Relations, 1 juillet 1948, Juillet
[" Juillet 1948 MONTRÉAL SILICOSE RECTIFICATION à propos de SAINT-REMI-D\u2019AMHERST No 91 25' ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE JUILLET 1948 Éditorial.193 La silicose: rectification Texte Urgence des réformes sociales.Pie XII 194 Articles ERREURS PASSÉES, LEÇONS PRÉSENTES.Alexandre Dugré 195 VALEUR HUMAINE DU CHANTIER COOPÉRATIF .P.-E.Boutet 198 LE MAGAZINE AMÉRICAIN .Luigi d\u2019Apollonia 200 LES DÉBUTS DE L\u2019ÉGLISE EN HAÏTI.H.B.L.Hughes 202 DEUX ORGANISMES AU TRAVAIL Guy Courteau 205 Commentaires.206 Salazar et son Portugal.\u2014 Pie XII et notre langue.\u2014 John Bull et le Sionisme.\u2014 La question scolaire.\u2014 Occuper les garçons.Au fil du mois.208 Éducation et argent.\u2014 Élections ontariennes.\u2014 Éducation à rebours.\u2014«Le tonneau éclate.))\u2014Journées sociales à Saint-Boniface.\u2014 De la beauté.\u2014 Jeunesse en vacances.\u2014 La campagne canadienne en mission.\u2014 Commission d'études sociales.\u2014 Étrangers, nous ?NOS COLLABORATEURS M.Paul-Émile Boutet est l\u2019agent agricole des Chemins de Fer nationaux à Amos, en Abitibi.\u2014 Le P.Luigi d\u2019Apollonia, s.j., ancien responsable de Chantiers, est rédacteur à Jeunesse canadienne.\u2014 M.l\u2019abbé H.B.L.Hughes, m.a.(Oxon), autrefois professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Toronto, est recteur du collège Saint-Édouard dans l\u2019île de Malte.\u2014 Les PP.Guy Courteau, s.j., et Thomas Mi-gnault, s.j.sont actuellement prédicateurs de retraites fermées à la Villa La Broquerie de Boucherville.\u2014 Le P.Pierre Drujon, s.j., est aumônier général de la J.E.C.française.\u2014 Le R.P.Flavien Charbonneau, c.s.c., est professeur d\u2019histoire, de langue et de littérature françaises à l\u2019Institut d\u2019Études Médiévales de l\u2019Université de Montréal.Chroniques SUR LA ROUTE DE CHARTRES \u2014 1948.Pierre Drujon 210 DE « MENAUD » A « LA MINUIT ».Flavien Charbonneau 212 MYSTÈRES DE LA MAISON D\u2019ACCUEIL .Thomas Mignault 214 REVERS COMMUNISTES .Joseph-H.Ledit 215 Livres récents.218 Sociologie La délinquance vue par le Mont-Saint-Antoine.René\tGirard Recueils Sciences ecclésiastiques.Adélard Dugré Les Archives de Folklore.René\tGirard Musique L\u2019année liturgique au Grand Orgue.Eugène Lapierre Pouvoirs de Beethoven.René\tGirard RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur intérimaire : Adélard Dugré Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de la rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 e publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL-34\tCANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes.Ottawa.Tous droits réservés.Aucun texte, aucune citation de « Relations » ne peuvent être traduits, utilisés ou reproduits de quelque façon que ce soit sans l'autorisation écrite des éditeurs. Vlllcme année, No 91 Ecole Sociale Populaire, Montréal Juillet 1948 ÉDITORIAL LA SILICOSE: RECTIFICATION Relations, livraison de mars 1948, publia de son collaborateur, M.Burton Ledoux, un article sur la silicose à Saint-Remi-d\u2019Amherst qui eut un certain retentissement.Le directeur de Relations écrivait: Nos lecteurs comprendront, sans aucun doute, que nous ne publions pas ce formidable dossier pour le plaisir d\u2019étonner.Notre revue n\u2019est pas à sensation mais uniquement pour rendre témoignage à la vérité.Les compagnies concernées \u2014 Canada China Clay & Silica Limited, Canadian Kaolin & Silica Products Limited, Hollinger Consolidated Gold Mines Limited, Noranda Mines Limited et N.A.Timmins Corporation Limited \u2014 ayant fait des représentations à la revue, l\u2019occasion leur a été donnée d\u2019exposer à nos lecteurs leur version de l\u2019affaire dans une mise au point parue dans Relations en mai.A la lumière des renseignements que ces compagnies nous ont fournis, et que les enquêteurs d\u2019autres publications ont obtenus, nous croyons juste et opportun de faire certaines rectifications qui donneront à nos lecteurs une vue plus exacte de la vérité.Ces rectifications portent sur les faits suivants : 1.Les opérations L\u2019article de M.Ledoux laissait entendre que les conditions d\u2019hygiène ne s\u2019étaient pas ou s\u2019étaient peu améliorées depuis 1935 à Saint-Remi-d\u2019Amherst.Si, au commencement, l\u2019exploitation de la silice fut particulièrement nuisible à la santé des ouvriers, \u2014 il ne faut pas oublier que c\u2019était la première exploitation du genre au pays, \u2014 par contre nous sommes heureux de reconnaître qu\u2019il est en tout cas de notoriété publique que les Compagnies ont fait et font des efforts sérieux pour prévenir la maladie chez leurs ouvriers, et ce, aussitôt qu\u2019elles ont réalisé la situation, cette industrie ayant été bientôt reconnue dangereuse.Les Compagnies admettent qu\u2019avant 1941 il y eut plusieurs morts causées par la silicose.De fait, des recherches récentes établissent que des personnes sont mortes de cette maladie, tel qu\u2019il appert par des certificats de médecins que nous avons été à même de voir.Mais nous reconnaissons aujourd\u2019hui que les listes de personnes prétendues mortes de silicose, qui ont paru dans les livraisons de mars et d\u2019avril 1948 de Relations, comportent des erreurs manifestes.Ainsi certaines personnes y mentionnées n\u2019ont jamais travaillé pour les Compagnies en question, d\u2019autres sont mortes d\u2019accidents ou de maladie n\u2019ayant rien à faire avec la silicose, tel que le constatent officiellement des dossiers du département de démographie du Ministère de la Santé de la Province de Québec.En ce qui concerne la situation au point de vue silicose depuis 1941, une lettre en date du lor juin 1948, du Dr F.Learn Phelps, médecin renommé et, depuis plusieurs années, directeur médical du Sanatorium de Sainte-Agathe-des-Monts, le Royal Edward Laurentian Hospital, atteste qu\u2019aucun nouveau cas de silicose ne s\u2019est développé parmi les employés.Depuis au delà de douze années, en vertu d\u2019arrangements faits par les Compagnies, l\u2019état de santé des employés à la mine et aux moulins de Saint-Remi-d\u2019Amherst est surveillé attentivement par des médecins compétents et spécialisés, dont le Dr Phelps, ci-haut mentionné.Au début de son engagement et régulièrement deux fois par année, chaque employé subit un examen médical qui comporte un examen aux rayons X, le tout aux frais de l\u2019employeur.A la suite de cet examen, les recommandations des médecins, quant à la nature de l\u2019emploi auquel l\u2019état physique de l\u2019ouvrier s\u2019adaptera le mieux, sont suivies scrupuleusement par l\u2019employeur.De plus, chaque employé reçoit quotidiennement les traitements médicaux les plus avancés pour prévenir ou enrayer la silicose.Des dossiers individuels maintenus par les Compagnies pour chaque employé démontrent ces faits.Dans les circonstances, la déclaration suivante de M.Ledoux n\u2019est pas fondée: Il s\u2019agit d\u2019une situation où les ouvriers ont reçu et reçoivent encore moins d\u2019égards que des bestiaux et des machines.Nous reconnaissons que ces Compagnies ont dépensé des millions de dollars pour améliorer les conditions de JUILLET 1948 193 travail des ouvriers en ce qui a trait à la silicose dans leurs différentes entreprises, soit par leurs recherches scientifiques, soit par les améliorations qu\u2019elles ont apportées à leurs méthodes d\u2019opération, soit par les soins suivis qu\u2019elles accordent à leurs employés pour prévenir ce mal et réduire ses effets.Il était donc injuste de déclarer que des personnes ont été « sacrifiées à la stupidité humaine », surtout lorsqu\u2019on sait tous les efforts faits par les Compagnies pour combattre cette maladie.2.\tDiscrimination raciale La discrimination raciale dont parle M.Ledoux ne paraît pas fondée.3.\tLes salaires M.Ledoux parle de « salaires de famine ».De 1930 à 1937, durant la dépression mondiale, les salaires à Saint-Remi-d\u2019Amherst n\u2019étaient pas plus bas qu\u2019ailleurs dans l\u2019industrie.A mesure que les affaires s\u2019amélioraient, les salaires, comme dans tout le pays, augmentaient graduellement à Saint-Remi-d\u2019Amherst.Avec la guerre, ces salaires atteignirent des niveaux fort convenables.4.\t« Profits réguliers » Les documents que l\u2019on nous a communiqués démontrent comme fausse la déclaration suivante de M.Ledoux dont nous regrettons la publication: Les déficits annuels déclarés par la Canada China Clay proviennent d\u2019un jeu de comptabilité.En réalité cette compagnie a fait des profits réguliers dont il est impossible de préciser le montant.5.\tLe « Procès des Veuves » En ce qui concerne le « Procès des Veuves », c\u2019est sans preuves que notre publication a insinué que ce retard serait dû à la compagnie défenderesse.Tel n\u2019est pas le cas.Il reste cependant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un épisode peu reluisant dans l\u2019histoire de la justice sociale dans cette province.Par suite de l\u2019imperfection depuis toujours des lois et des conditions de l\u2019industrie en général, des injustices TEXTE PONTIFICAL matérielles graves ont été subies qui exigent réparation.Les veuves et les orphelins de ceux qui sont morts de silicose, les ouvriers que cette maladie rend invalides, ont toujours droit à la justice sociale.6.LUngava Dans ce même éditorial, le directeur de Relations a écrit le paragraphe suivant: D\u2019autant plus urgente que l\u2019exploitation intensive des vastes gisements de minerai de fer de l\u2019Ungava menace de multiplier au delà de toute imagination les ravages de cette maladie, avec son cortège de ruines, physiques, sociales et morales.Nous ne pouvons oublier que, parmi les responsables du scandale de Saint-Remi, se trouvent des financiers qui se sont taillé dans les solitudes nord-québécoises un riche domaine où ils régneront en maîtres.A moins que l\u2019opinion publique n\u2019induise les autorités à mater leurs appétits, à leur inspirer envers leurs ouvriers quelque sentiment d\u2019humanité.La revue regrette et retire cette affirmation.L\u2019article de M.Ledoux concernait principalement l\u2019industrie minière de Saint-Remi-d\u2019Amherst.Relations, en publiant cet article, n\u2019avait nulle intention de préjuger les esprits relativement à l\u2019établissement de nouvelles industries minières dans d\u2019autres parties de notre province, notamment dans l\u2019Ungava, ni relativement aux relations qui pourront plus tard exister entre les patrons et leurs ouvriers.Pour notre part nous ne croyons pas qu\u2019il y ait lieu de nous alarmer devant la prochaine exploitation des richesses minières de l\u2019Un-gava.Les autorités civiles, les Compagnies, particulièrement la Hollinger Consolidated Gold Mines Limited, ses filiales et associées, (à qui a été confiée l\u2019exploitation des gisements de minerai de fer de l\u2019Ungava), et l\u2019opinion publique continueront, nous le souhaitons de tout cœur, d\u2019être vigilantes afin de prévenir toute injustice sociale en matière d\u2019hygiène industrielle.Cette rectification met fin, en ce qui concerne Relations, aux discussions soulevées par l\u2019article de M.Burton Ledoux sur la silicose.Adélard Dugré, s.J., Supérieur de la Maison Bellarmin, éditrice de la revue « Relations ».URGENCE DES RÉFORMES SOCIALES N.D.L.R.\u2014 Le Saint-Père a révélé dans son discours du 2 juin ses incessantes préoccupations sociales.Tous les catholiques doivent les connaître pour agir en conséquence.IL EST NÉCESSAIRE à présent que quiconque conserve encore au fond de l\u2019âme un reste d\u2019esprit chrétien se ranime.Les sentiments, les résolutions, les actes qui naissent de ce réveil ne sont pas confinés, selon une formule erronée, dans le champ appelé « purement religieux », entendant par ces mots l\u2019exclusion de toute pénétration dans la vie publique.Au contraire, leur objet dans le terrain civil, national, international, embrasse toute question où entrent en cause des intérêts moraux, toute question dans laquelle il s\u2019agit de se ranger pour Dieu ou contre Dieu, en un mot, toute question qui, implicitement ou explicitement, touche la religion.Mais la reconquête de tant de cœurs égarés ou aigris qui ont perdu les conceptions justes et les idées saines sur le monde, sur Dieu et sur eux-mêmes, dépendra essentiellement du sérieux, de l\u2019énergie et du désintéressement que toutes les âmes droites apporteront à la solution des problèmes nés des ruines et des bouleversements de la guerre et de l\u2019après-guerre.Au centre de 194 RELATIONS ces questions, et les dominant toutes, se tiennent, comme chacun sait, les réformes sociales, justes et nécessaires, et particulièrement l\u2019urgent besoin de donner aux classes moins favorisées des habitations, du pain, du travail.Il serait cependant dangereux, parce que cela conduirait facilement à d\u2019amères désillusions, de vouloir tirer de telles réformes des espérances chimériques et l\u2019attente d\u2019un résultat pleinement satisfaisant et rapide.Aujourd\u2019hui il ne s\u2019agit pas seulement de pourvoir à une répartition des produits de l\u2019économie publique d\u2019une manière plus équitable et correspondant mieux au travail et aux besoins des particuliers.Pour importante que puisse être cette exigence, cependant, dans les conditions actuelles, principalement après les énormes destructions et les changements occasionnés par la guerre, toute réforme sociale est étroitement liée à la question d\u2019une sage organisation de la production.Les rapports entre l\u2019agriculture et l\u2019industrie dans les diverses économies nationales, et de celles-ci avec les autres, le mode et le degré de participation de chaque peuple au marché mondial, tous ces difficiles problèmes se présentent aujourd\u2019hui sous une forme nouvelle et différente d\u2019autrefois; de leur solution rationnelle dépend la productivité de chaque nation, et par conséquent aussi le bien-être des individus, puisqu\u2019il est clair que là où il n\u2019y a pas production suffisante, il ne peut y avoir non plus répartition suffisante.Sans aucun doute il y a des peuples qui se vantent aujourd\u2019hui d\u2019une puissance de production, dont ils montrent d\u2019année en année l\u2019augmentation progressive.Si toutefois cette productivité est obtenue par une concurrence effrénée et par un usage sans scrupule de la richesse, ou bien par l\u2019oppression et l\u2019exploitation despotique du travail et des besoins des particuliers de la part de l\u2019État, elle ne peut être saine et véritable, parce que l\u2019économie sociale est un groupement harmonieux de travailleurs dont chacun est doué de dignité humaine et de liberté.L\u2019exploitation immodérée des vraies valeurs humaines va ordinairement de pair avec celle des trésors de la nature, spécialement de la terre, et conduit tôt ou tard à la décadence.C\u2019est uniquement sur les principes et selon l\u2019esprit du christianisme que peuvent s\u2019accomplir les réformes sociales, telles qu\u2019elles sont impérieusement requises par les nécessités et les aspirations de notre temps.Elles exigent des uns un esprit de renoncement et de sacrifice, des autres le sens de la responsabilité et de l\u2019endurance, de tous un travail dur et ardu.C\u2019est pourquoi Nous Nous adressons aux catholiques du monde entier, les exhortant à ne pas se contenter de bonnes intentions et de beaux programmes, mais à procéder courageusement à leur mise en pratique.ERREURS PASSÉES, LEÇONS PRÉSENTES Alexandre DUGRË, S.J.UNE MOITIÉ de l\u2019arbre canadien-français, transplantée aux États-Unis, est devenue un arbre franco-américain, un arbre dont beaucoup de branches sont déjà tombées et dont le tronc menace de sécher.Il y aurait une thèse à établir sur le complexe maladif d\u2019infériorité qui fait rougir de leur langue et de leurs origines quantité de nos jeunes compatriotes dispersés, comme s\u2019ils étaient issus de tribus nègres ou sauvages.Une seconde thèse pourrait étudier la prédominance de la voix du sang ou de la loi du pays.En d\u2019autres mots, le fait d\u2019habiter un pays étranger, d\u2019y naître, d\u2019y vivre et d\u2019en être oblige-t-il à renier le sang et la langue de ses pères ?Ne nous y trompons pas: les Franco-Américains ne se considèrent plus en exil, perdus parmi les autres.Ils ne pensent guère à nous; ils ne regrettent pas le Saint-Laurent.La terre étrangère est devenue leur patrie; l\u2019anglais est leur langue première, celle de leur pensée, au travail et même chez soi.Finis les « petits Canadas ».On est Américain, on parle américain, comme tous les immigrés.Le français est old fashion et peut attirer des coups de poing aux enfants d\u2019école.Chez les patriotes, c\u2019est une affirmation, un acte voulu, une résistance au courant.Nous avons perdu les trois quarts de notre moitié de peuple émigré.Il faut absolument conserver le reste, le million qui tient encore en Nouvelle-Angleterre, et garder vivant le second arbre français, auquel Mgr Quigley, de Chicago, dictait naguère une mission spirituelle: « Avant tout, conservez vos traditions, propagez votre langue; c\u2019est par elle que vous êtes restés en Amérique un peuple distinct, et que vous avez conquis l\u2019admiration.C\u2019est en conservant votre langue et vos traditions que vous pourrez remplir votre mission de donner à l\u2019Amérique tout ce que la vieille France avait d\u2019admirable et que vous avez si bien conservé.» Les Juifs de la dispersion donnent présentement au monde un incroyable exemple de ferveur patriotique.Leur volonté de soudure des cent morceaux de peuple en un Israël nouveau doit nous inspirer l\u2019absolue dé- XVIe SESSION ANNUELLE DE L\u2019ECOLE DE FORMATION SOCIALE À BOUCHERVILLE DU 16 AU 22 JUILLET Tous ceux qui s\u2019intéressent aux problèmes sociaux sont invités.S\u2019adresser _ 'îs inscriptions et tout renseignement au Secrétariat de l\u2019Ecole Sociale Populaire 7 cision de ne pas abandonner des groupes autrement faciles à secourir, à maintenir.Le sang est plus épais que Peau, disent les Irlandais; le sang est surtout plus épais qu\u2019un courant d\u2019air, qu\u2019une frontière libre, que la distance entre nous et Boston, Fall-River ou Détroit.Nos fetes nationales devront pourtant faire mieux que de rappeler des gloires passées.La mémoire n\u2019est pas tout; l\u2019imagination créatrice doit organiser la vie de 1960; elle doit mettre l\u2019âme de 1660 et de 1760 à utiliser des forces d\u2019hommes, de ressources naturelles et de budget que nos pères eussent enviées jadis.Ceux qui se bornent à vénérer les aïeux ne donneront pas ce plaisir à leurs descendants.Notre Québec n\u2019est pas tout.Les frères d\u2019Acadie et de l\u2019Ouest vont bien; pourquoi négliger le plus fort groupe de notre dispersion, une moitié de nous-mêmes en train de nous oublier ?Sans doute une élite y comprend-elle le devoir de fidélité, d\u2019une fraternité humaine plus proche avec nous qu\u2019avec les Américains de Géorgie ou du Montana, et la supériorité de la culture familiale et le double attachement à la terre des morts et à la nouvelle patrie.Comment faire accepter aux enfants et aux moins cultivés, déjà fascinés par le beau matérialisme qui les écrase, la formule de persévérance à un idéal tout spirituel qui ne rapporte rien de sonnant ?Tout de même, les patois régionaux de France se conservent sans autre enseignement qu\u2019au foyer; de même le gaélique, le gallois, et près de nous l\u2019iroquois.Et l\u2019on rougirait de parler une langue comme le français! Des milliers de soldats franco-américains lui ont pourtant dû de ne pas porter le fusil et d\u2019être de grands hommes en Europe.Avons-nous tout fait quand nous levons les bras en déplorant la glissade assimilatrice ?Que sera demain ?Que deviendront les paroisses nationales ?Bon nombre de patriotes chauds ou froids sont sûrs de la survivance, plus que les visiteurs d\u2019un jour ou d\u2019un mois: « Des prophètes de malheur ont souvent dit que dans vingt-cinq ans.Cinquante ans s\u2019écoulent, et nos faux prophètes s\u2019aperçoivent qu\u2019ils se sont trompés.» (L.-A.Biron, de Lowell.) En dépit d\u2019un coulage énorme qui empire toujours, on compte un million de Franco-Américains avoués en Nouvelle-Angleterre: 135,000 au Maine, 65,000 au Vermont, 60,000 au Connecticut, 122,000 au New-Hampshire, 135,000 au Rhode-Island et 500,000 au Massachusetts.Dans huit diocèses, 238 paroisses, 178 écoles primaires, 54 académies, 2 collèges classiques et nombre d\u2019orphelinats, d\u2019hospices et d\u2019hôpitaux.Mais la part et l\u2019appétit du français diminuent aux écoles, parfois réduit à une heure, au lieu de la demi-journée voulue par les fondateurs.Le français est le parent pauvre, la mauvaise traduction d\u2019une pensée anglaise.On se dit quand même Franco.Le dira-t-on au recensement, si l\u2019on ne parle français ?Cela s\u2019est vu; on découvre de vrais patriotes attachés aux paroisses, aux sociétés, même après la langue perdue.On devra garder un noyau assez fort pour maintenir écoles et paroisses françaises.Les mariages mixtes grugent; la natalité baisse; des institutrices préfèrent l\u2019anglais; élèves et scouts connaissent fort peu leurs ancêtres.Bien des jeunes ignorent d\u2019où venaient leurs grands-parents.Pourquoi une héroïque bande cinématographique ne déroulerait-elle pas une histoire de nos communs ancêtres, dans la Naissance d\u2019un peuple qui ferait pièce à la Birth of a Nation ?Un grand nombre ne connaissent personne chez nous.S\u2019ils y sont venus, ils ont gardé l\u2019impression d\u2019un pays pauvre, aux fermes négligées, aux maisons sans peinture, aux granges noircies par les pluies de nord-est ; les affiches anglaises ont fait croire que nous ne sommes pas maîtres chez nous.C\u2019est pour eux et pour nous qu\u2019Edmond de Nevers écrivait: « Le danger est infiniment plus grand pour eux que pour nos pères de 1760.Ils n\u2019ont pas ce stimulant, l\u2019hostilité d\u2019une autre race; ils n\u2019ont pas cette force de résistance que possédaient les anciens Canadiens; ils ne sont pas propriétaires du sol.Deux choses seulement peuvent les sauver, la foi et la fierté', la foi en la religion de leurs pères, la foi en l\u2019avenir de leur race; la fierté du nom français.Cette foi, cette fierté, c\u2019est nous qui devons l\u2019entretenir chez eux.Que notre Québec ne les fasse donc pas rougir! Au contraire, qu\u2019ils soient fiers de le montrer! » L\u2019ambiance, le temps et l\u2019éloignement ont travaillé contre nous, c\u2019était fatal.Devant cet attiédissement et ce piteux résultat d\u2019immenses sacrifices de millions et de dévouement, on s\u2019attriste à relire les vieux serments de fidélité, les faux calculs et les pompeux discours des grandes célébrations de Saint-Jean-Baptiste, à Québec en 1880, à Montréal en 1884.Nos compatriotes venus de toutes les parties des États-Unis se comptaient par milliers, apportant les messages d\u2019espoir des 12,000 Canadiens de Chicago, ceux de l\u2019Ouest américain et de la côte du Pacifique.Nos dirigeants québécois exagéraient les mots pour masquer leur inaction.Chapleau y allait d\u2019un ronflant couplet d\u2019optimisme: « Je ne suis pas de ceux qui regardent l\u2019émigration comme un crime ou comme un écart de patriotisme.L\u2019émigrant est une avant-garde, un éclaireur de la grande armée d\u2019invasion dont M.Rameau nous a prédit la victoire pour le siècle qui nous suivra.Le Canadien n\u2019a pas de plus grande ambition là-bas que de fonder une petite colonie française pour se protéger, s\u2019aider, se souvenir.Il reste ce qu\u2019il est ici.» Trudel précisait: « Nos Canadiens envahissent tellement la Nouvelle-Angleterre, leur puissance de reproduction est telle, que, d\u2019après des calculs très modérés, on arrive à la conclusion qu\u2019avant cent ans, peut-être même avant cinquante ans, ils formeront une majorité des États-Unis et auront ses destinées entre leurs mains.» Voyez-vous ça! Et sir Hector Langevin, se limitant au Canada: « Je suivrai la progression si- 196 RELATIONS gnalée depuis un siècle, et vous verrez que dans cinquante ans, nous aurons dans le pays de 15 à 16 millions de Canadiens français patriotes, loyaux au gouvernement et loyaux à leur Reine.» Échéance 1930! Les Franco-Américains hésitaient, se divisaient.Un docteur Métivier, de Holyoke, chantait une rhétorique optimiste: « Nos Canadiens s\u2019affirment partout et forment le noyau d\u2019une nation qui trace son sillon d\u2019une main ferme et vogue à pleine voile vers les rivages ensoleillés de l\u2019avenir.Ils ont fait plus de progrès que toutes les autres races immigrées.Ils sont les maîtres du sol dans une foule d\u2019endroits des États de l\u2019Ouest: Illinois, Wisconsin, Michigan, Kansas, Iowa, Minnesota, Idaho, Montana, Colorado, Orégon, Californie, etc.; ils ont à leur crédit de magnifiques églises, collèges, couvents, écoles qui attestent leur patriotisme et leur persévérance dans la foi de leurs pères.» C\u2019est à pleurer! Ferdinand Gagnon fut plus sage: « Vos frères des États-Unis cherchent à perpétuer nos traditions, à rester français; mais en sera-t-il ainsi de nos enfants et de nos petits-enfants ?Envoyez-nous des religieuses et des prêtres.Venez souvent nous visiter.Surtout, ne nous scandalisez pas par vos divisions.» M.Bernier, délégué du Manitoba, met son expérience à crier Y Emparons-nous du sol: « Il incombe aux classes dirigeantes de conserver notre population à l\u2019agriculture, d\u2019empêcher la transmigration de la jeunesse rurale vers les villes, de prévenir l\u2019émigration, d\u2019activer la colonisation.Une ferme de soixante à cent arpents nourrit une famille, de nombreux enfants.Le cœur du père songe à l\u2019avenir des fils, qui veulent fonder à leur tour une famille.Mais un obstacle se dresse: l\u2019exiguïté du champ du père de famille.Divisé entre tous les fils, le même champ n\u2019en ferait vivre aucun.Voilà pourquoi la patrie est délaissée, alors que cette disperdition de force pourrait être une cause de salut, si nous pratiquions nous-mêmes une saignée salutaire, un déplacement des familles.» Enfin, le curé Labelle arrivait en trombe, au risque d\u2019être moins applaudi: « L\u2019émigration m\u2019a toujours saigné le cœur.Si je pouvais saisir tous mes compatriotes et les planter dans le Nord, colonisable jusqu\u2019à trois cents lieues dans l\u2019intérieur, ce serait la joie de mon âme.Dans les vieux pays d\u2019Europe l\u2019émigration est nécessaire; mais un pays comme le nôtre, où l\u2019on peut placer des millions et des millions d\u2019hommes, il est incroyable que tous ne cherchent pas à s\u2019y établir.Pourquoi l\u2019abandonner?.C\u2019est par la colonisation seule que nous sauverons notre langue, nos droits, nos institutions dont nous sommes si fiers.» Proportionnellement, on colonisait alors plus qu\u2019aujourd\u2019hui avec toutes nos machines et nos budgets multipliés par 50.Les erreurs du passé devraient nous enseigner une stratégie du présent.Nous devons avoir assez peiné, bâti, fondu au profit des autres; il serait plus que temps d\u2019organiser la conquête au profit des nôtres.Que reste-t-il de tant d\u2019efforts et de tant de frères que l\u2019histoire retrouve à l\u2019origine de presque tous les États américains ?Les espoirs naïfs, démesurés, insensés, ont fait long feu.Ils devraient nous en dicter d\u2019autres à notre taille, selon nos moyens, qui ont grandi.Présentement, l\u2019immigration recommence à grande allure, dans le luxe des transports en avion.Mais pas pour nous, pas pour des milliers de bons Français et Belges qui voudraient trouver ici la paix, l\u2019abondance et la liberté.Alors que les Juifs trouvent moyen d\u2019importer, puis d\u2019installer même sur des fermes leurs frères d\u2019Europe, organisons-nous quelque chose pour recevoir, pour inviter les Français qui nous tendent les bras?Naguère des bureaux de rapatriement existaient en Nouvelle-Angleterre; il n\u2019y en a plus, il n\u2019en est plus question.A peine ouvrons-nous quelques cantons et bouts de chemins pour nos bûcherons qui voudraient s\u2019y créer une vie indépendante, y créer des paroisses, y continuer la vocation de saint Jean-Baptiste et de notre peuple.Nos erreurs et négligences passées ne nous ont donc rien appris?Cette beauté, cette richesse de vie que nous avons sacrifiées dans l\u2019exil, aujourd\u2019hui encore dans la dispersion, ne les garderons-nous pas pour nous ?pour offrir à l\u2019Amérique le bon service d\u2019une influence française ?En dépit de la saignée terrible, nous avons bien grandi depuis cent ans; nous possédons le nombre, l\u2019espace et l\u2019autonomie qu\u2019il faut pour devenir un grand peuple.Servons-nous-en.Plus nous serons forts, et plus nous donnerons confiance à nos groupes dispersés, plus nous pourrons faire rayonner notre culture et notre fierté chez ceux qui résistent mollement, faute de bonnes raisons de se réclamer de nous.La moitié franco-américaine de l\u2019arbre français puisera aux communes racines, à condition que notre moitié commande le respect, et que Frenchy ou Canuck ne soient plus une injure.Tout n\u2019est pas perdu, la mèche fume encore.Un flambeau puissant chez nous peut entretenir la flamme chez le voisin.Notre drapeau fleurdelisé n\u2019y ferait-il pas bien à côté de l\u2019autre, à l\u2019église et aux classes ?Ne devrait-on pas reprendre les pèlerinages à nos sanctuaires, échanger colonies de vacances et troupes scoutes, recruter là-bas autant de collégiens qu\u2019en 1900?Demandons à leurs écoles paroissiales d\u2019ouvrir des classes latines qui permettraient d\u2019entrer en Belles-Lettres dans nos collèges.Demandons une Association d\u2019éducation, où les plus clairvoyants pères de famille se chargent de suppléer aux efforts du prêtre, d\u2019organiser des concours de français et des cours postscolaires, de répandre chansons, publications et soirées françaises, de multiplier les noyaux de convaincus, d\u2019apôtres, les ferments qui soulèveront les pâtes molles.Certaines menaces contre les paroisses nationales ouvrent les yeux sur l\u2019urgence de comprendre, de préférer la prédication française, sous peine de tout abandonner.L\u2019église est le dernier bastion ; JUILLET 1948 197 les religieuses devront toujours être nos Jeanne d\u2019Arc, fussent-elles nées et formées là-bas.A-t-on droit, l\u2019actuelle génération a-t-elle droit de changer l\u2019histoire, de frauder les morts et les naissants d\u2019une moitié d\u2019héritage, de consentir à une défaite pas glorieuse sans avoir fait tout le possible et l\u2019impossible ?Quand on voit les purs Américains dépenser millions sur millions pour le français \u2014 100 millions rien qu\u2019aux écoles publiques de New-York \u2014 ; quand on les voit placer leurs petits à l\u2019école bilingue, où ils entrent sans un mot de français, comme la moitié des petits Franco-Américains, on doit se dire que notre langue n\u2019est pas du patois ni du yiddish, mais la plus belle langue du monde, devenue Cendrillon pour les rustauds, qu'il faudrait pourtant relever.Pourquoi n\u2019obtiendrait-on pas un miraculeux poste de radio comme dans notre Ouest ?Le français n\u2019a pas de droits aux États-Unis, dites-vous ?Sans doute, pas de droits légaux, mais tous les droits de la beauté, de la distinction, du charme et de l\u2019opéra; il jouit de la plus grande popularité grâce à la culture, aux ambassades, à La Fayette et au beau Paris.C\u2019est beaucoup de titres à la bienvenue.Le poste serait réclamé par les Américains eux-mêmes, désireux de pratiquer la belle langue et de se tenir en relations de voyage ou d\u2019amitié avec la France.Tel sénateur, 100 p.c.américain, s\u2019est inscrit à une légion franco-américaine de Vétérans et n\u2019y prononce jamais un mot d\u2019anglais: ne se ferait-il pas l\u2019agent des promoteurs franco ou anglo-américains pour obtenir un permis et une bonne longueur d\u2019ondes ?Le français ne donne pas de brûlements d\u2019estomac; il serait acclamé chez les universitaires et chez tout ce qui compte.Contre des dangers nouveaux il faut trouver des armes nouvelles.Notre province-mère doit organiser une propagande, un mode de sauvetage.Elle doit se payer ces ambassades de survivance puisqu\u2019elle ne peut se payer le luxe de sacrifier la moitié de ses enfants.Cet éveil nécessaire sur notre expansion chez nous et sur le maintien des postes avancés offrira du travail au lendemain des fêtes nationales.VALEUR HUMAINE DU CHANTIER COOPÉRATIF Paul-Emile BOUTET NOUS AVONS déjà décrit les premiers chantiers coopératifs, au domaine surtout de l\u2019Abitibi, à partir de 1941 (voir Relations, mai 1948).Étudions ici de plus près ces entreprises originales.l\u2019union des bûcherons Vers 1934, les autorités de Rouyn durent réprimer une grève, excusable peut-être, mais certainement illégale.Quelques centaines de bûcherons s\u2019y étaient amenés de partout pour protester contre les conditions que leur faisaient les employeurs.En retour d\u2019un salaire de quelque 50 sous par jour, on leur offrait une vie de chien: travail rude, nourriture insuffisante et tant bien que mal apprêtée, campements pour le moins insalubres.Les manifestants les plus bruyants furent incarcérés, puis bientôt relâchés avec les exhortations d\u2019usage, et l\u2019incident fut clos.L\u2019épiscopat, mis au fait, sans approuver les moyens employés, ne pouvait que s\u2019émouvoir des raisons de manifester.Une enquête rapide mit en lumière qu\u2019une forte majorité de bûcherons se recrutait chez les cultivateurs en quête d\u2019un revenu supplémentaire.NN.SS.les Évêques prièrent l\u2019Union Catholique des Cultivateurs (U.C.C.) de faire quelque chose pour venir en aide à cette classe peu connue, mais présumée bien indépendante vu que bon nombre avaient le verbe haut, souvent le parler gras.Et l\u2019U.C.C.mit sur pied l\u2019Union des Bûcherons, leur association professionnelle.C\u2019était les considérer comme tels et il fallait aller les 198 relancer comme tels aussi dans le milieu où ils bûchaient.La Terre de chez nous eut sa Page du Bûcheron, et l\u2019on se prit à attendre le succès.LA « MAISON DU BÛCHERON » Bientôt naquit à ce mouvement tout jeune un enfant prometteur: en 1936, l\u2019U.C.C.consentait les sacrifices exigés pour mettre sur pied à Québec la première Maison du Bûcheron; elle acheta les locaux où des générations de « voyageurs » avaient reçu les atteintes du mal.C\u2019était on ne peut mieux remplacer ce qu\u2019il faisait bon détruire.On réunit un personnel de choix dirigé par le regretté Florian Poulin, dont il convient de rappeler l\u2019apostolat désintéressé auprès d\u2019anciens compagnons de misère.Ce bûcheron de passage qui logeait n\u2019importe où, sollicité souvent par le vice organisé, on lui offrit un gîte sûr, un bon chez-soi.Il payait cher des repas douteux; on lui servit à bon compte une table convenable.Il se faisait voler, dépouiller; on prit soin pour lui de son argent si péniblement gagné.Dès la première saison, au delà de $35,000 ($190,000 en 1947) furent confiés aux voûtes de la maison, tandis que le bûcheron partait faire ses emplettes avec le strict nécessaire.Des marchands peu scrupuleux avaient abusé de son inexpérience ou d\u2019une libéralité déclenchée par quelques libations pour lui vendre à prix d\u2019or de la pacotille; la Maison lui ouvrit un magasin honnête, qui vend même par la poste, expédiant sa marchandise simple mais solide aux chantiers.RELATIONS L\u2019esprit du mal s\u2019est-il senti serré de trop près ?L\u2019incendie a rasé les lieux témoins de tant de bien.L\u2019U.C.C.ne se tint pas pour battue; elle érigea un édifice imposant, qui s\u2019avère déjà trop restreint.La Maison du Bûcheron fut parmi les principales réussites de la première Union.La nouvelle association professionnelle y ajouta la création d\u2019une section forestière à la Commission du Salaire minimum.Dès l\u2019automne 1935, une première ordonnance portait le salaire minimum à $18 par mois, de quelque $13 qu\u2019il était, sans aucun recours possible.Peu après, le minimum légal s\u2019élevait à $24, puis à $37.50, et finalement à $52 par mois.Les entrepreneurs pourraient dire quelque chose du « ménage » qu\u2019on entreprit de leur faire faire dans leurs camps.Et bientôt commençaient à se préciser les règles du mesurage du bois.L\u2019Union des Bûcherons ne parvint jamais guère à recruter plus de douze à quinze mille membres, parmi les quelque 75,000 ouvriers forestiers.Le recrutement dans les camps était d\u2019une difficulté quasi insurmontable, à répétition annuelle.L\u2019unioniste était l\u2019exception dans le camp, et le ridicule avait tôt fait de venir à bout de sa ferveur.Les apôtres d\u2019autres organisations se glissaient fréquemment dans la place, et si notre homme ne se laissait pas gagner, il ne pouvait que peu faire pour la cause.LE SERVICE FORESTIER DE L\u2019U.C.C.L\u2019an dernier, la direction de l\u2019U.C.C.se rendit à l\u2019évidence: on ne pourrait aller bien loin de cette façon.L\u2019association décida d\u2019établir son Service forestier, dont le membre régulier de l\u2019U.C.C.profiterait sans frais supplémentaires.Dès lors, le cultivateur ou son fils, s\u2019il est membre de l\u2019U.C.C.dans sa paroisse, devient automatiquement bûcheron syndiqué lorsqu\u2019il est en forêt, pourvu qu\u2019il en manifeste le désir.Le Service a ses propagandistes attitrés, qui peuvent atteindre leur monde en tout temps.Il est donc aisé de voir que, depuis une quinzaine d\u2019années, l\u2019U.C.C.a pris en main les intérêts du bûcheron québécois.Rien d\u2019étonnant si les équipes qui, à Roquemaure, étudièrent le projet de chantier coopératif, se réunirent sous l\u2019égide de l\u2019U.C.C.D\u2019ailleurs, l\u2019idée n\u2019était pas là tout à fait neuve.Aux termes de l\u2019Entente Rogers-Auger (1936), en vue de la colonisation subventionnée, l\u2019État accordait au colon résident des octrois de construction pour maisons de granges.« L\u2019octroi de grange » permettait de bâtir quelque chose de modeste, environ 30 pieds sur 30.Bien habile était le colon qui ne s\u2019endettait pas un peu pour terminer.Roquemaure avait fait un succès de son magasin coopératif; les membres touchaient du doigt les bons effets de l\u2019entr\u2019aide.On s\u2019y demanda si la coopération n\u2019aiderait pas à construire les bâtiments.L\u2019U.C.C.JUILLET 1948 mit ses équipes à l\u2019étude de ce problème, le résultat fut de créer un Syndicat de Travail, organisme un peu nébuleux dans ses objets et règlements, mais qu\u2019on sentait fécond pour peu qu\u2019on sût l\u2019utiliser à bien.Une de ses premières entreprises fut l\u2019union des efforts pour les constructions de granges, à partir de la coupe de bois en forêt jusqu\u2019à la pose du « bouquet », avec les salves et la boustifaille d\u2019usage.Après quelques années, l\u2019on y comptait près de 80 granges que pourrait envier n\u2019importe quelle paroisse.Au lieu des 30 pieds sur 30 réglementaires, ces granges ont 32 pieds sur 65, ou davantage, et les colons, pas plus pauvres en argent, étaient plus riches en expérience coopérative.LE SYNDICAT DU TRAVAIL Quand donc les équipes d\u2019étude se furent prononcées en faveur du chantier coopératif, on se tourna naturellement vers le Syndicat de Travail pour en faire l\u2019essai.Les règlements premiers du chantier furent calqués du Syndicat, sauf quelques différences nécessaires.En substance: 1.\tLes membres du Chantier s\u2019engagent par contrat.2.\tIls laisseront aux fonds communs, en garantie de fidélité, 15% des salaires.Ce dépôt leur sera remis au terme des opérations annuelles, pourvu qu\u2019ils aient respecté leurs engagements.3.\tLes membres du Chantier éliront leurs directeurs, qu\u2019il faudra faire accepter par la direction du Syndicat de Travail.4.\tUn Comité de Surveillance sera désigné par la même direction.5.\tLa direction du Chantier embauchera un gérant, rémunéré à même les revenus du Chantier.6.\tAvant répartition de la ristourne, 5% du profit net des opérations seront versés au Syndicat de Travail.7.\tPour devenir membre du Chantier coopératif, il faudra d\u2019abord appartenir au Syndicat de Travail \u2014 et à l\u2019U.C.C.\u2014 sauf exception permise par la direction, et sans ristourne si l\u2019on n\u2019est pas de la paroisse.La direction, qui compte trois membres élus par l\u2019assemblée générale, administre le chantier en tout, pour le moment.Les décisions de l\u2019assemblée générale doivent s\u2019appuyer sur les deux tiers des voix.Pour éviter que les meilleurs hommes ne souffrent du faible rendement des commençants ou des moins solides, on adopte une répartition des profits sur la base de travaux à forfait, et déduction faite de la contribution aux fonds du Syndicat de Travail: a)\t25% des profits sont distribués selon le nombre de jours de travail d\u2019un chacun; b)\t75% des profits sont attribués en proportion des sommes gagnées par chacun sur la base de forfait.Si les chevaux utilisés au chantier reçoivent d\u2019abord le double du salaire d\u2019un homme, il faudra, lors de la distribution des ristournes, trois journées de cheval pour faire équilibre à une journée d\u2019homme.C\u2019est remettre le cheval à sa place quand arrive la valeur de l\u2019intelligence, de la part prise à la conduite de l\u2019entreprise.(M.Paul-Êmile Boutet terminera son exposé dans notre livraison d\u2019août) 199 LE MAGAZINE AMERICAIN Luigi d'APOLLONIA, S.J.LES MOTS changent et glissent vers de nouvelles signi-fixations.Pour les Américains, le mot review semble désigner les périodiques savants et spécialisés; le mot magazine, les périodiques de publication plus fréquente et d\u2019intérêt plus général; quant à l\u2019argot mag, il tend nettement à signifier un périodique bon marché, sans aucune ambition littéraire ou artistique.Le mag a toujours existé.Jadis le Leslie's Weekly, un illustré, plein de nouvelles tire-l\u2019œil, était presque un mag, malgré son format journal; la National Police Gazette (1845) l\u2019était sûrement, coquerelle de toutes les pourritures et de tous les scandales.Imprimée, après 1876, sur papier rose pudique, on la trouvait chez tous les coiffeurs.Règle générale, la plupart des revues d\u2019il y a cent ans avaient de la tenue.Miroirs élégants de leur temps, Harper's New Monthly (aujourd\u2019hui Harper's Magazine), Scribner's (plus tard Century, disparu en 1930), The Atlantic Monthly reflètent une civilisation correcte, riche, avide de culture.« Continental culture! » s\u2019exclament les touristes américains de retour d\u2019Europe.Aucun reportage, aucun souci du quotidien, aucun goût de l\u2019actualité, un monde de tout repos: art, littérature, histoire, récits de voyage.The Scribner's Monthly, dans son article liminaire, professe qu\u2019un « magazine américain, s\u2019il désire garder son emprise sur les lecteurs, se doit de satisfaire à leur goût pour la culture passée et présente de la vieille Europe ».The Atlantic Monthly porte comme sous-titre: Devoted to Literature, Arts and Politics; les premiers numéros contiennent des articles sur les Mosaïques florentines, La poire de Manchester, La bataille de Lé-pante, Robin Hood, Les mœurs de nos oiseaux, La révolte des Indiens, La poésie persane, Spartacus, Les catacombes.Et ainsi de suite.Consultez l\u2019index des années 1857-1888 publié par la Riverside Press de Cambridge: il est particulièrement palpitant.Ébloui de culture européenne, du moins Y Atlantic Monthly réunit-il, sous la direction de James Russel Lowell, poète et professeur, la fine fleur des écrivains de la Nouvelle-Angleterre, Oliver Wendell Holmes, Emerson, Longfellow,Whittier, Harriet Beecher Stowe.James Russel Lowell a même dressé, dans la préface de la première série (1848) de Biglow Papers, une hardie défense de l\u2019anglais tel que parlé par les Américains: « Les Anglais se plaignent de ce que nous frappions de nouveaux mots.Plusieurs des mots stigmatisés ne sont que de vieux mots qu\u2019ils ont oubliés.Nous avons d\u2019ailleurs le droit de créer de nouveaux mots qui répondent à des aspects originaux de la.vie dans le Nouveau Monde.Partout où une langue vit, elle grandit.On pourrait même se demander si nous ne pourrions pas établir pour la possession de l\u2019anglais des droits plus solides que les habitants de l\u2019île-mère?Ici, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, s\u2019établira un jour la grande demeure et le centre de la langue anglaise.» The Harper's Neiv Monthly, par contre, pousse si loin son admiration pour les écrivains d\u2019Europe qu\u2019il pille sans vergogne et, en premier, sans même les rétribuer, les grands romanciers anglais.Bleak House et Little Doritt de Dickens, The Newcomes et The Virginians de Thackeray, Romolo de George Eliot passent par tranches dans le magazine; braconnage que la revue, dans sa présentation \u2014 A Word at the Start \u2014, appelle à voix basse: « to transfer to its pages », « faire passer dans ses colonnes ».Admirable discrétion! Ces magazines sont des in-octavo, imprimés sur deux colonnes, en un caractère illisible pour nos yeux modernes quoique Harper's se vante de paraître bientôt dans une toilette typographique « inégalable ».Harper's fait de grands efforts pour illustrer ses articles.L\u2019Élégie de Gray, qu\u2019il présente à ses abonnés, dut leur paraître en vérité « a gem of purest ray serene ».Les tirages sont faibles: la grande immigration est à peine commencée, et nous sommes encore à l\u2019âge du Pony Express.Toutefois,' quand Harper\u2019s New Monthly publie une vie incroyable de Napoléon par John S.C.Abbott qui se prolonge du mois d\u2019août 1851 au mois de février 1855, du volume trois au volume dix, le nombre des abonnés grimpe au chiffre affolant de 200,000.Pendant quelques années, les articles sur la guerre civile et l\u2019émancipation des noirs, les illustrations sur bois et sur cuivre de maîtres qu\u2019on se dispute, vont prêter vie et actualité aux magazines américains; la construction des chemins de fer augmente les tirages, et les annonces de Castoria, de Kodak Camera, Cacao Baker\u2019s, Cacao Van Neuten, savons (déjà!), corsets (déjà!) grossissent les revenus; mais Atlantic Monthly ne consent pas à de telles bassesses.Somme toute, c\u2019est le même goût pour les poèmes, les récits de voyage, les romans par tranches, les literary notices, l\u2019homme éternel, détaché du temps et de l\u2019espace.The Atlantic Monthly, au lieu de l\u2019article sur Robin Hood de 1855, publie un article sur La légende de Guillaume Tell, et l\u2019article sur les Mosaïques florentines s\u2019est mué en article sur Les sculpteurs de la Haute Renaissance.Rien de collé au réel, rien de quotidien, rien de courageux sur la vie politique et surtout la vie économique, alors que les États-Unis, pareils à un jeune géant dégingandé, s\u2019étirent et prennent conscience de leurs forces neuves.Des calendriers dans les écoles, des plaques le long des routes rappellent aujourd\u2019hui le premier brevet d\u2019invention accordé par le gouvernement en 1790, le premier câblogramme (17 août 1858), le premier puits d\u2019huile (28 août 1859).Les magazines du siècle dernier n\u2019auraient osé.Pour faire oublier une richesse nouvellement acquise et des manières un peu gauches, pour rappeler la pureté ancestrale de la lignée, il est de bon ton d\u2019admirer les vieilles cultures.Les États-Unis sont encore à leur première génération dans la Haute-Ville.Mais déjà beaucoup d\u2019Américains trop en vie et en santé se sentent mal à l\u2019aise dans ce monde élégant.Ils veulent parler, écrire, penser américain.Cyrus H.K.Curtis, qui s\u2019est déjà porté acquéreur du Ladies Home Journal, un magazine de huit pages (tirage actuel: 4,463,950), achète le Saturday Evening Post de Philadelphie (tirage actuel: 3,710,392) pour la somme de mille dollars, dont cent dollars comptant.Curtis va pousser à bout deux idées qu\u2019il doit, l\u2019une à Frank Munsey, du Munsey\u2019s Weekly, et l\u2019autre à S.C.McClure, du McClure\u2019s Magazine : prix modique du numéro et goût de l\u2019actualité.Le prix modique stimule la vente, et la vente à son tour stimule l\u2019annonce, qui, avec ses promesses de beauté aux femmes, de succès aux hommes, devient le nerf des magazines.Des articles vivants, concrets, partisans aguichent les lecteurs.Vers le début de la première grande guerre, le Post atteint le chiffre, unique jusqu\u2019alors dans l\u2019histoire de la presse, de deux millions de lecteurs, tirage à l\u2019échelle d\u2019une civilisation de masse et de la grandeur du pays.Les autres magazines qui naissent, Collier\u2019s, McCall\u2019s, Cosmopolitan, Women\u2019s Home Companion, copient les mêmes procédés.De grandes usines surgissent pour la production massive des idées.Dans leur Ford modèle T., des millions d\u2019Américains, fuyant la ville pour les mêmes plages, em- 200 RELATIONS portent les mêmes magazines.Rares sont les magazines qui en 1850 atteignaient les 150,000 lecteurs; aujourd\u2019hui, 35 magazines dépassent le million, 19 les deux millions, plus d\u2019une demi-douzaine les trois millions.Si tout le monde lit la même chose, tout le monde pense la même chose, c\u2019est-à-dire ne pense rien, est-on porté à croire.Il ne faut pas être trop catégorique.Si la quantité et l\u2019uniformité remplacent la qualité, ce n\u2019est que pour un temps.Artistes, écrivains, romanciers, pleins de mépris esthétique pour l\u2019argent, vont finir par préférer mille, deux mille, trois mille dollars pour leurs travaux aux cent, deux cents, trois cents dollars qu\u2019on payait à James Russel Lowell ou Emerson pour de longs poèmes.Qui cherche aujourd\u2019hui un article de haut intérêt ou une nouvelle de grand style les trouvera tout aussi bien dans The Post ou dans Life que dans The Atlantic Monthly.La croissance du magazine américain va, entre les deux guerres, nous réserver d\u2019autres surprises.Rien d\u2019étonnant peut-être comme le passage de l\u2019ordre des milliers aux millions, sinon les orientations intéressantes qui ont fait l\u2019objet des études de Frederick Lewis Allen, rédacteur en chef de Harper's (Voir Atlantic Monthly, nov.1947), et surtout de Frank Luther Mott, l\u2019érudit auteur de History of the American Magazines.Suivons l\u2019ordre chronologique.1° D\u2019abord la naissance des Confession Magazines.True Story, de l\u2019éditeur Bernarr Macfadden, qui exploite grossièrement la vanité dans ses revues d\u2019hygiène, demeure le type de ces revues sentimentales.Paru pour la première fois en 1919, True Story, sept ans plus tard, compte deux millions de lecteurs.Confidences, intrigues, aveux ne sauraient arracher que des larmes de glycérine.Tout est faux, amours, joies, souffrances.Tout est monotone; et rien ne ressemble tant à un numéro de True Story qu\u2019un autre numéro de True Story sinon un amour de ciné à un autre amour de ciné, ou une chevelure de platine à une autre chevelure de platine.Passons! 2° L\u2019immense succès de la formule digeste, surtout de Coronet et du Reader\u2019s Digest.Vers 1920, un grand homme un peu voûté, du nom de DeWitt Wallace, fait le tour de certains éditeurs.Que veut-il ?La permission de reproduire des articles dans une revue de petit format qui portera le nom de Reader\u2019s Digest.L\u2019accueil est plutôt réservé.Son père doit rappeler à DeWitt Wallace qu\u2019il n\u2019a jamais brillé en composition anglaise.A l\u2019objection: « Qui voudra relire des articles réchauffés?», Wallace répond: « Illusion du neuf, de l\u2019inédit! » Il est du reste convaincu que les auteurs n\u2019ont pas le temps de faire court.Il faut résumer un chapitre dans une page, une page dans un paragraphe, couper adjectifs, adverbes, émonder mots littéraires et descriptifs, enlever des développements entiers, s\u2019il le faut, et ne garder que la conclusion.Formule un peu sèche pour traiter des problèmes d\u2019art, de philosophie, de politique d\u2019une manière profonde ?Qu\u2019à cela ne tienne! Il suffira de les traiter d\u2019une façon superficielle et intéressante.Ou de les éviter.Le choix se portera plutôt sur des sujets d\u2019intérêt universel: art de vivre, études de caractères, récits, réussites, le tout d\u2019un inconfusible optimisme américain.Every Man a Capitalist, Land of Plenty, Battle of the Ball \u2014 Point Pen, Gaudiest Gamble, Super Cows and Chickens, This School Is a Picnic.Et pourquoi pas Mourir est un pique-nique, Le Cancer est gai, Ma première fois sur les « planches », How to grow Bigger and Better Elephants ?Le premier numéro sort en février 1922, des caves d\u2019une maison de Greenwich Village, à New-York.DeWitt Wallace réalise le miracle de publier une revue sans images, sauf pour quelques dessins, sans littérature d\u2019imagination pour la peine, sans scandale et sans annonce, à des millions et des millions d\u2019exemplaires.Success stories, contes de fées pour adultes choisis avec un flair infaillible.« How Wallace knows what the mass of humanity wants is a mystery like Creation », a écrit John Bainbridge dans un petit livre, Little Wonder; petite merveille, lui aussi, d\u2019acuité, d\u2019ironie et de finesse.Le Reader\u2019s Digest reproduit aujourd\u2019hui une bonne moitié de ses propres articles semés d\u2019abord dans d\u2019autres revues.Il compte douze éditions, dont deux en langue française, une en braille et une autre sur disques, pour que tous, y compris les aveugles et les ignorants, puissent entendre la bonne nouvelle de l\u2019optimisme américain.L\u2019édition américaine tire à plus de huit millions.Du Canada à l\u2019Arabie et au Japon, des toundras du nord aux sables du désert et aux lagunes du Pacifique, le soleil ne se couche jamais sur l\u2019empire du Reader\u2019s Digest.3° L\u2019apparition des hebdomadaires Time et Newsweek.Télégraphe et radio ont consacré l\u2019actualité.Autrefois Leslie's Weekly avait brisé ses formes pour publier, la même semaine, le récit de l\u2019assassinat du président Garfield.Coup d\u2019audace qui lui valut 50,000 dollars! Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit de happer la nouvelle trois heures, douze heures, vingt-quatre heures avant les autres.Les primeurs sont la chair et le sang mêmes des quotidiens.M.Henry R.Luce, brillant élève de Yale (promotion de 1920), et Britton Hadden, son confrère, mort en 1929, à l\u2019âge de 31 ans, encouragés par William Lyon Phelps et Walter Lippmann, décident de faire mentir ce lieu commun.Le quotidien donne les nouvelles de la journée; l\u2019hebdomadaire filtrera les nouvelles de la semaine.En novembre 1922, Luce et Hadden avaient recueilli pour leur projet 86,000 dollars.Le 3 mars 1923, paraît Time.Tirage: 12,000.Octobre 1928, tirage: 200,000.Juillet 1942, tirage: 1,000,000.Aujourd\u2019hui, tirage: 1,555,000, imprimé simultanément à New-York, Chicago, Philadelphie, Los Angeles, Jersey-City, Paris, Tokio, Honolulu, pour une universelle lecture de week-end.Les premiers rédacteurs puisent leurs nouvelles dans le New York Times.Dès le numéro initial, ils s\u2019intéressent moins aux nouvelles qu\u2019aux hommes qui les créent et les résument.Ils les interprètent par le choix habile des détails et des adjectifs, ajoutent des articles de fond très courts sur la vie politique, économique, sportive.L\u2019en-tête du magazine porte Time\u2014The Weekly Newsmagazine; on n\u2019a pas manqué de l\u2019appeler Time \u2014 The Weekly Viewsmagazine.Le prospectus promettait d\u2019éviter «cheap sensationalism \u2014 windy bias».Time, peut-on dire, a gardé sa promesse, bien qu\u2019il ait trop souvent sacrifié la vérité au pittoresque et trop facilement accordé le pardon aux péchés de la haute finance.Le plus étrange, c\u2019est que rédacteurs, collaborateurs, correspondants à l\u2019étranger, tous tant qu\u2019ils sont, écrivent une même langue originale, haute en couleur, pleine d\u2019inversions poétiques, d\u2019allitérations (irritent à la longue ces faciles façons d\u2019écrire!), d\u2019alliances de mots concrets, d?épithètes de nature comme inspirés d\u2019Homère: pig-faced, jug-shaped, hawk-nosed, rosebud mouth.Style d\u2019équipe qu\u2019aux fonts baptismaux des périodiques on nommera « Time style ».4° Les grands illustrés comme Look, un bimensuel, et Life, un hebdomadaire.Life, qui s\u2019est, en toute modestie, donné le titre de « most potent editorial force in the world », paraît pour la première fois le 23 novembre 1936.A l\u2019intérieur, une photo de médecin tout en blanc, tenant par les pieds un bébé nouveau-né, accueille le lecteur: Life commence.Son but: « Voir la vie, voir le monde, être le témoin oculaire des grands événements.» Life est une autre création de Henry R.Luce, cet éditeur génial qui publie deux revues spécialisées: Fortune (fondée en février 1930) et Architectural Forum (acheté en avril 1931).Il brassa en 1946 un revenu brut de 95,955,168 dollars.Life consacre le déclin du mot et l\u2019avènement du journalisme par l\u2019image.Life, c\u2019est le Time et le Newsweek de la masse.C\u2019est aussi la Police Gazette et le principe du tabloïd JUILLET 1948 201 glorifié, « glamorized ».La revue New Yorker, subtile, intellectuelle, d\u2019une impeccable tenue littéraire et typographique, a tout résumé en une caricature.Un bureau de Life: un homme, visière au front, est en train d\u2019écrire à la machine; il s\u2019interrompt pour demander: « Est-ce que cela convient d\u2019appeler nos abonnés des lecteurs ?» Un an et demi après l\u2019apparition du premier numéro, Life tire déjà à 2,000,000.Tirage actuel: 5,352,000.Son prix abolit les distinctions de classe.La masse, sans esprit critique, se donne l\u2019illusion de s\u2019intéresser aux problèmes mondiaux, y trouve la nouvelle multicolore et des photos ohé-ohé.Les mondains y trouvent leur luxe et leurs images.Les plus sérieux y admirent de splendides et d\u2019uniques reportages, des reproductions de chefs-d\u2019œuvre, des articles de toute première valeur.Look, Life surtout se sont améliorés et jusqu\u2019à un point purifiés.Malin qui eût dit en 1936 (à moins d\u2019avoir connu Luce) qu\u2019un jour Life publierait des articles d\u2019inspiration religieuse sur Pâques, sur Dieu, sur la fête d\u2019Action de grâces, des inédits de grands ambassadeurs et de généraux, les mémoires d\u2019Édouard VIII et de Winston Churchill! Deux fois malin qui eût prévu que personne ne ferait autant que Life pour détruire le préjugé si américain que le moyen âge des cathédrales et des universités fut l\u2019âge des ténèbres.5° La vogue des « comiques ».Il ne s\u2019agit ni de littérature ni de journalisme avec primat du texte ou de la photo.Les « comiques » n\u2019ont rien de commun avec les Comic Periodicals de jadis dont les caricatures du Post, de Collier\u2019s, du New Yorker ont hérité la satire.Il s\u2019agit d\u2019amusettes affreusement coloriées.Surtout, n\u2019allez pas confondre « comiques » et contes de fée, enchantements du rêve et prodiges de la science, baguette magique, citrouille qui devient carrosse, souris qui changent en coursiers avec les avions-robots, les sous-marins ultra-rapides, les fusées atomiques, à moins que, selon Valéry, l\u2019industrie et la science n\u2019aient détrôné le rêve.La vogue des « comiques » est un événement social aussi américain que le « hot-dog » et le « base-bail », aussi universel que le jazz et le O.K.Psychologues, psychiatres, sociologues ont consacré des études à ce phénomène; l\u2019université de Columbia prépare un long travail pour l\u2019an prochain, The Children Talk About Comics, et Coulton Waugh vient, avec History of the Funnies, un volume de 360 pages, de s\u2019en faire l\u2019historien.La première revue de « comiques » parut sur le marché vers 1934.Aujourd\u2019hui il y en a 250, avec, chaque mois, plus de 50,000,000 de lecteurs.Deux « comiques » dépassent le chiffre fabuleux du million d\u2019exemplaires.Superman, qui devint, durant la guerre, le symbole de l\u2019héroïsme indestructible (Où sont le Robin des Bois, les Chevaliers de la T able Ronde ?Où sont les contes d\u2019antan?) tire à 1,672,169 numéros et Batman à 1,451,053.Lectures d\u2019enfant, direz-vous! Combien de ces millions d\u2019enfants, devenus adultes, continueront à lire les « comiques » et à se livrer à la force élémentaire des images?La question est sérieuse.Ne sait-on pas que les « comiques » expliquent la popularité des journaux du dimanche et qu\u2019à chaque fin de semaine des milliers d\u2019adultes écrivent à la rédaction pour savoir la suite par retour du courrier ?Qu\u2019on se rappelle feu Fiorello La Guardia, maire de New-York, lisant, pendant une grève d\u2019imprimeurs, les « comiques » du jour à la radio! Et tout dernièrement cette annonce dans Advertising Age : « Blondie et tous les personnages de Puck, The Comic Weekly, sont plus qu\u2019un simple amusement.Ils sont la plus puissante force sociale à l\u2019œuvre dans ce pays.» Lyrisme commercial ?Peut-être.Mais Joe Fisher, créateur de Joe Palooka, veut, avec les amours de Joe Palooka et de Anne, mener une croisade contre les querejles de ménage qui dans deux familles sur cinq finissent aux États-Unis par le scandale du divorce.Qu\u2019est-ce qui nous attend dans ces remous de l\u2019après-guerre?La part de plus en plus grande faite à la publicité {Life recueille entre un million et un million et demi par numéro; une page couverture, $20,000) affaiblira-t-elle la liberté de pensée?L\u2019esprit d\u2019équipe et l\u2019unité de ton {Time, Newsweek) étoufferont-ils l\u2019originalité des écrivains?La valeur marchande des idées et la tendance à satisfaire le lecteur-type conduiront-elles à la médiocrité ou à l\u2019aristocratie de la classe moyenne?La télévision remplacera-t-elle le magazine illustré?Le March of Time, réalisé par Time Incorporated et projeté sur les écrans de mois en mois depuis 1935, est-il un présage?Et les contes à la télévision remplaceront-ils les « comiques » ?N\u2019a-t-on pas déjà au cinéma Joe Palooka (Jos Bras-de-fer) et Blondie (Tête-Bêche), et à la radio Superman ?Je voudrais bien vivre pour le savoir.LES DÉBUTS DE L\u2019ÉGLISE EN HAÏTI H.B.L.HUGHES, ptre 1E 17 OCTOBRE 1807, dans une petite chapelle de Kingston, à la Jamaïque, eurent lieu les funérailles d\u2019un prêtre.Émouvante cérémonie, célébrée selon ses instructions, par les paroissiens eux-mêmes, faute de prêtre.Le missionnaire défunt était un Français, réfugié de l\u2019île voisine d\u2019Hispaniola, dans la zone française de laquelle \u2014 l\u2019Haïti moderne \u2014 il avait rempli les fonctions de préfet apostolique.Les circonstances de sa mort sont consignées, d\u2019une encre délavée par les ans, aux feuillets jaunis du vieux registre paroissial, conservé à la mission catholique de Kingston : Nous soussignés habitants de l\u2019isle de Saint Domingue réfugiés en l\u2019isle Jamaica, residents en la Cité de Kingston, tous professant la Religion Catholique Apostolique et Romaine, Attestons par Ceci, que Le Reverend Guillaume Lecun Natif de la paroisse de Trédarsec près de la ville de Tréguier, dans la province de la Basse Bretagne, Agé de quarante trois ans, préfet apostolique de la partie Française de laditte isle de St-Domingue et qui remplissoit les Fonctions en Cette isle Jamaica Sous l\u2019autorité de Monseigneur l\u2019Evêque de Londres, est décédé, hier, Vendredi, à huit heures du soir, dans son appartement auprès de la Chapelle Catholique Située Rue hanovre qu\u2019il desservoit Seul; qu\u2019il a témoigné pendant tout le Cours de la Maladie qui a précédé Son décès, les Sentiments les plus relligieux, et le plus sincère regret de Ne pouvoir recevoir les Sacrements de la Sainte Eglise, faute de prêtre en Cette Cité, et même dans l\u2019étendue de Cette Isle.(Signé) Charles Houssier.John Brondeau.G.Villegrain.F.Gillebert.\tA.C.Seronville.J.J.Uter.Hri.Cabot.\tMainie.\tH.Verneuil.La vieille chapelle de la rue Hanovre est disparue depuis longtemps, et dans la ville moderne de Kingston on ne trouve nulle trace de la tombe du P.Le Cun.Son souvenir n\u2019est conservé que dans le rapport quelque peu pathétique du vieux registre, que bien peu, à part l\u2019auteur de ces pages, ont eu souci de tirer de l\u2019auguste poussière où il gît.Les écrits du général Nugent, gouverneur de la Jamaïque vers ce temps-là, conservés à Kingston dans la Bibliothèque de Consultation des Indes Occidentales, projettent une nouvelle lumière sur la condition 202 RELATIONS des Français réfugiés pour fuir les horreurs de la révolte des Noirs en Haïti.Ces écrits révèlent qu\u2019en 1804 le gouverneur Nugent aida plusieurs réfugiés absolument ruinés.Tandis que quelques-uns n\u2019obtinrent qu\u2019une autorisation temporaire de résidence en attendant de passer à Cuba ou à la Nouvelle-Orléans, 159 familles purent s\u2019installer en permanence et refaire leur foyer dans la colonie anglaise \u2014 en dépit de l\u2019état de guerre entre l\u2019Angleterre et la France de Napoléon.Le P.Le Cun était du nombre.Les registres de la mission catholique font voir qu\u2019il avait déjà vécu à la Jamaïque: ils contiennent, écrites de sa main, plusieurs entrées de mariages et de baptêmes qu\u2019il administra, les premiers datant de 1798.Il ajoute ordinairement après sa signature: « préfet apostolique de St-Domingue, présentement à Kingston pour cause des événements de guerre ».Il est probable qu\u2019il y vint d\u2019abord au temps de la grande rébellion des esclaves de la colonie voisine, conduite par Toussaint Louverture.On sait qu\u2019il retourna à Port-au-Prince quand Napoléon envoya son beau-frère Leclerc soumettre Saint-Domingue.On présume qu\u2019à la faillite de cette expédition le P.Le Cun retourna à la Jamaïque pour échapper aux horribles massacres des colons français par le sauvage chef noir, Dessalines.En tout cas, le P.Le Cun aida, peut-être sans le savoir, à poser les fondations de la florissante mission qui existe aujourd\u2019hui à la Jamaïque.Car le germe de cette mission fut surtout le groupe de réfugiés français qui s\u2019y établit lors du chambardement révolutionnaire de la vieille colonie de Saint-Domingue, devenue en 1804 l\u2019État indépendant d\u2019Haïti.La connaissance de ces faits a engagé l\u2019auteur de cet article, lorsqu\u2019il poursuivait à la Jamaïque récemment un travail de recherches sur l\u2019histoire primitive des colonies anglaises des Caraïbes, à étendre le champ de ses investigations en Haïti, dans l\u2019espoir de trouver des documents sur l\u2019Église aux anciens jours des Indes Occidentales.Il n\u2019est pas facile de connaître au juste la condition de l\u2019Église dans l\u2019Haïti coloniale: car la révolte y supprima la civilisation française.Pour ne citer qu\u2019un exemple, en 1802, Christophe brûla la ville de Cap-François et retraita dans les montagnes lorsque Leclerc aborda comme représentant de Napoléon.Les nègres avaient déjà bouté le feu aux plantations et aux villages.Les tremblements de terre et l\u2019incurie générale achevèrent d\u2019oblitérer les derniers vestiges de l\u2019ancien régime.Nous devons dès lors nous en remettre largement aux récits contemporains des voyageurs et des résidents des Indes Occidentales, familiers d\u2019un monde complètement disparu.Résumons brièvement l\u2019histoire de la colonie.Découverte par Colomb, l\u2019île d\u2019Hispaniola fut, aux jours glorieux de l\u2019Espagne, le berceau du christianisme en Amérique.Le siège épiscopal de Saint-Domingue, créé par Jules II en 1511, s\u2019élève au rang d\u2019archevêché en 1547: l\u2019archevêque porte le titre de primat des Indes.Peu après, cependant, l\u2019attraction plus forte de leurs colonies d\u2019Amérique continentale induit les Espagnols à négliger celles des îles Caraïbes, Hispaniola, Cuba et la Jamaïque, qui déclinèrent d\u2019autant, avec le résultat qu\u2019avant la fin du dix-septième siècle l\u2019Angleterre prendra possession de la Jamaïque, et la France, de la partie ouest d\u2019Hispaniola, devenue la florissante colonie à sucre française de Saint-Domingue \u2014 l\u2019Haïti en question.Prospère au dix-huitième siècle, elle est perdue pour la France quand l\u2019idéologie de la Révolution pénètre le monde colonial édifié sur le fondement précaire de l\u2019esclavage des Noirs.La grande révolte éclate en 1791, et le pouvoir suprême passe aux mains d\u2019un ancien esclave, le célèbre Toussaint Louverture.Napoléon tente une reprise, mais n\u2019y réussit pas.Les Français retraitent après la rupture de la paix d\u2019Amiens, et un autre ancien esclave, Dessalines, s\u2019érige dictateur et, le 1er janvier 1804, proclame l\u2019indépendance du pays, qu\u2019on nomme Haïti.Imitant le geste de Napoléon, Dessalines se couronne lui-même: Jacques 7er, empereur d'Haïti.On l\u2019assassine en 1806, et Haïti se scinde en deux tronçons: le sud devient république sous le président mulâtre Pétion; et le nord monarchie absolue sous un ancien esclave, le général noir Christophe, qui prend le titre de roi Henri Ie1.Sud et nord se réunissent sous le président Boyer, alors que l\u2019indépendance d\u2019Haïti est officiellement reconnue par le roi de France Charles X.Sur l\u2019état de l\u2019Église et la condition du clergé avant la révolte de 1791, les renseignements ne sont ni clairs ni satisfaisants.On a le témoignage douteux d\u2019écrivains de la fin du dix-huitième siècle, comme cet abbé philosophe Raynal qui prétend qu\u2019« une succession de prêtres mauvais et ignorants a détruit à la fois le respect du clergé et de la religion dans la plupart des paroisses de la colonie ».Les écrivains modernes le citent avec goût, par exemple J.L.Mecham, l'Église et l'État dans l'Amérique latine (Chapel Hill, North Carolina, 1934).Une connaissance générale de la condition des Indes Occidentales au dix-huitième siècle permet de croire qu\u2019il y eut dans ce clergé catholique quelques individus plutôt bizarres, comme aussi dans le clergé anglican des îles voisines de la Jamaïque.Mais accepter tout de go l\u2019opinion tranchée de Raynal manquerait d\u2019esprit scientifique, et serait contraire aux règles d\u2019une sérieuse recherche historique.Car cet abbé Raynal est prévenu, imbibé des préjugés encyclopédistes envers l\u2019Église.Et ce qui est vrai de lui l\u2019est aussi de la majorité des écrivains français de l\u2019époque sur la colonie d\u2019Haïti.Leurs opinions ne doivent donc être acceptées que sous bénéfice d\u2019inventaire, car ils sont marqués de l\u2019anticléricalisme à la mode de leur temps.Comme question de fait, ils ne donnent qu\u2019un côté de la médaille.L\u2019autre face apparaît sous son vrai jour JUILLET 1948 203 devant le fait que, malgré toutes les oppositions, le clergé français d\u2019Haïti était en meilleure posture que le clergé anglican de la Jamaïque.Les lois de la France lui donnaient droit, par exemple, d\u2019instruire les nègres esclaves, que leurs maîtres y consentissent ou non.Nous savons que les Jésuites français, qui travaillèrent en Haïti du début du dix-huitième siècle à leur rappel en 1763, en tirèrent profit dans leur apostolat.Quelques vieilles lettres conservées aux archives du Séminaire de Québec contiennent le récit d\u2019une traversée de La Rochelle au Nouveau Monde d\u2019un missionnaire français en 1704.Le vaisseau aborde au Cap-François, et le voyageur mentionne que les Jésuites vont succéder aux Capucins à la mission d\u2019Haïti: Je vous diray seulement, écrit-il au supérieur, que les R.pères capucins ayant présenté leur placet à la\" Cour abandonnent toute la mission de cette île au R.pères Jésuites quon y attend incessament, et nous avons ambar-qué le dernier des capucins qui est le père supérieur pour repasser en france.Des témoignages variés prouvent que les Jésuites ne furent pas inactifs dans leur nouvelle mission.Charlevoix, leur historien, cite dans son histoire d\u2019Hispa-niola (1733), un bout de lettre du P.Le Pers, sur le travail chez les esclaves noirs: Nous les assemblons particulièrement les Fêtes et les Dimanches au sortir de la Messe de Paroisse, et après l\u2019instruction, que nous leur faissons d\u2019abord, et dans laquelle nous nous attachons sur-tout à ce qui est de pratique pour eux, nous baptisons les Enfans, et nous réglons les petits differens qui surviennent entre les autres.Cela est bien-tôt fait, parce que pour l\u2019ordinaire ils s\u2019en tiennent sans peine à ce que nous avons décidé.Nous les visitons aussi quelquefois dans leur Cases, et nous obligeons leurs Maîtres à nous les envoyer au têms de Pâques pour les confesser, ce qui n\u2019est pas une petite affaire, le nçmbre des Negres Adultes étant pour le moins de deux mille dans chaque Paroisse.Quant à ce qui regarde le Baptême des adultes, chaque Missionnaire prend son têms pour cela.Ma coûtume a toujours été de choisir pour cette Cérémonie les quatre principales Fêtes de l\u2019année.Pour Haïti comme pour les autres missions étrangères, la suppression des Jésuites dans la dernière partie du dix-huitième siècle fut un rude coup.A cela plus qu\u2019à toute autre cause Haïti doit son déclin de l\u2019influence chrétienne au début de la Révolution.C\u2019est si évident pour tout honnête observateur que, dès le dix-neuvième siècle, un chef anti-esclavagiste d\u2019Angleterre, James Stephen, le signale.Partisan de l\u2019idéologie de la Basse-Église, Stephen ne peut être soupçonné de partialité envers Rome.Son témoignage vaut donc les meilleurs.Or, parlant de la résistance des planteurs français d\u2019Haïti aux ordonnances royales qui leur enjoignaient d\u2019appuyer le clergé dans ses efforts pour christianiser les esclaves noirs, Stephen écrit: La plupart des planteurs n\u2019obéissaient que de mauvais gré; au lieu de faire avancer l\u2019œuvre, souvent ils la sabotaient.De façon générale, tout comme la religion déclinait dans la mère-patrie, spécialement après la suppression de ces propagateurs actifs du christianisme dans les contrées païennes, les Jésuites, les oppositions des maîtres triomphèrent des minimes efforts d\u2019un clergé tiède et corrompu.En général les nègres étaient encore baptisés et instruits de quelques cérémonies religieuses extérieures; mais ils étaient laissés dans l\u2019ignorance totale des doctrines et des préceptes de l\u2019Evangile, jusqu\u2019à ce que le flot de la révolte vînt punir cette négligence impie.Ailleurs, Stephen souligne le même point, montrant une fois de plus qu\u2019il était pleinement conscient des mérites des Jésuites.Il cite Hilliard d\u2019Auberteuil, un écrivain français sur Haïti, influencé par l\u2019idéologie des Encyclopédistes, qui donne en 1777 une piètre idée du clergé colonial: Les nègres sont superstitieux et fanatiques; il faut autant que possible ne point leur donner l\u2019occasion de se livrer à ces vices dangereux.Les Jésuites y faisaient obstacle; ils prêchaient, attroupaient les nègres, forçaient les maîtres à retarder leurs travaux, organisaient des catéchismes, des cantiques, et appelaient tous les esclaves au tribunal de la pénitence; depuis leur expulsion les mariages sont rares, il ne s\u2019en fait plus parmi les nègres.Plus de prières publiques, d\u2019attroupements, de cantiques, ni de sermons pour eux.Le commentaire que Stephen fait de la citation montre que ce rapport de leurs travaux fait grand honneur à la mémoire des Jésuites en Haïti: Si le euhte public, les hymnes, les sermons, et les confessions des Jésuites, dont on se moque ici, n\u2019avaient pas été abandonnés depuis longtemps, les horreurs de la révolution auraient probablement été évitées.Il y avait alors un demi-million d\u2019esclaves nègres, dont une très grande partie née en Afrique.On estime que les colons Blancs étaient entre 30,000 et 40,000.En 1806, année où prit fin le règne sanguinaire de Dessalines, les blancs avaient complètement disparu, soit émigrés, soit massacrés.A quel point les Noirs qui restaient furent-ils christianisés ?Nous pouvons affirmer que c\u2019est d\u2019une façon très limitée, tout probablement.Si quelques-uns reçurent un vernis de christianisme, celui-ci ne recouvrait le plus souvent qu\u2019un fouillis de superstitions africaines.C\u2019est là l\u2019origine du problème qui se pose encore au clergé d\u2019Haïti: l\u2019extirpation de pratiques superstitieuses africaines chez des catholiques de nom.La chute de la France, en 1803, étouffe la vie normale de l\u2019Église en Haïti.A ce moment le pays comporte deux préfectures apostoliques: au sud le P.Le Cun; au nord un Capucin, le P.Brelle.Le premier, nous l\u2019avons vu, alla mourir à la Jamaïque.Le second demeura en Haïti, peut-être par incapacité d\u2019en partir.Quand Dessalines eut massacré ce qui restait de Français, nous savons qu\u2019il épargna quelques médecins et quelques prêtres, par besoin des services professionnels.Il se peut que le P.Brelle ait été du nombre.Si sa carrière subséquente est étrange, on peut supposer qu\u2019il ne réussit pas à se ressaisir.Il avait probablement assisté à des scènes d\u2019horreur et compris que sa propre vie ne tenait qu\u2019à un cheveu, car il était à la merci du dictateur noir.Dessalines fut sacré empereur d\u2019Haïti en 1804, par le P.Brelle.En 1811, quand Christophe se proclama lui-même Henri Ier, le document qui lui accorde le titre de roi fut endossé, entre autres signatures, par celle de (c C, Brelle, préfet apostolique ».204 RELATIONS Le nouveau monarque, de sa propre autorité, déclara le P.Brelle archevêque d\u2019Haïti et chef de l\u2019Église.Et, de nouveau, le P.Brelle officia à la bizarre cérémonie du couronnement du roi noir.Cette période est extrêmement confuse.Dessalines, après avoir proclamé l\u2019indépendance en 1804, publia une constitution que le Saint-Siège refusa de reconnaître.Ce fut la rupture pendant un demi-siècle, jusqu\u2019au concordat de 1860, mais sans affecter l\u2019ensemble d\u2019Hispaniola, car la ville de Saint-Domingue possédait un archevêque validement consacré.En 1822, Haïti s\u2019annexe la partie espagnole de l\u2019île: l\u2019actuelle République Dominicaine.Les Dominicains recouvrent leur indépendance, et se séparent d\u2019Haïti en 1844.La déplorable situation religieuse fut l\u2019un des facteurs qui les poussèrent à couper leurs attaches.Durant ce temps, l\u2019Haïti proprement dite devint un refuge pour les prêtres irréguliers ou simulés, selon que l\u2019attestent les contemporains.Quand l\u2019Angleterre reconnut Haïti, elle y envoya comme représentant diplomatique un certain Charles Mackenzie, qui atteignit Port-au-Prince en 1826.Le roi Christophe s\u2019était suicidé six ans auparavant, et son fantastique palais royal de Sans-Souci tombait en ruines.Mackenzie, qui visita les débris, note dans son journal: La seule construction qui tienne debout est l\u2019église.L\u2019abbé Besson y officie, et il dirige un collège qu\u2019on vient de mettre sur pied pour la formation d\u2019un clergé national.Comment cela se fera-t-il sans le concours du pape?Je l\u2019ignore.On dit ouvertement que le directeur de la nouvelle université est lieutenant dans la marine française, et que son sacerdoce est une fable.Mackenzie, entré en contact avec l\u2019archevêque de Saint-Domingue, lui parla de l\u2019affaire: Je mentionnai la tentative faite à Sans-Souci pour la fondation d\u2019un séminaire en vue d\u2019un clergé national.J\u2019avais entendu exprimer des doutes sur le caractère sacerdotal de son directeur.Je demandai si ces doutes étaient fondés, et j\u2019appris que sa prétention à l\u2019état clérical était une grossière imposture.Nous en avons assez dit pour faire voir les difficultés du temps.En 1834 et 1836, l\u2019archevêque de Charleston, en Caroline du Sud, offrit ses bons offices comme médiateur entre le gouvernement haïtien et le Saint-Siège.Ce geste, ainsi qu\u2019une offre subséquente de l\u2019archevêque de Saint-Louis dans le même sens, demeurèrent sans résultats.Mais le catholicisme traditionnel languissait, au profit des superstitions africaines.Finalement vint le ridicule Second Empire de Faustin Sou-louque (1847-1859), un Noir ignare qui supporta ouvertement le voodooïsme.Comme les heures les plus sombres précèdent l\u2019aurore, le président Geffrard, entré en fonctions à la chute de Soulouque, négocia en 1860 le Concordat qui demeure l\u2019assise de la vie catholique régulière en Haïti.(Voilà pour le sombre passé.Le présent el V avenir del' Eglise haïtienne, au service de laquelle se dépensent plusieurs de nos compatriotes, sont plus brillants, Un second cirticle en parlera.) SUR LE FRONT NÉO-CANADIEN DEUX ORGANISMES AU TRAVAIL Guy COURTEAU, S.J.ZE COMITÉ.\u2014 La Commission scolaire catholique de Montréal a créé en 1947 un comité chargé de veiller aux é intérêts spirituels et intellectuels des familles catholiques néo-canadiennes.Voici les membres de ce comité des Néo-Canadiens: M.le chanoine Raoul Drouin, président; M.René Guénette, assistant-secrétaire; MM.John Sullivan, A.Saint-Pierre, J.Dansereau, Paul Massé, Treffié Boulanger, Jean-Louis Houle et le R.P.Thomas Mignault, s.j., depuis mai 1948.M.Walter-J.Bossy est l\u2019agent de liaison entre la Commission scolaire, le Comité des Néo-Canadiens, puis les parents et élèves de la population catholique d\u2019origine étrangère de Montréal.Ce comité vient de clore sa première année d\u2019existence.Diriger les élèves néo-canadiens catholiques vers les écoles catholiques est le but principal du comité.Pour atteindre ce but, il coopère avec les curés des paroisses néo-canadiennes, puis avec les parents en précisant auprès d\u2019eux l\u2019action bienfaisante de la Commission scolaire catholique.Au cours de l\u2019année 1947-1948, cette action s\u2019exerça surtout par le moyen de réunions et d\u2019échanges de vues entre dirigeants, éducateurs néo-canadiens et membres du comité.Ces contacts si enrichissants parurent à tous nécessaires pour concentrer tous les efforts vers un objectif commun.M.Arthur Saint-Pierre a présenté un rapport très élaboré des initiatives de l\u2019année, ainsi qu\u2019un programme des plus suggestifs concernant de prochaines réalisations.On doit spécialement louer le comité d\u2019avoir institué des cours de français pour adultes d\u2019origine étrangère.Me Paul Massé est le principal initiateur du projet.Le Bureau.\u2014 Pour promouvoir l\u2019idéal poursuivi par le comité, M.W.-J.Bossy a lancé, comme il a été mentionné ici même (voir Relations, juin 1948), un organisme qui s\u2019avère de jour en jour plus efficace, c\u2019est le Bureau du Service des Néo-Canadiens.Ce bureau, de son côté, n\u2019a pas été inactif.Il s\u2019est assuré la collaboration d\u2019une secrétaire bilingue, Mlle Jeanne Desmarais.Le bureau, par son intensive publicité, gagne des adhésions précieuses dans les milieux culturels canadiens-français et anglo-saxons.Nos amis de l\u2019Ontario sont loin d\u2019être indifférents.Le Windsor Daily Star du 15 mai 1948 étudia l\u2019immigration dans la province de Québec ainsi que l\u2019intervention si opportune de S.Exc.Mgr Charbonneau en faveur de l\u2019adoption de mille orphelins d\u2019Europe et signala le vif intérêt que prend la Législature de Québec à cette campagne.Ce journal voyait d\u2019un très bon œil la fondation du Bureau du Service néocanadien et le zèle infatigable de son animateur, M.W.-J.Bossy.Tout récemment, des rédacteurs de quotidiens et de revues de la Ville-Reine vinrent au Bureau des Néo-Canadiens et eurent de longs entretiens avec M.W.-J.Bossy, afin de mieux renseigner leurs lecteurs sur ce mouvement.Il y a donc émulation entre le Comité et le Bureau.Cette émulation fait espérer que les sympathies manifestées en divers milieux se traduiront en actes.D\u2019ailleurs, d\u2019autres initiatives s\u2019annoncent qui permettent d\u2019affirmer qu\u2019il y a du nouveau.à Montréal, ville fraternelle : un front néo-canadien, né viable! JUILLET 1948 205 SALAZAR ET SON PORTUGAL La Gazette de Lausanne (Ier mai), journal protestant d'esprit large, publie une chronique de son envoyé spécial au Portugal, Jean Bühler, qui fait bien comprendre la nécessité d'un homme comme Salazar à la tête de ce pays : SI L\u2019ON N\u2019ÉTUDIE POINT la pensée du président Salazar, on ne saurait rien comprendre au Portugal d\u2019aujourd\u2019hui.Mais il est tout aussi évident que la pensée de Salazar, nourrie par les leçons du passé, par l\u2019héritage classique et par l\u2019humanisme français, est formulée essentiellement en fonction de son objet: le peuple portugais.Les actes qui procèdent de cette pensée, il ne faut les comparer aux actes d\u2019autres régimes d\u2019autorité qu\u2019avec une prudence extrême.Dans sa volonté d\u2019être au plus haut point national, le gouvernement actuel obéit à des impératifs d\u2019ordre interne.Au temps de l\u2019interview qu\u2019il accorda à Antonio Ferro, Salazar exprimait déjà son rêve tenace: modifier patiemment la mentalité des Portugais, tempérer les passions, obliger à un rythme lent et sûr, qui fasse baisser la température.Si la liberté des Portugais mène périodiquement à Pombal ou à Salazar, c\u2019est qu\u2019elle ne doit pas être viable au sens où nous l\u2019entendons et où nous la pratiquons en Suisse, par exemple.Le Portugais ne porte pas en lui, comme l\u2019Helvète ou l\u2019Anglais, un modérateur, un régulateur, un policier.On n\u2019imagine pas Eça de Quieroz, Garrett, Eugenio de Castro, ni Augusto de Castro, écrivant comme le Gide des premières années du Journal : « Je ne suis qu\u2019un petit garçon qui s\u2019amuse, doublé d\u2019un pasteur protestant qui s\u2019ennuie.» Dans l\u2019usage de la raison et dans la primauté de la raison d\u2019État, l\u2019inspirateur du régime actuel a vu la seule chance de tirer le Portugal du mauvais pas où l\u2019avaient engagé les querelles intestines du début du siècle.Par voie de conséquence logique, après avoir en un délai d\u2019un an et demi, dès 1926, restauré des finances compromises par les abus de pouvoirs personnels et partisans, par la concussion, la simonie et le caciquisme, il n\u2019a pas tardé à formuler une doctrine, une éthique et à forger les instruments qu\u2019il jugeait les plus propres à la reconstruction du pays.Après le chaos qui avait fait suite au départ du roi, en 1910, et qui, il faut le dire, ne datait pas de la proclamation de la République, la monnaie est enfin stabilisée, l\u2019administration est assainie, le Portugal reconquiert son prestige amenuisé.Le nouveau régime entreprend une grande tâche éducative, s\u2019efforçant de revaloriser le sentiment national, proclamant la primauté de l\u2019esprit et luttant contre le matérialisme.Une constitution approuvée par un plébiscite, en 1934, sanctionne la création d\u2019un État national à principe hiérarchique, basé sur l\u2019organisation corporative.Salazar s\u2019est imposé à ses concitoyens en les heurtant de front.A des individualistes, il a montré la raison d\u2019État.A des gens avides d\u2019immédiat, il a ouvert la voie des travaux patients et des longs sacrifices.A ceux-là mêmes qui gaspillaient les deniers publics et à leurs fils, il a fait admettre une dictature de comptabilité, de bilan, de budget.Enfin, aux Portugais qui avaient un goût maladif de l\u2019étranger, il s\u2019est efforcé de rendre le goût de l\u2019investigation profonde, le souci de leur génie propre et purifié.Pour des raisons qui tiennent doublement à la personnalité du peuple portugais et à la personne de Salazar, les moyens employés et les résultats atteints en Lusitanie contribuent à faire du « cas portugais » un phénomène particulier.Une foule de nuances le définissent et le distinguent d\u2019autres régimes d\u2019autorité.Esprit latin, Salazar est conscient de sa mesure et des limites que ses compatriotes impartissent à son action, par le fait seul qu\u2019ils sont tels qu\u2019ils sont.Au Portugal, on évite l\u2019outrance; sinon, elle se dévore elle-même.AVEC OU SANS COMMENTAIRES PIE XII ET NOTRE LANGUE Versons au dossier la lettre que Pie XII vient d'adresser au secrétaire perpétuel de l'Académie française, remerciant celle-ci de l'honneur qu'elle lui a décerné, et faisant un éloge en même temps raisonné et chaleureux de la langue française : LESTIME SINGULIÈRE que, depuis nos jeunes années, j nous avons sans cesse nourrie pour la langue française, dans l\u2019usage de laquelle notre goût personnel autant que nos fonctions nous ont de jour en jour confirmé, ne pouvait que nous faire apprécier davantage le très noble geste par lequel l\u2019Académie décidait à l\u2019unanimité, dans sa séance solennelle du 18 décembre 1947, de nous offrir l\u2019exceptionnelle médaille d\u2019or à l\u2019effigie du cardinal Richelieu, son immortel fondateur.Nous l\u2019avons reçue avec une réelle émotion qui faisait revivre devant tous les yeux le panorama splendide, les fastes tricentenaires du célèbre institut spécialement créé pour la défense et l\u2019illustration de l\u2019un des plus riches idiomes que Dieu ait donné aux hommes de parler.En effet, on ne louera jamais assez la langue française pour sa clarté, sa précision et sa distinction qui en firent par excellence le langage de la diplomatie et des sciences spéculatives.Et cela non par le fait d\u2019une élection arbitraire, car elle est par-dessus tout la langue de l\u2019art, de la littérature et de la poésie, la langue de l\u2019esprit et du cœur.C\u2019est surtout à travers vos auteurs classiques que nous l\u2019avions connue, admirée, aimée.Parmi eux, comment ne manifesterions-nous pas, en cette heureuse conjoncture, une secrète préférence pour votre grand Bossuet, le nôtre aussi, pourrions-nous dire, en raison du profit personnel que nous avons tiré de sa fréquentation assidue et fervente?Sans compter que nous trouvons chez lui à un réel degré cet accent de profonde charité que l\u2019on sent vibrer dans la parole de tant d\u2019orateurs sacrés qui honorèrent la chaire française et chrétienne.Tel est le réconfort culturel et spirituel que cette précieuse médaille nous apporte, en même temps que le témoignage de la haute et exquise courtoisie, bien française elle aussi, dont vos très dignes collègues, et vous-même, entendez aimablement faire preuve à notre endroit.Veuillez partager avec eux les gages sincèrement paternels de reconnaissance et d\u2019attachement, qui se traduisent spécialement par les vœux et les prières que nous faisons, de tout cœur, monter au ciel pour le bonheur et la prospérité de l\u2019Académie française et de ses membres éminents.Du Vatican, le 26 avril 1948.Voici le jugement que porte le Tablet de Londres (1 1948) sur la politique anglaise en Palestine : L\u2019ERREUR n\u2019a pas été d\u2019abandonner le mandat, qui était y devenu intenable, mais de n\u2019avoir pas trouvé une politique subsidiaire qui pouvait garantir l\u2019ordre.C\u2019eût été une bien meilleure politique, à un stage précédent, de s\u2019être déclaré opposé au sionisme politique, et d\u2019avoir pris ouvertement parti pour les Arabes, pour ensuite exiger le respect de la vie et de la propriété juives de sorte que l\u2019œuvre accomplie par plusieurs Juifs, ces trente dernières années, soit sérieusement protégée.Les Arabes avaient raison de craindre un État juif qui, de sa nature, doit être très précaire, s\u2019il ne s\u2019agrandit pas aux dépens de ses voisins.Ils avaient raison de craindre l\u2019espèce de politique qui s\u2019exprimerait dans un tel État et dont l\u2019inspiration n\u2019est pas le judaïsme de l\u2019Ancien Testament et d\u2019Israël, mais une mentalité profondément séculariste.L\u2019intérêt des Arabes est que tout le Moyen-Orient soit un pays paisible dans lequel les États arabes, si faibles eux-mêmes, se consolident toujours.Mais la politique britannique, qui craint toujours de prendre parti pour un côté, a maintenant devant elle la perspective que les Arabes vont combattre et en définitive, sinon rapidement, vont certainement gagner, et que l\u2019ensemble du mouvement va renforcer le sentiment antibritannique qui n\u2019est déjà que trop puissant dans le monde arabe.La question palestinienne, qui aurait pu servir notre amitié avec les Arabes, n\u2019a pas été utilisée dans ce but.JOHN BULL ET LE SIONISME er mai LA QUESTION SCOLAIRE LES RÉCENTS développements démontrent que la ques-j tion scolaire, avec ses raisons en faveur de l\u2019éducation religieuse et contre l\u2019éducation religieuse, demeure la question politique la plus discutée (Correspondance CIP, 29 mai 1948).1° En France, le gouvernement républicain socialiste-populaire évita de justesse d\u2019être renversé sur la question du transfert à l\u2019État de trente écoles des districts miniers qui, jusqu\u2019à ce moment-là, étaient des écoles privées catholiques.Le transfert ne fut approuvé qu\u2019après que les socialistes eurent menacé de briser la coalition gouvernementale et de former un nouveau Front Populaire avec les radicaux et les communistes.2° En Belgique, la crise gouvernementale de dix jours ne prit fin que lorsque le premier ministre Spaak retira sa démission, après avoir accepté le compromis des socialistes et des partis sociaux chrétiens sur le montant des subsides à accorder aux écoles de l\u2019État et aux écoles techniques catholiques.3° En Pologne, une lettre pastorale de la hiérarchie catholique, écrite le 23 mai, demande « le respect de la bonne volonté de tous les matérialistes qui désirent sincèrement contribuer à un meilleur avenir pour la classe ouvrière ».La ^lettre souligne énergiquement, en même temps, que « l\u2019Église ne peut admettre l\u2019éducation athée de la jeunesse catholique », affirmant ainsi son « droit et son devoir » de prendre part à l\u2019éducation.4° En Hongrie, le cardinal Mindszenty, primat catholique, menaça de l\u2019excommunication tous ceux qui appuieraient le plan du gouvernement, sous domination moscovite, de nationaliser les écoles.Le cardinal donna comme raison que ce n\u2019est là qu\u2019un premier pas vers l\u2019élimination de la religion et l\u2019imposition d\u2019une philosophie antichrétienne.JUILLET 1948 OCCUPER LES GARÇONS Sous ce titre, M.Paul P âgé, moniteur, a quelques réflexions pertinentes sur Vimportance de Vorganisation des loisirs pour les jeunes.Le point de vue est peut-être nouveau pour plusieurs.Ce texte est tiré du volume la Délinquance vue par le Mont-Saint-Antoine, récemment publié par les Frères de la Charité, et que nous recensons dans le présent numéro.ON PRÉTEND que le désœuvrement actuel vient du fait qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019organisé, au foyer ou ailleurs, pour permettre aux jeunes d\u2019occuper utilement leurs loisirs.C\u2019est vrais! L\u2019enfant se lasse très vite de jouer au même jeu tous les jours.Il lui faut de la variété.Et que penser des jours de pluie ?Il est alors forcé de demeurer dans la maison.Son corps a besoin d\u2019exercice.Il organise un jeu avec ses frères et sœurs.Au bout de quelques minutes, c\u2019est un charivari de la plus belle espèce.Maman intervient.Le calme revient pour quelques minutes.Petit à petit, le jeu reprend et la chicane s\u2019y met; car une chambre de dix sur dix n\u2019est pas-un endroit pour jouer au cow-boy! Maman doit sévir si elle n\u2019a rien à leur faire faire.Finalement, elle les met hors de la maison.L\u2019enfant se réfugie dans le hangar ou le garage, et c\u2019est là que la délinquance commence.Loin des yeux des parents, en compagnie de compagnons quelquefois douteux, l\u2019enfant est vite entraîné à jouer des tours aux voisins, à faire la visite des 5-10-15 pour y prendre de menus articles, et par la suite devenir membre attitré de la gang.L\u2019enfant est rarement un voleur solitaire.Il suit les autres et prend part à leurs activités.Un jour, il se fait pincer par la police et finit par l\u2019école de réforme, ou, si la chose n\u2019est pas trop grave, est placé pensionnaire dans un collège, quand les parents ont les moyens financiers de payer pour lui.Tout cela aurait pu être évité, si les loisirs de cet enfant avaient été organisés par des personnes qualifiées.Un hobby-shop serait la réponse.Peu d\u2019enfants refusent de « faire des patentes » lorsqu\u2019on leur en procure les moyens.Un atelier équipé d\u2019outils essentiels, et sous la direction d\u2019un moniteur, occuperait de façon instructive et éducative les loisirs de ces enfants.Un esprit occupé à réaliser un projet n\u2019a pas le temps d\u2019en échafauder de mauvais.Avant de traiter un enfant de « rempli de mauvais plans », donnons-lui l\u2019occasion de faire quelque chose de bien.L\u2019enfant, en général, n\u2019ose pas réaliser les projets qu\u2019il a élaborés.La raison?Maman ne l\u2019en croit pas capable! Cela finit souvent par ces mots: « Tu n\u2019es pas capable! » Devant un tel encouragement, l\u2019enfant renonce souvent à essayer.Quelquefois, il essaie quand même et, alors, s\u2019il est pris, c\u2019est la réprimande, sinon la fessée.Combien de caractères ont été déformés et révoltés de cette façon! Après quelques années, on est tout surpris de constater que l\u2019enfant ne sait rien, n\u2019ose pas entreprendre quoi que ce soit de peur d\u2019échouer, en un mot, est une nouille! L\u2019enfant habitué à bricoler est généralement plus débrouillard que celui habitué à jouer au par-chési avec sa grand\u2019mère.L\u2019enfant démonte une horloge de la maison.Il veut « voir » comment c\u2019est fait! Il peut arriver que, lors du remontage, il manque quelques morceaux dans l\u2019horloge et qu\u2019il y en ait quelques-uns sous la table.Je comprends que ce n\u2019est pas très agréable pour les parents.Mais, pour l\u2019enfant, c\u2019est une découverte! Nous avons tous fait cela! Des fois nous avons endommagé des articles de valeur, brûlé les fusibles en faisant des expériences avec le grille-pain, mais les papas n\u2019ont-ils pas la mauvaise habitude « d\u2019examiner » le moteur du train électrique du fiston?Ce pauvre n\u2019a plus ensuite qu\u2019à pousser la locomotive avec la main.Malgré ces inconvénients, nous sommes sortis de là un peu plus sages qu\u2019auparavant.206 RELATIONS 207 Au fil du mois Education et argent Un journaliste protestant, ex-instituteur, qui assistait à un congrès d\u2019instituteurs où il n\u2019était question que d\u2019argent, finit par éclater: « Je vous écoute depuis trois jours.Pas une fois vous n\u2019avez parlé des enfants, de la pédagogie, des progrès possibles.Si vous vous êtes faits instituteurs pour l\u2019argent, vous vous êtes trompés.L\u2019école n\u2019est pas votre place.Si vous ne voyez pas que votre rôle est beaucoup plus grand, vous n\u2019êtes pas qualifiés pour former des hommes et des femmes.» L\u2019éducation est d\u2019abord un apostolat, une part de la mission d\u2019enseigner toutes les nations.Elle n\u2019a pratiquement été que cela jusqu\u2019aux derniers vingt ans.Et le Québec n\u2019aurait pas dû rougir de le mentionner au lieu de s\u2019absenter des statistiques fédérales, à côté des traitements beaucoup plus élevés aux autres provinces.On n\u2019aurait plus donné l\u2019impression d\u2019être des illettrés.Certains yeux se seraient même ouverts d\u2019admiration, pas pour le gouvernement, certes! mais pour le corps enseignant qui se dévouait.Aujourd\u2019hui, les traitements ont du bon sens.Ils restent inférieurs à ceux des voisins, mais on doit bien noter que nous entretenons ici trois écoles pour une chez eux.Il ne faut pas se matérialiser, mettre l\u2019esprit de lucre au pouvoir.Si donc on renonce au revenu spirituel et à la grandeur humaine de l\u2019éducateur, on perd le plus beau, on se fait semblable aux incroyants.Et qui donc acceptera d\u2019enseigner dans les écoles de rang?.L\u2019éducation, hier pur apostolat, aujourd\u2019hui apostolat et question d\u2019argent, sera-t-elle demain uniquement ou surtout question d\u2019argent ?.Réjouissons-nous des progrès accomplis, de la justice rendue, des justes revenus qui permettent aux instituteurs d\u2019élever une famille, d\u2019assurer leur vieillesse, de remplacer les « habits râpés » devenus proverbiaux.Mais espérons qu\u2019ils garderont leur premier idéal de dévouement, d\u2019apostolat religieux et national.Élections ontariennes En 1945, M.Churchill eut la surprise de sa vie, lui, vainqueur d\u2019Hitler, d\u2019être le vaincu d\u2019Attlee.Le vote anglais préféra celui qui promettait une maison à celui qui chantait l\u2019empire du monde.M.Drew, qui reste au pouvoir mais un peu affaibli, a sûrement dû ressentir quelque chose d\u2019analogue.Ses rêves d\u2019un Ontario tout en or, ses importations d\u2019immigrés en avion, peut-être d\u2019autres ambitions, ont cédé devant les promesses d\u2019habitations du programme C.C.F.Le nid familial est plus naturel, plus près de chacun, plus facile à évaluer que les grandeurs artificielles.Partout l\u2019on veut une politique normale, où le facteur humain, le foyer, la vie, le bonheur minimum aient la première place.Quant à la juste répartition des sièges, il faut signaler qu\u2019elle n\u2019existe guère.En 1945, M.Drew cueillait 73 p.c.des sièges avec 45 p.c.des votes; il en reçoit aujourd\u2019hui 66 p.c.\u2014 53 élus par 40 p.c.des votes \u2014; la C.C.F.20 sièges avec 28 p.c.des votes, et les libéraux 13 sièges avec 30 p.c.C\u2019est là une vieille injustice qu\u2019il faudra pourtant corriger.Éducation à rebours Quatre cents Filles de l\u2019Empire, réunies à Halifax en convention annuelle, ont réclamé du gouvernement fédéral des mesures contre « la distribution des livres, magazines et comics, pauvres de style, vulgaires ou obscènes, qui font perdre le temps, l\u2019argent et la morale ».Elles trouvent répréhensibles quantité de publications qui se vendent aux librairies de bas étage ou chez les coiffeurs.Elles se réjouissent de ce que l\u2019économie des dollars américains ait restreint l\u2019importation de sornettes qui faussent l\u2019esprit des enfants, jeunes et vieux.Nous ne sommes donc pas les seuls à prôner la mise à l\u2019index.M.Isley a fait preuve d\u2019un déconcertant illogisme en avouant que ces publications constituent une violation flagrante de la liberté de la presse, puis en décidant de ne rien faire pour interdire les comics susceptibles de pousser la jeunesse au crime.Grâce à la différence de langue, nous sommes plus à l\u2019abri de ces invasions ruineuses des cerveaux et de la morale.Les parents qui croiraient y enseigner l\u2019anglais aux petits feraient bien de consulter les Anglais sur la qualité de ce vocabulaire.Nous avons plus de raisons que nos voisins de nous préserver de l\u2019épidémie des revues de pulpe.Il existe de plus en plus d\u2019imprimés français pour enfants.Servons-nous-en et développons le goût des lectures formatrices, normales.Si la radio peut enseigner moins de jargon, notre parler y gagnera, entre deux célébrations de la Saint-Jean-Baptiste.« Le tonneau éclate » En février dernier, afin de commémorer le dixième anniversaire de la lettre collective de NN.SS.les évêques sur la Tempérance et de ramener l\u2019attention publique sur ce magistral document, la Fédération générale des Ligues du Sacré-Cœur lançait un concours national sur la tempérance: Le tonneau éclate.Le concours comportait: une section des écrits; une autre des dessins; une troisième des photographies et montages.Chaque concurrent devait faire valoir les beautés et les avantages de la tempérance dans la vie individuelle, familiale et sociale.Pour annoncer le concours, environ 35,000 lettres furent envoyées à travers tout le Canada français, aux curés, aux universités, aux collèges classiques, à dix mille écoles, aux secrétaires des municipalités et des commissions scolaires.Plus de cent mille dépliants expliquant le concours furent aussi distribués.Les résultats dépassèrent les prévisions les plus optimistes des organisateurs.Depuis l\u2019île d\u2019Anticosti, la pointe de Gaspé jusqu\u2019aux plaines de l\u2019Ouest, près de 4,000 compositions littéraires, dessins et photos furent reçus au Secrétariat pour être soumis aux juges du concours.Plusieurs milliers d\u2019autres travaux furent éliminés dans les écoles, les paroisses et certains diocèses qui, après des expositions locales, n\u2019envoyèrent que les chefs-d\u2019œuvre.Du 10 au 13 juin, à la salle de l\u2019Immaculée-Conception, il y eut exposition d\u2019un millier de ces dessins, peintures, montages de tout format et de toute couleur.Cette abondante documentation, étalée sur de larges panneaux, imprégna dans les yeux des visiteurs une frappante leçon sur les beautés de la vie tempérante et les méfaits de l\u2019alcoolisme.Nous regrettons que les journaux de Montréal \u2014 sauf le Devoir et le Herald \u2014 n\u2019aient pas jugé opportun de donner de la publicité à cette exposition pour y amener plus de visiteurs.A-t-on peur de la tempérance ?Un tel concours a eu, entre autres avantages, celui d\u2019inciter un grand nombre de gens à appliquer sur un problème les deux premiers points de la technique d\u2019Action catholique: voir et juger, avec la conviction que Vagir suivra.Les concurrents ont dû se documenter, constater des faits, consulter des statistiques; en somme, ils ont dû d\u2019abord voir dans toute sa laideur cette sorte de suicide national qu\u2019est l\u2019intempérance.Pour les aider, la Fédération générale avait publié, au début de l\u2019année, une brochure du P.Philippe Bélanger, s.J., laquelle obtint un véritable succès de librairie.Les faits étaient là.Plusieurs milliers de personnes se sont donné la peine de les voir, de les scruter, d\u2019en avoir honte et de s\u2019en effrayer.C\u2019est un grand succès si l\u2019on songe à la réflexion qu\u2019entraînent un travail de rédaction, l\u2019étude d\u2019une composition publicitaire, l\u2019équilibre ordonné d\u2019un panneau-réclame ou le soin de l\u2019effet photographique.On retient généralement mieux ce que l\u2019on exécute que ce que l\u2019on écoute.208 RELATIONS Si l\u2019on ajoute à ces faits que le concours est arrivé dans les écoles en marge du programme officiel et qu\u2019il avait ainsi l\u2019attrait de la nouveauté, ensuite qu\u2019il venait d\u2019un groupement aussi puissant et aussi désintéressé que la Ligue du Sacré-Cœur, on comprend immédiatement sa grande portée éducative sur la jeunesse, qu\u2019il faut convertir à tout prix à la tempérance afin que dans dix ans les statistiques soient plus consolantes et qu\u2019on voie le fond du tonneau national! Il reste la troisième partie de la méthode d\u2019Action catholique à réaliser: agir; et cette fois il appartient au public d\u2019en prendre l\u2019initiative.Mais comme l\u2019action est la conséquence logique des deux premières étapes précédentes et que celles-ci ont été si bien franchies, nous avons la ferme conviction que l\u2019action sera décisive.Le concours a sûrement atteint son but: il a fait réfléchir les jeunes sur un problème engageant leur avenir, il a amorcé une campagne d\u2019éducation que les Ligues du Sacré-Cœur sont bien décidées à poursuivre, en collaboration avec toutes les organisations qui voudront bien se joindre à son effort.Journées sociales Les Canadiens français du Manitoba à Saint-Boniface viennent, une fois de plus, de faire la preuve de leur attachement à notre culture française.Ils ont de nouveau montré leur désir de participer à fond à notre vie nationale et de maintenir leur éducation sociale au niveau de celle de la province de Québec.Les 4, 5 et 6 juin derniers, ils ont suivi avec intérêt, divisés en groupes spécialisés \u2014 dames, hommes des professions libérales, ouvriers, cultivateurs, instituteurs, jeunes, hommes d\u2019affaires \u2014 une vingtaine de cours de sociologie donnés sous la direction de l\u2019École Sociale Populaire de Montréal.L\u2019affluence à ces cours, compte tenu de la population, pouvait rivaliser avec nos meilleurs auditoires du Québec.Le R.P.Georges Desjardins, recteur du Collège de Saint-Boniface, exposa magistralement la doctrine sociale del\u2019Église en regard des erreurs marxistes.Le P.Paul Chartiez, professeur de philosophie au Collège Garnier de Québec, réunit des délégués des divers centres français du Manitoba, qui l\u2019écoutèrent développer la doctrine du mouvement coopératif et discutèrent avec lui de leurs problèmes locaux.Une après-midi, deux cents hommes d\u2019affaires et membres des professions libérales écoutèrent sans défaillir, pendant une heure et demie, le P.Robert Bernier traiter d\u2019une question technique et difficile: le régime capitaliste et l\u2019économie dirigée.M.l\u2019abbé Blais, curé de la Cathédrale, ainsi que les PP.Jubinville et Légaré, o.m.i., prêtèrent main-forte aux conférenciers de l\u2019École Sociale Populaire et donnèrent chacun une causerie documentée et fort goûtée sur des problèmes religieux ou sociaux de l\u2019heure actuelle.Le soir de la clôture, un magnifique auditoire de huit cents personnes acclama le P.Joseph Ledit, qui fit un éloquent tableau de la situation du communisme dans le monde contemporain.S.Exc.Mgr Cabana, inspirateur et âme de ces journées, visiblement ému, tira les conclusions de cette initiative, qui fait honneur à son diocèse.Le lendemain, Son Excellence réunit, avec les Pères invités, un groupe d\u2019aumôniers d\u2019œuvres, et tous ensemble discutèrent des méthodes et des programmes d\u2019éducation sociale qui seront mis à l\u2019essai durant l\u2019année dans les divers groupements d\u2019action religieuse ou sociale du diocèse.Enfin, voilà un Congrès qui aura un lendemain! De la beauté M.Belzile, délégué de l\u2019U.C.C.à un congrès agricole mondial tenu à Paris, a pu admirer les diverses provinces de France: « La campagne française est d\u2019une beauté inimaginable: des arbres à profusion, une propreté impeccable dans les champs et une utilisation du terrain poussée à l\u2019extrême.» Autant de leçons pour nous: propreté, beauté, utilisation du sol.Or, un petit tour de chemin de fer ou d\u2019auto montre, aux portes de Montréal, de Québec, de Lévis et d\u2019ailleurs, des savanes atroces, des champs qui repoussent en bouleaux, en sapinages, en talles de brousse.Nous prions MM.les agronomes d\u2019attirer l\u2019attention des négligents sur ces plaies qui déshonorent.Même dans les campagnes du fleuve, les plus vues, que de granges et de maisons crient après la chaux et la peinture! Certains embellissements pressent plus qu\u2019un dépôt à la Caisse populaire.Si des obtus craignent de voir monter leur évaluation, il faut les rassurer.Et pourquoi ne pas imiter telle municipalité qui l\u2019abaisse de $100, pour récompenser les sages qui ont payé une taxe de peinture à la beauté de la paroisse?.Ne devrait-on pas imposer davantage, frapper de cette espèce d\u2019amende les propriétés à la triste figure?Au moins les grandes routes courues par les touristes devraient n\u2019offrir que de la propreté.On devrait faire une liste noire de certaines paroisses indolentes.Le prochain congrès mondial agricole se tiendra chez nous.Qu\u2019on ait à montrer une campagne parfaitement montrable, blanchie, propre, sans traî-neries.Les délégués seront alors convaincus d\u2019avoir parcouru un pays tout blanc, au propre et au figuré.Quant à l\u2019expansion agricole par la colonisation, plusieurs s\u2019étonneront qu\u2019on n\u2019utilise pas plus et plus vite les grands espaces qui invitent les hommes.Jeunesse en vacances Avec la fin de juin arrive le temps des vacances, le temps des loisirs.Durant cette période de liberté deux voies s\u2019ouvrent devant la jeunesse scolaire: celle du laisser-aller amollissant et celle des loisirs re-créatifs.Pour la dixième année, l\u2019A.C.J.C.s\u2019intéresse à l\u2019organisation des loisirs créateurs par son Concours de Vacances.Depuis sa fondation, deux mille concurrents se sont présentés à qui furent distribués en prix près de $5,000 et des centaines de volumes.Vacances 48, le .dépliant qui vient de paraître dans une forme originale et vivante, devrait, intéresser tout étudiant par les avenues qu\u2019il ouvre vers les sections de photographie, route, sciences naturelles, enquêtes économiques, artisanat et petite histoire.Aussi, d\u2019année en année, les directeurs du Concours voient avec plaisir augmenter le nombre des concurrents et la valeur des travaux.Ce succès toujours grandissant découle pour une bonne part de la collaboration efficace que ne cessent de leur apporter parents et éducateurs.Le temps consacré à orienter les jeunes et à les encourager le long de la route produit au centuple des fruits d\u2019initiative, d\u2019invention et de sain humanisme.La campagne canadienne Dans le passé, diverses déléga-en mission\ttions du Québec sont allées ren- contrer nos frères de l\u2019Ouest.Ces voyages de la Survivance proclamaient avec éclat la solidarité de tous les groupes de langue française au pays, et servaient à resserrer les liens fraternels qui les reliaient au Canada, selon l\u2019expression pleine de nostalgie des anciens.Jusqu\u2019ici presque toutes les classes sociales étaient représentées parmi ces missionnaires de la survivance, sauf peut-être la plus représentative de nos espoirs ethniques, la classe agricole.Ce mois-ci, un groupe de délégués de nos paroisses agricoles part en mission pour aller rencontrer les frères de là-bas.Les organisateurs de ce Voyage de la Liaison rurale ont clairement indiqué leur intention de recruter pour ce voyage des délégués de nos campagnes, de nos paroisses rurales et de nos associations agricoles.Ce n\u2019est un mystère pour personne que nos compatriotes de là-bas, surtout après quelques générations, regardent le Québec comme une province lointaine, ignorée.Combien connaissent les progrès de toutes sortes accomplis JUILLET 1948 209 par nos campagnes, la prospérité de nos diverses associations ?Les voyageurs, qui partiront le 25 juillet prochain, iront dans les paroisses rurales du Manitoba, de la Saskatchewan et jusqu\u2019à la lointaine région d\u2019Edmonton.Ils seront reçus dans les foyers par leurs compatriotes, discuteront ensemble des problèmes communs, chanteront ensemble, s\u2019amuseront ensemble; apprendront à se connaître et à s\u2019aimer.C\u2019est dire que nos frères de l\u2019Ouest verront le vrai visage de la campagne de chez nous, sentiront battre leur cœur aux souvenirs communs et dans l\u2019estime et l\u2019amour fraternel.C\u2019est avec les souhaits de tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019avenir de notre peuple, intimement lié d\u2019une province à l\u2019autre aux progrès et aux destinées de nos populations rurales, que les missionnaires du Voyage de la Liaison rurale s\u2019embarqueront pour les grands horizons où les attendent des âmes sœurs et des foyers largement ouverts! Commission\tA sa dernière réunion, l\u2019épiscopat de la a etudes sociales province de Québec a créé une commission sacerdotale d\u2019études sociales, composée surtout d\u2019aumôniers d\u2019associations professionnelles.Elle comprend six membres: Mgr J.-C.Leclaire, vicaire général de Saint-Hyacinthe, président; les abbés Henri Pi-chette, de Joliette, aumônier de la C.T.C.C., Orner Genest, aumônier des Syndicats catholiques nationaux de Chicoutimi, Gérard Dion, aumônier de la Régionale de Québec de l\u2019Association professionnelle des Industriels, M.P.-E.Boité, P.s.s., professeur de théologie morale au Grand Séminaire de Montréal, et deux Pères de l\u2019École Sociale Populaire: le P.Émile Bouvier, s.J., aumônier général de l\u2019Association professionnelle des Industriels, et le P.Jacques Cousineau, s.J., aumô- nier du Conseil central des Syndicats catholiques nationaux de Montréal.S.Exc.Mgr Garant, nouvel auxiliaire de Québec et ancien aumônier d\u2019associations patronales, avait été aussi désigné comme membre.La principale tâche de cette Commission sera d\u2019étudier toutes les questions qui intéressent le ministère social de ses membres ou les associations dont ils sont les aumôniers, ainsi que toutes celles que l\u2019épiscopat voudra bien lui soumettre.Elle verra aussi à organiser annuellement des journées sacerdotales d\u2019études sociales.Etrangers, nous! On s\u2019étonne de lire dans le McLean's du 15 mai, sur la radio française d\u2019Alberta, ces deux phrases: « D\u2019autres opposants (que M.le premier ministre Manning) ont argué que les Canadiens français y sont la plus petite minorité, et qu\u2019ils ne devraient pas réclamer une situation particulière.D\u2019après les statistiques, l\u2019Alberta compte environ 43,000 âmes de langue française, 77,000 Allemands, 72,000 Ukrainiens et 63,000 Scandinaves.» Un point, c\u2019est tout.Pas d\u2019explication sur nos droits de premiers occupants.Pas de différence entre ces nouveaux venus et les héritiers des découvreurs, pionniers et martyrs du pays, qui étaient en Acadie en 1603, à Québec en 1608, au Manitoba en 1730, à Calgary en 1750.Rien sur la Confédération, rien sur le fait qu\u2019il n\u2019existe ici ni vainqueurs ni vaincus, mais l\u2019union de deux grandes races.Rien sur l\u2019excellence de la langue et de la culture françaises.Enfin, évidemment, pas un mot sur le fait que les Canadiens français payent toute l\u2019installation de leur poste, et qu\u2019ils ne réclament d\u2019autre liberté que celle de l\u2019air.Vraiment, McLean's a déjà mieux écrit.SUR LA ROUTE DE CHARTRES - 1948 Pierre DRUJON, S.J.LE PÈLERINAGE à Chartres des étudiants de Paris, auquel Relations faisait allusion le mois dernier, est devenu une institution dont on ne saurait exagérer l\u2019importance.Cette manifestation dont les débuts furent très modestes et qui, en 1939, ne groupait encore que quelque deux ou trois cents pèlerins, est devenue, non seulement le grand événement de l\u2019année, pour l\u2019Université de Paris, mais encore un objet d\u2019attention pour la France entière.D\u2019abord, évidemment, il y a le nombre: 6,300 participants, groupés en 110 « chapitres », \u2014 contre 4,200 et 70 chapitres l\u2019an dernier, \u2014 ont envahi la ville de Chartres, en ce matin du Lundi de Pentecôte: interminable colonne dont le silence, \u2014 tous les pèlerins étant en prière, \u2014 n\u2019était pas moins impressionnant que la masse.Tous sont des étudiants; en conséquence les « moins de dix-huit ans » ne sont pas admis: deux traits qui soulignent la valeur du témoignage.Et le chiffre de 6,300 est d\u2019autant plus remarquable que, pour beaucoup, l\u2019imminence des examens et des concours est un gros obstacle.Quel contraste avec ce qu\u2019il y a un peu plus d\u2019un siècle écrivait Montalembert: « Combien étions-nous de jeunes chrétiens même dans les collèges les mieux famés ?A peine un sur vingt.Quand nous entrions dans une église, est-ce que la rencontre d\u2019un de ces jeunes gens des Écoles.ne produisait pas presque autant de surprise et de curiosité que la visite d\u2019un voyageur chrétien dans une mosquée d\u2019Orient ?» En 1948, l\u2019immense nef de la cathédrale de Chartres a retrouvé une multitude à son échelle.Le chœur, la nef, le transept, les bas-côtés, les chapelles latérales sont absolument combles: les allées mêmes sont envahies.Comme l\u2019écrit François Mauriac dans le Figaro, voici qu\u2019en ce « merveilleux coquillage d\u2019où la mer s\u2019était retirée, la mer de nouveau s\u2019engouffre ».Et ces six mille voix jeunes dans les chants liturgiques et leurs cantiques recouvrent la puissante voix des orgues.Voici ce qu\u2019ont entendu et vu les journalistes.Ils ont pu encore compter les 5,800 communions distribuées par quatorze prêtres durant une demi-heure.Peut-être ont-ils soupçonné, à l\u2019ardente lassitude des visages, ce que comportait d\u2019amour et de foi cette démarche accomplie en fin de matinée, à jeun, après un lever à cinq heures du matin et huit kilomètres de route, sous un sac pesant.Malgré tout, les reportages des journaux sont, en dépit de la bonne volonté des correspondants, demeurés terriblement superficiels et décevants.Il faut avoir vécu le Pèlerinage au cours des trois journées, en en suivant vraiment dans un « chapitre » toutes les étapes, pour découvrir le profond renouveau spirituel dont, si elles en étaient témoins, la jeunesse voltairienne de 1830 et la jeunesse rationaliste de 1880 seraient stupéfaites.Assurément faut-il signaler comme manifestations plus visibles d\u2019un tel renouveau ces Complies; montant, dans la nuit paisible, d\u2019une vaste et ancienne carrière: fond constellé des feux d\u2019innombrables lampes électriques où cinquante « chapitres » se trouvent rassemblés, tandis qu\u2019au sommet de la falaise une auto munie de haut-parleurs diffuse la voix de l\u2019officiant.210 RELATIONS Ou encore la grand\u2019messe en plein air, à Gallardon, au moment où quarante prêtres élèvent simultanément avec le célébrant, au-dessus de leurs autels portatifs, l\u2019hostie et le calice, à l\u2019intérieur du vaste cercle formé par trois mille pèlerins de la « branche » venue de Rambouillet.Mais ces réussites liturgiques et communautaires, rendues possibles par les actuels moyens de diffusion, si impressionnantes soient-elles, ne représentent encore que les dehors du Pèlerinage.Le mystère, disons même le miracle de Chartres se situe plus profond.Pendant trois jours, six mille étudiants ont accompli une route de pénitence, de prière, dans une merveilleuse atmosphère de charité fraternelle.Ne craignez point que cette marche à travers la Beauce devienne une promenade touristique: cette année, par hasard, nous n\u2019avons pas reçu une goutte d\u2019eau.Mais sous le ciel lourd et le soleil de l\u2019après-midi, la route sans fin, au milieu des champs de blés, vides de maisons et d\u2019arbres, est un vrai purgatoire.Sacs lourdement chargés, pieds endoloris, \u2014 parce que, en cette fin d\u2019année scolaire, déshabitués de la marche, \u2014points d\u2019eau rares dont l\u2019accès est strictement réglementé, vu le nombre des marcheurs: tout contribue à faire des étapes un exercice d\u2019ascétisme.Ajoutez-y trois jours de repas froids, les nuits courtes dans l\u2019entassement des granges, et jugez de la bonne volonté de ces milliers de garçons et filles acceptant sans une plainte de ne pas fumer pendant la durée du Pèlerinage et observant un absolu silence durant les deux ou trois kilomètres de marche à faire pour gagner chaque soir les cantonnements.Dans ce climat on s\u2019étonnera moins du sérieux et de la sincérité de la prière: celle-ci s\u2019exprime dans les manifestations communautaires que nous avons relatées, mais plus profondément dans le chant du rosaire au long des routes.Un Je vous salue, Marie, d\u2019une ligne musicale très simple, aux réminiscences grégoriennes et au rythme de marche, permet, en alternant le chœur des filles et des garçons, de soutenir l\u2019effort physique tout en élevant les âmes.Plus personnellement encore, les temps de prière silencieuse permettent, en cours d\u2019étape, d\u2019approfondir la vie religieuse du Pèlerinage.Prière et réflexion préparent les échanges en équipe.Très justement on a pensé que, pour des Étudiants, ces deux jours de route devaient être l\u2019occasion d\u2019un enrichissement de leur foi.Depuis trois ou quatre ans, un thème doctrinal est choisi et très sérieusement étudié d\u2019avance dans les groupes catholiques.En dehors des moments de détente, le plus clair du temps se passe à s\u2019entretenir du sujet proposé.Ce qui est une nouveauté sans précédent, ce qu\u2019on n\u2019eût même pas imaginé il y a vingt ans, c\u2019est le sérieux, le cœur, la confiance mutuelle avec lesquels ces innombrables équipes de garçons ou de filles, qui la veille ne se connaissaient pas, mais qui se savent désireux de s\u2019unir au même Christ, s\u2019entretiennent de choses religieuses.Aussi bien le « chapitre » avec ses dix « équipes » et les quelque cinquante à soixante membres qui le constituent est-il bientôt devenu cette communauté fraternelle où l\u2019amour réciproque se manifeste comme le signe surnaturel dont le Christ a voulu que fussent marqués ses disciples: partage des provisions et de la précieuse eau des gourdes, transport du sac de ceux qui sont fatigués, sont les indices extérieurs de l\u2019union des âmes.Et que dire de ces rapports entre garçons et filles, séparés dans leurs équipes de marche, rassemblés dans les haltes, où la simplicité nuancée de réserve des premiers trouve dans celles-ci la réponse d\u2019une affection délicate telle que des grandes sœurs ou des jeunes sœurs peuvent en manifester à leurs frères ?Or, ils viennent de partout ces étudiants et ces étudiantes : des cinq facultés d\u2019abord: les internes des hôpitaux coudoient les juristes et les « agrégatifs » de lettres ou d\u2019histoire, les « bizuths » du P.C.B.Depuis deux ans il en vient des Grandes Écoles, « Mineurs » ou X, Vétérinaires et Arts et Métiers, sans oublier les bruyants élèves de l\u2019École des Beaux-Arts.Enfin, dans la mesure où les concours le leur permettent, les « Préparationnaires » avec leurs calots distinctifs: Saint-Cyr, Taupe, Colo, Agro, etc.Mais il est une diversité plus profonde: celle des âmes.Il y a, parmi ces garçons et ces filles, une élite magnifique; d\u2019autres viennent plutôt pour être entraînés que pour conduire; certains pour se raccrocher et sortir du marasme.De plus en plus nombreux aussi, nos frères non catholiques: protestants, et aussi juifs, incroyants de toutes sortes, marxistes et communistes.Ils viennent pour savoir ce qu\u2019est la vie des chrétiens, et ils l\u2019abordent par ce contact direct, mieux que dans les discussions et les livres.Chaque année, pour plusieurs d\u2019entre eux, cette rencontre est une découverte aux conséquences définitives; et la prochaine fois ils feront la même route en croyants.Tel ou tel d\u2019entre eux va même du premier coup au plus difficile, au plus méritoire et s\u2019engage avec un ami dans ce « chapitre » des malades qui, à longueur de kilomètres, voiture des étudiants « allongés » : bon samaritain plus généreux que beaucoup de fidèles.D\u2019ailleurs, cette présence des malades, de la souffrance au milieu des pèlerins ne contribue pas peu à faire prendre au sérieux cette route de Chartres: elle est, au surplus, pour les populations de la Beauce, un commentaire éloquent du geste accompli par les étudiants.3,800, 4,500, 6,500: sans doute faudra-t-il, l\u2019an prochain, ajouter un troisième itinéraire à celui des deux branches qui existent déjà; et sans doute devra-t-on diffuser sur le porche de la cathédrale la messe pontificale à laquelle tous ne pourront plus avoir accès.Après les détails que nous avons donnés, il est aisé de comprendre qu\u2019un tel succès ne saurait s\u2019expliquer par l\u2019engouement et la propagande.Qui y est plus réfractaire qu\u2019un étudiant ?C\u2019est donc qu\u2019un tel pèlerinage répond à un besoin profond des âmes et c\u2019est le fait capital qui mérite d\u2019être noté.Une ou deux remarques encore.Si l\u2019individualisme étudiant subsiste, il faut néanmoins reconnaître que le sens communautaire le bat en brèche; et ceci aussi est nouveau.Or, ce n\u2019est pas là une exception accidentelle.Ce pèlerinage qui, depuis douze ans, met en rapports suivis des dirigeants des Facultés et des Grandes Écoles, dégage progressivement, au cœur de l\u2019Université de Paris, une communauté étudiante qui, prenant de plus en plus conscience d\u2019elle-même, éprouvera le besoin d\u2019affermir sa physionomie et sa vie.Si elle se trouve bien orientée, une telle évolution est pleine de promesses.Quand on cherche les causes d\u2019une transformation si notable, il faut, sans conteste, relever l\u2019action persévérante des Groupes catholiques et l\u2019influence que depuis vingt ans ont exercée des Mouvements comme le Scoutisme et la J.E.C.C\u2019est la récompense de tant d\u2019efforts obscurs, souvent stériles en apparence, mais qui enfin confluent dans ce grand courant qui soulève le milieu tout entier.Sans doute, ne nous le dissimulons pas, ce n\u2019est encore qu\u2019un début.Et puis nous savons quelle vigilance est nécessaire pour maintenir l\u2019esprit d\u2019une institution qui prend de l\u2019âge et s\u2019agrandit.Il faut, en outre, que cet élan mystique ne se perde pas dans le vide: cette foi, cette ferveur doivent animer et féconder la vie universitaire tout entière: la vie intellectuelle aussi bien que l\u2019action au service de la communauté étudiante.JUILLET 1948 211 C\u2019était le sens des magistrales conclusions tirées par S.E.le cardinal Suhard au « Chapitre général ».Le réveil spirituel des jeunes catholiques ne peut se concevoir sans un engagement dans leur milieu, préface aux engagements ultérieurs.Mais l\u2019on peut tout attendre au lendemain d\u2019une Pentecôte.Au soir de ces heures inoubliables, le troisième et quatrième des cinq trains spéciaux mis en marche par la S.N.C.F., arrivés à Paris coup sur coup, allaient déverser sur les trottoirs du boulevard de Vaugirard leurs milliers de pèlerins.Spontanément, sur les quais de la gare Montparnasse, les « chapitres » qui déferlaient vers la sortie avaient entonné, dernier hommage de leur piété, le Je vous salue, Marie, de Chartres.Et plus d\u2019un parmi les spectateurs regardait passer avec stupeur, peut-être avec envie, cette jeunesse ardente et fraternelle qui a retrouvé, avec une foi vivante, les trésors de la vie intérieure.LITTÉRATURE SOCIALE DE «MENAUD» À «LA MINUIT.Flavien CHARBONNEAU, C.S.C.LE SAMEDI SOIR 6 MARS, la salle des conférences de la Bibliothèque municipale était littéralement envahie par la plus grande assistance jamais vue.Sans doute les amis de M.l\u2019abbé Félix-Antoine Savard avaient-ils voulu lui apporter le témoignage de leur grande admiration.Mais nous pouvons penser qu\u2019ils étaient également curieux d\u2019entendre leur « auteur préféré » leur raconter lui-même, comme c\u2019est la coutume en présence d\u2019un public aussi sympathique, par quelles circonstances il avait été entraîné dans la carrière d\u2019écrivain, et sous quelles influences il avait réalisé les ouvrages de haute valeur littéraire que nous lui connaissons.Mais l\u2019auteur de Menaud, maître-draveur et de VAbatis répugne à se livrer lui-même autrement que dans ses poèmes.C\u2019est là qu\u2019il exprime le meilleur de sa personnalité, en évitant toutefois de la confondre avec les personnages qu\u2019il a portés si longtemps dans son intelligence et qu\u2019il a nourris pendant des années à même son cœur.Et voilà pourquoi ce n\u2019est pas vers son œuvre antérieure que M.Savard nous a tournés, mais vers l\u2019avenir.Il n\u2019a rien révélé de sa propre histoire, mais il n\u2019a trouvé rien de mieux à offrir à son auditoire que de l\u2019introduire le premier dans un monde nouveau qu\u2019il s\u2019est révélé tout d\u2019abord à lui-même dans un labeur des plus consciencieux.Sans préambule comme sans beaucoup de commentaires, il s\u2019est contenté de lire quelques extraits et toute la troisième partie de son prochain livre qui paraîtra bientôt.« Roman, conte ou poème, peu m\u2019importe, le récit portera le titre de la Minuit »; c\u2019est ainsi que l\u2019auteur l\u2019annonce.Et il nous apprend qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019histoire des pauvres gens qui habitent le petit village de Sainte-Basque, quelque part sur le bord de la mer (non loin de Saint-Joseph-de-la-Rive), dans l\u2019enchanteur comté de Charlevoix.Il serait intéressant de satisfaire la curiosité du public en traçant ici même les grandes lignes du récit tel que notre mémoire peut l\u2019avoir retenu, mais je crois qu\u2019il est préférable d\u2019attendre la publication de l\u2019ouvrage, afin de mieux saisir les liens qui relient les différents épisodes, et de ne pas prévenir les jugements de la critique.La Minuit est un poème, je devrais préciser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman véritable, mais un roman poétique, qui mérite d\u2019être apprécié pour lui-même, sans égard aux ouvrages antérieurs de M.Savard.Si bien qu\u2019à ce point de vue je souhaiterais qu\u2019il n\u2019ait jamais rien publié auparavant.Loin de moi l\u2019intention de rabaisser des œuvres qui ont mérité les plus grands éloges, et qui ont donné un élan si remarquable à notre littérature canadienne.Mais pour que l\u2019on saisisse mieux la portée du nouvel ouvrage de M.Savard, que l\u2019on me permette d\u2019essayer de mesurer le chemin qu\u2019il a parcouru depuis plus de dix ans.Avant de devenir écrivain, l\u2019abbé Savard fut un homme d\u2019action, engagé dans une œuvre d\u2019apostolat qui requérait toutes ses énergies et tout son temps.Il nous raconte ses expériences de missionnaire-colonisateur en Abitibi, dans « ce livre alterné de souvenirs et de poèmes » dont « le titre évoque les premiers lieux de son inspiration » : V Abatis.C\u2019est la dure réalité terrestre et terrienne qui l\u2019a déterminé à utiliser ses incomparables talents de poète pour attirer l\u2019attention de ses compatriotes sur les êtres et les choses qu\u2019il découvrait, sous un jour jamais entrevu auparavant.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de sciences naturelles, je sépare difficilement l\u2019idée de connaissance de certaines images assez prosaïques de bottes et de boue.(.) Je reviens d\u2019Abitibi.J\u2019y ai fait certaines expériences personnelles assez rudimentaires.J\u2019ai marché dans cette belle glaise attachante de l\u2019Ojibway.Je me rappelle certains jours de découvertes au milieu de mes jeunes, certains jours qui m\u2019ont paru splendides, un peu comme ce fameux sixième et humain de l\u2019Ecriture; et je modelais des figures au milieu de mes jeunes et je leur montrais combien cette terre était de vie pour ma race, je soufflais moi aussi sur les âmes que j\u2019étais venu implanter.Ces mots d\u2019une conférence prononcée en février 1939 nous mettent sur la piste pour comprendre l\u2019état d\u2019âme de M.Savard au moment d\u2019écrire son Menaud.C\u2019est un appel qu\u2019il veut lancer dans la province par le truchement d\u2019une histoire de drave et de draveurs.Écoutez-le encore ce soir-là parler de la colonisation pour remédier aux angoissants problèmes de cette époque de chômage et de crise financière.Quand on voit tout ce grand sol qui n\u2019attend que notre travail pour se changer en pain, lait et viande, on voudrait dans un burgau d\u2019écorce beugler un appel à manger et à vivre, loin des villes où gémit le peuple des affamés et fort jusqu\u2019au fond des âmes qui cherchent et qui désespèrent.Nous sentons vibrer le cœur de cet homme qui a vu et qui voudrait communiquer sa vision à ses frères: Quand on voit des peuples se mettre dangereusement en branle pour la possession de quelque sable torride là-bas, et qu\u2019on songe à notre vaste pays, à tout ce domaine inerte parce que nous n\u2019y mettons pas le ferment de notre volonté et qu\u2019on recense toute cette armée de chômeurs qui n\u2019ont plus d\u2019autre métier que celui de quémander des jeux et du pain, le cœur se serre douloureusement; on pense à ceux qui nous ont fait ce pays, à ce qu\u2019ils ont donné sans épargne à cette terre pour nous la faire grande et belle: des vies, des sueurs et du sang.M.Savard était en présence d\u2019un problème social bien particulier à notre province.Il savait, lui, la joie de ses jeunes gens qu\u2019il avait accompagnés sur des terres neuves; alors il voulut raconter lui-même ce qu\u2019il avait compris des fondements de notre race: Je me rappellerai toujours ce que j\u2019entendis à la porte d\u2019une tente, le soir du premier jour où ils choisirent leurs lots.212 RELATIONS Ces misérables sans sou ni maille parlaient avec ferveur; ils disaient: mon lot, ma terre à bois.Alors, j'ai compris que c\u2019est en le dirigeant vers la possession qu\u2019on peut faire un peuple, que c\u2019est en facilitant l\u2019exercice du droit de possession qu\u2019on pourra résoudre le problème social.C\u2019est après cette scène qui m\u2019avait profondément ému que j\u2019ai voulu écrire dans Menaud : « Instinct de possession, instinct né de la vie elle-même.C\u2019est cet instinct qui avait poussé tant de héros jusqu\u2019aux abouts des terres de ce pays, animé tous les défricheurs à poser, sur les droits de découverte, le sceau du travail et du sang, mis toutes les volontés en marche d\u2019agrandissement.Posséder! Voilà le mot d\u2019ordre venu du sang, l\u2019appel monté de la terre, la terre qui toute, dans la nuit de printemps, clamait: « Je t\u2019appartiens! » Je t\u2019appartiens! par le droit des morts dont je suis le reliquaire sacré, par tous les signes de possession que, depuis trois cents ans, les tiens ont engravés dans ma chair! » (Menaud, p.119, éd.Garneau.) On peut en juger, Menaud fut écrit pour répondre à un problème social.J\u2019ai confiance qu\u2019avec un peu d\u2019amour et d\u2019énergie, nous pourrions faire pour cette jeunesse abandonnée une grande œuvre de restauration sociale ?Qu\u2019y a-t-il de plus sûr, de plus conforme au bon sens, à toutes nos traditions que de donner à notre jeunesse le champ qu\u2019elle réclame pour y bâtir sa demeure et continuer dans l\u2019ordre l\u2019œuvre de ses pères ?Et maintenant, revenons à certaines révélations de /\u2019Abatis (pp.19-20): Nous apprenions à connaître les hommes, l\u2019œuvre étant de telle taille que chacun y pût donner sa vraie mesure.Nous ne cessions d\u2019admirer les étonnantes ressources de la plupart.Un but noble et nouveau remuait ces pauvres, suscitait les plus merveilleuses énergies.C\u2019est alors plus que jamais que M.Savard pénètre l\u2019âme et les vertus de notre race.En observant ses colons, il comprend mieux la valeur des vertus ancestrales: Quels qu\u2019aient été mes désirs et illusions, il est sûr que, si j\u2019eus à déplorer bien des faiblesses et, parfois même, les passions les plus détestables, par contre, j\u2019ai rencontré de vrais défricheurs et je les ai profondément aimés.Ne me révélaient-ils pas ce que notre peuple avait accompli et ce qu\u2019il pourrait accomplir encore?Ce qu\u2019il avait sous les yeux lui expliquait le passé et lui montrait l\u2019avenir; comment aurait-il pu se taire et ne pas crier?Oui, crier cette vérité et combien d\u2019autres encore: que le paysan est un être accordé (M.Savard s\u2019est expliqué là-dessus dans une autre conférence magistrale sur Le paysan et la nature), qu\u2019il est souvent en état de poésie, que la poésie se puise à même le sol, et que le peuple reste encore le gardien des trésors de la race.Mais il est bien difficile de se faire entendre, même quand on propose les solutions les plus sages aux problèmes les plus urgents.Il aurait fallu multiplier les discours, les articles de journaux, intensifier la propagande, et encore avec quel résultat?M.Savard connaissait un meilleur moyen pour atteindre le public, et il a confié son secret aux jeunes en novembre 1939, dans une causerie prononcée au congrès du Bloc Universitaire: Il est grand temps de réfléchir à ceci: que les vrais chefs, tant ceux d\u2019hier que d\u2019aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019ils ont voulu relever leurs peuples et les pousser à de grands desseins, leur ont moins exposé des thèses que proposé de grandes images où ils ont fièrement reconnu les idées, le sang, le visage et l\u2019œuvre de leurs pères.J\u2019ai toujours été frappé de l\u2019usage que les anciens ont fait des grandes pages de leur histoire et de leurs nobles légendes pour exalter les vertus de leurs compatriotes.M.Savard a donc utilisé la somme de ses expériences terriennes pour rappeler à ses frères les valeurs impérissables de la vraie paysannerie.Il est un réaliste, au plus fort sens du mot.Il voit et touche la réalité, la réalité concrète et aussi la réalité plus réelle qui se cache sous les apparences et qui ne se livre qu\u2019à celui qui s\u2019est lié d\u2019amitié avec la nature et avec le paysan.En vivant avec ses colons, il a compris que leur tâche était dans la ligne de notre plus pure tradition.Ces colons ne lui apparaissaient pas comme des isolés, mais plutôt comme des continuateurs de ceux qui ont fait notre pays, l\u2019ayant arraché pied par pied à la forêt vierge, et l\u2019ayant exploré par toutes ses rivières.En voyant avec quelle ferveur ses jeunes colons devenaient les possesseurs du sol dont ils étaient bientôt comme le prolongement, parce qu\u2019ils y prenaient racine, M.Savard comprit que cette réalité présente n\u2019était que la continuation du passé et le gage de l\u2019avenir.C\u2019était toujours le même élan d\u2019une race, un même effort continué d\u2019une même race, continuée elle aussi.Puis il se disait: Si un jour quelqu\u2019un venait pour déposséder mes jeunes de la terre qu\u2019ils ont faite, je suis sûr qu\u2019ils la voudraient défendre jusqu\u2019à la mort, puisque cette terre, ils la connaissent et ils l\u2019aiment, la fécondent et s\u2019en nourrissent.Tous ces jeunes qu\u2019il a devant lui, il réalise, après Louis Hémon, « qu\u2019ils sont d\u2019une race qui ne sait pas mourir », et qu\u2019ils sont « un témoignage ».Alors, comment va-t-il traduire ces vérités?M.Savard mettra-t-il en œuvre tous les ressorts de l\u2019éloquence ?Avouons qu\u2019il n\u2019a pas complètement résisté tout d\u2019abord à cette tentation, puisqu\u2019on lui a fait quelques reproches sur la grandiloquence de son premier Menaud, d\u2019ailleurs corrigée dans la seconde version.Toutefois, reconnaissons qu\u2019il lui fallait élever la voix pour que l\u2019on entendît son appel à la liberté.Et comme, « pour l\u2019abbé Savard, tout est poésie et que le roman n\u2019est qu\u2019une forme de la poétique », il voulut partir de la réalité et la rendre encore plus vraie, en la dégageant des particularismes.« Je trouvai que je pouvais être véridique autant que l\u2019historien, si je partais comme lui d\u2019objets réels, mais pour idéaliser, par endroits, une œuvre à laquelle des annales rigoureuses ne rendraient pas entièrement justice.» (Abatis, p.10.) Voici comment ses poèmes se sont élaborés en lui: J\u2019observais d\u2019ailleurs, en moi, une irrésistible croissance de la beauté de mes souvenirs.Un héros \u2014 (ne serait-ce pas Menaud ?) \u2014 se composait de la substance des actes de plusieurs.Certains gestes s\u2019achevaient dont je n\u2019avais vu que l\u2019ébauche.Mes labeurs et mes joies et jusqu\u2019à mes itinéraires eux-mêmes ne cessaient de se mouvoir dans une glorieuse et très agréable confusion.Bref, cette œuvre magique, dès que je la voulais raconter, transfigurait tout mon passé comme elle fait le sol de mon pays.Tant et si bien que je ne vis bientôt plus, au lieu d\u2019une colonisation particuliarisée, que les traits les plus poétiques d\u2019une œuvre qui ne s\u2019arrêtait pas de vivre en moi, et de se libérer de beaucoup de détails et de circonstances inutiles.Ce sont ces quelques traits que j\u2019ai voulu célébrer.(Abatis, pp.10-16.) M.Savard parle ici autant de son Menaud que des poèmes de VAbatis.On comprend mieux dès lors l\u2019explosion de son premier livre et l\u2019intempérance de ses images et la grandiloquence de son héros: il avait tant de vérités à faire éclater, tant de merveilles à peindre et tant de jeunes à convaincre! Puis l\u2019auteur a eu l\u2019occasion de se faire entendre; il a trouvé un déversoir au trop-plein de son cœur; et il a eu le courage et le talent de reprendre son récit.Il l\u2019a travaillé de nouveau et l\u2019a fixé dans une forme qui témoigne à la fois de la vérité, de la beauté et de la permanence de l\u2019œuvre sociale à laquelle il a consacré sa vie: le retour et l\u2019attachement à cette terre qui est le fondement, la racine et la tige des vertus de la race.Trop de critiques n\u2019ont pas pris le soin de refaire la lecture de Menaud, maître-draveur, tel que publié chez Fides en 1944.Et l\u2019on continue parfois à reprocher à l\u2019auteur des défauts dont il s\u2019est corrigé.C\u2019est par la vérité même des personnages et des descriptions que M.Savard réussit à dégager de JUILLET 1948 213 l\u2019universel.Menaud reste le roman de la souffrance, de cette souffrance d\u2019un homme qui connaît son pays et qui le voit méprisé par ses compatriotes, abandonné par son fils qui périt, délaissé par sa fille qui aime le traître; et cette souffrance d\u2019un homme réel devient, pour les lecteurs avertis, un symbole, une allégorie, car la folie de Menaud, « c\u2019est pas une folie comme une autre! Ça me dit, à moi, que c\u2019est un avertissement »! Avons-nous compris cet avertissement?Espérons-le, car le romancier Savard s\u2019est tourné vers un autre problème social, ou plutôt vers un autre aspect du même problème social.Il a consacré plus de dix années à l\u2019œuvre qu\u2019il va bientôt livrer au public.Pendant ce temps-là, il a su mettre à profit tous les avantages que lui ont procurés ses nouvelles fonctions de professeur de littérature à l\u2019Université Laval et de folkloriste.Tout ce que je puis dire maintenant, c\u2019est que la Minuit connaîtra un succès jusqu\u2019ici inconnu, parce que ce A U SE R VICE- de la JEUNE FILLE récit nous arrive dans une langue des plus parfaites, et apporte une réponse salutaire aux inquiétudes de notre temps.Nous y retrouverons ce sens de la terre qui est si particulier au poète Savard, mais son poème aura une valeur d\u2019universalité.Peut-être aura-t-il réalisé l\u2019idéal du folkloriste qui part d\u2019un présent non éventuel, non exceptionnel, mais lié par une sorte de filiation au passé, mais collectif.Il observe et vérifie le dernier anneau d\u2019une tradition pour refaire l\u2019enchaînement tout entier.Il connaît le passé par tout ce qui se prolonge dans le présent.C\u2019est cette connaissance qui procède avec exactitude du connu vers l\u2019inconnu, de l\u2019homme actuel vers le défunt, que nous jugeons indispensable à l\u2019historien.(« Le Folklore et l\u2019Histoire » dans les Archives de Folklore, I, 1946, p.24.) La Minuit sera un livre qui nous permettra de juger du labeur consciencieux du savant, du naturaliste, de l\u2019historien, du sociologue et du poète.MYSTÈRES DE LA MAISON D\u2019ACCUEIL Thomas MIGNAULT, S.J.AU PREMIER ABORD, rien de moins mystérieux que la Maison d\u2019accueil qui abrite l\u2019Œuvre de la Protection L de la Jeune Fille (101, rue Lagauchetière Ouest, Montréal).Une apôtre sociale laïque, Mlle Yvonne Maisonneuve, en est l\u2019animatrice.Une vingtaine de collaboratrices forment le groupe connu des Associées catholiques.L\u2019organisme vise à préserver, à hospitaliser et à orienter les jeunes filles de toutes conditions: orphelines; adolescentes abandonnées ou déroutées; étudiantes comprenant des gardes-malades, des jeunes filles d\u2019Europe et d\u2019Amérique latine en séjour d\u2019études à Montréal; enfin, jeunes filles de la campagne en quête d\u2019un emploi en ville, etc.Une œuvre de cette envergure, en apparence si simple, comporte nombre de mystères.Le premier, c\u2019est que le prestige d\u2019une seule femme a réussi cette gageure de fonder, d\u2019animer une telle entreprise et d\u2019y maintenir le même esprit chez un personnel tiraillé par de multiples dévouements.Énumérons ses principaux champs d\u2019activité: au dehors, courses d\u2019affaires, quêtes quotidiennes, visites aux malades, heures de garde aux kiosques des gares; à l\u2019intérieur, soins de la maison, services sociaux, vestiaire, art culinaire, pharmacie, traitements des diverses maladies mentales ou nerveuses.Le deuxième mystère est la tournure éducative imprimée à tous les services.La Maison est plus qu\u2019un foyer, plus qu\u2019un hôpital.Les jeunes filles qui y passent suivent une série de conférences, de cours sociaux; bref, fréquentent une sorte d\u2019école pratique qui les prépare admirablement aux vertus domestiques et familiales.Au service de la santé, on mobilise l\u2019éducation des muscles, l\u2019hygiène, la psychiatrie, voire même la musique et les autres arts.Le troisième mystère, c\u2019est la formation religieuse et spécialisée des auxiliaires.Cette formation des collaboratrices passe avant tout.Aux exercices spirituels des associées s\u2019ajoutent leur perfectionnement intellectuel et moral, l\u2019acquisition des techniques et des disciplines indispensables à l\u2019accomplissement de leur devoir d\u2019état.Les associées ne seront néanmoins ni des religieuses, ni des laïques, mais d\u2019admirables apôtres qui déploieront même dans le monde une souplesse inimaginable alliée à une vie spirituelle intense.Le quatrième mystère, c\u2019est, chez la directrice, la conviction que les Maisons d\u2019accueil sont une nécessité des temps.L\u2019Œuvre de la Protection de la Jeune Fille n\u2019est-elle pas l\u2019œuvre primordiale, indispensable, de l\u2019apostolat contemporain ?Aussi la jeune fille de notre époque doit-elle être préparée d\u2019une façon rigoureuse à sa mission de femme ^chrétienne.Le monde ne peut rien bâtir sans la femme.L\u2019Église du Christ, au reste, ne méprise ni la femme, ni la jeune fille; mais elle reconnaît leur rôle de premier plan dans la reconstruction sociale.De tout temps, des institutions variées se sont préoccupées de l\u2019éducation des jeunes filles provenant de milieux favorisés; il restait à pourvoir aux exigences particulières de maintes jeunes filles arrachées prématurément, soit par nécessité, soit autrement, à leurs familles ou à des ambiances élevantes.Pour ces jeunes filles, aux heures de vertige, les Maisons d\u2019accueil apparaîtront comme leurs refuges et leurs sauvegardes.Le dernier mystère, c\u2019est la part de Dieu.C\u2019est Lui qui veillera, en définitive, sur l\u2019Œuvre de la Protection de la Jeune Fille.Même au vingtième siècle, malgré les techniques des œuvres de sécurité, de la charité commandée ou légalisée, il y a place pour l\u2019action de la divine Providence.Dieu a ses manières, imprévues et douces, de mener l\u2019humanité.Dieu a sans doute ses préférences aussi.N\u2019aurait-il pas réservé, par hasard, une place de choix à l\u2019apostolat de la jeune fille ?Cette apôtre, toute de grâce et de faiblesse, devient si facilement l\u2019instrument de la Toute-Puissance divine.En des temps troublés, Ursule et une armée de jeunes filles ont évangélisé la région de Cologne.Dieu n\u2019a-t-il pas suscitéautrefois Jeanne, la Pucelle d\u2019Orléans, pour sauver tout un peuple?Dieu n\u2019a-t-il pas demandé à Catherine de Sienne et à ses Tertiaires de voler à la défense de la Papauté ?Qui sondera les impénétrables desseins des tendresses divines ?Si Dieu veut se servir de la jeune Canadienne pour assainir nos villes, pourquoi ne pas seconder ses désirs, pourquoi ne pas mieux apprécier et encourager les Maisons d\u2019accueil ?214 RELATIONS CHRONIQUE OUVRIÈRE REVERS COMMUNISTES DEPUIS des années, le Travail organisé avait connu, aux États-Unis, un succès facile et éclatant.Le public protégeait le syndicat.Un citoyen comme il faut ne traversait pas un piquetage; employer des ouvriers non syndiqués était se faire mépriser; en temps de grève, ce n\u2019était pas le patron qui avait la faveur du public.Ces derniers temps, on note un fléchissement dans l\u2019opinion, dont la loi Taft-Hartley n\u2019est qu\u2019un indice.Le public américain reste fidèle, absolument fidèle au Travail organisé; mais il y a des abus qui doivent disparaître.La question est trop complexe pour être examinée ici dans son ensemble; sur un détail d\u2019importance, l\u2019opinion publique en général (et l\u2019opinion ouvrière en particulier) s\u2019affirme avec une vigueur dont il faudra tenir compte.On ne veut plus de dirigeants communistes dans les unions ouvrières.L\u2019ouvrier est prêt à admettre que le communiste est souvent un camarade dévoué, un organisateur hors ligne, un superbe agitateur, un propagandiste infatigable, la bête noire du patron, du manager et du contremaître.Seulement, à peu près rien de cela n\u2019est à l\u2019avantage définitif du syndicat.L\u2019ouvrier veut plus d\u2019argent, plus de stabilité, et de meilleures conditions de travail ; lé communiste ne travaille qu\u2019à la révolution.On a fini par comprendre que les succès des chefs communistes avaient de terribles lendemains.On tient absolument à se passer de leurs services.Sous ce rapport, la querelle qui vient d\u2019éclater chez les United Office and Professional Workers of America (U.O.P.W.A.) mérité une étude attentive.Il s\u2019agit des « collets-blancs » organisés en 1937 alors que John L.Lewis était président du C.I.O.L\u2019organisation a environ 70,000 cotisants (en très grande partie des femmes), 143 locaux établis en 127 villes; elle a négocié environ 400 contrats collectifs avec les compagnies d\u2019assurances, les banques, diverses industries (pour leurs employés de bureau), les services sociaux, les éditeurs et libraires, les compagnies de radio et de cinéma.Au moment où éclata la crise, l\u2019U.O.P.W.A.était en plein essor, s\u2019apprêtait à donner un assaut décisif à son concurrent, YOffice Employees International Union de l\u2019A.F.L., qui a environ 30,000 membres.En juillet 1947, Counterattack (feuille anticommuniste publiée par American Business Consultants, Inc.) publia une « Étude objective » sur l\u2019U.O.P.W.A.qui fit la joie de l\u2019A.F.of L.Ce rapport de treize pages est très documenté, aussi intéressant et précis que possible.Il décrit en onze paragraphes la stratégie nouvelle fixée par les chefs communistes pour s\u2019emparer d\u2019une union ouvrière; il présente une courte biographie de plusieurs dirigeants principaux de l\u2019U.O.P.W.A.Le premier président fut le Canadien Lewis Merrill, né à Toronto le 17 mai 1908, qui devint citoyen américain le 9 novembre 1947, après qu\u2019il eut déjà démissionné.D\u2019après Counterattack, qui cite des sources impressionnantes, il fut communiste jusqu\u2019en 1946, alors qu\u2019il rompit avec le parti et dut quitter son poste.On lui donna comme successeur à l\u2019U.O.P.W.A.James H.Durkin.Celui-ci « has supported a long list of Communist fronts » que Counterattack énumère et décrit.De Durkin, on passe à Lewis Allan Berne, « vice-président international pour la section technique et scientifique », \u2014 Joseph H.Levy, vice-président international (Philadelphie), John Stanley, secrétaire-trésorier, Peter K.Hawley, Jane Benedict, Norma Aaronson, Anne Berenholz, Aaron Schneider, Bernard Segal, Jerome Shore, Morris Yanoff.Avec les précisions de Counterattack on peut com- JUILLET 1948 mencer un fichier fort intéressant.Parmi les membres de l\u2019U.O.P.W.A., employés payant cotisation et taxes extraordinaires, les communistes sont rares.Il est édifiant de voir comment ils ont occupé les postes de commande.La haute direction de l\u2019U.O.P.W.A.devenait une chapelle fermée.Pour s\u2019y faire admettre, il fallait montrer patte rouge, et cela, comme tous les monopoles, fatiguait le rank and file \u2014 l\u2019ensemble des employés qui voulaient avant tout gagner leur vie, rendre leur chez-soi agréable, avoir un peu de plaisir en fin de semaine, s\u2019acheter, au tournant de la mode, quelque chose de gentil.C\u2019était, pour la plupart, de loyales Américaines avec ce grand dévouement à la patrie qu\u2019on trouve souvent chez les femmes; ces histoires de communisme et de révolution les troublaient.Quand vint la loi exigeant des dirigeants ouvriers qu\u2019ils signent un affidavit par lequel ils déclaraient n\u2019être pas communistes, un soupir de satisfaction monta d\u2019innombrables poitrines.Seulement, les dirigeants communistes décidèrent de faire face au nouvel orage avec cette impudence accoutumée qui tant de fois les avait tirés d\u2019un mauvais pas.Au congrès annuel de l\u2019U.O.P.W.A.qui eut lieu à Brooklyn au mois de mars, Durkin annonça au nom du bureau directeur et en son propre nom qu\u2019il ne signerait jamais un affidavit anticommuniste, qu\u2019il se ralliait à Henry Wallace, et qu\u2019il condamnait le plan Marshall.Il y eut tempête, mais le congrès avait été trop bien organisé pour que l\u2019opposition pût faire autre chose que du bruit.S\u2019il est un abus que l\u2019ouvrier américain ne pardonne pas, c\u2019est qu\u2019on l\u2019empêche de parler quand il estime avoir quelque chose à dire.C\u2019est là toucher à sa dignité humaine, à la liberté de parole et à la Déclaration d\u2019indépendance.Les employés des compagnies d\u2019assurances furent les premiers à s\u2019insurger.Ils organisèrent leurs propres réunions, d\u2019abord locales, puis régionales.Enfin, le 2 juin 1948 éclata la nouvelle: 25,000 employés lâchaient l\u2019U.O.P.W.A.pour entrer dans la United Paper Workers of America, organisation du C.I.O.fondée en 1944 par ordre de Murray lui-même, et dont les chefs ne peuvent appartenir au parti communiste.Durkin et ses camarades tentèrent d\u2019enrayer le coup.Peine perdue.Les employés d\u2019assurances avaient, paraît-il, obtenu la bénédiction de Phil Murray en personne avant d\u2019entreprendre leur hégire.L\u2019incident a-t-il une portée locale?Est-ce le commencement d\u2019une avalanche qui risque de remuer de fond en comble le mouvement ouvrier?Jusqu\u2019ici, les communistes s\u2019étaient fait condamner par divers gouvernements.Ça les agaçait; ils faisaient de temps à autre un peu de prison; ils étaient obligés de se surveiller davantage; leur propagande en souffrait, mais ils rayonnaient comme des martyrs.Cette fois-ci, c\u2019est le contraire qui est arrivé et les camarades en sont estomaqués! Le prolétariat des employés se dresse contre l\u2019aristocratie communiste et la balaye; le petit peuple repousse les organisateurs qui s\u2019étaient crus tout-puissants parce qu\u2019on avait fait le silence devant leurs éclats de voix; l\u2019honnête ouvrier, la sténo-dactylo indignée, la foule de ces braves gens qui remplissent les métros de New-York à cinq heures du soir retirent leur confiance à des chefs qui ne la méritent plus; l\u2019éclatante baudruche éclate et il ne reste qu\u2019une misérable loque rouge souillée dont on se détourne en silence, tant elle est honteuse.Si cette analyse est correcte, ce serait la défaite la plus dure que les communistes aient subie en Amérique du Nord depuis 1917.Or, une heureuse coïncidence nous permet de suivre 215 dans toutes ses péripéties la lutte qui se livra entre la direction et les membres des United Artists, subdivision de la Screen Office and Professional Employees Guild (S.O.P.E.G.), local 109 de l\u2019U.O.P.W.A., affilié au C.I.O.Le contrat des employés des United Artists avec leur compagnie finissait le 31 mai 1948.Un comité fut élu pour entamer les pourparlers en vue d\u2019un nouveau contrat.Comme la S.O.P.E.G., pour des raisons que nous indiquerons, n\u2019était pas en règle, plusieurs membres du comité de négociation passèrent à l\u2019union affiliée à l\u2019A.F.of L.et firent circuler parmi les employés des cartes d\u2019affiliation H-65 de Y International Alliance of Theatrical Stage Employees and Moving Picture Machine Operators of the U.S.and Canada (/.A.T.S.E.).La sécession avait pris des proportions considérables quand la S.O.E.P.G.s\u2019en rendit compte.Les employés furent bombardés de circulaires, convocations et memoranda.L\u2019attitude de la S.O.P.E.G.était que le transfert à l\u2019A.F.of L.était une manœuvre de division, une trahison des intérêts ouvriers, une capitulation devant les capitalistes, etc.D\u2019autre part, l\u2019argument principal des transfuges était toujours cet affidavit que les chefs de la S.O.P.E.G.refusaient de signer.Voici comment ces derniers s\u2019expliquèrent: COMPANY LIES ABOUT LAW United Artists is fully aware that the law does not require the signing of « non-communist \u201d affidavits in order to bargain collectively.United Artist is fully aware that only if a Union wishes to get entangled in the employer\u2019s labor board set up by the union-busting Taft-Hartley act, is it necessary to file an affidavit of any kind.United Artists is fully aware that our union opposes the National Labor Relations Board because it prevents collective bargaining, because it opens the door to disunity among the workers, union splitting, delays.United Artists knows that thousands of contracts have been renegotiated without use of the N.L.R.B.AND WHERE A BOSS WANTS TO BREAK THE UNION, IT MAKES NO DIFFERENCE IF A UNION SIGNS UP WITH THE BOARD OR NOT.Le reste de cette propagande n\u2019ajoute rien; c\u2019est un crescendo d\u2019invectives.Par contre, l\u2019A.F.of L.fit campagne sur deux points: a) en insistant sur le motif que les avantages matériels acquis par elle étaient supérieurs à ceux que pouvait obtenir le C.I.O.\u2014 débat dans lequel nous ne pouvons évidemment pas entrer; b) en dénonçant le communisme des dirigeants de l\u2019U.O.P.W.A., dont la S.O.P.E.G.faisait partie.A cette occasion, l\u2019A.F.of L.répandit dans une large mesure le numéro de Counterattack cité plus haut.La circulaire suivante, distribuée par la I.A.T.S.E., fournit peut-être le meilleur résumé du point de vue A.F.of L.Le style, sauf pour un paragraphe ou deux, est moins pittoresque que celui du document précédent: La vérité est que ce fut un mouvement spontané, qui surgit parmi les employés eux-mêmes, et qui ne fut encouragé ni par cette union ni par la Compagnie.Ces employés nous firent savoir qu\u2019ils ne voulaient plus être représentés par la S.O.P.E.G., et ils nous demandèrent de les admettre en disant qu\u2019ils étaient fatigués: 1° d\u2019appartenir à un parti politique plutôt qu\u2019à une union; 2° d\u2019être importunés par une propagande politique; 3° de devoir payer des taxes et contisations plus élevées que dans les autres unions; 4° de tirer les marrons du feu pour la S.O.P.E.G., en étant envoyés prendre part à des grèves ou manifestations, alors que leurs propres chefs ne voulaient pas signer les affidavits de non-communisme qui les eussent protégés et eussent rendu la grève légale; 5° de se voir diffamés (character assassination) pour ne pas avoir accepté la philosophie de leurs dirigeants syndicaux.Ni cette union, ni aucun de nos nombreux affiliés dans le domaine du cinéma ne distribua de circulaires, ne fit campagne, ne parla aux employés avant qu\u2019ils ne vinssent à nous.Their own Committee carried the ball and did the job without outside assistance.Voici le paragraphe final, tel quel, dans son intraduisible saveur: The minute this move was made, the character assassination squad went to work and every one in United Artists who formerly were the wheel horses of SOPEG were called all kinds of names and accused of being company men.By this time, you should know the pattern.It\u2019s SOPEG only weapon.And not the kind of a weapon that can overcome the better contracts that this union has with its companies, this union\u2019s non-political set up, its true democracy, and its association with all the worthwhile unions in the motion picture industry.La bataille s\u2019élargit dans tous les domaines naguère contrôlés par l\u2019U.O.P.W.A.; il n\u2019est guère possible, à cette date, d\u2019en prévoir l\u2019issue: on voit assez clairement pour quels motifs et comment elle a été engagée.On peut déjà tirer de ce qui a été dit les leçons suivantes: 1° Les communistes ont toujours prétendu forger l\u2019unité ouvrière.Au début, ils proclamèrent la nécessité du front unique par le bas.Un des documents les plus compréhensifs, à ce sujet, est le rapport du camarade Molotov (qui, depuis lors, est devenu plus illustre en politique étrangère) au XVIe Congrès du parti communiste soviétique, en 1930.Il s\u2019agissait alors de détacher la troupe ouvrière, la masse, le rank and file de ses propres chefs, élus par elle, pour lui faire accepter une direction communiste.Aujourd\u2019hui, dans plus d\u2019une union, les communistes ont accaparé les leviers de commande, mais en ne se laissant pas connaître pour ce qu\u2019ils étaient.La prédication de Yunitê ouvrière a donc pour but de garder la troupe soumise à ses chefs.Il n\u2019est pas prouvé que l\u2019unité ouvrière, au moins cette unité rigide dont il est question, soit désirable.Qu\u2019il y ait entente entre les divers bureaux directeurs dans le but de présenter un front commun devant le patron, d\u2019éliminer ces conflits de juridiction qui sont la plaie du mouvement ouvrier, d\u2019accord! La liberté syndicale est trop précieuse pour être sacrifiée à l\u2019ambition totalitaire.Le C.I.O.naquit en 1935 précisément parce que l\u2019A.F.of L.ne répondait pas aux exigences légitimes d\u2019une large partie du prolétariat américain.On se détache aujourd\u2019hui de certaines unions du C.I.O.parce qu\u2019on pense qu\u2019elles ne font pas leur besogne comme il faut.Crier à la « scission », à la « trahison », quand on a perdu la confiance de ses électeurs par sa faute, c\u2019est parler comme un candidat à une mairie de très petit village, battu aux élections.L\u2019effritement syndical, causé par trop d\u2019individualisme ou par d\u2019inavouables manœuvres patronales, n\u2019est pas plus justifiable que le vieux libéralisme manchestérien.La vérité sociale est quelque part entre les deux extrêmes: anarchie de la concurrence et monopole; dispersion syndicale et syndicat unique.Ceci répond, croyons-nous, aux reproches principaux émis par les chefs évincés de l\u2019U.O.P.W.A.2° Les communistes se font exclure de plus en plus des postes de commande dans les syndicats.Il n\u2019est pas mauvais que le syndicat inscrive dans ses règlements une clause à cet effet.Le communiste n\u2019a pas de raison légitime pour s\u2019estimer lésé, car son attitude actuelle repose exclusivement sur le mensonge.L\u2019ouvrier cherche au syndicat un appui et une force qui lui permettent de négocier avec son patron sur un pied d\u2019égalité.D\u2019homme à homme; d\u2019égal à égal! Telle est la raison d\u2019être du syndicat.Pour gagner ce droit sacré, les ouvriers ont tant lutté, tant souffert, tant enduré que ce serait une ignominie que de les en priver.Le communiste, lui, cherche au syndicat un instrument de lutte des classes.Ce qu\u2019il veut, ce n\u2019est pas un accord collectif, un contrat, une collaboration avec le 216 RELATIONS patron; c\u2019est détruire le patron.Telle est la substance de la doctrine communiste sur le syndicat; elle ne tend pas à la stabilité, mais à la révolution; elle n\u2019aspire pas à la sécurité, mais aux vicissitudes de batailles sans trêve.Le premier devoir d\u2019un homme qui veut entraîner ses camarades aux sacrifices et aux catastrophes d\u2019une lutte sans merci est de leur dire de quoi il s\u2019agit.Le communiste qui pose en champion de la classe ouvrière, alors qu\u2019il ne veut que se servir de la classe ouvrière pour sa révolution, ne dit pas la vérité; il n\u2019a pas le droit au respect des ouvriers.Qu\u2019il disparaisse dans la nuit! 3° La loi Taft-Hartley (sect.9, h) interdit au National Labor Relations Board d\u2019admettre une organisation ouvrière pour représenter les ouvriers, « à moins que chaque officier de cette union, et de toute organisation nationale ou internationale à laquelle elle est affiliée, n\u2019ait remis, durant le cours des douze mois précédents, un affidavit déclarant qu\u2019il n\u2019est pas membre du parti communiste, et qu\u2019il n\u2019appartient pas et ne fournit pas son appui à une organisation qui travaille à renverser le Gouvernement par la force ou par des méthodes non constitutionnelles ».On comprendra mieux ce dont il s\u2019agit en étudiant le texte de cet affidavit.En voici la traduction : ETATS-UNIS D\u2019AMERIQUE NATIONAL LABOR RELATIONS BOARD AFFIDAVIT Pour usage en conformité à la section 9 \"h\" de l'Acte des relations nationales du travail, amendé le 23 juin 1947.Etat de.Comté de.(Nom) dûment assermenté, témoigne et déclare; 1.Je suis.de._.(emploi)\t(nom de l'organisation ouvrière) Mon terme d'office expire le 2.Je ne suis pas membre du parti communiste, ni affilié à ce parti.Je ne crois pas en une organisation qui croit au renversement du Gouvernement des Etats-Unis par la force ou par des méthodes illégales ou non constitutionnelles.Je ne suis pas membre d'une organisation de ce genre; je ne lui accorde pas mon appui.La législation est claire: pour qu\u2019un syndicat puisse faire reconnaître un contrat collectif, loger une plainte devant un tribunal de relations ouvrières, il faut que tous ses officiers aient remis l\u2019affidavit, juré qu\u2019ils n\u2019étaient ni membres, ni fauteurs du parti communiste.La jurisprudence est aussi formelle que la législation ; on trouvera un certain nombre de cas analysés dans la Monthly Labor Review de janvier 1948, pages 66-67.Quand la S.O.P.E.G.déclara que l\u2019affidavit n\u2019était pas indispensable au contrat collectif, elle joua sur les mots.Un syndicat non reconnu par le National Labor Relations Board et un patron peuvent conclure un contrat en marge de la loi, mais ce n\u2019est pas légal, au moins dans le sens suivant: représentés par une organisation qui ne s\u2019est pas mise en règle, les ouvriers n\u2019ont plus, devant le patron et le pays, la protection de la loi Taft-Hartley.Si le patron ne veut pas négocier avec ce syndicat, celui-ci n\u2019a comme arme que la grève et le sabotage.Excellente aubaine pour un communiste; catastrophe pour la sécurité ouvrière.La S.O.P.E.G., par sa circulaire entortillée au point que nous n\u2019avons pas osé la traduire de peur d\u2019en dénaturer le sens, lançait les ouvriers en pleine illégalité dans l\u2019espoir de saboter, par une révolution ouvrière, la législation en cours.Nous sommes en plein dans la lettre et l\u2019esprit du paragraphe final du Manifeste communiste : Les communistes jugent indigne de dissimuler leurs opinions et leurs projets.Ils proclament ouvertement que leurs desseins ne peuvent être réalisés que par le renversement violent de tout l\u2019ordre social traditionnel.Que les classes dirigeantes tremblent à l\u2019éventualité d\u2019une révolution communiste.Les prolétaires n\u2019ont rien à y perdre que leurs chaînes.Et c\u2019est un monde qu\u2019ils ont à gagner.Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Cet appel à la violence est l\u2019essence du communisme; on le retrouve encore à la fin du Programme préparé par le VIe Congrès du Komintern, mais cette fois, parmi les signataires, on peut lire les noms de Stalin, Kuusinen, Kolarov, Koplenig, Ercoli-Togliatti, Thorez, et des autres vedettes contemporaines.De deux choses l\u2019une: 1° ou bien les communistes renoncent à cette volonté de violence; il leur suffit alors de se désolidariser ouvertement de Marx, Engels, Lenin et Stalin, et de signer l\u2019affidavit que leur demande la loi; 2° ou bien les communistes veulent se servir de leurs postes de commande dans les unions ouvrières pour renverser la loi, et l\u2019ordre établi par elle; alors, la suprême autorité de l\u2019État a le droit et le devoir de démasquer cette hypocrisie, de déjouer cette manœuvre, de protéger l\u2019ouvrier paisible contre le chef ouvrier déloyal autant qu\u2019elle l\u2019avait fait contre le patron sans scrupule.Nom.Adresse.Signé et juré devant moi le.jour de.19 .Notaire Public, .Comté de.Etat de.Ma commission expire le.ATTENTION!\u2014 Toute déclaration frauduleuse ou fausseté dans cet Affidavit peut être punie d'une amende de $10,000 ou de dix ans de prison, ou des deux à la fois, en conformité avec la Section 35A du Code Criminel.Les organisations ouvrières canadiennes (à l\u2019exception des Syndicats catholiques nationaux) sont rattachées aux deux grandes Fédérations américaines, A.F.of L.et C.I.O.La législation américaine aura donc des répercussions sur la vie du travail au Canada.Il peut être utile, dans ces circonstances, de lire avec quelque attention un premier-Toronto du Globe and Mail (11 juin 1948) sur la nouvelle (hélas!) grève des Grands Lacs.On sait qu\u2019en mai 1947, le président de la Canadian Seamen's Union, M.Pat Sullivan, se sépara avec éclat de son syndicat pour former la Canadian Lake Seamen's Union, afin de se désolidariser des communistes qui avaient, disait-il, noyauté la Canadian Seamen's Union.Ce printemps, comme d\u2019habitude, la chicane bat son plein et les marins s\u2019assomment.Il y a grèves, violences, coups et blessures; c\u2019est le sabotage annuel auquel, hélas, on finit par s\u2019habituer.Le Globe and Mail rejette toute la responsabilité sur le président des Sarnia Steamships et des Colonial Steam- JUILLET 1948 217 ships, le capitaine Scott Misener, qui, « depuis longtemps, refuse de négocier avec l\u2019union des marins dont le bureau directeur serait composé surtout de communistes: L\u2019attitude du capitaine Misener, continue le premier-Toronto, est tout à fait déraisonnable; en fait, il jette un défi à la loi ouvrière telle qu\u2019elle est reçue dans le pays.Ce n\u2019est pas à lui, ni à ses collègues dans le bureau de direction des autres compagnies qu\u2019il appartient de choisir les délégués syndicaux de leurs employés; et ce n\u2019est certainement pas leur droit de dicter quelles seront les lois ouvrières du pays.En ceci, ces messieurs sont tout aussi insolents (high-handed) que l\u2019eussent été les unions si les rôles avaient été renversés.Les compagnies, par contre, ont négocié avec la Canadian Lake Seamen\u2019s Union, fondée par M.Pat Sullivan, qui n\u2019est pas reconnue par la loi.Il n\u2019y a pas de condamnation assez sévère pour une conduite de cette sorte.Le même journaliste condamne le ministre du Travail pour son indécision à faire observer la loi.Un blâme discret est jeté aux dirigeants du Trades and Labor Congress of Canada.Ils ont laissé la direction communiste s\u2019établir sans opposition dans l\u2019Union des Marins, depuis plusieurs années, afin de faire pression.Ils avaient à leur disposition un moyen LIVRES SOCIOLOGIE La délinquance vue par le Mont-Saint-Antoine.\u2014 Les Frères de la Charité, Montréal, 1948.176 pp., 23 cm.Dépôt: Librairie Granger, Montréal.piEN DE PLUS INSTRUCTIF sur la délinquance que de -t'- causer avec les élèves d\u2019une institution de réforme \u2014 ou mieux d\u2019y jouer un rôle quotidien auprès de ces enfants.C\u2019est évidemment le cas du personnel du Mont-Saint-Antoine qui publie cette brochure.Ecrits par des prêtres, des religieux et des laïcs qui sont en contact permanent avec les jeunes qu\u2019ils rééduquent de leur mieux, ces dix-neuf articles nous livrent le fruit d\u2019expériences riches, en même temps que « spécialisées », bien humaines.Le Mont-Saint-Antoine est sans doute, dans la province de Québec, l\u2019endroit d\u2019où l\u2019on a le meilleur point de vue sur le problème de la délinquance juvénile.C\u2019est pourquoi nous recommandons vivement la lecture de ces pages à tous ceux que préoccupe (et ce devrait être tous les citoyens) ce problème: aux spécialistes du service social qui apprendront au moins les besoins d\u2019une institution essentielle, et au grand public, qui apprendra, lui, beaucoup de choses sur la responsabilité souvent mitigée des jeunes délinquants, sur une œuvre pour laquelle il n\u2019a pas toujours la sympathie qu\u2019elle mérite, enfin sur le rôle qu\u2019il appartient à tout citoyen sérieux de jouer dans le drame social de l\u2019enfance abandonnée et gaspillée.Les différents articles font bien voir surtout deux choses: l\u2019esprit de confiance dans lequel est entrepris au M.-S.-A.le travail de rééducation, et l\u2019importance d\u2019un service social complet pour suivre et protéger les anciens à leur sortie de l\u2019institution.Mais il faut signaler de façon particulière, parce qu\u2019il déborde en intérêt les cadres de cette brochure, l\u2019article de l\u2019aumônier, M.l\u2019abbé Aurèle Parrot, intitulé: « Pratiques de piété chez les jeunes ».M.l\u2019abbé Parrot, mettant à profit une expérience déjà longue, montre le caractère néfaste que peuvent avoir sur les enfants des exercices de piété disproportionnés, jusqu\u2019à les éloigner de toute pratique religieuse et à leur faire blasphémer la religion.En regard de cet excès, qui a sévi chez nous grâce à la bonne volonté de bien des gens qui préféraient les moyens faciles, M.l\u2019abbé Parrot décrit le système qui a été instauré à sa suggestion au M.-S.-A.depuis quelques années, et en commente les heureux résultats.Tous les éducateurs, Frères, Sœurs, encore plus que les laïcs, peut-être, devront lire cet article où ils trouveront bonne matière à réflexion.Encore ici, l\u2019expérience possède au M.-S.-A.le meilleur point de vue.Notons que M.l\u2019abbé Parrot appuie son argumentation sur une phrase de Pie XII aux curés de Rome, qui vaut bien pour notre province: « On frémit à la pensée qu\u2019une partie notable de la jeunesse romaine, entre quinze et vingt ans, s\u2019éloigne de l\u2019Eglise uniquement par suite de démocratique de nettoyer leur organisation, s\u2019ils en avaient eu la volonté.La violence excessive qui accompagne la grève oblige le gouvernement à une intervention policière, \u2014 une situation que recherchent toujours les communistes dans un but de propagande.C\u2019est tout! Nous sommes trop peu au courant de ce qui s\u2019est passé, et se passe aujourd\u2019hui dans la navigation des Grands Lacs pour apprécier la conduite de M.Scott Misener et de ses collègues.Si le rédacteur du Globe and Mail estime qu\u2019un contrat conclu entre des « capitalistes » et des « communistes » peut aboutir à autre chose qu\u2019une grosse chicane, il ferait mieux d\u2019acquérir un peu plus d\u2019expérience avant de se prononcer de façon aussi raide.Peut-être n\u2019eût-il pas été inutile de faire une référence au moins sommaire au passage de la loi Taft-Hartley que nous venons d\u2019étudier et qui mérite, à notre sens, la considération la plus attentive.Nous pensons que c\u2019est peut-être en cherchant de ce côté-là qu\u2019on arrivera à concilier les intérêts de tout le monde: ceux des ouvriers et des patrons, en éliminant les fauteurs de désordre; ceux du pays, en écartant les traîtres.Joseph-H.Ledit.RÉCENTS préjugés et de malentendus, fruits surtout de l\u2019insuffisance d\u2019une nourriture spirituelle adaptée à son état, à ses besoins et dans une certaine mesure, à son goût.» La situation financière de l\u2019institution est commentée par un comptable agréé, M.Gaston Bédard.Si l\u2019on prétendait que le prix de revient par enfant est plus élevé que ce qu\u2019il en coûte pour élever des enfants dans une famille normale, que l\u2019on se souvienne que ces enfants, pour la grande majorité, ont reçu bien moins de la Société, avant leur entrée au M.-S.-A., que la moyenne des enfants de bonne famille, et qu\u2019une compensation s\u2019impose selon les lois les plus strictes de la mathématique et de la vie.Souhaitons aux Frères de la Charité la collaboration toujours plus sympathique et plus efficace des autorités civiles, qui ont déjà fait beaucoup pour réparer une situation malheureuse qui avait trop duré.Nous ne disons pas: générosité de l\u2019Etat, car l\u2019Etat n\u2019a jamais à être généreux: il a à attribuer selon la meilleure convenance des fonds qui sont le bien de tous.Nous prenons occasion de cette opportune publication pour féliciter les RR.FF.de la Charité, qui viennent de célébrer magnifiquement le soixante-quinzième anniversaire du Mont-Saint-Antoine, pour les féliciter de leur long dévouement et de l\u2019ouverture d\u2019esprit avec laquelle ils sont à mettre au point, joignant les plus neuves acquisitions de la science à la pratique d\u2019une charité qui forme leur tradition même, leur méthode de rééducation des jeunes que la société leur envoie.René Girard.RECUEILS Sciences ecclésiastiques, volume I.\u2014 Faculté de Théologie et de Philosophie de la Compagnie de Jésus à Montréal, l\u2019Immaculée-Conception, 1855, rue Rachel Est, Montréal (34), 1948.254 pp., 24.5 cm.TES PROFESSEURS du scolasticat des Jésuites de Montréal présentent au public la première d\u2019une série de publications de caractère scientifique sur des sujets de science ecclésiastique.Déjà ils nous ont donné la collection Studia Collegii Maximi Immaculalae Conceptionis, qui comprend jusqu\u2019ici cinq volumes et qu\u2019ils espèrent continuer bientôt.La série qui commence est différente.Ce n\u2019est plus un seul auteur qui fournit la matière du volume; ce sont des articles de plusieurs professeurs, traitant des matières différentes.Théologie dogmatique et morale, Ecriture Sainte, Droit canonique, histoire de l\u2019Église, philosophie y auront leur place.Avouons-le, les Sciences ecclésiastiques ne s\u2019adressent pas au lecteur moyen.Elles ne font pas œuvre de vulgarisation.C\u2019est aux professeurs et aux étudiants déjà initiés aux sciences sacrées qu\u2019elles s\u2019adressent d\u2019abord, mais aussi aux prêtres et aux laïcs qui gardent du goût pour les études sérieuses.Ceux-ci liront ces 218 RELATIONS dissertations avec intérêt et profit.Les auteurs, en effet, cherchent à projeter quelque lumière sur des points restés obscurs ou discutés.Ils ambitionnent de pénétrer dans l\u2019intime des questions qu\u2019ils abordent.Le P.Saintonge, par exemple, nous donne, sur l\u2019apparente antinomie du continu, le résultat d\u2019études et de réflexions qu\u2019il poursuit depuis de longues années.La dissertation du P.François Bourassa sur les missions divines, ou l\u2019habitation des Personnes divines dans l\u2019âme en état de grâce, celle du P.Paul Vanier sur les relations dans la T.S.Trinité, celle du P.Lucien Roy sur le désir naturel de voir Dieu, dénotent une remarquable pénétration d\u2019esprit et une grande facilité d\u2019exposition.Le souci qu\u2019ont ces professeurs de suivre saint Thomas pas à pas atteste leur volonté d\u2019enseigner, comme on le déclare dans la présentation, la « doctrine commune de l\u2019Église ».S\u2019ils exposent avec bienveillance des opinions qui soulèvent ailleurs d\u2019âpres discussions, ils nous laissent entendre qu\u2019ils préfèrent les doctrines traditionnelles aux audaces aventureuses.Deux études sur des points particuliers de l\u2019Écriture Sainte nous sont offertes par les PP.Achille Brunet et Vincent Monty, la première sur les affinités qu\u2019on a remarquées entre un passage du livre des Proverbes et un document récemment découvert en Égypte, la seconde sur la nature du péché d\u2019après le vocabulaire hébreu.Le P.Robert Bernier traite, lui, un sujet de philosophie qui ne manque pas d\u2019actualité: le fondement de l\u2019autorité dans la société politique.Ce fondement, dit-il, se trouve, non dans la volonté des hommes qui constituent une société particulière et déterminent ses institutions, mais dans la nature même de l\u2019homme, qui doit poursuivre le bien commun pour atteindre son plein perfectionnement.Cette autorité, par conséquent, est une et universelle, mais elle doit être aussi pluraliste, c\u2019est-à-dire partagée entre divers groupements, vu la diversité des régions et des cultures.On entrevoit l\u2019application de cette théorie à l\u2019organisme que réclame le pape Pie XII et qu\u2019on s\u2019efforce de constituer pour unir les nations entre elles: son autorité lui viendrait, non du consentement de quelques douzaines de diplomates, mais des profondeurs de la nature humaine.Dans une longue étude, le P.Van Belleghem montre, en s\u2019appuyant lui aussi sur saint Thomas, quelle solide raison justifie la sévérité croissante de l\u2019Église quand elle interdit au confesseur l\u2019usage des connaissances qu\u2019il a pu acquérir en entendant les confessions.La nature même du sacrement exige la prohibition de tout ce qui pourrait indisposer le pénitent.Le volume se complète par quelques recensions d\u2019ouvrages de science ecclésiastique.Ces brèves indications font voir avec quel sérieux les collaborateurs des Sciences ecclésiastiques entendent traiter chacun la matière de sa spécialité et quelle confiance ils ont dans la capacité réceptive des lecteurs auxquels ils s\u2019adressent.Leur ambition s\u2019étend même plus loin.Ils voudraient non seulement « servir l\u2019Église en propageant sa doctrine », mais aussi « contribuer à des échanges de vues entre les milieux de mêmes préoccupations intellectuelles ».Puisse ce désir se réaliser! Nous ne pouvons que nous réjouir, en effet, de voir des professeurs canadiens plonger leurs regards dans les profondeurs de la métaphysique, nous faire part de leurs découvertes scientifiques et proposer à la discussion de leurs collègues les opinions qu\u2019ils se sont formées au cours de leurs méditations.C\u2019est un indice de plus que notre petite nation arrive à l\u2019âge adulte.\t.,,,\t, _ Adélard Dugre, s.J.Maison Bellarmin.Les Archives de Folklore, 3.\u2014 Publications de l\u2019Université Laval, Editions Fides, 1948.216 pp., 24.5 cm./\"VÜ NE SE LOGERA PAS la science?Voici que les plus in-^ nocents de nos jeux d\u2019enfants, « Ma p\u2019tite vache a mal aux pattes », « Un, deux, trois, je m\u2019en vais au bois », sont classés, catalogués, étiquetés selon leurs multiples variantes et leurs sources précisément indiquées.Ce recueil, plus varié que le précédent, plaira davantage à l\u2019amateur; plusieurs de ses textes, tout savants qu\u2019ils sont, offrent une lecture agréable, pittoresque.Après un hommage à E.-Z.Massicotte, on trouve des études de MM, François Brassard, Marius Barbeau, Jacques Rousseau, Hector Carbonneau, Luc Lacoursière, de Mlle Madeleine Doyon, ainsi qu\u2019une version acadienne de Cendrillon (la Petite Cendrillouse), et trois Contes recueillis par Marie-Rose Turcot.JUILLET 1948 206, rue du Pont Tel : 4-4641 LA CiE QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS: Pomp es, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène Votre alliée Au service du public depuis plus de soixante-dix ans, la Banque Canadienne Nationale se préoccupe d'assurer le succès de ses clients, auquel est lié son propre progrès.Désireuse de coopérer avec vous, elle vous réservera le meilleur accueil, quelle que soit l'importance de votre entreprise ou de votre compte.BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, environ $380,000,000 531 bureaux au Canada \u2014\t65 succursales à Montréal Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.L.IMITKK QUALITÉ QUÀLtTy LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET POLITICA Y EDUCACION Buena Prensa, Donceles 99 A, Mexico Traduction espagnole de POLITIQUE ET ÉDUCATION qui parut à Montréal, aux Editions Beauchemin L'encyclique DIVINI JULIUS MAGISTRI est ajoutée en appendice au livre, avec les notes du P.Ramon Ruiz Amado.MESSAGER CANADIEN, 1961, rue Rachel Est, Montréal \u2014 $1.75 219 CONSERVEZ J\\elationâ JZelationi constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.$1.25 Par la poste $05 Non, J^elationé ri est pas utile, J^elationi est indispensable.Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de Relations ¦ \t\tq aubegarbe Assurances en vigueur: CENT MILLIONS Actif : QUINZE MILLIONS Versé aux assurés et bénéficiaires : SEIZE MILLIONS c4ââutanceâ âut la vie âouâ toute à le à /otmeâ MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine c4chète BIEN qui achète chez Dupuis MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes : Hôtel Windsor Tél.FAlkirk 1116 ÉCHANGE PRIVÉ « Cljadiomicau Æ\tHtmüée Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Les Fabricants FASHION-CRAFT LIMITÉE Conâeil cl a dm in id tx a lion : J.-Louis Lévesque Président Gérard FAVREAU Vice-président exécutif et directeur général Lionel LACROIX 1 Directeurs généraux W.S.McCUTCHEON j adjoints Emé.Lacroix J.-A.Boivin, N.P.J^ed vêtementA Jadltion-Cxajjt dont l\u2019apanage d\u2019une miâe élégante.Représentés au Canada par au delà de 500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.NOUVELLE ÉMISSION $1,000,000 LA CORPORATION DE TÉLÉPHONE DE QUÉDEC (Incorporée en vertu des lois de la province de Québec) OBLIGATIONS 4% PREMIÈRE HYPOTHÈQUE À FONDS D'AMORTISSEMENT SÉRIE « C » Datées du 1er février 1948\tÉchéant le 1er août 1967 Principal et intérêts semestriels (1er février et 1er août) et prime de remboursement, s'il y a lieu, payables en monnaie légale du Canada, à toutes les succursales des banquiers de la Corporation dans la province de Québec, ainsi qu'à Moncton, N.-B., Ottawa et Toronto, Ont., au choix du détenteur.Titres à coupons en coupures de $1,000 et $500 admis à l'enregistrement quant au capital seulement à Montréal et Québec.Rachetables en tout ou en partie, par voie de tirage, avant leur échéance, en tout temps sur préavis de 30 jours, avec prime ci-après désignée, plus l'intérêt couru à la date de remboursement : à 102.00 le ou avant le 1er août 1957 ; à 101.00 par la suite, si rachetées le ou avant le 1er août 1962, et à 100.50 par la suite.La Corporation convient de payer au Fiduciaire, pour fonds d'amortissement des obligations Série « C », commençant le 1er août 1958 et le 1er août de chaque année par la suite, la somme de $15,000, plus un montant additionnel équivalant à l'intérêt qui aurait été payable dans le cours de l'année sur les obligations de la série « C » rachetées précédemment par tel fonds d'amortissement.La Corporation pourra à sa convenance acquérir autrement que par rachat et remettre au fiduciaire soit des obligations des séries « B » ou « C » en paiement de tel engagement.FIDUCIAIRE : Le Sun Trust Limitée De l'avis des avocats-conseils, ces obligations constitueront un placement autorisé pour les compagnies enregistrées en vertu de la loi fédérale des compagnies d'assurance canadiennes et britanniques, 1932, telle qu'amendée.PRIX: 100 et l'intérêt couru 210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal Tel.: LA.9241 65, rue Sainte-Anne, Québec Tel.: 2-1852 11 \u201c (Relation* \u201d vou* plait, pa*âez-le à vo* ami* "]
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