Relations, 1 juin 1950, Juin
[" L\u2019INCIDENT DE SHAWINIGAN -Albert PLANTE- DEUX PATRONS QUI ONT RÉFORMÉ LEUR ENTREPRISE Richard ARES CULTURE FRANÇAISE, RICHESSE CANADIENNE Stéphane VALIQUETTE LA MAISON DE SILLERY ¦ RETOUR AUX VIEUX NOMS ¦ À L\u2019OEUVRE ON CONNAÎT L\u2019ARTISAN > Emile GERVAIS Alexandre DUGRÉ Jacques TREMBLAY POUR ETRE LE PEUPLE DE L\u2019AVENIR EN AMERIQUE Albert RIOUX MONTREAL SOMMAIRE JUIN 1950 Éditoriaux.153 Frères dans le besoin.\u2014 Nécessaires balayages.\u2014 A l\u2019affiche, ce soir.Articles L\u2019INCIDENT DE SHAWINIGAN.Albert Plante 155 DEUX PATRONS QUI ONT RÉFORMÉ LEUR ENTREPRISE.Richard Arès 158 CULTURE FRANÇAISE, RICHESSE CANADIENNE.Stéphane Valiquette 161 POUR ÊTRE LE PEUPLE DE L\u2019AVENIR EN AMÉRIQUE.Albert Rioux 162 LA COPROPRIÉTÉ ET LA CRISE DE L\u2019HABITAT EN FRANCE.Marcelle Dutheil 165 RETOUR AUX VIEUX NOMS .Alexandre Dugré 166 Commentaires.168 La Chambre de Commerce de Montréal devant la Commission Massey.Au fil du mois.170 Mgr de Laval reçu en triomphe.\u2014 Fierté et continuité rurales.\u2014 Voilà soixante-quinze ans.\u2014 Beurre et pommes de reste.\u2014L\u2019Irlande est inquiète.\u2014La Maison William Lyon Mackenzie.\u2014 Aventuriers de la grâce.\u2014 L\u2019enquête sur la moralité.Articles SUR UNE APPRÉCIATION DE CHRISTOPHER DAWSON.Richard Arès 172 LA VIEILLE MAISON DE SILLERY.Émile Gervais 174 LA FRONTIÈRE NOIRE.Roxan Roald 176 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 178 OÜ EST LE RÈGNE DE DIEU ?Jacques Tremblay 180 À L\u2019ŒUVRE ON CONNAÎT L\u2019ARTISAN.Jacques Tremblay 181 Les livres.182 Le Cercle Lacordaire.L\u2019abstinence totale.Georges Van Belleghem Racines._ ^Alexandre Dugre Affaire de famille.J Sœur Sainte-Théophanie.Paul Racine La Roumanie sous le joug soviétique .Joseph Ledit Les Clefs de l\u2019Orage.Julien Laperrière En trois mots.184 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs: Joseph-P.Archambault, Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Louis C.de Léry, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin.Secrétaire de la rédaction : Émile Gervais Administrateur : Raymond Dunn Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi posted de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. Xème année, No 114 Montréal Juin 1950 EDITORIAUX Jxèxeâ clanâ le besoin FOUETTÉ par un grand vent, le feu a consùmé dans sa sauvagerie des centaines et des centaines de maisons à Rimouski et à Cabano.Au Manitoba, les eaux du printemps se sont gonflées dans les rives de la rivière Rouge pour les déborder doucement et se répandre tranquilles, étales, par rues, égouts, caves, maisons, villes, villages, pour en chasser les hommes et leurs familles.Sournoises ou violentes, les révoltes de la nature sont toujours terribles.Et même quand ses instruments de laboratoire l\u2019ont averti du danger, l\u2019homme s\u2019en défend mal.Ses précieux gadgets, qui lui rendent tant de services, deviennent impuissants.20 millions de dommages à Rimouski, 300 millions au Manitoba.Mais nous venons d\u2019en être encore témoins: c\u2019est dans les défaites de ses œuvres matérielles qu\u2019éclate souvent la véritable grandeur de l\u2019homme.Il se révèle d\u2019un autre ordre que les techniques qu\u2019il invente, que les éléments qui l\u2019accablent, que les œuvres qu\u2019il bâtit de ses mains.Par leur courage à défendre le bien commun, les sinistrés ont dominé l\u2019épreuve, et le reste du pays a prouvé, par son exemple d\u2019entr\u2019aide, la générosité de l\u2019homme.Le mouvement de secours prit naissance la nuit même du désastre de Rimouski.Il grandit avec le malheur de Cabano puis s\u2019étendit avec l\u2019inondation du Manitoba au pays tout entier.Cette charité ne connaît ni races, ni barrières, ni partisaneries, ni politique provinciale, ni politique fédérale.La campagne du Star est particulièrement impressionnante; Londres, qui n\u2019a pas encore déblayé ses propres ruines, a voulu se cotiser; et le Saint-Père, dont la charité s\u2019étend aux malheureux du monde entier, a été un des tout premiers à ouvrir une main largement secourable.Devant ce courage, cette solidarité, ce sens civique, qui peut s\u2019empêcher de penser que l\u2019idéal du Christ presse les hommes, parfois à leur insu ! Toutes les différences sont oubliées.Il n\u2019y a plus qu\u2019une grande misère à secourir.^Nêceââaixe* balayage* TL Y A quelque temps, un de nos abonnés nous écrivait J- pour dire qu\u2019il nous serait « très reconnaissant » de publier une « véritable étude » sur la Loi des liqueurs « en train d\u2019alcooliser notre province.Bientôt notre jeunesse sera pourrie jusqu\u2019à la moelle si nous n\u2019agissons pas avec énergie et persévérance ».Même en supposant que ces affirmations soient exagérées, un fait est certain : il y a des abus sérieux.Des observateurs impartiaux et désintéressés pourraient apporter des preuves irréfutables.Voulant répondre au désir de notre abonné, nous avons demandé à un éminent avocat un ou plusieurs articles sur la Loi des liqueurs.Sa réponse fut catégorique: « Des écrits n\u2019avanceraient à rien.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est sortir la politique de la Loi des liqueurs.» Affirmation qui rappelle celle faite, il y a trois ans, par un chef de police : « Une Commission des liqueurs indépendante de la politique est l\u2019unique solution au problème des grills.Les brasseries sont également de cet avis.Un de leurs représentants me le disait récemment.Elles redoutent que l\u2019opinion publique ne se soulève un jour contre les abus et ne réclame la prohibition totale.» Ce que ce chef de police disait des grills est vrai de tous les débits de boisson.Aussi n\u2019y a-t-il vraiment qu\u2019une solution: une Commission des liqueurs libre d\u2019agir en tout et partout d\u2019après les seules exigences du bien commun.La Lettre pastorale de 1938 sur la tempérance, parlant des différents remèdes à l\u2019alcoolisme, décrivait le rôle des autorités civiles, provinciales et municipales: limiter le nombre des tavernes, hôtels, grills, clubs, restaurants licenciés et autres débits de boisson; entraver la fabrication et la vente clandestines; défendre le commerce des boissons alcooliques dans les lieux d\u2019amusements et les jours de grandes réunions populaires; limiter les heures de ce commerce et lui imposer des règlements qui le gardent dans l\u2019ordre et la moralité; droits de patente et de vente accordés seulement à des personnes responsables et dignes; application loyale et rigoureuse des lois existantes; répression efficace de toutes les transgressions, plus spécialement, la vente des spiritueux et de la bière le dimanche.Nosseigneurs les évêques prenaient sans doute soin de noter qu\u2019 « on ne rend pas les peuples vertueux et tempérants par décrets », et que la plus forte digue à opposer à l\u2019alcoolisme, c\u2019est la formation des individus et des classes sociales les plus atteintes, formation qui a comme base essentielle « la foi aux vérités chrétiennes et la pratique des préceptes qui en découlent ».Ceci admis, il reste que les autorités civiles, de par leur fonction, doivent procurer à leurs sujets, par une législation bien faite et bien appliquée, un terrain favorable à la pratique de la vertu.Or, notre Loi des liqueurs est incomplète et insuffisamment appliquée.L\u2019enquête sur la moralité à Montréal s\u2019en prend au vice et au jeu organisés.Elle a certes raison.Cependant, l\u2019alcool va souvent de pair avec la prostitution et le jeu.Il faudra donc s\u2019en prendre à lui également avec patience et courage.Ce sont là de nécessaires balayages si nous voulons une métropole et une province propres.c4 l\u2019allichey ce âoix /^\\UI, IL EXISTE pour la vente comme pour la pro-duction des films un code de moralité.Ce code s\u2019inspire de Y International Advertising Association qui, dans le monde des affaires, voit à « la vérité, l\u2019honnêteté, l\u2019intégrité » de la réclame., ce qui laisse encore assez d\u2019envol aux poètes du savon, de la cigarette, de la gomme à mâcher.Admirez ce distique: Dont talk, chum \u2014 Chew Topp\u2019s gum ! Le code régissant la vente des films stipule que la réclame doit « refléter la haute teneur des pellicules ».On a bien lu: « la haute teneur »! Ce n\u2019est pas tout.« Le bon goût doit être la règle directrice ».! Illustrations et textes seront vrais: « pas d\u2019affirmations trompeuses.No.misleading statements ».Voici plus édifiant encore! Aucun détail de crime, aucune vulgarité, aucun mot grossier.Pas de nu provocant, pas d\u2019attitudes salaces! Nudity with meretricious purpose and salacious postures shall not be used.Eh oui! C\u2019est le texte exact.Mais vous avez raison! A voir affiches, légendes, primeurs sur les écrans, qui s\u2019en douterait ?On se souvient de Johnny Belinda, le beau film qui valut à la vedette Jane Wyman un grand prix du cinéma américain.Au-dessus de la nouvelle marquise aux cent lumières du théâtre Princess, à Montréal, brille l\u2019affiche coloriée: la jeune sourde-muette, effrayée, sans défense, est sur le point d\u2019être assaillie.sans meretricious purpose, évidemment! Johnny Belinda date déjà, mais Stromboli vient de passer sur nos écrans.« Flaming Island.Raging Passions, Ile de feu.Passions déchaînées », promettaient les annonces vulgaires.L\u2019allusion aux adultères Rosselini et Ingrid Bergman pouvait-elle être plus indiscrète?On célèbre également par un festival de films les amours musulmanes de Rita Hayworth.On sort de la poubelle The Outlaw, interdit voilà trois ans.Lavé, épuré, il est aujourd\u2019hui coté « pour adultes avec des réserves ».Par contre, comme la réclame s\u2019en paye! Inutile de décrire.Inutile de citer.La fièvre de l\u2019impur \u2014 meretricious purpose \u2014 est flagrante.C\u2019est bestial comme un hennissement.Pis encore.Tout le mois d\u2019avril, Guilty of Treason, Coupable de Trahison, fut à l\u2019affiche sur le Broadway.Au milieu des néons qui rampent, éclatent, serpentent, se reflètent rouges, verts, jaunes sur le pavé mouillé, voici d\u2019énormes pancartes.Une jeune fille est couchée sous le fouet du tortionnaire; puis, les cheveux en désordre, la robe entr\u2019ouverte, elle est pendue à des cordes.« Trahie par son amant », lit-on.Et encore: « Dépouillée de toute pudeur.par des hommes sans honneur! » Et encore: « Il y a plus d\u2019un moyen pour obtenir d\u2019une femme qu\u2019elle trahisse son honneur »; « La plus révoltante histoire de dégradation humaine jamais mise à l\u2019écran ».Est-ce parce que le théâtre Mayfair se trouve en face de la boîte de nuit Le Quartier Latin qu\u2019on y donne ce drame passionnel ?\u2014 Vous n\u2019y êtes pas.Guilty of Treason n\u2019est pas un drame passionnel, mais un drame religieux.C\u2019est le film sur le cardinal Mindszenty.\u2014 Malin qui le devinerait.Du cardinal, pas un mot, pas une image.De la tyrannie communiste, pas un mot, pas une image.De la Hongrie, rien.Rien de rien! C\u2019en est trop! Ces audaces de proxénètes viennent de rebondir au Sénat américain.Edwin C.Johnson, du Colorado, président de la Federal Communications Commission, accuse les grandes compagnies « d\u2019exploiter intentionnellement le scandale afin de promouvoir la vente des films ».On dépêche à Hollywood le juge Stephen S.Jackson.Brocards, plaisanteries, grivoiseries pieu vent.C\u2019est un « mouchard », un « écornifleux », un « puritain morbide ».Les bonnes familles d\u2019Hollywood se plaignent de la réputation qu\u2019on leur fait.Mais à qui la faute si le public croit que la capitale du cinéma est peuplée de bellâtres, d\u2019adultères, de fumeurs de marijuanna, de beaux gigolos, et de belles névropathes ?« La publicité et la vente des films sont soigneusement et intentionnellement mauvaises », concluait, en marge d\u2019une enquête, la revue Life que personne pourtant ne confondra avec François ou la Semaine de Suzette.Eric Johnston, président de la Motion Picture (.Producers) Association of America, avoue sa « grave inquiétude » et parle de « moyens sérieux pour traiter ce problème ».Il en est plus que temps.Hollywood doit reviser ses jugements sur la valeur de son commerce.Il vend de la cinématographie, non de la pornographie ; les salles de cinéma ne sont pas des boîtes de nuit.Le septième art est la grande école moderne où, chaque soir, viennent trouver délassement, culture, émerveillement, des millions d\u2019hommes.Michelet voyait dans ses 154 RELATIONS rêves « un théâtre immensément populaire, qui circulerait dans les moindres villages ».Et le cinéma fut! Si sa fin principale est de divertir, par la force des choses, il élève ou ravale.Or « un peuple, écrit Pie XI dans l\u2019encyclique Vigilanti Cura, qui, dans ses moments de repos, se livre à des divertissements qui blessent le sens de la pudeur, de l\u2019honneur, de la morale, à des récréations qui constituent une occasion de péché, spécialement pour les jeunes, se trouve en danger de perdre sa grandeur et sa puissance nationale ».Un projet de loi du sénateur Edwin C.Johnson obligerait acteurs et réalisateurs à se munir d\u2019un permis fédéral, révocable pour inconduite.Mieux vaut, pensons-nous, qu\u2019Hollywood se réforme de lui-même.S\u2019il s\u2019y refuse, l\u2019État se doit d\u2019intervenir, car la santé d\u2019une nation demande que ne débordent pas les égouts.Les critiques d\u2019Europe reprochent au cinéma américain d\u2019avoir toujours quelque chose à démontrer.Il serait rempli d\u2019intentions métaphysiques.Hélas! la réclame ne l\u2019est pas, ni la vie de trop de stars.L\u2019INCIDENT DE SHAWINIGAN Albert PLANTE, S.J.NOS LECTEURS savent de quel incident il s\u2019agit.Le 12 avril au soir, réunion d\u2019une trentaine de membres de Y Assemblée chrétienne (Christian Brethren) ; rassemblement, en avant du local, de quinze cents à deux mille personnes; lancement d\u2019œufs et de pierres, éclatement de la vitrine, dommages au mobilier et à une automobile.Dès le lendemain, l\u2019événement commençait un formidable tour de presse, de l\u2019est à l\u2019ouest: nouvelles, photos, éditoriaux, déclara-tionsi de différents milieux.La ville de Shawinigan et \u2014 une fois de plus \u2014 la province de Québec étaient accusées d\u2019intolérance, d\u2019infidélité aux principes sacrés de la liberté de conscience et d\u2019expression.Tour de presse de l\u2019est à l\u2019ouest.Pour prouver qu\u2019il n\u2019y a dans cette expression aucune exagération, voici la lettre, en date du 26 avril, reçue du curé de la paroisse du Saint-Sacrement de Vancouver: Il y a quelque temps un fait assez étrange s\u2019est produit à Shawinigan.Un groupe de catholiques aurait lancé des pierres et vilipendé de toutes façons un petit groupe religieux réuni avec de bonnes intentions.Or, dans les centres non catholiques comme Vancouver, on a vite fait de généraliser et l\u2019on exploite cet incident contre l\u2019Eglise.Pourriez-vous nous faire parvenir des explications ou commentaires de cette manifestation de fanatisme rapportée par les grands journaux ?Nous savons que les catholiques de Shawinigan ne persécutent pas d\u2019ordinaire les protestants.De façon plus précise, nous aimerions des éclaircissements sur les points suivants: 1° Quel était le motif de l\u2019attaque contre cette secte?2° La majorité des manifestants étaient-ils catholiques et français?3° Auriez-vous quelques faits précis pour illustrer la largeur d\u2019esprit du Québec, au point de vue religieux et en particulier sur la situation favorable des groupes non catholiques de Shawinigan ?L\u2019attaque faite ici nous touche de près comme paroisse française et ce qu\u2019il nous faudrait, ce sont des faits et des données précis (v.g.découpures de journaux) qui pourraient éclairer les esprits bien disposés.Deux excellents éditoriaux, l\u2019un de M.Gérard Filion dans le Devoir, l\u2019autre de The Ensign, avaient très bien ramassé le problème et répondu aux objections.Toutefois, afin de pouvoir donner à notre correspondant de Vancouver le plus de détails possible, rien de mieux JUIN 1950 qu\u2019une visite à Shawinigan.Une fois les renseignements recueillis à la source, un article s\u2019imposait, pour dégager, à notre tour, la portée précise de l\u2019événement et montrer combien injustifiée est l\u2019accusation d\u2019intolérance, dite et redite contre Shawinigan et notre province.M.François Roy, maire de Shawinigan, se prête de bonne grâce à l\u2019entrevue.Ce n\u2019est pas sans mérite, car s\u2019il en a entendu parler de l\u2019incident du 12 avril! Des lettres, plein un tiroir \u2014 dont plusieurs anonymes \u2014 venant surtout de Toronto et de Sherbrooke, le quartier général des Christian Brethren, lui ont dit sur tous les tons ce qu\u2019il fallait penser des manifestants, de la police et du maire.Le jugement indigné porté sur l\u2019événement répond si peu à la réalité que M.Roy est profondément peiné de la mauvaise réputation faite à sa ville.Ses amis l\u2019ont pressé de ne plus lire de ces lettres et de laisser cette tâche à sa secrétaire.C\u2019est ainsi qu\u2019une trentaine de lettres arrivées les derniers jours ne s\u2019étaient pas rendues jusqu\u2019à lui.M.Roy commence par nous parler d\u2019un chef de district des Christian Brethren \u2014 non de Shawinigan \u2014, connu dans la région pour son caractère violent.Quelques jours avant le 12 avril, il avait fait monter des passants dans son automobile, dans la direction des Trois-Rivières et de Shawinigan.Il avait traité les prêtres de païens, d\u2019« accotés avec les femmes », propos rapportés dans les familles.Les 11 et 12 avril, Shawinigan est inondée du pamphlet des Témoins de Jéhovah: Réveillez-vous ! Titre inspiré par ce texte de l\u2019épître aux Romains, mis en évidence: « C\u2019est l\u2019heure de nous réveiller enfin.» Quelques heures seulement après l\u2019entrevue avec le maire, un ami des Trois-Rivières nous donnait le pamphlet, une traduction de l\u2019édition anglaise.Il est important d\u2019en citer des extraits.Nous reproduisons tel quel le français du traducteur.Voici un jugement sur les droits des minorités dans le Québec et dans les autres provinces: Il semble que la contention soit que dans les endroits où les catholiques sont en majorité, les minorités n\u2019ont pas de 155 droits.C\u2019est une histoire complètement différente dans les autres parties du Canada où les catholiques demandent les droits de la minorité pour eux-mêmes.Le jugement est certes sommaire.La National Catholic Welfare Conference des États-Unis a demandé à M.Richard Pattee, son aviseur pour les questions internationales, un travail sur la situation des catholiques dans certains pays à majorité protestante.M.Pattee se trouvera à traiter également de la situation des protestants là où les catholiques sont en majorité.Nous l\u2019avons invité à faire bénéficier les lecteurs de Relations de ses recherches.Les Témoins de Jéhovah qui liront cette étude rigoureusement objective pourront constater de quel côté se trouve vraiment le respect de la liberté.Lisons maintenant un parallèle entre les Témoins de Jéhovah et l\u2019Église catholique: Les témoins de Jéhovah vont à l\u2019enseignement et au témoignage de la Parole de Dieu pour prouver que leurs enseignements sont véridiques.Ils ne craignent pas la dissémination de l\u2019enseignement catholique, laquelle, disons-le librement, n\u2019est nullement entravée par des émeutes.Les témoins de Jéhovah déclarent la parole de vérité de Dieu, le froment; non pas la paille catholique basée sur la tradition humaine.La vérité de Dieu est comme un feu qui consume la paille, comme un marteau qui brise le roc; elle n\u2019a aucune raison de craindre l\u2019enseignement catholique.Les témoins de Jéhovah n\u2019ont pas besoin de se cacher dans l\u2019obscurité, craignant les messages lumineux d\u2019autres personnes qui pourraient les exposer comme faux.C\u2019est l\u2019Eglise catholique qui craint la vérité annoncée par les témoins de Jéhovah, cherchant à les réduire au silence par des actes illégaux et obscurs.Ce texte préparait bien une attaque contre les prêtres: En réalité, ce sont les prêtres du Québec qui troublent la paix dans cette province, en ameutant les foules et les gens en autorité pour les inciter à agir injustement contre les témoins de Jéhovah.Les prêtres sont troublés parce que la vérité de la Bible les expose comme des « inventeurs de pensées mauvaises et d\u2019erreurs », et ils craignent des répercussions, lorsque les honnêtes gens catholiques apprendront qu\u2019ils ont été trompés.Posons la question: Réveilleriez-vous une personne endormie sur le chemin d\u2019une tornade qui approche, quoique vous devriez troubler temporairement sa paix en le faisant ?Alors les témoins de Jéhovah aussi prêcheront la Parole et l\u2019avertissement de Dieu, quoique cela puisse causer une perturbation temporaire de la paix.Comme plus ample preuve que c\u2019est le Catholicisme, et non pas les témoins de Jéhovah, qui met en circulation de la fausse monnaie, lisez l\u2019article, Le Catholicisme, un train pour le ciel?dans ce périodique.L\u2019article Le catholicisme, un train pour le ciel?qui termine Réveillez-vous ! commente une comparaison d\u2019une publication catholique pour illustrer « comme il est simple de voyager vers le pays de notre Père céleste ».Voici le dernier paragraphe de ce commentaire: Dans la citation d\u2019ouverture les auteurs catholiques prétendaient que par la ressemblance l\u2019Eglise catholique est le « train pour aller au ciel ».Au lieu de cela, la ressemblance la marque autrement.La conduite du clergé catholique ne suit pas le sentier de la Bible, mais elle ressemble plutôt à la route des Pharisiens.La doctrine catholique ne marche pas sur la route de l\u2019enseignement de la Bible, mais elle ressemble aux dogmes payens des temps anciens.Le catholicisme opère un train encombré de centaines de millions de voyageurs, et au lieu de ressembler au sentier étroit des Chrétiens, en route pour le ciel que peu ont trouvé, selon Jésus, il apparaît comme la route spacieuse allant à la 156 destruction et encombrée de multitudes.Le train du catholicisme est sur la mauvaise route de voyage pour les Chrétiens.Disons ici que les Témoins de Jéhovah vont commenter la Bible, avec un intérêt plus spécial, chez les familles de Shawinigan dans la misère.Le procédé manque d\u2019élégance, car la ville accorde à son Service de Bien-Être un budget annuel très généreux, soit, en 1949-1950, $52,000 pour une population de 26,793 au dernier recensement (1949).Les textes qui précèdent devaient être cités afin de prouver l\u2019illogisme de gens qui se montrent si chatouilleux sur la liberté de conscience et d\u2019expression.Un protestant notait tout récemment cet illogisme dans une lettre à un journal de langue anglaise d\u2019Ottawa.Il venait de lire un pamphlet des Témoins de Jéhovah, du genre de ceux distribués dans notre province, et il avait été troublé par le ton « négatif et destructif ».Il serait contrarié, disait-il, de voir sa propre religion attaquée de cette façon dans un écrit catholique.Et il ajoutait: « La liberté de parole est un héritage inestimable, mais on ne devrait pas en abuser.Le ton insultant de ce pamphlet est tel que je ne puis m\u2019empêcher de penser qu\u2019il avait pour but de fomenter du ressentiment.» A la distribution du pamphlet, ajoutons un incident qui se déroula le Vendredi Saint, donc cinq jours seulement avant la manifestation du 12.Le vendredi est jour de marché à Shawinigan.Une ancienne coutume veut que le Vendredi Saint, à trois heures, toutes les ventes cessent pour la récitation du chapelet.Cette année, un Témoin de Jéhovah, qui possédait un étalage, tourna l\u2019affaire en dérision.Il n\u2019alla pas trop loin, mais manqua sûrement de bienveillance et de tact.D\u2019après M.le maire, ceci fut comme « la dernière goutte qui fit déborder le vase ».Voici donc que Y Assemblée Chrétienne annonce une réunion pour le 12 avril au soir, dans la 4e Rue.Elle et les Témoins de Jéhovah sont deux groupes distincts.L'Assemblée Chrétienne revendique fortement ce point.Mais à peine un pour cent de la population connaissait ce fait, nous a-t-on dit.D\u2019ailleurs, la confusion était possible.Le Témoin de Jéhovah qui impatienta les catholiques au marché était aussi membre de l\u2019autre groupe.Et les insultes aux prêtres faites par ce membre de Y Assemblée Chrétienne, qui faisait monter les passants dans son automobile, ressemblaient en partie à celles de Réveillez-vous ! Les dommages causés à la propriété ne sont pas excusables, mais ne s\u2019expliquent-ils pas psychologiquement par l\u2019ensemble de faits qui viennent d\u2019être décrits : tours d\u2019automobile, incident au marché, distribution du pamphlet Réveillez-vous ! Comme disait le maire : « Il n\u2019y a rien de mauvais comme un bon garçon fâché.» La foule de 1,500 à 2,000 personnes qui s\u2019attroupa devant le local ne comptait pas toutefois un grand nombre de « bons garçons fâchés » ; une vingtaine seulement, m\u2019a-t-on dit, prirent une part active à la mani- RELATIONS festation.Tous les autres n\u2019auraient été que des curieux; plusieurs pensaient probablement qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de descente populaire contre un lupanar qui se trouvait justement au-dessus du local.S\u2019il s\u2019était vraiment agi d\u2019une foule en veine de persécution religieuse, les seuls dix policiers en service auraient été débordés et les personnes molestées.Notons qu\u2019il n\u2019y eut aucune violence contre les personnes.Certains journaux ont fortement reproché à la police de s\u2019être contentée d\u2019observer passivement les actes de violence contre la propriété, de n\u2019avoir pas su dominer la situation.Il est intéressant de savoir que la ville de Shawinigan n\u2019a, pour une population de près de 27,000 âmes, que trente policiers \u2014 à la fois pompiers \u2014 répartis en trois équipes et en deux postes.Il faut remonter à la conscription de la première Grande Guerre pour trouver des traces de troubles.Pendant la grève de l\u2019an passé, à la compagnie Shawinigan Chemical, le maire avait demandé aux policiers de ne pas s\u2019en mêler, et il n\u2019y eut aucun désordre.La population de Shawinigan n\u2019est donc pas turbulente.Tellement peu que, selon le mot du maire, « la police n\u2019est pas entraînée à manier les attroupements ».C\u2019est ce qui explique son attitude plutôt passive.Il n\u2019y eut chez elle aucune complicité avec ceux qui causèrent des dommages.Il y eut simplement crainte d\u2019aggraver l\u2019incident par des interventions, et d\u2019être débordée, vu le petit nombre des policiers en service.« Après tout, j\u2019aime mieux une vitre cassée qu\u2019un œil noir.» Répétons qu\u2019il n\u2019y eut aucun acte de violence contre les personnes et que les membres de Y Assemblée Chrétienne quittèrent le local sous la protection de la police.Celle-ci ne négligea pas de demander du renfort à la police provinciale à Montréal.Mais un second appel avertit que l\u2019ordre était rétabli et que l\u2019envoi des policiers n\u2019était plus nécessaire.Il est bon de savoir que le propriétaire de l\u2019immeuble avait été averti par le chef de police que le local, n\u2019ayant pas les sorties réglementaires, ne pouvait servir à des réunions publiques.La veille même de notre entrevue avec le maire, M.Arthur C.Hill, chef de Y Assemblée Chrétienne, avait signé cette déclaration: J\u2019ai eu l\u2019occasion de discuter avec les représentants officiels de la Cité de Shawinigan Falls les malheureux inci- dents qui se sont produits dernièrement dans cette ville et je suis heureux de pouvoir dire que l\u2019affaire a été réglée d\u2019une manière satisfaisante pour tous ceux qui sont concernés.Nous considérons cet incident comme clos et réglé et nous invitons nos amis et concitoyens à en faire autant.Nous nous excusons d\u2019écrire après cette invitation à la discrétion.Mais certains continuent de protester au nom de la liberté, faisant ainsi passer Shawinigan et le Québec pour des milieux à brimades religieuses.Il fallait exposer l\u2019ensemble des faits.Une conclusion s\u2019en dégage clairement: il n\u2019y aurait sans doute eu aucun incident si les Témoins de Jéhovah n\u2019avaient pas insulté la religion catholique et ses prêtres, et si les manifestants n\u2019avaient pas confondu Témoins de Jéhovah et Assemblée Chrétienne.On voit donc que la publicité extraordinaire donnée à l\u2019événement et que les appels de certains milieux à la tolérance et au respect de la liberté de conscience et de culte, laissent une fausse image de la réalité.A Shawinigan, catholiques et protestants vivent dans la plus parfaite harmonie.Mgr Hervé Trudel, depuis quinze ans curé de la paroisse Saint-Pierre, M.le maire, les ministres protestants des deux temples de la ville, peuvent attester ce fait à la face de la province et du pays.Le 17 avril, un reporter de la Gazette citait des témoignages prouvant clairement que les ministres protestants, à Shawinigan depuis plusieurs années, avaient toujours été en « termes très amicaux » avec la majorité catholique de la ville.L\u2019incident évidemment reste regrettable.Mgr Trudel et le maire l\u2019ont affirmé publiquement et ils ont instamment recommandé de se garder à l\u2019avenir de pareilles manifestations.Le maire disait récemment à Y Assemblée Chrétienne: «Vous connaissez les coupables.Poursuivez-les et la ville va agir dans les limites de la loi.» Mais si cet incident est regrettable et blâmable, il est tout à fait injuste de le prendre comme critère du respect des libertés à Shawinigan et dans notre province.Des incidents isolés, exagérés par certains milieux, restent des faits de minime importance, comparés à la bienveillance officielle et permanente de nos lois.Le régime scolaire des protestants du Québec illustre très bien ce que nous entendons par bienveillance officielle et permanente.La liberté religieuse est respectée chez nous.Seuls des esprits superficiels peuvent crier au scandale à l\u2019occasion de l\u2019incident de Shawinigan.\u2022 \u2022 SIGNES DES TEMPS DES HOMMES FORTS Formez des hommes forts qui soient à même de répandre autour d\u2019eux le bien et de diriger les autres à la lumière de principes bien nets.Nos temps veulent que les esprits des élèves soient orientés vers un sens de justice plus effective, en les débarrassant de leur tendance innée à se considérer comme une caste privilégiée et à craindre et esquiver la vie de travail.Qu\u2019ils se sentent et qu\u2019ils soient des travailleurs aujourd\u2019hui même dans l\u2019accomplissement constant des devoirs scolaires, comme ils devront l\u2019être demain dans les postes directeurs de la société.Il est bien vrai que, chez les peuples éprouvés par le fléau du chômage, les difficultés proviennent non pas tant du manque de bonne volonté que du manque de travail; cependant, il n\u2019est JUIN 1950 toujours pas moins indispensable que les maîtres inculquent l\u2019esprit de travail à leurs disciples.Que ces derniers s\u2019habituent donc au sévère travail de l\u2019intelligence et qu\u2019ils apprennent à supporter la dureté et la nécessité du travail afin de jouir des droits de la vie associée, au même titre que les travailleurs manuels.Donnez-leur aussi la conscience de leur propre responsabilité, et partant du précieux trésor de la liberté; formez également leur esprit à la saine critique, mais en même temps inspirez le sens de l\u2019humilité chrétienne, de la juste sujétion aux lois et des devoirs de la solidarité.(S.S.Pie XII à l\u2019Union catholique italienne des maîtres de l\u2019enseignement secondaire.) 157 EN MARGE DE LA LETTRE PASTORALE COLLECTIVE SUR « LE PROBLÈME OUVRIER » \u2014 II DEUX PATRONS QUI ONT REFORME LEUR ENTREPRISE.Richard ARÈS, S.J.«X ES RÉFORMES ÉCONOMIQUES, déclare la récente Lettre pastorale collective, devront tenir compte des exigences qui dérivent de la noblesse morale du travail et de la primauté de l\u2019homme sur la matière.» En conséquence, « le vrai patron, quel que soit le nombre de ses employés, comprend ses obligations de chef d\u2019une communauté de travail.Il estime ses employés non pas uniquement pour leur force physique ou leur compétence productive, mais encore pour leur collaboration à une œuvre commune et surtout pour leur dignité d\u2019hommes et de chrétiens.Pour lui le profit, comme facteur de détermination des prix, est limité par les droits des ouvriers et les exigences du bien commun ».Un précédent article a déjà fait connaître deux essais typiques de réforme de l\u2019entreprise en ce sens, grâce surtout à un plan de participation aux bénéfices.Si la publicité faite par des revues du genre Life, Fortune et Reader's Digest autour des expériences Adamson et Lapointe a attiré sur ces dernières l\u2019attention du grand public, il ne faudrait pas croire toutefois que ce sont là les deux seuls cas que l\u2019on puisse citer.Au contraire.Il est réconfortant de rencontrer, et cela au pays même du grand capitalisme industriel, d\u2019autres patrons qui ont assez de sens social et d\u2019esprit chrétien pour comprendre et mettre en pratique la doctrine exposée ci-dessus.Méritent une mention spéciale deux autres expériences dont pourraient s\u2019inspirer ceux qui, au pays de Québec \u2014 et il y en a certes \u2014, veulent faire quelque chose.l\u2019expérience de la quality castings company (ORRVILLE, OHIO) La Quality Castings Company exerce ses activités dans une petite ville de 5,000 habitants environ et exploite une fonderie donnant de l\u2019emploi à 115 hommes.Elle a à sa tête un patron à la fois sympathique et dynamique, M.H.C.Nicholas, lequel a su se gagner l\u2019entière confiance de ses employés, et cela en leur faisant lui-même pleinement confiance.Ce n\u2019est pas par opportunisme, mais bien par conviction personnelle, qu\u2019il a installé dans son entreprise, en 1945, un plan de participation aux bénéfices; pour lui il s\u2019agit là d\u2019une réforme exigée par la conception même qu\u2019il s\u2019est faite du rôle du patron, conception dont voici les idées essentielles, telles qu\u2019exprimées par M.Nicholas lui-même (cf.Profit Sharing Manual, 1948, pp.168-173, et America, 22 octobre 1949).Les devoirs du patron.\u2014 Le premier devoir du chef d\u2019entreprise, a-t-il maintes fois déclaré, c\u2019est de reconnaître l\u2019importance et la dignité de la personne humaine, et cela quel que soit le niveau d\u2019emploi de cette dernière.En tant que chrétiens, nous savons que la personne humaine est ce qu\u2019il y a de plus important aux yeux de Dieu, et que les choses de la nature matérielle ne valent que dans la mesure où elles servent l\u2019homme.Il s\u2019ensuit que l\u2019homme est le facteur le plus important dans la vie économique, et que les relations humaines sont la clef de la prospérité et du succès.Le respect des lois de Dieu, voilà le seul moyen réaliste de bâtir une saine économie.Un deuxième devoir du patron, c\u2019est de payer un juste salaire.Mais, explique-t-il, c\u2019est tout un problème aujourd\u2019hui de savoir exactement en quoi consiste le juste salaire.Nous, employeurs et patrons, « nous ne pouvons satisfaire notre conscience en payant ce que nous considérons un salaire de subsistance, et nous ne pouvons pas être certains de la pleine coopération des ouvriers en payant ce que nous considérons un salaire raisonnable ».Comme, dans notre genre d\u2019industrie, les profits dépendent surtout du rendement ouvrier, il est de notre intérêt de ne pas nous borner à payer un salaire raisonnable, mais d\u2019y ajouter une part généreuse des gains de l\u2019entreprise, car plus grand est le rendement, plus grands seront aussi les gains et de l\u2019employeur et des employés.Voilà la meilleure méthode que je connaisse de satisfaire sa conscience en matière de juste salaire, et elle a le mérite d\u2019inciter l\u2019ouvrier à l\u2019effort.En troisième lieu, il est du devoir du patron de produire une marchandise de qualité à des prix honnêtes, c\u2019est-à-dire à des prix qui ne soient pas uniquement déterminés par la loi de l\u2019offre et de la demande.La chose peut paraître paradoxale, mais l\u2019honnêteté patronale en matière de prix constitue un grand stimulant pour l\u2019ouvrier.Chaque fois qu\u2019un industriel cherchera à tirer du marché le maximum de ce qu\u2019il peut en tirer, invariablement il manquera d\u2019efficacité dans son administration.Ou il est dépourvu de tout sens pratique en affaires, ou il ne se soucie que de lui-même, ou les deux à la fois.Dans ces conditions, il lui est impossible de gagner l\u2019entière confiance et la pleine collaboration de ses employés.La conséquence sera que ces derniers voudront, eux aussi, obtenir le plus possible avec le minimum d\u2019effort.Cela démontre que nous devons accepter de reconnaître le fait que nos employés sont nos partenaires, et que plus nous pourrons les mettre 158 RELATIONS au courant du fonctionnement de l\u2019entreprise, plus grande sera leur collaboration.Les résultats du plan.\u2014 C\u2019est pour donner suite à de telles idées que M.Nicholas établit dans son usine un plan de participation aux bénéfices.Le trait principal en est le partage trimestriel d\u2019environ la moitié \u2014 exactement 45% \u2014 des profits de l\u2019entreprise avec les ouvriers, et cela selon leur degré d\u2019ancienneté, de capacité et de présence.Il va sans dire que cette part des profits s\u2019ajoute au salaire, et ne le remplace pas; M.Nicholas d\u2019ailleurs se fait gloire de payer les meilleurs salaires de la région pour ce genre de travail.La première année, soit en 1946, le rendement de l\u2019usine ayant augmenté de 40%, les ouvriers reçurent $65,031.58 comme leur part de bénéfices, et, en 1947, cette part se montait à plus de $100,000, ce qui élevait considérablement leur salaire annuel (augmentation de plus de 40%).Chose étonnante, les actionnaires pouvaient de leur côté toucher un dividende de 30%, et les consommateurs eux-mêmes n\u2019étaient pas oubliés, puisqu\u2019ils pouvaient se procurer les produits de la Quality Castings Company à un prix inférieur de 35 à 45% à la moyenne des prix dans le même genre d\u2019industrie.C\u2019est d\u2019ailleurs chez M.Nicholas une politique bien arrêtée que le consommateur doit, lui aussi, tirer avantage du bon rendement de l\u2019entreprise, et cela sous forme de réduction du prix de vente: « Dans toute affaire, aime-t-il à déclarer, le consommateur est un facteur de première importance, et chaque fois que vous prétendez l\u2019ignorer, vous pourriez tout aussi bien fermer vos portes.» Si le rendement de l\u2019usine a augmenté, permettant ainsi ces gains substantiels et ces bas prix, cela est dû à tout un ensemble de pratiques.Par suite de l\u2019introduction du plan, par exemple, les absences ont considérablement diminué, et le gaspillage de matériel dû à la négligence a presque disparu; les outils et tout ce qui appartient à la compagnie reçoivent de meilleurs soins.Intéressés personnellement aux problèmes qui sont à l\u2019origine des pertes et du gaspillage, les ouvriers se sont vite rendu compte que même de petites « fuites », quand elles se multiplient, peuvent réduire considérablement le rendement et les profits.Aussi voient-ils à ce que tout l\u2019outillage soit en bon état et à ce que le travail marche rondement.Toute suggestion, d\u2019ailleurs, tendant à améliorer la technique ou les conditions de la production, est acceptée avec empressement.Afin de favoriser davantage la bonne marche de ses affaires, M.Nicholas a établi dans son usine la pratique des réunions par service (departmental meetings).Au cours de ces réunions, les ouvriers ont pleine liberté de faire valoir leurs objections ou de présenter leurs suggestions; en retour, on les renseigne sur l\u2019importance de leur travail dans l\u2019ensemble des opérations, sur les objectifs et le fonctionnement d\u2019un plan de participation aux bénéfices, et on leur explique le but d\u2019une production efficace: être utile à l\u2019économie générale du pays et élever le niveau de vie de chacun des travailleurs.Cette pratique permet aux ouvriers de se rendre compte des problèmes existants, en même temps que des efforts de la compagnie pour les résoudre, développant par le fait même leur sens d\u2019une responsabilité individuelle ainsi que du travail d\u2019équipe; ils voient nettement que l\u2019entreprise est devenue leur propre affaire et que leur travail constitue un véritable placement.Le principal avantage toutefois d\u2019un tel système, ce n\u2019est pas tant de faire de l\u2019argent que de faire des hommes, c\u2019est de contribuer à éduquer l\u2019ouvrier en le rendant facteur actif et intelligent dans l\u2019entreprise.Quand s\u2019affiche la feuille journalière des profits et des pertes, chacun alors voit de ses yeux la richesse qu\u2019il a contribué à créer par un meilleur rendement, et il sait qu\u2019il aura part aux profits qui en résulteront.Ce n\u2019est pas qu\u2019il ait dépensé plus d\u2019énergie à l\u2019ouvrage, seulement cette énergie il en a fait un meilleur usage.L\u2019EXPÉRIENCE DE LA THOMAS C.PIKE DRILLING COMPANY (LOS ANGELES, CALIFORNIE) A des milliers de milles de la petite ville de l\u2019Ohio, se poursuit, sur la côte du Pacifique, en Californie, une expérience tout à fait semblable, celle de la Thomas C.Pike Drilling Company de Los Angeles.Ici encore, au point de départ de la réforme opérée dans cette entreprise, qui emploie 150 hommes et s\u2019occupe du forage des puits de pétrole, se rencontre un patron aux idées larges et progressives, ayant compris le véritable sens de sa mission.Inquiet, la guerre terminée, sur le sort de ses employés et même de son entreprise, M.Pike cherchait à faire quelque chose sans trop savoir exactement quoi, quand, en 1946, il entendit parler des magnifiques résultats qu\u2019avaient donnés les expériences de participation aux bénéfices.Aussitôt il se mit à étudier ces expériences et, l\u2019année suivante, il s\u2019engageait à son tour dans la voie des réformes.Le succès non seulement dépassa les espérances de M.Pike, mais transforma ce dernier en un ardent propagandiste de la participation aux bénéfices.Dans de nombreuses conférences faites sur le sujet, il a exposé, en même temps que les résultats obtenus dans son entreprise, les principes sur lesquels il a fondé son expérience et qu\u2019il désigne sous le nom de philosophy of incentive management (cf.Profit Sharing Manual, 1948, pp.147-150, et The Catholic Mind, janvier 1950).La philosophie d'un patron.\u2014 Voici les cinq principes que M.Pike a mis à la base de sa réforme et qu\u2019il ne cesse maintenant de prêcher à ses collègues du patronat: 1° le problème des relations entre patrons et ouvriers dans l\u2019industrie américaine est fondamentalement un problème de relations humaines; 2° de la solution pacifique et heureuse donnée à un tel problème dépend le sort non seulement des hommes libres et de la libre entreprise aux États-Unis, mais de la liberté elle-même dans le monde; 3° la grande tâche du pa- JUIN 1950 159 trônât d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est tout d\u2019abord de corriger ses erreurs du passé: celle de traiter le travail comme une marchandise ainsi que celle de ne se préoccuper que de guerre industrielle; c\u2019est ensuite de travailler sans relâche à développer de bonnes relations humaines ainsi que le travail d\u2019équipe; 4° « notre principale fonction est de forer un nombre de plus en plus considérable de puits à des prix de plus en plus bas; le profit ne vient qu\u2019en second lieu, mais, étant plus considérable et résultant d\u2019un meilleur rendement, il sera partagé entre les hommes qui ont le plus contribué à le produire »; 5° il importe en tout de respecter la dignité que tout homme tient de Dieu même et de fournir à chacun la possibilité de développer ses talents et ses virtualités.S\u2019adressant à ses collègues, M.Pike exposait un jour sa philosophie en ces termes: « Le travail n\u2019est pas une marchandise.Le travail, c\u2019est du monde, des individus, des personnes qui réagissent comme vous et moi à un stimulant et à un encouragement.L\u2019individu humain est le facteur central dans la direction de l\u2019entreprise moderne, et la dignité qu\u2019il tient de Dieu doit être reconnue.Le profit devrait être un résultat plutôt qu\u2019un premier objectif.L\u2019industrie devrait faire de l\u2019argent avec l\u2019ouvrier au lieu d\u2019en faire sans lui.» La mise en pratique.\u2014 Comment M.Pike s\u2019y prit-il pour mettre en pratique de telles idées dans son entreprise ?Il se garda bien tout d\u2019abord d\u2019imposer de force à des ouvriers non préparés son plan de partage des profits.Au contraire, il lança une campagne d\u2019éducation auprès de ses employés, campagne qu\u2019il dirigea et mena lui-même.Soit en groupes, soit un à un, il leur exposa son plan de réforme ainsi que le fonctionnement du système de la participation aux bénéfices, système qui allait leur permettre de toucher, en plus de leur salaire régulier, des sommes dont le montant serait déterminé non pas seulement par l\u2019effort individuel et la performance du groupe, mais bien par la prospérité de l\u2019entreprise dans son ensemble.Mais surtout il eut à convaincre ses hommes de sa sincérité, qu\u2019il entendait agir, et pas simplement parler: « Les ouvriers, aime-t-il à répéter, doivent être convaincus de la bonne foi du patron, quand il leur propose son plan; et pour cela, il faut plus que des paroles, il faut des actes.» En conséquence, il commença par former un groupe pour l\u2019aider dans la gestion de l\u2019entreprise (a management-sharing group), groupe qu\u2019il nomma Comité consultatif (.Advisory Board) et qui se compose de représentants des patrons, des contremaîtres et des ouvriers.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019une formalité ou d\u2019une simple concession aux ouvriers, mais bien d\u2019un organe ayant poids et responsabilité.Ce Comité est en effet autorisé à discuter et à décider de toute question concernant l\u2019une des parties quelconques du champ d\u2019activité de la compagnie, y compris la partie financière.Revenu de la compagnie, 160 profits et pertes, condition de l\u2019entreprise, le Comité examine tout.Il n\u2019y a pas de « secrets d\u2019exécutif ».Jouissant de la confiance à la fois de la direction et des travailleurs, un tel Comité est devenu l\u2019élément vital du travail d\u2019équipe.C\u2019est lui, par exemple, qui a décidé qu\u2019avant d\u2019être admis à participer aux bénéfices, un employé devrait travailler au moins neuf mois de l\u2019année courante fiscale; c\u2019est lui qui a fait adopter en faveur des ouvriers certaines mesures de sécurité sociale, comme la Croix Bleue et une assurance mutuelle; c\u2019est lui aussi qui s\u2019occupe de distribuer les récompenses \u2014 variant de $5 à $200 \u2014 aux ouvriers pour toute suggestion tendant à améliorer la technique du travail.Les délibérations du Conseil n\u2019ont rien de secret ni de fermé, car le bulletin de la compagnie, distribué à tous les employés, publie un rapport complet de toute réunion, et en plus du délégué régulier, deux membres de chaque équipe assistent à l\u2019assemblée mensuelle, de sorte que l\u2019occasion est donnée à tous de prendre part à ces réunions.Les résultats du plan.\u2014 Qu\u2019a donné en pratique ce plan de participation aux bénéfices?Taxes payées, 25% des profits sont mis de côté pour être distribués comptant aux ouvriers, lesquels ont fixé eux-mêmes la base de répartition: c\u2019est le salaire reçu qui détermine la part de profits de chacun.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1947 la compagnie Pike a distribué à ses employés $40,000 comme leur part de bénéfices.Dans le même temps, le volume des ventes avait augmenté de plus de 50%, et l\u2019entreprise connaissait l\u2019année la plus prospère de toute son histoire.L\u2019année suivante, les ventes avaient augmenté de 65 %, accroissant encore substantiellement les profits.Non seulement le gaspillage et le coût de production s\u2019en sont trouvés sensiblement réduits, en même temps que le rendement augmenté, mais jamais entre patrons et ouvriers la collaboration n\u2019a été aussi grande, jamais un tel esprit d\u2019équipe et d\u2019entr\u2019aide n\u2019a régné entre tous les membres de l\u2019entreprise.Grâce au plan, les ouvriers connaissent maintenant une autre satisfaction que celle de toucher simplement leur enveloppe de paye: ils se sentent des hommes, des associés, des responsables.Mais les unions ouvrières ne sont-elles pas opposées à la participation aux bénéfices?A ceux qui lui font cette objection, M.Pike répond: « Entre le travail et le patronat, il existe une étroite communauté d\u2019intérêt.Quand un plan de participation aux bénéfices suscite des objections, ou bien qu\u2019il échoue, c\u2019est probablement qu\u2019il a été mal conçu ou mal adapté aux besoins de l\u2019entreprise.De toute façon, en tout et partout, la bonne foi est essentielle.Certains présidents de compagnie ont, en ce qui concerne le travail, des conceptions qui remontent à cent ans en arrière (Some company presidents are still in the dark ages as far as their concept of labor is concerned).RELATIONS Le président lui-même, ajoute-t-il, doit croire au plan, il doit en être convaincu s\u2019il veut que ses hommes l\u2019acceptent.Il doit lui-même faire partie de l\u2019équipe.D\u2019un autre côté, l\u2019ouvrier aussi doit se montrer de bonne foi.En résumé, conclut M.Pike, cette nouvelle forme de gestion s\u2019avère saine à tous points de vue: au point de vue économique, car elle rapporte de meilleurs revenus à tout le monde, saine aussi au point de vue moral, car elle réfute la vieille croyance que le travail n\u2019est qu\u2019une marchandise, et elle traite avec des êtres hu- mains d\u2019abord, ayant des droits et une dignité propre, et non avec de simples forces de production.Voilà comment deux patrons, M.Nicholas et M.Pike, ont, chacun de leur côté et à leur manière, réformé leur entreprise dans le sens de l\u2019humain.Ce qu\u2019ils ont réussi dans l\u2019Ohio et en Californie, pourquoi ceux qui veulent faire quelque chose chez nous ne pourraient-ils pas les imiter ?C\u2019est en tout cas dans cette voie que la récente Lettre pastorale collective les invite instamment à entrer.Culture française, richesse canadienne Stéphane VALIQUETTE, S.J.LE 18 MAI DERNIER s\u2019ouvrait, dans la salle des promotions de l\u2019Université de Montréal, le ' troisième congrès de l\u2019Association canadienne des Éducateurs de langue française (A.C.E.L.F.).Plus de quatre cents délégués, représentant les organismes culturels les plus divers des dix provinces du Canada, s\u2019unissaient pour affirmer que notre culture française et catholique est une richesse pour le pays.La splendeur de l\u2019édifice tout autant que la qualité des personnes réunies confirmait avec fierté la vérité du thème choisi: culture française, richesse canadienne.Comme l\u2019exprimait dans la déclaration d\u2019ouverture le distingué président de l\u2019A.C.E.L.F., Mgr Alphonse-Marie Parent, vice-recteur de l\u2019Université Laval, l\u2019unité d\u2019une nation n\u2019est pas incompatible avec sa diversité culturelle.C\u2019est ainsi qu\u2019au Canada s\u2019épanouissent aujourd\u2019hui deux cultures, la canadienne-française et la canadienne-anglaise, toutes deux contribuant largement à la grandeur et à l\u2019expansion du pays.La sérénité avec laquelle s\u2019exprima cette conviction tout au long du congrès montre bien que le groupe canadien-français accède à l\u2019âge adulte.Il n\u2019y a pas si longtemps encore, nous étions au stage de la survivance.Sur tous les fronts à la fois la lutte contre notre croissance se poursuivait, tantôt ouverte, tantôt sournoise.Maintenue dans un état de constante alerte, notre volonté de survivre revêtait nécessairement une expression batailleuse et parfois grognarde.Puis, graduellement, le fait français s\u2019est imposé.Grâce au patient et tenace labeur des éducateurs de chez nous, ont surgi en terre d\u2019Amérique des œuvres culturelles qui forcent non seulement le respect mais encore l\u2019admiration de nos concitoyens anglais.Des témoignages significatifs nous furent opportunément présentés au banquet de clôture par M.Onésime Gagnon, trésorier provincial.Si bien que monte chez les Canadiens français un sentiment de force et de sécurité, Le P.Stéphane Valiquette, directeur du Centre pédagogique des Jésuites canadiens, nous parle du récent congrès de VAssociation canadienne des Educateurs de langue française.appuyé sur cette innombrable floraison d\u2019œuvres et d\u2019institutions dont l\u2019A.C.E.L.F.cristallise les réalisations.Sans doute, il y a des ombres au tableau.Les droits de la culture française ne sont pas encore suffisamment reconnus ou protégés en certaines provinces.Ailleurs, les institutions culturelles n\u2019ont pas encore acquis cette vitalité qui nous rassure sur leurs chances de durer.Persécutions et craintes ont trouvé écho dans cette émouvante session du congrès où les représentants des dix provinces se sont levés à tour de rôle pour répondre à la question: où en est le français chez vous ?Jamais, avant d\u2019avoir entendu la voix des dix provinces, nous n\u2019avions si intensément communié à l\u2019idéal culturel qui, d\u2019un océan à l\u2019autre, nous lie tous à la providentielle mission de perpétuer en ce pays le fait français.Mais ces ombres ne faisaient que mieux contraster la vue d\u2019ensemble.Comme des maîtres qui arpentent leur domaine, les Canadiens français sentent de plus en plus qu\u2019ils sont chez eux au Canada et qu\u2019ils y sont pour y rester.Désormais, pour se définir, ils ont moins que jamais besoin de s\u2019opposer à d\u2019autres.C\u2019est dans cette atmosphère de sereine possession que les éducateurs de langue française tinrent leurs assises nationales.Toutes leurs délibérations furent marquées au coin de cette force pacifique et confiante qui caractérise les peuples adultes.A l\u2019époque de défense de la culture française en Amérique succède celle de son illustration.C\u2019est la tâche qui nous incombe et les éducateurs \u2014 on le leur a rappelé à maintes reprises \u2014 en portent la grande responsabilité.« La culture, c\u2019est tout autre chose que les « jardins d\u2019Adonis », qui fleurissent en huit jours et se fanent aussi vite: c\u2019est, comme l\u2019art du vrai paysan, un travail sérieux qui exige les labours profonds, un choix des semences, un labeur continu et ardent.» (H.-L Marrou.) Pour assurer la profondeur des labours et le choix des semences, pour se stimuler à un labeur continu et JUIN 1950 161 ardent, les éducateurs, divisés en comités, ont étudié comment leur enseignement pouvait contribuer à la culture française chez nous.Professeurs des enseignements primaire, secondaire, spécialisé, universitaire et postscolaire, se sont penchés ensemble sur leurs problèmes.Il en est sorti de fécondes suggestions que l\u2019A.C.E.L.F.s\u2019appliquera à réaliser.Mais surtout il en est résulté un effort de coordination entre tous les degrés de l\u2019enseignement, effort qui, poursuivi méthodiquement, pourrait contribuer très efficacement à l\u2019avancement de l\u2019éducation dans tout notre pays.Nous croyons même que cette coordination, entreprise et conduite par les éducateurs dans les cadres et les pouvoirs des provinces respectives, suffirait à résoudre les problèmes de culture populaire généralisée que d\u2019aucuns veulent étendre au gouvernement fédéral.Les éducateurs du Québec constituaient évidemment le groupe le plus nombreux de ce congrès.Il faut s\u2019en réjouir, car de ces réunions se dégageaient pour eux deux importantes leçons.La première est le sort privilégié dont jouit la culture française dans notre province; tout y est favorable à son épanouissement et il ne tient qu\u2019à nous qu\u2019elle s\u2019enrichisse davantage; n\u2019allons pas enfouir le talent reçu.Au contraire, et c\u2019est la deuxième leçon, il nous faut le faire fructifier au centuple.Car le Québec porte, dans une large mesure, la lourde responsabilité de la défense et de l\u2019illustration de la culture Pour être le peuple de l\u2019avenir en Amérique Albert RIOUX ((X E RAT DES VILLES et le rat des champs », une fable ?Elle symbolise combien de réalités vécues.Voici une histoire garantie authentique.Ils étaient trois frères dont deux vinrent tenter fortune en ville, tandis que l\u2019aîné restait sur la ferme.Pendant la crise qui a précédé la dernière guerre, l\u2019usine où travaillaient les deux citadins a fermé ses portes.L\u2019un d\u2019eux perdit même son « duplex » qu\u2019il partageait avec un locataire devenu chômeur comme lui et sur lequel il avait payé plusieurs milliers de dollars.Un jour, le cultivateur vint les surprendre dans leur détresse au moment où les fournisseurs coupaient tout crédit aux sans-travail.Il les amena dans la vaste maison paternelle avec leurs femmes et leurs enfants.Les produits agricoles se donnaient presque, mais la table était chargée: du lait frais en abondance, des fruits et légumes du jardin, du bœuf, du porc, des cretons, des tourtières, des galettes arrosées de crème et de sirop d\u2019érable.Les deux citadins travaillèrent un peu sur la ferme, dans les chantiers, sur les chemins.Mais dès que la guerre éclata ils déguerpirent pour la française dans les autres provinces du Canada.Seule la vitalité puissante de nos institutions et de nos œuvres culturelles nous permettra d\u2019étendre notre rayonnement et d\u2019épauler efficacement nos frères dispersés.C\u2019est vers nous qu\u2019ils se tournent avec espoir et leur attente est pleinement justifiée.Il serait présomptueux d\u2019espérer que le gouvernement fédéral ou des organismes culturels mixtes, où nous n\u2019avons qu\u2019une influence minoritaire, se constituent les gardiens de la culture française au pays.D\u2019ailleurs, l\u2019expérience du passé n\u2019a-t-elle pas démontré que leur bonne volonté se butait à des résistances légales ou sentimentales qu\u2019ils se déclaraient impuissants à vaincre ?Mieux vaut prendre nous-mêmes en main nos intérêts.C\u2019est la tâche à laquelle s\u2019est courageusement vouée l\u2019A.C.E.L.F., et nous nous devons d\u2019y souscrire.S.Exc.Mgr Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, avait accepté de clore le congrès.Dans une allocution qui fit vibrer chacun des éducateurs réunis, il nous exhorta à maintenir notre culture française et catholique présente, a mari usque ad mare.Ce faisant, nous servirons le Canada et le monde entier, puisque la civilisation française fait désormais partie du patrimoine de l\u2019humanité.Nous servirons aussi l\u2019Église, qui, selon les desseins de la divine Providence, utilise les trésors de la sagesse et de la culture humaine pour apporter à l\u2019homme les enrichissements de la grâce.Frappé de V importance de la vie rurale et des bons rapports qu'elle doit entretenir avec la population ouvrière, M.Albert Rioux, directeur de l'Office de l\u2019Electrification rurale, nous a offert cet article.ville et s\u2019engagèrent dans des usines de munitions avec leurs femmes et leurs enfants au-dessus de seize ans.Les rats de ville ne peuvent plus se passer de l\u2019asphalte qui les sépare du sol nourricier.Ils ne comprennent pas que le rat des champs trouve toujours sur la terre le loyer, l\u2019alimentation, le chauffage, le grand air et la liberté.Le cultivateur et le citadin représentent deux formes de civilisation qui s\u2019opposent, deux conceptions différentes de la vie.Aussi, M.le chanoine Lionel Groulx, dans son article publié dans Relations de mars, constate que notre milieu a subi une transformation radicale: « notre civilisation de type rural s\u2019est métamorphosée en civilisation de type urbain ».Vers 1880, les trois quarts de notre population vivaient directement de la terre.Dans une puissante synthèse l\u2019auteur démontre comment la famille, l\u2019école et la paroisse constituaient « les lignes de force » de notre vie sociale, nationale et religieuse.Ces trois forteresses durement ébranlées en ville sont menacées même dans les milieux ruraux.Est-il possible de renvoyer 50% des citadins sur des fermes pour rétablir l\u2019équilibre de 1880 ?Il serait plus 162 RELATIONS facile de faire remonter le Saint-Laurent vers sa source.Psychologiquement, les citadins ne peuvent plus redevenir des ruraux; techniquement, grâce à la science et à la mécanisation, la même population rurale peut nourrir dix fois plus de consommateurs qu\u2019en 1880.Richement dotée de ressources naturelles, la province de Québec peut-elle rester étrangère à la poussée d\u2019industrialisation qui déferle sur tous les pays civilisés ?Peut-on toujours compter une population en majorité agricole sur un territoire cultivable dans une proportion de 10% seulement ?La dernière Lettre pastorale des évêques constate que l\u2019industrialisation s\u2019est développée à un rythme accéléré depuis dix ans; de nouveaux centres industriels vont surgir jusqu\u2019à l\u2019extrême nord de la province; la marge entre population urbaine et population rurale s\u2019élargit chaque année; les familles agricoles déracinées par les industries ne retourneront pas à la terre.« C\u2019est donc un fait! » concluent les évêques.Ils tiennent compte des faits en élaborant un magnifique plan de restauration chrétienne de la vie ouvrière ; ils veulent maintenir dans notre pays une civilisation canadienne-française catholique dans laquelle les travailleurs industriels pourront jouer un rôle prépondérant.Les évêques soulignent que leur Lettre pastorale de 1937 sur le problème rural reste toujours d\u2019actualité.Nous croyons qu\u2019il est plus nécessaire que jamais de la relire à la lumière des événements survenus depuis une décade.Dans ce document les évêques étudient surtout les valeurs spirituelles et morales incluses dans l\u2019agriculture.Ces valeurs, qui ne se mesurent pas et ne s\u2019alignent pas dans des colonnes de chiffres, assurent la grandeur et le rayonnement d\u2019un peuple.Même au point de vue purement matériel, l\u2019agriculture est la base de la société.Toute civilisation qui laisse dangereusement rétrécir sa base terrienne est vouée à l\u2019effondrement: l\u2019histoire en offre de multiples exemples.Un peuple n\u2019a pas besoin de la terre seulement pour se nourrir, se loger et se vêtir.L\u2019agriculture produit des familles nombreuses qui sont une richesse incalculable; elle est le réservoir de jeunesse et de force d\u2019un pays; elle ne coûte rien à la société, en « secours direct » ou en assistance, mais elle réussit à épargner des sommes surprenantes pour l\u2019établissement des enfants; elle sert de matelas pour résorber les crises économiques; elle dispose d\u2019un pouvoir d\u2019achat considérable pour les produits du commerce et de l\u2019industrie; par ses réserves humaines et économiques, elle agit comme contrepoids aux aventures de la ville et de l\u2019industrie.L\u2019agriculture familiale, enracinée au sol, est à peine ébranlée par l\u2019écroulement des superstructures économiques ou monétaires.Elle vaut mieux que les armes, même atomiques, pour assurer la sécurité d\u2019un pays.C\u2019est à l\u2019agriculture familiale que nous devons l\u2019épopée canadienne-française.« Parmi les plus glorieuses étapes de l\u2019aventure humaine, écrit M.Henri Prat (l'Homme et le Sol), aucune ne dépasse en mérite celles qu\u2019écrivirent en trois siècles les pionniers du Canada.On estime que six à huit mille colons français seulement ont fait souche en territoire canadien et sont les ancêtres des six millions de Canadiens français vivant actuellement au Canada et aux États-Unis.» Lutte de géants contre le climat, les Indiens, l\u2019isolement, les maladies, les privations de toutes sortes et qui « se termina par le triomphe de l\u2019emprise de l\u2019homme sur le sol ».Humainement parlant, la bataille des Plaines d\u2019A-braham devait mettre fin à l\u2019expansion canadienne-française.« Défaite des militaires.Défaite des diplomates qui, en 1763, au traité de Paris, abandonnèrent tout le territoire.Défaite des administrateurs, nobles et fonctionnaires qui, aussitôt, se rembarquèrent pour la France.Mais victoire des paysans qui, eux, demeuraient enracinés dans le sol du Nouveau Monde.Cette poignée d\u2019hommes courageux, en décidant de s\u2019accrocher à la terre conquise, assuraient en effet à leur descendance une victoire biologique qui allait effacer tous les revers.» Résultat: « Après trois siècles et demi de colonisation, la plus vaste région du monde où l\u2019on parle français n\u2019est pas la France, n\u2019est même pas un territoire de l\u2019Union française: c\u2019est la province de Québec, au Canada.» Et cette zone de parler français déborde sur les provinces voisines et franchit même la frontière des États-Unis.M.Prat conclut: « Connaissez-vous dans l\u2019histoire, en aucun temps et en aucun pays, une campagne militaire où un si petit nombre d\u2019hommes: la valeur de trois régiments, ait réussi à conquérir et à conserver indéfiniment un aussi vaste domaine?Ce que jamais six mille soldats n\u2019ont pu faire avec leurs armes, six mille paysans français l\u2019ont fait dans le Nouveau Monde avec leurs charrues.C\u2019est le miracle de volonté de ces laboureurs qui, en dépit de tous les obstacles, ont su « faire de la terre », selon la magnifique expression canadienne, et, par ce moyen, créer un grand peuple.» Comme nos évêques, le savant français attribue ce « miracle » à l\u2019agriculture familiale.Le « miracle » peut-il se continuer pour réaliser la prédiction de l\u2019historien anglais Toynbee, commentée par le Père Arès dans Relations d\u2019avril: «J\u2019ai idée que le peuple de l\u2019avenir dans les Amériques pourrait bien être les Canadiens français.» A deux conditions, répond le Père Arès: qu\u2019ils gardent le culte des valeurs morales et spirituelles, qu\u2019ils soient les maîtres de leur destin.La leçon du passé est tellement claire qu\u2019on peut affirmer sans hésiter: la race canadienne-française ne continuera sa marche triomphante que si elle reste fidèle à sa vocation agricole et colonisatrice.Elle doit occuper toutes les terres arables du Québec, déborder sur les autres provinces, faire donner le maximum de rendement à ses ressources humaines et arables.Dans l\u2019avenir comme par le passé et même si la province s\u2019industrialise, c\u2019est l\u2019agriculture qui sera JUIN 1950 163 notre foyer de régénération aux points de vue démographique, social, économique et religieux.Les pessimistes répondent: une race peut-elle garder sa prédominance agricole quand 10% seulement de son territoire est cultivable: 60 millions de milles carrés sur 600 millions ?Est-ce négligeable ?Nos fermes occupent une surface de 20 millions de milles carrés: c\u2019est deux fois la superficie arable du Danemark ou de la Suède; quatre fois celle des Pays-Bas, de la Belgique, de la Norvège ou de la Suisse.Ces pays tiennent pourtant une place honorable dans le monde agricole.Et la colonisation pourrait nous donner facilement 10 millions d\u2019acres, un autre Danemark.Et qui empêche nos compatriotes de s\u2019étendre en dehors du Québec ?D\u2019ailleurs, toute la terre canadienne est notre patrie.Pendant près d\u2019un siècle ce fut plus facile de traverser la frontière américaine que de s\u2019établir dans les autres provinces de notre pays.Que la Société canadienne d\u2019établissement rural trouve les capitaux et les recrues pour réaliser son programme et nous serons un jour la majorité au Canada.Nos ancêtres ont accompli le prodige de trouver sur la ferme tout ce qu\u2019il fallait pour nourrir et habiller leurs familles nombreuses.Leur débrouillardise et leur isolement furent leur force avant la révolution industrielle.Pour être « fidèles à leur destin historique » nos habitants doivent aujourd\u2019hui exceller dans l\u2019agriculture d\u2019échange pour concurrencer les cultivateurs des autres provinces et des autres pays.Ils ne s\u2019imposeront que par leur science et la puissance de leurs associations professionnelles et coopératives.L\u2019agriculture au xxe siècle fait appel à toutes les découvertes mécaniques, chimiques ou biologiques.Elle adapte ces connaissances au sol, au climat, aux conditions économiques de chaque pays.On ne peut pas se tromper en répandant la culture générale et l\u2019enseignement professionnel dans les campagnes: multiplier les Écoles moyennes d\u2019agriculture, organiser des cours d\u2019hiver dans toutes nos paroisses rurales, développer les cours à domicile, les équipes d\u2019études, les bibliothèques rurales, utiliser le film et la radio.L\u2019éminent géographe Raoul Blanchard a déclaré que les agronomes sont de beaucoup les plus utiles fonctionnaires de la province: leur action serait plus efficace s\u2019ils travaillaient avec un groupe de cultivateurs instruits dans chaque paroisse.L\u2019université doit être l\u2019âme et le cerveau de l\u2019enseignement agricole à tous ses degrés.Or, nos deux Écoles supérieures d\u2019agriculture ne sont pas organisées pour faire de la recherche et conduire les plus brillants de leurs élèves jusqu\u2019à la maîtrise et au doctorat.Mieux vaudrait en avoir une seule bien outillée pour étudier tous les problèmes que pose notre agriculture.Pourrait-on utiliser les deux pour des spécialités différentes?Les universités ne pourraient-elles pas organiser des cours spéciaux conduisant au doctorat?Si nous ne 164 trouvons pas une solution au problème urgent de notre enseignement supérieur, nous nous condamnons à la médiocrité.L\u2019agriculture familiale ne doit pas être routinière, arriérée, rétrograde; elle peut bénéficier de la plupart des progrès urbains: écoles, électricité, téléphone, cinéma, radio, machines aratoires perfectionnées, etc.Mais la ferme isolée est faible devant les puissances politiques, financières et industrielles.Les évêques nous recommandent la vraie formule: « exploitation familiale, mais avec protection et renforcement des initiatives privées par le moyen de l\u2019association professionnelle ou du syndicat agricole, autorisé et garanti par l\u2019État, et animé de sentiments de justice et de charité, grâce à son inspiration religieuse ».Plus que les industriels, les commerçants, les professionnels et même les ouvriers, les cultivateurs doivent avoir recours à l\u2019association pour étudier leurs problèmes, promouvoir et défendre leurs intérêts.Depuis vingt-cinq ans l\u2019U.C.C.a rempli ce rôle avec succès.Elle a créé toute une série de services éducatifs et professionnels, un journal, des mutuelles d\u2019assurances; elle a obtenu une foule de réformes et de législations favorables à l\u2019agriculture; sur le plan fédéral elle s\u2019est affiliée à la Fédération canadienne de l\u2019Agriculture.Réussite merveilleuse! L\u2019U.C.C.mérite d\u2019être citée comme modèle dans toutes les autres provinces, bien qu\u2019elle groupe à peine le tiers des agriculteurs du Québec.Le syndicalisme ne groupant qu\u2019une minorité de cultivateurs, l\u2019agriculture n\u2019a pas auprès des gouvernements la même force de persuasion que les trusts industriels et commerciaux.Ce printemps, l\u2019industrie du vêtement n\u2019eut qu\u2019à protester vigoureusement contre la vente des chemises japonaises à un prix de dumping.Aussitôt Ottawa prit les mesures nécessaires pour sauver notre civilisation de la chemise japonaise.Depuis deux ans, les associations agricoles demandent en vain au gouvernement fédéral d\u2019imposer un droit d\u2019entrée plus élevé aux huiles exotiques servant à la fabrication de la margarine.N\u2019est-ce pas le même principe qui est en jeu ?Dans les deux cas, il s\u2019agit de freiner l\u2019importation de marchandises fabriquées par une main-d\u2019œuvre dépréciée au détriment de notre production domestique.La coopération est l\u2019arme par excellence des faibles, la plus belle application de la doctrine sociale de l\u2019Église dans l\u2019économique: « Tous pour chacun, chacun pour tous.» Les évêques la recommandent aux travailleurs du sol et de l\u2019usine.Nos ouvriers, qui ont précédé les cultivateurs dans l\u2019organisation professionnelle, ne font que débuter en coopération.M.François-Albert Angers remarque que notre loi provinciale des syndicats professionnels assigne sept objectifs principaux aux associations ouvrières.Les six premiers invitent les syndicats à créer des œuvres d\u2019éducation, de prévoyance et de coopération.Le septième seulement concerne les salaires.Or, ajoute M.Angers, « nos organisations RELATIONS ouvrières ont malheureusement sauté au septième article sans assez s\u2019occuper des six premiers ».On nous répond que les ouvriers n\u2019ont pas les capitaux nécessaires pour fonder des coopératives.C\u2019est un cercle vicieux qu\u2019il faut résoudre par le bon bout: les ouvriers ne doivent pas attendre d\u2019être riches pour organiser des coopératives, mais ils doivent avoir recours à la coopération pour sortir de la misère.Les pionniers de Rochdale, qui ont trouvé la formule coopérative dans leur gros bon sens, ont pris quinze mois pour ramasser leur premier capital de $140.La plupart de nos coopératives agricoles ont commencé aussi pauvrement.Elles ont fait, l\u2019an dernier, un chiffre d\u2019affaires de 150 millions.L\u2019économique est le terrain d\u2019entente idéal entre travailleurs du sol et de l\u2019usine.Les coopératives de consommation des ouvriers pourraient être les meilleures clientes des coopératives de producteurs agricoles.Elles supprimeraient les intermédiaires et assureraient une véritable collaboration entre les deux classes sociales qui ont le plus besoin de se comprendre et de s\u2019entr\u2019ai-der.En pratiquant la coopération sous toutes ses formes, cultivateurs et ouvriers contribueront efficacement à fortifier l\u2019armature économique du Canada français.Nos évêques savent que l\u2019avenir de notre peuple dépend de la promotion agricole et ouvrière; ils donnent la primauté à l\u2019agriculture, levain qui fait monter toute la pâte sociale.En suivant les directives épiscopales sur le « problème agricole » et le « problème ouvrier », nous sommes fidèles à notre destin historique et nous nous préparons à être le peuple de l\u2019avenir en Amérique.La copropriété et la crise de l\u2019habitat en France Marcelle DUTHEIL IA FRANCE est le pays le plus atteint par la crise de l\u2019habitat en Europe, d\u2019abord en raison des destructions causées par la dernière guerre \u2014 les trois quarts de nos départements sont sinistrés \u2014 mais aussi à cause du vieillissement des locaux existants.Il ne faut pas oublier, en effet, qu\u2019en raison du blocage des loyers depuis la première guerre mondiale, on a peu construit et presque pas réparé les immeubles.De sorte que nous nous trouvons dans la nécessité de bâtir et de bâtir encore pendant plusieurs années.Comment réaliser ce programme de construction en raison du prix de revient d\u2019une part et, d\u2019autre part, de l\u2019espace dans les grandes villes qui ne sont pas indéfiniment extensibles?L\u2019investissement des capitaux dans les immeubles destinés à la location peut être seulement envisagé par des collectivités, les particuliers ne pouvant guère disposer des dizaines de millions nécessaires.La meilleure solution se trouve donc dans la généralisation de la propriété individuelle avec l\u2019aide pécuniaire de l\u2019État ou l\u2019aide privée quand l\u2019intéressé ne possède pas personnellement les fonds nécessaires.C\u2019est ainsi que divers systèmes sont actuellement pratiqués en France.En ce qui concerne les grands centres, on remédie au manque d\u2019espace par le système de la copropriété, c\u2019est-à-dire par la propriété en commun d\u2019un immeuble divisé en plusieurs logements distincts.Ceux-ci appartiennent alors à leurs occupants, qui, au lieu d\u2019être locataires dans un immeuble collectif, sont propriétaires de leur appartement et copropriétaires des parties communes dudit immeuble.Mlle Marcelle Dutheil, chroniqueur juridico-social à la Croix de Paris, expose un des moyens adoptés en France pour résoudre la crise de l\u2019habitation.Ce système a plusieurs avantages: Quand il s\u2019agit d\u2019une construction à édifier, le prix de revient en est moins élevé que celui de plusieurs maisons individuelles, car la superficie de terrain nécessaire est beaucoup plus réduite, les fondations et la toiture sont celles d\u2019un seul immeuble.Quand il s\u2019agit d\u2019une construction déjà bâtie et vendue par son propriétaire, il est plus facile à celui-ci de trouver plusieurs acquéreurs disposant, personnellement ou au moyen d\u2019un prêt, de 500,000 francs, qu\u2019un seul pouvant offrir dix millions.La copropriété est donc la solution de l\u2019avenir, mais elle n\u2019est pas nouvelle; elle existait dans notre pays dès avant la Révolution de 1789.Nous pouvons lire du reste dans les Commentaires de la Coutume de Normandie que « dans les villes les maisons sont partagées de telle manière que l\u2019un a le bas et l\u2019autre le haut ».A Rennes, c\u2019est après l\u2019incendie de 1720 que s\u2019est développée la propriété par appartement en raison de l\u2019élargissement des rues qui diminuait les surfaces destinées à la construction.A Grenoble la copropriété date de la même époque.Néanmoins le système demeurait restreint à telle ville, telle contrée, bien que notre code civil de 1804 règle les droits et obligations des copropriétaires d\u2019appartements (art.664): « Lorsque les différents étages d\u2019une maison appartiennent à divers propriétaires, si les titres de propriété ne règlent pas le mode de réparations et reconstructions, elles doivent être faites ainsi qu\u2019il suit: Les gros murs et le toit sont à la charge de tous les propriétaires chacun en proportion de la valeur de l\u2019étage qui lui appartient.Le propriétaire de chaque étage fait le plancher sur lequel il marche.Le propriétaire du premier étage fait JUIN 1950 165 l\u2019escalier qui y conduit; le propriétaire du second étage fait, à partir du premier, l\u2019escalier qui conduit chez lui, et ainsi de suite.» Ce simple article a suffi à régir la copropriété jusqu\u2019à la loi du 28 juin 1938 qui l\u2019a abrogé et qui règle le statut de la copropriété des immeubles divisés par appartements.Ce texte précise notamment les droits et obligations des copropriétaires en ce qui concerne les parties communes de l\u2019immeuble, les oblige à se grouper en un syndicat avec un syndic, agent officiel chargé de les représenter et d\u2019exécuter leurs décisions.Enfin il exige un règlement destiné à assurer la bonne jouissance de l\u2019immeuble.Ainsi pratiquement chaque propriétaire d\u2019appartement a tous les droits conférés par la propriété sur son propre logement: droit de jouissance, d\u2019usage, de disposition.Il a, en outre, le droit d\u2019user des parties communes: escalier, ascenseur, vestibule, etc.En contrepartie, il doit subvenir proportionnellement à l\u2019importance de son propre local aux charges communes: entretien, éclairage, rémunération du concierge, etc.Il doit supporter une part des grosses réparations (murs, toitures, cheminées).Les propriétaires syndiqués se réunissent chaque fois qu\u2019il est nécessaire, sur la convocation du syndic qui les met au courant de la situation.Le syndic n\u2019est pas un simple gérant d\u2019immeuble, mais un organisateur ayant des connaissances techniques.Les décisions sont prises à la majorité, chaque copropriétaire disposant d\u2019un nombre de voix proportionnel à l\u2019importance du local occupé.A Paris, on compte actuellement 20,000 immeubles en copropriété, 30,000 avec la banlieue, et les offres de ventes d\u2019immeubles par appartement couvrent les murs.A Grenoble, la cité de la copropriété, on est aussi bien propriétaire d\u2019une chambre que d\u2019un appartement de dix pièces.Il existe des maisons divisées entre dix, vingt, quarante copropriétaires.A Caen, la ville martyre détruite en juin 1944, plusieurs quartiers se reconstruisent par immeubles en copropriété, en raison des exigences nouvelles de l\u2019hygiène et de l\u2019urbanisme.Dans de nombreuses autres villes de France, la copropriété est adoptée peu à peu, notamment à Marseille, Valence, Toulouse.Certes, nous ne pensons pas que la propriété collective d\u2019immeubles doive supplanter la propriété de maisons individuelles.Ce n\u2019est pas souhaitable.Mais un certain équilibre entre ces deux modes différents, suivant l\u2019importance des agglomérations, peut permettre l\u2019accès à la propriété à un plus grand nombre de familles.Tel est le but à atteindre pour le bonheur et la stabilité des foyers.\u2022 |.\u2022 RETOUR AUX VIEUX NOMS Alexandre DUGRË, S.J.LES CÉLÉBRATIONS NATIONALES font réclamer la belle apparence française de notre domaine, l\u2019affichage et la réalité, pour les autres et pour nous.Souhaitons que la campagne de M.Paul Gouin nous ramène au bon sens, au bon goût recherché des visiteurs.Pour les rapports entre nous, parlons donc des noms canadiens, vraiment trop répétés, trop uniformes, qu\u2019on pourrait varier à l\u2019ancienne mode.Il ne s\u2019agit pas des noms de baptême, encore qu\u2019on se réjouisse d\u2019en voir disparaître d\u2019affreux, sans rime ni bon sens, compliquées trouvailles ou vengeances de parrains qu\u2019on dérangeait pendant les foins.Grâce à Dieu, prévalent aujourd\u2019hui les bons vieux noms de bons vieux saints connus de tous.A peine si d\u2019innocentes fillettes sont victimes des emballements pour les étoiles de cinéma.Pour les vedettes françaises, passe encore; mais, de grâce, pas de Shirley, Marlene, Greta, Carol, ni surtout de Barbara, pour nous Barbe, patronne des pompiers.Gare aux épellations trop précieuses: Jane, Janyne, Rhenée, Magdelehayne.Cent pour cent fautes d\u2019orthographe! Quant aux surcharges d\u2019initiales, laissons-les outre-frontière.La France n\u2019a jamais connu de René-J.Bazin, de Jules-F.Lemaitre, ni d\u2019Adam-J.-V.Dollard.Parlons des noms de famille, en partant une petite aventure.Ces demoiselles causaient mariage: ça peut arriver.L\u2019une hésitait à accepter un brave et beau garçon, riche de fortune, d\u2019éducation, de gentillesse, de famille charmante et d\u2019une automobile à lui, une hypnotisante convertible 1950 ! Quel mystérieux empêchement donc?.Pas mystérieux du 166 tout, bien trop apparent: il se nommait Petit.Et la demoiselle, née Grand\u2019maison, tremblait d\u2019avoir à signer et à s\u2019entendre présenter Madame Petit.Ce qu\u2019un nom peut faire ou défaire, dirait Shakespeare.Comme le bon Dieu est bien bon, il envoya une bachelière en bibliothéconomie pour tout sauver.Ni pédante ni jalouse, elle parla des variantes de noms chez les ancêtres venus de France, et elle fit sortir une grande joie d\u2019un gros livre, le Dictionnaire généalogique de Mgr Tanguay.« Cherchons Petit.Oh! les beaux surnoms:.de Verneuil, de Boismorel, Delbec, Laprée, Guillot, Bruneau, Lalumière, De Villiers, Milhomme et Beauchemin.Tu n\u2019as que l\u2019embarras du choix, ou de la lignée.Va voir Drouin! S\u2019ils ont fait souche, remonte à la tienne, ou descends-y! \u2014 Quelle trouvaille ! J\u2019adorerais m\u2019appeler Mme De Villiers, de Verneuil ou de Boismorel.\u2014 Vas-y! Ce sera un retour aux ancêtres; ils ne donnaient leur vieux nom qu\u2019au fils aîné.Regarde les frères Le Moyne: de Longueuil, d\u2019Iberville, Sainte-Hélène, Maricourt, Bien-ville, Châteauguay, Sérigny, d\u2019Assigny.Beaucoup de jolis noms sont tombés en route.Mon ancêtre à moi, Trépanier, s\u2019appelait de Trépagny à Dieppe.Si j\u2019étais un garçon, je reprendrais la particule.Les Fortier, Venne, Déry et Dazé se nommaient Forestier, Voyne, d\u2019Héry, d\u2019Hazé.Nombreux sont les cas pareils.» S\u2019il est touchant de rappeler que nous descendons d\u2019à peu près mille familles, admettons que mille noms de famille pour cinq millions d\u2019âmes peuvent créer de la confusion et RELATIONS devenir gênants après certaines aventures de police.On annoncera dans les journaux que Joseph Gauthier coffré hier n\u2019est que l\u2019un des cent cinquante Joseph Gauthier classés propriétaires ou locataires au bottin de Montréal, sans compter ceux qui poussent avec le même nom.Trop est trop, c\u2019est incommode.A Caraquet, au Saguenay, dans la Beauce, on est forcé d\u2019employer des surnoms, ou de nommer le père et même le grand-père: Louis Robichaud.\u2014A qui?\u2014 A Georges, à François.Les Tremblay Nazaire, à Mars, à ci et à ça.Les Poulin: Péquion, Tadore à Trol, Jos à Gros, Bram à Cadet, Prisse à Phirin, Vidal à Tatane, France à Hubert, à François-Étienne.On compte trois cent mille Leblanc sans parler des White, et la vie continue d\u2019en produire.N\u2019y aurait-il pas une solution pour bien des cas à revenir aux origines, à la bifurcation des noms?Comme si les ancêtres avaient deviné les multiplications dans nos vastes espaces, ils trouvaient de nouveaux noms pour les fils cadets, des noms tirés d\u2019une localité de France ou d\u2019un trait personnel, ou d\u2019une caractéristique de leur habitation, tels les Rivard Dufresne, ou La Glanderie, Lesieur Desaulniers, Géli-nas Bellemare.Jean-Baptiste Godefroy, venu de Lanquetot, nomme ses fils Godefroy, de Lanctôt, de Normanville, de Vieux-Pont, de Saint-Paul, de Tonnancour, de Roquetaillade.Les Boucher: de Boucherville, Gros-Bois, Grand-Pré, Montbrun, Niverville, Sabrevois, Laperrière, outre les variantes Bauché, Boché, Morency, Montmorency et Sansoucy, venues d\u2019ailleurs.On connaît la dynastie des Hertel, des Juchereau, des Couillard, des Le Gardeur.Passons au menu peuple.Bélair fut aussi Delpèche, Delperche, Émereau, Chulle et Plessis.Bélisle: Rotureau, Chèvrefils, Lamarre, Leborgne, Leme-rise, Goguet.Chesney: Chesne, Lothainville, La Garenne, Le Jardin, Vandamois.D\u2019Amours: de la Morandière, des Chauffours, deFreneuse, de Clignancour, de Louvières.Desjardins: de Rupally, Comète, Capel, Combelle, Charbonnier, de Gonneville.Dufresne: Bouin, Janvrin, Thunay, Varnas.Fortin: Bellefontaine, Monbré, Hermel.Gauthier: de Comporté, de la Chesnaye, Boisverdun, La Vérendrye, Landreville.Dion: du Rouvray, de Richemont.Lafleur: Béïque, Délassé, Drousson, Sincerny, Périer, Pleau, Prieur.Laplante: de la Bourlière, Panier, Lerige.Larose: de Guire, Guiré, Keré, Bizeux, Sauvin, Blanchon, Grouard, Derny.Latour: Beaume, Gourné, Lecanteur, Simonet, Thuillier, Laforge, Balard.Leblanc: Beaume, Lamiche, Grandmaison.Leclerc: Le Boutelleau, Montfort, Cap-Breton.Lecompte: Dupré, Cassin, de la Vimaudière, de la Rigo-terie.Lefebvre a vingt-six variantes: Angers, Le Boulanger, La Cerisaie, La Baie, Descôteaux, de Battanville, Belcourt, de Bellefeuille, etc.Rivard: Maisonville, Préville, Montendre, Laglanderie, Lanouette, Loranger, Lacoursière, Vertefeuille.Mignot: De Chatillon, de la Gerbaudière, de la Frenaie.Morel: Parisien, de Ladurantaye, de la Chaussé, Laplume, de Boisbriant, du Houssay.Morin: Manceau, Chênevert, Rochebelle, Valcour, Moret, Moyen, Beauséjour, Dulac.Perrot: Vildaigre, Lagorce, d\u2019Argentenay.Potvin: Poitevin, Criquet, Aloignon, Lagneau, de Serre, de Sève, Aymard, Barbeau, Beaupoil, Cadieux, Florenson, Grelier, Greslon, Herpin, Pacrau.Renaud : Arnault, de Coigne, Lavergne, Davesne, Desme-loises, Desmoulins.Rocheleau: Rochereau, Montriseau, Laperche, Vivier.Roy et Rouer: Le Roy, Duroy, Lapensée, de la Potherie, Portelance, de Maran, Chatellereau, La Cerène, Lasseigne, Saint-Louis, de Villeray, de la Cardonnière, de Vitré.Tourangeau: Herpin, Lemelin, Gatien, La Coudray, Ray-moneau, Honoré.L\u2019on eut Migeon de Lagauchetière ou de Bransac, Milot Laval, Jutras La Perrotière, Nolin Lafougère, Léveillé Mari-gny et Mornet, Marchand de Lignery, Cosineau de Mareuil, Pépin des Cardonnets, Perron Le Suire, Raymond Belle-garde, Richer Laflèche et Coulonge, Rochon Rocheron, Hogue Saint-Agne, Vézina Voisine, Monet Boismenu, Simard Lombrette, Palin d\u2019Abonville, Pelletier de Laprade, Pagé de Quercy, Richard Des Sablons, Larue Montenon, Sauvageau et Morin Maisonneuve, Dumets La Feuillade, américanisé en Lafayette, Langlois Boisverdun, et dix ou quinze sources de Lafontaine.Certains noms furent tout simplement victimes d\u2019une mauvaise prononciation: Proulx, c\u2019était Préaux, comme Boileau, Hurtubise Heurtebise, Lizotte Lissot, Ayotte Hayot, Forget Froget, Chartrand Chartrain.Jusqu\u2019à l\u2019orthographe qui s\u2019en est mêlée.Quand Jacques de Lugré, né à La Rochelle en 1632, s\u2019établit en 1660 à l\u2019île d\u2019Orléans, s\u2019imaginait-il que son petit-fils comprimerait son nom, pour obéir à la grammaire sans doute, qui fusionne de le en du, comme la baie de Lefebvre est aujourd\u2019hui la Baie-du-Febvre, qui a donné des Lefebvre de la Baie, aujourd\u2019hui des Labbé.Aux registres de 1740, on trouve des épellations indiquant bien la prononciation d\u2019alors: Martin s\u2019écrit Merlin, Laperle Laparle, Trottier Troquet, et Berthiaume ramasse tout en Barquiaume, ainsi qu\u2019on disait encore en 1900.Cet e prononcé a sera tenu responsable de l\u2019anglicisation de nos Hervé en Harvey après 1760.Il descend beaucoup moins de Harvey des Écossais que des trois Hervé, bons Français venus de Blois et d\u2019Angoulême, établis à l\u2019île aux Coudres et ailleurs, et laissant de nombreux fils pour continuer les Hervé, non des Harvey.Nous comptons en Amérique, beaucoup plus qu\u2019en France, par Gauthier, Roy, Gagnon, Côté, Leblanc, Poulin, Marcotte et Lévesque.On s\u2019y empêtre.Les Français prennent des noms de fermes: la Martinière, La Colombière, la Cressonière, La Rouvière, noms sonores qui valent bien Sunnyside, Meadow-brook, Lakeview, et qui supplantent ensuite les noms de famille.On pourrait les imiter, revenir aux sources ou imaginer des syllabes élégantes.N\u2019y aurait-il pas danger que des ignorants ou des snobs jugent brillant, ou habile pour attraper des jobs chez les Anglais, de prendre un nom de l\u2019innombrable famille des Smith, Jones et Johnson ?Là c\u2019est une autre affaire, et plusieurs n\u2019attendent pas cela pour tourner Michaud en Mitchell, Bergeron en Bashaw, Boulard en Buffer.On a donné les Pelkey, Sharkey, Labby, Roach, Blay, Sharland, Shangras, Puckett, Pilshaw, Montan, Trokay, Volway, Kloukay.Dollard, qui s\u2019appela ici Desormeaux, tournerait-il en Dollar ?Les fêtes nationales nous font rêver de beaux secteurs français au Nouveau Monde.Les plus intelligents Américains nous réclament cette contribution à la variété, à la beauté, à la santé de l\u2019Amérique.Ils goûtent infiniment plus la saveur des noms Vieille-France que les assimilations niaises qui confondent tout le monde avec tout le monde.Quelques noms à panache sonnent bien en démocratie.L\u2019art et la beauté d\u2019un jardin ne viennent-ils pas des nuances de couleurs et de l\u2019épanouissement de toutes les fleurs ?JUIN 1950 167 IE MÉMOIRE que la Chambre de Commerce du district de Montréal a présenté à la Commission Massey vient d\u2019être mis en brochure.C\u2019est un intéressant exposé doctrinal sur des problèmes constitutionnels.Après avoir rappelé dans l\u2019introduction les pouvoirs dévolus à la Commission, la Chambre explique le sens de son mémoire: « Le champ d\u2019enquête ainsi délimité met en jeu des problèmes d\u2019ordre constitutionnel sur lesquels la Commission doit nécessairement désirer l\u2019expression d\u2019opinions motivées.Au surplus, la Commission a reçu de toutes les parties du pays des mémoires provenant d\u2019institutions qui relèvent normalement de la juridiction des provinces et qui ont profité de la circonstance pour exposer leurs problèmes sans toujours ni même généralement établir les distinctions constitutionnelles dont la Commission aura besoin pour se prononcer.« C\u2019est pourquoi la Chambre de commerce du district de Montréal croit nécessaire de consacrer à ce sujet la plus grande partie du mémoire qu\u2019elle soumet par la présente à la Commission.Et elle estime en cela rester entièrement dans son domaine.Le rôle des Chambres de Commerce ne se limite pas, en effet, à la défense des intérêts particuliers des hommes d\u2019affaires, ni même à la seule discussion des problèmes économiques et financiers.En dépit de leur nom, qui est plus traditionnel que strictement adapté aux usages actuels, les Chambres de Commerce sont en réalité des corps qui s\u2019intéressent très largement à tous les problèmes civiques.Aussi bien, leur composition n\u2019est-elle pas uniquement limitée aux chefs d\u2019entreprises comme tels.On y trouve \u2014 à côté des commerçants, des entrepreneurs-artisans et des industriels \u2014 des techniciens (ingénieurs, comptables, architectes, etc.) à leur compte ou au service des entreprises, des professionnels (médecins, avocats, notaires, professeurs, etc.), bref une large représentation de la classe moyenne sous ses multiples aspects.D\u2019ailleurs, les chartes mêmes des Chambres de Commerce canadiennes prévoient que leur objet est bien plus d\u2019ordre civique que de défense des intérêts d\u2019une classe ».\u2022 Règle établie par Phistoire Le mémoire commence par un « exposé de principe constitutionnel et sociologique ».On y lit: « En fait et du point de vue qui nous occupe en ce moment, la constitution réserve expressément aux provinces l\u2019autorité législative et administrative en tout ce qui touche, d\u2019une façon générale, la vie et les affaires privées du citoyen, d\u2019une façon particulière, l\u2019éducation et l\u2019enseignement.Ces dispositions de la loi constitutionnelle ne sont dues ni au hasard ni au caprice du législateur.Elles donnent confirmation juridique à une règle établie par l\u2019histoire, savoir qu\u2019en matière privée et éducationnelle, les gouvernements réalisent d\u2019autant mieux leurs fins qu\u2019ils sont en relations plus étroites avec la population, et donc mieux en état de comprendre et d\u2019interpréter sa conception de la vie, ses sentiments et ses aspirations.« Or, cette règle, précieuse et infiniment respectable en tout pays soucieux de la personnalité et des prérogatives du citoyen, est condition même de l\u2019ordre et du progrès dans un pays comme le Canada \u2014 dont les caractéristiques géographiques et économiques diffèrent profondément d\u2019une région à l\u2019autre et dont la population est formée de deux éléments d\u2019origine, de culture et de croyance différentes, chacun ayant un droit strict fondé en nature au respect intégral de son particularisme dans les cadres du bien commun.La remise aux provinces de l\u2019autorité en matière privée et éducationnelle possède une signification et une portée d\u2019autant plus étendues que l\u2019une des quatre provinces pionnières de la Confédération, l\u2019une des dix dont celle-ci est actuellement composée, la pro- 168 AVEC OU SANS COMMENTAIRES LA CHAMBRE DE COMMERCE DE MONTRÉAL DEVANT LA COMMISSION MASSEY vince de Québec, était instituée et demeure, du fait même de la constitution, gardienne et interprète de la culture et de la civilisation de l\u2019un de ces deux éléments ethniques.Si les neuf autres provinces peuvent, certaines circonstances étant changées, juger opportun, dans l\u2019intérêt de leurs populations respectives, d\u2019entrer en marchandage avec le gouvernement fédéral quant à telle ou telle de leurs prérogatives constitutionnelles, la province de Québec ne le saurait sans manquer à la mission spécifique dont elle est investie au sein même de la Confédération.C\u2019est d\u2019abord et avant tout à cause de ce que cette province représente que le régime constitutionnel du pays a pris en 1867 la forme fédérative plutôt que la forme unitaire et c\u2019est pour la même raison que rien d\u2019essentiel ne doit encore aujourd\u2019hui être changé au régime constitutionnel, notamment en ce qui touche les prérogatives dont nous nous occupons en ce moment.» Voici maintenant la fin de la première partie du mémoire.Ce développement a comme sous-titre: Le fait canadien.\u2022 Raisons du partage des pouvoirs « Ces quelques considérations sociologiques éclairent les raisons profondes du partage des pouvoirs entre les provinces et le gouvernement fédéral comme il a été effectué en 1867 et continue de subsister de nos jours.En attribuant aux provinces la juridiction en matière privée et éducationnelle, les auteurs de la constitution, mandataires des deux groupements ethniques dont est composée la population canadienne, ont voulu assurer à ces groupements la faculté d\u2019organiser selon leurs conceptions propres la vie collective dans les provinces où ils forment la majorité.Cela implique beaucoup plus que la dispensation de l\u2019enseignement.C\u2019est tout l\u2019ordre social qui est en cause, par conséquent la pensée dont il procède, en définitive, la culture elle-même aux deux sens où l\u2019expression peut être entendue.En effet: a) la culture personnelle est le fruit de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement; elle s\u2019appuie sur la culture nationale et se développe selon son esprit; b) la culture nationale est un don du milieu ethnique repris, explicité et affiné par l\u2019éducation.« De l\u2019une à l\u2019autre il y a continuité, interaction.Qu\u2019on l\u2019entende dans un sens ou dans l\u2019autre, la culture ressortit à la vie privée du citoyen, et le rôle de l\u2019État à cet égard est, non d\u2019en modifier l\u2019esprit, mais d\u2019en favoriser l\u2019épanouissement.« Depuis 1867, la situation canadienne n\u2019a pas changé dans ses données essentielles.« 1) Ni l\u2019un ni l\u2019autre des deux groupements ethniques n\u2019a renoncé à son existence propre \u2014 au contraire, l\u2019un et l\u2019autre entendent toujours conserver intégralement la culture qu\u2019ils ont respectivement reçue en héritage et en^assurer la plus complète fructification dans les cadres de l\u2019État canadien et c\u2019est pour eux un droit fondé en nature et reconnu par la constitution.« 2) Les Franco-Canadiens forment la majorité dans la province de Québec, les Anglo-Canadiens dans les neuf autres provinces.Ceux-ci peuvent, à la rigueur, nous l\u2019avons noté déjà, consentir à céder au gouvernement fédéral telle ou telle des prérogatives dévolues par la constitution aux provinces.Ils risquent en somme peu de chose, car, formant la majorité dans l\u2019ensemble du pays, ils ont la certitude que toute intervention du gouvernement fédéral dans leur vie nationale s\u2019inspirerait de leur conception à eux et irait par le fait même dans le sens de la consolidation et de l\u2019épanouissement de leur culture.Il n\u2019en est pas ainsi des Franco-Canadiens.Leur milieu ethnique, le centre de renouvellement de leur vie nationale, c\u2019est la province de Québec \u2014 la seule où ils puissent organiser la vie collective et en régir les grandes fonctions selon leur esprit.L\u2019affaiblissement de l\u2019autonomie provinciale et l\u2019élargissement corrélatif des prérogatives fédérales les réduiraient à l\u2019état de minorité constitutionnelle, donc à l\u2019état d\u2019un groupement dont les libertés culturelles peuvent être garanties par la loi, mais qui est tenu de s\u2019adapter à une politique et à un ordre conçus selon un esprit différent du sien.Cette sorte d\u2019assujettissement est pour une nation aussi grave que la privation des libertés culturelles elles-mêmes.Car, nous l\u2019avons vu il y a un instant, l\u2019organe de conservation de la nation, c\u2019est le milieu ethnique, et la condition première de l\u2019efficacité de ce milieu, c\u2019est l\u2019homogénéité.En matière de culture, le gouvernement fédéral, légiférant pour l\u2019ensemble du pays sous l\u2019impulsion et selon l\u2019esprit de la majorité anglo-canadienne, viendrait par la force des choses en contradiction avec les exigences de base de la culture franco-canadienne.« En attribuant aux provinces juridiction en matière privée et éducationnelle et en assurant ainsi aux deux groupements ethniques la faculté d\u2019organiser leur vie selon leur culture propre, les Pères de la Confédération ont fait preuve d\u2019une vive intelligence des exigences de fond de la vie canadienne \u2014 exigences que les trois quarts de siècle écoulés depuis lors n\u2019ont modifiées en rien et auxquelles, dans l\u2019intérêt du pays, il convient plus que jamais de se soumettre.Aux provinces seules reviennent donc les responsabilités de l\u2019État en matière d\u2019éducation et de culture.A elles de doter la population des institutions d\u2019enseignement, d\u2019éducation et de culture qu\u2019exigent leur propre prospérité et celle du pays tout entier d\u2019une époque à l\u2019autre.Quant au gouvernement fédéral, son rôle doit se limiter à respecter, dans l\u2019élaboration de sa politique générale, l\u2019esprit et les manifestations des deux cultures existant dans ses cadres.\u2022 Canadiens français et nation canadienne « Faut-il conclure de là que les Canadiens français sont opposés à la formation d\u2019une nation canadienne ?Non.Si on entend l\u2019expression au sens politique \u2014 le moins exact, mais malheureusement encore le plus répandu \u2014 nous pouvons affirmer que les Canadiens français ont au cours de leur histoire multiplié les preuves de leur désir de voir s\u2019édifier un Canada fort, uni, maître de ses destinées et jouant pleinement son rôle parmi les autres nations, dans l\u2019intérêt de l\u2019humanité tout entière.Si, au contraire, on songe plutôt à la nation RELATIONS\tJUIN 1950 entité sociologique, nous pouvons dire que les Canadiens français ne s\u2019opposent pas non plus à sa réalisation, si elle doit être le résultat d\u2019un processus naturel, de l\u2019action réciproque des deux cultures, au point où, les différences essentielles s\u2019étant effacées au cours des années, la fusion se réaliserait tout naturellement, sans une propagande officielle de l\u2019État central, qui, par le fait même qu\u2019elle viserait à la réalisation d\u2019une culture canadienne, ne pourrait pas s\u2019abstenir de prendre parti sur tel ou tel sujet pour l\u2019un ou l\u2019autre des points de vue des groupes ethniques en présence.Le jour où la fusion se trouverait réalisée dans le fait, le problème ne serait plus le même, puisque l\u2019État n\u2019aurait qu\u2019à s\u2019adapter à une situation nouvelle pour répondre au sentiment commun de la population, sentiment commun résultant d\u2019un accord sur les données fondamentales d\u2019une civilisation et qu\u2019il ne faut pas confondre avec une certaine unanimité à s\u2019adresser au gouvernement fédéral en vue d\u2019obtenir une assistance dont on n\u2019a pas toujours envisagé toutes les implications.« Quant aux données fondamentales en jeu, les Canadiens français s\u2019opposent fermement à ce que l\u2019action des cultures l\u2019une sur l\u2019autre soit dirigée par l\u2019État fédéral \u2014 car une telle direction, l\u2019expérience le leur a appris, irait contre l\u2019une des cultures en présence: celle du groupe le moins nombreux, le moins influent, et cela pour répondre au sentiment de la majorité et soi-disant au nom du bien commun.Ils demandent qu\u2019on laisse à chaque culture le soin d\u2019évoluer selon son propre dynamisme interne et de s\u2019adapter librement au milieu dans lequel elle évolue.Ils ont, dans la province de Québec, donné l\u2019exemple de la façon dont l\u2019État doit se comporter vis-à-vis d\u2019une minorité culturelle.La sociologie et l\u2019expérience historique conseillent aux Canadiens français de conserver toutes les libertés auxquelles ils ont droit et de s\u2019opposer à toute extension nouvelle dans leur vie nationale d\u2019une influence à laquelle ils n\u2019ont malheureusement pu jusqu\u2019ici accorder pleine confiance.\u2022 Relations financières du fédéral et des provinces « C\u2019est à la lumière de ces données que votre Commission devra, de l\u2019avis de la Chambre de commerce du district de Montréal, juger les mémoires qui lui ont été présentés et conclure sur les problèmes qui lui ont été soumis.D\u2019une façon générale^ il sera désirable qu\u2019elle statue sur l\u2019inopportunité pour l\u2019État fédéral de répondre au vœu d\u2019assistance' financière exprimé directement ou implicitement par diverses, institutions culturelles et éducationnelles, du fait qu\u2019elles se sont adressées à une Commission d\u2019origine fédérale.Si elle juge réels et valables les besoins financiers des institutions en cause et bien fondées leurs demandes d\u2019assistance à l\u2019État, votre Commission pourra cependant jouer un rôle extrêmement utile et propre à faciliter les progrès de l\u2019union au Canada en signalant aux autorités fédérales les besoins financiers qui peuvent en découler pour les provinces habilitées à fournir l\u2019assistance requise.« La Chambre de commerce de Montréal estime donc particulièrement opportun de soumettre ici à l\u2019attention de votre Commission le mémoire qu\u2019elle a déjà présenté aux autorités fédérales et provinciales sur le problème des relations financières entre le pouvoir central et les provinces et sur la nécessité de les établir sur une base conforme à la protection de l\u2019autonomie des provinces dans le véritable esprit de la Confédération.Elle attire particulièrement l\u2019attention de votre Commission sur le fait que ce mémoire concernant les relations fédérales-provinciales en matière d\u2019impôt, met en valeur qu\u2019une politique générale de subsides à toutes les provinces, avec la centralisation concomitante des sources de-l\u2019impôt que cela suppose, est difficile à concilier avec l\u2019autonomie des provinces.» 169 Au fil du mois Mgr de Laval reçu en Le Séminaire de Québec, désireux triomphe\tde ren(jire un digne hommage à son fondateur, lui a élevé un tombeau qui est une splendeur.Attenante à la grande chapelle des élèves, la chambre mortuaire de marbre et d\u2019or abrite maintenant les reliques du premier évêque de la Nouvelle-France et convie les fidèles à venir invoquer la puissance de son intercession.La lumière, l\u2019éclat de l\u2019or, de l\u2019onyx et du porphyre lui donnent un air de résurrection.C\u2019est l\u2019œuvre conjointe de la munificence du Séminaire et de l\u2019inspiration de l\u2019architecte.La translation des restes prit un caractère strictement privé, vu que la cause du Vénérable est encore devant les cours de Rome.Elle se fit sous la présidence de S.Exc.Mgr Maurice Roy, en présence de Mgr l\u2019auxiliaire, des dignitaires et du personnel du Séminaire.Cette translation accomplie dans le plus grand mystère, les portes du Séminaire furent ouvertes au public et en particulier aux anciens de l\u2019institution.On les invitait à prendre part à des solennités destinées à rendre grâces à Dieu et à commémorer la mémoire du grand évêque.Le programme des fêtes fut élaboré grâce en grande partie aux suggestions présentées par les élèves du Séminaire à leurs maîtres et aux autorités.Ceux-ci eurent grand soin d\u2019en respecter les grandes lignes, et d\u2019encourager ainsi cette manifestation juvénile de dévotion à Mgr de Laval.L\u2019exposition préparée par eux est remarquable à différents points de vue: goût artistique, richesse des étalages et des souvenirs, organisation accueillante.Cette exposition a vite attiré le grand public, qui ne cessait d\u2019admirer les souvenirs de Mgr de Laval inconnus de la plupart: sa croix pectorale, le calice dont il se servait, les vêtements sacerdotaux.Exposition tellement populaire qu\u2019il est à souhaiter qu\u2019elle reste ouverte tout le temps des vacances à la multitude des touristes et des élèves qui suivent les cours d\u2019été à l\u2019Université Laval.Ces fêtes provoqueront un renouveau de dévotion envers celui que le cardinal Salotti, alors qu\u2019il était promoteur de la foi, comparait aux grands évêques qu\u2019honore l\u2019Église.« Mgr de Laval est de la taille d\u2019un saint Charles Borromée.» Fierté et continuité La semaine de la Fierté rurale est rurales\ttombée juste avec les Rogations, la Saint-Isidore et la fête des Mères.Les jeunes de trois cents paroisses ont prodigué les forums sur la manière de s\u2019instruire, de s\u2019établir et d\u2019expliciter leur attachement à leur foi, à leur travail, à leur vie paroissiale.Le programme des veillées d\u2019étude s\u2019occupe toujours plus de l\u2019avenir, dans l\u2019établissement agricole.C\u2019est juste: qui est fier de sa profession y reste fidèle et ne la déserte pas.Mais ce n\u2019est pas toujours facile d\u2019obtenir une terre, et c\u2019est tellement plus vite fait de partir, de chercher une place de rien au pelletage, au servage et au chômage.On ne s\u2019établit pas sur des grands mots.Plusieurs jeunes ont le désir, la fierté, mais pas les moyens d\u2019acheter ni de se faire une terre.Notre colonisation boiteuse ne va pas au-devant; elle reste assise dans de jolis bureaux; elle parle de temps à autre pour excuser son inertie; elle prétend que les jeunes sont trop paresseux, trop gaspilleurs et trop gaspillés pour vouloir ces cantons, où les épinettes ont le bon sens de ne rien coûter et de payer des droits de coupe.Il faut aux jeunes des lots, des chemins, puis une réponse favorable, pas trop en retard.Au banquet Rivard, à Mont-magny, M.le ministre Bégin a lancé une invitation, qu\u2019on peut croire sérieuse: « Je dis aux cultivateurs: Allez à la terre; venez nous voir, et nous vous établirons.Nous ferons des pères de famille et de leurs fils des cultivateurs heureux de leur sort.» Jacistes et Ucécistes, allez-y! Demandez, formulez vos requêtes en règle, et ne lâchez pas.La Société d\u2019Établissement rural, qui veut précisément aider les jeunes, demande qu\u2019on l\u2019aide à démarrer.La quête nationale du 25 juin devra lui fournir ce nerf de la paix conquérante.Sa devise: Sur nos terres sans hommes, établissons des hommes sans terre, en frappant notre Fierté rurale, trouvera un écho sonnant dans ce qu\u2019on dit « votre part: Au moins un dollar ».Cela rapportera du mille pour un, en terres et en paroisses nouvelles, en nombre et en qualité agricoles, en bâtisseurs de pays et d\u2019histoire du Canada.Voilà\tOn a fêté le centenaire des Sœurs de soixante-quinze ans Sainte-Anne, ce prospère chef-d\u2019œuvre d\u2019Esther Sureau-Blondin et de Mgr Bourget.On a fêté le Bon-Pasteur de Québec, un pareil miracle.Voici une autre beauté pour dans vingt-cinq ans.Le 8 mai 1875, six Carmélites de Reims arrivaient à Montréal, fonder un Carmel.Invitées par le P.Braun, s.j., accueillies par Mgr Bourget, par les communautés et par l\u2019élite de la ville, elles habitent d\u2019abord une maison quelconque, à Hochelaga.De généreux donateurs leur offrent à la Côte-à-Baron (la rue Sherbrooke) un champ situé aujourd\u2019hui dans le Jardin botanique.C\u2019est trop loin, « à deux lieues de la ville ».Elles bâtissent près du fleuve un monastère que l\u2019agrandissement du port fera disparaître.En 1896, s\u2019élève le Carmel actuel au quartier Saint-Louis.La chronique sociale trouve piquantes les recommandations de Mgr Bourget, en 1875, et la réponse des cloîtrées: « Le luxe et l\u2019amour du bien-être causent ici des ravages qui m\u2019effraient.Vous combattrez ces deux vices par votre vie austère et pénitente; vous avez une grande tâche à remplir au Canada.Vous serez les auxiliaires du clergé, les paratonnerres du diocèse, le soutien des institutions.» De son côté, la R.M.Prieure admire la piété des bienfaiteurs, les honorables Desjardins, Trudel, Coursol et autres: « A les entendre, ce sont eux qui sont nos obligés.Quel esprit de foi règne dans ce cher Canada! L\u2019impiété ne l\u2019a pas ravagé; il est ce qu\u2019était sa mère-patrie à l\u2019âge d\u2019or de sa foi.Les six Carmélites d\u2019Espagne qui vinrent fonder le Carmel en France, au xviie siècle, furent bien accueillies par l\u2019aristocratie parisienne; mais nulle part nous n\u2019avons lu qu\u2019elles aient rencontré des sympathies aussi touchantes que celles qu\u2019on nous prodigue ici.Une seule chose nous effraie, c\u2019est le luxe, le confortable, l\u2019amour du bien-être, encore plus développés qu\u2019on ne le disait.Le bien-être amollit le caractère.» \u2014 Que dirait la bonne révérende Mère en 1950?.Les Sœurs enseignantes n\u2019auront jamais fini d\u2019enseigner, ni les contemplatives d\u2019expier, d\u2019enseigner aussi par leur existence même.Beurre et pommes La bonne terre recommence à pro-de reste\tduire, et l\u2019on n\u2019a pas tout consommé les produits de l\u2019an dernier.Il reste des millions de livres de beurre invendu, et les troupeaux améliorés prodiguent un lait tout neuf.Blé, fruits, œufs, patates jaillissent en surabondance.On en laisse perdre, on en détruit, on en rationne la création, \u2014 l\u2019Ontario a coupé des centaines de bons pommiers, \u2014 alors que des pauvres ne mangent pas à leur faim et goûtent rarement ces richesses: beurre, œufs, lait^et pommes.Le; gouvernement d\u2019Ottawa, comme celui des États-Unis, achète des montagnes de tout cela pour ne pas décourager les cultivateurs.C\u2019est bien; ce serait mieux encore de distribuer ces vivres aux sous-alimentés qui n\u2019ont pas les moyens d\u2019en acheter.Comment faire une distribution sans abus?Par les Saint-Vincent-de-Paul et les 170 RELATIONS autres agences de charité, aux orphelinats, aux colonies de vacances et aux pauvres des ruelles, qui vivent tant bien que mal des collectes, et qui mangent sans goût des bouillis à répétition.Que de taudis où l\u2019on se prive de beurre, de fromage, d\u2019œufs, de lait et de pommes! Pourquoi les campagnes des Œuvres de Charité n\u2019obtiendraient-elles pas du gouvernement des cent mille livres de ces provisions, qui épargneraient autant d\u2019aumônes à recueillir ?Ce serait la charité du pays, le respect de la création, la joie sur mille tables, les santés mieux armées contre les maladies qui taxent les cliniques des gouvernements.N\u2019est-ce pas une injure au Créateur des enfants et des vivres que ce divorce entre la production et la consommation?L'Irlande est inquiète A peine née à l\u2019indépendance, l\u2019Irlande se meurt.Un siècle encore, et des fils d\u2019autre race habiteront l\u2019Ile verte.Rêve de fanatique de l\u2019Ulster?Au contraire, froid calcul de démographes.La statistique essentielle, la voici.En 1840, la population de l\u2019Irlande était de 6,548,000: même plus, si l\u2019on doit se fier à Y Encyclopédie Britannique.Depuis, elle n\u2019a cessé de décliner.En 1946, elle est de 2,953,451.La population des villes, Dublin, Kingston, Cork, Waterford, Limerick, n\u2019a pas fléchi.Ce sont les campagnes qui se sont vidées.Les terres d\u2019Irlande pourraient nourrir, assure-t-on, trois fois plus d\u2019enfants.L\u2019étendue des champs cultivés est relativement quatre fois moindre qu\u2019au Danemark.De tous les pays agricoles d\u2019Europe, l\u2019Irlande est celui où la population rurale est la moins dense.L\u2019émigration explique en partie cette baisse dans la population, les Irlandais étant venus par « hordes » aux États-Unis, pour emprunter un mot aux Américains pur-sang de 1850.De 1847 à 1857, un million cinq cent mille Irlandais quittèrent leur pays, presque tous des jeunes.« For of late I\u2019ve took a notion.For to cross the briny ocean.» Ainsi va la vieille chanson irlandaise qu\u2019on chante encore, puisque l\u2019émigration se continue toujours.De 1936 à 1946, l\u2019Irlande a vu partir 250,000 de ses fils.On aurait tort de croire cependant que l\u2019émigration est encore aujourd\u2019hui la cause principale de ce dépeuplement.La cause principale est la peur de vivre.Les Irlandais ont peur de courir la grande aventure de contracter mariage et d\u2019élever une famille.Nulle part ailleurs au monde on ne se marie si peu.L\u2019Irlande, dont la couleur nationale est le vert jeune de l\u2019espérance, devient l\u2019habitat de vieux garçons et de vieilles filles.65% de la population ne sont pas mariés.Nulle part ailleurs, non plus, on ne se marie si tard.Dans 7 mariages sur 10, ce n\u2019est qu\u2019après mûre réflexion.Voyez! le fiancé est un homme entre 35 et 40 ans, la fiancée, une femme entre 30 et 35 ans, passée la fleur de la jeunesse.Si étrange que la chose puisse nous paraître, ici la campagne est encore plus atteinte que la ville.Des mariages si tardifs ne sauraient être, règle générale, très féconds.L\u2019âge de la plus grande fécondité se situe entre 25 et 29 ans.Or, à cette période, 82% des hommes et 64% des femmes d\u2019Irlande ne sont pas encore mariés.La famille irlandaise ne dépasse pas en moyenne trois enfants.A ce taux de natalité, même si la prospérité devait tarir toute émigration, même si les progrès de la médecine devaient conduire à l\u2019âge mûr tous les enfants du pays, la population de l\u2019Irlande continuerait à décliner.C\u2019est là un fait autrement plus tragique que la conquête anglaise ou que la grande famine de 1848.La persécution redresse les cœurs, la bonté de la nature revêt les champs, mais perdre le sens de la famille, c\u2019est perdre le sens même de la vie.Le monde entier connaît les campagnes de tempérance prêchées vers le milieu du siècle dernier par le légendaire Father Mathew; les Irlandais prenaient le pledge, et les distilleries fermaient.Ce qu\u2019il faudrait à l\u2019Irlande d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est un apôtre de la famille.Nation catholique à qui le Nouveau Monde doit beaucoup, il faut que l\u2019Irlande repeuple ses berceaux.La Maison _ A la nouvelle qu\u2019on allait démolir William Lyon Mackenzie piusieurs maisons de la rue Bond, un citoyen de Toronto, M.T.Wilbur Best, s\u2019émut.Le 80 de la rue Bond avait été, pendant les deux dernières années de sa vie, la demeure de William Lyon Mackenzie, le leader de la rébellion de 1837 au Haut-Canada, et, après 1861, celle de Mrs.John King, mère de William Lyon Mackenzie King, notre ancien premier ministre.M.Best réunit un groupe de citoyens qui achète la propriété, l\u2019orne avec goût, y dépose des trésors et des reliques du passé, bref, en fait un musée civique.Toronto, 1837.Les conservateurs détiennent fermement le pouvoir.Tout libéral est un taré, un rogue, une canaille.Un Family Compact règne sur le gouvernement, sur les cours de justice et sur d\u2019immenses domaines taillés à même les terres de la Couronne.Dans le Colonial Advocate, un jeune rédacteur en chef, rempli d\u2019indignation, brandit une plume violente.Il tient aussi des assemblées politiques, attaque « le nid de sales oiseaux », les « usuriers », prône l\u2019indépendance du pouvoir judiciaire et le gouvernement responsable.On jette ses presses à l\u2019eau; on disperse ses assemblées.Cinq fois il est élu à la Chambre; cinq fois il en est expulsé.Quand le gouverneur, sir François Bond Head, prend fait et cause arbitrairement pour le mouvement tory, c\u2019est la rébellion.William Lyon Mackenzie s\u2019enfuit en exil.Il convenait que le petit-fils, M.Mackenzie King, ouvrît la Maison Mackenzie au public.Comme il était souffrant, M.Leslie Frost, premier ministre de l\u2019Ontario, accomplit, le 9 mai, le rite historique, avec une clef d\u2019or.O mânes de sir Francis Bond Head! Un musée national à William Lyon Mackenzie, 80, rue Bond! Pour comble d\u2019ironie, M.Leslie Frost est conservateur, chef provincial donc de ce même parti qui, dans la même province, il y a cent ans, mettait à prix la tête de William Lyon Mackenzie, emprisonnait, déportait, mettait à mort ses partisans.L\u2019histoire fait de ces pirouettes.Si un parti prônait aujourd\u2019hui l\u2019autonomie complète et réelle du Canada, son chef serait honni, couvert d\u2019injures, qui sait, jeté dans les fers.Mais dans cent ans il aurait un boulevard dans chaque ville, une statue dans chaque parc; gratte-ciel, importantes marques de commerce, clubs de gouret, tavernes, cafés célébreraient son nom; sa maison serait convertie en musée national, et Ottawa, la capitale du pays, s\u2019appellerait.Eh oui, la chose s\u2019est déjà vue ailleurs! Aventuriers de la grâce Les retraites fermées de trois jours et même d\u2019une journée sont connues.Les retraites de sept jours en complet silence, avant et après les repas, matin, midi et soir, sont plus rares.Or à la villa Manrèse, chemin Sainte-Foy, à Québec, des Pères avaient rêvé pour les laïcs d\u2019une retraite fermée de cette sorte.« Chimère! » pensèrent quelques-uns.Ÿ aurait-il dix hommes en pleine activité, hommes de profession libérale, hommes d\u2019affaires, ouvriers, prêts à sacrifier une semaine de travail pour s\u2019envelopper dans le silence ?L\u2019aventure était trop belle; on voulut la tenter.Le mercredi soir 17 mai, 46 hommes se présentèrent: 7 hommes de profession libérale, 9 marchands et hommes d\u2019affaires, 25 de différents métiers.Ils firent les Exercices.JUIN 1950 171 spirituels de saint Ignace, et chaque matin de la semaine, à 11 heures, un Père les initiait à un livre du Nouveau Testament.Ainsi sortirent-ils de ces jours de grâce pleins de la parole même de Jésus-Christ et du désir de Le servir.Les Pères Jésuites de Manrèse n\u2019ont fait en somme que renouer une tradition de la vieille France.Dès 1665, en Bretagne, les célèbres Pères Maunoir et Huby groupaient en retraite de huit jours jusqu\u2019à 700 hommes.On doit recommencer en octobre prochain, avec les hommes, à la Villa Saint-Jean, à Saint-Jean sur le Richelieu.Dames et demoiselles, de leur côté, en organisent quatre: deux chez les Religieuses de Marie-Réparatrice à Montréal et aux Trois-Rivières, deux chez les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception à Montréal et à Québec.Il n\u2019y a pas seulement les découvreurs de pays, les audacieux de la finance, les chefs d\u2019école artistique.Il y a également les aventuriers de la grâce.L\u2019enquête\tL\u2019enquête sur le jeu et le vice vient d\u2019être sur la moralité\tdemandée officiellement par la Ligue de moralité qui représente un groupe de citoyens et d\u2019associations de Montréal.La requête, qui porte la signature de cinquante citoyens, contient une foule d\u2019accusations précises et s\u2019appuie sur un dossier imposant.La parole est maintenant aux hommes de loi.Plusieurs vous prédiront que l\u2019enquête ne donnera rien.Ils oublient qu\u2019il s\u2019agit, non d\u2019une enquête royale, limitée dans son objectif, mais d\u2019une enquête conduite par un juge possédant des pouvoirs discrétionnaires pour faire éclater la vérité.La vigilance de l\u2019opinion publique reste le principal espoir de réforme.Même si l\u2019enquête ne devait servir qu\u2019à la réveiller et à l\u2019éclairer, ce serait déjà un résultat encourageant.Les magnats du vice craignent la lumière.\u2022 .1 ¦ \u2022 LE CATHOLICISME CANADIEN-FRANÇAIS SUR UNE APPRÉCIATION DE CHRISTOPHER DAWSON Richard ARÈS, S.J.« It stands for something which the modem world and most of all the modern American world greatly needs.» DÉCIDÉMENT rAngleterre découvre.le Canada français! Hier c\u2019était Arnold Toynbee et son étonnante prédiction sur l\u2019avenir des Canadiens français (cf.Relations d\u2019avril) ; aujourd\u2019hui c\u2019est un autre historien, de non moindre calibre, M.Christopher Dawson, qui vient rendre hommage et témoignage à la vitalité religieuse et à la valeur catholique de notre petit groupe.Auteur de nombreux ouvrages, consacrés pour la plupart au rôle historique joué par la religion, et tout particulièrement par le christianisme à l\u2019égard des \u2022cultures et des civilisations (voir, entre autres, Christianity and the New Age, Religion and the Modem State, Religion and the Rise of Western Culture), M.Dawson tentait, en avril dernier, dans un article intitulé Roman Catholics in the Modem World, de localiser les principaux centres de forces catholiques dans le monde actuel et même d\u2019en évaluer la qualité, le dynamisme, ainsi que le rayonnement extérieur.Chose étonnante, et qui marque bien l\u2019intérêt croissant que le monde anglo-saxon attache au catholicisme, un tel article a paru, non pas dans quelque revue pieuse ou dans quelque bulletin de confrérie, mais dans l\u2019organe hautement spécialisé de la Société royale de Géographie de Londres, The Geographical Magazine, dont le directeur porte le nom significatif de Michael Huxley (numéro du printemps, avril 1950).Le catholicisme, constate tout d\u2019abord M.Dawson, est certainement la religion la plus fortement organisée et la plus universellement répandue.Aucun autre groupe religieux d\u2019aujourd\u2019hui, en tout cas, ne possède cette unité dont jouit l\u2019Église catholique, c\u2019est-à-dire ne forme, aussi bien qu\u2019elle, une véritable communauté (a true polity) ayant une seule et même organisation dirigée par une autorité centrale efficace.Voilà ce que voulait dire l\u2019historien Macaulay, quand il écrivait, il y a déjà plus d\u2019un siècle, qu\u2019aucun ouvrage de politique humaine ne méritait une étude aussi attentive que l\u2019Église catholique romaine (There is not and there never has been on this earth a work of human policy so well deserving of examination as the Roman Catholic Church).Le caractère international du catholicisme, ajoutait le même Macaulay, lui confère un pouvoir d\u2019expansion et de récupération qu\u2019aucune autre institution n\u2019a possédé à un tel degré.Ainsi, par exemple, quand au VIIe siècle Rome dut abandonner l\u2019Afrique à l\u2019Islam, elle tourna ses regards vers le Nord et ses missionnaires lui conquirent l\u2019Europe septentrionale, et quand plus tard la Réforme lui arracha cette dernière, les gains faits en Amérique vinrent compenser amplement les pertes européennes.Après ces considérations préliminaires, C.Dawson commence sa revue des forces catholiques à travers les cinq continents.L\u2019étonnant, dans cet inventaire mondial, c\u2019est la place de choix qu\u2019y tient le Canada français.L\u2019espace matériel consacré à ce dernier, dans cet article de six pages, non seulement l\u2019emporte sur l\u2019espace similaire alloué respectivement à l\u2019Australie, à l\u2019Afrique et à toute l\u2019Asie, mais se compare avantageusement, de ce point de vue, aux paragraphes concernant l\u2019Amérique latine et même l\u2019Europe occidentale; il n\u2019y a de fait que le bloc catholique étatsunien que l\u2019auteur étudie avec plus de prédilection et d\u2019étendue, le présentant comme le centre dynamique du catholicisme au Nouveau Monde, centre doué, à ses yeux, d\u2019un 172 RELATIONS rayonnement bien supérieur au catholicisme des nations sud-américaines.Mais, ajoute-t-il immédiatement, le catholicisme en Amérique ne se limite pas à ces deux formes extrêmes, si importantes qu\u2019elles soient.Il y a aussi le catholicisme canadien qui est, d\u2019une façon prédominante, français quant à la langue et à l\u2019histoire, et qui possède une tradition vigoureuse et distinctive tout à fait propre ( There is also the Catholicism of Canada which is predominantly French in language and history.) Il ressemble au catholicisme espagnol par son ancienneté et par la manière dont il unit le peuple, la culture et l\u2019Église dans une unité organique.Mais, tandis qu\u2019en Amérique espagnole ou même portugaise un tel fait s\u2019avéra une source de faiblesse au cours du xixe siècle, au Canada le catholicisme est demeuré une vivante réalité.Nulle part au monde il n\u2019est possible de trouver un exemple plus remarquable de la manière dont la religion peut quelquefois devenir une condition de survivance nationale en même temps qu\u2019un lien d\u2019unité sociale (.Nowhere in the world can we find a more remarkable example of the way in which religion may sometimes become a condition of national survival and a bond of social unity).En dépit de la conquête britannique au xvme siècle, continue M.Dawson, en dépit du fait que le Canada moderne est un État où prédomine la langue anglaise, les Canadiens français forment encore une nation au patriotisme local intense, et s\u2019ils ont survécu comme groupe, ils le doivent non pas tant au pouvoir politique qu\u2019ils détiennent dans la province de Québec, qu\u2019à ces cellules de base que sont la paroisse et l\u2019école (The French Canadians are still a nation with an intense patriotism, and their social survival has depended and still depends not so much on their political control of the province of Quebec as on the primary cells of the parish and the school).A l\u2019encontre des catholiques des États-Unis, les Canadiens français ont toujours été un peuple paysan, et leur force vient de leur emprise sur le sol ainsi que de leur vigoureuse vie familiale (Their strenght is due NOUVEAUTÉS Pourquoi aimer le Moyen Age, par le R.P.Benoît Lacroix, o.p.\u2014 Œuvre des Tracts, n° 367, 15 sous.La Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, par Rodolphe Laplante.\u2014 Œuvre des Tracts, n° 368, 15 sous.S.Exc.Mgr Léger, archevêque de Montréal, I.S.P.\u2014 Biographie, hommages, cérémonie du sacre, etc.\u2014 Brochure abondamment illustrée, dont une belle photographie de Son Excellence.\u2014 Œuvre des Tracts, n° 369, 15 sous.INSTITUT SOCIAL POPULAIRE 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal JUIN 1950 to their hold on the soil and their strong family life).C\u2019est leur taux de naissance élevé qui leur a permis de se maintenir en dépit du flot migrateur venu de l\u2019Europe et des États-Unis, flot qui s\u2019est déversé sur les provinces de l\u2019Ouest vers la fin du xixe siècle et le début du xxe.C\u2019est grâce à lui aussi s\u2019ils sont maintenant plus de 3,500,000, de quelque 55,000 qu\u2019ils étaient lors de la conquête britannique.Comme André Siegfried l\u2019a déjà fait observer, cette ancienne communauté, refermée sur elle-même, offre un type social dont la manière de vivre s\u2019apparente beaucoup plus à celle des Anglais, ou même à celle des Argentins, qu\u2019à celle des Américains.Mais dans ses limites mêmes, elle représente et garde quelque chose dont le monde moderne, et tout spécialement le monde moderne américain, a grandement besoin, et il se peut qu\u2019elle ait encore une importante contribution à fournir à la civilisation de l\u2019Amérique du Nord (But within its limits it stands for something which the modern world and most of all the modern American world greatly needs, and it is possible that it still has an important contribution to make to the civilization of North America).Ainsi l\u2019appréciation de Christopher Dawson rencontre la prédiction d\u2019Arnold Toynbee.Sans aller jusqu\u2019à laisser entendre, comme ce dernier, que les Canadiens français pourraient bien être le peuple de l\u2019avenir dans les Amériques, l\u2019historien anglais n\u2019en affirme pas moins que notre groupe tient dans l\u2019Église catholique une place de premier ordre, qu\u2019il représente une valeur dont le monde moderne a un pressant besoin et qu\u2019il pourrait fort bien à l\u2019avenir jouer un rôle important dans la civilisation nord-américaine.Et cela, qu\u2019on le remarque bien, à cause de son catholicisme.En ces dernières années, la stature politique du Canada a singulièrement grandi dans les milieux internationaux, mais à quel prix! Grâce à la vitalité et au rayonnement de son catholicisme, voici qu\u2019à son tour le Canada français se hausse, lui aussi, sur le plan universel, et désormais, à la suite même de M.Christopher Dawson, il ne sera pas téméraire de parler du Canada français, puissance internationale.Conservez - J\\elation& CARTABLES, similicuir rouge, titres or: $1.50, port payé.RELIURES, similicuir rouge, titres or : $2.00, port payé; $5.25, si les numéros ne sont pas fournis par l'abonné.173 NOTRE PATRIMOINE LA VIEILLE MAISON DE SILLERY Émile GERVAIS, S.J.LA SAISON du tourisme bat déjà son plein.Une campagne lancée récemment avec plus de vigueur aura redonné, nous l\u2019espérons, à notre province un visage net, à la française, pour offrir aux visiteurs ce qu\u2019ils viennent y chercher, des maisons accueillantes et françaises, des menus canadiens, des visages et un verbe français.Dans le même but de glorifier notre âme française, ne faudrait-il pas aussi faire admirer aux étrangers qui sont friands de souvenirs de toutes sortes, nos vieilles choses, vénérables reliques qui trop souvent restent oubliées dans la poussière des greniers, au fond des cloîtres hermétiquement fermés aux visiteurs, ou tout simplement livrées aux ravages du temps par l\u2019apathie et l\u2019incurie! Chacun porte sa part de responsabilité, dans la mesure même de son influence.CITOYENS D\u2019INITIATIVE A Toronto, un millionnaire original avait élevé, en plein centre fashionable, un château à tours crénelées, le château sur la colline, Casa Loma.Il dut bientôt abandonner aux griffes du trésor municipal cet éléphant blanc qui coûtait une fortune en frais de taxation, d\u2019entretien et d\u2019administration.La municipalité ne trouve rien de plus pratique que de livrer le monument au pic des démolisseurs.Heureusement, même démolir s\u2019avère trop coûteux.Un groupe de citoyens, aussi progressifs que débrouillards, s\u2019occupent du château, le nettoyent, le réparent.Un beau jour, Casa Loma ouvre ses portes aux curieux et aux touristes qui ne cessent depuis lors d\u2019affluer, emplissant les goussets des organisateurs au bénéfice du trésor municipal et de diverses œuvres de bienfaisance.Une histoire analogue s\u2019est récemment répétée dans notre province de Québec.Il s\u2019agit cette fois non plus d\u2019un millionnaire excentrique et de son château, mais d\u2019une vieille maison, une des reliques les plus précieuses de notre patrimoine, et d\u2019un hardi gars de chez nous, pilote sur le Saint-Laurent et collectionneur d\u2019antiquités.UN PILOTE PAS COMME LES AUTRES Le métier de pilote sur le Saint-Laurent ne manque pas de couleur.Mais être fils et frère de capitaines au service de la Canada Steamship Lines, avoir pour père M.Wilfrid Gagné, le capitaine qui eut le privilège de montrer les beautés de notre fleuve aux délégués de la première conférence Churchill-Roosevelt à Québec, voilà qui n\u2019est pas banal.M.Roland Gagné suit une tradition de famille en guidant chaque saison les luxueux vaisseaux qui font la croisière Montréal-Saguenay.Son cœur cependant est ailleurs.Vous le comprendrez vite si vous jouissez de la charmante hospitalité de M.et Mme Gagné à leur résidence de la Pointe-au-Pic.Vous aurez bientôt remarqué que M.Gagné a le goût des vieilles choses et la passion des reliques historiques.Il tient l\u2019un et l\u2019autre de sa mère.A son infatigable collectionneur de mari, Mme Gagné apporte le sens de l\u2019organisation et un goût raffiné d\u2019artiste.Tous deux en sont venus ainsi à se constituer une des collections privées les plus riches.AMOUR À PREMIÈRE VUE M.Gagné désirait par-dessus tout trouver une maison pour loger convenablement sa collection qui ne cessait de croître et de s\u2019enrichir, une de ces maisons canadiennes au fier pignon, solides sur leurs murs de pierre, en dépit des ans, 174 vivantes images d\u2019un passé trop oublié dans notre siècle agité.Il jeta les yeux sur l\u2019antique demeure de Laure Conan, à la Malbaie.Malheureusement, on l\u2019avait devancé, la maison venait d\u2019être vendue.Un ami le tira de sa déception et de son embarras, en lui parlant d\u2019une autre vieille maison sise près de Québec et sur le point d\u2019être livrée aux démolisseurs.M.Gagné se rend à Sillery.Ce fut l\u2019amour à première vue! Mme Gagné, accourue de la Malbaie, partage l\u2019enthousiasme de son mari.Et le 17 février 1948, M.Gagné devenait acquéreur de l\u2019antique résidence des missionnaires à Sillery, sauvant ainsi de la démolition un vénérable monument, et nous tous, de la honte d\u2019avoir laissé périr la plus vieille maison du Canada.SUR LE CHEMIN DES FOULONS Prenez le chemin des Foulons qui longe le fleuve au pied du cap Diamant; dépassez l\u2019anse rendue fameuse par l\u2019ascension des soldats de Wolfe; contournez le promontoire que domine l\u2019église de Sillery.A main droite, une vieille maison en pierre des champs, aux volets rouges et au pignon d\u2019un vert de printemps, attirera sans aucun doute votre regard.Face à la maison, un monument que les grandes herbes achèvent d\u2019envahir.Un grand écriteau vous invite à visiter la « Plus vieille Maison du Canada ».Ne refusez pas l\u2019hospitalité qu\u2019on vous offre, vous serez reçu au nom du propriétaire par les charmants époux qui en ont la garde.Leur accueil souriant, leur aimable compétence vous guideront à travers les pièces de la maison, vous feront admirer la riche collection qui ajoute au prix de ce musée.LA PLUS VIEILLE MAISON DU CANADA Pendant que l\u2019on vous explique l\u2019origine des meubles antiques, des milliers de souvenirs de toutes sortes, une question hante votre esprit: « Cette maison est-elle vraiment la plus vieille du Canada ?\u2014 Certainement, monsieur.Vous êtes ici dans la maison même bâtie par les missionnaires jésuites en 1637.Mêmes murs, mêmes fondations.» Et votre guide vous passe une étude présentée par le R.P.Adrien Pouliot, s.J., à la Société d\u2019Histoire canadienne (iCanadian Historical Association) le 11 juin 1949, à Halifax.Le Manoir Mauvide, à Saint-Jean de l\u2019île d\u2019Orléans, qui porte la marque des boulets de l\u2019amiral Saunders, remonte au plus à 1734; le Château de Ramesay, à Montréal, date de 1704; le moulin de Mgr de Laval, à Château-Richer, fut construit en 1691; la maison de Jolliet, au pied de l\u2019Ascenseur, à Québec, fut commencée en 1683; l\u2019aile dite de la procure, la plus ancienne partie du Séminaire de Québec, est de 1678, de même que la maison La Rue, à Saint-Jean de l\u2019Ile; le manoir de Pierre Boucher, à Boucherville, fut bâti en 1668 et le moulin banal de Sainte-Famille, en 1666.La seule maison, à part celle de Sillery, pour laquelle, à ma connaissance, on a revendiqué publiquement l\u2019honneur d\u2019être « la plus ancienne », c\u2019est le moulin seigneurial du Cap-de-la-Made-leine, qu\u2019on dit avoir été construit en 1651, par les Jésuites.Pour affirmer que ce moulin, \u2014 à supposer qu\u2019il ait vraiment été bâti à cette date, \u2014 est la plus ancienne maison existante, on se prévaut sans doute du feu qui, en 1657, « réduisit en cendres » les édifices de Sillery.Mais, loyalement et sans rien outrer, une maison reconstruite sur des murs datant de 1637 sera inévitablement jugée plus ancienne, avec les siècles, que celle dont la construction a commencé en 1651.GÉNÉALOGIE Il reste à prouver que la maison actuelle est la résidence bâtie en 1637.RELATIONS Pour ce faire, dressons la généalogie de cette maison, en suivant encore une fois l\u2019étude du P.Pouliot.Commençons par le siècle le plus proche de nous, c\u2019est-à-dire de 1800 à nos jours.« A la mort du dernier jésuite, le P.Casot, qui décéda le 16 mars 1800, la Couronne s\u2019empara de tous les biens des Jésuites.Une commission spéciale fut nommée pour les administrer: la Commission des Biens des Jésuites.C\u2019est en glanant ici et là dans les rapports de cette Commission, dans les journaux et bouquins de l\u2019époque, dans les actes notariés, que nous apprendrons ce qu\u2019il advint de la Vieille Maison des Jésuites à partir de 1800.Dans sa description topographique de la province du Bas-Canada, publiée à Londres en 1815, l\u2019arpenteur Joseph Bouchette écrit: A l\u2019endroit appelé la crique de Sillery, il y a une plantation de houblon.Tout près de la plantation se trouvent un bâtiment pour la drèche, une brasserie et un logis, outre plusieurs dépendances, qui appartiennent à M.Hullett, propriétaire de la houblonnière; les deux premiers bâtiments méritent quelque respect, en ce que ce sont les vénérables restes d\u2019une ancienne chapelle et de quelques autres bâtiments, élevés en 1637 par les Jésuites, pour servir de résidence à une mission occupée de leur entreprise favorite, la conversion des naturels du pays au christianisme; ces vestiges d\u2019un pieux zèle ont été pour un temps préservés d\u2019une ruine totale, en ce que depuis quelques années, ils ont été réparés et appropriés à leur usage actuel.» Puis voici la liste des occupants successifs de la maison avec quelques dates.En 1805, William Hullett loue l\u2019anse de Sillery « between Pointe à Pizeau and his House »; cette dernière est indiquée à l\u2019endroit de l\u2019actuelle maison des Jésuites sur un plan de 1814.En 1806, un voyageur anglais décrit ainsi la propriété: « At Sillery, a league from Quebec, on the north shore, are the ruins of an establishment, which was begun in 1637; intended as a religious institution for the conversion and instruction of natives of the country, it was at one time inhabited by twelve French families.The buildings are placed upon level ground, sheltered by steep banks, and close by the borders of the river.They now consist only of two old stone-houses fallen to decay and of the remains of a small chapel.The chapel has of late been repaired and fitted up for a malt house and some of the other buildings have been converted into a brewery.» En 1815, William Hullett meurt, et les propriétés louées par lui sont gérées par un Robert Wood.En 1810, le bail expirant, George William Usborne devient le nouveau locataire.En 1822, c\u2019est au tour de Peter Peterson.En 1824, il obtient la permission d\u2019employer les pierres de la vieille église à la construction d\u2019un quai pour le chargement du bois.Dans l\u2019acte de concession on parle de la Dwelling house voisine.En 1835, une enquête entreprise par le gouvernement révèle la présence d\u2019une « maison en pierre à deux étages », « un vieux bâtiment appartenant aux Jésuites » auquel on a fait subir des améliorations avant 1829.Le Père Pouliot résume ainsi l\u2019histoire des derniers cent ans: « James et John Jeffrey devinrent locataires de l\u2019anse en 1836.Ils obtenaient un bail de sept ans, mais, dès 1839, ils étaient remplacés par Charles Campbell & Company, c\u2019est-à-dire Charles Campbell et Henry Le Mesurier.En 1846, celui-ci continuait seul l\u2019exploitation du bois.Son chantier devint le plus important de Sillery.En 1853, le locataire Le Mesurier devint propriétaire, ayant acheté, cette fois, du gouvernement cinquante-quatre arpents: l\u2019anse prit le nom de Le Mesurier Cove.Henry Le Mesurier dirigea le chantier jusqu\u2019en 1860; puis il le loua à Richard Reid Dobell.Le beau-frère de Dobell, avec son associé, Thomas Beckett, fit de la vieille maison des Jésuites sa résidence et l\u2019on installa JUIN 1950 dans la maison voisine les bureaux de la compagnie.L\u2019honorable Richard Reid Dobell \u2014 devenu ministre dans le cabinet Laurier \u2014 acheta en 1896 les terrains de Le Mesurier.Il mourut en Angleterre en 1902.Une vingtaine d\u2019années plus tard, le 14 septembre 1924, l\u2019honorable Alexandre Taschereau, premier ministre, et l\u2019honorable Adélard Turgeon, président de la Commission des Monuments historiques, sur l\u2019avis nettement favorable de M.Pierre-Georges Roy, archiviste et secrétaire de la Commission, acceptaient par-devant notaire, au nom de la province de Québec, la maison tricentenaire que leur offrait la succession Dobell, représentée par MM.William et Alfred Dobell, de Québec.La donation était conditionnelle: le gouvernement s\u2019engageait à maintenir la maison en bon état et à y établir un musée; les Dobell prêtaient provisoirement le terrain: advenant la mise en vente de ce terrain, le gouvernement devrait ou l\u2019acheter, ou déplacer la maison, ou remettre la maison.En 1946, toutes les propriétés des Dobell dans l\u2019anse de Sillery étaient acquises par l\u2019agent d\u2019immeubles L.-P.-R.Thibodeau.N\u2019ayant pas réussi à intéresser le gouvernement à l\u2019achat du terrain, M.Thibodeau recouvra la maison et la revendit, avec le terrain, en 1948, à M.Roland Gagné, de Pointe-au-Pic, qui l\u2019a restaurée de fond en comble et convertie en un intéressant musée.» Voilà pour les xixe et xxe siècles.ORIGINES LOINTAINES Au xviiie siècle, quelques documents nous permettent de suivre l\u2019histoire de la maison: « La maison de quarante-sept pieds sur vingt-six, dans Vaveu de 1733, est un des restes de bâtiments, loués à John Taylor Bondfield en 1763; c\u2019est « le presbytère.à l\u2019usage du curé (de Sainte-Foy) dans Y aveu de 1781; c\u2019est la maison des Jésuites ».Au xvne siècle, une seule difficulté.Le 13 juin 1657, « à deux heures de la relevée, lit-on dans le Journal des Jésuites, la maison de Sillery, la chapelle et tous les bâtiments furent réduits en cendres par le feu, qui prit par la cheminée et que le vent porta partout.Nous voilà bien attrapés.Tout a brûlé en 1657, tout a été réduit en cendres: la vieille maison des Jésuites de 1949 n\u2019est donc pas celle de 1637.Voyons-y de plus près.Que le bois ait bel et bien brûlé, par un fort vent, soit; mais pas la pierre, pas le mortier solide du xvne siècle! Et quand on décida de tout reconstruire en 1660, on le fit sur les mêmes murs.Cela suffit pour qu\u2019on puisse affirmer l\u2019identité de l\u2019édifice.» Et nous voici aux premières années de la résidence.La mission de Sillery possédait un registre que l\u2019on peut consulter encore à l\u2019archevêché de Québec.Or la page liminaire porte les lignes suivantes: « Les fondations de la maison ont été commencées un jour de juillet 1637, et le 14 avril 1638, deux Pères de la Compagnie de Jésus s\u2019y sont transportés pour l\u2019habiter et pour instruire deux familles de sauvages qui y avaient fixé leur séjour.» C\u2019était grâce à la générosité d\u2019un bienfaiteur insigne qui avait fourni aux missionnaires de la Nouvelle-France les fonds nécessaires à la réalisation de leur projet de réduction, celui-là même dont le geste apostolique est rappelé par le nom de la cité: le commandeur Noël Brûlart de Sillery.RIEN NE SE CRÉE SANS PEINE En quittant vos hôtes, charmé de leur accueil et de leurs renseignements, vous jetez un dernier regard sur la Vieille Maison qui sourit de toutes ses fenêtres aux volets grands ouverts, et vous remerciez du fond du cœur l\u2019esprit d\u2019initiative qui a sauvé de la démolition et de l\u2019oubli une des plus précieuses reliques d\u2019un lointain passé.Vous ne soupçonnez peut-être pas tous les sacrifices qu\u2019a requis ce sauvetage.L\u2019intérieur de la vieille maison tombait presque en ruines par suite du peu d\u2019intérêt qu\u2019on semblait y attacher.Il fallait donc la restaurer de fond en comble.Il serait trop long de relater les efforts têtus des acquéreurs 175 pour dénicher les collaborations efficaces et la main-d\u2019œuvre indispensable.Qu\u2019il suffise de dire qu\u2019un jour M.Gagné dut refaire de ses propres mains la maçonnerie d\u2019un vieux foyer, parce que les ouvriers craignaient de risquer leur vie en continuant leur travail.Les travaux d\u2019aménagement et de restauration ont redonné à la vieille maison son caractère d\u2019autrefois, tout en lui infusant une jeunesse nouvelle.C\u2019est ainsi que l\u2019on a abattu tout le crépi extérieur pour mettre à jour les murs en pierre des champs, on s\u2019est appliqué à reconstituer, dans les divers appartements, différentes époques de notre histoire et, par-dessus tout, la cellule du missionnaire d\u2019autrefois.Le propriétaire au cours de ces travaux fit même des découvertes d\u2019un grand intérêt; par exemple, le vieux puits de la mission et l\u2019aqueduc en bois.La frontière noire\tRoxan roald DANS la Frontière verte, je vous ai raconté en novembre mon passage clandestin de Pologne en Allemagne.Aujourd\u2019hui, traversons la zone soviétique d\u2019Allemagne et franchissons la ligne de démarcation russo-américaine.En Allemagne, le passage clandestin d\u2019une frontière s\u2019appelle « la Frontière noire ».Le 20 juillet 19**, après avoir descendu en bateau le Havel, puis traversé le magnifique et pittoresque lac du Tegel, j\u2019atteignais Berlin et je débarquais au Port du Nord.Une impression bizarre m\u2019étreignait à la gorge; quelque chose de nouveau s\u2019appesantissait sur moi, presque indéfinissable.La terre que je foulais me semblait plus ferme que celle de Pologne, c\u2019est Berlin.Là-bas c\u2019est l\u2019Est avec ses mystères insondables; là-bas c\u2019est la terreur, la police secrète et les disparitions; plus loin encore c\u2019est la Sibérie glacée où gémissent tant de malheureux dans les toundras.Ici, c\u2019était Berlin, un avant-poste de l\u2019Ouest; ici se déroulait une vie réglée par les normes d\u2019une civilisation.A ce moment, entre Berlin et la zone russe d\u2019Allemagne il n\u2019y avait pas d\u2019obstacles.Et pourtant, celui qui venait de l\u2019Est sentait, devinait cette coupure entre deux mondes: Est et Ouest.Dans son esprit, un écran épais partageait l\u2019Europe.Chaque réfugié intellectuel qui quitte sa patrie soumise aux Soviets pour trouver la liberté de vivre, de penser et d\u2019aimer, appelle son voyage la marche vers la Civilisation.Pour celui qui habite en Pologne, en Hongrie, ou en Roumanie, l\u2019Ouest est devenu un mot magique que l\u2019on répète volontiers avec une sorte d\u2019extase, en silence, quasi religieusement.Derrière le rideau de fer, des millions d\u2019« esclaves soviétiques » regardent vers l\u2019Ouest, et chaque fois qu\u2019ils apprennent que de l\u2019autre côté de la barricade les forces de la liberté s\u2019organisent, ils tressaillent de joie, mais apprennent-ils le moindre succès diplomatique des Soviets, alors ils courbent douloureusement la tête.Derrière le rideau de fer vivent corporellement soumis à la dictature de Moscou des Polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Baltes,.mais spirituellement la zone d\u2019influence soviétique est vide, car pour l\u2019esprit le rideau de fer n\u2019est qu\u2019un obstacle dérisoire.Les Soviets le savent.Après avoir violenté les corps des nations éprises de liberté de l\u2019Europe Orientale, ils cherchent à capturer l\u2019esprit de la jeunesse pour l\u2019asservir, la marteler sans merci et la façonner à l\u2019image de leur idéologie.M.Gagné a dépensé une forte somme pour acheter la maison et la remettre à neuf.Ajoutez à cela les frais de publicité, les dépenses d\u2019entretien et d\u2019administration d\u2019un musée qu\u2019il a confié à la compétence d\u2019hôtes triés sur le volet.Tous ces frais, une vraie fortune, il est seul à les supporter.L\u2019affluence des visiteurs en 1949 permet de grands espoirs pour la saison qui commence, mais il y a encore du chemin à faire.Nos compatriotes sauront-ils lui montrer de la reconnaissance pratique pour avoir sauvé cette relique historique?Déjà quelques-uns l\u2019ont fait.Nos autorités et nos diverses sociétés nationales voudront sans doute appuyer efficacement ce geste de reconnaissance et d\u2019entr\u2019aide envers celui qui conserva pour nous une des perles \u2014 la plus ancienne \u2014 de notre patrimoine touristique et national.Nos lecteurs connaissent déjà Roxan Roald, un jeune Esthonien qui a vécu quelque temps derrière le rideau defer et qui a conquis la liberté, grâce à sa foi en la Providence et à son courage.Il est actuellement étudiant à l\u2019 Institut d'histoire et de géographie de l\u2019Université de Fribourg.Un de ses amis de Québec nous a communiqué ce récit d\u2019évasion.C\u2019est pour échapper à cela que je me trouve à Berlin.J\u2019avais connu la capitale allemande quand elle était encore dans son épanouissement.Je retrouve une ville meurtrie par la guerre: Berlin mourait et vivait à la fois.Plus j\u2019avance vers le centre, plus les ruines impressionnent.Dans les rues, souvent désertes, règne un silence sépulcral qui m\u2019incite à la méditation.Des masses de pierre inanimées, des pans de mur se dressent dans le ciel bleu, tels des squelettes sans bras; des maisons éventrées laissent entrevoir qu\u2019une vie intime les animait hier.Je me rappelle les ruines de Varsovie; celles de Berlin ou de Varsovie se ressemblent.Les ruines sont anonymes; partout elles sont semblables, elles n\u2019ont plus de nom.Les pierres assemblées forment un tout, une maison.Les maisons forment à leur tour une ville, les ruines ne forment plus rien.Elles ne vivent plus, elles sont mortes en redevenant une matière informe: un monticule de terre, de briques cassées, de verre brisé, de bois pourri, de fer tordu.Seul le lieu où elles se trouvent porte un nom: ici, Berlin, là-bas, Varsovie.Et dans ces ruines, la nature, que l\u2019homme avait chassée il y a mille ans, est revenue, l\u2019herbe pousse tel un flux envahissant, quelques arbustes croissent même dans les maisons détruites, la nature a repris ses droits dans cette forêt de ruines.Seule, la nature peut vivre dans les ruines, l\u2019homme ne peut pas.De temps à autre, une maison épargnée se dresse dans cet océan de destructions.Elle a néanmoins souffert, et des mains malhabiles ont pansé les plus graves blessures.La façade est criblée d\u2019éclats; la toiture est réparée tant bien que mal; les fenêtres sont devenues des trous opaques, bouchés par un assemblage étrange de bois et de carton.Malgré sa masse encore compacte, elle semble se faire toute petite comme si elle avait peur d\u2019attirer les regards du passant.Elle sait qu\u2019elle jure dans le cadre de ces ruines; elle craint encore les foudres qui ont abattu ses voisines.Oui, cette maison possède une âme, dans ces ruines: elle abritait encore des hommes.Les ruines n\u2019ont rien d\u2019attrayant pour un exilé.Elles lui rappellent d\u2019autres ruines plus familières, les siennes, celles de sa maison.Je veux donc quitter Berlin au plus vite et continuer vers l\u2019Ouest.J\u2019avance vers le centre; j\u2019ai encore 10 pfennigs ($1) en poche et 500 grammes de pain dans ma besace.Que faire ?176 RELATIONS C\u2019est la question que je me pose, celle qui monte aux lèvres de tous les D.P.en marche vers un monde nouveau, une existence nouvelle.Oui, que faire ?Demain, mon estomac criera famine.Ce soir où pourrais-je dormir?Les ruines ne sont guère accueillantes.Celui qui n\u2019a pas été D.P., qui n\u2019a pas marché sur les routes d\u2019Europe, qui n\u2019a pas dormi dans les fossés, ne sait pas ce qu\u2019endure l\u2019exilé cherchant une destinée insondable, préférant cela à l\u2019esclavage.Depuis une heure j\u2019erre sans but dans les rues berlinoises.Certes, j\u2019ai un but: trouver un coin accueillant pour allonger mes membres brisés, et surtout pour oublier dans le sommeil la pesante réalité, ce problème du lendemain encore irrésolu.Finalement je trouve un café où je m\u2019assois pour déguster une bière en liant conversation avec le tenancier.Je réussis à trouver une chambre pour dormir, un vrai miracle de trouver une chambre parmi ces ruines.Le lendemain, je cherche un plan de départ vers l\u2019Ouest.Je ne peux pas révéler ma véritable nationalité, car les Soviets et leurs agents ont la main longue.Parlant bon allemand, je me présente au Bureau des prisonniers de guerre, où attend une masse hétérogène d\u2019anciens soldats de la Wehrmacht venus des quatre coins de l\u2019Europe.Nous sommes une cinquantaine de tous les âges, de toutes les régions d\u2019Allemagne, gens d\u2019origine allemande, et peut-être quelques étrangers comme moi qui essaient de se faufiler vers l\u2019Ouest.Certains veulent aller vers l\u2019Est, dans l\u2019espoir de retrouver des traces de leur famille ; d\u2019autres vers l\u2019Ouest, car ils connaissent déjà trop bien les Soviets; enfin d\u2019autres ne savent où aller.Toutes les classes sociales y sont représentées: le paysan qui cherche vainement sa terre, pense à la moisson prochaine, et il est dans ce Berlin, ce champ de ruines; il ne comprend plus les hommes qui lui refusent de cultiver sa terre, la sienne, là-bas à l\u2019Est.L\u2019intellectuel se devine derrière un masque de calme et de silence.Il songe encore au passé, car il ne peut percer le voile opaque du futur.Il lit un livre intitulé Stalingrad : sur la couverture s\u2019étale une vision de guerre.Chacun de nous regarde ce titre en lettres rouges, sanglantes; chacun pense et chacun se tait.Le passé pèse sur tous.Hier Stalingrad; aujourd\u2019hui Berlin.Ruines là-bas, ruines ici.Chez un réfugié allemand comme chez un D.P.de l\u2019Est, le passé vit plus que le présent, vu qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019avenir.Oui, il faut rendre l\u2019eau à sa source, le grain de blé à son champ; ne faudrait-il pas rendre chaque homme à sa terre ?.J\u2019interromps mes méditations pour prendre mon tour dans le Bureau.Il faut présenter un document de libération des autorités militaires alliées, russe, américaine ou anglaise.J\u2019ai seulement un document russe de la Kommandantur soviétique de Stettin (ville où je travaillais pour les Soviets avant de préparer ma fuite), et je le présente au secrétaire, un Allemand qui ne sait pas lire les caractères cyrilliques.Il est très aimable, croyant sans doute que je reviens de l\u2019Oural ou du Kamtschatka; tout de suite il me donne un billet de chemin de fer gratuit pour Jena, ville de Thuringe, au sud de la zone soviétique d\u2019occupation.Je reçois 500 grammes de pain, 25 gr.de saucisse et 25 gr.de graisse.Muni de ce trésor, je me dirige sans perdre une minute vers la gare.Avec une joie indicible je monte dans le train, qui m\u2019emporte vers la Thuringe et me rapproche de la zone américaine.Je regarde défiler les villes de Luckenwalde, Wittenberg, Halle, enfin Jena.Le voyage m\u2019a fait rencontrer une jeune Berlinoise qui désire aussi passer clandestinement dans la zone américaine.Après une nuit de repos nous continuons notre route avec deux étrangers qui vont en Bavière.A travers une région idyllique le train nous dépose un soir à Sonneberg (la montagne du soleil).La petite ville pullule de soldats soviétiques appartenant aux unités de garde qui surveillent la frontière.Il faut redou- JUIN 1950 bler de prudence: nous marchions l\u2019un derrière l\u2019autre, séparés de 500 mètres environ.Notre avance s\u2019effectue sans incident.Mais quand nous croisons une automobile soviétique, le cœur nous bat.Déjà les dernières maisons disparaissent et la sombre masse de la forêt approche.Avec elle approche aussi le danger, car la forêt est infestée de soldats rouges montant la garde.Nous nous engageons dans le sentier, étouffant nos pas le mieux possible; nous évitons les pierres qui roulent ou qui grincent sous les souliers; à la moindre alerte nous disparaîtrions dans les fourrés.Depuis trois heures nous avançons dans un silence oppressant sous le ciel étoilé.Je ne peux m\u2019empêcher de contempler les étoiles sereines qui semblent nous indiquer la route à suivre.Vers l\u2019Ouest, vers la liberté.Un bref conseil de guerre nous met d\u2019accord pour passer la nuit dans cette forêt jusqu\u2019à l\u2019aube.Un endroit retiré nous cache admirablement, nous prenons un peu de repos sur la mousse.Les mains croisées derrière la nuque en guise d\u2019oreiller, je réfléchis à notre situation.Isolés dans cette forêt, je ne savais plus dans quel monde je me trouvais: Est, Ouest?La fatigue m\u2019endort.La fraîcheur matinale me pénétrant jusqu\u2019aux os, un coq chantant au village voisin, je me réveille à 4 h.30 et nous repartons.La zone américaine est proche.Tels des Indiens sur le sentier de la guerre, nous quittons notre refuge pour nous lancer dans l\u2019inconnu.La forêt étant infestée de soviétiques, je décide de quitter les chemins fréquentés pour passer à travers les maquis.Forcés de descendre une pente assez raide, il nous faut une extrême prudence, surtout aux endroits découverts.En effet, les Russes, pour mieux surveiller, ont abattu quantité d\u2019arbres et construit des observatoires qui dominent le terrain.Sur la plate-forme un soldat rouge, jumelle en main, examine si tout est tranquille.A aucun prix il ne faut tomber dans le champ visuel de ces nombreux observatoires.Avec mille précautions nous commençons la descente de la colline boisée, chacun de son côté.Le moment est crucial.Le bois mort craque sous les souliers, les branches déplacées font « frou-frou », les oiseaux s\u2019envolent lourdement, les pieds glissent sur les feuilles mortes.Par précaution nous enlevons nos souliers, et notre glissement silencieux se poursuit interminable.Nous apercevons les habitations de la zone tant désirée.Il nous faut descendre la colline.De temps en temps, nous arrêtons notre progression afin d\u2019écouter si tout est calme; tapis dans un buisson et aplatis au sol, nous interrogeons l\u2019air et la marche continue toujours.Finalement la colline est franchie.A quelque vingt mètres le sentier sépare les deux zones.Un ultime effort, et nous aurons percé le rideau de fer.Les Soviétiques patrouillaient fréquemment ce large sentier bien droit.Il est nécessaire de ne pas trop se hâter et d\u2019agir vite, mais bien.L\u2019un après l\u2019autre, dans des endroits différents, en jetant un regard à droite et à gauche.route libre.Alors, courbant la tête et forçant l\u2019allure, nous franchissons la frontière symbolique, Est-Ouest.Je passe le dernier.Ma joie était si grande, ou peut-être la peur d\u2019être encore repris, que je fais à travers un champ de pommes de terre une course effrénée, qui me porte à plus d\u2019un kilomètre de ce maudit rideau de fer.Malgré la rosée, je m\u2019étends dans la prairie parfumée pour attendre mes camarades.Mes poumons haletants respirent l\u2019air de la liberté.M\u2019appuyant contre un arbre, mon regard se perd vers l\u2019Est, et ma pensée se dirige vers ceux qui gémissent encore sous la terrible oppression du communisme.« Ma marche vers la Civilisation » a été victorieuse, et je suis libre d\u2019écrire, de penser, de parler.Quel étrange sentiment que celui d\u2019être enfin libre! Mes yeux se tournèrent ensuite vers l\u2019Ouest, remplis d\u2019un grand espoir, celui de rester toujours libre.177 HORIZON INTERNATIONAL V A MESURE que la guerre froide s\u2019étend et se diversifie, on tend à observer plus attentivement l\u2019étroite bande de terre qui relie l\u2019Amérique du Nord à l\u2019Amérique du Sud.Une Commission vient de se prononcer sur les différends qui avaient surgi entre San Domingo et les républiques de Haïti, Cuba et Guatemala.On se demande ce qui va sortir des réunions « Pour la défense de la démocratie » qui s\u2019ouvrirent le 12 mai à La Havane.Une « démocratie » cham-pionnée par un Romulo Bétancourt, par exemple, dit peu de chose à ceux que la propagande soviétique ou soviétisante n\u2019intéresse pas.Cette volcanique Amérique centrale semble être dans un danger constant d\u2019éclater.Dans cette perspective, les chicanes locales, nationales ou internationales tendent à s\u2019amoindrir, à moins qu\u2019elles ne revêtent soudain un sens inattendu.COLOMBIE\tA VRIL DERNIER, le trésorier des H Missions protestantes en Amérique latine, M.Daniel Pattison, envoya une longue lettre au New York Times, afin de protester contre une « persécution » qui avait été dirigée contre ses coreligionnaires en Colombie.Nous n\u2019avons pas vu cette lettre, mais nous pûmes étudier le long mémoire préparé par le ministre des Affaires étrangères, le Dr Evaristo Sourdis, et la lettre au New York Times de l\u2019ambassadeur de Colombie à Washington, le Dr Eduardo Zuieta Angel.Le document du Dr Sourdis est le plus important; il répond point par point aux accusations formulées, dit ce qu\u2019il y a de vrai dans chaque incident, établit comment d\u2019autres faits ont été dénaturés, cite les témoignages des pasteurs protestants directement intéressés, et qui expriment leur reconnaissance envers les autorités colombiennes pour la façon dont elles intervinrent.Enfin, le Dr Sourdis formule une accusation contre un ministre protestant: celle de participer à des actes passibles de graves poursuites judiciaires, en s\u2019alliant à des gens en révolte contre l\u2019autorité du gouvernement.Les ministres protestants ne se distinguent pas, d\u2019ordinaire, par la précision de leurs dogmes.En d\u2019autres circonstances (en Espagne, par exemple), on leur a fait le reproche de manque de discrétion envers le pays qui leur donnait l\u2019hospitalité.Avant d\u2019apprécier les charges presque officiellement lancées contre l\u2019un d\u2019entre eux en Colombie, il faut remonter au 9 avril 1948, quand la ville de Bogotà, alors siège de la Conférence pan-américaine, fut saisie de la convulsion révolutionnaire qui horrifia l\u2019Amérique, et dont les traces sont encore visibles aujourd\u2019hui.Depuis très longtemps, en Colombie, conservateurs et libéraux étaient aux prises.En 1946, après un long régime libéral, un président conservateur fut élu, mais son parlement était en majorité libérale.Le Dr Mariano Ospina Pérez forma donc un gouvernement d\u2019union nationale.Son prestige montait quand survint la catastrophe.On n\u2019a pas fait la lumière complète sur les violences qui suivirent l\u2019assassinat du Dr Jorge Eliecer Gaitàn (9 avril 1948).La participation d\u2019agents internationaux semble démontrée.On m\u2019a répété de divers côtés que plusieurs postes de radio, colombiens et étrangers, annoncèrent le meurtre avant qu\u2019il ne se fût produit.L\u2019insurrection, le pillage et l\u2019assassinat s\u2019étendirent à tous les coins de la République avec une rapidité qui supposait une organisation bien au point.On constitua des « Tribunaux du Peuple », des « Comités de gouvernement ».A Barranquilla, on arbora le drapeau rouge.Cette unité d\u2019action à travers le pays est la meilleure preuve de l\u2019unité de commandement.178 Quand l\u2019insurrection fut à son apogée, un groupe de politiciens libéraux se présenta chez le président et le somma d\u2019abdiquer.Le Dr Mario Ospina resta à son poste avec une héroïque dignité.Pour faire la lumière sur ce qui était arrivé, il constitua une Commission présidée par un magistrat libéral.Il continua à gouverner avec un cabinet mixte et laissa les portefeuilles de la Justice et de l\u2019Intérieur aux mains des libéraux.Cette façon d\u2019agir dégagea la responsabilité du gouvernement; elle ne fit pas la lumière sur les événements du 9 avril.On commença alors à épurer l\u2019armée et la police.Le Nueve de avril n\u2019aurait jamais pu se produire sans de larges complicités parmi les défenseurs de l\u2019ordre.En fait, il s\u2019en est fallu de bien peu que la révolution ait triomphé! Ce qui sauva la situation fut le vin de messe que les émeutiers trouvèrent dans les caves de l\u2019archevêché: c\u2019était l\u2019entrepôt pour tous les presbytères du pays! Ils s\u2019enivrèrent magnifiquement.On eut le temps de faire venir la troupe de la province bien fidèle de Boyaca.Elle dompta la révolution.Beaucoup de militaires et de policiers désertèrent alors et s\u2019enfuirent dans les provinces lointaines de l\u2019Orénoque et des Amazones.Là-bas, dans l\u2019inaccessible jungle tropicale des Llanos, ils se sont constitués en bandes bien organisées.De temps à autre, ils se lancent contre un village, volent, assassinent et avant que la police ou l\u2019armée aient pu se ressaisir, ils disparaissent dans la forêt.Après le 9 avril, les évêques de Colombie publièrent des Pastorales, fixant aux catholiques leur devoir à l\u2019occasion des élections à venir.La formule la plus modérée fut peut-être celle de Mgr Perdono, archevêque de Bogotà: les catholiques ne peuvent « donner leur vote aux candidats qui ont été organisateurs, coopérateurs, exécuteurs ou complices des événements tragiques et criminels du 9 avril 1948, ni à ceux qui professent des idées communistes ».L\u2019évêque de Tunja défendit aux catholiques de voter « pour des personnes affiliées au libéralisme colombien actuel ».La raison de cette levée de boucliers contre les libéraux?Les porte-parole du parti libéral s\u2019étaient solidarisés avec les émeutiers du 9 avril.L\u2019union subsista entre les deux partis jusqu\u2019à la crise de mai 1949.Les libéraux se retirèrent alors du gouvernement et l\u2019hostilité entre les deux partis devint irréductible.En novembre, il y eut des élections, que le parti libéral boycotta; le pays fut agité alors par de graves violences, et le gouvernement imposa la loi martiale.Dans les villes, on n\u2019observe pas outre mesure les effets de ce régime; on voit plus de soldats qu\u2019ailleurs; les journaux paraissent après censure, mais celle-ci n\u2019est pas uniforme.A Barranquilla, par exemple, il faut soumettre des textes qui paraissent, à Medellin, sans révision préalable.La situation est très tendue dans les campagnes, en particulier dans la riche vallée de Cauca (département de Valle) où l\u2019on se plaint de violences considérables.Le 28 novembre 1949, les dirigeants du parti libéral adressèrent au président un long mémoire où ils protestèrent contre ce qui se faisait contre leur parti.La réponse du président parut, avec le mémoire des libéraux, le 9 avril 1950.C\u2019est un remarquable document, un véritable « Livre blanc », dirigé, cette fois, contre le parti libéral.Il ne nous appartient évidemment pas de départager ces accusations et contre-accusations, de fixer les responsabilités.Battu en Colombie, au moins pour l\u2019instant, le parti libéral se cherche des alliés à l\u2019étranger.Aux États-Unis, ses attaches avec la F.* .M.* mère nourricière des divers partis libéraux en Amérique latine, pourront peut-être le favoriser un peu.Les Américains, d\u2019autre part, furent tellement épouvantés par ce qui arriva le 9 avril, qu\u2019ils se méfient RELATIONS d\u2019un groupe d\u2019hommes qui n\u2019hésita pas à monnayer ces horreurs pour tâcher d\u2019arriver au pouvoir.Survenant à ce moment précis, l\u2019attaque contre le gouvernement colombien de la part de M.Pattison ressemble étrangement à une intervention en faveur des politiciens libéraux.Le paragraphe suivant du Dr Sourdis mérite une étude attentive: Nous devons avouer notre perplexité devant la déclaration suivante de M.Pattison: quand il était en Colombie, de nombreuses personnalités colombiennes, dont le rédacteur en chef d\u2019un journal libéral, lui dirent que l\u2019opinion publique américaine était favorable au parti conservateur; la seule manière de réagir contre la persécution présente, dirent-ils, était de publier les faits.Il est difficile de croire, continua M.Pattison, que cette situation sera changée volontairement paf celui qui la créa, ou par le président élu qui doit son élection aux méthodes de l\u2019Etat policier.Un changement ne surviendra que par la pression intérieure qui renversera le régime présent, ou par la pression de l\u2019opinion mondiale; c\u2019est pourquoi il est convenable que le public américain soit informé de la persécution dont libéraux et protestants souffrent aujourd\u2019hui en Colombie.Protestants et libéraux ?Que faut-il penser de cette intervention d\u2019un très haut dignitaire des Églises protestantes aux États-Unis dans la politique intérieure de Colombie ?Il y eut autrement grave! Dans la localité de El Secreto, dans les Llanos, un pasteur évangélique fit atterrir un avion de la compagnie Afripesca sur un champ près de son territoire de mission sans être autorisé à le faire! Au moment où l\u2019avion toucha le sol, il fut attaqué par un groupe de bandits qui blessèrent le lieutenant-colonel Marco Villamizar, commandant militaire des Llanos, et deux officiers qui étaient avec lui! Puis les bandits se sauvèrent.On fit perquisition chez le pasteur; on trouva chez lui des photographies prises dans la localité Horizonles (à une journée de distance de la localité où se trouve le pasteur), où il y a un camp de déserteurs.Parmi les personnes identifiées sur ces photographies \u2014 je cite le Dr Sourdis \u2014 il y en avait trois, que la justice recherche pour un crime commis en mars.Il est impossible de donner le texte du mandat d\u2019accusation en français.En voici une traduction latine: « Occisus est foede et crudeliter parochus istius loci (i.e.El Engano, Ubalâ) Ludovicus Torres, sacerdos catholicus, qui postquam occisus est foede mutilatus est per castrationem ita ut cadaveri impo-nerentur postea ejusdem genitalia, ad modum scapularii.» Nous n\u2019accusons certes pas le pasteur-photographe de complicité.On comprendra que, pour le moment, les plaintes protestantes ne reçoivent, de la part du public colombien, qu\u2019une attention distraite.La collusion du parti libéral avec les émeutiers du 9 avril fut proclamée, à la Chambre des députés de Colombie, par le parti libéral lui-même.Faut-il conclure à la complicité des Missions protestantes américaines avec le parti libéral et ses incendiaires d\u2019occasion ?Il y a sans doute beaucoup de braves gens dévoués parmi les protestants qui vont en Amérique latine.Qu\u2019ils ne se mêlent donc pas de politique locale! Quant aux gens d\u2019affaires qu\u2019on sollicite en faveur des « missions », ils pourraient s\u2019informer utilement de la nature de ces expéditions plus ou moins évangéliques auxquelles ils contribuent si généreusement! O AMÉRIQUE CENTRALE /^\\N REPETE souvent que si l'Amérique latine ne progresse pas, c'est à cause de l'influence de l'Eglise ! On n\u2019a pas l\u2019air de savoir que depuis presque un siècle, ce n\u2019est pas l\u2019Église qui mène, dans la plupart de ces pays, mais la Franc-Maçonnerie.Pour la première fois, depuis de longues années, je me suis fait demander si j\u2019étais membre d\u2019une communauté reli- gieuse! Sait-on que dans plusieurs républiques d\u2019Amérique centrale, la Constitution bannit les religieux, indigènes et étrangers ?Il y a, en plusieurs endroits, un numerus clausus à l\u2019égard des prêtres catholiques de naissance étrangère, qui ferait frémir les ministres protestants ou les rabbins si on le leur appliquait.Un curieux incident survint dans la république de Honduras! Un F.* .M.* .mourut sans s\u2019être réconcilié avec l\u2019Église.La famille vint solliciter les funérailles religieuses.Le curé les refusa, en alléguant le paragraphe du Droit canon qui fait loi en la matière: « Sont privés de sépulture ecclésiastique, à moins qu\u2019ils n\u2019aient donné quelque signe de pénitence avant de mourir: 1° Les apostats notoires, ou ceux qui ont appartenu de façon notoire à une secte schismatique, hérétique, maçonnique, ou à d\u2019autres sociétés de ce genre.» (can.1240).Il appartient évidemment à l\u2019Église catholique de faire ses propres règlements: ils excluent les francs-maçons dans tout l\u2019univers.Il ne s\u2019agit pas de mesure vexatoire prise par un prêtre local de sa propre initiative.La Loge Suprême de la République fit paraître un Manifeste, 19 avril 1950 E.* .V.* ., contresigné par trois membres de chacun des huit Or.* .qui la constituent.Ces maçons, qui seraient les personnages les plus influents dans la vie publique du pays, prétendent que le véritable christianisme se trouve à la Loge: « S\u2019il est vrai que la Maçonnerie n\u2019est pas une religion, il est tout aussi vrai qu\u2019elle a pour base la Doctrine que prêcha le Nazaréen, doctrine d\u2019amour et de piété pour laquelle il expira sur la Croix; cette doctrine n\u2019admet en son sein que ceux qui croient à l\u2019Être suprême, auteur de toute créature, Dieu, que les maçons appellent le Grand Architecte de l\u2019Univers.» Ce manifeste contient beaucoup d\u2019absurdités.Parmi les souverains qui auraient travaillé au traité de Westphalie (1648), il nomme le roi de France Henri IV, tué le 14 mai 1610.Il est évidemment question de l\u2019Inquisition et de ses bûchers, « parmi lesquels, pour ne nommer que ceux-là, il faut compter Louis de Léon, Louis de Grenade, sainte Thérèse de Jésus, saint François de Borja et, d\u2019après quelques historiens, le prince Charles d\u2019Autriche, premier-né du roi lui-même.» Pas un seul de ces personnages ne périt sur le bûcher, comme le vérifieront aisément les F.* .M.* .assez intelligents pour ouvrir un Larousse quelconque.Faut-il conclure que ces maçons veulent imposer délibérément au peuple de leur pays une ignorance aussi barbare et des préjugés aussi insolents ?Toujours est-il que le Manifeste en veut à « certains éléments du clergé étranger, en résidence dans ce pays ».Faut-il en conclure que le clergé catholique indigène s\u2019accommode de la Franc-Maçonnerie?qu\u2019il est prêt à enterrer les francs-maçons impénitents en dépit du Droit canon ?Telle serait la manœuvre! Elle se brise contre la fermeté religieuse des humbles prêtres ibéro-américains, qui ont toujours demandé et accepté l\u2019aide fraternelle des prêtres d\u2019autres pays.Rien d\u2019étonnant à ce qu\u2019il y ait si peu de prêtres dans de nombreuses républiques d\u2019Amérique latine: un peu plus de 80 au Panama, dont une douzaine d\u2019indigènes; un peu plus de 100 dans le Honduras, dont 45 indigènes.J\u2019ai vu une école de 350 élèves magnifiquement dirigée par deux prêtres! Le manque de clergé, en Amérique latine, est formidable, et l\u2019on se demande si les lois maçonniques limitent les prêtres catholiques seulement! Dans ces circonstances, les plaintes de « persécution » qui surgissent, de temps à autre, dans les milieux protestants, ne sont pas impressionnantes.Joseph-H.Ledit.San Salvador, 15 mai 1940.JUIN 1950 179 SPIRITUALITÉ VILLA-MARIA pensionnat et externat bilingues POUR JEUNES FILLES Cours classique affilié à l\u2019Université de Montréal - RENTRÉE: LE MERCREDI 6 SEPTEMBRE ¦ 4245, BOULEVARD DÉCARIE LA VIEILLE MAISON des JÉSUITES À SILLERY La plus ancienne maison du Canada \u2022 BÂTIE EN 1637 Devenue un musée Contenant plus de 2,000 pièces d'antiquités canadiennes \u2022 2320, CHEMIN DES FOULONS SILLERY M.ROLAND GAGNÉ, propriétaire.A VOTRf MftVlCÏ £¦ S V* N .A '\t^ M V P\t^\t' Dt IA CITï ET OU DISTRICT DE aubepriie ?\u2022 ?Actif : $19,000,000 Assurances en vigueur : $118,000,000 ?\u2022 ?c4ââutanceâ âut la vie âotiâ toutes leâ jointe* V Immaculée-Conceùtion.JUIN 1950 Julien Laperrière.183 ùn I to Li motâ Les Chevaliers de Colomb, la Catholic Women\u2019s League, la Holy Name Society demandent aussi dans leurs séances plénières que le gouvernement d\u2019Ottawa se fasse représenter auprès du Vatican.Qui l\u2019eût cru ?Ceux-ci travailleraient tous avec Relations contre l\u2019unité nationale.Eugène L\u2019Heureux dixit, cet homme « de bonne volonté ».jf Les journaux conservateurs, le Globe and Mail, Y Evening Telegram de Toronto, le Regina Leader Post, etc., demandent que le Canada se fasse représenter auprès du Vatican.Qui l\u2019eût cru ?Ces gens de Toronto et de Régina et de Peterborough (attention, Pasteur Shields!), tout comme de « brillants et fougueux » collaborateurs de Relations, seraient des extrémistes laurentiens.Eugène L\u2019Heureux dixit, cet homme « de bonne volonté ».La Finlande, pays officiellement luthérien qui ne compte que 2,000 catholiques, juge utile à la nation d\u2019avoir un représentant auprès du Vatican; l\u2019Angleterre, avec 5% de catholiques, juge utile à la nation d\u2019avoir un représentant auprès du Vatican; le Canada, avec une population catholique de 6,000,000, composant 43% de la population totale du pays, ne juge pas utile à la nation d\u2019avoir un représentant auprès du Vatican.Qui l\u2019eût cru?Relations et tous les Canadiens qui pensent le contraire et le disent sont des extrémistes.Eugène L\u2019Heureux dixit, cet homme « de bonne volonté ».Les journaux conservateurs s\u2019étant prononcés en faveur d\u2019une représentation auprès du Vatican, M.Saint-Laurent ayant laissé entendre que personnellement il était de cet avis, enfin M.Eugène L\u2019Heureux nous assurant qu\u2019il l\u2019est également, nous voilà donc tous des extrémistes laurentiens.Mais alors, d\u2019où vient l\u2019opposition ?Homme « de bonne volonté », ayant par surcroît l\u2019oreille du gouvernement, M.Eugène L\u2019Heureux pourrait peut-être nous le dire ?M.Richard Joly s\u2019excuse auprès de nos lecteurs de remettre au mois prochain son deuxième article sur l\u2019orientation.« La version préliminaire de l\u2019article que je devais vous adresser aujourd\u2019hui s\u2019est envolée en cendres, comme le reste de ma résidence, et comme toute ma bibliothèque.Je compte sur le secours de vos prières, pour moi, mon épouse, et pour toute notre ville si affreusement mutilée.» Voici un extrait d\u2019un Hymne à Stalin composé par Kuo Mo-jo, écrivain chinois bien connu et président du Comité de culture et d\u2019éducation du gouvernement central: Il n\u2019y a rien d\u2019étonnant qu\u2019un homme puisse vivre Jusqu\u2019à soixante-dix ans ou même cent ans.Cependant, pour quelqu\u2019un qui ne fait au monde que du mal [et pas de bien, Ne serait-ce que dix-sept ans, c\u2019est une période de vie déjà [trop longue.Mais pour toi, libérateur du genre humain, ta vie C\u2019est la vie des travailleurs du monde, C\u2019est la vie de l\u2019humanité tout entière.Pendant ces soixante-dix ans, des milliards sans nombre ont [été sauvés.Tes soixante-dix années ont été des années géologiques, Tes soixante-dix années ont été des années astronomiques.Tu as vécu soixante-dix milliards d\u2019années géologiques, Tu as vécu soixante-dix milliards d\u2019années astronomiques.Tu es sans fin, pour toujours vivant.COLLÈGE du SACRÉ-CŒUR TÉLÉPHONE Le Concierge : 3681 TÉLÉPHONE Le Directeur : 3820 Tï'lri'Ti i * 57 .mTJ77T777\u201c?t f * i: ! iH.HHfJfl! .: ûL ' * y ¦fssææMiEi \t\t LES FRERES DU SACRE-COEUR VICTORIA VILLE, P.Q.Coûté Secondaite M odetne\t\u2022 Coutâ TJechnique Coutâ Commercial Le Collège du Sacré-Coeur admet les élèves qui\tDEMANDEZ LE PROSPECTUS DU ont obtenu leur promotion en septième année.\tCOLLÈGE DU SACRÉ-COEUR et les élèves des classes supérieures.\tVictoriaville.184 RELATIONS QUE FEREZ-VOUS DE VOS FILS?Cela dépend naturellement de leurs talents, de leurs goûts, des besoins de la société et de vos moyens.Mais si vos fils ont les qualités requises et du goût pour les carrières économiques, n'hésitez pas, et dès la fin de leur cours classique ou de leur douzième scientifique, envoyez-les à L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES (afiiliée à l'Université de Montréal et subventionnée par le secrétariat provincial) Jbe* médecin* ?\t
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