\u2019est une œuvre qui charme, même quand on sait très bien que l\u2019auteur y a mis délibérément de trop vives couleurs.Le fait cependant demeure que Borrow avait un esprit étroit de sectaire et qu\u2019il a tenu en Espagne une conduite qu\u2019aucun pays ne pourrait tolérer.Et si l\u2019Espagne n\u2019a pas changé, il semble bien aussi que les manières à la George Borrow y sont encore pratiquées.Quiconque voudra se donner la peine de feuilleter un minuscule, mais assez venimeux périodique, publié en anglais, à Lisbonne, sous le titre de Lignes de communication, s\u2019en rendra compte par lui-même.Dans sa livraison de juillet 1946, on pouvait lire que « l\u2019Espagne est devenue aujourd\u2019hui la grande citadelle du romanisme en Europe ».Autrement dit, elle constitue l\u2019un des principaux remparts contre le communisme; en attaquant cette citadelle, les sectaires se font donc presque ouvertement et consciemment les dupes du communisme et les coopérateurs de son entreprise de destruction.L\u2019Europe, a proclamé le général Franco, est comme « une ruche dont les cellules distillent le poison communiste le plus virulent ».Mais avant que le communisme puisse se propager à l\u2019aise par toute l\u2019Europe, il lui faut vaincre deux ennemis principaux: l\u2019opiniâtre indépendance de ce qui reste du peuple anglais et le non moins indépendant et passionnément individualiste peuple d\u2019Espagne.La paysannerie espagnole, bien qu\u2019elle conserve plusieurs de ses plus belles traditions et sa foi séculaire, semble particulièrement vulnérable.Sa pire faiblesse est son ignorance.Sans doute, pour tout ce qui touche à son travail et à sa vie propre, le paysan fait preuve de beaucoup d\u2019adresse et d\u2019intelligence; mais son ignorance générale l\u2019expose aux pièges des politiciens et des étrangers.L\u2019un des arguments les plus comiques mis de l\u2019avant contre l\u2019immigration des paysans illettrés au Canada, ce fut que ces gens-là deviendraient la proie des politiciens; eh bien! le paysan espagnol n\u2019a pas besoin d\u2019émigrer pour se trouver dans ces ambages.Et quand un Américain, voyageant en Espagne les SEPTEMBRE 1947 mains pleines d\u2019argent, déclare à un paysan sans le sou : « Nous avons une république depuis cent cinquante ans », le paysan ne peut manquer d\u2019être impressionné.Aujourd\u2019hui, sept colonnes d\u2019attaque s\u2019avancent pour convertir, subvertir, éduquer et supprimer la paysannerie espagnole (c\u2019est-à-dire environ les trois quarts de la nation espagnole), que l\u2019on regarde comme un anachronisme moyenâgeux, un reliquat de la féodalité, un obstacle au progrès et un non-sens économique.Communisme, socialisme, républicanisme, constitutio-nalisme parlementaire, protestantisme, alphabétisme et philanthropisme rêvant d\u2019un niveau de vie plus élevé, ces sept colonnes s\u2019acharnent de concert à miner sourdement le peuple, à ruiner ses traditions, à tuer sa foi.Il peut paraître naturel que les gros brasseurs d\u2019affaires cherchent à transformer en bon client la paysannerie habituellement contente de peu et jalouse de son indépendance.Rien de surprenant, non plus, à ce que, dans un livre récent sur l\u2019Espagne, des socialistes jugent les paysans si misérables (cette misère du vrai paysan est une des inventions chères aux intellectuels) que ce serait seulement charité de leur enlever les maigres lopins de terre auxquels ils ont l\u2019air si sottement attachés.Il est normal aussi de voir les républicains, qui, pour renverser la monarchie, n\u2019hésitèrent pas à rallier tout ce qu\u2019il y avait d\u2019éléments extrémistes, afficher peu de scrupules dans le choix de leurs collaborateurs en démolition.Que les communistes, enfin, considèrent la paysannerie espagnole comme l\u2019un des plus lourds encombrements dans le chemin de leur triomphe révolutionnaire, cela ne fait que confirmer la perspicacité du jugement que leurs ambitions leur font porter sur la situation en Europe, et cela n\u2019a rien qui doive étonner.L\u2019étonnant, c\u2019est que la Bible serve d\u2019engin de guerre dans cette campagne dirigée clairement contre le christianisme et contre toute religion.Pendant le siècle écoulé depuis la mort de George Borrow, la Société de la Bible (toujours soutenue et protégée, en cas de besoin, par l\u2019ambassade d\u2019Angleterre en Espagne) n\u2019a pas cessé de défier l\u2019Église et l\u2019opinion publique d\u2019Espagne en couvrant la péninsule d\u2019exemplaires de sa bible.Après l\u2019avènement de la république, on annonça avec satisfaction que la vente des bibles avait monté de quelque 30,000 exemplaires.Il faut en toute justice préciser qu\u2019aucun esprit de lucre n\u2019est mêlé à cette besogne, car chaque exemplaire se vend à très bas prix.Et les hommes qui distribuent ces bibles ont sincèrement la conviction d\u2019accomplir l\u2019œuvre du Seigneur et de répandre la bonne semence in partibus infidelium.Mais les avantages que la religion et la morale peuvent retirer de cette distribution générale de la Bible parmi les paysans espagnols, ou encore 277 parmi les « habitants » du Québec, n\u2019apparaissent pas avec autant d\u2019évidence à l\u2019esprit d\u2019un profane qu\u2019à celui d\u2019un témoin de Jéhovah.Il y a quelques années, une paysanne espagnole, cédant à l\u2019offre d\u2019un vendeur, se procura une bible pour une couple de sous.Bientôt après, elle trouva ses deux jeunes fils plongés dans la lecture du livre; elle voulut savoir ce qui paraissait tant les intéresser et se heurta à l\u2019un des plus troublants passages de l\u2019Ancien Testament.Elle mit alors la bible sous clé dans une armoire.En tout état de cause, on doit s\u2019attendre à ce que la diffusion de la Bible s\u2019accompagne de courtoisie et de charité.Revenons donc aux Lignes de communication de juillet 1946.Ses brèves mais vivantes colonnes nous informent que le catholicisme est « une sorte de paganisme christianisé », que c\u2019est « une erreur diabolique », qui « sème la propagande du diable ».Les seuls « vrais croyants » en Espagne sont ceux qui assiègent « la citadelle du romanisme » ; et en dehors des tracts publiés et colportés avec zèle à travers le pays par ces « vrais croyants », « il n'y a pas de littérature chrétienne qui se publie en Espagne ».Quand le mensonge prend de telles proportions, il a grand\u2019chance d\u2019être inoffensif.Malgré son absurdité, cependant, il ne laisse pas d\u2019être fort irritant.Que diraient les Anglais, par exemple, si un périodique étranger, publié chez eux et soutenu par une puissance étrangère, présentait l\u2019archevêque de Can-torbéry comme un avocat du diable, tout ce qu\u2019il défend comme de la propagande diabolique, et toute la littérature protestante d\u2019Angleterre, de Milton à Masefield, comme indigne du vrai christianisme ?Il semble presque incroyable que, en un temps où la religion sous toutes ses formes est si follement attaquée; à quelques années seulement de la guerre civile espagnole et de cette épouvantable période qui la précéda immédiatement, pendant lesquelles, sous la conduite de communistes russes, des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses furent assassinés en masse, et la croix du Christ, partout ridiculisée, insultée et broyée; en cette année 1947, où plus que jamais il incombe à tous les chrétiens de serrer les rangs contre l\u2019ennemi commun, il semble incroyable, dis-je, que nous ayons à combattre ce qui devrait, si nous voulions nous abaisser à parler la langue des « vrais croyants », être appelé la propagande du diable, et qu\u2019il nous faille repousser une instigation consciente aux luttes religieuses et des assauts impudents contre l\u2019Église antique et universelle dont l\u2019anglicanisme n\u2019est qu\u2019une tige marcottée.Qui ne sait, en effet, qu\u2019on peut être un bon catholique sans être protestant, mais qu\u2019on peut difficilement être un bon protestant sans tendre au catholicisme?Un arbre élagué d\u2019une de ses branches demeure un arbre et peut même devenir plus vigoureux après cet émondage; mais la branche détachée ne peut avoir de sens que par rapport à l\u2019arbre et elle ne peut vivre longtemps par elle-même.278 Aux « vrais cioyants » qui dans leur naïveté inélégante fournissent au marteau communiste les clous à enfoncer, volontiers nous répéterions, \u2014 n\u2019était que pour de « vrais croyants » les œuvres de saint Jean de la Croix dussent paraître suspectes, \u2014 les paroles si authentiquement chrétiennes du docteur mystique de l\u2019Église catholique romaine; « Là où manque l\u2019amour, apportez l\u2019amour et vous trouverez l\u2019amour.» Et si l\u2019on ne peut espérer qu\u2019ils soient familiers avec la doctrine austère de saint Jean de la Croix ou avec les accents persuasifs de la toute riante sainte Thérèse, on peut les inviter à peser ces mots d\u2019un plus grand qu\u2019eux tous, à savoir que « toute maison divisée contre elle-même ne pourra subsister » (Matth., xn, 25), ou ceux-ci de Francis Bacon: « Les divisions multipliées engendrent l\u2019athéisme.» Il y a une histoire où l\u2019on raconte qu\u2019une barque fut trouvée allant à la dérive; elle portait entre ses bancs, auprès d\u2019un tas de monnaie d\u2019or, les squelettes de deux hommes qui s\u2019étaient battus pour la possession exclusive de cet or et étaient morts misérablement.Quand on parcourt des écrits comme les Lignes de communication ou les tracts agressifs des Témoins de Jéhovah, on ne peut se retenir de soupirer avec la Bible ou Y Imitation : « Oh ! que la charité chrétienne est rare sous le soleil! » O rara caritas ! Mais il y a moyen de se consoler.Car, s\u2019il arrivait que toutes ces menées sournoises dirigées contre le peuple espagnol vinssent à réussir, si l\u2019Espagne devait aller jusqu\u2019à renier ses antiques croyances pour se livrer au communisme, on assisterait peut-être non pas à l\u2019avènement du règne communiste sur l\u2019Europe, mais au commencement de son agonie.L\u2019histoire d\u2019Espagne, si capricieuse et décousue qu\u2019elle paraisse en surface, a ses constantes de fond.Il ne faut guère s\u2019imaginer, par conséquent, que le peuple espagnol va du jour au lendemain rejeter cet esprit d\u2019indépendance qui est une de ses composantes essentielles, ni que le peuple qui a si fièrement résisté à l\u2019envahisseur romain ou maure, qui a fait fuir au delà de ses frontières Charlemagne et Napoléon et secoué le joug du Français Joseph et de l\u2019Italien Amédée courbera docilement l\u2019échine chez lui sous une domination étrangère.Il est tout à fait probable que le communisme n\u2019a pas l\u2019estomac qu\u2019il faut pour digérer l\u2019Espagne.Quand le peuple espagnol s\u2019aperçoit que son indépendance est manifestement en danger, il me et il me fort.Contre des assauts plus cauteleux il se montre apathique et sans défense.Raison de plus pour que nos modernes utopistes et nos Don Quichotte, qui partent en campagne avec l\u2019excellente intention de « faire du bien à tout le monde », se fassent un point d\u2019honneur de mettre fin à leurs activités en Espagne (par lesquelles, d\u2019ailleurs, ils ne font que paver la voie à la victoire de leurs pires ennemis) et de ne plus faire de la parole de Dieu un objet de dérision.RELATIONS MONSEIGNEUR LANGEVIN ET NOS UKRAINIENS J.-Ad.SABOURIN, ptre Cet article, qui fait suite à celui de M.Kisilewski, paru dans la livraison de juillet, est le deuxième de la série sur nos compatriotes ukrainiens.(N.D.L.R.) UN PROBLÈME NOUVEAU AU MOIS DE SEPTEMBRE 1901, le R.P.Laçasse, O.M.i., prêchait une retraite aux élèves du collège des Jésuites à Saint-Boniface.Dans son instruction sur la vocation, il fit ressortir un besoin particulier de prêtres dans l\u2019Ouest canadien, surtout dans le diocèse de Saint-Boniface, qui comprenait alors tout le Manitoba, plus de la moitié de la Saskatchewan et une partie de l\u2019Ontario.Il s\u2019agissait du ministère auprès d\u2019immigrants catholiques arrivés ou attendus de l\u2019Est de l\u2019Europe, de la Galicie.Pour la plupart des jeunes auditeurs \u2014 l\u2019auteur de cet article en était \u2014 ce fut une allusion à un problème religieux tout nouveau.C\u2019était pourtant une question qui préoccupait Mgr Langevin depuis une couple d\u2019années, surtout depuis quelques mois.ERREUR INCONCEVABLE! C\u2019était au temps des luttes scolaires.La première manche était perdue, nos écoles séparées avaient été abolies depuis 1890 par une loi provinciale, et l\u2019injustice avait été confirmée en 1896 par le gouvernement fédéral.Les catholiques, en très grande majorité Canadiens français, ne désarmaient point.De part et d\u2019autre, on prévoyait une immigration massive.On connaissait la forte natalité chez les catholiques du Manitoba.On savait aussi le Québec encore capable de fournir de forts contingents de colons.Pour parer à toute éventualité, les dirigeants de la politique d\u2019immigration \u2014 Clifford Sifton en tête \u2014 réussirent à lui imprimer une orientation défavorable aux vaincus de l\u2019heure.L\u2019expérience avec les Doukhobors fut une faillite.On se tourna vers un autre élément slave, vers la Galicie, ancienne province de Pologne, devenue en 1772 et en 1795 partie de l\u2019Autriche.Vers 1900, la Galicie comprenait en chiffres ronds sept millions d\u2019habitants, dont à peu près six millions se divisaient, en parties presque égales, entre Polonais et Ukrainiens ou Ruthènes, tous catholiques.Selon la coutume ou le génie des langues slaves, les Polonais s\u2019appelaient catholiques romains, c\u2019est-à-dire du rite latin, et les Ukrainiens, catholiques grecs, c\u2019est-à-dire d\u2019un rite apparenté au rite byzantin.Pour une raison ou pour une autre, les promoteurs de l\u2019immigration de la Galicie \u2014 est-ce providentiel ?\u2014 ne comprirent pas la différence de rites dans l\u2019unité de foi.Grandes furent leur surprise et leurs protestations quand Mgr Langevin réclama pour siens ces quelques milliers de colons galiciens catholiques des deux rites de son diocèse.L\u2019eût-on voulu, il était trop tard pour faire machine arrière: villages et départements de Galicie \u2014 sans parler des quelques Ukrainiens venus de la Bukovine et des steppes russes \u2014 se décimaient au profit de nos régions inhabitées.PREMIÈRES ILLUSIONS A leur arrivée, Polonais et Ukrainiens semblèrent oublier quelque peu leur antipathie séculaire, pour ne pas dire leur haine invétérée.Faute de mieux \u2014 à leur goût du moins \u2014 les grecs semblèrent s\u2019adapter au rite latin: ils acceptaient assez volontiers le ministère des prêtres polonais, qu\u2019ils comprenaient mieux que les autres et qu\u2019on pouvait obtenir plus facilement d\u2019Europe.On crut un moment résoudre le problème très épineux de rite, de langue et de nationalité chez nos Ukrainiens à l\u2019aide de prêtres latins, séculiers et religieux, polonais ou parlant le polonais.Mgr Langevin avait demandé aux Oblats de Marie-Immaculée de faire venir d\u2019Europe autant de pères polonais que possible; il avait réussi à recruter un certain nombre de prêtres séculiers.Pour leur prêter main-forte, il avait obtenu de la province rédemptoriste belge que plusieurs pères fussent envoyés en Pologne s\u2019y préparer à nos missions galiciennes en étudiant le polonais: de ce nombre fut le P.Delaere, qui jouera un si grand rôle.Tous ces ouvriers furent bientôt débordés \u2014 et déçus.Les centres galiciens surgissaient comme par enchantement.Et l\u2019on s\u2019aperçut que les catholiques grecs n\u2019accepteraient pas d\u2019être desservis en permanence par un clergé polonais et selon le rite latin.LE NATUREL REVENU AU GALOP Pour se rendre compte de cette opposition, il faut savoir que les Ukrainiens sont slaves, donc traditionalistes et conservateurs par tempérament.De plus, ils sont orientaux: chez eux la liturgie mieux comprise a une force qu\u2019on ne rencontre guère chez les catholiques latins: le paléo-slave, leur langue liturgique, ressemble tellement à leur langue maternelle qu\u2019elle est comprise de presque tout le monde.D\u2019où un attachement profond à leur rite.Dès que nos Ukrainiens prirent conscience de leur nombre, de leurs groupements ruraux, de la liberté que leur offraient les lois et coutumes du pays, ils réclamèrent les droits que leur garantissent les déclarations formelles des Papes.Leur rite séculaire n\u2019est pas affaire locale comme certains rites latins \u2014 tel le rite ambrosien à Milan \u2014; c\u2019est le privilège d\u2019un peuple qui a déjà compté plus de douze millions de fidèles et qui en comptait, au début du siècle, plus de trois millions en Autriche seulement.Avec le tempérament sanguin commun aux Slaves, les choses menaçaient de SEPTEMBRE 1947 279 tourner au tragique.Mgr Langevin, qui avait envoyé le P.Lacombe, O.m.I., à Vienne et à Lwow dans l\u2019intérêt de ses catholiques galiciens, eut-il conscience d\u2019avoir été mis sous une fausse impression ?Quelques-uns l\u2019ont pensé.Toujours est-il qu\u2019il s\u2019entendit avec Mgr Szep-tycki, jeune mais déjà célèbre métropolite catholique grec de Lw ow, pour obtenir un homme sûr qui étudiât la situation à fond: le choix tomba sur le digne abbé Zoldak.Mgr Langevin, mieux renseigné, comprit qu\u2019il devait changer son fusil d\u2019épaule.Une chose s\u2019imposait: il fallait des missionnaires de langue et de nationalité ukrainiennes, et de rite grec.Il obtint trois religieux des Easiliens nouvellement réformés par des jésuites polonais et quatre religieuses de lTmmaculée-Concep-tion, communauté ruthène de fondation récente.Les uns et les autres établirent leurs quartiers généraux à Winnipeg et à Mundare, près d\u2019Edmonton, en octobre 1902.GRAVITÉ DE LA SITUATION C\u2019était un appoint précieux mais insuffisant.Les esprits étaient montés.Si les centres un peu considérables autour de Winnipeg et de Mundare voyaient leur prêtre une fois le mois, d\u2019autres le recevaient rarement et plusieurs, moins d\u2019une fois l\u2019année.De nombreux adultes mouraient sans recevoir les derniers sacrements.Point d\u2019écoles catholiques.Les missionnaires n\u2019avaient guère le temps de faire le catéchisme.Il n\u2019y avait ni presse ni oeuvres sociales ruthènes.Par contre, un prêtre moscophile de Galicie faisait du ministère dans une église indépendante de Winnipeg, qu\u2019on disait grecque catholique.Son influence rayonnait au loin.Un prêtre orthodoxe de Russie se disait évêque et prétendait ordonner des sujets à la douzaine.Les protestants faisaient tout pour détourner les Galiciens de l\u2019Église.Ils fondèrent de petits hôpitaux à des points stratégiques.Brandon, ville protestante, se dotait d\u2019une école normale ukrainienne sous la direction exclusive de protestants.Un journal protestant publié en ukrainien menait une campagne virulente contre les catholiques.Certaine organisation protestante en vint jusqu\u2019à payer grassement de vils mercenaires, d\u2019origine ukrainienne, russe ou même juive, qui, pour mieux tromper les fidèles, au su de leurs mandants, parodiaient les offices sacrés catholiques, d\u2019ailleurs répudiés par les protestants, tels que la messe, la confession et la communion.A ces difficultés de l\u2019extérieur s\u2019en ajoutaient d\u2019autres venues de ceux qui demeuraient fidèles malgré tout.Un des premiers soucis des catholiques grecs, une fois groupés, c\u2019était de bâtir une chapelle.Dans leur crainte d\u2019abus que leurs ancêtres avaient connus en Europe, sous la domination des catholiques latins, c\u2019est-à-dire polonais, la plupart refusaient absolument de mettre leurs propriétés ecclésiastiques sous l\u2019autorité d\u2019un évêque latin.Les syndics restaient maîtres de recevoir qui ils voulaient dans leurs temples.Des abus criants avaient forcé Mgr Langevin d\u2019exiger une attitude plus conforme à la discipline ecclésiastique.D\u2019où nouveaux conflits et pénible agitation des esprits.D\u2019où quelques voies de fait et des tracasseries sans nombre contre les prêtres, même ukrainiens, qui desservaient les catholiques grecs selon la discipline de l\u2019Église.Sans être toujours des apostasies formelles, les défections ne se comptaient plus vers 1905.HARDI COUP DE BARRE Il fallait faire quelque chose.Mgr Langevin, dont le diocèse comptait, au Canada, le plus de catholiques grecs, était bien le pasteur le moins disposé à se croiser les bras en face du loup dans la bergerie.Il priait et faisait prier.Il observait.Les données du problème se résumaient à ceci: il était physiquement impossible d\u2019obtenir de Galicie un nombre suffisant de religieux catholiques grecs, et l\u2019on ne voulait au Canada que des prêtres séculiers célibataires.Le nombre de ceux qui pouvaient quitter la Galicie était excessivement restreint.Les États-Unis leur offraient un champ d\u2019action plus avantageux sous bien des rapports.Fallait-il se contenter des quelques sujets qu\u2019on pouvait raisonnablement attendre de là-bas, et se résigner à laisser perdre la foi à trop de nos catholiques grecs ?Ou bien ferait-on appel aux membres du clergé latin pour leur faire apprendre la langue ukrainienne, et le rite paléo-salve ?Puis, obtiendrait-on de Rome la permission de renforcir ainsi notre clergé grec, dans l\u2019espoir de retenir les fidèles et de ramener les autres ?C\u2019était du nouveau, du jamais fait.Les États-Unis et le Brésil, avec le même problème, ne semblaient pas avoir imaginé ce plan hardi.Rome hésitait.En Galicie, les mieux intentionnés voyaient des montagnes de difficultés.Ici, les experts en histoire et en psychologie orientale des Ukrainiens étaient clairsemés.Dans les rangs de l\u2019épiscopat, on observait Mgr Langevin; on n\u2019approuvait pas toujours.Certains craignaient d\u2019introduire au pays la dualité de rites avec ses conséquences inévitables.Mgr Langevin prit parti: puisqu\u2019on ne pouvait fournir aux catholiques grecs des missionnaires de leur nationalité, il fallait au plus tôt leur en donner de leur langue et de leur rite, en attendant de leur en former de leur sang ici au Canada.Entre temps, le P.Delaere, qui avait tenté durant quelques années de desservir, en se servant de la langue polonaise et en suivant le rite latin, des colonies galiciennes en grande majorité catholiques grecques, y avait acquis une expérience considérable.Il pensait comme Mgr Langevin.De même aussi le provincial des Basiliens, le P.Platonide Filas, missionnaire au Canada de 1902 à 1904, homme de Dieu et de grande envergure intellectuelle.Mgr Szeptycki ne mit pas d\u2019obstacle.Il aida même quelque peu dans les débuts.Il devait plus tard évoluer dans le sens de Mgr Lan- 280 RELATIONS gevin, sans jamais partager complètement ses vues au sujet d\u2019un clergé séculier ruthène exclusivement célibataire pour le Canada.On finit par vaincre les hésitations du cardinal Gotti.En 1906, Pie X permit à des prêtres latins de passer au rite grec pour cinq ans, après une préparation convenable.UNE ÈRE NOUVELLE Pendant que Mgr Langevin et ceux qui l\u2019approuvaient s\u2019efforçaient d\u2019obtenir cette mesure, un autre mouvement, plus dangereux que tous les précédents, menaça de faire apostasier nos Ukrainiens en masse.Trois prêtres de Galicie, \u2014 ils devaient se convertir plus tard, \u2014 menaient le mouvement.Leur influence fut immense.A Winnipeg, ils tenaient tête aux Basi-liens.Dans le district de Sifton, où près de 1,500 familles étaient disséminées sur un territoire d\u2019environ 50 milles de diamètre, nos missionnaires catholiques grecs avaient dû céder et se replier.La population semblait tout égarée: on voulait fonder au Canada une Église ukrainienne nationale, indépendante de Rome.Mgr Langevin, qui avait bâti une église considérable pour les Basiliens à Winnipeg, aidé la construction de plusieurs chapelles et soutenu l\u2019éducation de quelques jeunes en vue de l\u2019avenir, se hâta de tirer parti du privilège obtenu de Rome.Il encouragea le P.Delaere à entreprendre à trente-sept ans l\u2019étude de l\u2019ukrainien et du paléoslave et à passer au rite grec, quelques mois plus tard, en octobre 1906.Des confrères rédemptoristes devaient suivre son exemple.Une région immense aux environs de Yorkton, en Saskatchewan, peuplée de Galiciens, reçut l\u2019effort de ces religieux.En 1912, à l\u2019arrivée du premier évêque ruthène, ce district, pas touché par les trois prêtres rebelles de Winnipeg, avait arrêté sa marche vers l\u2019apostasie.Au milieu de mille difficultés, il revenait à la foi.En 1907, un jeune prêtre de Saint-Boniface achevait sa théologie à Rome.Il s\u2019était offert pour le ministère ukrainien du diocèse.Mgr Langevin le dirigea vers les Basiliens de Galicie.Passé au rite ruthène, il revenait au printemps de 1908.Dès l\u2019automne, il était mandé à Sifton et chargé de la desserte de cette région, si profondément secouée dans sa foi.Pendant l\u2019hiver de 1909, Mgr Langevin l\u2019envoya chercher des secours dans le Québec.Les aumônes affluèrent.Quelques sujets s\u2019offrirent à Mgr Langevin, dont quatre devaient adopter le rite grec.Le Concile plénier de Québec et la Church Extension, qui venait de naître, s\u2019intéressèrent à la question ruthène.En 1912, Mgr Budka trouvait à Sifton quatre prêtres « ruthénisés ».Une école apostolique y préparait une quarantaine d\u2019élèves au cours classique.On se chicanait bien encore; un proverbe veut qu\u2019il y ait trois partis où il se rencontre deux Ru-thènes.Mais il n\u2019était plus guère question de l\u2019Église indépendante projetée par les prêtres rebelles, ni de SEPTEMBRE 1947 passage en masse au protestantisme.Les retours par dizaines étaient nombreux.Les premiers Basiliens avaient souffert de se trouver ici dépaysés à leur arrivée.Le P.Filias en avait fait l\u2019expérience.Pour y remédier, en 1909, il envoya trois de ses religieux faire leur théologie au Grand Séminaire de Montréal: l\u2019un devait devenir Mgr Ladyka.En se repliant sur Winnipeg et Mundare, les Basiliens purent faire un travail plus intense.A son arrivée, Mgr Budka les y trouvait solidement installés: leur influence bienfaisante, mais insuffisante, rayonnait sur les environs.Des prêtres séculiers ruthènes prêtèrent un concours transitoire.Basiliens, rédemptoristes et prêtres séculiers insistaient depuis longtemps sur la nécessité d\u2019un journal ruthène catholique: en 1912, ce journal venait d\u2019être fondé à l\u2019œuvre de presse catholique de Winnipeg quand fut nommé un évêque ruthène canadien.NOMINATION D\u2019UN ÉVÊQUE RUTHÈNE Depuis 1908, les quelque 300,000 Ruthènes des États-Unis avaient leur évêque.On prétendait, vers le même temps, que le Canada en comptait près de 200,000, et que la nomination d\u2019un évêque oriental s\u2019imposait.Tous les missionnaires en avaient fait la demande, et leur désir presque unanime se portait sur le P.Filas, l\u2019homme préféré aussi de Mgr Langevin.Mais celui-ci savait les influences qui pesaient contre lui à Rome.Il craignait le choix d\u2019un homme qui ne partagerait pas ses manières de voir au sujet d\u2019un clergé célibataire et du recrutement d\u2019un clergé d\u2019origine latine.Dès que la création du siège fut décidée en principe, il cessa d\u2019accepter les candidatures de jeunes clercs canadiens pour nos missions ukrainiennes.Soulignons, parmi ces candidatures, celle de Mgr Lapierre, devenu depuis évêque en Mandchourie.Cette propagande, suspendue alors, ne fut jamais reprise, ni chez les religieux, ni chez les séculiers.VERS LA CITÉ NOUVELLE L\u2019URBANISME AMÉRICAIN VU PAR UN FRANÇAIS Maurice BARRET DE BEAUFORT DES CONSIDÉRATIONS sur les phénomènes de population sont indispensables pour quiconque veut brosser, même rapidement, le tableau de l\u2019urbanisme aux États-Unis.Tandis que la courbe de croissance de l\u2019Europe s\u2019était établie étape par étape sur l\u2019échelle des siècles, tandis que la ville du moyen âge contenait déjà dans sa constitution l\u2019essentiel de la ville future, les États-Unis, isolés à leur début des grands courants de la civilisation, franchissaient l\u2019étape du ruralisme primitif et bondissaient dans l\u2019urbanisation en moins d\u2019un siècle et demi.281 LA VILLE AMÉRICAINE, SOUS-PRODUIT DE LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE Il y a une centaine d\u2019années, en effet, il n\u2019y avait que trois villes américaines avec une population supérieure à 100,000 habitants.En 1939 on en comptait 93 (sans mentionner 5 grands centres de plus de 1 million).Le degré de concentration de la population peut s\u2019établir ainsi: ces 93 villes occupent seulement y % du sol national et absorbent à elles seules 45% du total de la population.Si l\u2019urbanisation peut être considérée comme la mesure de la maturité d\u2019une nation, alors disons que les États-Unis ne sont plus des adolescents.La caractéristique unique de leur croissance, c\u2019est d\u2019avoir marché de pair avec l\u2019industrialisme naissant: « la révolution industrielle » s\u2019est intégrée avec violence dans le développement urbain.La ville européenne, avec sa structure propre, existait avant l\u2019apparition du chemin de fer, alors que la ville américaine en est en quelque sorte un sous-produit.Voici quelques chiffres révélateurs de ce fait: 73% du total du trafic des chemins de fer se termine dans les centres urbains.Entre les douze grandes villes du pays circule la moitié du total des voyageurs, et un centre comme Chicago doit sa prodigieuse extension à la convergence de multiples voies ferrées.ce qu\u2019on voit d\u2019un avion Ces constatations faites, prenons un avion et survolons le territoire américain.Dans son immensité (les régions montagneuses mises à part), il pourrait être comparé à une feuille de papier quadrillé à grande échelle, le grand quadrillage formant la trame des routes nationales.Sur cette trame se superpose aux points fatidiques de rencontre celle des villes répétant à une échelle plus petite le même quadrillage.Cette trame urbaine est toujours la même et semble même être indépendante de la topographie du sol.Il résulte de l\u2019ensemble une réelle monotonie.atténuée partiellement par la beauté de la nature et du paysage.Survolons la ville de plus près.Les rectangles ou blocs de cette trame nous apparaissent comme recouverts de structures aux formes et aux dimensions différentes.C\u2019est très rarement qu\u2019on découvre une organisation cellulaire s\u2019exprimant en un groupement harmonieux.D\u2019autres rectangles sont vacants, d\u2019autres forment des espaces libres ou des parcs, d\u2019autres sont utilités par l\u2019industrie, etc.Le centre des villes représente le cœur commercial.C\u2019est là que les gratte-ciel ont poussé, s\u2019affrontant les uns les autres et laissant autour d\u2019eux un assemblage chaotique de constructions basses dont beaucoup tombent en décrépitude.On dirait que les gratte-ciel ont vidé les alentours de leur substance vitale.Les dimensions de ce centre commercial varient suivant l\u2019importance de la ville, et sur les bords de son périmètre commence le magma des manufactures, des ateliers et la zone classique des taudis.Enfin une autre zone se révèle, c\u2019est celle des résidences uniformément alignées le long des voies de circulation ; puis d\u2019autres tentacules apparaissent, celles des banlieues avec leurs espaces verts; puis on aperçoit les agglomérations satellites et finalement l\u2019immensité de l\u2019espace.Voilà, brièvement résumées, les impressions que nous avons^ ressenties en survolant les agglomérations urbaines des États-Unis.Elles concordent d\u2019ailleurs avec celles exprimées par les urbanistes américains eux-mêmes (voir à cet égard l\u2019intéressant ouvrage Out Cities).VUE DE DÉTAIL Si on pénètre dans ces villes par la route, un autre kaléidoscope d\u2019images s\u2019offre à nous.Voici le Business center avec le feu d\u2019artifices de ses enseignes lumineuses, voici les casernes des gratte-ciel bordant les rues étroites, créant comme à Wall Street l\u2019image saisissante de la « rue canyon »., vision digne de l\u2019enfer de Dante! Voici d\u2019autres gratte-ciel plus petits: ce sont les hôtels.Voici les rues avec le fleuve humain mêlé au fleuve de la circulation motrice.Puis, à cinq minutes de ce centre, on tombe dans le désordre de structures multiples; les unes sont neuves, les autres sont dilapidées: c\u2019est la mixture d\u2019ateliers, entrepôts, magasins, garages, terrains vagues, etc., où viennent s\u2019entremêler des maisons de rapport de quatre étages, des hôtels meublés (:rooming houses), des taudis.Tout le secret de ce désordre tient dans le fait que le sol appartient à de riches spéculateurs attendant, dans leur tranquillité dorée, que la ville s\u2019agrandisse et que d\u2019autres gratte-ciel viennent s\u2019édifier sur les terrains stratégiques qu\u2019ils possèdent, apportant ainsi à ce sol en jachère urbaine des plus-values créatrices de fortunes instantanées.C\u2019est un fait que l\u2019inflation du prix du sol est telle que toute tentative de reconstruction du cœur des villes se heurte à ce problème numéro un.Il y a, toutes proportions gardées, plus de spéculation sur les terrains qu\u2019à la bourse de Wall Street.Si un désordre similaire existe dans les villes européennes, c\u2019est à une tout autre échelle.N\u2019oublions pas que leurs ensembles monumentaux, produits de « l\u2019art urbain », proviennent d\u2019une culture plus mûrie et d\u2019une stabilisation des valeurs (contrôle des services publics, sens civique des municipalités, permanence des traditions, etc.).Examinons maintenant comment les urbanistes américains essaient de remédier au gaspillage et au chaos des agglomérations urbaines.Tout d\u2019abord il n\u2019y a pas de pouvoir central faisant office de réglementation en matière d\u2019urbanisme; chacun des quarante-huit états de l\u2019Union est indépendant du pouvoir fédéral de Washington.Aucune législation n\u2019existant réellement pour réglementer le développement des villes, et encore moins pour en prévoir l\u2019organisation, c\u2019est l\u2019initiative privée qui, sous diverses formes, a provoqué un mouvement qui s\u2019est rapidement généralisé.UN URBANISME D\u2019INITIATIVE PRIVÉE Des esprits cultivés,^ professeurs d\u2019universités, avocats, etc., jouissent aux États-Unis d\u2019une grande influence, grâce au système des clubs.Ils forment, avec des hommes d\u2019affaires éclairés et grâce à leurs ressources, de puissantes associations de propagande, dont le but est d\u2019agir d\u2019abord sur l\u2019opinion publique, puis par cette dernière sur les pouvoirs publics.L\u2019association fait de gros efforts pour présenter des plans et des projets, organise des congrès, expositions, campagnes de presse, et obtient des subventions des villes ou de l\u2019État pour ensuite faire légaliser l\u2019effort initial par des textes législatifs.Cette manière de procéder donne des résultats irréguliers qui dans certaines villes se traduisent par la création de parcs, dans d\u2019autres par la démolition de taudis, dans d\u2019autres encore par la création de véritables plans d\u2019aménagement et d\u2019extension, voire même de plans régionaux.Partout les méthodes pour l\u2019analyse des villes révèlent une technique très poussée.C\u2019est là un des traits de l\u2019urbanisme américain, d\u2019aller à fond dans les détails et d\u2019accumuler des masses impressionnantes de statistiques.La ville, dans son aspect total, semble être passée sous un microscope.Les problèmes de population, transport, logement, récréation, sont inventoriés.A cela viennent s\u2019ajouter des analyses subtiles sur les importantes questions: industrie, commerce, 282 RELATIONS milieux de travail.Toute cette enquête est couronnée par des considérations sociales et économiques.Les résultats de toutes ces recherches sont classés, catalogués, et présentés dans des publications multiples, souvent somptueuses.La mise en application des décisions s\u2019avère plus difficile.Néanmoins, divers points sont désormais acquis et peuvent s\u2019inscrire comme étant une réelle contribution de l\u2019urbanisme américain.Ce sont les architectes paysagistes qui commencèrent pratiquement la lutte contre le chaos urbain.L\u2019un d\u2019eux, Frédérick Law Olmstead, traça en 1857 le plan de Central Park à New-York.Cette réserve naturelle, au centre même d\u2019une ville sans arbres, déclencha un mouvement qui se généralisa.Philadelphie, Saint-Louis, Boston, etc., établirent leurs parcs, se différenciant des parcs européens en ce sens « qu\u2019ils étaient réellement un morceau de nature transplanté dans la ville » et non pas « un jardin fleuri au dessin géométrique », comme l\u2019a fait remarquer Lewis Mumford.Dès 1870, Olmstead avait défini tous les éléments inhérents à un problème d\u2019urbanisme en imaginant son programme de « parcs ».Après le succès d\u2019Olmstead à l\u2019Exposition universelle de Chicago, en 1893, on peut dire qu\u2019une tradition essentiellement américaine venait d\u2019être définitivement établie.LE (( PARK SYSTEM » Cette tradition, c'est le park system.C\u2019est dans ce « système de parcs », que chaque ville petite ou grande s\u2019enorgueillit de posséder, que se situent les réserves vertes de la ville.C\u2019est là que se pratiquent tous les sports (tennis, équitation, golf, etc.).Tout est aussi prévu pour ceux qui se contentent de la marche ou du pique-nique (tables de bois, fourneaux de pierres).C\u2019est vraiment la nature réintégrée dans la ville.Le park system devait enfanter une autre réalisation qui, en face de l\u2019extrême gravité des problèmes de circulation automobile, demeure un appoint essentiel de l\u2019urbanisme contemporain: le parkway est né.C\u2019est une route essentiellement réservée à la circulation automobile (poids lourds et camions exclus), mais elle diffère de l\u2019autostrade en ce sens qu\u2019elle est intégrée dans le système de parcs, s\u2019adapte à sa topographie et en révèle toutes les beautés paysagistes.De plus, le parkway prend naissance dans la ville: il constitue un ruban circulatoire ayant ses deux rives protégées dans les zones de verdure.Les habitations riveraines sont construites au delà des espaces verts: la tyrannie de la rue « véritable corridor », avec ses deux parois de maisons, est enfin abolie.Le parkway peut ceinturer la ville, mais déjà des tronçons y pénètrent, annonçant de ce fait les nouvelles délimitations des unités de résidence.« l\u2019unité de voisinage » Le troisième appoint de l\u2019urbanisme américain, c\u2019est la création du neighbourhood unit ou « unité de voisinage ».C\u2019est dans le plan régional de New-York que Clarence A.Perry découvrit cette unité fondamentale de l\u2019urbanisme: cellule sociale avec, en son centre, l\u2019école.Tout en étant cas d\u2019espèce et de géographie urbaine, le neighbourhood unit varie entre 3,000 à 10,000 habitants, lesquels doivent trouver dans les vertes frontières de leur « unité de voisinage » les magasins, les boutiques et les facilités pour leur développement physique et spirituel.C\u2019est au sein de cette unité que l\u2019urbaniste s\u2019efforcera d\u2019obtenir un groupement harmonieux de l\u2019espace et des constructions.L\u2019assemblage hiérarchisé des « unités de voisinage » constitue la ville nouvelle.A l\u2019éche- lon fédéral, un grand effort fut entrepris de 1933 à 1943.Ce fut la création du National Resources Planning Board, sorte d\u2019esquisse des ressources du continent américain, avec l\u2019amorce d\u2019un plan national d\u2019aménagement du territoire.L\u2019une des agences fédérales fut investie du pouvoir de s\u2019attaquer à un grand problème régional.La Tennessee Valley Authority est l\u2019exemple de ce qu\u2019une démocratie peut entreprendre quand elle conjugue ses forces et les possibilités techniques du xxe siècle dans un cadre géographique : aménagement d\u2019un territoire aussi grand que les trois quarts de l\u2019Angleterre, exploitation des ressources, conservation du sol et des eaux, construction de barrages, reboisement et création de parcs, utilisation planifiée des ressources naturelles.Comme l\u2019expriment les urbanistes de la T.V.A., les citoyens doivent participer à l\u2019élaboration des plans et y avoir des responsabilités définies, si l\u2019on veut que le plan d\u2019aménagement soit considéré comme le leur et mérite leur appui constant.C\u2019est cette conclusion sociale qui résume les préoccupations essentielles de l\u2019urbanisme américain.Ce bref résumé ne saurait tout contenir, mais, depuis mon retour à Paris, mes voyages en U.S.A.ont été filtrés au travers des problèmes européens, et je ne crois pas que la France en particulier se reconstruira suivant les méthodes américaines.l\u2019urbanisme et la reconstruction française En effet, les problèmes de l\u2019urbanisme français sont fonction d\u2019un ensemble de traditions qu\u2019il serait difficile de méconnaître.Parmi celles-ci, il faut citer tout d\u2019abord l\u2019attachement ancestral du petit propriétaire à sa parcelle de terrain.Ceci est primordial et explique pourquoi, dans les parties bombardées d\u2019une ville, on voit ressurgir instantanément tout le vieux cadastre des rues et des parcelles.Le ministère de la Reconstruction et de l\u2019Urbanisme a fait de grands efforts pour essayer de « remembrer » ce sol fragmenté.Un progrès dans cette direction semble acquis, mais comme la loi « conseille » le remembrement, sans y obliger les sinistrés en les expulsant du lieu où ils étaient, il en résulte que presque tous les plans d\u2019urbanisme français sont du rafistolage sans grande envergure.Une autre raison de la timidité de l\u2019urbanisme français provient des urbanistes eux-mêmes.En effet, il fallait trouver environ sept cents urbanistes pour assurer les plans de reconstruction.Inutile de dire que la plupart, sinon tous, sont avant tout des architectes pour lesquels l\u2019urbanisme n\u2019est point une science sociale, mais de la composition architecturale à « grande échelle ».C\u2019est dire que la plupart des plans sont atteints d\u2019une maladie de fausse grandeur s\u2019exprimant sous forme de ronds-points, d\u2019axes, de diagonales, de grandes places, de boulevards, etc.Au travers de tout cela on retrouve l\u2019influence d\u2019Haussmann et celle dégénérée de la grandeur « royale » de Versailles.Il y aurait bien d\u2019autres choses à dire sur l\u2019urbanisme français en rapport avec l\u2019urbanisme nord-américain.Rappelons seulement que le principe de « l\u2019unité de voisinage » n\u2019y est pas appliqué, pas plus d\u2019ailleurs que celui du park system ou du parkway.Ajoutons, pour terminer, que les villes françaises se reconstruiront lentement et avec goût; mais le goût n\u2019est pas suffisant pour créer la nouvelle structure urbaine que les techniques du xxe siècle autorisent.La ville en tant que groupement d\u2019humains leur permettant le libre épanouissement de leur personnalité physique, morale et spirituelle, est encore un rêve.que les innombrables destructions de cette guerre n\u2019auront pas fait éclore.SEPTEMBRE 1947 S83 TÉMOIGNAGES CLIMAT CHRÉTIEN A L\u2019USINE M.DAGALLIER L\u2019auteur, industriel français, membre d\u2019un groupe d\u2019Action catholique des Industriels (A.C./.), a livré ce témoignage, sous forme de causerie, au congrès du mouvement, en décembre dernier.Ce texte, si riche d\u2019expérience humaine, sera complété dans la prochaine livraison de la revue.(N.D.L.R.) ON ME DEMANDE de vous donner le témoignage de l\u2019influence de l\u2019A.C.I.(Action catholique des Industriels) dans ma vie d\u2019industriel.Je me présente et je vous présente mon industrie.Je suis directeur général d\u2019une société de constructions mécaniques qui emploie 1,400 personnes, dont 900 à 950 ouvriers.Nous construisons des machines hydrauliques: turbines, vannes, équipements de barrage.Comme industrie mécanique, nous n\u2019avons rien de spécial.Notre production est proportionnée à l\u2019importance de notre personnel.A côté de cette usine de constructions mécaniques, une chose assez particulière: un laboratoire de recherches au point de vue hydraulique en général.Ce laboratoire consiste à étudier sur de petits modèles, sur lesquels on fait couler de l\u2019eau, ce qui se passe, et à en déduire ce qui doit se passer dans la réalité.C\u2019est une science extrêmement difficile: nous appliquons la loi de la similitude mécanique.D\u2019où, pour notre industrie, une organisation un peu particulière.Nous avons, dans cette station de recherches, une proportion importante d\u2019ingénieurs: 60 ingénieurs, 60 techniciens, 60 ouvriers.Pour situer les choses, cette station est la deuxième du monde en importance.La première, aux États-Unis, occupe 2,000 personnes; ensuite, viennent des usines valant un dixième de la nôtre, soit en Europe, soit en Amérique.La base de notre organisation est la suivante: quelques ingénieurs très éminents.Cette section scientifique est largement conseillée par tous les services techniques de l\u2019usine: soit service technique de construction du matériel hydraulique, soit les équipes qui s\u2019amusent sur les petits modèles, soit celles qui cherchent la construction des prototypes, car nous cherchons à développer la construction du matériel nouveau.L\u2019organisation de ce bureau d\u2019ingénieurs-conseils à l\u2019intérieur de l\u2019usine nous a obligés à développer beaucoup l\u2019esprit d\u2019équipe.Ce sont des équipes qui étudient les modèles, qui construisent les prototypes, qui sont leur conseil.Il faut un esprit d\u2019équipe parce qu\u2019il faut une confiance totale avec ceux qui travaillent, avec ceux qui construisent les modèles et ceux qui vont donner les conseils.Il ne faut pas que ceux-ci volent les idées de ceux qui viennent se faire appuyer pour tel ou tel problème technique.Nous avons attaché un soin tout particulier à la formation de ces équipes et au maintien de l\u2019esprit d\u2019équipe.Je crois pouvoir dire que c\u2019est déjà un début d\u2019esprit chrétien, une certaine expérience de christianisation dans une entreprise.Pour donner la physionomie, je dirai que l\u2019équipe de direction est composée: du président directeur, de moi-même, directeur général, de l\u2019ingénieur en chef, et du secrétaire général, tous quatre militants d\u2019Action catholique.Nous avons dans le personnel ingénieur de nombreux militants: à peu près la valeur d\u2019une équipe et demie.Il n\u2019y a jamais eu de contact officiel entre nous sur le plan A.C.à l\u2019intérieur de l\u2019usine; nous savons que nous existons réciproquement.D\u2019où un climat de confiance tout à fait particulier, très profond.Nous savons que, quand nous disons quelque chose, cela est vrai, que nous ne dissimulons pas, et cela sans qu\u2019il y ait eu un mot d\u2019ordre.Je crois pouvoir dire que ceci a joué considérablement dans l\u2019évolution de l\u2019usine.l\u2019esprit de justice Quelle est cette évolution que l\u2019A.C.I.nous a amenés à faire dans ces dernières années ?\u2014 Cela nous a amenés à considérer l\u2019importance de la justice.L\u2019esprit de justice à développer, c\u2019est la première chose.Si nous ne sommes pas justes, nous pouvons être aussi charitables que nous voudrons, jamais nous n\u2019établirons un climat de confiance, un esprit de paix dans une entreprise.Soyons donc justes vis-à-vis des gens! Un fait: un ouvrier avait été l\u2019objet d\u2019une sanction voilà des années, alors qu\u2019il était fautif, mais pas seul fautif: l\u2019ordre donné n\u2019était ni précis ni complet.Cet ouvrier a descendu tous les échelons de la dégradation: d\u2019ouvrier professionnel, de chef de service, il est devenu balayeur.Dégradation parallèle dans son foyer d\u2019honnête homme: de brave homme qu\u2019il était il est devenu ivrogne, il battait sa femme.Le jour où, plusieurs années après, l\u2019on a reconnu l\u2019erreur et rétabli les choses, on lui a demandé pardon de l\u2019injustice commise, on lui a offert un premier poste, et il est remonté en sens contraire, aussi bien sur le plan de l\u2019usine que sur le plan de sa vie personnelle.La justice est une des choses dont je suis le plus convaincu et préoccupé.Je suis très frappé du fait que, dans un village où l\u2019on crée une industrie, on crée la démoralisation du village.On attache à l\u2019industrie quelque chose qui corrompt.Je vais plus loin: suivant les conditions,matérielles du travail, la déchristianisation est de plus en plus profonde.Dans les industries où règne une certaine justice, où les conditions du travail sont bonnes, la déchristianisation est moins poussée.Dans certains cas on arrive à des déchristianisations effroyables.Je crois qu\u2019il y a un lien direct entre les conditions matérielles de vie de nos hommes et leur degré de déchristianisation.Ceci, je le dis très fort, parce que nous devons permettre la rechristianisation de ces milieux.Justice dans l\u2019application des conventions aussi.Depuis 1936 on a fait des conventions collectives, des accords particuliers entre syndicats, par exemple.Il ne faut pas avoir l\u2019esprit de « gratter le centime ».Quand on a cédé quelque chose, on le regrette parfois, mais il faut en faire son deuil, verser son dû, appliquer loyalement les conventions.Un détail: au moment des rappels de salaires, après trois mois, est-ce que nous ne nous sommes pas souvent posé la question de savoir si nous devions le verser à ceux qui avaient quitté le travail ?C\u2019est un détail, mais cela traduit un esprit, c\u2019est grave.Un détail encore: l\u2019été dernier, les congés des jeunes ont été augmentés.J\u2019étais absent de l\u2019usine.Les jeunes de la J.O.C.sont venus à la direction demander qu\u2019on leur applique cette réglementation.On a hésité; pendant trois ou quatre jours on les a fait traîner en disant: « Nous attendons des instructions; nous avons bien vu cela dans les journaux, mais ce n\u2019est pas confirmé.» On s\u2019accrochait peut-être au fait que ce ne serait pas pour cette année.En fait, nous savions que c\u2019était vrai, et nous avons attendu.Ceci a diminué la confiance des Jocistes envers la 284 RELATIONS direction: pour eux, c\u2019était juste; et tout ce qui porte atteinte à la justice les heurte et les blesse profondément.LA DIGNITÉ, LE SENS DE L\u2019HOMME Deuxième point sur lequel l\u2019A.C.spécialisée nous a transformés: la dignité l\u2019homme, le sens de l\u2019homme.En effet, on s\u2019intéresse à son personnel, à pas mal de gens.Nous avons de la peine à imaginer qu\u2019ils sont comme nous, qu\u2019ils ont une vie sentimentale, une vie de famille.Considérons-les d\u2019abord comme des hommes, des hommes qui nous valent.Ayons l\u2019idée qu\u2019ils nous valent, et nous trouverons souvent chez eux, si nous partons de cette idée et si nous arrivons à les mettre en confiance, des exemples qui nous surprendront.Ils nous apporteront des choses intéressantes sur les questions qui les touchent.Ils nous étonneront souvent par des remarques pertinentes.Dignité de l\u2019homme.Penser qu\u2019ils ont aussi une âme et les recevoir comme cela: c\u2019est encore la spiritualité de l\u2019A.C.qui nous demande de prolonger en nous la Rédemption et l\u2019Incarnation du Christ.Penser que cet homme qui entre dans notre bureau, c\u2019est le Christ, et que le Christ qui est en nous retrouve le Christ qui est en eux, cela change.Nous ne les considérerons plus alors de la même façon.Nous les respecterons, nous les aimerons.Penser que c\u2019est une âme où Dieu habite, devrait habiter ou pourrait habiter, et que nous, nous pouvons quelque chose, et que tout notre comportement humain va pouvoir aider à cette arrivée de Dieu en eux: là aussi cela change parfaitement notre attitude à leur égard.C\u2019est cette considération de la dignité de l\u2019homme, de son respect, de son amour dans la charité du Christ, qui nous dégage peu à peu du paternalisme.On a de la peine à se dégager du paternalisme; on a tellement été habitué par l\u2019atavisme.Il faut s\u2019en dégager; jamais nous ne ferons assez d\u2019efforts pour cela.Ce respect des hommes, cet amour doit nous amener à un grand souci de leur éducation, à tous les échelons.ÉDUCATION DES APPRENTIS ET APPRENTISSAGE DES OUVRIERS MANŒUVRES Chacun doit envisager le fait de l\u2019apprentissage, surtout à l\u2019heure actuelle.Nous n\u2019avons pas le droit d\u2019abandonner sans combat l\u2019apprentissage à l\u2019enseignement technique.__ Je le dis comme je le pense, parce que les écoles de l\u2019État sont celles où la déchristianisation et la haine de Dieu sont le plus poussées.Nous ne devons pas laisser complètement l\u2019apprentissage à l\u2019État.Je tiens à attirer votre attention sur notre responsabilité en ce point.Vous êtes-vous jamais demandé ce que peut être l\u2019espérance d\u2019un homme qui est au salaire minimum, qui n\u2019a comme ambition que de rester toute sa vie au salaire minimum?Sentez-vous ce qu\u2019il y a de désespérant de rester au salaire minimum?de ne jamais rien avoir au-dessus de l\u2019indispensable pour exister ?Le jour où on réalise ce que peut être la vie, l\u2019enfer de la vie de cet homme, on est bouleversé.On pense qu\u2019il faut changer quelque chose, et qu\u2019on peut faire quelque chose.On peut essayer de faire monter cet homme.On peut donner à tous ceux qui le peuvent l\u2019occasion de monter.Nous avons eu ces préoccupations et nous avons cherché ce que la formation ouvrière pouvait apporter d\u2019espérance.Nous avons, en quelques semaines, réussi à transformer en bons ouvriers professionnels de la mécanique des manœuvres de vingt et trente années.Six mois on s\u2019est occupé d\u2019eux spécialement: trois mois de cours en dehors de l\u2019atelier, trois mois dans une équipe spécialisée faisant déjà du travail pour la production: au bout des six mois, on a d\u2019excellents professionnels.Ce que nous avons fait dans la mécanique pourrait s\u2019étendre à beaucoup d\u2019autres professions.SEPTEMBRE 1947 ENSEIGNEMENT ENCORE Il n\u2019y a pas seulement les ouvriers.Développant notre expérience, nous avons permis aux dessinateurs, aux ingénieurs, de monter, de grandir, en instituant des cours sur les matières de leur compétence, des cours à plusieurs degrés, si bien que ceux qui veulent peuvent progresser.Il y a un effort continu, qui se maintient, surtout par les conditions difficiles de notre industrie.Même pour les ingénieurs un peu supérieurs, il y a les séminaires, séances où ils mettent en commun leurs travaux, les recherches, les solutions trouvées à certains problèmes.Nous avons pu y associer des professeurs d\u2019université.Je vois encore un ingénieur, à une séance commune avec des professeurs, suivant une séance où un professeur d\u2019université avait fait une démonstration d\u2019une solution d\u2019équation difficile.Notre ingénieur a transformé le problème et réussi à le résoudre en quelques minutes.METTRE CHACUN À SA PLACE Nous avons des collaborateurs dont nous sommes contents, d\u2019autres pas contents.Je suis convaincu qu\u2019on peut trouver pour chacun la place providentielle, qui existe et qui vaut la peine d\u2019être cherchée.Je me souviens d\u2019un brave garçon qu\u2019on avait changé de service, de façon à lui permettre de monter.Petit employé aux écritures, il était passé à la station d\u2019essai, avec un rôle pour devenir chef d\u2019équipe.Un jour son chef m\u2019arrive: « Monsieur, je sais que vous vous intéressez à un tel, je vous demande de le renvoyer.Il fait le contraire de ce qu\u2019on lui ordonne.» Je me dis: il doit y avoir quelque chose d\u2019étrange là-dessous, et je demandai de me l\u2019envoyer: « Cela ne va donc pas avec votre chef ?Il paraît que vous faites le contraire de ce qu\u2019on vous demande ?\u2014 Monsieur, je ne sais pas ce qui se passe, mais je ne comprends pas les ordres qu\u2019on me donne.M.Y.parle trop vite, je n\u2019ose pas faire répéter.Alors, je fais ce que je peux.» C\u2019était tragique.Il fallait le renvoyer: on ne pouvait plus vivre ensemble.J\u2019ai rappelé le chef de service: « Voulez-vous faire l\u2019essai loyal de lui expliquer lentement et complètement ce que vous attendez de lui?Je vous donne un mois au maximum; si cela ne va pas mieux, on le renverra.» Huit jours après, il est venu me demander de l\u2019avancement pour lui: « Jamais je n\u2019ai eu de collaborateur comme cela! » Vous voyez qu\u2019en se penchant sur l\u2019homme avec charité et amour on arrive à des prodiges.L\u2019ACCUEIL AUX ARRIVANTS Je note une chose dont on nous a dit un mot au Carrefour de l\u2019Entreprise : c\u2019est l\u2019accueil aux arrivants, qui se fait dans quelques usines, qui n\u2019est pas encore généralisé et qui aurait grand avantage à l\u2019être.Nous avons une usine où il y a fonderie, atelier de mécanique et station d\u2019essai; nous nous efforçons de promener ceux qui arrivent dans ces différents ateliers pour connaître dans quel ensemble ils seront insérés.Cela paraît très simple, cela les étonne toujours; cela les fait entrer dans un esprit tout autre que celui où ils entreraient s\u2019ils étaient le n° 24 qu\u2019on envoie à tous les contremaîtres.Par ce souci de la justice, de la dignité de l\u2019homme, on arrive à créer un climat de confiance, un climat humain d\u2019abord et un climat chrétien.Il me semble que je peux en donner dans notre entreprise quelques témoignages.Ce que je vous dis est très simple, très modeste.Ces témoignages, je vais les prendre sur le plan de notre comité d\u2019entreprise.285 Je peux me tromper, mais il me semble qu\u2019il y a quelque chose de profond.Dans notre Comité social d\u2019abord, Comité d\u2019Entreprise ensuite, nous avons cherché à développer les responsabilités et nous avons confié systématiquement au personnel toutes les responsabilités qu\u2019il pouvait assumer, au fur et à mesure qu\u2019il le pouvait.Notre Comité n\u2019est pas meilleur que d\u2019autres.Pourtant oui, en ce sens que la proportion d\u2019ingénieurs y est notable, et que les ingénieurs de groupes catholiques ont joué le jeu à fond de s\u2019intéresser au fonctionnement du Comité.Quelques faits: au mois de février dernier, nous avions un renouvellement du Comité d\u2019Entreprise.Le délégué syn- dical de l\u2019usine, garçon intelligent, communiste, mais qui juge tout en fonction des instructions reçues du parti, a eu deux voix.Le délégué syndical adjoint, qui juge bien mais qui, quand il a jugé, place l\u2019intérêt de l\u2019usine avant les instructions reçues, a eu l\u2019unanimité.Nous avons été très étonnés; nous nous sommes renseignés.De plusieurs côtés vint le témoignage que c\u2019était voulu et que, au Comité d\u2019Entreprise, c\u2019était bien l\u2019intérêt de l\u2019usine qui doit jouer et non l\u2019intérêt du parti.J\u2019attribue cela pour une large part au climat de confiance qui existe chez nous.(.L\u2019exposé de cette saisissante expérience patronale sera complété dans la prochaine livraison.) RENOUVEAU CHRÉTIEN DE LA FRANCE I.\u2014 SON ÉLITE INTELLECTUELLE Pierre DRUJON, S.J.( RANDEUR et misère », l\u2019antithèse que Pascal a mise I j en vive lumière chez l\u2019homme, vaut de façon toute V\u201c>* particulière pour la France entière, patrie de ce grand penseur chrétien.La France est depuis bien des années l\u2019objet de jugements contradictoires: les témoignages de sa décadence, de sa déchristianisation abondent, cependant qu\u2019on célèbre son réveil religieux, la montée de ses élites et leur rayonnement.Qui donc ment à la réalité ?Personne: car en fait existent simultanément dans ce pays complexe, déconcertant, ce double mouvement de chute et d\u2019ascension puissantes.Aucun des deux mouvements ne doit nous masquer l\u2019autre.En l\u2019occurrence, pessimisme et optimisme acceptés séparément sont également trompeurs.Mais, ceci dit, il n\u2019est pas défendu d\u2019animer son espoir en considérant la vérité encourageante, \u2014 à condition de ne pas méconnaître la contre-partie.C\u2019est ce que nous voudrions faire en jetant un coup d\u2019œil sur l\u2019élite intellectuelle de la France contemporaine.Il y a certainement peu de faits plus nets dans l\u2019histoire des idées en ce dernier siècle.A comparer la situation telle qu\u2019elle se présentait, il y a cinquante et cent ans, avec le spectacle que nous offrent aujourd\u2019hui les milieux intellectuels adultes et la jeunesse étudiante de ce pays, nul ne peut manquer d\u2019être stupéfait: un étonnant redressement spirituel et religieux s\u2019est opéré.Tournons-nous d\u2019abord vers les adultes.Aux alentours de 1880, l'élite qui représente la pensée française est presque totalement incroyante.Le corps médical est des plus gravement atteints: à cette date, un seul médecin des hôpitaux de Paris faisait, dit-on, publiquement ses pâques.L\u2019enseignement de la Faculté était nettement matérialiste: Charcot, Brocat, Claude Bernard servaient de patrons à l\u2019anticléricalisme.Les penseurs en vue, historiens, philosophes et savants, les Taine, les Renan, les Renouvier, les Berthelot, sont persuadés que les jours du christianisme sont comptés; déjà, en 1857, Renan avait écrit: « Ce n\u2019est pas d\u2019un raisonnement, mais de tout l\u2019ensemble des sciences modernes que sort cet immense résultat: il n\u2019y a pas de surnaturel »; et Berthelot, en 1885, lui fait écho en ces termes: «Le monde est aujourd\u2019hui sans mystère.La conception rationnelle prétend tout éclairer et tout comprendre.C\u2019est par la connaissance des lois physiques que la Science a renouvelé la conception du monde et qu\u2019elle a renversé sans retour la notion du miracle et du surnaturel.» Il y a bien, à cette époque, Pasteur.Mais la « foi du charbonnier » dont il a fait l\u2019éloge ne trahit-elle pas un grave divorce entre la pensée et la Foi?Une ignorance réciproque existe entre l\u2019une et l\u2019autre, ainsi que nous le constatons chez Lachelier, dont la vie religieuse s\u2019associe à une philosophie conduisant logiquement à l\u2019athéisme.En fait on ne s\u2019intéresse même plus au problème religieux.Celui-ci a perdu droit de cité en Sorbonne.Et le 4 juin 1890, la thèse de Léon Ollé-Laprune sur la Certitude morale fait scandale, au point que le président du jury en abrège la soutenance.Quelques années plus tard, Maurice Blondel aura bien du mal à faire lui-même accepter sa thèse de Y Action, dont l\u2019inspiration religieuse paraît inconciliable avec une philosophie digne de ce nom.Un tel état d\u2019esprit se trahit d\u2019ailleurs au travers du langage.Dans une enquête sur La jeunesse d'aujourd\u2019hui, publiée en 1910, Robert Valery-Radot faisait observer « la coquetterie » que mettait la génération précédente, même croyante, à laïciser son vocabulaire.« Jamais, dit-il, elle n\u2019eût employé le mot de charité dans le sens intégral de saint Paul; elle préférait tourner autour avec des à peu près comme sentiment social, solidarité, amour., elle dissimulait le vrai Dieu sous des nuées qui ne le laissaient plus paraître.: elle disait l\u2019Idéal, le Divin, le Progrès, etc.» Ce qui aggrave la situation, c\u2019est qu\u2019en face, de la part des clercs, la réponse se manifeste terriblement insuffisante.Les ecclésiastiques, trop souvent formés par des méthodes archaïques, se trouvent dépassés, et leurs réactions trahissent de la hargne, à défaut de compétence.La crise moderniste qui se prépare sera bientôt le fruit amer de cette insuffisance de culture.Il n\u2019est pas dans notre objet de retracer l\u2019histoire de la prodigieuse remontée dont nous constatons aujourd\u2019hui les résultats.Les étapes qui la partagent et les grands noms qui la jalonnent sont présents à toutes les mémoires.Aussi bien parmi les prêtres que parmi les laïcs, un effort immense a été fourni.Il a rendu aux chrétiens, dans l\u2019élite intellectuelle de la France, une place importante, pour ne pas dire prépondérante.Aujourd\u2019hui à Paris \u2014 quelle différence avec 1880! \u2014 une centaine de médecins des hôpitaux et bon nombre de professeurs de la Faculté sont des chrétiens pratiquant sans ostentation, mais sans respect humain.Un Jean Camus, professeur de physiologie, père de douze enfants, faisait récemment applaudir à l\u2019amphithéâtre sa 286 RELATIONS foi en l\u2019âme immortelle; et telle leçon inaugurale de la chaire d\u2019obstétrique rendait hommage au respect de la vie, marqué par le christianisme.Non seulement dans tous les lycées de l\u2019État se trouve un noyau de professeurs catholiques profondément convaincus, mais dans les Universités \u2014 et en proportion sans cesse croissante.Au Droit, ils sont une majorité.En philosophie, les noms de Gilson, Maritain, G.Marcel, G.Lacroix, Em.Mounier, J.Guitton, Madinier, Lachieze Rey, Forest, et plusieurs autres, suffisent à montrer quelle place, en cet important domaine, tiennent les catholiques.Bien plus, le problème religieux est redevenu intéressant.Il préoccupe les chercheurs, donne lieu à des livres qui, en librairie, tiennent la vedette.Qu\u2019il s\u2019agisse de Y Histoire sainte de Daniel-Rops, ou du roman bouleversant de la Peste, dans lequel Albert Camus, avec sa magnifique droiture d\u2019incroyant en quête, exprime son angoisse métaphysique, leur succès immense manifeste à des titres divers le profond changement de climat qui est intervenu.S\u2019il fallait à Ollé-Laprune un vrai courage pour soumettre à ses examinateurs de Sorbonne une thèse sur la Certitude morale, il est aujourd\u2019hui courant de voir des étudiants choisir pour sujet de leurs diplômes préparatoires à l\u2019agrégation les thèmes les plus religieux.Et récemment, dans l\u2019importante Revue philosophique, M.Brehier faisait paraître, en mémoire d\u2019un élève de l\u2019Ecole Normale Supérieure mort prématurément, Jean Badelle, la conclusion d\u2019un remarquable diplôme sur l\u2019opuscule de Hegel: Foi et savoir, où ce jeune catholique exposait avec maîtrise, en opposition aux conclusions de Hegel, sa conception de la Foi chrétienne.Nous relations plus haut les remarques faites sur le vocabulaire des hommes de 1890.Quand on lui compare l\u2019accent profondément religieux dont vibrent bon nombre d\u2019éditoriaux de F.Mauriac, dans le Figaro, \u2014 le journal du matin le plus lu, avec VHumanité, \u2014 on a bien l\u2019impression d\u2019avoir changé d\u2019époque.Au reste, tout ce renouveau s\u2019accompagne d\u2019un essor correspondant dans le clergé, qui en confirme, sur le plan théologique, la solidité doctrinale et la durée.Des revues, comme la Vie intellectuelle, les Études, des noms comme ceux de Mgr Bruno de Solages, des PP.de Lubac et Fessard, Ber-gougnoux et Dubarle, du P.Teilhard de Chardin et de M.l\u2019abbé H.Breuil, pour n\u2019en citer que quelques-uns entre bien d\u2019autres, s\u2019imposent aux penseurs et aux savants, laïcs ou ecclésiastiques.Et qui dira, du point de vue des sciences sociologiques, l\u2019influence de foyers intellectuels comme l'Action populaire, la Chronique et les Semaines Sociales,et, plus récemment fondé, le centre hardiment novateur d\u2019Économie et Humanisme?Cette riche fermentation ne pouvait se borner à développer au hasard ses conséquences multiples.Non seulement, depuis déjà plusieurs décades, les maîtres catholiques de l\u2019enseignement public se sont groupés en une « paroisse universitaire » dont les assises annuelles assemblent, en vue d\u2019une prière et d\u2019une réflexion communes, quelque deux mille professeurs de l\u2019enseignement public; mais, tout récemment, est né un centre de travail et de collaboration intellectuelle riche en promesses.Le Centre catholique des Intellectuels français (C.C.I.F.) se propose d\u2019unir les savants et diplômés catholiques, laïcs et ecclésiastiques, non plus seulement en vue d\u2019une entraide spirituelle, mais dans le dessein d\u2019établir de féconds échanges entre les diverses disciplines intellectuelles et la foi.Visant à des travaux techniques de qualité, il veut les confronter aux exigences de la théologie la plus sérieuse, et réciproquement, \u2014 avec la conviction que d\u2019une telle confrontation résulteront pour tous des progrès substantiels.La branche des scientifiques du C.C.I.F.compte d\u2019ores et déjà, dans son Comité directeur, quelques-uns des plus grands noms dont s\u2019honore la Science française.Plusieurs membres de l\u2019Académie des Sciences, de l\u2019Académie de Médecine; l\u2019actuel recteur par intérim de l\u2019Université de Paris; des professeurs de grands instituts scientifiques; pour ne rien dire des membres très nombreux qui, à Paris ou en province, adhèrent à ce groupement si important.Il nous serait loisible, si nous ne voulions nous borner à un rapide coup d\u2019œil d\u2019ensemble, de développer, au moyen de faits, de chiffres et de noms, les affirmations sommaires que nous avons portées plus haut.Qu\u2019il nous soit permis de les conclure par un témoignage significatif.Il y a un peu plus d\u2019un an, le journal des étudiants catholiques, Voix universitaire, publiait un émouvant récit dans lequel M.Gustave Cohen, professeur de littérature médiévale à la Sorbonne, relatait les étapes de sa conversion du judaïsme à la foi chrétienne.Conversion qui se concluait par le baptême, \u2014 Jacques Maritain étant parrain, \u2014 reçu sur la terre d\u2019Amérique vers la fin de la guerre.Due en grande part à la contagion spirituelle d\u2019une élite d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes, ses élèves, cette conversion arrachait au maître qui en avait été le bénéficiaire l\u2019aveu suivant: « Belle jeunesse catholique, c\u2019est toi qui par la grâce de Dieu as conquis mon âme! C\u2019est toi qui as fait ployer mes genoux en toute révérence et humilité! » Qu\u2019un tel aveu d\u2019un maître de cette Sorbonne, hier si exclusivement rationaliste, ait pu être diffusé par milliers d\u2019exemplaires dans le « Quartier latin », c\u2019est là un signe des temps.C\u2019est en même temps l\u2019indication d\u2019une des sources de cette rénovation spirituelle dont nous parlerons dans une prochaine livraison: le renouveau chrétien au sein de la jeunesse étudiante elle-même.OUVRAGES REÇUS Robert Goffin: La Nouvelle-Orléans capitale du jazz.\u2014 New-York, Maison Française, 1946.272 pp., 20 cm.Augustin CHOMETON, S.J.: Le Christ Vie et Lumière; commentaire spiri uel de l\u2019Évangile selon S.Jean.\u2014 Paris, Le-thielleux, 1927.556 pp., 23 cm.J.-G.-Maximin PlETTE, O.M.I.: Évocation de Junipera Serra, fondateur de la Californie.\u2014 Montréal, Granger, 1946.440 pp., 24 cm.Mgr Camille Roy: Propos canadiens, 3e éd.\u2014 Montréal, Granger, 1946.192 pp., 21 cm.Philippe Thoby-Marcellin, Pierre Marcellin: La Bête du Musseau, roman, \u2014 New-York, Maison Française, 1946, 220 pp., 19 cm.Charles Deulin: Contes du Roi Gambrimus.Préf.d\u2019Adrien Plouffe.Illustr.de Léonie Gervais.\u2014 Montréal, Lumen, 1947.194 pp., 19 cm.Abbé P.Marc: L\u2019Ascension de votre âme.\u2014 Paris, Spes, 1945.316 pp., 19 cm.Georges Agadjanian: Solo Robert; la Vallée des Ombres.\u2014 New-York, Maison Française, 1946.274 pp., 19 cm.Sylvain: Dans le bois.\u2014 Montréal, Fides, 1946.166 pp., 23 cm.Cahiers d\u2019Histoire de la Révolution française (1947, n° 1).\u2014 New-York, Maison Française, 1947.224 pp., 20 cm.Roland Legault: Le Chien noir.\u2014 Montréal, Lumen, 1947.156 pp., 19 cm.Damase Potvin: Restons chez nous, roman canadien.\u2014 Montréal, Granger, 1945.222 pp., 21 cm.F.CAYRÉ, M.DE CORTE, P.DESCOQS: L\u2019Existentialisme.\u2014 Paris, Téqui, 1947.200 pp., 25 cm.SEPTEMBRE 1947 287 jJfiunTnist s» FONDÉE EN 1912 Conseil d'administration : JOSEPH SIMARD, O.B.E., D.Sc.C., Président ALBERT HUDON, D.Sc.C.\tHON.J.-A.BRILLANT, C.B.E\u201e C.L.Vice-présidents Hon.ÉDOUARD ASSELIN, C.R., C.L.Hon.ARMAND DAIGLE, Sénateur Hon.CHARLES DELAGRAVE, N.P., C.L.J.-ÉMILE FORTIER, M.D.Hon.WILFRID GAGNON, C.B.E.Col.Hon.RAOUL GROTHÉ, C.L.J.-ÉDOUARD LABELLE, C.R., O.B.E.Hon.LUCIEN MORAUD, C.R., sénateur EUGÈNE POIRIER, N.P., LL.D.Direction : J.-HÉBERT CHRÉTIEN, B.A., LL.L.Directeur général Jacques SAINT-AUBIN Henri DE CAZES Jacques GEOFFRION Chef des services\tGérant à Québec\tSecrétaire Siège social:\tSuccursale: 10 ouest, rue St-Jacques\t132, rue St-Pierre MONTRÉAL - 1\tQUÉBEC Cn txoiâ mot A H Une bombe atomique du calibre Bikini, éclatant dans le port de New-York sous un vent « favorable », causerait la mort de 2,000,000 de personnes (par percussion et radioactivité).Conclusion des savants après un an d\u2019études sur les expériences de Bikini.Puisse la Politique comprendre les avertissements de la Science ! *\\\\ Doesn\u2019t it give Manitoba pause to know that some of the students coming into our normal schools with the idea of going out as teachers have never read a book?A en juger par cette note de la Winnipeg Free Press, le « produit fini » du système éducationnel anglo-canadien manque un peu de fini.TI Et aux États-Unis! Le dernier congrès de la National Education Association révèle que 125,000 instituteurs sont insuffisamment préparés à leur tâche, et qu\u2019il en manque quelque 250,000, faute de salaires assez intéressants pour attirer à la profession de nouveaux candidats.T[ Un des grands éducateurs américains, Bernard Iddings Bell, écrit dans le New York Times Magazine (20 juillet): Ours is the century of the uneducated Common Man, of the perpetually adolescent Common Man.We must revise our teaching methods if we are to recover from this dangerous juvenility.
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