Relations, 1 mars 1949, Mars
[" QUAND LES NATIONS UNIES S\u2019OCCUPENT DE DIEU Richard ARÈS LA VRAIE VOLONTÉ DE PAIX Robert BERNIER LE LOGEMENT EN BELGIQUE Luc AERTS LE JUBILÉ DU PAPE Joseph-Papin ARCHAMBAULT ¦\tREGARDS SUR LA TERRE - CODE DU TRAVAIL ¦\tCINQUANTE ANS A LA DÉLÉGATION APOSTOLIQUE - UNE OEUVRE OU UN «TROU»?- SÉRAPHIN À L'ÉCRAN ¦\tLIVRE JAUNE SUR LE CARDINAL MINDSZENTY ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE S O M M A I R E MARS 1949\t\\ Éditoriaux .\t.61 L\u2019hygiène industrielle.\u2014 Code provincial du travail.Articles QUAND LES NATIONS UNIES S\u2019OCCUPENT DE DIEU!.Richard Arès 63 LA VRAIE VOLONTÉ DE PAIX Robert Bernier 67 LE LIVRE JAUNE SUR LE CARDINAL MINDSZENTY .Lad.Arkay 70 LE JUBILÉ DU PAPE Joseph-Papin Archambault 71 UN COURS DE L\u2019U.N.E.S.C.O.Juliette Chabot 73 Commentaires.74 L\u2019école catholique actuelle.\u2014 Hygiène industrielle.\u2014 La déposition du cardinal Mindszenty.\u2014 Assemblées parlementaires et action administrative.\u2014 La Russie et l\u2019Église.\u2014 L\u2019éducation par la beauté.Au FIL du mois.76 S.Exc.Mgr Roméo Gagnon.\u2014 Réfugiés.\u2014U âme de Jeanne et la critique.\u2014 Colombie.\u2014 Portugal.\u2014 Le général Marshall.NOS COLLABORATEURS Le P.Robert Bernier, s.j., qui a déjà commenté pour nos lecteurs les principaux textes pontificaux, étudie aujourd\u2019hui le dernier message de Noël.\u2014 M.l\u2019abbé Lad.Arkay est un aumônier hongrois en résidence à Bruxelles.\u2014 Mlle Juliette Chabot, bibliothécaire adjointe à la bibliothèque municipale de Montréal et professeur à l\u2019École de bibliothécaires de l\u2019Université de Montréal, fut déléguée officiellement en septembre dernier, par l\u2019Association canadienne des bibliothécaires, au premier cours donné en Angleterre, par l\u2019École internationale de l\u2019U.N.E.S.C.O.\u2014 M.Luc Aerts, licencié en sciences économiques de l\u2019Université de Louvain, est attaché au service d\u2019études de la Caisse Générale d\u2019Épar-gne et de Retraite de Bruxelles.\u2014 Le P.Ernest Gagnon, s.j., est professeur de littérature à la Faculté des Lettres de l\u2019Université de Montréal.\u2014 M.Samuel Audette est vice-président général de l\u2019U.C.C.et directeur général du Service forestier de cette association.Chroniques LE PROBLÈME DU LOGEMENT EN BELGIQUE.Luc Aerts 77 CINQUANTE ANS A LA DÉLÉGATION APOSTOLIQUE \u2014 I.Luigi d\u2019Apollonia 79 REGARDS SUR LA TERRE .Alexandre Dugrê 81 SÉRAPHIN A L\u2019ÉCRAN.Ernest Gagnon 83 LA MAISON DU BÛCHERON : UNE ŒUVRE OU UN « TROU » ?.Samuel Audette 84 Livres récents.86 Les Évangiles de la Vierge .Arthème Tétrault Bourdaloue.Adélard\tDugrê La grâce de ma confirmation.Roland Dion Un homme providentiel : l\u2019abbé Godin.Marcel de la Sablonnière La Neige et le Feu.Roger\tCantin Manuel pratique de Chauffage, Plomberie et Réfrigération.Gérard\tSimard RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur : Albert Plante Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugrê, Émile Gervais, Louis C.de Léry, Luigi d\u2019Apollonia, Jean Archambault, Jacques Tremblay, Richard Arès.Secrétaire de la rédaction : Alfred Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 \u2022.publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale-t sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL - 34\tCANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. IXème année, No 99 Ecole Sociale Populaire, Montréal Mars 1949 E D I T O J^hy,g,iene industrielle LIMPORT ANTE question de l\u2019hygiène industrielle ' a de nouveau été soulevée dans la province.Il est impossible à l\u2019opinion publique de fermer les yeux sur ce problème comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un mal inévitable.Dans le cas de l\u2019hygiène industrielle, la justice sociale a une triple exigence: prévention, traitement médical, indemnité.Prévention.\u2014 Il faut d\u2019abord prendre tous les moyens possibles de prévenir la maladie.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une exploitation minière ou d\u2019autres industries, si toutes les précautions possibles ne sont pas prises par les employeurs pour sauvegarder la santé des ouvriers et de la population environnante, l\u2019administration publique a le devoir urgent de voir à ce qu\u2019ils fassent tout pour éliminer ou du moins, si l\u2019élimination totale est impossible, restreindre les causes du danger.La technique de la prévention a progressé.Négliger cette prévention, c\u2019est avoir une pauvre conception des rapports entre employés et employeurs.La productivité qui résulterait d\u2019une organisation du travail ne tenant pas suffisamment compte de la prévention « ne peut être saine et véritable parce que l\u2019économie sociale est un groupement harmonieux de travailleurs dont chacun est doué de dignité humaine et de liberté » (Pie XII).Traitement.\u2014 A supposer qu\u2019un bon système de prévention devienne bientôt et partout une réalité, tous les cas de maladie ne seront pas supprimés comme par enchantement.Il y a d\u2019ailleurs les hommes déjà frappés.Il faut donc organiser le traitement des maladies industrielles, sans lésinerie, en tenant compte des ressources de la science.Soulignons une des résolutions de la C.T.C.C.à son congrès de septembre dernier: « Que le gouvernement soit prié d\u2019ajouter aux unités sanitaires existantes une clinique industrielle sous la juridiction du ministère du Travail et qu\u2019un médecin indépendant des compagnies soit nommé par le gouvernement sur représentation de chaque conseil central.» Indemnité.\u2014 Reste l\u2019indemnité, advenant l\u2019incapacité de travailler.Nous touchons ici à la Loi provin- RIAUX dale des Accidents du Travail.Il faut mettre de côté, dans l\u2019application de cette loi, les subtilités inconciliables avec une vue profondément humaine et chrétienne du problème que pose l\u2019arrêt de travail pour l\u2019ouvrier et sa famille.Dans l\u2019éditorial de juillet dernier, le R.P.Adélard Dugré écrivait à propos du Procès des Veuves qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un épisode peu reluisant dans l\u2019histoire de la justice sociale de notre province.Puis il ajoutait: « Par suite de l\u2019imperfection depuis toujours des lois et des conditions de l\u2019industrie en général, des injustices matérielles graves ont été subies qui exigent réparation.Les veuves et les orphelins de ceux qui sont morts de silicose, les ouvriers que cette maladie rend invalides, ont toujours droit à la justice sociale.» La justice sociale ne doit pas être un vain mot.Il est légitime de reconnaître que le ministère du Travail a fait de la besogne en ces dernières années; mais il reste encore une bonne route à parcourir.L\u2019opinion publique a le devoir de rester vigilante afin que l\u2019hygiène industrielle progresse selon la triple exigence de la prévention, du traitement médical et de l\u2019indemnité.Code provincial du travail NOTRE LÉGISLATION OUVRIÈRE provinciale, formée de plusieurs lois édictées et amendées au cours des années qui se sont écoulées depuis 1901,\u2014date de la Loi des différends ouvriers,\u2014avait grandement besoin d\u2019une refonte générale qui adapterait, coordonnerait et améliorerait, d\u2019après l\u2019expérience locale et la législation internationale, l\u2019ensemble et le détail de ses dispositions.Tous les intéressés, patrons et ouvriers, étaient d\u2019accord pour réclamer un Code du travail; par leurs représentants au Conseil supérieur du Travail, ils travaillaient depuis longtemps à sa rédaction.Au début de la présente session, le bill n° 5 fut soumis à l\u2019Assemblée législative: Loi édictant le code du travail de la province de Québec.A mesure qu\u2019il est étudié, il soulève une vague de protestations.Les trois MARS 1949 61 grandes organisations ouvrières du Québec, groupant près de 200,000 travailleurs, forment pour la première fois dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier canadien un cartel organique sous le nom de Conférence conjointe du travail syndiqué de la province de Québec; ce cartel réclame, dans un télégramme motivé, le retrait pur et simple du bill.Les associations patronales conscientes de leurs intérêts durables et soucieuses du bien commun demandent la remise à un an.La Commission permanente du Conseil supérieur du Travail, à l\u2019unanimité et en l\u2019absence de ses représentants ouvriers qui ont refusé par principe d\u2019étudier le bill en séance, recommande au ministre du Travail de renvoyer le projet à la prochaine session.La Commission sacerdotale d\u2019études sociales, constituée par les archevêques et évêques de la province civile de Québec, déclare à son tour qu\u2019au regard de la doctrine de l\u2019Église, le bill n° 5 est insuffisant et « ne rencontre pas toutes les exigences actuelles de la justice sociale ».Comme aucun corps public, aucune association, aucune personnalité ne se prononcent en sa faveur, ouvertement et sous sa responsabilité, il est abandonné après trois semaines et retiré du feuilleton de la Chambre.Cette histoire a une morale.Sur le plan politique d\u2019abord.Il s\u2019agissait d\u2019un bill d\u2019une importance capitale dont le but était de condenser une législation du travail vieille de près de cinquante ans.Il aurait été normal de recourir à des experts de différents milieux; il y en avait près du gouvernement: Ministère du Travail, Conseil Supérieur du Travail, etc.Les protestations unanimes montrent bien que les personnes vraiment qualifiées n\u2019ont pas eu voix efficace au chapitre.Un bill aussi peu démocratique pouvait-il aspirer à vivre ?Le plan social ensuite.La rédaction trahit comme auteurs des avocats sans connaissances concrètes des relations dites professionnelles, peu soucieux de la législation internationale du travail élaborée et mise au point avec beaucoup de soin, ignorant la doctrine sociale de l\u2019Église.Le code bâtit un régime de travail dans le sens du code civil périmé et d\u2019esprit libéral.En imposant l\u2019isolement au petit et en mutilant le droit d\u2019association, il favorise la lutte des classes.Ce bill antisocial méritait-il de vivre ?Le plan moral enfin.La question que l\u2019on doit se poser ici parce qu\u2019elle se pose d\u2019emblée et que des ouvriers la posent à des prêtres éducateurs, est celle-ci : comment des professionnels catholiques pratiquants, instruits par des religieux et des prêtres depuis le stade élémentaire jusqu\u2019à l\u2019universitaire, dans des institutions fondées et maintenues à coups de sacrifices par le clergé, peuvent-ils avoir même pensé à un ensemble de dispositions de nature à réduire en servitude légale et réelle la multitude des petits salariés et à briser l\u2019instrument de libération que ceux-ci s\u2019étaient péniblement et pacifiquement forgé avec les encouragements de l\u2019Église ?Il y a là matière à réflexion.Il est clair que le code révèle dans son inspiration un complexe de crainte à l\u2019égard de la classe ouvrière pour qui les derniers papes ont manifesté une paternelle sollicitude.Il n\u2019est pas exagéré de dire qu\u2019il sonnait pour la première fois, au Canada français, l\u2019appel à la lutte des classes patronale et ouvrière, à l\u2019antagonisme des milieux ruraux et urbains.Il annonçait un avenir qui aurait pu être menaçant.Si le code fût devenu loi, il n\u2019aurait pas fait honneur à l\u2019Église, parce que le gouvernement québécois, le seul de l\u2019Amérique du Nord à être constitué en majorité de catholiques, passe pour s\u2019inspirer des directives morales du clergé.La qualité de sa législation sociale condamnera ou magnifiera le rôle de l\u2019Église dans l\u2019élévation du niveau temporel de l\u2019humanité.Le bill n° 5 a été retiré.Rendons grâces à Dieu pour cette victoire de l\u2019esprit.LE DEVOIR DE L\u2019HEURE PRESENTE SIGNES DES TEMPS Le devoir de l\u2019heiire présente n\u2019est pas de gémir mais d\u2019agir.Pas de gémissement sur ce qui est ou ce qui fut; mais reconstruction de ce qui se dressera, et doit se dresser pour le bien de la société.Aux meilleurs, à l\u2019élite de la chrétienté, vibrante d\u2019un enthousiasme de Croisés, il appartient de se grouper, dans l\u2019esprit de vérité, de justice et d\u2019amour, au cri de « Dieu le veut! », prêts à servir, à se dévouer comme les anciens croisés.Il s\u2019agissait alors de délivrer la terre sanctifiée par la vie du Verbe de Dieu incarné; il s\u2019agit aujourd\u2019hui, si Nous pouvons Nous exprimer ainsi, d\u2019une nouvelle croisade, bravant la mer des erreurs du jour et du temps, pour délivrer la terre sainte spirituelle, destinée à être le soutien et le fondement de normes et de lois immuables pour des constructions sociales d\u2019une intérieure et solide stabilité.Qui veut que l\u2019étoile de la paix se lève et se repose sur la société doit donner au travail la place que Dieu lui a marquée dès l\u2019origine.Comme moyen indispensable de conquête du monde, moyen voulu par Dieu pour sa gloire, tout travail possède une dignité inaliénable et, en même temps, un lien étroit avec le perfectionnement personnel, noble dignité et prérogative du travail, que ne dépriment ni la peine ni le fardeau qu\u2019il faut accepter comme conséquence du péché originel, en esprit de soumission et d\u2019obéissance à la volonté de Dieu.62 Qui connaît les grandes Encycliques de Nos prédécesseurs et Nos précédents messages sait que l\u2019Eglise n\u2019hésite pas à tirer les conclusions pratiques qui dérivent de la noblesse morale du travail et à les soutenir de tout le poids de son autorité.Ces exigences comprennent, outre un juste salaire suffisant aux nécessités de l\u2019ouvrier et de sa famille, la conservation et le perfectionnement d\u2019un ordre social qui rende possible et assurée, si modeste qu\u2019elle soit, une propriété privée à toutes les classes du peuple, qui favorise une formation plus relevée pour les enfants des classes ouvrières spécialement doués d\u2019intelligence et de bonne volonté, qui encourage le zèle et l\u2019exercice pratique de l\u2019esprit social dans l\u2019entourage, dans le pays, dans la province, dans le peuple et dans la nation, qui, atténuant les heurts d\u2019intérêts et de classes, ôte aux ouvriers l\u2019impression d\u2019être tenus à l\u2019écart et leur procure l\u2019expérience réconfortante d\u2019une solidarité véritablement humaine et chrétiennement fraternelle.Le progrès et le degré des réformes sociales de première urgence dépendent de la puissance économique des nations particulières.Seule une intelligente et généreuse coopération des forces entre puissants et faibles permettra d\u2019accomplir une pacification universelle qui ne laisse pas couver les foyers d\u2019incendie et d\u2019infection d\u2019où puissent surgir de nouvelles calamités.(Message de Noël 1942.)\tPie XII.RELATIONS LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L\u2019HOMME QUAND LES NATIONS UNIES S\u2019OCCUPENT DE DIEU!.Richard ARÈS, S.J.CE N\u2019EST PAS SOUVENT que les Nations Unies ont à s\u2019occuper de Dieu.Voilà un sujet que d\u2019ordinaire elles prétendent bien ignorer, et qu\u2019elles écartent lestement quand par hasard il ose se présenter, comme, par exemple, à San-Francisco, lors du vote du Préambule de la Charte.Volontiers plusieurs seraient prêtes à suspendre à la porte de leurs commissions délibérantes: « Défense à Dieu d\u2019entrer.» Mais Celui-ci ne se laisse pas toujours facilement écarter, et de temps à autre, à propos d\u2019une importante question de principe, il surgit et, se dressant devant les membres d\u2019une commission, ahuris, gênés et embarrassés, il pose à chacun la redoutable interrogation: « Que pensez-vous de moi et quel témoignage êtes-vous prêt à me rendre ?» Ainsi en a-t-il été lors des délibérations consacrées à la Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme.Par trois fois, Dieu a fait son apparition, posé sa question, et par trois fois les hommes responsables, réunis en conférences internationales dans leur palais, ont fait entendre la réponse même des habitants de Bethléem à la sainte Famille, la nuit du premier Noël: « Il n\u2019y a pas de place pour vous dans notre hôtellerie.Non erat eis locus in diversorio.» PREMIER ACTE : LA TENTATIVE LIBANAISE Le premier acte de ce drame international s\u2019est déroulé à Genève, en décembre 1947, au sein de la Commission des Droits de l\u2019Homme.Celle-ci en était à élaborer un article sur la famille, quand le délégué du Liban, le Dr Malik, proposa l\u2019insertion dans cet article de la phrase suivante: « La famille est douée, par le Créateur, de droits inaliénables, qui sont antérieurs à toute loi positive.» Cet amendement, il le justifia en ces termes: « Dire que la famille est douée de certains droits ne constitue pas une innovation.Mais d\u2019où viennent-ils ces droits ?Ils nous viennent du Créateur.Nulle part ailleurs, Il n\u2019est mentionné dans la Déclaration.Et cela serait tout de même étrange si nous ne Le mentionnions nulle part.» Le délégué soviétique se chargea de la réponse.C\u2019est là, dit-il, un amendement très difficile à adopter.La Déclaration doit s\u2019adresser à toute l\u2019humanité, aux gens de toute croyance et même à ceux qui n\u2019en ont aucune, et ces derniers ne peuvent déduire de Dieu les droits de la famille.On prit le vote: il y eut six voix favorables (Liban, Chili, Chine, Inde, Panama et Philippines), neuf voix opposées (Belgique, Biélo-Russie, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Ukraine, U.R.S.S., Uruguay et Yougoslavie), et trois abstentions (Australie, Égypte, Iran).Commentant ce résultat, l\u2019observateur de l\u2019Internationale Syndicale Chrétienne, à qui nous empruntons ces détails, ajoute: « Par neuf voix contre six, la Commission avait décidé de ne pas mentionner le Créateur.La majorité ne comprenait pas seulement les Russes et leurs vassaux, mais également les autres grands: la France, les États-Unis, l\u2019Angleterre et la Belgique.La minorité comprenait des pays à majorité chrétienne tels que le Chili, le Liban, le Panama et les Philippines, mais également la Chine et l\u2019Inde.Aucun pays européen n\u2019était prêt à reconnaître les droits de Dieu avec la majorité de la Commission.La Chine et l\u2019Inde, par contre, les ont reconnus.» DEUXIÈME ACTE : LA TENTATIVE BRÉSILIENNE Nous n\u2019étions pas à Genève; aussi nous contentons-nous de rapporter ce premier acte sans commentaires.Mais, à Paris, le lever du rideau nous trouva au premier rang des spectateurs.Les acteurs du drame n\u2019étaient plus seulement dix-huit comme à Genève, mais bien cinquante-huit, tous les États-membres ayant tenu à se faire représenter à cette importante discussion sur les droits de l\u2019homme.Parmi les délégués, il y avait des catholiques, des protestants, des juifs, des hindouistes, des confucéens, des musulmans, des théosophes, des positivistes, des athées, des communistes, etc.; et tout ce monde-là allait bientôt s\u2019embarquer dans une discussion sur Dieu, allait bientôt jouer au concile œcuménique! Le spectacle vraiment en valait la peine.Ce fut le Brésil qui ouvrit l\u2019offensive en faveur d\u2019une mention de Dieu dans l\u2019article premier.Cet article affirmait déjà que « les hommes sont doués par la nature de raison et de conscience ».Le délégué brésilien proposa de l\u2019amender ainsi: « Créés à limage et à la ressemblance de Dieu, ils sont doués de raison et de conscience.», et, pour faire accepter son amendement, il tint à ses collègues le discours suivant: La Déclaration devrait contenir une référence à Dieu, origine absolue des droits de l\u2019homme comme de tout droit, et sans laquelle elle semblerait suspendue dans le vide.Les rédacteurs de la Déclaration américaine d\u2019indépendance, ainsi que ceux de beaucoup de constitutions nationales, n\u2019ont pas hésité à implorer la protection divine sur leurs efforts en vue de construire la paix.Une telle référence engagerait les grands courants spirituels à soutenir les principes énoncés dans ce document, et MARS 1949 63 cela d\u2019autant plus que le fondement de notre civilisation repose sur l\u2019idée d\u2019un Être suprême.En outre, la crise actuelle est née pour beaucoup du fait que l\u2019homme s\u2019est éloigné de Dieu, et elle ne sera surmontée que par un retour sincère à Lui: « La mention de la Divinité s\u2019adresse à tous ceux qui croient à Dieu, à tous les croyants dans le sens le plus large de ce terme.Et ceux-là forment l\u2019écrasante majorité de la population dans tous les pays-membres des Nations Unies.Le travail de cette Commission serait beaucoup plus profondément lié à la volonté et aux espoirs des masses populaires si, au lieu de n\u2019être que l\u2019expression d\u2019une sèche philosophie agnostique, il interprétait aussi la foi religieuse de la plus grande partie de l\u2019humanité.» Ce sermon diplomatique suscita, comme on le pense bien, un profond remous et des réactions très diverses au sein de la Commission.Avec empressement, la Bolivie, le Liban et la Colombie se déclarèrent prêts à appuyer l\u2019amendement brésilien: la foi en un Être suprême, dirent-ils, étant le facteur commun à toute l\u2019humanité et la base la plus saine pour une compréhension mutuelle, l\u2019on doit mentionner cette foi dans la Déclaration, dont l\u2019influence sur le cœur et l\u2019esprit des hommes sera du coup renforcée.Encore plus catégorique, si l\u2019on peut dire, fut l\u2019appui de l\u2019Argentine.Cet amendement, déclara le représentant de ce pays, ne prétend nullement imposer une philosophie ou une foi à une partie de l\u2019humanité.Dire que les hommes sont créés à l\u2019image de Dieu, c\u2019est évoquer une croyance commune à tous les hommes, c\u2019est poser une affirmation susceptible de la plus large interprétation.Bien vaines sont les appréhensions que suscite une allusion à Dieu, car la liberté de religion est garantie dans l\u2019un des articles subséquents, et tous les hommes n\u2019en auront pas moins le droit de continuer à professer la foi ou la philosophie de leur choix.Cette allusion conférerait à l\u2019article premier une force bien plus grande, un élément d\u2019universalité, un souffle divin: il s\u2019élèverait alors au-dessus des considérations de pure politique et contribuerait à apaiser et à tranquilliser l\u2019âme des hommes.Certains, poursuit le délégué d\u2019Argentine, prétendent qu\u2019il y a opposition entre la religion et la politique; mais, au contraire, c\u2019est la religion qui donne à l\u2019homme l\u2019inspiration dont il a besoin pour suivre les voies de la paix: politique et religion doivent s\u2019harmoniser, et l\u2019humanité doit être guidée dans la poursuite de son idéal par les principes de l\u2019Évangile.On peut dire avec raison que le Décalogue constitue la première déclaration des droits de l\u2019homme.Je suis prêt à m\u2019incliner devant la volonté de la majorité, mais je rappelle que, dans le passé, c\u2019est fréquemment la minorité qui a soutenu les causes les plus élevées, et je prie instamment mes collègues de respecter l\u2019opinion de la minorité.A cette franche profession de foi et à cet appel si noble des deux grands pays de l\u2019Amérique latine, qu\u2019allait répondre la majorité ?Si on laisse de côté pour l\u2019instant l\u2019U.R.S.S., l\u2019on peut ramener à trois principales les raisons invoquées contre l\u2019adoption de l\u2019amendement brésilien.La première, en vérité, ne pèse pas lourd et concerne plutôt les dispositions personnelles des délégués que le fond même du problème.Que l\u2019homme soit créé à l\u2019image de Dieu, observe-t-on, c\u2019est là une question tellement délicate qu\u2019on devrait s\u2019abstenir de l\u2019aborder (Belgique), une question qu\u2019il est gênant de trancher par un vote (Chine), et très embarrassante pour les membres dont l\u2019opinion personnelle ne s\u2019accorde peut-être pas avec les vues officielles qu\u2019ils sont chargés d\u2019exposer (Chili).En somme, on dit au Brésil: votre proposition est embêtante pour la majorité.Soyez gentil: retirez-la.Beaucoup plus sérieuse cependant se présentait la deuxième raison.La Déclaration, disait-on, est un document juridique, rédigé pour toute l\u2019humanité, pour toutes les religions ; aussi doit-elle contenir la définition de droits et de libertés, et non de postulats philosophiques (Équateur, Panama).Comme aucun dénominateur commun en ce qui concerne la religion n\u2019a pu encore être trouvé pour les peuples du monde entier, aucune Divinité ne doit être mentionnée dans un document des Nations Unies, dont la philosophie de base ne saurait être qu\u2019universelle (Uruguay).C\u2019est là un amendement qui soulève des problèmes métaphysiques, qui dépasse en fait la capacité du jugement de l\u2019homme et que la Commission n\u2019a pas à trancher par un vote.Le temps de l\u2019intolérance religieuse est révolu (Chine).Un document juridique ne doit mentionner aucune source transcendante des droits (Uruguay).Bref, disait-on au Brésil, toute question métaphysique ou théologique est ici déplacée: retirez votre amendement.Enfin, l\u2019on invoqua surtout la raison d\u2019universalité et d\u2019unanimité.Que l\u2019homme soit créé à l\u2019image de Dieu, répétait-on, c\u2019est là une question controversée, sur laquelle tous les délégués ne professent pas la même opinion, une affirmation qui n\u2019est pas universellement acceptée et qui, par conséquent, ne peut que compromettre l\u2019accord des délégués et l\u2019unanimité du vote sur l\u2019article premier (Chili, Chine, Grande-Bretagne, Inde, France).Le délégué de l\u2019Inde trouve même qu\u2019il y a conflit entre cette assertion et les découvertes scientifiques sur l\u2019origine de l\u2019homme.De son côté, reprenant la thèse exposée par Jacques Maritain dans son discours d\u2019ouverture de l\u2019Assemblée de l\u2019Unesco à Mexico, en 1947, le représentant de la France soutient qu\u2019il vaut mieux ne pas essayer de se mettre d\u2019accord sur la question des origines de l\u2019homme ou sur celle de l\u2019origine de ses droits.Le but essentiel que doit chercher à atteindre la Commission, c\u2019est une entente sur de communs principes d\u2019action en vue de sauvegarder les droits de l\u2019homme, et une telle entente est possible entre croyants et non-croyants, même s\u2019il y a des diver- 64 RELATIONS gences dans les justifications théoriques et fondamentales de ces droits.En résumé, répète-t-on au Brésil, votre amendement compromet l\u2019unanimité et peut même empêcher l\u2019adhésion de plusieurs pays à la Déclaration: retirez-la.Et la Russie ?Elle a été vraiment à la hauteur de sa réputation.Son délégué s\u2019oppose à toute mention de Dieu.Ses raisons?Il ne veut pas d\u2019affirmation théologique dans un document des Nations Unies; on n\u2019en a pas besoin, dit-il, on peut et on doit s\u2019en passer.Il faut, en outre, que la Déclaration puisse être acceptée par le plus grand nombre possible de nations; or l\u2019amendement brésilien est de telle nature qu\u2019un bon nombre de délégués ne peuvent y souscrire.Jusqu\u2019ici rien de bien neuf: ce sont les arguments mêmes de la majorité.Mais, une fois lancé, le délégué soviétique ne pouvait s\u2019arrêter en si bonne voie et se devait de faire preuve d\u2019originalité.Il développe donc les cinq arguments suivants: 1° l\u2019article premier est la base de toute la Déclaration et, comme tel, ne doit pas contenir de question qu\u2019il est du ressort de chaque individu de résoudre par lui-même; 2° l\u2019amendement brésilien, avec les meilleures intentions du monde, n\u2019en est pas moins contraire à l\u2019un des droits explicitement reconnus dans la Déclaration: celui de la liberté de pensée, de conscience et de religion; 3° cet amendement serait aussi en contradiction avec les constitutions des nombreux pays qui ont proclamé la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État; 4° « nous ne pouvons imposer au monde une seule conception religieuse de Dieu », et surtout pas par le moyen d\u2019un vote dans lequel certaines religions seraient d\u2019avance certaines de l\u2019emporter; 5° enfin, \u2014 argument suprême pour un pays qui se prétend à l\u2019avant-garde de l\u2019histoire, \u2014 essayer d\u2019imposer aux autres sa propre foi ou sa propre philosophie, c\u2019est un retour aux idées courantes à l\u2019époque des Croisades, et l\u2019humanité a progressé depuis ce temps: « Dans mon pays, ajoute-t-il en terminant, cette opinion selon laquelle l\u2019homme a été créé à l\u2019image de Dieu est très discutée, et parfois même est considérée comme rétrograde sur le plan social » (texte anglais: and sometimes even regarded as reflecting « a certain sign of social backwardness »).Tant d\u2019impudence appelait une réponse et méritait une leçon.La Colombie et la Bolivie s\u2019en chargèrent.Leurs représentants s\u2019attachèrent surtout à réfuter l\u2019objection tirée de la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État: c\u2019est là, dirent-ils, une objection sans valeur, car une allusion à Dieu dans la Déclaration pourrait être interprétée par chaque pays en accord avec sa propre croyance religieuse, et, en outre, la plupart des États accordent à leurs citoyens la liberté de conscience.Même en U.R.S.S., précise le délégué de Bolivie, où l\u2019on a tenté d\u2019abolir toute idée de Dieu, la liberté du culte a été rétablie; aussi suffirait-il d\u2019un peu de tolérance mutuelle en cette affaire, pour qu'on parvienne à trouver un dénominateur commun.Plus véhément et sentant sans doute la partie perdue, le délégué de Bolivie dénonce avec vigueur les thèses matérialistes au nom desquelles on s\u2019objecte à la mention de Dieu.Il y a, termine-t-il, des idéologies qui se prétendent progressistes, mais qui, en réalité, ravalent l\u2019homme « au niveau du chien » ! La cause de Dieu était entendue.Seize pays avaient pris part aux débats; quatre seulement appuyaient à fond l\u2019amendement brésilien (Argentine, Colombie, Bolivie, Liban), deux présentaient des réserves de forme (Cuba, Pays-Bas,) tous les autres avaient manifesté soit leur embarras, soit leur répugnance, soit leur franche opposition.L\u2019amendement ne passerait pas.A regret, le délégué brésilien annonça qu\u2019il le retirait, mais pour un temps seulement, et sur la promesse formelle du représentant des Pays-Bas que la lutte sur le même sujet se poursuivrait quand la Commission aborderait la question du Préambule.TROISIÈME ACTE : LA TENTATIVE HOLLANDAISE Ce fut le troisième acte.Cette fois, un nouvel acteur entrait en scène et du coup captait le premier rôle: le R.P.Beaufort, o.F.m., professeur à l\u2019Université catholique de Nimègue et représentant des Pays-Bas pour la circonstance.Sa proposition, rédigée avec grande habileté, visait à introduire dans le premier paragraphe du Préambule une incidente affirmant que les droits énoncés dans la Déclaration étaient « fondés sur Vorigine divine et la destinée immortelle de l'homme ».Dans un long plaidoyer, le religieux hollandais, quelque peu perdu au milieu de tous ces diplomates, s\u2019attacha à montrer le sens véritable de son amendement et à réfuter à l\u2019avance les objections possibles.Cette proposition, dit-il, affirme la relation existant entre le Créateur et l\u2019homme, établit l\u2019origine de l\u2019homme et fait ressortir sa destinée.On a objecté que des amendements de ce genre ne peuvent être acceptés par ceux ici présents qui se déclarent agnostiques.Certes ce serait un crime que d\u2019imposer des idées, puisque toute conviction doit être respectée.Mais ceux qui désirent voir leurs convictions respectées doivent aussi pratiquer le respect pour celles des autres.Pour ceux qui ne sont pas croyants, cet amendement est simplement dépourvu de sens; il ne saurait leur nuire ni blesser leur conscience, puisque, en somme, ils se rallient à la formule: Ignoramus et ignorabimus.Par contre, en l\u2019adoptant, on donnera satisfaction à la majorité de la population du monde.Des millions d\u2019êtres humains déplorent que la Charte des Nations Unies ne mentionne pas le nom de Dieu.L\u2019introduire dans la Déclaration comblerait cette grave lacune et soulagerait la conscience de beaucoup.La Déclaration, a-t-on dit, doit être humaine.Certes, mais pour qu\u2019elle le soit vraiment, elle doit décrire d\u2019une manière complète la nature de l\u2019homme, MARS 1949 65 en donner par conséquent « une définition par compréhension » ; elle doit aussi reconnaître les relations fondamentales qui existent entre l\u2019homme et son Créateur.On a ajouté: pas d\u2019affirmation d\u2019ordre métaphysique dans ce document.Mais ce serait une illusion que de croire possible de rédiger une Déclaration des Droits de l\u2019Homme sans s\u2019appuyer sur des données métaphysiques.Vous y affirmez déjà que tous les êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droit; or cette dignité et ces droits proviennent de la nature de l\u2019homme, et si cette dignité lui est inhérente de par sa nature, nécessairement la question se pose: quelle est cette nature ?Dans la plupart des documents enfin, il n\u2019est pas besoin de mentionner la relation qui existe entre l\u2019homme et son Créateur, mais dans une déclaration des droits de l\u2019homme où il s\u2019agit de l\u2019humanité tout entière, dans un document de signification mondiale, appelé à servir de modèle durant les siècles à venir, nous devons « ouvertement et clairement montrer notre croyance dans le Créateur ».Cette proposition hollandaise obtient aussitôt l\u2019appui chaleureux du Brésil et de la Bolivie; si on ne l\u2019adopte pas, disent-ils, la Déclaration sera reçue froidement dans beaucoup de pays, où elle apparaîtra comme une manifestation de l\u2019orgueil de l\u2019homme plutôt que comme une garantie sérieuse de ses droits.Mais la majorité se laisserait-elle convertir par ces arguments ?On put l\u2019espérer un moment, quand à tour de rôle la Belgique, l\u2019Australie et la Grande-Bretagne déclarèrent en substance: personnellement nous sommes prêts à appuyer l\u2019amendement hollandais, car il justifie de la manière la plus convaincante l\u2019idée de la dignité de l\u2019homme et accroît ainsi la portée de la Déclaration; mais si la majorité n\u2019en veut pas, il serait vain d\u2019essayer de le lui imposer.Celle-ci en voudrait-elle?Il apparut bientôt que non.Les mêmes arguments revinrent: nous sommes chargés de rédiger un document juridique, non un traité de philosophie (Équateur) ; pas d\u2019énoncé dogmatique dans une Déclaration à portée universelle (Inde) ; on ne peut se prononcer sur un problème aussi important par une procédure de vote fondée sur la souveraineté égale des États et ne tenant compte que des facteurs politiques: ce serait inapproprié, irrespectueux et même injuste: dans un cas de conscience de cet ordre, c\u2019est le nombre d\u2019« âmes » représentées par chaque vote qui doit compter (Chine); amendement inacceptable, parce qu\u2019il traite d\u2019une question qui a divisé les hommes depuis des siècles, qui les a rendus intolérants et même cruels les uns envers les autres et sur laquelle l\u2019accord, même aujourd\u2019hui, est impossible (France).Comme il fallait s\u2019y attendre, le groupe soviétique, cette fois encore, chargea à fond de train.U.R.S.S., Biélo-Russie, Ukraine, Pologne, proclamèrent leur opposition irréductible à la proposition hollandaise, et cela au nom de la science, de la laïcité, de la liberté de conscience et du progrès.Au nom de la science tout d\u2019abord.L\u2019amendement hollandais est inacceptable, car il soulève une question très contestée de philosophie, il essaie de justifier les inégalités existantes par des arguments métaphysiques qui ne peuvent être prouvés scientifiquement.Au nom de la laïcité ensuite, tant de l\u2019organisme international que des États-membres.L'O.N.U.est une organisation laïque qui n\u2019a pas à traiter de questions religieuses.Je m\u2019oppose, dira le délégué polonais, à toute mention de la Divinité au nom de ce principe: « Rendons à Dieu ce qui appartient à Dieu, et aux Nations Unies ce qui appartient aux Nations Unies.» De plus, bon nombre de pays ont proclamé chez eux la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, et ne peuvent admettre une telle proposition.Au nom de la liberté de conscience.L\u2019amendement est inacceptable, parce qu\u2019il porte atteinte à l\u2019exercice de la liberté de conscience et ne tient pas compte du fait que certaines gens n\u2019acceptent plus l\u2019idée de religion (Ukraine).Au nom du progrès enfin.Cette question de l\u2019origine divine de l\u2019homme a déjà été débattue en France il y a cinq siècles, et la Déclaration des Droits de l\u2019Homme de 1789 n\u2019a pas jugé bon d\u2019en faire mention.Pour l\u2019époque, cette Déclaration constituait un progrès; celle d\u2019aujourd\u2019hui ne devrait pas mentionner des questions dépassées (U.R.S.S.).Pour toutes ces raisons, proclama finalement le représentant de l\u2019Ukraine, si cet amendement est accepté, je ne pourrai voter en faveur de l\u2019ensemble de la Déclaration.Encore une fois, la cause de Dieu était entendue.et perdue d\u2019avance.En vain, le P.Beaufort reprit-il son plaidoyer et montra-t-il à ses collègues le danger d\u2019adopter comme principe préalable: il faut éliminer les questions controversées afin de réaliser l\u2019unanimité; en vain s\u2019acharna-t-il à leur faire comprendre que son amendement, tel que rédigé, pouvait être accepté par la majeure partie de la population de tous les pays, et qu\u2019il était compatible avec toutes les religions et même avec les conceptions de ceux qui croyaient à l\u2019existence d\u2019un Être suprême pour des raisons d\u2019ordre strictement philosophique; en vain les mit-il en garde contre le péril de laisser prévaloir la conception matérialiste monstrueuse qui fait de l\u2019homme un simple moyen au service de l\u2019État.Tous ces arguments ne parvinrent pas à ébranler la majorité.Aussi finit-il par céder: puisque, déclara-t-il, mon amendement n\u2019a pas rencontré la faveur de la plus grande partie de la Commission, je n\u2019insiste pas pour qu\u2019il soit mis aux voix.C\u2019était la fin du drame.Les représentants responsables de l\u2019humanité déniaient à Dieu toute place dans leur œuvre; ils se refusaient à reconnaître officiellement à l\u2019homme toute ressemblance avec la Divinité, toute origine divine et toute destinée immortelle; leurs droits, ils entendaient les tenir d\u2019eux-mêmes et des Nations Unies.C\u2019est là toute la tragédie de notre époque.66 RELATIONS LA PENSÉE DU PAPE LA VRAIE VOLONTÉ DE PAIX Robert BERNIER, S.J.DANS son dernier message de Noël à l\u2019univers, Sa Sainteté Pie XII a indiqué « les caractères d\u2019une vraie volonté de paix ».L\u2019importance de l\u2019enseignement formulé dans ce texte est de toute première grandeur, tant à cause de l\u2019autorité surnaturelle du Pontife s\u2019adressant à l\u2019Église universelle, que de l\u2019actualité et de la gravité du sujet traité.Notre tâche se bornera, en ce bref commentaire, à dégager du message pontifical l\u2019enseignement théologique qu\u2019il contient sur son objet central: les caractères d\u2019une vraie volonté de paix.Du texte papal ressort clairement quels sont ceux qui ont le plus besoin de recevoir sa lumière.Ce sont les hommes qui « compromettent sans le vouloir la cause de la paix, précisément en un temps où l\u2019humanité, écrasée sous le poids des armements, angoissée par la prévision de conflits nouveaux et plus graves, tremble à la seule pensée d\u2019une future catastrophe ».Parmi ceux-là qui compromettent la paix, « les uns reprennent l\u2019antique dicton, non entièrement faux mais qui se prête à être mal compris, et dont on a souvent abusé: « Si vis pacem, para bellum.Si tu veux la paix, «prépare la guerre.» D\u2019autres pensent trouver le salut dans la formule: « Paix à tout prix.» Les uns et les autres la mettent en danger; les uns parce qu\u2019ils suscitent la méfiance, les autres parce qu\u2019ils encouragent l\u2019assurance de ceux qui préparent l\u2019agression ».Aux uns et aux autres, le Pape rappelle la doctrine chrétienne traditionnelle de la guerre.La guerre n\u2019est pas et ne peut pas être en soi un instrument de défense du « prestige ou de l\u2019honneur national ».Le motif d\u2019une juste guerre ne peut jamais être formellement la défense de ses propres intérêts comme tels, mais doit consister dans la volonté de rétablir la justice lésée et le droit violé.La guerre n\u2019est pas davantage, en soi, un mal qu\u2019il faudrait s\u2019épargner coûte que coûte, un mal auquel on devrait rester pleinement étranger.Elle ne peut être considérée, selon l\u2019aphorisme traditionnel, ut res inter alios acta, « comme une chose qui se passe entre les autres », qui ne regarde que les autres.A la lumière de cet enseignement traditionnel, Pie IX a condamné « le principe dit de non-intervention » (Cf.Syllabus, 1864).La guerre est de soi un moyen de réprimer une violation de la justice que ne peut réprimer efficacement une autorité politique dans l\u2019exercice de sa compétence juridique.A défaut donc et en suppléance d\u2019une autorité politique \u2014 locale ou universelle \u2014 efficace, les autorités politiques (les États) au sein de la communauté des nations peuvent et en certains cas doivent réprimer par la guerre la violation de la justice, « pourvu toujours qu\u2019il y ait probabilité fondée de succès ».Les autorités politiques sont ici solidaires et toutes se trouvent donc dans l\u2019obligation de participer à cette répression.Non dans la mesure de leurs intérêts, mais dans celle de leur capacité effective.Le droit doit être défendu par devoir et non pour les avantages qu\u2019on trouve à le défendre.Il est à peine besoin de signaler que la guerre ne doit pas causer d\u2019injustice nouvelle, puisqu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un moyen de rétablir le droit.Prétendre supprimer en droit ce moyen, souvent unique, de réprimer l\u2019injustice, avant même d\u2019avoir institué (selon le devoir grave qui s\u2019impose à tous) un autre moyen plus efficace et moins nocif, à savoir une autorité superétatique, ce serait non pas travailler pour la paix réelle, qui réside dans l\u2019ordre, son maintien et sa défense, mais compromettre « sans le vouloir la cause de la paix ».Ce serait tout autant compromettre la paix que de faire de la guerre ou de la simple « menace de guerre » « une question de prestige ou d\u2019honneur national », tout*autant que de refuser « d\u2019écarter ou au moins de diminuer les causes de tension qui aggravent moralement et matériellement le péril de guerre ».Ces causes étant « principalement, dit Pie XII, la relative étroitesse du territoire national et la pénurie des matières premières ».Conscientes donc du devoir grave de réprimer toute violation du droit échappant à une répression juridique efficace, les autorités politiques et les peuples qu\u2019elles dirigent se voient dans l\u2019obligation de travailler à prévenir le recours à la guerre en isolant de la communauté des nations tout violateur du droit.« Tout violateur du droit doit être mis, comme perturbateur de la paix, dans une solitude infamante au ban de la société civile.» Le Pape souhaite que l\u2019O.N.U.endosse cette responsabilité: « Puisse l\u2019Organisation des Nations Unies devenir la pleine et pure expression de cette solidarité internationale de paix, effaçant de ses institutions et de ses statuts tout vestige de son origine, qui était nécessairement une solidarité de guerre.» Cette mise au ban de la société civile signifiera au violateur du droit la conscience qu\u2019ont les peuples dans leur ensemble de la responsabilité solidaire qui leur est échue de maintenir, fût-ce par la force et à leur détriment, sans considérer premièrement leurs intérêts propres, le respect du droit.Une telle détermination, signifiée et comprise, ne constitue-t-elle pas le meilleur préservatif contre la violation de la justice ?Il importe de souligner cet aspect capital du message de Pie XII: « Un peuple menacé ou déjà victime d\u2019une injuste agression, s\u2019il veut penser et agir chrétiennement, ne peut demeurer dans une indifférence passive; à plus MARS 1949 67 forte raison, la solidarité de la famille des peuples interdit-elle aux autres de se comporter comme de simples spectateurs dans une attitude d\u2019impassible neutralité.Qui pourra jamais mesurer les dommages déjà occasionnés dans le passé par une telle indifférence, bien étrangère au sentiment chrétien, envers la guerre d\u2019agression?Combien elle a fait éprouver plus vivement le sentiment du manque de sécurité chez les « grands » et par-dessus tout chez les « petits » ! A-t-elle en compensation apporté quelque avantage ?Au contraire, elle n\u2019a fait que rassurer et encourager les auteurs et fauteurs d\u2019agressions, laissant chacun des peuples, abandonnés à eux-mêmes, dans la nécessité d\u2019augmenter indéfiniment son armement.» Cette « vraie volonté de paix » des autorités politiques de l\u2019univers est « forte comme l\u2019acier », ajoute Pie XII.Elle est étrangère à l\u2019esprit de « compromis », à « la tentative de se sauver aux dépens d\u2019autrui », qui favorisent « la fortune de l\u2019agresseur ».Cette « vraie volonté de paix » n\u2019est dirigée que par un motif: établir et protéger le règne du droit et de la justice pour tous et par tous.« Elle est d\u2019une bien autre trempe que le simple sentiment d\u2019humanité, trop souvent fait de pure impressionnabilité, qui ne déteste la guerre qu\u2019à cause de ses horreurs et de ses atrocités, de ses destructions et de ses conséquences, et non pas aussi à cause de son injustice.» On ne saurait trop insister sur l\u2019importance primordiale de cet enseignement pontifical.A cette heure où un immense désir de paix se fait jour chez tous les peuples démocratiques et dans la mesure même où ils sont restés davantage chrétiens, n\u2019est-il pas providentiel que la voix du Pape, empreinte de son autorité surnaturelle, vienne rappeler qu\u2019une volonté mal éclairée de paix \u2014 provenant d\u2019un désir inconditionné de paix et du dessein de sauvegarder, par des compromis, ses intérêts particuliers \u2014 compromet irrémédiablement la paix par l\u2019audace qu\u2019elle permet à celui qui prépare l\u2019agression ?Tandis que « l\u2019assurance qu\u2019un tel devoir (la répression collective d\u2019une injuste agression) ne demeurera pas sans être rempli, servira à décourager l\u2019agresseur et par suite à éviter la guerre, ou du moins, dans la pire des hypothèses, à en abréger les souffrances.Ainsi le proverbe: « Si tu veux la paix, prépare la guerre », demeure, avec un sens meilleur, comme aussi la formule: « La paix à tout prix.» Ce qui importe, c\u2019est de vouloir sincèrement et chrétiennement la paix ».Devant cette leçon de haute prudence, certains ont éprouvé quelque difficulté à saisir la continuité des enseignements pontificaux.Pie XII lui-même, dans son message de Noël 1941, n\u2019avait-il pas affirmé: « Dans le champ d\u2019un ordre nouveau fondé sur les principes moraux, il n\u2019y a pas de place pour la lésion de la liberté, de l\u2019intégrité et de la sécurité des autres nations, quelles que soient leur extension territoriale ou leur capacité de défense.S\u2019il 68 est inévitable que les grands États, grâce à leurs possibilités plus nombreuses et à leur puissance, tracent le chemin quand il s\u2019agit de constituer des groupes économiques entre eux et les nations plus petites et plus faibles, on ne peut cependant contester à ces dernières \u2014 et cela relève de l\u2019intérêt général \u2014, le droit qu\u2019elles ont: a) au respect de leur liberté politique; b) à /\u2019inviolabilité réelle, lors de contestations entre États, de cette neutralité qui leur revient, de par le droit naturel et de par le droit des gens; enfin, c) à la sécurité de leur développement économique.C\u2019est seulement ainsi, en effet, qu\u2019elles pourront promouvoir adéquatement chez elles le bien commun, à savoir le bien-être matériel et spirituel de leurs populations » ?Comment comprendre cette « inviolabilité réelle de cette neutralité qui leur revient de par le droit naturel », en regard de l\u2019enseignement que le Pape nous donne aujourd\u2019hui ?Comment, de plus, comprendre l\u2019enseignement d\u2019aujourd\u2019hui en regard du message de Noël 1944, où Pie XII affirmait: « La théorie de la guerre, comme moyen apte et proportionné de résoudre les conflits internationaux, est désormais dépassée.Il y a un devoir qui oblige tout le monde.: celui de faire tout ce qui est possible pour proscrire et bannir une fois pour toutes les guerres d\u2019agression comme solution légitime pour les controverses internationales et comme moyen de réalisation pour des aspirations nationales» ?« Le droit de guerre a cessé d\u2019exister », pouvions-nous conclure en commentant ce message-époque (cf.Relations, novembre 1945, « Un tournant de la politique catholique »).Pourtant, jamais la continuité et la cohérence de l\u2019enseignement pontifical n\u2019ont été plus manifestes.Pour s\u2019en rendre compte cependant, il est nécessaire d\u2019étudier cet enseignement dans son contexte et à la lumière des principes qui le commandent, et non en opposant énoncés partiels à énoncés partiels.En 1941, Pie XII rappelait que les grands États ne peuvent, du fait qu\u2019ils sont grands États, contraindre les petits à une économie ou à des mesures politiques dictées par eux.Pas davantage, « lors de contestations entre États », ils ne peuvent violer la neutralité des États plus faibles.Applications différentes du même principe: les grands États, comme tels, ne peuvent violer la liberté des petits, ni durant la paix, ni durant la guerre.Ce qui revient aux « nations plus petites et plus faibles », « de par le droit naturel et de par le droit des gens », c\u2019est « l\u2019inviolabilité réelle » de leur « neutralité ».Mais rien n\u2019est dit dans ce contexte, qui n\u2019y touche en aucune façon, de la manière dont les petits États doivent user de cette neutralité inviolable par les autres.Il en est ici comme de la liberté de l\u2019homme qui ne peut être contraint par son semblable.Cette liberté ne supprime pas \u2014 comme le libéralisme le conclut faussement \u2014 ses devoirs et ses responsabilités à lui.RELATIONS Pie XII ne change rien à l\u2019enseignement de Pie IX condamnant le droit de neutralité entendu comme le droit de ne se mêler en rien du bien commun international.Commentant le texte de 1941, Mgr Charles Journet, l\u2019ardent défenseur de la neutralité suisse, entend bien ainsi le message pontifical : « A côté du Syllabus qui condamnait le principe de non-interventiony nous avons ici l\u2019affirmation d\u2019un droit de neutralité.Ce sont là deux aspects complémentaires d\u2019une même haute vérité.Ils ne doivent pas être affirmés l\u2019un contre (souligné par l\u2019auteur) l\u2019autre » {Exigences chrétiennes en Politique, Paris, Egloff, 1945).Aujourd\u2019hui, Pie XII rappelle les devoirs qui incombent à chaque État libre, et dont aucun État n\u2019est dispensé du fait que les autres États, ses égaux, ont l\u2019obligation de respecter sa neutralité.Dans son message de Noël 1944, inspiré du sens profond de la théologie traditionnelle de la guerre, Pie XII rectifiait la conception, courante aujourd\u2019hui, du droit de guerre, perçu comme un droit subjectif de défense d\u2019un bien naturel ou étatique comme tel; conception qui n\u2019avait que trop gagné les catholiques eux-mêmes.Que le lecteur nous permette, encore une fois, de le renvoyer à notre article de Relations, novembre 1945, que nous ne pouvons reprendre ici tout au long.Le Pape indiquait alors l\u2019obligation grave et urgente que le développement du bien commun universel impose à tous les peuples: celle d\u2019instituer une autorité politique universelle qui aura « dans ses attributions d\u2019étouffer dans son germe toute menace d\u2019agression isolée ou collective ».Par conséquent, « la théorie de la guerre, comme moyen apte et proportionné de résoudre les conflits internationaux, est désormais dépassée ».Et donc « il y a un devoir qui oblige tout le monde., celui de.bannir.les guerres d\u2019agression.».Plus qu\u2019aucun de ses prédécesseurs, Pie XII a insisté sur la grave obligation de conscience de travailler à éliminer la guerre comme moyen légitime de défendre la justice, en instituant une autorité apte à remplir ce rôle par des moyens juridiques.C\u2019est pour cela précisément, afin que les plus dociles de ses fils ne risquent pas de se méprendre sur son véritable enseignement, qu\u2019il se devait de montrer que l\u2019effort pour dépasser le stage de l\u2019emploi d\u2019un moyen périmé de droit, ne supprime pas le droit et parfois le devoir d\u2019user de ce moyen tant que l\u2019effort obligatoire n\u2019a pas réussi à le remplacer par le seul moyen efficace de droit, l\u2019autorité internationale.Le message de 1944, enseignant que le droit de guerre est de jure dépassé, tend à montrer aux États l\u2019absolue nécessité de la collaboration internationale la plus intime, en vue de parvenir, le plus rapidement possible, à établir une autorité gardienne de la justice.Là réside « la volonté vraie » de redresser toute injustice et de réprimer toute violation du droit, « la vraie volonté de paix ».Si les petits États allaient voir dans ces enseignements pontificaux \u2014 la caducité du droit de guerre, l\u2019obligation pour les grands États de respecter la neutralité des autres \u2014 une espèce de confirmation de leurs prétentions à l\u2019isolement jusqu\u2019à ce que les jours soient meilleurs, s\u2019ils attendaient trop exclusivement de la Providence le maintien du droit et de la justice ici-bas, jamais l\u2019humanité n\u2019aurait connu plus grave danger.Car alors la communauté des nations laisserait voir simultanément son refus d\u2019user de la guerre et son manque de foi dans les seuls efforts sérieux pour établir un ordre pacifique.Jamais les agresseurs du droit, au faîte de leur puissance, n\u2019auraient davantage eu champ libre.C\u2019est pourquoi le Vatican, conscient du péril, a décrit « les caractères de la vraie volonté de paix ».Les devoirs qu\u2019on ne peut remplir immédiatement ou qu\u2019on néglige de remplir ne peuvent servir de prétexte pour dispenser de devoirs permanents.Nous n\u2019avons pas su travailler efficacement à l\u2019institution d\u2019une autorité superétatique, ou nous ne l\u2019avons pas efficacement voulu: il ne faudrait pas, pour autant, oublier le devoir permanent de redresser l\u2019injustice et de réprimer la violation du droit.L\u2019obligation demeure d\u2019user, quand il est nécessaire, du moyen moins apte (même dépassé de droit), la guerre, s\u2019il est le seul dont on dispose.Du reste, la volonté consciente, résolue et collective de l\u2019employer s\u2019il devient nécessaire, relève d\u2019une vraie volonté de paix.Car la résolution de se servir de la force, non en tant que moyen de défense de ses intérêts particuliers, mais en tant que moyen pour redresser l\u2019injustice, est nécessaire pour « décourager l\u2019agresseur ».Permettre à l\u2019agresseur l\u2019impunité constituerait un mal plus grand que les méfaits mêmes de la guerre.Seule une telle résolution est capable d\u2019« éviter la guerre » ou, « dans la pire des hypothèses », d\u2019en « abréger les souffrances ».L\u2019enseignement pontifical nous met en garde contre les pseudo-efforts de paix: compromis en vue d\u2019intérêts égoïstes, menaces de guerre pour les mêmes fins, isolationnisme prétextant, pour ne rien faire, l\u2019état endémique de violation du droit dans l\u2019ordre international.Que notre participation à l\u2019ordre mondial soit donc celui d\u2019un majeur, conscient de ses devoirs, capable de les assumer, même à son détriment parfois, comme il arrive pour tout devoir.Que notre participation à la répression de l\u2019injustice et à l\u2019établissement de l\u2019ordre ne consiste donc pas en un « collaborationnisme » qui nous réduise au rôle d\u2019instrument entre les mains de quelque autre État, mais dans une libre coopération, jugeant nous-mêmes prudentiellement, dans chaque cas concret, des exigences de notre devoir et des mesures concrètes à prendre pour que ce devoir soit réellement rempli.Enfin, pour mieux assurer la paix en détruisant les germes de futurs conflits, rappelons-nous que « les MARS 1949 69 causes de tension qui aggravent moralement et matériellement le péril de guerre » « sont principalement la relative étroitesse du territoire national et la pénurie des matières premières.Au lieu donc d\u2019expédier à très grands frais les aliments aux populations réfugiées, amassées tant bien que mal en quelque lieu, pourquoi ne pas faciliter l\u2019émigration et l\u2019immigration des familles, en les dirigeant vers les régions où elles trouveront plus facilement les vivres dont elles ont besoin?».Par-dessus tout, il importe à des chrétiens de ne jamais oublier que les armes « principales » d\u2019une vraie volonté de paix demeurent toujours « la prière et l\u2019amour: la prière constante au Père céleste, Père de nous tous; l\u2019amour fraternel entre tous les hommes et tous les peuples, comme étant tous fils du même Père qui est dans les deux, l\u2019amour qui avec la patience réussit toujours à se tenir disposé et prêt à s\u2019entendre et à s\u2019accorder avec tous ».LE LIVRE JAUNE SUR LE CARDINAL MINDSZENTY Lad.ARKAY N.D.L.R.\u2014 L\u2019auteur nous a envoyé cet article sous le titre : « Quelques observations sur le soi-disant Livre Jaune, publié par le gouvernement communiste de Hongrie sur l\u2019affaire Mindszenty ».(Voir, p.74, le texte de la déposition du cardinal.) 1.\tEn ce qui concerne la déposition manuscrite du cardinal Mindszenty sur ses prétendues activités politiques, dont la photocopie se trouve pages 8-10 (édition en langue française), on peut constater, du point de vue graphologique, le fait que l\u2019auteur de ce manuscrit a été sous une influence extérieure irrésistible.Dans cette déposition de deux pages et demie, l\u2019auteur « déchire » les mots en deux, pas moins de vingt fois.Il omet les virgules, même il laisse tomber des lettres au milieu des mots, laissant leur place vide.Il n\u2019y a pas moins de cinquante-neuf fautes d\u2019orthographe dans ce texte.Le caractère de ces fautes révèle que l\u2019auteur souffre fort d\u2019un désordre psychologique, que son équilibre spirituel est renversé par un agent extérieur.Ce qui est confirmé également par la signature, sous sa déposition.Si on la compare avec ses anciennes signatures, la différence constatée est frappante.Il suffit de mentionner la lettre n dans le mot Mindszenty dont la première branche est énormément exagérée; ainsi que la lettre y et tout le mot Jozsef, qui sont écrits avec un tremblement nerveux, sous une influence extérieure.C\u2019est-à-dire que cette écriture tout entière prouve le fait que l\u2019auteur a été privé, par des moyens artificiels, de sa volonté propre.Il est à considérer aussi que les fautes d\u2019orthographe se multiplient énormément à l\u2019endroit où il est forcé de commencer à énumérer ses prétendues activités politiques.A cet endroit-là, le caractère même de son écriture est fort détérioré, prouvant que la conscience de l\u2019auteur a protesté contre le contenu de son écriture, mais qu\u2019il n\u2019avait plus la force de résister à la contrainte extérieure.Tout le style de la déposition prouve qu\u2019elle a été dictée.Le commencement de la déposition est particulièrement à noter; la tendance en est évidente: rendre l\u2019auteur antipathique à l\u2019opinion publique.En outre, le sarcasme de la police communiste contre le cardinal: « Je suis un gentilhomme hongrois », alors qu\u2019immédiatement après il est obligé de déclarer que, bien qu\u2019il soit un gentilhomme hongrois, son ancien nom de famille était allemand (Péhm).\u2014 A noter que tout cela n\u2019est pas du domaine de son activité « politique », ce qui prouve également l\u2019intervention tendancieuse, et le fait que le texte a été dicté, et non pas écrit de sa propre volonté.2.\tLe Livre Jaune dit à la page II que Son Éminence aurait sollicité en 1945 que ses 300 hectares de terre fussent exemptés de la réforme agraire.C\u2019est le contraire qui est vrai: puisque l\u2019archevêché d\u2019Esztergom avait eu, avant la guerre, plus de 1,000 hectares de biens fonciers, aux termes de la loi de réforme agraire, le gouvernement hongrois de 1945 aurait dû lui enlever tout ce qu\u2019il avait, sans lui laisser même un seul pied carré de terre.Mais voulant honorer les mérites personnels incontestables du cardinal Mindszenty, dans la résistance, c\u2019est justement le gouvernement hongrois qui lui a offert l\u2019exemption de 300 hectares.C\u2019est ainsi que l\u2019archevêché d\u2019Esztergom a aujourd\u2019hui 300 hectares de biens fonciers.3.\tLe Livre Jaune prétend attribuer l\u2019arrestation du cardinal Mindszenty par les Allemands, non pas à sa résistance, mais à cause de 1,800 chemises d\u2019homme.\u2014 La vérité est ceci : fin 1944, Mgr Mindszenty, alors évêque de Veszprém, a rendu visite à tous les évêques de la Hongrie occidentale, afin de les décider à éditer une lettre pastorale collective dans laquelle ils exigèrent des Allemands de déclarer cette partie de la Hongrie « pays ouvert », et de le quitter le plus vite possible.Quelques jours après, les Allemands l\u2019ont arrêté, ainsi qu\u2019un autre évêque voisin, Mgr Shvoy, évêque de Székesfehérvàr.4.\tCe n\u2019est qu\u2019un mensonge ridicule que Son Éminence aurait ordonné à la population hongroise, dans sa lettre pastorale du 18 octobre 1945, de voter pour le Parti des Petits Propriétaires (p.19).}\u2014Tout d\u2019abord, il s\u2019agit d\u2019une lettre pastorale collective de tous les archevêques et évêques de Hongrie, et non pas d\u2019une 70 RELATIONS lettre pastorale du cardinal Mindszenty.Puis, cette lettre pastorale collective n\u2019a défendu aux catholiques que de voter pour tout parti athée, déclarant clairement qu\u2019il laissait à la conscience de chacun la liberté de voter pour n\u2019importe quel autre parti.\u2014 Étant donné que le Parti des Petits Propriétaires était parfaitement légal, dans le cas où l\u2019épiscopat aurait « ordonné » ou conseillé à la population de voter pour ce parti, il n\u2019aurait pas commis un acte illégal.Il suffit de mentionner le fait que, depuis la guerre, tous les premiers ministres de Hongrie furent membres de ce Parti des Petits Propriétaires.5.Le Livre Jaune prétend (p.33) que le cardinal aurait protégé ouvertement le parti d\u2019opposition de M.Pfeiffer.\u2014 Il n\u2019est que trop connu en Hongrie que Son Éminence n\u2019a même pas reçu en audience M.Pfeiffer, et que, quand ce dernier l\u2019a demandé au secrétariat de l\u2019archevêché, le cardinal l\u2019a catégoriquement refusé.Lorsque M.Pfeiffer a prétendu, à l\u2019occasion de la campagne électorale, être chef d\u2019un parti « catholique », Son Éminence a immédiatement fait publier une protestation énergique, et a démenti l\u2019affirmation de M.Pfeiffer.LE JUBILE DU PAPE Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.LE 2 AVRIL 1899 marque une date mémorable dans .l\u2019Église.Ce jour-là, un modeste ecclésiastique, issu d\u2019une vieille famille romaine, reçoit, après de brillantes études à la Grégorienne, l\u2019ordination sacerdotale.L\u2019abbé Eugène Pacelli ne compte que vingt-trois ans.Sa santé est faible.Il a dû modérer son ardeur au travail, ce qui ne l\u2019a pas empêché de conquérir son doctorat en théologie, en droit canonique et en droit civil.Ses aptitudes orientent le jeune prêtre vers la carrière diplomatique.Mais il ne consent à y entrer, après un stage dans l\u2019enseignement, que s\u2019il lui est loisible de se livrer en même temps à un ministère assez actif.Plusieurs heures y passent chaque jour, soit qu\u2019il prêche, qu\u2019il entende les confessions, qu\u2019il visite les malades ^et les pauvres.Et cependant sa besogne à la Secrétairerie d\u2019État est loin d\u2019être une sinécure.Comme il l\u2019aurait volontiers abandonnée pour se consacrer tout entier au service des âmes! Mais la Providence avait ses vues.Elle préparait ce prêtre d\u2019élite aux hautes fonctions qu\u2019il allait peu à peu assumer.En avril 1917, alors que la guerre battait son plein, Benoît XV nomme le secrétaire de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques \u2014 poste que Mgr Pacelli, devenu prélat, occupait depuis deux ans \u2014 nonce apostolique à Munich et lui confère la consécration épiscopale.Mission délicate s\u2019il en fut, alors que l\u2019Italie combattait aux côtés des Alliés contre l\u2019Allemagne.Le Saint-Siège n\u2019avait pas d\u2019autre représentant dans l\u2019empire germanique.La tâche lui reviendrait de faire entendre en haut lieu des paroles de paix, de chercher un terrain d\u2019entente où les belligérants pourraient se rencontrer et discuter.Il lui faudrait, en outre, s\u2019occuper des intérêts de l\u2019Église, voir à l\u2019élaboration de concordats.La situation des prisonniers de guerre devrait aussi réclamer son attention, celle surtout des prêtres et séminaristes, nombreux alors dans les camps de concentration et dénués de tout secours.A ces tâches variées le nouveau nonce apporte ses rares qualités intellectuelles et surtout son tact parfait et sa grande charité.S\u2019il ne réussit pas dans ses démarches pour faire cesser les hostilités, il sut cependant gagner la confiance de tous et s\u2019attirer des sympathies dont bénéficia l\u2019Église, comme l\u2019attestent les concordats conclus avec la Bavière et la Prusse.Ses visites aux prisonniers laissèrent des souvenirs impérissables.En décembre 1929, Mgr Pacelli est rappelé à Rome pour y recevoir le chapeau cardinalice.Deux mois plus tard, le 7 février 1930, il succède au cardinal Gasparri comme secrétaire d\u2019État.Pax Christi in regno Christi : telle avait été la devise adoptée par Pie XI au jour de son élection; tel sera le programme que son pontificat de dix-sept années s\u2019efforcera de réaliser.Pouvait-il choisir, après sept ans de règne, pour le seconder dans sa tâche gigantesque et la mener à bonne fin, un meilleur auxiliaire, un « premier ministre » plus dévoué, plus éclairé, plus attaché à l\u2019Église, que le nouveau cardinal ?Nous avons vu les hautes qualités dont la nature et la grâce avaient comblé cet éminent prélat.L\u2019expérience acquise dans les charges importantes qu\u2019il vient de remplir a encore augmenté sa valeur.Il sera pour le Pape un conseiller d\u2019une sûreté de jugement infaillible, un collaborateur au dévouement et à l\u2019activité inlassables.Aussi Pie XI ne se contente pas de sa besogne régulière.Il lui confie des missions extraordinaires, dont plusieurs légations en divers pays, à Buenos-Ayres, à Lourdes, à Lisieux, à Washington, à Budapest.Le légat du pape gagne les cœurs, fait aimer l\u2019Église, attache davantage à Dieu.Lors de son voyage aux États-Unis, en 1936, il aurait aimé visiter le Canada.Les circonstances ne le lui permirent pas.Mais il adressa de New-York au cardinal Villeneuve qui l\u2019avait invité un message des plus chaleureux.Comment pourrions-nous oublier ces paroles si touchantes: « Les fastes du quatrième centenaire de la découverte et de l\u2019évangélisation du Canada sont restés très présents à nos mémoires.Quel chemin parcouru, depuis le geste inspiré du grand explorateur français, plantant une croix monumentale sur la pointe de Gaspé, qui fut aussitôt le signal de l\u2019intrépide apostolat des fils de saint François, de saint Ignace et de Monsieur Olier.Cette terre de la Nouvelle-France, arrosée par le sang des missionnaires, fécondée par la vertu des colons, a toujours produit d\u2019incalculables fruits de sainteté.Il n\u2019y a pas d\u2019ailleurs si longtemps que le glorieux pape Pie XI avait la consolation d\u2019exalter vos bienheureux martyrs.Que d\u2019actions de grâces ne devons-nous donc pas faire monter au ciel, que de félicitations ne devons-nous pas adresser à Votre Éminence, à ses confrères dans l\u2019épiscopat et à tous les Canadiens français très spécialement, pour une si exemplaire fidélité au message évangélique, pour un si traditionnel et invincible attachement au Siège de Pierre ! » Le 10 février 1939, Pie XI rendait le dernier soupir.Nommé camerlingue quatre ans plus tôt, le cardinal Pacelli devenait, par le fait même, chargé de l\u2019intérim du pontificat.Cette position le plaçait à la tête de l\u2019Église.Elle attirait sur lui l\u2019attention de tous.Ses autres charges l\u2019avaient d\u2019ailleurs déjà mis suffisamment en vedette.Mais précisément n\u2019étaient-elles pas un obstacle à son élection au siège de Pierre ?Rare- MARS 1949 71 ment un secrétaire d\u2019État avait été élu Pape.Il fallait remonter jusqu\u2019au cardinal Chigi, élevé au souverain pontificat sous le nom d\u2019Alexandre VII, le 7 avril 1655, pour trouver un précédent.Si vénérable que fût la tradition, la personnalité du cardinal Pacelli l\u2019emporta.Elle avait aussi pour l\u2019appuyer, il faut bien le reconnaître, l\u2019attitude de Pie XI envers son futur successeur qu\u2019il combla de tant de marques de confiance, et non moins, sans doute, l\u2019inspiration de l\u2019Esprit-Saint, désireux de donner à la chrétienté, en ces temps difficiles, un Pontife de grande envergure.En une des élections les plus rapides de l\u2019histoire, l\u2019ancien nonce de Munich était choisi le 2 mars 1939, au troisième tour de scrutin, comme chef suprême de l\u2019Église.Sans hésitation il prit le nom de Pie XII, laissant entendre clairement par là qu\u2019il voulait marcher sur les traces de son prédécesseur, s\u2019inspirer de son esprit et de ses œuvres.Les catholiques du monde entier acclamèrent le choix du Sacré-Collège.Aucun autre n\u2019aurait aussi bien répondu à leurs désirs et à leurs espérances.Seul, sans doute, le nouvel élu dut le regretter.Il se souvint peut-être alors d\u2019une parole de Pie XI.Fatigué de sa besogne administrative et hanté par les désirs d\u2019un ministère apostolique plus actif, il s\u2019était hasardé, un jour, à lui dire: « Très Saint-Père, pardonnez-moi si je vous parle avec netteté.La politique religieuse ne suffit pas à remplir mon âme.J\u2019en souffre et elle me pèse très lourdement.» Le Pape lui répliqua aussitôt, avec non moins de netteté: « Vous et nous, mon fils, nous n\u2019avons l\u2019un et l\u2019autre qu\u2019à nous sacrifier pour le bien de l\u2019Église.» Se sacrifier pour l\u2019Église: c\u2019était bien, en vérité, ce que faisait sans répit Eugène Pacelli depuis ce 2 avril 1899 où l\u2019onction sacerdotale l\u2019avait marqué d\u2019un caractère ineffaçable, avait fait de lui un autre Christ.Quarante ans de sacerdoce, quarante ans de zèle, de renoncement, de sacrifice.Dans les sentiers divers par lesquels la Providence l\u2019avait conduit: humbles fonctions administratives, ministère auprès des petits et des délaissés, haute nonciature en Allemagne, légations brillantes en plusieurs pays, collaboration étroite avec le Pape, partout et à toute heure, cet homme de Dieu s\u2019était donné, il s\u2019était oublié lui-même pour les autres, il s\u2019était sacrifié généreusement pour le bien des âmes, pour les intérêts du divin Maître.Et maintenant qu\u2019il devenait le chef de l\u2019Église, que son gouvernement suprême lui était confié, que les millions de chrétiens dispersés à travers le monde le saluaient comme leur Pasteur, c\u2019est la même consigne qui, malgré ses répugnances intimes, s\u2019imposait plus impérieuse que jamais à sa volonté: s\u2019oublier, se donner, se sacrifier.Le nouveau Pontife prévoyait-il alors combien les événements allaient rendre ce devoir particulièrement urgent et pénible?Six mois seulement après son élection, la deuxième grande guerre éclatait.Elle dura près de six ans.Elle embrasa l\u2019univers.Elle fut plus cruelle, plus barbare que toute autre.Des deux côtés se trouvèrent engagées des nations catholiques.La paix, tel devint pour le Pape le principal souci de chaque jour, la préoccupation qui hanta constamment son esprit, le sujet de la plupart de ses messages et de ses démarches, l\u2019intention sans cesse renouvelée de ses prières, de ses pénitences, du don total de lui-même.Mais en même temps qu\u2019il poursuit ainsi sa tâche primordiale, son extrême charité le porte à secourir ceux qui souffrent de la guerre, à soulager leur détresse.Le Vatican organise par ses soins une centrale d\u2019information et de secours.Bientôt, de toutes les parties du monde affluent des demandes de renseignements et d\u2019aide.Tués, blessés, prisonniers., que sont devenus ces êtres chers dont les familles angoissées n\u2019ont reçu, depuis des mois, aucune nouvelle?Des recherches se font en pays ennemi qui apportent souvent les résultats les plus consolants.Des missions pontificales visitent les camps de concentration, y distribuent des dons, et même obtiennent parfois que le sort des captifs soit amélioré.Il faudrait des pages et des pages pour détailler les bienfaits de cette œuvre unique, que seul le Pape pouvait entreprendre.Pie XII semblait prédestiné à jouer le rôle que les circonstances lui avaient imposé en cette période critique.Son nom ne vient-il pas de pax coeli?Dans ses armoiries figure une colombe tenant un rameau d\u2019olivier; sa devise contient le mot paix: Opus justitiae, pax; son caractère souple et doux appelle la sympathie, l\u2019union plutôt que la division; ses charges antérieures et ses légations l\u2019ont mis en rapport avec des nations qui se trouvent aujourd\u2019hui opposées les unes aux autres.Aussi, dès ses premiers discours, avant même que la guerre, dont se manifestent déjà des signes avant-coureurs, n\u2019ait éclaté, telle son allocution, adressée au monde entier, le lendemain de son élection, le nouveau Pontife insiste sur les bienfaits de la paix et la nécessité de lui consentir des sacrifices mutuels.Mais ce sont surtout ses messages de Noël, prononcés d\u2019abord devant le Sacré-Collège, puis irradiés à travers l\u2019univers, qui constituent son principal effort d\u2019apaisement, de rapprochement international.Destinés à tous ceux qui sont engagés dans la terrible mêlée, et tout particulièrement aux chefs d\u2019Êtat, ils établissent les bases solides sur lesquelles seules peut s\u2019appuyer une paix juste et stable.Ce n\u2019est pas le coup de tonnerre qui terrassera les belligérants, mais une lumière douce et pénétrante qui éclaire les esprits, dissipe les objections, conduit aux actes salutaires.Le premier de ces messages se fit entendre la veille de Noël 1939, quelques mois après la déclaration de la guerre.Ils se succédèrent d\u2019année en année, apportant chaque fois de nouvelles précisions, liant la paix du monde à la paix de chaque nation où tous les citoyens doivent pouvoir jouir d\u2019une existence conforme à leur dignité d\u2019êtres humains, à la paix des familles, cellules vitales dont le développement et la stabilité assurent le bonheur de la société, à la paix enfin de l\u2019âme, car c\u2019est en elles, en définitive, dans l\u2019accomplissement de leurs devoirs envers Dieu et envers le prochain, que s\u2019élabore la paix mondiale.La fin du conflit n\u2019apporta guère à Pie XII de vrai répit, car les vieux ferments d\u2019égoïsme et de haine, toujours vivants, continuèrent, l\u2019armistice à peine signé, à travailler la masse humaine pour qu\u2019elle s\u2019épandît de nouveau en flots de feu et de sang.La vigilance du chef de la chrétienté dut être plus que jamais en éveil.Tous ces problèmes d\u2019ailleurs auxquels la paix se rattache lui tiennent à cœur.Ils demeurent, comme ils le furent pour son prédécesseur, l\u2019objet constant de ses réflexions, de ses prières, de ses directives privées et publiques.Quelle attention, par exemple, le Souverain Pontife accorde à la famille! Comme il la veut saine, unie, florissante, fidèle à ses devoirs, respectée de tous et favorisée par l\u2019État! Le sort des classes laborieuses, trop souvent victimes d\u2019un régime économique inhumain, ne lui est pas moins sensible.Il réclame pour elles une promotion qui non seulement les libère de la misère matérielle, mais encore les relève moralement, les place en quelque sorte sur un plan d\u2019égalité avec leurs patrons, les associe d\u2019une manière équitable à leurs entreprises.Mais c\u2019est encore le culte dû à Dieu, le respect de ses lois, la pratique des vertus évangéliques, l\u2019extension du règne du Christ qui le préoccupent avant tout et lui inspirent ses actes les plus marquants.Telles ses grandes encycliques: Summi Pontificatus, Mystici Corporis, Mediator Dei; tels ses encouragements à l\u2019Action catholique et aux œuvres missionnaires; 72 RELATIONS telle encore sa vigoureuse défense des droits de l'Église, qu\u2019il s\u2019agisse des odieuses persécutions perpétrées derrière le rideau de fer ou des tentatives plus ou moins masquées de certains États pour laïciser l\u2019enseignement ou faciliter le divorce.Cette activité prodigieuse, que rien n\u2019arrête, dépasse les simples forces humaines.Seul peut l\u2019expliquer un ressort caché, quelque puissance secrète qui galvanise les énergies et augmente leur pouvoir.Pour les familliers du Pape, il n\u2019y a là aucun mystère.Homme d\u2019action, Pie XII est encore davantage un homme de prière.Oraison du matin, célébration de la sainte messe, récitation de l\u2019office divin, visites au Saint Sacrement, examen du soir, telles sont les sources vitales où il plonge chaque jour son âme, où il la trempe surnaturellement pour l\u2019effort quotidien.Chaque année il s\u2019accorde en outre huit jours d\u2019exercices spirituels.Toutes les audiences sont alors suspendues.Silence complet.Méditations prolongées.Ce sont ses grandes manœuvres annuelles.Il en revient plus vigoureux, plus dispos, plus uni à Dieu.L\u2019athlète du Christ a renouvelé ses forces dans la plus bienfaisante des gymnastiques.\t* * * Par une décision du Comité central de l\u2019année sainte, c\u2019est le dimanche 3 avril que se célébrera dans le monde entier le jubilé sacerdotal du Souverain Pontife.Pie XII aurait préféré que cet événement passât complètement inaperçu.Il a finalement consenti, devant le désir unanime des fidèles et surtout l\u2019occasion unique qui leur serait offerte de prier à ses intentions, qu\u2019il fût marqué de quelques manifestations extérieures.Cette célébration sera donc avant tout une journée de prières.Quel meilleur moyen de témoigner à notre chef bien-aimé notre fierté d\u2019être gouverné par lui et notre profonde reconnaissance pour ses innombrables bienfaits! Nous n\u2019avons pu, en ces quelques lignes, qu\u2019effleurer sa remarquable carrière.D\u2019autres en raconteront sans doute plus au long les différentes phases.Puisse ce bref exposé contribuer cependant à ranimer dans nos cœurs les sentiments que tout catholique doit ressentir envers le Souverain Pontife Nous nous attacherons filialement à son auguste personne, à ses représentants parmi nous, à ses directives.L\u2019enseignement du Pape sur les questions actuelles n\u2019est pas assez connu.Et combien peu le suivent! Que notre exemple et notre apostolat s\u2019efforcent de le faire pénétrer davantage dans les esprits, d\u2019en imprégner les institutions et les lois de notre pays.Nous devrons aussi accorder au vénéré jubilaire la première place dans nos prières.La dévotion au Pape fait partie de notre héritage culturel.Elle poussa jadis plusieurs des nôtres à traverser les mers pour se porter au secours du Pontife opprimé.Apanage des vrais catholiques, n\u2019en laissons pas éteindre la flamme dans nos âmes.Veillons plutôt à l\u2019aviver par des actes quotidiens.Le Comité de l\u2019année sainte a décidé que les offrandes recueillies à l\u2019occasion de ce jubilé seraient appliquées à développer la station radiophonique du Vatican.Décision qu; s\u2019inspire des besoins actuels et qui devrait susciter partout une grande générosité.Chaque foyer ne voudra-t-il pas apporter son obole, si modeste soit-elle ?Et combien ces offrandes seraient plus méritoires si tous les membres y contribuaient, fût-ce au prix de quelques sacrifices, les tout jeunes par exemple en se privant de quelque friandise, de quelque promenade ou divertissement! L\u2019épiscopat du Canada doit publier une lettre collective consacrée à ce jubilé mémorable.Les fidèles y trouveront, outre d\u2019intéressantes considérations sur le pontificat de Pie XII, des renseignements et des directives concernant les cérémonies jubilaires qui auront lieu dans notre pays.Ils se feront un devoir de lire attentivement cet important document.AU SERVICE- des BIBLIOTHÈQUES UN COURS DE LU N.E.S.C.O.EN SEPTEMBRE dernier avait lieu le premier cours donné en Angleterre par l\u2019École internationale de l\u2019U.N.E.S.C.O., en collaboration avec l\u2019Association internationale des Associations de Bibliothécaires.La première partie du cours eut lieu à Manchester et la seconde à Londres.Les membres de la Faculté sont des professeurs choisis parmi les personnalités marquantes du monde bibliothécaire, notamment M.Kildal, doyen et directeur des bibliothèques publiques de la Norvège; le professeur Léon Carnovsky, de l\u2019Université de Chicago et directeur de la savante revue The Library Quarterly; M.Charles Nowell, directeur des bibliothèques publiques de Manchester; M.C.Dépassé, de la Belgique; M.Ranganathan, de Madras; M.Bouvier, de Genève; M.Irwin, de Londres; M.C.Milan, de l\u2019O.N.U.; et plusieurs autres conférenciers des plus remarquables.Les participants sont venus de vingt et un pays et représentaient cinquante bibliothèques publiques.Le thème essentiel de cette réunion portait sur la bibliothèque publique, les services qu\u2019elle peut rendre à l\u2019éducation populaire et le rôle qu\u2019elle peut jouer pour promouvoir la compréhension et la bonne entente internationale.Les discussions qui ont suivi chacun des cours ont prouvé qu\u2019un grand nombre de problèmes sont communs à toutes les bibliothèques et ne dépendent pas des frontières nationales.Un peu partout on déplore la désertion des bibliothèques par les adolescents; on réclame de plus larges subventions de l\u2019État et une législation plus efficace.On insiste sur la formation générale et culturelle à la base de la formation technique des bibliothécaires.En outre, la censure morale des livres est acceptée en principe dans tous les pays civilisés.On préconise la distribution des livres aux populations rurales au moyen de dépôts permanents ou itinérants.Les quatre déléguées canadiennes présentent des travaux divers, à savoir: Les bibliothèques au Canada; Les bibliothèques circulantes de la Vallée du Fraser, en Colombie; La lecture publique en Ontario et enfin Les bibliothèques au Canada français.Dans un rapport conjoint, la délégation canadienne préconise l\u2019établissement d\u2019un Centre bibliographique au Canada devant précéder nécessairement la Bibliothèque nationale; on insiste sur une législation provinciale plus efficace permettant la distribution des livres aux populations rurales et une coopération plus grande avec les écoles, hôpitaux, prisons, centres d\u2019études, etc.La visite des grandes institutions telles que le British Museum, l\u2019Université d\u2019Oxford, et la chaîne ininterrompue des réseaux de bibliothèques anglaises à travers tout le pays constitue une démonstration vivante des leçons verbales.Puis le retour par la France, le pays de la culture et du livre, offre aussi des exemples magnifiques.Nous avons l\u2019impression que ces semaines ont été un enrichissement au point de vue professionnel et plus encore au point de vue humain.Nous songeons que « l\u2019union avec tous pour le bien est à proprement parler un problème de charité et d\u2019amour du prochain ».Sur le plan international, l\u2019esprit de solidarité, ou pour mieux dire d\u2019apostolat chrétien des bibliothécaires peut faire beaucoup pour la diffusion de la vérité, la compréhension mutuelle et le rapprochement spirituel de tous les peuples.Juliette Chabot.MARS 1949 73 L\u2019ÉCOLE CATHOLIQUE ACTUELLE Dans une.allocution en l'honneur de saint Joseph Calasanz, patron des Écoles populaires chrétiennes, le Saint-Père exalta l'œuvre du saint et parla des buts de l'école catholique : CHAQUE ÉPOQUE a son propre aspect auquel l\u2019éducation chrétienne doit nécessairement s\u2019adapter.Aussi nous estimons que l\u2019école catholique doit avoir présents deux buts spéciaux : 1° A l\u2019inquiétude, à la multiplicité démesurée, à la pression de la vie moderne, qui enserre comme dans une spirale l\u2019homme presque tout entier et ne le laisse plus rentrer en lui-même, à la frénésie de la réussite, suivant laquelle on juge tout sans faire attention si elle est vraie ou fausse, bonne ou mauvaise, licite ou illicite, l\u2019éducation catholique est appelée à opposer l\u2019homme animé de claires, sûres et profondes convictions.N\u2019est-ce pas là la voix de l\u2019expérience quotidienne?Regardez.Quiconque n\u2019a pas de solides principes est aujourd\u2019hui emporté sans résistance par les hautes vagues des luttes idéologiques.C\u2019est pourquoi tant de regards se tournent présentement, pleins d\u2019espérance, vers l\u2019Église.Celle-ci a derrière elle une histoire admirable de sainteté et de grandes œuvres, elle est riche de vieilles coutumes, de beauté et de formes sublimes.Mais ce qui en elle attire surtout les âmes, c\u2019est la conviction, ferme comme un roc de la vérité absolue, de la force divine de cette foi, de laquelle tout le reste reçoit vie et valeur.2° A l\u2019instabilité morale, vers laquelle la jeunesse est attirée de mille façons par la superculture, par le livre, par les images, par le film, c\u2019est la tâche de l\u2019éducation catholique d\u2019opposer l\u2019homme, qui sait se dominer soi-même.La morale catholique a le cœur large; elle accueille et embrasse tout ce qui se trouve dans l\u2019ambiance de cette dignité.Là cependant sont marquées les limites qu\u2019il n\u2019est pas permis de dépasser.Maintenir inviolables ces limites, constamment et en toute circonstance, c\u2019est la gloire et le mérite des âmes fortes; mais la grâce et la prière sont nécessaires pour les obtenir \u2014 grâce et prière sans lesquelles la victoire n\u2019est pas possible, \u2014 il est nécessaire que le jeune homme soit exercé dès ses premières années aux renoncements, au sacrifice, à la maîtrise de lui-même.HYGIÈNE INDUSTRIELLE Voici une des résolutions adoptées par la C.T.C.C.à son congrès de septembre dernier.Tout y est : QU\u2019EN ce qui concerne l\u2019industrie de l\u2019amiante: a)\tDes cliniques industrielles soient établies à Thet-ford-Mines et à Asbestos aux frais de la Commission des accidents du travail, comme la loi en autorise l\u2019établissement (art.109); b)\tUne enquête soit faite par le ministère de la Santé dans la région de l\u2019amiante afin de déterminer le pourcentage de tuberculose qui existe dans nos régions et trouver la relation entre la tuberculose et les poussières d\u2019amiante qui saturent l\u2019air dans les mines et les villes minières; c)\tLe gouvernement provincial donne des octrois spéciaux aux Facultés de médecine de nos Universités afin de faire des études scientifiques sur cette maladie industrielle et de donner au monde médical des informations précises sur l\u2019amiantose, sur la possibilité d\u2019un diagnostic sûr et des moyens de la guérir; d)\tLe gouvernement exige des compagnies d\u2019amiante l\u2019installation de systèmes d\u2019élimination des poussières à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur des moulins.AVEC OU SANS COMMENTAIRES LA DÉPOSITION DU CARDINAL MINDSZENTY M.l'abbé Lad.Arkay, aumônier hongrois en résidence à Bruxelles, nous a envoyé la traduction de la déposition de S.Êm.le cardinal Mindszenty sur ses prétendues activités « politiques ».Cette déposition a été publiée par le gouvernement communiste de Hongrie dans le soi-disant Livre Jaune.A la simple lecture, on voit qu'il y a anguille sous roche.Il faut lire les commentaires de M.l'abbé Arkay.(Voir plus haut, p .70.) JE SUIS un gentilhomme hongrois.Mon nom de famille original est Péhm.Les titres de noblesse de la famille Péhm datent de 1732.Je descends du côté maternel de la famille noble hongroise des Kovàcs dont les lettres de noblesse datent de 1663.En février 1917 je fus placé à Zalaegerszeg, en qualité de professeur de religion.En 1919 je fus nommé curé dans cette même ville et c\u2019est en cette même qualité que j\u2019y ai exercé mes activités jusqu\u2019au 29 mars 1944, date à laquelle je fus nommé évêque de Veszprém.Je fus nommé prince-primat en octobre 1945.En passant en revue mes activités publiques, je déclare que j\u2019ai toujours été légitimiste.C\u2019est pourquoi j\u2019ai toujours accordé le plus grand appui possible aux tendances politiques visant à faciliter la réalisation des buts du légitimisme.Après ma nomination à la dignité de prince-primat, j\u2019ai été en état de servir d\u2019une façon plus efficace encore mes visées.Mon but, qui est en même temps celui du mouvement légitimiste de Hongrie, est le suivant: création d\u2019un royaume fédératif d\u2019Europe Centrale, unissant sous le sceptre d\u2019Otto de Habsbourg la Hongrie à l\u2019Autriche par une union personnelle, et auquel se joindraient éventuellement d\u2019autres États catholiques, en premier lieu la Bavière.J\u2019ai estimé que ceci ne serait possible que par un renversement de la république de Hongrie, réalisé grâce à une aide étrangère, venant en premier lieu du côté américain.C\u2019est dans ce but que j\u2019ai tout fait pour soutenir en Hongrie la politique des Américains, en exerçant d\u2019une part une activité dirigée contre la république de Hongrie, en sollicitant d\u2019autre part constamment l\u2019intervention américaine, en fournissant à ces derniers d\u2019une façon régulière des renseignements et, enfin, en faisant de l\u2019espionnage.Pour atteindre mon objectif, je ne me suis pas borné à m\u2019appuyer sur les Américains; j\u2019ai également groupé en Hongrie et à l\u2019étranger toutes les forces qui avaient intérêt à un renversement de la république, à l\u2019abolition des institutions et réalisations de cette dernière, telles la réforme agraire et les nationalisations.J\u2019ai estimé que la restauration monarchique ne pourrait avoir lieu qu\u2019après la troisième guerre mondiale, aboutissant à une victoire américaine.Pour la période de transition, jusqu\u2019au retour d\u2019Otto de Habsbourg, j\u2019aurais été investi des pouvoirs de chef provisoire de l\u2019État.J\u2019ai désiré couronner personnellement Otto de Habsbourg, vu que celui-ci m\u2019aurait garanti toutes les prérogatives, réservées au premier banneret du pays.Je reconnais que, dès ma jeunesse, je me suis opposé à toute initiative démocratique du peuple hongrois et que j\u2019ai prêté mon aide aux mouvements de droite.ASSEMBLÉES PARLEMENTAIRES ET ACTION ADMINISTRATIVE Dans les conclusions de son livre : Les nouvelles tendances\t, de la démocratie anglaise [Casterman, 1947), Paul de Visscher parle des deux causes fondamentales de la difficulté qu'ont les assemblées parlementaires à contrôler l'action administrative : le défaut de publicité de cette dernière et Véparpillement excessif\t> des responsabilités : I\u2019ACTION administrative s\u2019exerce, à l\u2019heure actuelle, loin j des yeux du public qui n\u2019en connaît ni les buts, ni les méthodes, ni les résultats.En plein xxe sièclq l\u2019administration reste ce qu\u2019elle était à l\u2019origine: le jardin secret de la Couronne.Ni la presse, ni les parlementaires ne parviennent à violer ce secret et il n\u2019est dès lors pas étonnant que les membres des Chambres qui ne disposent d\u2019aucune méthode objective d\u2019information, basent toute leur action de contrôle sur des abus individuels que le hasard a portés à leur connaissance.Certes, ce n\u2019est pas le rôle des assemblées d\u2019administrer aux lieu et place de l\u2019Exécutif, mais c\u2019est leur rôle naturel de veiller à ce que l\u2019administration agisse suivant leurs directives générales.Pour permettre aux assemblées de remplir convenablement cette fonction, il est indispensable que l\u2019opinion publique soit mise en possession de renseignements précis et objectifs.L\u2019éparpillement des responsabilités constitue le second danger qui menace à l\u2019heure actuelle le principe de la responsabilité ministérielle.Nous avons vu au cours de cette étude que pour faire face aux tâches nouvelles qui lui étaient confiées par la loi, l\u2019Exécutif a fréquemment créé, en marge des départements ministériels, des services publics autonomes, offices, groupements ou corporations qui ont reçu, soit de la loi, soit de la Couronne, une autonomie fonctionnelle très étendue.Placées sous la tutelle purement nominale d\u2019un ministre, ces personnes publiques parastatales ont partagé avec les ministres eux-mêmes des fonctions de caractère législatif et juridictionnel.Dans l\u2019impossibilité d\u2019exercer un contrôle efficace sur la gestion de ces services, les ministres sont trop fréquemment portés à exciper de l\u2019autonomie de ceux-ci pour échapper aux critiques de l\u2019opinion publique et les Chambres elles-mêmes sont trop souvent portées à admettre pareille justification.Ainsi, peu à peu, se développe dans l\u2019État ce que l\u2019on a appelé la dictature de l\u2019irresponsabilité.Dans un régime démocratique, toute activité qui relève de la compétence de l\u2019Exécutif doit nécessairement trouver un responsable au sein du gouvernement.Il nous paraît dès lors urgent, maintenant que l\u2019interventionnisme d\u2019État sort de sa phase de tâtonnements, de veiller à la fois à une plus large publicité des différentes activités administratives et à une coordination systématique des compétences au sein du Cabinet.Telles sont, à notre avis, les réformes fondamentales auxquelles l\u2019Angleterre devra s\u2019attacher au cours des années à venir.Ce n\u2019est qu\u2019en s\u2019engageant délibérément dans cette voie que le Parlement peut espérer devenir ce grand forum de débats d\u2019où naîtront les impulsions maîtresses de l\u2019action administrative.RELATIONS\tMARS 1949 LA RUSSIE ET L'ÉGLISE Dans Travaux de l\u2019Action Populaire de Paris, janvier 1949, le P.C.Mertens, S.J., étudie « La morale dans la perspective bolchévique ».Après avoir dit que la méconnaissance de la dignité personnelle et les excitations à la haine sont, en plus du matérialisme ou plus exactement à cause de lui, deux traits qui mettent une opposition profonde entre la morale communiste et le christianisme, il conclut : NOUS NE POUVONS, cependant, nous contenter de cette condamnation, fût-elle tempérée en raison des circonstances atténuantes.Il nous faut surtout songer au peuple soviétique, à ces 200 millions d\u2019hommes qui, souvent dans des conditions extrêmement dures, cherchent une voie vers le bien et la justice.Ils en perçoivent les appels tout comme les autres hommes.Les plus généreux d\u2019entre eux, les jeunes notamment, sacrifient, pour y répondre, des trésors de dévouement.C\u2019est le sens de leur ardeur à lutter contre l\u2019analphabétisme, contre les maladies endémiques et les autres causes de misères et même contre le retard de l\u2019équipement économique.Faute, hélas! de prendre appui sur le seul fondement solide, leur activité n\u2019aboutit qu\u2019à détruire d\u2019une main ce qui a été bâti de l\u2019autre, à remplacer l\u2019exploitation économique par un asservissement politique.Il y a là une blessure terrible dans le corps du Christ et nous devrions en porter sans cesse l\u2019angoisse dans notre cœur.Il faut absolument que le Christ soit annoncé à ces hommes et leur réapprenne l\u2019importance de la conversion intérieure, les enseigne à aimer les autres en frères recherchés pour eux-mêmes et non pour l\u2019édification d\u2019un système politique idéalement et fanatiquement conçu.A l\u2019heure actuelle cette tâche peut nous paraître encore démesurée.Mais, ce n\u2019est pas la première fois que l\u2019Église se trouve devant un monde nouveau à pénétrer de la grâce.Si nous ne manquons pas à l\u2019appel de Dieu, l\u2019heure viendra où elle réalisera de nouveaux miracles de transformation.En attendant, notre impuissance même doit nous engager à réaliser en nous ce que nous ne pouvons pas encore produire chez les autres.Il importe que notre monde appelé encore parfois chrétien se pénètre davantage de la charité du Maître pour pouvoir un jour la communiquer ailleurs.L'ÉDUCATION PAR LA BEAUTÉ Dans Pédagogie, décembre 1948, Robert Coulangeon écrit: HENRI BREMOND, dans Prière et Poésie, a montré admirablement qu\u2019une certaine suspension de la faculté raisonnante est nécessaire pour que l\u2019âme prenne son vol.Ainsi, l\u2019enfance est l\u2019âge heureux des étonnements faciles, de l\u2019admiration et du naturel émoi du cœur devant tout ce qui est beau; c\u2019est une grave erreur de n\u2019en pas tenir compte dans toute la vie scolaire.Ce ne sont pas des bribes de leçons que les enfants transformeront en idées essentielles pour informer et diriger leur vie d\u2019adultes; mais bien plutôt, il faut s\u2019en rendre compte avec Henri Pourrat, « ce qui mène les êtres, c\u2019est ce qui un soir d\u2019enfance, par quelque inexplicable magie, est venu leur enchanter le cœur ».A nous d\u2019enchanter les cœurs de nos écoliers des plus nobles sentiments.A nous aussi de respecter et de nourrir la Joie de l\u2019enfance.Se tendre comme un Marcel Proust vers le Temps perdu ou comme les Philosophes du Devenir vers les brumes de Y Avenir, c\u2019est un vice d\u2019adultes, et spécialement d\u2019adultes de notre temps.L\u2019enfant, lui, sait goûter toute la saveur du Présent.Et, en cela aussi, il est frère de tous les grands artistes.Leur art est précisément un effort pour échapper à cet écartèlement de notre vie, de notre être même entre un passé à jamais aboli et un avenir qui n\u2019est pas à nous.74 75 Au fil du mois S.Exc.Mgr Roméo Gagnon L\u2019évêque élu d\u2019Edmundston n\u2019est pas inconnu pour nous.De Nicolet où il a fourni une carrière sacerdotale très féconde en peu d\u2019années, son influence rayonnante s\u2019est étendue à toute la province et même au dehors.Après avoir enseigné la rhétorique et la philosophie au Séminaire de Nicolet, il alla étudier le droit canonique à l\u2019Université Grégorienne.A son retour, tout en demeurant professeur et directeur spirituel à Nicolet, il fut du premier groupe de professeurs de la faculté de droit canonique à Laval.Ensuite, directeur des élèves pendant quelques années au même séminaire, sa marque fut celle d\u2019une fermeté tempérée par une grande compréhension et une absolue sincérité.C\u2019est là que S.Exc.Mgr Lafortune, à la mort du regretté Mgr Camirand, ira le chercher pour en faire son vicaire général.Depuis, Mgr Gagnon s\u2019est signalé dans le domaine de la colonisation, dans celui des Ligues du Sacré-Cœur dont il a bien voulu être l\u2019aumônier diocésain; il s\u2019est beaucoup occupé de l\u2019Action catholique, surtout dans les écoles du diocèse.Pendant ces quelque vingt ans d\u2019enseignement et d\u2019administration, Mgr Gagnon sut trouver le temps de consacrer au ministère sa parole vibrante et apostolique: un grand nombre de paroisses du diocèse de Nicolet, de l\u2019Abitibi et des centres franco-américains ont profité de cet apostolat ardent, surtout à l\u2019occasion des quarante-heures ou l\u2019intronisation du Sacré Cœur dans les familles, dévotion dont Mgr Gagnon est l\u2019ardent promoteur.Rome reconnaît ces mérites de façon non équivoque.La carrière épiscopale du nouvel évêque s\u2019annonce donc comme particulièrement fructueuse, et c\u2019est toute l\u2019Église canadienne, nous en sommes assuré, qui bénéficiera des lumières et du dévouement de l\u2019évêque élu d\u2019Edmundston.Réfugiés Avec l\u2019arrestation inattendue de Sam Carr, ce n\u2019est pas seulement une question de faux passeport, mais toute l\u2019affaire d\u2019espionnage qui rebondit.Et celle de l\u2019immigration.Il se trouve que Sam Carr est juif, né russe et Kogan.États-Unis et Canada sont deux pays officiellement chrétiens.Si les Juifs y sont bien reçus, acceptés de confiance comme sujets aux mêmes droits et aux mêmes lois, ils devraient nous dire merci, du moins éviter certaines bravades provocantes.Ainsi, pourquoi mécontenter New-York en l\u2019empêchant, et nous aussi, d\u2019entendre le grand pianiste Gieseking ?Pourquoi avoir tempêté ici contre M.de Bernon-ville ?et trois médecins français ?Pourquoi vouloir s\u2019arroger un quasi-monopole de libération et d\u2019accueil en Amérique ?La revue America des Jésuites de New-York, qui n\u2019a jamais fait d\u2019antisémitisme, au contraire! n\u2019a pu s\u2019empêcher de taper à répétition sur les doigts d\u2019un nommé David Nussbaum, du N.Y.Post, qui ne veut laisser admettre que des réfugiés juifs.C\u2019est un peu fort comme trust, en pays chrétiens! Ce journaliste, \u2014 les Juifs en ont beaucoup, \u2014 après une visite aux camps de D.P., conclut qu\u2019à peu près tous les non-Juifs sont des indésirables: même qu\u2019ils ne sont pas de vrais D.P.; surtout \u2014 mais là, il faudra des preuves! \u2014 que « probablement 80 p.c.ont aidé les Allemands pendant la guerre, et qu\u2019un bon nombre sont d\u2019anciens Nazis, coupables d\u2019avoir joué quelque rôle anti-juif ».America ne peut avaler ce probablement et ces couleuvres.Nous non plus, ni même, sans doute, les Juifs respectables.On consent que des gens, même d\u2019ordinaire agités, mais aujourd\u2019hui malheureux, profitent de notre hospitalité chrétienne.Ont-ils droit de bloquer d\u2019autres malheureux, des chrétiens, qui ont aussi faim de paix, de pain et de liberté?.On peut admirer un certain culot, jamais cette outrance, de la part d\u2019une si petite minorité, qui abhorre le fascisme, pourtant.L\u2019âme de Jeanne Le film Joan of Arc émeut les masses et la critique\tpopulaires.Le succès remporté au- près du public, par exemple à New-York et à Montréal, « et les commentaires élogieux faits par la plupart des gens qui ont assisté à la projection de cette production.sont les preuves indiscutables de la valeur populaire de cette épopée cinématographique ».Tous ceux qui ont assisté à la représentation ont pu se rendre compte de cette emprise du film sur l\u2019âme populaire.Pourtant, la plupart des critiques de chez nous ne l\u2019ont guère prisé.Jamais peut-être on n\u2019a vu un tel divorce entre le peuple et la critique.Nos experts expriment leur déception de ne pas trouver dans Joan of Arc une interprétation et une ordonnance proprement dramatiques, mais un « pageant » historique, fidèle et somptueux sans plus.Le peuple, heureusement ignorant de ces distinctions d\u2019école, se laisse prendre au spectacle, il s\u2019en emplit les yeux et le cœur, car il y sent une âme, l\u2019âme de Jeanne aux prises avec le drame le plus pathétique qui soit, celui de sauver son âme en restant fidèle à Dieu jusqu\u2019au bout.Le peuple chrétien comprend la leçon que le film illustre magnifiquement et que le jeu admirable de la principale interprète met bien en lumière: la beauté et la transcendance de la sainteté authentique au-dessus des intérêts sordides et des lâchetés du monde.Comment nos critiques ne Font-ils pas compris ?Comment ont-ils pu trouver le film sans âme ?Serait-ce simplement pour ne pas vouloir paraître ému comme le vulgare pecus ?Serait-ce plutôt légèreté d\u2019esprit et peur du surnaturel ?La question, on le conçoit, n\u2019est pas sans importance.Colombie On n\u2019a pas d\u2019idée de nos pertes nationales dans l\u2019éparpillement du capital humain, hier dans tous les États-Unis, aujourd\u2019hui dans toutes les villes cana-diennes-anglaises.Les efforts de nos prêtres et de quelques patriotes ne réussissent à réchapper qu\u2019une parcelle des nôtres: une seule paroisse française à Toronto, aucune à Hamilton, Sarnia, London, Régina.Même en Acadie, aucune à Sydney, New-Water ford, Halifax, Amherst, Saint-Jean.L\u2019Ouest en a vu créer trois en Colombie, avec deux écoles bilingues pour quelques centaines d\u2019enfants.Courageux début, mais en retard si l\u2019on en croit l\u2019échevin Cornett de Vancouver, affirmant que 7,000 Canadiens français y sont inscrits propriétaires.Et combien plus de locataires!.On évalue nos Colombiens à 50,000, dont plusieurs ont déjà perdu la foi.Une Fédération groupe des espoirs de paroisses nationales.Une admirable Française, Mme Burnada, enseigne le français à cent adultes, pour l\u2019amour du français.Elle emploie l\u2019Histoire du Canada comme livre de lecture.Le 24 janvier, l\u2019Alliance française, à la suggestion du consul de France à Vancouver, le très sympathique M.An-fossy, réunissait notre élite à une conférence sur la Louisiane, par Mme Buffet, de Versailles, qui achevait son tour du monde à visiter ses trois filles, à Fez, au Siam et en Louisiane.La distinguée visiteuse dit son émerveillement de voir nos pays d\u2019abondance, et son émotion de revivre l\u2019histoire de France en Amérique.Elle évoque nos découvreurs, défricheurs, évangélisateurs et bâtisseurs français, puis la pénible cession des beaux fruits de si rudes efforts.Mais un miracle de survivance opère aux bayous comme en Acadie, à Québec, a mari ad mare.La lumineuse pensée française rayonne au Nouveau Monde pour le plus grand bien de l\u2019humanité.Ce verbe puissant de clarté, de foi, aimé du Pape, demeure pour nous la source d\u2019une inspiration immortelle.A l\u2019invitation de M.Anfossy, le R.P.Meunier, o.m.i., remercia et fit ressortir le salut même national par la fidélité à l\u2019Église.En Colombie comme ailleurs, les deux fidélités s\u2019entr\u2019aident et emportent le succès.L\u2019un des spiritualismes tombe-t-il, l\u2019autre le suit; et le matérialisme ne bâtit rien de durable.76 RELATIONS Portugal Une immense majorité vient d\u2019y réélire son président Carmona, l\u2019homme de Salazar.Les Nations Unies vont-elles moins bouder les gouvernants catholiques du Portugal, même de l\u2019Espagne ?L\u2019O.N.U.va-t-elle mettre de l\u2019eau dans son vin, par crainte de la vodka russe et pour le succès de la Charte de l\u2019Atlantique?Salazar et Franco n\u2019ont rien d\u2019alarmant.D\u2019après le Français Desrones, qui a vu pour son journal la Bataille, « le Portugal travaille, construit, restaure, capte des rivières, ouvre des terres, pave des routes, électrifie, bâtit écoles et hôpitaux A ben da Naço, Pour le bien de la nation.C\u2019est la devise du chef.Le paupérisme n\u2019est pas vaincu?Soyons précis: Salazar n\u2019a eu que dix ans de paix pour guérir le retard d\u2019un siècle, et il a dû rétablir les finances.En politique, Salazar est un dictateur qui s\u2019ignore, dans une dictature qui n\u2019en est pas une, un dictateur qui triche avec les règles du jeu.C\u2019est un homme souple qui passe à un régime évolué, à une démocratie organique.Il a refusé Hitler et Staline; il veut un Portugal conscient de ses intérêts, et pas de révolution.S\u2019il est un dictateur qui triche, ne tricherait-on pas un peu aussi du côté des démocraties?.» Tant que l\u2019O.N.U.sans Dieu fera le jeu de la franc-maçonnerie, et reniera Dieu, elle n\u2019aimera pas le Portugal et l\u2019Espagne.Mais l\u2019opportunisme jouera peut-être assez fort pour ne plus négliger ces petits atouts, qui peuvent servir à couper.Le général Marshall L'Avec ou sans commentaires de notre dernière livraison contenait un extrait d\u2019une « lettre ouverte au général Marshall » parue dans Y America du 15 janvier.Son attitude envers la Chine y était vigoureusement censurée, et l\u2019auteur le suppliait de revenir à la politique traditionnelle des États-Unis en Extrême-Orient.Marshall avait déjà démissionné quand Relations alla sous presse.Nous avons cru toutefois utile de donner de la publicité à un document qui venait d\u2019un religieux connaissant parfaitement les affaires chinoises, car ce document permettait de bien saisir comment se pose le problème de la Chine dans la politique internationale.U America du 29 janvier est revenu brièvement sur la question: c\u2019est par hasard, est-il dit, que cette vigoureuse critique est sortie des presses le jour même de l\u2019annonce de la démission de Marshall.Sa faillite en Extrême-Orient ne doit pas faire oublier les immenses services qu\u2019il a rendus à son pays.L\u2019histoire américaine le considérera comme un grand militaire.Il a insufflé de la vigueur à une politique étrangère flasque.Et son nom restera attaché au plan de restauration économique de l\u2019Europe.Ayant fait écho à la lettre ouverte, il n\u2019est que juste de donner ce jugement d\u2019ensemble d\u2019America sur la carrière du général.\u2022.¦\t'¦¦il\t.\u2022 LE PROBLÈME DU LOGEMENT EN BELGIQUE Luc AERTS IA BELGIQUE souffre d\u2019une pénurie aiguë de loge-ments.Comme les données les plus récentes datent de 1930, on doit se contenter des estimations, lesquelles se situent entre 100,000 et 300,000 unités.Vu les destructions de la guerre et l\u2019arrêt de la construction pendant l\u2019occupation, ce dernier chiffre semble refléter le mieux les besoins réels.La crise du logement est particulièrement grave dans les grandes villes, surtout Anvers et Liège, qui ont subi de lourds dégâts.D\u2019autre part, la population de l\u2019agglomération bruxelloise s\u2019est considérablement accrue par suite des besoins croissants en personnel de l\u2019administration centrale et de l\u2019économie privée.On peut encore relever l\u2019accroissement du nombre des mariages, caractéristique des après-guerres.Dans la plupart des cas, ces jeunes ménages, surtout aux grandes villes, doivent se loger dans des appartements improvisés et trop étroits.Les régions industrielles, surtout les centres houil-lers, souffrent également.Depuis 1944, plus de 60,000 étrangers sont venus renforcer notre main-d\u2019œuvre minière.Plusieurs milliers désirent s\u2019installer définitivement avec leur famille en Belgique: les logements font défaut.Enfin, certaines régions ont singulièrement souffert de la guerre.L\u2019offensive Von Rundstedt a causé une perte énorme d\u2019habitations dans les Ardennes.Le problème se pose dans chaque région, dans chaque village même, car il faut ajouter les carences qui exis- taient avant la guerre.Selon d\u2019aucuns, environ 80 p.c.des ménages ouvriers ne disposeraient pas du minimum indispensable d\u2019une chambre par personne.On peut dire que le manque de logements est plus accusé dans la partie flamande du pays, où la population est encore en progression, quoique à un rythme décroissant.LE RETARD DE LA CONSTRUCTION La construction est une des rares branches d\u2019industrie qui n\u2019ont pas suivi le relèvement général de l\u2019économie nationale.Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène: le manque d\u2019une véritable politique du logement, le vote tardif de la loi sur les dommages de guerre, la pénurie relative de capitaux, le blocage des loyers, la disparité profonde entre le coût de la construction et le niveau des rémunérations.A l\u2019heure actuelle, sous la pression d\u2019un chômage croissant, le gouvernement étudie des mesures pour pallier à la fois la crise du logement et le fléau du chômage.Pour mettre en œuvre un vaste programme de construction, le pays dispose de plusieurs institutions.LES INSTITUTIONS DE CRÉDIT La Caisse générale d\u2019Épargne et de Retraite, principale institution d\u2019investissement belge, place une fraction importante de ses fonds dans le logement.Depuis 1899 elle prête pour l\u2019achat ou la construction d\u2019habitations à bon marché.Ces prêts sont consentis par l\u2019inter- MARS 1949 77 médiaire de sociétés régionales agréées, au nombre de 196 à la fin de 1947, couvrant tout le pays, et avançant déjà plus de 4 milliards et demi de francs à quelque 272,000 emprunteurs.Le taux d\u2019intérêt maximum atteint actuellement 3H p.c.Le remboursement s\u2019effectue par mensualités.Le montant du prêt peut atteindre normalement 70 p.c.de la valeur du bien immobilier.En outre, une fraction considérable des prêts agricoles, du crédit aux classes moyennes et des prêts hypothécaires consentis par l\u2019institution, est destinée à l\u2019achat, à la construction ou à l\u2019aménagement de maisons.Ces avances sont également accordées à des conditions beaucoup plus favorables que celles du marché privé.Tous les emprunteurs peuvent assurer le remboursement du solde restant dû en cas de décès, auprès de la Caisse d\u2019Assurances de la Caisse générale.L\u2019assurance temporaire de capitaux décroissants convient parfaitement à cette fin.En cas d\u2019assurance, la Caisse générale avance aussi le montant de la prime unique nécessaire.Près de 90 p.c.des emprunteurs font usage de cette mesure de prévoyance.La Caisse générale contribue en outre au financement d\u2019autres institutions dont nous parlerons plus loin.En 1947, elle a avancé un total de près d\u2019un milliard neuf cents millions, soit plus de 25 p.c.de ses nouveaux investissements, à l\u2019œuvre du logement en Belgique.En 1919 fut fondée la Société nationale des habitations à bon marché.Sa tâche principale consiste à construire des logements dans les villes et les centres industriels.Pour les capitaux nécessaires, elle est autorisée à émettre des emprunts obligataires.Ses premières années furent très riches en réalisations.Depuis, elle a été paralysée par le manque de capitaux.Fin 1947, la Société avait construit en tout 66,016 logements, dont 51,921 maisons unifamiliales et 14,095 appartements.La construction se fait par l\u2019intermédiaire de sociétés locales agréées, au nombre de 292.En principe, ces logements sont destinés à la location; le manque de moyens financiers a obligé la Société à en vendre une partie.En 1935 fut instituée, pour combattre l\u2019exode rural, la Société nationale de la petite propriété terrienne.Elle a pour but de consentir des prêts aux travailleurs agricoles et aux ouvriers qui, possédant un petit terrain de culture, désirent y bâtir une maison.Le taux d\u2019intérêt s\u2019élève actuellement à 23^ p.c.Les prêts sont remboursés par des mensualités à concurrence de 5 francs par tranche de 1,000 francs de capital.La Société construit aussi de petites fermes ou des maisons rurales, qu\u2019elle vend ou loue.L\u2019institution est représentée par une société agréée dans chaque arrondissement du pays.Le financement s\u2019effectue par une dotation annuelle, inscrite au budget extraordinaire du ministère de la Famille et de la Santé publique.Fin 1947, la Société avait accordé pour l\u2019achat ou la construction d\u2019une petite propriété rurale plus de 5,000 prêts, représentant un montant global de 340 millions.En outre, cet organisme accorde des avances pour l\u2019achat de jardins, de terres, de bétail et de matériel.Jusqu\u2019à la même date, elle y avait consacré plus de 45 millions.Relevons enfin que la Société a institué, en 1947.une Caisse d\u2019assurances qui permet aux emprunteurs de parer aux conséquences matérielles d\u2019un décès prématuré.Il existe encore plusieurs autres institutions para étatiques de crédit, qui consacrent une fraction non négligeable de leurs ressources au logement des différentes classes sociales.Toutefois, un exposé même succinct de leurs modalités de crédit nous mènerait trop loin.LA NOUVELLE POLITIQUE DU LOGEMENT Malgré l\u2019absence d\u2019une politique adéquate du logement, le législateur a pris récemment quelques initiatives heureuses.Au cours de 1948 fut votée et mise en application la loi De Taeye, qui instaure un système de primes à la construction.Fin 1948, environ 23,000 personnes avaient introduit une première demande.La prime de base s\u2019élève à 22,000 francs; il est prévu plusieurs augmentations, calculées d\u2019après la charge familiale.La même loi autorise les organismes officiels distributeurs de crédit immobilier à accorder des prêts jusqu\u2019à concurrence de 90 p.c.de la valeur du bien immobilier.Le remboursement de la part excédant les 70 p.c.est garanti par l\u2019État.L\u2019application de cette loi peut remédier considérablement à la crise du logement dans les communes rurales et à caractère mixte.Pour les villes et les centres industriels, où le prix des terrains et le coût de la construction sont plus élevés, elle semble moins efficace.Mais la proposition de loi Brunfaut peut parer à cette insuffisance.Ce projet, fortement amendé, vise à instaurer un « Fonds national d\u2019investissement et de financement pour une Politique nationale du logement ».Il s\u2019agirait de financer la construction sur une vaste échelle dans les villes et les régions industrielles, de même que de fournir du crédit aux organismes dont le champ d\u2019activité s\u2019étend au secteur du logement.CONCLUSION Dans notre pays, l\u2019acuité du problème du logement est devenue considérable depuis la guerre.Les mesures légales qui tendent à y remédier commencent à se préciser et sont entrées partiellement dans la voie de l\u2019application effective.Les institutions de crédit existent en nombre suffisant et sont dûment outillées.Au demeurant, ce sont elles qui ont donné un début de solution au logement en tant que problème social.Le degré de restauration de la Belgique dans les autres secteurs économiques et la nécessité de combattre le chômage font bien augurer des réalisations en matière de logement dans l\u2019avenir le plus proche.78 RELATIONS CINQUANTE ANS A LA DÉLÉGATION APOSTOLIQUE 3aIconio - Sbatxetti - Stagni Luigi d'APOLLONIA, S.J.C\u2019EST PAR UN BREF adressé « à Notre Vénérable Frère Diomede Falconio » et « donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, sous l\u2019anneau du pêcheur, le troisième jour d\u2019août MDCCCIC de Notre pontificat l\u2019an XXII », que Léon XIII instituait, il y a cinquante ans, une délégation apostolique au Canada.En moins de vingt-cinq ans, le Saint-Siège s\u2019était vu dans l\u2019obligation d\u2019envoyer au Canada trois visiteurs apostoliques, Mgr Conroy en 1877, Mgr Smeulders en 1883, et Mgr Merry del Val en 1897.Les cardinaux de la Propagande en vinrent à la conclusion que l\u2019Église au Canada demandait la présence permanente d\u2019un délégué apostolique, « qui puisse, pour citer le bref, en étudier soigneusement les conditions, qui travaille par sa prudence et son jugement à en régler les controverses et les différends, et s\u2019empresse de Nous soumettre exactement les questions qui paraîtront plus graves et nécessiteront l\u2019intervention salutaire du Saint-Siège ».En langage romain, c\u2019était indiquer les difficultés propres à la délégation du Canada: érection de nouveaux diocèses, luttes scolaires, division des catholiques entre eux.MGR DIOMEDE FALCONIO, O.F.M.(1899-1902) Sir Wilfrid Laurier aurait voulu pour premier délégué Merry del Val «.homme à la fois ferme et conciliant », écrivait-il au cardinal Rampolla, le 30 octobre 1897, « qui, surtout, comprendrait tout ce qu\u2019il y a de danger à exaspérer les hommes sincères convaincus et qui veulent être fidèles à leurs devoirs de catholiques, tout en restant fidèles à ce qu\u2019ils croient être leurs devoirs de citoyen ».Le Saint-Siège préféra passer outre à ce désir et nommer au poste Mgr Diomede Falconio.Entré chez les Franciscains à l\u2019âge de dix-huit ans, Mgr Falconio, avant d\u2019être sacré évêque de Lacedonia (11 juillet 1892), puis archevêque d\u2019Acerenza et de Matera (29 septembre 1895), avait été pendant près de vingt ans missionnaire aux États-Unis (il y fut même ordonné prêtre à Buffalo) et à Terre-Neuve.Il n\u2019était cependant jamais venu au Canada.Lorsque, le samedi 7 septembre, il descend à la gare Viger, à Montréal, la foule accourt pour saluer le représentant de Notre Saint-Père le Pape.Peloton de polices et musique en tête, cloches de toutes les églises carillonnant à pleines volées, corps de clairons des cadets du Mont-Saint-Louis et du Collège Sainte-Marie sonnant allègrement à qui mieux mieux, la voiture de gala traînée par quatre chevaux se rend à la cathédrale bondée de fidèles.Dans la douceur de cette nuit tombante, flotte le souvenir exaltant et encore jeune de l\u2019épopée des zouaves pontificaux.A Ottawa il n\u2019y a pas encore de maison prête à recevoir le délégué qui sera, jusqu\u2019au mois d\u2019avril 1901, l\u2019hôte de l\u2019Université d\u2019Ottawa.La grande maison de pierre grise de sir John A.Macdonald (aujourd\u2019hui le Haut-Commissariat de la Grande-Bretagne), surplombant la rivière Ottawa, est à vendre, mais le religieux franciscain, jadis provincial et procureur général de son Ordre, soupire après plus de solitude.Le Canada ne reconnaissant pas le Saint-Siège comme puissance juridique, c\u2019est la corporation de l\u2019archevêché d\u2019Ottawa qui achète finalement \u2014 don des évêques du pays \u2014 par acte passé devant notaire, le 12 octobre 1900, la ferme de Francis Rogers, lots 37, 38, 39, en dehors de la ville, au delà du terminus du tramway, sur le chemin nord du canal de Rideau.Aujourd\u2019hui c\u2019est le numéro 520 de Driveway, dans un des quartiers les plus beaux de la ville.Le Palais de la Délégation apostolique, disent les actes officiels.La Maison du Pape, The Pope's House, disent plus familièrement les chauffeurs de taxi.Mais pas très loin, du Parc Lansdowne, s\u2019élèvent, profanant le silence du Parc Rideau, les clameurs et les clabauderies du Stade ! Et parfois, le 12 juillet, la parade des Orangistes s\u2019arrête pour se reposer au pied de la petite colline, à l\u2019ombre des grands ormes et du drapeau pontifical.Mgr Falconio se met aussitôt à la besogne.En Europe et en Amérique, le laïcisme fait rage.Des forces mystérieuses, comme orchestrées par une main invisible, lancent dans le monde entier des attaques contre l\u2019enseignement catholique.Ici même les luttes scolaires divisent les évêques, les uns plus conciliants, les autres plus fermes.L\u2019accord Laurier-Greenway sur les écoles du Manitoba a laissé de profondes blessures.«.manca est, non idonea, non apta \u2014 accord défectueux, insuffisant, imparfait », a déclaré Léon XIII dans la lettre encyclique Affari Vos.Le premier discours du délégué est une exhortation à l\u2019harmonie et à la charité.Il ne craint pas cependant d\u2019affirmer tout haut, à quelques pas du Parlement, son espérance de voir le jour « où nos frères séparés.voudraient bien traiter la minorité catholique du Manitoba avec la même générosité que la majorité de la province de Québec montre à l\u2019endroit de la minorité protestante ».Il ne faudrait pas croire que l\u2019établissement d\u2019une délégation à Ottawa ait obtenu automatiquement la faveur de tous.Même certains évêques avaient à compléter ou à rectifier des notions un peu flottantes sur le caractère de cette mission, ses pouvoirs et son rôle.Le 14 octobre 1899, le délégué ajoute dans une lettre: « Je profite de cette occasion pour faire remarquer que l\u2019on dit bien des choses au sujet de cette délégation, et que souvent le but réel que le Saint-Père a eu en vue, est mal représenté.Mais vous comprendrez facilement que le Saint-Père n\u2019a été amené à désirer l\u2019établissement d\u2019une délégation dans ce pays que par de sérieuses raisons et dans les meilleurs intentions.» Il peut parler avec fermeté, car on venait, en 1892, d\u2019établir une délégation à Washington, et le cardinal Ledochowski, préfet de la Propagande, l\u2019appuie à fond, soulignant dans sa correspondance la croissance de l\u2019Église, le prestige de la religion, les avantages de relations plus suivies et plus intimes avec le Saint-Siège.Sans résidence à Ottawa, le délégué en profite pour visiter ses diocèses étendus de l\u2019est à l\u2019ouest sur d\u2019immenses territoires.Les Acadiens veulent un évêque.Les fidèles de l\u2019Ouest canadien réclament des prêtres de langue anglaise.Esprit ordonné et essentiel, Mgr Falconio voit qu\u2019un des premiers besoins de cette Église du Canada, en plein essor, est de convoquer un concile plénier.Les États-Unis ont MARS 1949 79 eu leurs Conciles de Baltimore en 1852 et en 1866; les pays de l\u2019Amérique latine viennent de clore le leur en 1899.Mgr Falconio s\u2019emploie à faire comprendre aux différents Ordinaires que ce concile est une chose « non seulement utile mais nécessaire ».Il était réservé au deuxième délégué apostolique de mener ce projet à terme et au troisième d\u2019en promulguer les Actes et Décrets : le séjour de Mgr Falconio parmi nous fut très courtHDès l\u2019automne de 1902 il est nommé délégué apostolique aux États-Unis, en attendant de devenir cardinal (27 novembre 1911), le dernier des franciscains à être honoré de la pourpre romaine.Mais avant de quitter son poste ici, il a été en mesure d\u2019adresser au cardinal Ledo-chowski un très long mémoire sur l\u2019état de l\u2019Église au Canada, fortement documenté et entièrement rédigé de sa main.On ferme complètement le palais de la délégation apostolique et les Petites Sœurs de la Sainte-Famille, qui depuis le premier jour (et aujourd\u2019hui encore) veillent au service impeccable de la maison, partent elles aussi, doucement.MGR DONATO SBARRETTI (1902-1910) Mgr Donato Sbarretti avait été de nombreuses années à Washington.Depuis vingt mois, nomination étrange! il est évêque de La Havane (Cuba).La révolution, victorieuse avec l\u2019appui des armes américaines, en a chassé l\u2019évêque espagnol.La situation y est extrêmement délicate.Le choix du Saint-Siège s\u2019est arrêté sur l\u2019auditeur de la délégation apostolique à Washington.Il n\u2019est ni espagnol, ni cubain, ni américain.Fils d\u2019une illustre famille italienne de Monte-Franco, neveu du cardinal Sbarretti, prêtre à vingt-deux ans, il possède de remarquables dons d\u2019intelligence et de labeur.Sa résistance à l\u2019esprit laïque du général Brooke et au sectarisme des francs-maçons espagnols l\u2019ont trempé pour le climat de luttes qui l\u2019attend au Canada.Ce pays dut lui paraître en effet rude lorsqu\u2019il descendit sur le quai de la gare d\u2019Ottawa, en plein hiver.Le 5 janvier 1903, il écrit: « Je sais parfaitement combien est lourd le fardeau qui vient d\u2019être placé sur mes épaules.» Dès son arrivée, il visite les diocèses voisins d\u2019Ottawa.A l\u2019automne de 1903, il entreprend le grand voyage de l\u2019Ouest; à l\u2019été de 1904, celui des Maritimes.A Victoria, il préside un banquet de cent couverts; au Petit Séminaire de Saint-Albert, il s\u2019amuse pendant deux heures aux histoires des vieux missionnaires Lacombe, Lestanc, Tessier, Doucet, peut-être en fumant un de ces havanes que ses amis lui envoient sans cesse; à Saint-Boniface, il écoute un élève du Collège des Jésuites lui souhaiter la bienvenue en une ode latine de facture saphique; il étonne les séminaires où il passe par sa facilité à manier le latin; il entend les doléances des pêcheurs acadiens.Les journaux, qui racontent avec sympathie visites et réceptions du délégué, le Halifax Herald, le Daily Patriot de Charlottetown, le Daily Telegraph de Saint-Jean, sont pleins des échos de la guerre russo-japonaise.Mais s\u2019il visite ainsi les diocèses, ce n\u2019est pas dans le but de recueillir des compliments, ni d\u2019entendre des morceaux de violon.Les portes du pays s\u2019ouvrent toutes larges aux immigrants qui déferlent vers l\u2019Ouest; les territoires du Nord-Ouest sont érigés politiquement en provinces; il faut songer à les organiser religieusement en diocèses.C\u2019est Mgr Sbarretti qui ouvre les diocèses de Joliette et du Sault-Sainte-Marie en 1904 et de Prince-Albert en 1907.Les luttes scolaires éclatent un peu partout, surtout dans l\u2019Ouest.La Sœur qui, à la Délégation, répond à la porte, ouvre souvent à sir Wilfrid Laurier.Au départ du délégué pour Rome en septembre 1906 pour présenter ses respects au pape Pie X, un journal américain écrit: «La lutte heureuse livrée au Canada pour le système des écoles séparées, est regardée comme le triomphe personnel de Mgr Sbarretti; ce fait et ses autres qualités remarquables lui ont gagné la haute faveur du Vatican.» Par contre la Free Press d\u2019Ottawa du 13 septembre écrit sous la manchette II ne reviendra peut-être pas : « On dit que ce présumé rappel vient de l\u2019échec du délégué apostolique à régler.la question des écoles séparées.» Mgr Sbarretti va revenir.Sa grande tâche dorénavant, interrompue seulement par sa présence au Congrès eucharistique international de Londres en 1908, sera de mener à bien le Concile plénier de Québec, dont il sera, d\u2019après le décret de promulgation, « le promoteur zélé et le sage modérateur ».Le 2 maM909, en la fête de la solennité de saint Joseph, patron de l\u2019Église universelle, Donato Sbarretti, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège archevêque d\u2019Éphèse et délégué apostolique, ayant invoqué le nom de la Très Sainte et indivise Trinité, imploré la miséricorde du Sacré Cœur de Jésus et le puissant secours de la très heureuse et toujours immaculée Vierge Marie, convoque le premier concile plénier du Canada pour le 19 septembre dans la ville de Québec.Les séances dureront plus de deux mois, « en vue de rapprocher les esprits du Saint-Siège, de repousser les erreurs, de promouvoir l\u2019instruction et la formation des clercs ».Elles se cloront en la fête de la Toussaint, aux acclamations du Te Deum.Obéissant au désir des Pères du Concile, le délégué en personne apportera au Saint-Père les Acta et Décréta du Concile.Au mois de mai, Terre-Neuve est élevée au rang de délégation apostolique et ajoutée à la charge du délégué apostolique au Canada; le 12 juillet, le Keewatin est érigé en vicariat apostolique.Mais Mgr Sbarretti est déjà parti depuis le 9 avril; cette fois, pour ne plus revenir.Dans quelques années (4 décembre 1916), il recevra le chapeau de cardinal; plus tard, il sera nommé secrétaire du Saint-Office, la première des Congrégations romaines dont le Pape lui-même est préfet.Il mourait le 1er avril 1939, à l\u2019âge de 82 ans, un mois après l\u2019élection au siège de Pierre du cardinal Pacelli, sur la tête duquel, avec les cardinaux Pignatelli et Gasparri, il avait récité les grandes prières de bénédiction.MGR PELLEGRINO F.STAGNI, O.S.M.(1910-1918) C\u2019est Mgr Pellegrino Francesco Stagni qui promulguera les Actes et Décrets du Concile plénier de Québec, complétant ainsi, après plus de dix ans, l\u2019œuvre commencée par Mgr Falconio, et dont Pie X se disait extrêmement heureux, vehe-menter gavisus est.Archevêque d\u2019Aquila, il a jadis été prieur général des Servîtes, un des Ordres les plus anciens de l\u2019Église, dans lequel il est entré à l\u2019âge de quinze ans.Il reçoit sa nomination le 31 octobre 1910.Le 3 novembre, il l\u2019accepte.Le 21 mars 1911, il est à New-York; Mgr Sinnott, le futur archevêque de Winnipeg, depuis plusieurs années déjà secrétaire du délégué, l\u2019attend au quai.Le 24 mars, à Ottawa, Mgr Gauthier lui souhaite la bienvenue en latin.C\u2019est déjà tout un indice.UOttawa Citizen parle de 1\u2019 « hiatus entre les catholiques de langue anglaise et de langue française ».La Semaine religieuse de Montréal note que « même entre catholiques certains malaises s\u2019accusent dont il serait puéril de nier l\u2019existence ».Dans ses instructions, le 7 mars 1911, le cardinal De Lai, préfet de la Consistoriale, dont dépend maintenant la délégation du Canada, souligne que « le premier des besoins de l\u2019Église catholique au Canada est que la paix soit restituée entre catholiques canadiens, français et anglais ».80 RELATIONS Sa tâche ne sera pas une sinécure.Les immigrants affluent par convois dans l\u2019Ouest, Allemands, Polonais, Ruthènes.Ils sont l\u2019objet du zèle des protestants.Les Ruthènes posent un problème particulier; ils sont de rite oriental, et n\u2019assistent pas à la messe plutôt que d\u2019aller à l\u2019église de rite latin.Mais dès 1912 ils auront leur évêque, Mgr Nicetas Budka, nommé au siège titulaire de Patara, avec résidence à Winnipeg.Le diocèse de Calgary est créé en 1912; celui de Mont-Laurier, en 1913; ceux de Régina, Winnipeg, Haileybury, en 1915; le vicariat apostolique du Yukon, en 1916.Une lutte jamais éteinte éclate avec violence, cette fois près de la délégation, en Ontario.Le Règlement 17, au sujet des écoles bilingues de l\u2019Ontario, oppose même les catholiques, fidèles, clergés, évêques.Par des lettres apostoliques Commisso Divinitus du 8 septembre 1916, Benoît XV exhorte les évêques à n\u2019être qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme, qu\u2019il n\u2019y ait entre eux de scission ni au point de vue des races ni au point de vue des langues.On sait comment cette lutte se termina; ce qu\u2019on ne soupçonnera jamais, c\u2019est le nombre des démarches entreprises auprès de la délégation, et les montagnes de lettres et de mémoires qui s\u2019entassèrent dans les dossiers.La question tout entière fut déférée à Rome.Benoît XV l\u2019examina « avec le plus grand soin, eu égard à son importance », écrira-t-il lui-même, et la fit étudier par les cardinaux de la Consistoriale.Le 7 juin 1918, en la fête du Sacré Cœur de Jésus, il écrit à tous les évêques du Canada: « Les Franco-Canadiens peuvent, sans manquer à la justice, demander au gouvernement des déclarations opportunes touchant ladite loi scolaire; ils peuvent également désirer et chercher à obtenir certaines concessions plus amples.» Il insiste de nouveau sur l\u2019esprit d\u2019unité et de paix, et à cette fin il rappelle la recommandation, empreinte de sagesse apostolique, de Commisso Divinitus qui, scrupuleusement gardée, serait même aujourd\u2019hui, surtout dans les paroisses bilingues, une solution de fécondité spirituelle et de paix : « Que tous les prêtres s\u2019appliquent à posséder la connaissance et la pratique de l\u2019une et l\u2019autre langue, anglaise et française, et, qu\u2019écartant toute susceptibilité, ils se servent tantôt de l\u2019une tantôt de l\u2019autre, selon les besoins des fidèles.» Pour être certain que tous comprendront bien, le cardinal De Lai, le 13 août 1918, demande au délégué de faire parvenir à tous les évêques du Canada copies latine, française et anglaise du document.Une trentaine d\u2019années plus tard, le 18 janvier 1945, les membres du Conseil national de l\u2019Épiscopat canadien demanderont, au nom de tous les Ordinaires du Canada, « de profonds redressements à l\u2019endroit surtout de l\u2019élément catholique et de l\u2019élément français, si l\u2019on veut que reflète vraiment l\u2019esprit d\u2019entente cordiale qui a présidé à la constitution canadienne.Aussi longtemps en effet que les inégalités flagrantes qui subsistent, sur ce terrain, entre le traitement qu\u2019accorde la province de Québec à ses minorités religieuses et ethniques d\u2019une part et celui que leur imposent les autres provinces d\u2019autre part, il nous paraît vain de parler d\u2019égalité d\u2019avantages et d\u2019égalité de sacrifices, vain aussi d\u2019espérer voir régner chez nous cette confiance mutuelle indispensable à la paix et à la prospérité publique ».N\u2019ayons crainte de le dire: quel chemin parcouru sous la houlette du Bon Pasteur! N.D.L.R.\u2014 La suite de ce trarail paraîtra dans notre prochaine livraison.REGARDS SUR LA TERRE Alexandre DUGRË, S.J.La commune de Laprairie.\u2014 Dans la Terre de chez nous, M.Beaudin a réclamé avec raison, au nom du progrès industriel et de l\u2019agriculture, le dépeçage de la périmée commune de Laprairie, deux mille acres à ne rien faire, où quarante moyennes fermes compléteraient une paroisse nouvelle.Cette relique féodale, « ingrat et dangereux pacage ayant l\u2019allure d\u2019un désert ou d\u2019une savane, bloque tout progrès dans une région où la bonne terre vaut quelque chose.Les intérêts complexes des ayants-droit devraient être départagés, fût-ce par l\u2019expropriation d\u2019Êtat ».Espérons que l\u2019affaire finira par marcher, que la perte du sol finira par finir.Les Jésuites, propriétaires du fonds depuis 1668, sont plus accommodants que les usagers; ils ne demandent pas mieux que de voir utiliser cette enclave inutile.Obtenez le désistement et la compensation des héritiers de privilèges têtus, menez à bien le travail entrepris jadis par le docteur Brisson et tenté sous M.Vautrin, rendez la liberté à la terre prisonnière.Les difficultés ne viendront pas des Pères, que des Normands renards accusent trop habilement de couver ce champ de paresseux biblique.M.l\u2019abbé Élisée Choquet, dans son histoire de l\u2019enrageante commune, met bien le doigt sur la plaie: « Nos bonnes gens n\u2019ont pas encore réussi à faire pénétrer dans leur cerveau qu\u2019ils ne sont pas propriétaires de leur commune, bien que les procès leur aient coûté des milliers de piastres; ils se croient toujours spoliés de quelque trésor imaginaire.Ils ne peuvent se persuader que les Jésuites étaient les propriétaires, que les censitaires n\u2019en étaient que les usagers, et eux-mêmes les administrateurs de cet usage.S\u2019annonce-t-il une industrie, une entreprise quelconque?Il faut frapper à trois portes: MARS 1949 chez les Jésuites propriétaires du sol, chez les syndics bénéficiaires d\u2019un usage équivalant à l\u2019intérêt, enfin à la Législature.C\u2019est absurde, en pratique.Conséquence, on jette les yeux ailleurs.La litanie des projets avortés serait longue.Non seulement la commune a cessé de rendre service, mais elle est un poids mort, un cimetière de l\u2019initiative, un embarras pour Laprairie, suburbe de Montréal.» Quand un gouvernement habile aura rendu la vie à cette commune d\u2019une seigneurie restée valide, parce que les Jésuites en ont fidèlement concédé les fiefs aux colons recrutés par eux en France, il pourra dépecer les invalides ex-seigneuries de Témiscouata-Rimouski, annulées en 1732 parce que les seigneurs n\u2019y plaçaient pas de familles, contrairement à la raison d\u2019être des seigneuries.Là, pas de scrupules à y avoir.Immigration.\u2014 En dépit du manque d\u2019habitations, l\u2019immigration va bon train: près de 130,000 réfugiés sont venus l\u2019an dernier, beaucoup de Britanniques, beaucoup de Juifs, très peu de Français.Des alarmistes préparent contre nous le recensement de 1951, c\u2019est clair.Quantité de Canadiens-nés sont remplacés par les nouveaux-venus, au travail, même aux logis, comme l\u2019a révélé l\u2019affaire de Rosemont.En dépit de la porte ouverte, Français, Belges et Italiens n\u2019ont pas de chance.Nous le savions de différentes sources; la lettre d\u2019un scout de France le confirme: « Je désire me faire une situation dans une exploitation en Abitibi.Les fonctionnaires de votre ambassade sabotent vos décrets d\u2019immigration.» Et les bureaux tout anglais de nos deux chemins de fer à Paris font de même.Des lettres de jeunes Français demandent à l\u2019U.C.C.que nos fermiers leur adressent un 81 engagement, ce qui faciliterait leur venue.Si nous désirons des jardiniers, des colons, du renfort en même temps qu\u2019un acte de charité, allons-y de grand cœur, en y mettant du calcul et des fonds.Un mémoire de la Conférence catholique canadienne veut que nos catholiques s\u2019intéressent aux immigrants.M.Fortier s\u2019en occupe-t-il à Paris ?Va-t-il y ouvrir quelque chose comme M.Drew à Londres?.Certain notaire propose d\u2019établir d\u2019abord nos jeunes bûcherons qui sont de trop dans leurs campagnes : c\u2019est le bon sens même, et c\u2019est un autre problème, bien vieux, bien négligé.Notre Colonisation s\u2019occupe moins de ce recrutement constructif que notre armée d\u2019un recrutement inutile et dispendieux.Combien de paroisses a-t-on fondées depuis la guerre?Qu\u2019on ne parle plus de Guyenne et de la consolidation!.Le budget ordinaire, plus les $11,200,000 des « méthodes progressives et rationnelles », a-t-il réussi quelque chose de proportionné ?Sûrement pas la propagande, ni le recrutement, ni le transport de colons nouveaux! Avec les $4,800,000 qui restent et la part normale d\u2019un gentil budget de $176,500,000, Québec devra faire mieux qu\u2019il y a cinquante ans, alors que le^budget n\u2019atteignait pas $5,000,000.La Santé, la Voirie, l\u2019Éducation et le Bien-Etre vont recevoir des millions additionnels, mais la Colonisation?L\u2019avenir des jeunes qui ne sont pas malades, pas enfants d\u2019école et pas autrement voyageurs que pour se chercher de l\u2019ouvrage?.Agriculture.\u2014 Nos cultivateurs unis apprennent à compter; ils veulent aussi compter pour quelque chose au pays.Le congrès de la Coopérative Fédérée révèle l\u2019affiliation de 645 coopératives agricoles, au capital de $13,756,000, groupant 62,500 membres.La Fédération canadienne de l\u2019agriculture a tenu son treizième congrès à Saskatoon, et son vice-président, M.Marion, président de notre U.C.C., était tout là.En somme, les cultivateurs, nos plus grands producteurs de richesse, ne veulent être ni tout ni rien.Ils ne veulent ni manger les autres, ni se laisser manger.M.le président Han-nam a noté que si l\u2019indice des prix agricoles a baissé de 9 p.c., celui des produits manufacturés n\u2019a baissé que d\u2019un et demi p.c., et que bien des machines et des matériaux sont encore à la hausse.Nos 700,000 fermes redoutent et refusent la chute des prix, surtout quand les vrais profiteurs se cachent: « Les prix des aliments n\u2019est pas élevé en comparaison des salaires.Une heure de salaire achetait 9 livres de pain en 1913; 8.4 en 1926 et 13 livres en août 1948.Une heure de salaire payait une douzaine d\u2019œufs en 1913, une douzaine et quart en 1926 et une douzaine et demie en 1948.Une heure de salaire achetait trois pintes de lait en 1913, cinq pintes en 1926 et six pintes et demie en 1948.» Voilà des faits.Quand des cultivateurs réclament à Québec une loi pour la vente collective des produits: lait, grain, fruits, légumes, etc., ils ambitionnent les conventions collectives des ouvriers.Ont-ils tort?.Si l\u2019on veut que la terre vive, n\u2019en faisons pas un souffre-douleur, une éternelle battue.Les agro-forestiers.\u2014 Paysana raconte les succès de la colonie agro-forestière de Grande-Vallée, paroisse gaspésienne de 164 familles en 1938 et de 220 dix ans après.Comme dit la radio, c\u2019est une réalisation d\u2019Esdras Minville, qui eut le courage de pousser l\u2019affaire, et le bonheur d\u2019être compris de MM.Auger et Laforce.On détacha d\u2019un fief de la Brown Corporation un long rang de bon sol pas assez large pour former des lots de 100 acres, assez pour créer de menues fermes dont le revenu s\u2019arrondirait l\u2019hiver par des chantiers coopératifs sur des limites voisines, et même l\u2019été par la pêche.Ce fut un succès, un tel succès que plusieurs paroisses voulurent obtenir la même chance, qui ne vient pas.Même à Grande-Vallée, pour faire de ce rang une paroisse nouvelle, « il serait possible d\u2019assurer quelque soixante-dix établissements de la concession Ross ».Croyez-le ou non, la carabinerie Ross a réussi l\u2019invasion et garde l\u2019occupation de ce pacifique territoire.Et les Gaspé-siens doivent s\u2019exiler, s\u2019ajouter aux D.P.Leur forêt pousse des épinettes; leurs chutes, capables de 100,000 c.v., coulent pour rien comme au temps de Jacques Cartier; leur admirable pays, grand comme la Belgique et capable de nourrir un million d\u2019âmes, n\u2019en compte pas 100,000, et les jeunes désertent.Félicitons du moins M.Minville d\u2019avoir appliqué chez lui ce qui se fait en Scandinavie et qu\u2019il avait appris dans les livres.Souhaitons-lui cent imitateurs aussi persuasifs, aussi écoutés.On n\u2019a pas assez de cultivateurs pour laisser errer jusqu\u2019à Vancouver ceux qui ont encore le bon désir de l\u2019être.Un vaincu.\u2014 A l\u2019hôpital depuis des mois pour un accident d\u2019usine, il remâche sa peine: « Si ce n\u2019avait pas été de ma femme, ou plutôt d\u2019un flanc-mou qui l\u2019a découragée d\u2019avance, je ne serais pas ici, à moitié infirme.Je serais cultivateur maintenant.Oui, et loin de la ville.C\u2019est toute une histoire.Êtes-vous patient?.Bon! « Durant la crise donc, au lieu de moisir ici, j\u2019ai pris le plus beau lot de l\u2019Abitibi.Sur le plan Vautrin, ça marchait.J\u2019avais quelques cents piastres; je me suis attelé à la besogne dans un brûlé facile à faire.Je m\u2019ambitionnais, au point de ne pas revenir pour les Fêtes.Vous ne me croirez pas si je vous dis qu\u2019en moins de deux ans j\u2019avais un bon camp, trente arpents de faits, et pas un sou de dettes.J\u2019écrivais toujours à ma femme.Quand ce fut le temps de me rejoindre, qu\u2019est-ce qu\u2019elle m\u2019envoie pour réponse?Un certificat de docteur: elle était malade, malade, malade! Vite, je laisse tout ça là et je descends.« A la maison, c\u2019est elle qui m\u2019ouvre la porte, avec un beau sourire.Moi qui croyais la trouver au lit, mourante, morte.J\u2019ai pris sur moi: j\u2019aime bien ma femme.Je voulais tout de même savoir ce que ça voulait dire.Eh bien, elle s\u2019était laissé décourager par un chômeur, un m.branleux revenu de son lot, un sans-dessein créé et mis au monde pour quêter, pour se reposer, pour couper le courant.Ah! quand j\u2019y pense, je le déteste à m\u2019en confesser.Pour finir, eh bien, ça finit tant par là, comme disait un colon.Il a bien fallu me défaire de mon lot: j\u2019avais à choisir entre lui et ma femme.Le lot était moins têtu : ça ne crie pas fort, la terre.« Voyez ça: mon voisin, qui était moins avancé que moi, refuserait $5,000 pour sa ferme.Il a des récoltes, un troupeau, et pas de jambe cassée.Moi, je vais boiter, je vais vieillir et je ne possède rien, que des enfants.Le plus décourageant, c\u2019est que ma femme regrette maintenant de ne pas m\u2019avoir écouté.Ça parle!.« Vous voulez savoir si un bon homme peut réussir là-bas ?Bien sûr! Le plus difficile, c\u2019est d\u2019obtenir un lot.Presque tout le monde veut un lot boisé, pour faire un peu d\u2019argent sur les épinettes, en attendant les récoltes.Non: le bois est pour les amis d\u2019élections.Notre futur colon se voit refuser et traiter de pilleur de lot ! Pourtant, c\u2019est un honnête homme, le plus souvent.On le punit d\u2019avance pour des coupables qu\u2019on ne punit pas.\u2014 Le gouvernement offre beaucoup de primes dans le tract Hier à Palmarolle.Voyez, page 52 : « Le colon bénéficie « de concours qui s\u2019évaluent au bas mot à $3,225, répartis « comme suit: $975 en primes d\u2019installation; $1,200 en primes « statutaires, et $1,050 en crédits d\u2019organisation agricole.» Merveilleux! Et puis « les avantages de la motorisation sous « toutes ses formes » pour arracher les souches, égoutter les savanes, etc.C\u2019est beaucoup d\u2019avantages! \u2014 Oui, mais les primes de défrichement, de labour, etc., prennent trop de temps à venir, des mois en retard.Il faut 81 RELATIONS manger pour défricher et labourer trois, quatre, cinq acres, avant de récolter un radis.Le gouvernement n\u2019aime pas la colonisation parce qu\u2019elle « coûte trop cher » avec le mauvais système actuel : plus de $7,000 par lot en comptant les inspections répétées, les contrats de chemins à des amis bien chérants, etc.C\u2019est clair qu\u2019une famille bien installée vaut plus que ça: notre précieux capital humain.Enfin quoi! Si tout le monde se jette en ville, on n\u2019y gagnera pas grand\u2019chose à la fin du compte.Il en faudra des hôpitaux, des prisons, des loisirs, \u2014 et c\u2019est moins bon pour nos 100,000 fils de cultivateurs.» Œuvre de charité.\u2014 Finissons en ville: c\u2019est là qu\u2019on quête pour les enfants, rares et débiles.En 1906, à la Semaine sociale de Dijon, un prêtre de France adjurait les gens charitables de mieux ajuster leur manière de secourir.Il n\u2019y allait pas de main morte: « Vous, messieurs des Bureaux de bienfaisance, pourquoi ne pas faire de prélèvement sur vos dépenses pour acheter des terres à l\u2019usage des pauvres ?Au lieu de faire d\u2019eux de perpétuels mendiants et d\u2019éternels humiliés, essayez d\u2019en faire des hommes, des hommes qui se suffisent, des gens fiers et libres.Ah! vous applaudissez parce que je parle des Bureaux de bienfaisance.Mais si je disais: « Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, faites cela! » applaudiriez-vous encore ?.Donnez autant et donnez mieux, car l\u2019aumône n\u2019est qu\u2019une forme désespérée de la charité.» Il ne s\u2019agit pas chez nous de toujours donner, donner.Il serait plus facile qu\u2019en Europe de fournir aux ouvriers logis LE CINÉMA et jardins en banlieue, si l\u2019on prêchait une croisade, si une part de salaire s\u2019économisait en vue de ce beau rêve, et si les matériaux étaient disponibles, abordables.Un beau mouvement existe, et une loi, et des coopératives, et des quantités de bons désirs; mais les matériaux sont chers ou introuvables.On signale que, l\u2019été dernier, le contrôleur des matériaux à Ottawa cédait à la pression des Vétérans pour forcer les fabricants de clous à en garder un peu plus au pays.Ne devrait-il pas faire de même pour le bois de construction et la plomberie?.Le bûchage diminue, et l\u2019exportation continue \u2014 jusqu\u2019aux Indes et en Chine.Les éviers, baignoires, réservoirs à eau chaude, frigidaires, etc., sont encore difficiles à trouver.On n\u2019y comprend rien, trois ans après la guerre.Il faut pourtant loger notre monde, nos surplus et ces immigrants qui nous arrivent du dehors et de la campagne.Il faut décentraliser aussi.Une paroisse rurale qui donne un surplus de 40 âmes, de 15 ou 20 mariages par année, devrait s\u2019enrichir de maisons nouvelles et fournir des recrues à des campagnes nouvelles.Or, aucun recrutement sérieux ne se fait pour les cantons neufs, et ces surplus ruraux viennent empirer le malaise des villes, où l\u2019ouvrage aussi manque.La charité devrait prévoir, agir sur les endormis.Un pays ne se construit pas à coups de discours et de quêtes, mais par la vaillance des hommes qui consentent encore à se fatiguer pour arriver à quelque chose.Grâce à Dieu, nous en possédons encore de cette espèce, qu\u2019il ne faut pas laisser perdre, mais recruter, transplanter, aider à prendre de fortes racines.SÉRAPHIN A L\u2019ÉCRAN Ernest GAGNON, S.J.« TRAITES RIRE, faites pleurer, faites attendre.» A ces premiers conseils auxjeunes cinéastes, ses disciples, D.-W.Griffith devait ajouter quelques années plus tard: « Faites penser.» Nous avons ri et applaudi au moment où, soudain, images et sons confondus, l\u2019écran rayonnait: « Un homme et son péché.Une autre des belles histoires des pays d\u2019en haut.» Le premier film vraiment canadien-français d\u2019inspiration et de facture existait.Allions-nous, à la suite des grands aînés du film à travers le monde, allions-nous, sur la carte géographique du cinéma, couvrir d\u2019une couleur propre le blanc de notre territoire?Espoir! La pellicule se déroule.Alexis surgit de l\u2019horizon, un vrai type de colon, vigoureux, une chanson au cœur.Puis c\u2019est Jambe-de-Bois, pouilleux à plaisir, coloré, aux sentiments forts et drus comme sa barbe.Et les autres, et les autres.L\u2019intrigue se fraye un chemin au milieu de nos impressions diverses.Certaines scènes sont particulièrement réussies.Nous avons ri au balancement alterné des berceuses et des cœurs, au moment où Alexis accueille, heureux et rougissant, l\u2019amour si frileusement offert d\u2019Arthémise.Une Arthémise vigoureusement champêtre et vraie.Scène opposée pour contraste à celle où Séraphin, jeune homme sans âge, amoureux sans amour, raidi dans ses habits du dimanche et son col haut, immobile sur le banc de bois, présente, à une Do-nalda douce et brisée, un cœur rempli d\u2019or.Nous avons applaudi au jeu d\u2019Hector Charland.Dès qu\u2019il paraît il remplit la toile.Jeu conscient, tendu, mesuré.Il se maintient avec aisance, au niveau de sa propre légende.Nicole Germain incarne une Donalda véritable, variée et toujours simple.Elle est, cependant, meilleure actrice que vraie paysanne.D\u2019une Donalda idéale elle possède le regard attentif et souple.Elle en a aussi les nippes.De la paysanne, du rôle, elle n\u2019a pas les inflexions lourdes, le timbre en mineur et l\u2019âme lente et profonde.Le personnage, cependant, demeure de qualité.Bref, le jeu des acteurs est très bon, souvent excellent.Excellent aussi le goût infaillible qui a su refaire l\u2019ambiance de l\u2019époque: costumes et décors.Belle probité qu\u2019il faut louer.L\u2019épluchette et les danses carrées y prennent une lumière nouvelle et font plus spontanés encore les rires et la joie saine de cette race forte et ouverte.Ainsi, ce premier film québécois ne doit rien au cinéma français ou américain.A Hollywood on n\u2019a emprunté que ce qui pouvait servir: sa publicité.Et c\u2019est bien ainsi.Ce premier film québécois, on l\u2019a voulu près de la terre et l\u2019âme de cette terre vécue par des gens de chez nous.C\u2019est la juste perspective.« Faites rire, faites pleurer, faites attendre.» Nous avons ri, nous n\u2019avons pas pleuré, nous avons surtout attendu.Nous avons attendu, en vain, un simple beau film.Et, croyez-le, ce ne sont pas les inexpériences de détail inhérentes à tout ce qui débute qui nous ont impressionnés.Ces défauts existent et ils sont nombreux, et ils sont avérés.Les journaux les ont alignés.Je n\u2019y reviendrai pas.Il y a plus.C\u2019est la conception même du film qui est, selon moi, la première et la plus grave erreur.Une intrigue extrêmement mince et banale d\u2019abord, puis sa réalisation avec le minimum de moyens.On a fait vite, on a fait « bon marché ».L\u2019objectif: servir, au petit peuple qui paye, son élixir dans un grand verre au lieu de la cueillerée de chaque soir.La publicité fera le MARS 1949 83 reste.La pellicule nous donne l\u2019impression du quart d\u2019heure Pepsodent vu en télévision : c\u2019est étriqué, on étouffe là-dedans.Je soupçonne Séraphin de chercher à faire « râler » ceux mêmes qui lui donnent le jour.Or les nécessités d\u2019ordre pratique, financières, auxquelles une jeune compagnie est soumise ne sont pas une excuse.Un chef-d\u2019œuvre comme Monsieur Vincent en est une preuve.Days of Wrath en est une autre.Un beau texte ne coûte pas plus cher et le juste sens des images est un don gratuit.Toute discipline est bonne, même la plus arbitraire, et c\u2019est à l\u2019intérieur d\u2019étroites frontières, Valéry et Strawinski l\u2019ont assez démontré, que les plus grands artistes ont toujours trouvé le secret de la grandeur.Réussir commercialement, certes, mais pas au détriment de l\u2019art.Les deux propos sont conciliables.Avec les moyens dont on disposait on aurait pu faire un grand film.Et même sur le seul plan du revenu, à la longue, il n\u2019y a que le beau film qui paye.L\u2019impression de mesquin que nous laisse le film tient d\u2019abord au texte.L\u2019intrigue est étroite et la prose y colle.Rien qui nous souligne au passage l\u2019être intérieur de ces belles âmes paysannes, la splendeur de leur rôle d\u2019avant-garde et les vertus nécessaires.Leur vie particulièrement âpre exige un immense amour de la terre, un désintéressement, une fidélité, une saveur de pauvreté, une mystique de la misère enfin qui fait de leur joie habituelle un véritable mystère.Les grands paysages de nos Laurentides étaient ici exigés, car ce sont ces décors magnifique qui les ont façonnés.Ils les portent dans leurs poitrines encore plus que dans les yeux.De toute cette gloire, rien.Tout au long de la pellicule, souvent on côtoie cette grandeur, rien qui la souligne, rien du doigt tendu qui l\u2019indique.Le style de la radio doit se différencier de celui du théâtre.Le script du film doit à son tour s'écarter de celui des ondes.A l\u2019appareil radiophonique chacun peut jouer de l\u2019imagination qu\u2019il possède; à l\u2019écran, l\u2019image nous cloue sur place, quand elle n\u2019est, comme ici, que l\u2019illustration documentaire du texte.Même l\u2019avarice exige de qui la dépeint une opulence de talent.Et Grignon n\u2019en manque pas.Car à l\u2019écran l\u2019image est reine.Au cinéma, en regard de cette puissance étonnante de synthèse et de mouvement qu\u2019est l\u2019image, le pouvoir d\u2019analyse de ces signes que sont les mots demeure un peu figé.C\u2019est la glace vive de nos lacs du Nord qui nous indique où se cache l\u2019eau courante du réel.Ce torrent, l\u2019image s\u2019en empare directement dans son bouillonnement et sa fuite, c\u2019est elle qui en exalte le mystère et matérialise en profondeur sa portée intérieure.A l\u2019écran la parole nous renseigne, mais l\u2019image nous fait voir et penser.Ainsi, parce qu\u2019ils avaient une histoire à raconter au grand public, les réalisateurs d\u2019Un homme et son péché ont peut-être oublié qu\u2019ils avaient, par le truchement de la première, une autre histoire à raconter, beaucoup plus importante celle-là, pour cette raison qu\u2019elle est la nôtre en même temps que la leur: celle des âmes.Et à la question capitale: le cinéma est-il une industrie ou un art?ce premier film canadien n\u2019a pas répondu.« Faites rire, faites pleurer, faites attendre, faites penser.» Le film ne m\u2019a pas fait penser., sinon à ce que je viens de dire.LA MAISON DU BÛCHERON: UNE OEUVRE OU UN « TROU »?Samuel AUDETTE PEU APRÈS l\u2019organisation de sa filiale, l\u2019Union des Bûcherons, le bureau de direction de l\u2019U.C.C., constatant que le milieu communément appelé « le Palais », à Québec, présentait des dangers très grands aux points de vue moral, social et économique pour les bûcherons, décidait que le meilleur moyen de les soustraire à la pègre organisée qui les guettait à leur sortie des chantiers était de leur assurer un refuge.Là, en toute sécurité, ils pourraient demeurer pendant le temps nécessaire à leur engagement pour les chantiers, ou, à leur sortie, le temps qu\u2019il leur faut pour se transformer de leur accoutrement de bûcheron.L\u2019on se rappelle de quelle façon cela se passait avant l\u2019avènement de la Maison du Bûcheron; à leur descente du train ils étaient immédiatement l\u2019objet de la sollicitude de chevaliers d\u2019industrie, de cochers, de chauffeurs de taxis ou encore de filles de rue, qui, à leur dire, voulaient se dévouer pour égayer et « assurer un joyeux passage en ville » aux pauvres bûcherons.Il ne convient pas de préciser les résultats de cette sollicitude plus intéressée au portefeuille qu\u2019au bien-être des bûcherons.Qu\u2019il nous suffise de dire que ces résultats ont coûté cher aux habitants et aux gars d\u2019habitants du Québec, et que bien des ruines morales, familiales, professionnelles ont été la conséquence de cet état de choses, que les autorités municipales et provinciales désespéraient de pouvoir changer.L\u2019U.C.C.comprit vite que, si elle devait défendre les intérêts matériels de ses gars qui allaient en chantier, en travaillant à rehausser les conditions des salaires et de logement, elle devait aussi travailler à assurer leur protection aux points de vue moral et social.Elle décida de mettre sur pied la Maison du Bûcheron, qui serait un refuge, une oasis où le bûcheron, loin de chez lui, pourrait se retrouver chez lui dans la protection et la tranquillité d\u2019un foyer.L\u2019entreprise comportait de sérieux risques financiers.La question qui se posait était de savoir qui allait l\u2019emporter: « Les forces du bien ou celles du mal ?» En d\u2019autres termes, nos gars d\u2019habitants allaient-ils écouter la voix de la raison ou la voix de folie qui déferle sur le monde ?Comme on le présumait, le bon sens et la logique de nos gens amenèrent une magnifique réponse, car, depuis sa fondation, la Maison du Bûcheron abrite sous son toit hospitalier entre dix-huit à vingt mille bûcherons par année.Comme toutes les œuvres de bien, elle connut ses épreuves.La Maison du Bûcheron dans « le Palais », ça dérangeait bien des petits commerces.Bien certain que si tous les yeux qui regardaient avec fureur sa progression eussent été des mitraillettes, on aurait vu un joli carnage.En tout cas, après quelques années elle devenait la proie des flammes.Lourde épreuve, perte financière considérable, mais nul découragement.L\u2019U.C.C.décida la résurrection, la continuation de l\u2019œuvre de régénération si bien commencée.La Maison du Bûcheron abrite plusieurs services; en tête de liste, l\u2019hôtellerie, où, pour une somme modique, les bûcherons peuvent loger, et ce dans des conditions qui leur procurent une parfaite sécurité; puis le Magasin du Bûcheron, qui assure transaction honnête et valeur réelle en fonction du prix payé; sa réputation s\u2019étend de plus en plus, et sa clientèle 84 RELATIONS augmente en nombre et en volume: l\u2019année dernière il fit un chiffre d\u2019affaires de $136,100.Un service qui n\u2019est pas des moindres, la Caisse de Sûreté, opère gratuitement pour le bénéfice des bûcherons de retour.Ils y déposent les sommes qui ne leur sont pas nécessaires le temps qu\u2019ils sont en ville, et lorsqu\u2019ils partent pour leur famille ils en reprennent possession; lors du dernier exercice, 1,096 bûcherons profitèrent de ce service et déposèrent la jolie somme de $163,977.Parmi les derniers services créés, il convient de mentionner le Bureau d\u2019embauchage, opéré conjointement par le Service Forestier de l\u2019U.C.C.et le Service de Placement provincial: seulement au cours de la dernière année, 5,659 bûcherons se sont embauchés par son entremise.Il est bon de récapituler les services rendus pour mettre en garde contre l\u2019impression superficielle de la salle d\u2019attente.De braves cultivateurs ou des prêtres y ont vu trois ou quatre « gars en fête », et ont conclu hâtivement: « La Maison du Bûcheron, c\u2019est un trou! » Il faut bien admettre que si un bon nombre de bûcherons sont aujourd\u2019hui de fiers « Lacor-daire » ils ne le sont pas tous.Sur les soixante-quinze gars qu\u2019on loge, cinq ou six ont bien pris un « petit coup de trop » ; mais une comparaison honnête avec ce qui se passe aux hôtels fashionables montrerait peut-être que le pire pourcentage n\u2019est pas celui de chez nous.Autres considérations: je suis sûr que notre personnel chargé du service d\u2019ordre aimerait mieux avoir affaire à une congrégation d\u2019« Enfants de Marie », mais le fait est que nous avons affaire à des bûcherons, donc à un groupe de jeunes en pleine force exubérante, et que ces bûcherons sont nos gars, et qu\u2019il nous appartient de les aider, de les protéger, parfois de les cacher.La Maison du Bûcheron est la seule du genre en Amérique, et je crois que l\u2019U.C.C.doit être fière d\u2019avoir mis sur pied et de maintenir une telle institution.Des sociologues qui viennent la visiter ne nous cachent pas leur admiration en constatant le bien qui s\u2019y accomplit et le mal qu\u2019elle peut faire éviter.S.Ém.le cardinal Villeneuve, qui avait daigné venir la visiter, disait qu\u2019il la considérait comme l\u2019une des plus belles œuvres de son archidiocèse.S.Exc.Mgr Belleau nous disait toute son admiration pour l\u2019œuvre qu\u2019il voyait; un Père jésuite de Louisiane, lecteur assidu de la Terre de chez nous, venait visiter la maison, et nous disait que la réalité dépassait de beaucoup l\u2019idée qu\u2019il s\u2019était faite du bien qui s\u2019accomplissait.A ceux que ces considérations et ces témoignages de personnes désintéressées ne tireraient pas du doute, invitation spéciale est faite de venir se rendre compte personnellement si la Maison du Bûcheron est une œuvre ou un « trou ».Zbanï not te prochain numéro SÉCURITÉ SOCIALE EN FRANCE Chanoine Pierre LESAGE T TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ Cfiaitionmau 4\tILxmith Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES ¦ 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL SOUSCRIPTION M.le curé Uldéric Beaulieu et M.le maire W.-E.Thomas vous invitent à souscrire à leur campagne de charité pour les oeuvres de la paroisse si éprouvée de Saint - J^emi d\u2019c4mhetât Les souscripteurs que le sort favorisera pourront acheter pour une somme nominale \u2014 que couvre leur souscription \u2014 soit un beau radio « Marconi », soit une laveuse électrique « Thor », soit un poêle électrique.Nous encourageons nos lecteurs à répondre à cet appel et à envoyer leur souscription à M.le maire ou M.le curé de Saint-Remi d'Amherst, comté de Papineau, P.Q.Les donateurs d'au moins un dollar voudront bien conserver les reçus de leur souscription.MARS 1949 85 LIVRES RECENTS LA Banque D\u2019Epargne 1846 DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL 1948 Rapport Montréal, la 14 lévrier 1949.Aux Actionnaires.Messieurs, Vos administrateurs ont le plaisir de vous soumettre le cent deuxième rapport annuel des affaires de la Banque, et le résultat de ses opérations durant l'année expirée le 31 décembre 1948.Les profits nets de l'année ont été de $472,259.98, auxquels il faut ajouter le solde reporté du compte des profits non divisés de l'année dernière, soit $177.153.07, ce qui forme un ensemble de $649,413.05.Sur cette somme, les dividendes trimestriels d'usage ont été versés à nos actionnaires, et la Banque a contribué $19,200.00 à diverses oeuvres charitables et philanthropiques \u2014 outre la somme lntérôt sur Fonds des Pauvres distribué comme d'habitude \u2014 laissant un solde de $350.213.05 au crédit des profits non divisés.Suivant la coutume, une inspection fréquente et complète des livres et de l'actif de la Banque a \u2022te faite durant l\u2019année.Le rapport des vérificateurs et le bilan sont maintenant devant vous.Le président, D.A.HINGSTON.Cent deuxième Au Public : BILAN GÉNÉRAL AU il DÉCEMBRE 1948 PASSIF Dépôts portant intérêt, avec intérêt à ce four .\u2022 \u2022 \u2022 Dépôts ne.portant pas intérêt .\u2022\u2022\u2022\u2022* Fonds de charité.\t»\t.Comptes divers »\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022?\u2022\u2022 Aux Actionnaires : $148,018,285.10 2,340.450.71 180,000.00 111.082.33 150.649,818.14 Capital .Fonds de Réserve .Solde des Profits, reporté .\t\u2022 Dividendes non perçus Dividende payable le 3 janvier 1949 ACTIF Espèce» en caisse ei dans les banques.Obligations des gouvernement» fédéral et provinciaux Obligations de corporations municipales et scolaires canadiennes Autres obligation» et débentures.Valeurs diverses.Prêts à demande et à courte échéance, garanti» par des valeurs en nantissement., Autres prêts à courte échéance.Prêt» aux fabriques de paroisses ou aux corporations religieuses .Prêts sur hypothèque.Fonds de charité, placé sur obligations du Gouvernement Fédéral ei de municipalités canadiennes, approuvées par le Gouvernement Fédéral.Immeubles de la Banque (siège social el succursales) .Autres titres.Pour le conseil d'administration.g 2.000 000.00 4,000.000.00 350.213.05 196.36 70,000,00 $ 6,420,409.41 $157,070.227.55 $ 12.869.144.58 115.535.032.92 17.062,861.91 6,326.151.80 287,180.28 3,709.380.23 4.107.83 43.000.00 23.292.00 180.000.00 $156.040,151.55 1,000.000.00 30,076.00 $ 1,030,076.00 $157,070,227.55 Lt président : D.A.HINGSTON.11 dirtcteur-^émirol recteur-ntuirol ; T.-TAGGART SMYTH- Pour célébrer les cinquante ans de sacerdoce du Pape Le Jubilé sacerdotal de PIE XII par le P.Joseph-P.Archambault, S.J.Brochure illustrée 15 sous l'exemplaire ¦ $1.50 la douzaine ¦ $11.00 le cent ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SPIRITUALITÉ DANIEL-Rops: Les Évangiles de la Vierge.\u2014 Paris, Robert Laffont, 1948.264 pages, 19 cm.A PRÈS avoir honoré la personne du Christ dans un ouvrage -U* que nous n\u2019avons pas encore cessé d\u2019admirer (Jésus en son temps), Daniel-Rops veut aujourd\u2019hui louer la Vierge Marie.La première partie du livre \u2014 la principale \u2014 est consacrée à la doctrine (pp.11-109).Au point de départ, une pincée de documents, quelques paragraphes de S.Luc et de S.Matthieu, de rapides allusions au cours de la vie publique du Christ, une sobre image silhouettée par S.Jean dans le drame du Calvaire: rien de plus.Mais l\u2019A.exploite avec intelligence les données de la tradition, de l\u2019art chrétien, de l\u2019histoire des dogmes, des écrits apocryphes, et voilà que surgit une intéressante étude.De facture moderne, l\u2019œuvre n\u2019a pas cependant toute l\u2019ampleur, toute l\u2019importance, toute la perfection des autres ouvrages historiques de Daniel-Rops.Telle affirmation aurait besoin d\u2019être plus nuancée, tel détail devrait être révisé.Est-il bien sûr que l\u2019Évangile de S.Matthieu ait été traduit en grec vers l\u2019an 63 ?Marie était-elle obligée, lors du recensement de Quirinius, de se rendre à Bethléem?Avait-elle fait un vœu véritable de garder la virginité ou une simple promesse ?Pourquoi Joseph, son époux, devait-il être « largement adulte »?\u2014 Mais l\u2019A.fait œuvre de simple vulgarisation.\u2014 Or, en ce « genre littéraire », il n\u2019a pas à répondre aux exigences d\u2019une exégèse trop pointilleuse.Tournons nos regards plutôt vers les valeurs réelles, car il s\u2019en trouve et en bon nombre.Ainsi nous ne saurions trop admirer les fines observations sur l\u2019authenticité du texte sacré (p.19), sur la psychologie pleine de délicatesse de S.Luc (p.20), sur le didactisme de S.Matthieu (p.22).Lisons avec l\u2019attention qu\u2019elles méritent les pages où l\u2019A.décrit l\u2019évolution de la piété mariale à travers les âges, où il démontre l\u2019harmonie du culte avec les dogmes chrétiens (pp.74-109).La seconde partie est purement documentaire: elle nous livre des textes, les uns canoniques, les autres apocryphes.Les premiers (pp.115-126) sont tenus pour authentiques par l\u2019Église.Ils sont parole de Dieu.Les textes apocryphes, par contre, ne sont pas parole de Dieu.Nés en marge de la légitimité chrétienne, l\u2019Église les considère sinon comme fondamentalement mauvais, du moins comme dignes de méfiance.L\u2019A.fait bien d\u2019avertir le lecteur, avant de les transcrire, qu\u2019ils n\u2019ont pas droit à notre créance, que leur influence sur la doctrine fut très secondaire.« La pensée des Pères de l\u2019Église qui est à l\u2019origine de l\u2019approfondissement des dogmes ne s\u2019est fondée que sur les textes inspirés et n\u2019a utilisé les apocryphes que d\u2019une façon épisodique.Ce n\u2019est pas l\u2019imagination des foules qui a suscité cet approfondissement, c\u2019est l\u2019effort de l\u2019intelligence chrétienne éclairée par l\u2019Esprit-Saint, assuré par la Tradition, et qui a scruté sans cesse davantage la lettre et le sens des Textes Saints » (p.131).La troisième partie (pp.209-259) est surtout artistique.Une quarantaine de gravures, empruntées aux grands maîtres, indiquent comment les artistes se sont ingéniés à traduire leur piété personnelle et celle de leurs contemporains.Des détails curieux, fantaisistes, ornent parfois ces œuvres d\u2019art.N\u2019en soyons pas surpris.Les artistes, au moyen âge surtout, puisaient souvent leur inspiration aux sources apocryphes.Daniel-Rops, dans des notes sobrement rédigées à l\u2019usage du profane, explique le caractère et les éléments de chacune des reproductions.Arthème Tétrault.U Immaculée-Concepiion.Le R.P.d\u2019HÉROUville: Bourdaloue.\u2014 La Bonne Presse, Paris, 1948.177 pages.C\u2019EST UNE COURTE ANTHOLOGIE des œuvres du grand orateur que publie le P.d\u2019Hérouville.Il y joint une captivante introduction, où sont réunis les rares détails que l\u2019on connaisse de la vie du P.Bourdaloue.Le compilateur de ces pages choisies nous révèle son intention: décider de nombreux lecteurs à lire les sermons entiers.En effet, dit-il, « on ne connaîtra le vrai Bourdaloue qu\u2019à la condition de le lire en plein 86 RELATIONS texte ».Toutefois, ce petit volume donne déjà une bonne idée de la grande manière de Bourdaloue.Il sera donc bien accueilli dans nos collèges et dans nos écoles supérieures, où il fera mieux connaître celui que Brunetière appelle « le vrai maître du développement oratoire ».Adélard Dugré.Maison Bellarmin.Michel GaSNIER, O.P.: La grâce de ma confirmation.\u2014 Paris, Bonne Presse.1947.18 cm.'T'EXTES d\u2019une retraite préparatoire à la confirmation.Cent -*\u2022 cinquante pages de doctrine solide sur le sacrement de confirmation, les dons du Saint-Esprit.L\u2019A.a en particulier un chapitre sur la confirmation et l\u2019Action catholique.Livre bien opportun pour nous rappeler l\u2019importance de ce sacrement, surtout aujourd\u2019hui où l\u2019on insiste tant sur le rôle apostolique du laïc.Roland Dion.V Immaculêe-Conception.SOCIOLOGIE Chanoine P.GLORIEUX: Un homme providentiel: l\u2019abbé Godin.\u2014 Bonne Presse, Paris, 1947.QUAND on a tourné la dernière page du beau livre du chanoine Glorieux, on se prend à rêver au premier Prêtre de la classe ouvrière, « ce sont les pauvres que mon Père m\u2019a envoyé évangéliser » (Luc, iv, 18), et l\u2019on se dit que la vie de l\u2019abbé Godin a bien été telle que le souhaitait pour ses apôtres le divin Maître.< A l\u2019exemple de son Maître, ce disciple a été hanté toute sa vie par le désir de s\u2019incarner en plein dans la masse, afin que par lui elle soit mise en communion avec le Christ et divinisée.Il a vécu en missionnaire au milieu même de ceux qu\u2019il voulait évangéliser, vivant de leur vie, vivant pour eux, à leur service, afin qu\u2019avec lui le Christ, l\u2019Église, soient rétablis parmi eux et réconciliés avec eux ».C\u2019est là un des nombreux témoignages dont le livre fait sa trame profonde.L\u2019auteur laisse ainsi parler des prêtres, des amis, et surtout des jeunes ouvriers et ouvrières à qui ce pionnier a fait découvrir le Christ.Type achevé d\u2019aumônier d\u2019A.C., travailleur acharné, d\u2019un dynamisme infatigable, doué d\u2019une merveilleuse compréhension du milieu ouvrier, totalement donné aux jeunes travailleurs qu\u2019il aimait d\u2019un ardent amour, l\u2019abbé Godin a cherché à dégager cette pastorale parfaitement adaptée à la classe ouvrière, qui ouvre à celle-ci toutes les richesses du Christ, de son évangile, de sa vie.C'était là l\u2019immense problème des masses déchristianisées et de leur conquête, problème auquel la J.O.C.avait, par avance, fourni en grande partie la réponse.La solution lève lentement dans la douloureuse gestation d\u2019expériences toutes plus concluantes les unes que les autres.Le 12 septembre 1943, paraît, aux Éditions de l\u2019Abeille, la France, pays de Mission, dont le retentissement est énorme.En sociologue averti, aussi bien qu\u2019en théologien et en apôtre, l\u2019abbé Godin étudie le double problème posé: la paganisation croissante du prolétariat français et son imperméabilité à la communauté chrétienne, et propose un essai de solution.La paroisse, impuissante devant le paganisme qui l\u2019entoure, doit se doubler d\u2019une Mission.La Mission, ou A.C.missionnaire, doit s\u2019incarner à fond dans les différentes communautés humaines qui existent, où elle formera des noyaux chrétiens qui, avec l\u2019aide du prêtre, joueront le rôle du levain dans la pâte.Du levain chrétien dans tel quartier, dans telle usine, dans tel groupement de loisirs, dans telle troupe de figurantes, dans telle école du soir.Bref, c\u2019est une vie de missionnaire qu\u2019il faut désormais vivre au milieu du prolétariat urbain à conquérir.La Mission de Paris est fondée.Une équipe de prêtres, officiellement mandatée par l\u2019archevêque de Paris, va donc se consacrer aux tâches rudes des brebis qui ne fréquentent pas le bercail.Mais subitement, au matin même du jour où la Mission va commencer son travail, son fondateur est trouvé mort dans son lit, asphyxié par un mauvais poêle.Consternation profonde dans le monde ouvrier de Paris qui pleure cet apôtre intrépide, au coeur de feu.Le cardinal Suhard dit son espoir, non pas malgré, mais en raison de ce signe providentiel.MARS 1949 Les anciens tuberculeux font d\u2019excellents employés.æ^i ta RAISON?C'est
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