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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1949-06, Collections de BAnQ.

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[" LA GRÈVE DE L\u2019AMIANTE Juin 1949 MONTRÉAL Jacques COUSINEAU NULLITÉ N\u2019EST PAS DIVORCE Louis C.de LÉRY L\u2019AFFAIRE MINDSZENTY Richard ARÈS L\u2019AGRICULTURE QUÉBÉCOISE DOIT DEVENIR INTENSIVE Louis PASQUIER ¦\tITALIENS AU CANADA - HORIZONS NOUVEAUX ¦\tCONGRÈS DE QUÉBEC - LOI TAFT-HARTLEY- ¦\tL\u2019EXPANSION FRANÇAISE EN COLOMBIE- ¦\tDEUX GRÈVES ET DES LEÇONS- > \" LES INCONNUS DANS LA MAISON \"- No 102 f i\t25c Éditoriaux .SOMMAIRE JUIN 1949 145 Les Martyrs canadiens nous visitent.\u2014 Représentants QUI NE REPRÉSENTENT PAS.La grève de l\u2019amiante.Articles NULLITÉ N\u2019EST PAS DIVORCE Louis C.de Léry 148 L\u2019AFFAIRE MINDSZENTY AUX NATIONS UNIES.Richard Arès 149 L\u2019AGRICULTURE QUÉBÉCOISE DOIT |* DEVENIR INTENSIVE.Louis Pasquier 153 DEUX GRÈVES ET DES LEÇONS .Alexandre Dugré 155 Commentaires.158 La religion en Bulgarie.\u2014 L\u2019exemple de M.Eden.\u2014 Spiritualité pratique.\u2014 Les causes des guerres modernes.\u2014 Le rôle social du Canada.\u2014 Félicitations.Au fil du mois.160 Le dernier discours du Pape.\u2014 A Saint-Félix-de-Valois.\u2014 U établissement rural.\u2014 La princesse au Vatican.\u2014 Propagande.\u2014 Félicitations.\u2014 La Franco-Américanie.Chroniques LE CONGRÈS DE QUÉBEC .Albert Plante 161 LES ITALIENS AU CANADA René Desaulniers 162 « LES INCONNUS DANS LA MAISON ».Paul Racine 163 L\u2019EXPANSION FRANÇAISE EN COLOMBIE CANADIENNE I.Boyer de la Giroday 164 HORIZONS NOUVEAUX .Mme Flore Mondor-Chaput 165 HORIZON INTERNATIONAL.166 Pax Romana.\u2014- Taft-Hartley.\u2014 Chine.\u2014 Fédération mondiale des Syndicats.Livres récents.169 Arthème Tétrault Jean Racette Albert Plante Richard Arès La voix vivante de VÉvangile au début de l'Église.Raison et Raisons.Recherches .^.Initiation à l'Économie politique .Le Mouvement social chrétien du Nord Propos d'un bâtisseur du Bon Dieu Jacques Tremblay La formation des langues romanes .Ernest Richer L'Heure dominicale.Paul Fortin Témoignages .Raymond Dunn Orientation.Fénelon Roy NOS COLLABORATEURS RELATIONS REVUE DU MOIS M.Louis Pasquier, ingénieur agronome français, est directeur de la raffinerie de Saint-Hilaire.\u2014 M.le docteur René Desaulniers, spécialiste du cancer, a été intimement mêlé à la vie italienne, spécialement à Montréal.\u2014 Mlle de la Giroday, une Française, est professeur de chant et de français à Vancouver.\u2014 Mme Flore Mondor-Chaput, fondatrice de la coopérative L\u2019initiative artisanale, s\u2019intéresse depuis longtemps à l\u2019artisanat.Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Louis C.de Léry, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès.Secrétaire de la rédaction : Alfred Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement: $2.50 par année A l\u2019étranger: $3.00 Pour les étudiants: $2.00 publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est MONTRÉAL - 34 Tél.: CHerrier 3101 CANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. IXème année, No 102 Ecole Sociale Populaire, Montréal Juin 1949 EDITORIAUX jÇeà yilattqtâ canadienà nouâ visitent T A CHÂSSE qui contient les précieuses reliques con'll servées au Sanctuaire des Saints-Martyrs, à Québec, visite nos églises et même les lointaines paroisses de Saint-Boni face et du Nouvel-Ontario.Elle distribue les grâces insignes du tricentenaire de la glorieuse mort de ces héros de la Foi.Mai, notre mois du souvenir, l\u2019a vue, le quinze, à Montréal, à la Paroisse, presque au jour anniversaire de Ville-Marie.Par une coïncidence heureuse, c\u2019était le jour même choisi par NN.SS.les évêques pour célébrer la justice sociale et proclamer les enseignements de l\u2019Église sur cette question actuelle.Est-ce que les Martyrs eux-mêmes ne nous invitent pas à l\u2019héroïsme des fondateurs de Ville-Marie, en face des tâches modernes de faire triompher la justice et la charité dans un monde égoïste ?Les Martyrs nous parlent de confiance et de hardiesse.Les historiens peuvent bien sourire de leur rêve immense, scellé de leur sang: convertir à la foi et hausser à la civilisation tous les peuples du Nouveau Monde! Leurs tentatives de fixer les Indiens dans des réserves pour mieux les instruire étaient vouées à l\u2019échec dès le début.Mais ce rêve a soutenu les missionnaires, en exaltant leur héroïsme, leur inlassable volonté de bâtir pour le Christ.Ils ont fondé l\u2019Église au Canada, ils ont jeté dans une terre inculte la semence divine, ils l\u2019ont arrosée de leur sang.A nous leurs humbles continuateurs, n\u2019est-il pas bon aussi de rêver grand, fût-ce avec un brin d\u2019illusion, afin de soutenir la tâche surhumaine de rechristianiser le monde ?Le message des Martyrs est aussi un message de patience.Ils ont souffert pour l\u2019Évangile, mais ils ont vaincu le mal par la force de la patience.Ils n\u2019étaient pas partisans des mystiques de haine et de violence, mais fils de l\u2019amour.Ils avaient des soldats pour les défendre, ils encourageaient les guerriers hurons, ils désiraient les expéditions de Tracy, mais sans placer leur espoir dans la force.Ils préféraient l\u2019amour.Par amour, ils endurèrent les privations et fatigues d\u2019un apostolat presque sans espoir et les tortures de la mort.Ils firent plus, ils endurèrent dans leur cœur, sans révolte et sans amertume, les mépris et l\u2019apparente inutilité de leurs efforts.Message d\u2019actualité.La patience est nécessaire dans les privations et les injustices d\u2019un monde où l\u2019argent est roi.Elle doit entrer dans le cœur, y comprimer le découragement et la révolte.Les Martyrs, qui ont pratiqué cette patience du cœur, trouvaient le secret de leur force dans leur don total à une grande œuvre et à leur chef, le Christ.Pour remplir la mission qui incombe aux catholiques modernes, la même Loi présente les mêmes exigences.Que les Martyrs aillent partout répandre des grâces.Dans nos campagnes, ils enseigneront à nos cultivateurs à tenir malgré l\u2019incertitude de l\u2019avenir, l\u2019attrait des villes, et les conditions précaires de l\u2019exploitation agricole.Dans nos villes, ils donneront aux ouvriers la force de porter le fardeau quotidien d\u2019un travail monotone, auquel s\u2019ajoutent parfois la crainte du lendemain, la perspective du chômage et l\u2019étouffement d\u2019un logis hostile à la famille et aux enfants.Ils iront aussi dans des milieux cossus, prospères, souvent non moins dignes de sympathie.Et ils béniront avec une grande bienveillance les hommes de bonne volonté qui travaillent à faire triompher contre l\u2019esprit de lucre les principes de la justice et de la charité.J^epx êâen tan tâ qui ne xepxêâentent paà Ol LE CANADA manque de drapeau, il ne manque pas de représentants aux nombreux Conseils des Nations.Or, pour représenter, il faut être représentatif.L\u2019Angleterre envoie un Anglais, la France un Français, Israël un Juif.Le bon sens et l\u2019honnêteté réclament que pour représenter le Canada, pays chrétien, l\u2019on choisisse des chrétiens qui parlent et votent chrétien.Ce n\u2019est pas toujours ce qui arrive. Le recensement de 1941 n\u2019indique, sur une population canadienne de 11,506,655 âmes, que 19,126 sans-religion et 2,908 païens, soit 0.19 p.c.du total.Combien de catholiques ?Près de 5,000,000, exactement 4,986,552, soit 43.34 p.c.des Canadiens.C\u2019est le plus fort groupe religieux, le seul parfaitement homogène.Est-ce qu\u2019il ne devrait pas fournir presque la moitié des représentants du Canada?Ou du moins être pris en considération quand un délégué non catholique parle au nom de tous, catholiques et autres ?Nous espérons beaucoup de M.Mayrand, nouvel adjoint au ministère.Comment excuser l\u2019abstention de M.Maybank, notre représentant à l\u2019assemblée de Paris, où il aurait beaucoup mieux interprété notre pays, chrétien à 99 p.c., s\u2019il eût voté pour inclure le nom de Dieu à la Charte des droits de l\u2019homme?Comment expliquer l\u2019abstention aussi voulue d\u2019un autre à Lake-Success contre l\u2019entrée de l\u2019Espagne aux Nations Unies ?Pourtant, il y agréait joyeusement Israël, qui ne se compare tout de même pas à la vieille Espagne, déjà louangée par M.Churchill et depuis vengée par Franco, rétablissant les faits point par point.Quelles directives donc notre ministère des Affaires extérieures donne-t-il à ses délégués?Est-ce de représenter le Canada, tous les Canadiens ?Ou simplement de suivre les représentants anglais et américain?Ce serait pousser un peu loin l\u2019attitude écrasée.La Russie en fait des gorges chaudes quand on l\u2019attaque sur ses États satellites, sur les six votes inséparables: « Satellites vous-mêmes, les Canadiens! » Si nous manquons de politique extérieure, même de pensée nationale, voyons-y.Dressons une thèse, un programme; réunissons un groupe des Canadiens les plus représentatifs, qui nous dessine un plan à l\u2019échelle mondiale et qui ensuite expose, défende et propage nos idées pour un monde nouveau, chrétien, pacifique.\u2022 ¦ ¦ - ¦\u2014 \u2022 jÇa grieve de l\u2019amiante LA GRÈVE ACTUELLE dans l\u2019industrie de l\u2019amiante, J quelle qu\u2019én soit l\u2019issue, demeurera l\u2019un des événements les plus considérables dans l\u2019histoire sociale du Canada français.Jamais grève chez nous n\u2019a affecté tant de familles \u2014 près de 5,000 \u2014 et si longtemps \u2014 quinze semaines \u2014 n\u2019a troublé si profondément dans son économie une région donnée, située aux confins de la Beauce et de l\u2019Estrie, et n\u2019a autant paralysé le marché international, diminuant de 90% la production canadienne de l\u2019amiante, qui constitue les trois quarts du chiffre mondial.Voilà pour les comptables et les spectateurs n\u2019ayant d\u2019yeux que de chair.Voici pour les autres.Jamais grève n\u2019a révélé si spectaculairement et si scandaleusement le problème des relations du travail tel que les circonstances et les hommes nous l\u2019ont fait.Il s\u2019agit d\u2019une industrie typiquement québécoise, c\u2019est-à-dire où les richesses naturelles du sous-sol sont extraites, exploitées surtout par et pour des entrepreneurs étrangers; la Canadian Johns-Manville, compagnie qui donne le ton aux autres et au gouvernement provincial, est, malgré son nom, 100% étatsunienne, mais s\u2019obstine toutefois comme d\u2019autres à ne pas faire des conditions de travail courantes là-bas un article d\u2019exportation.Il s\u2019agit encore d\u2019une industrie célèbre par la maladie industrielle qui à des degrés divers accompagne et vicie son actuelle opération; les mineurs, touchés ou menacés par l\u2019amiantose, ont décidé de ne retourner sous terre chercher la fibre protectrice de la société en ses maints usages que s\u2019ils sont assurés eux-mêmes d\u2019une protection efficace pour eux et leurs familles.Il s\u2019agit enfin d\u2019une industrie puissante dont certains représentants étaient tellement liés à la politique partisane que l\u2019on pouvait à bon droit juger, d\u2019après la situation concrète et des expériences récentes survenues avant et après les bills 5 et 60, que rien de bon ne sortirait d\u2019un conseil d\u2019arbitrage nommé suivant la lettre mais contre l\u2019esprit de la loi.Après l\u2019échec des négociations et de la conciliation, cinq mille employés se mirent alors en frais extraordinaires de protester auprès de leurs concitoyens et du monde entier contre le mécanisme de l\u2019arbitrage ainsi faussé, et se mirent en grève pour réclamer justice et impartialité.Jamais grève chez nous n\u2019a autant ému l\u2019opinion publique, n\u2019a amené à ce point chacun à prendre position dans le débat, n\u2019a effectué un tel regroupement des autorités et forces sociales et n\u2019a aussi fortement orienté l\u2019avenir, même politique, du pays.Survenant après le mouvement d\u2019opinion concernant la silicose et l\u2019amiantose, soulevé d\u2019abord dans Relations puis dans le Devoir, et, plus immédiatement, après la constitution du cartel syndical et ses premières victoires dans le retrait du bill 5 et l\u2019amendement du bill 60, une grève de cette envergure devait avoir une répercussion profonde.Mais devant l\u2019acharnement convergent et synchronisé de la Johns-Man ville et du gouvernement provincial pour briser ce geste collectif d\u2019appel à la justice et à l\u2019opinion, l\u2019unité du mouvement ouvrier québécois se scella définitivement.La Confédération des Travailleurs catholiques du Canada rallia ses fédérations professionnelles et ses conseils centraux pour consentir des sacrifices considérables en argent et organiser des collectes de vivres dans toutes les régions.Les unions ouvrières, affiliées au Congrès canadien du Travail et au Congrès des Métiers et du Travail, de Montréal surtout, comme la C.B.R.E., mais aussi de Toronto, de Windsor et d\u2019ailleurs, apportèrent de substantielles contributions.L\u2019Action catholique ouvrière y ajouta son effort aux ramifications fécondes.Toute la classe ouvrière s\u2019ébranla en un geste de solidarité unique en notre histoire.Et la croisade de secours s\u2019achemina vers Thetford-Mines et surtout Asbestos, 146 RELATIONS à cause de son vaillant curé et de la néfaste police asservie aux puissants.Le courant de sympathie fut tel qu\u2019il déborda les frontières du monde ouvrier; la conscience de classe qu\u2019avait suscitée partout chez lui l\u2019alliance patronale-gouvernementale qui aurait pu profiter aux communistes fut apaisée par la générosité éclairée des autres classes.Les étudiants de l\u2019Université de Montréal furent les premiers à briser le cercle de préjugés, et la réception triomphale que leur firent les grévistes d\u2019As-bestos prouve combien leur geste secourable et leur offrande modeste furent appréciés comme un symbole de nouveauté.Bientôt le monde agricole se mit en branle avec l\u2019Union catholique des Cultivateurs, qui fraternisa effectivement par des envois de denrées.Enfin, la rumeur courut que l\u2019Église hiérarchique, après avoir offert sa médiation et une proposition concrète de règlement immédiat, allait prendre action.Des membres du cabinet provincial s\u2019affairèrent auprès des centres ecclésiastiques stratégiques.En vain.Un appel fut lancé par la Commission sacerdotale d\u2019Études sociales, avec l\u2019assentiment de la Commission épiscopale des Questions sociales, faisant un devoir de charité à tous de secourir les travailleurs de l\u2019amiante et leurs familles.L\u2019attitude des évêques fut unanime et conséquente: un communiqué partit bientôt des sièges épiscopaux prescrivant aux curés de faire la quête aux églises pour cette fin.Le Canada français retrouvait son unité dans la charité, et le communisme était enrayé pour une génération.L\u2019Église avait donné à son geste toute la délicatesse qu\u2019exigeaient la situation et le danger de s\u2019affronter directement à l\u2019État, mais le geste demeure un avertissement et un jugement: « L\u2019Église, avait dit Pie XII en 1942, ne peut pas ignorer ou ne pas voir que l\u2019ouvrier, dans son effort pour améliorer sa situation, se heurte à tout un système qui, loin d\u2019être conforme à la nature, est en opposition avec l\u2019ordre de Dieu et avec la fin assignée par Dieu aux biens terrestres.» Les hommes politiques comprendront-ils?Jamais enfin grève chez nous n\u2019a été aussi féconde en leçons de vie.1° Cinq mille mineurs maintiennent leur grève à coups de sacrifices, parce qu\u2019ils mettent leur sécurité sociale et syndicale, et donc leur désir de vivre en hommes et en hommes libres, au-dessus de leurs intérêts matériels.Primauté du spirituel, que les pantouflards et les matérialistes du siècle ne voient pas s\u2019exprimer dans une grève de ce caractère.2° Les cinq mille hommes en grève ne font pas de piquetage.En paix à Thetford, où ni la police provinciale ni les compagnies n\u2019agissent déloyalement.A Asbestos, les méthodes provocatrices de la Johns-Manville, qui veut importer ici la Mohawk Valley formula, et l\u2019utilisation comme briseurs de grève d\u2019agents déséquilibrés ont provoqué des troubles.La sauvagerie de la répression privée de la police et la caricature de justice montrée à l\u2019égard des accusés n\u2019aident pas la cause de l\u2019autorité.L\u2019entreprise exige une collaboration libre dans une reconnaissance honnête des droits de chacun.3° Ce sont des chrétiens qui sont en grève dans l\u2019amiante, et ils se conduisent comme tels.Ils prient ensemble tous les jours à Asbestos, et leur curé-aumônier attribue à la protection de Dieu le fait qu\u2019il ne leur soit arrivé rien de grave.Ils prient, et leur prière porte la grâce à d\u2019autres.Dans la prison de Montréal où ils furent détenus sans mandat, les grévistes d\u2019Asbestos récitent le chapelet aux moments où on cesse de les « questionner ».Bouleversé par cette foi, un prisonnier, qui avait abandonné la pratique de la religion depuis six ou sept ans, emprunte un chapelet et se joint aux autres.« Comment, toi aussi, tu vas faire ton chr.d\u2019hypocrite ?» de s\u2019exclamer cet agent de la police provinciale en ponctuant d\u2019un coup de poing à la figure.L\u2019incident rappelle les premiers chrétiens condamnés aux mines, faisant ainsi des conversions sous la coupe des gardes impériales.Et la vérité les rendit libres, comme avait promis le Maître.La grève finira quand le gouvernement d\u2019Union nationale remplira ses promesses de 1936, exprimées dans les deux réponses suivantes de son manifeste d\u2019alors: « 49.\u2014 Q.N\u2019y a-t-il pas le gendarme pour empêcher la guerre sociale ?« R.Pour un temps, oui, il peut faire « régner l\u2019ordre à Varsovie », mais jamais dans les cœurs.Le droit est encore bien meilleur gendarme que le prétendu droit de la force.La paix, c\u2019est assurément la tranquillité de l\u2019ordre, et l\u2019ordre est toujours incompatible avec un régime fondé sur la violence et la haine des classes.« 50.\u2014 Q.Pourquoi ne pas mettre à la raison les fauteurs de la guerre sociale ?« R.C\u2019est ce que fera l\u2019Ordre nouveau^ en maîtrisant les patrons sans-cœur et en abolissant l\u2019État libéral, dont toute la politique de ne rien faire consista à assister les bras croisés à l\u2019éternelle lutte du pot de fer contre le pot de terre, à laisser tomber en temps d\u2019élection de la table gouvernementale quelques miettes de pain pour mieux se moquer des encycliques.» Jacques Cousineau, s.j.SIGNES DES TEMPS Le prêtre et la question sociale Mettons une note très humaine dans tout ce que nous disons à nos gens, montrons-leur que nous comprenons les rudes et difficiles problèmes de leur vie quotidienne, leurs préoccupations, leurs aspirations.Soyons le plus humains possible pour leur transmettre plus sûrement le message divin du Seigneur.L\u2019Année sociale ne peut être monopolisée au profit d\u2019une seule classe.On ne peut s\u2019étonner que les Papes aient surtout traité des problèmes du monde ouvrier, puisque aussi bien c\u2019est dans les milieux d\u2019industrie, de machinisme, de concentration des masses que la crise sociale exerce plus directement sa pression sur les conditions de la vie.Mais de proche en proche, la crise s\u2019est étendue à toutes les classes et à toutes les régions.Quantité de discours de Pie XII mettent en valeur le rôle social des diverses professions et leur tracent la voie à suivre pour y exceller: quelle belle Somme de spiritualité professionnelle constituerait le recueil de ces discours pontificaux! Quant à la vie agricole et rurale, les lettres et allocutions du Saint-Père en traitent si souvent depuis quelques années qu\u2019on pourrait en extraire l\u2019équivalent d une encyclique rurale.(S.Exc.Mgr Charue, évêque de Namur, à ses prêtres.) L'ERREUR DANS LA PERSONNE NULLITÉ N'EST PAS DIVORCE Louis C.de LERY, S.J.IE 27 DÉCEMBRE 1942, un soldat, \u2014 disons Paul, \u2014 après deux mois de fréquentations, épousait une jeune fille de bonne famille \u2014 Pauline.Paul, affirme Pauline, paraissait honnête et sobre.Mais c\u2019était un ivrogne, et il avait fait de la prison pour obtention d\u2019argent sous de fausses représentations.Eût-elle connu, nous dit la demanderesse, le caractère de son mari, jamais elle ne l\u2019eût épousé.Il y a donc eu selon elle erreur dans la personne.M.le juge Collins n\u2019a pas admis le bien-fondé de cette argumentation.Dans la Revue du Barreau d\u2019avril, Me Thomas E.Walsh critique cette sentence, laquelle, au contraire, nous trouvons juste.Le lecteur que le sujet intéresse pourra se référer à des articles parus dans cette revue en décembre 1945 et février 1947, ainsi qu\u2019à un éditorial de janvier 1948.Qu\u2019est-ce que l\u2019erreur dans la personne ?Ce ne peut être que l\u2019erreur concernant telle personne, la méprise sur son identité, sa substance, comme distincte de ses qualités ou accidents.Soit Pierre, qui, voulant se marier avec Jeanne, épouse Françoise, sa sœur cadette: erreur dans la personne.Le cas n\u2019est pas chimérique dans les pays, par exemple, où la mariée demeure voilée jusqu\u2019après la cérémonie.Que les qualités soient distinctes de la personne comme telle, la saine philosophie et le sens commun l\u2019affirment.Ces notions de personne et de qualités, cette distinction de substance et d\u2019accidents, nous viennent d\u2019Aristote.La philosophie chrétienne les a faites siennes.Sur elles reposent les trois plus grands mystères de notre foi: Trinité, Incarnation, Eucharistie; trinité des personnes dans l\u2019unité de Dieu, double nature divine et humaine dans l\u2019unique personne du Christ, Jésus présent en personne sous les accidents du pain et du vin après la transsubstantiation.C\u2019est encore cette personne, toujours la même, ce moi toujours subsistant sous les qualités sans cesse changeantes, qui permet au vieillard de se rappeler avec émotion les souvenirs de son en-face: tout s\u2019est modifié en lui depuis la couleur de ses cheveux jusqu\u2019à ses goûts, ses habitudes, ses opinions, tout hormis son moi, excepté sa personne.Si l\u2019on fait de l\u2019erreur dans la personne l\u2019erreur concernant ses qualités, l\u2019on confond donc la personne et ses qualités contre les principes évidents de la philosophie et du bon sens, l\u2019on substitue les qualités à la personne, l\u2019on supprime la personne, qui devient un amas de qualités, a bundle of qualities (voir notre article de décembre 1945).Et si l\u2019on s\u2019est trompé sur les qualités d\u2019une personne, l\u2019on criera à l\u2019erreur dans la personne, ce qui mène à d\u2019absurdes conséquences.Je croyais mon fiancé sobre; c\u2019était un ivrogne: erreur dans la personne! Je croyais épouser une jeune fille vierge; elle avait eu un enfant: erreur dans la personne! Mon prétendant était prévenant et respectueux; il s\u2019est révélé jaloux et brutal: erreur dans la personne! Je la croyais affectueuse et douce; c\u2019est une chipie: erreur dans la personne! Mon mari avait la tuberculose: erreur dans la personne! Et nous pourrions continuer indéfiniment.Sur quels critères s\u2019appuyer pour juger que l\u2019erreur sur les qualités d\u2019une personne constitue un empêchement tel qu\u2019il nullifie le mariage à son principe ?L\u2019on ne possède que l\u2019affirmation du conjoint que l\u2019amour aveuglait, qui a été trompé, qui s\u2019est trompé lui-même, n\u2019a pas écouté les avis de ses parents, mais a fait à sa tête, en bâclant un mariage avec un inconnu après de trop courtes fréquentations, comme dans le cas actuel, et qui maintenant s\u2019écrie: « Si j\u2019avais su!.» On se laisse impressionner par ce sophisme: « Si j\u2019avais su, je ne l\u2019aurais pas épousé! Donc le mariage est nul.» Cette exclamation: Si j'avais su, je ne l'aurais pas épousé ! recouvre une intention interprétative chez le conjoint qui se prétend leurré.Nous interprétons après le mariage une intention qu\u2019il est censé avoir eu avant les noces.Nous lui prêtons gratuitement une intention, sans pouvoir la prouver.Beaucoup d\u2019ivrognes avérés trouvent à se marier.Bien des filles-mères, connues comme telles, fondent des foyers.Même des mégères et des phtisiques notoires contractent mariage.Quant aux maris jaloux et cruels, ils envoûtent si bien leurs femmes qu\u2019il est fort difficile de séparer celles-ci de ceux-là après les noces; comment y réussir avant le mariage quand la jeune fille s\u2019est amourachée ?Le conjoint qui s\u2019écrie après les noces: « Si j\u2019avais su!.» a délibérément fermé les yeux; il n\u2019a pas voulu voir.Ou bien il savait et, passant outre, il a couru le risque.Il a bel et bien voulu ce mariage.Mais admettons que le conjoint ait été trompé.Il ne savait pas et, l\u2019eût-il su, jamais il n\u2019eût épousé l\u2019autre.Le conjoint ne savait pas: donc il n\u2019a eu aucune intention.Nous sommes en présence d\u2019une intention inexistante.Et une intention inexistante est inefficace: le néant ne produit rien; pour agir, il faut être.Cette intention inexistante et partant inefficace n\u2019a eu aucun effet sur le mariage, lequel par conséquent est valide.C\u2019est l\u2019article 148 du Code civil, qui traite de l\u2019erreur dans la personne: « Lorsqu\u2019il y a erreur dans la personne, le mariage ne peut être attaqué que par celui des deux époux qui a été induit en erreur.» Ceci doit être interprété en tenant compte de l\u2019article 185: « Le mariage ne se dissout que par la mort naturelle de l\u2019un des conjoints; tant qu\u2019ils vivent l\u2019un et l\u2019autre, il est indissoluble.» En d\u2019autres termes, l\u2019article 185 proclame 148 RELATIONS l\u2019indissolubilité absolue du mariage et nie la possibilité du divorce.(Les bills de divorce accordés par le parlement fédéral soulèvent un autre problème, que nous avons déjà traité: Relations, déc.1947.) L\u2019article 148 ne peut donc permettre de rompre un mariage existant, mais seulement de déclarer invalide un mariage nul de soi; sans quoi cet article 148 permettrait le divorce sous la forme déguisée d\u2019annulation.Le titre du chapitre IV du Code civil : Des demandes de nullité en mariage, lequel titre précède immédiatement l\u2019article 148, confirme notre argumentation.Nos tribunaux n\u2019accordent pas de divorce, mais déclarent nuis certains mariages, en affirmant que telle ou telle union n\u2019a jamais existé faute de consentement, ou parce que l\u2019on n\u2019a pas observé telle formalité essentielle, ou encore s\u2019il y a eu erreur dans la personne.Appuyés sur quelques décisions récentes et \u2014 disons-le franchement \u2014 malheureuses, des juges Duclos, Fo- rest et Louis Cousineau, certains prétendent déceler un flottement dans la jurisprudence concernant l\u2019erreur dans la personne.Mais les juges Greenshields, Demers et Tyndale ont rendu nombre d\u2019arrêts semblables à celui de M.le juge Collins.Et le 28 novembre 1947 la Cour d\u2019Appel, à l\u2019unanimité de ses cinq juges, confirmait cette manière de voir: Veneur sur la personne est l'erreur sur l'identité de la personne', toute autre erreur est une erreur de qualité et n'infirme pas le mariage.Nullité n\u2019est pas divorce.Notre province n\u2019ayant pas de tribunaux de divorce, certaines gens cherchent à élargir la base des annulations et à confondre nullité \u2014 déclaration de l\u2019inexistence du lien matrimonial \u2014 avec divorce \u2014 tentative de rupture d\u2019un lien réel.Il ne faut pas que nos tribunaux accordent, sous couvert d\u2019annulation, des divorces déguisés, ne fût-ce que relativement aux effets civils du mariage.L\u2019AFFAIRE MINDSZENTY AUX NATIONS UNIES Richard ARÈS, S.J.PENDANT près de deux semaines, en avril, The Mindszenty Case, comme on disait couramment là-bas, a retenu l\u2019attention des Nations Unies en session à New-York.A la demande conjointe de la Bolivie et de l\u2019Australie, l\u2019O.N.U.en effet avait été appelée à examiner les récents événements survenus en Hongrie et en Bulgarie et à dire si oui ou non ces derniers pays violent les droits de l\u2019homme et les libertés fondamentales garantis tant par la Charte de San-Francisco que par les traités de paix.En fait, dès le premier jour, le débat s\u2019orienta et, par la suite, se maintint presque exclusivement autour du procès du cardinal Mindszenty.Discutée à Paris, dans un Palais de Chaillot situé en plein cœur de la ville, une pareille affaire aurait certainement attiré des milliers de curieux, mais à Lake Success les spectateurs étaient plutôt rares: l\u2019on y pense en effet à deux fois avant d\u2019entreprendre la bonne vingtaine de milles qui séparent Lake Success du centre de New-York.Comme toujours, les journalistes foisonnaient.Ceux que j\u2019ai rencontrés à l\u2019ouverture du débat me semblaient surtout préoccupés par ces deux questions: le Vatican aura-t-il un représentant ?ce représentant sera-t-il le cardinal Spellman?Et l\u2019un d\u2019eux d\u2019ajouter non sans enthousiasme: « Spellman would be a wonderful spokesman for the Vatican ! » Et le choc des deux civilisations eut lieu, brutal et total.Les Soviets livraient une bataille perdue à l\u2019avance, et ils le savaient.Aussi s\u2019abandonnèrent-ils à une violence verbale inouïe, lançant accusations sur accusations à la face de leurs adversaires devenus leurs juges, et répétant inlassablement à tour de rôle l\u2019argument en lequel se condensait tout leur système de dé- fense: les Nations Unies n\u2019ont pas le droit de se porter à la défense de traîtres, d\u2019espions et de criminels.Sur trois points surtout éclata le conflit entre les deux camps: sur les intentions des proposeurs, sur la compétence des Nations Unies, sur le fond même de l\u2019affaire.LES INTENTIONS DES PROPOSEURS En proposant que soit inscrite au programme de l\u2019Assemblée générale la question du respect des droits de l\u2019homme en Hongrie et en Bulgarie, les délégués bolivien et australien exposèrent ainsi leurs motifs.Les procès contre les dignitaires ecclésiastiques, dirent-ils, ont soulevé par le monde entier une émotion extraordinaire, en même temps que de la crainte, de l\u2019inquiétude et un sentiment de malaise et d\u2019anxiété.Il est évident que la conscience de l\u2019humanité a été profondément choquée par ce qui semble bien être la plus spectaculaire violation des droits de l\u2019homme depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.Or rappelons-nous que cette guerre a été rendue inévitable précisément par suite de l\u2019indignation universelle que soulevaient les violations systématiques de ces droits en pays totalitaires nazis.L\u2019O.N.U.est née de cette indignation, et elle a pour but de protéger et de promouvoir partout les droits de l\u2019homme.Sans doute, elle ne peut s\u2019occuper de toutes les violations à travers le monde, mais le cas du cardinal Mindszenty a une importance universelle.C\u2019est un cas-type.Son procès ressemble fort aux anciens procès intentés par les Nazis contre les chefs religieux.De plus, ajoute le délégué d\u2019Australie, nous voulons savoir si ces procès sont de véritables procès, ou simplement des procès inventés pour dissimuler d\u2019autres buts JUIN 1949 149 moins avouables.Par six fois le gouvernement australien a essayé d\u2019obtenir que ses représentants pussent y assister en qualité d\u2019observateurs.Ces requêtes ont été rejetées, et il en a été de même pour d\u2019autres gouvernements.Que s\u2019est-il passé à ces procès pour que des protestations se soient élevées de toutes parts dans le monde à leur sujet ?La réponse à cette question exige une discussion complète du fond de l\u2019affaire: si la Hongrie et la Bulgarie sont capables de se justifier devant cette Assemblée, tant mieux pour elles; mais si elles en sont incapables ou si elles refusent de le faire, alors, que notre Assemblée prenne ses responsabilités et porte le jugement qui s\u2019impose.Voilà, conclurent les délégués bolivien et australien, les seuls motifs qui nous inspirent.Mais les Soviets ne l\u2019entendaient pas ainsi.Pour eux, toute l\u2019affaire a été montée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Vatican.La Bolivie et l\u2019Australie se sont mises de l\u2019avant, mais en arrière, tirant les ficelles qui font mouvoir ces marionnettes, se tiennent « les milieux réactionnaires des États-Unis et du Royaume-Uni qui, pour des raisons très compréhensibles, cherchent à plaire au Vatican, et en même temps encouragent toute campagne hostile à l\u2019Union soviétique » (Biélorussie).Pourquoi les États-Unis ont-ils lancé cette affaire ?C\u2019est qu\u2019ils sont furieux de l\u2019échec de leur réseau d\u2019espionnage en Hongrie et en Bulgarie; Mindszenty était leur principal agent et leur grand espoir en cas d\u2019une troisième guerre mondiale.Le procès de Budapest a démasqué et fait avorter leurs plans.Ils se vengent maintenant en lançant contre les démocraties populaires une campagne de calomnie et de diffamation.De plus, les États-Unis veulent détourner l\u2019attention des violations des droits de l\u2019homme qui se commettent continuellement sur leur territoire.Eux qui parlent si souvent de la démocratie, qu\u2019ils commencent donc par la mettre en pratique chez eux: qu\u2019ils s\u2019occupent de la question nègre, de la loi de Lynch, du procès intenté aux chefs communites, du renvoi de certains professeurs d\u2019université pour leurs opinions politiques, etc.L\u2019on parle de défendre les droits de l\u2019homme à cette tribune, mais en réalité on se fiche bien du sort de Mindszenty et de ses complices.Tout le monde le sait: Les délégations de l\u2019Australie et de la Bolivie ont porté cette question devant les Nations Unies à la seule fin de servir les intérêts des milieux réactionnaires de Wall Street et des fauteurs de guerre, de faire retentir de la tribune des Nations Unies les thèmes de haine entre les peuples, d\u2019alimenter contre la Hongrie et la Bulgarie la calomnie quotidienne que l\u2019on trouve dans les journaux tirés à des millions d\u2019exemplaires aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.(Biélorussie.) Et quand l\u2019un des membres du Bloc soviétique a fini sa diatribe, un autre lui succède, qui fera porter son attaque soit sur la Grande-Bretagne et son administration coloniale, soit sur l\u2019Australie et sa politique à l\u2019égard des indigènes, soit sur la Bolivie et ses fréquentes révolutions, soit même sur le Canada, ce pays qui ne rend pas les dépôts confiés, ce « voleur international » qui garde chez lui les trésors polonais et vient ensuite prêcher la coopération entre les peuples! LA COMPÉTENCE DES NATIONS UNIES Tout en déchargeant ainsi leur colère sur leurs adversaires, les Soviets n\u2019en pensent pas moins à nier inlassablement et avec violence aux Nations Unies tout droit d\u2019intervention en cette affaire.L\u2019administration de la justice, affirment-ils, est une question qui relève essentiellement de la compétence nationale de la Hongrie et de la Bulgarie, et en vertu du paragraphe 7 de l\u2019article 2 de la Charte, les Nations Unies n\u2019ont pas le droit d\u2019intervenir dans une question de ce genre.Si vous osez vous en mêler, par le fait même vous violez la Charte et vous transformez l\u2019Organisation en instrument d\u2019une politique égoïste et impérialiste, vous en faites un lieu de calomnie et de diffamation, vous ruinez son prestige et son autorité, et vous risquez de provoquer de graves complications internationales.Et vous avez d\u2019autant moins le droit de soulever ici cette affaire que la Hongrie et la Bulgarie ne sont pas membres des Nations Unies, et cela par votre faute, parce que vous vous êtes opposés à leur admission.Comment avez-vous le front maintenant de leur demander des comptes au sujet de principes qui ne sont même pas énoncés clairement dans la Charte ?Si enfin vous avez des griefs contre la Hongrie et la Bulgarie, les traités de paix que ces pays ont signés prévoient les mesures à prendre en pareil cas.Pourquoi ne les avez-vous pas prises, au lieu de vous livrer à cette campagne de calomnie du haut de cette tribune internationale ?A ces arguments, les auteurs de la proposition, appuyés d\u2019ailleurs par la majorité de l\u2019Assemblée, répondent en démontrant non seulement le droit, mais le devoir des Nations Unies d\u2019intervenir dans cette affaire.C\u2019est en vain, ripostent-ils aux Soviets, que vous invoquez le paragraphe 7 de l\u2019article 2, car il est dit expressément ailleurs que l\u2019Assemblée « peut discuter toute question et affaire rentrant dans le cadre de la présente Charte » (art.10) ; or l\u2019article 55 stipule que « les Nations Unies favoriseront.le respect universel et effectif des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales de tous ».Il y a par conséquent non seulement un droit, mais un devoir pour les Nations Unies de promouvoir les droits de l\u2019homme, et de s\u2019assurer qu\u2019ils sont respectés et observés universellement, peu importe qu\u2019il s\u2019agisse ou non d\u2019un membre de l\u2019O.N.U.De plus, le fait que la Hongrie et la Bulgarie se sont engagées par traités à respecter les droits de l\u2019homme, loin de diminuer la compétence de l\u2019O.N.U., l\u2019augmente au contraire, car c\u2019est un principe universellement admis que tout engagement international restreint et limite la juridiction domestique, et cela au profit des organismes internationaux existants.D\u2019ailleurs, c\u2019est à 150 RELATIONS l\u2019Assemblée elle-même qu\u2019il appartient de déterminer sa propre compétence en cette affaire.La réponse de l\u2019Assemblée fut positive.Par un vote de 30 voix pour, 7 contre et 20 abstentions, elle se prononça en faveur de l\u2019inscription de la question à son ordre du jour.Restait à discuter le fond de l\u2019affaire.LE FOND DE L\u2019AFFAIRE Dès le début, l\u2019opposition se révéla irréductible entre la thèse soviétique et le point de vue occidental.La thèse soviétique.\u2014 Pour les Soviets, ni l\u2019O.N.U.ni personne n\u2019a le droit d\u2019intervenir, pour l\u2019excellente raison qu\u2019il n\u2019y a jamais eu de violation des droits de l\u2019homme: Mindszenty en particulier est un criminel, condamné justement selon une procédure tout à fait normale et juste.Et ils développent ainsi.Il s\u2019agit d\u2019un criminel qui a monté et dirigé une organisation secrète dans le but de renverser le gouvernement et de restaurer la monarchie fasciste d\u2019Otto de Habsbourg; il voulait établir en Europe centrale une fédération d\u2019États catholiques comprenant la Hongrie, l\u2019Autriche et même la Bavière, tout cela avec l\u2019appui du Vatican et des États-Unis.Il s\u2019est servi de sa position de prince de l\u2019Église pour faire de l\u2019espionnage pour le compte des Américains, et leur communiquer des renseignements secrets concernant la Hongrie.De plus, afin de se procurer des fonds et d\u2019entrer en contact avec l\u2019immigration hongroise hostile au régime démocratique, il a entrepris un voyage au Canada et aux États-Unis, d\u2019où il est revenu porteur d\u2019une somme de $150,000 qu\u2019il n\u2019a pas déclarée à la frontière et qu\u2019il a échangée sur le marché noir.Tout cela, le cardinal l\u2019a reconnu ouvertement dans ses aveux, tout cela a été prouvé au procès, dans un procès qui s\u2019est déroulé au grand jour, en présence de nombreux journalistes étrangers.Pourquoi n\u2019ajoutez-vous pas foi à sa parole, quand il s\u2019avoue coupable ?Vous parlez de violation des droits de l\u2019homme, mais Mindszenty a été arrêté et jugé pour des actes commis non comme cardinal mais comme citoyen hongrois.Prétend-on que le fait d\u2019être cardinal autorise un citoyen hongrois à commettre impunément des crimes de trahison et d\u2019espionnage ?Et ainsi de suite.Afin de permettre aux lecteurs de juger par eux-mêmes de la manière d\u2019argumenter des Soviets, nous jugeons bon de donner ici deux extraits.Le premier est du représentant polonais.Pour lui, le cardinal a été la victime des services d\u2019espionnage américains: Mindszenty a parlé à Otto de Habsbourg.Des plans de subversion, fondés sur l\u2019hypothèse d\u2019une troisième guerre mondiale proche, ont été élaborés dans le voisinage immédiat de la cathédrale Saint-Patrick, sous la protection de la pourpre de S.Em.le cardinal Francis Spellman, archevêque de New-York.Mindszenty a fait du marché noir avec des dollars et pillé la Couronne de saint Etienne, avec la complicité de la représentation des Etats-Unis à Budapest et des autorités militaires américaines en Allemagne.Et voici le second spécimen: On s\u2019est efforcé de justifier aux yeux de l\u2019opinion publique mondiale les agissements de Mindszenty et des quinze pasteurs bulgares.En réalité, ceux-ci ont été condamnés par les tribunaux populaires des deux pays parce qu\u2019ils avaient conspiré contre les démocraties, parce qu\u2019ils étaient des espions agissant à l\u2019instigation des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Vatican, parce qu\u2019ils avaient spéculé et s\u2019étaient livrés à un trafic de marché noir.Les tribunaux populaires de Hongrie et de Bulgarie ont ainsi arraché le masque de Mindszenty et de ces quinze prêtres, et démontré que, sous la dignité ecclésiastique, se dissimulaient des traîtres et des espions.Les fauteurs de guerre des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Vatican.mettaient tous leurs espoirs en ces hommes.(Biélorussie.) La réplique occidentale.\u2014 Mais les Soviets avaient beau répéter dix fois, cent fois, leurs accusations, la majorité de l\u2019Assemblée demeurait sceptique et devenait même hostile à leur égard.Dans l\u2019intervalle, en effet, la Bolivie, l\u2019Australie, les États-Unis, avaient présenté leur plaidoyer et ruiné l\u2019argumentation soviétique.La réplique occidentale peut, à ce qu\u2019il me semble, se résumer en quatre propositions, dont la première pourrait s\u2019énoncer ainsi: 1° Il existe actuellement en Hongrie une violation systématique et continue des droits de l'homme et des libertés fondamentales.Des rapports dignes de foi nous apprennent qu\u2019un groupe minoritaire, après s\u2019être emparé du pouvoir par la force, s\u2019y maintient par la suppression des libertés les plus élémentaires.C\u2019est la conviction de nos gouvernements qu\u2019il n\u2019existe plus en Hongrie de liberté d\u2019opinion politique: tous les partis d\u2019opposition ont été supprimés ou réduits au silence; il n\u2019existe plus de liberté d\u2019expression, car le peuple a peur; il n\u2019existe plus de liberté de presse, car le gouvernement arrête tout journaliste qui manifeste la moindre indépendance; il n\u2019existe plus de liberté de culte religieux: peu importe que certaines églises restent ouvertes, si les chefs religieux ne peuvent ni parler ni enseigner librement.En fait, le gouvernement hongrois a voulu mettre les églises à sa main, les courber devant sa politique.Pour y parvenir, il s\u2019est livré à toutes sortes de menaces, d\u2019arrestations arbitraires, de tracasseries dans les prédications, les pèlerinages, les émissions radiophoniques, etc.En Hongrie, la police est partout, et elle surveille particulièrement les monastères, les couvents et les maisons religieuses.Nous sommes revenus aux jours sombres du règne tyrannique de l\u2019État totalitaire, qui veut contrôler la vie privée des individus, jusqu\u2019à leurs sentiments et leurs pensées les plus intimes.Dans un tel État, il n\u2019y a pas de place pour le prêtre, surtout le prêtre appartenant à une religion universaliste comme la religion catholique.Voilà les circonstances qu\u2019il faut rappeler, si l\u2019on veut comprendre le sens des récents procès en Hongrie.2° Le cardinal Mindszenty a été arreté et condamné non pour de prétendues activités politiques ou économiques, mais parce qu'il était le principal obstacle à l'entière bol-chévisation de la Hongrie.JUIN 1949 151 Le poste qu\u2019il occupait et la résistance qu\u2019il manifesta dans ses lettres pastorales à certaines mesures gouvernementales, le désignèrent vite comme le principal ennemi à abattre.Le gouvernement tenta d\u2019abord de l\u2019intimider par des menaces, puis, convaincu que le cardinal ne céderait pas à la crainte, il monta toute une machination qui lui permettrait à la fois de faire taire le cardinal en l\u2019emprisonnant, et de ruiner son influence en le discréditant dans l\u2019opinion publique.Tel est le vrai sens de ces accusations ridicules de conspiration, d\u2019espionnage et de marché noir.Elles ont été inventées après coup, et la preuve en est que la découverte des archives privées du cardinal, principal charge alléguée contre lui, n\u2019eut lieu que le 23 décembre, alors que déjà le gouvernement avait clairement manifesté à plusieurs reprises son intention d\u2019éliminer le primat.Pour leur part, les États-Unis nient énergiquement toute cette histoire d\u2019espionnage dans laquelle le cardinal aurait trempé.Quant aux autres chefs d\u2019accusation, ils sont réduits à néant par le témoignage de nombreux personnages hongrois qui ont pu s\u2019enfuir avant ou depuis le procès.Les seules preuves fournies par les communistes proviennent du procès ou des aveux; or procès et aveux sont grandement suspects.3° Le procès du cardinal Mindszenty est entaché de nombreuses irrégularités.Il suffit pour s\u2019en rendre compte d\u2019étudier les documents officiels publiés par le gouvernement lui-même: a) rien n\u2019indique que le cardinal ait eu la possibilité de consulter un aviseur légal entre la date de son arrestation et le début du procès; b) le Livre Jaune publié par le gouvernement déclare le cardinal coupable avant même que le procès n\u2019ait lieu; c\u2019est là manifestement préjuger de l\u2019issue du procès, d\u2019autant plus qu\u2019aucune possibilité de réponse n\u2019était accordée au cardinal.Ainsi, en Angleterre, un tribunal vient de condamner à 10,000 livres d\u2019amende et à trois mois d\u2019emprisonnement le directeur d\u2019un grand quotidien pour avoir préjugé de la culpabilité d\u2019un accusé; mais en Hongrie c\u2019est le gouvernement lui-même qui se livre impunément à de tels procédés; c) ce procès, de la plus grande importance et quant à la qualité et quant au nombre des accusés et quant aux chefs d\u2019accusation, n\u2019a duré que trois jours seulement; d) le président du tribunal a refusé d\u2019entendre les témoins de la défense; e) l\u2019avocat du cardinal n\u2019a pas en réalité défendu son client, mais s\u2019est borné à invoquer des circonstances atténuantes.C\u2019était d\u2019ailleurs un communiste notoire, et l\u2019on a pris soin d\u2019expulser du Barreau l\u2019avocat catholique qui avait insisté pour défendre le primat;/) le plaidoyer du procureur n\u2019essaya même pas d\u2019établir la vérité des accusations, mais se borna à montrer que le procès avait été juste; g) les juges étaient sous la pression gouvernementale, et il ne leur était pas permis de porter un autre verdict que celui de condamnation.4° Les aveux du cardinal sont plus que suspects.Seul le délégué bolivien s\u2019aventura sur ce terrain délicat.Une demi-heure avant son arrestation, dit-il, le cardinal avait eu le temps d\u2019écrire sur le dos d\u2019une enveloppe la déclaration suivante: « a) Je n\u2019ai été mêlé à aucun complot; b) je ne résilierai jamais mes fonctions; c) je me refuse à toute déclaration; d) si toutefois il était dit ou écrit que j\u2019aurais reconnu les faits ou résilié mes fonctions, et même si on devait donner ma propre signature en preuve, cela devra être considéré comme un signe de faiblesse humaine, et je le déclare d\u2019ores et déjà comme nul et non avenu.» La prétendue confession du cardinal que le gouvernement a publiée par la suite lui a été extorquée sous l\u2019influence de tortures et de drogues: elle est contraire à la vérité matérielle de ses actions, incompatible avec toute sa conduite antérieure et démentie d\u2019ailleurs par le cardinal lui-même lors de son procès.LE RÉSULTAT De toute cette discussion, longue de deux semaines, quel fut le résultat ?A première vue, il pourra paraître décevant, mais dans les circonstances il s\u2019explique.Il faut bien se rappeler tout d\u2019abord la répugnance instinctive des États à toute ingérence des Nations Unies dans leurs propres affaires.Un bon nombre d\u2019abstentions proviennent précisément de cette répugnance, de la crainte du précédent; l\u2019on se dit: aujourd\u2019hui, c\u2019est le tour de la Hongrie et de la Bulgarie; qui sait si demain ça ne sera pas mon tour?Que la majorité ait quand même approuvé une intervention des Nations Unies, voilà un signe que la communauté internationale se sent de plus en plus solidaire du respect ou de la violation des droits de l\u2019homme dans le monde.De plus, l\u2019existence de traités de paix garantissant explicitement ces droits en Hongrie et en Bulgarie a fourni un facile prétexte à tous les États timorés: il appartient aux signataires de ces traités, ont-ils constamment soutenu, de régler cette affaire entre eux; s\u2019ils échouent, l\u2019O.N.U.pourra intervenir plus directement.C\u2019était une façon élégante de se débarrasser sur les autres d\u2019une question gênante.L\u2019affaire enfin ayant été portée, non devant le Conseil de Sécurité où le veto soviétique aurait joué et tout paralysé automatiquement, mais devant l\u2019Assemblée générale, l\u2019on ne pouvait guère s\u2019attendre à des mesures vraiment efficaces, puisque cette Assemblée ne peut faire que des recommandations.Ainsi s\u2019explique la résolution finale adoptée par 34 voix contre 6, et 9 abstentions : L\u2019Assemblée exprime sa profonde préoccupation au sujet des accusations portées contre la Hongrie et la Bulgarie, note avec satisfaction que des démarches ont été entreprises à ce sujet par plusieurs États signataires des traités de paix, demande sur ce point la coopération de la Hongrie et de la Bulgarie, et retient la question pour sa prochaine session.152 RELATIONS L'AGRICULTURE QUEBECOISE DOIT DEVENIR INTENSIVE Louis PASQUIER 1\u2019ÉMINENT géographe Raoul Blanchard, étudiant les procédés envisagés dans le Québec pour résorber les excédents de population, préconise l\u2019intensification de l\u2019agriculture, et il cite, outre la France, certains cas particuliers, malheureusement isolés, de la plaine de Montréal et du Saint-Laurent.Quiconque étudie l\u2019économie rurale de la province au contact des « habitants » est en mesure de corroborer cette thèse, et d\u2019affirmer avec M.Blanchard qu\u2019il y a là un problème « capital pour l\u2019avenir » du Canada français, et assurément « le plus considérable ».En parcourant le « jardin de la province de Québec » : la vallée du Richelieu, par exemple dans Verchères, Rouville, Chambly, Yamaska, Bagot et Saint-Hyacinthe, le visiteur passe dans des « rangs » dont les terres sont incontestablement riches; et tout de suite ses regards tomberont sur des prairies dont les foins sont maigres et d\u2019une flore quasi sauvage.Parfois l\u2019herbe n\u2019a pas été fauchée depuis plusieurs années.Çà et là, quelques terres labourées, avec des parcelles de tomates, de fèves, de pois et de blé d\u2019Inde, et des champs de grains mélangés (orge, avoine) aux rendements sûrement médiocres.Une de ces vieilles maisons en pierre, vestiges du début de la colonie, ne manquera pas d\u2019attirer son attention et de l\u2019inviter à franchir le seuil accueillant: un « habitant » dépassant la soixantaine le reçoit avec grande affabilité.Il est vieux garçon et habite la ferme des ancêtres avec sa sœur, ancienne institutrice, et sa vieille mère de quatre-vingt-dix ans.Ce cultivateur voudrait faire une culture payante; il avoue son inexpérience, son manque de matériel; aussi offre-t-il de louer une vingtaine d\u2019arpents.« Pourquoi n\u2019essayez-vous pas vous-même cette culture, telle que la betterave à sucre ?La raffinerie, qui est tout près de vous, peut vous louer les instruments, vous avancer la semence.» La réponse vient de la vieille fille: « Mon frère est âgé, fatigué; c\u2019est bien de l\u2019embarras; il faudrait de la main-d\u2019œuvre.Il en a assez avec son train.Dans quelques années, nous vendrons la ferme.\u2014 Mais pourquoi abandonner ce bien de famille?Vous étiez de nombreux enfants?.Vous avez des neveux et des nièces ?.\u2014 C\u2019est vrai, nous avons une cinquantaine de neveux et nièces, mais aucun ne s\u2019intéresse à la terre.Dans quelques années, vous nous l\u2019achèterez, cette ferme.\u2014 Enfin, vous avez des voisins; ici à droite, n\u2019y a-t-il pas une famille de quinze ou seize enfants?.JUIN 1949 \u2014 C\u2019est exact, mais aucun d\u2019eux ne restera à la terre.Les uns travaillent aux usines, d\u2019autres font du commerce.» Stupéfait, le visiteur insiste, mais l\u2019affirmation est catégorique.« Et la ferme qui est à gauche ?\u2014 Un vieux ménage qui vit avec une dizaine de vaches, et depuis dix ans n\u2019a pas mis la charrue sur la terre.\u2014 Le second voisin à gauche ?.\u2014 Deux frères qui se disputent; ils travaillent à Montréal; la ferme sera bientôt vendue par le shérif.» Comment ne pas sortir décontenancé de cette visite ?Est-ce une situation exceptionnelle?Dans un rang voisin, tout près du village, on ne trouve pas trois fermes sur dix exploitées à peu près normalement par le propriétaire.Les autres sont presque abandonnées: les propriétaires travaillent en dehors, parfois dans des usines où l\u2019atmosphère est empestée par des poussières d\u2019engrais ou autrement, alors que l\u2019air est si pur dans les champs.Ces « habitants » se contentent du revenu que leur procure la vente du foin sur pied, foin détestable de chiendent pour une grande part.Un autre exemple à quarante milles, dans un autre comté: dix fermes voisines dans le même rang sont totalement abandonnées.Tous les cultivateurs sont partis dans les usines ou aux États-Unis.Pourtant les terres sont bonnes et assez riches, les bâtiments en bon état.Devant cette situation de fait, l\u2019économiste agricole qui connaît le rôle fondamental que joue, dans toute nation et pour l\u2019avenir d\u2019une race, la vitalité de la famille rurale, ne peut retenir un cri d\u2019alarme, surtout quand cet état de choses est assez fréquent et semble s\u2019aggraver avec une rapidité très inquiétante.Les causes de cet exode vers les villes tentaculaires, vers la colonisation dans l\u2019Ouest, vers les États-Unis, vers l\u2019aventure ailleurs, même n\u2019importe où, sont nombreuses et elles existaient déjà avant la guerre.La prospérité considérable, mais factice, de la période 1940-1945, a voilé la vérité qui va ressortir bientôt dans sa nudité, et sa gravité, accrue par les désordres de la guerre.Nous ne voulons retenir ici qu\u2019une seule cause de cet exode, parce qu\u2019elle apparaît fondamentale et parce qu\u2019elle aurait pu et dû être corrigée depuis longtemps.Évidemment, l\u2019organisation de la profession agricole est primordiale; elle a été réalisée sous la forme de coopératives de production, de transformation et de consommation, qui assurent l\u2019achat des matières premières nécessaires à l\u2019agriculture et la vente des produits 153 agricoles, et sous la forme de syndicats professionnels qui se chargent de la sauvegarde morale et sociale de la profession.Mais il semble qu\u2019on a omis ou négligé par trop ce qui est le point de départ de la profession agricole: la terre, la production de cette terre et ses conditions d'exploitation.Le cultivateur a pris l\u2019habitude de vivre dans sa ferme, en oubliant que le secret du bonheur et de la réussite pour lui doit être de vivre sur sa ferme, de sa ferme; ainsi il a été amené à gagner sa vie en dehors de la ferme et même à payer sa ferme par son travail à l\u2019usine.Dieu merci, il existe des cultivateurs avisés et parfaitement organisés qui ont obtenu cette réussite complète sur leur seule exploitation de 80 à 100 arpents.Tout le monde en connaît; ils sont un témoignage de la possibilité de vivre et de s\u2019enrichir sur une ferme.Mais leur nombre est nettement insuffisant dans l\u2019ensemble, et, ce qui est grave, eux-mêmes, à l\u2019heure actuelle, éprouvent des difficultés pour mettre leurs fils à l\u2019abri de l\u2019exemple décourageant donné par cet abandon des campagnes.Que s\u2019est-il passé ?La vérité est que l\u2019organisation de la culture du sol québécois n\u2019a pas suivi l\u2019évolution qui, depuis cinquante ans, s\u2019est produite ailleurs.Avec sa production essentielle du foin, à peu près sans engrais chimique, la culture était restée beaucoup trop extensive, c\u2019est-à-dire faite avec de failles ressources sur de vastes étendues, où la terre fertile coûte assez bon marché et où l\u2019on n\u2019est pas obligé d\u2019obtenir des rendements élevés.Cette situation est caractéristique d\u2019un pays neuf et jeune; mais la jeunesse n\u2019est pas éternelle; les hommes et les sociétés prennent de l\u2019âge, et il leur faut être de leur temps, arriver à l\u2019âge mûr.Il est certain que, bien avant la guerre, des esprits avisés, dans les gouvernements, dans les organisations agricoles, mais surtout chez les agronomes, avaient compris la nécessité impérieuse de diriger l\u2019intensification de la culture canadienne-française en préconisant des cultures nouvelles, diversifiées et stables comme dans les vieux pays.A ce sujet, il importe de ne pas passer sous silence l\u2019organisation des concours de fermes, initiative des plus heureuses due aux agronomes, ainsi que le travail de recherches et d\u2019expérimentation absolument remarquable exécuté par les Services agronomiques provinciaux sous l\u2019habile et compétente direction de M.Henri-C.Bois, gérant de la Coopérative Fédérée, vers 1933 à 1936, sur la betterave à sucre.Ce travail si approfondi, avec les centaines d\u2019essais de culture de betterave à sucre, est réalisé avec tant de méthode, les conclusions en sont si nettes et si sûres, qu\u2019on ne s\u2019explique pas les hésitations et les difficultés de l\u2019expansion de cette production agricole depuis dix ans.Il faut admettre que ce sont des facteurs qui ne sont ni agricoles, ni économiques, qui ont failli faire échouer totalement la tentative étudiée de 1937 à 1939, puis organisée en 1941, à la raffinerie de Saint-Hilaire.Ces mêmes facteurs sont responsables du retard à son plein épanouissement, désormais assuré.L\u2019échec \u2014 s\u2019il s\u2019était produit \u2014 aurait été une catastrophe pour l\u2019agriculture québécoise.Pour s\u2019en faire une idée, il faut connaître l\u2019empressement avec lequel, cette année, les cultivateurs qui sont dans l\u2019impossibilité de trouver des débouchés pour leurs tomates, leurs pois et leurs fèves, sans parler des réductions imposées sur l\u2019acrage du tabac et des pommes de terre, sont heureux de s\u2019intéresser à la betterave à sucre.C\u2019est le moment de remonter à cinquante, même soixante ans en arrière, et de rappeler les faits historiques suivants: De 1880 à 1896, la province de Québec fut dotée de trois fabriques de sucre de betterave.La première fabrique fut érigée en 1880 par la Sucrerie d'Est-Farnham, et bénéficia d\u2019un octroi provincial assuré pour dix ans.Elle fonctionna de 1880 à 1884 et resta fermée de 1885 à 1891.Cette année-là, elle opéra sur 16,321 tonnes; rouverte en 1892, elle meurt en 1893.La seconde fut créée à Coaticook en 1882, et ne fonctionna qu\u2019une année.La troisième fut l\u2019Union Sucrière Franco-Canadienne, qui opéra de 1880 à 1884, puis de 1891 à 1896 à Berthier-en-Haut.Cette fabrique écrasa 34,000 tonnes en 1895 (Saint-Hilaire a traité, en 1948, 27,556 tonnes).Les opérations cessèrent subitement en 1896.Pourquoi ces échecs répétés ?L\u2019étude des documents très précis et nombreux aux archives du ministère de l\u2019Agriculture permet de conclure sans hésitation: incapacité technique et administrative des fondateurs de ces usines.Il y a là une leçon sévère, mais vraie partout, et dans cette industrie plus qu\u2019en toute autre: la compétence et l\u2019expérience des dirigeants d\u2019une raffinerie de sucre de betterave sont les conditions fondamentales de réussite.Il faut insister sur ce point particulier, parce qu\u2019il court à ce sujet des jugements très dangereux dans l\u2019esprit de certaines personnes, totalement ignorantes des caractères et particularités élémentaires de cette industrie.Une autre conclusion que le lecteur tire de ces dossiers est le témoignage éclatant de la satisfaction et de l\u2019intérêt évident des cultivateurs pour la betterave à sucre.Il n\u2019est donc pas exagéré de prétendre que l\u2019échec de ces essais de culture et d\u2019industrie de la betterave a été un désastre pour l\u2019agriculture québécoise, parce que pendant ces cinquante années, de 1895 à 1945, malgré tous les efforts, une base, une fondation inébranlable a fait défaut à l\u2019organisation agricole de la ferme: c\u2019est-à-dire une culture stable, sûre, améliorante, éducatrice comme la betterave à sucre.154 RELATIONS Cela est si vrai qu\u2019il n\u2019y a pour s\u2019en convaincre qu\u2019à se reporter à Chatham, à Paincourt (en Ontario), où, pendant ce demi-siècle, des cultivateurs avisés, parmi lesquels de nombreux Canadiens français venus des bords du Richelieu, les Roy, Pinsonneault, Caron, etc., ont bâti de rien, grâce à la betterave, disent-ils, une organisation agricole modèle, la plus intensive, la plus moderne, la plus payante, la plus sûre de tout le Canada, et comparable aux plus riches régions du monde, telles que le Nord français, la Belgique et la Hollande.On dit souvent qu\u2019au moins une fois dans la vie d\u2019un homme une occasion de fortune, de bonheur, de réussite passe à sa portée, qu\u2019il lui appartient de savoir saisir à temps.Cette occasion fut perdue en 1895 pour cinquante ans.Elle s\u2019est retrouvée en 1945, mais avec quelles difficultés et quel retard! Qu\u2019au moins cette leçon soit méditée, approfondie par les responsables, et que, cette fois-ci, on essaie un peu de rattraper le temps perdu, dans la mesure où c\u2019est possible.Une initiative heureuse permit de conduire à Chatham et à Paincourt, en 1947, cinquante cultivateurs de la région de Saint-Hilaire et de les mettre à même, là, de comparer, d\u2019analyser et de comprendre la différence des situations et les causes véritables de cette différence.Il est maintenant possible à ces hommes qui ont vu et constaté la prospérité de cette région de s\u2019imaginer ce que serait aujourd\u2019hui l\u2019agriculture du Québec, et la situation matérielle et morale de leurs familles, si ces cinquante années n\u2019avaient pas été perdues dans une léthargie incompréhensible.Ces faits historiques sont du passé; leur examen fera comprendre la situation présente et guidera les hommes qui ont mission d\u2019orienter l\u2019opinion publique et d\u2019organiser la société agricole en vue de l\u2019avenir des familles canadiennes-françaises.Au mois prochain ! DEUX GRÈVES ET DES LEÇONS Alexandre DUGRË, S.J.LA TRAÎNÉE de grèves de matelots, ici, là, en Amérique, en Angleterre, pendant que les unions ouvrières secouent leurs chefs communistes, ramène à l\u2019actualité un livre de 1941, Out of the night.Jan Valtin, jeune Allemand que les misères d\u2019après 1918 et d\u2019avant Hitler ont tourné communiste, \u2014 il voulait essayer du nouveau! \u2014 raconte ses expériences de propagande, de prison et d\u2019ingratitude, avant de sortir de la nuit pour redevenir homme libre.De sa carrière d\u2019agitateur, soulignons l\u2019importance première accordée par les Soviets aux transports maritimes.Le calcul est juste: « Les pays capitalistes sont morts si la paralysie de la navigation supprime les échanges, exportations et importations.Et surtout, vienne la guerre, n\u2019est-ce pas.» Déjà linguiste et matelot, intelligent et passionné de régime nouveau, Valtin s\u2019embrigade activiste à Hambourg, en 1923.Un chef lui injecte le programme, qui vaut encore: « Ce n\u2019est pas une affaire de mots imprimés ou criés, mais d\u2019action, de grèves, avant l\u2019insurrection armée.Comme les transports sont la veine jugulaire du capitalisme, si nous tournons les ports et les navires en forteresses communistes, nous coupons la veine, et la bourgeoisie est saignée à mort.» Déguisé en colporteur, Valtin court les quais, monte sur les bateaux, sème la propagande du mécontentement et suggère le sabotage: sable dans les machines, incendies, sextants brisés, etc.L\u2019on pourrait s\u2019emparer du navire, emprisonner les officiers, détruire le sans-fil et tout livrer en port russe.Valtin ne s\u2019amuse pas au théâtre et aux filles; il court d\u2019un quai à l\u2019autre, harangue les chauffeurs au petit jour, les marins en congé de minuit.Son ardeur lui vaut une promotion: il est chargé de cinquante navires et de deux mille hommes.Un soulèvement brusqué, contremandé ailleurs, lui coûte 400 morts ou blessés, et une année de fuite \u2014 à Hollywood où il joue comme extra.Ça va très bien, mais la cause?Comment trahir les camarades prisonniers?.Il se rapporte à Hambourg, qui le charge de communiser les ports américains du Pacifique.Il sème des feuillets du nord au sud, même à Honolulu; il en veut aux expéditions de bois et aux navires-citernes de la Standard Oil, en cas de guerre.Engagé là, il ne gagne que deux brouillons contre l\u2019Internationale: on est trop bien traité et payé.Il se faufile aux missions de marins pour les remplacer par des clubs rouges, soudés en Marine Workers League et destinés à devenir l\u2019Union Rouge de Harry Bridges.Un an d\u2019effort le convainc que la révolution ne se fera pas ici, mais en Europe ou en Asie.L\u2019hiver 1925-1926 le trouve à Moscou parmi 600 jeunes de tous pays, venus suivre les cours de lutte des classes, de stratégie, de grèves, de soulèvements et de batailles de rue.S\u2019emparer du pouvoir, établir la dictature du prolétariat, c\u2019est le salut! Quelle émotion de pèlerin dévot en arrivant: « J\u2019aurais assommé quiconque m\u2019aurait dit alors: Va-t\u2019en, innocent! Sauve-toi donc, fou ridiculement heureux !.Nous serions la jeunesse de la conspiration, de l\u2019absolue destruction de la société bourgeoise.On nous déconseillait le mariage, vu que la famille aime la paix, et qu\u2019il faut des révoltés.» Valtin part pour la Chine, communiser le port de Shanghaï.Renvoyé à Los Angeles, il est chargé de tuer un faux frère: « C\u2019est un meurtre?\u2014 Non, le Comintern a le statut d\u2019une armée en guerre.Refuser, c\u2019est trahir.» Après l\u2019attentat et trois ans de pénitencier, retour en Allemagne, où 250,000 communistes ont déjà 27 quotidiens, des théâtres, des camps de vacances.La crise de 1929 réjouit le soviet, qui a purgé Trotzky et Zinoviev.Dimitrov remet Valtin à la conquête des marins: « Il faut accaparer les transports, en cas de guerre.La Russie veut la paix.Rien de mieux pour dompter le requin capitaliste que de couper ses exportations et ses importations.Allez-y!.» Avec une provision d\u2019alias et un passeport danois, il fait Rotterdam, Anvers, Gand et Dunkerque.Mais il s\u2019amourache et se marie, ce qui compliquera les absences et fera tout lâcher.En 1933, Hitler prend le pouvoir: le communisme a du fil à retordre avec la Gestapo, qui espionne, emprisonne et torture à fond.L\u2019erreur communiste a été de n\u2019avoir ni prévu ni prévenu la dictature d\u2019Hitler.Une alliance des deux violences, JUIN 1949 155 communiste et nazie, contre les deux groupes nombreux mais paisibles du Centre catholique et des Démocrates sociaux, aurait pu changer l\u2019histoire du monde.On s\u2019unit pour voter contre les Démocrates, puis on se bat, et les chemises brunes ont vite le dessus et remplissent les geôles.Valtin, d\u2019abord réfugié à Copenhague avec femme et enfant, reçoit l\u2019ordre d\u2019aller travailler le port de Hambourg.Cinquante jours, et il est pris comme les autres, fouetté, torturé, presque tué, à répétition.Il n\u2019avoue rien.Il veut mourir.Brisé après cent jours, il signe des aveux dictés.Condamné à dix ans, il en fera trois.C\u2019est que, pour délivrer sa famille du camp de concentration, il veut être libre.Il simule un changement de convictions et s\u2019engage comme espion nazi.Libéré, avec sa femme il tire des plans de fuite.Envoyé comme espion d\u2019Hitler à Copenhague, il écrit de vagues rapports secrets, qui ne font de tort à personne, et il demande aux chefs communistes quatre hommes pour aller sortir sa famille d\u2019Allemagne.Refusé, il s\u2019exaspère, il n\u2019est plus bon bolchevik.Coincé entre les deux pires systèmes de police, Gestapo et Guépéou, emprisonné par la Guépéou dans un taudis, il met le feu pour s\u2019évader parmi le tumulte.Caché dans un bateau, il gagne la France.A Paris, la Guépéou le repère; il s\u2019embarque pour les Antilles.Il voit dans les journaux communistes sa compromettante photo du passeport nazi, trahissant le double jeu.La Gestapo comprend le truc de la Guépéou: Mme Valtin va mourir en prison, et le fils disparaît.Retenons de ce drame la conspiration, toujours actuelle, pour s\u2019emparer de la navigation en poussant les grèves: nous y sommes depuis des mois, dans une grève douteuse et ramifiée, tandis que les mineurs font une grève juste, chrétienne, priante, qu\u2019on dit illégale et qui pose la question de la primauté de l\u2019homme ou de la poussière, de la justice ou de la loi.Faudra-t-il chez nous que des ouvriers catholiques recourent aux unions communistes pour qu\u2019on les respecte?Car les grèves de mineurs sont aussi des^morceaux de choix, en France, en Angleterre, surtout aux États-Unis, où John Lewis a tenu tête au président, paralysé chemins de fer et industries, et fait geler la population.Notre amiante n\u2019a pas tant de répercussion; elle n\u2019est pas soufflée de communisme, bien qu\u2019elle fasse richement son affaire au dehors.Quand on réfléchit que l\u2019Université Lénine de Moscou donne à grands frais des cours de grèves et de sabotage à 6,000 brouillons de tous pays, pour une propagande subversive chez eux, l\u2019on peut imaginer que les exercices gratuits de grèves, justes ou injustes, font pâmer d\u2019aise les professionnels du rideau de fer.Asbestos et Thetford ont souffert pour mettre fin à une souffrance, comme d\u2019autres font la guerre pour mettre fin aux guerres.On ne naît pas mineur: ce n\u2019est pas une vocation.Mais il faut gagner sa vie.Le travail est rude: on ne saurait trop le climatiser.L\u2019histoire des mines d\u2019Europe est écrite aux cimetières et préfacée de misères morales.Selon des prêtres de Timmins, en Ontario: « Ne conseillez à personne de travailler sous terre.Si loin du soleil est contre nature.Les hommes s\u2019y perdent.Ils ont lutté dur pour obtenir le minage humide.Au début, ils devaient s\u2019emporter même de l\u2019eau pour boire.Ils contractaient la silicose, que les médecins devaient déclarer tuberculose.Il a fallu grèves et unions pour obtenir les réformes nécessaires.Pourquoi cela, entre chrétiens!.» A cause de la conscience double : le patron est chrétien, le capitaliste ne l\u2019est pas, et pas toujours humain.L\u2019Osservatore Romano vient de le répéter sans y mettre de gants: le capi- talisme sans coeur est peut-être pire que le communisme; il fait semblant d\u2019adorer Dieu, mais son dieu est l\u2019or.Il se cache derrière un rideau qui n\u2019est pas de fer mais d\u2019argent.Il est doucereux, légal; il se fait cuisiner de bons petits articles de loi, hypocritement assassins : nul n\u2019aura le droit de mourir avant cinq années de poussière.La finance peut étouffer ou laisser respirer.Comme on donne du foin aux chevaux, elle donne du pain aux hommes, pour qu\u2019ils durent.La caisse électorale reçoit les moyens de persuasion et fournit une Guépéou qui défend à coups de matraque l\u2019ordre apparent et le désordre sournois.On mesure tout à partir de l\u2019or, quand Dieu fait tout partir de l\u2019homme et ramène sa création à l\u2019homme.Au point de vue capitaliste aussi bien que marxiste, l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un chiffre, un outil anonyme, un grain de sable dans le béton social.Au point de vue chrétien, ou droite-ment humain, l\u2019homme est spirituel, image de Dieu, complet par lui-même, unité primordiale.L\u2019entreprise, la société, le monde entier n\u2019est qu\u2019une partie infime de la personne.Ce n\u2019est pas l\u2019État ni l\u2019industrie, mais l\u2019homme, qui est le centre.L\u2019anti-personnalisme de Hegel, pour qui la personne n\u2019a pas de valeur indépendante, est aussi vrai pour Mammon que pour Marx.Pas pour nous! La primauté revient à l\u2019homme, esprit libre, actif, maître et non esclave de la société.L\u2019erreur de Marx est de vouloir transformer d\u2019abord le monde.Saint Paul et les Papes veulent transformer l\u2019homme d\u2019abord, un par un, dans la volonté de Dieu.Ni saint Paul ni les Papes ne sont dictateurs: ils veulent persuader, même et surtout les riches, les puissants, les dictateurs du Capital \u2014 du Travail aussi \u2014 pour une transformation par l\u2019intérieur.On n\u2019arrive à rien ?On n\u2019est pas assez chrétien pour réformer les cadres sociaux, le travail et la consommation ?Alors, Marx attaque du dehors pour briser les cadres et refaire un monde où l\u2019argent prendra son trou, et où l\u2019homme changera malgré lui.C\u2019est son rêve de paradis terrestre, à défaut du royaume de Dieu.Le monde a marché depuis 1900, depuis la grosse finance et l\u2019industrie mangeuse d\u2019hommes.Voir une pauvre question politicienne dans le réveil des masses est une preuve d\u2019ignorance des temps ou d\u2019inconscience devant les devoirs nouveaux et les inégalités flagrantes.Marx écrivit quand les ouvriers d\u2019Angleterre et leurs enfants mouraient de faim et de poussière.Il en tint la religion responsable, ou impuissante: religion affaire privée, pour l\u2019homme intérieur, chose de luxe ou du dimanche qui ne gêne pas les affaires, qui permet l\u2019injustice légalisée en faveur des gros.Marx commit l\u2019erreur de confondre cette religiosité nulle, qui est sourde et muette, avec la religion vraie, qui juge et condamne les tyrannies.Si l\u2019intérieur ne transforme pas l\u2019extérieur, Marx le transformera du dehors, par la force; et c\u2019est la dictature communiste, qui reprend de travers et sans y croire le vieil idéal de saint Paul: Nous sommes tous membres les uns des autres, et nous avons des dons différents.Staline manquera son coup: la force ne réalise pas la justice et la fraternité humaine.L\u2019argent non plus, s\u2019il n\u2019est pas rehaussé d\u2019amour.Dieu merci, jamais notre religion n\u2019approuve l\u2019injustice des mauvaises lois.Les quêtes pour les familles de grévistes sont éloquentes; si des législateurs ne les goûtent pas, à qui la faute ?Il est regrettable que cette crise éclate sous un gouvernement d\u2019Union, pas pire qu\u2019un autre, et à la veille d\u2019une élection, mais quoi! Nos prêtres ont appuyé leurs ouvriers, la famille paroissiale, dont ils répondent sur leur âme.Ils suivent la doctrine de l\u2019Église, répétée d\u2019un Pape à l\u2019autre, reprise encore par le cardinal de Paris dans une mise en garde 156 RELATIONS contre une alliance des doux avec les violents du communisme: « Nous tenons à affirmer une fois de plus que le problème majeur de notre temps est celui de la suppression des injustices sociales.Nous sympathisons profondément avec les justes revendications et les légitimes aspirations de la classe ouvrière.Nous déplorons les conditions pénibles du travail.Nous encourageons les catholiques à participer de toutes leurs énergies et de toute leur foi à l\u2019instauration d\u2019un ordre plus juste et plus fraternellement humain.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, l\u2019Église refuse de s\u2019inféoder à l\u2019argent.» Notre Commission sacerdotale a parlé de même.Et avec une infinie délicatesse nos évêques ont opiné en recommandant les quêtes.Attention! ces aumônes peuvent tourner en plébiscite! L\u2019autorité religieuse se dresse contre l\u2019injustice sociale; elle ne veut pas ici de prolétariat, mais des ouvriers en santé, propriétaires, frères plus humbles mais pas humiliés, ni révoltés.Elle ne demande aux grands qu\u2019une chose: qu\u2019ils regardent leurs hommes comme des hommes, doués d\u2019un cœur et d\u2019une âme aussi bien qu\u2019eux, et ordinairement d\u2019une famille plus intéressante que d\u2019autres.Avoir la puissance n\u2019est pas avoir le droit.Les coups sont négatifs; ils ne guérissent rien.Ils ne redressent pas une loi trouvée injuste à Saint-Remi.Il y a un bolchevisme d\u2019en-haut, qui appelle ordinairement celui d\u2019en-bas.Une loi qui ne protège pas les santés ou la morale est une loi incomplète, injuste.Une loi d\u2019arbitrage qui permet aux forts des délais à n\u2019en plus finir est une loi qui tolère l\u2019injustice contre le faible.Une loi est mauvaise de deux façons: si elle commande le mal ou si elle commande mal.Nous rejetons l\u2019axiome du protestant Hobbes: « Le bien est ce que les législateurs ordonnent; le mal, ce qu\u2019ils défendent.» Les jurisconcultes en ont bondi: « Les lois humaines, qui n\u2019ont qu\u2019une obligation empruntée et relative, ne peuvent renverser celles de la nature.Pour qu\u2019une loi civile soit sage, pour qu\u2019elle nous oblige, elle doit être une application ou un commentaire des lois naturelles.» (De Felice.) « Les lois humaines ont leur source dans la volonté divine.Contre la loi divine les pouvoirs humains ne peuvent rien faire qui oblige.On ne peut point désobéir à Dieu.» (Ch.Perri.) Comme le droit à la santé est un premier droit de la nature, les mineurs ne veulent plus s\u2019infliger les records de tuberculose, d\u2019amiantose et de silicose.Si leur capacité de gagner se ruine en dix ans ?.Nos Canadiens veulent être traités comme les ouvriers américains, non comme des Zoulous.Des arbitrages curieusement prolongés n\u2019ont servi à rien.Restait la grève, une grève bien paisible jusqu\u2019à ce qu\u2019une police, qu\u2019on voudrait toujours respecter, \u2014 et la magistrature donc ! \u2014 réussît à faire parler d\u2019elle comme d\u2019une Guépéou.Des Canadiens ont fait cela à des Canadiens! Au profit de qui et de quoi?.En pays normal, la police est l\u2019auxiliaire armé de la justice.\u2014 La grève est illégale ?Quel juge l\u2019a jugée ?D\u2019après quel droit?D\u2019après une loi imparfaite, après des abus d\u2019arbitrages traînés de mois en mois, pour aboutir à une sentence vide et récusée.Cela explique pourquoi les petits « se font justice à eux-mêmes ».Dieu merci, rien des éclats de Lachute, de Valleyfield et des quais n\u2019a enlaidi le paysage.Les avances communistes n\u2019ont pas mordu.Certains le regrettent.La prière a supplanté les cris de haine; les chefs sont honnêtes, sérieux; les soutanes approuvent.Oh! là c\u2019est le comble, et des sociologues de petite ligue, figés dans le vieux laissez faire, laissez passer, tombent dans l\u2019anticléricalisme; des politiciens pour qui le parti et la loi sont le bon Dieu veulent sortir les soutanes des Unions ouvrières.Pour les remplacer par qui ?Par le C.I.O.ou plus avancé encore?Si l\u2019on n\u2019écoute pas le droit sans violence, on goûtera de la violence sans droit, sans scrupule.Nous ne voulons pas de ça.Pour qui n\u2019a pas deux consciences, comme pour Brune-tière, « la question sociale est une question morale, donc religieuse ».Dire le contraire est aller contre le Pape et contre Dieu, père de tous.C\u2019est du nihilisme social, du russe pur et du pire, une abdication des consciences en faveur de la force, des coups, de la guerre des classes.Les usines menacent de fermer?En ont-elles le droit?Et Saint-Remi d\u2019être nivelé?Elles n\u2019appartiennent pas au capitalisme outré, si ce n\u2019est par une légalité monstrueuse, antinationale, antichrétienne.Les propriétaires exploitants y ont un droit relatif, non absolu: la création est pour l\u2019utilité générale avant les profits particuliers.Des compagnies ont obtenu des biens de la nation, dits Biens de la Couronne, non pour les faire chômer, ni pour détruire des foyers.Quand des hommes d\u2019argent font venir des hommes de sueur, installent des familles et créent des villes, c\u2019est parfait, c\u2019est l\u2019alliance du capital et du travail.Nos frères pauvres aident à produire des biens utiles.Mais si la poussière ruine leur santé et tue leurs enfants ?Ils réclament; on ne les écoute pas, on organise les jeux, on soigne les tulipes et les chiens.Capitalisme sans âme devant Dieu, anonyme devant les hommes, arrogant devant les petits, fascinateur devant les dirigeants.Ce n\u2019est pas bon, ni pour lui ni pour le pays.S\u2019il a fallu les Unions ouvrières pour forcer la porte fermée des consciences païennes, faudra-t-il chez nous qu\u2019un super-C.I.O.montre dents, crocs, griffes et revolvers pour obtenir ce qui est justice pure ?Le droit à la santé, à la vie, est un droit qui régit les lois; autrement la loi ne vaut pas mieux que la force qui l\u2019impose.Il serait injuste de fermer les usines et les richesses d\u2019amiante par malice, orgueil et vengeance.Priver les familles de leur pain, et le pays de produits nécessaires, rendrait le contrat nul, obtenu sous de fausses représentations.Le gouvernement devrait le résilier par souci de l\u2019humanité, qui passe avant l\u2019argent et l\u2019orgueil.La France ou l\u2019Angleterre laisseraient-elles brimer chez elles et affamer leurs^ nationaux par des compagnies allemandes ou russes ?Aux États-Unis, la police n\u2019a-t-elle pas sorti dans son fauteuil de bureau un M.Avery, gérant de la Montgomery-Ward, qui refusait de servir?Le gouvernement s\u2019empara de l\u2019usine du capitaliste revêche, comme il s\u2019empara des mines où John Lewis boudait.Impartialité magnifique.Nos gouvernants pourraient faire de même pour le bien national.C\u2019était la guerre?Ici, c\u2019est la vie de 30,000 âmes.La commission des Utilités publiques peut évaluer, exproprier, dédommager, pour le capital humain comme pour un chemin de tourisme, et davantage! Le plus grand obstacle au progrès est, paraît-il, le manque d\u2019envergure des chefs, le complexe Maginot, une défensive ombrageuse et vaine.Certains cas débordent les routines et forcent à étudier.De bons chrétiens peuvent être matérialistes sans le savoir, ni le vouloir.Comme les théologiens doivent étudier les affaires, les hommes d\u2019affaires doivent étudier un peu de théologie: ils oublieront moins la loi naturelle et divine, la dignité de l\u2019homme, du pauvre, ce préféré du Christ.Quand la suffisance et l\u2019orgueil s\u2019en mêlent, aucun ne veut plus reculer.Il faut obéir aux lois, crie l\u2019un.Il faut obtenir justice par les syndicats chrétiens, dit l\u2019autre, ou bien c\u2019en est fini de la paix, de la doctrine sociale de l\u2019Église.On tombera au plus violent matérialisme.Ce sera ta peau ou la mienne.Souhaitons que ce duel scandaleux entre catholiques se finisse en duo pour du bon travail, honnête et constructif, et pour de justes profits qui ne tuent personne.Demandons que les lois d\u2019hygiène et d\u2019arbitrage favorisent la santé des poumons et l\u2019accord des volontés.Autrement notre Québec, hier paisiblement agricole, aujourd\u2019hui servilement industrialisé, plongera dans la décadence morale et l\u2019assimilation matérialiste, \u2014 ce que personne ne souhaite en ce mois des fêtes nationales.JUIN 1949 157 AVEC OU SANS COMMENTAIRES SPIRITUALITÉ PRATIQUE LA RELIGION EN BULGARIE CIP du 30 avril donnait ce texte significatif : Article 3.\u2014 Toute confession religieuse doit avoir un corps administratif responsable à l\u2019État.En assumant de nouvelles fonctions, tous les prêtres, ministres et autres officiels d\u2019Église ou d\u2019organisations ecclésiastiques doivent prêter un serment de fidélité ou signer une déclaration solennelle de loyauté envers la République du Peuple.Article 22.\u2014 Aucun corps religieux ou organisation religieuse n\u2019aura le droit de maintenir des hôpitaux, des centres de bienfaisance, des jardins de l\u2019enfance ou autres institutions semblables.De telles institutions appartenant à une Église au moment de la promulgation de cette loi deviennent propriété de l\u2019État.Article 24.\u2014 Nul corps religieux ne pourra entretenir de correspondance avec les organisations ecclésiastiques, les personnes officielles ou autres institutions en dehors de la Bulgarie sans y avoir été préalablement autorisé par le ministre des Affaires étrangères.Article 25.\u2014 Aucune confession religieuse, ou organisation religieuse dont le centre est en dehors de la Bulgarie ne pourra maintenir des missions, églises, etc., en Bulgarie.Celles qui existent présentement deviendront propriété de l\u2019État d\u2019ici à un mois.Il y aura compensation.Article 32.\u2014 Tous les statuts, lois et règlements ecclésiastiques doivent être approuvés par le ministre qui aura le privilège de les amender ou de les retirer.Article 33.\u2014 D\u2019ici à un mois, toutes les confessions religieuses et Églises de Bulgarie devront remettre au ministre les noms de leurs prêtres, ministres et officiels.Seuls ceux qui auront été approuvés pourront demeurer à leur poste.L\u2019EXEMPLE DE M.EDEN Il y a quelque temps, The Ensign écrivait : M ANTHONY EDEN doit être félicité pour sa courtoisie, son intuition, son talent qui lui ont fait dire * quelques mots de français lors d\u2019une émission à Toronto.Il a ainsi été fidèle à l\u2019excellente tradition suivie par le roi, la reine, Winston Churchill et plusieurs autres distingués visiteurs du Royaume-Uni.L\u2019histoire nous apprend que le Canada est appelé à la magnifique destinée d\u2019un État bi-ethnique et bi-culturel, fait que les étrangers perçoivent souvent mieux que les Canadiens.Que cela leur plaise ou non, l\u2019avenir des Canadiens de langue anglaise et celui des Canadiens de langue française sont indissolublement liés.Tout comme les partenaires dans une course à trois jambes doivent ajuster leurs pas pour éviter de tomber en plein visage, ainsi les deux principaux groupes canadiens doivent apprendre à harmoniser leurs efforts s\u2019ils veulent l\u2019un et l\u2019autre progresser.Contre cette entente mutuelle si désirable s\u2019élèvent beaucoup de préjugés et le refus d\u2019accepter les différences d\u2019un chacun.Mais il n\u2019est que juste d\u2019ajouter que nous avons plus de torts.Qui ne se souvient, par exemple, du tapage soulevé quand nos frères de langue française voulurent élever à leurs propres frais leur propre poste de radio dans la ville d\u2019Edmonton ?Cependant, tout récemment, les quelque dix mille citoyens de langue anglaise de la ville de Québec ont obtenu leur poste sans interventions, objections ou amertume, soit de la part du peuple de Québec ou de son gouvernement.Les Canadiens de langue anglaise pourraient bien se mettre à l\u2019école du savoir-faire de M.Eden.Ils pourraient aussi imiter son habileté à parler une des langues les plus belles et les plus utiles au monde.158 IE 23 MARS dernier, S.S.Pie XII recevait les curés et les prédicateurs de carême de Rome.Il leur parla surtout de la messe, de celle qui se prolonge dans la vie.Voici pour la mortification qui fait peur à tant de chrétiens: « Les hommes qui s\u2019appliquent sérieusement à pénétrer le sens et la portée du sacrifice de la messe ne peuvent manquer de raviver en eux-mêmes l\u2019esprit de mortification, de subordination des choses terrestres aux célestes, l\u2019obéissance absolue à la volonté et aux lois de Dieu, spécialement si vous vous appliquez à leur inculquer ces sentiments.C\u2019est là une nécessité de l\u2019heure présente, tout comme le zèle pour la prière, car beaucoup d\u2019hommes \u2014 parmi eux on constate avec douleur la présence de nombreux catholiques \u2014 vivent comme si leur seul but était d\u2019établir un paradis sur terre, sans aucune pensée pour l\u2019au-delà et l\u2019éternité.« La tendance naturelle de l\u2019homme déchu vers les choses terrestres, son incapacité de comprendre les choses de l\u2019Esprit de Dieu (cf.I Cor., il, 14) est favorisée de nos jours par la complicité du milieu.Souvent Dieu n\u2019est pas nié ni injurié, ni blasphémé; il est absent.La propagande pour une vie terrestre sans Dieu est publique, séduisante, continue.On a justement observé qu\u2019en général, même dans les films jugés moralement irréprochables, les hommes vivent et meurent comme s\u2019il n\u2019y avait ni Dieu, ni Rédemption, ni Église.Nous ne voulons pas discuter ici les intentions; il n\u2019en reste pas moins vrai que les conséquences de ces représentations ciné- matographiques neutres sont déjà étendues et profondes.Ajoutons à cela la néfaste propagande voulue délibérément par la laïcisation de la famille, de la société, de l\u2019État.C\u2019est là un torrent dont les eaux bourbeuses tentent de pénétrer jusque dans le domaine des catholiques.Combien d\u2019entre eux sont déjà contaminés! De bouche ils se professent encore catholiques, mais ils ne se rendent pas compte que leur conduite dément cette profession de foi.» Pour arrêter ce glissement, il faut prêcher les fins dernières, sans omettre l\u2019enfer Pie XII ne pouvait oublier les assauts livrés à la pureté par le monde moderne.Ici encore, ses applications furent très pratiques: « Autre effet de la messe pour les hommes, salutaire pour eux et pour leurs familles: ils fermeront les yeux et le cœur à tout ce qui, dans la presse, les films et les spectacles, blesse la pudeur et viole la loi morale.Est-il champ d\u2019action plus propice pour l\u2019esprit de pénitence et d\u2019abnégation en union avec le Christ ?« Quand vous pensez, d\u2019une part, aux répugnantes crudités et impudicités exposées dans les journaux et les revues, sur l\u2019écran et les scènes, et, de l\u2019autre, à l\u2019incroyable aberration de parents qui vont avec leurs enfants se délecter dans de pareilles horreurs, la rougeur vous monte au front, rougeur de honte et d\u2019indignation.La lutte contre cette peste, spécialement par des dénonciations aux autorités publiques, a déjà obtenu des résultats réconfortants et nous espérons qu\u2019elle deviendra toujours plus efficace.» LES CAUSES DES Sous le titre: « Ou la justice sociale ou la guerre », l\u2019Osserva-tore Romano du 30 mars a publié la pastorale de S.Exc.Mgr E.Colli, évêque de Parme.Lisons ce passage : IES CAUSES des guerres modernes sont principalement de caractère économique.Aucune nation ne peut plus se suffire à elle-même: le commerce, aujourd\u2019hui, comme la culture, a des bases internationales; chaque peuple a besoin d\u2019importer et d\u2019exporter des marchandises ou de la main-d\u2019œuvre, pour vivre et pour avoir le bien-être nécessaire.Cette interdépendance économique, qui est comme une loi de solidarité écrite par le Créateur également dans la nature, devient en retour une source de contestations, de conflits où les relations réciproques sont dominées par l\u2019égoïsme.Comme la liberté de tous les citoyens est impossible si chacun n\u2019est pas disposé à sacrifier une part de sa liberté propre; comme la propriété privée tout en étant pourtant légitime (quand elle tire son origine du travail et de l\u2019épargne) a de graves devoirs sociaux, ainsi les nations ont entre elles des besoins, des devoirs et des droits réciproques qui, en même temps que l\u2019interdépendance économique, créent une interdépendance politique et morale.Mais à mesure que la politique et l\u2019économie \u2014 se soustrayant au droit divin tant naturel que positif \u2014 sont arrivées à s\u2019écarter de la morale, l\u2019égoïsme a pris la place de la solidarité, l\u2019utile est devenu licite, « les affaires sont les affaires », le truc compte plus que le droit, la force vaut plus que la raison, le « fait accompli » résout tout.GUERRES MODERNES Quelle chose est-ce, tout cela, sinon la guerre?Ce sera d\u2019abord la « guerre douanière » ; ce sera ensuite un « blocus » ou un « contre-blocus » ; ce sera la « guerre froide » mais ce sera toujours la guerre.Ce sera aujourd\u2019hui une étincelle, mais demain ce sera l\u2019incendie.Ceux qui se rappellent les années qui ont précédé la soi-disant « première guerre mondiale » savent de quel bien-être jouissait le monde.Cette guerre marqua le début de la décadence économique.Une relation du Congrès des États-Unis affirmait que la richesse détruite par cette guerre aurait été suffisante pour donner une maison meublée et entourée de cinq acres de terrain à toutes les familles pauvres des États-Unis, de la Russie, de l\u2019Angleterre, de la France, de l\u2019Allemagne, du Canada, de la Belgique, de l\u2019Australie et de l\u2019Irlande et pour doter d\u2019une université toute ville de plus de 20,000 habitants.Et que devra-t-on dire des dommages de la « seconde guerre mondiale » ?Qu\u2019on ajoute à ces dommages de guerre les immenses dépenses militaires supportées par chaque nation en temps de paix, et on verra quel chiffre astronomique en sortira.Or donc, si on pense qu\u2019effectivement être tous désarmés équivaut pour la sécurité des peuples à être tous armés, et que même le « désarmement général » garantit la paix beaucoup mieux que le « réarmement général », on en conclura que les États qui trouvent toujours les moyens pour faire la guerre devraient (et feraient beaucoup mieux) les trouver et les dépenser pour faire vivre en paix leurs citoyens en procurant à tous ce minimum de bien-être auquel tous ont droit.RELATIONS\tJUIN 1949 LE RÔLE SOCIAL DU CANADA A la fin d'une série d'articles publiés dans Notre Temps sur les encycliques sociales, M.Marcel Clément, professeur à l'Université Laval, écrit: DANS tous les pays du monde, les hommes de droite parlent de la vocation nationale de leur pays, et invoquent l\u2019histoire pour la prouver.Les hommes de gauche, eux, attestent l\u2019importance du progrès social et prophétisent l\u2019avenir pour le garantir.Or, voilà le caractère social de la vocation nationale du Canada qui semble reconstituer l\u2019unité d\u2019aspirations diverses, diaboliquement opposées les unes aux autres par le jeu des passions.Cette unité peut seule permettre de répondre à l\u2019appel de Pie XII, qui définit une mission providentielle qui n\u2019avait peut-être pas encore été aussi clairement formulée.L\u2019a-t-on assez bafouée, cette mission, imaginaire ou ridicule?Les a-t-on assez méprisées, ces encycliques, que les uns disent inapplicables, et dont d\u2019autres ont honte, parce qu\u2019on en a trop parlé et trop peu vécu ?Or, la mission est réelle, et les encycliques, applicables.La mission, c\u2019est de prouver au monde que l\u2019on peut tout restaurer dans le règne du Christ, même la vie économique.La mission n\u2019est pas dans le passé, elle est au présent, elle est immédiate.La mission n\u2019est pas mièvre, ou puérile.Elle est exigeante.« C\u2019est dès la première heure de cette histoire et sur la croix même de Gaspé que l\u2019on vit associés, pour l\u2019œuvre divine, avec le sang du Christ, l\u2019apostolat et l\u2019œuvre de la France », affirmait Mgr Camille Roy en 1934.C\u2019est maintenant « l\u2019heure de l\u2019action », et c\u2019est le Pape qui l\u2019affirme.Ce qui est en jeu, ce n\u2019est pas seulement la fidélité canadienne.En quelque façon, c\u2019est aussi l\u2019unité du monde, découvrant le catholicisme social.Paroles qui honorent à la fois le Français qui les a écrites et les Canadiens à qui elles sont adressées.FÉLICITATIONS ON N\u2019A PAS oublié les précieux encouragements que Sa Sainteté Pie XII adressait au président des Semaines sociales du Canada, à la veille de la session des Trois-Rivières: « Le Saint-Père sait, écrivait Mgr Mon-tini, de la Secrétairerie d\u2019Êtat, avec quel zèle et quelle intelligence les professeurs de la Semaine sociale des Trois-Rivières feront écho à Ses augustes enseignements.Il compte beaucoup sur eux pour qu\u2019ils soient diffusés dans leur propre pays et à travers le monde.En proclamant sans relâche les seuls principes par lesquels les peuples s\u2019engageraient résolument « dans la voie de la paix et de la prospérité », les catholiques sociaux canadiens auront bien mérité, non seulement de leur patrie terrestre, mais de l\u2019Église elle-même.» A ces souhaits, Pie XII vient d\u2019ajouter ses félicitations: « Je suis heureux de vous faire savoir, écrit de nouveau Mgr Montini au R.P.Archambault, s.J., président des Semaines sociales, que le volume de compte rendu des Cours et Conférences de la XXVe Session des Semaines sociales du Canada est bien arrivé au Saint-Père, qui m\u2019a confié le soin de vous en remercier.« Vous connaissez assez Sa bienveillance à votre égard pour ne pas douter du bon accueil qu\u2019il S\u2019est plu à réserver à ce volume.Il Lui est agréable de penser que, grâce à cette publication, un plus grand nombre d\u2019âmes pourront bénéficier des leçons données à Trois-Rivières en 1948 sur le sujet si fondamental et si actuel de la Paix.C\u2019est de tout cœur qu\u2019il vous félicite du soin que vous apportez à la présentation et à la divulgation des enseignements de l\u2019Église en cette matière, et que, vous remerciant paternellement de cet hommage, Il vous envoie la Bénédiction Apostolique.» 159 Au fil du mois Le dernier discours du Pape Dans son allocution aux délégués de l\u2019Union internationale des Associations patronales catholiques, réunis en congrès à Rome et reçus en audience le 7 mai dernier, le Pape reprit le thème qu\u2019il avait traité dans sa lettre au président des Semaines sociales de France en 1946 et qui suscita alors dans la presse maints commentaires.Un des rédacteurs de la Civilta Cattolica jugea bon de consacrer à cette lettre un long article intitulé: « Nationalisation ou corporatisme », que l\u2019École Sociale Populaire reproduisit dans le numéro 385 (décembre 1946) de ses brochures mensuelles.Cette fois le Pape parle de façon encore plus nette.Sans condamner, comme on l\u2019en avait alors accusé, l\u2019étatisation ou la nationalisation des entreprises, il montre qu\u2019elle ne peut être cependant « la règle normale de l\u2019organisation publique de l\u2019économie », ainsi que le veulent des partis politiques, et qu\u2019elle doit se restreindre à « certaines catégories de biens qui présentent une telle puissance qu\u2019on ne saurait, sans mettre en péril le bien commun, les abandonner aux mains des particuliers ».La préférence du Pape va, à l\u2019instar de son prédécesseur Pie XI, à l\u2019organisation professionnelle ou corporative.Se référant au passage de l\u2019encyclique Quadragesimo anno où celui-ci préconise cette organisation, Pie XII déclare: « Rien ne lui semblait plus propre à triompher du libéralisme économique que l\u2019établissement, pour l\u2019économie sociale, d\u2019un statut de droit public fondé précisément sur la communauté de responsabilité entre tous ceux qui prennent part à la production.» Et le Souverain Pontife déplore que des « préjugés inconsistants » se soient dressés contre la réforme proposée.« Les uns y voyaient une concession aux courants politiques modernes, les autres un retour au moyen âge.» Le Canada n\u2019a pas été exempt d\u2019une telle opposition.Il se rencontre encore aujourd\u2019hui quelques journalistes, quelques politiciens qui traitent le corporatisme de fascisme, parce que Mussolini l\u2019annexa à son régime, ou qui oublient qu\u2019il s\u2019est adapté aux besoins de notre temps.Cette nouvelle approbation du Pape, s\u2019ajoutant à celles qu\u2019il a déjà données ainsi qu\u2019aux déclarations si catégoriques de Pie XI, devrait leur ouvrir les yeux.Elle apportera du moins à tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019établissement du corporatisme professionnel au Canada un précieux encouragement.À Saint-Félix-de-Valois La Suisse est connue pour ses montres, Lyon pour la soie, l\u2019Egypte pour les pyramides, Saint-Félix s\u2019inscrit dans l\u2019histoire avec ses œufs: 1,392,476 douzaines vendues en 1948, et des tonnes de poulet.Son Comptoir avicole groupe une douzaine de paroisses riches en sable, à vingt-cinq milles à la ronde.La poule aux œufs d\u2019or se ramifie en 200,000 pondeuses qui ne chôment pas.On estime que 20 poules rapportent autant qu\u2019une vache; et qu\u2019un poulailler de 2,000 vaut un fort troupeau laitier, avec moins de capital, moins de bonne terre et de bâtiments.Naguère, on gardait vingt poules dans un coin d\u2019étable; on ne levait pas un œuf de l\u2019hiver; en carême on mangeait ceux de l\u2019été, entreposés dans un quart d\u2019avoine; on faisait couver deux ou trois paresseuses pour remplacer les vieilleries.En 1924, quelques producteurs éveillés s\u2019unissent pour expédier 100,000 douzaines d\u2019œufs à Montréal.En 1929, on fonde le Comptoir au capital de $380, en coopérative, moins par conviction que par économie, et en vue d\u2019un octroi.Dans un local loué, on classifie les œufs.Arrive la crise, compliquée d\u2019une intrigue des packers pour tuer dans l\u2019œuf le grand commerce des œufs.En 1933, M.Aubin, un calculateur, social et pas bruyant, s\u2019oppose à la liquidation menaçante.Après un tamisage des non-convaincus et un procès qui tourne au mieux, on augmente les parts sociales, on camionne les œufs à une solide clientèle de demi-gros, qui devrait aussi compter nos Coopératives de consommation.Et c\u2019est le progrès: en 1932, un incubateur, puis d\u2019autres, qui couvent 220,000 œufs à la fois, quatre ou cinq fois; en 1936, une meunerie prépare les moulées alimentaires, 4,200 tonnes par an, de 300 wagons de divers grains; depuis 1945, un magasin général coopératif offre de tout.L\u2019ensemble vaut cher.Les 50 coopérateurs de 1933 sont aujourd\u2019hui 400.La plupart gardent de 300 à 600 poules.Avec 1,500 ou 3,000, les spécialisés font $2,500 ou $5,000 net.Le chiffre d\u2019affaires est passé de $55,648 en 1933 à $1,257,230 en 1948.Après vingt ans, dont dix de crise, l\u2019esprit coopératif s\u2019est mûri, et le Comptoir de Saint-Félix est le plus important du Canada.On y est loyal, fier et ambitieux.M.l\u2019abbé F.Aubin nous a rendu service et confiance en publiant cette belle histoire de Poule-ville (153 pages, 16 photos, en vente à Saint-Félix).On y apprendra à bâtir une grosse affaire, qui est une grande œuvre sociale.L\u2019établissement rural Nos fêtes nationales indiquent toujours plus de mémoire que d\u2019imagination pour l\u2019avenir.Est-ce bien pratique pour une minorité dans une Amérique lancée à cent milles à l\u2019heure?Et dans un Canada qui prépare le recensement de 1951 en important des milliers d\u2019immigrants aux provinces anglaises ?Voici que des familles de notre Matapédia vont chercher en Ontario les terres que leur interdisent les compagnies forestières, et que notre province n\u2019ouvre pas.L\u2019armée des fonctionnaires de la colonisation n\u2019est pas forte sur le recrutement des colons.A tel point que des patriotes plus éveillés jugent nécessaire de fonder une Société d\u2019Etablissement rural, pour faire ce que ne font pas les officiels payés pour ça.Établir au sol tous nos jeunes qui en désirent le moindrement est plus qu\u2019un souci d\u2019équilibre économique et social: c\u2019est un premier devoir national, moral et chrétien.On ne dirige pas nos jeunes, bûcherons, jacistes ou membres de l\u2019U.C.C., vers des établissements chez nous.Quelle propagande fait-on?quelles excursions ?800 lots les attendraient dans l\u2019Abitibi, combien ailleurs?Mais quels fonctionnaires mettent notre jeunesse en marche ?Il paraît que des milliers de demandes pour des lots sont acceptées \u2014 outre les refusées\u2014: à quand la concession des lots ?Un mot neuf circule dans Québec: l\u2019mer^'ative.Nous souhaitons à l\u2019Établissement rural de remettre à la mode l\u2019initiative des anciens.La princesse au Vatican Nos esprits larges qui voient toujours « des fanatiques des deux côtés » ont pris note, espérons bien, des protestations protestantes contre une visite possible, puis faite, de la princesse Margaret-Rose au Pape.Et c\u2019est au nom des Droits de l\u2019homme de 1688 qu\u2019on a protesté.Et ces gens crient contre l\u2019Index et les vœux qui «privent de la liberté»! Et ils parlent d\u2019union des chrétiens contre les antichrétiens.N\u2019importe quelle personne honnête peut aller au Vatican, mais pas la fille du roi! Est-ce un fait isolé?Pas du tout.Rappelons bonnement les protestations de l\u2019Ulster contre la nomination du catholique Joseph Kennedy comme ambassadeur des États-Unis à la cour de Londres.Et les injures à lord Londonderry, coupable d\u2019avoir reçu chez lui le roi catholique d\u2019Espagne.Et le questionnaire du fonctionnarisme ulstérien sur la religion des postulants pour ostraciser les catholiques.Et les excitations de nos pasteurs baptistes à l\u2019idée que le Canada puisse avoir, comme quarante pays de toute foi et même sans foi, un ambassadeur au Vatican.Non, le fanatisme n\u2019est pas de notre côté.Que nos Canadiens trop humbles mettent donc à leur esprit large, comme à leurs fenêtres, des grillages pour empêcher les mouches d\u2019entrer.160 RELATIONS Propagande On a souvent proposé à Québec d\u2019organiser une propagande nationale pour répondre aux faussetés qui se disent ou s\u2019écrivent contre nous.L\u2019exemple d\u2019autres groupes devrait nous persuader.Un jour, les très rares catholiques de la Géorgie, aux États-Unis, se fatiguèrent des insultes et des calomnies publiées contre l\u2019Église.Ils fondèrent une association de laïques pour y répondre.Les premières années, ils adressèrent une centaine de lettres aux journaux coupables d\u2019ignorance et de fanatisme.Sans se décourager, ils continuèrent leur œuvre de charité intelligente, si bien que l\u2019an dernier ils n\u2019eurent à écrire que quatre lettres de protestation.Et cela, non contre des écrivains locaux, mais contre des articles syndiqués, venus d\u2019ailleurs.Le plus fort, c\u2019est qu\u2019une congrégation de baptistes, soucieuse de ne plus engager de pasteurs du genre Shields, pria nos catholiques de lui indiquer un ministre convenable!.Une victime qui crie fait épargner d\u2019autres victimes.Les Juifs non plus ne laissent rien passer.Nous pourrions trouver bien des exemples à imiter.Nous faisons trop le dos rond.Félicitations En 1909, quand les Jésuites américains publièrent le premier numéro d\u2019America, peu d\u2019optimistes auraient osé Jeur prédire une longue lettre d\u2019éloges du président des États-Unis pour son quarantième anniversaire.Et pourtant M.Truman, un protestant, félicite le directeur actuel, le P.Hartnett, de sa revue, « l\u2019un des plus importants journaux d\u2019opinion », et de sa « bravoure à défendre les droits fondamentaux », et de sa « clairvoyance dans la politique mondiale à travers les pièges des totalita- rismes ».C\u2019est qu\u2019America, par son choix de rédacteurs, a créé une opinion catholique reconnue, puissante, dans ce pays à peine au sixième catholique.Ces Pères, surtout irlandais, ont de la poigne et de l\u2019humour, des convictions et du style.Des directeurs comme les PP.Parsons, Talbot et Lafarge ne crieraient pas plus fort leur attachement au dogme, à la morale et au Pape, s\u2019ils écrivaient ici ou à Rome.Font-ils crier contre eux, ils font rougir les criards.S\u2019il y a du changement pour le mieux dans la presse américaine, c\u2019est dû à de tels apôtres et à ceux qui, prenant confiance à les lire, se décident à les suivre.Tous nos souhaits d\u2019un rayonnement toujours plus fort pour la santé, l\u2019équilibre et le salut de l\u2019Amérique entière.La Franco-Américanie Elle fête ses cent ans.Les dangers modernes provoquent des efforts nouveaux contre l\u2019américanisation totale.Comment sauver les petits-fils de nos émigrés ?Ceux qui ne savent presque rien de nous et qui sont trop satisfaits de se dire américains sans plus?Et qui rougissent de parler français?Qui changent leur nom ?Qui fuient les paroisses et les écoles fondées sur les sacrifices des tisserands pauvres?.C\u2019est ce qu\u2019étudie à Worcester le beau groupe de chefs qui tiennent au bilinguisme comme à leur sang et à leur civilisation spiritualiste.Nous leur souhaitons plein succès.Et nous demandons à Québec, la province-mère, de contribuer à la survivance nécessaire en se faisant belle, aimable, invitante, pour que les origines et les cousinages soient une source de fierté, un argument de fidélité.AU SERVICE- du SACERDOCE LE CONGRES DE QUEBEC IL S\u2019AGIT du Congrès national des Prêtres-Adorateurs qui aura lieu du 20 au 24 juin prochain.Le secrétariat du congrès rappelait récemment aux prêtres le but de ce ralliement: mieux enseigner l\u2019Évangile, gouverner plus efficacement, sanctifier davantage, prier plus fervemment.Ce dernier point sera spécialement approfondi.Cette vie de prière est naturellement centrée sur la messe, acte principal du sacerdoce.Et la messe perpétuant dans nos tabernacles la présence de Celui qui s\u2019est fait le compagnon et l\u2019ami des hommes, les membres de l\u2019Association des prêtres-adorateurs font chaque semaine une heure entière d\u2019adoration.Ils y vont pour goûter les joies de l\u2019amitié surnaturelle, pour contempler le Maître afin de s\u2019y mieux conformer, pour obtenir lumière et force.Ils y vont avec des désirs apostoliques.Conscients de ce que S.S.Pie XII appelle le mystère redoutable de la collaboration des membres du Corps mystique au salut du monde, ils prient pour les âmes qui leur sont directement confiées: dans la paroisse, l\u2019enseignement, la mission en terre étrangère, l\u2019Action catholique, les œuvres sociales.Ils font plus, car leur zèle est à la mesure de l\u2019univers.Ils savent que leurs propres problèmes, si complexes soient-ils, sont souvent petits en comparaison de ceux qu\u2019ont à affronter d\u2019autres prêtres et d\u2019autres fidèles.Un prêtre persécuté de Hongrie écrivait récemment à l\u2019un de ses confrères en exil: « C\u2019est difficile, très difficile.Et de jour en jour, il fait plus sombre.Je ne puis vous écrire d\u2019autre chose que ce frémissement apocalyptique.C\u2019est cette horreur qui remplit toute notre vie.Notre vie est pleine de peur et il n\u2019y a pas de changement à l\u2019horizon.C\u2019est seulement l\u2019horreur qui varie, qui se change.Naturellement, la peur est encore plus terrible parmi les paysans, « koulaks », et les instituteurs.Beaucoup de gens ne peuvent donner à leurs souffrances un but surnaturel.La terreur produit pour eux la désespérance.Plus d\u2019un perd sa confiance dans la Providence.On se casse sous les forts coups de marteau de la vie.Beaucoup ne comprennent pas; nous ne savons pas nous libérer des formes pour leur expliquer encore plus clairement que Dieu utilise un autre ordre de valeurs que les hommes.Les hommes, en signe de leur amour, s\u2019envoient des roses l\u2019un à l\u2019autre.Or, Dieu nous aime, même s\u2019il nous frappe de souffrance.Ah ! si nous nous épurions en souffrant!» On voit que l\u2019hebdomadaire halte eucharistique du prêtre-adorateur est une richesse pour le monde entier.Les laïques ont pu lire dans les journaux les communiqués sur le congrès.Ont-ils songé à se demander ce que cet événement signifie pour eux-mêmes?Ou passent-ils indifférents, oubliant que leur qualité de membres du Corps mystique doit leur inspirer un intérêt fraternel pour les membres premiers et principaux, qui « perpétuent, selon le mandat du Divin Rédempteur, les fonctions du Christ docteur, roi et prêtre » (Pie XII, encyclique sur le Corps mystique) ?Une demi-heure de réflexion ferait peut-être conclure à quelques-uns que leur attitude pour le clergé en général est moins celle d\u2019un frère, attaché par de fortes ligatures au même Chef, que celle d\u2019un étranger qui ne fait pas d\u2019efforts pour comprendre et aimer, ou même celle d\u2019un adversaire épiant les travers, les faux pas et les chutes.Ces travers, ces faux pas et ces chutes existent.Maisjl est injuste de généraliser.De plus, un frère doit vivre l\u2019Évangile: ne pas juger; rester bienveillant et compatissant; surtout, prier pour l\u2019amélioration de celui qu\u2019il aime.Le congrès de la fin de juin intéresse clergé et fidèles.Tous doivent prier pour son succès.« L\u2019heure que nous vivons, disait le Pape il y a un mois, exige des prêtres une vertu plus forte, un zèle plus ardent, une fermeté plus intrépide.» Albert Plante, s.j.JUIN 1949 161 LES ITALIENS AU CANADA René DESAULNIERS N.D.L.R.\u2014 Relations continue l'étude des groupes néo-canadiens qui sont appelés à travailler avec nous à la grandeur du Canada.Deux articles seront consacrés au groupe italien.D\u2019APRÈS des statistiques officieuses, le Canada comprendrait plus de 112,000 Italiens, dont la plus forte concentration habite Montréal.D\u2019autres villes canadiennes comptent aussi de bons groupes.L\u2019histoire nous dit que la colonie italienne débuta avec les saints Martyrs canadiens.En effet, ce fut un Jésuite né à Rome qui répandit le premier son sang pour la foi et la civilisation, mais sans mourir.Cet apôtre, François-Joseph Bressani, est à Québec en 1642-1643, avec saint Jean de Brébeuf, sous le même toit plus de deux ans.Après un ministère aux Trois-Rivières, le P.Bressani part évangéliser les Hurons.Prisonnier des Iroquois, il est soumis aux plus cruelles tortures et couvert de plaies où grouillent les vers.On lui coupe les doigts, phalange par phalange.Vendu comme esclave, il regagne l\u2019Italie.Le pape Innocent X le fait venir, l\u2019embrasse, baise ses mains de martyr et lui permet de célébrer la sainte messe malgré ses mutilations: « Vous avez eu les doigts mutilés pour l\u2019amour du Christ; il serait injuste que vous ne puissiez consacrer le sang du Christ.» Les souffrances endurées n\u2019émoussent pas la force de cet intrépide Italien: revenu à Québec, il évangélise les Hurons de 1645 à 1649, toujours aux prises avec des difficultés inconcevables.Il reçoit à la tête trois blessures de flèches qui le font laisser pour mort.Il reprend le chemin de Québec, pour se guérir et se retremper.Mais il échappe au martyre et à la canonisation qui couronnent son saint compagnon, Jean de Brébeuf.Ses forces complètement épuisées, il est renvoyé en Italie; il meurt à Florence le 9 septembre 1672.Notre apôtre italien connut aussi Lalemant, Daniel, Jogues et les autres saints Martyrs.N\u2019est-ce pas une invitation très pressante au groupe italien de vénérer les premiers saints de l\u2019Amérique du Nord ?Dans nos fastes militaires, les Italiens sont dignement représentés par le général Bourlamaque (Francesco-Carlo Burlamacchï), originaire de Lucques, en Toscane.En 1756, il est colonel et chargé de remplacer Montcalm lui-même, au besoin.Il participe à tous les combats et s\u2019y couvre de gloire: à Chouaguen, Carillon, La Chute, l\u2019Ile-aux-Noix, etc.En 1760, il réorganise les troupes en vue de reprendre la ville de Québec.La bataille de Sainte-Foy, le 17 avril, met les Anglais en déroute.Par malheur, un coup de canon tua son cheval et Bourlamaque tomba grièvement blessé.Les Français, privés de leur commandant, ne surent profiter de la victoire, et Québec demeura aux mains des Anglais.Dans le monde des explorateurs, nous avons les Florentins: Améric Vespuce (1499), qui a donné son nom à notre continent, et les Verrazzano, Jean et Jérôme (ce dernier, cartographe célèbre), et enfin Tonti (Enrico), né en 1650 de Laurent et d\u2019Isabelle Lietto.En 1678, il s\u2019embarque avec le sieur de La Salle, à La Rochelle.Le 20\taoût, ils sont à Terre-Neuve, le 27 à Percé, le 13 septembre à Québec, où ils sont reçus par Frontenac.Le 21\tnovembre, Tonti est à Montréal, d\u2019où il continue à Niagara, en compagnie de La Salle dont il demeure toujours le compagnon de fortune et d\u2019exploration, au milieu de risques et de fatigues peu ordinaires.Après l\u2019assassinat de son maître, il part à la recherche de l\u2019endroit où celui-ci a été tué.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1686 il parcourt tout le fleuve Colbert, aujourd\u2019hui le Mississippi, mais sans résultat.Il meurt de la fiève jaune à La Mobile, en 1704.« Italien, incomparable héros du nom français dans la Nouvelle-France », comme l\u2019appelle le P.Le Jeune, o.M.I., dans son Dictionnaire général du Canada.Un autre illustre représentant des Italiens, mais cette fois dans le monde religieux contemporain, c\u2019est Mgr Paul Bruchési, dont le grand-père était né à Rome en 1779.Venu à Montréal en 1810, il épousa en 1814 une Sicilienne, Carmela Perfetti.Leur unique fils fut le père de l\u2019archevêque de Montréal, que nous avons connu, admiré et regretté.Avec les années, le groupe italien de Montréal devenait imposant.L\u2019on sentit la nécessité de les réunir dans un sanctuaire où ils prieraient dans leur langue à la manière des ancêtres.Les autorités religieuses choisirent d\u2019abord la chapelle de l\u2019Institut de Nazareth, actuellement les Buissonnets.Le P.Augustino, capucin, y remplissait les fonctions de desservant.Il eut pour successeur son confrère, le P.Léonard Maziotta, que plusieurs vieux Italiens se rappellent encore.Cependant, les baptêmes, les mariages et les funérailles avaient toujours lieu à la paroisse Notre-Dame.Ce fut seulement en 1894 que Nazareth commença à tenir des registres distincts, en qualité de succursale de Notre-Dame.En 1905, l\u2019on acquérait l\u2019ancienne maison de lord Dorchester, dans la rue du même nom, pour la transformer, partie en école, partie en église, dédiée à Notre-Dame du Mont-Carmel.S.Exc.Mgr Bruchési l\u2019érigea en paroisse nationale le 3 novembre 1905.Comme des groupes s\u2019établissaient nombreux dans le quartier Saint-Édouard, le même archevêque y érigeait une seconde paroisse italienne, le 21 octobre 1910, Notre-Dame-de-la-Défense.Enfin, dans Ville-Émard, leur troisième paroisse nationale est dédiée à saint Jean Bosco.162 RELATIONS Les Italiens de Montréal se chiffrent actuellement à plus de 25,000, répartis dans toute la ville.Ils gardent une affection profonde à leur mère-patrie, mais sans chauvinisme; leur pays d\u2019adoption est vraiment le Canada.Ce sont des travailleurs intelligents, actifs, sobres, très économes, au point de ressembler aux Écossais.Ils ont des coutumes sévères et gardent jalousement le foyer domestique.Pour cette raison, ils tiennent beaucoup à devenir propriétaires, n\u2019aimant pas à vivre comme l\u2019oiseau sur la branche.Plusieurs d\u2019entre eux, par les vertus de leur race, ont réussi à pousser les études de leurs enfants et à les diriger vers les professions libérales.Parmi eux, on signale plusieurs médecins, dentistes, avocats, notaires, architectes, instituteurs, artistes, etc.Nombreux aussi sont les entrepreneurs en construction et les marchands de produits alimentaires.Ils se distinguent aussi dans les ouvrages de couture et dans le commerce des fourrures.Au cours des manifestations religieuses, telles que les processions, ils aiment l\u2019expansion bruyante, comme les feux d\u2019artifice, les pétards, etc.Leur âme profondément religieuse éprouve le besoin de ces manifestations plutôt méridionales.Du point de vue psychologique, l\u2019Italien est doué d\u2019un esprit d\u2019adaptation exceptionnel; il s\u2019acclimate facilement aux divers pays, et les nombreux mariages entre Canadiens français et Italiens en sont la preuve.Il s\u2019adapte moins aisément à l\u2019élément anglo-saxon, bien qu\u2019il aime le parler anglais, utile à son commerce et à son travail.L\u2019Italien emporte avec lui partout où il dirige ses pas le culte aimant de son église, des saints et des madones du pays natal.S\u2019il ne peut ériger un temple comme celui de là-bas, il veut que, dans celui qu\u2019il fréquente, se trouve au moins la statue du saint qu\u2019il vénérait en Italie.Tant que l\u2019Italien du Canada conservera ses caractéristiques nationales, il restera profondément religieux et catholique.Souhaitons que le passage à Montréal des restes sacrés des Martyrs canadiens cimente encore plus les amitiés franco-italiennes.Que surtout l\u2019élément canado-italien s\u2019adapte de plus en plus au pays et s\u2019unisse davantage aux groupes catholiques en communion très étroite avec cet esprit de fraternité chrétienne qui unissait deux des grands missionnaires de la Nouvelle-France, les Pères de Brébeuf et Bressani.LE CINÉMA «LES INCONNUS DANS LA MAISON» Paul RACINE, S.J.FILM de grande classe, mi-roman policier, mi-étude sociale.On en sort comprenant mieux la nécessité de la famille, la noblesse du rôle des parents.Film de maturité: plus on a vécu, plus on en voit la portée.Il y avait 152 grills dans cette ville, sur laquelle il pleuvait.On les appelait des bistros, des boxing-bars, et les propriétaires étaient d\u2019excellents citoyens de la bonne couleur politique, ne tolérant pas le meurtre chez eux.Chez nous, il y a plusieurs centaines de grills; on les nomme cocktails ou carnaval lounges, Copacabana, Mocambo ou autres noms nègres, et il pleut aussi sur notre ville, il pleut de l\u2019ennui que ne dissipe pas l\u2019atmosphère charnelle créée par les slow-foxes des jukes-boxes.Nos jeunes ont bien le petit restaurant du coin pour se réunir, mais à dix-huit ans il leur faut autre chose: de la lumière, de l\u2019amitié, de la vie de famille et du vrai sport.\u2014 « Indiquez-moi la route de la piscine; indiquez-moi la route du stade », dit Raimu aux bourgeois scandalisés de voir qu\u2019une génération de vicieux, voire de criminels, est engendrée par leur bonne société.De la graine de criminels, il y en a abondamment dans nos établissements licenciés, après deux heures du matin.A cette heure-là, les chauffeurs de taxi vous diront quelle clientèle ils voiturent, et vers quels tristes lieux.Les inconnus dans la maison fait le procès de nos grills.Vous irez voir ce film, bien qu\u2019il ne soit pas « édifiant ».C\u2019est un film d\u2019ivrogne, de jeunes aux allures louches, de bourgeois capitonnés; mais c\u2019est un film à voir, une œuvre d\u2019art qui étreint et entraîne à l\u2019action sociale.Ceux qui veulent comprendre les besoins de nos jeunes réfléchiront devant ces images précises et sincères.La photographie est excellente, tout près du réel, et le narrateur nous aide à suivre la pensée intime de l\u2019avocat Loursat, de Nicole, de Manu, et l\u2019ambiance de cette bonne ville bourgeoise qu\u2019un coup de revolver jette dans le scandale.Il y a du sublime dans ce film: la scène de l\u2019escalier où Nicole demande à son père: « Pourquoi ne m\u2019aimez-vous pas?», la scène où se réveille l\u2019honneur professionnel, quand Loursat a l\u2019intuition que la société va accabler un innocent et entreprend sa propre enquête.Tous ces jeunes désaxés cherchent la vie normale, la vie « vivante », ils ne sont pas méchants au fond \u2014 ils commenceront par voler des citrouilles; qui n\u2019en a pas volé?\u2014, ils veulent s\u2019évader du compassé, ils étouffent dans la mesquinerie, et l\u2019amour bouleverse leur cœur d\u2019adolescents.« Les inconnus dans la maison », c\u2019est le pauvre hère qui gît sur le lit du deuxième étage et l\u2019ombre qui se faufile par la porte du jardin.Qui est cette ombre?Vous ne le saurez qu\u2019aux dernières secondes du film, car c\u2019est un roman policier avec de vrais détectives, avec un seul coup de revolver sans cri dans la nuit, avec une arrestation, des interrogatoires et le tunnel de l\u2019énigme.Vous ne connaîtrez le meurtrier qu\u2019au dernier instant mais, le long du chemin, bien d\u2019autres coupables auront senti le remords.« Les inconnus dans la maison », ce sont les parents, garçons, filles, papas et mamans qui vivent côte à côte et ne se connaissent pas.Ce qui est fréquent, même chez nous.Dimanche dernier, un grand gars essayait son col dans le miroir.Le col s\u2019ajustait mal parce que, sans doute, monsieur était mal réveillé.Sa grande sœur, passant par là, ajusta le col en un tour de main, avec ses doigts délicats de femme.Pour terminer l\u2019opération, dans un bon sourire, elle embrassa son frère qui se mit à pleurer.\u2014 « Qu\u2019est-ce que tu as?lui dit sa sœur.Tu pleures parce que je t\u2019embrasse?\u2014 Non, répondit-il, en sanglotant, parce que tu m\u2019aimes, toi, Jeanne.Tu sais, j\u2019avais loué ma chambre en ville; je voulais être traité comme un pensionnaire ailleurs.» Evidemment que la grande sœur arrangea les choses, et que ce gars-là ne partit pas.Il y avait des inconnus dans cette maison.JUIN 1949 163 « Les inconnus dans la maison », ce sont encore les voisins d\u2019à côté et d\u2019en face, que l\u2019on ignore et qui souvent ont besoin de nous.Ce sont les jeunes qui se rencontrent au boxing-bar et qui ont fondé une société secrète où l\u2019honneur consiste à voler.Il y en a bien d\u2019autres jeunes qui se rencontrent aux grills et qui, eux aussi, fondent des sociétés secrètes.Ces jeunes sont-ils responsables de leurs actes répréhensibles ?Oui, mais d\u2019autres personnes se sentent mal à l\u2019aise; d\u2019autres dont la vie privée est malpropre, dont le foyer fut brisé par leur faute; d\u2019autres que parfois l\u2019on dit des « saints », qui sont d\u2019un dévouement admirable mais qui, sans cesse, veulent modeler leur entourage.On ne respire plus auprès d\u2019elles.On ne peut pas prendre le café dans la salle à manger.On ne peut pas recevoir une amie au salon.Alors on s\u2019échappe; la maison devient une gare d\u2019où l\u2019on fuit sitôt les repas avalés.Raimu est ici à son meilleur: tous les mots, toutes les mimiques font progresser l\u2019action.La musique souligne, sans jamais en distraire, la crise d\u2019âme que nous revivons.Les inconnus dans la maison est le procès des parents coupables devant la jeunesse abandonnée à elle-même et bien mal soutenue par les exemples des aînés.L'EXPANSION FRANÇAISE EN COLOMBIE CANADIENNE I.Boyer de la GIRODAY LE GIGANTESQUE rideau de granit qui sépare l\u2019Alberta de la Colombie canadienne serait-il la raison du mystère qui enveloppe le fait français plus à l\u2019ouest ?Ou serait-ce que le sobriquet de « britannique » dont on affligea notre Colombie effarouche ceux qui nous tiennent de si près par les liens du cœur et de l\u2019esprit ?Quoi qu\u2019il en soit, nous sommes reconnaissants à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal de nous donner l\u2019occasion d\u2019offrir nos vœux ardents et fraternels à l\u2019occasion de la fête nationale.La vie française, en Colombie est bien une réalité, et cela depuis l\u2019origine de la civilisation ici.Pour survivre, nous fûmes durement éprouvés; nos adversaires n\u2019épargnèrent aucun moyen d\u2019éteindre la flamme, qui longtemps agonisa sous les cendres de l\u2019abandon.La rive du Pacifique garde des vestiges nombreux de nos pionniers: premiers découvreurs, premiers missionnaires, premiers défricheurs et bâtisseurs.Nos vaillants furent au premier rang, comme leurs ancêtres, trois siècles plus tôt, sur les rives du Saint-Laurent.Vers la fin du xvme siècle, La Pérouse longe l\u2019île de Vancouver, traçant des lignes géographiques.Quelques années plus tard, McKenzie et Fraser traversent les Rocheuses, guidés par des Canadiens: McKenzie par les Beaubien, Bisson, Beauchamp, etc., Fraser par les Boucher, Rivard, Gervais, Lalonde, Laramée, etc.Bien des noms français désignent encore lacs, montagnes, vallées, rivières et villes: Quesnel, La Hache, Alouette, Pouce-Coupé, Babine, Tête-Jaune, Trembleur, etc.Notre province, nommée d\u2019abord Nouvelle-Calédonie, change de nom sous la reine Victoria, en 1866.Sa capitale est alors peuplée de prospecteurs et de traitants canadiens-français, en assez grand nombre pour susciter en 1857 la publication du premier journal colombien, le Courrier de la Nouvelle-Calédonie.Nos missionnaires sont les premiers apôtres au service de nos pionniers et pour l\u2019évangélisation des Indiens.En 1838, les abbés Blanchet et Demers arrivent, suivis en 1842 par les abbés Bolduc et Langlois, en 1847 par les fils de Mgr de Ma-zenod, qui parcourent le pays jusqu\u2019au cœur des Rocheuses dans la superbe vallée de l\u2019Okanagan, où Ovide de Montigny a érigé le premier fort, peu après 1800.Les Sœurs de Sainte-Anne et de la Providence, toutes françaises, sont les premières à la tâche de fonder écoles et hospices.En 1845-1846, Rome élève à l\u2019épiscopat MM.Blanchet et Demers, à qui succéderont en 1863 Mgr d\u2019Herbomez, Mgr Durieu et Mgr Dontenwill, O.M.I.Depuis, les archevêques sont tous de langue anglaise, et les paroisses et missions desservies par les prêtres français passent au clergé anglophone.Une seule paroisse avec école, à Maillardville, village fondé en 1907 par le P.Maillard, o.m.i., sera pendant quarante ans le clocher unique où ceux de notre race auront droit de recevoir dans leur langue les secours de la religion.En 1912, la résistance française s\u2019étiole.L\u2019Union nationale canadienne-frang aise, cercle masculin fondé en 1905, expire.Après une courte résurrection en 1926, elle se dissout.Les défections dans nos rangs ne permettent pas aux'sceptiques de la gent masculine d\u2019espérer, envers et contre tout et tous, le miracle de notre survivance.Alors un très modeste groupe féminin se met à la tâche.Aux heures tragiques, les gardiennes des berceaux se font les sentinelles vigilantes.Instrument faible aux yeux des humains; mais suffisant aux yeux de Dieu.En 1927, un Cercle dramatique et musical est formé de ces vaillantes, l\u2019élément masculin faisant toujours défaut.Avec plus de ténacité encore, elles créent en 1929 Y Association des dames de langue française.Leur but: des paroisses nationales.Chaque année elles sollicitent de l\u2019autorité diocésaine la faveur d\u2019une messe avec sermon français pour la Saint-Jean-Baptiste.Elles ont trouvé un point de ralliement des nôtres.Ce souvenir annuel conserve la flamme chez un grand nombre : on a une foi profonde au grand Précurseur.En 1937, à la visite de S.Em.le cardinal Villeneuve, des entraves s\u2019élèvent contre leur légitime désir de rendre un hommage particulier à leur illustre compatriote.Qu\u2019importe! on surmontera cette nouvelle épreuve.Elles donnent rendez-vous à 200 compatriotes, qui défilent en groupe compact à la réception officielle à l\u2019hôtel Vancouver.Le cardinal est aussi ému que surpris: tant de compatriotes à Vancouver! Il ne l\u2019oubliera pas; confidentiellement il affirme sa foi en la résurrection de son peuple en Colombie.En 1939, au deuxième conflit mondial, le cercle des dames compte vingt membres actifs seulement.C\u2019est l\u2019heure choisie par certaines d\u2019entre elles pour sonner le réveil chez les compatriotes.Il faut relever leur moral, et d\u2019autre part imposer le respect aux Anglo-Canadiens.La patrie requiert l\u2019assistance de toutes les bonnes volontés.Deux dames créent une œuvre unique au Canada, sous les auspices et dans le cadre d\u2019éducation de la Légion canadienne : elles organisent et dirigent des cours en vingt-deux langues étrangères, ce qui permet à un groupe d\u2019élite des trois forces armées de servir tant en Orient qu\u2019en Occident, surtout dans le Service secret, où elles-mêmes seront appelées à collaborer.Leurs directeurs en chef, les Drs Wilfrid Bovey, de McGill, et G.-M.Shrum, de la Colombie, qui leur font pleine confiance, leur demandent d\u2019écrire un manuel pratique bilingue pour les troupes outremer.Ce livret fut choisi par le Conseil militaire interallié 164 RELATIONS comme partie de l\u2019équipement des troupes pour l\u2019assaut de Normandie.Elles acquiescent à tout ce travail sans jamais accepter de rétribution financière, cela pendant sept ans, de 1939 à 1946.L\u2019estime et la reconnaissance acquises dans les milieux saxons permettent de faire rayonner la lumineuse pensée française.En dépit de leurs mille occupations journalières, ces deux femmes songent toujours à réveiller l\u2019âme française; elles désirent aussi faire savoir à leurs frères de l\u2019Est leur désir intense de voir triompher la Survivance.Suivant le conseil et l\u2019appui d\u2019un visiteur apôtre, les colonnes de la presse française d\u2019outre-Rocheuses permettront de rallier des forces vives.Le Dr Beauchemin puis Mgr Camille Roy visitent la Colombie.Mgr.Roy promet un collaborateur dans un de ses disciples préférés, le Dr Amiot Jolicœur, qui passe deux ans à Vancouver.Retourné à Québec, il établit des liens solides avec le Comité permanent.En 1941, M.Adrien Pouliot nous visite et remporte un volumineux dossier sur notre situation.La même année, notre Cercle de dames donne corps à l\u2019Association canadienne-française de Vancouver, dans le but de rallier tous nos Canadiens.Un autre cercle se forme à Victoria, sous l\u2019impulsion d\u2019une autre admirable patriote.En 1942, M.l\u2019abbé Maheux, invité à donner une série de conférences dans nos milieux anglo-canadiens, contribue puissamment à renverser les préjugés qui pèsent lourd sur notre pauvre minorité.Il est secondé dans sa tâche délicate par le Dr et Mme W.-F.Seyer (celle-ci née Blanche Leblanc, de Montréal), seul foyer canadien-français à notre Faculté pendant plus de vingt-cinq ans.En septembre 1945, sous l\u2019impulsion de nos trois centres organisés: Vancouver, Victoria et Maillard ville, une Fédération canadienne-française de la Colombie se forme au premier congrès de Vancouver avec la devise: Dieu et nos droits; Nous maintiendrons.En 1945, une seconde paroisse nationale française, créée à Vancouver par Mgr Duke, est confiée aux Pères du Saint-Sacrement.Une âme d\u2019apôtre, le R.P.O.Meunier, o.M.I., qui s\u2019est tant sacrifié pour les nôtres, se voit la même année curé de la troisième, Notre-Dame-de-Fatima de Maillardville.Des congrès de notre Fédération se réunissent: en 1946 à New-Westminster, en 1947 à Notre-Dame-de-Lourdes de Maillardville et en 1948 au Saint-Sacrement de Vancouver.On y trouve représentés douze centres dûment organisés: Vancouver, Victoria, New-Westminster, Port-Alberni, Duncan, Nanaimo, Chemainus, Ladysmith, Kelowna, Penticton, Notre-Dame-de-Lourdes et Notre-Dame-de-Fatima de Maillardville.Depuis, l\u2019élan est irrésistible.Trois centres se sont organisés spontanément: Cloverdale, Kennedy et Steveston.Plusieurs autres sont en formation.La population franco-colombienne dépasse les 50,000, dont plus de 20,000 à Vancouver.De 800 à 900 familles sont groupées à Maillardville.Un millier de compatriotes à Port-Alberni espèrent ardemment leur paroisse, afin de mieux résister à l\u2019élément protestant, et surtout à l\u2019influence communiste dans ce milieu ouvrier de l\u2019île de Vancouver.Dans tous nos centres organisés, des classes de français permettent aux jeunes de mieux connaître et apprécier leur héritage catholique et national.En octobre 1948, des classes françaises pour adultes, sous les auspices du Cercle de Vancouver collaborant avec la paroisse du Saint-Sacrement, furent inaugurées par la dévouée patriote qui sonna le réveil général.Refusant toute rétribution, elle verse les honoraires au profit de la paroisse et du Cercle local.De cette même source, et suivant son initiative, un projet est à l\u2019étude pour l\u2019octroi de bourses k de futi^s étudiants et séminaristes franco-colombiens.Cette œuvre, bénie de Dieu dès ses débuts, remporte un succès inespéré.Non seulement nos compatriotes en bénéficient, mais nombre d\u2019Anglo-Canadiens marquants sol- JUIN 1949 licitent leur admission à nos cours: juristes distingués, médecins, journalistes, jeunes gens qui se destinent au professorat, gérants de l\u2019industrie et du commerce et membres du personnel de la mairie apprennent le français avec enthousiasme.Tout en nous défendant contre la néfaste contamination étrangère, souvent communiste dans nos régions quasi païennes, nous nous efforçons d\u2019influencer l\u2019entourage par notre vie intellectuelle et spirituelle.La noble voix de Pie XII nous guide et nous inspire: « Ne vous laissez pas duper comme tant d\u2019autres, après mille expériences désastreuses, par le songe creux de gagner l\u2019adversaire en marchant à sa remorque, et en vous modelant sur lui.» Nous prions Dieu de rester fidèles à la mission qu\u2019il nous assigne, à cet avant-poste de notre patrie.\u2022-\u2022 HORIZONS NOUVEAUX Mme Flore MONDOR-CHAPUT Chères vieilles grand\u2019mères d\u2019autrefois.Femmes admirables, rivées à une tâche ardue, effacée.Épouses incomparables.Mamans au dévouement sans borne.Modèles d\u2019humilité, de générosité, d\u2019indulgence.Appui moral solide, fidèle.Au poste, toujours.Inlassables, besogneuses.Sans murmures, sans plaintes.Ames du foyer.Dispensatrices discrètes de conseils, d\u2019encouragements, d\u2019amour.Inspiratrices de paix, de gaieté franche, de bonheur vrai.O vénérables aïeules! Entièrement, totalement consacrées à votre univers : votre homme, vos enfants, vos voisins, votre paroisse.Femmes d\u2019hier, votre mission était-elle plus ou moins difficile que la nôtre ?Autre temps.La femme moderne, certes, a plus d\u2019exigences.Par contre, la société ne lui demande-t-elle pas une collaboration plus active en dehors de son foyer?Collaboration non exempte de sacrifices et de responsabilités.Autres mœurs.Jeunes filles d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est à vous qu\u2019incombera, demain, la tâche de travailler \u2014 dans la mesure de vos moyens \u2014 au maintien de l\u2019équilibre dans un monde plus que jamais à l\u2019envers.Quelle que soit la situation que vous occuperez au cours de votre vie \u2014 à la ville ou à la campagne \u2014 vous serez nécessairement appelées à apporter votre coopération \u2014 une coopération éclairée \u2014 à la solution de problèmes nombreux et compliqués.Problèmes domestiques; problèmes économiques; problèmes sociaux.COOPÉRATION ET COOPÉRATISME Le coopératisme: ce mot bien long qui fait le tour du monde pour venir nous réapprendre quoi ?Tout simplement les principes de la vraie doctrine chrétienne.En somme, que nous enseigne le coopératisme ?« Nous unir, afin de mieux protéger nos intérêts mutuels.En d\u2019autres termes: nous grouper afin de nous mieux entr\u2019aider.» En quoi cette formule diffère-t-elle de celle qui dit tout simplement: Aimez-vous les uns les autres?Nous aimer les uns les autres; nous unir afin de nous mieux entr\u2019aider, moralement aussi bien que matériellement.Le jour où nous, Canadiens français, aurons saisi le sens de cette parole de l\u2019Évangile, mot d\u2019ordre des peuples chrétiens, ce jour-là seulement nous pourrons espérer sortir du marasme économique et social.Quand on songe que dans une ville comme Montréal, où nous comptons pour 75% de la population, il existe encore \u2014 à une époque aussi avancée de progrès et de civilisation \u2014 des milliers de taudis où vivent, entassés dans des conditions 165 inconcevables de promiscuité et d\u2019absence d\u2019hygiène, des hommes, des femmes et des enfants! Et cela dans une province essentiellement catholique; une province favorisée d\u2019espace et de ressources naturelles inépuisables.Comment concevoir que des milliers de nos enfants traînent \u2014 leurs journées entières \u2014 les ruelles et les fonds de cours, sous prétexte de n\u2019avoir pas les vêtements nécessaires pour fréquenter les écoles ?Quelle qualité de citoyens peut enfanter un tel milieu ?Or, si ces milliers de gens se décidaient un jour à s\u2019unir pour s\u2019entr\u2019aider; à grouper seulement les montants qu\u2019ils gaspillent en coca-cola, en bière, en futilités; si tous ces gens prenaient un jour la résolution de déposer dans une caisse commune quelques sous toutes les semaines en vue d\u2019entreprises profitables, en seraient-ils réduits à attendre que des politiciens \u2014 parfois plus ou moins consciencieux \u2014 veuillent bien s\u2019occuper de leur sort ?Convenons qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être forts mathématiciens pour se rendre compte qu\u2019une dizaine de mille personnes qui consentiraient à accumuler \u2014 ne serait-ce que vingt-cinq sous par semaine: un dollar par mois \u2014 dans une caisse d\u2019épargne qu\u2019elles administreraient elles-mêmes dans le sens de leurs intérêts communs, que ces dix mille personnes auraient tôt fait de devenir les propriétaires de leurs habitations, épiceries, magasins et maisons de santé.Dix mille dollars par mois! Songeons à la force que cela pourrait vite représenter.On n\u2019a qu\u2019à examiner le bilan des Caisses populaires.Comme il serait facile à ces coopérateurs d\u2019ordre social d\u2019organiser leurs loisirs et ceux de leurs enfants! Bibliothèques, ouvroirs, salles et terrains de jeux, piscines, films éducatifs! Une âme saine, on le répète souvent, veut vivre dans un corps sain.Par contre, dans une atmosphère moralement et matériellement viciée ne peuvent se reproduire que des êtres dégénérés.Est-il possible de remédier à cet effarant état de choses ?Oui, si chacune de nous assume sa part de responsabilité.Ne l\u2019oublions pas, on aura beau dire et beau faire, la réforme, aussi bien chez nous que partout, s\u2019opérera surtout par les femmes.Au reste, n\u2019est-ce pas sur elles que retombent la plupart des malheurs ?Absence du nécessaire, maladie, chômage, guerres?Comment entreprendre cette réforme?Par une rééducation persévérante de toutes les classes de la société.Rééducation qui ne sera possible que dans la mesure où les apôtres eux-mêmes seront sincères et prêcheront par l\u2019exemple.Et pour donner des exemples convaincants de solidarité, pour prêcher efficacement la coopération, il faut d\u2019abord en saisir la doctrine à fond.Il faut l\u2019inscrire en lettres d\u2019or dans son cœur et dans son âme.Bref, il faut en mettre dans sa vie de tous les jours.Malheureusement, l\u2019expérience démontre qu\u2019il est difficile de faire comprendre et adopter le coopératisme \u2014 disons le coopératisme appliqué \u2014 aux personnes d\u2019un certain âge, dont la vie est déjà orientée et organisée.Apathie, individualisme, intérêts personnels en jeu, considérations de toute espèce, autant d\u2019obstacles qui entravent la voie à une réforme de la génération qui s\u2019en va.Jeunesse, prends la relève! Il est tellement plus facile d\u2019apprendre que de désapprendre.Horizons nouveaux: cours de coopératisme suivis avec enthousiasme et assiduité dans nos maisons d\u2019éducation aussi bien que par tous les groupements sociaux, urbains et ruraux ; nombreuses coopératives organisées dans tous les domaines: coopératives de production, de consommation, de crédit, d\u2019habitation; coopératives scolaires; chantiers coopératifs; pêcheries coopératives: voilà l\u2019espoir de demain! Un prochain article présentera un original exemple de coopérative.HORIZON INTERNATIONAL PAX ROMANA JA TROISIÈME assemblée interamé-1 j ricaine de « Fax Romana » reçut pour mission d\u2019étudier le problème social en Amérique (17-24 avril 1949).Peu auparavant, les communistes et leurs camarades s\u2019étaient réunis, d\u2019abord, à New-York, puis à Paris, afin de travailler pour la paix en manifestant contre les États-Unis.Pax Romana ne manifesta ni contre l\u2019U.R.S.S., ni contre d\u2019autres pays.Son congrès insista avec une très grande énergie sur les responsabilités des intellectuels catholiques envers le prolétariat.Telle était la tâche que lui avait confiée le Souverain Pontife: « Le problème social, si agité à notre époque, est considéré par beaucoup dans son aspect uniquement matériel; on oublie que les biens matériels seuls ne peuvent pas produire la paix et le bonheur que la société désire tant.Il faut assurément s\u2019occuper de ceux qui n\u2019ont pas le moyen de vivre, et il faut observer la justice en leur donnant de quoi faire face à la vie: il faut avant tout voir dans quel esprit cela se réalise et se reçoit; que le tout soit imprégné de charité chrétienne, inspiré de la fraternité surnaturelle; ainsi les uns et les autres verront dans la question sociale le moyen d\u2019établir la concorde entre les puissants et les indigents.» Dans l\u2019Amérique tout entière, la question sociale est aujourd\u2019hui à l\u2019état de crise: les révolutions éclatent presque constamment en Amérique latine; aux États-Unis, les discussions sur la loi Taft-Hartley s\u2019enveniment; dans la province de Québec, on est immédiatement traité de communiste, si l\u2019on ne capitule pas devant certaines exigences qui n\u2019ont rien à voirjfi avec la justice ni avec la charité.L\u2019Église envoie les universitaires au prolétariat, et leur demande de travailler d\u2019un commun accord à rebâtir, dans la charité, ce que les égoïsmes démolissent.Pax Romana naquit en 1921 quand des étudiants espagnols, hollandais et suisses convoquèrent à Fribourg le premier Congrès international des Étudiants catholiques.On fonda un secrétariat international, et le nouveau mouvement prit aussitôt le nom qu\u2019il porte aujourd\u2019hui: Pax Romana.Ses congrès annuels eurent lieu en Europe.En 1939, Pax Romana traversa l\u2019Atlantique; son Congrès de Washington fut interrompu par la guerre.Quelques-uns des délégués, ne pouvant rentrer en Europe, parcoururent l\u2019Amérique latine et y organisèrent le mouvement.En 1947, Pax Romana se divisa en deux sections autonomes; elles collaborent dans un comité conjoint, publient ensemble le journal mensuel qui porte également le nom de Pax Romana, organisent de commun accord les grands congrès internationaux qui ont lieu J:ous les trois ans.C\u2019est le Mouvement international des Étudiants catholiques et le Mouvement international des Intellectuels catholiques.Trois organisations canadiennes sont affiliées à Pax Romana : la Fédération canadienne des Universitaires catholiques, la Canadian Federation of Newman Clubs, la Canadian Federation of Catholic College Students.Les étudiants de cinquante pays (ceux de Bulgarie, Lettonie, Lithuanie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Ukraine, Yougoslavie 166 RELATIONS à travers des organisations d\u2019émigrés exclusivement) prennent part aux activités de Pax Romana.Peu de mouvements catholiques sont à même d\u2019avoir autant de retentissement; c\u2019est une mobilisation de la pensée universitaire catholique à travers le monde.Le congrès fut très commenté par la presse, autant de Mexico que de la province; aux sessions plénières se réunissaient de sept à huit cents délégués.On recommanda aux délégués d\u2019établir un contact vivant avec le prolétariat: « Ce n\u2019est pas par les livres que nous arriverons à connaître la misère, l\u2019ignorance et la faiblesse du prolétariat, mais par le contact personnel que nous aurons établi avec lui.« Nous ne comprendrons la psychologie de révolte, de haine, de désespoir, qui est celle de nombreux prolétaires, que si nous entendons leur point de vue.« On attire particulièrement l\u2019attention sur le prolétariat féminin de nos pays: domestiques, filles de restaurants, d\u2019hôtels, employées et ouvrières des grandes industries comme des petites entreprises.Il y a une véritable exploitation du travail féminin, injustement méprisé, misérablement payé.Pour cette raison beaucoup de filles vivent dans un état destructeur de notre vie sociale.» Un universitaire donna le conseil suivant à son cercle d\u2019étude: Visitez une ou deux familles de vos employés; voyez discrètement comment ils dépensent le salaire que vous leur payez: logement, nourriture, vêtements, maladie, éducation, récréation.Souvent, vous verrez que le salarié ne peut joindre les deux bouts avec ce que vous lui donnez.TAFT-HARTLEY AJJ COURS de sa campagne élec- tor ale, M.Harry Truman avait promis qu'il s\u2019emploierait à faire abroger la loi Taft-Hartley, attaquée par les grandes organisations ouvrières des États-Unis comme injuste, antidémocratique, sacrifiant le travail et les hommes au capital et à l\u2019argent.Le 6 janvier 1949, le président ouvrit le feu, et peu après, en comité, le Sénat et la Chambre se mirent à l\u2019étude.Les choses traînèrent; deux votes importants eurent lieu en chambre les 3 et 4 mai.L\u2019initiative présidentielle fut rejetée.Pour l\u2019instant, peut-être pour longtemps, la loi Taft-Hartley reste en vigueur telle quelle, après que tous (le gouvernement, en proposant le bill Thomas-Lesinski, HR-2032; l\u2019opposition, en se ralliant autour du bill Wood, HR-4290) eurent été unanimes à affirmer qu\u2019il fallait la changer.Le public américain n\u2019est pas plus satisfait que les législateurs; parmi les études les plus significatives, notons celle de Charles Anrod et Benjamin L.Masse, s.J., The New Labor Laws (93 pages); celle de Sumner H.Slichter, The Taft-Hartley Act, dans le Quarterly Journal of Economies, février 1949; celle du New York State Bar Association Committee on Labor law and social-security legislation, citée dans le Congressional Record, 18 mars 1949 (pp.2799-2802); celle de Charles E.Wilson, président de General Electric Co.{Congressional Record, 28 mars 1949, pp.A 1901 - A 1905).Le Congressional Digest consacra presque en entier son numéro d\u2019avril 1949 au Taft-Hartley.Il semble étrange qu\u2019après tant de discussions, d\u2019études et d\u2019efforts de compréhension, assurément dictés par beaucoup de bonne volonté, on soit arrivé purement et simplement à un point mort.Il y a là quelque chose de presque effrayant.La question de profits et de salaires a été poussée, semble-t-il, à l\u2019arrière-plan.Les profits des grosses industries montent à une allure inquiétante.J\u2019emprunte le tableau suivant des Profits of all corporations, before and after taxes (Department of Commerce series) au Handbook of basic economic statistics (mai 1949), édition du Bureau de Statistiques du gouvernement.Les chiffres sont en « billions of dollars ».Année\tAvant impôts\tAprès impôts 1938\t.3.3\t2.3 1939\t.6.5\t5.0 1940\t.9.3\t6.4 1941\t.17.2\t9.4 1942\t.21.1\t9.4 1943\t.24.5\t10.4 1944\t.24.3\t10.8 1945\t.20.4\t8.7 1946\t.21.8\t12.8 1947\t.29.8\t18.1 1948\t.32.2\t197.Bondir en dix ans de $2,300,000,000 à $19,700,000,000 est trop remarquable pour ne pas paraître anormal.Sans doute les philosophes viennent-ils après les réalisateurs, et Fortune (mars 1949) consacra une étude considérable à la justification de ces extraordinaires profits.Voyons maintenant quelle fut, durant la même période (toujours d\u2019après la même source officielle), la progression moyenne des salaires hebdomadaires.Heure» de travail Année\tSalaire hebdomadaire\tpar semaine 1938\t\t\t$22.30\t35.6 1939\t\t\t 23.86\t37.7 1940\t\t\t 25.20\t38.1 194I\t\t\t 29.58\t40.6 1942\t\t\t 36.65\t42.9 1943\t\t\t 43.14\t44.9 1944\t\t\t 46.08\t45.2 1945\t\t\t 44.39\t43.4 1946\t\t\t 43.74\t40.4 1947\t\t\t 49.25\t40.3 1948\t\t\t 53.15\t40.1 1949 (janvier)\t\t\t 54.4I\t39.4 (février)\t\t\t 54.25\t39.4 (mars)\t\t\t 53.37\t38.9 Il y a donc une hausse considérable; voyons maintenant quelle fut la montée du coût de la vie.Année\tIndex général\tNourriture\tVêtement\tLoyer\tChauffage Electricité Glace\tAmeu- blement\tVaria 1938\t\t.100.8\t97.8\t102.2\t104.1\t99.9\t103.3\t101.5 1939\t\t.99.4\t95.2\t100.5\t104.3\t99.0\t101.3\t100.7 1940\t\t.100.2\t96.6\t101.7\t104.6\t99.7\t100.5\t101.1 1941\t\t.105.2\t105.5\t106.3\t106.2\t102.2\t107.3\t104.0 I942\t\t.116.5\t123.9\t124.2\t108.5\t105.4\t122.2\t110.9 1943\t\t.123.6\t138.0\t129.7\t108.0\t107.7\t125.5\t115.8 1944\t\t.125.5\t136.1\t138.8\t108.2\t109.8\t136.4\t121.3 1945\t\t.128.4\t139.1\t145.9\t108.3\t110.3\t145.8\t124.1 1946\t\t.139.3\t159.6\t160.2\t108.6\t112.4\t159.2\t128.8 1947\t\t.159.2\t193.8\t185.8\t111.2\t121.1\t184.4\t139.9 1948\t\t.168.8\t209.7\t192.1\t115.9\t129.5\t192.3\t146.4 1949 (janv.).\t.170.9\t204.8\t196.5\t119.7\t138.2\t196.5\t154.1 (fév.).\t.169.0\t199.7\t195.1\t119.9\t138.8\t195.6\t154.1 (mars).\t.169.5\t201.6\t193.9\t120.1\t138.9\t193.8\t154.4 Cette ascension des prix annule en grande partie les avantages laborieusement acquis par la montée des salaires: de plus, si les loyers n\u2019avaient pas été maintenus comme ils l\u2019ont été par des interventions extérieures (et artificielles), la presque totalité des gains ouvriers aurait été anéantie.Ce n\u2019est pas que l\u2019opinion américaine (elle a certainement influencé les votes des 3 et 4 mai) ait radicalement changé.Tout le monde est d\u2019accord sur les points suivants: a)\tOuvriers et patrons jouissent de droits égaux dans rétablissement de contrats collectifs; b)\tLes ouvriers doivent partager avec leurs employeurs les avantages qui proviennent de la prospérité générale; c)\tLes ouvriers ont donc le droit de s\u2019organiser en union de leur choix.On leur reconnaît, dans la loi Taft-Hartley, « l\u2019entière liberté d\u2019association, d\u2019organisation, de nommer les représentants de leur libre choix, dans le but de négocier les termes et conditions de leur emploiement, aide mutuelle et protection ».Là-dessus, au moins en théorie et en parole, tout le monde est d\u2019accord : patrons, ouvriers, public, gouvernement.JUIN 1949 167 Depuis 1943, l\u2019idée s\u2019était répandue que les grandes organisations ouvrières avaient acquis trop de pouvoir et qu\u2019elles s\u2019en servaient dans un but égoïste, au détriment du bien commun de la nation.Plusieurs grèves, qui éclatèrent pendant la guerre et furent nuisibles à l\u2019effort national, eurent une très mauvaise presse.Immédiatement après la capitulation, elles éclatèrent avec une furie et une universalité qui provoquèrent une énergique réaction aux élections de novembre 1946.Il fallait limiter la puissance des magnats ouvriers.On reprochait encore aux chefs ouvriers d\u2019imposer leur union à des gens qui n\u2019en voulaient pas.La thèse unioniste de l\u2019atelier fermé peut assurément se défendre; mais quand un nombre considérable d\u2019ouvriers estiment qu\u2019on les bouscule dans l\u2019exercice de leurs droits légitimes en leur imposant violemment une union dont ils ne veulent pas, ces ouvriers finissent par réagir.Trop souvent, sur les trottoirs, on voyait des piquetages contradictoires : les ouvriers d\u2019un établissement proclamant qu\u2019ils étaient satisfaits de leur patron; les pique-teurs envoyés par quelque centrale affichant que les patrons, dont les ouvriers étaient satisfaits, étaient des sangsues qui suçaient le sang du peuple.Sur ce point, à tort ou à raison, au moins une quinzaine d\u2019États rejetèrent le principe de l\u2019atelier fermé; la loi Taft-Hartley entérina, au moins pour quelque temps, cet état d\u2019esprit dans la législation fédérale.Enfin, certaines Unions avaient accordé une hospitalité trop large à des agitateurs communistes.Les chefs ouvriers ne se rendirent pas compte, en 1947, que l\u2019opinion publique avait tourné; ils auraient dû signer les affidavit de non-communisme qu\u2019on leur demandait, tout en exigeant qu\u2019une même démarche fût requise des patrons (car il y a autant de communistes parmi les privilégiés de la fortune que chez les prolétaires).Cela, ils ne le comprirent pas; en refusant de se conformer à cette prescription de la loi, ils couvrirent de leur autorité les communistes qui restaient dans les unions.Ce fut une maladresse qui leur coûta cher.Il est important de constater que ces griefs, réels ou non.fondés ou imaginaires, ne s\u2019appliquent en aucune façon aux syndicats catholiques de la province de Québec.Trop faibles pour imposer leurs exigences aux autres ouvriers et au public, nos syndicats nationaux ne se mirent en grève que pour obtenir des conditions de travail qu\u2019on peut discuter, mais qu\u2019il est impossible de rejeter en bloc comme déraisonnables.Il est insensé d\u2019accuser les syndicats catholiques de communisme.L\u2019ensemble du public est sympathique aux syndicats nationaux et à leurs revendications; ainsi, les quêtes faites aux portes des églises, avec approbation de l\u2019autorité religieuse, en faveur des grévistes ont créé une sensation de sympathie aux États-Unis.Ce serait une grave imprudence et une dangereuse erreur que de transférer à la province de Québec les appréciations sur la situation ouvrière aux États-Unis.Les syndicats nationaux sont matériellement faibles: leur force est presque uniquement morale; si l\u2019on y met assez d\u2019acharnement, on pourra peut-être arriver à leur casser les reins; une « victoire » de ce genre serait, dans la pensée de ceux qui, n\u2019ayant rien à gagner ou à perdre, peuvent se donner le luxe d\u2019étudier les choses avec impartialité, la pire catastrophe qui aurait frappé la province de Québec depuis des générations; ce serait une victoire de la force sur la faiblesse, et c\u2019est tout! CHINE J~\\ANS UN remarquable article publié dans / J America, le P.James F.Kearney réfute la thèse de M.Edgar Snow, à savoir qu\u2019on peut s\u2019arranger avec les communistes chinois.Le P.Kearney fouille dans le passé du publiciste américain et relève ses contradictions antérieures; il réfute ses affirmations avec une documentation serrée, et montre combien le public américain, dans son ensemble, a été médiocrement informé au sujet de l\u2019Orient.Le 11 avril 1949, le sénateur de Californie, M.William F.Knowland, apporta au Sénat une liasse de documents ayant trait aux activités chinoises du parti communiste des États-Unis; il cita également un important article du colonel soviétique Grigori Tokaev, réfugié en Grande-Bretagne, qui parut dans un journal de Toronto.Il revint à la charge le 21 avril en demandant l\u2019institution d\u2019un comité d\u2019enquête pour étudier la politique américaine en Chine; il motiva sa demande dans les termes suivants: Au moment même où nous tenons cette réunion, les forces communistes de Chine traversent le Yangtsé, et pénètrent dans la Chine non communiste.C\u2019est l\u2019opinion du sénateur de Californie (i.e.de lui-même) que si la Chine entière disparaît derrière le rideau de fer, il est possible que la Birmanie, l\u2019Indochine française et l\u2019Inde elle-même subissent le même sort.C\u2019est encore l\u2019opinion du même sénateur (et plusieurs autres membres du Sénat, je pense, la partagent) que si toute l\u2019Asie continentale disparaît derrière le rideau de fer, ce sera difficile de garder le Japon libre et indépendant.Certaines personnes, peut-être, préfèrent accepter le conseil du département d\u2019Etat et attendre que les batailles cessent, que la fumée se dissipe.C\u2019est là une grave responsabilité pour nous, pour le peuple américain, et pour nos enfants.Si nous attendons que la fumée de la bataille disparaisse et que la poussière tombe, nous risquons de voir 450 millions de Chinois disparaître derrière le rideau de fer et environ 600 millions d\u2019autres habitants du continent asiatique se trouver dans une situation où ils ne pourront plus survivre comme nation libre et indépendante.Le P.Kearney, dans son article, demande aux Américains d\u2019écrire à leurs sénateurs afin d\u2019appuyer l\u2019initiative du sénateur californien.Une enquête ne peut faire de tort qu\u2019à ceux qui trament des crimes dans la nuit.FÉDÉRATION MONDIALE TE 30 OCTOBRE 1945, DES SYNDICATS\tL la Fédération mon- diale des Syndicats vint officiellement au monde.Il s\u2019agissait d\u2019une grande fraternité ouvrière, où tous seraient accueillis sans distinction de race, de nationalité, de religion, ou d\u2019opinion politique.Louis Saillant en devint président, Vincente Lombardo Toledano, vice-président, et cela suffit pour classer la « fraternité » nouvelle.Le C.I.O.et les grandes unions britanniques s\u2019efforcèrent, pendant trois ans, de rendre l\u2019organisation viable en coopérant avec les grandes armées ouvrières communistes; plus d\u2019une fois, dans le passé, Relations signala leurs efforts.Aujourd\u2019hui, c\u2019est la débandade.Depuis le 19 janvier de cette année, la Fédération mondiale a vécu: le C.I.O., les Unions britanniques et la fédération syndicale hollandaise sortirent du Bureau confédéré.Cette histoire fut publiée d\u2019abord dans le New York Herald-Tribune (17 mars) et eut, le 21 du même mois, un certain retentissement à la Chambre des députés de Washington (Congressional Record, 21 mars 1949, pp.A1663-0).La Fédération mondiale des Syndicats avait environ 70,000,000 de membres: il en est sorti, au grand maximum, 25 millions (tels sont les chiffres de M.Walter Humphreys, qu\u2019il serait intéressant d\u2019analyser dans le détail); les communistes en contrôlent donc encore au moins 45 millions.Ils annoncent, pour ce mois de mai, une grande conférence ouvrière à Peiping, avec délégués de l\u2019Inde, du Pakistan, de la Birmanie, d\u2019Indonésie, d\u2019Indochine.Il est question d\u2019une conférence latino-américaine à Cuba ou Mexico; l\u2019auteur de l\u2019article fait également allusion à une intense propagande dans la Côte d\u2019ivoire (Afrique française), en Allemagne et au Japon.Les communistes livrent, sur un plan mondial, de gigantesques batailles; la contre-offensive ne pourra s\u2019organiser qu\u2019en coordonnant l\u2019effort des ouvriers non révolutionnaires; tout affaiblissement des ouvriers non communistes est un appui donné à la révolution.Joseph-H.Ledit.Seattle (Wash), 16 mai 1949.168 RELATIONS LIVRES ÉCRITURE SAINTE Chanoine L.CERFAUX: La voix vivante de l'Evangile au début de l'Eglise.\u2014 Càsterman, Tournai, 1947.190 pp., 20 cm.A QUELLES SOURCES les Évangélistes ont-ils puisé: à des documents écrits, à une tradition orale ?Se sont-ils connus ?Dépendent-ils les uns des autres, et dans quelle mesure ?A ces délicats problèmes les exégètes ont parfois proposé des solutions trop hardies et l\u2019Eglise, par la voix de la Commission biblique, a jugé bon d\u2019intervenir.M.Cerfaux énonce son avis avec modestie et compétence: « Notre solution, écrit-il, est plus complexe que la théorie des deux sources.Elle est plus traditionnelle, se fiant au témoignage historique des anciens.Elle tient compte de l\u2019influence de la tradition orale, qui s\u2019exerce d\u2019abord sur Matthieu, puis, par son intermédiaire et en même temps d\u2019une manière directe, sur Marc et Luc; elle explique quantité de données de fait et corrige ce que la théorie des deux sources, à laquelle nous donnons raison dans une certaine mesure, a de trop rigide » (p.59).Toute l\u2019histoire de la transmission orale, vivante de la « bonne nouvelle » (pp.15-39), nous fait comprendre aisément que Notre-Seigneur n\u2019est pas venu fonder un collège d\u2019éplucheurs de textes ou un sénat d\u2019académiciens.En termes explicites le Maître ordonne à ses apôtres et à leurs successeurs de prêcher, non de composer des livres.Au début de l\u2019Église, pendant une vingtaine d\u2019années, il n\u2019y avait que la prédication apostolique pour assurer le salut des hommes.Nos frères séparés, les protestants, verront-ils un jour que la Bible n\u2019est pas tout le christianisme ?L\u2019inspiration divine ne change rien au génie des écrivains sacrés.Elle laisse à chacun son tempérament, ses façons de penser, sa tournure d\u2019esprit, jusqu\u2019à ses imperfections; elle l\u2019éclaire, le pousse à écrire, l\u2019assiste positivement, afin qu\u2019il ne commette pas d\u2019erreur.On explique ainsi la diversité des points de vue chez les Evangélistes.Matthieu est le théologien de la messianité, Marc un simple catéchiste qui raconte avec une savoureuse spontanéité.Le plus historien des synoptiques est Luc.Jean est le théologien de la grâce, de la lumière et de la vie.Sa doctrine a des résonances profondes dans le monde divin.Ecrivant à la fin du premier siècle, il possède une information plus abondante, ce qui lui permet de compléter et de préciser les récits de ses devanciers (pp.41-119).Telles sont les idées que M.le chanoine Cerfaux s\u2019est appliqué à mettre en lumière au cours de son livre.Son exposé est toujours clair, toujours précis.Dégagée du fatras de l\u2019érudition savante, cette nouvelle étude sur les Evangiles s\u2019adresse aux lecteurs sérieux et cultivés qui veulent s\u2019initier sous la direction d\u2019un maître aux questions bibliques.Arthème Tétrault.U Immaculée-Conceplion.PHILOSOPHIE Jacques Maritain: Raison et raisons.\u2014 « Luf », Paris, 1947.350 pp.CE RECUEIL comprend divers écrits des douze dernières années dont plusieurs traductions d\u2019articles ou de conférences d\u2019abord rédigés en anglais, aux États-Unis.Les écrits polémiques ou les discours de circonstance contiennent peu de substance doctrinale (v.g.« Message au soir de la mort de S.S.Pie XI »).Ici et là, des aperçus nouveaux, suggestifs mais non élaborés (« Sur le jugement artistique »).Quelques exposés de thèses traditionnelles n\u2019apprendront rien aux professionnels de la philosophie; les étudiants ou les honnêtes gens y retrouveront la doctrine des bons manuels sous une forme plus séduisante que celle du schéma (« De la connaissance humaine », « L\u2019immortalité de l\u2019âme »).Ces exposés sont suffisamment clairs et concis.Ailleurs, on trouve encore quelques pages plus obscures, aux phrases démesurées, déséquilibrées, chargées de parenthèses, alourdies de termes techniques qui risquent de paraître mal venus, prétentieux.JUIN 1949 RÉCENTS Mais ce qui nous attache à Maritain, c\u2019est cet intarissable enthousiasme pour le thomisme, cette persuasion communicative que la philosophie chrétienne répond aux questions des hommes de notre temps, cet empressement à monnayer la doctrine, à l\u2019appliquer à la solution des problèmes concrets qui se posent aujourd\u2019hui en spiritualité, en esthétique, en politique et en sociologie; cette grande ouverture d\u2019esprit, cette sympathie intellectuelle et cette compréhension à l\u2019égard des artistes, des savants et des philosophes de toutes catégories (cf.« Coopération philosophique et justice intellectuelle »).Une telle admiration pour saint Thomas, presque naïve et toujours intacte, devrait gagner certains éclectiques aventureux qui subissent le thomisme plutôt qu\u2019ils n\u2019en vivent, plus pressés de « renouveler » ou de « dépasser » saint Thomas que de l\u2019étudier.Par ailleurs, la souplesse et le courage du philosophe engagé, parcourant le monde pour exposer la doctrine salvatrice à tous les auditoires et dans tous les langages, pourrait inciter quelques professionnels à un apostolat plus formellement intellectuel.Jean Ra cette.L\u2019Immaculée-Conception.SCIENCES SOCIALES Équipe de Recherches sociales: Recherches.\u2014 Local E-416, Université de Montréal, mars 1949.53 pp., 28.5 cm.EN AVRIL 1947, des étudiants de l\u2019Université de Montréal décidaient la formation d\u2019un groupe « qui s\u2019efforçât d\u2019arriver à connaître au moins les données élémentaires du problème social, les solutions que de toutes parts l\u2019on propose, qui tentât, en même temps, de rétablir entre le monde ouvrier et le monde universitaire le contact malheureusement rompu depuis longtemps ».La fin de l\u2019année universitaire retarda le mouvement jusqu\u2019à l\u2019automne.Commencèrent alors les réunions \u2014 forums hebdomadaires où furent invités des économistes, des sociologues, des avocats initiés aux questions sociales, des chefs syndicalistes, des représentants d\u2019associations de patrons, des journalistes, etc.Aux forums sont venus s\u2019ajouter différents groupes \u2014 de politique sociale, d\u2019études des doctrines et tentatives sociales, postuniversitaire \u2014 pour l\u2019approfondissement d\u2019une question déterminée.Il y a aussi des cellules d\u2019action et un centre de documentation.Il y a enfin Recherches, publication trimestrielle qui dira les préoccupations de l\u2019Équipe et s\u2019efforcera « d\u2019amener toujours plus de gens à travailler dans le sens des objectifs qui sont les siens ».Ils étaient dix-sept membres au début; ils sont maintenant plus de soixante.Ce bref résumé montre le sérieux du mouvement.D\u2019autres ont déjà noté que cette initiative des jeunes de l\u2019Université n\u2019est pas banale.La première partie du cahier contient trois articles: Joseph Folliet parle du prolétariat; Gérard Pelletier, de notre Loi des Accidents du travail dans ses rapports avec l\u2019hygiène industrielle; Gérard Lemieux, de l\u2019éducation populaire.La deuxième section présente le travail des commissions d\u2019étude sur le problème du salariat et la culture populaire; l\u2019information est ample.La dernière partie renferme, entre autres choses, le texte intégral du mémoire soumis en décembre dernier au gouvernement provincial par la C.T.C.C.On ne comprend pas que le désormais fameux Code du travail ait été présenté après ces remarques et ces suggestions.Le numéro de juin contiendra un rapport sur les Expériences d'un effort de collaboration patronale-ouvrière.C\u2019est là pour l\u2019Équipe un magnifique centre d\u2019intérêt.Tant que cette collaboration n\u2019existera pas, la paix sociale sera en danger.Albert Plante.François-Albert ANGERS: Initiation à l'Économie politique.\u2014 Fides, Montréal, 1948, 308 pp., 20 cm.IL NE FAUDRAIT PAS demander à cet ouvrage plus que l\u2019A.n\u2019y a voulu mettre.En conséquence, avant tout jugement, le titre est à remarquer: il s\u2019agit d\u2019une « initiation », et la préface est à lire: il s\u2019agit d\u2019un « texte élémentaire sur les notions 169 IIIe Centenaire des Saints Martyrs Canadiens PELERINAGE NATIONAL à l'endroit de leur martyre, Fort Sainte-Marie, Ont.sous le patronage de NN.SS.les Archevêques et Evêques du Canada et la direction spirituelle des RR.PP.Jésuites.24-26 juin 1949 Magnifique voyage de 900 milles en wagons Pullman Excursion historique dans la région de la Baie Géorgienne.\u2022 \u2022 \u2022 Prix: pour Fort Sainte-Marie via Toronto et retour De Québec: $44.20 ET PLUS De Montréal: $37.50 ET PLUS Ce prix comprend le voyage au complet, le coucher les deux nuits et la tournée en autocar, mais non les repas.Prolongation de séjour si désiré.Renseignements et réservations auprès de l'Agence Canada - 2 oy age 15 est, rue Bernard, Montréal Tel.: CRescent 0109 \u2014.A Québec: 3-4667 fondamentales de l\u2019économie politique », d\u2019un texte qui a été conçu non « pour être lu, mais étudié ».Cette remarque faite, disons qu\u2019un tel ouvrage se recommande à la fois par sa grande clarté et par son adaptation au milieu canadien.Les divisions en effet sont claires et nettes, classiques même: consommation (l\u2019A.en fait « le commencement et la fin de toute l\u2019activité économique »), production, circulation, répartition: le tout expliqué d\u2019une façon simple, à la portée de toutes les intelligences, avec de bons exemples, et présenté avec force subdivisions, italiques et textes soulignés, qualités qui en font un instrument pédagogique de premier ordre.De plus, cet ouvrage porte en sous-titre: « Avec applications au Canada ».Et, de fait, il fait plaisir de rencontrer constamment des exemples canadiens.Ainsi, parlant des entreprises publiques, l\u2019A.mentionne la Commission des Liqueurs de Québec, l\u2019Hydro-Québec, le chemin de fer Canadien-National, la Banque du Canada.Il nous offre même un substantiel chapitre sur Le système monétaire canadien.Dans le premier chapitre, l\u2019A.expose ses vues sur les rapports de l\u2019économie politique et de la morale.C\u2019était un sujet délicat et difficile à traiter dans un « très simple et très sommaire exposé descriptif » (p.9).Sa position toutefois ne manque pas de logique, si on admet avec lui que « l\u2019objet de l\u2019économie politique n\u2019est pas de regarder pour juger, mais de regarder pour expliquer » (p.15), Mais en est-il ainsi?La controverse sur ce point dure depuis un bon demi-siècle, et il serait trop long de s\u2019y engager.En attendant qu\u2019un jour M.Angers « remette tout sur le métier et rédige le manuel dont nous avons tant besoin » (p.9), \u2014 comme nous l\u2019espérons bien, \u2014 ce texte élémentaire pourra rendre de précieux services.\tRichard Arès> Chanoine P.Lesage.\u2014 Le Mouvement social chrétien du Nord.\u2014Éditions sociales du Nord, Lille, 1948.40 pp., 21 cm.TDETITE BROCHURE où l\u2019A., après avoir tracé les grandes lignes du mouvement social catholique au xix® siècle, expose les trois phases principales et particulières de ce mouvement dans le nord de la France: la démocratie chrétienne, le catholicisme social et le syndicalisme chrétien.La conclusion, nettement optimiste, lance un appel à l\u2019action sociale, à une action fondée sur une connaissance exacte de la doctrine de l\u2019Église, et tout particulièrement à une action en faveur du syndicalisme, car, aux yeux de l\u2019A., l\u2019avenir demeure conditionné par un syndicalisme animé de principes solides et décidé à construire dans une saine orientation qui l\u2019amènerait à s\u2019intégrer dans un ordre corporatif et social.Voilà pourquoi « c\u2019est l\u2019heure de l\u2019influence pour les chrétiens engagés dans le temporel ».Mot d\u2019ordre qui vaut pour tous les pays où lutte le syndicalisme chrétien.Richard Arès.BEAUX-ARTS Dom Paul BELLOT, O.S.B.: Propos d\u2019un bâtisseur du Bon Dieu.\u2014 Fides, Montréal, 1948.128 pp., 23 cm.1E PROMENEUR qui visite certains nouveaux quartiers de J Montréal, construits par rues entières en ces derniers mois, ne peut manquer d\u2019être choqué par la brutalité bestiale et par la cupidité des spéculateurs du logement à trois ou quatre pièces qui s\u2019étalent ainsi sans vergogne, authentiquement munies de permis de construire émanant de la cité de Montréal.Pourtant, avant d\u2019être une machine à revenus, une maison doit être un lieu d\u2019habitation décent pour des êtres humains.C\u2019est là le principe premier de toute architecture.Et c\u2019est celui que développe ici, dans le texte de huit conférences données à Montréal en 1934, sur les arts en général mais plus particulièrement sur l\u2019architecture, le Bénédictin génial que fut Dom Bellot.Sous les titres Le renouveau de l\u2019art et du goût, Les conditions d\u2019un vrai style, Les conditions intemporelles du beau, L\u2019idéal et l\u2019ascèse de l\u2019art chrétien, Œuvre d\u2019art et technique, sont examinés les rapports de la sculpture, de la peinture, et même de la musique avec l\u2019architecture qui leur donne leur unité tant de lieu que de structure.Une souplesse incisive dans l\u2019analyse des données concrètes, une culture humaniste de la plus haute valeur, une connaissance vécue des valeurs chrétiennes, et par-dessus tout une fécondité créatrice vigoureuse, tels sont les caractères 170 RELATIONS principaux que manifeste l\u2019auteur dans ces conférences.Tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019art y trouveront à la fois plaisir et avantage.Seize rotogravures judicieusement choisies et d\u2019une parfaite exécution rendent plus sensible encore le plaisir intellectuel qu\u2019offre le texte.\tJacques Tremblay.LINGUISTIQUE Pierre Groult: La formation des langues romanes.\u2014 Casterman, Tournai, 1947.226 pp., 20 cm.UNE VULGARISATION assez haute pour mériter d\u2019être soulignée.Le titre suggère une ampleur que n\u2019a pas le volume: l\u2019auteur étudie à peu près exclusivement le français, l\u2019italien et l\u2019espagnol.Conscient de la difficulté de son entreprise, M.le chanoine Groult a « tenté la gageure ».Dans un style toujours vif, éminemment concret, l\u2019auteur présente d\u2019abord un bref aperçu de la Romania et nous fait comprendre pourquoi et comment nos parlers romans ont acquis leur forme actuelle.Cette première partie constitue une sorte d\u2019arrière-plan historique aux développements techniques qui doivent suivre.La plus grande partie de l\u2019ouvrage ramasse l\u2019essentiel des changements morphologiques et syntaxiques survenus dans la romana lingua, dès la fin de l'Empire.On insiste à très bon droit sur le fait que français, italien, espagnol, etc., ne sont autre chose que du latin, du vrai latin, prononcé autrement qu\u2019à l\u2019époque classique, voire construit autrement, pour des motifs historiques et psychologiques.L\u2019ouvrage entier trahit chez l\u2019A.une connaissance solide de ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler les lois linguistiques, en même temps qu\u2019une information poussée en matière de romanisme.L\u2019effort de vulgarisation crève les yeux dans chaque section: aucune accumulation indue de termes appartenant au langage spécialisé de la science linguistique; délicatesse et sobriété dans le développement des notions; illustrations verbales et exemples concrets qui satisfont l\u2019esprit.Une seule question demeure: cet ouvrage serait-il bien le modèle du genre?Peut-être l\u2019élément spécifiquement technique y est-il encore, aux yeux du non-initié, un peu trop rigide.Mais qui trouvera la formule de parfaite vulgarisation des données purement linguistiques ?Quant à l\u2019A., il n\u2019ignore pas ce problème.S\u2019étant proposé de « projeter quelque lumière sur les langues romanes qui nous sont si chères, montrer l\u2019intérêt de leur étude et susciter le désir d\u2019y aller voir de plus près », il a produit une œuvre dont le cachet particulier recèle une intention expresse de faire voir, faire comprendre, faire aimer.Le linguiste lui-même, s\u2019il n\u2019y apprend pas beaucoup de nouveau, se plaît à parcourir ces pages, parce qu\u2019il y découvre un style brillant, au service d\u2019une science réputée un peu austère.Ernest Richer.U Immaculée-Conceplion.PROBLÈMES ACTUELS Tél.FAlkirk 1116 ÉCHANGE PRIVÉ * Cfjartionmau g\tlimitez Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Vous obtiendrez Qualité \u2022 Stylé \u2022 Confort dans les marques les plus réputées à nos trois magasins \u2019V Pour dames ¦ Pour messieurs CHAUSSURES SLATER Adrien Malo, o.f.m., A.-M.Guillemette, o.p., Irénée Lussier, ptre, Clément Morin, P.S.S.: L\u2019Heure dominicale, 3e série.\u2014 Edit.Chantecler, Montréal, 1949.204 pp., 19 cm.UN LIVRE de deux cents pages, simple de présentation et riche des renseignements les plus divers.Les AA., en effet, \u2014 quatre théologiens compétents \u2014 ont rattrapé les ondes dominicales pour fixer à jamais, dans ce volume, les thèmes variés de leur forum hebdomadaire.Et nous voici en possession d\u2019un beau fruit mûr; le résultat d\u2019un travail constant et sérieux de quatre prêtres qui, tout le long de l\u2019année, ont scruté avec intérêt les problèmes qu\u2019on leur présentait et les ont résolus avec tact et précision.Le tout livré aujourd\u2019hui de façon si simple qu\u2019on céderait volontiers à la tentation de croire qu\u2019ils ont procédé comme en se jouant.Qu\u2019on se ravise pourtant: la clarté des solutions, la nuance des distinctions, la concision des formules, le choix même des mots laissent deviner une longue réflexion, inspirée par le zèle éclairé d\u2019apôtres qui ont compris n\u2019avoir pas le droit, en pareilles circonstances, de bâcler le travail.Enjeu trop important! La troisième d\u2019une série, cette petite « Somme » de solutions à des difficultés courantes servira assurément d\u2019arbitre aux débats qui s\u2019élèvent dans nos salons et tranchera, sans heurt, plus d\u2019une discussion.Une table des matières, par ordre alphabétique, Pour enfants CHAUSSURES MCFARLANE ?AJUSTEMENT PARFAIT Spécialité : Aux pieds sensibles BOTTIERS FASHIONABLES 1500 est, rue Mont-Royal, coin Fabre 6914, rue Saint-Hubert, près Bélanger 4029 est, rue Ontario JUIN 1949 171 CONSERVEZ J\\elationà Relations constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.$1.25 Par la poste $05 Non, Relations nest pas utile, Slelationà est indispensable.Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de J^elationi ¦ MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor c4chète BIEN qui achète chez MONTREAL en rend la consultation facile, et supprimera du coup le risque des fastidieuses recherches qui font abandonner la partie et favorisent l\u2019ignorance.Quelques réserves.Est-il opportun de traiter publiquement (p.63) de la méthode «Ogino» ?La question ne relève-t-elle pas plutôt du domaine de la direction particulière, en raison de multiples inconvénients faciles à imaginer ?Nous serions porté à le prétendre.A propos du deuil (p.72) nous divergeons d\u2019opinion: nous sommes d\u2019avis qu\u2019il est toujours de mauvais goût de porter sa peine en écharpe: nous croyons nous aussi, sincèrement, le deuil sans valeur satisfactoire, quand il n\u2019est accepté que pour obéir à des conventions mondaines; mais si la pensée du sacrifice l\u2019accompagne?Et c\u2019en est un sacrifice pour le sexe féminin de remettre au placard ses toilettes voyantes; c\u2019en est un autre de fermer le piano ou de supprimer, pour un temps, non pas toutes distractions, mais du moins les plus bruyantes.Nous admettons cependant qu\u2019il est exagéré d\u2019imposer son deuil, inconsidérément et sous toutes ses formes, à l\u2019ensemble de ses visiteurs.A regretter peut-être, ici et là, quoique rarement, l\u2019emploi d\u2019expressions moins relevées, v.g.« en tassage » (p.66), « en gang » (p.194): on peut toujours se faire comprendre, même sans concession.Il reste que le livre n\u2019est pas de la catégorie des bouquins: il ne dormira jamais sur les rayons d\u2019une bibliothèque; mais toujours jeune, avec ses deux compagnons, il sera le bienvenu dans les milieux les plus populaires, comme les plus cultivés.Nous devons en remercier les théologiens de l'Heure Dominicale, sans oublier de les féliciter.Ils le méritent.\tpauj p0RTiN Maison Bellarmin.ACTION CATHOLIQUE Témoignages, revue de l\u2019Action catholique diocésaine de Chicoutimi.\u2014 Mensuelle.Abonnement: $1.00.IL Y A LIEU de souligner l\u2019apparition de ce périodique destiné à fournir aux dirigeants des mouvements et des œuvres une direction sûre et des renseignements abondants.Nous remarquons, dès les premiers numéros, la préoccupation essentielle de la sûreté de doctrine.Témoignages ne serait donc ni rétrograde, ni trop avancé; il ne s\u2019attachera à aucun système particulier, tout en restant fidèle à l\u2019esprit qui l\u2019a inspiré.Il donnera la préférence, peut-être, aux méthodes modernes, si elles répondent mieux aux nécessités locales; il rendra justice aux anciennes qui s\u2019avèrent pratiquement indispensables; par-dessus tout, il écoutera attentivement la voix qui vient de Rome, afin de transmettre la volonté du Chef suprême de la hiérarchie, tel qu\u2019il convient à une publication de ce genre.Telles sont les tendances très louables que nous avons cru discerner dès les premiers numéros du nouveau périodique.Il convient d\u2019en féliciter le courageux directeur, M.l\u2019abbé Gérard Bouchard, et son équipe de rédacteurs, en souhaitant que le premier tome soit à la tête d\u2019une longue et précieuse collection.\tRaymond Dunn.Maison Bellarmin.Orientation, Collection « Mon Avenir ».L\u2019ÉCOLE DE PÉDAGOGIE et d\u2019Orientation de l\u2019Université Laval présente une série de monographies professionnelles, intitulée « Mon Avenir ».Les monographies actuellement en vente (l\u2019art commercial, la vente, l\u2019avocat, le travailleur social, le bibliothécaire, le briqueteur) sont des traductions et des adaptations de la collection Occupational Information Monographs publiée par le Vocational Guidance Centre de l\u2019Université de Toronto et il semble qu\u2019il en sera ainsi pour les autres.Le plan de présentation, toujours le même, est emprunté à Par-menter dans son Occupations Course: Histoire et importance; nature du travail, conditions du travail; qualifications requises; préparation désirable; chances d\u2019avancement; rémunération.Ces divisions révèlent la tournure pratique de ces monographies.Cette collection mérite l\u2019appréciation qu\u2019on lit sur le dos de chaque fascicule: documentation précise, complète, récente.Elle demeurera un instrument important dans toute bibliothèque d\u2019orientation.\tFénelon Roy.Collège Brébeuf.172 RELATIONS Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET Vient de paraître L\u2019Eglise Catholique et l\u2019organisation de la société internationale contemporaine (1939 - 1949) Les faits - Les principes - Le programme par le P.RICHARD ARÈS, S.J.En vente au Messager Canadien, 1961, rue Rachel Est, Montréal - 34 PRIX: $3.50.Un ü>at!beptt>t Assurances en vigueur: CENT MILLIONS O Actif : QUINZE MILLIONS Versé aux assurés et bénéficiaires : SEIZE MILLIONS o4iiu%anceâ Aux la vie Aoui toute A leA /otmeA jfloueH*.TABAC A PIPE jtfggjÉaBjgl u UN PRODUIT DE 6.HOUDE « GROTHÉ LIMITÉE Les Fabricants mm LIMITÉE Conâeil d\u2019admlnlâtxatlon : J.-Louis LÉVESQUE Président Gérard FAVREAU Vice-président exécutif et directeur général Lionel LACROIX 1 Directeurs généraux W.S.McCUTCHEON J adjoints Wm.HENSCHEL cQei vêtementâ 3a A h ion- Giajjt Aont l\u2019apanage d une miâe élégante.Emé.Lacroix, C.R.J.-A.Boivin, N.P.Représentés au Canada par au delà de 500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.^ NOUVELLE ÉMISSION HÔPITAL NOTRE-DAME-de-SAINTE-CROIX, mont-laurier, p.q.$800,000 d\u2019obligations première hypothèque et transport au fiduciaire d\u2019un octroi de $630,000 du Gouvernement de la Province de Québec.Date des titres : leT mai 1949 $ 74,000 d'obligations 3%\t\u2014 échéant du 1er mai 1950 au 1er mai 1954 $726,000 d'obligations 3^2% \u2014 échéant du leI mai 1955 au Ier mai 1964 Capital et intérêts semestriels (1er mai et 1er novembre) payables en monnaie légale du Canada, à toutes les succursales d'une banque à charte dans la province de Québec.Immatriculation facultative quant au capital seulement.Droit de rachat anticipé en totalité ou en partie, à 100 et les intérêts courus à toute date d'échéance des intérêts, sur préavis de trente jours.TITRES DE $500 ET $1,000 Fiduciaire : Trust Général du Canada, Montréal.Consultation juridique : Me Emé.Lacroix, C.R., Montréal.Placement autorisé pour les compagnies d'assurance enregistrées en vertu de la Loi des compagnies d'assurance canadiennes et britanniques 1932 (22-23 Geo.VI, chap.46) et ses amendements.TABLEAU DES ÉCHÉANCES Tranche 3%\tTranche 33^% 1950 \u2014\t$14,000\t1955\t\u2014\t$47,000\t1960\t\u2014 $ 56,000 1951\t\u2014\t14,000\t1956\t\u2014\t49,000\t1961\t\u2014\t58,000 1952\t\u2014\t15,000\t1957 \u2014\t50,000\t1962\t\u2014 60,000 1953\t\u2014\t15,000\t1958\t\u2014\t52,000\t1963\t\u2014 62,000 1954 \u2014\t16,000\t1959\t\u2014\t54,000\t1964\t\u2014 238,000 L'offre de ces titres est subordonnée à leur émission, à leur livraison entre nos mains, et à T approbation de nos avocats.PRIX : $100 et l\u2019intérêt couru.210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal.Tel.: LA.9241\t65, rue Sainte-Anne, Québec.TéL : 2-1852 U (f^elationà \u201d vouà plait} paââez-le a vo£ amiâ tùa@10i5e 11 IMPRIMERIE OU MESSAOER, MONTREAL "]
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